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Au(x) cinéma(s) du 11 au 17 mars 2020

Bonjour à tous !

Réservez dès à présent votre soirée du 22 mars car Entretoiles vous proposera une soirée avec 2 films à 18h  La Llorona de Jayro Bustamante et à  à 20h30 Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR  le film en ciné club est Notre Dame de Valerie Donzelli un film qui questionne  sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne.Les prochains films de cine club seront: La Sainte Famille, Adam et le Photographe. 
Et toujours à l'affiche dans le  programme de la semaine  De Gaulle de Gabriel Le Bomin ,  première fresque historique dédiée à ce personnage mythique et Le cas Richard Jewell( aussi à Lorgues à Salernes et au Luc) le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde.
 
A Lorgues  Lara Jenkins (aussi au Vox) un film allemand de Jan Ole Gerster, portrait intelligent mais glacé d’une femme face à l’effondrement de ses certitudes, Lettre à Franco de Alejandro Amenabar sur la montée du franquisme en Espagne et la tension qui règne et  Un divan à Tunis de Manele Labridi(aussi au Vox et à Cotignac)), une fantaisie pleine d'humour.
 
A Salernes   Tu mourras à 20 ans, obscurantisme contre liberté : un premier film soudanais  stupéfiant de profondeur et du même pays Talking about trees, film  de Suhaib Gasmelbari, l'épopée rocambolesque (et vraie !) de 4 octogénaires, mousquetaires du cinéma.
 
A Cotignac Deux de Filippo   film dans lequel le réalisateur explore l’amour entre deux femmes retraitées, un sujet difficile qu’il traite de manière audacieuse et simple,Une mère incroyable  film colombien de  Franco Lolli,  où il  parle des choses de la vie avec simplicité et profondeur à la manière de Pialat et La fille au bracelet (aussi au Vox) de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue.
 
Au Vox  Adam de Maryam Touzani (bientôt en ciné club à CGR), une merveille de sensibilité et de sensualité qui bouscule les tabousJudy (aussi au Luc) de Rupert Goold. Le destin d’une icône, que Renée Zellweger ressuscite avec une radieuse capacité d’émotion, Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un prolongement respectueux de l'épopée de Victor Hugo,  qui nous prend à la gorge avec le même sentiment d'injustice, un film choc, salutaire, jamais manichéen, Dark Water un film américain qui traite de l'histoire vraie de  l 'avocat Robert Bilott qui dénonça, en 2016, les pratiques toxiques de l'entreprise chimique Dupont. et Parasite de Bong Joon ho, une critique sociale puissante et déjantée, palme d'or à Cannes en 2019 que le Vox propose aussi en version noir et blanc.
 
Bonne semaine de cinéma à tous !     
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
             
NOTRE DAME

Valérie DONZELLI - France 2019 1h30 - avec Valérie Donzelli, Pierre Deladonchamps, Thomas Scimeca, Bouli Lanners, Virginie Ledoyen... Scénario de Valérie Donzelli et Benjamin Charbit.

NOTRE DAME

Sacrée donzelle que Donzelli ! De film en film, elle brosse une œuvre atypique, à la tonalité joviale et faussement naïve. Que les sujets soient intimes ou graves, elle les distord avec une légèreté pleine de fraîcheur. Il y a quelque chose de profondément combatif et lumineux dans ce cinéma-là qui refuse de sombrer dans la morosité ou dans le drame, même dans les cas les plus extrêmes, comme dans le magnifique La Guerre est déclarée. Depuis son tout premier La Reine des pommes – disponible en Vidéo en Poche –, la cinéaste-comédienne nous entraîne dans son univers burlesque et mutin qui laisse la part belle à l’autodérision.
Cela ne vous a jamais frappé ? Il y a des noms que l’ont croirait prédestinés : l’opticien qui s’appelle Delœil, la gynécologue Robinet, le sacristain Lévèque. La première femme pilote de chasse se nomme Caroline Aigle, quant à Charles Pathé, avant de devenir producteur de films, il fut charcutier… Alors quel métier croyez-vous que l’on puisse exercer dans la vie quand on s’appelle Maud Crayon si ce n’est architecte ?
Maud (interprétée, évidemment, par la réalisatrice elle-même), fait partie de ces bonnes petites soldates, toujours prêtes, qui courent en tous sens. Existence schizo-frénétique, semblable à celles de tant de femmes écartelées par le désir de bien faire à tous les niveaux : professionnel, amoureux, maternel… Dans sa besace, un patron bidon, deux adolescents critiques, leur paternel, son ex, immature chronique (Thomas Scimeca parfait, avec ses airs de Gaston Lagaffe dégingandé et lymphatique)… Martial est par ailleurs le prototype incarné du vrai pot de colle qui déboule sans crier gare, à la moindre embûche affective. Maud essaie bien de protester, lui rappelant qu’ils sont séparés, mais elle ne résiste pas longtemps à ses airs de cocker battu. Notre croqueuse de croquis ne sait pas dire « non », c’est sans doute son pire problème.
C’est là que, par une pirouette du hasard qu’on taira ici, un événement tombé du ciel, comme par enchantement, va venir bouleverser le cours des choses. Voilà Maud Crayon, jusque-là tâcheron dans un cabinet d’architecture impersonnel, soudain en charge d’un des plus prestigieux projets de la Ville de Paris : l’aménagement du parvis de la prestigieuse cathédrale Notre-Dame. C’est le contrat de sa vie, décroché sans même avoir concouru, au nez et à la barbe de tous les architectes – que des mecs ! – ayant pignon sur rue. Cette victoire, loin de simplifier les choses, va tout au contraire les compliquer. Maud va devoir composer derechef avec tout son petit monde, d’autant que son employeur aux dents longues devient jaloux comme un pou, et que Martial s’incruste comme jamais car il vient de se faire larguer. Sans compter que le destin remet dans les pattes de notre maîtresse d’œuvre débordée un ex-amour de jeunesse bien embarrassant.
C’en est trop ! Maud panique, prête à se mélanger les crayons, elle se sent défaillir… Heureusement, il y a Didier, une perle d’homme (forcément interprété par Bouli Lanners), ami inconditionnel (et peut-être secrètement amoureux ?), collègue attentionné, qui veille au grain et va l’aider à surnager… Mais rien ne sera de tout repos.
Sans donner de réponses toutes faites, tout en douceur aérienne, Notre Dame questionne sur la place de l’Art, de l’architecture à notre époque moderne, il évoque les sempiternelles polémiques qui sporadiquement réapparaissent, souvent disproportionnées. Une dernière précision de taille, le film a été écrit et tourné bien avant l’incendie que l’on sait : les images de la cathédrale intacte le prouvent… et sont étonnamment émouvantes (Utopia)

CGR  ciné club  mer11 lun16/10h45    jeu12 et mar17/13h45   ven13/15h45     sam14 dim15/18h

DE GAULLE

Gabriel Le BOMIN - France 2019 1h48mn - avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Philippe Laudenbach, Tim Hudson... Scénario de Valérie Ranson Enguiale et Gabriel Le Bomin.

 Avouons-le, notre premier réflexe, à l'annonce d'un film sur le Grand Charles, fut de méfiance : l'entreprise était gonflée, le personnage trop proche de nous, trop particulier peut-être… En choisissant de ne prendre en compte qu'une toute petite partie de la vie de De Gaulle, tout juste deux mois entre avril et juin 1940, Gabriel Le Bomin a choisi le bon angle : ce grand type qui ne semble pas à l'aise dans son corps est encore inconnu de tous, il n'est pas encore entré dans l'Histoire, personne ne sait encore combien son rôle va compter dans l'avenir de la France.
Issu d'un milieu conservateur et catholique, il a une épouse discrète, qu'il aime et qui l'aime, et tous deux manifestent une constante tendresse pour Anne, leur petite fille trisomique qu'ils ont choisi de garder avec eux, à une époque où les enfants handicapés ne sont pas bienvenus dans les familles et se retrouvent le plus souvent abandonnés dans les hôpitaux psychiatriques. Proche de la cinquantaine en mai 1940, De Gaulle est nommé à la fois général et sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Reynaud, après s'être illustré pendant la Bataille de France qui se termine par une défaite des armées française, belge, britannique…

L'heure est grave et le débat est vif entre ceux qui veulent poursuivre les combats et ceux qui réclament un armistice avec l'Allemagne : le président Reynaud tangue, hésite… De Gaulle se heurte à Pétain qui finalement emporte le morceau et le gouvernement s'apprête à capituler sous l'influence du vieux maréchal qui prendra la place de l'hésitant Paul Reynaud le soir du 16 juin et, dès lendemain, appellera à cesser le combat, acceptant de signer un armistice avec Hitler.
Dès lors, De Gaulle précipite les choses. Refusant de suivre Pétain, il prend le parti de rejoindre l'Angleterre, se lançant ainsi dans un pari que plus d'un pensent fou : « ce que j'entreprends est un véritable saut dans l'inconnu » écrira-t-il dans ses carnets… Et on mesure ici la témérité de l'entreprise : cet homme seul, inconnu de ses interlocuteurs, se retrouvant en Angleterre, sans savoir même où loger, pour lancer l'idée d'une résistance qui n'est nullement acquise… De Gaulle trouvera pourtant l'oreille d'un Churchill aussi visionnaire que lui, sans l'appui duquel il n'aurait probablement jamais pu lancer, sur les ondes de la BBC, ce fameux appel qui deviendra l'acte fondateur de la France libre…
En France, c'est la débâcle et devant l'avancée des troupes allemandes, des millions de personnes paniquées se lancent sur les routes avec de maigres bagages, en charrette, à vélo, à pied, en voiture parmi les morts et les blessés touchés par les bombardements…
De Gaulle prie son épouse de s'éloigner au plus tôt d'une maison où elle n'est plus en sécurité. Yvonne et ses trois enfants, dont la petite Anne, se retrouvent dans le flot des partants, embarquant in extremis à Brest alors même que l'aviation allemande bombarde les navires bondés de passagers en fuite…

On se souvient, des années plus tard, des dernières images du couple : la silhouette féminine un peu ronde dominée par la grande stature du Général en pardessus sombre, dans leur promenade solitaire sur les plages de l'Atlantique… Le film rappelle qu'elle fut une forte femme et un soutien puissant , ramenant ainsi le grand bonhomme à portée d'humanité… Plus tard, il fera précéder ses Mémoires de guerre d'un « Pour vous, Yvonne, sans qui rien ne se serait fait »… soulignant à quel point leur complicité et leur confiance l'un en l'autre aura compté.
Le film est de facture classique mais alerte et bien mené. Lambert Wilson et Isabelle Carré se tirent brillamment d'un exercice difficile, évitant la caricature, et, de Pétain à Churchill en passant par Reynaud, tous les personnages jouent leur partition avec des nuances et une humanité qui peuvent accrocher l'intérêt des jeunes générations pour qui « l'appel du 18 juin » est quelque chose de très abstrait (Utopia) 
CGR : mer 11/11h15  13h40  15h50  18h 20h           jeu ven sam dim lun/11h  13h30  15h40  17h50  20h   
 
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.
Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru ! (Utopia)
 
CGR         mer11/17h55  22h10    jeu12/19h50  22h10     ven13 et mar 17/22h10   sam14 dim15 lun16/ 20h45  22h10 
LORGUES  ven13/20h05  sam14/18h  dim15/18h
SALERNES  mer11/20h30    ven13/18h   sam14/20h30
LE LUC  mer11/21h   ven13/18h  sam14/21h   dim15/18h30

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Au(x) cinéma(s) du 4 au 10 mars 2020

Bonjour à tous !
 
Venez nous retrouver ce dimanche 8 Mars à 19h30 avec ce film unique et magnifique qu'Entretoiles vous propose : Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi .
Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR en ciné club est Jojo Rabbit de Taïka Waïtiti, une réflexion acerbe, souvent drôle, parfois émouvante, sur la manipulation élevée au rang de système et l'impératif de l'ouverture aux autres. Les prochaines films en ciné club seront  Notre Dame de Valerie Donzelli, La sainte famille, Adam, Le photographe.
Cette semaine Colibris vous propose au CGR de voir Dark waters  où Todd Haynes le réalisateur s’attaque  au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné et qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés qui savent se montrer criminelles. (aussi au Vox)
Dans la programmation habituelle de CGR vous pourrez voir, en VF ou en VO selon les séances, Le cas Richard Jewell, le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde  et   De Gaulle de Gabriel Le Bomin ,  première fresque historique dédiée à ce personnage mythique.
 
A Lorgues  Scandale de Jay Roach, le harcèlement subi par les vedettes de Fox News, Adam de Maryam Touzani dont on ressort affamés d'humanité et de gourmandises ((aussi à Cotignac), Un fils de  Mehdi M Barsaoui, un 1er film remarquable sur la douleur d'affronter une vérité refusée et La fille au bracelet  de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue (aussi au Vox)

A Salernes L'adieu de Lulu Wang, une heureuse surprise toute simple, toute jolie, Papicha  de Mounia Meddour, multi nominé (et tout récemment aux Oscars) un film sur le courage de la jeunesse algérienne qui ne demande qu'à exulter.et Deux de Filippo  dans lequel le réalisateur 
explore l’amour entre deux femmes retraitées. Un sujet difficile qu’il traite de manière audacieuse et simple.
Au Luc, Lettre à Franco de Alejandro Amenabar sur la montée du franquisme en Espagne et la tension qui règne.
 
A Cotignac, Ma vie de courgette de Claude Barras aborde des sujets graves avec humour et légèreté, 1917 de Sam Mendes nous montre l'épopée de 2 jeunes hommes pendant la 1ère guerre mondiale, avec réalisme et virtuosité, et Notre Dame du Nil de Atiq Rahimi, l'histoire écrite du point de vue des minorités.
 
Au Vox à Fréjus, L'état sauvage de David Perrault,un western oscillant entre songe cauchemardesque et épopée émancipatrice féministe, Mes jours de Gloire d'Antoine de Bary une comédie qui  dresse ainsi le portrait d’une génération narcissique, sans idéaux, sans perspective d’avenir, qui semble ne rien faire pour s’en donner, Lara Jenkins de Jan Ole Gerster, une femme se débat, victime d'elle-même, Un divan à Tunis de Manele Labridi, une fantaisie pleine d'humour,  Parasite de Bong Joon ho, une critique sociale puissante et déjantée, palme d'or à Cannes en 2019 et La cravate de M Thery et E Chaillou, la confession étonnante de Bastien, militant d'extrême droite.
 
Voilà ! vous avez de quoi voir, vous interroger, vous émerveiller, vous émouvoir, réfléchir... alors bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 

UNE VIE CACHÉE

Écrit et réalisé par Terrence MALICK - USA / Allemagne 2019 2h53mn VOSTF - avec August Diehl, Valerie Pachner, Bruno Ganz, Tobias Moretti, Matthias Schoenaerts... Scénario inspiré de l'histoire bien réelle de Franz Jägerstätter (9 mai 1907 – 9 août 1943).

UNE VIE CACHÉETerrence Malick sublime son art dans un film majestueux et sans emphase. Revenant à une narration limpide et accessible, il gravite avec aisance de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Passant de l’universel à l’intime, il maintient une distance pudique avec les êtres et, paradoxalement, nous les rend d’autant plus familiers. Ils sont les fragments d’un grand tout, les pièces d’un puzzle complexe, à l’instar de notre humanité et de ses chaotiques parcours. Mis bout-à-bout, ils racontent notre essence, nos forces, nos failles, nos contradictions, nos âmes jadis pures, désormais souillées par tant de zones d’ombres. Par dessus les montagnes qui tutoient le ciel, les nuages s’amassent, à la fois menaçants et salutaires. Leurs volutes ouatées fractionnent la lumière en rais d’or qui transcendent les verts moirés des champs et y impriment une beauté presque vertigineuse, à flanquer des frissons. Déjà chavirés, une musique au lyrisme tenace finit de nous transporter. Elle souligne la force romanesque d’un récit implacable et prenant qui est une ode magnifique à la résistance, à la désobéissance civile.

1939. Dans la ferme des Jägerstätter, il y a de la joie, de l’amour, des mômes qui gambadent, blonds comme les blés, pas plus hauts qu’eux. Nul n’épargne sa peine et le labeur ne fait pas peur, pas même aux plus jeunes qui contribuent à leur manière. Le pain quotidien des paysans se gagne à la sueur de leurs fronts, grâce à l'obstination de leurs mains caleuses. Cela n’empêche en rien le bonheur. Il flotte dans l’air, comme une odeur de foin coupé, de moissons heureuses. Si Frantz (August Dielhl, au jeu puissant) semble taillé dans un roc, avec sa belle allure athlétique, il n’en oublie pas pour autant d’être tendre avec sa marmaille, taquinant, dorlotant, toujours présent pour sa compagne Franzisca. Dans ce pittoresque village de Radegund, serti dans un écrin de sommets enneigés, l’homme, à n’en pas douter, est apprécié. On le serait à moins : Frantz est toujours prompt à prêter main forte aux membres de la communauté, le cœur sur la main. Comme tout cela va être vite oublié ! Cela pèsera peu dans la balance, quand la bête immonde montrera son nez !
1939, on l’a dit… La guerre gronde et si elle paraît encore lointaine pour ces cultivateurs, le troisième Reich ne les oublie pas quand il dresse l’état des forces vives de sa nation. Si tous ne seront pas mobilisés, tous doivent néanmoins prêter allégeance à Adolf Hitler. Voilà une nation sur la corde raide, procédant sur un fil ténu, où la vie peut soudain faire basculer le commun des mortels dans un camp qui n’est pas le sien, par peur des représailles. Tous retiennent leur souffle, faisant pâle figure, prêts à abjurer leurs plus profondes convictions. Que faire d’autre ? Le bras armé nazi est trop puissant pour espérer s’y opposer. Franz voit bien tout cela. Il n’est pas plus inconscient, ni téméraire qu’un autre, pas plus suicidaire. Pourtant il refusera de ployer, d’aller contre ses fondements, sa foi, dût-il rompre. Plier n’est pas dans sa nature, plus chêne fier que servile roseau. Rien ni personne ne pourra l'obliger à servir « l'idéologie satanique et païenne du nazisme ». Le voilà seul contre tous, citoyen d’une minorité invisible, banni par un peuple sans lieu et sans repère…

Une vie cachée se réfère à celle de tous ces héros inconnus, oubliés de la grande histoire, pourtant indispensables. Fresque lumineuse et méticuleuse, elle passe au peigne fin les mécanismes qui font basculer une démocratie dans la dictature. Un opus renversant, qui bouscule nos sens en même temps que les idées reçues. Aucune institution, magistralement incarnées par une forte galerie de protagonistes secondaires, ne sera épargnée : ni l’armée, ni la justice, ni l’église… Même si la spiritualité reste une des figures tutélaires de ce film touché par la grâce. (Utopia)

Séance Entretoiles au CGR : dimanche 8 mars à 19h30

JOJO RABBIT
Écrit et réalisé par Taïka WAÏTITI - USA 2019 1h48mn VOSTF - avec Roman Griffin Davies, Thomasin McKensie, Scarlett Johansson, Sam Rockwell... D'après le roman Le Ciel en cage, de Christine Leunens.
 Johannes Betzler, alias Jojo, est un enfant timide. Parmi ses camarades de classe, on ne le distingue guère : fluet, il fait pâle figure en comparaison de ses aînés, partis combattre au loin. Alors à l’image de beaucoup d'enfants de son âge, comme lui peu gâtés par la nature, compensant l'absence d'un père appelé sous les drapeaux, Jojo s'invente un ami imaginaire, un ami toujours de bon conseil, plein de sollicitude et d'entrain ; pour trouver un modèle, il n'aura pas à chercher bien loin, puisqu'il s'inspire de son idole, le meilleur ami de tous les petits Allemands blonds aux yeux bleus : Adolf Hitler ! Oui, ça surprend au début, même quand on resitue l'action dans le contexte de l'Allemagne nazie à la fin de la guerre, quand les Alliés commencent à la cerner de toutes parts et que Jojo, élevé dans l'adoration du dictateur depuis son adhésion aux jeunesses hitlériennes, ne rêve que de faire son devoir d'Aryen, à savoir combattre les soldats ennemis, se sacrifier pour la Patrie… et si possible dénoncer des Juifs. C'est là que ça va très vite se compliquer pour Jojo, lorsque, par un concours de circonstances, il va se confronter à ces « démons », et découvrir en autrui (et en lui-même) une humanité qu'il ne soupçonnait pas.
Dire de ce film qu'il danse sur une corde raide est sans aucun doute l'euphémisme de l’année. Narrer sans recul les aventures d'un antisémite fanatique à seules fins d'en rire relèverait de la gageure impossible si le film en restait là. Heureusement Taïka Waititi, réalisateur néo-zélandais né d'un père Maori et d'une mère Juive Ashkénaze, s'émancipe très vite de son postulat de départ, pour nous proposer une réflexion acerbe sur la manipulation, la perversité du monde des adultes, et l'impératif moral de l'ouverture à l'autre.
Toute l'intelligence du parti pris par Waititi tient dans le regard posé sur cette histoire tragi-comique : celle d'une société viciée vue à travers les yeux d'un petit garçon de dix ans ; du coup l'apparition d'un Hitler burlesque et badin fait sens, en ce qu'il est davantage la vision fantasmatique d'un père de substitution que le reflet fidèle du dictateur. Au fur et à mesure que les yeux de Jojo se décillent, le rôle du mentor va s'amenuiser, laissant la place au vrai sujet du film, donc : la manipulation. Celle, massivement destructrice d'adultes lâches et corrompus capables de mentir à des gosses avant de les envoyer au casse-pipe, et celle, plus insidieuse, plus intime, d'un petit garçon terrifié à l'idée de tout perdre et qui reproduit à son tour les mensonges de la propagande à des fins égoïstes.
Passant du rire aux larmes avec un sens des ruptures de ton qui en laisseront plus d'un pantois, Jojo Rabbit ose et réussit haut la main l'impensable : une comédie iconoclaste sur le totalitarisme, qui jamais ne glisse dans la débauche lyrique d'un Tarantino ou la clownerie aseptisée d'un Benigni. L'air de rien, Jojo Rabbit célèbre la liberté de penser, d'aimer et d'exister en dehors de tout système : un bras d'honneur à toutes les entreprises de lavage de cerveau, d'où qu'elles viennent. Et si un film qui commence par une version teutonne d'un tube des Beatles et finit sur un pas de danse esquissé après l'apocalypse ne vous convainc pas qu'il est un hymne à la vie, à l'amour et à la jeunesse, alors rien n'y fera !(Utopia)  
CGR en ciné club : mercredi 4 et lundi 9 10h45, jeudi 5 13h30, vendredi 6 15h35, samedi 7 et dimanche 8 17h45, mardi 10 10h45, 13h30
 
DARK WATERS
Todd HAYNES - USA 2019 2h07mn VOSTF - avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins, Bill Camp... Scénario de Matthew Carnahan et Mario Correa, d’après le livre de Nathaniel Rich.
Il y a quelque chose de pourri en Virginie-Occidentale, au cœur du massif des Appalaches, en cette fin des années 1990. Les fermiers voient leurs vaches mourir les unes après les autres, les yeux rouges, sanguinolents, comme si elles avaient été possédées. Les habitants de la région affichent quant à eux un taux anormalement élevé de cancers… Et au milieu du paysage – géographique, social, psychologique, affectif –, une usine appartenant à Du Pont, l’un des plus grands groupes industriels de chimie des Etats-Unis. Une usine gigantesque dont tout le monde sait depuis 40 ans qu'on y stocke des quantités pharaoniques de déchets qui ont toutes les chances de se retrouver dans les nappes phréatiques courant sous les champs et abreuvant les étables. Mais tout le monde ferme plus ou moins les yeux – et sa gueule –, Du Pont faisant littéralement vivre toute la ville et contrôlant ses principales activités.
 
Malgré l'énormité de la catastrophe écologique et humaine, tout resterait probablement en l'état si contre toute attente un avocat, que rien pourtant ne semblait désigner pour mener un tel combat, n'acceptait d'écouter puis de défendre un malheureux fermier qui voit son bétail mourir et sa propre santé et celle de ses proches s'étioler. Rob Bilott n'a donc a priori nullement le profil d'un avocat de la cause écologique, bien au contraire : il travaille pour un des plus gros cabinets d'affaires de Cincinatti, dont la principale activité est de défendre justement des groupes pétrochimiques. Mais voilà, la grand mère de Rob habite toujours dans ce coin pollué de Virginie et un des fermiers cherchant désespérément un avocat est un de ses amis. Comme quoi la grande Histoire tient parfois à de petites histoires de famille. De plus, malgré le pedigree de ses clients habituels, Rob Bilott porte en lui une foi inébranlable dans la justice et le respect du droit. Et quand il comprend que Du Pont a délibérément empoisonné la région et ses habitants durant quatre décennies, et volontairement dissimulé la toxicité d'une substance utilisée dans nombre de ses produits phares, notre avocat va se mettre en action et devenir le cauchemar de l'industrie qui l'a pourtant fait vivre durant de nombreuses années.

Cette histoire passionnante et édifiante, le comédien – et producteur en l'occurrence – Mark Ruffalo l'a découverte grâce un article choc du New York Times en 2006, alors que Rob Billott se battait déjà depuis plus d'une décennie. Militant écologiste convaincu, combattant acharné contre l'exploitation des gaz de schiste, Ruffalo a convaincu le grand Todd Haynes de réaliser le film adapté du livre de Nataniel Rich relatant cet énième combat du port de terre contre le pot de fer.
Todd Haynes, grande figure du mélodrame à la Douglas Sirk (souvenez vous des merveilleux Loin du paradis et Carol, entre autres…) s’attaque ici au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné (il cite en particulier Révélations de Michael Mann), certes totalement nouveau dans sa filmographie mais qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés d’apparence. S'appuyant sur la performance intense de Mark Ruffalo, entouré de quelques comédiens formidables (citons Tim Robbins en patron du cabinet d'avocats et Anne Hathaway, parfaite en épouse contrariée puis admirative du combat de son avocat de mari), Todd Haynes mène impeccablement son récit, avec le parfait classicisme que requérait son sujet, et nous captive d'un bout à l'autre de ce parcours judiciaire semé d'embûches. Il y a fort à parier qu'après avoir vu ce film, vous regarderez d'un sale œil votre poêle en téflon, produit phare de Du Pont…   (Utopia) 
Présenté par Colibris au CGR : vendredi 6 à 20h ciné débat
Vox Fréjus : mercredi 4 VF 13h40, 20h, VO 16h10, jeudi 5 VF 15h45, VO 18h15, vendredi 6 VF 16h15, VO 15h45, 20h45, samedi 7 VF 13h45, 21h, VO 18h25, dimanche 8 VF 15h30, VO 20h30, lundi 9 VF 13h40, VO 18h10, 20h30, mardi 10 VF 13h45, 20h45, VO 16h15
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.

Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru !
CGR : mercredi 4 VF 18h15, VO 21h, jeudi 5 VF 20h15, vendredi 6 VF 17h50, samedi 7 VF 21h, VO 18h15, dimanche 8 VF 18h15, 21h, lundi 9 VF 20h15, mardi 10 VF 21h
 
DE GAULLE

Gabriel Le BOMIN - France 2019 1h48mn - avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Philippe Laudenbach, Tim Hudson... Scénario de Valérie Ranson Enguiale et Gabriel Le Bomin.

 Avouons-le, notre premier réflexe, à l'annonce d'un film sur le Grand Charles, fut de méfiance : l'entreprise était gonflée, le personnage trop proche de nous, trop particulier peut-être… En choisissant de ne prendre en compte qu'une toute petite partie de la vie de De Gaulle, tout juste deux mois entre avril et juin 1940, Gabriel Le Bomin a choisi le bon angle : ce grand type qui ne semble pas à l'aise dans son corps est encore inconnu de tous, il n'est pas encore entré dans l'Histoire, personne ne sait encore combien son rôle va compter dans l'avenir de la France.
Issu d'un milieu conservateur et catholique, il a une épouse discrète, qu'il aime et qui l'aime, et tous deux manifestent une constante tendresse pour Anne, leur petite fille trisomique qu'ils ont choisi de garder avec eux, à une époque où les enfants handicapés ne sont pas bienvenus dans les familles et se retrouvent le plus souvent abandonnés dans les hôpitaux psychiatriques. Proche de la cinquantaine en mai 1940, De Gaulle est nommé à la fois général et sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Reynaud, après s'être illustré pendant la Bataille de France qui se termine par une défaite des armées française, belge, britannique…

L'heure est grave et le débat est vif entre ceux qui veulent poursuivre les combats et ceux qui réclament un armistice avec l'Allemagne : le président Reynaud tangue, hésite… De Gaulle se heurte à Pétain qui finalement emporte le morceau et le gouvernement s'apprête à capituler sous l'influence du vieux maréchal qui prendra la place de l'hésitant Paul Reynaud le soir du 16 juin et, dès lendemain, appellera à cesser le combat, acceptant de signer un armistice avec Hitler.
Dès lors, De Gaulle précipite les choses. Refusant de suivre Pétain, il prend le parti de rejoindre l'Angleterre, se lançant ainsi dans un pari que plus d'un pensent fou : « ce que j'entreprends est un véritable saut dans l'inconnu » écrira-t-il dans ses carnets… Et on mesure ici la témérité de l'entreprise : cet homme seul, inconnu de ses interlocuteurs, se retrouvant en Angleterre, sans savoir même où loger, pour lancer l'idée d'une résistance qui n'est nullement acquise… De Gaulle trouvera pourtant l'oreille d'un Churchill aussi visionnaire que lui, sans l'appui duquel il n'aurait probablement jamais pu lancer, sur les ondes de la BBC, ce fameux appel qui deviendra l'acte fondateur de la France libre…
En France, c'est la débâcle et devant l'avancée des troupes allemandes, des millions de personnes paniquées se lancent sur les routes avec de maigres bagages, en charrette, à vélo, à pied, en voiture parmi les morts et les blessés touchés par les bombardements…
De Gaulle prie son épouse de s'éloigner au plus tôt d'une maison où elle n'est plus en sécurité. Yvonne et ses trois enfants, dont la petite Anne, se retrouvent dans le flot des partants, embarquant in extremis à Brest alors même que l'aviation allemande bombarde les navires bondés de passagers en fuite…

On se souvient, des années plus tard, des dernières images du couple : la silhouette féminine un peu ronde dominée par la grande stature du Général en pardessus sombre, dans leur promenade solitaire sur les plages de l'Atlantique… Le film rappelle qu'elle fut une forte femme et un soutien puissant , ramenant ainsi le grand bonhomme à portée d'humanité… Plus tard, il fera précéder ses Mémoires de guerre d'un « Pour vous, Yvonne, sans qui rien ne se serait fait »… soulignant à quel point leur complicité et leur confiance l'un en l'autre aura compté.
Le film est de facture classique mais alerte et bien mené. Lambert Wilson et Isabelle Carré se tirent brillamment d'un exercice difficile, évitant la caricature, et, de Pétain à Churchill en passant par Reynaud, tous les personnages jouent leur partition avec des nuances et une humanité qui peuvent accrocher l'intérêt des jeunes générations pour qui « l'appel du 18 juin » est quelque chose de très abstrait (Utopia) 
CGR : mercredi 4, vendredi 6, samedi 7, dimanche 8, mardi 10 : 10h45, 15h45, 20h, jeudi 5 et lundi 9 : 10h45, 13h30, 17h40, 20h

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Au(x) cinéma(s) du 26 février au 3 mars 2020

Bonjour à tous !

Voici les 2 prochaines dates Entretoiles à retenir: le 8 Mars à 19h30 avec un film unique Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi . Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR pas de film dans le cadre du ciné club pour cause de vacances scolaires..Le prochain film ciné club sera Jojo Rabitt  à partir du 4 mars puis Notre Dame de Valerie Donzelli  diffusé  la semaine suivante
Dans la programmation habituelle de CGR vous pourrez voir, en VF ou en VO selon les séances, Le cas Richard Jewell, le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde et en avant  première  De Gaulle de Gabriel Le Bomin ,  première fresque historique dédiée à ce personnage mythique.
 
A Lorgues  Adoration, un film franco belge, récit initiatique envoûtant sur l'amour fou et la perte de l'innocence et Deux de Filippo  dans lequel le réalisateur explore l’amour entre deux femmes retraitées. Un sujet difficile qu’il traite de manière audacieuse et simple.
 
A Salernes Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part d' Arnaud Viard, une comédie sincère et très touchante et Pour Sama un documentaire syrien qui est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d'amour d'une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique.
 
Au Luc (aussi au Vox) La fille au bracelet  de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue  et Jojo rabit de Taika Waïtiti,(bientôt à CGR) une comédie iconoclaste sur le totalitarisme, bientôt à CGR en ciné club.

Au Vox L'état sauvage de David Perrault,
un western oscillant entre songe cauchemardesque et épopée émancipatrice féministe, Mes jours de Gloire d'Antoine de Bary une comédie qui  dresse ainsi le portrait d’une génération narcissique, sans idéaux, sans perspective d’avenir, qui semble ne rien faire pour s’en donner , Dark waters où Todd Haynes le réalisateur s’attaque  au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné et qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés d’apparence et toujours à l'affiche Lettre à Franco, Un divan à Tunis et La fille au bracelet.
 
Bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 
 
 
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.

Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru !
 
CGR  VF  mer 26  et lun2/10h45  19h45      jeu et mar3/10h45  ven/17h30  19h45   sam/10h45   dim/19h45  
             VO  mer 26/ et lun2/17H30     jeu/18h45     ven/10h45   sam et mar3/19h45

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Au(x) cinéma(s) du 19 au 25 février 2020

Bonjour à tous !
 
Voici les 2 prochaines dates Entretoiles à retenir:  le 8 Mars avec un film unique Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi . Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR pas de films dans le cadre du ciné club pour cause de vacances scolaires..Le prochain film ciné club sera  Notre Dame de Valerie Donzelli  diffusé en Mars.
Dans la programmation habituelle de CGR vous pourrez voir, en VF ou en VO selon les séances, Le cas Richard Jewell,  le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde et, toujours au programme, 1917 ( aussi à Lorgues) de Sam Mendes, un film qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale.
 
A Lorgues  Marche avec les loups (aussi au Vox) ,un  documentaire de Jean-Michel Bertrand qui raconte le grand mystère de la dispersion des loups, Séjour dans les Monts Fuchun de Gu Xiaxogang, qui signe une magnifique fresque contemporaine, lumineuse et subtile de la Chine d'aujourd'hui, L'adieu de Lulu Wang, un film qui explore à la fois le mensonge comme acte d'amour et les mutations de la Chine d'aujourd'hui, et enfin Les Ciné débats citoyens vous proposent Viva Zapatero, sur le thème "pouvoir et médias", ou comment se protéger de la propagande.
 
A Cotignac Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part de Arnaud Viard, une comédie sincère et terriblement touchante,  Cuban Network de Olivier Assayas, un thriller qui nous rappelle que la que la politique et la grande histoire peuvent broyer des destinées humaines  et   Le photographe de Ritesh Batra, qui, après le délicieux Lunchbox, nous propose une subtile analyse d'une société indienne en transition.
 
Au Vox  Lettre à Franco de Alejandro Amenabar qui explore la montée du Franquisme dans les années 36 et suivantes, sans manichéisme, La fille au bracelet de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue,  Un divan à Tunis de Manele Labidi, un délicieux cocktail d'intelligence, de drôlerie et d'émotion qui raconte l'état d'un pays entre élan de modernité et poids des traditions, Jojo rabit de Taika Waïtiti, une comédie iconoclaste sur le totalitarisme et Parasite de Bong Joon-ho, Palme d'or au Festival de Cannes 2019, une fable contemporaine terriblement caustique et délirante.
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : 

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Au(x) cinéma(s) du 12 au 18 février 2020

Bonjour à tous !
 
Dès maintenant vous pouvez noter que la prochaine soirée Entretoiles aura lieu le 8 Mars avec un film unique Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi . Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR pas de films dans le cadre du cine club.Le prochain film  Notre Dame de Valerie Donzelli sera diffusé en Mars.
Dans la programmation habituelle vous pourrez voir en avant premiere mais en VF Le cas Richard Jewell le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'amérique profonde et toujours au programme1917( aussi au Luc) de Sam Mendes, un film qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale.
 
A Lorgues Martin Eden un film  où Pietro Marcelo le cinéaste propose une lecture très libre du célèbre roman de Jack London et  réussit une adaptation lyrique qui dialogue avec notre époque et The last tree un film de Shola   Amoo ,un récit semi-autobiographique qui explore des questions de race, de famille et d'identité dans la Grande-Bretagne d'aujourd'hui.
 
A Cotignac Les Siffleurs  un film roumain de Corneliu Poremboiu (qu'Entretoiles vous propsera en Mars) qui se  joue des archétypes des films de genre : noir, western, romance… tous les ingrédients sont là : vamp irrésistible, truands à la gâchette facile, flics ripoux, courses-poursuites, trafics illicites, Revenir (aussi au Vox)de Jessica Palud, un premier film et une très jolie découverte, Scandal  de Jay Roach, une dénonciation choc du harcèlement subi par les présentatrices de Fox News et Marche avec les loups(aussi au Vox) ,un  documentaire de Jean-Michel Bertrand où il poursuit son observation aiguë de la nature sauvage.
 
Au Vox  parmi les nouveautés La fille au bracelet de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et tenue et  Un divan à tunis de Manele Labidi, une pépite ensoleillée en plein cœur de février et toujours à  l'affiche  Notre Dame du Nil un film rwandais de Atiq Rahimi qui nous immerge dans le camp des laissés pour compte,   Jojo rabit de Taika Waïtiti, une comédie iconoclaste sur le totalitarisme et Cuban Network de Olivier Assayas, un thriller qui nous rappelle que la que la politique peut broyer des vies . 
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous  et n'oubliez pas l'A.G VENDREDI 14 fevrier à 18h à la maison des sports.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
    
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.

Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru !
CGR   V.F    Avant premiere mardi 18/19h45

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Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 février 2020

Bonjour à tous !
 
Ce dimanche 9 février, nous vous attendons nombreux à notre  soirée Entretoiles où nous vous proposons de venir découvrir avec nous  2 films, sur le thème "Fables..." avec: Le miracle du Saint inconnu film marocain de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde   et Talking about trees film soudanais de Suhaib Gasmelbari, l'épopée rocambolesque (et vraie !) de 4 octogénaires, mousquetaires du cinéma., une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !! Bien sûr, comme d'habitude vous êtes invités à l'(apéritif Entretoiles entre les deux films ! Ceux d'entre vous qui veulent et peuvent contribuer en apportant quelque chose à partager sont vivement encouragés à la faire !
Dans la programmation ciné club de CGR, vous pouvez voir Les filles du docteur March de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages (aussi à Salernes et au Vox).
Dans la programmation ordinaire au CGR : Scandale (aussi au Luc) de Jay Roach, une dénonciation choc du harcèlement subi par les présentatrices de Fox News, Une belle équipe, où Mohamed Hamidi, (après le délicieux La vache), nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués, 1917 de Sam Mendes, qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale et Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part de Arnaud Viard, un film sincère et terriblement touchant.
 
A Lorgues,ne manquez pas Le festival Cin'Edison à partir du 7 février avec un apéritif d'honneur offert par la mairie de Lorgues pour l'avant première de  La dernière vie de Simon, en présence de l'équipe du film. Regardez tout le programme de la semaine de ce festival des avant premières sur cinedisonlorgues.fr, avec 12 films.
 
A Salernes, allez voir Le lac aux oies sauvages de Yinan Diao, polar décoiffant et formellement magnifique.
Au Vox à Fréjus, le film chinois : Séjour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine, Revenir de Jessica Palud, un premier film et une très jolie découverte, Notre Dame du Nil un film rwandais de Atiq Rahimi qui nous immerge dans le camp des laissés pour compte, Cuban Network de Olivier Assayas, un thriller qui nous rappelle que la politique peut broyer des vies et Jojo rabit de Taika Waïtiti, une comédie iconoclaste sur le totalitarisme (ausi à Lorgues).
 
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition le 9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons donc dans le hall  le 9 février à 17h30.
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

LE MIRACLE DU SAINT INCONNU

Alaa Eddine Aljem - Maroc 2019 1h40mn VOSTF - avec Younes Bouab, Salah Bensalah, Bouchaib Essamak... Ouverture de la Semaine de la Critique, Cannes 2019.

LE MIRACLE DU SAINT INCONNU

Le bled de ce premier long métrage marocain semble sorti de terre par miracle, construit et peuplé à toute vitesse dans l’intervalle entre le prologue du film et le début de son intrigue chorale. Avant : un voyou fuit la police au milieu d’un nulle part de sable, trouvant le temps d’enterrer son magot au sommet d’une colline avant d’être jeté en prison. Après : cherchant l’emplacement du butin après sa sortie, notre homme y découvre un mausolée en hommage « au saint inconnu » du titre, entretenu et chéri par les habitants du hameau construit entre-temps au bas de la dune.
La tombe qu’ils vénèrent recèle le trésor que le malfrat va avoir du mal à exhumer, l’endroit étant sous la surveillance constante d’une galerie de personnages loufoques, qui s’avéreront tous tiraillés entre la foi, l’ennui et l’appât du gain : on rencontre le gardien du temple et son chien bien-aimé, le nouveau médecin du village, son infirmier placide et ses patientes désœuvrées, un jeune paysan au père dépressif, contemplant les champs délaissés par la récente urbanisation des lieux, entre autres figures locales en recherche de sens sur fond de miracles répétés (car le saint, bien qu’inconnu et inexistant, est prodigue en prodiges). (Libération)

« Ce qui définit mieux ce film, c’est son ton, un mélange de situations, certaines comiques, d’autres plus dramatiques. C’est une fable moderne teintée d’absurde, qui emprunte au conte. C’est un film choral, bâti autour de plusieurs personnages, une histoire burlesque sur le rapport à la foi et l’observation de la transformation d’une microsociété. » (Alaa Eddine Aljem)

CGR Soirée Entretoiles dimanche 9 février à 18h

 

TALKING ABOUT TREES

Suhaib GASMELBARI - documentaire Soudan 2019 1h34mn VOSTF - avec les quatre mousquetaires soudanais défenseurs du cinéma : Ibrahim Shaddad, Suliman Ibrahim, Eltayeb Mahdi et Manar Al-Hilo... Récompensé par le Prix du jury ou le Prix du public dans sept festivals internationaux !.

TALKING ABOUT TREESCe pourrait être le croisement improbable entre Cinéma Paradiso et Buena Vista Social Club… D'un côté un cinéma à l'abandon, de l'autre une bande de joyeux octogénaires que le temps et les vicissitudes de la vie semblent à peine avoir affectés. Sachant que cette histoire aussi incroyable que réjouissante ne se passe ni dans le sud pittoresque de la Sicile, ni dans le royaume cubain de la salsa, mais dans un de ces états répertoriés sur la liste noire de notre Ministère des affaires étrangères, qui déconseille vivement de s'y rendre : en l'occurrence le Soudan, cet immense pays aux sources du Nil qui, depuis 1989, a vécu 30 longues années sous la dictature islamiste de Omar El Béchir. Une terrible période, marquée par une guerre civile avec le Sud du pays non musulman, des famines sans précédent… et une répression féroce de toute opposition, dans un contexte où on a soupçonné le président de financer le terrorisme international.

Mais étonnamment, dans ce film doux et drôle, il n'est pas question des terribles malheurs du pays, il est question d'un vieux cinéma et de quatre vieux bonshommes encore vaillants et bien décidés à lui redonner vie. Il faut dire que Ibrahim Shaddad, Suliman Ibrahim, Eltayeb Mahdi et Manar Al-Hilo, bien que largement oubliés jusque dans leur pays, ont connu leur heure de gloire cinématographique. Dans les années 1960-70, ils furent des cinéastes talentueux dans un pays sous obédience marxiste, après avoir fait leurs études de cinéma dans les universités de Moscou, de Berlin-Est ou du Caire. Ils ont même créé un groupe, une revue et réalisé quelques films primés dans des festivals internationaux. Mais avec l'arrivée au pouvoir de El Béchir, le cinéma a totalement disparu du Soudan, et pas mal de réalisateurs ont pris le chemin de l'exil. 40 ans plus tard, nos quatre mousquetaires ont plein de souvenirs en tête mais aussi l'envie, malgré le poids des années et les tracasseries du régime, de ne pas laisser le cinéma mourir. Et les voilà bien décidés à relancer une grande salle, un immense paquebot qui semble échoué sur le sable, avec comme souvent dans la région un cinéma en extérieur, son immense mur d'écran et son amphithéâtre gigantesque où divaguent occasionnellement les dromadaires. Les indomptables vétérans ont bien l'intention de redonner le goût du cinéma à un public jeune, choisissant dans ce but comme premier film à projeter le Django unchained de Tarantino.
Évidemment le chemin sera semé d'embûches autant techniques qu'administratives, la censure ne s'en laissant pas compter. L'énergie de ces quatre grands-pères, prêts à tout pour partager leur passion avec leurs compatriotes (il y a notamment une scène rocambolesque de projection de films de Chaplin en pleine tempête qui rappelle le bon temps du cinéma forain), est largement communicative, tout comme leur humour corrosif : il faut les voir ironiser sur l'absurdité du pouvoir en place ! Autant dire qu'on ne s'ennuie jamais à suivre leurs péripéties, et on se dit dit au passage que nos petits soucis de montreurs d'images sont bien anecdotiques en comparaison !

Depuis la fin du tournage de Talking about trees (le titre est une référence à un poème de Brecht), le président dictateur a été déchu par un coup d'état de l'armée suite à des mois de manifestations populaires, et emprisonné, sous le coup de poursuites pour génocide du Tribunal Pénal International. La situation au Soudan est loin d'être devenue mirobolante, mais on souhaite quand même un joyeux épilogue aux projets de nos quatre papys amoureux fous du cinéma et des films, que ce soit pour les tourner ou pour les montrer. (Utopia)

CGR soirée Entretoiles dimanche 9 février à 20h30

 

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH

(LITTLE WOMEN) Écrit et réalisé par Greta GERWIG - USA 2019 2h15mn VOSTF - avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Eliza Scanlen, Meryl Streep, Laura Dern, Timothée Chalamet... D'après le roman de Louisa May Alcott.

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH

Pour son deuxième long-métrage en tant que réalisatrice, Greta Gerwig n'a pas eu froid aux yeux et réalise un grand écart aussi ambitieux qu'intrigant : attendue au tournant après le très beau Lady Bird, film indépendant intimiste et résolument contemporain, sur un scénario original qu'elle a écrit elle-même, elle s'attaque ici à un monument de la littérature américaine, le roman ultra populaire de Louisa May Alcott, déjà adapté huit fois pour le grand écran ! Fresque romanesque, production et budget beaucoup plus importants, casting haut de gamme réunissant la jeune et talentueuse nouvelle garde hollywoodienne (cela dit, Ronan et Chalumeau étaient déjà présents dans Lady Bird) encadrée par les deux prestigieuses aînées Meryl Streep et Laura Dern : allait-elle réussir le pari d'apporter sa touche alliant vivacité et fraîcheur, de s'approprier ce classique pour en faire une œuvre personnelle ? Certains regretteront sans doute de voir rentrer un peu dans le rang, de voir s'assagir un des feux follets du cinéma indépendant américain mais nous avons pour notre part trouvé le film très réussi, assumant pleinement ses grands et nobles sentiments, menant avec une énergie communicative un récit impeccablement agencé, et tirant le meilleur parti de sa kyrielle de comédiennes qui dessinent, toutes générations, tous parcours confondus, un formidable portrait de groupe d'une féminité aux multiples facettes. Aucune raison de bouder son plaisir !

Pendant que la guerre de Sécession fait rage, qui mobilise leur père engagé comme médecin, les quatre filles du Docteur March vivent aux côtés de leur mère, aimante et complice, les derniers éclats de leur enfance et de leur insouciance. Si elles prennent encore un malicieux plaisir à interpréter dans le grenier de la demeure familiale les pièces de théâtre écrites par la flamboyante Jo, la naissance de leurs premiers sentiments – amoureux tout particulièrement – et les doutes qui les accompagnent vont peu à peu faire entrer les sœurs dans le monde des adultes. Le film va suivre le parcours de chacune, leur cheminement intime. Jœ la passionnée, qui veut être écrivaine et demeure farouchement opposée au mariage. Meg la discrète, qui ne rêve que de construire un foyer. Amy l'excentrique, qui se voit créatrice libre mais aussi et épouse amoureuse. Enfin la fragile et effacée Beth, artiste lunaire qui est aussi la plus sage de toutes…

Moderne ? Sans aucun doute. Non pas dans la mise en scène, la manière dont Greta Gerwig filme les paysages (sublimes), les robes qui tournent (virevoltantes), les intérieurs (chatoyants) ou les visages (frémissants) qui reste très classique, mais bien dans la construction du récit et dans la profondeur psychologique qu'elle offre à chaque personnage. C'est en cela sans doute que l'on reconnaîtra la brillante réussite de cette nouvelle adaptation : Greta Gerwig aurait pu choisir le confort intellectuel de se concentrer sur la seule figure de Jo March, la rebelle de la fratrie, et faire des trois autres les pâles figurantes d'un vieux monde patriarcal. Elle fait au contraire le choix de filmer toute la richesses des sentiments et des situations pour montrer qu'il n'y a pas qu'une seule e unique voix / voie possible et que l'exercice au féminin de son propre libre arbitre est le plus beau des combats.(Utopia)

CGR : mercredi 5 VO 10h45, jeudi 6 VO 13h45, vendredi 7 16h30 
Vox Fréjus : en VF jeudi 6 15h35, vendredi 7 13h45, lundi 10 15h50, mardi 11 18h
Salernes : mercredi 5 et samedi 8 18h, vendredi 7 20h30
 

 

SCANDALE

Réalisé par Jay Roach - USA 2019 1h49mn VF - Avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, John Lithgow... Scénario de Charles Randolph.

SCANDALEEn France, l’affaire n’a pas tellement marqué les consciences. Pourtant la chute pour harcèlement sexuel, à l’été 2016, de Roger Ailes, l’emblématique fondateur de la chaîne d’informations conservatrice Fox News, constitue un préambule à l’affaire Weinstein et annonce l’émergence du mouvement #MeToo. Scandale retrace le combat des journalistes et des animatrices stars de la chaîne pour dénoncer les agissements du bras droit de Rupert Murdoch… Nicole Kidman et Charlize Theron incarnent deux présentatrices vedettes de Fox News, respectivement Gretchen Carlson et Megyn Kelly. Placardisée, puis licenciée sans justification, Carlson qui a dû résister aux pressions et aux avances de Roger Ailes (John Lithgow) décide de l’attaquer pour harcèlement et cherche d’autres compagnes d’infortune au sein du groupe…

Bien que concernée, Kelly, prise dans la tourmente de la présidentielle de 2016 et sous le feu de tweets rageurs de Donald Trump (la journaliste avait notamment rappelé au milliardaire ses commentaires désobligeants envers les femmes lors du fameux débat tenu en 2015 entre les candidats républicains aspirant à la présidence des États-Unis), est réticente à témoigner. Le troisième personnage féminin incarné par Margot Robbie est un personnage fictionnel, composite, inspiré par différentes reporters et productrices de programmes. Sa Kayla Pospisil est naïve, complètement fan de la ligne éditoriale de Fox News et espère gravir les échelons au plus vite, mais les coulisses de son organisation où règne une masculinité toxique élevée au rang de culture d’entreprise ne vont pas tarder à nourrir son désenchantement…
La télévision étant essentiellement un « médium visuel », comme se plaisait à le dire le patron, qui n’hésitait pas à faire défiler devant lui celles qui rêvaient d’y faire carrière, dans une espèce de rituel où, avec la complicité d’une assistante, il se retrouvait seul avec elles derrière sa porte close. À ce chapitre, le malaise atteint son paroxysme quand la jeune Pospisil , par ailleurs chrétienne évangélique ambitieuse, doit mettre de côté toutes ses valeurs pour combler le regard malsain de celui qu’on surnommait aussi « Jabba the Hutt ». Quand, lors de la scène la plus malaisante du film, ce dernier demande à la nouvelle recrue de relever un peu sa jupe, encore un peu et encore un peu plus, la nature du sentiment horrible qui peut alors envahir une personne harcelée est illustrée de façon éloquente.

Jay Roach s’emploie aussi à décrire comment le réseau s’y est pris pour « vendre » son idéologie en poussant la notion d’information spectacle – et le sexisme – encore plus loin. Roger Ailes exigeait d’ailleurs que les animatrices soient assises derrière des bureaux en plexiglas. Dans une émission de débat, on s’assure qu’une participante soit assise de côté au bout de la table, de sorte que les jambes soient bien mises en valeur…
Ceux qui ont suivi l’affaire il y a trois ans, ou qui connaissent déjà un peu l’univers de Fox News Channel, n’apprendront rien de vraiment neuf, mais apprécieront la qualité de la reconstitution. Porté par ses trois excellentes actrices, Scandale a aussi le mérite de montrer comment faire changer la honte de camp.

(d'après lefigaro.fr et lapresse.ca)

CGR : jeudi 6, lundi 10, mardi 11 11h, 17h40, vendredi 7 11h, 18h,

Le Luc : mercredi 5 VO 21h, vendredi 7 VF 18h, dimanche 9 VF 16h

 
UNE BELLE ÉQUIPE      Réalisé par Mohamed Hamidi (avec  Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette, Sabrina Ouazani et encore bien d’autres acteurs interprétant les footballeuses et les maris de ces grandes sportives),
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Une Belle Equipe" est un film qui dépasse le simple football.Il évoque avant toute chose les rapports entre hommes et femmes. Confronté(e)s à une situation inhabituelle, chacun et chacune vont apprendre les uns des autres. Apprendre la difficulté de mener de front une vie de mère avec une carrière : les repas à préparer, le petit qu'il faut soigner quand il est fiévreux, la corvée des courses, les crises des tout-petits quand on passe au rayon céréales, se coucher la dernière après que tout soit rangé Pour l’autre, c’est d’enfin goûter au loisir, au plaisir, à la détente, à l’adrénaline du sport qu’elles ont toujours pu regarder à la télévision mais jamais vraiment toucher du bout du pied. Ce sport trop souvent pratiqué uniquement par les hommes. Certes, leurs maris perdent, mais dans leur esprit ils sont toujours à se battre pour gagner leur place de footballeur. Jusqu’au jour où les footballeurs en question, membres du SPAC (association de football), se voient interdits de terrain suite à une bagarre après un match. Une solution ? Intégrer des femmes dans l’équipe pour finir le reste de la saison.
Quand ni les jeunes, ni les retraités veulent ou ne peuvent venir intégrer la dite équipe, ce sont les femmes qui manifestent leur volonté de jouer au football. Une candidature qui pourrait sauver le club. Malgré l’opposition des hommes, qui trouvent ridicule de voir leurs femmes en shorts et maillots sur le terrain, les épouses vont enfin pouvoir jouer, non pas en dilettantes, mais en vraies professionnelles : leur heure de gloire a enfin sonné. Cette victoire, elles la veulent et elles n’en démordront pas.

Oui, le football est majeur dans le film, mais ce n’est pas pour autant qu’il soit la place centrale du scénario. Le réalisateur Mohamed Hamidi n’a pas voulu que les cinéphiles soient réticents à l’idée d’entrer dans les salles obscures pour visionner "Une Belle Equipe". Pour certains, rien que d’entendre le mot « football » cela leur procure des frissons dans le dos… Rassurez-vous, "Une Belle Equipe" ne se nomme pas "Un beau match" !
 
Il n’est donc pas totalement question du football. Disons que ce dernier est un sport qui réunit beaucoup de monde jusqu’à présent. Il y a toujours une équipe de football, un terrain pour y jouer, même dans les plus lointains villages de France. Mohamed Hamidi a donc voulu rassembler le plus de monde possible autour d’un thème, d’un sport éminemment populaire. Pourtant, dans le cas présent, le football n’est là que pour « accompagner » l’histoire, tant et si bien que nous pourrions, à partir des vies des personnages, créer une série à la suite du film.
 
"Une Belle Equipe" n’est pas à 100% dans le football, car le film n’exploite pas tant que ça la place des femmes dans ce sport, leur combat pour entrer dans l’équipe.  C’est en cela qu’il se différencie d’un film plus récent : Comme des garçons réalisé par Julien Hallard en 2018 avec Vanessa Guide, Max Boublil et Sarah Suco. Comme des garçons est un film qui s’est inspiré d’un fait historique : la création de la première équipe féminine de football en France à Reims. Il se déroule dans les années 1968 alors qu’Une belle équipe est une histoire actuelle.
Mohamed HAMIDI est d'ailleurs revenu sur les origines de son film :  « C’était plus que compliqué de faire un film sur le football féminin alors que Comme des garçons allait se faire. J’ai donc commencé à écrire et j’ai arrêté d’écrire pour écrire un autre film qui est "Jusqu’ici tout va bien" avec Gilles Lellouche et Malik Bentalha. Quand le film était en tournage, j’avais parlé à Kad Merad qu’il y avait un tournage sur le football féminin et effectivement mon film est contemporain et mon sujet c’est des filles qui jouent contre des garçons, mais Kad Merad m’a rappelé en me disant qu’il avait appelé les gens de la compagnie Mars Distribution et ils ont dit que "Comme des garçons" est un film historique.  Ce n’est pas du tout la même histoire, c’est sur la première équipe féminine, ce n’est pas la même époque. Je me suis donc remis à écrire après et j’ai donc eu beaucoup de réticence au début à faire ce film, mais quand j’ai vu "Comme des garçons", j’étais plutôt rassuré, car effectivement même si ce sont deux films qui tournent autour du football, ce n’est vraiment pas du tout la même époque, la même problématique. On est plus chez moi dans des problématiques contemporaines que des problématiques des années 1960. »Les films ne sont donc pas comparables. Effectivement, ils reprennent la même thématique : le football. Tous les deux ont des femmes qui veulent défendre leur place dans le football, mais Une belle équipe nous expose bien plus qu’une histoire de match. Mohamed Hamidi nous parle des relations familiales, de couples, de l’opposition des hommes face à leurs femmes qui veulent prendre leur place. Mais ce n’est pas pour les remplacer, qu’elles font cela. Elles aiment simplement le football et elles veulent sauver l’équipe fondée par leurs maris et à laquelle tous tiennent tant.
 
Le film nous montre ce que les hommes ne voient pas dans les actes de leurs femmes, s’engageant dans ce sport pour des raisons qui vont bien au-delà de l’amour pour le football qui est presque une excuse finalement. Nous sommes davantage dans une découverte entre hommes et femmes qui, jusque-là, vivaient dans l’incompréhension. Aussi, la ultime est-elle la suivante : dans ce village, où tout le monde a une place attribuée, où rien n’a jamais changé véritablement jusqu’à ce match de football féminin, le désaccord et la colère qui confrontent les hommes et les femmes, seront-ils enfin apaisés ?
Elisa Drieux-Vadunthun
CGR : jeudi 6 et lundi 10 15h50

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn VOSTF - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.

1917Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Première Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée. (Utopia)

CGR : mercredi 5, vendredi 7, dimanche 9, mardi 11 10h45, 16h30, 19h30, 22h15, jeudi 6, samedi 8 et lundi 10 13h20, 22h30

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Au(x) cinéma(s) du 29 janvier au 4 février 2020

Bonjour à tous !

Tout d'abord veuillez noter que la prochaine soirée Entretoiles aura lieu le dimanche 9 février avec 2 films sur le thème "Fables..." : Le miracle du Saint inconnu une petite merveille burlesque qui stigmatise avec une même impertinence l’obscurantisme et les névroses mercantiles et Talking about trees  un document exceptionnel doublé d’une aventure humaine de cinéma, d’humour et de résistance politique : une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !!  
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition le  9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que vous pourrez  renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons dans le hall le 9 février à 17h30.
      
Cette semaine dans le cadre du Ciné club à CGR allez voir Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan  (aussi à Salernes et à Cotignac) un polar décoiffant et magnifique où le réalisateur  continue de peindre une Chine toujours plus démentielle et désespérée. Le prochain film de ciné club sera Les filles du Docteur  March.
Dans la programmation ordinaire toujours à l'affiche 1917(aussi à Salernes)de Sam Mendes,un film  qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale, Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part  une histoire simple, traitée avec délicatesse, d'après le roman d'Anna Gavalda et une belle équipe où Mohamed Hamidi, après le délicieux La vache, nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués

      

A Lorgues ils vous proposent  Lola vers la mer, qui plus qu'un film sur les personnes transgenres est un drame bouleversant sur la relation conflictuelle entre un père et son enfant.La Vérité   de Kore Eda  qui signe en France un film drôle et grinçant sur la famille, Swallow où  Carla Mirabella-Davis, la réalisatrice brosse le portrait envoûtant d’une femme sur le chemin d’une rébellion secrète et Les filles du docteur March ( aussi au Luc et au Vox)) de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages  
A  Salernes Cunningham (aussi à Cotignac) un documentaire qui   retrace l’évolution artistique du chorégraphe américain Merce Cunningham et L'âme du vin un documentaire  sur  la culture du vin selon le rythme des saisons à sa dégustation.
Au Luc un film émouvant L'adieu  de Lulu Wang où la cinéaste livre une chronique familiale douce et drôle autour d’une grand-mère en fin de vie.
Au Vox Revenir  un premier film, librement inspiré du roman de Serge Joncour L’amour sans le faireCuban Network où Olivier Assayas , le réalisateur revient sur l’idéalisme, les vies entières dévouées ou soumises à la politique et toujours au programme Le Photographe de Ritesh Batra, où après The lunchbox, ce réalisateur nous entraîne dans une analyse subtile d'une société indienne en transition, et Le miracle du Saint inconnu de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde.(à CGR le 9 fevrier avec Entretoiles)  
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 
LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...

LE LAC AUX  OIES SAUVAGESComme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager.

À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)

CGR  ciné club v.o  mer29 et lun 3/10h45   jeu30 et mar4 /13h45 ven31/15h45  sam 1/17h45  dim2/18h

SALERNES   jeu30/18h

COTIGNAC      jeu30/20h30

    
1917

Sam MENDES - GB / USA 2019 2h VOSTF - avec George McKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Andrew Scott, Richard Madden, Colin Firth, Benedict Cumberbacht... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.

 
 
L’intrigue de 1917 est simple. Les caporaux britanniques Schofield (George MacKay, absolument formidable) et Blake (Dean-Charles Chapman, très bien aussi) y sont des pions à qui le Général Erinore (Colin Firth) confie une mission à peu près impossible, consistant en une percée apparemment suicidaire sur le territoire conquis par les Allemands en France. L'objectif est de faire passer directement un ordre qui empêchera la mort presque certaine d'un régiment de 1600 hommes sur le point de tomber dans un piège fatal tendu par les ennemis. Détail qui n’en est pas un : le régiment en question compte dans ses rangs le propre frère de Blake. Canevas hyper-classique donc, mais exécution virtuose, qui fait de 1917 un film objectivement hors du commun.
Le réalisateur Sam Mendes – qu’on a beaucoup apprécié en réalisateur de American beauty ou des Noces rebelles puis un peu perdu de vue quand il s’est consacré à la franchise James Bond – s'est appuyé ici sur la grande habileté du chef-opérateur Roger Deakins – complice habituel des frères Coen – pour donner au spectateur l’impression saisissante que cette entreprise périlleuse est filmée en un seul long plan continu, au plus près des sentiments de ses héros qui ne demandaient surtout pas à l’être. Les cinéphiles attentifs ne s’y tromperont pas : il ne s’agit pas d’un plan-séquence unique, il y a quelques coupes mais il faut bien reconnaître qu’on ne les remarque presque pas. C’est un projet incroyablement ambitieux, car le décor change souvent au cours du film, passant des tranchées qui abritent des centaines de soldats britanniques et des champs jonchés de cadavres et de carcasses d'animaux à une ferme avec des vaches, l’action nous entraînant de passages de rivière dangereux à des cachettes sous terre, d’un convoi sur la route au champ de bataille lui-même. Des avions allemands survolent le théâtre d’opérations à intervalles réguliers, la caméra suit les hommes, courant avec eux avec l'agilité d’un chien de combat… On imagine que la décision de tourner en continu a dû nécessiter une planification poussée à l’extrême, un véritable plan de bataille.
Le jeu en valait la chandelle car la mise en scène est hautement immersive. Le travail sur les décors, les costumes, l’enchaînement des situations, tout donne l’impression que les choses arrivent par accident, et non parce que cela a été méticuleusement prévu, et le film est porté par une énergie, par une sensation d’urgence qui tiennent en haleine de bout en bout.

Mais 1917 ne se résume pas à un film de technicien, car au-delà du travail sur le montage et sur la construction des plans, il n’oublie jamais le principal : l’humain. Il parvient à donner du relief aux personnages que nous suivons et que nous apprenons à connaître – mais aussi à ceux qui ne font qu’une brève apparition –, à susciter l’empathie du spectateur, rappelant toujours que ce sont bien des êtres humains, avec une histoire, un passé, une famille, des émotions, des sentiments et des états d’âme qui risquent ou donnent leur vie dans ce combat qui les dépasse.(Utopia)
CGR   mer29 et sam1/ 10h45  14h  19h40     jeu30 ven31 lun3  mar4/10h45  13h30h   15h30  20h  dim2/10h45 15h30  19h40
 
SALERNES  mer29/18h  jeu30/20h30  ven31/18h  dim2/16h lun3/14h30
 

JE VOUDRAIS QUE QUELQU'UN M'ATTENDE QUELQUE PART

Écrit et réalisé par Arnaud VIARD - France 2019 1h29mn - avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe, Camille Rowe, Elsa Zylberstein, Aurore Clément... Scénario d’Arnaud Viard, Thomas Lilti, Emmanuel Courcol et Vincent Dietschy d’après le livre d’Anna Gavalda.

« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », elle est belle et mélancolique, cette phrase, comme une pensée secrète, un vœu glissé au creux d’une oreille bienveillante, une prière. C’est le titre du recueil de douze nouvelles de la romancière Anna Gavalda, gros succès en librairie comme bien d’autres de ses livres, et c’est aujourd’hui celui de ce film qui s’en inspire librement. L’exercice de l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire est toujours périlleux, à plus forte raison quand il s’agit d’histoires courtes, quelques pages parfois comme c’est ici le cas. Au lieu de faire un film à sketchs, l’option la plus plus naturelle a priori, Arnaud Viard (et sa bande de scénaristes) a pris un tout autre chemin, plus malin, plus inattendu. Il a construit son film comme un patchwork : dans chacune des douze histoires il a pioché sa matière, là un personnage, ici la description minutieuse d’une attente, les espoirs qui s’effritent, la fulgurance d’un amour. Il a cherché et mis en avant aussi le ton du recueil, mélange de gravité et de drôlerie, insufflant un soupçon dramatique qui ne sera pourtant jamais encombrant, quelques rires aux éclats, des larmes de joie ou de tristesse, et l’empreinte un peu amère des choses passées à tout jamais perdues. Une fois tous ces éléments rassemblés sur l’ouvrage, il les a ensuite accordés avec beaucoup de délicatesse, les liant par le fil invisible d’une tendresse complice, fabriquant ainsi de toutes pièces une famille, et une nouvelle histoire de cinéma. Cette famille sera le cœur battant de son film, soleil irradiant et brûlant un peu trop fort les satellites qui gravitent autour d’elle. Tout commence par un anniversaire, celui d’Aurore, la mère, qui fête ses soixante dix bougies avec ses quatre enfants.
Jean-Pierre le fils aîné, qui tient le rôle d’un père trop tôt disparu et porte si (trop ?) bien le costume cravate du quinquagénaire qui a réussi dans la vie : sa famille, sa carrière, son rang social ; Juliette, professeure de français qui écrit en secret et rêve de manuscrits et d’éditeurs mais qui est encombrée par la peur de mal faire et attend, peut-être, enfin, son premier enfant ; Mathieu qui, timide et angoissé, se noie dans les détails d’une vie millimétrée en espérant la tornade d’un premier grand amour qui arrivera peut-être, mais peut-être jamais ; enfin Margaux, la petite dernière, qui ne veut rien céder de ses idéaux et vivra coûte que coûte de sa passion, la photo, quitte à avaler quelques couleuvres. On va suivre ces 5 personnages, et quelques autres, dans la tourmente de leur vie, avec des hauts et des joies, avec des bas et un drame. Astres lumineux détenant chacun leur part d’ombre, étoiles filantes ou revenantes, les personnages de ce film sont les belles incarnations des fragilités et des ressources humaines. Ils racontent l’incandescence de la vie, le temps qui file, les rêves que l’on a oublié d’entendre et ceux qu’il est encore temps de rattraper avant qu’ils ne s’évadent. Sincère et terriblement touchant.(Utopia) 
CGR   mer29/18h10  20h10      jeu30/11h  13h30  16h  20h15      ven31/ 11h  13h30  20h15    sam1 et dim2/16h  20h10    lun3 et mar4/11h  13h30  16h  20h15

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Au(x) cinéma(s) du 22 au 28 janvier 2020

Bonjour à tous !
 
Nous vous attendons nombreux à notre prochaine soirée Entretoiles où nous vous proposons de venir découvrir avec nous  le film chinois : Séjour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine.
Pensez aussi à réserver  votre soirée  le dimanche 9 février avec 2 films, sur le thème "Fables..." avec: Le miracle du Saint inconnu et Talking about trees., une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !!
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition aux 2 prochaines séances du 26 janvier et du 9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons dans le hall le 26 janvier à 19h30 et le 9 février à 17h30.
 
Dans le cadre du ciné club vous pourrez voir cette semaine à CGR La vérité de Kore Eda, un film grinçant et drôle sur la famille et un hommage sincère au cinéma et aux actrices.
Les prochains films de ciné club seront, Le lac aux oies sauvages et les  filles du docteur March...
Dans la programmation ordinaire de CGR, on peut voir Une belle équipeoù Mohamed Hamidi, après le délicieux La vache, nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués, 1917 de Sam Mendes, qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale.
 
A Lorgues, Un vrai bonhomme de Benjamin Parent, un film ingénieux et subtil avec une part de fantastique, et Le lac aux oies sauvages de Yinan Diao, polar décoiffant et formellement magnifique (au Vox aussi), Une vie cachée de Terence Malick, un film majestueux et sans emphase (aussi au Vox).
A Lorgues aussi, dans le cadre des ciné-débats citoyens, le jeudi 23 à 20h, un film sur le deuil, sensible, émouvant, et rempli d'espoir : Et je choisis de vivre, suivi d'un débat animé par Nathalie Paoli, psychothérapeute.
 
A Salernes, vous pouvez participer à un véritable festival sur la danse avec 4 films très forts : Les enfants d'Isadora de Damien Manivel qui dépeint l'héritage vivant d'Isadora Duncan à travers 4 femmes, The fits d'Anne Rose Holme, un film très séduisant avec des interprètes, une lumière et un montage magnifiques, Et puis nous danserons de Levan akin, un film très intéressant où la danse est le seul refuge de liberté pour des jeunes géorgiens, et Yuli de Ician Bollain, un biopic lumineux et optimiste, porté par une passion déchirante.
En janvier le pôle musique et cinéma du réseau des médiathèques en Dracénie vous propose de la neige et du sang avec Fargo des frères Coen: un ciné-concert le vendredi 24 janvier à 18h30 et une conférence le mardi 28 à 18h30."Pour vous donner envie, le teaser du ciné-concert:https://www.youtube.com/watch?v=dTe1DUTqJxQ
 
 Au Luc, Les enfants du temps, un film d'animation de Makoto Shinka, qui est une dénonciation du dérèglement climatique à travers les yeux émerveillés et désillusionnés des deux jeunes héros.

A Cotignac (et le 9 février avec Entretoiles), Le miracle du Saint inconnu de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde (aussi au Vox), et Les filles du docteur March de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages (aussi au Vox).
 
Au Vox à Fréjus, Le photographe de Ritesh Batra, après The lunchbox, ce réalisateur nous entraîne dans une analyse subtile d'une société indienne en transition, remarquablement interprété, et L'adieu de Lulu Wang, un beau drame familial sur le mensonge comme acte d'amour.
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous !

 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUN

Gu XIAXOGANG - Chine 2019 2h30mn VOSTF - avec Qian Youfa, Wang Fengjuan, Zhang Renliang...

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUNNe cherchez pas dans vos mémoires : le nom du réalisateur, celui des acteurs (issus de son entourage) vous sont fatalement inconnus. Avec les moyens du bord, malgré les aléas matériels qui l’ont contraint à deux ans de tournage, par manque d’aide financière extérieure au départ du projet, Gu Xiogang rentre subrepticement dans la cour des grands grâce à cette fresque contemporaine lumineuse, subtile, évidente.
La langueur, déconcertante de prime abord, va rapidement devenir une alliée réconfortante. Elle nous love dans un dépaysement total, l’émerveillement de la rencontre avec la culture chinoise. Tout devient alors sensualité, émotion à fleur de peau, sans grands effets de manche, tout en gestes retenus, émaillée de ces petits riens dont on devient friands, qu’on finit par espérer.
Le titre du film est éponyme de celui d’une célèbre peinture chinoise du xvie siècle. Longue de plusieurs mètres, conservée sous forme d’un rouleau, on la découvrait en la déroulant lentement, en connaisseurs, centimètre par centimètre, effeuillage délicat, presque les prémices du cinéma.
Le réalisateur dévide son histoire, au fil de l’eau, de la même façon, en plans séquences d’une longueur et d’une maestria incroyables. Par petites touches subtiles, il croque son époque méticuleusement, embrasse la beauté des paysages, prend l’empreinte du temps qui passe. Au lieu de cultiver la grandiloquence, il travaille l’épure et nous embarque à son rythme, loin de notre société occidentale de bruit et de compétitivité. Cela fait un bien fou : il suffit de s’enfoncer tranquillement dans la matrice obscure d’une salle de cinéma et de se laisser bercer. On se fond alors dans le décor, en observateurs privilégiés de ce qui est également une chronique familiale tendre, douce amère, touchante, un voyage dans l’espace et le temps, profondément sincère.

Tout débute l’été à Hangzhou, ville native du réalisateur, celle-là même qui servit de décor à la célèbre peinture, sept siècles plus tôt. Dans un restaurant propret, qui fut, est, restera (?) familial, trois générations d’une même lignée sont réunies. C’est l’anniversaire de Mum, c’est ainsi que tous surnomment leur aïeule désormais veuve, celle qui a jusque là guidé son monde d’une main de matriarche, et qu’il va falloir épauler à présent, on l’apprendra quelques instants plus tard. La fête sera vite écourtée par un événement inattendu.
Progressivement on va pénétrer dans l’intimité de la famille, en constater les disparités, les rivalités que le capitalisme ambiant, qui se fait féroce, va accentuer, mettant à mal les schémas ancestraux qui soudaient le groupe autour d'une solidarité forte. Impossible de rester plus longtemps indifférent à ce monde en pleine mutation, cette Chine qui se transforme, assoiffée de nouveautés, de valeurs occidentales. On rase les vieux quartiers, on les remplace par du neuf, fonctionnel. À seulement 200 kilomètres de la grouillante Shanghaï, la demande est forte. Bien malin qui spécule, bien stupide celui qui reste à la traîne. Ainsi pensent les uns, tandis que d’autres survivent comme ils peuvent le long du fleuve, vivant dans une barque par faute de pouvoir se payer un toit. Mais dans le fond, tous sont victimes et ploieront tôt ou tard sous le poids des dettes. Pour échapper à leur sort, les parents espèrent de beaux mariages de raison lucratifs pour leurs enfants, alors que ces derniers rêvent d’amour et de liberté. Le clivage se consomme comme un plat qui ne vaut même pas la peine d’être réchauffé.

Seuls les lieux historiques demeurent encore, pour un temps du moins, inviolés. L’immensité de la nature qui surplombe les hommes semble se rire de leur agitation et de leurs ambitions mesquines, appelant à la romance plus qu’à la guerre. Et c’est d’ailleurs une belle aventure sentimentale qui va prendre naissance sous nos yeux, apportant une touche romantique subtile à ce film choral d’une infinie délicatesse, qui se déploie sur quatre saisons. (Utopia)

CGR Soirée Entretoiles : dimanche 26 janvier 20h

LA VÉRITÉ

Écrit et réalisé par Irokazu KORE-EDA - France 2019 1h47mn - avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Clémentine Grenier, Ludivine Sagnier, Alain Libolt...

LA VÉRITÉOn l'avait quitté auréolé d'une palme d'or pour un film magnifique et on ne peut plus japonais, on le retrouve comme par enchantement au cœur d'un automne parisien : Irokazu Kore-Eda est décidément un cinéaste plein de surprises qui signe ici un film à la fois grinçant et drôle sur la famille – son thème de prédilection – mais aussi un hommage sincère et touchant au cinéma et aux actrices. Très écrit, avec une partition au millimètre que les deux comédiennes principales interprètent avec un brio rare, c'est un film qui n'est pas sans rappeler le cinéma d'Arnaud Desplechin, avec cet humour un peu vache teinté d'auto-dérision. Mais ce qui fait mouche, c'est l'utilisation de l'image de Catherine Deneuve et le jeu en miroir dans lequel Kore-Heda la place tout au long du film : en l'admirant dans ce rôle d'une célèbre comédienne française qui a tourné avec les plus grands et vit dans un hôtel particulier parisien qu'elle traverse la cigarette aux lèvres, on finit par se demander où est le vrai, où est le faux, où commence le personnage, où s'arrête la réalité de l'interprète… Bien sûr, pas de réponse, juste le plaisir vif d'une œuvre centrée sur les comédiennes et comédiens que l'on ne quitte pas d'une semelle… à part quelques plans dans un jardin au seuil de l'automne qui vit ses derniers rayons de soleil avant l'arrivée de l'hiver… comme une métaphore peut-être du rapprochement de deux astres, la mère et la fille, autour d'une vérité commune qui réussirait enfin à les réchauffer…

Alors qu'elle vit sans doute les derniers éclats de sa gloire, Fabienne vient de terminer son autobiographie qui a tout pour être un succès public et médiatique à la hauteur de sa renommée : elle y a mis tout le panache, tout l'égocentrisme nécessaires et surtout cette manière bien personnelle de réécrire à sa sauce l'histoire de sa vie. Pourquoi diable se contenter de la vérité quand elle peut se broder sur mesure son rôle ultime, le plus beau : elle même, LA comédienne.
De son côté, quand elle arrive à Paris avec son mari américain et leur fille, Lumir n'est pas franchement détendue. Elle a fait le voyage pour fêter la sortie du bouquin de sa mère, mais si elle a précisément décidé de vivre à des milliers de kilomètres de Paris et de son petit milieu artistique, elle qui est pourtant du sérail puisque scénariste, c'est bien parce que les rapports avec ce monstre sacré n'ont jamais été des plus sereins. Qu'à cela ne tienne, Lumir va faire des efforts, nourrissant l'espoir secret de recueillir enfin quelques miettes d'un amour maternel jusque là resté avare. L'âge, l'écriture, l'introspection auront peut-être eu raison de ce cœur de pierre. Vaines espérances. Fabienne est fidèle à sa réputation : une femme au caractère bien trempé qui vit son métier comme une passion dévorante à côté de laquelle rien n'existe. Elle préfère mille fois avoir été une grande comédienne qu'une bonne mère ou une bonne compagne, et elle a passé l'âge des regrets… à moins qu'elle ne l'ait pas encore atteint.

Pourtant, son numéro bien rodé de diva autocentrée commence à connaître de furieux cafouillages. D'abord c'est son assistant particulier qui démissionne du jour au lendemain (peut-être a-t-il très moyennement apprécié de ne pas lire une ligne sur lui dans l'autobiographie), ensuite, elle voit bien qu'elle n'est plus tout à fait le centre de gravité de son prochain film, qui laisse la part belle à une jeune comédienne montante… que tout le monde présente comme la réincarnation d'une ancienne rivale, tragiquement disparue il y a plus de trente ans… C'est peut-être dans ces failles que Lumir va trouver sa place… quitte à réveiller vérités et mensonges anciens

CGR :film ciné club : mercredi 22 et lundi 27 10h45, jeudi 23 et mardi 28 13h45, vendredi 24 15h40, samedi 25 et dimanche 26 17h45

 
UNE BELLE EQUIPE      Réalisé par Mohamed Hamidi (avec  Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette, Sabrina Ouazani et encore bien d’autres acteurs interprétant les footballeuses et les maris de ces grandes sportives),
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Une Belle Equipe" est un film qui dépasse le simple football.Il évoque avant toute chose les rapports entre hommes et femmes. Confronté(e)s à une situation inhabituelle, chacun et chacune vont apprendre les uns des autres. Apprendre la difficulté de mener de front une vie de mère avec une carrière : les repas à préparer, le petit qu'il faut soigner quand il est fiévreux, la corvée des courses, les crises des tout-petits quand on passe au rayon céréales, se coucher la dernière après que tout soit rangé Pour l’autre, c’est d’enfin goûter au loisir, au plaisir, à la détente, à l’adrénaline du sport qu’elles ont toujours pu regarder à la télévision mais jamais vraiment toucher du bout du pied. Ce sport trop souvent pratiqué uniquement par les hommes. Certes, leurs maris perdent, mais dans leur esprit ils sont toujours à se battre pour gagner leur place de footballeur. Jusqu’au jour où les footballeurs en question, membres du SPAC (association de football), se voient interdits de terrain suite à une bagarre après un match. Une solution ? Intégrer des femmes dans l’équipe pour finir le reste de la saison.
Quand ni les jeunes, ni les retraités veulent ou ne peuvent venir intégrer la dite équipe, ce sont les femmes qui manifestent leur volonté de jouer au football. Une candidature qui pourrait sauver le club. Malgré l’opposition des hommes, qui trouvent ridicule de voir leurs femmes en shorts et maillots sur le terrain, les épouses vont enfin pouvoir jouer, non pas en dilettantes, mais en vraies professionnelles : leur heure de gloire a enfin sonné. Cette victoire, elles la veulent et elles n’en démordront pas.

Oui, le football est majeur dans le film, mais ce n’est pas pour autant qu’il soit la place centrale du scénario. Le réalisateur Mohamed Hamidi n’a pas voulu que les cinéphiles soient réticents à l’idée d’entrer dans les salles obscures pour visionner "Une Belle Equipe". Pour certains, rien que d’entendre le mot « football » cela leur procure des frissons dans le dos… Rassurez-vous, "Une Belle Equipe" ne se nomme pas "Un beau match" !
 
Il n’est donc pas totalement question du football. Disons que ce dernier est un sport qui réunit beaucoup de monde jusqu’à présent. Il y a toujours une équipe de football, un terrain pour y jouer, même dans les plus lointains villages de France. Mohamed Hamidi a donc voulu rassembler le plus de monde possible autour d’un thème, d’un sport éminemment populaire. Pourtant, dans le cas présent, le football n’est là que pour « accompagner » l’histoire, tant et si bien que nous pourrions, à partir des vies des personnages, créer une série à la suite du film.
 
"Une Belle Equipe" n’est pas à 100% dans le football, car le film n’exploite pas tant que ça la place des femmes dans ce sport, leur combat pour entrer dans l’équipe.  C’est en cela qu’il se différencie d’un film plus récent : Comme des garçons réalisé par Julien Hallard en 2018 avec Vanessa Guide, Max Boublil et Sarah Suco. Comme des garçons est un film qui s’est inspiré d’un fait historique : la création de la première équipe féminine de football en France à Reims. Il se déroule dans les années 1968 alors qu’Une belle équipe est une histoire actuelle.
Mohamed HAMIDI est d'ailleurs revenu sur les origines de son film :  « C’était plus que compliqué de faire un film sur le football féminin alors que Comme des garçons allait se faire. J’ai donc commencé à écrire et j’ai arrêté d’écrire pour écrire un autre film qui est "Jusqu’ici tout va bien" avec Gilles Lellouche et Malik Bentalha. Quand le film était en tournage, j’avais parlé à Kad Merad qu’il y avait un tournage sur le football féminin et effectivement mon film est contemporain et mon sujet c’est des filles qui jouent contre des garçons, mais Kad Merad m’a rappelé en me disant qu’il avait appelé les gens de la compagnie Mars Distribution et ils ont dit que "Comme des garçons" est un film historique.  Ce n’est pas du tout la même histoire, c’est sur la première équipe féminine, ce n’est pas la même époque. Je me suis donc remis à écrire après et j’ai donc eu beaucoup de réticence au début à faire ce film, mais quand j’ai vu "Comme des garçons", j’étais plutôt rassuré, car effectivement même si ce sont deux films qui tournent autour du football, ce n’est vraiment pas du tout la même époque, la même problématique. On est plus chez moi dans des problématiques contemporaines que des problématiques des années 1960. »Les films ne sont donc pas comparables. Effectivement, ils reprennent la même thématique : le football. Tous les deux ont des femmes qui veulent défendre leur place dans le football, mais Une belle équipe nous expose bien plus qu’une histoire de match. Mohamed Hamidi nous parle des relations familiales, de couples, de l’opposition des hommes face à leurs femmes qui veulent prendre leur place. Mais ce n’est pas pour les remplacer, qu’elles font cela. Elles aiment simplement le football et elles veulent sauver l’équipe fondée par leurs maris et à laquelle tous tiennent tant.
 
Le film nous montre ce que les hommes ne voient pas dans les actes de leurs femmes, s’engageant dans ce sport pour des raisons qui vont bien au-delà de l’amour pour le football qui est presque une excuse finalement. Nous sommes davantage dans une découverte entre hommes et femmes qui, jusque-là, vivaient dans l’incompréhension. Aussi, la ultime est-elle la suivante : dans ce village, où tout le monde a une place attribuée, où rien n’a jamais changé véritablement jusqu’à ce match de football féminin, le désaccord et la colère qui confrontent les hommes et les femmes, seront-ils enfin apaisés ?
Elisa Drieux-Vadunthun
CGR : mercredi 22 15h50, 22h30, jeudi 23 10h50, 16h, 18h, 22h30, vendredi 24 et mardi 28 10h50, 15h50, 17h55, 20h, 22h30, samedi 25 et dimanche 26 18h, 22h30, lundi 27 10h50, 18h, 22h30

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn  - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.
 
 
 
Selon la formule consacrée, à l'heure où nous bouclons cette gazette nous n'avons pas pu voir le dernier film de Sam Mendes. Mais ce dernier n'étant pas tout à fait un inconnu, American Beauty (1999), Les sentiers de la perdition (2002), Les noces rebelles (2008), nous nous sommes laissé tenter.

Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée.   (Utopia) 
CGR : Tous les jours 10h45, 13h30, 15h20 et 20h
 

UN VRAI BONHOMME

Benjamin PARENT - France 2019 1h30mn - avec Thomas Guy, Benjamin Voisin, Isabelle Carré, Laurent Lucas, Nils Othenin-Girard... Scénario de Benjamin Parent et Théo Courtial.

UN VRAI BONHOMMEUn vrai bonhomme, c’est sans doute ce que Tom rêve d’être. Un vrai bonhomme tout comme l’est son grand frère Léo : tellement beau, sportif, cool, parfait ! C’est ainsi qu’il l’idéalise, comme souvent le font les cadets, avant qu’ils s’affirment en prenant un peu de bouteille et tracent leur propre sillon. Il suffit en grandissant de quelques disputes, que les routes s’éloignent, que les caractères évoluent… pour gagner en recul, pour que la réalité prenne le pas sur l’idéalisation. Seulement, tout cela, ces fameuses disputes, elles n’auront jamais lieu entre Tom et Léo, le destin ne leur laissera pas le choix. Il suffira de quelques minutes d’inattention, d’un accident aussi bête qu’un autre… La peur de tout perdre, la peur de se perdre, celle-là même qui semble par la suite rapprocher aveuglément Tom de Léo, tel un couple d’aiglons inséparables. Désormais l’aîné semble s’atteler à la tâche de déniaiser son frérot, de le rendre aussi viril que lui-même, de lui apprendre tout ce qu’il sait. C’est une sorte de coach de vie qui prodigue des conseils d’une efficacité redoutable. Du premier coup d’œil il jauge, calcule, catalogue. Qui est stylé, qui sent la lose. Il connait tous les codes pour permettre à son puîné de s’intégrer sans encombre dans son nouveau lycée. Il lui apprend à faire partie des conquérants, des gagneurs. D’abord éviter les mal fringués, les boutonneux, ne même pas les calculer. S’intégrer au clan des beaux gosses, ceux qui ont le vent en poupe, les filles à leurs pieds. Pour cela adopter leurs attitudes, leurs manières, fussent-elles cavalières. Tom a beau tiquer un peu, après avoir testé quelques recettes de Léo, force est de constater que les résultats sont là. Il goûte au bonheur d’être enfin le centre de l'attention, même de son père qui soudain le regarde autrement. Jusqu’à la magnifique Clarisse, déjà tellement femme, qui ne semble plus indifférente. Il est aux anges ! Progressivement, tandis qu’il évolue, ses goûts semblent changer. Les posters de sportifs viennent remplacer les BD, les références à la littérature… Il abandonne derrière lui sa carapace de petit garçon et part à la conquête de sa nouvelle masculinité. Mais qu’est-ce au juste que la masculinité ?
Tout serait donc au mieux… Sans le petit hic qui dérange. Le caillou dans la chaussure, ou plutôt le cheveu sur la soupe puisque le hic s'appelle JB et qu'il porte les cheveux longs, bien trop longs pour faire partie des winners. Il a une drôle de bouille, toujours franc, plein d’humour, de bonne composition. Certes il ne brille pas devant les filles, certes il ne sera jamais le héros du bahut… Mais sa force est de rester lui-même, authentique, de refuser les injonctions contraires à sa nature profonde, sans chercher à paraître, et c’est tellement reposant. Il sait écouter, sans juger, avenant et serviable. Naturellement, une relation amicale, simple et profonde, va se tisser entre ces deux-là, dans les moments d’absence de Léo, contraire à tous ses enseignements. Évidemment, ce dernier l’aura mauvaise quand il le découvrira…

C’est un premier film ingénieux et subtil qui, avec une part de fantastique, nous déroute, vient interroger les clichés, questionner le virilisme, les carcans qu’il impose aux hommes et à leur entourage, les ferments du machisme. C’est le regard d’un homme sur sa place, la place des hommes dans la société, ce qu’ils s’imposent, ce qui leur est imposé. Une réflexion salutaire, rondement menée et sans discours. Isabelle Carré et Laurent Lucas incarnent avec justesse un couple de parents dépassés. Les adolescents Thomas Guy (Tom) et Nils Othenin-Girard (JB) offrent une interprétation criante de sincérité ; quant à Benjamin Voisin (Léo), il distille juste ce qu’il faut d’arrogance fragile pour être tout aussi sympathique qu’antipathique, avec la juste dose de toxicité indispensable à son rôle (Utopia)

Lorgues : mercredi 22 et samedi 25 16h, dimanche 26 21h10, lundi 28 13h

 

LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...

Comme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager. À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)  
 
Lorgues  : vendredi 24 17h, lundi 27 21h
Vox Fréjus : samedi 25 18h40, dimanche 26 13h45
 

UNE VIE CACHÉE

Écrit et réalisé par Terrence MALICK - USA / Allemagne 2019 2h53mn VOSTF - avec August Diehl, Valerie Pachner, Bruno Ganz, Tobias Moretti, Matthias Schoenaerts... Scénario inspiré de l'histoire bien réelle de Franz Jägerstätter (9 mai 1907 – 9 août 1943).

UNE VIE CACHÉETerrence Malick sublime son art dans un film majestueux et sans emphase. Revenant à une narration limpide et accessible, il gravite avec aisance de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Passant de l’universel à l’intime, il maintient une distance pudique avec les êtres et, paradoxalement, nous les rend d’autant plus familiers. Ils sont les fragments d’un grand tout, les pièces d’un puzzle complexe, à l’instar de notre humanité et de ses chaotiques parcours. Mis bout-à-bout, ils racontent notre essence, nos forces, nos failles, nos contradictions, nos âmes jadis pures, désormais souillées par tant de zones d’ombres. Par dessus les montagnes qui tutoient le ciel, les nuages s’amassent, à la fois menaçants et salutaires. Leurs volutes ouatées fractionnent la lumière en rais d’or qui transcendent les verts moirés des champs et y impriment une beauté presque vertigineuse, à flanquer des frissons. Déjà chavirés, une musique au lyrisme tenace finit de nous transporter. Elle souligne la force romanesque d’un récit implacable et prenant qui est une ode magnifique à la résistance, à la désobéissance civile.

1939. Dans la ferme des Jägerstätter, il y a de la joie, de l’amour, des mômes qui gambadent, blonds comme les blés, pas plus hauts qu’eux. Nul n’épargne sa peine et le labeur ne fait pas peur, pas même aux plus jeunes qui contribuent à leur manière. Le pain quotidien des paysans se gagne à la sueur de leurs fronts, grâce à l'obstination de leurs mains caleuses. Cela n’empêche en rien le bonheur. Il flotte dans l’air, comme une odeur de foin coupé, de moissons heureuses. Si Frantz (August Dielhl, au jeu puissant) semble taillé dans un roc, avec sa belle allure athlétique, il n’en oublie pas pour autant d’être tendre avec sa marmaille, taquinant, dorlotant, toujours présent pour sa compagne Franzisca. Dans ce pittoresque village de Radegund, serti dans un écrin de sommets enneigés, l’homme, à n’en pas douter, est apprécié. On le serait à moins : Frantz est toujours prompt à prêter main forte aux membres de la communauté, le cœur sur la main. Comme tout cela va être vite oublié ! Cela pèsera peu dans la balance, quand la bête immonde montrera son nez !
1939, on l’a dit… La guerre gronde et si elle paraît encore lointaine pour ces cultivateurs, le troisième Reich ne les oublie pas quand il dresse l’état des forces vives de sa nation. Si tous ne seront pas mobilisés, tous doivent néanmoins prêter allégeance à Adolf Hitler. Voilà une nation sur la corde raide, procédant sur un fil ténu, où la vie peut soudain faire basculer le commun des mortels dans un camp qui n’est pas le sien, par peur des représailles. Tous retiennent leur souffle, faisant pâle figure, prêts à abjurer leurs plus profondes convictions. Que faire d’autre ? Le bras armé nazi est trop puissant pour espérer s’y opposer. Franz voit bien tout cela. Il n’est pas plus inconscient, ni téméraire qu’un autre, pas plus suicidaire. Pourtant il refusera de ployer, d’aller contre ses fondements, sa foi, dût-il rompre. Plier n’est pas dans sa nature, plus chêne fier que servile roseau. Rien ni personne ne pourra l'obliger à servir « l'idéologie satanique et païenne du nazisme ». Le voilà seul contre tous, citoyen d’une minorité invisible, banni par un peuple sans lieu et sans repère…

Une vie cachée se réfère à celle de tous ces héros inconnus, oubliés de la grande histoire, pourtant indispensables. Fresque lumineuse et méticuleuse, elle passe au peigne fin les mécanismes qui font basculer une démocratie dans la dictature. Un opus renversant, qui bouscule nos sens en même temps que les idées reçues. Aucune institution, magistralement incarnées par une forte galerie de protagonistes secondaires, ne sera épargnée : ni l’armée, ni la justice, ni l’église… Même si la spiritualité reste une des figures tutélaires de ce film touché par la grâce. (Utopia)

Lorgues : mercredi 22 17h45, dimanche 26 18h, lundi 27 15h45

Vox Fréjus : samedi 25 18h

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Au(x) cinéma(s) du 15 au 21 janvier 2020

Bonjour à tous !

Voici  venir une semaine riche en évènements cinématographiques . Ce dimanche 19 janvier aura lieu la soirée Entretoiles avec 2 films sur le thème "Destinées" avec à 18h Camille de Boris Lojkine,  émouvant portrait d’une jeune femme ­solaire, la photojournaliste Camille Lepage partie en Afrique pour chercher ­l’humanité, ce film  met en lumière l’histoire d’un pays toujours en proie à la guerre civile et  à 20h30 Les Eblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, une autre Camille, elle aussi. Entre les deux films vous retrouverez  comme d'habitude l'apéritif habituel auquel vous êtes  invités  participer en apportant un plat salé ou sucré.
Nous serons dans le hall dès 17h30 afin que de vous délivrer les nouvelles cartes d'adhésion pour l'année 2020.
 
Notez déja que le 26 janvier nous vous proposerons( si CGR nous confirme sa programmation)  le film chinois : Sejour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine. Pensez aussi à reserver  votre soirée  le dimanche 9 fevrier avec 2 fims: Le miracle du Saint inconnu et Talking about trees.
Dans le cadre du ciné club vous pourrez voir cette semaine à CGR Brooklyn Affaire  un film d'Edward Norton, un polar retors et languissant qui propose une réflexion passionnante sur le pouvoir. Le jeudi 16 Colibri vous convie à un ciné debat avec le film La Supplication de Pol Chrouchten d’après La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitchet et  dans la programmation classique 1917 de Sam Mendès qui retrace une histoire inspirée de celle de son grand père, dans la bataille des Flandres pendant la Première guerre mondiale ,
Les prochains films de ciné club seront La Verité, Le lac aux oies sauvages et les  filles du docteur March.
 
A Lorgues c'est le festival Telerama avec 9 films à l'affiche tous en V.O :Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma où la réalisatrice raconte avec une infinie délicatesse une histoire d'amour impossible sublimée par Adèle Haenel et Noémie Merlant, Le lac aux oies sauvages (aussi au Vox) de Diao Yinan, un polar décoiffant et magnifique, Douleur et gloire (aussi au Vox)le dernier film d'Almodovar , Le Traitre de Bellocchio, une oeuvre magistrale sur la mafia sicilienne An elephant sitting still, film de Hu Bo, long de près de quatre heures, labyrinthique, d'une ampleur digne des grands romans russes ou latino-américains, qui frappe par sa noirceur absolue et son portrait désespéré de la Chine contemporaine,Sibel  un beau film turc qui rappelle la grâce et le fougueux désir d'émancipation des filles de Mustang, Une grande fille(aussi au Vox) un film russe de Kantemir Balagov ou le cinéaste  dénonce, comme dans "Tesnota", son précédent film l'enfermement des femmes dans des cadres étriqués  et Dark Water un film américain qui traite de l'histoire vraie de  l 'avocat Robert Bilott qui dénonça, en 2016, les pratiques toxiques de l'entreprise chimique Dupont.
 
A Cotignac The light house  un film qui met en scène une histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare, La sainte famille, où sous ce titre ironique, l’acteur et réalisateur Louis-Do de Lencquesaing radiographie la famille dans tous ses états, Notre Dame deValérie Donzelli, un film qui questionne aussi sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne et Pour Sama  un documentaire de Waad Al Kateab qui apporte un témoignage bouleversant sur la vie quotidienne dans la Syrie en guerre.
 
Au Vox Martin Eden un film italien où Pietro Marcelo propose une lecture très libre du célèbre roman de Jack London et  réussit une adaptation lyrique qui dialogue avec notre époque, El Reino  de Sorogoyen  un thriller politique ultra tendu, mis en scène avec virtuosité,et Parasite la palme d'or 2020 à Cannes.
 
Voilà de quoi se régaler cette semaine au cinéma!
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

CAMILLE
Boris LOJKINE - France 2019 1h30mn VOSTF - avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Grégoire Colin, Bruno Todeschini, Mireille Perrier... Scénario de Boris Lojkine et Bojina Panayotova.
Le 12 mai 2014 en République Centrafricaine, Camille Lepage, 26 ans, photojournaliste, est tuée quelque part près de la frontière avec le Cameroun. Elle couvrait depuis plusieurs mois les conflits violents entre les groupes rebelles de la Séléka (musulmans pour la plupart et venus du nord du pays pour renverser le régime de François Bozizé en 2013) et les milices d’auto-défense anti-balaka (majoritairement chrétiennes). Camille était lumineuse, idéaliste, déterminée, passionnée et travaillait au plus près du terrain, entretenant un rapport humain très fort avec celles et ceux qu'elle rencontrait dans ce travail de photo-reporter qu'elle démarrait tout juste. Son credo : « Témoigner des conditions de vie des populations en souffrance, innocentes et oubliées dans les pays en conflit ».
 
Camille Lepage n'est plus, mais ses photos demeurent, témoins magnifiques et terribles d'un conflit sanguinaire et absurde comme le monde en a connu et en connaît tant, dans une indifférence quasi systématique de la communauté internationale, en particulier quand il s'agit du continent africain. Faire appel à la fiction n'était peut-être pas l'idée la plus simple pour retracer la vie et le travail de Camille Lepage, mais c'est pourtant le choix fort qu'a fait Boris Lojkine, confiant à la délicate et intense Nina Meurisse (déjà vue dans pas mal de seconds rôle mais qui porte ici le film sur ses épaules, avec un talent et une présence rares) la complexe mission d'incarner la jeune femme. Parce qu'il impose naturellement une distance avec la destinée de Camille dont il ne reprendra pas forcément tous les détails, parce qu'il offre aussi cet espace de liberté propre à la création et à l'interprétation, ce film rend finalement un très bel hommage à l'essence du travail de Camille Lepage et à la profonde humanité qui l'habitait.
 
Car Camille aime les gens, elle aime les écouter raconter leurs parcours de vie, elle aime se sentir proche d'eux, partager un repas, une conversation, échanger un regard. C'est cet appel de l'autre qui semble l'avoir poussée loin de sa zone de confort et de la France, cet appel du large et du voyage qui l'a fait choisir ce métier. Mais plus que tout, Camille est une idéaliste. Elle est convaincue que le témoignage qu'elle transmettra grâce à ses photos pourra faire changer le monde, le rendre plus juste, plus humain.
 
Quand elle arrive en République Centrafricaine, elle ne sait pas encore qu'elle va être happée par la force vive de sa jeunesse et par la tension extrême qui l’agite. Elle décide de chercher à comprendre le conflit en étant au plus près de ses protagonistes, dans un travail de fond qu'elle va mener avec courage et détermination. Comment rendre compte de l'horreur et garder la distance nécessaire au travail journalistique ? Comment témoigner sans prendre position ? Comment faire cohabiter l'intimité d'un regard qui puise sa source dans l'âme et le recul indispensable à son propre équilibre ? Comment photographier la folie de la guerre quand on aime les gens ? Plongée au milieu de la crise centrafricaine, Camille s’efforce de continuer à faire son travail sans céder au cynisme. Mais est-ce possible ?
 
Tourné en partie en République Centrafricaine, c'est un film bouleversant qui se voit aussi comme un récit d'initiation, qui vous happe et ne vous quitte pas, à l'instar des photos originales de Camille Lepage que le réalisateur a judicieusement placées dans le récit, comme une incursion brutale du réel, mais aussi pour nous donner envie de découvrir le remarquable travail de cette photographe engagée disparue prématurément.
 
CGR SOIREE ENTRETOILES  dim19/18h
 

LES ÉBLOUIS

Sarah SUCO - France 2019 1h39mn - avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin, Céleste Brunnquell... Scénario de Sarah Suco et Nicolas Sihol.
 
La famille Lourmel a tout de la famille provinciale ordinaire. Une famille nombreuse, 4 enfants, assez traditionnelle et catholique. La fille aînée, Camille, 12 ans, se passionne pour ses cours de cirque où son professeur tente de faire sortir l’âme de clown qu’elle pourrait avoir en elle. Certes la maman, Christine, semble un peu dépressive et ostensiblement sévère, rechignant par exemple à ce que Camille prolonge les cours pour aller dormir chez des copines. Quant au père, Frédéric, il semble un chouia effacé ou résigné face aux exigences parfois injustifiées de son épouse. Et puis il y a la paroisse, mais rien d’extraordinaire à raconter sur elle, une paroisse menée par un curé charismatique et débonnaire que les fidèles appellent étrangement et affectueusement le berger, une paroisse dont les Lourmel suivent activement les activités, entre solidarité avec les personnes âgées ou les nécessiteux et repas dominicaux partagés. Le père, enseignant pas forcément épanoui dans son métier, et la mère, désœuvrée et neurasthénique, semblent trouver dans ces activités pastorales une certaine plénitude.
Puis, insensiblement, le poids de la communauté religieuse va se faire plus prégnant : le berger incite les parents à retirer Camille de son cours de cirque, sous prétexte qu’il lui enseignerait l’ironie et le culte excessif du corps ; puis il leur demande de venir vivre aux côtés d’autres frères et sœurs dans une grande maison communautaire adossée au presbytère. Progressivement se mettent en place tous les mécanismes de l’engrenage sectaire : éloignement des proches hostiles au choix religieux par le biais de procédés diffamatoires ; répétitivité des rituels parfois absurdes, exorcismes ou autres, notamment quand les fidèles bêlent de concert pour appeler la venue du « berger »…

La très chouette actrice Sarah Suco, découverte notamment dans les films de Louis-Julien Petit (Discount et Les Invisibles) passe ici derrière la caméra et elle n’a pas fait ce grand saut par hasard. Son film est d’ailleurs dédié à ses jeunes frères et sœurs car elle a dû vivre avec eux durant dix ans dans une communauté semblable et en a tiré l’authenticité de son récit. À aucun moment le film ne tombe dans la caricature, et le film décrit bien ces petits riens qui font basculer de la normalité à l’étrangeté voire pire. Les personnages des parents, remarquablement campés par Camille Cottin et Eric Caravaca, tout en ambivalence, évoquent les sentiments troubles, entre adhésion aveugle à la logique sectaire et amour sincère de leurs enfants. Face à eux, Jean-Pierre Darroussin est formidable en prêtre tour à tour bienveillant et franchement inquiétant.
Mais ce qui emporte l’adhésion, c’est la vision en permanence à regard d’enfant et par extension le regard autobiographique de la réalisatrice. On est d’autant plus impressionné que tout ce qui est décrit ne se passe pas au cœur d’une cellule djihadiste ou d’une section de raéliens en voyage cosmique, mais bien dans une communauté catholique, tout à fait autorisée, comme il en existe des centaines en France (il suffit de chercher sur internet le réseau de la communauté des béatitudes), alors qu’on estime qu’il y aurait chaque année dans notre pays entre 50 000 et 60 000 enfants victimes de dérives sectaires. Le film est non seulement palpitant mais aussi salutaire.  
 
  CGR SOIREE ENTRETOILES  dim19/20h30 
 

BROOKLYN AFFAIRS

(MOTHERLESS BROOKLYN) Edward NORTON - USA 2019 2h25mn VOSTF - Avec Edward Norton, Bruce Willis, Gugu Mbatha-Raw, Alec Baldwin, Willem Dafœ, Ethan Suplee, Cherry Jones, Bobby Cannavale... Scénario de Edward Norton, d'après le roman de Jonathan Lethem.
 
On pense inévitablement à Brian De Palma, ou encore aux adaptations des romans de James Ellroy, où s'entremêlent les intérêts mafieux et ceux des politiques et où pour les beaux yeux d'une femme ou simplement contre l'injustice, un héros, souvent anti-héros, se dresse contre ces forces présupposées toute puissantes et inatteignables.

New-York dans les années 1950. Lionel Essrog, détective privé, pas tout à fait conforme à l'idée que l'on s'en fait, puisque ce dernier souffre du syndrome de Gilles de la Tourette, enquête sur le meurtre de son mentor et unique ami Frank Minna. Ce dernier était le patron de l'agence de détectives privés dont fait partie Lionel et trois autres larrons qui se connaissent depuis l'orphelinat duquel les a sortis Franck. Une famille donc pour Lionel, handicapé par son syndrome qui lui fait débiter des insanités ou des suites de mots sans queue ni tête et l'affuble aussi de tocs irrépressibles. Mais il a pour lui de ne jamais rien oublier, de mémoriser tout ce qu'il voit ou entend.
Grâce aux rares indices en sa possession et à son esprit obsessionnel, il découvre des secrets dont la révélation pourrait avoir des conséquences sur la ville de New-York… Des clubs de jazz de Harlem aux taudis de Brooklyn, jusqu'aux quartiers chics de Manhattan, Lionel devra affronter l'homme le plus redoutable de la ville pour sauver l'honneur de son ami disparu. Et peut-être aussi la femme qui lui assurera son salut…

Tiré du roman éponyme de Jonathan Lethem, publié en 1999, le scénario d’Edward Norton fait passer la trame des années 1990 aux années 1950. La distance du temps n’empêche pas de penser au présent, le ton de certains propos n’étant pas loin de ceux tenus par Donald Trump. Sous couvert de film noir aux teintes vintage, le film est presque un manifeste politique : développement urbain mené au détriment des populations noires démunies, corruption, intimidation, meurtres…
Les années 1950, ce sont aussi, heureusement, des grandes années du jazz. Edward Norton prend le temps de tourner dans un club, donnant espace et temps à un quintette et aux solos de trompette. La musique est plus qu’une trame sonore, elle participe au suspense, et rend hommage aux polars de l’époque. Mais la grande star du film reste New-York elle-même. De Brooklyn à Harlem, des vues des ponts aux déambulations dans les rues, le film est une ode à cette ville. Dans la grande tradition des films noirs, ambiance jazzy, chapeaux mous et grands manteaux et privé au grand cœur, auquel manifestement Norton déclare ici son admiration et son amour, Brooklyn Affairs est une réussite du genre.  (utopia)
 
CGR CINE CLUB   mer15 et lun20/10h40     jeu16 et mar21/13h30    ven17/15h45   sam18 et dim19/17h45

 

LA SUPPLICATION

(Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse) Pol CRUCHTEN - Luxemboug 2016 1h26mn - Avec Dinara Drukarova, Iryna Voloshyna, Vitaliy Matvienko... Scénario Pol Cruchten, d’après La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch.
 
« … On nous a conseillé de travailler nos potagers avec des masques de coton et des gants de caoutchouc… Et un savant très gonflé est venu nous parler, au club du village. Il a prétendu qu’il fallait laver les bûches… A-t-on jamais entendu pareille chose ? »

Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature en 2015, a fait une plongée dans la souffrance et le courage, la générosité et l’humanité des « gens ordinaires » et nous a entraîné, dans son livre La supplication, au plus proche de ces personnes qui ont vécu et subi la catastrophe de Tchernobyl. Des vies, des amours, des familles qui ont vu leur quotidien anéanti par le plus improbable des désastres… détruit par cette chose quasiment invisible…
« Personne ne m’a raconté des choses semblables à celles que j’ai vécues » diront certaines victimes.

En reprenant de larges extraits du livre, en ne filmant pas que rouille et débris, en faisant appel à des comédiens tout en tournant sur les lieux du drame, en utilisant la voix off, le cinéaste donne un sentiment de concret mais aussi d’intemporalité qui fait que la souffrance d’hier et de là-bas peut être celle d’ici et d’aujourd’hui. Ce que dit le cinéaste Pol Crutchen à propos du livre est aussi vrai pour son film : « Il y a dans La supplication une matière qui touche en effet à l’universalité. Certes, la catastrophe de Tchernobyl est le sujet principal mais le livre parle aussi de nos peurs, de nos rêves, de nos croyances, de la nature, de l’amour… On touche à tous ces éléments qui définissent la condition humaine. »  (Utopia)
 
CGR  CINE Débat animé par Roland DESBORDES  jeu 16/20h
 

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn VOSTF - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.
 
 
Selon la formule consacrée, à l'heure où nous bouclons cette gazette nous n'avons pas pu voir le dernier film de Sam Mendes. Mais ce dernier n'étant pas tout à fait un inconnu, American Beauty (1999), Les sentiers de la perdition (2002), Les noces rebelles (2008), nous nous sommes laissé tenter.

Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée.   (Utopia) 
CGR    mer15/10h15  14h 19h40 22h10(vf) 16h45(v.o)   jeu16 et dim19 10h15  14h 16h45  22h10(v.f)  19h40(v.o)    ven17/14h  16h45  19h40  16h45  22h10(v.f)  10h45(v.o)   sam18 /10h45  14h  20h  22h10(v.f)          14h(v.o) lun10h45  14h  20h  22h10(v.f) 16h45(v.o)  mar21( 10h45  16h45  19h40  22h10  14h(v.o)
 
PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU
Écrit et réalisé par Céline SCIAMMA - France 2019 2h - avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luana Bajrami, Valeria Golino... Festival de Cannes 2019 : Prix du Scénario.
Étonnante Céline Sciamma, toujours là où on ne l’attend pas. Non par plaisir d’étonner la galerie, mais pour le bonheur de renouveler son style, de relever de nouveaux défis tout en creusant un peu plus ses sujets de prédilection. Rendre visibles les invisibles, celles en marge de la société et ici de l’histoire. La réalisatrice s’empare avec brio de la forme classique et la dépoussière, innove, lui rend sa spontanéité. Ce Portrait de la jeune fille en feu (quel titre !) éclaire différemment toute l’œuvre polymorphe de la réalisatrice. Il agit comme une épure. Une fois le côté effervescent, représentatif de notre période contemporaine gommé, ses musiques agitées éteintes, que reste-t-il du cinéma de Sciamma ? Ce nouvel opus, en costumes d’époque, qui s’impose sans strass ni paillettes, met en valeur la trame limpide qui le charpente. Mécanique implacable, puissante, méticuleusement travaillée. Rien n’est laissé au hasard, même le dossier de presse, qu’on vous encourage à télécharger sur le site du distributeur Pyramide, est passionnant. Tout témoigne d’un travail sans relâche, d’orfèvre, pour produire une œuvre merveilleusement ciselée. Tant est si bien que le Prix cannois du scénario est un brin réducteur. Et que dire de ses deux comédiennes, irradiantes, qui auraient largement mérité de partager un prix d'interprétation !

Nous sommes donc en 1770… Non loin des falaises, battues par les vents, qui surplombent l’océan, se dresse une imposante et austère demeure. Ce que l’on appelle traditionnellement une maison de maître, quand bien même la propriétaire en serait une maîtresse. Ici les distractions sont aussi rabougries que les plantes malmenées par les embruns marins. L'expression artistique, les fêtes y sont tout aussi clairsemées. Les rares instants de musique sont tant attendus qu’on en déguste la moindre note jusqu’à la lie quand elle passe à portée. On a le temps de guetter le temps qui passe, de regarder tomber chaque goutte de pluie.
Pourquoi venir se perdre dans cette contrée perdue, si ce n’est pour des raisons alimentaires ? Tel est le lot de Marianne (Noémie Merlant) qui vient de décrocher un travail de commande : faire le portrait de l’héritière de la famille, dans le but de la marier. Il faut resituer le contexte de l’époque : pas de réseaux sociaux, de skype, ni de photomaton… Il fallait bien avoir quelque chose à mettre sous l'œil du futur époux pour lui vanter les mérites et lui vendre la jeune donzelle qu’on lui proposait de prendre sous son aile ! Marianne, en tant que peintre à son compte, est aguerrie dans ce domaine. Elle n’est pas effarouchée de débarquer seule dans ce recoin oublié du monde. Et c’est-là une première originalité à l’écran : y voir une de ces femmes qui ont bel et bien existé dans un contexte où la quasi totalité de leurs contemporaines n’avaient pas le choix de leur destinée. Marianne, sans mari, ni maître, est une femme socialement libérée et ses rapports avec les autres le sont tout autant. Si elle est de rang inférieur à la comtesse qui lui commandite le portrait de sa fille, son statut indépendant lui octroie une véritable liberté de ton, et lui permet de l’aborder de femme à femme. Entre les deux, un marché secret est conclu : Marianne peindra en cachette le tableau, à l’insu d'Héloïse qui essaie avec ses maigres moyens d’échapper à son destin programmé et refuse de poser. Héloïse n’agit pas par caprice, mais par conviction profonde. C'est ce qui va rapprocher progressivement l’artiste et son modèle…

Quand Céline Sciamma s’empare d’un tel sujet, chaque plan devient comme un véritable tableau, la peinture devient l’ADN du film. Dans cet univers féminin, aucune protagoniste n’est laissée à l’abandon. Chaque personnalité est complexe, interagit avec les autres indépendamment des rapports de classe censés les corseter. La liberté a un prix, qu’il faut être prête à payer. L’enjeu impose alors de sortir de ses propres entraves. Au-delà du genre, ce film parlera à tous ceux, à toutes celles qui sont, ont été, seront amoureuses, amoureux, profondément…    (Utopia)
 
LORGUES    mer15/17H   lun20/21H

LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...
 Comme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager.
 

À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)  
 
LORGUES    mer15/19H05   lun20/19H
LE VOX     ven17/13h45    sam18/16h   dim19/15h35  lun20/20h

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Au(x) cinéma(s) du 8 au 14 janvier 2020

Bonjour à tous !
 
Tout d'abord notez déjà le 19 janvier la deuxième  soirée Entretoiles de l'année avec 2 films  sur le thème "Destinées" avec Camille de Boris Lojkine, un documentaire sublime sur la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, et Les éblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, une autre Camille, elle aussi.
 
Cette semaine à CGR dans le cadre du ciné club  on peut voir Chanson douce de  Lucie Borleteau,  un drame oscillant entre thriller psychologique et chronique sociale. Dans le cadre de la programmation normale ils nous proposent en avant premiere 1917 de Sam qui retrace une histoire inspirée de celle de son grand père, dans la bataille des Flandres pendant la Première guerre mondiale ,Gloria Mundi de Robert Guediguian, un film qui frappe fort et juste en montrant à quel point la rationalité économique, vouée à tout envahir, s’infiltre désormais jusqu’au nœud des relations familiales et Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un film fulgurant, un film choc et salutaire.
 
A Lorgues It must be heaven film de Elia Sueiman,un conte burlesque et sautillant, où le cinéaste continue d’observer silencieusement le monde tel qu’il vaJ'accuse le dernier film de Polanski une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d'un homme, sa réhabilitation mais aussi l'ambiance de l'époque et Les Envoutés, de Pascal Bonitzer  un suspense sentimental subtilement fantastique.
A Salernes(et aussi au Vox et à Cotignac)) le dernier film de Térence Malik Une vie cachée une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi.
 
Au Luc(et aussi au Vox) la Verité de Kore Eda : qui signe en France un film drôle et grinçant sur la famille.
 
Au Vox parmi les nouveautés  Les siffleurs un film roumain de Corneliu Poremboiu qui se  joue des archétypes des films de genre : noir, western, romance… tous les ingrédients sont là : vamp irrésistible, truands à la gâchette facile, flics ripoux, courses-poursuites, trafics illicites.Encore à l'affiche:Les filles du Docteur March, de Greta Gerwig, une fresque romanesque et un casting éblouissant, Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan, un polar décoiffant et magnifique et  Notre Dame de Valérie Donzelli, un film qui questionne aussi sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne,
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

CHANSON DOUCE

Lucie BORLETEAU - France 2019 1h40mn - avec Karin Viard, Leïla Bekhti, Antoine Reinartz, Assya Da Silva... Scénario de Lucie Borleteau et Jérémie Elkaïm, d'après le roman de Leïla Slimani (Prix Goncourt 2016).

Le premier film de Lucie Borleteau (surprenant Fidelio) se passait en haute mer, soumis au roulis des vagues, nous voici avec Chanson douce pris au piège des montagnes russes de sentiments ambivalents. Heureux, désarçonnés, aux prises avec des inquiétudes (justifiées ?), ballotés au gré des changements de ton d’un film qui oscille délicieusement entre univers réaliste et ambiance gothique. Tous les acteurs excellent à nous plonger dans une trame narrative au charme maléfique, particulièrement Karine Viard, plus que jamais caméléon. Elle entre si bien dans la peau de son personnage qu’au fil de son évolution, elle devient presque méconnaissable physiquement, métamorphosée sans effets spéciaux, ni maquillage. Absolument bluffante, elle s’aventure en terrain inattendu, tour à tour sévère, marrante, bouleversante puis progressivement angoissante, animale. Côté intrigue, la réalisatrice innove en n'abordant pas le récit par le même bout que l’excellent roman de Leïla Slimani, tout en restant très fidèle à son esprit, son ambiance, son terreau sociétal cruel.

Cette nuit-là, un terrible cauchemar réveille Myriam (Leïla Bekhti), tellement réaliste qu’il lui a glacé les sangs. Mais les bras de son homme sont là, rassurants, ainsi que ses deux enfants, sains et saufs, dans la maisonnée aux couleurs joviales… Les idées sont donc vite remises en ordre : si on rêve de perdre son monde, c’est qu’on l’aime vraiment. Mais cela la renvoie aussi à son incapacité à rester plus longtemps dans ce rôle anxiogène de mère au foyer étouffant, sans autre horizon que couches et torchons. Les gazouillis de ses petiots, quand bien même elle les chérit, l’enferment dans un univers rétréci, son esprit, son intelligence n'y trouvent pas leur compte. Petite discussion entre époux… et c’est décidé : malgré les réticences de Paul, son mari, ils se résolvent à chercher une nounou.
Les entretiens d’embauche qui s’en suivent campent le décor, satirique. À travers eux on comprendra plus de la personnalité des deux parents, aspirants grands bourgeois, que des candidates elles-mêmes, pourtant pas piquées des hannetons. Dans les regards complices, parfois effarés ou moqueurs, que notre sympathique (?) couple de tourtereaux se lancent, transparaît déjà un certain mépris de classe. S’ils n’ont pas encore les revenus suffisants pour accéder au rang supérieur, ils en ont déjà intégré les manières condescendantes, tout en se voyant doux comme des agneaux. Rapidement il apparait qu’aucune bonne d’enfant n'a une chance d'être à la hauteur de leurs légitimes – se persuadent-ils – exigences et angoisses parentales. Ils sont presque prêts à lâcher l’affaire quand soudain, surgie telle une Mary Poppins des temps modernes, apparait Louise (Karin Viard), tenue maîtrisée, souriante, rigoureuse, douce, séductrice juste ce qu’il faut, parfaitement respectueuse et déférente. Coup de foudre immédiat, inespéré, unanime ! La perfection faite nounou, tellement incroyable qu’ils n’auraient jamais pensé pouvoir s’offrir ses services, ce qui flatte sans doute leurs egos. Une véritable gouvernante digne d’un comte dans un conte. Une fée marraine du logis, allant même au-delà de son rôle, comblant leurs attentes les plus secrètes, transformant l’appartement en havre de propreté, de sérénité, en jardin d’Eden… Un ange passe… Mais là où passent les anges, les démons ne sont pas loin… En attendant, Louise, adulée par les deux mômes qu’elle mène par le bout du nez, réussissant même à leur faire manger des carottes et des navets, leur devient vite indispensable. Une deuxième maman… Myriam, tiraillée entre son travail passionnant d’avocate et la culpabilité d’être moins présente, en deviendrait presque jalouse.

Bien sûr, la partition se délite progressivement en fausses notes, d’abord rares, comme accidentelles, mais on se prend à redouter que la musique devienne stridente, ne sachant plus trop sur quel pied danser… Plus rien ne sera sûr, ni le pire, ni le meilleur.  (Utopia) 
 
CGR CINE CLUB   Tous les jours/18h 
 
 

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn VOSTF - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.

 
 
Selon la formule consacrée, à l'heure où nous bouclons cette gazette nous n'avons pas pu voir le dernier film de Sam Mendes. Mais ce dernier n'étant pas tout à fait un inconnu, American Beauty (1999), Les sentiers de la perdition (2002), Les noces rebelles (2008), nous nous sommes laissé tenter.

Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée.   (Utopia) 
 
CGR AVANT PREMIERE       mar14/19h45 en VF
 
 
 GLORIA MUNDI

Robert GUÉDIGUIAN - France 2019 1h47mn - avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Desmoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet... Scénario de Serge Valetti et Robert Guédiguian. Festival de Venise 2019 : Prix de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride.

 
 
Gloria mundi s’ouvre sur une joyeuse naissance, une mise au monde. Mais quel monde exactement ? Gloria, qui vient de pousser ses premiers cris, esquisse également ses premiers sourires et, à cet instant-là, cette question perd de son importance. Le chômage, les guerres, le réchauffement climatique… soudain tout parait si lointain. L’essentiel, ce sont ces petits doigts de porcelaine fine qui essaient d’appréhender leur nouvel univers, ces lèvres délicates qui cherchent le sein de Mathilda (Anaïs Demoustier), la mère. C’est fou le pouvoir d’un si petit être. Autour d’elle, son père Nicolas (Robinson Stévenin) et ses deux grands parents Sylvie et Richard (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin) sourient benoitement, émouvants. Et là, en spectateurs avisés que vous êtes et qui suivez fidèlement les aventures de la famille élargie de nos Marseillais préférés, vous réalisez tout de suite qu’il en manque au moins un autour du berceau… Gérard Meylan, évidemment ! Justement le voilà qui toque à la porte de l'appartement banal et modeste de Sylvie et Richard, dans un immeuble sans grâce. Le prénom de Gérard dans ce film ? Daniel ! Son pedigree ? Repris de justice ! Voilà qu’il réapparait après un long temps d’incarcération. Il n’a pas besoin de se présenter à Richard, qui lui ouvre la porte. Ce dernier, sans l’avoir jamais vu, sait tout de suite qu’il a affaire à l’ex de sa compagne… Scène simple et belle, très belle parce que très simple… Mais la dévoiler serait pêcher, pas sûr que la Bonne Mère nous le pardonnerait !
Tour à tour on va découvrir les (petits) boulots de chacun. Richard est chauffeur de bus, occasion de revisiter Marseille en un road movie intramuros, d’apercevoir les conséquences des politiques d’aménagement de la ville. Sylvie se fait surexploiter sans mot dire avec d’autres gens de ménage dans une grande chaîne d’hôtels. Les nouvelles générations quant à elles cèdent de plus ou moins bon gré à la tentation de l’ubérisation ou à celle – plus lucrative a priori – des combines douteuses… Dans un monde qui se durcit, chacun développe sa stratégie de survie, tétanisé par la peur, renonçant à l’empathie…
Tout se déroule à la chaleur du midi, pourtant il y a quelque chose de glacial dans la vie des personnages, aux prises avec un des pires monstres que l’humanité ait enfanté : le capitalisme vorace (pléonasme ?). Ils font partie des sans-grade, de ceux qui galèrent et croisent dans la rue d’autres sans-grade qui galèrent encore plus. Pourtant cette fragile humanité ne perd pas sa dignité, même quand elle dégringole. Elle sort alors son arme secrète : la solidarité. La fraternité est loin d’être morte !
Robert Guédiguian est un cinéaste qui, avec les mêmes ingrédients, réussit à toujours nous surprendre. L’ensemble de son œuvre brosse une magnifique fresque, chronique humaniste de notre époque. Au fil du temps qui passe, on a plaisir à y retrouver la même troupe fidèle, à la voir évoluer, s’agrandir avec de petits nouveaux. Bonheur de voir les griffes du temps qui marquent les corps, les expressions du visage, la bonhommie et les rides assumées. C’est une part d’intime qui vogue vers les rives de l’universalité, tandis qu’une part de nous-mêmes sombre dans la Méditerranée pour trop avoir espéré un havre de paix. Ariane Ascaride, petite-fille d’immigrés italiens, est plus que jamais touchante et juste, tant dans son interprétation que dans son petit mot de remerciements quand le Jury de la Mostra lui remet un prix d’interprétation bien mérité qu'elle dédie aux migrants morts en mer, « ceux qui vivent pour l'éternité au fond de la Méditerranée ». (Utopia)
 
CGR :    mer8  ven10  mar14/15h50         jeu9 sam11 etlun13/13h40       dim12/11h

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis ManentiFestival de Cannes 2019, Prix du Jury.

LES MISÉRABLES

Point de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…
Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)

CGR : Tous les jours à 17h50 et 20h

 
IT MUST BE HEAVEN

Écrit et réalisé par Elia SULEIMAN - France / Palestine 2019 1h27 VOSTF - avec Elia Suleiman, Tarik Kopty, Kareem Ghneim, Ali Suliman, Grégoire Colin Gael Garcia Bernal... Festival de Cannes 2019 : Mention spéciale du Jury • Prix Fipresci de la critique internationale.

C'est une œuvre singulière, secrète et accueillante, merveilleusement drôle en même temps qu'éminemment politique et offrant de multiples niveaux de lecture. Suleiman se moque de toutes nos contradictions – et des siennes. Il excelle dans le domaine de la dérision, de l’auto-dérision salutaire. Une fois de plus, le cinéaste interprète d'ailleurs lui-même son alter ego autant onirique que réel. Existe-t-il une part d’autobiographie dans le récit ? Quelle est la part d’affabulation ? Qu’importe ! Ce qui est vrai, c’est le regard décalé de l’artiste sur le monde, son art de l’extrapolation, servi par une mise en scène magistrale. Chaque cadre est un authentique bijou de composition, l’image est splendide, tirée à quatre épingles (il faut préciser que son directeur de la photographie est Sofian El Fani, celui de La Vie d’Adèle, de Timbuktu…).
Ça commence par une histoire à rebondissements autour d’un citronnier en Palestine. Alors qu’Elia vient de trier quelques vieilleries dans la maison encore endeuillée de sa mère et qu’il prolonge ses rêveries dans un verre de vin, son oreille est attirée par un bruit dans le jardin. Il surgit alors tel un suricate derrière la balustrade du balcon. Surpris, son voisin, qui s’était introduit en catimini dans le jardin maternel pour le dépouiller de ses citrons, se transforme en moulin à paroles comblant le silence laissé par Elia qui l’observe de ses grands yeux étonnés, son éternel chapeau vissé sur la tête. Entre deux épisodes à répétition de cette mésaventure qui va devenir de plus en plus croustillante, se grefferont une cascade de saynètes drolatiques : la cavalcade effrayante et risible d’hommes armés dans une rue déserte, le repas terne d’une jeune femme prise en sandwich entre un inénarrable duo de frères barbus…
Si le premier tiers de l’action prend vie dans la cosmopolite Jérusalem, elle va s’envoler finement vers d’autres capitales. Paris tout d’abord où notre homme mutique regarde passer des femmes irréelles, comme tombées de gravures de modes, un sans-papiers poursuivi par une horde de flics, un défilé du 14 juillet auquel une moto-crotte emboite le pas, un char orphelin déambulant de façon improbable, le ballet d’éboueurs noirs ou celui de touristes asiatiques… Paname sage comme une image de carte postale, vidée de ses citoyens, de sa substantifique moelle… Viendra ensuite le tour de New York, ses checks points, ses étals de légumes qui la font ressembler à un souk. Le bougre se joue des clichés, s’en gargarise, greffant des éléments ubuesques qui évoquent le fantôme de son pays. Chaque plan extrêmement chorégraphié nous parle en creux du conflit israélo-palestinien, dresse une critique inquiète de l’inflation sécuritaire, du climat de tension mondial.
Si on a pu croire un instant le scénario inexistant, il se révèle au contraire extrêmement bien ciselé jusqu’à faire transparaitre en filigrane une thématique puissante qui va relier ces paraboles contemporaines, tour à tour burlesques ou poétiques, entre elles. Avec une ténacité toute balzacienne, Elia Suleiman compose sa propre comédie humaine, caustique, désabusée. Ses mines taquines, incrédules, questionnent ce qu’on appelle nos civilisations. Elles mettent en relief la bêtise des hommes, leur sauvagerie, leur égoïsme. Chaque silence se fait éloquence, tandis que le cinéaste promène son regard sans parole sur un monde devenu fou qu’il réenchante malgré tout.
It must be heaven se traduit évidement par « ce doit être le paradis ». Le constat est cinglant : si tant est qu’il existe, il n’est pas sur cette terre. (Utopia)  
LORGUES     jeu. 09 janv. / 21h05      sam. 11 janv. / 18h          dim. 12 janv. / 18h0     lun. 13 janv. / 21h

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Au(x) cinéma(s) du 1er au 7 janvier 2020

EntretoilesBonjour à tous !
   
Tout d'abord, toute l'équipe d'Entretoiles vous souhaite à tous et à chacun une excellente année 2020, et en ce qui nous concerne, de surcroît, une année pleine de merveilleuses surprises cinématographiques !,Nous vous en proposons d'ailleurs une première tout de suite,  le 5 janvier, avec un film unique  Ne croyez surtout pas que je hurle,  de Franck Beauvais, un film comme il n'en existe aucun autre, un journal intime totalement hors normes, dont le journal Le Monde dit qu'il est un chef-d’œuvre ! 
Le 19 janvier, ce sera la 2ème  soirée Entretoiles, à 2 films celle-ci, sur le thème "Destinées" avec Camille de Boris Lojkine, un documentaire sublime sur la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, et Les éblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, une autre Camille, elle aussi.
 
Au CGR cette semaine,  vous pouvez voir Gloria mundi  de Robert Guediguian, un film qui frappe fort et juste en montrant à quel point la rationalité économique, vouée à tout envahir, s’infiltre désormais jusqu’au nœud des relations familiales,et   Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un film fulgurant, un film choc et salutaire.
 
A Lorgues, cette semaine : Proxima d'Alice Winocour, un film intéressant sur les tiraillements affectifs et psychologiques liés à une profession hors du commun.
A Salernes, La belle époque de Nicolas Bedos, un brillant divertissement, et Hors normes d'Eric Toledano et Olivier Nakache , un film qui pose avec brio et énergie à la fois la question de l'engagement dans le travail et celle de l'accueil des handicapés dont personne ne veut.
Au Luc, J'accuse de Roman Polanski, une fresque virtuose sur l'affaire Dreyfus, qui donne à réfléchir, et  Une vie cachée de Terrence Malick une fresque lumineuse qui passe au peigne fin tous les mécanismes qui font basculer une démocratie dans une dictature(aussi au Vox)
 
Au Vox, à Fréjus, La vérité de Kore Eda : qui signe en France un film drôle et grinçant sur la famille, Les filles du Docteur March, de Greta Gerwig, une fresque romanesque et un casting éblouissant, Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan, un polar décoiffant et magnifique et  Notre Dame de Valérie Donzelli, un film qui questionne aussi sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne,
 
Bonne semaine de cinéma et à dimanche ! Nous serons dès 20h dans le hall de CGR pour ceux d'entre vous qui voudront renouveler votre adhésion.

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE

Écrit et réalisé par Frank BEAUVAIS - France 2019 1h15mn - Montage de Thomas Marchant.

NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLEEt si l’éclat créatif naissait des états intérieurs les plus sombres ? C’est ce qu’il est manifestement arrivé en 2016 à Frank Beauvais – auteur de cet autoportrait entre journal intime et chronique politique – alors qu’il vivait une douloureuse rupture sentimentale. Au départ de son compagnon, Frank Beauvais se retrouve seul dans l’appartement qu’ils occupaient tous les deux, reclus dans un village isolé d’Alsace jusqu’ici synonyme de sérénité et de proximité avec la nature. Sous l’effet du désarroi, les paysages se métamorphosent soudain en visions d’angoisse, la région ne dévoile que ses aspects les plus mornes, entre le conservatisme droitier de ses habitants et la raideur du climat hivernal qui s’installe. Sans emploi, sans permis de conduire, sans commerce de proximité, pas même un distributeur de billets à moins de deux heures de marche, ses contacts humains se réduisent à un déjeuner dominical en compagnie de sa mère et aux courses qu’il effectue au supermarché le plus proche deux fois par mois.
Commence alors une singulière traversée du désert : Frank s’enferme et noie sa solitude dans le visionnage compulsif des films en tout genre. Télévision, DVD, streaming, téléchargements sur internet, il voit tout ce qui lui tombe sous la main, des œuvres qu’il a toujours voulu voir aux trouvailles les plus improbables. Classiques muets, films de propagande soviétique, pinku, curiosités des années 70, cinéma underground : tout y passe. Frank se plonge dans le regard des autres pour ne pas avoir à faire à lui-même, bâtit littéralement des murs de films contraignant son espace vital au strict minimum.

C’est de cette expérience qu’il tire ce film construit exclusivement d’extraits de quelque 400 films parmi la masse de ceux qu’il a visionnés dans les six premiers mois de l’année 2016. Franck Beauvais a composé un travail de montage monumental, agençant à un rythme frénétique les images venues frapper sa rétine et qu’il recouvre en voix-off d’un texte absolument bouleversant. Le phrasé placide, la voix posée, Beauvais y décrit avec une lucidité surprenante son étrange état intérieur et sa vision d’un monde qui l’écœure. La France est en état d’urgence, les gouvernants entretiennent la peur, la population se replie sur elle. « Alors je ferme les volets, j’éteins les lumières et je retourne à mon écran, le lieu des obsessions magnifiques où les mirages de la vie se teintent de sublime ».
Faire un portrait intimiste sans en tourner la moindre image : voilà un tour de force qui n’a pourtant rien d’un exercice de style à destination du seul public connaisseur. Des objets, des gestes, des regards : il est quasiment impossible de reconnaitre la provenance des plans tant Beauvais n’en garde que des fragments furtifs, privés de leurs contextes d’origine. Beauvais ne cite pas, il s’approprie des images dont il en a extrait le suc, puis les fait dialoguer avec son texte par des effets de correspondance et de décalage. La splendeur du film est qu’il contient en lui le poison et son remède. Au creux de la dépression, les images n’étaient que des miroirs, des prisons, un moyen de s’abstraire du monde par incapacité d’y faire face. C’est pourtant grâce à elles que s’agence le processus de rémission dont le film est le dénouement. Ne croyez surtout pas que je hurle est l’expression d’un cri enfoui : un lent retour à la vie. (Utopia)

CGR Séance Entretoiles : dimanche 5 janvier 20h

GLORIA MUNDI

Robert GUÉDIGUIAN - France 2019 1h47mn - avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Desmoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet... Scénario de Serge Valetti et Robert Guédiguian. Festival de Venise 2019 : Prix de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride.

 
 
Gloria mundi s’ouvre sur une joyeuse naissance, une mise au monde. Mais quel monde exactement ? Gloria, qui vient de pousser ses premiers cris, esquisse également ses premiers sourires et, à cet instant-là, cette question perd de son importance. Le chômage, les guerres, le réchauffement climatique… soudain tout parait si lointain. L’essentiel, ce sont ces petits doigts de porcelaine fine qui essaient d’appréhender leur nouvel univers, ces lèvres délicates qui cherchent le sein de Mathilda (Anaïs Demoustier), la mère. C’est fou le pouvoir d’un si petit être. Autour d’elle, son père Nicolas (Robinson Stévenin) et ses deux grands parents Sylvie et Richard (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin) sourient benoitement, émouvants. Et là, en spectateurs avisés que vous êtes et qui suivez fidèlement les aventures de la famille élargie de nos Marseillais préférés, vous réalisez tout de suite qu’il en manque au moins un autour du berceau… Gérard Meylan, évidemment ! Justement le voilà qui toque à la porte de l'appartement banal et modeste de Sylvie et Richard, dans un immeuble sans grâce. Le prénom de Gérard dans ce film ? Daniel ! Son pedigree ? Repris de justice ! Voilà qu’il réapparait après un long temps d’incarcération. Il n’a pas besoin de se présenter à Richard, qui lui ouvre la porte. Ce dernier, sans l’avoir jamais vu, sait tout de suite qu’il a affaire à l’ex de sa compagne… Scène simple et belle, très belle parce que très simple… Mais la dévoiler serait pêcher, pas sûr que la Bonne Mère nous le pardonnerait !
Tour à tour on va découvrir les (petits) boulots de chacun. Richard est chauffeur de bus, occasion de revisiter Marseille en un road movie intramuros, d’apercevoir les conséquences des politiques d’aménagement de la ville. Sylvie se fait surexploiter sans mot dire avec d’autres gens de ménage dans une grande chaîne d’hôtels. Les nouvelles générations quant à elles cèdent de plus ou moins bon gré à la tentation de l’ubérisation ou à celle – plus lucrative a priori – des combines douteuses… Dans un monde qui se durcit, chacun développe sa stratégie de survie, tétanisé par la peur, renonçant à l’empathie…
Tout se déroule à la chaleur du midi, pourtant il y a quelque chose de glacial dans la vie des personnages, aux prises avec un des pires monstres que l’humanité ait enfanté : le capitalisme vorace (pléonasme ?). Ils font partie des sans-grade, de ceux qui galèrent et croisent dans la rue d’autres sans-grade qui galèrent encore plus. Pourtant cette fragile humanité ne perd pas sa dignité, même quand elle dégringole. Elle sort alors son arme secrète : la solidarité. La fraternité est loin d’être morte !
Robert Guédiguian est un cinéaste qui, avec les mêmes ingrédients, réussit à toujours nous surprendre. L’ensemble de son œuvre brosse une magnifique fresque, chronique humaniste de notre époque. Au fil du temps qui passe, on a plaisir à y retrouver la même troupe fidèle, à la voir évoluer, s’agrandir avec de petits nouveaux. Bonheur de voir les griffes du temps qui marquent les corps, les expressions du visage, la bonhommie et les rides assumées. C’est une part d’intime qui vogue vers les rives de l’universalité, tandis qu’une part de nous-mêmes sombre dans la Méditerranée pour trop avoir espéré un havre de paix. Ariane Ascaride, petite-fille d’immigrés italiens, est plus que jamais touchante et juste, tant dans son interprétation que dans son petit mot de remerciements quand le Jury de la Mostra lui remet un prix d’interprétation bien mérité qu'elle dédie aux migrants morts en mer, « ceux qui vivent pour l'éternité au fond de la Méditerranée ». (Utopia)
 
CGR : jeudi 2 17h50 et mardi 7 20h15

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis ManentiFestival de Cannes 2019, Prix du Jury.

LES MISÉRABLES

Point de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…
Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)

CGR : Tous les jours à 22h15

PROXIMA

Alice WINOCOUR - France / Allemagne 2019 1h47 VOSTF - avec Eva Green, Zélie Boulant-Lemesle, Matt Dillon, Lars Eidinger, Sandra Hüller, avec la participation de Thomas Pesquet... Scénario d’Alice Winocour et Jean-Stéphane Bron.

PROXIMAIl ne sont sans doute pas très nombreux, de par le monde, les enfants qui peuvent écrire le jour de la rentrée, dans la case « profession des parents » : mère astronaute. Un métier qui paraît presque irréel, réservé aux histoires dans lesquelles on conquiert la lune à bord d'une fusée rouge, entre Jules Verne et Tintin. Pour Stella, l'espace est un sujet de conversation presque banal et elle connaît par cœur toutes les étapes avant la mise en orbite, comme une comptine qu'elle fredonne avec sa mère tous les soirs avant d'aller au lit… 5, 4, 3, 2, 1, décollage. Rien de plus normal avec un père astrophysicien et une mère astronaute, qui ont les yeux et le cœur rivés vers les étoiles. Et si ces deux-là ne s'aiment plus suffisamment pour vivre ensemble (la vie de couple étant peut-être bien trop terrienne pour eux), ils ont réussi à préserver pour leur fille ce trésor commun : une insatiable curiosité pour l'univers et ses secrets.
Mais un jour, il faut bien que Sarah parte au travail. Et là, les choses se compliquent car pour Stella, laisser maman partir bosser ne signifie pas s'en trouver séparée le temps de quelques heures de bureau, mais bien la livrer au grand vide intergalactique pour une année.
Sarah a en effet été choisie pour rejoindre l'équipe internationale de la mission scientifique Proxima (oui, la même que celle de Thomas Pesquet)… mais si c'est l'aboutissement de toute une carrière et la réalisation d'un rêve de petite fille, c'est aussi un déchirement, celui d'une mère qui va devoir quitter son enfant pour aller très très loin pendant très très longtemps, avec l'angoisse de ne peut-être jamais revenir sur terre. Pour Stella et Sarah, l'entraînement à cette nouvelle vie va alors commencer. Changer d'école. Tester son corps à des pressions ultimes. Vivre avec son père. Cohabiter avec un équipage exclusivement masculin. Essayer d'être moins nulle en maths. Maîtriser les bras robotisés de sa combinaison. Avoir peur de grandir sans maman. Culpabiliser de ne pas être là…
D'espace, il en sera question tout le temps… sans qu'il soit montré, le récit s'arrêtant là où le voyage spatial commence. Et c'est bien là toute la singularité de ce film mêlant l'intime et l'immensité : raconter comment des êtres au destin exceptionnel, s'apprêtant à vivre une expérience hors du commun, n'en demeurent pas moins terriblement humains. Alice Winocour raconte bien sûr avec précision tout le protocole et la préparation liés à la mission, filmant sur les lieux mêmes des centres de recherche (centre de l'Agence spatiale européenne à Cologne, Cité des étoiles en Russie, Cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan) mais son histoire est ailleurs : dans le tiraillement affectif et psychologique de cette femme qui veut à la fois être une bonne mère et accomplir en parfaite professionnelle la tâche immense qu'on lui a confiée, et dans la difficulté de cette toute jeune fille à être l’enfant d’une femme hors du commun.
Hommage à toutes les femmes qui assument crânement leur double vie familiale et professionnelle, Proxima porte dans sa sobriété un éclat émouvant. (Utopia)

Lorgues : jeudi 2 19h15, vendredi 3 et lundi 6 21h15, samedi 4 20h45

LA BELLE ÉPOQUE

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55 - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...

LA BELLE ÉPOQUE

La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…

Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit. (Utopia)

Salernes : jeudi 2 20h30 et dimanche 5 18h

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...

HORS NORMES« Ces jeunes-là, personne n’en veut ». Ils sont « hors normes ». On les transbahute d’hôpital en hébergement médicalisé, on les balade de service psychiatrique en centre social. Les institutions dûment agréées par l’État se les refilent comme des patates chaudes, filtrant au passage ceux qui leur paraissent les plus gérables, les moins handicapés par leur pathologie, ceux dont ils peuvent espérer contrebalancer les déficiences. Mais les autres ? Pour les autistes diagnostiqués « lourds », rien n’est prévu – de fait, personne n’en veut. Ils sont la mauvaise conscience de la société, qui se détourne ostensiblement des enfants, de leurs parents, des soignants…
Les héros du film n’en sont évidemment pas. « Hors normes » suit l’action de deux bonshommes qui, sans cape de Batman ni collants fluo, font basiquement ce que leur conscience leur ordonne. Deux hommes simplement pétris d’humanité, prêts à tout donner, de leur temps, de leur énergie, de leur personne, pour que les derniers des laissés-pour-compte aient un lit, un accueil, une écoute, le minimum vital d’attention. Parce qu’il y a ces gamins autistes, dont personne ne veut et dont il faut bien, en définitive, que quelqu’un s’occupe. Parce qu’il y a ces autres gamins, qui viennent généralement d’au-delà du périph’, stigmatisés, racisés dit-on aujourd’hui, dont personne ne veut non plus d’ailleurs et qui s’imaginent condamnés à dealer et traîner leur inutilité sociale de leur lit à Pôle emploi. Au milieu de ce bazar, il y a donc Stéphane et Daoud. Aussi dissemblables que possible, chacun s’affairant dans une communauté dont on voudrait à toute force nous convaincre qu’elle serait antagoniste de l’autre (le film nous montrera évidemment qu’il n’en est rien, mais qui en aurait douté ?). L’un, Stéphane, est vieux garçon, juif pratiquant, et son célibat est comme le rocher sur lequel viennent inexorablement s’échouer les trésors d’inventivité que déploient les marieuses de son entourage pour lui trouver une âme sœur, quitte à écumer inlassablement les communautés juives des quatre coins de l’Hexagone. L’autre, Daoud, est musulman, mari et père aimant, d’une banalité exemplaire, plutôt bon vivant et rame pour trouver ne serait-ce qu’un peu de temps à consacrer à sa famille.

Daoud est le fondateur et la cheville ouvrière de l’association « Le Relais IDF », qui forme des jeunes des quartiers populaires à devenir accompagnants sociaux, et tente en parallèle de resocialiser par le travail ou les sorties en ville les autistes difficiles, qu’on garde en général enfermés dans des structures hospitalières. Stéphane, lui, serait sans doute enclin à convoler avec les charmantes demoiselles que des âmes charitables lui présentent, s’il n’était pas de jour comme de nuit accaparé par « Le Silence des Justes », l’association qu’il tient à bout de bras, consacrée à l’accueil inconditionnel des jeunes autistes, y compris les cas les plus difficiles.
Deux hommes, deux engagements pour la même urgence, la même humanité, qui se côtoient, se suivent, s’épaulent, intimement convaincus de la nécessité et de la puissance de l’action collective. Au-delà de leur portrait, c’est tout le petit peuple des travailleurs sociaux, des jeunes en rupture de banlieue, des autistes relégués au fin fond de l’indifférence des pouvoirs publics, que la caméra chaleureuse et bienveillante de Nakache et Toledano enveloppe dans le grand mouvement du film choral teinté d’humour qui, de Samba au Sens de la fête, reste leur meilleure marque de fabrique. Ils mettent en musique avec ampleur et générosité la difficulté d’être différent, d’être ostracisé, et prennent doucement le spectateur par la main pour affronter son propre regard sur le handicap. Sans une once de niaiserie ni de condescendance, mais en privilégiant toujours dans les hommes ce qu’ils ont de meilleur. On en sort ému, ragaillardi, et, concernant la place faite aux enfants autistes, la colère prête à exploser. (Utopia)

Salernes : vendredi 3 18h et samedi 4 20h30

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.
 
 
Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.

La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…

C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée»… (Utopia) 
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Le Luc : jeudi 2 20h, samedi 4 18h
 

UNE VIE CACHÉE

Écrit et réalisé par Terrence MALICK - USA / Allemagne 2019 2h53mn VOSTF - avec August Diehl, Valerie Pachner, Bruno Ganz, Tobias Moretti, Matthias Schoenaerts... Scénario inspiré de l'histoire bien réelle de Franz Jägerstätter (9 mai 1907 – 9 août 1943).

UNE VIE CACHÉETerrence Malick sublime son art dans un film majestueux et sans emphase. Revenant à une narration limpide et accessible, il gravite avec aisance de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Passant de l’universel à l’intime, il maintient une distance pudique avec les êtres et, paradoxalement, nous les rend d’autant plus familiers. Ils sont les fragments d’un grand tout, les pièces d’un puzzle complexe, à l’instar de notre humanité et de ses chaotiques parcours. Mis bout-à-bout, ils racontent notre essence, nos forces, nos failles, nos contradictions, nos âmes jadis pures, désormais souillées par tant de zones d’ombres. Par dessus les montagnes qui tutoient le ciel, les nuages s’amassent, à la fois menaçants et salutaires. Leurs volutes ouatées fractionnent la lumière en rais d’or qui transcendent les verts moirés des champs et y impriment une beauté presque vertigineuse, à flanquer des frissons. Déjà chavirés, une musique au lyrisme tenace finit de nous transporter. Elle souligne la force romanesque d’un récit implacable et prenant qui est une ode magnifique à la résistance, à la désobéissance civile.

1939. Dans la ferme des Jägerstätter, il y a de la joie, de l’amour, des mômes qui gambadent, blonds comme les blés, pas plus hauts qu’eux. Nul n’épargne sa peine et le labeur ne fait pas peur, pas même aux plus jeunes qui contribuent à leur manière. Le pain quotidien des paysans se gagne à la sueur de leurs fronts, grâce à l'obstination de leurs mains caleuses. Cela n’empêche en rien le bonheur. Il flotte dans l’air, comme une odeur de foin coupé, de moissons heureuses. Si Frantz (August Dielhl, au jeu puissant) semble taillé dans un roc, avec sa belle allure athlétique, il n’en oublie pas pour autant d’être tendre avec sa marmaille, taquinant, dorlotant, toujours présent pour sa compagne Franzisca. Dans ce pittoresque village de Radegund, serti dans un écrin de sommets enneigés, l’homme, à n’en pas douter, est apprécié. On le serait à moins : Frantz est toujours prompt à prêter main forte aux membres de la communauté, le cœur sur la main. Comme tout cela va être vite oublié ! Cela pèsera peu dans la balance, quand la bête immonde montrera son nez !
1939, on l’a dit… La guerre gronde et si elle paraît encore lointaine pour ces cultivateurs, le troisième Reich ne les oublie pas quand il dresse l’état des forces vives de sa nation. Si tous ne seront pas mobilisés, tous doivent néanmoins prêter allégeance à Adolf Hitler. Voilà une nation sur la corde raide, procédant sur un fil ténu, où la vie peut soudain faire basculer le commun des mortels dans un camp qui n’est pas le sien, par peur des représailles. Tous retiennent leur souffle, faisant pâle figure, prêts à abjurer leurs plus profondes convictions. Que faire d’autre ? Le bras armé nazi est trop puissant pour espérer s’y opposer. Franz voit bien tout cela. Il n’est pas plus inconscient, ni téméraire qu’un autre, pas plus suicidaire. Pourtant il refusera de ployer, d’aller contre ses fondements, sa foi, dût-il rompre. Plier n’est pas dans sa nature, plus chêne fier que servile roseau. Rien ni personne ne pourra l'obliger à servir « l'idéologie satanique et païenne du nazisme ». Le voilà seul contre tous, citoyen d’une minorité invisible, banni par un peuple sans lieu et sans repère…

Une vie cachée se réfère à celle de tous ces héros inconnus, oubliés de la grande histoire, pourtant indispensables. Fresque lumineuse et méticuleuse, elle passe au peigne fin les mécanismes qui font basculer une démocratie dans la dictature. Un opus renversant, qui bouscule nos sens en même temps que les idées reçues. Aucune institution, magistralement incarnées par une forte galerie de protagonistes secondaires, ne sera épargnée : ni l’armée, ni la justice, ni l’église… Même si la spiritualité reste une des figures tutélaires de ce film touché par la grâce. (Utopia)

Le Luc : vendredi 3 20h, dimanche 5 18h

Vox Fréjus : mercredi 1er 19h45, vendredi 3 17h, dimanche 5 16h30

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Au(x) cinéma(s) du 18 au 24 décembre 2019

Bonjour à tous !
   
Voici le dernier mail de l'année ! Vous recevrez le prochain le 31 décembre qui vous invitera à notre 1ère soirée de l'année 2020, le 5 janvier, avec un film unique  Ne croyez surtout pas que je hurle,  de Franck Beauvais, un film comme il n'en existe aucun autre, un journal intime totalement hors normes, dont le journal Le Monde dit qu'il est un chef-d’œuvre !  Le 19 janvier, ce sera la 2ème  soirée, à 2 films celle-ci, sur le thème "Destinées" avec Camille de Boris Lojkine, un documentaire sublime sur la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, et Les éblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, Camille, elle aussi.
 
Au CGR cette semaine, pas de film en ciné-club : vous pouvez voir quand même Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un film fulgurant, un film choc et salutaire, et A couteaux tirés de Rian Johnson, une savoureuse réinvention du polar à la Agatha Christie.

A Lorgues, cette semaine : Gloria mundi  de Robert Guediguian,(aussi au Vox) .un film qui frappe fort et juste en montrant à quel point la rationalité économique, vouée à tout envahir, s’infiltre désormais jusqu’au nœud des relations familiales, La belle époque de Nicolas Bedos, un brillant divertissement, et Little Joe de Jessica Hausner où l'injonction au bonheur tourne mal.
 
A Salernes, Donne moi des ailes de Nicolas Vanier, un beau message sur les oiseaux sauvages, touchant, poétique et utile !
Au Luc, Seules les bêtes de Dominique Moll  où le cinéaste  évoque avec une incroyable audace les ravages de la misère affective, la cruauté de l 'amour fou et la soif d'inverser les rapports de domination (aussi au Vox), et Les éblouis de Sarah Suco, qui nous montre la dérive sectariste d'une famille catholique "bien sous tous rapports".
 
Au Vox, à Fréjus, Notre Dame de Valérie Donzelli, un film qui questionne aussi sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne, Une vie cachée de Terrence Malick une fresque lumineuse qui passe au peigne fin tous les mécanismes qui font basculer une démocratie dans une dictature, Les envoûtés de Pascal Bonitzer adaptation d'une nouvelle d'Henry James qui interroge les frontières entre l'amour, la mort et la vie après la mort et The light house un film américain qui met en scène une histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare. 
 

Toute l'équipe d'Entretoiles vous souhaite de belles fêtes de fin d'année, avec ou sans cinéma !

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

 

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis ManentiFestival de Cannes 2019, Prix du Jury.

LES MISÉRABLESPoint de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…
Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)

CGR : mercredi 18, vendredi 20, dimanche 22 et mardi 24 22h20, jeudi 19, samedi 21 et lundi 23 18h

 

 

À COUTEAUX TIRÉS

(KNIVES OUT) Écrit et réalisé par Rian JOHNSON - USA 2019 2h10 VF - avec Daniel Craig, Chris Evans, Ana de Armas, Jamie Lee Curtis, Michael Shannon, Don Johnson, Toni Colette, Christopher Plummer...

Une brochette d’acteurs vedettes excellemment utilisés pour une savoureuse réinvention contemporaine du polar à la Agatha Christie, rehaussée d’un humour noir tout à fait réjouissant. Ce n’est pas le film le plus important de l’année, mais c’est un très plaisant et très élégant divertissement.
Célèbre auteur de romans policiers, le vénérable Harlan Thrombey est retrouvé mort dans sa somptueuse demeure de la Nouvelle Angleterre – un manoir qu’on croirait « dessiné pour une partie de Cluedo », comme le souligne un personnage –, le soir même de ses 85 ans. Suicide ou crime ? That is the question ! Et c’est pour y répondre qu’un mystérieux commanditaire engage le détective Benoit Blanc – personnage d’ascendance vaguement française directement inspiré du belge Hercule Poirot et interprété par James Bond himself en parfait contre-emploi. Entre la famille du défunt – dont a vite fait de comprendre que la plupart des membres vivaient à ses crochets – qui s’entre-déchire et son personnel qui lui reste dévoué, Blanc plonge dans les méandres d’une enquête mouvementée, pavée de mauvaises intentions, riche en mensonges et en fausses pistes, dont les rebondissements nous tiennent en haleine jusqu’au dénouement, alors même qu’on est persuadé d’avoir tout compris beaucoup plus tôt…
« Agatha Christie n’a jamais écrit d’œuvre historique. Elle racontait son époque où les figures du majordome, de la nounou, du rentier étaient communes », souligne Rian Johnson pour expliquer son choix de placer son intrigue dans les États-Unis d’aujourd’hui.
Si le vaste manoir d’Harlan Thrombey fait un temps illusion et semble sortir du début du xxe siècle, les téléphones portables des uns et des autres font clairement apparaître notre époque. « Les protagonistes d’À couteaux tirés sont des archétypes de l’Amérique actuelle. Ils constituent une porte d’entrée pour discuter du climat culturel et politique de notre pays, d’une manière qui je l’espère paraîtra ludique. », poursuit le réalisateur.
Ludique certes mais également incisive : Rian Johnson modernise le genre du « whodunit » – autrement dit du film basé sur la résolution de l’énigme : « Qui l’a fait ? Qui a commis le crime ? » – en le politisant – on pense curieusement à Parasite de Bong Joon-ho, mais ici les parasites sont les riches – et en l’agrémentant d’un salutaire suspense hitchcockien dans toute la deuxième partie, qui retourne comme un gant nos certitudes de spectateur trop sûr de son fait.  (Utopia)
 
CGR : tous les jours à 22h10
 
GLORIA MUNDI

Robert GUÉDIGUIAN - France 2019 1h47mn - avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Desmoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet... Scénario de Serge Valetti et Robert GuédiguianFestival de Venise 2019 : Prix de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride.

 
Gloria mundi s’ouvre sur une joyeuse naissance, une mise au monde. Mais quel monde exactement ? Gloria, qui vient de pousser ses premiers cris, esquisse également ses premiers sourires et, à cet instant-là, cette question perd de son importance. Le chômage, les guerres, le réchauffement climatique… soudain tout parait si lointain. L’essentiel, ce sont ces petits doigts de porcelaine fine qui essaient d’appréhender leur nouvel univers, ces lèvres délicates qui cherchent le sein de Mathilda (Anaïs Demoustier), la mère. C’est fou le pouvoir d’un si petit être. Autour d’elle, son père Nicolas (Robinson Stévenin) et ses deux grands parents Sylvie et Richard (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin) sourient benoitement, émouvants. Et là, en spectateurs avisés que vous êtes et qui suivez fidèlement les aventures de la famille élargie de nos Marseillais préférés, vous réalisez tout de suite qu’il en manque au moins un autour du berceau… Gérard Meylan, évidemment ! Justement le voilà qui toque à la porte de l'appartement banal et modeste de Sylvie et Richard, dans un immeuble sans grâce. Le prénom de Gérard dans ce film ? Daniel ! Son pedigree ? Repris de justice ! Voilà qu’il réapparait après un long temps d’incarcération. Il n’a pas besoin de se présenter à Richard, qui lui ouvre la porte. Ce dernier, sans l’avoir jamais vu, sait tout de suite qu’il a affaire à l’ex de sa compagne… Scène simple et belle, très belle parce que très simple… Mais la dévoiler serait pêcher, pas sûr que la Bonne Mère nous le pardonnerait !
Tour à tour on va découvrir les (petits) boulots de chacun. Richard est chauffeur de bus, occasion de revisiter Marseille en un road movie intramuros, d’apercevoir les conséquences des politiques d’aménagement de la ville. Sylvie se fait surexploiter sans mot dire avec d’autres gens de ménage dans une grande chaîne d’hôtels. Les nouvelles générations quant à elles cèdent de plus ou moins bon gré à la tentation de l’ubérisation ou à celle – plus lucrative a priori – des combines douteuses… Dans un monde qui se durcit, chacun développe sa stratégie de survie, tétanisé par la peur, renonçant à l’empathie…
Tout se déroule à la chaleur du midi, pourtant il y a quelque chose de glacial dans la vie des personnages, aux prises avec un des pires monstres que l’humanité ait enfanté : le capitalisme vorace (pléonasme ?). Ils font partie des sans-grade, de ceux qui galèrent et croisent dans la rue d’autres sans-grade qui galèrent encore plus. Pourtant cette fragile humanité ne perd pas sa dignité, même quand elle dégringole. Elle sort alors son arme secrète : la solidarité. La fraternité est loin d’être morte !
Robert Guédiguian est un cinéaste qui, avec les mêmes ingrédients, réussit à toujours nous surprendre. L’ensemble de son œuvre brosse une magnifique fresque, chronique humaniste de notre époque. Au fil du temps qui passe, on a plaisir à y retrouver la même troupe fidèle, à la voir évoluer, s’agrandir avec de petits nouveaux. Bonheur de voir les griffes du temps qui marquent les corps, les expressions du visage, la bonhommie et les rides assumées. C’est une part d’intime qui vogue vers les rives de l’universalité, tandis qu’une part de nous-mêmes sombre dans la Méditerranée pour trop avoir espéré un havre de paix. Ariane Ascaride, petite-fille d’immigrés italiens, est plus que jamais touchante et juste, tant dans son interprétation que dans son petit mot de remerciements quand le Jury de la Mostra lui remet un prix d’interprétation bien mérité qu'elle dédie aux migrants morts en mer, « ceux qui vivent pour l'éternité au fond de la Méditerranée ». (Utopia)
Lorgues : mercredi 18 16h45, vendredi 20 et lundi 23 19h, samedi 21 20h05
Vox (Fréjus) : vendredi 20 16h, dimanche 22 13h50, lundi 23 18h15
 

LA BELLE ÉPOQUE

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55 - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...

LA BELLE ÉPOQUELa Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…

Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit. (Utopia)

Lorgues : vendredi 20 16h45, lundi 23 21h05

 

LITTLE JOE

Jessica HAUSNER - Autriche/GB 2019 1h45mn VOSTF - avec Emily Beecham, Ben Whishaw, Kerry Fox, Kit Connor, Lindsay Duncan... Festival de Cannes 2019 : Prix d'interprétation féminine pour Emily Beecham.

LITTLE JOEC’est d’abord une musique lancinante, parfois tribale et inquiétante qui vous envahit les neurones. Puis ce sera le tour d’un certain pollen, celui d’une jolie fleur (au sens propre), dans une peau de vache (au sens figuré). À moins que cela ne fasse partie d’un délire hallucinatoire dans la tête de sa créatrice, inquiète que sa créature ne lui échappe. Jessica Hausner revisite à sa manière un des mythes fondateurs des contes à dormir debout et des récits de science fiction.

Dans son pays des merveilles, Alice est phytogénéticienne, sorte d’apprentie sorcière des temps modernes, dans un monde aseptisé, ou aucun grain de fantaisie n’a sa place. Chez Planthouse, la firme pour laquelle elle effectue ses recherches, tout est sous le contrôle de savants algorithmes, sécurisants, sécurisés. Principe de précaution oblige, certainement, mais on se protège par dessus tout de l’espionnage industriel. Quand on pénètre dans les serres stérilisées de l’entreprise, il y a quelque chose d’immédiatement hypnotique dans ces décors à la perfection mortifère, ces rangées de plantes à perte de vue, aux motifs géométriques, aux bleus électriques improbables. Dans un premier temps, la plante que conçoit Alice paraît la plus discrète, la moins attirante entre toutes. On découvrira bientôt que son ambition première n’est pas la beauté, mais plutôt la poursuite de la félicité. Car la fleurette est censée apporter le bonheur à ses futurs acquéreurs. Une sorte d’antidépresseur naturel, qu’on n'aurait pas besoin de fumer, qu’il suffirait de bien arroser, pour que l’attention que lui porte son arroseur lui soit rendue au centuple.
En scientifique passionnée, Alice ne décroche plus de ses recherches, faisant passer un peu trop souvent sa vie professionnelle en premier au détriment de sa vie privée, refusant les tentatives d’approches d’un gentil collègue, flirtant dangereusement avec un sentiment de culpabilité que sa psy a du mal à endiguer. Car il ne lui suffit pas d’être une chercheuse modèle, il lui faudrait aussi être une mère célibataire parfaite, comme si les deux pouvaient réellement cohabiter. Et c’est sans doute pour se dédouaner qu’Alice, aveuglée par sa soif de succès, oubliant la plus élémentaire prudence, va subtiliser l’un de ses fameux spécimens top secret et l’offrir à son fiston qu’elle laisse trop souvent seul à la maison. Il s’appelle Joe, c’est en son honneur que la fameuse plante se nommera Little Joe, comme si elle était une sorte de prolongement de l’adolescent, ou de petit frère génétiquement modifié, tous deux partageant en définitive l’amour de la même génitrice. Évidemment, rien ne se passera exactement comme prévu… De retour au labo, un sentiment étrange plane dans l’air, les relations entre collègues commencent à se dégrader. À moins que l’imagination ne joue des tours aux unes comme aux autres.

Le joli minois enfantin d’Emily Beecham, qui interprète Alice, dégage un charme tout aussi innocent que vénéneux, à l’image de Little Joe. L’actrice comme la réalisatrice nous trimballent dans les coulisses d’un monde un peu trop parfait pour être vivable. L’injonction au bonheur, qui semblait séduisante, devient progressivement anxiogène, aussi envahissante qu’un envoûtement malsain dont on ne pourrait se défaire. (Utopia)

Lorgues : vendredi 20 21h05, samedi 21 18h, dimanche 22 19h

 

 

DONNE-MOI DES AILES

Nicolas VANIER - France 2019 1h53mn - avec Jean-Paul Rouve, Mélanie Doutey, Louis Vazquez, Fred Saurel, Lilou Fogli... Scénario de Matthieu Petit et Christian Moullec.

DONNE-MOI DES AILESNicolas Vanier qui a voué sa vie à la nature et au monde animal, se mobilise sans relâche pour leur défense, et on ne peut que constater qu’il filme magnifiquement cette nature, notamment dans ses documentaires polaires, Le Dernier trappeur ou L’Odyssée blanche, témoignant d’une impressionnante maîtrise pour filmer la faune des contrées les plus septentrionales de notre globe.
Dans Donne-moi des ailes, il allie ses deux talents : suivre les animaux au plus près et raconter de belles histoires destinées à un public familial, de l’écolier à ses grands-parents. L’histoire du film, bien que largement romancée, est directement inspirée de la vie et du combat d’un génial dingo, Christian Moullec, qui co-signe d’ailleurs le scénario. Météorologue de formation et ornithologue par passion, Christian Moullec, inspiré par le zoologiste autrichien Konrad Lorenz, a eu l’idée d’utiliser sa pratique assidue de l’ULM pour suivre dans leur périple les oiseaux migrateurs et plus précisément les oies naines. Mais il est allé plus loin en se disant qu’il était possible de les guider vers de nouvelles voies migratoires alors que celles que les oies empruntaient jusque là, à travers des zones agricoles traitées aux pesticides, à proximité d’aéroports ou de zones très touchées par la pollution lumineuse, pouvaient les menacer et à terme provoquer le déclin de l’espèce. Un autre grand cinéaste animalier, Jacques Perrin, s’était d’ailleurs attaché les services de Christian Moullec pour son Peuple migrateur.

Christian (Jean-Paul Rouve) habite en Camargue, et il attend son fils dont il n’a la garde que pendant les vacances, tout en préparant fébrilement son ULM pour sa grande expédition. Mais voilà : l’adolescent, comme n’importe quel gamin qui vit à la ville, n’a qu’une crainte, c’est que, dans la maison isolée de son père au bord des marais, il n’y ait pas de réseau, et sans doute pas de wifi, et pour lui, les vacances loin de tous réseaux sociaux s’annoncent d’une sinistrose absolue. Et puis, petit à petit, alors que l’expérience se développe et que les ailes de l’ULM se montent, Thomas commence à s’intéresser à la grande aventure paternelle. Si bien que l’expédition va être aussi l’occasion de resserrer entre le père et le fils des liens qui s’étaient sérieusement distendus.
Au-delà de la romance familiale assez touchante, Donne-moi des ailes vaut évidemment surtout pour ses superbes images vues du ciel, au côté des oies naines qui vont nous emmener d’un bout à l’autre de l’Europe, depuis la Norvège septentrionale jusqu’à la Méditerranée, une aventure d’autant plus périlleuse que le scientifique, auquel personne ne croit, a falsifié les autorisations nécessaires.

Ajoutons que le film s’avère de salut public puisque Nicolas Vanier répète à l’envi et à juste raison qu’en trente ans l’Europe a perdu un tiers de sa population d’oiseaux, soit 430 millions d’individus ! Et le réalisateur sincèrement engagé qu’il est dit clairement son bonheur – alors que de nombreux jeunes, dans le sillage de la suédoise Greta Thunberg, se mobilisent pour l’écologie – de voir la Ligue de Protection des Oiseaux et l’Education nationale s’associer pour défendre le message de son film (Utopia)

Salernes : jeudi 19 : 9h et 14h

 

 

SEULES LES BÊTES

Dominik MOLL - France 2019 1h57 - avec Laure Calamy, Denis Ménochet, Valeria Bruni Tedeschi, Damien Bonnard... Scénario de Gilles Marchand et Dominik Moll, d'après le roman de Colin Niel.

Il va vous falloir activer vos neurones, passer de la chaleur torride à la froidure ankylosante, des rues surpeuplées d’Abidjan aux étendues de neige désertées du Causse Méjean, changer d’espace-temps, passer sans cesse de la couleur au noir puis au blanc, passer des broutards aux brouteurs… Tout cela est bien intrigant, n’est-ce pas ? Mais on ne saurait vous en dévoiler plus si l’on veut que le mystère reste entier et que la magie du récit opère. C’est une histoire mystérieuse en cinq chapitres qui viennent s’imbriquer les uns dans les autres, qui sèment progressivement le doute, révèlent chacun une vérité. Par sa construction brillante, méticuleuse, Dominik Moll bouscule notre posture de spectateurs passifs, nous convie constamment à changer de point de vue. C’est comme un Cluedo cinématographique peuplé de chats qui jouent avec des souris à moins que ce ne soit l’inverse, car en définitive ces dernières ne sont pas en reste : il est grand temps qu’elles prennent leur revanche. Comme dans le célèbre jeu, pour qu’il y ait enquête, il faut, si ce n’est un meurtre, du moins une disparition. Ce sera celle d’Évelyne Ducat, lors d’une tempête de neige diabolique, autour de laquelle tout va s’articuler. Femme volage ? Femme envolée ? Que connaîtrons-nous d’elle ? Dans tous les cas son absence planera de façon étrange au-delà des frontières, au dessus de ce récit trépidant, tendu. Le clou de l’histoire sera sa conclusion inattendue, sa morale en filigrane qui en fait une fable politique contemporaine sur l’aspiration au bonheur, à la richesse, à l’amour, mettant en scène judicieusement deux continents, leurs misères respectives, qu’elles soient affectives ou financières.
La première scène est surprenante, elle règle son pas sur celui d’un jeune garçon noir qui porte sur son dos une brebis comme on porterait un vulgaire sac à dos… Malgré sa posture hilarante, la bête reste silencieuse, patiente et impuissante. Puis on assistera à une incroyable discussion entre celui qu’on surnomme Bibisse (sympathique filou) et un puissant féticheur… La seconde séquence se déroulera loin de là…
Pour ménager le suspense, on se contentera de vous présenter les protagonistes, tous plus vrais que nature… À commencer par Michel, un paysan solide et rugueux, bien en chair, un mélange d’enfant crédule et d’opacité un peu inquiétante parfaitement campé par Denis Ménochet. Tandis qu’il travaille du soir au matin, sa femme (Laure Calamy), assistante sociale généreuse, n’est pas en reste, sillonnant la campagne, toujours prête à aider son monde. Si loin, si proche vit un étrange bonhomme, également paysan, solitaire et taiseux, un de ces rustres dont on ne sait s’ils ont fui le monde ou si le monde les a fui. Toujours est-il que ce Joseph (excellemment incarné par Damien Bonnard) ferait un admirable suspect. Se dégage de lui une noirceur, une insondable folie contenue, une odeur de crasse, un goût de solitude. À lui seul il incarne une certaine réalité des régions rurales isolées où vivent beaucoup de célibataires qui n’ont pas l’occasion d’avoir une vie affective. Puis on découvrira Marion (Nadia Tereszkiewicz), à la beauté fatale, fraîche, foudroyante. Pourquoi donc viendra-t-elle se perdre dans ce trou et squatter dans une caravane lugubre ? D’Evelyne (Valeria Bruni Tedeschi), la disparue, on ne vous dira absolument rien, pour vous laisser tout découvrir…
De ce très beau titre, Seules les bêtes, chacun fera sa propre interprétation, mais on peut se demander ce qui se passe dans leurs têtes tandis qu’elles observent silencieusement les humains : sont-elles indifférentes ou désolées de les voir s’agiter ? (Utopia) 
 
Le Luc : vendredi 20 21h, dimanche 22 16h
Vox Fréjus : mercredi 18 15h50, jeudi 19 18h10, vendredi 20 18h30, samedi 21 16h, dimanche 22, lundi 22 et mardi 24 15h40
 

LES ÉBLOUIS

Sarah SUCO - France 2019 1h39 - avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin, Céleste Brunnquell... Scénario de Sarah Suco et Nicolas Sihol.

LES ÉBLOUISLa famille Lourmel a tout de la famille provinciale ordinaire. Une famille nombreuse, 4 enfants, assez traditionnelle et catholique. La fille aînée, Camille, 12 ans, se passionne pour ses cours de cirque lors desquels son professeur tente de faire sortir l'âme de clown qu'elle pourrait avoir en elle. Certes la maman, Christine, semble un peu dépressive et ostensiblement sévère, rechignant par exemple à ce que Camille aille dormir chez une copine après les cours. Quant au père, Frédéric, il se montre un chouia effacé, paraît résigné face aux exigences parfois injustifiées de son épouse. Et puis il y a la paroisse, mais rien d'extraordinaire à raconter sur elle, une paroisse menée par un curé charismatique et débonnaire que les fidèles appellent étrangement et affectueusement « le berger », une petite communauté chrétienne chaleureuse dont les Lourmel suivent assidûment les activités, entre solidarité avec les personnes âgées ou les nécessiteux et repas dominicaux partagés. Le père, enseignant pas forcément épanoui dans son métier, et la mère, désœuvrée et neurasthénique, trouvent visiblement dans ces activités pastorales une certaine plénitude.
Puis, insensiblement, l'influence de la communauté religieuse va se faire plus pesante : le berger incite les parents à retirer Camille de son cours de cirque, sous prétexte qu’il lui enseignerait l'ironie et le culte excessif du corps ; puis il leur demande de venir vivre aux côtés d'autres frères et sœurs dans une grande maison communautaire adossée au presbytère. Progressivement se mettent en place tous les mécanismes de l'engrenage sectaire : éloignement des proches hostiles au choix religieux par le biais de procédés diffamatoires ; répétitivité des rituels parfois absurdes, exorcismes ou autres, notamment quand les fidèles bêlent de concert pour appeler la venue du « berger »…
La très chouette actrice Sarah Suco, découverte notamment dans les films de Louis-Julien Petit (Discount et Les Invisibles) passe ici derrière la caméra et elle n'a pas fait ce grand saut par hasard. Son film est d'ailleurs dédié à ses jeunes frères et sœurs car elle a dû vivre avec eux durant dix ans dans une communauté semblable à celle du film, d’où l’authenticité de son récit. Les Éblouis se garde bien de tomber dans la caricature, et le film décrit bien ces petits riens qui font basculer de la normalité à l'étrangeté, voire pire. Les personnages des parents, remarquablement campés par Camille Cottin et Eric Caravaca, tout en ambivalence, évoquent des sentiments troubles, entre adhésion aveugle à la logique sectaire et amour sincère de leurs enfants. Face à eux, Jean-Pierre Darroussin est formidable en prêtre tour à tour bienveillant et franchement inquiétant.
Mais ce qui emporte l’adhésion, c'est la vision en permanence à regard d'enfant et par extension le regard autobiographique de la réalisatrice. On est d'autant plus impressionné que tout ce qui est décrit ne se passe pas au cœur d'une cellule djihadiste ou d'une section de raéliens en voyage cosmique, mais bien dans une communauté catholique, tout à fait autorisée, comme il en existe des centaines en France (il suffit de chercher sur internet le réseau de la communauté des béatitudes), alors qu'on estime qu'il y aurait chaque année dans notre pays entre 50 000 et 60 000 enfants victimes de dérives sectaires. Le film est non seulement palpitant mais aussi salutaire (Utopia)

Le Luc : jeudi 19 21h, vendredi 20 18h30, samedi 21 18h

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Au(x) cinéma(s) du 11 au 17 décembre 2019

Bonjour à tous !
   
Dimanche 15 décembre ne manquez pas  la soirée Entretoiles  sur le thème "Libéralisme!!!" avec 2 films : à 17h45  Gloria mundi (aussi à Salernes , Cotignac  au Luc et au Vox)de Robert Guediguian, .un film qui frappe fort et juste en montrant à quel point la rationalité économique, vouée à tout envahir, s’infiltre désormais jusqu’au noeud des relations familiales  et  à 20h30 Adults  in the room de Costa Gavras, les dessous des tractations entre la Grèce et l'Europe, tournés comme un thriller à suspens. Et bien sûr, toujours l'apéritif Entretoiles entre les 2 films et nous vous rappelons que vos contributions salées ou sucrées sont les bienvenues ! 
Avant le début de la première séance nous serons à votre disposition dans le hall pour que vous puissiez, si vous arrivez en avance, renouveler votre adhésion Entretoiles pour 2020.  
 
Notez déjà les dates suivantes :le 5 janvier, nous vous proposerons un film unique  Ne croyez surtout pas que je hurle,  de Franck Beauvais, un film comme il n'en existe aucun autre, un journal intime totalement hors normes, et le 19 janvier une soirée à 2 films sur le thème "Destinées" avec Camille de Boris Lojkine, un documentaire sublime sur la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, et Les éblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, Camille, elle aussi.
 
Cette semaine à CGR dans le cadre du ciné club allez voir Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma où la réalisatrice raconte avec une infinie délicatesse une histoire d'amour impossible sublimée par Adèle Haenel et Noémie Merlant. Ensuite en janvier vous pourrez voir à partir du 8  Chanson douce  d'après le roman de Leila Slimani.
Dans le cadre d'un ciné débat vous pourrez voir le documentaire américain Tout est possible (aussi au Vox) une aventure humaine riche en rebondissements et à valeur d'exemple, racontée avec humour et simplicité pour démontrer que, oui, tout est possible.
Egalement à l'affiche A couteaux tirés un thriller américain qui a la saveur d’un Agatha Christie et  une éblouissante distribution et toujours J'accuse et Les Misérables.
 
Cette semaine à Lorgues Terminal Sud un film qui s'approche au plus près du chaos politique et moral d'une société en proie à la guerre civile, Vivre et chanter (aussi à Cotignac) un film asiatique,  une fable élégiaque sur les irréversibles mutations de la société chinoise et Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais un journal intime intime absolument hors norme que nous vous proposerons d'ailleurs  très prochainement en janvier à CGR et le dernier film de Xavier Dolan Matthias et Maxime, une fable tendre sur la découverte d’un amour et sur le doute.
 
Au Luc  Chanson douce un film de Lucie Borleteau d'après le roman de Leila Slimani où la mise en scène enserre le récit autant que le spectateur d’un cadre inquiétant avec un trio d’acteurs  impeccable, Karin Viard en particulier, inoubliable dans ce rôle d’ogresse
A Cotignac(et au Vox) Proxima  un film d'Alice Vinocour sur une femme astronaute avec les questions et les doutes de  toutes les femmes qui assument leur double vie familiale et professionnelle.
 
A Salernes le Char et l'olivier, un documentaire dense, intéressant et courageux au regard des risques de clivage inhérents à un tel sujet et  La fameuse invasion des ours de Sicile de Lorenzo Mattoti, à la fois film d'aventure et conte philisophico-politique, où tous les âges et tous les publics trouveront leur bonheur.
 
Au Vox parmi les nouveautés Une vie cachée de Terrence Malick une fresque lumineuse qui passe au peigne fin tous les mécanismes qui font basculer une démocratie dans une dictature, Les envoûtés de Pascal Bonitzer adaptation d'une nouvelle d'Henry James qui interroge les frontières entre l'amour, la mort et la vie après la mort et The light house un film américain qui met en scène une histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare  et Seules les bêtes de Dominique Moll  où le cineaste  évoque avec une incroyable audace les ravages de la misère affective, la cruauté de l 'amour fou et la soif d'inverser les rapports de domination...
Voilà un programme riche et varié.Profitez bien et bonne semaine de cinéma ! 
 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 
GLORIA MUNDI

Robert GUÉDIGUIAN - France 2019 1h47mn - avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Desmoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet... Scénario de Serge Valetti et Robert GuédiguianFestival de Venise 2019 : Prix de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride.

Gloria mundi s’ouvre sur une joyeuse naissance, une mise au monde. Mais quel monde exactement ? Gloria, qui vient de pousser ses premiers cris, esquisse également ses premiers sourires et, à cet instant-là, cette question perd de son importance. Le chômage, les guerres, le réchauffement climatique… soudain tout parait si lointain. L’essentiel, ce sont ces petits doigts de porcelaine fine qui essaient d’appréhender leur nouvel univers, ces lèvres délicates qui cherchent le sein de Mathilda (Anaïs Demoustier), la mère. C’est fou le pouvoir d’un si petit être. Autour d’elle, son père Nicolas (Robinson Stévenin) et ses deux grands parents Sylvie et Richard (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin) sourient benoitement, émouvants. Et là, en spectateurs avisés que vous êtes et qui suivez fidèlement les aventures de la famille élargie de nos Marseillais préférés, vous réalisez tout de suite qu’il en manque au moins un autour du berceau… Gérard Meylan, évidemment ! Justement le voilà qui toque à la porte de l'appartement banal et modeste de Sylvie et Richard, dans un immeuble sans grâce. Le prénom de Gérard dans ce film ? Daniel ! Son pedigree ? Repris de justice ! Voilà qu’il réapparait après un long temps d’incarcération. Il n’a pas besoin de se présenter à Richard, qui lui ouvre la porte. Ce dernier, sans l’avoir jamais vu, sait tout de suite qu’il a affaire à l’ex de sa compagne… Scène simple et belle, très belle parce que très simple… Mais la dévoiler serait pêcher, pas sûr que la Bonne Mère nous le pardonnerait !

Tour à tour on va découvrir les (petits) boulots de chacun. Richard est chauffeur de bus, occasion de revisiter Marseille en un road movie intramuros, d’apercevoir les conséquences des politiques d’aménagement de la ville. Sylvie se fait surexploiter sans mot dire avec d’autres gens de ménage dans une grande chaîne d’hôtels. Les nouvelles générations quant à elles cèdent de plus ou moins bon gré à la tentation de l’ubérisation ou à celle – plus lucrative a priori – des combines douteuses… Dans un monde qui se durcit, chacun développe sa stratégie de survie, tétanisé par la peur, renonçant à l’empathie…
Tout se déroule à la chaleur du midi, pourtant il y a quelque chose de glacial dans la vie des personnages, aux prises avec un des pires monstres que l’humanité ait enfanté : le capitalisme vorace (pléonasme ?). Ils font partie des sans-grade, de ceux qui galèrent et croisent dans la rue d’autres sans-grade qui galèrent encore plus. Pourtant cette fragile humanité ne perd pas sa dignité, même quand elle dégringole. Elle sort alors son arme secrète : la solidarité. La fraternité est loin d’être morte !

Robert Guédiguian est un cinéaste qui, avec les mêmes ingrédients, réussit à toujours nous surprendre. L’ensemble de son œuvre brosse une magnifique fresque, chronique humaniste de notre époque. Au fil du temps qui passe, on a plaisir à y retrouver la même troupe fidèle, à la voir évoluer, s’agrandir avec de petits nouveaux. Bonheur de voir les griffes du temps qui marquent les corps, les expressions du visage, la bonhommie et les rides assumées. C’est une part d’intime qui vogue vers les rives de l’universalité, tandis qu’une part de nous-mêmes sombre dans la Méditerranée pour trop avoir espéré un havre de paix. Ariane Ascaride, petite-fille d’immigrés italiens, est plus que jamais touchante et juste, tant dans son interprétation que dans son petit mot de remerciements quand le Jury de la Mostra lui remet un prix d’interprétation bien mérité qu'elle dédie aux migrants morts en mer, « ceux qui vivent pour l'éternité au fond de la Méditerranée ». (Utopia)
 
CGR SOIREE ENTRETOILES DIM15/17H45 
 
SALERNES   mer11/18h      ven13/20h30     lun16/ 18h  20h30
COTIGNAC    jeu12/18h  20h30 
LE LUC            mer11/21h    ven13/18h   dim15/16h
LE VOX          mer 11/16h 18h15    jeu12/13h 45  17h20    ven13/14h 18h20    sam14/13h45 18h30  dim15/16h  lun16/17h30  mar17/14h 18h30

 

ADULTS IN THE ROOM

COSTA-GAVRAS - Grèce/France 2019 2h07mn VOSTF - avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur, Aurélien Recoing, Valéria Golino...

"Va où il est impossible d'aller ": la devise de Costa-Gavras (dont il fit le titre de ses mémoires), pourrait être une supplique à son pays natal, la Grèce. Yanis Varoufakis (superbement incarné par Christos Loulis), le héros de l’histoire qui va suivre, aurait également pu la faire sienne. Et c’est ce qui, dans la vie en vrai, au-delà de la nationalité, a sans doute contribué à rassembler les deux hommes : le refus de ployer sous les injonctions des courants hégémonistes. S’il est sans doute inutile de vous présenter le grand cinéaste dont a hérité la France en 1952, c’est quand même une belle occasion de saluer les bienfaits de l’immigration ! Construit à la façon d’un thriller à suspense, son nouveau film nous tient en haleine deux heures durant, sur un sujet qu’on n’aurait jamais soupçonné être si palpitant…  
Ce soir-là, tous retiennent leur souffle… Une foule dense, telle qu’on ne les imagine plus en France lors de nos mascarades quinquennales, attend le résultat des élections. C’est que le petit peuple grec est exsangue. Il a beau suer sang et eau, rien ne semble pouvoir étancher la soif vampirique de l'ennemi de tous les petits peuples : « La Finance ». Les prêts consentis au pays, à des conditions assassines, par les leaders européens, ressemblent à ces bougies d’anniversaire, dites « magiques » mais ô combien agaçantes, qui se rallument de plus belle dès qu’on cesse de souffler dessus. Une dette indélébile, auto-alimentée par des taux d’intérêt honteux. La Grèce doit payer le prix de trente années de gestion irresponsable exercée par les gouvernements successifs, plusieurs centaines de milliards de dollars de déficit, qui reposent désormais sur les pauvres épaules des citoyens lambda, qui n’avaient surtout pas demandé tous ces investissements hasardeux.
Malgré le marasme profond qui envahit le pays, une improbable lueur d’espoir s’est levée, portée par Syriza, le parti de la coalition de gauche. Dans la modeste salle de campagne, en ce mois de janvier 2015, tous se tiennent aux aguets… puis… bondissent de joie ! C’est la victoire ! Très vite Yanis Varoufakis, sans jamais avoir adhéré au parti, sera pourtant nommé Ministre de l’Économie du nouveau gouvernement conduit par Alexis Tsipras. Pas de meilleur choix que ce brillant économiste, doué d’un sens de la répartie redoutable, pour renégocier les conditions de la dette qui asphyxie la république hellénique. À compter de cet instant va se jouer un duel passionnant dans les coulisses des instances de l’Europe, entre David/Yanis, qui a la ténacité d’un Sisyphe, et une armée de Goliath surpuissants qui considèrent que « le système de protection social n’est qu’un rêve communiste ». Mais surtout il lui faudra convaincre la « Troïka » (créée en 2010 et constituée de fonctionnaires de la Commission Européenne, de la BCE, du FMI…) de bien vouloir renégocier les conditions de la dette. Persuadé que le bon sens et une juste cause peuvent l’emporter, Varoufakis entame une course de fond à armes inégales, décidé à ne pas céder face à l’Eurogroupe. Après tout, ne représente-t-il pas un peuple qui a « deux millénaires d’expérience en matière de patience, puisqu'inventeur du stoïcisme. » ?
Adults in the room, dense et passionnant, fait référence au livre de Yanis Varoufakis Conversation entre adultes tout aussi bien qu’à une judicieuse question qu’il est légitime de se poser en observant le microcosme de tous ces décisionnaires européens qui ont parfois des comportements dignes de cours de récréation : « Y’a-t-il des adultes dans la pièce ? ». Si le constat global du film est consternant, il est extrêmement jouissif de voir les politicards aux dents longues (dont nos Français), se faire égratigner au passage. Mais on devra malgré tout se plier une fois de plus à l’évidence : tous ces oligarques ont désormais le monopole du cynisme… qui fut lui aussi inventé par les Grecs. Nous ne saurions que conseiller à ces derniers de réclamer des droits d’auteurs à l’Europe : cela ferait plus qu’effacer leur dette, ils deviendraient multimilliardaires !    (Utopia)
 
  CGR SOIREE ENTRETOILES DIM15/20H30   
 
 
PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU

Écrit et réalisé par Céline SCIAMMA - France 2019 2h - avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luana Bajrami, Valeria Golino... Festival de Cannes 2019 : Prix du Scénario.

Étonnante Céline Sciamma, toujours là où on ne l’attend pas. Non par plaisir d’étonner la galerie, mais pour le bonheur de renouveler son style, de relever de nouveaux défis tout en creusant un peu plus ses sujets de prédilection. Rendre visibles les invisibles, celles en marge de la société et ici de l’histoire. La réalisatrice s’empare avec brio de la forme classique et la dépoussière, innove, lui rend sa spontanéité. Ce Portrait de la jeune fille en feu (quel titre !) éclaire différemment toute l’œuvre polymorphe de la réalisatrice. Il agit comme une épure. Une fois le côté effervescent, représentatif de notre période contemporaine gommé, ses musiques agitées éteintes, que reste-t-il du cinéma de Sciamma ? Ce nouvel opus, en costumes d’époque, qui s’impose sans strass ni paillettes, met en valeur la trame limpide qui le charpente. Mécanique implacable, puissante, méticuleusement travaillée. Rien n’est laissé au hasard, même le dossier de presse, qu’on vous encourage à télécharger sur le site du distributeur Pyramide, est passionnant. Tout témoigne d’un travail sans relâche, d’orfèvre, pour produire une œuvre merveilleusement ciselée. Tant est si bien que le Prix cannois du scénario est un brin réducteur. Et que dire de ses deux comédiennes, irradiantes, qui auraient largement mérité de partager un prix d'interprétation !

Nous sommes donc en 1770… Non loin des falaises, battues par les vents, qui surplombent l’océan, se dresse une imposante et austère demeure. Ce que l’on appelle traditionnellement une maison de maître, quand bien même la propriétaire en serait une maîtresse. Ici les distractions sont aussi rabougries que les plantes malmenées par les embruns marins. L'expression artistique, les fêtes y sont tout aussi clairsemées. Les rares instants de musique sont tant attendus qu’on en déguste la moindre note jusqu’à la lie quand elle passe à portée. On a le temps de guetter le temps qui passe, de regarder tomber chaque goutte de pluie.
Pourquoi venir se perdre dans cette contrée perdue, si ce n’est pour des raisons alimentaires ? Tel est le lot de Marianne (Noémie Merlant) qui vient de décrocher un travail de commande : faire le portrait de l’héritière de la famille, dans le but de la marier. Il faut resituer le contexte de l’époque : pas de réseaux sociaux, de skype, ni de photomaton… Il fallait bien avoir quelque chose à mettre sous l'œil du futur époux pour lui vanter les mérites et lui vendre la jeune donzelle qu’on lui proposait de prendre sous son aile ! Marianne, en tant que peintre à son compte, est aguerrie dans ce domaine. Elle n’est pas effarouchée de débarquer seule dans ce recoin oublié du monde. Et c’est-là une première originalité à l’écran : y voir une de ces femmes qui ont bel et bien existé dans un contexte où la quasi totalité de leurs contemporaines n’avaient pas le choix de leur destinée. Marianne, sans mari, ni maître, est une femme socialement libérée et ses rapports avec les autres le sont tout autant. Si elle est de rang inférieur à la comtesse qui lui commandite le portrait de sa fille, son statut indépendant lui octroie une véritable liberté de ton, et lui permet de l’aborder de femme à femme. Entre les deux, un marché secret est conclu : Marianne peindra en cachette le tableau, à l’insu d'Héloïse qui essaie avec ses maigres moyens d’échapper à son destin programmé et refuse de poser. Héloïse n’agit pas par caprice, mais par conviction profonde. C'est ce qui va rapprocher progressivement l’artiste et son modèle…

Quand Céline Sciamma s’empare d’un tel sujet, chaque plan devient comme un véritable tableau, la peinture devient l’ADN du film. Dans cet univers féminin, aucune protagoniste n’est laissée à l’abandon. Chaque personnalité est complexe, interagit avec les autres indépendamment des rapports de classe censés les corseter. La liberté a un prix, qu’il faut être prête à payer. L’enjeu impose alors de sortir de ses propres entraves. Au-delà du genre, ce film parlera à tous ceux, à toutes celles qui sont, ont été, seront amoureuses, amoureux, profondément…    (Utopia)
 
CGR  ciné club tous les jours/18h

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Au(x) cinéma(s) du 4 au 10 décembre 2019

Bonjour à tous !
 
Prenez d'abord note de notre prochain rendez-vous Entretoiles le dimanche 15 septembre, sur le thème "Libéralisme !!!" avec 2 films : Adults in the room de Costa Gavras, les dessous des tractations entre la Grèce et l'Europe, tournés comme un thriller à suspens, et  Gloria mundi de Robert Guediguian, qui visite les ravages des boulots galère et de l’uberisation....
Le 5 janvier, nous vous proposerons Ne croyez surtout pas que je hurle,  de Franck Beauvais, un film comme il n'en existe aucun autre, un journal intime totalement hors normes, et le 19 janvier une soirée sur le thème "Destinées" avec Camille de Boris Lojkine, un documentaire sublime sur la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, et Les éblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, Camille, elle aussi.
Le 15 décembre, nous serons à votre disposition dans le hall pour que vous puissiez, si vous arrivez en avance, renouveler votre adhésion Entretoiles pour 2020.
 
Dans le cadre du Ciné Club à CGR allez voir le dernier film de Christophe André, Chambre 212, un merveilleux divertissement, léger et profond à la fois. Dans la programmation ordinaire de CGR, plusieurs films qui en valent la peine : Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un prolongement respectueux de l'épopée de Victor Hugo,  qui nous prend à la gorge avec le même sentiment d'injustice, un film choc, salutaire, jamais manichéen, (aussi à Lorgues et Cotignac),  J'accuse le dernier film de Polanski une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d'un homme, sa réhabilitation mais aussi l'ambiance de l'époque, La Belle Époque  de Nicolas Bedos où le réalisateur livre un film foisonnant à la fois émouvant et sarcastique sur les affres du couple, et enfin Hors normes de E Toledano et O Nakache, un film qui prend à bras le corps à la fois le sujet de la difficulté de l'accueil des handicapés et celui de l'engagement social à corps perdu, (Salernes aussi).

A Lorgues, Les éblouis de Sarah Suco, un film salutaire et palpitant sur les dérives sectaires qui arrivent même dans certaines communautés tout ce qu'il y a de plus catholiques(aussi à Cotignac et au Vox),et Tout est possible de John Chester, un documentaire sur le retour à la terre, puissant et plein de suspens.

A Salernes, vous pouvez vous faire une petite après midi "polars politiques", avec El reino de Rodrigo Sorogoyen, film palpitant sur les dessous des cartes et la corruption en Espagne, et Rojo de Benjamin Naishtat, à la fois polar noir et récit historique.

Au Vox à Fréjus, ne ratez pas It must be heaven de Elia Suleiman, une œuvre singulière, merveilleusement drôle, et éminemment politique. Sinon, Gloria mundi de Robert Guédiguian qui poursuit sa chronique Marseillaise témoignant des mutations du monde et de sa ville ,un beau film poétique pour un constat sombre et  Proxima un film d'Alice Vinocour sur une femme astronaute avec les questions et les doutes qui entourent cette aventure au féminin. Mais aussi pour une seule séance le merveilleux documentaire, Pour Sama, de Waad el Kateab, un journal intime poignant tourné en plein siège d'Alep.
 

Voilà : vous avez de quoi faire dans les salles obscures !  Profitez bien et bonne semaine de cinéma ! 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

CHAMBRE 212

Écrit et réalisé par Christophe HONORÉ - France 2019 1h30mn - avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Benjamin Biolay, Camille Cottin, Carole Bouquet...

CHAMBRE 212À l'ombre protectrice et revendiquée de Woody Allen, Ingmar Bergman et Bertrand Blier, Christophe Honoré nous offre un merveilleux divertissement, léger et profond à la fois, qui est aussi une déclaration d'amour au cinéma, art magique par la grâce duquel tout est possible pour peu que l'on abandonne, ne serait-ce que brièvement, notre désespérante exigence de rationalité. Quel bonheur de croire, une heure trente durant, qu'il serait possible de revenir en arrière et changer le cours des choses, aimer à nouveau comme au premier jour, croiser même les morts et retrouver un peu de cette fulgurance qui nous rend furieusement vivants ! Christophe Honoré et sa bande de saltimbanques réussissent un délicieux tour de passe-passe qui vous entraînera quelque part de l'autre côté de l'arc-en ciel, à peine franchi le seuil de la chambre 212.

Sacha Guitry – auquel on pense également – y perdrait son latin : ce sont les femmes adultères qui se planquent dans les placards, revenant tout sourire au bercail sur un air de « même pas grave », fortes de leur jouissance et de cette évidence que la passion amoureuse s'étiole méchamment au fil des ans. Et ce sont les hommes qui pleurent et se lamentent, s'acharnant à espérer que d'un volcan éteint pourra rejaillir le feu. Voeu pieux ? Maria donc, enseignante très à cheval sur le suivi personnalisé de ses élèves – surtout quand ils portent un prénom sexy –, s'est fait une raison, sans dramatiser ni tirer de conclusion définitive : entre Richard et elle, après des années de vie commune, la flamme s'est étouffée, la passion s'est émoussée. Et ce soir-là, peut-être parce que Richard porte un horrible bermuda avec des chaussettes flageolant à mi-mollets, ou peut-être parce qu'elle en a assez de lui jouer la comédie légère, elle décide de prendre la tangente, et un peu de recul, pour retrouver son souffle, faire le point.
Elle traverse la rue. Pousse la porte de l'hôtel. Prends une chambre dont la fenêtre donne précisément sur son appartement, sa vie, son homme qui pleure devant sa machine à laver. Une vue idéale sur son mariage en panne pour enfin s'envisager de l'intérieur. Mais pour la réflexion en solitaire, c'est raté : voilà que la chambre d'hôtel est envahie par une foule sentimentale de protagonistes, bien décidés à s'exprimer même si on ne leur a rien demandé, à apporter leur contribution à ses réflexions intérieures, voire, pire, à lui faire moult reproches sur sa légèreté ou sa conduite passée, ses désirs de liberté qui en ont blessé plus d'un.
Au premier rang de ces intrus : Richard himself, vingt ans et vingt kilos en moins, tel qu'il était le jour où ils se sont rencontrés, puis il y a tous ses amants, et même sa mère pour les comptabiliser. Il y aussi sa conscience, qui s'est mise sur son trente et un… sans oublier Irène. Celle que Richard aurait dû épouser, son tout premier amour.

Autant dire que la nuit va être mouvementée… Comment résister au corps jeune et plein de fougue de Richard ? Comment se dépatouiller dans cette conjugaison existentielle où présent, passé et futur s'emmêlent joyeusement les pinceaux ? Mais surtout : Maria doit-elle traverser la rue en sens inverse ?
Le film avance comme dans un rêve, révélant au cœur d'un dispositif volontairement théâtral une sublime authenticité des êtres et des sentiments. Tout coule, tout est fluide, la narration et les dialogues sont ultra-rythmés, tout comme la musique (toujours en mode majeur chez Honoré). Chef d'orchestre virtuose à la tête d'une troupe de comédiens de haute volée (Chiara Mastroianni en majesté, les menant tous à la baguette), Christophe Honoré signe ici une rêverie éveillée lumineuse et c'est un enchantement.(Utopia)

CGR ciné club : Tous les jours à 18h

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis ManentiFestival de Cannes 2019, Prix du Jury.

Point de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…

Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)

CGR   mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 et mardi 10 13h35, 17h50, 20h, 22h10, jeudi 5, samedi 7 et lundi 9 13h25, 15h55, 20h, 22h10

Lorgues : mercredi 4 et samedi 7 à 16h, dimanche 8 20h, lundi 9 19h

Cotignac : jeudi 5 20h30, lundi 9 18h

 

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.

Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.
La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…
C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée »… (Utopia) 
CGR : mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 et mardi 10 16h30, 19h20, jeudi 5, samedi 7 et lundi 9 19h40
 

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...

HORS NORMES« Ces jeunes-là, personne n’en veut ». Ils sont « hors normes ». On les transbahute d’hôpital en hébergement médicalisé, on les balade de service psychiatrique en centre social. Les institutions dûment agréées par l’État se les refilent comme des patates chaudes, filtrant au passage ceux qui leur paraissent les plus gérables, les moins handicapés par leur pathologie, ceux dont ils peuvent espérer contrebalancer les déficiences. Mais les autres ? Pour les autistes diagnostiqués « lourds », rien n’est prévu – de fait, personne n’en veut. Ils sont la mauvaise conscience de la société, qui se détourne ostensiblement des enfants, de leurs parents, des soignants…
Les héros du film n’en sont évidemment pas. « Hors normes » suit l’action de deux bonshommes qui, sans cape de Batman ni collants fluo, font basiquement ce que leur conscience leur ordonne. Deux hommes simplement pétris d’humanité, prêts à tout donner, de leur temps, de leur énergie, de leur personne, pour que les derniers des laissés-pour-compte aient un lit, un accueil, une écoute, le minimum vital d’attention. Parce qu’il y a ces gamins autistes, dont personne ne veut et dont il faut bien, en définitive, que quelqu’un s’occupe. Parce qu’il y a ces autres gamins, qui viennent généralement d’au-delà du périph’, stigmatisés, racisés dit-on aujourd’hui, dont personne ne veut non plus d’ailleurs et qui s’imaginent condamnés à dealer et traîner leur inutilité sociale de leur lit à Pôle emploi. Au milieu de ce bazar, il y a donc Stéphane et Daoud. Aussi dissemblables que possible, chacun s’affairant dans une communauté dont on voudrait à toute force nous convaincre qu’elle serait antagoniste de l’autre (le film nous montrera évidemment qu’il n’en est rien, mais qui en aurait douté ?). L’un, Stéphane, est vieux garçon, juif pratiquant, et son célibat est comme le rocher sur lequel viennent inexorablement s’échouer les trésors d’inventivité que déploient les marieuses de son entourage pour lui trouver une âme sœur, quitte à écumer inlassablement les communautés juives des quatre coins de l’Hexagone. L’autre, Daoud, est musulman, mari et père aimant, d’une banalité exemplaire, plutôt bon vivant et rame pour trouver ne serait-ce qu’un peu de temps à consacrer à sa famille.

Daoud est le fondateur et la cheville ouvrière de l’association « Le Relais IDF », qui forme des jeunes des quartiers populaires à devenir accompagnants sociaux, et tente en parallèle de resocialiser par le travail ou les sorties en ville les autistes difficiles, qu’on garde en général enfermés dans des structures hospitalières. Stéphane, lui, serait sans doute enclin à convoler avec les charmantes demoiselles que des âmes charitables lui présentent, s’il n’était pas de jour comme de nuit accaparé par « Le Silence des Justes », l’association qu’il tient à bout de bras, consacrée à l’accueil inconditionnel des jeunes autistes, y compris les cas les plus difficiles.
Deux hommes, deux engagements pour la même urgence, la même humanité, qui se côtoient, se suivent, s’épaulent, intimement convaincus de la nécessité et de la puissance de l’action collective. Au-delà de leur portrait, c’est tout le petit peuple des travailleurs sociaux, des jeunes en rupture de banlieue, des autistes relégués au fin fond de l’indifférence des pouvoirs publics, que la caméra chaleureuse et bienveillante de Nakache et Toledano enveloppe dans le grand mouvement du film choral teinté d’humour qui, de Samba au Sens de la fête, reste leur meilleure marque de fabrique. Ils mettent en musique avec ampleur et générosité la difficulté d’être différent, d’être ostracisé, et prennent doucement le spectateur par la main pour affronter son propre regard sur le handicap. Sans une once de niaiserie ni de condescendance, mais en privilégiant toujours dans les hommes ce qu’ils ont de meilleur. On en sort ému, ragaillardi, et, concernant la place faite aux enfants autistes, la colère prête à exploser. (Utopia)

CGR : de jeudi 5 à mardi 10 : 10h50

Salernes : mercredi 4 18h, vendredi 6 18h30, samedi 7 21h, lundi 9 20h30, mardi 10 18h30, 21h

LA BELLE ÉPOQUE 

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55mn - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...

La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…

Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit. (Utopia)
CGR : mercredi 4 18h10, jeudi 5, samedi 7 et lundi 9 15h50
 

LES ÉBLOUIS

Sarah SUCO - France 2019 1h39 - avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin, Céleste Brunnquell... Scénario de Sarah Suco et Nicolas Sihol.

LES ÉBLOUIS

La famille Lourmel a tout de la famille provinciale ordinaire. Une famille nombreuse, 4 enfants, assez traditionnelle et catholique. La fille aînée, Camille, 12 ans, se passionne pour ses cours de cirque lors desquels son professeur tente de faire sortir l'âme de clown qu'elle pourrait avoir en elle. Certes la maman, Christine, semble un peu dépressive et ostensiblement sévère, rechignant par exemple à ce que Camille aille dormir chez une copine après les cours. Quant au père, Frédéric, il se montre un chouia effacé, paraît résigné face aux exigences parfois injustifiées de son épouse. Et puis il y a la paroisse, mais rien d'extraordinaire à raconter sur elle, une paroisse menée par un curé charismatique et débonnaire que les fidèles appellent étrangement et affectueusement « le berger », une petite communauté chrétienne chaleureuse dont les Lourmel suivent assidûment les activités, entre solidarité avec les personnes âgées ou les nécessiteux et repas dominicaux partagés. Le père, enseignant pas forcément épanoui dans son métier, et la mère, désœuvrée et neurasthénique, trouvent visiblement dans ces activités pastorales une certaine plénitude.
Puis, insensiblement, l'influence de la communauté religieuse va se faire plus pesante : le berger incite les parents à retirer Camille de son cours de cirque, sous prétexte qu’il lui enseignerait l'ironie et le culte excessif du corps ; puis il leur demande de venir vivre aux côtés d'autres frères et sœurs dans une grande maison communautaire adossée au presbytère. Progressivement se mettent en place tous les mécanismes de l'engrenage sectaire : éloignement des proches hostiles au choix religieux par le biais de procédés diffamatoires ; répétitivité des rituels parfois absurdes, exorcismes ou autres, notamment quand les fidèles bêlent de concert pour appeler la venue du « berger »…
La très chouette actrice Sarah Suco, découverte notamment dans les films de Louis-Julien Petit (Discount et Les Invisibles) passe ici derrière la caméra et elle n'a pas fait ce grand saut par hasard. Son film est d'ailleurs dédié à ses jeunes frères et sœurs car elle a dû vivre avec eux durant dix ans dans une communauté semblable à celle du film, d’où l’authenticité de son récit. Les Éblouis se garde bien de tomber dans la caricature, et le film décrit bien ces petits riens qui font basculer de la normalité à l'étrangeté, voire pire. Les personnages des parents, remarquablement campés par Camille Cottin et Eric Caravaca, tout en ambivalence, évoquent des sentiments troubles, entre adhésion aveugle à la logique sectaire et amour sincère de leurs enfants. Face à eux, Jean-Pierre Darroussin est formidable en prêtre tour à tour bienveillant et franchement inquiétant.
Mais ce qui emporte l’adhésion, c'est la vision en permanence à regard d'enfant et par extension le regard autobiographique de la réalisatrice. On est d'autant plus impressionné que tout ce qui est décrit ne se passe pas au cœur d'une cellule djihadiste ou d'une section de raéliens en voyage cosmique, mais bien dans une communauté catholique, tout à fait autorisée, comme il en existe des centaines en France (il suffit de chercher sur internet le réseau de la communauté des béatitudes), alors qu'on estime qu'il y aurait chaque année dans notre pays entre 50 000 et 60 000 enfants victimes de dérives sectaires. Le film est non seulement palpitant mais aussi salutaire.(Utopia)

Lorgues : mercredi 4 et samedi 7 20h, dimanche 8 16h, lundi 9 17h

Cotignac : vendredi 6 18h

Vox : mercredi 4, vendredi 6, samedi 7 et dimanche 8 16h05, jeudi 5 13h50, 18h15, lundi 9 13h45, 17h55, mardi 10 13h50, 20h45

TOUT EST POSSIBLE : the biggest little farm

John CHESTER - documentaire USA 2019 1h22 VOSTF - avec la famille Chester...

TOUT EST POSSIBLE : the biggest little farmC’est sans conteste un documentaire mais il faut vraiment se le répéter pour s’en convaincre pendant la projection : on est en plein coeur d’une action tendue, palpitante, un vrai film d’aventure ! La puissance de ce film tient à l’art de la narration, le réalisateur est un véritable conteur de sa propre vie. Il y insuffle juste ce qu’il faut de suspense, d’émotions sans jamais qu’elles ne débordent. S’il partage une part intime, il le fait avec une telle dignité et une telle classe que rien n’est pesant.

Les premières images sont saisissantes. Un incendie violent dévaste la campagne californienne. Face aux flammes immenses, des hommes, des bêtes, des arbres… fragiles et démunis. Malgré tous les efforts déployés, des fermes entières sont menacées d’être balayées de la carte. Tous retiennent leur souffle. Ce jour-là, Apricot Lane, le domaine de Molly et John Chester, sera épargné. Ouf ! Mais que sont donc venus faire ces deux citadins dans cette galère ? L’aventure démarre huit ans plutôt. Nos deux amoureux gagnent à l’époque bien leur vie, Molly grâce à ses talents de cuisinière blogueuse, John en tant que documentariste, photographe animalier pour la presse. Ils coulent des jours paisibles et confortables. C’est un coup de foudre qui va venir bousculer le cours de leur existence. Lors d’un reportage, John rencontre Todd. Tous deux tombent irrémédiablement en amour. John ne peut que ramener sa conquête à la maison. Quand il la présente à Molly, elle est conquise à son tour par les grands yeux bleus du doux chien aux poils d’ébène. Pas de scène de couple donc, Todd est adopté, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes… Sauf pour les voisins de leur minuscule
immeuble ! Car s’il y a bien un truc que Todd déteste, c’est rester seul et il le fait savoir en hurlant à la mort !
Après quelques avertissements, le trio finira par se faire expulser. Les Chester y verront le signe d’un nouveau départ. Ce n’est pas un simple pavillon de banlieue qu’ils vont offrir à Todd, mais un terrain de 300 hectares ! Voilà nos cultivateurs en herbe, dont l’expérience se résume à faire pousser des tomates sur un balcon, en train de convaincre banquiers et copains de leur prêter quelques milliers de dollars pour se reconvertir dans l’agriculture : c’est simple, ils ont lu des bouquins sur le sujet ! Autant dire que c’est pas gagné ! Mais Molly et John ne sont pas du style à baisser les bras. Les voilà à la tête d’une terre aride à en tirer la langue, un sol épuisé sur lequel personne ne parierait, mais à portée de leur bourse. Et c’est là que commence la véritable épopée, celle de la reconquête d’un territoire par la vie. John nous la conte avec sa voix enjouée, ses mots drôles et touchants, ses images splendides. On entre dans l’intimité des animaux. On est étonnés par l’histoire du coq amoureux d’une truie (Emma). Inquiets pour l’agneau bicolore orphelin rejeté par les siens. Émerveillés par les naissances en direct, le vol d’un colibri. Dépités par les ravages des nuisibles et des coyotes. C’est aussi prenant qu’un roman feuilleton.
Les cinq premières années seront rudes, pleines de déboires, d’incertitudes… De son propre aveu, le réalisateur doute du succès, se refusant à tout angélisme, à tout prosélytisme. Puis progressivement l’étroite collaboration tant espérée avec la nature se met en place, sans herbicide, ni pesticide, ni assassinat de souris… Nul besoin de grands discours, la manière dont tout bourgeonne, explose, la biodiversité retrouvée sont la plus belle démonstration. Si une grande petite ferme ne peut à elle seule reverdir le blason de la planète, elle peut y contribuer ! (Utopia)

Lorgues : mercredi 4, samedi 7 et dimanche 8 18h, lundi 9 21h

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Au(x) cinéma(s) du 27 novembre au 3 décembre 2019

Bonjour à tous !
 
Cette semaine ne manquez pas à CGR la séance organisée par Entretoiles dimanche 1er décembre à 20h avec Martin Eden un film italien où Pietro Marcelo propose une lecture très libre du célèbre roman de Jack London et  réussit une adaptation lyrique qui dialogue avec notre époque.
Nous serons à votre disposition dans le hall pour que vous puissiez, si vous arrivez en avance, renouveler votre adhésion Entretoiles pour 2020.
 
Dans le cadre du Ciné Club à CGR allez voir le dernier film de Woody Allen Un jour de pluie à New York un film délicieux qui renoue avec la meilleur veine du réalisateur humour et charme s'y  disputent la partie.
Toujours à l'affiche, Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un prolongement respectueux de l'épopée de Victor Hugo,  qui nous prend à la gorge avec le même sentiment d'injustice, un film choc, salutaire, jamais manichéen.
À noter que les prochains films de ciné club seront Chambre 212 (qui a été déprogrammé la semaine dernière au profit des Misérables)et Portrait de la jeune fille en feu.
 
À Lorgues vous pourrez voir Le Char et l'olivier, un documentaire dense, intéressant et courageux au regard des risques de clivage inhérents à un tel sujet, Noura rêve,un film tunisien formidablement interprété, le cauchemar d'une femme adultère passible de prison en Tunisie et Fahim, un film qui s'inspire d'une histoire vraie bouleversante.
 
À Salernes( à CGR et au Luc) J'accuse le dernier film de Polanski une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d'un homme, sa réhabilitation mais aussi l'ambiance de l'époque et La Belle Époque (aussi à CGR et à Cotignac) de Nicolas Bedos où le réalisateur livre un film foisonnant à la fois émouvant et sarcastique sur les affres du couple.
 
A Cotignac  La Cordillère des songes, où le cinéaste Patricio Guzmán l’exilé clôt une trilogie fascinante sur ce Chili qui le hante, cherchant dans les Andes, somptueuses, les traces des drames de la dictature et Un monde plus grand de Fabienne Berthaud (aussi au Vox), un film d'une profonde spiritualité et une expérience humaine d'une grande sincérité.
 
Au Vox parmi les nouveautés Gloria mundi de Robert Guédiguian qui poursuit sa chronique Marseillaise témoignant des mutations du monde et de sa ville ,un beau film poétique pour un constat sombre, Proxima un film d'Alice Vinocour sur une femme astronaute avec les questions et les doutes qui entourent cette aventure au féminin et  L'arbre de l'enfance un documentaire d Anne Barth,  film majeur sur l'enfance, sur la parentalité et sur notre propre enfance d'adultes et encore au programme Les éblouis de Sarah Suco, un film salutaire et palpitant sur les dérives sectaires qui arrivent même dans certaines communautés tout ce qu'il y a de plus catholiques  et Le Traitre  de Bellocchio  un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout.
 
Bonne semaine de cinéma ! 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 
MARTIN EDEN
Pietro MARCELLO - Italie 2019 2h08mn VOSTF - avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Carlo Cecchi, Marco Leonardi... Scénario de Pietro Marcello et Maurizio Braucci, d'après le roman de Jack London. Festival de Venise 2019 – Prix d'interprétation masculine pour Luca Marinelli
 
 Et c’est alors que, dans une grandiose épiphanie, lui vint la grande idée. Il écrirait. Il serait l’un des yeux par lesquels le monde voit, l’une des oreilles par lesquelles il entend, l’un des cœurs par lesquels il éprouve. Il écrirait de tout… de la prose, de la poésie, des romans et des récits, des pièces comme Shakespeare. » Jack London, Martin Eden

Avant d'être ce superbe film, Martin Eden, c’est bien sûr un chef d'œuvre de la littérature, un des premiers des best-sellers de l’histoire, créé par un écrivain hors normes dont on a cru longtemps qu’il s’était projeté dans ce personnage de jeune prolétaire - écrivain en herbe, qui ne rencontre pas le succès et qui veut s’élever culturellement et socialement par l’amour passionnel et irraisonné d’une belle bourgeoise rencontrée par hasard. Il y avait bien quelques indices incitant à rapprocher Jack London et Martin Eden. Jack, fils d'un ouvrier au temps de la Révolution industrielle, a travaillé enfant à l’usine, connu les bas fonds, cherché de l’or dans le Klondike au cœur du Grand Nord canadien, été mousse sur des goélettes partant chasser le phoque… avant de devenir correspondant de presse au début du 20ème siècle sur le théâtre des opérations des guerres russo-japonaise puis américano-mexicaine. Pourquoi et comment ce gamin issu du prolétariat devint un tel aventurier avant d’être écrivain reconnu ? Par amour ? Jack London eut beau protester de la différence entre ses motivations et celle de son personnage, le doute subsista.
Le réalisateur italien Pietro Marcello, au talent singulier et au parcours étonnant (il fut éducateur en milieu carcéral avant de passer au cinéma), nous avait intrigués et séduits avec son très beau Bella e Perduta, conte sicilien entre documentaire et fiction témoignant de la folie d’un pâtre qui sacrifia sa vie à sauver un palais abandonné et un bufflon voué à une mort certaine. Martin Eden, adaptation à la fois très libre et très fidèle du roman de Jack London, pourrait apparaître comme plus classique dans son respect du récit rapportant le parcours du jeune héros, même si l’histoire est transposée dans un Naples indéfini entre le début du siècle et les années 60. Si ce n’est ces anachronismes qui évoquent la divagation propre à la lecture, Marcello suit son personnage, jeune marin et apprenti écrivain dont le destin bascule quand il sauve un jeune homme de la bonne société et qu'il se laisse subjuguer par la sœur de celui-ci. C'est une jeune femme un peu distante et mystérieuse, qui comprend l’intelligence de Martin et le pousse à se cultiver et à voyager pour acquérir ce qui selon elle fonde le terreau d’un grand écrivain. Mais Martin pourra-t-il, souhaitera-t-il se conformer aux exigences de la belle, qui espère que son soupirant se plie aux diktats raisonnables de la société bourgeoise alors que lui est habité par les idées marxistes ?

Une des très belles idées du film de Pietro Marcello réside dans l’utilisation presque expérimentale au fil du récit d’images d’archives du Naples populaire des années 50/60, renforçant l’anachronismen par rapport à l'œuvre de London mais rappelant les origines et la culture ouvrière du héros, et apportant dans la mise en scène et les couleurs une tonalité propre au grand cinéma italien social des années 70, celui des Frères Taviani ou de Bellochio. Ajoutez à cela la magnifique interprétation dans le rôle titre de Luca Marinelli, justement récompensée au récent Festival de Venise, et vous avez un grand film, original et passionnant, formant avec Le Traître, de Bellochio justement, un sacré duo italien en ce mois d'octobre !(Utopia)
CGR SOIREE ENTRETOILES  dim1/20h
 
UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK
(A RAINY DAY IN NEW YORK) Écrit et réalisé par Woody ALLEN - USA 2018 1h32mn VOSTF - avec Elle Fanning, Thimothée Chalamet, Jude Law, Liev Schreiber, Diego Luna, Selena Gomez...
 
 
Les comédiens se renouvellent, les générations passent, mais l'aura de New York filmée par Woody Allen est toujours intacte, et l'écriture du maestro est toujours aussi fine et précise, et profonde sans en avoir l'air. Ici, elle est une fois encore travaillée à la virgule et au bon mot près, ciselée par la diction impeccable et parfaitement rythmée de tous ses comédiens, incarnant d'une manière évidente l'essence même du cinéma de Woody Allen. Mais comme jamais peut-être dans ses films précédents, il y a dans Un jour de pluie à New York un phénomène assez troublant qui se manifeste dès les premières images, c'est le sentiment que le personnage de Woody Allen, que nous avons vu tant de fois à l'écran et dont on connait si bien l'air binoclard un peu ahuri et le phrasé mitraillette si caractéristique, semble habiter tel un spectre chacun des personnages de l'intrigue…

De l'étudiant intello et joueur de poker à la jeune et naïve journaliste en herbe en passant par le réalisateur en plein crise existentielle, le scénariste cocu ou le grand frère qui se demande s'il ne doit pas annuler son mariage car il ne supporte plus le rire strident de sa fiancée : il est partout. A part peut-être dans le personnage (sublime) de la mère, mais chacun sait qu'une mère, dans un film de Woody Allen, se suffit à elle-même. Alors quoi ? Délire mégalo ? Omniprésence du vieil artiste au crépuscule de sa carrière ou plus simplement magie du cinéma ? Qu'importe, on est bien, là, à New-York sous la pluie avec tous ceux-là, les jeunes et ceux qui le sont moins, et on se réjouit pleinement de ce délicieux divertissement.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont bien nés, ils sont étudiants dans une université prestigieuse et gentiment amoureux. Journaliste pour la gazette de la fac, Ashleigh, passionnée de cinéma, vient de décrocher une interview du célèbre réalisateur Rolland Pollard à New-York. L'occasion rêvée pour Gatsby de l'embarquer pour un week end romantique dans sa ville natale. Mais ce qui s'annonçait comme une escapade bien balisée va se muer en folle partie de cache-cache. Alors que la délicieuse Ashleigh se retrouve happée dans le petite monde très fermé – et passablement ridicule – du cinéma d'auteur new-yorkais, Gatsby retrouve par hasard, dans le désordre de l'apparition à l'écran : un ancien pote de collège qui l'embauche pour un rôle muet dans le court-métrage qu'il est train de tourner, la sœur d'une ex-amoureuse, sa mère à qui il avait pourtant annoncé son absence pour cause d'examen au traditionnel gala de charité qu'elle organise tous les ans, une call-girl bien sous tous rapports…

Tout ce beau monde en prendra gentiment pour son grade, sous les assauts de la verve grinçante mais souvent tendre du cinéaste : les artistes tourmentés et leur nombril, les filles jolies mais un peu nunuches, la grande bourgeoisie et ses soirées de charité, les jeunes hommes prétentieux. Seule la délicieuse Ashleigh tirera paradoxalement son épingle de ce jeu de dupes : sous ses airs de blonde écervelée se cache une vraie sincérité, pure, pas encore abîmée par les rumeurs, la vanité, l'arrogance… de quoi méditer.  (Utopia) 
CGR   ciné club Tous les jours /17h30
 

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis Manenti. Festival de Cannes 2019, Prix du Jury.

 
Point de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…
Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)
CGR   mer27 ven29 sam30 /13h50 17h50 20h    jeu28  lun2/ 13h50 15h55  17h50  20h      dim1  mar3/13h50  17h50

LE CHAR ET L'OLIVIER
(Une autre histoire de la Palestine) Roland NURIER - documentaire France 2019 1h41 -
 
Le Char et l'olivier rappelle un certain nombre de fondamentaux oubliés et apporte un éclairage sur l'Histoire de la Palestine, ce que les médias appellent « le conflit israélo-palestinien », de son origine à aujourd'hui. Apprendre du passé pour comprendre le présent ! 

Ce film documentaire réunit analyse géopolitique, interviews de personnalités internationales, expertes sur ce sujet et témoignages de citoyens palestiniens et français. Il propose des clefs de compréhension et souhaite débarrasser les esprits des clichés et idées reçues.
Le Char et l'olivier se veut pédagogique et tentera d’intéresser à nouveau tous ceux que la durée du conflit aurait découragés… et pour ne plus entendre « je n’y comprends rien » ! Le film parle d’un territoire magnifique, et d’un peuple qui affirme sans cesse que « vivre c’est déjà résister ».

« Le film propose un regard critique avec un point de vue s'appuyant sur des éléments factuels incontestables. Les personnalités qui ont accepté de témoigner sont des experts reconnus de cette région et des relations Palestine / Israël, des historiens, des journalistes, des spécialistes travaillant pour l'ONU, des juristes internationaux dont le travail et l'analyse ne souffrent d'aucun esprit partisan car se basant sur l'analyse de terrain et les textes du droit international. » Roland Nurier   (Utopia)
LORGUES  mer27 /19h05   sam30/20h25  lun2/ 19h 

NOURA RÊVE

Écrit et réalisé par Hinde BOUJEMAA - Tunisie 2019 1h30mn VOSTF - avec Hend Sabri, Lotfi Abdelli, Hakim Boumsaoudi... FIFIB 2019 : GRAND PRIX DE LA COMPÉTITION INTERNATIONALE.
 
 
C’est une histoire bien actuelle et qu'on pourrait pourtant considérer d’un autre temps dans notre pays, où l’on ne jette plus tant la pierre à ceux qui commettent l’adultère. En Tunisie, le fait de tromper son époux ou son épouse est un crime passible de 2 à 5 ans de prison ! C’est le point de départ de l’histoire de Noura, femme qu'on ne peut en aucun cas qualifier de légère… et pourtant infidèle. Comme on la comprend, on le serait à moins ! Des années à attendre son mauvais lascar de mari, Lassad, détenu récidiviste : lassée de poireauter au parloir pour quelques mots vains, jamais suivis de gestes. Lassée de ces heures qui vampirisent toute forme d’espoir, la laissent assoiffée de tendresse, de caresses. C’est comme une double peine qu’elle purge, ainsi que toute sa famille. Les trois enfants n'en peuvent plus d’attendre un paternel qui ne revient pas, redoutant presque sa venue, tant sa présence jadis ne fut pas synonyme d’apaisement, ni de tranquillité. Les visites à la prison sont progressivement devenues une corvée.

Seule Noura fait encore l’effort de se présenter au parloir, mais elle a du mal à feindre l’enthousiasme. Elle le fait par devoir sans doute, par souci du qu’en-dira-ton aussi, ne cachant plus complètement ses émotions, mais n’osant pas avouer son désamour. N’osant pas plus confesser qu’elle s’est prise à rêver de se reconstruire une vie avec un honnête homme, peut-être moins beau mais plus fiable qu’un conjoint voleur et parfois violent. Et elle a fini par le rencontrer en la personne de Jamel, un garagiste travailleur, prévenant. Celui que ses mômes appellent tonton, sans deviner la liaison adultérine, a trouvé sa place dans leur vie, toujours attentif et aidant.
Impatiemment, Noura compte les jours : J-5 avant que le divorce, qu'elle a demandé en cachette, soit peut-être prononcé. C’est une libération qui s’annonce, mais celle qui va se produire et bouleverser tout le monde n’aura, elle, pas été annoncée. Une grâce présidentielle inopportune, et Lassad est libéré sans crier gare et se pointe la gueule enfarinée, comme un cheveu sur la soupe. J-4… Le loup affamé entre dans la bergerie, désireux de rattraper le temps perdu avec sa moitié. Noura est tétanisée, obligée de composer, ne pouvant refuser d’accomplir son devoir conjugal. Quant à Jamel, le voilà sur les crocs, inquiet et jaloux, exigeant de son amante qu’elle fasse montre de témérité, quitte à risquer gros. Voilà donc Noura prise en tenaille entre ces deux hommes, tout aussi amoureux d’elle à leur façon, mais en définitive pas plus attentifs l'un que l'autre à son sort. La tension est à son comble, oppressante, tandis qu’on se prend à imaginer un terrible dénouement. J-3… on devine que les murs ont des oreilles et que le rêve de Noura n’est sans doute guère plus qu’un inaccessible mirage…

Tant l’interprétation sublime de Hend Sabri (Noura) que le scénario nous épargnent de tomber dans le registre d’une insipide bluette. Le personnage de Noura est complexe, ses sentiments restent ambivalents, ses réactions ambiguës. Elle n’est pas qu’une impuissante victime, l’oie blanche qu’on pourrait attendre, loin de là. Elle porte en elle ses contradictions, sa part de duplicité coupable et c’est ce qui la rend si proche de nous.
De même ni le mari, ni l’amant ne sont des personnages caricaturaux, au profil tracé au couteau. Tour à tour tendres, agaçants, rebelles à leur façon, ils sont pourtant porteurs, sans en avoir conscience, du ferment de la domination masculine. Ils ne sont en cela pas si différents l’un de l’autre.
Noura rêve, qui brosse en creux le portrait d’une société tunisienne étouffante, est plus encore un film sur le droit d’aimer que sur celui de ne plus aimer. (Utopia)
LORGUES  jeu28 et  lun2/ 19h05   ven29/17h 
 

FAHIM

Pierre-François MARTIN-LAVAL - France 2019 1h47mn - avec Gérard Depardieu, Isabelle Nanty, Assad Ahmed, Mizanur Rahaman... Scénario de Pierre-François Martin-Laval, Philippe Elno et Thibault Vanhulle, d’après le livre Un roi clandestin de Fahim Mohammad, Xavier Parmentier et Sophie Le Callennec.
Voilà un joli conte de fées moderne, un « feel good movie » comme on dit chez les Franglais, familial de surcroît, qu’on aurait tort de louper en ces temps automnaux où il fait bon se retrouver entre générations dans la chaleur des salles de cinéma. Et en plus tout ou presque dans ce film est inspiré d’une histoire aussi incroyable que bien réelle.
Au départ, l’avenir immédiat ne se présente pas franchement sous les meilleurs auspices pour Fahim et son père Nura. Nous sommes au début des année 2000 à Dacca, capitale du Bangladesh, pays tristement célèbre pour sa surpopulation urbaine et l’esclavage de ses ouvrières (d’ailleurs ne ratez pas sur cette même gazette le très chouette Made in Bangladesh ), qui triment pour que nous puissions tous avoir des vêtements de marque au moindre prix, et sa démocratie pour le moins approximative. Nura fait justement partie des opposants au régime, et sa vie est menacée, celle de sa famille aussi, évidemment. La décision est prise : quitter le pays et rejoindre l’Europe comme les millions de malheureux qui fuient les guerres et les calamités. Pour enjoliver la situation, on a raconté à Fahim, passionné d’échecs et jeune champion de son pays, qu’il allait rencontrer à Paris un maître de l’échiquier…

Mais la réalité est tout autre, c’est celle de tous les clandestins : la difficulté pour le père de trouver un boulot sous-payé, l’obligation de rassembler chaque jour de quoi payer des chambres insalubres louées à des prix exorbitants par des marchands de sommeil sans scrupules. Mais Fahim n’a pas oublié son objectif et il va trouver sa voie dans un club improbable, niché au bas d’un immeuble de Créteil et dirigé par Sylvain, un entraîneur aussi génial que caractériel. Entre le jeune Bangladais qui ne maîtrise ni le français ni la ponctualité, et le maître bougon (euphémisme), le courant ne va pas passer tout de suite. Mais chacun va comprendre peu à peu que l’autre est la chance de sa vie, le jeune Fahim espérant grâce à Sylvain accéder au meilleur des échecs, et Sylvain ayant l’opportunité grâce à Fahim de porter enfin la renommée de son club au plus haut après des années de déceptions. Le problème, c’est que pendant ce temps, la situation administrative et matérielle du père de Fahim va se dégrader…

La grande réussite du film est de conjuguer la narration et la montée de l’émotion propres au conte et une grande authenticité documentaire dans la description de la vie de Fahim et de son père. Aucune volonté d’édulcorer les choses dans le début du film qui retranscrit (avec même des images d’archives) la répression policière à Dacca, pas plus que dans la description des conditions de vie terribles des migrants dans les camps autour du périphérique parisien. On ne peut que tirer son chapeau au réalisateur d’avoir inclus cette réalité dans un authentique film populaire. Il faut dire que la préparation du film a été menée d’un bout à l’autre avec le vrai Fahim et avec le véritable entraîneur Xavier Parmentier, malheureusement brutalement décédé peu avant la fin du tournage, qui a su rendre crédibles et palpitantes toutes les compétitions d’échecs. Xavier Parmentier, Sylvain dans le film, est magnifiquement incarné par un Gérard Depardieu qui a de toute évidence été très ému par le projet et le destin de Fahim – et n’oublions pas Isabelle Nanty, son alter ego plus tendre et sensible. Pierre-François Martin-Laval a réussi un très joli conte social, comme il n’y en pas tant dans le cinéma français qui a la fâcheuse tendance de s’auto-centrer sur les drames sentimentaux germanopratins… Mais soyons justes et optimistes : en l’espace de quelques mois, Les Invisibles, La Lutte des classes, La Vie scolaire… ça bouge ! (Utopia)
LORGUES  mer27 et jeu28/17h    ven29 et dim1 /20h45

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.
 
 
Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.

La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…

C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée »… (Utopia) 
SALERNES    mer27/16h   ven29/18h   dim1/18h   lun2/20h30  mer3/18h
LE LUC   mer27   jeu 28/18h  sam30/21h  dim1/17h30
CGR   mer27 ven29 dim1 mar3/10h45  15h15 21h45         jeu28  sam30  lun2/10h45  15h15  19h30

LA BELLE ÉPOQUE 

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55mn - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...
 
La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…

Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit. (Utopia)
SALERNES  mer27/18h30   ven29/20h30  dim1/16h   mar3/20h30
COTIGNAC  ven29/18h
CGR  tous les jours/10h55  17h50

LA CORDILLÈRE DES SONGES

Patricio GUZMAN - documentaire Chili 2019 1h25 VOSTF - Festival de Cannes 2019 : Œil d’or du meilleur film documentaire (ex-aequo avec Pour Sama).
 
Notre vision du Chili durant près d’un demi-siècle aura été imprégnée par l’œuvre remarquable et essentielle de Patricio Guzmán, cinéaste contraint à l'exil. On se souvient forcément de La Bataille du Chili, Le cas Pinochet, Salvador Allende… Jamais, même à des milliers de kilomètres de son pays natal, l’homme n’en oublia la saveur, les humeurs, les blessures. « Si je n’avais pas connu un coup d’État, j’aurais peut-être fait des films légers », déclarait-il un jour. La Cordillère des songes, point d’orgue d’une trilogie entamée il y a dix ans, est empreinte d’une poésie qui rend d’autant plus criante la violence du capitalisme dévastateur décrit dans le film. Il y sublime la vision de son inaccessible terre natale, objet des plus beaux songes comme des pires cauchemars, paradis de l’enfance à tout jamais perdu. Après l’avoir observé à partir du lointain cosmos dans Nostalgie de la lumière, accosté depuis le fond des océans dans Le Bouton de nacre, le réalisateur revient par les airs sur les lieux du crime, en survolant la Cordillère des Andes. Cette dernière, lovée dans sa mer de nuages voluptueuse, jadis réputée infranchissable, semble marquer une césure entre le Chili et le reste de l’humanité. Les trois angles d’approche de ce triptyque documentaire sont comme trois puissantes frontières (l’eau, le ciel, la montagne) qui enserrent le Chili dans les griffes de l’espace et du temps. Un triangle vicieux, tout aussi bien écrin que possible prison, voire tombeau à ciel ouvert où tant de corps gisent, jamais rendus aux leurs. Au fil des films, les quatre éléments semblent s’être unis pour rappeler ingénument à l’humanité son devoir de mémoire, sans laquelle elle perd tout ancrage et identité. Le vent ne murmure-t-il pas les noms des disparus ? Peut-être la mémoire de l’eau est-elle meilleure que celle des hommes ? Peut-être le feu dans les entrailles de la terre gronde-t-il de la sourde colère des révoltés oubliés ? Peut-être les étoiles scintillent-elles pour éclairer les pas de ces mères qui cherchent en vain les corps de leurs enfants perdus dans les sables du désert ?

La permanence des éléments fait contrepoint à la condition éphémère de nos existences. La Cordillère s’impose ainsi comme une puissante figure métaphorique. Dans ses dentelles minérales on peut tout aussi bien imaginer les méandres de la carte du tendre que les cicatrices d’un pays mutilé, ou les rides qui ensevelissent celui qu’on a été, ceux qui ont été, dont elle reste le témoin immuable.

Cette prise de hauteur nous fait opérer une plongée vertigineuse vers le Chili contemporain, sa capitale grouillante, Santiago, que le réalisateur ne reconnaît plus, c’est là son vrai vertige. Il élargit son propos, lui donne l’ampleur nécessaire pour comprendre la période actuelle, le mal qui la ronge et qui puise sa source dans les racines de l’oubli. Il convoque artistes, penseurs, amis du passé. Confronte les regards de celui qui a dû partir à ceux qui ont pu rester. De l’écrivain Jorge Baradit au documentariste Pablo Salas, en passant par les sculpteurs Vicente Gajardo et Francisco Gazitúa, tous ont fait de leur terre leur matière première. Ensemble ils analysent et décortiquent ce qui fait l’essence de leur société à deux vitesses extrêmement marquées… Patricio Guzmán dresse alors un amer constat… La manière dont les dirigeants, de Pinochet à nos jours, traitent la colonne vertébrale du Chili, la Cordillère, qui couvre 80 % de son territoire, devient le symbole de leur désintérêt pour tout ce qui dans le pays n’est pas jugé immédiatement rentable, à commencer par sa nature, sa beauté, son peuple… (Utopia)
 
COTIGNAC   dim1/18h

UN MONDE PLUS GRAND

Fabienne BERTHAUD - France/Belgique 2019 1h40 VOSTF - avec Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam, Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter... Scénario de Fabienne Berthaud et Claire Barré, d'après le livre de Corine Sombrun, Mon initiation chez les chamanes 
  Emprunt d'une profonde spiritualité, sans pourtant jamais céder à une vision simpliste ou idéalisée, c'est un film qui se raconte comme un voyage et se vit comme une expérience humaine d'une grande sincérité. Fruit d'un long et minutieux travail de repérages en territoire mongol et d'une étroite collaboration avec Corine Sombrun, l'auteure de Mon initiation chez les chamanes, qui a participé à toute l'écriture du film, Un monde plus grand est, au-delà d'une belle histoire avec sa dose de romanesque et de tension, un très bel hommage à la culture des peuples premiers et en particulier les Tsaatans, bergers nomades vivant aux frontières de la Sibérie. Que l'on soit un cartésien pur jus ou sensible aux mondes et aux forces invisibles, cette histoire touche et interpelle de manière universelle car elle interroge les peurs et les limites auxquelles chacun peut être confronté quand il faut faire face à des événements qui échappent à notre compréhension.
Quand elle a perdu son grand amour, le monde de Corine s'est effondré comme un château de cartes. Toutes les perspectives ont été effacées, comme rayées définitivement de sa géographie intime, celle sur laquelle elle avait pourtant tracé mille et une trajectoires lumineuses et colorées. Son chagrin, sa douleur ont envahi l'espace et chaque geste du quotidien lui demande un effort surhumain. Elle est ingénieure du son, on lui propose un voyage à l'autre bout du monde, en Mongolie, pour recueillir des chants traditionnels et des sons de toutes sortes en vue d'un reportage. Une fuite, peut-être… Un moyen de se retrouver seule avec sa peine, sans doute…

Mais il n'y a pas de hasard. Au cours d'une cérémonie, Corine est plongée dans une expérience de transe qui la propulse dans un monde inconnu, celui des esprits invisibles que seuls les chamanes ont le privilège de pouvoir côtoyer. Oyun, celle de la tribu, lui annonce qu'elle a reçu un don rare et précieux dont elle ne peut se défaire et qu'elle ne peut surtout pas ignorer : elle doit entamer un long processus d'apprentissage et s'initier aux rituels chamaniques afin de le maîtriser et d'en faire bon usage. D'abord totalement réfractaire à cette idée qu'elle juge tout droit sortie de superstitions et de croyances ridicules, Corine va devoir faire face à la réalité, d'autant que son corps tout entier semble avoir trouvé une résonance particulière à certains sons, comme une nouvelle sensibilité qui l'aurait connectée à quelque chose de plus grand qu'elle.
Sur les terres majestueuses des plaines de Mongolie, là où les hommes vivent en harmonie avec la nature et convoquent tout naturellement, et pour chaque geste de leur quotidien, la communauté des esprits, commence alors un autre voyage… Qui peut après tout jurer que les disparus ne peuvent chercher à communiquer avec les vivants ? Qui peut affirmer avec certitude que les rivières, les forêts et les troupeaux ne sont pas habités par une force invisible ? Qui peut prouver que la science a exploré tous les recoins du cerveau humain et qu'il n'existe plus, dans les interstices de son paysage, des terres sauvages et inexplorées ?

Pour la petite histoire scientifique, Corine Sombrun est à l'origine de la création du Trance Science Research Institute, un réseau international de chercheurs investis dans les études neuro-scientifiques de la transe, visant à démontrer qu’elle n’est pas un don réservé aux seuls chamanes, mais bien un potentiel de tout cerveau humain, à la fois instrument d’exploration d’une réalité sous-jacente et outil de développement cognitif. (Utopia)

COTIGNAC  jeu28/20h30
LE VOX   mer 27 et jeu 28 /16h10   ven 29 /15h45   Sam 30/ 16h dim 1 /14h    lun 2/ 17h55    mar 3/ 16h 16h10 17h55

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Au(x) cinéma(s) du 20 au 26 novembre 2019

Bonjour à tous !
 
Notez dans vos agendas notre prochaine soirée Entretolies, le dimanche 1er décembre, avec sous réserve, le film Martin Eden de Pietro Marcello, d'après le chef d’œuvre de la littérature de Jack London, un grand film passionnant, original et superbe ! Nous serons à votre disposition dans le hall pour que vous puissiez, si vous arrivez en avance, renouveler votre adhésion Entretoiles pour 2020.
 
CGR, cette semaine nous offre une très belle semaine de cinéma ! Déjà, dans leur programmation ordinaire, mais au tarif ciné club pour les adhérents Entretoiles, Les misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un prolongement respectueux de l'épopée de Victor Hugo, et qui nous prend à la gorge avec le même sentiment d'injustice, un film choc, salutaire, jamais manichéen. Mais aussi : le dernier film de Polanski J'accuse, une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque (aussi à Cotignac), La belle époque (aussi au Luc) où Nicolas Bedos, le réalisateur, livre un film foisonnant, à la fois émouvant et sarcastique sur les affres du couple, Joker de Todd Philips, un travail d'orfèvre, une mise en scène et un jeu d'acteurs impeccables, une œuvre qui transcende les genres, Hors normes de Toledano et Nakache, un film fort, d'un réalisme saisissant, et parfois drôle, pour réviser à la fois notre regard sur le handicap mais aussi sur l'engagement de ces travailleurs sociaux qui œuvrent hors les normes justement....(aussi à Lorgues et Fréjus), et enfin Au nom de la terre de Édouard Bergeon, une fiction épatante en hommage au monde agricole trop souvent coincé entre dettes et productivisme (aussi à Lorgues et Fréjus).
Au CGR toujours, vous pouvez aussi voir une conférence France Inter, Changer, avec Mathieu Vidard, sur l'impératif de changer nos comportements pour sauver la planète,jeudi 21 à 20h,  et dans un autre genre Chantons sous la pluiecélèbre comédie musicale de 1953 par Stanley Donen et Gene Kelly, jeudi 21 à 18h..
 
A Lorgues (et au Vox), J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin une narration d'une virtuosité implacable, avec des moments de pure poésie, et des touches d'humour, et le Traitre  de Bellocchio   un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout.
 
A Salernes,  Un monde plus grand de Fabienne Berthaud (aussi au Vox), un film d'une profonde spiritualité et une expérience humaine d'une grande sincérité et Roxane de Mélanie Auffret, une très jolie fable sur le monde agricole, les poules et la littérature !
A Cotignac,  Papichaune touchante histoire d’émancipation portée par la belle interprétation de Lyna Khoudri, et Le regard de Charles, documentaire tiré de films tournés par Charles Aznavour lui même depuis 1948.
 
Au Vox à Fréjus, ne manquez pas  Pour Sama  de Waad Al Kateab, un documentaire ovationné et récompensé au Festival de Cannes, salué par une presse unanime, porté par une incroyable force de vie, et totalement bouleversant. On n'en ressort pas indemne ! : un de ces films qui nous font continuer de croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde. On peut voir aussi à Fréjus au Vox  Adults in the room ,de Costa Gavras, un film dense et passionnant sur la lutte des pouvoirs au plus haut niveau politique.et Les éblouis de Sarah Suco, un film salutaire et palpitant sur les dérives sectaires qui arrivent même dans certaines communautés tout ce qu'il y a de plus catholiques !

 

Profitez aussi de l'événement proposé par la médiathèque :
Dans le Réseau des mediathèques   c'est le mois du film documentaire du 12 au 26 novembre. Vous trouverez le programme ici : https://fr.calameo.com/read/001019299b084c1572426?fbclid=IwAR0eCTsn662Y2icmB1VKO1ZJrqDiaZL0mTncZZfMQRKbJKIqYBWcbcVe21c  et des infos sur la première séance en cliquant sur le lien suivant  http://www.andanafilms.com/catalogueFiche.php?idFiche=1247&req3=devigne

 
Bonne semaine de cinéma !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).
Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :  entretoiles.e-monsite.com
 

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis ManentiFestival de Cannes 2019, Prix du Jury.

LES MISÉRABLESPoint de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…
Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)

CGR : mercredi 20 11h10, 13h25, 17h40, 20h, 22h05 - jeudi 21, vendredi 22, lundi 25 et mardi 26 11h10, 13h25, 15h30, 17h40, 20h10 - samedi 23 et dimanche 24 11h10, 13h25, 15h30, 20h, 22h30

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.
Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.

La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…
C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée »… (Utopia)  
CGR Tous les jours 10h45, 13h20, 16h15, 19h30
Cotignac : jeudi 21 20h30 et lundi 25 18h, 20h30
 

LA BELLE ÉPOQUE

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55 - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...
La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…
Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit.  (Utopia)  

CGR : mercredi 20 8h50, 10h50, 13h20, 15h40, jeudi 21, samedi 23 et dimanche 24 : 10h50, 13h20, 15h40 - vendredi 22, lundi 25 et mardi 26 10h50, 13h15, 15h35, 17h55
Le Luc : mercredi 20 et vendredi 22 21h, jeudi 21 18h30, samedi 23 18h, dimanche 24 16h

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...

HORS NORMES

Si on ne peut que reconnaître l'efficacité de la filmographie d'Eric Toledano et Olivier Nakache, réalisateurs d'une série de feel-good movies qui ont été autant de succès hors pair (en premier lieu Intouchables, succès historique qui a fait exploser la carrière d'Omar Sy, mais aussi Samba et plus récemment Le Sens de la fête avec Jean Pierre Bacri). Devant Hors normes, on tire notre chapeau. Les grands raconteurs d'histoires que sont Toledano et Nakache ont remballé un chouia leurs recettes de comédie (même si le film offre quelques moment très drôles malgré le sujet un peu grave) pour transcrire avec émotion le combat de deux hommes bien réels et dont le parcours les a visiblement inspirés.
Deux hommes qui sont des symboles vivants : d'un côté Stéphane Benhamou, un Juif pratiquant qui a contribué à créer « Le Silence des Justes », une association communautaire mais ouverte à tous se consacrant à l'accueil des jeunes autistes, y compris les cas les plus difficiles ; de l'autre Daoud Tatou, un père de famille dyonisien et musulman qui a créé « Le Relais IDF », une association qui tente de resocialiser par le travail ou les sorties en ville les autistes également difficiles, qu'on garde en général enfermés dans des structures hospitalières. Le Relais IDF forme aussi des jeunes des quartiers populaires à devenir accompagnants sociaux.

Le premier est incarné superbement par Vincent Cassel, qui joue un quadragénaire religieux, passé un peu à côté de sa vie à cause de sa passion, enchaînant sous la pression de ses amis les rendez-vous arrangés, souvent pour des résultats pathétiques. Le second, c'est Reda Kateb, qui joue un père de famille dont on se doute, au vu de son engagement et des heures indues auxquelles il rentre chez lui, qu'il a surtout vu ses enfants endormis…
Dès la première scène, une poursuite dans les rues de la ville dont on comprend peu à peu que c'est pour rattraper une jeune autiste en crise d'angoisse, on est plongé tout de suite dans le combat quotidien des travailleurs sociaux confrontés autant au rejet des autistes par leur environnement qu'aux absurdités administratives, les autorités ayant besoin du travail des associations tout en entravant celui-ci pour ne pas déroger aux règles. Le film se montre d'un réalisme saisissant tout en réservant des respirations très drôles, notamment le gag récurrent avec ce personnage à qui Reda Kateb tente de faire prendre le métro seul sans que celui-ci ne tire obsessionnellement le signal d'alarme ou qu'il essaie d'intégrer dans un travail où il se montre trop démonstratif dans son affection pour ses collègues.

Hors normes est ainsi un film formidable pour réviser notre regard sur le handicap, mais aussi la très jolie démonstration que, dans un combat commun, des gens que tout pourrait opposer (les Juifs orthodoxes du Silence des Justes ou certaines filles voilées du Relais IDF) se foutent de leurs différences quand l'objectif commun est plus fort que tout. (Utopia)

CGR : mercredi 20 8h40, 20h, les autres jours : 20h

Lorgues : mercredi 20 15h, samedi 23 16h, dimanche 24 20h

Vox Fréjus : vendredi 22 20h et lundi 26 16h

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Au(x) cinéma(s) du 13 au 19 novembre 2019

 

EntretoilesBonjour à tous !

Cette semaine venez nombreux le dimanche 17 novembre à 20H  à CGR  à la soirée Entretoiles pour voir Un jour de pluie à New York  de Woody Allen, un film délicieux qui  renoue avec la meilleure veine du réalisateur: humour et charme s’y disputent la partie.
 
Parmi les nouveaux films de la semaine CGR nous propose dans le cadre du ciné club le dernier film de Xavier Dolan  Matthias et Maxime ( aussi à Cotignac),  une fable tendre sur la découverte d’un amour et sur le doute.
Dans la programmation classique: le dernier film de Polanski J'accuse, une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque, ou encore La belle époque (aussi à Cotignac et au Luc) où Nicolas Bedos, le réalisateur livre un film foisonnant, à la fois émouvant et sarcastique sur les affres du couple et dans le cadre d'un ciné débat Soeurs d'armes de Caroline Fourest, un film audacieux sur les femmes soldats kurdes, quoique, semble t-il, peut-être parfois un peu "lourd"....
 
A Lorgues ne ratez pas Sorry we missed you  de Ken Loach (aussi au Vox), l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité, Un monde plus grand de Fabienne Berthaud (aussi au Vox et au Luc), un film d'une profonde spiritualité et une expérience humaine d'une grande sincérité, Camille, un récit sensible  de Boris Logkine qui rend hommage à la photoreporter Camille Lepage, tuée en 2014 en Centrafrique, et sort de l’ombre un pays oublié des médias et Papichaune touchante histoire d’émancipation portée par la belle interprétation de Lyna Khoudri.
 
Au Vox parmi les nouveautés un film autrichien Little Joe où la réalisatrice Jessica Hausner revisite à sa manière un des mythes fondateurs des contes à dormir debout et des récits de science fiction , Oleg  Film résolument sombre,qui  raconte l’impossible rencontre entre un esclave des temps modernes et ses contemporains Le vent de la liberté de Bully Herbig un film allemand tiré d'une histoire vraie, un film à suspense, qui reconstitue avec efficacité l'atmosphère pesante et grise des années froide et toujours J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin(aussi à Cotignac) une narration d'une virtuosité implacable, avec des moments de pure poésie, et des touches d'humour, le Traitre  de Bellocchio   un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout et Adults in the room ,de Costa Gavras, un film dense et passionnant sur la lutte des pouvoirs au plus haut niveau politique.
 A Cotignac Apocalypse now Final cut  le chef d'oeuvre de Coppola ,toujours magistral, aussi fou, entre voyage halluciné et quête initiatique.
 
Quelques infos sur les évènements en Dracénie  autour du cinéma  : 
Dans le Réseau des mediathèques   c'est le mois du film documentaire du 12 au 26 novembre. Vous trouverez le programme ici : https://fr.calameo.com/read/001019299b084c1572426?fbclid=IwAR0eCTsn662Y2icmB1VKO1ZJrqDiaZL0mTncZZfMQRKbJKIqYBWcbcVe21c  et des infos sur la première séance en cliquant sur le lien suivant  http://www.andanafilms.com/catalogueFiche.php?idFiche=1247&req3=devigne
Ne manquez pas non plus  le 1er festival départemental de cinéma d'auteur, organisé par les ciné-débats citoyens du 6 au 17 novembre dont voici le lien pour la programmation :  cdc83.wordpress.com
 
Il y a des films à voir à Draguignan, à Lorgues, à Salernes et à Fréjus ! L'invité d'honneur est Christian Philibert !
 
Bonne semaine de cinéma !
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).
Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :  entretoiles.e-monsite.com
 
UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK
(A RAINY DAY IN NEW YORK) Écrit et réalisé par Woody ALLEN - USA 2018 1h32mn VOSTF - avec Elle Fanning, Thimothée Chalamet, Jude Law, Liev Schreiber, Diego Luna, Selena Gomez...
 
Les comédiens se renouvellent, les générations passent, mais l'aura de New York filmée par Woody Allen est toujours intacte, et l'écriture du maestro est toujours aussi fine et précise, et profonde sans en avoir l'air. Ici, elle est une fois encore travaillée à la virgule et au bon mot près, ciselée par la diction impeccable et parfaitement rythmée de tous ses comédiens, incarnant d'une manière évidente l'essence même du cinéma de Woody Allen. Mais comme jamais peut-être dans ses films précédents, il y a dans Un jour de pluie à New York un phénomène assez troublant qui se manifeste dès les premières images, c'est le sentiment que le personnage de Woody Allen, que nous avons vu tant de fois à l'écran et dont on connait si bien l'air binoclard un peu ahuri et le phrasé mitraillette si caractéristique, semble habiter tel un spectre chacun des personnages de l'intrigue…

De l'étudiant intello et joueur de poker à la jeune et naïve journaliste en herbe en passant par le réalisateur en plein crise existentielle, le scénariste cocu ou le grand frère qui se demande s'il ne doit pas annuler son mariage car il ne supporte plus le rire strident de sa fiancée : il est partout. A part peut-être dans le personnage (sublime) de la mère, mais chacun sait qu'une mère, dans un film de Woody Allen, se suffit à elle-même. Alors quoi ? Délire mégalo ? Omniprésence du vieil artiste au crépuscule de sa carrière ou plus simplement magie du cinéma ? Qu'importe, on est bien, là, à New-York sous la pluie avec tous ceux-là, les jeunes et ceux qui le sont moins, et on se réjouit pleinement de ce délicieux divertissement.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont bien nés, ils sont étudiants dans une université prestigieuse et gentiment amoureux. Journaliste pour la gazette de la fac, Ashleigh, passionnée de cinéma, vient de décrocher une interview du célèbre réalisateur Rolland Pollard à New-York. L'occasion rêvée pour Gatsby de l'embarquer pour un week end romantique dans sa ville natale. Mais ce qui s'annonçait comme une escapade bien balisée va se muer en folle partie de cache-cache. Alors que la délicieuse Ashleigh se retrouve happée dans le petite monde très fermé – et passablement ridicule – du cinéma d'auteur new-yorkais, Gatsby retrouve par hasard, dans le désordre de l'apparition à l'écran : un ancien pote de collège qui l'embauche pour un rôle muet dans le court-métrage qu'il est train de tourner, la sœur d'une ex-amoureuse, sa mère à qui il avait pourtant annoncé son absence pour cause d'examen au traditionnel gala de charité qu'elle organise tous les ans, une call-girl bien sous tous rapports…

Tout ce beau monde en prendra gentiment pour son grade, sous les assauts de la verve grinçante mais souvent tendre du cinéaste : les artistes tourmentés et leur nombril, les filles jolies mais un peu nunuches, la grande bourgeoisie et ses soirées de charité, les jeunes hommes prétentieux. Seule la délicieuse Ashleigh tirera paradoxalement son épingle de ce jeu de dupes : sous ses airs de blonde écervelée se cache une vraie sincérité, pure, pas encore abîmée par les rumeurs, la vanité, l'arrogance… de quoi méditer.  (Utopia)  
CGR SOIREE ENTRETOILES  dim17/20h

MATTHIAS & MAXIME

(Matthias et Maxime) Écrit et réalisé par Xavier DOLAN - Québec 2019 1h59mn VOSTF - avec Gabriel d'Almeida Freitas, Xavier Dolan, Anne Dorval, Pierre-Luc Funk...
Xavier Dolan est rentré au pays ! Après son film français Juste la fin du monde et l’américain Ma vie avec John F. Donovan, l’ex-jeune prodige (il vient d’avoir trente ans) revient au Québec et ça lui va très bien. On a eu peur de l’avoir définitivement perdu avec sa superproduction hollywoodienne qui l’avait emmené loin de ses repères habituels. Matthias & Maxime nous rassure tout de suite, dès la première scène menée tambour battant : une soirée entre copains où les bons mots fusent, où le montage, précis et foutraque à la fois, impulse un rythme assez nouveau dans le cinéma de Dolan. C’est aussi la première fois qu’il filme un groupe aussi soudé par l’amitié – au-delà du duo ou du trio amoureux. Une bande de potes formant un nid, un rempart, réconfortant. Mais bande fragilisée par le départ imminent de Maxime en Nouvelle-Zélande pour deux ans. Durant cette soirée où on se traite de « crise de laide » ou de « déchet sale » – insultes bienveillantes malgré les apparences –, où Xavier Dolan se moque de lui-même en imitant le cinéma bavard de son compatriote Denys Arcand, Maxime et Matthias tournent une scène dans un film réalisé par l'insupportable sœur d'un de leurs potes. Une scène où ils doivent s’embrasser…

Le scénario change alors soudain de direction. Changement de rythme radical : Xavier Dolan passe du film de copains échevelé à une comédie romantique plus posée. Une romcom où l’homosexualité ne serait pas un sujet en soi : qu’importe que cette histoire d’amour se déroule entre deux hommes, elle a une portée universelle. C’est assez rare et fort pour le souligner. Le baiser échangé, apparemment anodin, entraîne un trouble nouveau chez les deux garçons, surtout chez Matthias, joué de façon très pudique par Gabriel D’Almeida Freitas. Est-ce parce qu’il est marié ? Parce que Maxime est un vieil ami ? Parce c’est un garçon ? Tout ça à la fois…
Maxime semble plus distant. Maxime c’est Xavier Dolan lui-même, qui revient devant la caméra. Comme si, après son film américain avec des stars (Natalie Portman, Kit Harington, Susan Sarandon), il voulait enfoncer le clou d’un retour triomphant au cœur de son cinéma très personnel. Et qu’il est touchant en jeune homme ayant pris la plus grande décision de sa vie ! Partir, laisser sa « mommy » toxique derrière lui… mais aussi tomber amoureux. Maxime a le côté droit du visage dévoré par une tache de naissance. Comme si, dans son groupe d’amis de condition plus aisée, il était marqué par une enfance difficile qui le met un peu en retrait des autres. On devine – lors d’une scène très cruelle – qu’il s’est souvent entendu surnommé « la tache ». Au propre comme au figuré.

Xavier Dolan utilise malicieusement les codes de la comédie romantique, en étirant à l’envi la réunion des deux amis/amants. Mais il essaie surtout de nouvelles formes (des scènes vraiment comiques, d’autres filmées en accéléré, des ellipses foudroyantes), abandonne des tics devenus envahissants (plus de chanson ringarde type Céline Dion – à peine une évocation de Reggiani en arrière fond, comme un clin d’œil…), ose même un happy end. Mais il reste fidèle à son héros : Maxime, ce garçon différent qui a du mal à contenir sa colère devant sa mère (jouée par la fidèle Anne Dorval), qui cherche son identité, est le héros tragique qui traverse tous ses films. On est heureux et très ému de le retrouver.
(A. Dessuant, Télérama)  
CGR   tous les jours 18h
COTIGNAC   ven15/18h

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.
 
Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.

La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…

C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée »… (Utopia)  
CGR Tous les jours à partir de mer13/ 10h45  13h40  16h20  19h30 
 
 

LA BELLE ÉPOQUE

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55 - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...
 
La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…
Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit.  (Utopia)  

CGR  tous les jours /13h20  15h40  18h20  20h45
LE LUC    mer 13/21h   jeu14 et ven15/18h30  sam16/21h  dim17/18h30
COTIGNAC  jeu14/20h30  dim17 et lun 18//20h30

Sœurs d’armes
de Caroline Fourest  Film français, 1 h 50

Tout feu, tout femme de Caroline Fourest signe son premier film de fiction avec l’histoire de combattantes qui luttent à la frontière irakienne contre Daesh.Le 3 août 2014, Daesh s’empare de la ville de Sinjar, située au nord-ouest de l’Irak, dont la population est majoritairement yézidie. Les hommes sont exécutés, les jeunes femmes vendues comme esclaves sexuelles. Zara, une jeune artiste séparée de sa mère et de son petit frère, est achetée par un djihadiste venu d’Angleterre. Elle parviendra à s’enfuir et à rejoindre des combattantes kurdes au sein d’une brigade internationale, tout comme deux nouvelles recrues françaises : Kenza, une Franco-Algérienne musulmane, et Yaël, une jeune Juive qui a fait son service militaire en Israël. Toutes deux ont caché à leurs proches les vraies raisons de leur départ. Sur le terrain, une commandante kurde surnommée la Lionne de Kobané les forme avec rudesse aux combats, avec d’autres soldates venues d’Italie et des États-Unis. Toutes ont de profondes motivations pour lutter contre Daesh et un atout : leur féminité. Ces fanatiques les craignent, convaincus que, tués par une femme, ils n’auront pas accès au paradis. Formidable sujet que celui dont s’empare Caroline Fourest pour son premier film de fiction, avec ces femmes victimes de toutes les violences qui prennent les armes pour chasser leurs bourreaux. Si Sœurs d’armes s’ouvre longuement sur le sort d’une jeune Yézidie dont tous les membres de la famille subiront les crimes des djihadistes, il s’attache ensuite à dessiner un portrait de groupe avec ses fortes personnalités expérimentées et ses néophytes par lesquelles le spectateur découvre la brigade. Journaliste et essayiste, Caroline Fourest a réalisé une dizaine de documentaires sur la défense des droits des femmes, la lutte contre les intégrismes et les extrémismes politiques. À l’évidence sincère dans sa démarche et son approche de ces sœurs d’armes, en habituée des mots, elle semble vouloir trop dire. Dès les premières images, la voix off de Zara se fait lourdement emphatique, inutilement prémonitoire. Les champs de coquelicots sous un soleil éclatant expriment de manière appuyée le bonheur bientôt perdu. Tout le film se révèle à l’avenant avec les émotions surlignées par la mise en scène, la musique ou des ralentis. On pourra également regretter que ce film, qui se veut à juste titre féministe, ne mette à l’écran que des actrices superbes (Dilan Gwyn, Amira Casar, Camélia Jordana, Maya Sansa…) comme s’il n’existait pas d’autres façons d’être une femme. Restent l’audace d’une réalisatrice qui s’empare du genre ô combien réservé aux hommes du film de guerre, ainsi que des images spectaculaires de paysages somptueux et de combats dont elle n’évacue pas la violence. (La Croix)


CGR  ciné débat  mer 13/ 19h

SORRY WE MISSED YOU

Ken LOACH - GB 2019 1h40 VOSTF - avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone, Katie Proctor, Ross Brewster
... Scénario de Paul Laverty


Si Bourdieu considérait la sociologie comme un sport de combat, il est indéniable que Ken Loch utilise le cinéma comme une arme de poing. Levé, le poing, c'est bien le moins qu'il puisse faire pour, dit-il « défier le récit des puissants », documenter à hauteur d'hommes et de femmes l'histoire des violences faites à la classe ouvrière depuis la fin du xxe siècle. Ken Loach, c'est quarante-cinq ans passés derrière la caméra, à raconter les effets dévastateurs du libéralisme sur la société. Il nous avait à nouveau annoncé sa retraite après Moi, Daniel Blake, mais c'est bien la violence de l'étau social, la nécessité de la raconter, qui le ramène encore une fois au cinéma, dans un récit ici encore plus sec, épuré et doté d'une force de frappe étourdissante. À 83 ans, il signe l'un de ses meilleurs films ! À l'inverse de Moi, Daniel Blake, qui s'ouvrait sur un rendez-vous au pôle emploi anglais, Sorry we missed you s'engage sur un entretien d'embauche. Espoir, pense-t-on ?
Ricky, bourreau de travail, était ouvrier dans le bâtiment. C'était avant l'effondrement des banques et des organismes de crédit, avant qu'il ne perde son boulot. Avant, c'est aussi le moment où il est tombé amoureux d'Abby, lors d'un grand festival rock. Depuis ils ont fondé une famille, ils sont devenus les bons parents de Seb, 16 ans, qui sèche l'école dès qu'il peut pour exprimer son talent artistique sur les murs de la ville, et de Liza Jane, gamine brillante, pétillante et pleine d'humour, rouquine comme son père. Espoir donc : de cesser d'enchaîner les petits boulots, les contrats zéro heure et d'enfin s'en sortir, espoir de cesser de tirer le diable par la queue et de pouvoir enfin régler les dettes et accéder peut-être à la propriété tant souhaitée par Abby. Elle qui rêve d'une jolie petite maison qu'elle pourrait décorer elle-même et qui donnerait à la famille le cadre d'une vie décente. Une vie normale quoi Et le sésame pour Ricky, c'est cette nouvelle forme de travail qu'est l'auto-entrepreneuriat, ce travail où chacun est son propre patron, on ose le gros mot : l'ubérisation. Ricky sera chauffeur-livreur, payé à la course. L'entretien d'embauche, c'est Maloney, le patron du hangar, qui le mène. C'est lui qui donne les missions. Ici, plus on travaille, plus on gagne. Pas de contrat, chacun est son propre responsable et possède son outil de travail. Puisqu'il s’agit de livraisons, il faudra acheter un camion – ainsi que le pistolet-liseur qui permet de scanner les colis… Ricky y croit, fonce tête baissée, apprend à s'exploiter lui-même…
De son côté Abby est aide à domicile. Elle travaille quatre soirs par semaine. Dépossédée de sa voiture pour financer l'outil de travail de Ricky, elle passe des heures dans les transports en commun pour aller de rendez-vous en rendez-vous. Payée à la tâche elle aussi, elle court, saute d'un bus à l'autre, fait tout pour prendre soin, coûte que coûte, des personnes qui dépendent d'elle, comme si elles étaient toutes sa grand-mère dit-elle.
Sorry we missed you, c'est l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité. C'est l'histoire d'une famille qui pourrait partir en vrille si elle cessait de porter sur l'autre un regard bienveillant. Un père sur son fils qui se cherche, une mère sur ses enfants qu'elle voit trop peu. Une gamine qui fait de son mieux pour faire le lien entre tous. « Sorry we missed you », c'est aussi le petit mot que Ricky dépose dans la boîte aux lettres lorsque le client de la commande n'est pas chez lui pour réceptionner son colis : « Désolé, vous n'étiez pas là quand nous sommes passés. » Il faudra donc y retourner.(Utopia)  
LORGUES  mer13 et lun18/21h      ven15/ 19h     dim17/17h
LE VOX jeu14 et lun18/18h15

UN MONDE PLUS GRAND

Fabienne BERTHAUD - France/Belgique 2019 1h40 VOSTF - avec Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam, Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter... Scénario de Fabienne Berthaud et Claire Barré, d'après le livre de Corine Sombrun, Mon initiation chez les chamanes 
  Emprunt d'une profonde spiritualité, sans pourtant jamais céder à une vision simpliste ou idéalisée, c'est un film qui se raconte comme un voyage et se vit comme une expérience humaine d'une grande sincérité. Fruit d'un long et minutieux travail de repérages en territoire mongol et d'une étroite collaboration avec Corine Sombrun, l'auteure de Mon initiation chez les chamanes, qui a participé à toute l'écriture du film, Un monde plus grand est, au-delà d'une belle histoire avec sa dose de romanesque et de tension, un très bel hommage à la culture des peuples premiers et en particulier les Tsaatans, bergers nomades vivant aux frontières de la Sibérie. Que l'on soit un cartésien pur jus ou sensible aux mondes et aux forces invisibles, cette histoire touche et interpelle de manière universelle car elle interroge les peurs et les limites auxquelles chacun peut être confronté quand il faut faire face à des événements qui échappent à notre compréhension.
Quand elle a perdu son grand amour, le monde de Corine s'est effondré comme un château de cartes. Toutes les perspectives ont été effacées, comme rayées définitivement de sa géographie intime, celle sur laquelle elle avait pourtant tracé mille et une trajectoires lumineuses et colorées. Son chagrin, sa douleur ont envahi l'espace et chaque geste du quotidien lui demande un effort surhumain. Elle est ingénieure du son, on lui propose un voyage à l'autre bout du monde, en Mongolie, pour recueillir des chants traditionnels et des sons de toutes sortes en vue d'un reportage. Une fuite, peut-être… Un moyen de se retrouver seule avec sa peine, sans doute…

Mais il n'y a pas de hasard. Au cours d'une cérémonie, Corine est plongée dans une expérience de transe qui la propulse dans un monde inconnu, celui des esprits invisibles que seuls les chamanes ont le privilège de pouvoir côtoyer. Oyun, celle de la tribu, lui annonce qu'elle a reçu un don rare et précieux dont elle ne peut se défaire et qu'elle ne peut surtout pas ignorer : elle doit entamer un long processus d'apprentissage et s'initier aux rituels chamaniques afin de le maîtriser et d'en faire bon usage. D'abord totalement réfractaire à cette idée qu'elle juge tout droit sortie de superstitions et de croyances ridicules, Corine va devoir faire face à la réalité, d'autant que son corps tout entier semble avoir trouvé une résonance particulière à certains sons, comme une nouvelle sensibilité qui l'aurait connectée à quelque chose de plus grand qu'elle.
Sur les terres majestueuses des plaines de Mongolie, là où les hommes vivent en harmonie avec la nature et convoquent tout naturellement, et pour chaque geste de leur quotidien, la communauté des esprits, commence alors un autre voyage… Qui peut après tout jurer que les disparus ne peuvent chercher à communiquer avec les vivants ? Qui peut affirmer avec certitude que les rivières, les forêts et les troupeaux ne sont pas habités par une force invisible ? Qui peut prouver que la science a exploré tous les recoins du cerveau humain et qu'il n'existe plus, dans les interstices de son paysage, des terres sauvages et inexplorées ?

Pour la petite histoire scientifique, Corine Sombrun est à l'origine de la création du Trance Science Research Institute, un réseau international de chercheurs investis dans les études neuro-scientifiques de la transe, visant à démontrer qu’elle n’est pas un don réservé aux seuls chamanes, mais bien un potentiel de tout cerveau humain, à la fois instrument d’exploration d’une réalité sous-jacente et outil de développement cognitif. (Utopia)

LORGUES   mer13/17h      ven15/21h  sam16/18h
LE VOX  mer13 /13H50 18H15   jeu14/16h10  18h40   ven15 et sam16/15h55 21h   dim17/16h40 18h15  lun18/16h20  mar19/16h20  21h
LE LUC  mer13/21h   ven15/21h   sam16/18h30  dim17/16h

CAMILLE

Boris LOJKINE - France 2019 1h30mn VOSTF - avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Grégoire Colin, Bruno Todeschini, Mireille Perrier... Scénario de Boris Lojkine et Bojina Panayotova.
Le 12 mai 2014 en République Centrafricaine, Camille Lepage, 26 ans, photojournaliste, est tuée quelque part près de la frontière avec le Cameroun. Elle couvrait depuis plusieurs mois les conflits violents entre les groupes rebelles de la Séléka (musulmans pour la plupart et venus du nord du pays pour renverser le régime de François Bozizé en 2013) et les milices d’auto-défense anti-balaka (majoritairement chrétiennes). Camille était lumineuse, idéaliste, déterminée, passionnée et travaillait au plus près du terrain, entretenant un rapport humain très fort avec celles et ceux qu'elle rencontrait dans ce travail de photo-reporter qu'elle démarrait tout juste. Son credo : « Témoigner des conditions de vie des populations en souffrance, innocentes et oubliées dans les pays en conflit ».

Camille Lepage n'est plus, mais ses photos demeurent, témoins magnifiques et terribles d'un conflit sanguinaire et absurde comme le monde en a connu et en connaît tant, dans une indifférence quasi systématique de la communauté internationale, en particulier quand il s'agit du continent africain. Faire appel à la fiction n'était peut-être pas l'idée la plus simple pour retracer la vie et le travail de Camille Lepage, mais c'est pourtant le choix fort qu'a fait Boris Lojkine, confiant à la délicate et intense Nina Meurisse (déjà vue dans pas mal de seconds rôle mais qui porte ici le film sur ses épaules, avec un talent et une présence rares) la complexe mission d'incarner la jeune femme. Parce qu'il impose naturellement une distance avec la destinée de Camille dont il ne reprendra pas forcément tous les détails, parce qu'il offre aussi cet espace de liberté propre à la création et à l'interprétation, ce film rend finalement un très bel hommage à l'essence du travail de Camille Lepage et à la profonde humanité qui l'habitait.
Car Camille aime les gens, elle aime les écouter raconter leurs parcours de vie, elle aime se sentir proche d'eux, partager un repas, une conversation, échanger un regard. C'est cet appel de l'autre qui semble l'avoir poussée loin de sa zone de confort et de la France, cet appel du large et du voyage qui l'a fait choisir ce métier. Mais plus que tout, Camille est une idéaliste. Elle est convaincue que le témoignage qu'elle transmettra grâce à ses photos pourra faire changer le monde, le rendre plus juste, plus humain.
Quand elle arrive en République Centrafricaine, elle ne sait pas encore qu'elle va être happée par la force vive de sa jeunesse et par la tension extrême qui l’agite. Elle décide de chercher à comprendre le conflit en étant au plus près de ses protagonistes, dans un travail de fond qu'elle va mener avec courage et détermination. Comment rendre compte de l'horreur et garder la distance nécessaire au travail journalistique ? Comment témoigner sans prendre position ? Comment faire cohabiter l'intimité d'un regard qui puise sa source dans l'âme et le recul indispensable à son propre équilibre ? Comment photographier la folie de la guerre quand on aime les gens ? Plongée au milieu de la crise centrafricaine, Camille s’efforce de continuer à faire son travail sans céder au cynisme. Mais est-ce possible ?

Tourné en partie en République Centrafricaine, c'est un film bouleversant qui se voit aussi comme un récit d'initiation, qui vous happe et ne vous quitte pas, à l'instar des photos originales de Camille Lepage que le réalisateur a judicieusement placées dans le récit, comme une incursion brutale du réel, mais aussi pour nous donner envie de découvrir le remarquable travail de cette photographe engagée disparue prématurément.  (Utopia)  

LORGUES   ven15/17h   sam16/20h   dim17 et lun18/19h

PAPICHA

Mounia MEDDOUR - Algérie/France 2019 1h45mn VOSTF - Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Nadia Kaci, Meryem Medjkane... Scénario de Mounia Meddour et Fadette Drouard. Festival d’Angoulême 2019 : Meilleur scénario, Meilleure actrice, Prix du public.
« Papicha », c’est le petit nom charmant que l’on donne aux jeunes algéroises drôles, jolies, libérées. C’est aussi désormais un film sur le courage, celui d’un pays, d’un peuple, d’une jeunesse qui ne demande qu’à exulter, qui refuse de céder aux injonctions de la peur, à celles de bras armés tout puissants. Il est donc question dans Papicha de résistance vivifiante, de pulsions joyeuses, d’insoumission. Le film nous immerge dans la décennie noire des années 90 : tandis que les étudiants du pays aspirent à la même liberté que leurs cousins occidentaux, par le jeu des forces politiques en présence, une vague d’intégrisme va monter, implacable, génératrice de violence, d’interdits, de terreur. Le GIA (Groupe Islamiste Armé) et l’AIS (Armée Islamique du Salut), dont les premières cibles sont les journalistes, terrorisent la population civile, tout en se faisant la guerre entre eux, ainsi qu’à la démocratie. On dénombrera au final plus de 150 000 morts, des dizaines de milliers d’exilés, un million de personnes déplacées. L’action du film prend sa source dans ce contexte tendu, celui que connut bien la jeune réalisatrice encore étudiante, et dont elle choisit de faire une fiction assoiffée de joie, d’espérance, de révolte.

Tout démarre par une belle nuit suave, qui donne envie aux corps d’exulter. Gros plan sur deux donzelles sur la banquette arrière d’un taxi clandestin qui brinquebale dans les rues d’Alger. Dans cette cabine d’essayage de fortune, elles se maquillent, se tortillent comme des libellules en train d’abandonner leurs chrysalides. Elles n’ont que peu de temps pour quitter leurs tenues sages et se transformer en reines de la nuit. Alors que le vieux chauffeur qui bougonne, réprobateur, a du mal à garder les yeux dans sa poche, Nedjma, qui a la langue bien pendue, le renvoie à son volant : « Papy, la route c’est devant, pas derrière ! » Un sens de la répartie que semblent cultiver en permanence les filles entre elles, à coups de « battle de mots » comme elles les appellent, qui démarrent dans les endroits les plus saugrenus. Des moments pêchus et drôles, un peu outranciers, comme un arsenal d’armes fragiles qu’elles entretiennent en riant, maigre rempart contre les débordement sexistes, les insidieux harcèlements quotidiens qu’elles subissent en faisant mine de s’en moquer. Difficile de trouver des espaces de liberté sereine ici. On devine que la majorité de celles et ceux qui se retrouvent pour faire la fête, même si c'est sans doute plus simple pour les garçons que pour les filles, ont dû, tout comme Nedjma et son inséparable copine Wassila, faire le mur, s’échapper en catimini. Une clandestinité propice à toutes les arnaques, à tous les chantages vicelards (on assistera à un florilège de bêtise de la part de ces messieurs).
En attendant, Nedjma poursuit, vaille que vaille, son rêve de devenir styliste, elle en a le talent. Elle va y entrainer toute sa bande de copines, sa famille et même quelques professeures. D’abord inconsciemment, la mode, qui dévoile et embellit les corps, va devenir une forme de contestation. Au noir des hidjabs que les islamistes veulent imposer à la gent féminine, Nedjma opposera la blancheur du haïk, cette étoffe qui fut, au-delà de sa fonction vestimentaire traditionnelle, le symbole de la résistance nationale algérienne contre la politique coloniale française.

Papicha, c’est le portrait d’une féminitude solidaire et complexe, bien au-delà des clichés. Des plus gamines au plus âgées, des plus modernes aux plus conformistes, nulle n’est dupe ou naïve. Chez elles, l’insouciance, qu’elle soit feinte ou cultivée, apparait dès lors comme une forme de résilience indispensable, une façon non seulement de survivre, mais surtout de ne jamais abdiquer joie et douceur de vivre.  (Utopia)  
 
LORGUES mar19/13h

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Au(x) cinéma(s) du 6 au 12 novembre 2019

Bonjour à tous !
 
Notez déjà notre prochain rendez-vous Entretoiles : nous vous invitons le dimanche 17 novembre à venir partager avec nous Un jour de pluie à New York de Woody Allen, un film délicieux pour se réjouir pleinement d'un bon divertissement !
 
En ciné club, CGR nous propose cette semaine Le regard de Charlesdocumentaire composé d'images filmées par Aznavour, tout au long de sa vie,  depuis 1948, :  Hors normes un film humaniste dans lequel d'Eric Toledano et Olivier Nakache, les réalisateurs d'Intouchables abordent de front la question de l'autisme, de l'aide aux autres et de l'implication, avec leur sens inusable de la comédie sociale, Joker (aussi à Lorgues et Salernes) où le réalisateur  Todd Phillips filme une version sociopoétique du personnage, incarné magistralement par Joaquin Phoenix, Donne moi des ailes, un film de Nicolas Vannier où il nous  livre un joli récit initiatique familial et écologique,  Au nom de la terre  de Edouard Bergeon, une première fiction épatante sur le piège dans lequel peuvent se retrouver les agriculteurs productivistes, et Shaun le mouton de Will Becher et Richard Phelan, avec beaucoup d'humour pince sans rire.
 
A Lorgues ne ratez pas Pour Sama  de Waad Al Kateab, un documentaire ovationné et récompensé au Festival de Cannes, salué par une presse unanime, porté par une incroyable force de vie, et totalement bouleversant. On n'en ressort pas indemne ! : un de ces films qui nous font continuer de croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde. Vous pouvez voir aussi Sœurs d'armes de Caroline Fourest, un film audacieux sur les femmes soldats kurdes, quoique, semble t-il, peut-être parfois un peu "lourd".... (aussi à Draguignan et à Fréjus).
 
A Salernes, Ad astra de James Gray, une odyssée intime doublée d'une quête philosophique, et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, un magnifique film d'amour, minutieux, délicat et puissant.
A Cotignac,  Sorry we missed you de Ken Loach, l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité,(aussi au Vox), et   Le traitre de Bellochio un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout.(aussi au Vox)
 
Au Vox à Fréjus, J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, une narration d'une virtuosité implacable, avec des moments de pure poésie, et des touches d'humour, Adults in the room de Costa Gavras, un film dense et passionnant sur la lutte des pouvoirs au plus,haut niveau politique et Un monde plus grand de Fabienne Berthaud, d'une profonde spiritualité et une expérience humaine d'une grande sincérité.
 
Ne manquez pas non plus  le 1er festival départemental de cinéma d'auteur, organisé par les ciné-débats citoyens du 6 au 17 novembre dont voici le lien pour la programmation :  cdc83.wordpress.com
Il y a des films à voir à Draguignan, à Lorgues, à Salernes et à Fréjus ! L'invité d'honneur est Christian Philibert !
 
Alors allez au cinéma et bonne semaine de cinéma !

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :  entretoiles.e-monsite.com
 

Le Regard de Charles

Film français de Charles Aznavour

La musique, le cinéma, l’écriture font jeu égal dans Le Regard de Charles, documentaire composé d’images filmées par Aznavour au fil de sa vie, construit comme un journal intime.

Dans « Le Regard de Charles », Aznavour toujours formidable
 

«Vous m’avez vu, oui, mais ce que vous ne savez pas, c’est que moi aussi je vous ai vus. En fait, je vous regarde depuis le début.» La voix de Romain Duris qui s’élève dès le début du Regard de Charles donne un écho troublant au timbre bien connu d’Aznavour. Parlant au nom de l’artiste disparu le 1er octobre 2018, avec ses mots, l’acteur lui rend présence et souffle pour le raconter à travers ses images.
Charles Aznavour avait reçu en cadeau d’Édith Piaf en 1948, une petite caméra. Dès lors, il filmera avec passion, tout au long de sa vie, comme on tient un journal intime. Carnets de voyage, souvenirs de tournées, plans amoureux de ses femmes et de ses enfants, des heures de bobines dormaient dans sa maison provençale, avant que le chanteur ne propose à Marc Di Domenico d’en faire un documentaire.

Passionné de cinéma, grand voyageur, Aznavour filme le monde en cameraman avec pertinence et professionnalisme. « J’ai tout de suite remarqué qu’il tournait "monté", en plans larges, moyens, serrés. Il y avait clairement une volonté de ne pas filmer comme n’importe quel touriste, mais de composer ces images », explique Marc Di Domenico. En témoignent dès le début, 9 minutes d’images au regard ethnographique, tournées en Afrique noire au temps des indépendances. Abidjan, Dakar… Les métropoles laissent place à des campagnes vues au plus près de populations silencieuses observant depuis les rives d’un fleuve l’homme occidental fasciné qui les filme.

Mettre en scène de petites gens dans leur quotidien précaire avec un regard plein d’empathie, c’est ce qui rend le propos d’Aznavour singulier. Des avions à hélice, des trains perchés sur la cordillère des Andes, des camions chargés de travailleurs en route pour une pénible migration et agitant la main, tout sourire, en direction de la caméra…

Au son d’Emmenez-moi ou de L’Émigrant, on mesure à quel point l’artiste qui confiait « le lointain des possibles, c’est ce que je préfère », se sentait heureux sur la route au contact des autres. Mais aussi qu’il portait en lui la mémoire douloureuse d’un exil maintes fois évoqué pour le fils qui ne l’a pas vécu.

« Personne parmi nous n’a jamais vu cette terre. Pourtant, nous en étions faits », dit Aznavour arrivant pour la première fois en Arménie à 40 ans. Rencontrant sa grand-mère qu’il n’a jamais vue, il l’emmène à une messe solennelle célébrée par le catholicos, le chef de l’Église arménienne, en une séquence émouvante où la caméra sait se faire discrète puis s’éteindre.

Saisir la lumière des visages était une passion chez celui qui réalise de splendides plans d’Anouk Aimée, radieuse, lors du tournage de La Tête contre les murs en 1958. « Franju fait son film, moi j’ai mes images », jubile Aznavour. Pendant Un taxi pour Tobrouk, il capture, en vrai fan, Lino Ventura, « Lino bougon, c’était quelque chose ! », et à New York, une Piaf moqueuse.

Sa vie privée, avec ses drames – dont le suicide de son fils Patrick à 24 ans, évoqué en une séquence douloureuse –, et ses amours, tissent une toile narrative intime qui ne cède pas à l’hagiographie. Et sa musique en bande-son rappelle son immense talent de mélodiste, de parolier et d’interprète : 25 chansons en tout, dont ses incontournables, de La Bohème à Formidable, de She à Ils sont tombés, pour s’achever sobrement avec J’ai vécu. (La Croix)

Ciné club CGR Draguignan : tous les jours à 18h

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...

HORS NORMES

Si on ne peut que reconnaître l'efficacité de la filmographie d'Eric Toledano et Olivier Nakache, réalisateurs d'une série de feel-good movies qui ont été autant de succès hors pair (en premier lieu Intouchables, succès historique qui a fait exploser la carrière d'Omar Sy, mais aussi Samba et plus récemment Le Sens de la fête avec Jean Pie