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Aux cinémas du 17 au 23 octobre

Bonjour à tous !
 
Cette semaine  pas de film en ciné-club  dans la programmation de CGR.
 
À Lorgues vous pourrez voir Rakifi de Wanuri Kahiu un premier film kenyan  plein d'optimisme sur un amour lesbien, défiant la censure et les clichés sur l'Afrique et Les Frères Sisters (également à Salernesoù dans ce film Audiard nous offre plus qu'un western : un conte cruel, doublé d'une réflexion terrassante sur la banalité du mal. 
 
À Cotignac ils nous proposent Le temps des forêts un documentaire édifiant  qui se penche sur l’essor destructeur de la filière du bois en France.
 
À Salernes Woman at war  une fable écologique burlesque et étonnante portée par une héroïne épatante.
 
Au Luc L'amour flou  film dans lequel  Romane Bohringer et Philippe Rebbot mettent en scène (dans tous les sens du terme) leur séparation. Ce qui donne une libre improvisation chaotique et enlevée. Une sorte de rupture, chaleureuse, marrante et mélancolique et Un peuple et son roi  un film à la fois austère et lyrique, qui englobe intelligemment l'histoire et le présent dans une même réflexion.
 
Au Vox voici les nouveautés de la semaine : Capharnaüm qui retrace d'un enfant en quête d 'identité qui se rebelle contre la vie qu'on cherche à lui imposer,  Leave no trace film qui livre avec finesse une réflexion sur la difficulté à vivre en société et sur l’émancipation. Fortuna méditation poétique et lumineuse sur une question d actualité et I feel good , la nouvelle comédie de Delepine et Kerven pleine d’humour et de tendresse. 
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
 

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com


Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 
RAFIKI

Wanuri KAHIU - Kenya 2018 1h22mn VOSTF - avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Jimmi Gathu, Nin Wacera... Scénario de Wanuri Kahiu et Jenna Bass, d'après la nouvelle Jambula tree de Monica Arac de Nyeko.

 

RAFIKICe film est une sorte de miracle, arraché à la morale et à la censure d'un pays, le Kenya, qui l'a d'ailleurs interdit de projection sur son territoire au prétexte qu'il « légitime l'homosexualité ». Rafiki est une superbe histoire d'amour, filmée avec une grâce fiévreuse, une fougue colorée, une fantaisie pop qui emportent tout sur leur passage, entre Kena et Ziki, deux adolescentes de Naïrobi dont les pères, politiciens, s'opposent dans une campagne électorale.
Kena, corps longiligne dissimulé dans des pantalons et des sweats informes, casquette sur la tête et allure de garçon manqué, ne fréquente pas plus que cela les filles de son âge ; leur préférant plutôt les garçons avec qui elle joue au foot, et surtout Blacksta, son pote, son meilleur ami. Ziki, formes généreuses, robes à fleurs coupées bien au-dessus du genou, de longues nattes gainées de fils multicolores, traîne au contraire sa dégaine de Lolita des rues, flanquée de deux copines. Bonbon rose affriolant, l’air frondeur, aguicheuse par jeu, Ziki s’attendrit au passage de Kena.

Wanuri Kahiu suit cette rencontre, les regards qui se soutiennent plus qu’à l’ordinaire, plus qu’il ne le faudrait en tout cas dans ce pays où les hommes, la société, l’église condamnent les attirances homosexuelles. La réalisatrice saisit les sourires qui éclairent les visages avant que le premier baiser ne soit encore advenu mais dont la perspective, acquise par un consentement implicite, annonce le bonheur à venir. La caméra s’autorise à filmer de très près les visages, le grain de la peau, la douceur de la caresse avec la même infinie délicatesse que les deux jeunes filles mettent à se découvrir. Une délicatesse qui, très vite, se heurte à la violence de l’interdit, à la réaction des familles, de l’entourage et du voisinage…
C’est en faisant se frotter la douceur d’un amour et la brutalité de l’environnement dans lequel il ne peut s’épanouir que Wanuri Kahiu défend son propos, sans avoir jamais besoin de le revendiquer. Dans cette Afrique dont elle montre le conservatisme et le rôle restreint accordé aux femmes – destinées à devenir avant tout de bonnes épouses –, elle aura glissé une autre image. Plus moderne, joyeuse, optimiste et tendre. (d'après V. Cauhapé, Le Monde)
« Avec d’autres artistes, nous avons créé le collectif Afrobubblegum, dont l’ambition est de créer des images “fun, féroces et frivoles”. C’est né de l’envie de lutter contre l’idée que la création africaine est forcément sérieuse. Certains pensent que les gens ont un accès limité à l’art et que par conséquent il faudrait que les œuvres aient une dimension nationaliste ou fassent passer un message. Or, nous sommes convaincus que l’imagination n’est pas un luxe mais une nécessité, c’est la façon dont nous vivons le monde, c’est comme ça qu’on crée une culture et une identité. Avec Afrobubblegum, il y a donc l’idée de la création pour l’amour de la création, et aussi le fait que les Africains doivent se voir comme des gens pleins de joie et d’espoir".Anuri Kahiu (Utopia)

 

LORGUES  ven 19/ 17h   sam18/20h15   lun19/19  

 

LES FRÈRES SISTERS

Écrit et réalisé par Jacques AUDIARD - France / USA 2018 1h57mn VOSTF - avec Joaquin Phœnix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Rutger Hauer... D'après le roman de Patrick de Witt.

 

LES FRÈRES SISTERSLa tentation du cinéma américain. L'envie de quitter son territoire de « confort » et de partir ailleurs, à l'assaut du mythe… Le pari était aussi excitant que risqué. Jacques Audiard le réussit haut la main en faisant siens, avec une maîtrise impressionnante, l'univers et les codes du western pour nous offrir un film aussi passionnant et incarné que pouvaient l'être les très français De battre mon cœur s'est arrêté ou Un prophète. Scénario au cordeau (adapté d'un formidable roman, qu'on vous recommande !) mise en scène aussi ample que les paysages qu'elle embrasse, personnages qui vous agrippent dès les premières minutes interprétés par des acteurs exceptionnels, tout est réuni, tout fonctionne, on marche à fond.

La scène inaugurale est d’une beauté et d’une force à couper le souffle. Au milieu de la nuit, l’éclair glaçant des coups de feu déchire l’obscurité. Seuls deux hommes semblent savoir où ils vont et pourquoi ils sont là, hurlant entre deux salves quelques indications sur ce qu’il convient de faire dans une telle situation. On le comprend très vite, ces deux-là ne sont ni des enfants de chœur, ni venus pour faire causette mais bien pour régler quelques comptes, ce qui, à cette époque et en ces contrées, se fait de la manière très expéditive. 
Eli et Charlie Sisters parcourent l'Oregon au service du Commodore, puissant et respecté notable dont ils exécutent les basses œuvres avec un sens aigu de la précision et un goût prononcé pour le travail bien fait. Si Eli, le plus jeune des deux frères, ne se pose guère de questions sur le devenir de sa carrière, son espérance de vie ou la possibilité de faire autre chose de ses dix doigts, on sent bien que Charlie, l’aîné, en a soupé des cadavres et des chevauchées avec le diable et rêve d’une retraite paisible, au coin du feu, quelque part dans une ferme où une certaine institutrice, douce et bienveillante, s’occuperait de panser ses blessures d’âme et de corps.
Mais savent-ils faire autre chose, les frères Sisters, que jouer du flingue ou des poings face à moins malins qu'eux deux réunis ? Pas sûr et ce n’est pas avec cette mission-là qu’ils vont trouver la voie de la reconversion professionnelle. Ils sont sont chargés de suivre la trace d’un certain Morris, détective privé de son état, lui-même sur les pas de l’homme à abattre, Hermann Kermit Warm. Pour qui ? Le Commodore. Pourquoi ? Sur cette question je resterai muette comme la grande faucheuse.
 

Mais ça bien sûr, c’est l’intrigue façon préambule. Le scénario ne se contentera pas d’une banale histoire de règlements de comptes, de quelques courses poursuites sur des canassons épuisés ou de scènes de mitraille derrière un bar. Car dans Les Frères Sisters, chacun veut pouvoir cultiver sa part de lumière, chacun veut bâtir, à la force de son imagination, de ses talents ou de ses audaces, son propre mythe, petit ou grand qu’importe, pourvu qu'il ait les contours de ses rêves. Pour l’un ce sera la fortune dans le ruée vers l'or, pour l’autre la promesse d'un parfum de femme laissé sur un châle, pour celui-là la possibilité d’un monde plus fraternel, pour le dernier la simple contemplation d'une contrée farouchement belle et sauvage. Epopée fraternelle avec des bons, des brutes, des truands et des idéalistes, le film parvient à dépasser l'exercice de style pour atteindre l'excellence. On aime tout chez les frères Sisters et chez ceux qui gravitent autour : leur ton, leur style, leurs mots et leur tendresse brute. Car nous sommes convaincus que la joie et l’espoir peuvent transformer les gens. » (Utopia)

 

 
 
LORGUES  mer 17/20h     ven 19/ 18h50    sam18/18h  dim 18h

SALERNES   jeu 18 et dim 21/18h      ven 19 et lun22/ 20h30   mar 23 18h

 

 

LE TEMPS DES FORÊTS

François-Xavier DROUET - documentaire France 2018 1h43mn -

 

LE TEMPS DES FORÊTSLa forêt, c'est magique. On s'y enfonce avec un sentiment d'excitation, préparant l'aventure de s'engager hors des sentiers connus et la peur confuse de s'y perdre. Et une impression d'apaisement ouaté tellement les bruits, les odeurs, le paysage, ne se laissent pas découvrir à plus de dix pas. Sans même parler du contact, doux et rugueux, de l'écorce des arbres…
Ça ne vous avait pas immédiatement sauté aux yeux – pas plus qu'aux oreilles ou aux narines. Là où, autrefois, la vie bruissait de mille insectes, mille essences végétales, dans une généreuse anarchie auto-régulée, on peut aujourd'hui se balader au milieu des arbres sans entendre le moindre chant d'oiseau, sans que l'odeur d'humus vienne nous chatouiller la narine – et traverser, à perte de vue, des alignements de pins, bien espacés, bien rangés, bien propres, bien tous de la même espèce. C'est là, tout d'abord, que le film de François-Xavier Drouet nous emmène. Dans ces drôles de forêts qui n'en sont plus vraiment – plutôt des plantations. D'ailleurs on ne parle plus de gestion de la forêt, mais d'exploitation. 

Vous l'avez compris : comme dans tous les domaines dans lesquels l'Homme fourre son nez, la sylviculture n'échappe pas aux sacro-saintes exigences d'efficacité et de rentabilité. L'offre s'aligne sur la demande, en qualité et en quantité. Le marché demande du pin, c'est la mode, ça pousse vite, c'est facile à travailler. Aussi sec (on parle quand même encore en décennies), les forêts, landes et campagnes françaises se transforment en pinèdes. Toutes sur le même modèle productiviste, toutes plantées de la même essence : pour l'heure, le Douglas, extraordinaire modèle de pin nord-américain, du genre robuste (résistant aux pesticides) et à la croissance ultra-rapide (beaucoup plus rapide en tous cas que ses lointains cousins européens). Adieu, la diversité, adieu l'écosystème, sacrifiés sur l'autel du Profit.
Comme dans tous les types d'exploitations agricoles, le modèle productiviste s'est imposé à la sylviculture. Monoculture, évidemment, et mécanisation radicale, violente, de la filière, qui transforme les acteurs en prestataires et coupe le lien qui reliait les hommes aux arbres. Il faut aujourd'hui, montre en main, moins de cinq minutes pour abattre, écorcer et débiter un Douglas. Évidemment, la machine capable d'un tel prodige a un coût tel que son propriétaire est condamné, pour finir de la payer, à abattre les arbres à la chaîne. Pendant ce temps, Patrick, bûcheron, armé de sa tronçonneuse à 1500 euros, s’éclate autant qu’il transpire. Entre deux arbres abattus, il nous parle de sa liberté, de la satisfaction de ne rien devoir à sa banque, du plaisir de passer ses journées dans une forêt. Une forêt, avec ses broussailles, ses champignons, sa faune… Ne faisant guère le poids face au rouleau-compresseur, Patrick serait le représentant d'une espèce en voie d'extinction ?

D'une exploitation l'autre, Le Temps des forêts, dresse un constat saisissant, sans concession, de l'état de nos forêts. Le film raconte, de l'abattage à la scierie, la légitime inquiétude d'une filière peu à peu déshumanisée, ainsi que la tout aussi légitime colère des gardes forestiers transformés par leur administration de tutelle en comptables esseulés d'une matière première à faire fructifier. Tout cela serait d'une tristesse infinie, mais heureusement, à l'instar du bûcheron Patrick, François-Xavier Drouet oppose au système mortifère une kyrielle d'expériences alternatives, d'actions concrètes qui n'ont d'autre but que d'en contrecarrer les effets. Face à la logique néolibérale et sa responsabilité dans la destruction des écosystèmes, elles parient sur le temps long, préservent ce qui peut l'être et, indéfectiblement du côté des arbres, de l'humus, des biches et des oiseaux, préparent, joyeusement, l'avenir. (avec la participation involontaire mais précieuse de Manouk Borzakian, géographe, rédacteur pour Libération du blog Géographie et cinéma).UTOPIA

 

COTIGNAC     dim 21 /18h30

 

 

WOMAN AT WAR

Benedikt ERLINGSSON - Islande 2018 1h41mn VOSTF - avec Halldora Geirhardsdottir, Davíd Thór Jónsson, Magnús Trygvason Eliassen, Omar Guöjonsson, Johann Siguröarson... Scénario de Benedikt Erlilngsson et Olafur Egill Egilsson.

 

WOMAN AT WARC'est le grand souffle d'air frais de notre été, un film épatant, vivifiant, impertinent qui nous transporte dans des paysages grandioses (bon sang que l'Islande est belle !), aux basques de personnages formidablement attachants, au fil d'un récit aussi malicieux que jubilatoire, qui nous entretient sans jamais se prendre au sérieux de la nécessité de la résistance subversive et du plaisir fou qu'on prend à la pratiquer. Effet euphorisant garanti !

Halla est grande. Elle est cette belle cinquantenaire en pleine forme qui tend la corde de son arc pour s'attaquer aux lignes électriques, petite silhouette endiablée perdue au milieu de la toundra, dans un paysage de rêve battu par les vents. Traits concentrés, regard d’acier, sourire en coin, elle a la carrure d’une amazone (mais pas touche à ses seins !). Malgré son barda de campeuse contemporaine, elle a la grâce d’une déesse chasseresse, une Artemis des temps modernes. Pourtant rien de sa carapace guerrière ne parvient à camoufler son côté burlesque, généreux, amoureux de la vie. Son pendant masculin serait un hybride de Don Quichotte et du petit David défiant Goliath.
Mais dans la vie d’Halla, point de géant, ni de moulins à l’horizon, son ennemi c’est la finance et dans son cas ce n’est pas une promesse électorale, d'ailleurs elle ne s’en vante pas : elle serait la dernière à le dire de manière aussi grandiloquente, alors qu’elle est la première à passer à l’action. Quand l’industrie de l’aluminium contamine son pays, souille sa nature virginale, Halla s’en va saborder les pylônes électriques qui alimentent ses usines. Peu importe que son combat soit celui du pot de terre contre le pot de métal. De petits en grands sabotages, la voilà devenue, pour l’opinion publique, l’insaisissable et énigmatique « Femme des montagnes ». Celle qui galope à travers les champs de lave, solitaire au geste sûr, pour échapper aux autorités qui déploient leurs forces armées surdimensionnés. Au grand dam du gouvernement islandais et de la multinationale qui cherche à s’implanter, elle représente le minuscule grain de sable agaçant qui grippe à lui seul le rouleau compresseur du progrès aveugle, qui le ridiculise. C’est tout aussi palpitant que réjouissant de la suivre dans ses cavales à travers monts et rivières d’opales, poursuivie par des hordes d’hommes armés jusqu’aux dents. On se pique au jeu, on frémit, on a peur et pourtant on se marre avec elle. Car jamais elle ne se départit de son humour ravageur.

Et quand enfin sa mission est accomplie, on jubile de la voir enfin se fondre anonymement dans la masse, sereine après avoir échappé à ses poursuivants déchaînés. Qui penserait que cette chef de chorale si tranquille, cette yogi bienheureuse, est recherchée par toute la police de son pays ? Elle se reposerait d’ailleurs volontiers dans ses pénates, telle une célibataire endurcie caressant le secret désir de pouponner un enfant né d'une autre, goûtant les joies simples de l’existence, comme le font ses amis et sa sœur jumelle, auxquels elle cache sa double vie. Son seul « complice » est un chanteur de la chorale, haut fonctionnaire idéaliste mais de plus en plus inquiet de la tournure des événements, qui essaie de la dissuader de continuer. En vain, fort heureusement !

Non seulement l’histoire est exaltante, mais le récit est brillant, émaillé de surprises, comme ces deux trios, l'un de musiciens de jazz, l'autre de chanteuses folkloriques, qui surgissent dans les moments et les lieux les plus incongrus, faisant écho aux états d’âme d’Halla, tels des Jiminy Cricket de sa conscience. Il y a ces personnages croisés au hasard de ses virées activistes : le cyclotouriste qui fait un coupable idéal à répétition pour une police qui ne fait pas dans le détail, le solide fermier barbu qui se déclare son « cousin présumé » et qui lui donnera un fier coup de main dans les situations les plus périlleuses… Il y a aussi ces moments de pure grâce où l’univers entier semble flotter avec notre héroïne dans la matrice accueillante d’une grotte aux eaux chaudes. Il y a, bien sûr, ces images sublimes, l’œil de la caméra qui voyage constamment dans les paysages de l’infiniment grand à l’infiniment petit, nous faisant prendre d’infimes morceaux de lichen pour d’exotiques plantes exubérantes. 
Cette fable révolutionnaire magique a tôt fait de devenir une ode aux héros ordinaires de toutes les époques et surtout de la nôtre. Mais peut-être les plus admirables dans l’histoire sont-ils les producteurs : « C’est vraiment très courageux pour une société d'assurance de soutenir un film sur le sabotage… », dit le réalisateur. Quand je vous dis qu’il est malicieux !UTOPIA

 

SALERNES   sam20/21h    lun 22/18h   mar23/20h30

 

 

L’AMOUR FLOU

Écrit, réalisé et interprété par Romane BORHINGER et Philippe REBBOT - France 2018 1h37mn - avec aussi Rose et Raoul Rebbot-Bohringer, Reda Kateb, Clémentine Autain, Vincent Berger, Astrid, Lou et Richard Bohringer, Aurélia Petit, Riton Liebman...

 

L’AMOUR FLOUSi vous rêviez d’une belle rencontre, voilà qu’elle vous tombe dans les bras sous les traits de L'Amour flou ! Impossible de résister à cette fable familiale contemporaine qui s’avère être un merveilleux antidote à la morosité, à la mesquinerie, à la bêtise. Tous les ingrédients y sont pour réconcilier durablement les pires misanthropes avec l’humanité. Sans mentir, cela va même vous rabibocher avec le bon vieux tube de Michel Delpech qui berce l’éveil de la maisonnée Rebbot-Bohringer de la plus délicate manière. Il est tôt… La sonnerie des réveils extirpe chacun du monde des songes. Les enfants en se blottissant dans les bras de papa et maman ont encore cette odeur de sommeil caramélisée qui sent bon la tendresse. Et de celle-là, il n’en manque pas, on n’en doute pas un seul instant.

Seulement voilà : après dix années révolues, long et heureux temps de vie commune, deux adorables mioches pondus, Romane et Philippe réalisent qu’ils ne s’aiment plus… C’est venu insidieusement, sans qu’ils osent se l’avouer à eux-mêmes… Puis ça s’est enkysté dans un recoin de leur conscience, comme une évidence dont ils refusent d’affronter les conséquences. Ils avaient tellement rêvé vieillir ensemble, voir grandir les mômes, commenter conjointement les premiers poils aux pattes de Raoul, l’éclosion des émois amoureux de Rose et vice-versa… Mais chacun, sans qu’il se décide à le dire à son partenaire, en est à ce point de saturation qui annonce qu’il n’y aura plus de retour en arrière, qu’il leur faudra bientôt enterrer sous un monceau de souvenirs leurs amours mortes. Pourtant taquineries et rires fusent encore et, malgré quelques piques, persistent une complicité simple et immédiate, une attention à l’autre réjouissante. Tout cela est raconté sans pathos, avec une bonne rasade d’humour, dans une scène fendarde où chacun dévoile ses états d’âmes à sa psy respective, la voix de Philippe faisant écho à celle de Romane, sans qu’ils le sachent, les émotions de l’une rejoignant les préoccupations de l’autre. Les cœurs ont beau se séparer, les âmes restent parfois sœurs à jamais.
Dans la famille Bohringer-Rebbot, le choix est vite fait de mettre son ego de côté, de ne pas sombrer dans des lamentations morbides. Ici, c’est la vie avant tout ! Laisser les détails au diable, préserver l’essentiel, refuser la bassesse « …et les bassets qui puent ! » provoquerait Romane, on vous laisse découvrir pourquoi… Mais cette dernière, désireuse de ne pas disperser la petite famille aux quatre vents, va avoir une idée lumineuse et entraîner toute sa smalah loin des sentiers pour filles dociles. On vous la raconte, cette idée ? Ben non ! Le film est-là pour ça !

Vous l’aurez remarqué, noms et prénoms des protagonistes sont aussi ceux des acteurs. Ici fiction et réalité fricotent intimement ensemble, distillent un doute délicieux dont on sort émoustillé et ravi. Quelle part est vécue ? Quelle part est inventée ? Ce qui ne l’est pas en tout cas, c’est cette truculence anarchiste, ce respect d’autrui qui illumine chaque instant du scénario. On se reconnait dans l’univers clownesque de ces drôles d’oiseaux qui osent l’autodérision, assument leurs travers respectifs. On admire leur sagesse. La voie qu’ils montrent fait fi du qu’en-dira-t-on, invite à une forme de désobéissance sociale salutaire. 
Pour l’aventure, Romane et Philippe ont mis en scène une bonne part de leur tribu intime. On y retrouve pelle mêle : Richard Bohringer dans son véritable rôle de père, sa débordante compagne, la délicieuse Lou en casse-couille prolifique. Clémentine Autain y apparait telle une naïade tout droit sortie des fantasmes de Philippe Rebbot… Sans oublier la présence du craquant Reda Kateb qui cabotine sous le regard énamouré de Paulo, son inséparable compagnon à poil ras. Bref tout cela est éminemment réjouissant et on ressort de cette séparation généreuse heureux comme Ulysse d’avoir entrepris ce beau voyage qui rend ces olibrius tellement attachants et familiers. Une bien belle leçon de vie sur la manière de transformer un échec en totale réussite où la poésie s’invite toute seule au détour de dialogues ciselés.UTOPIA

 

LE LUC       mer17/ 18h30  sam20/21h  lun21/18h30

 

UN PEUPLE ET SON ROI

Écrit et réalisé par Pierre SCHOELLER - France 2018 2h - avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Laurent Lafitte, Louis Garrel, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Céline Salette, Denis Lavant... Conseillers historiques : Arlette Farge, Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau, Timothy Tackett et Haïm Burstin.

 

UN PEUPLE ET SON ROIAprès le magistral L'Exercice de l’État, c'est une autre plongée dans la pratique politique et l'exercice de la démocratie que nous offre Pierre Schoeller, confirmant son ambition et sa place à part dans le cinéma français actuel. Un peuple et son roi embrasse la Révolution française depuis la prise de la Bastille jusqu'à l'exécution de Louis XVI, soit quatre années ou presque qui ont amené par la révolte organisée à la mise à bas d'un ordre ancien, et que nous allons vivre entre la fièvre populaire et travailleuse du faubourg Saint-Martin et les lieux de la « grande Histoire » : Versailles, les Tuileries, l'Assemblée nationale, le Champ-de-Mars.

« La Révolution française est un moment unique dans l’Histoire. Deux cent cinquante ans plus tard, son écho est encore présent dans nos vies, nos sociétés, notre imaginaire. C’est dire qu’en faisant ce film, nous allons vers tout autre chose qu’une histoire passée, nous allons à la rencontre de femmes et d’hommes dont l’engagement, les espoirs ou les blessures, ont été d’une telle intensité qu’ils sont encore palpitants deux siècles plus tard.
« Avec Un peuple et son roi, j’ai voulu raconter une Révolution française loin des débats idéologiques, une révolution à hauteur d’hommes, d’enfants, et surtout de femmes. Les personnages féminins occupent une place centrale dans le récit. Je voulais également filmer la Révolution française sous l’angle de l’engagement populaire, du peuple des faubourgs.
« Le film est centré sur le destin politique du Roi. En 1789, il est le Père de la Nation, l’élu divin. En juin 1791, il fuit et est rattrapé. En septembre, il est maintenu chef de l’exécutif d’une monarchie constitutionnelle. L’été 1792, il est démis et emprisonné. L’automne, il est jugé pour trahison et crimes. L’hiver, il est condamné. Le 21 janvier 1793, sa tête tombe place de la Révolution. 
« Au cours de ces trois années, tout un royaume bascule, tout un peuple conquiert sa souveraineté. Durant l’écriture, je me suis basé sur un usage constant et systématique des archives (toutes en consultation libre sur internet, en majorité sur le site BnF/Gallica). J’ai eu le bonheur de bénéficier de multiples conseils et de lectures détaillées du projet par cinq historiens : les français Arlette Farge, Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau ; l’américain Timothy Tackett et l’italien Haïm Burstin… La finalité de cette recherche historique allait bien au-delà d’un souci d’exactitude. Tout en proposant l’incarnation des grandes journées révolutionnaires, j’ai cherché à y insuffler de la vie, de la chair. Un peuple et son roi est avant tout un film sur les émotions, les émotions d’un peuple entré en révolution. Je voulais que le spectateur garde en lui le sentiment d’avoir traversé une expérience unique, comme seule une révolution peut le procurer. Avec des visions, des grands discours, des rires au milieu des larmes. Des naissances, après le deuil. Des destins qui basculent en une parole. Des insurgés qui tombent le fusil à la main. Des conquêtes qui seront plus fortes que les blessures. »UTOPIA

 

LE LUC  mer17/16h   jeu18/18h

 

CAPHARNAÜM

Nadine LABAKI - Liban/ France 2018 2h03mn VOSTF - avec Zain Al Rafeea, Kawathar Al Haddad, Yordanos Shiferow, Boluwatif Treasure Bankole, Fadi Kamel Yousef, Cedra Izam, Nadine Labaki... Scénario de Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Michelle Kesrouani et Khaled MouzanarPRIX DU JURY, FESTIVAL DE CANNES 201

CAPHARNAÜMIl y a des regards de cinéma qui ne vous quittent pas, des regards qui laissent une trace profonde, bien des films et bien des années après. Au-delà des récits, au-delà des personnages dont on oubliera les noms, la force de ces regards restera gravée, comme la marque d’une sincérité qui transcende la fiction, d'une humanité qui touche et qui bouleverse. Vous n’oublierez pas de sitôt le regard de Zain, ni celui de sa sœur Sahar, ni celui de Yonas. Ils représentent à eux trois une communauté invisible dont les membres survivent aux quatre coins du monde, celle des enfants perdus, négligés, malmenés par les conflits, les guerres ou juste l’extrême misère. Des enfants qui n’ont pas les livres pour le savoir ni pour les rêves, qui n'ont pas l’insouciance, parfois même pas la tendresse, ni le lait, ni le pain. C’est pour eux que Nadine Labaki dit avoir voulu faire ce film, pour ces gamins oubliés dont le passage sur terre est parfois éphémère, ne laissant pas de trace, même pas celle d’un papier d’identité. Le sujet est immense, ambitieux, tentaculaire et brasse dans son sillage bien d’autres thèmes tout aussi complexes dont un film ne peut pas venir à bout. Mais la réalisatrice semble n’avoir peur de rien, portée par une sincérité à toute épreuve qui défiera tout : les critiques blasées comme les mauvais procès, les piques qui ne manqueront pas de lui être lancées pour fustiger sa naïveté ou son penchant pour l'émotion.

Plongée pendants trois années dans son sujet, dans les rues de sa ville, Beyrouth, elle a rencontré des centaines de gamins, des centaines d’adultes qui survivent dans un monde qui ne veut pas d’eux et qui ne les voit même plus. Capharnaüm, c’est cette gigantesque fourmilière qui ne s’arrête jamais, cette ville de violence et de poussière qui avale, mâche et recrache ses habitants, ceux d'ici mais surtout ceux d'ailleurs, un immense bazar à ciel ouvert qui vit en autarcie, avec ses trafics, ses règles et ses codes, loin des zones de confort qui ne sont pourtant jamais très loin, à quelques frontières près.
C'est à hauteur d'enfant que nous allons entrer dans ce drôle de monde. Cet enfant, c’est Zain, douze ans. Il intente un procès à ses propres parents. Le chef d'accusation ? L'avoir mis au monde. C’est le point de départ d’une histoire comme un coup au ventre et l’on va suivre, à travers les rues de Beyrouth, l'errance de ce gamin dans un univers absurde et sauvage dont il refuse la fatalité, avec la candeur de son âge.

Il faut prendre Capharnaüm comme un conte splendide et cruel, avec des ogres et des mères mal aimantes, avec des traitres qui vont vouloir abuser de l'innocence de Zain, mais avec aussi une fée bienveillante qui prendra soin de lui. À travers le personnage de Rahil, jeune réfugiée Eryhtréenne vivant seule avec son bébé et qui va accueillir Zain, c’est la fraternité faite femme que la réalisatrice veut nous montrer, une façon de dire que tout n’est peut-être pas perdu. En faisant de ces oubliés (tous interprétés par des non professionnels aux histoires similaires à celles de leur personnages) les héros magnifiques de cette histoire forte et bouleversante, Nadine Labaki nous tend un miroir sans concession sur la manière dont notre monde accepte, passif et résigné, les horreurs dont il est quotidiennement le théâtre. Le constat est sans doute d’autant plus terrible quand l'indifférence frappe le sort réservé aux enfants, que ce soit dans les quartiers pauvres de Beyrouth, sur une plage de Méditerranée, en Cissjordanie ou à Alep  UTOPIA

 

LE  VOX

 

mer 17 et dim 21/ 14h  18h15 20h45

Jeu 18/14H 18H 20H45

ven 19/14h 18h30 21h

sam20/14h 16h15 21h

lun 22 /14h 18h15 20h

mar 23/14h 18h30 21h

 

I FEEL GOOD

 

Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN - France 2018 1h43mn - avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jo Dahan, Lou Castel, Jean-Benoît Ugeux, Jean-François Landon, Jana Bittnerova, Elsa Foucaud, Marius Bertram, et les compagnons du village Emmaüs de Lescar-Pau...

 

I FEEL GOOD« Il n'y a pas de grand pays sans de grands patrons » proclame le slogan évidemment sarcastique sur l'affiche, au-dessus d'un Jean Dujardin conquérant de l'inutile, marchant vaillamment au bord d'une route en peignoir et pantoufles de bain, sans doute chouravés dans un hôtel de luxe quitté à la cloche de bois… Le duo Delépine et Kervern, le plus utopien des tandems franco-grolandais, fait semblant de prendre pour héros un apprenti-winner qui n'a jamais rien appris de ses débâcles successives, un hâbleur qui ne jure que par le Cac 40 mais qui n'a jamais fait grand chose de ses 10 doigts, un adepte du culte de la réussite et du pognon roi qui n'a jamais réussi qu'à être le prince de la foirade… pour mieux chanter la gloire modeste des compagnons du village Emmaüs de Lescar-Pau, champions de la démerde constructive et de l'économie durable sur le tas, de la conscience collective et de la solidarité active, du chacun pour tous et des lendemains qui chanteront peut-être un peu plus joyeusement si tout le monde y met du sien…
On découvre donc Jacques, bon à rien patenté en perpétuelle recherche de l'idée géniale qui le rendra super riche mais pour l'heure fauché comme les blés et carrément SDF. Ayant brûlé tous ses vaisseaux fantômes et filouté tout ce qui pouvait l'être, il n'a d'autre choix que de venir squatter chez sa grande sœur Monique (Yolande bien sûr), qu'il n'a pas vue depuis des lustres et qui dirige aujourd'hui une communauté Emmaüs près de Pau.
Monique lui offre bien sûr gite et couvert, en échange de sa participation aux activités du village, qui déborde d'ateliers de toute sorte. Tu parles ! Le Jacques incorrigible, après avoir fait semblant de s'intéresser à la vie foisonnante de cette incroyable enclave toujours productive mais jamais productiviste, va très vite retomber dans ses travers et se consacrer à un projet d'enrichissement personnel aussi fumeux que d'habitude : inspiré par quelques trombines cabossées de compagnons guère épargnés par les épreuves d'une vie à la dure, il imagine de créer une agence de chirurgie esthétique low-cost, une sorte d'EasyJet du lifting qu'il va baptiser du nom imparable de « I feel good » !
Il va réussir à baratiner une demi-douzaine de villageois (pas vraiment dupes, on le verra plus tard) et à les embarquer dans un voyage désorganisé – 100% low-cost lui aussi – vers la Roumanie et la Bulgarie, contrées supposées être à la chirurgie plastique ce qu'est la Hongrie à la pratique des soins dentaires : le paradis du hard-discount. Vous vous doutez bien que le périple va se révéler aussi improbable que burlesque et que les velléités entrepreneuriales de Jacques vont tourner en eau de boudin. Mais vous n'imaginez pas les péripéties que notre groupe va traverser, et encore moins le résultat concret du relooking extrême dont va bénéficier un de ses membres…UTOPIA

 

LE VOX

mer17  jeu18 et sam20/16h15                                            

ven19 et mar 23/ 21h

dim21/ 20h45

lun 22/18h30

 

LEAVE NO TRACE

Debra GRANIK - USA 2018 1h47mn VOSTF - avec Ben Foster, Thomasin Harcourt McKenzie, Jeff Kober, Isaiah Stone, Dale Dickey... Scénario de Debra Granik et Anne Rosellini, d’après le roman L’Abandon de Peter Rock.

 

 
 
Vous êtes sans aucun doute nombreux à ne pas avoir oublié le beau et touchant Captain Fantastic dans lequel Viggo Mortensen incarnait un père intrépide se battant pour que sa famille puisse vivre au cœur de la nature, hors du monde capitaliste et normatif, ignorant l'école officielle pour pratiquer l'apprentissage de la vie au grand air et l'éducation grâce à la lecture et la discussion des textes des grands penseurs. Il est possible aussi que vous n'ayez pas oublié le splendide Winter's bone, sorti en 2011, qui révélait la toute jeune actrice Jennifer Lawrence dans le rôle d'une adolescente, fille d'un père délinquant en fuite, qui se battait seule au cœur des forêts du Missouri pour garder sa maison et sauver ses petits frères. La brillante réalisatrice de Winter's bone, c'était Debra Granik, qui revient aujourd'hui avec ce Leave no trace absolument emballant, adapté d'un roman lui même inspiré par un fait divers bien réel qui pourrait rappeler furieusement l'intrigue de Captain Fantastic, et c'est ainsi que nous retombons sur nos pattes…

Nous sommes aux abords de Portland, capitale de l'Oregon, sur la côte Pacifique, une métropole bordée de majestueuses forêts primaires appréciées des Américains amoureux plus ou moins sincères de la nature. Personne ne sait qu'aux confins les plus inaccessibles du parc, loin des randonneurs urbains qui en fréquentent les futaies le week-end, vivent une adolescente et son père, Tom et Will, dans la quasi-clandestinité, en presque totale autonomie, cultivant un petit potager forestier, ayant acquis sur le tas moult techniques pour recueillir l'eau de pluie ou faire du feu en économisant le propane, s'aventurant le plus rarement possible jusqu'au centre de Portland, uniquement pour récupérer la pension de Will et acheter les produits de première nécessité. On comprend que l'homme est un vétéran, probablement brisé par une des nombreuses guerres moyen-orientales que l'armée américaine a menées jusqu'à l'absurde. On comprend aussi qu'au-delà de la survie au jour le jour, il assure une bonne éducation à sa fille malgré les conditions spartiates. Et on voit qu'il existe une vraie complicité, une profonde tendresse entre les deux. Tout pourrait continuer ainsi s'ils n'étaient pas un jour surpris par la police, puis confiés aux services sociaux, qui sont bien obligés de constater la bonne santé et le bon niveau d'éducation de Tom et décident de les installer dans un mobile-home à proximité d'un haras où Wille pourrait travailler. Pour l'adolescente, c'est la découverte d'une nouvelle vie, qui malheureusement ressemble pour le père à une oppression quotidienne…

Leave no trace, dont le titre évoque cette volonté farouche de fuir la société de consommation que le père rejette, est l'histoire d'une magnifique relation père-fille en même qu'une belle réflexion sur ces chemins de traverse que chacun peut un jour décider d'explorer, qu'il soit poussé par les aléas de la vie ou porté par la réflexion philosophique ou politique. Debra Granik filme cette démarche de retrait de la société sans manichéisme ni angélisme, en fait ressentir les dimensions exaltantes mais aussi les limites, quand le besoin de relations sociales est plus fort que la volonté de rompre avec les modèles dominants et qu'une voie médiane peut surgir. Leave no trace est un formidable voyage dans cette Amérique qu'on aime, celle des hobos qui traversaient le pays dans les wagons de la Grande Dépression, celle de ces poètes qui n'ont pas voulu rompre avec les idéaux des années 70 et ont reconstruit à leur façon, au cœur de paysages grandioses et rescapés de la surexploitation environnante, une autre façon de vivre. Les images sont donc superbes, le récit est aussi passionnant qu'émouvant et on s'attache pour le compte au duo merveilleusement incarné par Ben Foster (vu l'an dernier chez nous dans Comancheria) et la toute jeune et déjà impressionnante Harcourt McKenzie, véritable révélation venue de Nouvelle Zélande.  UTOPIA
 
LE VOX
jeu 18 et mar 22/18h15
jeu 18 et ven19/16h
lun22/20h45
 

FORTUNA

 

Écrit et réalisé par Germinal ROAUX - Suisse 2018 1h46mn - avec Bruno Ganz, Kidist Siyum Beza, Patrick D'Assumçao, Assefa Zerihun Gudetta

 

Filmé dans un noir et blanc particulièrement expressif, le récit se campe dans un modeste monastère suisse perdu dans les montagnes. Un havre de paix : ici les hommes de Dieu prient, contemplent le silence, communient avec la nature et les plus infimes de ses occupants, méditent dans la solitude partagée. Alors, évidemment, la frêle silhouette féminine qui gravit la pente détonne. Petite jeune fille marron de peau, emmitouflée dans des vêtements plus larges qu’elle, Fortuna impose sa présence grave. Elle va d'abord à l'étable et on ne comprend pas le sens véritable de ce qu’elle murmure à l’oreille de l’âne de la compagnie, ni plus tard à la statue de la vierge Marie. La détresse qui émane de son regard insondable devient bouleversante quand elle déclare au bourricot qu’il est son seul ami et à la madone figée qu’elle est sa seule protection. À ces deux-là, elle dit bien plus qu’aux occupants du monastère qui essaient sincèrement de la comprendre et de l’aider, s’inquiétant de sa santé, de son devenir, de la rareté de ses mots…

Fortuna, jeune érythréenne, est une rescapée d’une mer Méditerranée devenue meurtrière malgré elle, et le monastère est devenu son refuge. Si la petite communauté religieuse a décidé de porter assistance à ceux qui sont venus échouer à ses portes, il n’est pas si simple d’accueillir ces personnes venues de tous les horizons, de toutes les obédiences, qui trimballent parfois des ribambelles de gamins.
Quand les flics débarquent, tous s’affolent, se tassent sur eux-même ou se révoltent. Alors que chaque réfugié finit par se plier aux solutions envisagées, Fortuna, qui est mineure, refuse tout en bloc et s’accroche au monastère comme une moule à son rocher. Il faudra des trésors de patience pour qu’elle accepte de dévoiler sa vérité, bien plus complexe que les vagues clichés qu’on pourrait imaginer…  UTOPIA
 
LE VOX   dim21/18h
 
Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

 

Edith Cantu

358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
accompagné d'un chèque de 
5 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Aux cinémas du 10 au 16 octobre

Bonjour à tous !

Cette semaine ne ratez pas la soirée ENTRETOILES  spéciale « polars » dimanche 14 octobre avec à 18H un film danois The  Guilty , huis clos glacial et tendu,  un premier film d'une efficacité redoutable, qui brille et surprend par sa maîtrise et à 20H30  un film chinois Une pluie sans fin un premier film époustouflant de maîtrise.   Ces deux films ont été primés au festival de Beaune 2018. Entre les deux films Il y aura comme de coutume un apéritif offert par Entretoiles  et si vous apportez un plat sucré ou  salé il sera le bienvenu.

Notez déjà notre prochain rendez vous le 18 novembre avec le film du réalisateur de Winter Sleep Le Poirier sauvage à 18h.

Au CGR ainsi qu’à Lorgues, vous pourrez voir dans le cadre du ciné-club, De chaque instant un temoignage précieux sur le quotidien des soignants.

A Lorgues, Fortuna méditation poétique et lumineuse sur une question d actualité, Blackkklansman, le dernier Spike lee, un thriller qui prend aux tripes,  Libre ( aussi à Salernes ) un documentaire qui cerne avec acuité les aberrations de la machine bureaucratique.

A Cotignac on vous propose Thunder Road un premier film pour Jim Cummings où il révèle un talent rare pour le tragi-comique décapant et Donbass où  le réalisateur Loznitsa mêle comédie bouffonne et drame de guerre pour dénoncer les dérives de la corruption.

Au Vox seulement 2 films nouveaux par rapport à la semaine dernières : Girl ce portrait naturaliste, factuel, donc cru, d'un.e adolescent.e transgenre en quête d accomplissement professionnel est une réussite et Dilili à Paris un film d’animation en sortie nationale.

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

THE GUILTY

Écrit et réalisé par Gustav MÖLLER - Danemark 2018 1h25mn VOSTF - avec Jakob Cedergren et les voix de Jessica Dinnage, Omar Shargawi, Jakob Ulrik Lohmann... Festival international du Film Policier de Beaune 2018 : Prix de la critique.

Asger Holm est flic. Il répond au 112, le numéro d'urgence de la police danoise. Goguenard lorsqu'il comprend que l'homme qu'il a au bout du fil se trouvait en plein quartier des prostituées quand il s'est fait voler un ordinateur dans sa voiture, excédé quand un videur de boîte de nuit lui parle comme à un chien… mais surtout las de se trouver relégué dans ce centre d'appel. Car Asger est un flic de terrain et s'il se trouve pendu à ce téléphone, c'est qu'il a été l'objet d'une mise au placard. D'ailleurs, une conversation avec son ancien supérieur nous apprend qu'il devrait reprendre son poste très vite, après son procès qui aura lieu le lendemain et qui ne devrait être qu'une formalité. Et puis, juste avant qu'il ne cède son casque d'écoute à la relève de nuit, il y a cet appel d'une femme, Iben, enlevée en voiture par son ex-époux. Elle parvient à tromper la vigilance de son kidnappeur en faisant comme si elle appelait sa petite fille laissée à la maison, mais la conversation est interrompue. Refusant le simple rôle de passeur censé être le sien, Asger, qui, c'est le moins que l'on puisse dire, n'a pas une confiance exagérée dans l'efficacité de ses collègues de terrain, va tenter de prendre les choses en main. Pour lui, l'urgence est d'autant plus grande que l'ancien compagnon d'Iben a un casier, déjà condamné pour violences…

À partir de ce moment et sans jamais nous faire sortir de ce centre d'appel, le réalisateur Gustav Möller, avec une maîtrise exceptionnelle pour un premier long métrage, va nous maintenir en haleine jusqu'au dénouement de cette narration en temps réel. Il bénéficie pour cela de deux atouts maîtres. D'abord l'acteur danois Jakob Cedergren, impressionnant du début à la fin, nous faisant découvrir au fur et à mesure un personnage de flic à la fois primaire et complexe, inquiétant et généreux, cynique et sincère. Ensuite un travail exceptionnel sur le son et les voix des comédiens qu'on entend à l'autre bout du fil, qui fait exploser les limites spatiales de ce centre téléphonique, faisant du hors champ un film à part entière. Nous sommes avec Iben dans la voiture, avec sa fille Mathilde dans sa chambre… sans jamais les voir à l'écran.

Le titre est de toute évidence plus ambigu qu'il n'y paraît. Qui est coupable ? Y en a-t-il plusieurs ? De quel crime s'agit-il ? Y en a-t-il eu plusieurs ? En tout cas, quand on parle de culpabilité dans un film policier, on pense enquête, action, fausse piste, aveux ou confession, voire rédemption. Par le truchement d'un téléphone, tous ces critères du genre sont ici présents mais subtilement décalés pour nous offrir pendant 85 minutes qu'on ne voit pas passer un film original et passionnant.(Utopia)

 

CGR soirée Entretoiles dimanche 14 à 18h

UNE PLUIE SANS FIN

Écrit et réalisé par DONG YUE - Chine 2017 1h57mn VOSTF - Grand Prix du Festival international du Film Policier de Beaune 2018.

1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong par la Grande Bretagne, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, chef de la sécurité d’une vieille usine dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.

Premier film d'une maîtrise impressionnante, Une pluie sans fin tire sa force de sa formidable puissance visuelle mise au service de la profondeur de son propos. En même temps qu'il déroule les avancées et les impasses d'une enquête marquée du sceau de l'absurde et du dérisoire, Dong Yue n’hésite pas à présenter en sous texte une Chine industrielle en pleine transition vers un capitalisme d'état qui ne dit jamais son nom. Le film devient petit à petit une étude captivante sur les changements économiques et sociaux et les conséquences sur ses habitants.
Alors évidemment, la comparaison avec un certain film coréen du nom de Memories of murder vient plusieurs fois à l'esprit. Et on ne croit pas se tromper en avançant que le film de Bong Joon-ho a inspiré Dong Yue. On y retrouve la même atmosphère lourde, la pluie qui emprisonne les personnages par sa présence constante. Mais Une pluie sans fin se détache petit à petit de son illustre prédécesseur : là où Bong Joon-ho utilisait l’absurde et l’humour pour désamorcer la descente aux enfers, Dong Yue reste dans la tragédie (il y a un côté shakespearien dans la destinée de Yu Guowei), aidé par une magnifique photographie sombre et désaturée.

Yu Guowei n’est pas un inspecteur à proprement dit. Il travaille à l’usine, en tant que chef de la sécurité. Quand il se présente au début du film (construit en flash-back) il traduit son nom en « résidu inutile d’une nation glorieuse », s'identifiant comme une victime collatérale de la modernisation, identification renforcée par les derniers plans du film. Lorsqu’il n’attrape pas les petits voleurs de l’usine où il travaille, Yu s’imagine en vrai détective. C’est avec toute la bonne volonté possible qu’il s’attaque à l’enquête sur le tueur en série, ne pouvant compter que sur son obstination, se mettant lui-même en danger, notamment lors d'une magnifique course poursuite sous la pluie. Mais il va tomber de haut, s’apercevoir petit à petit qu’il n’est pas si doué que ça pour résoudre des énigmes criminelles… Sa vie part en vrille, en une sorte de spirale infernale qu'il est incapable d'arrêter…
Jusqu'à un final parfaitement cohérent avec la tonalité noire du récit, Une pluie sans fin exprime magnifiquement le désenchantement de son héros, qui est aussi celui de son réalisateur : autant en emporte la pluie… Utopia

 

CGR soirée Entretoiles dimanche 14 octobre à 20h30

 

DE CHAQUE INSTANT

Écrit et réalisé par Nicolas PHILIBERT - documentaire France 2018 1h45mn -

Grâce à une qualité de regard qui est la marque des grands cinéastes, grâce à une attention de chaque instant (c’est le cas de le dire !) aux êtres, aux situations, aux lieux, chaque nouveau film de Nicolas Philibert est une aventure délicate qui nous conduit dans les coulisses de notre propre monde. Souvenez-vous de La Ville Louvre, Le Pays des sourds, La Moindre des choses, Être et avoir, La Maison de la radio : chacun est l’occasion d’un périple passionnant, d’un voyage en terre inconnue alors même qu’on croyait connaître le sujet abordé, l’univers exploré. Le plus souvent on découvre avec passion des gens ordinaires, qui font taire leur ego, qui s’effacent derrière leur tâche, qui, à leur modeste mesure, réenchantent le monde, le rende un peu meilleur.

Dans ce nouvel opus, il est question des infirmières, ces soignantes de l’ombre, ou plus précisément des infirmières en formation : elles sont chaque année des dizaines de milliers à se lancer dans les études qui leur permettront d’accéder à ce métier qu’elles ont choisi. Il est aussi question des futurs infirmiers mais nous parlerons de tous au féminin, nous ferons – tout comme le réalisateur – une entorse à la grammaire, car si le masculin l’emporte dans la langue française, il est incontestables que les seringues sont tenues ici majoritairement par des mains de femmes. Leurs gestes paraissent déjà si fluides et naturels qu’on n’imagine guère ce qu’ils représentent d’efforts et d’apprentissage . Ce sont des parcours de combattantes qui débutent donc dans des Instituts de Formation en Soins Infirmiers (ici celui de la Croix Saint Simon). On entre en catimini parmi celles qui vont nous étonner par leur acharnement à vouloir obtenir le droit d’exercer un métier qui ne sera jamais rémunéré à la hauteur de sa pénibilité ni de ses lourdes responsabilités. Les salariées du secteur médical affrontent chaque jour la fragilité de l’humaine condition, elles se doivent d’apprendre sans relâche un métier qui exigera d’elles une attention de chaque instant.
Patiemment, avec beaucoup de douceur, mais sans faire de cadeau, les professeurs, infirmières elles-mêmes, montrent, expliquent, transmettent aux élèves les bons gestes, scrutent chaque détail, traquent inlassablement les plus infimes erreurs… Malgré les éclats de rire qui fusent par moments, l’humour qui permet d’exorciser les peurs, aucune n’oublie qu’entre leurs mains se trouve la vie. Puis vient l’heure aussi excitante que terrible, après s’être exercées sur les mannequins, de prodiguer des soins à de véritables personnes. On pénètre alors dans l’hôpital, ce lieu qui unit soignants et malades dans un même combat, même si les enjeux ne sont pas également partagés. 
Progressivement, on s’attache à celles que la caméra suit avec un respect complice, montrant avec pudeur juste ce qu’il faut de courage, d’angoisses, de douleurs, de doutes… afin qu’on s’identifie à chaque personne croisée. Et de ces petits croquis pris sur le vif, de cette somme de sourires bienveillants, de ces larmes lâchées ou retenues, prend forme un magnifique portrait collectif lumineux, qui donne foi en l’humanité. 

« Depuis un moment je tournais autour de l’idée d’un film sur ce sujet, quand la providence m’a envoyé faire des repérages : en janvier 2016, une embolie m’a conduit tout droit aux urgences puis dans un service de soins intensifs. Ça a été le déclic. Une fois requinqué, j’ai décidé de faire ce film, en hommage aux personnels soignants, en particulier aux infirmières et infirmiers. » N. Philibert (Utopia)

 

 

CGR  mer 10/ 22h10  jeu 11/20h  ven 12/20h lun 14/13h30 mar 16/10h45

LORGUES  mer 10/20h05  lun15/19h

 

 

 

FORTUNA

Écrit et réalisé par Germinal ROAUX - Suisse 2018 1h46mn - avec Bruno Ganz, Kidist Siyum Beza, Patrick D'Assumçao, Assefa Zerihun Gudetta.

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Filmé dans un noir et blanc particulièrement expressif, le récit se campe dans un modeste monastère suisse perdu dans les montagnes. Un havre de paix : ici les hommes de Dieu prient, contemplent le silence, communient avec la nature et les plus infimes de ses occupants, méditent dans la solitude partagée. Alors, évidemment, la frêle silhouette féminine qui gravit la pente détonne. Petite jeune fille marron de peau, emmitouflée dans des vêtements plus larges qu’elle, Fortuna impose sa présence grave. Elle va d'abord à l'étable et on ne comprend pas le sens véritable de ce qu’elle murmure à l’oreille de l’âne de la compagnie, ni plus tard à la statue de la vierge Marie. La détresse qui émane de son regard insondable devient bouleversante quand elle déclare au bourricot qu’il est son seul ami et à la madone figée qu’elle est sa seule protection. À ces deux-là, elle dit bien plus qu’aux occupants du monastère qui essaient sincèrement de la comprendre et de l’aider, s’inquiétant de sa santé, de son devenir, de la rareté de ses mots…

Fortuna, jeune érythréenne, est une rescapée d’une mer Méditerranée devenue meurtrière malgré elle, et le monastère est devenu son refuge. Si la petite communauté religieuse a décidé de porter assistance à ceux qui sont venus échouer à ses portes, il n’est pas si simple d’accueillir ces personnes venues de tous les horizons, de toutes les obédiences, qui trimballent parfois des ribambelles de gamins.
Quand les flics débarquent, tous s’affolent, se tassent sur eux-même ou se révoltent. Alors que chaque réfugié finit par se plier aux solutions envisagées, Fortuna, qui est mineure, refuse tout en bloc et s’accroche au monastère comme une moule à son rocher. Il faudra des trésors de patience pour qu’elle accepte de dévoiler sa vérité, bien plus complexe que les vagues clichés qu’on pourrait imaginer… Utopia

 

LORGUES     mer 10 / 18h00    sam 13 / 20h35 lun 15 / 21h05

BLACKkKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

Mais bon sang qu'on est heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansmanné de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai !

Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil rights act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquées de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement loin de la théorie de l'égalité des Afro-américains à la mise en pratique en terme de droits, de traitement, de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolués de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques aux USA. Parsemant les dialogues d'allusions (très peu) voilées à l'actualité trumpienne, et amenant in fine le film sur le terrain de la terrifiante actualité, le Doctor Spike signe un magnifique pamphlet politique qui mérite, haut la main, son Prix cannois – pour être parvenu, en deux heures, avec talent et humour, à ranimer la flamme de notre indignation.  Utopia

 

LORGUES        ven 12 / 17h00 sam 13 / 18h00 dim 14 / 18h00

 

LIBRE

Michel TOESCA - documentaire France 2018 1h40mn - avec l’incroyable Cédric Herrou et tous les résistants de la Roya Citoyenne... Sélection en séance spéciale au Festival de Cannes 2018.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le festival de Cannes n’a pas commencé et déjà nous nous esbaudissons, nous trépignons d’impatience à l’idée de cette séance qui fera symboliquement date dans l’histoire du festival, et qui s’annonce jubilatoire, touchante et surtout éminemment politique, rappelant s’il en était besoin, que derrière le glamour, les tapis rouges, les stars futiles d’un jour, les fêtes dispendieuses, les tractations dérisoires pour tel film survendu, le festival sait aussi se faire acteur du débat citoyen, une caisse de résonance des luttes face aux pouvoirs dominants. Imaginez à Cannes, la vitrine d’un département totalement contrôlé par la droite la plus réactionnaire et la plus rance, celle du pilote de moto rentré en politique Estrosi, et du tout petit par la taille et l’esprit Eric Ciotti, cette droite qui fait la course à l’échalote des préjugés racistes avec le Front National : leur pire cauchemar va monter les marches avec tous les honneurs. 

Le cauchemar en question, c’est un simple paysan producteur d’olives, Cédric Herrou, qui ne se voyait pas vraiment délinquant multirécidiviste et abonné aux tribunaux, un homme qui avait simplement accroché au cœur un sens inébranlable de la solidarité. Il se trouve que sa vallée et son village de Breil sur Roya, autrefois totalement inconnus du grand public, accrochés à la frontière italienne et bien loin des fastes de la Côte d’Azur pourtant voisine, est un des passages empruntés par les migrants venant d’Italie en quête de vie meilleure. Cédric Herrou commence à en aider quelques uns, leur offrant une étape sur leur long périple. Le terrain est grand, ils sont de plus en plus nombreux, puis comme il faut aller vers les grandes villes pour faire les démarches administratives, il les aide aussi à voyager massivement par train vers Nice ou Marseille. Depuis, comme nombre de ses compagnons et bien qu’en principe le délit de solidarité n’existe pas, il est poursuivi par la justice. Mais alors que certains renoncent quand les premières amendes ou gardes à vue tombent, lui ne se laisse pas intimider, galvanisé par des soutiens toujours plus importants (tiens on voit l’ami dessinateur Edmond Baudoin, figure de la gauche niçoise) et une reconnaissance médiatique dont il se serait bien passé parfois, allant jusqu’à un article du New York Times.

Le réalisateur Michel Toesca est juste un ami et voisin, qui a quitté Paris pour son petit coin de paradis, et face aux aventures et déboires de son ami, il a décidé depuis deux ans de le suivre et de raconter ses luttes en toute simplicité. Et c’est juste drôle, galvanisant, ça vous emporte le cœur et vous fait dire que tout, malgré la justice toujours du même côté, les politiques de plus en plus contaminés par les idées d’extrême droite, tout est néanmoins encore possible. Utopia

LORGUES       ven 12 / 20h00  sam 13 / 16h00  dim 14 / 20h35  lun 15 / 17h00

SALERNES     sam 13/20h30  dim14/18h  lun 15/20h30  mar16/18h

 

 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31mn VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dans Thunder Road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». Utopia

 

COTIGNAC lun 15/18h

 

 

DONBASS

Écrit et réalisé par Sergei LOZNITSA - Ukraine 2018 2h01mn VOSTF - avec Tamara Yatsenko, Boris Kamorzin, Liudmila Smorodina, Olesya Zhurakovkaya, Sergei Russkin

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Sans rire, les pires inventions humaines, sont sans doute les frontières et la guerre ! Le titre du film, Donbass, est le nom de la région écartelée entre l’Ukraine et la Russie et dans laquelle continue de se déchaîner un conflit interminable entre partisans de l'Ukraine indépendante et pro-Russes. On se doute dès lors que ce nouvel opus de Sergei Loznitsa sera à l’instar des tiraillements de son pays : sans concession, ni armistice. Le réalisateur visionnaire des impressionnants My joyDans la brumeet Une femme douce compose une mise en scène explosive et morcèle son attaque pamphlétaire en douze chapitres mordants et enlevés qui fusent comme autant de fables immorales, tantôt abracadabrantes ou absurdes, mais toujours décapantes.
Pourquoi douze ? Nombre symbolique qu’on pourrait interpréter de bien des manières, comme un cercle vicieux dont on a du mal à sortir, celui du temps, les douze mois qui s’enchaînent et finissent par se ressembler. Mais peut-être est-ce surtout une allusion au bombardement contre un barrage de l'armée, dans l'Est séparatiste pro-russe, qui en 2015 toucha un bus, faisant douze victimes civiles, ce qui déclencha une vague de mobilisation portée par le slogan « Je suis Volnovakha », nom de la localité où se déroula le drame… D’ailleurs une des premières scènes se passe précisément autour d’un bus criblé d’impacts de balles, mais ceux qui courent en tous sens sont des figurants que l’on a vu se faire maquiller. 

Rapidement on ne distingue plus les acteurs des simples passants, les militaires des civils ou de la police… Ainsi la mascarade se retrouve intiment imbriquée au réalisme de situations cauchemardesques… Les personnages sont outrés, parfois grotesques, tout comme la comédie inhumaine qui prend corps sous notre regard fasciné. Le réalisateur s’émancipe magistralement des schémas narratifs préétablis pour s’octroyer une liberté de ton jubilatoire.
Nous voilà propulsés dans la grande confusion qui règne au sein d'une nation devenue schizophrène, où chacun peut jouer de redoutables doubles jeux… Un système devenu cynique où ceux qui sont punis ne sont parfois pas les plus coupables. Autant dire que les parties sont perdues d’avance pour les citoyens suffisamment naïfs pour rester honnêtes. Désormais tous les coups sont permis et de tous les protagonistes, il n’y en aura pas un pour rattraper l’autre. On se trouvera tour-à-tour embarqué avec des nurses médusées, en train de se faire rouler dans la farine par un notable faisant semblant de lutter contre la prévarication… Puis avec des journalistes prêts à tout pour vendre un article à sensation, des vamps à deux balles, des bombes qui explosent, aussi joliment filmées que de somptueux feux d’artifices, un mariage déprimant où le blanc ne restera pas longtemps immaculé, des lynchages au sens propre comme au figuré… Ici tout est faux, tout est vrai, et parmi ces êtres, il devient impossible de trier le bon grain de l’ivraie et puis… à quoi bon ? La vodka se boira, quoiqu’il arrive, jusqu’à la lie. Où sont les justes, où sont les corrompus ? Qui sont les braves, qui sont les lâches ? Tantôt bourreau, tantôt victime, chacun survit comme il peut.

Et quand Sergeï Loznista, par ailleurs excellent documentariste qui a longtemps chroniqué la révolution ukrainienne, déclare que chaque situation, toute grand guignolesque soit-elle à l’écran, a été « inspirée d’événements réels », cela fait d’autant plus froid dans le dos… Un véritable casse-tête russo-ukrainien, un marasme tel qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Utopia

 

COTIGNAC jeu 11/20h30

 

 

GIRL

Lukas DHONT - Belgique 2018 1h45mn - avec l'extraordinaire Victor Polster, Arieh Worthalter, Oliver Bodart, Tijmen Govaerts, Katelijne Dhaenens... Scénario de Lukas Dhont et Angelo TijssensFestival de Cannes 2018 : Caméra d’or – Prix de la Critique Internationale – Prix d'interprétation Un certain regard pour Victor Polster.

C'est un premier film magistral qui voit l'avènement d'un grand cinéaste et d'un grand acteur qui est tout autant une grande actrice. Le divin Victor Polster qui incarne Lara (et en a l'âge) est avant tout danseur mais ce serait vraiment dommage pour le cinéma s'il cessait de tourner…
Rigueur, ténacité, féminité, témérité… autant de qualités que Lara doit cultiver pour atteindre son inaccessible rêve : devenir danseuse étoile ! Il lui faudra même plus encore : le goût du sacrifice. Pourtant Lara, la douce, la studieuse, la gracieuse Lara, du haut de ses 15 ans, a déjà tout pour devenir une superbe jeune femme sauf… un petit appendice superflu entre les jambes, qui l’a faite garçon dans son corps alors qu’elle se sait fille dans sa tête, un grain de sable qui enraye ses projets de vie et qu’elle doit éradiquer. C’est un véritable parcours de la combattante qu’elle mène avec acharnement, faisant fi des obstacles, obstinément, se moquant des moqueries, essayant d’ignorer les regards qui la toisent. Lara force notre respect. Sa famille aussi d’ailleurs : tous s’arc-boutent la tête haute pour défendre cette fille pas tout à fait comme les autres, l’épaulant sans faiblir dans l’adversité, en particulier son père Mathias (Arieh Worthalter, exceptionnel). Admirable en tous points, il s’efforce de ne pas céder aux angoisses légitimes qui le transpercent parfois devant le choix définitif de son enfant, faisant taire sa peur face à l’opération irréversible qui sonnera le glas d’un possible retour en arrière. Peut-être aura-t-il fallu du temps à Mathias pour comprendre, accepter mais si le doute l’assaille, jamais il ne le fait peser sur les jeunes épaules de Lara, ni n’essaie de la convaincre. Mû par une confiance absolue en sa progéniture, il incarne à lui seul cet amour inconditionnel qui choisi d’accompagner plutôt que de gouverner.

Plongés dans l’intimité de la petite famille monoparentale, nous sommes bluffés par tant d’ouverture d’esprit, de tolérance, même si elles ne font pas tout, même si Lara ne mesure pas toujours la chance qu’elle a d’être tombée dans un foyer capable d’une telle qualité d’écoute. Même Milo, son cadet, qui n’a pourtant pas encore l’âge de raison, semble accepter sans broncher que son grand frère soit en définitive une grande sœur. Il apparaît comme une évidence que Lara est celle qui apporte le supplément d’âme féminine qui manquait à la maisonnée. Les câlins du soir qu’elle prodigue à son petit frère ont une saveur maternelle rassurante dans laquelle il peut s’endormir réconforté, sans craindre le loup qui rôde dans les bois sombres des contes. 
Alors que sonne l’heure d’une nouvelle rentrée scolaire, c’est un nouveau départ qui s’annonce. Lara, qui vient d’être acceptée (à l’essai) dans une des plus prestigieuse école de danse de Belgique, est dans les starting-blocks. Elle a huit semaines pour démontrer à l’établissement qu’elle pourra se mettre au niveau des autres ballerines qui ont démarré la danse classique bien plus jeunes. Lara piaffe également d’impatience face aux effets du traitement hormonal qui tardent à être flagrants. Chaque jour elle guette les métamorphoses de son corps trop grand qu’elle s’apprête à torturer pour qu’il rentre dans le moule de ses désirs. Avec un acharnement violent, voilà notre donzelle qui s’escrime à faire des pirouettes ambitieuses, refuse de voir le monde autrement qu’à hauteur de pointes…Tandis que son entourage suit comme il peut…

Jamais film ne fut si proche d’un corps adolescent en pleine mutation, de sa réalité. Il imprègne jusqu’à nos chairs de son mal-être intégral mais surtout de sa fougue impérieuse à vouloir corriger certaines erreurs de la nature, quel qu'en soit le prix à payer. C'est très beau, c'est très fort et particulièrement émouvant. Un premier film en tous points remarquable, décidément. Utopia

 

LE VOX

 

Mer 10/14h 18h20 20h15

Jeu11/ 14h 18h20 20h30

Ven 12/16h15  18h30 21h

Sam13/ 14h 18h30 21h

Dim 14/16h05 18h20 20h30

Lun15/14h 18h15 20h30

Mar 16/14h 18h30 21h

 

 

DILILI À PARIS

Écrit et réalisé par Michel OCELOT - film d'animation France 2018 1h35mn - avec les voix de Prunelle Charles-Ambron, Enzo Ratsito, Natalie Dessay...

Chaque nouvel opus de Michel Ocelot réveille dans les cervelles une légère nostalgie qui résiste au temps qui passe. On aimerait tellement retrouver l’émerveillement tenace des premiers pas du petit Kirikou qu’on serait capable de faire la fine bouche devant les œuvres suivantes de son créateur ! Quoi ? Bouder Dilili ? Impossible ! La nouvelle héroïne d’Ocelot ferait fondre les pires récalcitrants grâce à son charme désuet et sa candeur virginale. D’ailleurs, dans le Paris de la Belle époque, rien ni personne ne semble pouvoir lui résister ! Partout où passe la petite métisse, sa bonne humeur, son sens de la répartie viennent à bout des obstacles et font oublier sa couleur de peau. Car le temps n’est pas bien loin où les « colorés » comme on les désigne alors, étaient encore des esclaves. Lutter constamment contre l’ignorance d’autrui a visiblement forgé l’esprit vif de la jeune kanake. Ce n’est pas avec de l’agressivité qu’elle enferre ses détracteurs, mais avec une arme bien plus fatale : la politesse ! C’est ainsi qu’elle force le respect de chacun : une révérence, une parole gentille, un regard désarmant de douceur et de perspicacité. On est prêt à parier que les chérubin(e)s qui verront le film se gargariseront longtemps de son « Enchantée, je suis heureuse de vous rencontrer… », petite formule qui tourne en boucle, telle une ritournelle tout aussi appliquée qu’un brin comique tant elle pourrait devenir obséquieuse. 
Mais quand on n'a pas la bonne couleur de peau, face à une nation blanche qui fantasme sur le dos des « sauvages », mieux vaut tout faire pour montrer qu’on ne l’est pas et que la noirceur n’est pas synonyme de crasse. Dilili nous semble bien vite plus civilisée que certains Parisiens qui la dévisagent du haut de leur bêtise. À cet égard, la première scène étonnante, qu’on vous laisse découvrir, laisse en fond de gorge un arrière goût dérangeant qui fera appréhender la suite du récit avec un autre regard.


Vous l’aurez compris, Dilili à Paris n’est pas un dessin animé simpliste, il ne prend pas les mioches pour des imbéciles. Sous ses allures joviales, il leur propose une vraie réflexion sur le rejet de l’autre, le racisme, l’intégrisme. Mais à côté de cette fable politique et féministe (osons le mot : enfin une héroïne féminine intelligente dans laquelle les petites filles peuvent se projeter !), c’est aussi une ode inconditionnelle au Paris de la bien nommée « Belle époque ». Toute l’intrigue haletante est aussi un génial prétexte pour (re)découvrir avec émerveillement la capitale, lui rendre hommage, la sublimer. C’est une véritable déclaration d’amour aux arts, à la richesse culturelle, au monde intellectuel vibrant, polymorphe des années 1900. 
C’est la rencontre de Dilili avec Orel, un beau gosse aux allures de jeune premier, conducteur de triporteur de son état, qui va rendre l’exploration de la ville possible dans ses moindres recoins : depuis ses plus imposants monuments jusqu’à ses dessous inavouables et cachés, tels les égouts. Rapidement Orel et Dilili forment un duo inséparable, à l’allure improbable (le garçon est tout aussi élancé que notre gracieuse Dilili est courte sur pattes). C’est à la hauteur des humbles que la visite féérique débute et qu’on va côtoyer comme par enchantement les plus prestigieux personnages d’alors, que l’histoire n’a pas oubliés : de Marie Curie à Sarah Bernard, en passant par Louise Michel… et tous les grands scientifiques, philosophes, artistes, qu’on croise dans un tourbillon palpitant.
Tout irait donc pour le mieux pour Dilili si, dans l’ombre de ce séjour lumineux, ne planait une terrible menace, un terrible complot orchestré par les affreux mal-maîtres qui kidnappent à tour de bras d’innocentes petites filles. Un mystère que notre couple d’intrépides va évidemment s’attacher à vouloir éclaircir.

Dilili à Paris est un film somptueux, un régal non seulement pour les yeux, l’intelligence, mais aussi aussi pour les oreilles grâce à la présence incomparable de Nathalie Dessay qui incarne la grande cantatrice Emma Calvé, grâce aussi à toutes les chansons des rues qui enjolivent les plus ternes quartiers.

 

LE VOX

 

Mer 10/ 14h 16h10 20h30

Jeu 11/ 14h 18h 20h30

Ven 12 /14h 18h15 20h30

sam 13 /14h 16h10 20h45

dim 14 /14h 16h10 20h45

lun15/14h 18h 20h30

mar 16/14h 16h10 20h30

 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Edith Cantu

358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
accompagné d'un chèque de 
5 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

 

Aux cinémas du 26 septembre au 2 octobre 2018

Bonjour à tous !
 
Tout d'abord, cette semaine, venez nous rejoindre dimanche 30 pour la soirée que nous vous proposons avec En guerre de Stéphane Brizé, un grand film politique, humain et bouleversant.
 
En ciné club, CGR vous propose Une valse dans les allées (aussi à Cotignac) de Thomas Stuber, à l'ambiance subtile et émouvante et vendredi Philippe Gaud et Olivier Sitruk vous présenteront Tazzeka, un conte optimiste .. Vous avez aussi le choix avec Les frères sisters, de Jacques Audiard, un formidable western où tout est réuni, tout fonctionne : on marche à fond (en VF), Sans oublier Les vieux fourneaux de Christophe Duthuron, road movie complètement barré.
 
Cette semaine, au Vox à Fréjus : Un peuple et son roi de Pierre Schoeller, ou la plongée dans la fièvre populaire et les lieux du pouvoir pendant la révolution française, Shéhérazade de Jean Bernard marlin, un film fort, lyrique et brulant, l'amour dans un monde de brutes, Thunder Road où Jim Cummings nous embarque dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud, qui a tout du cauchemar éveillé. , Wim Wenders a eu carte blanche du Vatican pour faire,un film avec le pape : Le pape François, homme de parole Laura Bipari raconte un drôle de drame mené par 3 personnages féminins dans Ma filleSofia ,de Meryem Benm'Barek, est  un 1er film percutant et  et Le Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan, une fresque familiale intimiste qui est un chef d’œuvre . A Lorgues, ce sera Mademoiselle de Joncquières  de Emmanuel Mouret, un tourbillon d'intelligence et de raffinement, stimulé par la grâce des dialogues. A Salernes, allez voir  3 jours à Quiberon de Emily Ataf, magnifique portrait d'une femme magnifique,  Blakkklansman de Spike Lee, un thriller qui prend aux tripes  et Une femme fantastique de Seabastian Lelio, ours d'argent du meilleur scénario au Festival de Berlin 2017. A Cotignac, on nous propose aussi  ,Burningde Lee Chang Dong est une réussite impressionnante, 

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

EN GUERRE

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Stéphane BRIZÉ - France 2018 1h53 - avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey, Olivier Lemaire, Isabelle Rufin... Scénario de Stéphane Brizé et Olivier Gorce, avec la collaboration de Xavier Mathieu, Ralph Blindauer et Olivier LemaireFestival de Cannes 2018 : Sélection officielle, en compétition.

En guerre, le nouveau film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon (il faut citer les deux ensemble tant leur travail en commun, leur complicité font partie intégrante du processus de fabrication et de la réussite de leurs films) s'inscrit dans la droite ligne de La Loi du marché, qui a marqué les esprits il y a trois ans. Dans La Loi du marché (Brizé a décidément le sens du titre qui frappe !), Vincent Lindon incarnait un prolo taiseux qui ne croyait pas ou plus à la lutte et se résignait à son injuste licenciement. Dans En guerre, son personnage de Laurent Amédéo est complètement à l'opposé : il parle, bien et fort, et il lutte de toutes ses forces. Il est le leader syndical de l'usine Perrin, une entreprise de pièces automobiles du Lot et Garonne que la maison mère située en Allemagne décide de fermer, non pas parce qu'elle est en difficulté mais simplement parce qu'elle ne rapporte pas suffisamment de dividendes aux yeux de ses actionnaires. Avec une rigueur exemplaire, en créant une tension dramatique captivante, Brizé va décortiquer toutes les étapes du combat incarné magnifiquement par Vincent Lindon et autour de lui des dizaines de comédiens non professionnels (pour la plupart des syndicalistes) : la mobilisation et la solidarité des ouvriers dans la grève et l'occupation avant que les premiers doutes s'installent, les tentatives de conciliation juridique et d'interpellation politique jusqu'aux plus haut sommets de l'Etat, puis les premières désillusions, les premières divisions avec ceux qui veulent se garantir avant tout des indemnités de départ élevées, puis le désespoir qui gagne, avec le risque de l'explosion d'une violence largement compréhensible. Tout sonne juste : les situations, les relations entre les protagonistes, les rapports de force… Grâce sans doute à la collaboration au scénario d'un trio qui en connait un rayon sur la question : Xavier Mathieu, Ralph Blindauer et Olivier Lemaire (ce dernier joue d'ailleurs un syndicaliste dans le film).

Brizé filme avec autant de force la parole en action – celle formatée et implacable de la logique capitalistique face à celle digne, chargée de bon sens et de colère, des ouvriers – que les moments d'affrontement, filmés et sonorisés (musique remarquable de Bertrand Blessing) comme une montée inexorable de la tension mais aussi de la force de l'union. La démonstration est terrible : l'arsenal juridique favorise outrageusement le grand patronat qui peut licencier même si l'entreprise est bénéficiaire et qui, s'il est obligé de proposer une vente, peut refuser sans arguments un repreneur pourtant jugé crédible par les experts. Face à cette omnipotence, l'impuissance du politique est patente, même quand il se montre individuellement bienveillant, comme c'est le cas du conseiller social de l'Elysée qui ne peut rien faire face à la détermination cynique du dirigeant allemand du groupe.
En parallèle le film dénonce clairement, en une démarche que n'aurait pas reniée Bourdieu, le traitement médiatique du conflit – le récit est scandé par plusieurs reportages télévisés –, notamment la manière dont est montrée la violence quand elle éclate : sous son seul aspect spectaculaire et « délinquant », au complet détriment de l'analyse des causes qui ont amené inéluctablement à ces conséquences. Un grand film bouleversant et profondément humain, un grand film politique, un grand film qui va nous marquer durablement.

« Krzysztof Kieślowski disait qu’il avait arrêté le documentaire pour enfin accéder à des endroits où sa caméra de documentariste ne lui permettait pas d’accéder. Je l’exprimerais de la même manière. La fiction me donne la possibilité d’être là où il serait souvent impossible d’être avec le documentaire. Je pense à des réunions auxquelles il est quasiment impossible d’assister, notamment celles avec le conseiller social du Président de la République. Donc, après avoir recueilli une énorme documentation, je traite la matière qui m’intéresse, je creuse ce qui me semble important, j’élague ce qui me le semble moins pour mon récit, je structure et je construis de manière à mettre précisément en lumière ce sur quoi je veux insister. Il s’agit alors pour la fiction – dans ce type de récit – de passer une sorte d’accord avec le réel pour ne pas le travestir. Et cet accord, il faut le respecter de la première à la dernière minute, sans aucune concession. » Stéphane Brizé (Utopia)

Séance Entretoiles au CGR : une seule séance dimanche 30 septembre à 20h

 

 

UNE VALSE DANS LES ALLÉES

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Thomas STUBER - Allemagne 2017 2h05mn VOSTF - avec Franz Rogowski, Sandra Hüller, Peter Kurth, Andreas Leupold, Ramona Kunze-Libnow... Scénario de Thomas Stuber et Clemens Meyer, d'après sa nouvelle In the aisles.

Les allées du titre sont celles d’un hypermarché discount. S’il n’y pousse aucune pâquerette, elles ne sont pas, vous le verrez vite, dénuées de romance, ni de poésie. D’ailleurs la scène d’ouverture donne le « la » quand, sur l’air du Beau Danube bleu, les chariots élévateurs glissent en cadence. Ce mélange des genres, des époques, celle de Strauss et celle de la robotique, rend la scène à la fois atemporelle et légèrement surréaliste. Tout cela semble tellement harmonieux, simple. Faussement… Christian (le charismatique Franz Rogowski, vu dernièrement dans Transit), qui vient tout juste d’être embauché et effectue ses premiers pas dans les coulisses de la grande distribution, le découvrira bientôt, à son corps défendant. D’abord manutentionnaire à tout faire, il lui faudra faire ses preuves, gravir pas à pas les échelons, avant d’espérer conduire un de ces engins pas si faciles à manier. Et puis la comédie humaine qui se joue dans ce petit monde en autarcie tient plus du purgatoire que du paradis terrestre. Entre les allées s’enkyste une sorte de guerre froide, chaque zone a ses règles, ses codes, ses alliés, ses ennemis… comme autant de pays distincts. Tant et si bien qu’avant d’y faire ses premiers pas, il est préférable d’en connaître les frontières, d’enregistrer les stratégies géopolitiques de chaque territoire pour être sûr de ne pas pénétrer en terrain miné par des pétards mouillés. Car bien sûr, malgré les airs importants qu’on se donne, et ce qu’on en dit, nul piège ici n’est réellement mortel, mis à part ceux tendus par le libéralisme. Peut-être ces pantomimes n’ont-elles pour seule motivation que de se sentir exister dans un lieu déshumanisé où la solitude, tapie dans l’ombre, guette sa prochaine victime. 


Quoi qu’il en soit, les caristes des conserves ne fréquentent pas ceux des boissons, ni ceux des primeurs… étant bien entendu que tous ces frères et sœurs ennemis entretiennent des relations glaciales avec ceux du stock des surgelés (rebaptisé « Sibérie »). Aussi neutre que la Belgique durant la seconde guerre mondiale, seul le rayon des friandises semble faire l’unanimité. Ce qui est de bonne augure pour Christian qui vient d’y voir passer Marion. Coup de foudre d’autant plus pratique que peu de rayonnages métalliques les séparent. Les deux, sans s’adresser de prime abord la parole (faut dire que Christian est plutôt du genre taiseux endurci), se découvrent ainsi à la dérobée, avec cet air de ne pas y toucher qu’ont les grands timides ou les grands échaudés. Prémices d’une belle romance entre deux paquets de cookies et trois boîtes de sardines…
Christian se doute bien que Marion (formidable Sandra Hüller, l'héroïne de Toni Erdmann) est de dix ans son aînée, qu’elle a sans doute une vie ailleurs… Mais que lui importe ! Quelque chose l’attire irrésistiblement vers cette femme au charme douloureux qui le taquine à qui mieux mieux. C’est d’autant plus facile que Christian est un « bleu » particulièrement gauche qui bouscule tout ce qui a le malheur de se trouver sur son passage quand il s’essaie au transpalette électrique, qui n’est pourtant que la première étape avant même espérer grimper sur un gerbeur à double mât… Toute l'équipe commence à apprécier le nouveau venu, ses paroles rares et son sens de l'humour bien accroché. Surtout Bruno qui, malgré ses airs bourrus, maternerait presque ce drôle de vilain petit canard obéissant qui cache méticuleusement sous son uniforme ses tatouages comme le patron le lui a demandé…

Ce très beau film séduit par son ambiance aussi subtile que profondément émouvante : une mélancolie que vient éclairer la petite flamme chaude de l'humanité, de la fraternité, de la tendresse. (Utopia)

Ciné club CGR : mercredi 26 et vendredi 28 10h45, jeudi 27 et mardi 2 14h, samedi 29 22h

Cotignac : vendredi 28 20h45

 

 

TAZZEKA

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De Jean-Philippe GaudFrançaisMarocain, avec : Olivier SitrukMadi BelemOuidad Elma

Élevé par sa grand-mère qui lui transmet le goût et les secrets de la cuisine traditionnelle, Elias grandit au cœur d’un village marocain, Tazzeka. Quelques années plus tard, la rencontre avec un grand chef cuisinier parisien et l’irruption de la belle Salma dans son quotidien va bouleverser sa vie et le décider à partir pour la France… À Paris, Elias fait l’expérience de la pauvreté et du travail précaire des immigrés clandestins. Il découvre aussi les saveurs de l’amitié grâce à Souleymane, qui saura raviver sa passion pour la cuisine.

Ça commence et ça finit (presque) par la même situation : Elias lit un livre de cuisine à voix haute. Il le lit enfant, le récite même, écorchant les mots dans une langue qu’il maîtrise mal. Dans les dernières images, il le lit à Souleymane, camarade de galère à Paris. Entre les deux, il y a tout un parcours initiatique, avec des ellipses importantes (le voyage jusqu’à la France, la réussite) qui impulsent une précipitation dans un rythme plutôt alangui. C’est que Jean-Philippe Gaud (dont c’est le premier film de fiction après diverses collaborations) prend le temps d’installer la vie paisible du village, vie à peine troublée par des caprices (quand Youssef, patron de l’épicerie dans laquelle il cuisine, refuse d’acheter des aliments recherchés), et surtout la visite de Salma, que son père a envoyée au bled pour « lui apprendre la vie ». D’une existence si calme, presque endormie, Elias finit par se lasser quand il croise par hasard la route d’un cuisinier célèbre. Toute cette partie, relativement idyllique, a le charme des chroniques naïves peuplées de personnages typés : la grand-mère aimante, le patron bourru au bon cœur, et ces clients pittoresques qui forment par moments un chœur drolatique. Seule ombre au tableau, délicatement évoquée mais qui joue un rôle d’aimant-repoussoir, la mort du frère dans le détroit de Gibraltar.

La seconde partie, dont on pense qu’elle sera plus dure, est fondée sur la désillusion et le principe de réalité : en quelques images, le cinéaste peint la cruauté d’une vie illégale à Paris, dont on ne verra rien qui la mette en valeur ; les personnages se situent dans l’envers de la ville lumière. Elias, qui se voulait grand cuisinier, végète en travaillant au noir. Que ce soit la chasse à l’emploi ou la peur de la police, Gaud parvient à montrer un monde de peur et d’instabilité sans forcer le trait. On est très loin d’un pamphlet ou d’un film sociologique, d’autant que très vite on retombe dans les bons sentiments avec la gouaille généreuse de Souleymane et la chaleur de sa famille. Pour être franc, Tazzeka (c’est le nom du village de départ au Maroc) souffre un peu de cet amas de bonté et le parcours d’Elias a quelque chose du conte irréel. Le cinéaste privilégie les aspects positifs, au risque d’une excessive candeur. Mais ce parti pris accepté, on trouve suffisamment de beautés pour ne pas s’ennuyer ni décrocher : que ce soit les paysages marocains ou les différentes scènes de repas, il y a un indiscutable savoir-faire, une gentillesse jamais mièvre qui peuvent séduire.

Tazzeka n’est pas le premier film à mettre en valeur la gastronomie : on pense aux Délices de Tokyo, au Festin de Babette entre mille. On pense surtout à La graine et le mulet, à ce désir fou d’ouvrir un restaurant dans des conditions difficiles. Mais Jean-Philippe Gaud trouve sa petite musique, charmante à défaut d’être enthousiasmante, et, si sa mise en scène n’est pas toujours très inspirée, au moins quelques idées, comme le fait de ne jamais montrer les policiers, faisant d’eux des abstractions dangereuses, rehaussent-elles l’ensemble.

Ce conte généreux, véritable ode à la cuisine, est attachant par son regard résolument optimiste.(àvoiràlire)

 

 CGR : une seule séance en présence du réalisateur Jean Philippe Gaud et de l'acteur Olivier Sitruk le vendredi 27 septembre à 20h

 

LES FRÈRES SISTERS

Écrit et réalisé par Jacques AUDIARD - France / USA 2018 1h57mn VF uniquement- avec Joaquin Phœnix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Rutger Hauer... D'après le roman de Patrick de Witt.

LES FRÈRES SISTERS

La tentation du cinéma américain. L'envie de quitter son territoire de « confort » et de partir ailleurs, à l'assaut du mythe… Le pari était aussi excitant que risqué. Jacques Audiard le réussit haut la main en faisant siens, avec une maîtrise impressionnante, l'univers et les codes du western pour nous offrir un film aussi passionnant et incarné que pouvaient l'être les très français De battre mon cœur s'est arrêté ou Un prophète. Scénario au cordeau (adapté d'un formidable roman, qu'on vous recommande !) mise en scène aussi ample que les paysages qu'elle embrasse, personnages qui vous agrippent dès les premières minutes interprétés par des acteurs exceptionnels, tout est réuni, tout fonctionne, on marche à fond.

La scène inaugurale est d’une beauté et d’une force à couper le souffle. Au milieu de la nuit, l’éclair glaçant des coups de feu déchire l’obscurité. Seuls deux hommes semblent savoir où ils vont et pourquoi ils sont là, hurlant entre deux salves quelques indications sur ce qu’il convient de faire dans une telle situation. On le comprend très vite, ces deux-là ne sont ni des enfants de chœur, ni venus pour faire causette mais bien pour régler quelques comptes, ce qui, à cette époque et en ces contrées, se fait de la manière très expéditive. 
Eli et Charlie Sisters parcourent l'Oregon au service du Commodore, puissant et respecté notable dont ils exécutent les basses œuvres avec un sens aigu de la précision et un goût prononcé pour le travail bien fait. Si Eli, le plus jeune des deux frères, ne se pose guère de questions sur le devenir de sa carrière, son espérance de vie ou la possibilité de faire autre chose de ses dix doigts, on sent bien que Charlie, l’aîné, en a soupé des cadavres et des chevauchées avec le diable et rêve d’une retraite paisible, au coin du feu, quelque part dans une ferme où une certaine institutrice, douce et bienveillante, s’occuperait de panser ses blessures d’âme et de corps.
Mais savent-ils faire autre chose, les frères Sisters, que jouer du flingue ou des poings face à moins malins qu'eux deux réunis ? Pas sûr et ce n’est pas avec cette mission-là qu’ils vont trouver la voie de la reconversion professionnelle. Ils sont sont chargés de suivre la trace d’un certain Morris, détective privé de son état, lui-même sur les pas de l’homme à abattre, Hermann Kermit Warm. Pour qui ? Le Commodore. Pourquoi ? Sur cette question je resterai muette comme la grande faucheuse.

Mais ça bien sûr, c’est l’intrigue façon préambule. Le scénario ne se contentera pas d’une banale histoire de règlements de comptes, de quelques courses poursuites sur des canassons épuisés ou de scènes de mitraille derrière un bar. Car dans Les Frères Sisters, chacun veut pouvoir cultiver sa part de lumière, chacun veut bâtir, à la force de son imagination, de ses talents ou de ses audaces, son propre mythe, petit ou grand qu’importe, pourvu qu'il ait les contours de ses rêves. Pour l’un ce sera la fortune dans le ruée vers l'or, pour l’autre la promesse d'un parfum de femme laissé sur un châle, pour celui-là la possibilité d’un monde plus fraternel, pour le dernier la simple contemplation d'une contrée farouchement belle et sauvage. Epopée fraternelle avec des bons, des brutes, des truands et des idéalistes, le film parvient à dépasser l'exercice de style pour atteindre l'excellence. On aime tout chez les frères Sisters et chez ceux qui gravitent autour : leur ton, leur style, leurs mots et leur tendresse brute. (Utopia)

CGR : mercredi 26 14h, 16h20, 19h40, 22h, jeudi 27, vendredi 28, samedi 29, dimanche 30 à 10h45, 14h, 16h20, 19h40, 22h, lundi 1er 10h45, 14h, 16h20, 22h, mardi 2 10h45, 14h, 16h20, 19h40, 22h

 

 

LES VIEUX FOURNEAUX

Christophe DUTHURON - France 2018 1h30mn - avec Pierre Richard, Roland Giraud, Eddy Mitchell, Alice Pol, Henri Guybet... Scénario de Wilfrid Lupano et Christophe Duthuron, d’après la bande dessinée de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

LES VIEUX FOURNEAUX

Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce n’est assurément pas dans les vieux fourneaux qu’on fait toujours les meilleurs gâteaux. C’est pareil pour les hommes. Même avec une santé de fer, la rouille leur joue des tours, les horloges biologiques progressivement se mettent en berne. Avec le temps, Pierrot, Mimile et Antoine sont bel et bien devenus presbytes comme si être de véritables casse-couilles durant une vie entière ne leur avait pas suffi ! Persifler, se moquer, s’engueuler, se mettre minables… des signes qui ne trompent pas, ceux d’une longue amitié qui a pris trop de bouteille pour qu’on ait envie de la dater. En tout cas ils se sont connus en culotte courte sur les bancs de l’école d’un bled paumé où les ragots poussaient déjà plus dru que le chiendent. Puis, le temps aidant, ils se sont un peu perdus de vue… ça fait du bien parfois.

Mais par un de ces mauvais jours tels que le destin sait les pondre, Lucette, la femme d’Antoine, passe l’arme à gauche. Mimile, pépère dans sa maison de retraite, n’a pas l’intention d’en bouger pour les funérailles. Les crémations, c’est pas sa tasse de thé, alors déjà qu’il ne coupera pas à la sienne, aller à celle des autres, c’est trop ! Des arguments que son couillon de poteau Pierrot (l’inénarrable Pierre Richard en grande forme) n’entend pas de cette oreille… C’est pas qu’il soit sourd, mais il est plus tenace qu’un roquet quand il a une idée en tête, il s’accroche à vos basques et ne lâche jamais. Mimile abdique donc, voyant bien qu’il n’aura pas le dessus… À croire que les luttes, le syndicalisme, ça entretient ! Pierrot vient donc le chercher à toute berzingue et l’engouffre dans sa tire hors d’âge. Là il n’y a plus qu’à rester accroché, en maugréant. Non seulement Pierrot est bigleux comme pas deux, mais il adore la vitesse ! Un vrai danger public ! Voilà nos deux papis en goguette qui roulent à tombeau ouvert pour aller assister à l’enterrement de Lucette. Heureusement, ceux qu’ils croisent ont de bons réflexes !
La cérémonie bat son plein… Malgré le chagrin, c’est l’occasion de reformer la bande de jadis… On s’enfile des coups à boire, des charcutailles en s’asseyant un peu sur les conseils des médecins : ça fait du bien ! Chacun se sent reverdir. Décidément ils n’aiment pas vieillir, mais si c’est la seule façon de rester en vie… Ils évoquent les frasques du bon vieux temps, bien conscients que parfois il vaut mieux mettre le passé en veilleuse et laisser leur part d’ombre aux secrets : « l’amitié, c’est comme le pinard : si tu veux que ça se garde, il ne faut pas de lumière et garder à la bonne température »… Et puis on a « autre chose à foutre que de se souvenir ! » Pourtant on y vient quand même au passé. La proximité de leur village d’enfance, la ferme de Berthe à deux pas… Et quand on apprend que la quiche est faite avec les œufs de ses poules, alors là on boycotte et on engueule la cuisinière, enceinte jusqu’aux yeux, qui n’y comprend goutte ! Ils continueraient longtemps à déblatérer sur le compte des autres, explosant d’un rire un peu honteux dès qu’on évoque les mauvaises blagues faites à Berthe (qui avait peint ses vaches, déjà ?), mais une lettre va mettre le feu aux poudres et déclencher une cascade d’événements drôlatiques. Antoine s’enfuit pour aller commettre le pire, Mimile et Pierrot partent à ses trousses…

Le film à partir de là prend des allures de road movie complètement barré et on se fend littéralement la poire ! (Utopia)

CGR : Tous les jours 17h50

 

UN PEUPLE ET SON ROI

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Écrit et réalisé par Pierre SCHOELLER - France 2018 2h - avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Laurent Lafitte, Louis Garrel, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Céline Salette, Denis Lavant... Conseillers historiques : Arlette Farge, Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau, Timothy Tackett et Haïm Burstin.

Après le magistral L'Exercice de l’État, c'est une autre plongée dans la pratique politique et l'exercice de la démocratie que nous offre Pierre Schoeller, confirmant son ambition et sa place à part dans le cinéma français actuel. Un peuple et son roi embrasse la Révolution française depuis la prise de la Bastille jusqu'à l'exécution de Louis XVI, soit quatre années ou presque qui ont amené par la révolte organisée à la mise à bas d'un ordre ancien, et que nous allons vivre entre la fièvre populaire et travailleuse du faubourg Saint-Martin et les lieux de la « grande Histoire » : Versailles, les Tuileries, l'Assemblée nationale, le Champ-de-Mars.

« La Révolution française est un moment unique dans l’Histoire. Deux cent cinquante ans plus tard, son écho est encore présent dans nos vies, nos sociétés, notre imaginaire. C’est dire qu’en faisant ce film, nous allons vers tout autre chose qu’une histoire passée, nous allons à la rencontre de femmes et d’hommes dont l’engagement, les espoirs ou les blessures, ont été d’une telle intensité qu’ils sont encore palpitants deux siècles plus tard.
« Avec Un peuple et son roi, j’ai voulu raconter une Révolution française loin des débats idéologiques, une révolution à hauteur d’hommes, d’enfants, et surtout de femmes. Les personnages féminins occupent une place centrale dans le récit. Je voulais également filmer la Révolution française sous l’angle de l’engagement populaire, du peuple des faubourgs.
« Le film est centré sur le destin politique du Roi. En 1789, il est le Père de la Nation, l’élu divin. En juin 1791, il fuit et est rattrapé. En septembre, il est maintenu chef de l’exécutif d’une monarchie constitutionnelle. L’été 1792, il est démis et emprisonné. L’automne, il est jugé pour trahison et crimes. L’hiver, il est condamné. Le 21 janvier 1793, sa tête tombe place de la Révolution. 
« Au cours de ces trois années, tout un royaume bascule, tout un peuple conquiert sa souveraineté. Durant l’écriture, je me suis basé sur un usage constant et systématique des archives (toutes en consultation libre sur internet, en majorité sur le site BnF/Gallica). J’ai eu le bonheur de bénéficier de multiples conseils et de lectures détaillées du projet par cinq historiens : les français Arlette Farge, Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau ; l’américain Timothy Tackett et l’italien Haïm Burstin… La finalité de cette recherche historique allait bien au-delà d’un souci d’exactitude. Tout en proposant l’incarnation des grandes journées révolutionnaires, j’ai cherché à y insuffler de la vie, de la chair. Un peuple et son roi est avant tout un film sur les émotions, les émotions d’un peuple entré en révolution. Je voulais que le spectateur garde en lui le sentiment d’avoir traversé une expérience unique, comme seule une révolution peut le procurer. Avec des visions, des grands discours, des rires au milieu des larmes. Des naissances, après le deuil. Des destins qui basculent en une parole. Des insurgés qui tombent le fusil à la main. Des conquêtes qui seront plus fortes que les blessures. » (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 26 et samedi 29 13h50, 18h15, 21h, jeudi 27, dimanche 30, lundi 1er 13h50, 18h15, 20h45, vendredi 28, mardi 2 15h45, 18h15, 21h

 

SHÉHÉRAZADE

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Jean-Bernard MARLIN - France 2018 1h46 - avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli, Lisa Amedjout, Kader Benchoudar, Nabila Ait Amer... Scénario de Jean-Bernard Marlin et Catherine Paillé.

Les quartiers Nord de Marseille. Les petits délinquants qui sortent de prison. Les jeunes filles qui vendent leur corps faute d'avoir pu trouver meilleure place au soleil… Ne fuyez pas devant la supposée dureté de son univers, Shéhérazade est une pépite qui brille des mille et un éclats jaillissant de la grâce brute de ses tout jeunes comédiens et du talent évident d'un jeune réalisateur, Jean-Bernard Marlin, déjà repéré grâce à ses courts-métrages. À partir d’un travail documentaire qu’il a entrepris depuis quelques années dans le milieu de la prostitution des mineurs à Marseille, ville où il a grandi, et s'inspirant d’un fait divers récent, il raconte ici l’histoire d’amour entre Zachary, 17 ans, et Shéhérazade, jeune prostituée rencontrée à sa sortie de prison.
Avec une énergie folle et une profonde tendresse pour ses personnages qu'il ne jugera jamais, le réalisateur tord le cou à la tentation du pseudo-réalisme documentaire et de l’apitoiement pour raconter une histoire d’amour fou entre deux adolescents propulsés dans un monde de violence au cœur d'une cité gangrenée comme tant d'autres par la pègre, le chômage et les inégalités sociales. Cela pourrait être glauque, s'enfoncer dans la crasse des chambres de passe minables, s'enliser dans les règlements de compte au ras du trottoir, c'est au contraire un film qui avance pas à pas vers la lumière, guidé par un espoir qui fait jaillir comme par miracle l'amour pur du plus vil des terreaux.
La grande force du film réside dans le refus de faire la distinction entre cinéma de genre et cinéma de poésie, dans la volonté de s'affranchir des clichés du polar à la française aussi bien que des bonnes manières du cinéma d’auteur. Shéhérazade opte pour une stylisation virtuose arrachée à des conditions très précaires de tournage, entre ambiances nocturnes sous haute tension et comédiens non professionnels.
Zachary sort de prison. Sa mère n'est pas là et on sent bien, dès cette première scène, que sous ses airs de petite brute qui se la joue Scarface, il y a un minot qui n'espère rien d'autre qu’on l’enfouisse sous des tonnes de tendresse. Zonant dans son quartier, retrouvant ses anciens potes, il ne peut que constater ce terrible état de fait : rien n'a changé dehors, les petits trafics se poursuivent, personne ne lui a réservé une meilleure place dans le monde, personne ne l'attend. Autour de lui, une jeunesse résignée vivote, se marre un peu, se débrouille comme elle le peut sous le soleil. Et puis il y a les filles, très jeunes pour certaines mais déjà cabossées par des heures de bitume, des nuits sans sommeil et des repas approximatifs. Où sont les adultes ? Parents maltraitants ou simplement négligents, absents, lointains, ils ne sont pas à leurs côtés. Il y a bien cette travailleuse sociale qui tente du mieux qu’elle le peut et avec ses moyens de raccrocher Zak à un projet de vie, mais on sent bien que la tâche est immense et peut-être même déjà perdue d’avance.

Mais il y a donc Shéhérazade, beauté sauvage et naturelle, farouche, pas commode, gamine grandie trop vite qui cache elle aussi, sous son regard trop maquillée de fille facile et ses phrases toutes faites sorties d’un mauvais film et apprises pour le travail, un cœur brisé qui ne demande qu’à être recollé.
Ces Roméo et Juliette vont tenter de s’aimer en dépit d’un monde de sauvages, s’aimer pour tenter de se sauver. Et tant pis si le théâtre de leur histoire n’est pas un balcon qui sent le jasmin mais une rue de mauvaise vie… au fond, ils ont toute la leur devant eux. Un premier film fort, lyrique et brûlant. (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 26 13h50, 18h15, 21h, jeudi 27 13h50, 16h15, 20h45, vendredi 28 13h50, 16h15, samedi 29 13h50, 18h30, 21h, dimanche 30 13h50, 18h30, lundi 1er 13h50, 20h45, mardi 2 13h50, 21h

 

 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31 VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

 

Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dans Thunder road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 26, jeudi 27, dimanche 30 16h15, vendredi 28 13h50, samedi 29 15h35, lundi 1er 16h20, mardi 2 21h

 

 

LE PAPE FRANÇOIS, UN HOMME DE PAROLE

Wim WENDERS - documentaire Italie 2018 1h36mn

 

Ça vous en bouche un coin : la bouille du pape dans la gazette d’Utopia et qui plus est pour un film commandé par le Vatican lui-même à Wim Wenders...... J'en connais plus d'un parmi vous chez qui la simple évocation de l'Église, ses pompes et ses œuvres, provoque une crise d'urticaire et qui s'étonnent déjà qu'on recommande et qu'on loue ce film. Certains cinéphiles, pourtant fans du cinéaste, sont prêts à renier Wenders pour avoir réalisé un documentaire où il ne cache pas être tombé sous le charme d'un pape qu'il apprécie pour son choix de rompre avec la prudence et la tiédeur habituelle de l'Église. Un pape qui choisit François d'Assise comme modèle, refuse les signes extérieurs de richesse, préfère habiter dans un endroit relativement modeste plutôt que sous les ors du Vatican, plaide la bienveillance pour tous (qui suis-je pour juger ?), prêche écologie et décroissance, fait inscrire dans le Catéchisme une condamnation claire de la peine de mort (jusqu'alors, l'Église l'admettait dans certains cas) et voit sa popularité baisser dans les sondages pour avoir rappelé sans relâche la nécessité d'accueillir les migrants, apportant dernièrement son soutien à l'Église italienne qui s'oppose de plus en plus à la politique anti-immigration de Matteo Salvini... Ce pape-là dérange l'ordre établi, certes, assurément !

Pas assez ! diront certains, mais on perçoit bien dans le film qu'au plus haut de la hiérarchie de l'institution, il énerve ferme, et les fidèles les plus conservateurs de l'église ont du mal à retenir leurs critiques, à deux doigts de remettre en cause la sacro-sainte infaillibilité papale. Quant aux chefs d'État qui défilent pour lui donner l'accolade, on voit bien qu'ils s'agacent, dans les coulisses, de ses discours sur l'immigration, l'écologie, la dictature de l'économie et les excès du libéralisme... 
Il serait néanmoins excessif de prétendre comme certains médias américains que ce pape-là est « marxiste »... Mais c'est égal, à une époque où un cynisme grinçant est devenu le style dominant, où l'individualisme et la vision à court terme sont partagés par le plus grand nombre, il est plutôt bienfaisant d'entendre le « souverain pontife » défendre comme une évidence « le bien commun », une gestion durable et économe des bienfaits de notre mère nature, suggérant aux cardinaux rassemblés de se mettre au diapason de son modèle François d'Assise en réduisant leur consommation à ce qui leur est nécessaire...
On le suit dans ses voyages, notamment en Amérique Latine, au contact direct des gens, qu'il aime toucher, qu'il aime embrasser... et il y a une chaleur sincère dans ces échanges chaleureux dont on voit bien qu'ils ne datent pas d'hier et qu'il est là comme un poisson dans l'eau.

Wenders avoue que dans ses rêves les plus fous, il n'aurait jamais imaginé faire un jour un film sur un pape... Il a fallu une conversation avec le responsable de la communication du Vatican, grand connaisseur du cinéma, pour qu'il se décide : « il ne m'a donné aucune consigne, ni sur le type de film, ni sur le concept, la production devait être indépendante, j'avais carte blanche. C'était très excitant ». Tout lui était ouvert. Plutôt qu'une biographie, il a choisi de faire le film « avec » le pape, où sa parole prend une place essentielle, directe, sans filtre, spontanée... François livre ses convictions, comme à bâtons rompus, avec un humour qu'on n'attendait pas ici, et un sens de la communication sans faille, loin du personnage imposant que la fonction évoque : n'est-il pas un des représentants de la plus grande religion du monde (on recense deux milliards et demi de chrétiens, dont la moitié de catholiques) ? Une parole qui compte même pour les mécréants qui reconnaîtront là le sceau même du bon sens paysan : « avec des films, on ne peut pas changer fondamentalement le monde, mais l'idée du monde, oui ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 26, lundi 1er, mardi 2 16h10, jeudi 27 18h30

 

MA FILLE

(FIGLIA MIA) Laura BISPURI - Italie 2018 1h37mn VOSTF - avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Sara Casu, Udo Kier... Scénario de Francesca Manieri et Laura Bispuri.

 

Vittoria, dix ans, vit avec ses parents dans un village reculé de Sardaigne. Un jour de fête, elle rencontre Angelica, une femme dont l’esprit libre et l’attitude provocante tranchent avec le caractère posé de sa mère, Tina. Vittoria est fascinée, mais sa mère ne voit pas d’un bon œil ses visites de plus en plus fréquentes à la ferme où Angelica vit comme hors du monde. Elle ne sait pas que les deux femmes sont liées par un secret. Un secret qui la concerne, elle…

Tout commence par un rodéo. Une fête locale où Vittoria rencontre pour la première fois Angelica. Il n’y a pas que les cowboys qui vont être secoués dans Figlia mia. Plus encore que les personnages, ce sont nos attentes et nos conventions (celles sur la femme, la famille, l’éducation…) que Laura Bispuri va bousculer sans ménagement. Tout comme dans son précédent film, le mystérieux Vierge sous serment, la réalisatrice nous montre une féminité qui se construit loin des clichés, et nous présente sous un jour tout à fait normal une situation qui pourrait pourtant faire se dresser les cheveux sur les têtes les plus coincées. Sans introduction explicative, elle nous met d’emblée sur la selle et zou : plongés dans le quotidien de ces trois personnages féminins, à nous d’essayer de deviner qui est la mère et qui est la fille, qui éduque qui dans ce drôle de drame.
Opposant la sage Valéria Golino à l’exubérante Alba Rohrwacher (une fois de plus géniale, cette fois-ci dans le rôle d’une épave sexy-déglinguée), Figlia mia fait mine d’utiliser les antagonismes de la comédie. Bispuri fait mine également de respecter les archétypes de la femme italienne. Sauf qu’ici la maman et la putain ne sont là pour personne d’autre que leur fille, et les mecs peuvent bien aller se faire voir. Vittoria et ses deux mamans vivent en effet dans un monde presque sans hommes : à l’image du père taiseux de la fillette, ceux-ci existent, sont même bien écrits, mais sont complètement satellites à l’intrigue ou ne servent que de plans cul anonymes. Ce qui se trame ici ne les concerne pas. Le mystérieux secret qui lie les trois héroïnes, c’est une affaire de femmes.
Figlia mia n’est pourtant pas une comédie. On n’y perd jamais de vue les émotions à vif des protagonistes, même lorsque celles-ci sont sur le point d’être avalées par les décors de cette campagne sarde. Le temps de deux plans en miroir, Golino et Rohrwacher fondent chacune en larmes, l’une dans un nuage de poussière solaire, l’autre dans la clarté de la lune, l’effet est remarquable. Sans rien révéler, le scénario de Laura Bispuri lance surtout des pistes fort mélodramatiques, mais qui sont sans cesse contrebalancées par une subtilité d’écriture, ainsi qu‘une subtilité intellectuelle : ici, si les femmes luttent, ce n’est jamais pour un homme (ou pour une éventuelle transposition lesbienne). Face à leurs hommes-objets, ces femmes-là sont des sujets.

Pour toutes ces raisons, alors même qu’il n’est à aucun moment question d’homosexualité ou d’homoparentalité, il y a pour qui sait lire entre ces lignes-là quelque chose d’éminemment « queer » et subversif dans Figlia mia. Sous des apparences de mélo féminin des chaumières, le film nous raconte comment un vent de folie anarchique et enthousiasmant vient redistribuer les rôles familiaux. Un bien beau rodéo.

(G. Coutaut, filmdeculte.com)

Vox (Fréjus) : mercredi 26 18h30, jeudi 27 20h45, vendredi 28 et lundi 1er 18h15, samedi 29 et mardi 2 13h50

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Aux cinémas du 19 au 25 septembre 2018

Bonjour à tous !
Cette semaine, en ciné club, allez voir au CGR My Lady, de Richard Eyre, un film passionnant qui vous entraîne avec délice dans les méandres de l'âme humaine... Vous avez aussi le choix avec Les frères sisters, de Jacques Audiard, un formidable western où tout est réuni, tout fonctionne : on marche à fond (en VF), Colibris vous propose ce vendredi Nul homme est une île, un documentaire de Dominique Marchais,(aussi au Vox),  un essai qui milite pour une façon différente de penser. La semaine suivante, Philippe Gaud et Olivier Sitruk vous présenteront Tazzeka, un conte optimiste (aussi à Lorgues), Sans oublier Les vieux fourneaux de Christophe Duthuron, road movie complètement barré. En ciné club, la semaine prochaine ce sera Une valse dans les allées  de Thomas Stuber, Et nous terminerons le mois avec notre dernière proposition :  En guerre de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, le 30 septembre.
 

Cette semaine, au Vox à Fréjus : Thunder Road où Jim Cummings nous embarque dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud, qui a tout du cauchemar éveill. , Wim Wenders a eu carte blanche du Vatican pour faire,un film avec le pape : Le pape François, homme de parole Laura Bipari raconte un drôle de drame mené par 3 personnages féminins dans Ma filleSofia ,de Meryem Benm'Barek, est  un 1er film percutant ,Burningde Lee Chang Dong est une réussite impressionnante, Blakkklansman de Spike Lee, un thriller qui prend aux tripes, et Le Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan, une fresque familiale intimiste qui est un chef d’œuvre (aussi à Lorgues et Cotignac)

A Lorgues, il y a aussi le film Sauvage premier film de Camille Vidal Naquet, portrait d'un prostitué qui en aime un autre...

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

MY LADY

(THE CHILDREN ACT) Richard EYRE - GB 2018 1h45 VOSTF - avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fion Whitehead, Jason Watkins, Ben Chaplin... Scénario de Ian McEwan d’après son roman L'Intérêt de l'enfant (The Children act).

L’action se déroule dans un Londres sublimé, délicieux melting-pot d’histoire et de modernité, de démocratie et de monarchie. Elle s’immisce entre ses hautes tours, ses bâtiments vénérables, ses clochers et leurs querelles dont les plus sévères finissent communément par échouer devant la majestueuse Cour Royale de Justice du Royaume-Uni. C’est ici que siège une drôle de dame, Fiona Maye, l’élégance faite juge aux affaires familiales. Celle que tous appellent avec déférence « My Lady ». Un titre gagné à grand renfort d’heures passées derrière des monticules de dossiers, sans ménager sa peine, sans compter les heures. C’est le prix de l’excellence. Un travail quotidien acharné souvent passionnant, parfois ingrat, toujours angoissant. La peur de se tromper accompagne chaque sentence rendue… Une peur et tant d’autres sentiments qu’il a fallu apprendre à maîtriser et à cacher. On comprend que la charge est terrible : la magistrate au sommet du prétoire a tout d’une femme de marbre au sang froid. Et pourtant, si on la piquait, ne saignerait-elle pas ? Nous sommes après tout au pays de Shakespeare… 

La grande finesse du jeu d’Emma Thompson est de laisser transparaître, sous la cuirasse impénétrable que s’est forgé son personnage, les frémissements imperceptibles d’un cœur qui continue de battre malgré son ostensible détachement.
Ils ne sont pas nombreux à percevoir les émotions qui habitent Fiona Maye. Son rigorisme perpétuel la rendrait presque tyrannique envers son entourage qui fait pourtant tout pour l’épauler. À commencer par son greffier « so british ! » petit bonhomme d’une exquise courtoisie qui anticipe ses moindres faits et gestes, la dorlote sans le laisser paraître, comme s’il la vénérait secrètement. Et puis son charmant mari, Jack (le craquant Stanley Tucci), un homme fin, habitué depuis le temps à s’effacer, à ne récolter que des miettes de tendresse quand sa compagne en perpétuelle tension lâche la bride, ce qui n’arrive plus très souvent. Pourtant il lui réserve toujours ses sourires les plus doux, ses regards les plus tendres, son humour, sa compréhension. Mais aimer éperdument cette femme inaccessible, vampirisée par l’institution judiciaire, est un parcours du combattant qui est à deux doigts de venir à bout de sa résistance… 
Une affaire chassant l’autre, Fiona Maye se penche sur la vie des autres, négligeant la sienne. Impossible de prendre un temps pour elle-même alors qu’elle doit arbitrer un cas d’une urgence vitale : un jeune témoin de Jéhovah atteint d’une leucémie refuse (soutenu par ses parents) la transfusion de sang qui pourrait le sauver. Ce serait un gamin, l’affaire serait vite tranchée : le « Children act » qui fait prévaloir l’intérêt de l’enfant ferait figure de « formule magique », et sa demande serait refusée. Il serait majeur, son choix prévaudrait. Mais Adam (Fionn Whitehead, étoile montante du cinéma britannique) est entre deux âges, à quelques mois de la majorité. La juge pointilleuse veut pousser l’investigation plus loin : Adam, du haut de ses dix-sept ans, est-il pleinement conscient des conséquences de son choix ? Ce choix est-il vraiment le sien ou celui de son entourage ? L’adolescent ne pouvant comparaître, notre magistrate décide d’aller à son chevet avant de rendre son verdict. Une décision qui va défrayer la chronique. La presse s’en empare. L’Angleterre entière semble suspendue aux lèvres de Fiona, ajoutant un peu plus de pression sur ses épaules.

Sur son lit d’hôpital, Adam a une gueule d’ange déchu, fragile. Son intelligence vive séduit son monde, il n’est pas la victime naïve qu’on pourrait attendre. Quelques instants partagés avec l’impressionnante « My Lady » vont bouleverser leurs vies réciproques. Entre celui qui veut vivre les préceptes de sa religion et celle qui vit son métier comme un véritable sacerdoce se tisse un lien complexe qui instille dans leurs pensées des doutes tout aussi vivifiants que mortels. 
Sous des abords classiques, c’est un film passionnant, d’une élégance folle, servi par des acteurs formidables qui nous entraînent avec délice dans les méandres des âmes humaines. (Utopia)

CGR en ciné club : mercredi 19 13h50, jeudi 20 et mardi 25 10h45, samedi 22 17h45, dimanche 23 21h50, lundi 24 20h

LES FRÈRES SISTERS

Écrit et réalisé par Jacques AUDIARD - France / USA 2018 1h57mn VF uniquement- avec Joaquin Phœnix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Rutger Hauer... D'après le roman de Patrick de Witt.

LES FRÈRES SISTERS

La tentation du cinéma américain. L'envie de quitter son territoire de « confort » et de partir ailleurs, à l'assaut du mythe… Le pari était aussi excitant que risqué. Jacques Audiard le réussit haut la main en faisant siens, avec une maîtrise impressionnante, l'univers et les codes du western pour nous offrir un film aussi passionnant et incarné que pouvaient l'être les très français De battre mon cœur s'est arrêté ou Un prophète. Scénario au cordeau (adapté d'un formidable roman, qu'on vous recommande !) mise en scène aussi ample que les paysages qu'elle embrasse, personnages qui vous agrippent dès les premières minutes interprétés par des acteurs exceptionnels, tout est réuni, tout fonctionne, on marche à fond.

La scène inaugurale est d’une beauté et d’une force à couper le souffle. Au milieu de la nuit, l’éclair glaçant des coups de feu déchire l’obscurité. Seuls deux hommes semblent savoir où ils vont et pourquoi ils sont là, hurlant entre deux salves quelques indications sur ce qu’il convient de faire dans une telle situation. On le comprend très vite, ces deux-là ne sont ni des enfants de chœur, ni venus pour faire causette mais bien pour régler quelques comptes, ce qui, à cette époque et en ces contrées, se fait de la manière très expéditive. 
Eli et Charlie Sisters parcourent l'Oregon au service du Commodore, puissant et respecté notable dont ils exécutent les basses œuvres avec un sens aigu de la précision et un goût prononcé pour le travail bien fait. Si Eli, le plus jeune des deux frères, ne se pose guère de questions sur le devenir de sa carrière, son espérance de vie ou la possibilité de faire autre chose de ses dix doigts, on sent bien que Charlie, l’aîné, en a soupé des cadavres et des chevauchées avec le diable et rêve d’une retraite paisible, au coin du feu, quelque part dans une ferme où une certaine institutrice, douce et bienveillante, s’occuperait de panser ses blessures d’âme et de corps.
Mais savent-ils faire autre chose, les frères Sisters, que jouer du flingue ou des poings face à moins malins qu'eux deux réunis ? Pas sûr et ce n’est pas avec cette mission-là qu’ils vont trouver la voie de la reconversion professionnelle. Ils sont sont chargés de suivre la trace d’un certain Morris, détective privé de son état, lui-même sur les pas de l’homme à abattre, Hermann Kermit Warm. Pour qui ? Le Commodore. Pourquoi ? Sur cette question je resterai muette comme la grande faucheuse.

Mais ça bien sûr, c’est l’intrigue façon préambule. Le scénario ne se contentera pas d’une banale histoire de règlements de comptes, de quelques courses poursuites sur des canassons épuisés ou de scènes de mitraille derrière un bar. Car dans Les Frères Sisters, chacun veut pouvoir cultiver sa part de lumière, chacun veut bâtir, à la force de son imagination, de ses talents ou de ses audaces, son propre mythe, petit ou grand qu’importe, pourvu qu'il ait les contours de ses rêves. Pour l’un ce sera la fortune dans le ruée vers l'or, pour l’autre la promesse d'un parfum de femme laissé sur un châle, pour celui-là la possibilité d’un monde plus fraternel, pour le dernier la simple contemplation d'une contrée farouchement belle et sauvage. Epopée fraternelle avec des bons, des brutes, des truands et des idéalistes, le film parvient à dépasser l'exercice de style pour atteindre l'excellence. On aime tout chez les frères Sisters et chez ceux qui gravitent autour : leur ton, leur style, leurs mots et leur tendresse brute.

CGR : tous les jours 10h50, 14h, 16h20, 19h40, 22h

 

LES VIEUX FOURNEAUX

Christophe DUTHURON - France 2018 1h30mn - avec Pierre Richard, Roland Giraud, Eddy Mitchell, Alice Pol, Henri Guybet... Scénario de Wilfrid Lupano et Christophe Duthuron, d’après la bande dessinée de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

LES VIEUX FOURNEAUX

Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce n’est assurément pas dans les vieux fourneaux qu’on fait toujours les meilleurs gâteaux. C’est pareil pour les hommes. Même avec une santé de fer, la rouille leur joue des tours, les horloges biologiques progressivement se mettent en berne. Avec le temps, Pierrot, Mimile et Antoine sont bel et bien devenus presbytes comme si être de véritables casse-couilles durant une vie entière ne leur avait pas suffi ! Persifler, se moquer, s’engueuler, se mettre minables… des signes qui ne trompent pas, ceux d’une longue amitié qui a pris trop de bouteille pour qu’on ait envie de la dater. En tout cas ils se sont connus en culotte courte sur les bancs de l’école d’un bled paumé où les ragots poussaient déjà plus dru que le chiendent. Puis, le temps aidant, ils se sont un peu perdus de vue… ça fait du bien parfois.

Mais par un de ces mauvais jours tels que le destin sait les pondre, Lucette, la femme d’Antoine, passe l’arme à gauche. Mimile, pépère dans sa maison de retraite, n’a pas l’intention d’en bouger pour les funérailles. Les crémations, c’est pas sa tasse de thé, alors déjà qu’il ne coupera pas à la sienne, aller à celle des autres, c’est trop ! Des arguments que son couillon de poteau Pierrot (l’inénarrable Pierre Richard en grande forme) n’entend pas de cette oreille… C’est pas qu’il soit sourd, mais il est plus tenace qu’un roquet quand il a une idée en tête, il s’accroche à vos basques et ne lâche jamais. Mimile abdique donc, voyant bien qu’il n’aura pas le dessus… À croire que les luttes, le syndicalisme, ça entretient ! Pierrot vient donc le chercher à toute berzingue et l’engouffre dans sa tire hors d’âge. Là il n’y a plus qu’à rester accroché, en maugréant. Non seulement Pierrot est bigleux comme pas deux, mais il adore la vitesse ! Un vrai danger public ! Voilà nos deux papis en goguette qui roulent à tombeau ouvert pour aller assister à l’enterrement de Lucette. Heureusement, ceux qu’ils croisent ont de bons réflexes !
La cérémonie bat son plein… Malgré le chagrin, c’est l’occasion de reformer la bande de jadis… On s’enfile des coups à boire, des charcutailles en s’asseyant un peu sur les conseils des médecins : ça fait du bien ! Chacun se sent reverdir. Décidément ils n’aiment pas vieillir, mais si c’est la seule façon de rester en vie… Ils évoquent les frasques du bon vieux temps, bien conscients que parfois il vaut mieux mettre le passé en veilleuse et laisser leur part d’ombre aux secrets : « l’amitié, c’est comme le pinard : si tu veux que ça se garde, il ne faut pas de lumière et garder à la bonne température »… Et puis on a « autre chose à foutre que de se souvenir ! » Pourtant on y vient quand même au passé. La proximité de leur village d’enfance, la ferme de Berthe à deux pas… Et quand on apprend que la quiche est faite avec les œufs de ses poules, alors là on boycotte et on engueule la cuisinière, enceinte jusqu’aux yeux, qui n’y comprend goutte ! Ils continueraient longtemps à déblatérer sur le compte des autres, explosant d’un rire un peu honteux dès qu’on évoque les mauvaises blagues faites à Berthe (qui avait peint ses vaches, déjà ?), mais une lettre va mettre le feu aux poudres et déclencher une cascade d’événements drôlatiques. Antoine s’enfuit pour aller commettre le pire, Mimile et Pierrot partent à ses trousses…

Le film à partir de là prend des allures de road movie complètement barré et on se fend littéralement la poire ! (Utopia)

CGR : mercredi 19 17h55, jeudi 20, vendredi 21 et samedi 22 14h, 17h55, dimanche 23 10h45, lundi 24 10h45, 14h, 17h55, mardi 25 10h45, 17h55

 

NUL HOMME N’EST UNE ILE

 

Documentaire 2017 de Dominique Marchais

..« chaque homme est un morceau du continent, une partie de l’ensemble. » Nul Homme n’est une île est un voyage en Europe, de la Méditerranée aux Alpes, où l’on découvre des hommes et des femmes qui travaillent à faire vivre localement l’esprit de la démocratie et à produire le paysage du bon gouvernement. Des agriculteurs de la coopérative le Galline Felici en Sicile aux architectes, artisans et élus des Alpes suisses et du Voralberg en Autriche, tous font de la politique à partir de leur travail et se pensent un destin commun. Le local serait-il le dernier territoire de l’utopie ?

Ils veulent lutter pour une ­société plus solidaire, plus écologique, et le cinéma docu­mentaire peut soutenir leur action. Mais plus comme avant. Pour aller à la rencontre de ceux qui changent le monde, à l’échelle de leur village ou de leur région, Dominique Marchais change lui-même l’idée qu’on se fait d’un documentaire engagé. C’est à une expérience esthétique qu’il nous convie. Elle commence en Italie, au palais communal de Sienne, devant les fresques du bon et du mauvais gouvernement, peintes vers 1340.

Pour la première fois, explique l’his­torienne Chiara Frugoni, ne sont pas seulement représentés des rois et des fidèles serviteurs de l’Eglise mais des paysans, des artisans : des ­citoyens qui veulent décider de leur vie. Le bien commun est leur seul idéal. Mais la fresque montre aussi des paysages : la campagne désignée, pour la première fois aussi, comme pure beauté. D’un autre regard sur le monde peut naître un autre monde… Avec cette séduisante hypothèse en poche, Dominique Marchais voyage en Europe. En Sicile, il rencontre le créateur de la coopérative Le Galline felici, fier de ses fruits et légumes bio mais aussi de ses « poules heureuses » : rescapées des usines de ponte, elles sont devenues les symboles d’un combat contre un système économique qui broie, et qui bétonne aveuglément ces terres fertiles dont l’enlaidissement en dit long. En Suisse, en Autriche, des ­architectes se mobilisent contre l’exode, dans les vallées reculées, en créant des lieux collectifs qui mettent en valeur le talent des artisans et la beauté de l’environnement naturel.

Partout le cinéaste filme superbement le paysage, le parcourt à un rythme lent qui lie contemplation et ­réflexion. Comme le titre l’indique, avec cette manière presque philosophique d’en appeler à la solidarité, Nul homme n’est une île est un essai qui ­milite pour une façon différente de pen­­­ser. On y rencontre même les responsables du très sérieux Bureau des questions du futur, près du lac de Cons­tance. Un voyage étonnant et plein d’enseigne­ments. (Télérama)

CGR Draguignan : présenté par Colibris et suivi d'un échange : vendredi 21 à 20h

Vox (Fréjus) samedi 22 20h

TAZZEKA

Jean Philippe GAUD - Maroc/France 2017 1h40mn VOSTF - avec Madi Belem, Ouidad Elma, Adama Diop, Abbes Zahmani... Scénario de Jean-Philippe GAUD et Mariannick Bellot

De Jean-Philippe GaudFrançaisMarocain, avec : Olivier SitrukMadi BelemOuidad Elma

Élevé par sa grand-mère qui lui transmet le goût et les secrets de la cuisine traditionnelle, Elias grandit au cœur d’un village marocain, Tazzeka. Quelques années plus tard, la rencontre avec un grand chef cuisinier parisien et l’irruption de la belle Salma dans son quotidien va bouleverser sa vie et le décider à partir pour la France… À Paris, Elias fait l’expérience de la pauvreté et du travail précaire des immigrés clandestins. Il découvre aussi les saveurs de l’amitié grâce à Souleymane, qui saura raviver sa passion pour la cuisine.

Ça commence et ça finit (presque) par la même situation : Elias lit un livre de cuisine à voix haute. Il le lit enfant, le récite même, écorchant les mots dans une langue qu’il maîtrise mal. Dans les dernières images, il le lit à Souleymane, camarade de galère à Paris. Entre les deux, il y a tout un parcours initiatique, avec des ellipses importantes (le voyage jusqu’à la France, la réussite) qui impulsent une précipitation dans un rythme plutôt alangui. C’est que Jean-Philippe Gaud (dont c’est le premier film de fiction après diverses collaborations) prend le temps d’installer la vie paisible du village, vie à peine troublée par des caprices (quand Youssef, patron de l’épicerie dans laquelle il cuisine, refuse d’acheter des aliments recherchés), et surtout la visite de Salma, que son père a envoyée au bled pour « lui apprendre la vie ». D’une existence si calme, presque endormie, Elias finit par se lasser quand il croise par hasard la route d’un cuisinier célèbre. Toute cette partie, relativement idyllique, a le charme des chroniques naïves peuplées de personnages typés : la grand-mère aimante, le patron bourru au bon cœur, et ces clients pittoresques qui forment par moments un chœur drolatique. Seule ombre au tableau, délicatement évoquée mais qui joue un rôle d’aimant-repoussoir, la mort du frère dans le détroit de Gibraltar.

La seconde partie, dont on pense qu’elle sera plus dure, est fondée sur la désillusion et le principe de réalité : en quelques images, le cinéaste peint la cruauté d’une vie illégale à Paris, dont on ne verra rien qui la mette en valeur ; les personnages se situent dans l’envers de la ville lumière. Elias, qui se voulait grand cuisinier, végète en travaillant au noir. Que ce soit la chasse à l’emploi ou la peur de la police, Gaud parvient à montrer un monde de peur et d’instabilité sans forcer le trait. On est très loin d’un pamphlet ou d’un film sociologique, d’autant que très vite on retombe dans les bons sentiments avec la gouaille généreuse de Souleymane et la chaleur de sa famille. Pour être franc, Tazzeka (c’est le nom du village de départ au Maroc) souffre un peu de cet amas de bonté et le parcours d’Elias a quelque chose du conte irréel. Le cinéaste privilégie les aspects positifs, au risque d’une excessive candeur. Mais ce parti pris accepté, on trouve suffisamment de beautés pour ne pas s’ennuyer ni décrocher : que ce soit les paysages marocains ou les différentes scènes de repas, il y a un indiscutable savoir-faire, une gentillesse jamais mièvre qui peuvent séduire.

Tazzeka n’est pas le premier film à mettre en valeur la gastronomie : on pense aux Délices de Tokyo, au Festin de Babette entre mille. On pense surtout à La graine et le mulet, à ce désir fou d’ouvrir un restaurant dans des conditions difficiles. Mais Jean-Philippe Gaud trouve sa petite musique, charmante à défaut d’être enthousiasmante, et, si sa mise en scène n’est pas toujours très inspirée, au moins quelques idées, comme le fait de ne jamais montrer les policiers, faisant d’eux des abstractions dangereuses, rehaussent-elles l’ensemble.

Ce conte généreux, véritable ode à la cuisine, est attachant par son regard résolument optimiste.(àvoiràlire)

 

 CGR : une seule séance en présence du réalisateur Jean Philippe Gaud et de l'acteur Olivier Sitruk le vendredi 27 septembre à 20h

Lorgues : samedi 22 19h30

 

 

 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31 VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

 

Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dansThunder road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 19 et vendredi 21 16h, 20h45, jeudi 20 14h, 20h45, samedi 22 14h, 21h, dimanche 23 16h, 20h30, lundi 24 14h, 21h, mardi 25 16h, 18h30

 

LE PAPE FRANÇOIS, UN HOMME DE PAROLE

Wim WENDERS - documentaire Italie 2018 1h36mn

 

Ça vous en bouche un coin : la bouille du pape dans la gazette d’Utopia et qui plus est pour un film commandé par le Vatican lui-même à Wim Wenders...... J'en connais plus d'un parmi vous chez qui la simple évocation de l'Église, ses pompes et ses œuvres, provoque une crise d'urticaire et qui s'étonnent déjà qu'on recommande et qu'on loue ce film. Certains cinéphiles, pourtant fans du cinéaste, sont prêts à renier Wenders pour avoir réalisé un documentaire où il ne cache pas être tombé sous le charme d'un pape qu'il apprécie pour son choix de rompre avec la prudence et la tiédeur habituelle de l'Église. Un pape qui choisit François d'Assise comme modèle, refuse les signes extérieurs de richesse, préfère habiter dans un endroit relativement modeste plutôt que sous les ors du Vatican, plaide la bienveillance pour tous (qui suis-je pour juger ?), prêche écologie et décroissance, fait inscrire dans le Catéchisme une condamnation claire de la peine de mort (jusqu'alors, l'Église l'admettait dans certains cas) et voit sa popularité baisser dans les sondages pour avoir rappelé sans relâche la nécessité d'accueillir les migrants, apportant dernièrement son soutien à l'Église italienne qui s'oppose de plus en plus à la politique anti-immigration de Matteo Salvini... Ce pape-là dérange l'ordre établi, certes, assurément !

Pas assez ! diront certains, mais on perçoit bien dans le film qu'au plus haut de la hiérarchie de l'institution, il énerve ferme, et les fidèles les plus conservateurs de l'église ont du mal à retenir leurs critiques, à deux doigts de remettre en cause la sacro-sainte infaillibilité papale. Quant aux chefs d'État qui défilent pour lui donner l'accolade, on voit bien qu'ils s'agacent, dans les coulisses, de ses discours sur l'immigration, l'écologie, la dictature de l'économie et les excès du libéralisme... 
Il serait néanmoins excessif de prétendre comme certains médias américains que ce pape-là est « marxiste »... Mais c'est égal, à une époque où un cynisme grinçant est devenu le style dominant, où l'individualisme et la vision à court terme sont partagés par le plus grand nombre, il est plutôt bienfaisant d'entendre le « souverain pontife » défendre comme une évidence « le bien commun », une gestion durable et économe des bienfaits de notre mère nature, suggérant aux cardinaux rassemblés de se mettre au diapason de son modèle François d'Assise en réduisant leur consommation à ce qui leur est nécessaire...
On le suit dans ses voyages, notamment en Amérique Latine, au contact direct des gens, qu'il aime toucher, qu'il aime embrasser... et il y a une chaleur sincère dans ces échanges chaleureux dont on voit bien qu'ils ne datent pas d'hier et qu'il est là comme un poisson dans l'eau.

Wenders avoue que dans ses rêves les plus fous, il n'aurait jamais imaginé faire un jour un film sur un pape... Il a fallu une conversation avec le responsable de la communication du Vatican, grand connaisseur du cinéma, pour qu'il se décide : « il ne m'a donné aucune consigne, ni sur le type de film, ni sur le concept, la production devait être indépendante, j'avais carte blanche. C'était très excitant ». Tout lui était ouvert. Plutôt qu'une biographie, il a choisi de faire le film « avec » le pape, où sa parole prend une place essentielle, directe, sans filtre, spontanée... François livre ses convictions, comme à bâtons rompus, avec un humour qu'on n'attendait pas ici, et un sens de la communication sans faille, loin du personnage imposant que la fonction évoque : n'est-il pas un des représentants de la plus grande religion du monde (on recense deux milliards et demi de chrétiens, dont la moitié de catholiques) ? Une parole qui compte même pour les mécréants qui reconnaîtront là le sceau même du bon sens paysan : « avec des films, on ne peut pas changer fondamentalement le monde, mais l'idée du monde, oui ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 19 et vendredi 21 16h15, jeudi 20 et dimanche 23 14h, samedi 22, 14h, 16h, lundi 24 16h10, mardi 25 14h, 20h45

 

MA FILLE

(FIGLIA MIA) Laura BISPURI - Italie 2018 1h37mn VOSTF - avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Sara Casu, Udo Kier... Scénario de Francesca Manieri et Laura Bispuri.

 

Vittoria, dix ans, vit avec ses parents dans un village reculé de Sardaigne. Un jour de fête, elle rencontre Angelica, une femme dont l’esprit libre et l’attitude provocante tranchent avec le caractère posé de sa mère, Tina. Vittoria est fascinée, mais sa mère ne voit pas d’un bon œil ses visites de plus en plus fréquentes à la ferme où Angelica vit comme hors du monde. Elle ne sait pas que les deux femmes sont liées par un secret. Un secret qui la concerne, elle…

Tout commence par un rodéo. Une fête locale où Vittoria rencontre pour la première fois Angelica. Il n’y a pas que les cowboys qui vont être secoués dans Figlia mia. Plus encore que les personnages, ce sont nos attentes et nos conventions (celles sur la femme, la famille, l’éducation…) que Laura Bispuri va bousculer sans ménagement. Tout comme dans son précédent film, le mystérieux Vierge sous serment, la réalisatrice nous montre une féminité qui se construit loin des clichés, et nous présente sous un jour tout à fait normal une situation qui pourrait pourtant faire se dresser les cheveux sur les têtes les plus coincées. Sans introduction explicative, elle nous met d’emblée sur la selle et zou : plongés dans le quotidien de ces trois personnages féminins, à nous d’essayer de deviner qui est la mère et qui est la fille, qui éduque qui dans ce drôle de drame.
Opposant la sage Valéria Golino à l’exubérante Alba Rohrwacher (une fois de plus géniale, cette fois-ci dans le rôle d’une épave sexy-déglinguée), Figlia mia fait mine d’utiliser les antagonismes de la comédie. Bispuri fait mine également de respecter les archétypes de la femme italienne. Sauf qu’ici la maman et la putain ne sont là pour personne d’autre que leur fille, et les mecs peuvent bien aller se faire voir. Vittoria et ses deux mamans vivent en effet dans un monde presque sans hommes : à l’image du père taiseux de la fillette, ceux-ci existent, sont même bien écrits, mais sont complètement satellites à l’intrigue ou ne servent que de plans cul anonymes. Ce qui se trame ici ne les concerne pas. Le mystérieux secret qui lie les trois héroïnes, c’est une affaire de femmes.
Figlia mia n’est pourtant pas une comédie. On n’y perd jamais de vue les émotions à vif des protagonistes, même lorsque celles-ci sont sur le point d’être avalées par les décors de cette campagne sarde. Le temps de deux plans en miroir, Golino et Rohrwacher fondent chacune en larmes, l’une dans un nuage de poussière solaire, l’autre dans la clarté de la lune, l’effet est remarquable. Sans rien révéler, le scénario de Laura Bispuri lance surtout des pistes fort mélodramatiques, mais qui sont sans cesse contrebalancées par une subtilité d’écriture, ainsi qu‘une subtilité intellectuelle : ici, si les femmes luttent, ce n’est jamais pour un homme (ou pour une éventuelle transposition lesbienne). Face à leurs hommes-objets, ces femmes-là sont des sujets.

Pour toutes ces raisons, alors même qu’il n’est à aucun moment question d’homosexualité ou d’homoparentalité, il y a pour qui sait lire entre ces lignes-là quelque chose d’éminemment « queer » et subversif dans Figlia mia. Sous des apparences de mélo féminin des chaumières, le film nous raconte comment un vent de folie anarchique et enthousiasmant vient redistribuer les rôles familiaux. Un bien beau rodéo.

(G. Coutaut, filmdeculte.com)

Vox (Fréjus) : mercredi 19 14h, 18h, jedui 20 16h, 20h45, vendredi 21, dimanche 23 14h, 18h30, samedi 22 14h, 19h15, lundi 24 14h, 17h45, mardi 25 14h, 20h45

 

 

SOFIA

Écrit et réalisé par Meryem BENM'BAREK - Maroc/France 2018 1h20mn VOSTF - avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi, Sarah Perles...

 

C’est un Maroc complexe, que l’on voit peu au cinéma, que nous montre ce premier film percutant. Il commence par l’histoire presque banale d’une jeune fille, Sofia, pour embrasser des enjeux qui dépassent largement ceux du simple cadre familial. D’ailleurs, la première phrase du film donne le ton : ici, « sont passibles d’emprisonnement toutes personnes ayant des relations sexuelles hors mariage. »

Sofia… Avec ses airs maussades de chatte échaudée, on croirait presque qu’elle est une de ces « fatmas » embauchées au service d’une famille bourgeoise casablancaise tant on a du mal à deviner qu’elle en fait partie intégrante. Pourtant ce sont bien ses oncle et tante auxquels elle apporte les plats ; et la jolie demoiselle à leurs côtés, svelte et élégante, est bel et bien sa cousine Lena. Au premier coup d’œil, il semble clair que les deux jeunes femmes n’ont de commun que le nom et qu’elles ne sont pas de la même extraction sociale. Lena a l'élégance naturelle, un niveau culturel suffisant pour boucler ses études de médecine et devenir indépendante, l’aisance et l’assurance de celles qui sont bien nées. En témoignent son maquillage discret, ses vêtements occidentaux, tandis que Sofia transpire fébrile sous une Djellaba informe qui semble la prédestiner à une vie arrangée par d’autres. Lena ne lui prêterait d’ailleurs guère attention si elle ne se sentait investie de son rôle de future toubib. Car sa cousine a beau essayer de minimiser la chose, les grimaces que lui arrachent les maux de ventre qui régulièrement l’assaillent deviennent progressivement difficiles à dissimuler. Quand enfin elle se laisse examiner par Lena, à l’abri des regards, dans l’intimité de la cuisine, le diagnostic est cinglant : Sofia est enceinte, voire au bord d’accoucher. L’enfant à naître devenant une preuve criante que la jeune fille en fleur a fauté, hors mariage. Une grossesse tellement impensable et si peu désirée qu’elle ne l’a même pas ressentie, ni soupçonnée.

Prétextant l’amener à la pharmacie, Lena embarque sa cousine dans un périple palpitant entre hôpitaux, postes de police et bas quartiers de Casablanca dans l’espoir de trouver une solution tout en cachant la situation à la famille. Plus l’intrigue avance, monte en puissance, plus on mesure combien cette course contre la montre est désespérée. Trouver une main tendue dans un pays qui promet la geôle aux êtres secourables est quasiment peine perdue. C’est un poids terrible qui pèse tant sur les épaules des soignants qui pourraient être compatissants que sur celles des fonctionnaires qui collaborent peu ou prou à un système injustement répressif. Plus Sofia se tord de douleur sous l’effet des contractions, plus on doute qu’elle puisse trouver un havre où accoucher en paix. Et quand bien même, il lui faudrait encore dénoncer un géniteur ou un violeur dans l’espoir, si ce n’est d’éviter, du moins de réduire la sentence qui menace de s’abattre sur elle. Mais on devine qu'une peine acceptée et purgée ne serait même pas suffisante pour endiguer la vindicte populaire. Quelques instants de tendresse ou de désir chèrement payés ! se dit-on, mais rien ne sera, là encore, aussi simple qu'on l'imagine. 

L’histoire de Sofia, très réaliste, est l’occasion d’aller explorer les arcanes cachés d’une société qui, sous ses airs modernistes, maintient une partie de sa population (féminine comme masculine) dans des carcans séculaires. Le film devient alors dénonciation sociologique et politique, jamais démonstrative mais ô combien efficace. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 15, jeudi 16 18h30, vendredi 21 et mardi 25 14h, samedi 22 18h10, dimanche 23 20h30, lundi 24 15h55

 

BURNING

LEE Chang-Dong - Corée du Sud 2018 2h28 VOSTF - avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jeong-seo... Scénario de Lee Chang-Dong et Oh Jung-mi, d'après une nouvelle de Haruki MurakamiFestival de Cannes 2018, Prix de la Critique Internationale (Fipresci).

 

Lors du dernier Festival de Cannes, la presse internationale, quasi unanime, avait fait de Burning son grand favori pour la Palme d'or… le jury en a décidé autrement ! Mais peu importent les récompenses, le film du coréen Lee Chang-Dong est une réussite impressionnante. Transposant en Corée la nouvelle du grand écrivain japonais Haruki Murakami, Lee Chang-Dong nous donne une œuvre magnétique, aux images d'une beauté hypnotique. Dès qu’on y pénètre, on est rivé aux pas des personnages, qu’on n’a plus envie de lâcher. On s’attache à eux, à leurs errances, à leurs silences effarouchés. On est pris par un récit intrigant qui ne cesse, plus il avance, de gagner en densité. On est envoûté par la poésie qui s’immisce subtilement dans les détails infimes et improbables de la vie.

Tout commence par un coup de foudre, dans un endroit qui n’a rien de romantique, en plein quartier commercial de Séoul. Lee Jong-soo effectue une banale livraison pour son boulot lorsqu'une jeune femme de son âge, tous sourires dehors, le ferre de son regard espiègle, plus acéré qu’un hameçon. C’est qu’il faut drôlement insister pour se faire remarquer par ce charmant garçon qui semble passer un peu à côté de la vie et qui regarde d'ailleurs la fille d'un air hébété quand elle l’interpelle par son nom : entre eux un passé qu’il a oublié, à moins qu’il n’ait jamais existé ? Cette question nous titillera tout au long du film, entêtante, jusqu’à devenir obsessionnelle. En tout cas, à cet instant-là, devant un étal de gadgets clinquants, notre livreur tombe irrémédiablement sous le charme de celle qui dit être son ancienne camarade d’école. Plus tard dans la soirée, autour de quelques verres de bière et de soju, Jong-soo boit chaque parole, chaque geste de la pétillante Haemi tandis qu’elle se délecte de quartiers de mandarines imaginaires qu’elle épluche avec grâce, en fervente pratiquante de la pantomime… Entre ses mains, la réalité parait soudain plus virtuelle que les rêves, tant il lui suffit de la réinventer. 
Le jeune homme a à peine le temps de goûter à cette douce complicité naissante que la donzelle lui annonce son départ en Afrique, tout en lui demandant de veiller sur son appartement durant son absence. Bien que Jong-soo doive régler en parallèle une histoire familiale épineuse, il vient chaque jour, méticuleusement, changer l’eau d’un chat invisible… Il respire les parfums de la femme aimée, espère la chaleur de sa peau dans les froissements de ses draps. L’attente se fait lumineuse, à l’image de l’unique rayon de soleil fugace qui pénètre chaque jour un bref instant, par ricochet, dans le minuscule appartement. 
Mais quand Haemi revient de son périple, c’est quasiment au bras d’un autre garçon, aussi rayonnant que Gatsby le magnifique. Tout dans la vie semble sourire à Ben, rien ne peut lui résister. Il fréquente les beaux quartiers, occupe mystérieusement ses journées sans avoir l’air de travailler, roule dans une Porsche rutilante avec laquelle la vieille camionnette brinquebalante de Jong-soo ne saurait rivaliser. Entre les trois se tisse une relation ambiguë, à géométrie variable, presque élastique. Plus le récit avance, plus on comprend qu’on est loin d’avoir compris et émergent une foultitude de scénarios. C’est un film sans cesse intrigant, palpitant, qui à chaque virage qu’il prend se métamorphose en autre chose. Cerise sur le gâteau, c’est une plongée dans une Corée du Sud authentique, dans ses contrastes, ses contradictions. La populeuse Séoul transpire la solitude, ses tours dorées (celles de Gangnam) font toujours plus d’ombre aux quartiers qui plongent dans la précarité. Le high tech de la capitale flirte avec la pauvreté des terres agricoles alentour, depuis lesquelles on entend les borborygmes nord-coréens…(Utopia)

Vox (Fréjus) : jeudi 20 17h50, samedi 22 18h, lundi 24 18h10

 

BLACKkKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

 

Mais bon sang qu'on est heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansman né de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai !

Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil rights act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquées de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement loin de la théorie de l'égalité des Afro-américains à la mise en pratique en terme de droits, de traitement, de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolués de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques aux USA. Parsemant les dialogues d'allusions (très peu) voilées à l'actualité trumpienne, et amenant in fine le film sur le terrain de la terrifiante actualité, le Doctor Spike signe un magnifique pamphlet politique qui mérite, haut la main, son Prix cannois – pour être parvenu, en deux heures, avec talent et humour, à ranimer la flamme de notre indignation. (Utopia)

 Vox (Fréjus) : mercredi 19 et mardi 25 en VF 18h, vendredi 21 18h en VO, dimanche 23 17h50 en VO

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Au(x) cinéma(s) du 12 au 18 septembre 2018

Bonjour à tous !
 

Après la belle soirée de ce lundi, en compagnie de Patrice Gautier, le réalisateur, et Patrick Chesnais, l'acteur, de Moi et le Che, ceux d'entre vous qui n'ont pas eu le plaisir d'être avec nous, pourront le voir cette semaine dans la programmation ciné club  de CGR !

Ce  dimanche 16, nous vous attendons de nouveau pour notre 1ère soirée à thème de l'année "Jeunes et américains" avec La route sauvage de Audrew Haighune quête et un voyage bouleversants,  et Katie says goodbye de Wayne Roberts, un vrai coup de cœur,  avec, bien sûr notre apéritif Entretoiles entre les deux films.

En ciné club, ces 2 prochaines semaines, nous aurons My Lady de Richard Eyre, puis Une valse dans les allées  de Thomas Stuber, Et nous terminerons le mois avec notre dernière proposition :  En guerre de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, le 30 septembre

A la fin du mois, le 27 septembre, toujours au CGR, le réalisateur Jean Philippe Gaud et l'acteur Olivier Sitruk vous présenteront le film Tazzeka.

Dans la programmation ordinaire des cinémas, au CGR, vous pouvez voir aussi Les vieux fourneaux de Christophe Duthuron, road movie complètement barré.

 

Cette semaine, le reste des films est presque entièrement au Vox à Fréjus : Thunder road où Jim Cummings nous embarque dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud, qui a tout du cauchemar éveillé, Wim Wenders a eu carte blanche du Vatican pour faire,un film avec le pape : Le pape François, homme de parole Laura Bipari raconte un drôle de drame mené par 3 personnages féminins dans Ma filleSofia ,de Meryem Benm'Barek, est  un 1er film percutant ,Burningde Lee Chang Dong est une réussite impressionnante, Blakkklansman de Spike Lee, un thriller qui prend aux tripes, et Mon tissu préféré de Gaya Jiji, un très beau film franco-syrien, reliant l'intimité de l’héroïne à son pays.

 

A Lorgues, allez voir  l’inénarrable Woman at war de Benedikt Erlingsson, un récit brillant et émaillé de surprises, seul film cette semaine.

Et à Cotignac, My lady de Richard Eyre, film passionnant et élégant,

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

 

LA ROUTE SAUVAGE

(Lean on Pete) Écrit et réalisé par Andrew HAIGH - USA 2017 2h01mn VOSTF - avec Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Travis Fimmel, Thomas Mann (II)... D'après le roman de Willy Vlautin.

 

Comme le magnifique The RiderLa Route sauvage trouve son ancrage et son inspiration dans les paysages et les mythes ô combien cinématographiques du western et nous entraîne dans un splendide voyage dans le Grand Ouest américain, adaptant un roman du folk singer de l'Oregon Willy Vlautin. Au cœur du récit, le jeune Charley, 15 ans, laissé à lui même par un père inconstant, fêtard et séducteur, aimant sans doute mais plus encore irresponsable. Charley retrouve goût à la vie et espoir dans un avenir jusque là mal barré quand il croise le chemin de Del, entraîneur de chevaux de courses qui lui propose un petit boulot. Charley se construit là une famille de substitution, avec également Bonnie, une jeune femme jockey désabusée, brisée par les chutes et par les déceptions de la vie. Mais surtout l'adolescent se prend d'affection pour Lean on Pete (c'est le titre original du film), un vieux cheval qui dispute sans doute ses dernières courses et qui risque bien d'être rapidement conduit à l'abattoir : le milieu des courses n'est pas tendre avec les chevaux devenus inutiles… Mais Charley ne va pas laisser faire : quand il sent que le sort funeste de Lean on Pete est scellé, il se lance avec lui dans une fuite aventureuse à travers les montagnes et les étendues arides du Nord-Ouest américain, à la recherche d'une tante adorée dont la vie l'a séparé.

La Route sauvage, dont le titre français sonne comme celui d'un western de John Ford ou d'Henri Hattaway, est un grand beau film à la fois exaltant et désenchanté. Andrew Haigh décrit bien l'univers agité et pathétique des courses de chevaux de deuxième zone, petits gagnants et grands perdants, avec ses entraîneurs magouilleurs dont on ne sait trop si on doit les trouver antipathiques ou pittoresques. Mais on trouve en contrepoint, aussi bien dans le regard usé mais qui veut encore y croire de Bonnie que dans l'œil neuf et candide de Charley, le profond amour des chevaux qui les habite et qu'ils nous transmettent. Et puis il y a le plaisir du voyage dans ces espaces où nulle frontière d'Etat ne semble pouvoir vous arrêter, de la balade dans ces immensités qui font partie intégrante de l'histoire du cinéma américain et de l'amour qu'on lui porte, ici magnifiées par le travail remarquable du directeur de la photographie.

C'est aussi et surtout le film d'une reconstruction, celle de Charley (impressionnante interprétation du jeune Charlie Plummer, récompensé dans plusieurs festivals), adolescent formidablement attachant qui, avant de basculer dans l'âge adulte dont il pressent bien tous les renoncements qui l'accompagnent, veut retrouver coûte que coûte la chaleur d'un foyer incarné par cette tante perdue dont il cherche inlassablement la trace à l'autre bout de l'Etat, autant dire à l'autre bout du monde. Et cette quête est aussi bouleversante que le voyage lui-même. (Utopia)

CGR dimanche 16 septembre à 18h

 

KATIE SAYS GOODBYE

Écrit et réalisé par Wayne ROBERTS - USA 2016 1h26mn VOSTF - avec Olivia Cooke, Christopher Abbott, Chris Lowell, Mireille Enos, Jim Belushi, Mary Steenburgen...

 

Coup de cœur unanime de l’équipe d’Utopia (ce n'est pas si fréquent !) pour ce premier film. Olivia Cooke est une irrésistible, une inoubliable Katie. On sort de Katie says goodbye en état de grâce, encouragés à ne jamais baisser les bras quoiqu’il advienne, à l’instar de l’étonnante protagoniste de l’histoire. 
Qu'y-a-t-il de plus joli chez Katie ? Son sourire angélique qui dévoile de séduisantes fossettes ? Son regard lumineux qui semble rendre le monde plus doux en un battement de cils ? Sa gracieuse silhouette qui se découpe au dessus des herbes rabougries, roussies par le soleil ? Qu’importe ! On est immédiatement conquis. Au beau milieu de n’importe où, Katie semble avoir poussé telle une improbable fleur sur le bitume aride. C’est d’un pas décidé et sautillant qu’elle aborde son parcours journalier au bord de l’interminable route qui la conduit du mobile home, où elle vit à l'étroit avec sa mère Tracey, au petit restaurant routier dans lequel elle bosse comme serveuse. Ici il n’y a rien d’autre, si ce n’est une station essence et quelques maisons en dur pour les mieux nantis qu’elle. Un microcosme fantomatique, hors du temps, perdu dans l’immensité des paysages désertiques de l’Arizona. Seuls les rares camions qui défilent semblent témoigner qu’un ailleurs est possible.

Ici, dans cette communauté isolée et poussiéreuse, battue par les vents, nul ne peut échapper longtemps au regard d’autrui. Même ceux qui feignent de l’ignorer savent comment Katie arrondit ses fins de mois. Si elles ne sont pas celles d’un père, les figures masculines ne font pas défaut dans sa vie. Elle n’y voit pas de mal, non qu’elle soit naïve, mais la chose fait partie depuis toujours de son quotidien : les gémissements des mâles, ceux de sa mère, si proche, si lointaine… Sans une once de malice, Katie donne à qui sait donner, à qui lui donne. Perpétuellement vêtue de son petit tablier blanc et de son uniforme rose comme s’ils étaient ses uniques vêtements, entre deux services, elle amasse quelques précieux billets supplémentaires grâce à des passes rapides qui n’empêchent pas la tendresse, comme c’est le cas avec Bear, un gros nounours de camionneur, en âge d’être son père, qui la couverait presque. Bear c’est plus qu’un simple client, c’est un confident, une épaule rassurante, un de ceux qui la respectent, la voient telle qu’elle est, généreuse, toujours prête à faire le bien, mais pas forcément tel qu’on l'enseigne à l’église ou dans les leçons de morale. Katie est une juste qui ne s’embarrasse pas de préjugés. Si son travail est avant tout alimentaire, elle y trouve comme une seconde famille, peut-être même sa seule famille sans que ce soit énoncé, la patronne de la gargote, Maybelle, étant tellement plus prévenante et attentionnée, bref en un mot plus « maternelle » envers Katie que son immature génitrice perpétuellement empêtrée dans ses histoires de fesses. Pourtant sa fille, inoxydable optimiste, jamais ne la juge, ne la condamne. Au contraire, c’est elle qui dorlote, qui écoute, fait à manger, rapporte l’argent pour permettre à leur duo de survivre. Là où d’autres auraient baissé les bras, pris dans la nasse de ce lourd quotidien, Katie avance radieuse et s’escrime à mettre secrètement assez d’argent de côté pour se payer un aller sans retour vers un eldorado meilleur, avec pour seul bagage l’espoir inaltérable de ses dix sept ans.

Mais la vie, sous les traits d’un beau brun ténébreux quasi mutique, Bruno, va venir chambouler ses sens et ses plans. Pour la première fois Katie aime et va découvrir que c’est une chose bien plus compliquée qu’elle ne l’aurait pensé. D’autant que ce qui aurait dû être un premier amour idyllique va vite être terni par l’empreinte d’un entourage impitoyable et malveillant envers celle qui pourtant est la bienveillance incarnée. On frémit pour elle en la voyant si fragile et désarmée. On constatera bientôt qu’il est des batailles qui se mènent sans armes. 

CGR : dimanche 16 septembre à 20h30

Moi et le Che, de Patrice Gautier (France, 1h30). Scénario: P. Gautier. Avec Patrick Chesnais, Fanny Cottençon, Laurent Bateau, Michel Aumont..

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Un prof d’université soixante-huitard, en plein doute existentiel, cherche à savoir s’il a trahi ses idéaux de jeunesse. Patrice Gautier signe une petite comédie anar, où Patrick Chesnais s’amuse comme un gamin.

« L’avenir, c’est l’art d’accommoder les restes. » Tel est le slogan de cette comédie, mineure mais sympathique, sur la perte des illusions. Trente-trois ans après son premier long métrage pour le cinéma (L’Amour ou presque), Patrice Gautier imagine un prof d’université soixante-huitard à l’heure du bilan. Loin de se réduire à du bavardage, cette interrogation existentielle prend la forme d’une mini-enquête autour d’une photographie d’Ernesto « Che » Guevara prise en Bolivie en 1967 – c’est la meilleure idée du film. Le héros n’y apparaît pas, alors qu’il est persuadé d’avoir assisté à la scène. Paradoxalement, sa présence pourrait faire de lui un traître puisque, raconte-t-il, figure sur le cliché celui qui a vendu le héros de la révolution cubaine à la CIA. Lequel devient pure allégorie des idéaux de jeunesse.

Le réalisateur, habitué aux normes de la télévision – il y a fait l’essentiel de sa carrière –, profite de l’occasion pour se libérer des dogmes scénaristiques. Son film repose sur une succession de saynètes foutraques et une narration distanciée : les proches de l’enseignant lui rendent successivement visite dans son appartement, vidé après le départ de sa femme, et multiplient les adresses à la caméra. Moi et le Che aurait, bien sûr, mérité d’être resserré. Pourtant l’écriture de Gautier, brouillonne mais toujours spontanée, lui donne une sorte de fraîcheur anar.

Dans ce rôle d’intellectuel grincheux fan de rock, Patrick Chesnais cabotine joyeusement : il s’amuse, lui aussi, comme un gamin. Pour son one-man-show en quasi-huis clos, il est épaulé par de vieux briscards (Michel AumontMohamed FellagPhilippe Nahon). Qu’il soit aussi l’alter ego du cinéaste donne à ce long métrage des allures de comédie générationnelle. (Télérama)

CGR : mercredi 12 11h, jeudi 13 18h, vendredi 14 et mardi 18 16h30, lundi 17 19h50

 

LES VIEUX FOURNEAUX

Christophe DUTHURON - France 2018 1h30mn - avec Pierre Richard, Roland Giraud, Eddy Mitchell, Alice Pol, Henri Guybet... Scénario de Wilfrid Lupano et Christophe Duthuron, d’après la bande dessinée de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

LES VIEUX FOURNEAUX

Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce n’est assurément pas dans les vieux fourneaux qu’on fait toujours les meilleurs gâteaux. C’est pareil pour les hommes. Même avec une santé de fer, la rouille leur joue des tours, les horloges biologiques progressivement se mettent en berne. Avec le temps, Pierrot, Mimile et Antoine sont bel et bien devenus presbytes comme si être de véritables casse-couilles durant une vie entière ne leur avait pas suffi ! Persifler, se moquer, s’engueuler, se mettre minables… des signes qui ne trompent pas, ceux d’une longue amitié qui a pris trop de bouteille pour qu’on ait envie de la dater. En tout cas ils se sont connus en culotte courte sur les bancs de l’école d’un bled paumé où les ragots poussaient déjà plus dru que le chiendent. Puis, le temps aidant, ils se sont un peu perdus de vue… ça fait du bien parfois.

Mais par un de ces mauvais jours tels que le destin sait les pondre, Lucette, la femme d’Antoine, passe l’arme à gauche. Mimile, pépère dans sa maison de retraite, n’a pas l’intention d’en bouger pour les funérailles. Les crémations, c’est pas sa tasse de thé, alors déjà qu’il ne coupera pas à la sienne, aller à celle des autres, c’est trop ! Des arguments que son couillon de poteau Pierrot (l’inénarrable Pierre Richard en grande forme) n’entend pas de cette oreille… C’est pas qu’il soit sourd, mais il est plus tenace qu’un roquet quand il a une idée en tête, il s’accroche à vos basques et ne lâche jamais. Mimile abdique donc, voyant bien qu’il n’aura pas le dessus… À croire que les luttes, le syndicalisme, ça entretient ! Pierrot vient donc le chercher à toute berzingue et l’engouffre dans sa tire hors d’âge. Là il n’y a plus qu’à rester accroché, en maugréant. Non seulement Pierrot est bigleux comme pas deux, mais il adore la vitesse ! Un vrai danger public ! Voilà nos deux papis en goguette qui roulent à tombeau ouvert pour aller assister à l’enterrement de Lucette. Heureusement, ceux qu’ils croisent ont de bons réflexes !
La cérémonie bat son plein… Malgré le chagrin, c’est l’occasion de reformer la bande de jadis… On s’enfile des coups à boire, des charcutailles en s’asseyant un peu sur les conseils des médecins : ça  fait du bien ! Chacun se sent reverdir. Décidément ils n’aiment pas vieillir, mais si c’est la seule façon de rester en vie… Ils évoquent les frasques du bon vieux temps, bien conscients que parfois il vaut mieux mettre le passé en veilleuse et laisser leur part d’ombre aux secrets : « l’amitié, c’est comme le pinard : si tu veux que ça se garde, il ne faut pas de lumière et garder à la bonne température »… Et puis on a « autre chose à foutre que de se souvenir ! » Pourtant on y vient quand même au passé. La proximité de leur village d’enfance, la ferme de Berthe à deux pas… Et quand on apprend que la quiche est faite avec les œufs de ses poules, alors là on boycotte et on engueule la cuisinière, enceinte jusqu’aux yeux, qui n’y comprend goutte ! Ils continueraient longtemps à déblatérer sur le compte des autres, explosant d’un rire un peu honteux dès qu’on évoque les mauvaises blagues faites à Berthe (qui avait peint ses vaches, déjà ?), mais une lettre va mettre le feu aux poudres et déclencher une cascade d’événements drôlatiques. Antoine s’enfuit pour aller commettre le pire, Mimile et Pierrot partent à ses trousses…

Le film à partir de là prend des allures de road movie complètement barré et on se fend littéralement la poire ! (Utopia)

CGR : mercredi 12, jeudi 13 et samedi 15 16h, 17h55, 19h50 - vendredi 14, dimanche 16, lundi 17 à 16h, 17h55 - mardi 18 17h55, 19h50

 

THUNDER ROAD

Écrit et réalisé par Jim CUMMINGS - USA 2018 1h31 VOSTF - avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson, Chelsea Edmundson, Macon Blair, Bill Wise... Musique de Jim Cummings.

Thunder road, véritable météore cinématographique, s'ouvre sur une séquence d'anthologie, 10 minutes qui paraissent en roue libre et qui distillent subtilement, tour à tour, la stupeur, l'hilarité, le malaise – et pour finir une mélancolie mâtinée de sidération. Aussi poignante que drôle, la séquence d'une redoutable efficacité donne instantanément le ton tragi-comique, le rythme syncopé du film, et on redoute même un instant qu'il ne s'en remettra pas : trop gonflé, trop perché, impossible de tenir 90 minutes de même (allez, on vous rassure immédiatement : si, jusqu'au bout ça marche).

Tout commence donc dans une église, avec une saleté de lecteur CD pour enfant en plastique rose qui ne veut pas marcher. Une catastrophe banale, un grain de sable anodin qui prend des proportions dramatiques parce que, sur ce radiocassette, l'officier de police Jim Arnaud, flic décoré, fils modèle, papa attentif, rasé de près et tiré à quatre épingles dans son uniforme frais repassé, ne pourra pas passer la chanson Thunder road, de Bruce Springsteen, à l'enterrement de sa mère. Trois fois rien, mais ce qui est à peine un incident pour le commun des mortels se révèle un véritable drame à l'échelle de ce brave type qui, lancé dans son éloge funèbre devant un public débordant de compassion, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément dans un invraisemblable flot de paroles aux branches improbables de ses sentiments tumultueux. L'officier de police Jim Arnaud enterre sa mère et, c'est une évidence, est complètement largué. Sans repère, sans limite, il interloque, met mal à l'aise, arrache un sourire et le fige tour à tour. Et, foi de spectateur, c'est un rare plaisir que de se laisser ballotter ainsi entre comédie et mélodrame, jouet d'émotions contradictoires, entre lard et cochon, sans trop savoir s'il est indécent d'en rire ou ridicule de se laisser émouvoir. 
En reproduisant méthodiquement son motif de déconstruction, mentale, sociale, affective, le film brosse le portrait de ce brave flic d'un trou perdu (quelque part au sud) qui assiste, impuissant, à la désintégration progressive mais inéluctable de sa vie. Avec la mort de sa mère, c'est visiblement une digue qui a cédé. La garde de sa fille – trois pauvres jours par semaine qu'il tente tant bien que mal de convertir en affection paternelle – lui est dorénavant refusée par son ex. Son boulot – sa mission, son dernier lien avec le monde extérieur – lui est retiré par une hiérarchie qui s'inquiète des conséquences de ses errements. Tout part à vau-l'eau. La nécessité de faire bonne figure ne résiste pas aux assauts de désespoir qui ravagent tout sur leur passage.

Toujours sur le fil, Jim Cummings parvient, aussi bien par son interprétation exubérante que par sa réalisation d'une précision et d'une sobriété exemplaires, à nous embarquer dans la dégringolade de l'officier Jim Arnaud qui a tout du cauchemar éveillé. Au-delà du premier malaise, il réussit surtout à nous faire aimer cet homme intranquille, à nous attendrir, à nous faire rire, vibrer, trembler, au spectacle de sa danse au bord de la falaise. Et dresse en creux le portrait attachant d'une Amérique d'en bas, sonnée par les crises, en perte de repères, qui s'efforce en vain de ressembler à son portrait de nation forte, à sa mythologie triomphante, invincible, qui a tellement de plomb dans l'aile. Une Amérique qui fait ce qu'elle peut, avec sincérité. Avec, au bout du chemin, peut-être, la promesse informulée d'un nouveau départ, d'une seconde chance. Comme celle à laquelle aspire le couple prêt à prendre la route dans Thunder road, la chanson : « Oh-oh come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 12 et samedi 15 13h45, 17h30, 21h15, jeudi 13 13h45, , 20h30, vendredi 14 14h, 18h, 21h15, dimanche 16 14h, 21h15, lundi 17 13h45, 17h20, 21h, mardi 18 14h, 17h30, 19h25

 

LE PAPE FRANÇOIS, UN HOMME DE PAROLE

Wim WENDERS - documentaire Italie 2018 1h36mn

Ça vous en bouche un coin : la bouille du pape dans la gazette d’Utopia et qui plus est pour un film commandé par le Vatican lui-même à Wim Wenders...... J'en connais plus d'un parmi vous chez qui la simple évocation de l'Église, ses pompes et ses œuvres, provoque une crise d'urticaire et qui s'étonnent déjà qu'on recommande et qu'on loue ce film. Certains cinéphiles, pourtant fans du cinéaste, sont prêts à renier Wenders pour avoir réalisé un documentaire où il ne cache pas être tombé sous le charme d'un pape qu'il apprécie pour son choix de rompre avec la prudence et la tiédeur habituelle de l'Église. Un pape qui choisit François d'Assise comme modèle, refuse les signes extérieurs de richesse, préfère habiter dans un endroit relativement modeste plutôt que sous les ors du Vatican, plaide la bienveillance pour tous (qui suis-je pour juger ?), prêche écologie et décroissance, fait inscrire dans le Catéchisme une condamnation claire de la peine de mort (jusqu'alors, l'Église l'admettait dans certains cas) et voit sa popularité baisser dans les sondages pour avoir rappelé sans relâche la nécessité d'accueillir les migrants, apportant dernièrement son soutien à l'Église italienne qui s'oppose de plus en plus à la politique anti-immigration de Matteo Salvini... Ce pape-là dérange l'ordre établi, certes, assurément !

Pas assez ! diront certains, mais on perçoit bien dans le film qu'au plus haut de la hiérarchie de l'institution, il énerve ferme, et les fidèles les plus conservateurs de l'église ont du mal à retenir leurs critiques, à deux doigts de remettre en cause la sacro-sainte infaillibilité papale. Quant aux chefs d'État qui défilent pour lui donner l'accolade, on voit bien qu'ils s'agacent, dans les coulisses, de ses discours sur l'immigration, l'écologie, la dictature de l'économie et les excès du libéralisme... 
Il serait néanmoins excessif de prétendre comme certains médias américains que ce pape-là est « marxiste »... Mais c'est égal, à une époque où un cynisme grinçant est devenu le style dominant, où l'individualisme et la vision à court terme sont partagés par le plus grand nombre, il est plutôt bienfaisant d'entendre le « souverain pontife » défendre comme une évidence « le bien commun », une gestion durable et économe des bienfaits de notre mère nature, suggérant aux cardinaux rassemblés de se mettre au diapason de son modèle François d'Assise en réduisant leur consommation à ce qui leur est nécessaire...
On le suit dans ses voyages, notamment en Amérique Latine, au contact direct des gens, qu'il aime toucher, qu'il aime embrasser... et il y a une chaleur sincère dans ces échanges chaleureux dont on voit bien qu'ils ne datent pas d'hier et qu'il est là comme un poisson dans l'eau.

Wenders avoue que dans ses rêves les plus fous, il n'aurait jamais imaginé faire un jour un film sur un pape... Il a fallu une conversation avec le responsable de la communication du Vatican, grand connaisseur du cinéma, pour qu'il se décide : « il ne m'a donné aucune consigne, ni sur le type de film, ni sur le concept, la production devait être indépendante, j'avais carte blanche. C'était très excitant ». Tout lui était ouvert. Plutôt qu'une biographie, il a choisi de faire le film « avec » le pape, où sa parole prend une place essentielle, directe, sans filtre, spontanée... François livre ses convictions, comme à bâtons rompus, avec un humour qu'on n'attendait pas ici, et un sens de la communication sans faille, loin du personnage imposant que la fonction évoque : n'est-il pas un des représentants de la plus grande religion du monde (on recense deux milliards et demi de chrétiens, dont la moitié de catholiques) ? Une parole qui compte même pour les mécréants qui reconnaîtront là le sceau même du bon sens paysan : « avec des films, on ne peut pas changer fondamentalement le monde, mais l'idée du monde, oui ». (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 12 et samedi 15 en VF 13h45, 18h45, 21h, jeudi 13 en VF 13h45, 15h45, 20h30, vendredi 14 VF 14h, VO 20h, dimanche 16 en VF, 14h, 16h, 21h, lundi 17 en VF 13h45, 20h30, mardi 18 en VF 14h, 18h45, 21h

 

MA FILLE

(FIGLIA MIA) Laura BISPURI - Italie 2018 1h37mn VOSTF - avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Sara Casu, Udo Kier... Scénario de Francesca Manieri et Laura Bispuri.

Vittoria, dix ans, vit avec ses parents dans un village reculé de Sardaigne. Un jour de fête, elle rencontre Angelica, une femme dont l’esprit libre et l’attitude provocante tranchent avec le caractère posé de sa mère, Tina. Vittoria est fascinée, mais sa mère ne voit pas d’un bon œil ses visites de plus en plus fréquentes à la ferme où Angelica vit comme hors du monde. Elle ne sait pas que les deux femmes sont liées par un secret. Un secret qui la concerne, elle…

Tout commence par un rodéo. Une fête locale où Vittoria rencontre pour la première fois Angelica. Il n’y a pas que les cowboys qui vont être secoués dans Figlia mia. Plus encore que les personnages, ce sont nos attentes et nos conventions (celles sur la femme, la famille, l’éducation…) que Laura Bispuri va bousculer sans ménagement. Tout comme dans son précédent film, le mystérieux Vierge sous serment, la réalisatrice nous montre une féminité qui se construit loin des clichés, et nous présente sous un jour tout à fait normal une situation qui pourrait pourtant faire se dresser les cheveux sur les têtes les plus coincées. Sans introduction explicative, elle nous met d’emblée sur la selle et zou : plongés dans le quotidien de ces trois personnages féminins, à nous d’essayer de deviner qui est la mère et qui est la fille, qui éduque qui dans ce drôle de drame.
Opposant la sage Valéria Golino à l’exubérante Alba Rohrwacher (une fois de plus géniale, cette fois-ci dans le rôle d’une épave sexy-déglinguée), Figlia mia fait mine d’utiliser les antagonismes de la comédie. Bispuri fait mine également de respecter les archétypes de la femme italienne. Sauf qu’ici la maman et la putain ne sont là pour personne d’autre que leur fille, et les mecs peuvent bien aller se faire voir. Vittoria et ses deux mamans vivent en effet dans un monde presque sans hommes : à l’image du père taiseux de la fillette, ceux-ci existent, sont même bien écrits, mais sont complètement satellites à l’intrigue ou ne servent que de plans cul anonymes. Ce qui se trame ici ne les concerne pas. Le mystérieux secret qui lie les trois héroïnes, c’est une affaire de femmes.
Figlia mia n’est pourtant pas une comédie. On n’y perd jamais de vue les émotions à vif des protagonistes, même lorsque celles-ci sont sur le point d’être avalées par les décors de cette campagne sarde. Le temps de deux plans en miroir, Golino et Rohrwacher fondent chacune en larmes, l’une dans un nuage de poussière solaire, l’autre dans la clarté de la lune, l’effet est remarquable. Sans rien révéler, le scénario de Laura Bispuri lance surtout des pistes fort mélodramatiques, mais qui sont sans cesse contrebalancées par une subtilité d’écriture, ainsi qu‘une subtilité intellectuelle : ici, si les femmes luttent, ce n’est jamais pour un homme (ou pour une éventuelle transposition lesbienne). Face à leurs hommes-objets, ces femmes-là sont des sujets.

Pour toutes ces raisons, alors même qu’il n’est à aucun moment question d’homosexualité ou d’homoparentalité, il y a pour qui sait lire entre ces lignes-là quelque chose d’éminemment « queer » et subversif dans Figlia mia. Sous des apparences de mélo féminin des chaumières, le film nous raconte comment un vent de folie anarchique et enthousiasmant vient redistribuer les rôles familiaux. Un bien beau rodéo.

(G. Coutaut, filmdeculte.com)

Vox (Fréjus) : mercredi 12 et samedi 15 13h45, 16h, 19h30, jeudi 13 13h45, 18h30, vendredi 14 14h, 15h50, 19h30, dimanche 16 14h, 15h45, 19h30, lundi 17 13h45, 15h50, 19h15, mardi 18 14h, 21h

 

 

SOFIA

Écrit et réalisé par Meryem BENM'BAREK - Maroc/France 2018 1h20mn VOSTF - avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi, Sarah Perles...

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C’est un Maroc complexe, que l’on voit peu au cinéma, que nous montre ce premier film percutant. Il commence par l’histoire presque banale d’une jeune fille, Sofia, pour embrasser des enjeux qui dépassent largement ceux du simple cadre familial. D’ailleurs, la première phrase du film donne le ton : ici, « sont passibles d’emprisonnement toutes personnes ayant des relations sexuelles hors mariage. »

Sofia… Avec ses airs maussades de chatte échaudée, on croirait presque qu’elle est une de ces « fatmas » embauchées au service d’une famille bourgeoise casablancaise tant on a du mal à deviner qu’elle en fait partie intégrante. Pourtant ce sont bien ses oncle et tante auxquels elle apporte les plats ; et la jolie demoiselle à leurs côtés, svelte et élégante, est bel et bien sa cousine Lena. Au premier coup d’œil, il semble clair que les deux jeunes femmes n’ont de commun que le nom et qu’elles ne sont pas de la même extraction sociale. Lena a l'élégance naturelle, un niveau culturel suffisant pour boucler ses études de médecine et devenir indépendante, l’aisance et l’assurance de celles qui sont bien nées. En témoignent son maquillage discret, ses vêtements occidentaux, tandis que Sofia transpire fébrile sous une Djellaba informe qui semble la prédestiner à une vie arrangée par d’autres. Lena ne lui prêterait d’ailleurs guère attention si elle ne se sentait investie de son rôle de future toubib. Car sa cousine a beau essayer de minimiser la chose, les grimaces que lui arrachent les maux de ventre qui régulièrement l’assaillent deviennent progressivement difficiles à dissimuler. Quand enfin elle se laisse examiner par Lena, à l’abri des regards, dans l’intimité de la cuisine, le diagnostic est cinglant : Sofia est enceinte, voire au bord d’accoucher. L’enfant à naître devenant une preuve criante que la jeune fille en fleur a fauté, hors mariage. Une grossesse tellement impensable et si peu désirée qu’elle ne l’a même pas ressentie, ni soupçonnée.

Prétextant l’amener à la pharmacie, Lena embarque sa cousine dans un périple palpitant entre hôpitaux, postes de police et bas quartiers de Casablanca dans l’espoir de trouver une solution tout en cachant la situation à la famille. Plus l’intrigue avance, monte en puissance, plus on mesure combien cette course contre la montre est désespérée. Trouver une main tendue dans un pays qui promet la geôle aux êtres secourables est quasiment peine perdue. C’est un poids terrible qui pèse tant sur les épaules des soignants qui pourraient être compatissants que sur celles des fonctionnaires qui collaborent peu ou prou à un système injustement répressif. Plus Sofia se tord de douleur sous l’effet des contractions, plus on doute qu’elle puisse trouver un havre où accoucher en paix. Et quand bien même, il lui faudrait encore dénoncer un géniteur ou un violeur dans l’espoir, si ce n’est d’éviter, du moins de réduire la sentence qui menace de s’abattre sur elle. Mais on devine qu'une peine acceptée et purgée ne serait même pas suffisante pour endiguer la vindicte populaire. Quelques instants de tendresse ou de désir chèrement payés ! se dit-on, mais rien ne sera, là encore, aussi simple qu'on l'imagine. 

L’histoire de Sofia, très réaliste, est l’occasion d’aller explorer les arcanes cachés d’une société qui, sous ses airs modernistes, maintient une partie de sa population (féminine comme masculine) dans des carcans séculaires. Le film devient alors dénonciation sociologique et politique, jamais démonstrative mais ô combien efficace. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 12 15h40, 18h, jeudi 13 15h45, 20h30, vendredi 14 16h10, 18h30, samedi 15 15h30, 1h, dimanche 16 16h, 21h, lundi 17 16h30, 18h10, mardi 18 15h40, 21h15

 

BURNING

LEE Chang-Dong - Corée du Sud 2018 2h28 VOSTF - avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jeong-seo... Scénario de Lee Chang-Dong et Oh Jung-mi, d'après une nouvelle de Haruki MurakamiFestival de Cannes 2018, Prix de la Critique Internationale (Fipresci).

Lors du dernier Festival de Cannes, la presse internationale, quasi unanime, avait fait de Burning son grand favori pour la Palme d'or… le jury en a décidé autrement ! Mais peu importent les récompenses, le film du coréen Lee Chang-Dong est une réussite impressionnante. Transposant en Corée la nouvelle du grand écrivain japonais Haruki Murakami, Lee Chang-Dong nous donne une œuvre magnétique, aux images d'une beauté hypnotique. Dès qu’on y pénètre, on est rivé aux pas des personnages, qu’on n’a plus envie de lâcher. On s’attache à eux, à leurs errances, à leurs silences effarouchés. On est pris par un récit intrigant qui ne cesse, plus il avance, de gagner en densité. On est envoûté par la poésie qui s’immisce subtilement dans les détails infimes et improbables de la vie.

Tout commence par un coup de foudre, dans un endroit qui n’a rien de romantique, en plein quartier commercial de Séoul. Lee Jong-soo effectue une banale livraison pour son boulot lorsqu'une jeune femme de son âge, tous sourires dehors, le ferre de son regard espiègle, plus acéré qu’un hameçon. C’est qu’il faut drôlement insister pour se faire remarquer par ce charmant garçon qui semble passer un peu à côté de la vie et qui regarde d'ailleurs la fille d'un air hébété quand elle l’interpelle par son nom : entre eux un passé qu’il a oublié, à moins qu’il n’ait jamais existé ? Cette question nous titillera tout au long du film, entêtante, jusqu’à devenir obsessionnelle. En tout cas, à cet instant-là, devant un étal de gadgets clinquants, notre livreur tombe irrémédiablement sous le charme de celle qui dit être son ancienne camarade d’école. Plus tard dans la soirée, autour de quelques verres de bière et de soju, Jong-soo boit chaque parole, chaque geste de la pétillante Haemi tandis qu’elle se délecte de quartiers de mandarines imaginaires qu’elle épluche avec grâce, en fervente pratiquante de la pantomime… Entre ses mains, la réalité parait soudain plus virtuelle que les rêves, tant il lui suffit de la réinventer. 
Le jeune homme a à peine le temps de goûter à cette douce complicité naissante que la donzelle lui annonce son départ en Afrique, tout en lui demandant de veiller sur son appartement durant son absence. Bien que Jong-soo doive régler en parallèle une histoire familiale épineuse, il vient chaque jour, méticuleusement, changer l’eau d’un chat invisible… Il respire les parfums de la femme aimée, espère la chaleur de sa peau dans les froissements de ses draps. L’attente se fait lumineuse, à l’image de l’unique rayon de soleil fugace qui pénètre chaque jour un bref instant, par ricochet, dans le minuscule appartement. 
Mais quand Haemi revient de son périple, c’est quasiment au bras d’un autre garçon, aussi rayonnant que Gatsby le magnifique. Tout dans la vie semble sourire à Ben, rien ne peut lui résister. Il fréquente les beaux quartiers, occupe mystérieusement ses journées sans avoir l’air de travailler, roule dans une Porsche rutilante avec laquelle la vieille camionnette brinquebalante de Jong-soo ne saurait rivaliser. Entre les trois se tisse une relation ambiguë, à géométrie variable, presque élastique. Plus le récit avance, plus on comprend qu’on est loin d’avoir compris et émergent une foultitude de scénarios. C’est un film sans cesse intrigant, palpitant, qui à chaque virage qu’il prend se métamorphose en autre chose. Cerise sur le gâteau, c’est une plongée dans une Corée du Sud authentique, dans ses contrastes, ses contradictions. La populeuse Séoul transpire la solitude, ses tours dorées (celles de Gangnam) font toujours plus d’ombre aux quartiers qui plongent dans la précarité. Le high tech de la capitale flirte avec la pauvreté des terres agricoles alentour, depuis lesquelles on entend les borborygmes nord-coréens…(Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 12, samedi 15 et dimanche 16 18h, jeudi 13 et lundi 17 17h40, vendredi 14 20h30, mardi 18 15h55

 

BLACKkKLANSMAN

Spike LEE - USA 2018 2h15mn VOSTF - avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Harry Belafonte... Scénario de Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee et Kevin Willmont, d'après le livre de Ron StallworthGRAND PRIX – FESTIVAL DE CANNES 2018.

 

Mais bon sang qu'on est heureux de retrouver le Spike Lee des grands jours ! Avec ce savoureux BlacKkKlansman né de l’urgence, de l'impérieuse nécessité de rendre coup pour coup au Président Trump, à ses discours nauséeux et au racisme décomplexé qu'il parvient à (res)susciter, Spike Lee, infatigable militant de la cause afro-américaine, revient aux sources de son cinéma : moitié divertissement, moitié tract énervé, un cinéma percutant, drôle et combatif. Et c'est peu dire que ça vous fouette les sangs. La comédie sociale hyper-maligne, écrite au cordeau, habille un thriller politique acéré qui tisse des liens entre la reconstitution historique et l'actualité la plus brûlante – le tout enrobé dans un hommage enthousiasmant à la blaxploitation des années 1970. Et le plus épatant dans tout ça ? Se dire que, sous un scénario au prétexte quasi-invraisemblable, derrière ses rebondissements improbables, tout est documenté, tout est vrai de vrai !

Nous sommes en 1978, à Colorado Springs, charmante bourgade sise au centre géographique des USA. Une idée de l'Amérique profonde, peut-être pas exactement le coin le plus progressiste de la galaxie, notamment en matière de mixité raciale. Le Civil rights act, qui interdit toute forme de discrimination, a été voté en 1964, mais dans ce coin – comme dans une palanquées de bleds chez l'Oncle Sam –, les mouvements suprémacistes blancs, Ku Klux Klan en tête, restent vivaces. Et même hors ces sociétés plus ou moins secrètes à l'idéologie putride, les mentalités peinent à évoluer. Il y a objectivement loin de la théorie de l'égalité des Afro-américains à la mise en pratique en terme de droits, de traitement, de considération. Par exemple, au poste de police de Colorado Springs, on vient enfin de recruter le premier officier noir. Il s'appelle Ron Stallworth et, pour nombre de ses collègues, difficile d'imaginer qu'un descendant d'esclave puisse avoir la moindre compétence à mettre au service de leur noble mission. Vaguement considéré comme un dommage collatéral, une concession politique faite à la rue, une démangeaison en uniforme, on le colle aux archives – avec pour principale mission de résister sans moufter aux quolibets racistes des collègues. Or, le truc de Ron Stallworth, c'est enquêter, infiltrer, jouer, comprendre et démanteler. Faire un vrai boulot de flic. L'occasion – une petite annonce dans le canard local appelant à venir grossir les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan – fait le larron : en se faisant passer pour un extrémiste, Ron contacte le groupuscule de suprémacistes blancs, adhère, infiltre, grimpe rapidement les échelons – et se voit rapidement convié à en intégrer la garde rapprochée, entretenant au passage un rapport privilégié avec le « Grand Wizard » du Klan, David Duke. Tout ça se passe évidemment par téléphone et par écrit, pas question de montrer sa trombine couleur charbon… Flip Zimmerman, un des rares collègues un peu évolués de Stallworth, se fait donc passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman, le Noir et le Juif, font équipe pour neutraliser le Klan.

Mené à un train d'enfer, le thriller de Mister Lee prend aux tripes, étreint, émeut, amuse – et vous fait réviser fissa vos rudiments d'histoire du Mouvement des droits civiques aux USA. Parsemant les dialogues d'allusions (très peu) voilées à l'actualité trumpienne, et amenant in fine le film sur le terrain de la terrifiante actualité, le Doctor Spike signe un magnifique pamphlet politique qui mérite, haut la main, son Prix cannois – pour être parvenu, en deux heures, avec talent et humour, à ranimer la flamme de notre indignation. (Utopia)

 Vox (Fréjus) : jeudi 13 17h45, vendredi 14 15h45, samedi 15 16h, dimanche 16 18h15, lundi 17 15h35, mardi 18 18h10

MON TISSU PRÉFÉRÉ

Gaya JIJI - France / Syrie 2018 1h36mn VOSTF - avec Manal Issa, Ula Tabari, Mariah Tannoury, Saad Lostan, Souraya Baghdadi, Metin Akdülger... Scénario de Gaya Jiji, avec la collaboration d'Eiji Yamazaki.

Nahla est une douce rêveuse. Seule dans l’intimité de sa chambrette, elle sort de leur cachette des nuisettes soigneusement pliées, des tenues sensuelles qu’elle ne saurait porter ouvertement dans sa vie quotidienne à Damas… Nous sommes en mars 2011, le carillon du printemps arabe sonne aux portes de la Syrie mais le quotidien semble s’être figé dans un hiver indélébile, où les femmes n’ont pas la place d’expérimenter, d’apprendre à connaître leurs corps. Déesses toutes-puissantes dans leurs foyers, mais si peu maîtresses de leurs destinés, de leurs émois, impossibles à dévoiler, encore plus à assouvir au grand jour. Le bouillonnement qui monte en Nahla est tout autant indicible. Qui pourrait l’entendre ? La transparente Myriam, sa sœur cadette, irrévocablement emmaillotée dans le carcan familial ? Sa benjamine, dont les coups de gueule ironiques résonnent comme l’espoir d’une génération nouvelle qui ne quémandera plus la permission d’exister ? Sa mère ? Elle n’a d’autre choix que de régner, omnipotente et roide, sur cette maisonnée sans mâle, seule garante de la morale et des traditions depuis la disparition de son mari. Leur vie, à toutes les quatre, semble confinée dans ce huis-clos au féminin, étouffant à force d'être rassurant. Pour Nahla aucune échappatoire. Son parcours se limite à un perpétuel aller-retour entre la boutique, où elle vend sans conviction des fringues à des clientes impossibles à satisfaire, et l’appartement familial.


Tout cela pourrait prendre fin avec l’entrée en lice de Samir, un prétendant syrien sérieux, qui demande un beau jour la main de Nahla, sans même l’avoir effleurée. Mais qu’importe ! Ce beau parti, médecin résidant en Amérique, semble tomber du ciel. Il représente une occasion inespérée de fuir vers un pays de libertés, loin de la guerre civile qui gronde… Mais Nahla a soudain la tête ailleurs, perturbée par la présence d’une drôle de dame qui vient emménager à l’étage du dessus… Elle s’appelle Jiji. Sa bouche est trop large, ses yeux trop grands, son verbe trop haut. Elle semble être passée de l’autre côté de la barrière, dans les strates inaccessibles d’une émancipation interdite aux gens dociles. Nahla, fascinée, l’observe à la dérobée… puis s’enhardit…

Ce très beau premier film, sans être autobiographique, plonge ses racines dans le vécu de la réalisatrice, son rapport à la Syrie, sa terre natale, qu’elle a fui sans retour possible. Loin de se lancer dans un pamphlet véhément, elle procède par petites touches, reliant l’intimité de son héroïne à l’histoire de son pays. Elle nous amène à ressentir l’enjeu politique majeur que représente la sexualité féminine, le climat oppressant qui pèse sur le ventre des femmes. Elle nous donne à voir le courage discret qu’elles déploient au quotidien…(Utopia)

 

Vox (Fréjus) : jeudi 13 16h, vendred et dimanche 16 17h30, lundi 17 20h, mardi  18 16h05

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Au(x) cinéma(s) du 5 au 11 septembre 2018

Bonjour à tous !

Et voilà : Entretoiles vous retrouve après un bel été !

Et voici tout de suite nos propositions cinéphiles pour ce mois de rentrée : tout d'abord, nous vous donnons rendez-vous au CGR ce lundi 10 septembre à 20 heures, pour voir avec nous Moi et le Che, sympathique comédie sur la perte des illusions, de Patrice Gautier, en sa compagnie et celle de l'acteur Patrick Chesnais qui seront avec nous, tous les deux, lors de cette soirée, pour le présenter et animer le débat qui suivra. Venez nombreux et il est peut être prudent de réserver.

Quelques jours plus tard, le dimanche 16, nous vous attendons de nouveau pour notre 1ère soirée à thème de l'année "Jeunes et américains" avec La route sauvage de Audrew Haighune quête et un voyage boulversants,  et Katie says goodbye de Wayne Roberts, un vrai coup de cœur,  avec, bien sûr notre apéritif Entretoiles entre les deux films.

Et nous terminerons le mois avec En guerre de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, le 30 septembre

Dans la programmation ordinaire des cinémas, au CGR, vous pouvez voir aussi Les vieux fourneaux de Christophe Duthuron, road movie complètement barré.

Au Vox, Sofia ,de Meryem Benm'Barek, un 1er film percutant, My lady de Richard Eyre, film passionnant et élégant, The Guilty de Gstav Moller, original et très prenant, Blakkklansman de Spike Lee, un thriller qui prend aux tripes, et enfin l’inénarrable Woman at war de benedikt Erlingsson, un récit brillant et émaillé de surprises...

A Lorgues, allez voir Mary Shelley de Haifaaal-Mansour, qui va du bonheur au drame et Une pluie sans fin (que nous vous proposerons en octobre) de Dong Yue, un 1er film d'une maîtrise absolue.

Et pour terminer, vous trouverez ici aussi le programme de la rentrée du Ciné Soupe à La Redonne

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

 

Moi et le Che, de Patrice Gautier (France, 1h30). Scénario: P. Gautier. Avec Patrick Chesnais, Fanny Cottençon, Laurent Bateau, Michel Aumont..

Un prof d’université soixante-huitard, en plein doute existentiel, cherche à savoir s’il a trahi ses idéaux de jeunesse. Patrice Gautier signe une petite comédie anar, où Patrick Chesnais s’amuse comme un gamin.

« L’avenir, c’est l’art d’accommoder les restes. » Tel est le slogan de cette comédie, mineure mais sympathique, sur la perte des illusions. Trente-trois ans après son premier long métrage pour le cinéma (L’Amour ou presque), Patrice Gautier imagine un prof d’université soixante-huitard à l’heure du bilan. Loin de se réduire à du bavardage, cette interrogation existentielle prend la forme d’une mini-enquête autour d’une photographie d’Ernesto « Che » Guevara prise en Bolivie en 1967 – c’est la meilleure idée du film. Le héros n’y apparaît pas, alors qu’il est persuadé d’avoir assisté à la scène. Paradoxalement, sa présence pourrait faire de lui un traître puisque, raconte-t-il, figure sur le cliché celui qui a vendu le héros de la révolution cubaine à la CIA. Lequel devient pure allégorie des idéaux de jeunesse.

Le réalisateur, habitué aux normes de la télévision – il y a fait l’essentiel de sa carrière –, profite de l’occasion pour se libérer des dogmes scénaristiques. Son film repose sur une succession de saynètes foutraques et une narration distanciée : les proches de l’enseignant lui rendent successivement visite dans son appartement, vidé après le départ de sa femme, et multiplient les adresses à la caméra. Moi et le Che aurait, bien sûr, mérité d’être resserré. Pourtant l’écriture de Gautier, brouillonne mais toujours spontanée, lui donne une sorte de fraîcheur anar.

Dans ce rôle d’intellectuel grincheux fan de rock, Patrick Chesnais cabotine joyeusement : il s’amuse, lui aussi, comme un gamin. Pour son one-man-show en quasi-huis clos, il est épaulé par de vieux briscards (Michel AumontMohamed FellagPhilippe Nahon). Qu’il soit aussi l’alter ego du cinéaste donne à ce long métrage des allures de comédie générationnelle. (Télérama)

CGR : Une seule séance lundi 10 à 20h en présence du réalisateur Patrice Gautier et de l'acteur Patrick Chesnais. Il est utile de réserver.

 

LA ROUTE SAUVAGE

(Lean on Pete) Écrit et réalisé par Andrew HAIGH - USA 2017 2h01mn VOSTF - avec Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Travis Fimmel, Thomas Mann (II)... D'après le roman de Willy Vlautin.

Comme le magnifique The RiderLa Route sauvage trouve son ancrage et son inspiration dans les paysages et les mythes ô combien cinématographiques du western et nous entraîne dans un splendide voyage dans le Grand Ouest américain, adaptant un roman du folk singer de l'Oregon Willy Vlautin. Au cœur du récit, le jeune Charley, 15 ans, laissé à lui même par un père inconstant, fêtard et séducteur, aimant sans doute mais plus encore irresponsable. Charley retrouve goût à la vie et espoir dans un avenir jusque là mal barré quand il croise le chemin de Del, entraîneur de chevaux de courses qui lui propose un petit boulot. Charley se construit là une famille de substitution, avec également Bonnie, une jeune femme jockey désabusée, brisée par les chutes et par les déceptions de la vie. Mais surtout l'adolescent se prend d'affection pour Lean on Pete (c'est le titre original du film), un vieux cheval qui dispute sans doute ses dernières courses et qui risque bien d'être rapidement conduit à l'abattoir : le milieu des courses n'est pas tendre avec les chevaux devenus inutiles… Mais Charley ne va pas laisser faire : quand il sent que le sort funeste de Lean on Pete est scellé, il se lance avec lui dans une fuite aventureuse à travers les montagnes et les étendues arides du Nord-Ouest américain, à la recherche d'une tante adorée dont la vie l'a séparé.

La Route sauvage, dont le titre français sonne comme celui d'un western de John Ford ou d'Henri Hattaway, est un grand beau film à la fois exaltant et désenchanté. Andrew Haigh décrit bien l'univers agité et pathétique des courses de chevaux de deuxième zone, petits gagnants et grands perdants, avec ses entraîneurs magouilleurs dont on ne sait trop si on doit les trouver antipathiques ou pittoresques. Mais on trouve en contrepoint, aussi bien dans le regard usé mais qui veut encore y croire de Bonnie que dans l'œil neuf et candide de Charley, le profond amour des chevaux qui les habite et qu'ils nous transmettent. Et puis il y a le plaisir du voyage dans ces espaces où nulle frontière d'Etat ne semble pouvoir vous arrêter, de la balade dans ces immensités qui font partie intégrante de l'histoire du cinéma américain et de l'amour qu'on lui porte, ici magnifiées par le travail remarquable du directeur de la photographie.

C'est aussi et surtout le film d'une reconstruction, celle de Charley (impressionnante interprétation du jeune Charlie Plummer, récompensé dans plusieurs festivals), adolescent formidablement attachant qui, avant de basculer dans l'âge adulte dont il pressent bien tous les renoncements qui l'accompagnent, veut retrouver coûte que coûte la chaleur d'un foyer incarné par cette tante perdue dont il cherche inlassablement la trace à l'autre bout de l'Etat, autant dire à l'autre bout du monde. Et cette quête est aussi bouleversante que le voyage lui-même. (Utopia)

CGR dimanche 16 septembre à 18h

 

KATIE SAYS GOODBYE

Écrit et réalisé par Wayne ROBERTS - USA 2016 1h26mn VOSTF - avec Olivia Cooke, Christopher Abbott, Chris Lowell, Mireille Enos, Jim Belushi, Mary Steenburgen...

Coup de cœur unanime de l’équipe d’Utopia (ce n'est pas si fréquent !) pour ce premier film. Olivia Cooke est une irrésistible, une inoubliable Katie. On sort de Katie says goodbye en état de grâce, encouragés à ne jamais baisser les bras quoiqu’il advienne, à l’instar de l’étonnante protagoniste de l’histoire. 
Qu'y-a-t-il de plus joli chez Katie ? Son sourire angélique qui dévoile de séduisantes fossettes ? Son regard lumineux qui semble rendre le monde plus doux en un battement de cils ? Sa gracieuse silhouette qui se découpe au dessus des herbes rabougries, roussies par le soleil ? Qu’importe ! On est immédiatement conquis. Au beau milieu de n’importe où, Katie semble avoir poussé telle une improbable fleur sur le bitume aride. C’est d’un pas décidé et sautillant qu’elle aborde son parcours journalier au bord de l’interminable route qui la conduit du mobile home, où elle vit à l'étroit avec sa mère Tracey, au petit restaurant routier dans lequel elle bosse comme serveuse. Ici il n’y a rien d’autre, si ce n’est une station essence et quelques maisons en dur pour les mieux nantis qu’elle. Un microcosme fantomatique, hors du temps, perdu dans l’immensité des paysages désertiques de l’Arizona. Seuls les rares camions qui défilent semblent témoigner qu’un ailleurs est possible.

Ici, dans cette communauté isolée et poussiéreuse, battue par les vents, nul ne peut échapper longtemps au regard d’autrui. Même ceux qui feignent de l’ignorer savent comment Katie arrondit ses fins de mois. Si elles ne sont pas celles d’un père, les figures masculines ne font pas défaut dans sa vie. Elle n’y voit pas de mal, non qu’elle soit naïve, mais la chose fait partie depuis toujours de son quotidien : les gémissements des mâles, ceux de sa mère, si proche, si lointaine… Sans une once de malice, Katie donne à qui sait donner, à qui lui donne. Perpétuellement vêtue de son petit tablier blanc et de son uniforme rose comme s’ils étaient ses uniques vêtements, entre deux services, elle amasse quelques précieux billets supplémentaires grâce à des passes rapides qui n’empêchent pas la tendresse, comme c’est le cas avec Bear, un gros nounours de camionneur, en âge d’être son père, qui la couverait presque. Bear c’est plus qu’un simple client, c’est un confident, une épaule rassurante, un de ceux qui la respectent, la voient telle qu’elle est, généreuse, toujours prête à faire le bien, mais pas forcément tel qu’on l'enseigne à l’église ou dans les leçons de morale. Katie est une juste qui ne s’embarrasse pas de préjugés. Si son travail est avant tout alimentaire, elle y trouve comme une seconde famille, peut-être même sa seule famille sans que ce soit énoncé, la patronne de la gargote, Maybelle, étant tellement plus prévenante et attentionnée, bref en un mot plus « maternelle » envers Katie que son immature génitrice perpétuellement empêtrée dans ses histoires de fesses. Pourtant sa fille, inoxydable optimiste, jamais ne la juge, ne la condamne. Au contraire, c’est elle qui dorlote, qui écoute, fait à manger, rapporte l’argent pour permettre à leur duo de survivre. Là où d’autres auraient baissé les bras, pris dans la nasse de ce lourd quotidien, Katie avance radieuse et s’escrime à mettre secrètement assez d’argent de côté pour se payer un aller sans retour vers un eldorado meilleur, avec pour seul bagage l’espoir inaltérable de ses dix sept ans.

Mais la vie, sous les traits d’un beau brun ténébreux quasi mutique, Bruno, va venir chambouler ses sens et ses plans. Pour la première fois Katie aime et va découvrir que c’est une chose bien plus compliquée qu’elle ne l’aurait pensé. D’autant que ce qui aurait dû être un premier amour idyllique va vite être terni par l’empreinte d’un entourage impitoyable et malveillant envers celle qui pourtant est la bienveillance incarnée. On frémit pour elle en la voyant si fragile et désarmée. On constatera bientôt qu’il est des batailles qui se mènent sans armes. 

CGR : dimanche 16 septembre à 20h30

 

 

 

LES VIEUX FOURNEAUX

Christophe DUTHURON - France 2018 1h30mn - avec Pierre Richard, Roland Giraud, Eddy Mitchell, Alice Pol, Henri Guybet... Scénario de Wilfrid Lupano et Christophe Duthuron, d’après la bande dessinée de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

LES VIEUX FOURNEAUX

Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce n’est assurément pas dans les vieux fourneaux qu’on fait toujours les meilleurs gâteaux. C’est pareil pour les hommes. Même avec une santé de fer, la rouille leur joue des tours, les horloges biologiques progressivement se mettent en berne. Avec le temps, Pierrot, Mimile et Antoine sont bel et bien devenus presbytes comme si être de véritables casse-couilles durant une vie entière ne leur avait pas suffi ! Persifler, se moquer, s’engueuler, se mettre minables… des signes qui ne trompent pas, ceux d’une longue amitié qui a pris trop de bouteille pour qu’on ait envie de la dater. En tout cas ils se sont connus en culotte courte sur les bancs de l’école d’un bled paumé où les ragots poussaient déjà plus dru que le chiendent. Puis, le temps aidant, ils se sont un peu perdus de vue… ça fait du bien parfois.

Mais par un de ces mauvais jours tels que le destin sait les pondre, Lucette, la femme d’Antoine, passe l’arme à gauche. Mimile, pépère dans sa maison de retraite, n’a pas l’intention d’en bouger pour les funérailles. Les crémations, c’est pas sa tasse de thé, alors déjà qu’il ne coupera pas à la sienne, aller à celle des autres, c’est trop ! Des arguments que son couillon de poteau Pierrot (l’inénarrable Pierre Richard en grande forme) n’entend pas de cette oreille… C’est pas qu’il soit sourd, mais il est plus tenace qu’un roquet quand il a une idée en tête, il s’accroche à vos basques et ne lâche jamais. Mimile abdique donc, voyant bien qu’il n’aura pas le dessus… À croire que les luttes, le syndicalisme, ça entretient ! Pierrot vient donc le chercher à toute berzingue et l’engouffre dans sa tire hors d’âge. Là il n’y a plus qu’à rester accroché, en maugréant. Non seulement Pierrot est bigleux comme pas deux, mais il adore la vitesse ! Un vrai danger public ! Voilà nos deux papis en goguette qui roulent à tombeau ouvert pour aller assister à l’enterrement de Lucette. Heureusement, ceux qu’ils croisent ont de bons réflexes !
La cérémonie bat son plein… Malgré le chagrin, c’est l’occasion de reformer la bande de jadis… On s’enfile des coups à boire, des charcutailles en s’asseyant un peu sur les conseils des médecins : ça  fait du bien ! Chacun se sent reverdir. Décidément ils n’aiment pas vieillir, mais si c’est la seule façon de rester en vie… Ils évoquent les frasques du bon vieux temps, bien conscients que parfois il vaut mieux mettre le passé en veilleuse et laisser leur part d’ombre aux secrets : « l’amitié, c’est comme le pinard : si tu veux que ça se garde, il ne faut pas de lumière et garder à la bonne température »… Et puis on a « autre chose à foutre que de se souvenir ! » Pourtant on y vient quand même au passé. La proximité de leur village d’enfance, la ferme de Berthe à deux pas… Et quand on apprend que la quiche est faite avec les œufs de ses poules, alors là on boycotte et on engueule la cuisinière, enceinte jusqu’aux yeux, qui n’y comprend goutte ! Ils continueraient longtemps à déblatérer sur le compte des autres, explosant d’un rire un peu honteux dès qu’on évoque les mauvaises blagues faites à Berthe (qui avait peint ses vaches, déjà ?), mais une lettre va mettre le feu aux poudres et déclencher une cascade d’événements drôlatiques. Antoine s’enfuit pour aller commettre le pire, Mimile et Pierrot partent à ses trousses…

Le film à partir de là prend des allures de road movie complètement barré et on se fend littéralement la poire ! (Utopia)

CGR : Tous les jours sauf lundi 10 : 14h, 16h, 17h55, 19h50 - Lundi 10 14h, 16h, 17h55

 

SOFIA

Écrit et réalisé par Meryem BENM'BAREK - Maroc/France 2018 1h20mn VOSTF - avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi, Sarah Perles...

C’est un Maroc complexe, que l’on voit peu au cinéma, que nous montre ce premier film percutant. Il commence par l’histoire presque banale d’une jeune fille, Sofia, pour embrasser des enjeux qui dépassent largement ceux du simple cadre familial. D’ailleurs, la première phrase du film donne le ton : ici, « sont passibles d’emprisonnement toutes personnes ayant des relations sexuelles hors mariage. »

Sofia… Avec ses airs maussades de chatte échaudée, on croirait presque qu’elle est une de ces « fatmas » embauchées au service d’une famille bourgeoise casablancaise tant on a du mal à deviner qu’elle en fait partie intégrante. Pourtant ce sont bien ses oncle et tante auxquels elle apporte les plats ; et la jolie demoiselle à leurs côtés, svelte et élégante, est bel et bien sa cousine Lena. Au premier coup d’œil, il semble clair que les deux jeunes femmes n’ont de commun que le nom et qu’elles ne sont pas de la même extraction sociale. Lena a l'élégance naturelle, un niveau culturel suffisant pour boucler ses études de médecine et devenir indépendante, l’aisance et l’assurance de celles qui sont bien nées. En témoignent son maquillage discret, ses vêtements occidentaux, tandis que Sofia transpire fébrile sous une Djellaba informe qui semble la prédestiner à une vie arrangée par d’autres. Lena ne lui prêterait d’ailleurs guère attention si elle ne se sentait investie de son rôle de future toubib. Car sa cousine a beau essayer de minimiser la chose, les grimaces que lui arrachent les maux de ventre qui régulièrement l’assaillent deviennent progressivement difficiles à dissimuler. Quand enfin elle se laisse examiner par Lena, à l’abri des regards, dans l’intimité de la cuisine, le diagnostic est cinglant : Sofia est enceinte, voire au bord d’accoucher. L’enfant à naître devenant une preuve criante que la jeune fille en fleur a fauté, hors mariage. Une grossesse tellement impensable et si peu désirée qu’elle ne l’a même pas ressentie, ni soupçonnée.

Prétextant l’amener à la pharmacie, Lena embarque sa cousine dans un périple palpitant entre hôpitaux, postes de police et bas quartiers de Casablanca dans l’espoir de trouver une solution tout en cachant la situation à la famille. Plus l’intrigue avance, monte en puissance, plus on mesure combien cette course contre la montre est désespérée. Trouver une main tendue dans un pays qui promet la geôle aux êtres secourables est quasiment peine perdue. C’est un poids terrible qui pèse tant sur les épaules des soignants qui pourraient être compatissants que sur celles des fonctionnaires qui collaborent peu ou prou à un système injustement répressif. Plus Sofia se tord de douleur sous l’effet des contractions, plus on doute qu’elle puisse trouver un havre où accoucher en paix. Et quand bien même, il lui faudrait encore dénoncer un géniteur ou un violeur dans l’espoir, si ce n’est d’éviter, du moins de réduire la sentence qui menace de s’abattre sur elle. Mais on devine qu'une peine acceptée et purgée ne serait même pas suffisante pour endiguer la vindicte populaire. Quelques instants de tendresse ou de désir chèrement payés ! se dit-on, mais rien ne sera, là encore, aussi simple qu'on l'imagine. 

L’histoire de Sofia, très réaliste, est l’occasion d’aller explorer les arcanes cachés d’une société qui, sous ses airs modernistes, maintient une partie de sa population (féminine comme masculine) dans des carcans séculaires. Le film devient alors dénonciation sociologique et politique, jamais démonstrative mais ô combien efficace. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 5 13h, 18h40, 21h - jeudi 6 13h50, 18h40, 20h45 - vendredi 7 13h50, 16h, 20h45 - samedi 8 13h50, 18h40, 20h45 - dimanche 9 et mardi 11 13h50, 18h40, 21h - lundi 10 13h50, 18h20, 21h

 

MY LADY

(THE CHILDREN ACT) Richard EYRE - GB 2018 1h45 VOSTF - avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fion Whitehead, Jason Watkins, Ben Chaplin... Scénario de Ian McEwan d’après son roman L'Intérêt de l'enfant (The Children act).

L’action se déroule dans un Londres sublimé, délicieux melting-pot d’histoire et de modernité, de démocratie et de monarchie. Elle s’immisce entre ses hautes tours, ses bâtiments vénérables, ses clochers et leurs querelles dont les plus sévères finissent communément par échouer devant la majestueuse Cour Royale de Justice du Royaume-Uni. C’est ici que siège une drôle de dame, Fiona Maye, l’élégance faite juge aux affaires familiales. Celle que tous appellent avec déférence « My Lady ». Un titre gagné à grand renfort d’heures passées derrière des monticules de dossiers, sans ménager sa peine, sans compter les heures. C’est le prix de l’excellence. Un travail quotidien acharné souvent passionnant, parfois ingrat, toujours angoissant. La peur de se tromper accompagne chaque sentence rendue… Une peur et tant d’autres sentiments qu’il a fallu apprendre à maîtriser et à cacher. On comprend que la charge est terrible : la magistrate au sommet du prétoire a tout d’une femme de marbre au sang froid. Et pourtant, si on la piquait, ne saignerait-elle pas ? Nous sommes après tout au pays de Shakespeare… 
La grande finesse du jeu d’Emma Thompson est de laisser transparaître, sous la cuirasse impénétrable que s’est forgé son personnage, les frémissements imperceptibles d’un cœur qui continue de battre malgré son ostensible détachement.
Ils ne sont pas nombreux à percevoir les émotions qui habitent Fiona Maye. Son rigorisme perpétuel la rendrait presque tyrannique envers son entourage qui fait pourtant tout pour l’épauler. À commencer par son greffier « so british ! » petit bonhomme d’une exquise courtoisie qui anticipe ses moindres faits et gestes, la dorlote sans le laisser paraître, comme s’il la vénérait secrètement. Et puis son charmant mari, Jack (le craquant Stanley Tucci), un homme fin, habitué depuis le temps à s’effacer, à ne récolter que des miettes de tendresse quand sa compagne en perpétuelle tension lâche la bride, ce qui n’arrive plus très souvent. Pourtant il lui réserve toujours ses sourires les plus doux, ses regards les plus tendres, son humour, sa compréhension. Mais aimer éperdument cette femme inaccessible, vampirisée par l’institution judiciaire, est un parcours du combattant qui est à deux doigts de venir à bout de sa résistance… 
Une affaire chassant l’autre, Fiona Maye se penche sur la vie des autres, négligeant la sienne. Impossible de prendre un temps pour elle-même alors qu’elle doit arbitrer un cas d’une urgence vitale : un jeune témoin de Jéhovah atteint d’une leucémie refuse (soutenu par ses parents) la transfusion de sang qui pourrait le sauver. Ce serait un gamin, l’affaire serait vite tranchée : le « Children act » qui fait prévaloir l’intérêt de l’enfant ferait figure de « formule magique », et sa demande serait refusée. Il serait majeur, son choix prévaudrait. Mais Adam (Fionn Whitehead, étoile montante du cinéma britannique) est entre deux âges, à quelques mois de la majorité. La juge pointilleuse veut pousser l’investigation plus loin : Adam, du haut de ses dix-sept ans, est-il pleinement conscient des conséquences de son choix ? Ce choix est-il vraiment le sien ou celui de son entourage ? L’adolescent ne pouvant comparaître, notre magistrate décide d’aller à son chevet avant de rendre son verdict. Une décision qui va défrayer la chronique. La presse s’en empare. L’Angleterre entière semble suspendue aux lèvres de Fiona, ajoutant un peu plus de pression sur ses épaules.

Sur son lit d’hôpital, Adam a une gueule d’ange déchu, fragile. Son intelligence vive séduit son monde, il n’est pas la victime naïve qu’on pourrait attendre. Quelques instants partagés avec l’impressionnante « My Lady » vont bouleverser leurs vies réciproques. Entre celui qui veut vivre les préceptes de sa religion et celle qui vit son métier comme un véritable sacerdoce se tisse un lien complexe qui instille dans leurs pensées des doutes tout aussi vivifiants que mortels. 
Sous des abords classiques, c’est un film passionnant, d’une élégance folle, servi par des acteurs formidables qui nous entraînent avec délice dans les méandres des âmes humaines. (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 18h30 - jeudi 6, lundi 10 et mardi 11 13h50 - vendredi 7 16h30

 

THE GUILTY

Écrit et réalisé par Gustav MÖLLER - Danemark 2018 1h25 VOSTF - avec Jakob Cedergren et les voix de Jessica Dinnage, Omar Shargawi, Jakob Ulrik Lohmann... Festival international du Film Policier de Beaune 2018 : Prix de la critique.

Asger Holm est flic. Il répond au 112, le numéro d'urgence de la police danoise. Goguenard lorsqu'il comprend que l'homme qu'il a au bout du fil se trouvait en plein quartier des prostituées quand il s'est fait voler un ordinateur dans sa voiture, excédé quand un videur de boîte de nuit lui parle comme à un chien… mais surtout las de se trouver relégué dans ce centre d'appel. Car Asger est un flic de terrain et s'il se trouve pendu à ce téléphone, c'est qu'il a été l'objet d'une mise au placard. D'ailleurs, une conversation avec son ancien supérieur nous apprend qu'il devrait reprendre son poste très vite, après son procès qui aura lieu le lendemain et qui ne devrait être qu'une formalité. Et puis, juste avant qu'il ne cède son casque d'écoute à la relève de nuit, il y a cet appel d'une femme, Iben, enlevée en voiture par son ex-époux. Elle parvient à tromper la vigilance de son kidnappeur en faisant comme si elle appelait sa petite fille laissée à la maison, mais la conversation est interrompue. Refusant le simple rôle de passeur censé être le sien, Asger, qui, c'est le moins que l'on puisse dire, n'a pas une confiance exagérée dans l'efficacité de ses collègues de terrain, va tenter de prendre les choses en main. Pour lui, l'urgence est d'autant plus grande que l'ancien compagnon d'Iben a un casier, déjà condamné pour violences…

À partir de ce moment et sans jamais nous faire sortir de ce centre d'appel, le réalisateur Gustav Möller, avec une maîtrise exceptionnelle pour un premier long métrage, va nous maintenir en haleine jusqu'au dénouement de cette narration en temps réel. Il bénéficie pour cela de deux atouts maîtres. D'abord l'acteur danois Jakob Cedergren, impressionnant du début à la fin, nous faisant découvrir au fur et à mesure un personnage de flic à la fois primaire et complexe, inquiétant et généreux, cynique et sincère. Ensuite un travail exceptionnel sur le son et les voix des comédiens qu'on entend à l'autre bout du fil, qui fait exploser les limites spatiales de ce centre téléphonique, faisant du hors champ un film à part entière. Nous sommes avec Iben dans la voiture, avec sa fille Mathilde dans sa chambre… sans jamais les voir à l'écran.

Le titre est de toute évidence plus ambigu qu'il n'y paraît. Qui est coupable ? Y en a-t-il plusieurs ? De quel crime s'agit-il ? Y en a-t-il eu plusieurs ? En tout cas, quand on parle de culpabilité dans un film policier, on pense enquête, action, fausse piste, aveux ou confession, voire rédemption. Par le truchement d'un téléphone, tous ces critères du genre sont ici présents mais subtilement décalés pour nous offrir pendant 85 minutes qu'on ne voit pas passer un film original et passionnant. (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 5 et samedi 8 13h50 - dimanche 9 16h20 - mardi 11 19h10

 

WOMAN AT WAR

Benedikt ERLINGSSON - Islande 2018 1h41mn VOSTF - avec Halldora Geirhardsdottir, Davíd Thór Jónsson, Magnús Trygvason Eliassen, Omar Guöjonsson, Johann Siguröarson... Scénario de Benedikt Erlilngsson et Olafur Egill Egilsson.

 

C'est le grand souffle d'air frais de notre été, un film épatant, vivifiant, impertinent qui nous transporte dans des paysages grandioses (bon sang que l'Islande est belle !), aux basques de personnages formidablement attachants, au fil d'un récit aussi malicieux que jubilatoire, qui nous entretient sans jamais se prendre au sérieux de la nécessité de la résistance subversive et du plaisir fou qu'on prend à la pratiquer. Effet euphorisant garanti !

Halla est grande. Elle est cette belle cinquantenaire en pleine forme qui tend la corde de son arc pour s'attaquer aux lignes électriques, petite silhouette endiablée perdue au milieu de la toundra, dans un paysage de rêve battu par les vents. Traits concentrés, regard d’acier, sourire en coin, elle a la carrure d’une amazone (mais pas touche à ses seins !). Malgré son barda de campeuse contemporaine, elle a la grâce d’une déesse chasseresse, une Artemis des temps modernes. Pourtant rien de sa carapace guerrière ne parvient à camoufler son côté burlesque, généreux, amoureux de la vie. Son pendant masculin serait un hybride de Don Quichotte et du petit David défiant Goliath. Mais dans la vie d’Halla, point de géant, ni de moulins à l’horizon, son ennemi c’est la finance et dans son cas ce n’est pas une promesse électorale, d'ailleurs elle ne s’en vante pas : elle serait la dernière à le dire de manière aussi grandiloquente, alors qu’elle est la première à passer à l’action. Quand l’industrie de l’aluminium contamine son pays, souille sa nature virginale, Halla s’en va saborder les pylônes électriques qui alimentent ses usines. Peu importe que son combat soit celui du pot de terre contre le pot de métal. De petits en grands sabotages, la voilà devenue, pour l’opinion publique, l’insaisissable et énigmatique « Femme des montagnes ». Celle qui galope à travers les champs de lave, solitaire au geste sûr, pour échapper aux autorités qui déploient leurs forces armées surdimensionnés. Au grand dam du gouvernement islandais et de la multinationale qui cherche à s’implanter, elle représente le minuscule grain de sable agaçant qui grippe à lui seul le rouleau compresseur du progrès aveugle, qui le ridiculise. C’est tout aussi palpitant que réjouissant de la suivre dans ses cavales à travers monts et rivières d’opales, poursuivie par des hordes d’hommes armés jusqu’aux dents. On se pique au jeu, on frémit, on a peur et pourtant on se marre avec elle. Car jamais elle ne se départit de son humour ravageur.
Et quand enfin sa mission est accomplie, on jubile de la voir enfin se fondre anonymement dans la masse, sereine après avoir échappé à ses poursuivants déchaînés. Qui penserait que cette chef de chorale si tranquille, cette yogi bienheureuse, est recherchée par toute la police de son pays ? Elle se reposerait d’ailleurs volontiers dans ses pénates, telle une célibataire endurcie caressant le secret désir de pouponner un enfant né d'une autre, goûtant les joies simples de l’existence, comme le font ses amis et sa sœur jumelle, auxquels elle cache sa double vie. Son seul « complice » est un chanteur de la chorale, haut fonctionnaire idéaliste mais de plus en plus inquiet de la tournure des événements, qui essaie de la dissuader de continuer. En vain, fort heureusement !

Non seulement l’histoire est exaltante, mais le récit est brillant, émaillé de surprises, comme ces deux trios, l'un de musiciens de jazz, l'autre de chanteuses folkloriques, qui surgissent dans les moments et les lieux les plus incongrus, faisant écho aux états d’âme d’Halla, tels des Jiminy Cricket de sa conscience. Il y a ces personnages croisés au hasard de ses virées activistes : le cyclotouriste qui fait un coupable idéal à répétition pour une police qui ne fait pas dans le détail, le solide fermier barbu qui se déclare son « cousin présumé » et qui lui donnera un fier coup de main dans les situations les plus périlleuses… Il y a aussi ces moments de pure grâce où l’univers entier semble flotter avec notre héroïne dans la matrice accueillante d’une grotte aux eaux chaudes. Il y a, bien sûr, ces images sublimes, l’œil de la caméra qui voyage constamment dans les paysages de l’infiniment grand à l’infiniment petit, nous faisant prendre d’infimes morceaux de lichen pour d’exotiques plantes exubérantes. 
Cette fable révolutionnaire magique a tôt fait de devenir une ode aux héros ordinaires de toutes les époques et surtout de la nôtre. Mais peut-être les plus admirables dans l’histoire sont-ils les producteurs : « C’est vraiment très courageux pour une société d'assurance de soutenir un film sur le sabotage… », dit le réalisateur. Quand je vous dis qu’il est malicieux ! (Utopia)

Vox (Fréjus) : jeudi 6 16h, vendredi 7 et mardi 11 18h40 - dimanche 9 18h30 - lundi 10 20h

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Aux cinémas du 13 au 19 juin 2018

Bonjour à tous  !
Cette semaine ne fera pas date pour l'abondance de propositions dans notre région !

Ce n'est pas une raison pour manquer le dimanche 24 juin, la dernière soirée Entretoiles de cette année scolaire, sur le thème "films israéliens",   avec deux  deux films: Foxtrot et Les destinées d‘Asher et bien sûr l'apéritif offert par Entretoiles entre les deux.
 
Cette semaine à CGR, dans le cadre du ciné-club, Trois Visages, beau film iranien de Jafar Panahi, éloge de l'expression artistique, sur le thème de l'entrave et de l'empêchement, un beau film, tourné dans des conditions particulièrement courageuses. Dommage, toutefois, que CGR persiste à ne mettre que des horaires impraticables pour la plupart des gens ! (On peut le voir aussi au Vox et à Cotignac)  Dans le programme ordinaire de CGR, on peut toujours voir Volontaire de Sophie Filières ( (et au Vox), qui filme l'univers militaire et les rapports de force et de séduction entre les personnages.
Les films en ciné club à CGR, d'ici les vacances, seront : Mes provinciales, Plaire, aimer et courir vite.

Au Vox, Gueule d'ange un film fort , tendu et poignant de Vanessa Filho (et à Cotignac), et  Senses 5 de Ruyusuke Hamaguchi, une expérience cinématographique unique.
Et enfin à Salernes,  L’Homme qui tua Don Quichotte le film truculent de l ‘ex-Monthy Python Terry Gillian. Et rien qui retienne notre attention dans les autres salles !

 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net
et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !
 

EVERYBODY KNOWS

Ecrit et réalisé par Asghar FARHADI - Espagne/France 2018 2h12mn VOSTF - avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin, Eduard Fernandez, Barbara Lennie... Festival de Cannes 2018 : Film d’ouverture.

 

EVERYBODY KNOWSC’est au cour d’un voyage dans le Sud de l’Espagne que le réalisateur d’Une Séparation, Le Client (disponibles en Vidéo en Poche), Le Passé… a eu l’idée du film, au détour d’un fait divers. Pendant quinze ans, cet embryon d'histoire a poursuivi Ashgar Farhadi en arrière plan de chacun de ses films, comme un rengaine entêtante, jusqu’au jour où il décida finalement de s'y attaquer sérieusement et d'en faire un vrai scénario. Un scénario écrit et pensé par le cinéaste iranien en farsi, puis traduit minutieusement en espagnol. « Pendant toutes ces années, je ne pensais qu’à l’Espagne »… A voir le résultat, on constate à quel point Farhadi s’est imprégné de la culture, des odeurs, des sons, de la vitalité, de la lumière de l’Espagne : Everybody knows (nouvelle démonstration de l'impérialisme de la langue anglaise) respire, vit, et vibre comme un film espagnol.
Nous sommes dans le Sud du pays, dans un petit village rythmé par le ding-dong du clocher de l’Église, qui partage la place centrale avec le bar-restaurant. Les vignes ne sont pas loin, inondées de soleil. Ce matin-là, le bar est en effervescence. On y célèbrera demain un mariage et la fête promet d’être belle : il y aura le soleil, le vin de Paco, les cousins éloignés, l’orchestre, la musique et le sourire de Laura, la sœur de la mariée, qui a fait le déplacement avec ses deux enfants depuis l’Argentine où elle vit désormais. Pour Laura l’exilée, c’est l’occasion de renouer avec ses racines espagnoles.
C’est la première partie du film, elle est bruyante, joyeuse et mélancolique, comme le sont parfois les fêtes de familles où l’on constate, aussi, au détour d’une étreinte, que le temps a passé trop vite sur ceux que l’on aime. Asghar Farhadi, dans cette exposition de ses personnages, prend le temps de s’arrêter sur chacun, révélant en filigrane, par petites touches impressionnistes, les petites failles, les regards complices ou plus distants. Celle ou celui qui prendra la peine de bien observer pourra déjà lire, ici, les prémisses de la tragédie qui va advenir.
La deuxième partie du film, la plus longue et la plus intense, nous plonge avec brutalité dans un autre monde, sur un registre bien différent et pour ainsi dire dans un autre film, beaucoup plus sombre. Car un événement inattendu et violent va arriver, ébranlant d'un seul choc tout l’édifice familial, révélant les crispations, réveillant les vieux démons, ceux du passé, ceux qu’on ne voulait surtout pas inviter aux noces.
Tout le talent d’Asghar Farhadi se déploie doucement, sûrement, avec la sérénité tranquille de ceux qui savent parfaitement où ils nous mènent, ne lâchant jamais du regard aucun de ses personnages, en dépit de leurs travers ou de leurs petitesse. Il faut un vrai talent de chef d’orchestre – rythme, tempo, ruptures, direction d’acteurs – pour réussir de la sorte à faire exister autant de protagonistes sans jamais les juger et encore moins les condamner, tout en maintenant le spectateur en haleine. C’est sans doute la grande force du cinéma de Farhadi, et on la retrouve dans chacun de ses films, qu’ils se passent à Téhéran, à Paris ou au fin fond de l’Andalousie : un regard jamais moralisateur qui offre aux personnages (et donc aux comédiens, tous formidables) la possibilité de s’exprimer et aux spectateurs de décider.(Utopia)

CGR ciné club : mercredi 13 10h55, jeudi 14 13h40, samedi 16 10h55, lundi 18 16h20, mardi 19 10h55

Vox (Fréjus) : mercredi 13 15h55, vendredi 15 et mardi 19 16h, samedi 16 13h50

VOLONTAIRE

Sophie FILIERES - France 2018 1h40mn - avec Diane Rouxel, Lambert Wilson, Corentin Fila, Alex Descas, Josiane Balasko, Hélène Filières... Scénario d’Hélène Filières et Mathias Gavarry.

VOLONTAIRERien ne prédisposait la jeune et jolie Laure à intégrer la Marine Nationale française. Ni son pedigree : fille d’une célèbre comédienne de théâtre que l’on imagine plutôt engagée à gauche et allergique à tout ce qui porte uniforme (Josiane Balasko, impeccable). Ni son gabarit : petite taille, gracile comme un moineau, des allures de fillette perdue. Rien autour d’elle ne semble non plus l’orienter vers ce choix : pas de fiancé engagé, pas de grand-père mort au combat, pas de fascination particulière pour l’ordre, la discipline, les armes. Mais chacun a ses raisons et Laura gardera les siennes, ne cherchant pas à se justifier, affirmant avec force son choix que rien ne semble pouvoir ébranler.
La voici donc engagée sur une base militaire face à l’océan où son parcours brillant et ses diplômes de lettres et de langues lui ouvrent les portes des bureaux de la direction de l’école. Tout en réalisant son apprentissage, elle devient l’assistante du commandant Rivière, numéro deux de la base. Secrétaire, gratte-papier, elle est celle qui doit rédiger des mémos « nets et précis » en 3 ou 4 pages selon la demande, ni une ligne de plus, ni une de moins. Car le redouté commandant a tout du militaire psychorigide droit dans ses bottes, il n’aime ni les bavardages inutiles, ni les à peu près et surtout pas quand ça déborde. Assis l’un en face de l’autre, chacun derrière son bureau, séparés par une baie vitrée, on pourrait se croire dans un aquarium : là où deux espèces que tout sépare se toisent et s’observent, se tournent autour, chacun sur ses gardes, prêt à montrer les dents.

Laure s’acclimate facilement à cet univers d’ordre, de discipline et de règles ultra codifiées et hiérarchisées, elle va très vite piger le fonctionnement de l’institution, son langage, ses abréviations, ses non-dits. Très vite aussi, elle éprouve une fascination pour le commandant Rivière… Quel homme se cache derrière l’uniforme impeccable ? Quelles tempêtes, quels sentiments sont enfouis sous son crâne impeccablement brossé ? Quelle est sa vie ? Qui est-il vraiment ?
Rivière de son côté, surnommé « le Moine » tant son abnégation pour la Marine est totale, ne parvient pas à percer les motivations de la jeune fille et semble lui aussi comme aimanté par sa singulière détermination, ses airs de chat sauvage. Son regard bleu cache des nerfs d’acier et une efficacité redoutable… Laure a quelque chose d’une machine de guerre. Quand la jeune fille veut intégrer une formation spéciale réservées aux hommes, elle va devoir obtenir l’aval de Rivière. La première manche de la bataille commence alors…

Zone de pouvoir, de rapports de forces, de discipline aveugle et de dévouement sans condition, l’univers militaire est un champ d’observation singulier pour un cinéaste qui choisit d’y placer ses personnages. Hélène Filières le filme sans fascination particulière, sans jugement politique ou moral non plus, laissant simplement évoluer les protagonistes, les filmant au plus près comme pour mieux capter leur souffle, puis donnant de larges plans aux décors comme pour mieux montrer la puissance du cadre dans lequel ils évoluent. Dans ce jeu complexe et ambivalent fait de séduction, de craintes et d’attirance trouble, les frontières des relations sont bien moins nettes, concises et définies que les règles de la Marine Nationale. Lambert Wilson est parfait dans ce rôle sur mesure et le représentants de la jeune garde, Diane Rouxel et Corentin Fila, sont eux aussi parfaits. (Utopia)

CGR : mercredi 13 17h40, jeudi 14, vendredi 15, lundi 18 11h10, 13h30, 15h35, 17h40, samedi 16 et dimanche 17 11h05 et 17h40, mardi 19 13h30, 15h35, 17h'à

Vox (Fréjus) : mercredi 6 et vendredi 8 13h50, 15h55 et 21h, jeudi 7 15h, 18h30 et 21h, samedi 9, dimanche 10 et lundi 11 13h50, 18h30 et 21h, mardi 12 13h50, 16h15 et 21h

TROIS VISAGES

Écrit et réalisé par Jafar PANAHI - Iran 2018 1h40mn VOSTF - avec Benaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei, Maedeh Erteghaei... Festival de Cannes 2018 : Prix du meilleur scénario.

TROIS
VISAGESL’Iran est de toute évidence un pays prodigieux et son cinéma en est la meilleure preuve. Ainsi Jafar Panahi : l’acuité de son regard sur les maux de la société iranienne, associée à la grâce et à l’humour qu’il sait conférer à son insolence, règle très rapidement son cas auprès des autorités. Lesquelles commencent par interdire ses films, avant de lui interdire carrément de les tourner lorsque le réalisateur rejoint les opposants à l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad. Emprisonné puis jugé en 2010, condamné à six ans de prison et à une interdiction de tourner la moindre image durant vingt ans, il est depuis lors assigné à résidence… Mais aucune de ces mesures de rétorsion n’a réussi à empêcher Jafar Panahi de tourner des films et de les faire sortir du pays, selon des voies mystérieuses qui n’appartiennent qu’à lui… Depuis lors, Ceci n’est pas un film (2011), Pardé (2013) ou Taxi Téhéran  ont, chacun à leur manière, mis en scène l’enfermement du cinéaste acculé à l’inaction et s’employant à la contourner, sur un ton où le tragique le dispute à la malice, avec pour enjeu l’affirmation opiniâtre de sa survie, comme homme et comme artiste…

Une célèbre actrice de télé iranienne, Benaz Jafari, reçoit sur son téléphone une vidéo macabre, à l’authenticité incertaine : une jeune fille inconnue, empêchée par ses parents de suivre sa vocation de comédienne, se pend dans une grotte tout en l’appelant personnellement à l’aide… Bouleversée, la vedette (dans son propre rôle) plaque son tournage en cours et persuade son vieil ami, le réalisateur Jafar Panahi (dans son propre rôle aussi) de partir enquêter sur les lieux de la tragédie, dans les montagnes du Nord-Ouest iranien.
Rien qu’à l’énoncé de cette intrigue, on retrouve quelques ingrédients du grand cinéma iranien de naguère : le mélange inextricable de fiction et de réalité (avec ses mises en abyme) ; la voiture semblable à un studio ambulant ; le reflet du sort injuste fait aux femmes ; l’ombre du suicide, réponse ultime à une société oppressante où l’art est fort mal vu… Jafar Panahi est bien l’héritier de l’immense Abbas Kiarostami, mort en 2016, dont il fut l’assistant. Trois visages est le premier film du disciple tourné après la mort du maître. C’est un hommage émouvant à son œuvre, dont plusieurs films clés sont cités au détour du récit, notamment le sublime Goût de la cerise.

Avec modestie, avec les moyens du bord, mais aussi avec beaucoup d’humour, Jafar Panahi actualise donc tous les thèmes et les motifs légués par Kiarostami. Le village montagnard où débarquent la vedette et le cinéaste s’y prête parfaitement, avec ses traditions ancestrales et sa jeunesse en révolte sourde. Il y a même, dans une minuscule demeure à l’écart, une chanteuse-actrice d’avant la révolution islamique (1979), vivant comme une recluse. Dans le plus beau moment du film, on aperçoit de loin, après la tombée de la nuit, par la fenêtre de la maisonnette, trois silhouettes danser joyeusement : une activité proscrite en Iran.
Éloge des actrices (trois générations sont évoquées), et de l’expression artistique en général, le film traite aussi, et peut-être avant tout, de l’empêchement et de l’entrave. Jafar Panahi, qui avait tourné son précédent film, Taxi Téhéran, entièrement à l’abri de son véhicule, a, cette fois, une plaisanterie terrible, déclinant une invitation à dormir dans une maison du village : « C’est encore dans ma voiture que je suis le plus en sécurité ! » (d’après J. Mandelbaum dans Le Monde et L. Guichard dans Télérama)

Vox (Fréjus) : mercredi 13 16h15, 18h30, 21h, jeudi 14 15h, 17h45, 21h, vendredi 15, 13h50, 16H, 18h30, samedi 16 et dimanche 17 13h50, 18h30, 21h, lundi 18 15H, 18h15, 21h

Cotignac : Dimanche 17 18h

 

 

GUEULE D'ANGE

Vanessa FILHO - France 2018 1h48mn - avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir, Amélie Daure, Stéphane Rideau... Scénario de Vanessa Filho et Diastème. Festival de Cannes 2018, Sélection Un certain regard.

 

GUEULE D'ANGEC'est l'histoire de Marlène et de Gueule d'ange. Une mère qui élève seule sa fille de huit ans qu'elle n'appelle que par ce surnom. Une relation forte, mais compliquée, déglinguée par le comportement erratique d'une jeune femme qui a du mal à assumer sa maternité, ses affaires de cœur, sa vie…
Quand on découvre Marlène, on devine qu'elle rentre tard d'une fête et qu'elle a célébré, en buvant plus de raison, quelque chose d'important. « J'ai assuré, j'ai assuré ! » répète-t-elle à sa fille, comme si elle avait passé un entretien et qu'elle avait décroché un boulot. En fait elle a trouvé un nouveau mec, elle va se marier. Pendant la préparation de la cérémonie, la tension est palpable, la mariée est fébrile, c'est normal. Après tout c'est sa cinquième chance de trouver l'homme de sa vie, comme elle le dira au cours du repas, dans une scène étonnante, remarquablement écrite, qui aurait sûrement été hilarante si la réalisatrice n'avait pas réussi à faire poindre les signaux du naufrage qui va immanquablement arriver.
On sent bien que Marlène n'est pas une mauvaise personne : elle aime sa fille, elle le lui dit et c'est sans aucun doute sincère, elle ne se rend pas compte à quel point la vie qu'elle lui fait mener peut être déséquilibrée, angoissante, périlleuse… C'est une nana paumée comme il y en a certainement des milliers, avec un horizon culturel limité aux émissions de télé-réalité débilitantes. Des filles grandies dans les années 1990 et 2000, durant lesquelles des générations de gamines – n'oublions pas les gamins pour autant – se sont fait farcir le cerveau de l'idée que chacun pouvait du jour au lendemain mener la vie d'une certaine jet set relatée dans des feuilles de choux plus ou moins à scandale. Et ce uniquement parce qu'elles avaient un joli minois et un corps idoine. En deux mots, parce qu'elles avaient un look de bimbo. C'est un peu ça Marlène, l'alcool en plus, à forte dose. Dans des milieux plus aisés, elle aurait pris de la cocaïne, c'est plus chic… Et puis un soir, Marlène disparaît sans prévenir et laisse sa fille se débrouiller, seule. Commence alors pour la gamine une période d'errance qui va révéler son incroyable énergie, sa force vitale…

 Vanessa Filho signe un premier film fort, tendu et poignant, photographié magnifiquement par Guillaume Schiffman. Elle offre aussi à Marion Cotillard la possibilité d'une performance hors normes qui, s'il en était encore besoin, confirme son immense talent (Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 13 13h50, samedi 16 16h15, dimanche 17 16h10

Cotignac : jeudi 14 20h30

 

 

SENSES 5

Ryusuke HAMAGUCHI - Japon 2015 5h VOSTF - avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara, Rira Kawamura... Scénario de Ryusuke Hamaguchi, Tadashi Nohara et Tomoyoki Takahashi.
 

SENSESÀ quoi rêvent les femmes japonaises d’aujourd’hui ? À avoir plus de temps pour elles. Senses leur donne celui nécessaire pour se retrouver dans une splendide chronique d’émancipation…
Au Japon, 100 000 personnes disparaissent chaque année sans laisser de traces. On les appelle les « évaporés ». C'est ce qui va se passer avec Jun : du jour au lendemain elle disparaît, elle s'évapore, laissant ses trois meilleures amies dans le désarroi. Sa disparition va entraîner un séisme intime en chacune d’elles, les amenant à questionner leur amitié comme leurs vies respectives. Car Jun était le pilier du groupe, celle qui leur avait permis de toutes se rencontrer…

Ryusuke Hamaguchi donne une ampleur inédite à la situation en libérant une parole trop longtemps mise en sourdine. Sans rien montrer d’une hystérie généralisée ou d’actes physiques extrêmes, le chamboulement émotionnel n’en est pas moins intense. Il est à la source de remous intérieurs qui vont pousser les héroïnes à se poser des questions essentielles, à même de changer la destinée de chacune, parce que les réponses apportées s’émancipent du poids moral de toute une société. Comment aimer ? Peut-on avoir confiance en l’autre ? Doit-on tout se dire ? Ai-je la vie que je souhaite ? Des interrogations qui reflètent bien la perplexité affective dans laquelle flottent les sociétés contemporaines… Senses les remet au centre de tout, rappelant la nécessité d’une interaction sociale, quelle qu’en soit la forme.
Pour éviter des réponses toutes faites, Hamaguchi prend le temps d’une analyse collective, notamment par le biais du séminaire d’un artiste-activiste (baptisé « écouter son centre ») auquel participe la bande d’amies, parmi d'autres. Celui-ci va avoir un effet cathartique imprévu…

Hamaguchi filme avec une rare acuité les dynamiques de groupe qui transparaissent. Chaque personnage laisse éclore, dans des successions de gestes faussement anodins, des traits de caractères et des secrets enfouis, faisant éclater les faux-semblants, mettant à jour tout un système de mensonges et de dissimulations liés au statut et à la condition féminine, dans un monde qui persiste à vouloir les contraindre dans des codes et des schémas patriarcaux (pas propres au Japon mais dont les aspects paraissent ici inouïs de notre point de vue occidental et biaisé…). Il y a quelque chose du cinéma de John Cassavetes dans la maîtrise du jeu d’acteur improvisé, le faisant passer pour parfaitement naturel à l’écran…
Cinq épisodes ne sont pas de trop pour explorer le cheminement intérieur des héroïnes et leur rendre une parole trop longtemps empêchée. Vivre ainsi au plus près des émotions des personnages est un privilège suffisamment rare pour qu’on s’en délecte pleinement. À la fin de Senses, cette impression de quitter quatre amies proches, avec leurs qualités et leurs défauts, nous ferait presque espérer une suite à ce récit fleuve, galvanisant, prenant et toujours passionnant.

VOX (Fréjus) : mercredi 13 et samedi 16 18h45, vendredi 15 et mardi 19 19H, dimanche 17 20h30

 

L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE

(The Man who killed Don Quixote) Terry GILLIAM - GB 2018 2h11mn VOSTF - avec Jonathan Pryce, Adam Driver, Olga Kurylenko, Stellan Skarsgard, Rossy de Palma, Sergi Lopez... Scénario de Terry Gilliam et Tony Grisoni, d'après le roman de Miguel de Cervantes.

L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE« Certains disent que je suis fou, que je suis seulement habité par mes illusions. Mon nom est Don Quichotte, je ne peux pas mourir. »

On n'osait même plus y croire : le Don Quichotte de Terry Gilliam arrive enfin sur nos écrans ! 25 ans que le Monty Python visionnaire poursuivait son rêve fou, son projet dantesque de porter au cinéma le chef d'œuvre de Miguel de Cervantes, 25 ans sous le signe des espoirs ravagés et de la malédiction implacable – Gilliam n'est d'ailleurs pas le seul cinéaste à avoir sué sang et eau face à Don Quichotte ; on ne citera qu'un seul de ses collègues en galère et pas des moindres : Orson Welles lui-même qui laissa le sien inachevé après y avoir travaillé plus ou moins assidûment pendant les trente dernières années de sa vie…

Pour en revenir à Gilliam, on se souvient de la première concrétisation avortée, du tournage entamé en 2000 avec Jean Rochefort dans le rôle du chevalier à la triste figure et Johnny Depp dans celui de son valet au bon sens inébranlable. Un tournage qui tourna au désastre : pluies diluviennes, maladie de Rochefort, survol constant du plateau par des avions militaires, incapacité du réalisateur à maîtriser les événements… On s'en souvient d'autant mieux que ce déchirant naufrage donna naissance à un excellent documentaire, Lost in la Mancha, programmé dans nos salles.
Gilliam aurait pu être découragé par ce cuisant échec mais non, il est reparti au combat contre les moulins à vent, il a bataillé et frappé à la porte de moult producteurs pour trouver les moyens de remettre son film en chantier. Il y est finalement parvenu, il a réussi à tourner en 2017 l'intégralité de son adaptation avec un nouveau tandem bougrement alléchant : Jonathan Pryce (son complice de Brazil) et Adam Driver. Et même si la malédiction a semblé une nouvelle fois étendre son voile noir à travers une sombre histoire d'argent et de droits non respectés, L'Homme qui tua Don Quichotte n'est plus un rêve, n'est plus une chimère mais bel et bien un film qui va être projeté en clôture du Festival de Cannes 2018 et que nous programmerons dans la foulée.

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? L’amour triomphera-t-il de tout ? (Utopia)

Salernes : jeudi 14, vendredi 15 et dimanche 17 18h, samedi 16 21h

 

 

 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

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358 chemin du peyrard
83300 Draguignan
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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Au(x) cinéma(s) du 16 au 22 mai 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Notez tout d'abord dans vos agendas les prochaines soirées Entretoiles : L'Insulte de Zad Doueiri, le dimanche 27 mai, un film d'une intelligence rare où la grande Histoire se nourrit des petites histoires... et le 10 juin,  L'île aux chiens de Wes Anderson, une fable haletante entre cynisme et soif de justice.

Notez aussi les films en ciné club au CGR ces prochaines semaines : Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, La Prière de Cédric Kahn, Razzia  de Nabil Ayouch et Everybody knows de Asghar Farhadi. Que du bonheur !
 
Voyons maintenant le programme de la semaine : au CGR, en ciné club, c'est Eva de Benoit Jacquot, la fascination d'un être pour un autre, et qui le conduit à sa perte. Au Vox, à Fréjus, Everybody knows de Asghar Farhadi, film d'ouverture du festival de Cannes, une fête de mariage où les démons du passé s'invitent et nous tiennent en haleine jusqu'à la fin, Plaire, Aimer et Courir vite de Christophe Honoré, film sélectionné au festival de Cannes, une épopée amoureuse fredonnée entre rires et larmes, L'Île aux chiens de Wes Anderson, une fable sur une guerre haletante entre  cynisme et  soif de justice.  Comme des Rois de Xabi Molia, chronique sociale et comédie, un film épatant et généreux, La place publique d'Agnès Jaoui, un portrait drôle, grinçant et néanmoins bienveillant de notre époque (aussi à Salernes) et Candelaria, film cubain de Johnny Hendrix Hinestroza, un joli film d'amour du 3ème âge, généreux, drôle et vivifiant (aussi à Lorgues).
A Lorgues, nous avons aussi Sonate pour Roos de Boudewijn Koole, film émouvant sur l'incapacité des êtres à se rencontrer et à Salernes The Third Murder de Kore-Eda, qui abandonne la chronique familiale pour se consacrer à un drame judiciaire avec le même sens aigu de l'observation.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

EVA

Réalisé par Benoît Jacquot (2018) Avec Isabelle Huppert (Eva) , Gaspard Ulliel (Bertrand Valade) , Julia Roy ...

 

Au(x) cinéma(s) du 11 au 17 avril 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Cette semaine, beaucoup de beaux films à voir, comme souvent finalement !
Tout d'abord, l'événement de la semaine c'est la soirée Entretoiles le  dimanche 15 avril  sur le thème "Partir ?" avec Une Saison en France de Mahamat Saleh Haroun, le nouveau film d'un des plus grands cinéastes africains et Les Bienheureux de Sofia Djama où l'on voit que le cinéma algérien n'a pas fini de nous surprendre par sa profondeur, sa délicatesse et sa complexité, avec, bien sûr, l'apéritif Entretoiles entre les deux ! A ce sujet, nous vous incitons vivement à apporter votre contribution au buffet, quelque chose à grignoter et partager !
Par ailleurs, un membre d'Entretoiles se tiendra dans le hall pour ceux qui voudraient adhérer ou renouveler leur adhésion.

À CGR, vous pouvez voir  dans le cadre du ciné club Gaspard va au mariage d'Anthony Cordier, douce comédie décalée. Colibris nous propose L'Intelligence des arbres de Guido Tölke et Julia Antel qui explore les modes de communication des arbres avec un peu (trop ?) d'anthropomorphisme. Et dans la programmation ordinaire, on peut voir (au Luc aussi) Ready Player One de Steven Spielberg, un pur divertissement palpitant !
À noter que les prochains films à venir seront  La Forme de l’eau  et Eva.

Au Vox, à Fréjus, vous pouvez voir L'Île aux chiens de Wes Anderson, drôle, intelligent, profond, et plastiquement sublime, Kings de Deniz Gemize Ergüven qui nous avait régalés avec Mustang et qui revient avec la même vitalité et la même fougue du récit, Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, observateur des passions des corps et des âmes (à Cotignac aussi), La Mort de Staline de Armando Lanucci, habile mélange d'humour noir, de cynisme et de loufoquerie, interdit en Russie, et Madame Hyde de Serge Bozon, fable sur la transmission.

À Lorgues, La Belle et la Belle de Sophie Fillières, un conte ludique et charmant, Moi, Tonya de Craig Gillepsie, véritable tragédie contemporaine, Tesnota, une vie à l'étroit de Kantemir Balagov, film sec, tendu, et sans artifice, et Frost de Sharunas Bartras d'une admirable beauté.

À Salernes, Lady Bird de Greta Gerwig, joli film sur le passage de l'adolescence à la vie d'adulte et Hostiles de Scott Cooper (aussi à Cotignac), un western grave et majestueux.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Notez aussi dans vos agendas la journée du 12 mai qui verra se tenir La saison 1 d'Entrelivres, résurrection des Escapades littéraires, avec tout au long de la journée, rencontres avec des écrivains, éditeurs, libraires etc...journée qui se finira au CGR par un film :  Fuocoammare, par delà Lampedusa de Gianfranco Rosi. Vous recevrez prochainement la programmation détaillée de la journée sur vos boîtes mail.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

PROGRAMMATION DU 11 AU 17 AVRIL 2018

 

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Une Saison en France
Écrit et réalisé par Mahamat-Saleh HAROUN
C'est le nouveau film, tourné en France, d'un des plus grands cinéastes africains actuels. Après avoir sublimé et exploré sans complaisance, dans plusieurs films mémorables (Daratt, saison sèche, Un homme qui crie, Grigris), la réalité et les fictions de son Tchad natal, Mahamat-Saleh Haroun, qui vit le plus souvent en France, a pensé qu'il fallait maintenant qu'il « questionne la mémoire de l'exil qui se fabrique ici, qu'il montre des visages qu'on ne voit pas souvent dans le cinéma dominant. » C'est ainsi qu'il consacre aujourd'hui ce beau film à ceux qui ont quitté l'Afrique pour échapper à la guerre ou au désespoir économique et qui tentent de trouver une place dans un pays qui se revendique de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, un pays qui sut être le refuge de bien des exilés. C'est donc l'histoire d'Abbas, qui était professeur de français en Centrafrique et qui a fui avec sa famille la guerre civile dans son pays, un pays artificiellement créé, marqué par l'impérialisme français et ses fantoches... lire la suite
Soirée Entretoiles CGR : dimanche 15 avril 18h
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Les Bienheureux
Ecrit et réalisé par Sofia DJAMA
Après En attendant les hirondelles, le cinéma algérien n’en finit pas de nous surprendre par sa profondeur, sa délicatesse et sa complexité. Avec Les Bienheureux, c’est encore une autre histoire de l’Algérie qui s'exprime, qui nous raconte les blessures et les drames, les espoirs et les déceptions d’une société traversée par des vents contraires : la fougue d’une jeunesse qui se cherche et se perd parfois, les désillusions des adultes qui ont connu le goût des utopies, mais aussi celui du sang. Les « bienheureux » du film ne le sont pas parce qu'ils seraient nés sous une bonne étoile, ni parce qu’ils auraient eu un destin hors norme, ils le sont car vivants, tout simplement. L’histoire se passe sur une journée et une nuit, à Alger, si belle, si mystérieuse quelque que soit la lumière qui l’éclaire ; elle prend corps à travers plusieurs protagonistes, de différentes générations et origines sociales... lire la suite
Soirée Entretoiles CGR : dimanche 15 avril à 20h30
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Gaspard va au mariage
Réalisé par Antony Cordier
France 2018 1h43mn
avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret...
Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir. Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance... lire la suite
Ciné-club CGR : mercredi 11 à 17h40, jeudi 12 à 11h, vendredi 13 à 19h50, samedi 14 à 14h et lundi 16à 22h
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L'Intelligence des Arbres
Réalisé par Guido Tölke et Julia Dordel
Un forestier en Allemagne, Peter Wohlleben, a observé que les arbres de sa région communiquent les uns avec les autres en s'occupant avec amour de leur progéniture, de leurs anciens et des arbres voisins quand ils sont malades. Il a écrit le bestseller "La Vie Secrète des Arbres" (vendu à plus d'1 million d'exemplaires) qui a émerveillé les amoureux de la nature. Ses affirmations ont été confirmées par des scientifiques à l'Université du "British Columbia" au Canada. Ce documentaire montre le travail minutieux et passionnant des scientifiques, nécessaire à la compréhension des interactions entre les arbres ainsi que les conséquences de cette découverte. Les racines : voilà le secret et le mystère des hommes, mais aussi la clé de la compréhension des arbres... lire la suite
Proposé par Colibris au CGR : jeudi 12 avril à 20h
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L'Île aux chiens
Réalisé par Wes ANDERSON
L'Île aux chiens est une merveille qui prouve, après le déjà formidable Fantastic Mr Fox (mais L'Île aux chiens est plus adulte), que Wes Anderson est un maître du cinéma d'animation : ce moyen d'expression particulier est un terrain idéal pour son invention débordante, sa fantaisie tendre, sa poésie loufoque, sa philosophie candide. C'est évidemment l'animation qui permet à Wes Anderson de faire exister Chief, Rex, King, Boss, Duke ou Spots… ces chiens follement courageux, débrouillards, tchatcheurs, gouailleurs, et finalement bien plus sensés que ces humains vaniteux qui croient tout savoir sur tout… Nous sommes ici devant une réussite majeure du cinéaste, qui enchantera tous ceux qui sont sensibles à son univers unique, qu'il vive à travers des personnages en chair et en os ou à travers des marionnettes... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 11 VF à 13h50, 18h15 et VO à 20h45, jeudi 12 VF 16h10, 20h30 VO 18h15, vendredi 13 VF 13h50, 18h30 et VO 21h, samedi 14 VF 13h40, 18h30, VO 15h35, dimanche 15 VF 16h, 18h15, VO 20h30, lundi 16 VF 15h40, 17h50, VO 20h, mercredi 17 VF 16h05, 21h, VO 18h30
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Kings
Écrit et réalisé par Deniz GAMZE ERGÜVEN
On se souvient du très joli et très primé Mustang, le premier film de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven. Si Kings est très différent, il y a malgré tout un réel cousinage. On retrouve la même vitalité des personnages, une fougue du récit, une thématique qui résonne comme une urgence vitale. La cinéaste adopte le point de vue des laissés pour compte : celui des jeunes filles turques dans l’un, celui des minorités ethniques américaines dans l’autre. Et si dans Kings on a parfois l’impression de nager en plein délire, le plus délirant, justement, est que rien n’y est inventé… À commencer par le personnage principal, la pétillante Millie… Difficile d’imaginer plus pêchue qu’elle. Une drôlesse au grand cœur prête à ramasser tous les mômes errants. Et dans son quartier de South Central (Los Angeles) dans les années 90, les mioches paumés, ce n'est pas ce qui manque. De sorte que, lorsqu’on pénètre chez Millie, ça fiche le tournis tellement ça vit ! ... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 11 13h50, 18h30, 20h45, jeudi 12 16h40, 18h30, 20h30, vendredi 13 13h40, 18h50, 21h, samedi 14 13h40, 17h40, 21h35, dimanche 15 14h, 16h20, 21h10, lundi 16 13h50, 16h20, 21h, mardi 17 13h50, 18h30, 21h
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La Mort de Staline
Réalisé par Armando IANNUCCI
Dur de passer du Jeune Karl Marx, programmé l'année dernière à Utopia, à La Mort de Staline. De l'aimable philosophie à l'abominable barbarie. Et comment s'y prendre avec un client qui affichait au compteur, au moment de son dernier souffle, la bagatelle de 5 millions d'exécutions, plus 5 millions d'individus envoyés, avec des fortunes diverses, au goulag, sans oublier les 9 millions de petits propriétaires paysans emportés par la famine suite aux réquisitions. Comment s'y prendre si ce n'est par la farce ? L'inimaginable en effet dans cette histoire est que cette Mort de Staline hilariously british, loin de toute désolation funèbre ou de toute compassion, relève plus du Dr Folamour de Kubrick, avec son cow-boy chevauchant sa bombe atomique, que de la tragédie funèbre... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 11 15h50, 18h15, 20h45, jeudi 12 13h50, 18h20, vendredi 13 13h50, 18h25, 21h, samedi 14 15h30, 17h45, dimanche 15 15h50, 18h15, 20h30, lundi 16 15h50, 18h15, 20h45, mardi;17 13h50, 16h05, 21h
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Mektoub My Love : Canto Uno
Réalisé par Abdellatif KECHICHE
Au moment où l'on écrit ses lignes, les frimas de l'hiver glacent encore nos corps endormis, et voilà que déboule cet incroyable torrent visuel de soleil et de sensualité, une ode à la vie, à l'amour sans entraves, aux corps libérés. On est au cœur de l'été 1994, dans le Sud, plus précisément à Sète, cité portuaire et populaire chère au réalisateur. En cet été caniculaire, tout le monde écoute Supertramp, et tout le monde ne pense qu'à danser ou aller à la plage. Amine, qui fait ses études à Paris mais qui surtout se cherche (il écrit aussi des scénarios de cinéma), est revenu voir sa famille qui tient un restaurant tunisien/asiatique. Ce matin-là il chemine à vélo pour rendre une visite surprise à son amie Ophélie. Mais quand il arrive, des bruits provenant de la chambre ne laissent aucun doute, Ophélie est en train de faire l'amour : scène d'une intensité digne de celles que l'on pouvait voir dans La Vie d'Adèle. Amine attend que l’amant, son cousin Toni, s’en aille pour aller voir Ophélie laquelle est en principe promise à Clément – un marin du porte-avions Charles de Gaulle – même si elle avoue à Amine entretenir depuis longtemps une relation avec Toni... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 13 15h30
Cotignac : vendredi 13 20h30
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Madame Hyde
Écrit et réalisé par Serge BOZON
Après le déjà azimuté Tip Top, voici Madame Hyde, nouveau film de Serge Bozon, le grand inventeur de révoltes logiques. Ce qu’il présente lui-même comme un « film sur l'éducation » reprend ses grandes lignes au célèbre Dr Jekyll et Mr Hyde de Stevenson, en racontant l’histoire de Madame Géquil (Isabelle Huppert), une très maladroite professeure de physique, enseignant dans un lycée de banlieue. La mauvaise prof y affronte un mauvais élève, l’insolent Malik (Adda Senani), qui marche avec l’aide d’un déambulateur.
Le film raconte leur rencontre, le cheminement de leur changement mutuel, le périple d’un apprentissage en commun. Cela passe par un événement qui semble pourtant purement extérieur, objectif : une nuit, Madame Géquil prend la foudre dans son laboratoire, et la voici muée en Madame Hyde, « femme de feu » qui hante les cités la nuit sur les traces de Malik, et trouve pour son enseignement diurne une énergie soudaine et profitable...
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Le Vox (Fréjus) : mercredi 11 16h, vendredi 13 16h15, lundi 16 13h50, mardi 17 13h
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Moi, Tonya
Réalisé par Craig GILLESPIE
Qui se souvient de Tonya Harding ? Bientôt vous ne serez pas près de l’oublier ! Grâce à ce film épatant qui raconte son histoire si particulière et va vous transporter dans un véritable tourbillon de vie ébouriffant. L'histoire d’une petite fille qui avait tout pour devenir, qui est même devenue l’espace d’un instant, envers et contre tout, la meilleure patineuse artistique du monde avant de tomber dans la disgrâce et dans l’oubli. Il faut dire que soudoyer une bande de crétins pour aller briser la jambe de sa rivale (Nancy Kerrigan) avant les jeux olympiques de 1994, ce n’était pas très fair play. Mais est-ce bien la vérité ? Où est-elle ? Existe-t-il une vérité univoque ? N’est-elle pas plus complexe que les médias l’ont décrété à l’époque ?
Remontée dans le temps qui commence façon faux documentaire. Face caméra : interview de la mère Harding. Interview de l’ex-mari Jeff Gillooly. Interview du garde du corps Shawn Eckhardt. Interview de Tonya…
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Lorgues : mercredi 11 19h, samedi 14 et dimanche 15 18h, lundi 16 21h
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La Belle et la Belle
Écrit et réalisé par Sophie FILLIERES
C’est un enchantement, que dis-je un enchantement, c’est un tour de magie, un ravissement, un conte, une fable, une promenade aussi ludique que charmante quelque part au Royaume des belles et des… belles. Sophie Fillières a un vrai talent pour nous embarquer dans des histoires a priori assez banales d’où va surgir, tel le lapin blanc du chapeau noir, une excentricité, un grain de folie, un truc complètement barré que ses héroïnes vont affronter avec ce détonnant mélange de douce naïveté et de sérieux, source de situations souvent extrêmement comiques. Elle embrasse ici tout de go un thème fantastique et nous embarque sans équipement ni précautions particulières dans une sorte de monde parallèle où tout devient possible parce que tout prend cœur et corps à travers des personnages pour lesquels elle déploie une précieuse et infinie tendresse... lire la suite
Lorgues : mercredi 11 17h, vendredi 13 21h25, samedi 14 20h20, dimanche 15 16h
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Tesnota – Une vie à l’étroit
Réalisé par Kantemir BALAGOV
C’est un coup d’éclat, un premier film d’une force époustouflante, de ceux que le cinéma – jeune ou mature – peut offrir de meilleur. Son jeune réalisateur Kantemir Balagov a retenu un fait divers survenu en 1998 (il n’avait alors que 7 ans) dans sa ville natale de Naltchik, capitale de Kabardino-Balkarie, une des sept républiques autonomes caucasiennes de Russie. Le film relate l’histoire d’une famille juive dont les enfants, Ilana l’électron libre et son frère cadet David, vont chercher la voie de l’émancipation sur fond de tensions politiques et ethniques dans le Caucase post-soviétique. Brillant dans sa forme, entier dans ses moindres recoins, Tesnota bouleverse par la densité du portrait qu’il dresse d’une jeunesse empêtrée dans des problèmes qui la précèdent. On retiendra longtemps le personnage d’Ilana, jeune femme d’une trempe hors du commun, lointaine cousine de la Rosetta des frères Dardenne, déterminée à échapper à tous les carcans... lire la suite
Lorgues : mercredi 11 21h20, vendredi 13 19h10, lundi 16 16h25
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Frost
Réalisé par Sharunas BARTAS
Venu de l’autre côté du froid, le lituanien Sharunas Bartas est le prince de la mélancolie fatale, du plan qui cristallise, des sentiments qui expirent, du monde qui s’efface. Bientôt trente ans que cette œuvre confidentielle, d’une admirable beauté formelle et d’une douleur sans fond, fait vivre cette couleur rare, ce blanc tremblant de la ténuité des choses et des êtres, sous le grand chapiteau du cinéma mondial… Un couple de jeunes Lituaniens se retrouve, un peu par hasard et au terme d’une décision hâtivement prise, au volant d’une camionnette bourrée de vivres et de vêtements à destination des militaires ukrainiens qui défendent le territoire national contre les séparatistes russes. Munis de quelques laissez-passer et de leur inexpérience en matière d’action humanitaire, ils ne se doutent pas qu’un long et pénible périple les attend jusqu’au front... lire la suite
Festival de cinéma de Lorgues : jeudi 29 20h
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Lady Bird
Écrit et réalisé par Greta GERWIG
Actrice, danseuse, scénariste, Greta Gerwig dévoile progressivement ses multiples talents et réalise un formidable premier film qui va casser la baraque. Les critiques américaines sont enthousiastes, les récompenses pleuvent, les premiers spectateurs outre-Atlantique sont emballés, le bouche à oreille est en marche… On vous attend !
Quand votre mère vous gonfle, ressasse toujours les mêmes rengaines, quoi faire d’autre que de sauter de la voiture en marche pour ne plus l’entendre ? C’est en tout cas ce que fait Christine ! Un brin radicale, la drôlesse (Saoirse Ronan, sincère, espiègle, bouleversante) et pourtant si touchante. À 17 ans, elle a l’âge de toutes les rêveries, de toutes les angoisses aussi. La peur de n’être rien, de ne rien devenir. Elle a aussi l’âge d’enquiquiner son monde, de vouloir le fuir, d’en avoir honte. Surtout ne pas se laisser emprisonner dans ses comportements petit-bourgeois, dans ses murs étroits, ceux de Sacramento que Christine rêve de quitter tout comme une bête à bon Dieu abandonne derrière elle sa chrysalide...
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Salernes : vendredi 13 18h et lundi 16 20h30
Affiche
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Hostiles
Écrit et réalisé par Scott Cooper
Un capitaine de cavalerie (Christian Bale), ancien combattant amer et austère, hanté par sa guerre contre les Amérindiens, reçoit l’ordre d’une mission à ses yeux cuisante : escorter un chef cheyenne emprisonné et très malade, jusque sur sa terre natale, au Montana. Sur leur route, le soldat et ses hommes croisent une femme (Rosamund Pike, la superlady glaçante de Gone Girl) dont la famille a été massacrée par des Comanches. Hagarde, elle se joint au convoi bizarre, composé de survivants comme elle. Le périple, lent, à travers des paysages amples et sauvages. Le souci de réalisme quant au dialecte et aux coutumes des Cheyennes. La violence qui peut surgir à tout moment, à l’extérieur ou à l’intérieur du groupe. Voilà ce qui fait l’attrait de ce western grave, majestueux, avec quelques touches d’emphase. Scott Cooper (Crazy Heart, Les Brasiers de la colère), auteur de cette histoire assez forte sur des ennemis de longue date contraints de faire alliance, accorde à chacun de ses héros une densité, un vécu qui éclairent leurs actes... lire la suite
Salernes : mercredi 11 18h, vendredi 13, samedi 14 et mardi 17 20h30
Cotignac : vendredi 13 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Une Saison en France
http://fr.web.img3.acsta.net/c_300_300/pictures/17/11/08/17/42/0357831.jpgÉcrit et réalisé par Mahamat-Saleh HAROUN
France 2017 1h41mn
avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayna Lys, Ibrahim Burama Darbœ, Bibi Tanga, Léonie Simaga...

C'est le nouveau film, tourné en France, d'un des plus grands cinéastes africains actuels. Après avoir sublimé et exploré sans complaisance, dans plusieurs films mémorables (Daratt, saison sèche, Un homme qui crie, Grigris), la réalité et les fictions de son Tchad natal, Mahamat-Saleh Haroun, qui vit le plus souvent en France, a pensé qu'il fallait maintenant qu'il « questionne la mémoire de l'exil qui se fabrique ici, qu'il montre des visages qu'on ne voit pas souvent dans le cinéma dominant. » C'est ainsi qu'il consacre aujourd'hui ce beau film à ceux qui ont quitté l'Afrique pour échapper à la guerre ou au désespoir économique et qui tentent de trouver une place dans un pays qui se revendique de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, un pays qui sut être le refuge de bien des exilés…
C'est donc l'histoire d'Abbas, qui était professeur de français en Centrafrique et qui a fui avec sa famille la guerre civile dans son pays, un pays artificiellement créé, marqué par l'impérialisme français et ses fantoches (souvenons-nous du tristement fameux Bokassa). L'épouse d'Abbas est morte en chemin – son fantôme hante nombre de ses nuits –, le laissant père esseulé de deux jeunes enfants, l'exubérante Asma et le discret Yacine. Sur ces ruines, Abbas tente de reconstruire sa vie à Paris, travaillant sur un marché où il a rencontré Carole, une fleuriste qui s'est attachée à cet homme courageux et cultivé. Comme son titre l'indique, le film se déroule sur une saison, un hiver qui sépare peut être l'espoir des désillusions, le temps de l'interminable attente administrative, entre le dépôt d'une demande et la réponse de la commission nationale du droit d'asile.

Une saison en France montre parfaitement les réalités quotidiennes de ces exilés, leur vie toujours en suspens : les enfants tentent d'avoir une vie d'élèves français comme les autres tout en sachant qu'elle sera rythmée par les déménagements intempestifs ; Abbas et son ami Étienne – également demandeur d'asile, intellectuel comme lui, qui a trouvé refuge dans une cabane de fortune – attendent tous deux désespérément de savoir enfin s'ils vont être régularisés ou expulsés, dans l'incapacité de faire quelque projet que ce soit, dans l'impossibilité de seulement s'engager dans une histoire d'amour. Carole, de son côté, attend elle aussi dans l'angoisse que la situation de l'homme qu'elle aime s'éclaircisse, pour construire avec lui un éventuel avenir.
Il est ici essentiellement question de dignité, celle qu'on tente de préserver malgré les conditions matérielles difficiles, malgré les humiliations, malgré les tracasseries de l'administration et de la police. Avec en permanence les questions qui taraudent : et si la vie ici était impossible ? Et s'ils avaient fait le mauvais choix, malgré la guerre là bas ? Et si le bonheur était ailleurs ?
Quand on regarde les implacables statistiques qui placent la France dans les derniers rangs des pays occidentaux pour l'accueil des réfugiés, on se dit tristement qu'on a une partie de la réponse. Et le film de Mahamet-Saleh Haroun paraît décidément salutaire. (Utopia)


Soirée Entretoiles CGR : dimanche 15 avril 18h

Les Bienheureux
I AM NOT YOUR NEGROEcrit et réalisé par Sofia DJAMA
Algérie / France 2017 1h42mn VOSTF
avec Sami Bouajila, Nadia Kaci, Faouzi Bensaïdi, Amine Lansari, Lyna Khoudri...

Après En attendant les hirondelles, le cinéma algérien n’en finit pas de nous surprendre par sa profondeur, sa délicatesse et sa complexité. Avec Les Bienheureux, c’est encore une autre histoire de l’Algérie qui s'exprime, qui nous raconte les blessures et les drames, les espoirs et les déceptions d’une société traversée par des vents contraires : la fougue d’une jeunesse qui se cherche et se perd parfois, les désillusions des adultes qui ont connu le goût des utopies, mais aussi celui du sang. Les « bienheureux » du film ne le sont pas parce qu'ils seraient nés sous une bonne étoile, ni parce qu’ils auraient eu un destin hors norme, ils le sont car vivants, tout simplement.

L’histoire se passe sur une journée et une nuit, à Alger, si belle, si mystérieuse quelque que soit la lumière qui l’éclaire ; elle prend corps à travers plusieurs protagonistes, de différentes générations et origines sociales. Il y a d’abord le couple bourgeois formé par Samir et Amal, d’anciens quatre-vingt-huitards, des militants qui ont participé en octobre 1988 aux émeutes qui ont conduit à la fin du parti unique et à l’ouverture démocratique. Pourtant, ils sont revenus de bien des rêves et espoirs et cette soirée d’anniversaire de leurs vingt ans de mariage a de tristes allures de bilan. Et puis il y a leur fils, Fahim, jeune adulte plus ancré dans le présent et dans sa ville, dans laquelle il erre avec ses amis étudiants, Reda et Feriel, avant de rejoindre des jeunes d’un tout autre milieu social, dans un quartier populaire, où l’humour, l’alcool et le shit – et pourquoi pas aussi la quête de spiritualité – aident à tuer l’ennui. Autour, dehors, il y a Alger. Une ville qui semble garder en elle le secret des morts, des disparus et porte comme un fardeau le poids des années d'une guerre civile que l’on tente d’oublier mais à laquelle chacun pense, toujours, tout le temps, tant elle a embarqué dans sa spirale de violence la société algérienne toute entière. L’avenir a du mal à se construire et c’est bien le portrait d’un pays figé dans un immobilisme déconcertant qui est ici brossé, sans concession… un pays si jeune mais dirigé par un gouvernement usé jusqu’à la corde.
Alger est donc bien le personnage central du film, avec des moments de déambulation dans ses rues folles, avec ses immeubles décrépis qui écrasent les personnages par un trop-plein d’histoire, avec sa sonorité contrastée entre le Taqwacore (une espèce de punk muslim hyper connecté au présent) et la chanson française engagée qui sent la naphtaline. Alger n’est pas qu’un cadre, elle est le centre d’attraction et de répulsion de chaque personnage : on regrette de ne pas l’avoir quittée à temps, on voudrait la fuir ou y rester enraciné à tout jamais, on la regarde avec tendresse, dégout ou amertume face à ce qu’elle est devenue et devant ce qu’elle ne sera jamais.

« Je voulais deux points de vue générationnels pour montrer les conséquences de la bigoterie et de la politique sur l’intimité des gens. Résignation pour les uns, cynisme pour les autres… Il y a les adultes qui avaient vingt ans en octobre 1988 lors du soulèvement populaire et leurs enfants âgés de vingt ans en 2008 (ma génération), période à laquelle se déroule l’histoire, quelques années, donc, après la guerre civile. Amal et Samir, les parents, veulent fêter leur vingtième anniversaire de mariage au restaurant. Mais cette nuit-là va les forcer à rompre avec ce rituel : ils vont devoir faire face à l’échec socio-politique dont ils sont en partie responsables en tant qu’ex-militants. Au même moment, Fahim et ses amis errent dans une Algérie différente, sous tension, mais dans laquelle ils trouvent des espaces de liberté, car, contrairement à leurs aînés, ils continuent de rêver en créant leurs propres codes, en vivant avec leur société et en essayant de s’y frayer un chemin sans la juger. En une nuit, je les confronte tous à des contretemps permanents… » Sofia Djama (critique utopia)


Soirée Entretoiles CGR : dimanche 15 avril à 20h30

Gaspard va au mariage

 

 

Réalisé par Antony Cordier
France 2018 1h43mn
avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret...

Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir. Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance...

Voici qu’on tient, au moins le temps d’un film, notre Wes Anderson français. Celui de La Famille Tenenbaum et d’A bord du Darjeeling Limited, qui mettait en scène des fratries de trentenaires inconsolables, en deuil de leurs dons enfantins et de leurs chastes amours incestueuses. La comparaison avec l’Américain ne s’arrête pas aux thèmes : avec Gaspard va au mariage, hanté par toutes sortes de chimères, le réalisateur Anthony Cordier accède à une drôlerie poétique absente de ses deux premiers longs métrages, Douches froides (2005) et Happy Few (2010).

Gaspard (Félix Moati) est un garçon d’aujourd’hui, encore libre comme l’air mais pas léger pour autant. Il s’est tenu, pendant des années, à l’écart de sa famille, qui tient un zoo dans le Limousin. Invité au remariage de son père et mal dans sa solitude, il convainc, en chemin, une fille paumée de tenir, pendant la noce, le rôle de sa petite amie. Laetitia Dosch, la révélation du récent Jeune Femme, aux accents imprévisibles et délicieusement énervants, permet alors au film de quitter, dès les premières minutes, les rails du naturalisme.

Sur place, la maison familiale, située au milieu du zoo, a tout d’un vieux coffre plein de jouets cassés. L’entreprise coule. Les souvenirs d’une mère radieuse (Elodie Bouchez), disparue top tôt, planent encore. La compagne du père, un infidèle compulsif, se ravise quant au mariage. Les frère et sœur restent englués dans leur enfance. Lui (Guillaume Gouix) se dévoue entièrement à ce zoo qu’il a toujours connu. Elle (Christa Théret) aussi, en s’identifiant, qui plus est, à une ourse dont elle garde en permanence la fourrure sur elle, façon Peau d’âne…

La proximité entre les hommes, les animaux et la nature, discrètement féerique, ou maléfique, renvoie sans cesse à l’univers des contes, transgressions incluses. De fait, chaque personnage se retrouve bientôt devant une frontière invisible, contraint à se métamorphoser. Et le film captera la dernière étreinte familiale avant la dispersion inévitable. Entre-temps, grâce à sa formidable troupe d’acteurs, Anthony Cordier accumule assez d’humour, de sensualité et d’énergie pour que cet enterrement, qui ne dit pas son nom, reste une fête. Des plus réussies. (Télérama)


Ciné-club CGR : mercredi 11 à 17h40, jeudi 12 à 11h, vendredi 13 à 19h50, samedi 14 à 14h et lundi 16à 22h

L'Intelligence des Arbres
Réalisé par Guido Tölke et Julia Dordel
Documentaire France 2016

Un forestier en Allemagne, Peter Wohlleben, a observé que les arbres de sa région communiquent les uns avec les autres en s'occupant avec amour de leur progéniture, de leurs anciens et des arbres voisins quand ils sont malades. Il a écrit le bestseller "La Vie Secrète des Arbres" (vendu à plus d'1 million d'exemplaires) qui a émerveillé les amoureux de la nature. Ses affirmations ont été confirmées par des scientifiques à l'Université du "British Columbia" au Canada. Ce documentaire montre le travail minutieux et passionnant des scientifiques, nécessaire à la compréhension des interactions entre les arbres ainsi que les conséquences de cette découverte.

Les racines : voilà le secret et le mystère des hommes, mais aussi la clé de la compréhension des arbres. Une petite révolution scientifique popularisée par le forestier allemand Peter Wohlleben, auteur du best-seller La Vie secrète des arbres, dans lequel il prouve que les arbres sont des êtres sociaux, qui communiquent et se soutiennent entre eux par le système racinaire. L’empathie, le langage et même l’amitié sont des facultés que cet observateur, soutenu par des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (Canada), prête depuis peu au monde végétal. Avec ses entretiens en pleine forêt, ce documentaire assume son côté pédagogique, dans la lignée du livre dont il est la déclinaison.(Télérama)


Proposé par Colibris au CGR : jeudi 12 avril à 20h

 

 

 

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Au(x) cinéma(s) du 28 mars au 3 avril 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Le festival de cinéma Amérique du sud que nous vous avons proposé avec la collaboration de CGR,  a été un franc succès, tant pour la fréquentation (325 spectateurs), que pour la qualité des films, les interventions intéressantes de Téo Saavedra et Francisco Tullu que nous remercions encore de leur participation, et enfin pour le magnifique buffet (à ce dernier sujet, si vous avez pris des photos, nous sommes preneurs) : nous réitérerons l'aventure !

N'oubliez pas de noter les 2 prochains rendez-vous Entretoiles : le dimanche 8 avril,  Ni juge ni soumise, de Jean Libon et Yves Hinant, avec la participation d'une magistrate, ancienne juge d'instruction, qui a accepté de débattre avec nous ; et le dimanche 15 avril, ce sera une soirée sur le thème "Partir ?" avec Les Bienheureux de Sofia Djama et Une Saison en France de Mahamat Saleh Haroun, avec, bien sûr, l'apéritif Entretoiles entre les deux !

Cette semaine en ciné-club au CGR, c'est  3 Billboards Les panneaux de la vengeance, de Martin McDonagh  un film remarquable, passionnant et surprenant. Colibris nous propose Sugarland, un documentaire très pédagogique sur le sucre de Damien Gameau. On peut aussi voir Tout le monde debout de Franck Dubosq (qu'on peut aussi voir à Salernes et au Luc), un film qui, comme Intouchable et Patients, parle avec intelligence et humour du handicap.
Les prochains films ciné-club de CGR sont  Phantom Thread et Gaspard va au mariage.

A Lorgues c’est le Festival Cin'Edison de 2018  : Mala Junta, un film chilen, l'histoire d'une amitié adolescente sur fond de conflit mapuche, L’œil du cyclone de Fred Schepisi sur les liens familiaux difficiles, Le Jeune Karl Marx, de Raoul Peck, film qui dégage une forte impression d'authenticité et Vent du Nord de Walid Mattar, un vrai road movie, au cœur de la mondialisation qui marche sur la tête !

Au Vox, à Fréjus, Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, un incroyable torrent de soleil et de sensualité, La Forme de l'eau  de Guillermo del Toro (à Salernes aussi), un beau conte gothique, chef d’œuvre du genre, La Prière de Cédric Kahn, lieu de la dernière chance et film où on passe sans cesse du doute à la conviction, le magnifique Razzia de Nabil Ayouch, un film qui emporte et captive, et enfin La Belle et la Belle  de Sophie Fillières, un enchantement !

A Salernes, Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, un récit qui se tend au fur et à mesure du déroulement du film, comme une toile aussi somptueuse que dangereuse et au Luc Call Me By Your Name de Luca Guadagnino, un film en état de grâce, d'une beauté radieuse et d'une sensualité enivrante !

Bonne semaine de cinéma ! Profitez bien de tous ces films. !

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 28 MARS AU 3 AVRIL 2018

 

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Sugarland
Réalisé par Damon GAMEAU
Documentaire Australie 2017 1h42mn VOSTF
avec Damon Gameau, Kyan Khohandi, Hugh Jackman, Stephen Fry, Isabel Lucas...
40 cuillères à café de sucre par jour pendant deux mois. Voici le régime que s'est imposé Damon Gameau, réalisateur australien et protagoniste-cobaye de Sugarland. Damon Gameau a choisi de débusquer les sucres cachés. Ceux que les professionnels de l'agroalimentaire ont très largement saupoudré sur les produits dits transformés. Pourquoi ? Pour en rehausser le goût à bas coût, le tout avec une étiquette « light », histoire de donner bonne conscience aux consommateurs. Entouré d'un nutritionniste, d'un médecin et d'un biologiste, le réalisateur a élaboré un régime drastique qui ne prévoit pas de le faire manger directement des morceaux de sucre ni de le gaver de sodas et de sucreries mais de ne lui faire consommer que ces aliments dits allégés. En pratique, 160 grammes de sucres par jour, essentiellement du saccharose et du sirop de glucose-fructose, des sucres particulièrement présents dans les céréales et boissons dites « light », les muesli étiquetés « sains », les smoothies et aussi les barres de céréales… qui, à elles seules, contiennent en général la ration journalière recommandée de sucres (soit de 20 à 30 g) !... lire la suite
CGR présenté par Colibris : jeudi 29 20h
Le Vox (Fréjus) : vendredi 30 20h
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3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
Écrit et réalisé par Martin McDONAGH
USA 2017 1h55mn VOSTF
avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, John Hawkes...
Sous ce titre assez improbable, aussi bien dans sa version originale que dans sa demi traduction française, se cache un film formidablement réussi, doté d'un scénario remarquable en tous points, toujours passionnant, sans cesse surprenant – je défie quiconque de deviner le déroulement du récit et l'évolution des personnages – et qui s'avère d'une profondeur véritablement émouvante tout en distillant en permanence un humour noir ravageur. Les critiques vont sans doute évoquer les frères Coen et pour le coup la référence n'est pas usurpée : on pense à Fargo, on pense à No country for old men, on est bien à ce niveau-là !... lire la suite
Ciné-club CGR : mercredi 28 et lundi 2 20h, jeudi 29 et mardi 3 10h50, vendredi 30 22h10, samedi 31 13h30
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La Forme de l'eau
Réalisé par Guillermo del TORO
USA 2017 2h03mn VOSTF
avec Michael Shannon, Sally Hawkins, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octavia Spencer...
Scénario de Guillermo del Toro et Vanessa Taylor
C’est un conte gothique dont la beauté atteint une universalité et une résonance politique qui sont la marque des chefs-d’œuvre du genre. Brillant, drôle, enivrant, c’est sans doute le film le plus abouti de Guillermo del Toro, qui réussit l’alliance parfaite entre maîtrise du style et poésie de la narration. Femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental ultra-secret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée du reste monde qu’elle est muette. Sa vie est rythmée par ses horaires de travail, monotones, le tic tac de sa pendule, monocorde, le trajet en bus pour se rendre au labo, immuable, et ses petites habitudes de célibataire, plus ou moins avouables… Une existence qui n’est ni triste ni gaie, qui est juste la sienne et qu’embellit une foisonnante vie intérieure peuplée de rêves d’eau, de pas de danses et de séances de cinéma... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 29 18h, vendredi 3013h50, dimanche 1er 16h15, lundi 2 18h15
Salernes : vendredi 30 et dimanche 1er 18h
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Phantom Thread
Écrit et réalisé par Paul Thomas ANDERSON
USA 2017 2h10 VOSTF
avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford, Brian Gleeson...
Impossible de parler de Phantom thread (littéralement « fil fantôme ») sans évoquer le travail remarquable du costumier Mark Bridges. Ses costumes étoffent admirablement le récit, ajoutent la réalité charnelle de la matière, l’évidence du détail au panache des acteurs, à la richesse de l’intrigue, à la classe de la mise en scène magistrale orchestrée par Paul Thomas Anderson. Tant Daniel Day-Lewis en couturier génial et torturé que Lesley Manville dans le rôle de sa sœur implacable et dévouée et que Vicky Krieps dans celui de l’amoureuse éperdue et follement déterminée portent subtilement le scénario et font de ce film une œuvre singulière, de haute volée. Un film classique de prime abord, qui s’installe lentement, se déguste à petites gorgées, pour se révéler finalement plus vénéneux qu’il n’y parait... lire la suite
Salernes : samedi 31 20h30
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Tout le monde debout
Écrit et réalisé par Franck Duboscq
France 2018 1h47mn 
avec Franck Dubosc, Alexandra Lamy, Elsa Zylberstein...
Jocelyn, homme d’affaires en pleine réussite, est un dragueur et un menteur invétéré. Lassé d’être lui-même, il se retrouve malgré lui à séduire une jeune et jolie femme en se faisant passer pour un handicapé. Jusqu’au jour où elle lui présente sa sœur elle-même handicapée… Acteur, scénariste et réalisateur, Dubosc fait face à la tout aussi populaire Alexandra Lamy, et se moque gentiment de son image de playboy vieux et beau, sur fond de message bienveillant sur l’amour et le handicap. Gérard Darmon, Elsa Zylberstein (qui confirme son gros potentiel comique), Claude Brasseur ou encore la jolie Caroline Anglade complètent la distribution de ce conte moderne. « Tout le Monde Debout » sentait fort la lourdeur d’une comédie française imbuvable, comme on n’en voit que trop sur les écrans chaque année. La surprise n’en est donc que plus réjouissante quand se dessine à l’écran un autre film, finalement sympathique, engageant et agréable à regarder... lire la suite
CGR : mercredi 28,jeudi 29, lundi 2 : 10h50, 13h30, 15h40, 20h, 22h15 - vendredi 30 10h50, 13h30, 15h40, 20h - samedi 31 13h30, 15h40, 20h, 22h15 - dimanche 1er 10h50, 15h40, 20h, 22h15 - mardi 3 10h50, 13h30, 15h40, 22h15
Salernes : mercredi 28 et samedi 31 18h, vendredi 30 20h30, dimanche 1er 16h, mardi 3 18h et 20h30
Le Luc : mercredi 2 14h, samedi 31 et dimanche 1er 18h30
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Mektoub My Love : Canto Uno
Réalisé par Abdellatif KECHICHE
France / Italie 2017 2h55mn
avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Alexia Chardard, Lou Luttiau, Hafsia Herzi, Mel Einda...
Scénario d'Abdellatif Kechiche et Ghalia Lacroix, d'après le roman de François Bégaudeau
Au moment où l'on écrit ses lignes, les frimas de l'hiver glacent encore nos corps endormis, et voilà que déboule cet incroyable torrent visuel de soleil et de sensualité, une ode à la vie, à l'amour sans entraves, aux corps libérés. On est au cœur de l'été 1994, dans le Sud, plus précisément à Sète, cité portuaire et populaire chère au réalisateur. En cet été caniculaire, tout le monde écoute Supertramp, et tout le monde ne pense qu'à danser ou aller à la plage. Amine, qui fait ses études à Paris mais qui surtout se cherche (il écrit aussi des scénarios de cinéma), est revenu voir sa famille qui tient un restaurant tunisien/asiatique. Ce matin-là il chemine à vélo pour rendre une visite surprise à son amie Ophélie. Mais quand il arrive, des bruits provenant de la chambre ne laissent aucun doute, Ophélie est en train de faire l'amour : scène d'une intensité digne de celles que l'on pouvait voir dans La Vie d'Adèle. Amine attend que l’amant, son cousin Toni, s’en aille pour aller voir Ophélie laquelle est en principe promise à Clément – un marin du porte-avions Charles de Gaulle – même si elle avoue à Amine entretenir depuis longtemps une relation avec Toni... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 28 et vendredi 30 16h30, jeudi 29 et lundi 2 14h, samedi 31 17h30, dimanche 1er 17h50, mardi 3 14h et 20h30
Affiche
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La Prière
Réalisé par Cédric KAHN
France 2017 1h47mn
avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl, Louise Grimberg, Hanna Schygulla...
Scénario de Cédric Kahn, Fanny Burdino et Samuel Doux
C'est un endroit magique où l'air est pur, l'espace si profond qu'on n'en perçoit pas les limites : le regard se perd vers des sommets enneigés qui se fondent avec l'horizon. On devine qu'il est rude de vivre là, mais l'esprit et les sens semblent se dilater au contact d'une immensité qui modifie la perception qu'on a des autres, de soi-même et laisse un goût d'éternité. Vit là une petite communauté, créée il y a déjà longtemps par une religieuse hors normes, pour permettre à des âmes perdues de raccrocher avec l'humanité en trouvant refuge, réconfort et l'énergie nécessaire pour sortir de leur dépendance à toutes sortes de substances. Ceux qui viennent là on fait le choix de s'extraire de l'agitation, des sollicitations multiples de la ville. Ils ont le corps meurtri, l'esprit en capilotade, au bord de l'asphyxie. Pour eux c'est souvent la dernière chance de renouer avec l'espoir d'un avenir possible... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 28 14h, 18h15 - jeudi 29 16h05, 20h45 - vendredi 30 13h40, 16h10, 18h30 - samedi 31 13h40, 18h30 - dimanche 1er 13h40, 18h45 - lundi 2 13h40, 20h45 - mardi 2 16h10, 21h
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Razzia
Réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2017 1h59mn VOSTF
avec Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Dounia Binebine, Amine Ennaji, Abdelilah Rachid...
Scénario de Nabil Ayouch et Maryam Touzani
Récapitulons : que savons-nous vraiment du Maroc aujourd'hui ? D'accord, il a obtenu son indépendance en 1956… Et puis 150 000 tonnes de dattes y sont consommées tous les ans, personne n'ira dire le contraire… Il y a les cornes de gazelle, le Zaalouk et la Pastilla aussi… Sans oublier les dunes de Merzouga et les cascades d'Ouzoud… Et la ville de Casablanca à laquelle on pense forcément parfois, parce que c'est le titre du classique de Michael Curtiz, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman… « Mais tout ça, c'est de la surface, une vague culture gé, ça ne nourrit pas son homme ». Aïe, nous avons affaire à un cas typique de curiosité et vous en demandez encore… Un seul remède : aller voir le nouveau film de Nabil Ayouch, foisonnant d'histoires et de paysages. Vous en sortirez avec la sensation d'avoir exploré ce pays sublime, dans ses dimensions aussi bien sociales que politiques et culturelles. Attention quand même à ne pas vous fouler une cheville sur l'Atlas… lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 28 15h50, 20h45 - jeudi 29 13h40, 18h15 - vendredi 30 et dimanche 1er 13h40 et 21h - samedi 31 16h05, 21h - lundi 2 15h50, 21h - mardi 3 13h40, 18h
Affiche
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La Belle et la Belle
Écrit et réalisé par Sophie FILLIERES
France 2017 1h36mn
avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud, Lucie Desclozaux, Brigitte Roüan, Aurélie Dupont...
C’est un enchantement, que dis-je un enchantement, c’est un tour de magie, un ravissement, un conte, une fable, une promenade aussi ludique que charmante quelque part au Royaume des belles et des… belles. Sophie Fillières a un vrai talent pour nous embarquer dans des histoires a priori assez banales d’où va surgir, tel le lapin blanc du chapeau noir, une excentricité, un grain de folie, un truc complètement barré que ses héroïnes vont affronter avec ce détonnant mélange de douce naïveté et de sérieux, source de situations souvent extrêmement comiques. Elle embrasse ici tout de go un thème fantastique et nous embarque sans équipement ni précautions particulières dans une sorte de monde parallèle où tout devient possible parce que tout prend cœur et corps à travers des personnages pour lesquels elle déploie une précieuse et infinie tendresse... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 28 et jeudi 29 16h05
Affiche
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L'Oeil du cyclone
Réalisé par Fred Schepisi
Australie 2013 2h04mn
avec Charlotte Rampling, Judy Davis, Geoffrey Rush...
Alors qu’Elizabeth Hunter fait un accident vasculaire cérébral, son fils et sa fille accourent de l’autre côté de la terre à son chevet, ranimant les anciennes frictions et rancœurs de la famille. Admettre leur propre personnalité et leur place vis-à-vis des autres est une lutte de chaque instant, de même que réussir à trouver la paix dans leur vie - leur propre œil du cyclone. Prix Nobel de littérature, l’écrivain australien Patrick White fut largement influencé par des auteurs comme James Joyce et Virginia Woolf. Ainsi, ses différents romans se fondent sur une narration originale qui ne tient pas compte des impératifs logiques, préférant se laisser porter par le flux de conscience des différents personnages. Rétive à l’adaptation, son œuvre passionne par sa capacité à saisir la complexité psychologique des personnages, tout en dressant un portrait sans concession des rapports familiaux... lire la suite
Festival de cinéma de Lorgues : jeudi 29 16h
Affiche
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Le Jeune Karl Marx
Réalisé par Raoul PECK
Allemagne/France 2017 1h58mn VOSTF
avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Hannah Steele, Olivier Gourmet, Alexander Scheer...
Scénario de Raoul Peck et Pascal Bonitzer
Coïncidence amusante, nous écrivons ces lignes peu de temps après que le magazine Challenges, une des publications préférées des possédants dynamiques, a publié une étude de la banque Natixis alertant les lecteurs de la possibilité imminente d’une révolte ouvrière face à « des inégalités de revenus toujours plus grandes, la déformation du partage des revenus en faveur du profit, l’accroissement de la pauvreté, la faible hausse du revenu réel depuis 2000 et la pression fiscale de plus en plus forte »… A croire qu’un pigiste marxiste s’est glissé dans la rédaction à la faveur de l’été. Se pourrait-il que même pour les médias libéraux, cette bonne vieille lutte des classes, théorisée par Marx et Engels il y a 170 ans, ringardisée depuis des décennies par le MEDEF et ses amis journalistes, soit finalement bel et bien d’actualité au point de faire trembler les actionnaires ?... lire la suite
Festival de cinéma de Lorgues : jeudi 29 20h
Affiche
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Vent du Nord
Réalisé par Walid MATTAR
Belgique 2017 1h29mn
avec Philippe Rebbot, Corinne Masiero, Mohamed Amine Hamzaoui, Kacey Mottet Klein...
Scénario de Leyla Bouzid, Claude Le Pape et Walid Mattar
Rien de nouveau sous les embruns du Nord. Quand les délocalisations pleuvent sur l’avenir des hommes, leur horizon semble soudain tout bouché malgré la mer qui s’étend à perte de vue. Hervé Lepoutre, en grand dadais hébété, ne se rebelle même pas quand il apprend qu’il est viré et que l’usine qui l’embauche dans cette petite ville côtière en banlieue de Boulogne-sur-mer va fermer. Et lui qui attendait paisiblement sa retraite pour aller pêcher !
À quelques milliers de kilomètres de là, dans une autre petite ville côtière, en banlieue de Tunis, la même usine est relocalisée, prometteuse d’une nouvelle prospérité. Pour le jeune chômeur Foued, c'est pain béni. Le voilà qui retrouve un emploi, adoptant les mêmes gestes mécaniques que ceux qui ont fait le quotidien d’Hervé durant des dizaines d’années, sur les mêmes machines...
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Festival de cinéma de Lorgues : vendredi 30 16h
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Mala Junta
Écrit et réalisé par Claudia HUAIQUIMILLA
Chili 2017 1h29mn VOSTF
avec Andrew Bargsted, Francisco Perez-Banne, Eliseo Fernandez, Francisco Gavilan...
Voilà un petit bijou qui, à travers l'histoire d'un amitié adolescente, évoque un conflit méconnu et oublié, un film qui raconte une certaine réalité du Chili, celui qui n'a malheureusement pas renoncé à ses vieux fantômes des heures sombres de Pinochet, quand la police arrêtait, violentait, torturait, assassinait en toute impunité celles et ceux qui se mettaient en travers du pouvoir militaire. Le conflit en question, c’est le conflit mapuche, une lutte centenaire menée par cette minorité amérindienne qui n’a jamais totalement accepté la conquête espagnole sur les deux pays où elle est installée, le Sud du Chili et de l’Argentine. Les Mapuches revendiquent un statut d’autonomie pour leurs terres ancestrales, le respect de leur identité culturelle et surtout l’arrêt de l’exploitation des multinationales qui pillent les ressources naturelles du territoire tout en dévastant l’environnement... lire la suite
Festival de cinéma de Lorgues : jeudi 29 18h
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Call Me By Your Name
Réalisé par Luca GUADAGNINO
USA/Italie 2017 2h10mn VOSTF
avec Arnie Hammer, Timothé Chalamet, Michael Stuhlbarg, Amira Casar, Esther Garrel...
Scénario de James Ivory, d'après le roman d'André Aciman, titre français Plus tard ou jamais
Un film en état de grâce. Solaire, d'une beauté radieuse, d'une sensualité enivrante. Écrit par le vétéran James Ivory (oui, le réalisateur un peu oublié de Chambre avec vue, Retour à Howards End, Les Vestiges du jour…) d'après le roman d'André Aciman (par ailleurs éminent spécialiste de Proust, ce qui n'est pas anodin), Call me by your name transcende un sujet qui aurait pu rester banal – et un ancrage dans un milieu très bourgeois qui peut au départ irriter – pour faire naître une magnifique et assez bouleversante histoire d'amour et pour incarner une véritable philosophie de la vie, basée sur l'esprit d'ouverture, la soif de découverte, la bienveillance fondamentale vis-à-vis des êtres et des événements... lire la suite
Le Luc : mercredi 28 16h et jeudi 29 18h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Sugarland
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Damon GAMEAU
Documentaire Australie 2017 1h42mn VOSTF
avec Damon Gameau, Kyan Khohandi, Hugh Jackman, Stephen Fry, Isabel Lucas...

40 cuillères à café de sucre par jour pendant deux mois. Voici le régime que s'est imposé Damon Gameau, réalisateur australien et protagoniste-cobaye de Sugarland. Damon Gameau a choisi de débusquer les sucres cachés. Ceux que les professionnels de l'agroalimentaire ont très largement saupoudré sur les produits dits transformés. Pourquoi ? Pour en rehausser le goût à bas coût, le tout avec une étiquette « light », histoire de donner bonne conscience aux consommateurs.
Entouré d'un nutritionniste, d'un médecin et d'un biologiste, le réalisateur a élaboré un régime drastique qui ne prévoit pas de le faire manger directement des morceaux de sucre ni de le gaver de sodas et de sucreries mais de ne lui faire consommer que ces aliments dits allégés. En pratique, 160 grammes de sucres par jour, essentiellement du saccharose et du sirop de glucose-fructose, des sucres particulièrement présents dans les céréales et boissons dites « light », les muesli étiquetés « sains », les smoothies et aussi les barres de céréales… qui, à elles seules, contiennent en général la ration journalière recommandée de sucres (soit de 20 à 30 g) !

Avant le film, l’Australien est en forme : 76 kilos, un tour de taille de 84 cm et un bilan biologique tout à fait normal. 60 jours et 2.400 cuillères à café plus tard, son bilan de santé tourne au drame : plus 8,5 kilos sur la balance, 10 cm supplémentaires de tour de taille, des analyses sanguines annonçant l’installation d’un diabète de type 2, un foie devenu gras, des troubles de l’humeur… Le tout heureusement réversible en quelques semaines avec le retour à une alimentation équilibrée. Tout au long du film, des séquences historiques rappellent comment le gras a été diabolisé dès les années 1970, comment le sucre a été dans le même temps exonéré et évoquent les basses manœuvres sucrières, calquées sur celles de l’industrie tabac, comme l’a démontré une étude scientifique publiée en 2016 et comme l’a révélé le New York Times.
Pédagogique et en même temps très ludique, le film, au montage nerveux, aux couleurs saturées et aux effets spéciaux très réussis, s’achève sur un clip où l’acteur réalisateur métamorphosé en Mr Sugar, évolue dans les rayons d’un supermarché.

Le message est parfaitement clair : ne vous laissez pas abuser ni engluer par les promesses des étiquettes et réduisez votre consommation en sucres. Elle est en moyenne, dans nos pays industrialisés, de 100 grammes par jour, soit 36 kilos par an, c'est à dire quatre fois supérieure aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé.

(S. Riou-Milliot, Sciences et Avenir)


CGR présenté par Colibris : jeudi 29 20h
Le Vox (Fréjus) : vendredi 30 20h

 

 

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
Écrit et réalisé par Martin McDONAGH
USA 2017 1h55mn VOSTF
avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, John Hawkes...

Sous ce titre assez improbable, aussi bien dans sa version originale que dans sa demi traduction française, se cache un film formidablement réussi, doté d'un scénario remarquable en tous points, toujours passionnant, sans cesse surprenant – je défie quiconque de deviner le déroulement du récit et l'évolution des personnages – et qui s'avère d'une profondeur véritablement émouvante tout en distillant en permanence un humour noir ravageur. Les critiques vont sans doute évoquer les frères Coen et pour le coup la référence n'est pas usurpée : on pense à Fargo, on pense à No country for old men, on est bien à ce niveau-là !

Mildred Hayes est une femme en colère. Et ça ne date pas d'aujourd'hui, ni même d'hier. On comprend vite que ça fait un sacré bout de temps que Mildred ronge son frein. Son bandana serré sur le front, ses surchemises de bûcheron, son air pas commode, elle ne les arbore pas depuis que sa fille est morte assassinée, non, on a l'impression que depuis toujours elle affiche cette allure de combattante. Depuis que son amoureux lui a mis des trempes, depuis qu'elle est femme et qu'il a fallu survivre. Mais il semble bien qu'aujourd'hui Mildred en a assez de subir, et que le temps de l'action est venu. Alors quand elle avise les trois panneaux publicitaires laissés à l'abandon sur la route qui mène à sa maison, juste à la sorte d'Ebbing dans le Missouri, elles se dit que, ma foi, ils pourraient bien servir à quelque chose, au lieu de simplement défigurer le paysage. Mildred décide illico de les louer et d'y afficher ce qu'elle a sur le cœur. À la vue de tous. Depuis des mois l'enquête sur la mort de sa fille n'avance pas d'un pouce : alors elle fait imprimer trois phrases vengeresses, une par panneau, visant nommément le chef de la police. Cet acte, qui pourrait passer pour une mauvaise farce ou une provocation inacceptable, question de point de vue, va bouleverser la vie de la paisible localité.

McDonagh nous embarque dans une bourgade du Midwest, dans cette Amérique profonde que l'on qualifie chez nous – sans doute de manière un peu simpliste – d'« Amérique de Trump », où il sera donc question de vengeance pour mieux en questionner le principe, mais aussi de rédemption, de pardon, d'agression de dentiste… et d'un certains nombre de coups tordus et de rebondissements inattendus, mais tout ça on vous laisse le plaisir de le découvrir.
Tous les personnages qui peuplent cette histoire sont caractérisés avec un soin égal et les comédiens choisis pour les incarner sont tous formidables. À commencer bien sûr par la fabuleuse, l'immense, la bouleversante Frances McDormand, qui joue cette mère ravagée par le chagrin d'avoir vu sa fille enlevée puis assassinée, rongée par la culpabilité d'avoir sans doute raté quelque chose et conduit sa gamine vers son funeste destin. Face à cette mère courage et cible de son courroux, le shérif Bill Willoughby, interprété par un Woody Harrelson magnifique de justesse et d'humanité. Un homme apprécié de tous, un homme fondamentalement honnête. Ce qui explique que les panneaux accusateurs de Mildred ne feront pas l'unanimité. Mais aussi son adjoint qui claironne à l'envie que son passe temps favori est la torture, de préférence sur des individus de couleur, interprété par Sam Rockwell dans un numéro de flic alcoolique et raciste aussi réussi que finalement touchant. (Utopia)


Ciné-club CGR : mercredi 28 et lundi 2 20h, jeudi 29 et mardi 3 10h50, vendredi 30 22h10, samedi 31 13h30

 La Forme de l'eau
LA FORME DE L'EAURéalisé par Guillermo del TORO
USA 2017 2h03mn VOSTF
avec Michael Shannon, Sally Hawkins, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octavia Spencer...
Scénario de Guillermo del Toro et Vanessa Taylor

C’est un conte gothique dont la beauté atteint une universalité et une résonance politique qui sont la marque des chefs-d’œuvre du genre. Brillant, drôle, enivrant, c’est sans doute le film le plus abouti de Guillermo del Toro, qui réussit l’alliance parfaite entre maîtrise du style et poésie de la narration.
Femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental ultra-secret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée du reste monde qu’elle est muette. Sa vie est rythmée par ses horaires de travail, monotones, le tic tac de sa pendule, monocorde, le trajet en bus pour se rendre au labo, immuable, et ses petites habitudes de célibataire, plus ou moins avouables… Une existence qui n’est ni triste ni gaie, qui est juste la sienne et qu’embellit une foisonnante vie intérieure peuplée de rêves d’eau, de pas de danses et de séances de cinéma.

Mais il va suffire d’un regard, un seul… Le motif romantique par excellence, le déclic d’une fraction de seconde qui va tout faire basculer, et l’amour va arriver, chamboulant tout sur son passage, traînant dans son sillage son cortège de malheurs car c’est bien connu : il n’y a pas d’amour heureux, à plus forte raison quand ceux qui s’aiment sont séparés par un peu plus qu’une simple lettre dans un code génétique. Le partenaire de coup de foudre, « l’actif » comme ses geôliers l’appellent, est une étrange créature mi-homme mi… non, ne rien dire, vous laisser découvrir.

Où est l’humain ? Qui est le monstre ? Guillermo del Toro interroge une fois encore cette thématique chère à son univers, dans la droite ligne du Tim Burton d'Edward aux mains d'argent. Del Toro retrouve ici la quintessence de son cinéma, qu’il avait atteinte dans son Labyrinthe de Pan. Le dispositif est d’ailleurs similaire : introduire dans un contexte historique tendu (l'Espagne au début du franquisme dans Le Labyrinthe, les États-Unis du début des années 60, en pleine guerre froide, dans Shape of water) un élément fantastique qui va exacerber les pires comme les meilleures attitudes humaines.

Mais là où son film parvient à créer l'émotion à l’état pur, c’est assurément dans l’alchimie que la mise en scène parvient à faire naître entre ses deux personnages principaux. La prestation des acteurs n’y est évidemment pas pour rien : face à Doug Jones, qui a déjà interprété presque toutes les créatures du bestiaire de del Toro, Sally Hawkins fait preuve d’un charme magnétique irrésistible et parvient à exprimer, sans un mot, une candeur et une sensibilité qui la rendent bouleversante.
En plus de ces deux êtres marginaux qui apprendront à communiquer à la seule force de leur amour, del Toro imagine un colocataire gay et fantasque, un scientifique russe pris entre deux feux, ainsi qu’une collègue afro-américaine et un directeur de cinéma fauché mais passionné. Autant dire que l’Amérique, telle qu’elle apparaît ici, est composée de minorités, toutes désocialisées à leur façon. Et dans le rôle de l’agent du pouvoir, incarnation de la classe dominante blanche, machiste, bassement raciste et prête à tout pour que surtout rien ne change, Michael Shannon est comme à son habitude : grandiose. Une histoire histoire d’amour dont les images, l’ambiance et l’éclat nous hanteront longtemps… (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : jeudi 29 18h, vendredi 3013h50, dimanche 1er 16h15, lundi 2 18h15
Salernes : vendredi 30 et dimanche 1er 18h

 

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Au(x) cinéma(s) du 21 au 27 février 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Cette semaine à CGR, pas de film en ciné club ! Vous pouvez toujours aller voir pour vous consoler Le retour du héros de Laurent Tirard, une petite comédie bondissante et joyeuse (à Cotignac aussi). Les prochains films dans le cadre du  ciné club de CGR seront en mars  L‘Échange des princesses et  Les Heures sombres.

Cette semaine à Lorgues , Marie Curie de Marie Noelle Sehr, un beau biopic sur la célèbre chercheuse. A Salernes Une saison en France de Mahamat Salet-Haroun, un film salutaire qu'Entretoiles espère vous montrer au mois d'avril et au Luc Pentagon Papers de Steven Spielberg, formidable enquête journalistique dans les sphères du pouvoir américain dans les années 1970.

Au Vox, à Fréjus  Phantom Thread avec Daniel Day Lewis, un film classique et vénéneux, La forme de l'eau de Guillermo del Toro, un conte gothique, brillant et enivrant, Wonder Wheel de Woody Allen, qui nous tend un miroir entre le vrai et le faux, Gaspard va au mariage  de Antony Cordier, entre humour, sensualité et énergie, d'Emmanuel Finkiel, d'après le récit de Marguerite Duras, un film magnifique, contemporain et accessible, La Douleur ainsi que 3 Billboards Les panneaux de la  vengeance, entre mélodrame et comédie noire un film corrosif de Martin mac Donagh (aussi à Salernes et Cotignac),  L’Apparition film où Xavier Gianolli  explore la nature humaine dans toute sa complexité.

Nous vous rappelons aussi notre festival au mois de mars sur le thème "Amérique du sud", avec 4 films : vendredi 23 mars Mariana de Marcela Saïd et l'intervention de Téo Saavedra, directeur des Nuits du Sud à Vence et écrivain chilien, samedi 24 mars Citoyen d'honneur de Mariano Cohn et Gaston Duprat, et  El Presidente de Santiago Mitre avec un apéritif Entretoiles spécial "Amérique du Sud", et dimanche 25 mars 7 jours à La Havane par 7 réalisateurs différents, suivi de l'intervention de Francisco Tulu, peintre cubain.  CGR proposera un pass pour les 4 films à 19€ pour les adhérents et 30€ pour les non adhérents. Cochez déjà les dates sur vos agendas !
 
Bonne semaine dans les salles de cinéma!

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 21 AU 27 FEVRIER 2018

 

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Le Retour du Héros
Réalisé par Laurent TIRARD
France 2018 1h30mn
avec Jean Dujardin, Mélanie Laurent, Noémie Merlant, Féodor Atkine, Evelyne Buyle...
Scénario de Laurent Tirard et Grégoire Vigneron
Jean Dujardin s'en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine… Ah qu'il est craquant, ah qu'il est fringant, le beau soldat sanglé dans son bel uniforme rouge de hussard qui caracole panache au vent sur son beau cheval blanc ! Les dames ont le palpitant qui s'affole et les messieurs ont le nez qui s'allonge. Mais le capitaine Neuville doit rejoindre Napoléon Bonaparte qui l'appelle sur les champs de bataille, ce qui lui permet d'échapper in extremis à des promesses de mariage un peu hâtives… La jeune Pauline en son grand château familial en est toute retournée, mais le bellâtre l'assure, promis-juré, qu'il lui écrira chaque jour entre deux escarmouches, espérant bien esquiver les boulets des canons ennemis… Son cheval se cabre, il fouette et file... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 21 et mardi 27 10h50, 18h10, 20h10, 22h10- jeudi 22 10h50, 13h50, 20h10, 22h10 - vendredi 23 10h50, 13h50, 18h10, 20h10, 22h10 - samedi 24 et lundi 26 10h50, 20h10, 22h10 - dimanche 25 10h50, 18h10, 22h10
Cotignac : vendredi 23 18h, 20h30
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La Forme de l'eau
Réalisé par Guillermo del TORO
USA 2017 2h03mn VOSTF
avec Michael Shannon, Sally Hawkins, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octavia Spencer...
Scénario de Guillermo del Toro et Vanessa Taylor
C’est un conte gothique dont la beauté atteint une universalité et une résonance politique qui sont la marque des chefs-d’œuvre du genre. Brillant, drôle, enivrant, c’est sans doute le film le plus abouti de Guillermo del Toro, qui réussit l’alliance parfaite entre maîtrise du style et poésie de la narration. Femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental ultra-secret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée du reste monde qu’elle est muette. Sa vie est rythmée par ses horaires de travail, monotones, le tic tac de sa pendule, monocorde, le trajet en bus pour se rendre au labo, immuable, et ses petites habitudes de célibataire, plus ou moins avouables… Une existence qui n’est ni triste ni gaie, qui est juste la sienne et qu’embellit une foisonnante vie intérieure peuplée de rêves d’eau, de pas de danses et de séances de cinéma... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 VF 13h40, 20h45 - jeudi 22 VO 15h45, 20h45 VF 18h15 - vendredi 23 VF 13h40, 21h VO 18h30 - samedi 24 VO 13h35, 21h15 VF 18h45 - dimanche 25 VF 15h35 VO 18h30, 21h - lundi 26 VO 16h20 VF 18h30 - mardi 27 VF 13h40, 20h45 VO 18h15
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Phantom Thread
Écrit et réalisé par Paul Thomas ANDERSON
USA 2017 2h10 VOSTF
avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford, Brian Gleeson...
Impossible de parler de Phantom thread (littéralement « fil fantôme ») sans évoquer le travail remarquable du costumier Mark Bridges. Ses costumes étoffent admirablement le récit, ajoutent la réalité charnelle de la matière, l’évidence du détail au panache des acteurs, à la richesse de l’intrigue, à la classe de la mise en scène magistrale orchestrée par Paul Thomas Anderson. Tant Daniel Day-Lewis en couturier génial et torturé que Lesley Manville dans le rôle de sa sœur implacable et dévouée et que Vicky Krieps dans celui de l’amoureuse éperdue et follement déterminée portent subtilement le scénario et font de ce film une œuvre singulière, de haute volée. Un film classique de prime abord, qui s’installe lentement, se déguste à petites gorgées, pour se révéler finalement plus vénéneux qu’il n’y parait... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 VO 13h40 20h45, VF 18h15 - jeudi 22 VO 13h40 VF 20h30 - vendredi 23 VO 15h45 VF 18h15 - samedi 24 VF 16h15, 21h15 - dimanche 25 VF 13h40 VO 20h45, lundi 26 VF 13h40, 21h - mardi 27 VF 13h40 VO 20h45
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Wonder Wheel
Écrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2017 1h41mn VOSTF
avec Kate Winslet, James Belushi, Justin Timberlake...
Et dire que certains pensent encore qu'il tourne toujours le même film ! Avec cette variation tragique à la théâtralité assumée qui évoque Tennessee Williams et Eugene O'Neill, Woody Allen prolonge les réflexions sur le hasard et le destin de ses récent opus – L'Homme irrationnel tout particulièrement – en plongeant quatre personnages dans un Coney Island sublimé par la lumière de l'incomparable Vittorio Storaro… Allen livre l'un de ses films les plus sombres, où la destinée attend au coin de la rue des personnages en quête de bonheur, bercés par de chimériques illusions. Il y offre à Kate Winslet, douze ans après le rendez-vous manqué de Match point (elle devait tenir le rôle finalement attribué à Scarlett Johansson), le sommet d'une carrière pourtant riche en performances marquantes... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 18h30 , jeudi 22 21h, vendredi 23 15h50, lundi 26 13h40, mardi 27 16h10
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Gaspard va au mariage
Réalisé par Antony Cordier
France 2018 1h43mn
avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret...
Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir. Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 16h10, vendredi 23 16h40, dimanche 25 21h
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3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
Écrit et réalisé par Martin McDONAGH
USA 2017 1h55mn VOSTF
avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, John Hawkes...
Sous ce titre assez improbable, aussi bien dans sa version originale que dans sa demi traduction française, se cache un film formidablement réussi, doté d'un scénario remarquable en tous points, toujours passionnant, sans cesse surprenant – je défie quiconque de deviner le déroulement du récit et l'évolution des personnages – et qui s'avère d'une profondeur véritablement émouvante tout en distillant en permanence un humour noir ravageur. Les critiques vont sans doute évoquer les frères Coen et pour le coup la référence n'est pas usurpée : on pense à Fargo, on pense à No country for old men, on est bien à ce niveau-là !... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 22 18h40 - dimanche 25 16h10
Salernes : jeudi 22 18h
Cotignac : jeudi 22 18h, 20h30
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Pentagon Papers
Réalisé par Steven SPIELBERG
USA 2017 1h55mn en VF uniquement
avec Meryl Streep, Tom Hanks, Alison Brie, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Carrie Coon, Jesse Plemons, Matthew Rhys...
Scénario de Liz Hannah et Josh Singer
Dans la veine de son excellent Le Pont des espions, Steven Spielberg se consacre ici à ce qui est presque devenu un genre à part entière dans le grand cinéma américain classique : le film sur la presse, sur la grandeur et la nécessité du travail des journalistes qui, pour peu qu'ils soient indépendants et conscients de l'importance de cette indépendance, sont régulièrement amenés à jouer un rôle essentiel dans la bonne marche de la démocratie. Le titre original de Pentagon papers est d'ailleurs le nom d'un journal : The Post, diminutif pour The Washington Post, celui-là même qui révéla, quelques années après les faits relatés dans Pentagon papers, le scandale du Watergate. Ce qui amène évidemment à faire référence à un des films emblématiques du genre qui nous occupe : Les Hommes du président d'Alan Pakula, avec le duo mythique Woodward - Redford et Bernstein - Hoffman. Mais on pense aussi au plus récent et formidable Spotlight, dont le titre reprenait l'intitulé de l'équipe d'investigation du Boston Globe, au centre de l'intrigue... lire la suite
Le Luc : mercredi 21 20h30, jeudi 22 18h30
Affiche
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L'Apparition
Écrit et réalisé par Xavier GIANNOLI
France 2017 2h20mn
avec Vincent Lindon, Galatéa Bellugi, Patrick d'Assumçao, Anatole Taubman, Elina Löwenshon...
Jacques (Vincent Lindon) est grand reporter pour un journal du Sud-Ouest. Il a vécu des situations terribles sur des territoires en guerre qui l'ont laissé meurtri. Alors qu'il se replie sur lui même, se barricade dans une solitude douloureuse, il reçoit un mystérieux coup de téléphone du Vatican : il doit venir sans délai à Rome où un prélat qui apprécie son travail souhaite lui confier une mission particulière qu'il n'est pas question de divulguer avant qu'une rencontre ait lieu. Dans une petite ville du Sud-Est, une jeune fille au visage d'ange prétend avoir vu la Vierge et la curie romaine s'inquiète de l'ampleur que prend le phénomène. Il y a de quoi surprendre Jacques qui s'étonne d'avoir été choisi, lui l'agnostique, le mécréant, pour faire partie du petit groupe de travail qui rassemble théologiens, psychiatre, historiens mandatés pour conduire une très sérieuse enquête canonique qui doit déterminer si l'affaire a des fondements sérieux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 15h45, 20h35, jeudi 22 14h, 17h30, vendredi 23 18h, 20h45, samedi 24 13h30, 15h45, dimanche 25 13h40, 18h15, lundi 26 16h30, mardi 27 15h45, 20h45
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Une Saison en France
Écrit et réalisé par Mahamat-Saleh HAROUN
France 2017 1h41mn
avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayna Lys, Ibrahim Burama Darbœ, Bibi Tanga, Léonie Simaga...
C'est le nouveau film, tourné en France, d'un des plus grands cinéastes africains actuels. Après avoir sublimé et exploré sans complaisance, dans plusieurs films mémorables (Daratt, saison sèche, Un homme qui crie, Grigris), la réalité et les fictions de son Tchad natal, Mahamat-Saleh Haroun, qui vit le plus souvent en France, a pensé qu'il fallait maintenant qu'il « questionne la mémoire de l'exil qui se fabrique ici, qu'il montre des visages qu'on ne voit pas souvent dans le cinéma dominant. » C'est ainsi qu'il consacre aujourd'hui ce beau film à ceux qui ont quitté l'Afrique pour échapper à la guerre ou au désespoir économique et qui tentent de trouver une place dans un pays qui se revendique de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, un pays qui sut être le refuge de bien des exilés... lire la suite
Salernes : samedi 24 21h
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Marie Curie
Réalisé par Marie-Noëlle SEHR
Pologne/Allemagne/France 2017 1h35mn
avec Karoline Gruzka, Arieh Worthalter, Charles Berling, Malik Zidi, André Wilms, Izabela Kuna...
Scénario de Marie-Noëlle Sehr et Andrea Stoll
Elle est l’une des plus célèbres scientifiques du xxe siècle : deux fois nobelisée, inhumée au Panthéon, elle a donné son nom à des facultés des sciences, à un éminent institut et à bien des établissement scolaires… Quelle femme que cette Marie Sklodowska ! Et quelle destinée hors morne que celle de cette singulière chercheuse qui consacra sa vie tout entière, ses nuits, ses jours et sa santé aux lois complexes de la physique ! C’est un regard à la fois extrêmement admiratif, mais aussi fidèle et très documenté que nous livre ici la réalisatrice allemande Marie-Noëlle Sehr pour faire le portrait de Marie Curie, femme moderne dans ce début de siècle au paternalisme dominant, féministe sans jamais porter son statut comme un étendard, passionnée par son travail et prête à braver toutes les contraintes pour mener à bien son ultime projet : l’application médicale de ses recherches sur la radioactivité… lire la suite
Lorgues : mercredi 21 et samedi 24 18h, vendredi 23 21h, lundi 26 19h
Affiche
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La Douleur
Écrit et réalisé par Emmanuel FINKIEL
France 2017 2h06mn
avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay, Shulamit Adar, Grégoire Leprince-Ringuet, Emmanuel Bourdieu...
D'après le récit de Marguerite Duras
Le premier plan saisit par sa beauté épurée. Un profil. Un grain de peau. Une énigme. Sans effet supeflu, on est immédiatement happé. Nous voilà en immersion totale avec Marguerite et ses méandres. C’est passionnant. Emmanuel Finkiel s'est emparé de La Douleur et nous offre un récit et un personnage extraordinairement vivants, complexes, ancrés dans leur époque. Il met Marguerite en lumière sans angélisme, ne cachant ni sa fascination ni ses agacements face à cette femme qu’il nous livre sans fard, avant qu’elle soit devenue un monument de la littérature. Inutile d’avoir lu Duras pour être transporté. On peut même être complètement hermétique à son œuvre et se laisser emporter : on a au moins un exemple parmi nous... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 22 16h10, mardi 27 18h15


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Le Retour du Héros
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Laurent TIRARD
France 2018 1h30mn
avec Jean Dujardin, Mélanie Laurent, Noémie Merlant, Féodor Atkine, Evelyne Buyle...
Scénario de Laurent Tirard et Grégoire Vigneron

Jean Dujardin s'en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine… Ah qu'il est craquant, ah qu'il est fringant, le beau soldat sanglé dans son bel uniforme rouge de hussard qui caracole panache au vent sur son beau cheval blanc ! Les dames ont le palpitant qui s'affole et les messieurs ont le nez qui s'allonge. Mais le capitaine Neuville doit rejoindre Napoléon Bonaparte qui l'appelle sur les champs de bataille, ce qui lui permet d'échapper in extremis à des promesses de mariage un peu hâtives… La jeune Pauline en son grand château familial en est toute retournée, mais le bellâtre l'assure, promis-juré, qu'il lui écrira chaque jour entre deux escarmouches, espérant bien esquiver les boulets des canons ennemis… Son cheval se cabre, il fouette et file…
La sœur aînée de Pauline, Elisabeth (délicieuse Mélanie Laurent), qui n'a pas froid aux yeux du tout, ricane… mais lorsqu'elle voit sa sœur dépérir faute de recevoir par courrier spécial les mots d'amour de son « fiancé », son cœur persifleur se fend, elle n'y tient plus et griffonne chaque soir dans sa chambrette (domino mino, domino minette) les épitres brûlantes et poétiques que le Don Juan de pacotille n'écrira jamais à sa cadette, agrémentant sa prose du récit d'exploits guerriers qui ont tôt fait de faire passer le gredin, aux yeux de toute la famille, pour le héros du siècle.

Bien entendu la sœurette reprend des couleurs et écrit en retour et sur le même ton des lettres enflammées que l'aînée intercepte, Elisabeth ripostant dès le lendemain, etc. Ne pouvant indéfiniment se livrer à ces acrobaties épistolaires, la belle blonde finit par annoncer que le beau gosse est tombé au champ d'honneur… Pauline trouvera un cœur de rechange, et lui pondra deux beaux enfants… Là où les choses se gâtent sérieusement c'est le jour où, quelques trois ans plus tard… Elisabeth croise, au marché bio du coin, un voleur de pommes hirsute, poilu partout et mal fagoté, qu'elle reconnaît sur le champ… Devant les féroces soldats ennemis, le couard hussard a pris la poudre d'escampette, et revient au pays démuni et pas fier… Devant ses velléités de débouler au château familial, Elisabeth lui avoue tout de ses manœuvres mensongères, lui déconseille de ressusciter…
Mais le présumé mort ne l'entend pas de cette oreille : on lui fournit un personnage de héros tout cuit à point et il n'en profiterait pas un peu ? Et après tout, cette blondinette pétillante lui titille les sens assez pour qu'il rechausse son ancien uniforme, se brosse les dents, se taille les poils et fasse un come-back qui laisse tout le monde sur le séant. Fort des exploits inventés par la sœurette dans ses lettres, il brode un peu, rajoute son grain de sel et tout le monde s'esbaudit, le cajole et le sert pour lui faire oublier les supposés tourments guerriers passés…

Ouf ! Vous ne croyez tout de même pas que je vais tout vous raconter, mais cette petite comédie bondissante et joyeuse qui finira joliment comme il se doit… Joli vaudeville qui vaut bien quelques succès populaires d'antan, entre Cartouche et Les Mariés de l'an II, la patine en moins, mais ça viendra… (Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 21 et mardi 27 10h50, 18h10, 20h10, 22h10- jeudi 22 10h50, 13h50, 20h10, 22h10 - vendredi 23 10h50, 13h50, 18h10, 20h10, 22h10 - samedi 24 et lundi 26 10h50, 20h10, 22h10 - dimanche 25 10h50, 18h10, 22h10
Cotignac : vendredi 23 18h, 20h30


 La Forme de l'eau
LA FORME DE L'EAURéalisé par Guillermo del TORO
USA 2017 2h03mn VOSTF
avec Michael Shannon, Sally Hawkins, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octavia Spencer...
Scénario de Guillermo del Toro et Vanessa Taylor

C’est un conte gothique dont la beauté atteint une universalité et une résonance politique qui sont la marque des chefs-d’œuvre du genre. Brillant, drôle, enivrant, c’est sans doute le film le plus abouti de Guillermo del Toro, qui réussit l’alliance parfaite entre maîtrise du style et poésie de la narration.
Femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental ultra-secret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée du reste monde qu’elle est muette. Sa vie est rythmée par ses horaires de travail, monotones, le tic tac de sa pendule, monocorde, le trajet en bus pour se rendre au labo, immuable, et ses petites habitudes de célibataire, plus ou moins avouables… Une existence qui n’est ni triste ni gaie, qui est juste la sienne et qu’embellit une foisonnante vie intérieure peuplée de rêves d’eau, de pas de danses et de séances de cinéma.

Mais il va suffire d’un regard, un seul… Le motif romantique par excellence, le déclic d’une fraction de seconde qui va tout faire basculer, et l’amour va arriver, chamboulant tout sur son passage, traînant dans son sillage son cortège de malheurs car c’est bien connu : il n’y a pas d’amour heureux, à plus forte raison quand ceux qui s’aiment sont séparés par un peu plus qu’une simple lettre dans un code génétique. Le partenaire de coup de foudre, « l’actif » comme ses geôliers l’appellent, est une étrange créature mi-homme mi… non, ne rien dire, vous laisser découvrir.

Où est l’humain ? Qui est le monstre ? Guillermo del Toro interroge une fois encore cette thématique chère à son univers, dans la droite ligne du Tim Burton d'Edward aux mains d'argent. Del Toro retrouve ici la quintessence de son cinéma, qu’il avait atteinte dans son Labyrinthe de Pan. Le dispositif est d’ailleurs similaire : introduire dans un contexte historique tendu (l'Espagne au début du franquisme dans Le Labyrinthe, les États-Unis du début des années 60, en pleine guerre froide, dans Shape of water) un élément fantastique qui va exacerber les pires comme les meilleures attitudes humaines.

Mais là où son film parvient à créer l'émotion à l’état pur, c’est assurément dans l’alchimie que la mise en scène parvient à faire naître entre ses deux personnages principaux. La prestation des acteurs n’y est évidemment pas pour rien : face à Doug Jones, qui a déjà interprété presque toutes les créatures du bestiaire de del Toro, Sally Hawkins fait preuve d’un charme magnétique irrésistible et parvient à exprimer, sans un mot, une candeur et une sensibilité qui la rendent bouleversante.
En plus de ces deux êtres marginaux qui apprendront à communiquer à la seule force de leur amour, del Toro imagine un colocataire gay et fantasque, un scientifique russe pris entre deux feux, ainsi qu’une collègue afro-américaine et un directeur de cinéma fauché mais passionné. Autant dire que l’Amérique, telle qu’elle apparaît ici, est composée de minorités, toutes désocialisées à leur façon. Et dans le rôle de l’agent du pouvoir, incarnation de la classe dominante blanche, machiste, bassement raciste et prête à tout pour que surtout rien ne change, Michael Shannon est comme à son habitude : grandiose. Une histoire histoire d’amour dont les images, l’ambiance et l’éclat nous hanteront longtemps… (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 VF 13h40, 20h45 - jeudi 22 VO 15h45, 20h45 VF 18h15 - vendredi 23 VF 13h40, 21h VO 18h30 - samedi 24 VO 13h35, 21h15 VF 18h45 - dimanche 25 VF 15h35 VO 18h30, 21h - lundi 26 VO 16h20 VF 18h30 - mardi 27 VF 13h40, 20h45 VO 18h15

Phantom Thread
PHANTOM THREADÉcrit et réalisé par Paul Thomas ANDERSON
USA 2017 2h10 VOSTF
avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford, Brian Gleeson...

Impossible de parler de Phantom thread (littéralement « fil fantôme ») sans évoquer le travail remarquable du costumier Mark Bridges. Ses costumes étoffent admirablement le récit, ajoutent la réalité charnelle de la matière, l’évidence du détail au panache des acteurs, à la richesse de l’intrigue, à la classe de la mise en scène magistrale orchestrée par Paul Thomas Anderson.
Tant Daniel Day-Lewis en couturier génial et torturé que Lesley Manville dans le rôle de sa sœur implacable et dévouée et que Vicky Krieps dans celui de l’amoureuse éperdue et follement déterminée portent subtilement le scénario et font de ce film une œuvre singulière, de haute volée. Un film classique de prime abord, qui s’installe lentement, se déguste à petites gorgées, pour se révéler finalement plus vénéneux qu’il n’y parait.

Tout se passe en Angleterre, dans le Londres des fifties. Jeunes ou vieilles, laides ou belles, les femmes de la haute bourgeoisie, celles de la noblesse, celles qui en ont les moyens s’arrachent à prix d’or les robes composées sur mesure par le très convoité Reynolds Woodcock, créateur monomaniaque parvenu au firmament de son art. Dès potron-minet, les petites mains minutieuses de son atelier sont à pied d’œuvre, aux aguets, à l’affût des moindres volontés de leur patron intransigeant. C’est toute une mécanique bien huilée qui se remet en marche chaque matin. Une maisonnée qui ne respire que par cet homme insatiable, éternel insatisfait. Ici pas un fil ne dépasse, ni un poil de son nez, ni un cheveu de sa maîtresse du moment. Sa vie est brodée à l’instar de ses robes, ne laissant aucune place à l’imperfection. Même le temps semble dompté par des rituels quotidiens incontournables. Tout est maîtrise. Tout ne doit être qu’excellence.
Derrière le couturier se protège un homme dont la passion le nourrit autant qu’elle le consume. Dès qu’il revient dans l’intimité de son antre, cet être porté aux nues par le microcosme mondain se transforme en tyran aussi irascible que fragile, hanté par des démons invisibles, qui fait régulièrement le vide autour de lui, qui sème les amourettes déjà mortes avant même d’avoir pu exister. Seule sa sœur Cyril résiste stoïquement à tout, pardonnant tout, anticipant chacun des mots, chacune des attentes de son frère. Ils forment une sorte de couple fusionnel, à l’atelier comme à la ville, qui laisse bien peu d’espace à une autre, aussi remarquable, aussi forte, aussi amoureuse soit-elle. D’ailleurs l’histoire débute par une rupture aussi inélégante que lapidaire : l’éconduite partira sans un mot d’explication, Cyril faisant le sale boulot à la place de son frangin qu’elle envoie aussi sec se ressourcer à la campagne en attendant que la tempête soit passée. C’est là que Reynolds croise le regard d’Alma. Jeune serveuse maladroite, demoiselle un peu gauche mais d’une candeur radieuse qui détonne avec les manigances des dames engoncées de la capitale. Coup de foudre réciproque, complicité immédiate. Voilà la fille de peu propulsée dans un monde qui lui est inconnu, entre fines dentelles, pures soieries, soirées mondaines… Vite elle y prend goût tandis que Reynolds se remet d’arrache pied à son œuvre. Alma devient sa muse, sa plus belle source d’inspiration. Mais tandis que Reynolds l’habille et la couvre de compliments, l’éternelle Cyril guette les signes de la descente aux enfers, s’apprêtant à éjecter sans ménagement cette nouvelle intruse dont son frère se lassera vite, fatalement… Mais rien ne se passera exactement comme on s’y attendrait…
Subrepticement le récit se tend comme un arc prêt à décocher ses flèches impitoyables. On finit comme Cyril par essayer de tout comprendre à quart de mot. Tout se passe dans les regards, dans les silences, dans d’infimes détails criants. On se prend à aimer profondément ces personnages, à percevoir les fils ténus qui tissent progressivement une toile aussi somptueuse que dangereuse.(Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 VO 13h40 20h45, VF 18h15 - jeudi 22 VO 13h40 VF 20h30 - vendredi 23 VO 15h45 VF 18h15 - samedi 24 VF 16h15, 21h15 - dimanche 25 VF 13h40 VO 20h45, lundi 26 VF 13h40, 21h - mardi 27 VF 13h40 VO 20h45

Wonder Wheel
Écrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2017 1h41mn VOSTF
avec Kate Winslet, James Belushi, Justin Timberlake...

Et dire que certains pensent encore qu'il tourne toujours le même film ! Avec cette variation tragique à la théâtralité assumée qui évoque Tennessee Williams et Eugene O'Neill, Woody Allen prolonge les réflexions sur le hasard et le destin de ses récent opus – L'Homme irrationnel tout particulièrement – en plongeant quatre personnages dans un Coney Island sublimé par la lumière de l'incomparable Vittorio Storaro… Allen livre l'un de ses films les plus sombres, où la destinée attend au coin de la rue des personnages en quête de bonheur, bercés par de chimériques illusions. Il y offre à Kate Winslet, douze ans après le rendez-vous manqué de Match point (elle devait tenir le rôle finalement attribué à Scarlett Johansson), le sommet d'une carrière pourtant riche en performances marquantes.

Dans ce Wonder wheel, Allen tend constamment un miroir entre le vrai et le faux – entre un quotidien forcément décevant, frustrant, générateur d'amertume, et une projection de soi fictive, théâtralisée et sublimée par la dramaturgie. Ginny (Kate Winslet) en est la plus parfaite incarnation. Accablée par une vie mortifère dans laquelle elle ne trouve aucune satisfaction, elle arbore ses anciens costumes de scène et ses faux bijoux pour s'imaginer être toujours la comédienne qu'elle fut brièvement dans sa jeunesse. Plus grave encore, elle s'illusionne en entamant une relation amoureuse chimérique avec Mickey (Justin Timberlake)… Elle répète à qui veut l'entendre qu'elle « joue un rôle » en étant serveuse et se referme littéralement sur elle-même en se réfugiant derrière ses migraines qui oblitèrent le reste du monde…
Bien moins fragile psychologiquement, Carolina (Juno Temple) a, elle aussi, nourri des rêves d'ailleurs quand elle avait 20 ans. Elle a tourné le dos à la morne réalité qui s'imposait à elle et a choisi d'épouser un malfrat au petit pied qui lui a offert une vie luxueuse – et factice. Elle n'a pas tardé à déchanter et doit désormais se résoudre à vivre dans la clandestinité. Fuyant les hommes de main de son mari lancés à sa poursuite – elle a témoigné devant la justice –, elle finit par venir se réfugier chez son père qui avait juré de ne plus jamais la voir. C'est Humpty (Jim Belushi), le mari bedonnant et loser de Ginny, avec laquelle il a eu un fils, Richie (un gamin rouquin dans lequel on retrouve l'avatar enfantin de Woody Allen tel qu'on a pu le voir dans plusieurs de ses films).
À chaque fois, on le constate, les chimères mènent au désastre. Mais n'est-ce pas le matériau même de la fiction que guettent tous les écrivains ? Mickey, le maître nageur qui a l'ambition de devenir un grand auteur de théâtre, raconteur d'histoires en embuscade, est aussitôt fasciné par la trajectoire tragique de Ginny et davantage encore par le parcours follement audacieux de Carolina. À la fois personnage du film et narrateur omniscient s'adressant directement, face caméra, au spectateur pour commenter l'action, l'apprenti dramaturge, double du cinéaste, semble provoquer le hasard. Comme s'il voulait prouver que le temps de la fiction est plus captivant que le temps de la réalité. C'est ainsi qu'il « croise » à trois reprises Carolina et tombe à chaque fois un peu plus sous son charme…

Rarement chez Woody Allen le décor et la mise en scène auront autant participé à la théâtralité du propos. Le réalisateur circonscrit quasi exclusivement l'action à l'immense parc d'attractions de Coney Island, décor d'opérette à ciel ouvert, aux couleur acidulées. Tout ici respire l'artifice et esquisse un univers en trompe l'œil, où les visiteurs affluent justement pour fuir le réel. Mieux, l'appartement de Ginny et Humpty se présente comme une scène de théâtre en surplomb dont la grande roue (la wonder wheel du titre) en arrière-plan constitue le décor obsédant…

(d'après le texte de F. Garbarz dans Positif n°683)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 18h30 , jeudi 22 21h, vendredi 23 15h50, lundi 26 13h40, mardi 27 16h10

Gaspard va au mariage

 

 

Réalisé par Antony Cordier
France 2018 1h43mn
avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret...

Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir. Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance...

Voici qu’on tient, au moins le temps d’un film, notre Wes Anderson français. Celui de La Famille Tenenbaum et d’A bord du Darjeeling Limited, qui mettait en scène des fratries de trentenaires inconsolables, en deuil de leurs dons enfantins et de leurs chastes amours incestueuses. La comparaison avec l’Américain ne s’arrête pas aux thèmes : avec Gaspard va au mariage, hanté par toutes sortes de chimères, le réalisateur Anthony Cordier accède à une drôlerie poétique absente de ses deux premiers longs métrages, Douches froides (2005) et Happy Few (2010).

Gaspard (Félix Moati) est un garçon d’aujourd’hui, encore libre comme l’air mais pas léger pour autant. Il s’est tenu, pendant des années, à l’écart de sa famille, qui tient un zoo dans le Limousin. Invité au remariage de son père et mal dans sa solitude, il convainc, en chemin, une fille paumée de tenir, pendant la noce, le rôle de sa petite amie. Laetitia Dosch, la révélation du récent Jeune Femme, aux accents imprévisibles et délicieusement énervants, permet alors au film de quitter, dès les premières minutes, les rails du naturalisme.

Sur place, la maison familiale, située au milieu du zoo, a tout d’un vieux coffre plein de jouets cassés. L’entreprise coule. Les souvenirs d’une mère radieuse (Elodie Bouchez), disparue top tôt, planent encore. La compagne du père, un infidèle compulsif, se ravise quant au mariage. Les frère et sœur restent englués dans leur enfance. Lui (Guillaume Gouix) se dévoue entièrement à ce zoo qu’il a toujours connu. Elle (Christa Théret) aussi, en s’identifiant, qui plus est, à une ourse dont elle garde en permanence la fourrure sur elle, façon Peau d’âne…

La proximité entre les hommes, les animaux et la nature, discrètement féerique, ou maléfique, renvoie sans cesse à l’univers des contes, transgressions incluses. De fait, chaque personnage se retrouve bientôt devant une frontière invisible, contraint à se métamorphoser. Et le film captera la dernière étreinte familiale avant la dispersion inévitable. Entre-temps, grâce à sa formidable troupe d’acteurs, Anthony Cordier accumule assez d’humour, de sensualité et d’énergie pour que cet enterrement, qui ne dit pas son nom, reste une fête. Des plus réussies. (Télérama)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 16h10, vendredi 23 16h40, dimanche 25 21h

 

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Au(x) cinéma(s) du 7 au 13 février 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Voici les prochains événements proposés par Entretoiles, à noter au plus vite dans vos agendas !

Ce dimanche 11 février  soirée sur le thème "Enfance innocente ?" avec I Am Not a Witch de Rungano Nyoni, un film très fort sur les prétendues sorcières de Zambie et Menina de Christina Pinheiro, un film qui parle de sujets graves avec légèreté. Et bien sûr, toujours l'apéritif offert par Entretoiles entre les 2 films. À ce dernier sujet, nous ne pouvons que vous inciter à apporter votre (délicieuse) contribution à ce buffet !

Vendredi 23, samedi 24 et dimanche 25 mars, un mini festival sur le thème "Amérique du sud", avec 4 films : vendredi 23 mars Mariana de Marcela Saïd et l'intervention de Téo Saavedra, directeur des Nuits du Sud à Vence et écrivain chilien, samedi 24 mars Citoyen d'honneur de Mariano Cohn et Gaston Duprat, et  El Presidente de Santiago Mitre avec un apéritif Entretoiles spécial "Amérique du Sud", et dimanche 25 mars 7 jours à La Havane par 7 réalisateurs différents, suivi de l'intervention de Francisco Tulu, peintre cubain.  CGR proposera un pass pour les 4 films à 19€ pour les adhérents et 30€ pour les non adhérents. Cochez déjà les dates sur vos agendas !

Au CGR cette semaine en ciné-club, Les Gardiennes de Xavier Beauvois, portrait de femmes soudées par la nécessité se survivre pendant la guerre de 14-18  et hors ciné-club en VF, hélas, Pentagon Papers, un film puissant sur l'indépendance de la presse de Steven Spielberg, et Le maître est l'enfant de Alexandre Mourot, un film intéressant sur la pédagogie Montessori (aussi à Salernes).

Au Vox à Fréjus, vous pouvez voir 3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance de Martin McDonagh, un film et un scénario formidablement réussis, L'Insulte de Ziad Doueiri, un film d'une intelligence rare, magnifiquement interprété, Gaspard va au mariage de Anthony Cordier,un film d'une drôlerie poétique, Marie Curie de Marie Noelle Sehr, un beau biopic sur la célèbre chercheuse, et In the Fade de Fath Akin, une fiction passionnante et sombre (aussi à Lorgues et au Luc).

À Lorgues, La Douleur d'Emmanuel Finkiel, d'après le récit de Marguerite Duras, un film magnifique, contemporain et accessible et Les heures sombres de Joe Wright, un film passionnant et exaltant (bientôt en ciné-club au CGR).

À Salernes, L'Intelligence des Arbres, un documentaire de Guido Tolke et Julia Dordel.

Les prochains films ciné club au CGR seront :  La Promesse de l'Aube et Les heures sombres : que du bonheur !

Bonne semaine de cinéma ! Profitez bien de tous ces films.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 7 AU 13 FEVRIER 2018

 

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I Am Not a Witch
Écrit et réalisé par Rungano NYONI
Zambie 2017 1h34mn VOSTF
avec Margaret Mulubwa, Henry B.J Phiri, Nancy Mulilo, Margaret Sipaneaia...
Depuis le Haut Moyen Âge jusqu’au xixe siècle, les histoires de sorcières, qu’elles soient de Salem ou possédées de Loudun, ont toujours été le prétexte fantasmatique pour opprimer les femmes que les hommes considéraient comme différentes, anormales. I am not a witch se passe bel et bien aujourd’hui mais loin d’ici : dans la lointaine Zambie, un pays où l’on croit encore aux histoires de sorcières. En tout cas certains font semblant d’y croire, pour garantir la paix sociale, ou pour constituer une attraction touristique non négligeable... lire la suite
CGR : Soirée Entretoiles "Enfance innocente ?" le dimanche 11 février à 18h, suivi de l'apéritif Entretoiles
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Menina
Réalisé par Cristina PINHEIRO
France 2017 1h37mn
avec Naomi Biton, Nuno Lopes, Beatriz Batarda, Thomas Brazete, Sarah-Lou Verlhac, Camille Constantin...
Scénario Cristina Pinheiro, Laura Piani et Ghislain Cravatte
Voilà un film qui réconciliera toutes les générations tout en ne prenant pas les enfants pour des quiches à coups de clichés un peu trop guimauves. Menina parle de sujet graves (le racisme, la maladie, les difficultés familiales) à regard et hauteur d'enfant, avec légèreté et humour. La très jolie première scène est assez emblématique : nous sommes au printemps 1979, au bord de la Méditerranée, dans la commune populaire de Port Saint Louis du Rhône, au cœur d'une famille d'origine portugaise, alors que depuis la fin des années 60, la misère au pays et la dictature de Salazar ont conduit des milliers de Portugais à chercher refuge et travail en France. Cette année-là, la communauté portugaise fête les 4 ans de la Révolution des œillets qui a déposé le dictateur. On boit en chantant des chansons révolutionnaires, on laisse s'exprimer la nostalgie du pays (la fameuse saudade)... lire la suite
CGR : Soirée Entretoiles "Enfance innocente ?" le dimanche 11 février 20h30
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Les Gardiennes
Réalisé par Xavier BEAUVOIS
France 2017 2h14mn
avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry, Cyril Descours, Olivier Rabourdin, Nicolas Giraud...
Scénario de Xavier Beauvois et Frédérique Moreau, d'après le roman d'Ernest Pérochon
Ernest Pérochon – quasiment oublié de nos jours alors même qu'un autre de ses romans, « Nêne », a obtenu le Prix Goncourt en 1921 – était un instituteur des Deux Sèvres qui, comme des millions d'hommes, fut mobilisé pendant la première Guerre Mondiale. Sa chance fut finalement d'être victime d'une crise cardiaque après qu'un ami fut frappé par un obus à ses côtés, ce qui lui permit d'être retiré du front et de commencer à se consacrer à l'écriture. C'est en 1924 qu'il écrivit Les Gardiennes, un roman en hommage à celles dont on parlait peu à propos de la Grande Guerre, alors que fleurissaient les mémoires des combattants : les femmes, qui avaient tenu à bout de bras, souvent dans des conditions à peine imaginables, la France des champs et des usines pendant que les hommes mobilisés mourraient par milliers dans les tranchées de Picardie ou de Lorraine... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 7, vendredi 9, samedi 10, mardi 13 à 13h30 et lundi 12 à 19h50
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Le Maître est l'enfant
Réalisé par Alexandre MOUROT
Documentaire France 2017 1h30mn
avec les 28 enfants âgés de 3 à 6 ans et leur maître Christian Maréchal, dans la plus ancienne école Montessori de France, à Roubaix...
« Que serait l'adulte sans l'enfant qui l'aide à s'élever ? » Maria Montessori
Quand le réalisateur Alexandre Mourot est devenu père, il a tout naturellement observé sa fille, sa façon d'être, de réagir au monde autour d'elle… Il s’est aperçu qu’en ne cherchant à la guider, à la contrôler en permanence, qu’en ne dirigeant pas ses actions et ses gestes, elle déployait une énergie folle et elle semblait trouver un vrai bonheur à apprendre par elle-même, à découvrir et à progresser… Ces premiers constats, qui ont donné lieu à de premières images, lui ont donné envie de poursuivre ses observations et l’ont amené à s’intéresser à la pédagogie Montessori. Il a alors recherché des écoles qui s’inscrivaient dans ces pratiques et choisi de poser sa caméra dans l’une d’entre-elles pour observer ce qui s’y passait.
.. lire la suite
CGR : jeudi 8 à 20h
Salernes : vendredi 9 à 20h30
Affiche
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Gaspard va au mariage
Réalisé par Antony Cordier
France 2018 1h43mn
avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret...
Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir. Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 et dimanche 11 : 13h45, 16h et 20h30, jeudi 8 et mardi 13 13h45 et 20h30, vendredi 9 13h45 et 18h15, samedi 10 à 13h45 et 20h45, lundi 12 à 13h45 et 20h
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3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
Écrit et réalisé par Martin McDONAGH
USA 2017 1h55mn VOSTF
avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, John Hawkes...
Sous ce titre assez improbable, aussi bien dans sa version originale que dans sa demi traduction française, se cache un film formidablement réussi, doté d'un scénario remarquable en tous points, toujours passionnant, sans cesse surprenant – je défie quiconque de deviner le déroulement du récit et l'évolution des personnages – et qui s'avère d'une profondeur véritablement émouvante tout en distillant en permanence un humour noir ravageur. Les critiques vont sans doute évoquer les frères Coen et pour le coup la référence n'est pas usurpée : on pense à Fargo, on pense à No country for old men, on est bien à ce niveau-là !... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 : VO 13h45, 18h15 et VF 20h30, jeudi 8 : VF 13h45, 18h15 et VO16h, 20h30, vendredi 9 VF 13h45, 20h45 et VO 18h15, samedi 10VF 15h30, 18h15, VO 20h45, dimanche 11 VF 13h45, 18h15, VO 16h et 20h30, lundi 12 VO 13h45, 20h, VF 17h50, mardi 13 VF 15h50, 20h30, VO 18h15
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Pentagon Papers
Réalisé par Steven SPIELBERG
USA 2017 1h55mn en VF uniquement
avec Meryl Streep, Tom Hanks, Alison Brie, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Carrie Coon, Jesse Plemons, Matthew Rhys...
Scénario de Liz Hannah et Josh Singer
Dans la veine de son excellent Le Pont des espions, Steven Spielberg se consacre ici à ce qui est presque devenu un genre à part entière dans le grand cinéma américain classique : le film sur la presse, sur la grandeur et la nécessité du travail des journalistes qui, pour peu qu'ils soient indépendants et conscients de l'importance de cette indépendance, sont régulièrement amenés à jouer un rôle essentiel dans la bonne marche de la démocratie. Le titre original de Pentagon papers est d'ailleurs le nom d'un journal : The Post, diminutif pour The Washington Post, celui-là même qui révéla, quelques années après les faits relatés dans Pentagon papers, le scandale du Watergate. Ce qui amène évidemment à faire référence à un des films emblématiques du genre qui nous occupe : Les Hommes du président d'Alan Pakula, avec le duo mythique Woodward - Redford et Bernstein - Hoffman. Mais on pense aussi au plus récent et formidable Spotlight, dont le titre reprenait l'intitulé de l'équipe d'investigation du Boston Globe, au centre de l'intrigue... lire la suite
CGR (Draguignan) : en VF uniquement mercredi 7, vendredi 9, samedi 10 et mardi 13 à 16h120, jeudi 8, dimanche 11 et lundi 12 à 13h30 et 16h
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Les heures sombres
Réalisé par Joe WRIGHT
GB 2017 2h05mn
avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Stephen Dillane, Lily James, Ben Mendelsohn, Ronald Pickup, Samuel West...
Scénario d'Anthony McCarten
On se souvient, bien sûr, de l'intervention quasi prophétique de Churchill qui, à l'époque, lança en plein parlement britannique sa fameuse apostrophe : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! » Et la guerre, ce fut pour sa pomme, à lui tout seul, Winston, alors que tous en Europe se carapataient face à Hitler à coup d'armistices foireux. Alors, me direz vous chères spectatrices, que furent ces vingt jours en Mai qui décidèrent de l'avenir de la démocratie en Europe ? Une chose, par delà les années, reste frappante. Lâché par tous ses alliés du continent, lâché par les élites anglaises fortunées qui l'entouraient, notre ami Winston ne put s'appuyer à l'époque que sur un sondage d'opinion (déjà) du New Chronicle News montrant que les seuls partisans d'une lutte à mort contre le nazisme et Hitler étaient les membres de groupes de revenus inférieurs et les jeunes de 21 à 30 ans… mais aussi sa femme, pétillante autant qu'aimante conseillère qui partageait son sens de l'humour... lire la suite
Lorgues : vendredi 9 17h, samedi 10 20h30, dimanche 11, 18h
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In the Fade
Réalisé par Fatih AKIN
Allemagne 2017 1h46mn VOSTF
avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar, Samia Muriel Chancrin, Johannes Krisch, Rafaele Santana...
Scénario de Fatih Akin et Hark Bohm. Festival de Cannes 2017 : Prix d’interprétation féminine pour Diane Kruger
In the fade est une fiction puissante et sombre, construite à rebours. Elle commence par une descente aux enfers, opère une remontée vers les limbes pour se conclure par une impossible rédemption. Donner corps et âme à cette épreuve sans pathos inutile, sans que cela devienne ridicule était un pari particulièrement périlleux que Diane Kruger relève avec une présence et une force de conviction hors normes, qui justifient amplement son prix d’interprétation à Cannes. Époustouflante, crédible de bout en bout, elle rend palpable les sentiments contradictoires qui agitent son personnage, Katja. Elle est la première raison de ne pas passer à côté de ce film non consensuel. S’il ne s’affiche pas comme un pamphlet politique, les interrogations qu’il déploie le sont. In the fade questionne en filigrane l'attitude de la police, l’application de la loi, la manière dont une partie de la population turco-allemande a trop vite été cataloguée et stigmatisée lors des attentats perpétrés principalement contre elle par l’extrême-droite néo-nazie du NSU (traduction littérale de l'acronyme : Clandestinité Nationale Socialiste). Une fois de plus, Fatih Akin transmet le point de vue trop rare des enfants d’immigrés... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 7 18h15 et samedi 10 16h
Lorgues : mercredi 7 20h30, vendredi 9 21h20, dimanche 11 20h25, lundi 12 17h
Le Luc : mercredi 7 et jeudi 8, 18h
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L'Insulte
Réalisé par Ziad DOUEIRI
Liban 2017 1h52mn VOSTF
avec Adel Karam, Kamel El Basha, Rita Hayek, Christine Choueiri, Camille Salameh, Dimand Bou Addoud...
Scénario de Ziad Doueiri et Joelle Touma. Festival de Venise 2017 : Coupe Volpi du meilleur acteur pour Kamel El Basha
Voilà un film d'une intelligence rare, porté par des acteurs remarquables (le prix de Kamel El Basha à Venise n'a pas été volé), qui nous donne des nouvelles d'un pays dont toute l'histoire a été marquée par la violence et la guerre civile, et qui évoque la difficile mais toujours possible réconciliation d'humains aux histoires antagonistes.
Et comme souvent dans les films réussis, la grande Histoire se nourrit des petites histoires, celles qu'on pourrait au premier abord juger anecdotiques, voire insignifiantes. Nous sommes à Beyrouth Est, dans le quartier chrétien – malgré la fin de la guerre dans les années 1990, la géographie de la ville est encore marquée par la juxtaposition des communautés. C'est là que vit et travaille Toni, garagiste de son état, membres des Forces Libanaises, parti chrétien nostalgique du président assassiné Bachar Gemayel, et futur jeune père quadragénaire...
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Le Vox (Fréjus) : mercredi 7, dimanche 11, mardi 13 15h50, 20h30, jeudi 8 et samedi 10 13h45, 18h15, vendredi 9 15h55, 20h45, lundi 12 13h45, 17h45
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Marie Curie
Réalisé par Marie-Noëlle SEHR
Pologne/Allemagne/France 2017 1h35mn
avec Karoline Gruzka, Arieh Worthalter, Charles Berling, Malik Zidi, André Wilms, Izabela Kuna...
Scénario de Marie-Noëlle Sehr et Andrea Stoll
Elle est l’une des plus célèbres scientifiques du xxe siècle : deux fois nobelisée, inhumée au Panthéon, elle a donné son nom à des facultés des sciences, à un éminent institut et à bien des établissement scolaires… Quelle femme que cette Marie Sklodowska ! Et quelle destinée hors morne que celle de cette singulière chercheuse qui consacra sa vie tout entière, ses nuits, ses jours et sa santé aux lois complexes de la physique ! C’est un regard à la fois extrêmement admiratif, mais aussi fidèle et très documenté que nous livre ici la réalisatrice allemande Marie-Noëlle Sehr pour faire le portrait de Marie Curie, femme moderne dans ce début de siècle au paternalisme dominant, féministe sans jamais porter son statut comme un étendard, passionnée par son travail et prête à braver toutes les contraintes pour mener à bien son ultime projet : l’application médicale de ses recherches sur la radioactivité… lire la suite
Le Vox (Fréjus): mercredi 7, vendredi 9, dimanche 11 et mardi 13 13h45, jeudi 8 15h55, lundi 12 18h
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La Douleur
Écrit et réalisé par Emmanuel FINKIEL
France 2017 2h06mn
avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay, Shulamit Adar, Grégoire Leprince-Ringuet, Emmanuel Bourdieu...
D'après le récit de Marguerite Duras
Le premier plan saisit par sa beauté épurée. Un profil. Un grain de peau. Une énigme. Sans effet supeflu, on est immédiatement happé. Nous voilà en immersion totale avec Marguerite et ses méandres. C’est passionnant. Emmanuel Finkiel s'est emparé de La Douleur et nous offre un récit et un personnage extraordinairement vivants, complexes, ancrés dans leur époque. Il met Marguerite en lumière sans angélisme, ne cachant ni sa fascination ni ses agacements face à cette femme qu’il nous livre sans fard, avant qu’elle soit devenue un monument de la littérature. Inutile d’avoir lu Duras pour être transporté. On peut même être complètement hermétique à son œuvre et se laisser emporter : on a au moins un exemple parmi nous... lire la suite
Lorgues : mercredi 7 et samedi 10 à 18h, lundi 12 à 19h05
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L'Intelligence des Arbres
Réalisé par Guido Tölke et Julia Dordel
Documentaire France 2016
Un forestier en Allemagne, Peter Wohlleben, a observé que les arbres de sa région communiquent les uns avec les autres en s'occupant avec amour de leur progéniture, de leurs anciens et des arbres voisins quand ils sont malades. Il a écrit le bestseller "La Vie Secrète des Arbres" (vendu à plus d'1 million d'exemplaires) qui a émerveillé les amoureux de la nature. Ses affirmations ont été confirmées par des scientifiques à l'Université du "British Columbia" au Canada. Ce documentaire montre le travail minutieux et passionnant des scientifiques, nécessaire à la compréhension des interactions entre les arbres ainsi que les conséquences de cette découverte. Les racines : voilà le secret et le mystère des hommes, mais aussi la clé de la compréhension des arbres... lire la suite
Salernes : samedi 10 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

I Am Not a Witch
I AM NOT YOUR NEGROÉcrit et réalisé par Rungano NYONI
Zambie 2017 1h34mn VOSTF
avec Margaret Mulubwa, Henry B.J Phiri, Nancy Mulilo, Margaret Sipaneaia...

Depuis le Haut Moyen Âge jusqu’au xixe siècle, les histoires de sorcières, qu’elles soient de Salem ou possédées de Loudun, ont toujours été le prétexte fantasmatique pour opprimer les femmes que les hommes considéraient comme différentes, anormales. I am not a witch se passe bel et bien aujourd’hui mais loin d’ici : dans la lointaine Zambie, un pays où l’on croit encore aux histoires de sorcières. En tout cas certains font semblant d’y croire, pour garantir la paix sociale, ou pour constituer une attraction touristique non négligeable…
Shula, neuf ans, est victime des accusations des villageois qui la croient sorcière. Dans une première scène presque cocasse, la plainte est enregistrée bon gré mal gré par une policière dubitative, devant une Shula mutique, malgré les témoignages peu crédibles d’accusateurs improbables. Un choix ubuesque est proposé à la petite fille : soit elle reconnaît qu’elle est bien la collègue des Carabosse et autres Morgane, soit elle sera transformée en chèvre pour finir probablement en méchoui ! Shula préfère évidemment la première solution et rejoint donc un camp de sorcières, endroit étonnant où sont rassemblées des femmes, toutes reliées par un immense ruban de plusieurs centaines de mètres de long, accrochées à de grandes bobines juchées sur un camion. Tout ça pour le plaisir des touristes occidentaux, friands de prétendue sauvagerie africaine, comme aux bon vieux temps des colonies.

La jeune réalisatrice Rungano Nyoni (zambienne de naissance et galloise d’adoption) évoque avec un talent fou, mariant émotion et burlesque pince-sans-rire, l’absurdité des pratiques de ses concitoyens. Aussi ridicule que la croyance dans la sorcellerie de Shula, Rungano Nyoni pointe du doigt la duplicité des puissants, à travers un personnage pathétique et odieux de fonctionnaire qui monnaie la gamine, exhibée sur des plateaux télé où l’homme prétend lui faire vendre des œufs magiques. Ce personnage stigmatise à lui tout seul les maux du pays : le rapport étrange au pouvoir coutumier, alors même que le fonctionnaire représente l’État, l’obsession matérialiste incarnée par sa femme qui affectionne le luxe et les perruques blondes. Mais la réalisatrice brille aussi par l’invention de sa mise en scène, avec notamment ces très beaux plans des femmes attachées à leur ruban interminable, reliées vers le ciel à leur bobine. Et l’on voit aussi la belle et grande solidarité des femmes enfermées, unies par leur mise à l’écart de la communauté des hommes.
Il est amusant de savoir qu’une des principales influences du film est la fable de la chèvre de Monsieur Seguin, ce pauvre animal qui voulait briser son licol… L’autre influence revendiquée par la réalisatrice est Michael Haneke, et on pense en effet au Ruban blanc , l’un de ses plus grands films. On notera aussi l’utilisation inattendue de la musique jazz et classique, qui rend plusieurs scènes fascinantes. Et on ne peut pas conclure sans souligner la performance incroyable de la petite Margaret Mulubwa, repérée par hasard et grâce à son visage étrange dans la campagne profonde, très loin de la capitale, qui incarne avec une force extraordinaire cette gamine passant de l’apathie à la plus courageuse détermination. (Utopia)

du cinéma…

CGR : Soirée Entretoiles "Enfance innocente ?" le dimanche 11 février à 18h, suivi de l'apéritif Entretoiles

 Menina
Réalisé par Cristina PINHEIRO
France 2017 1h37mn
avec Naomi Biton, Nuno Lopes, Beatriz Batarda, Thomas Brazete, Sarah-Lou Verlhac, Camille Constantin...
Scénario Cristina Pinheiro, Laura Piani et Ghislain Cravatte

Voilà un film qui réconciliera toutes les générations tout en ne prenant pas les enfants pour des quiches à coups de clichés un peu trop guimauves. Menina parle de sujet graves (le racisme, la maladie, les difficultés familiales) à regard et hauteur d'enfant, avec légèreté et humour. La très jolie première scène est assez emblématique : nous sommes au printemps 1979, au bord de la Méditerranée, dans la commune populaire de Port Saint Louis du Rhône, au cœur d'une famille d'origine portugaise, alors que depuis la fin des années 60, la misère au pays et la dictature de Salazar ont conduit des milliers de Portugais à chercher refuge et travail en France. Cette année-là, la communauté portugaise fête les 4 ans de la Révolution des œillets qui a déposé le dictateur. On boit en chantant des chansons révolutionnaires, on laisse s'exprimer la nostalgie du pays (la fameuse saudade)… Mais pour les enfants, majoritairement nés en France, et notamment pour Luisa, 10 ans, c'est juste une fête au bord de la mer, dans ce cadre à la fois chiche et idyllique fait de cabanons exigus posés au bord de l'eau. Luisa vit entre son père Joao qui travaille beaucoup et boit presque autant, cachant peut être quelque secret, et sa mère Leonor qui tient avec fermeté et parfois dureté la maison. Et puis il y a Pedro le fils déjà adulte, qui veut profiter de la vie en France et se trouve souvent en conflit avec le père.

Menina (la fille en portugais) est largement autobiographique et raconte avec tendresse, drôlerie et poésie, la complexe construction de l'identité d'une petite fille qui a parfois honte de ses parents trop portugais et qui se demande sans cesse si elle doit choisir entre ses deux cultures, dans un pays où les Portugais, même s'ils ont été reçus à bras ouverts, sont parfois victimes de petites vexations racistes. Cristina Pinheiro, réalisatrice autrefois actrice, qui connaît bien le sujet pour l'avoir vécu, observe avec compréhension les deux parents torturés par leurs contradictions, notamment le père, magnifiquement incarné par Nuno Lopes, ancien militant incompris, ouvrier qui s'est tué probablement à la tâche et qui aujourd'hui cache sa maladie et noie surtout son terrible mal du pays dans l'alcool. On retiendra cette scène magnifique dans laquelle, ivre mort, il retourne la maison pour retrouver son passeport dans l'idée de rentrer immédiatement au Portugal. Face à lui, Beatriz Batarda (actrice pour le grand Manœl de Oliveira) incarne superbement la dureté et la fierté des femmes qui ont tenu à bout de bras le foyer familial pour maintenir coûte que coûte la réputation. Bien sûr Menina bouleversera tous les spectateurs d'origine portugaise quel que soit leur âge, qui y verront leur propre destin ou celui de leurs parents ou grands-parents. Mais il touchera aussi toutes celles et ceux dont les familles se sont battues envers et contre tout pour trouver leur voie, parfois difficilement, dans la France d'aujourd'hui. Il y a des accents loachiens ou dignes de Robert Guédiguian dans cette chronique de Cristina Pinheiro.


CGR : Soirée Entretoiles "Enfance innocente ?" le dimanche 11 février 20h30

Les Gardiennes
Réalisé par Xavier BEAUVOIS
France 2017 2h14mn
avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry, Cyril Descours, Olivier Rabourdin, Nicolas Giraud...
Scénario de Xavier Beauvois et Frédérique Moreau, d'après le roman d'Ernest Pérochon

Ernest Pérochon – quasiment oublié de nos jours alors même qu'un autre de ses romans, « Nêne », a obtenu le Prix Goncourt en 1921 – était un instituteur des Deux Sèvres qui, comme des millions d'hommes, fut mobilisé pendant la première Guerre Mondiale. Sa chance fut finalement d'être victime d'une crise cardiaque après qu'un ami fut frappé par un obus à ses côtés, ce qui lui permit d'être retiré du front et de commencer à se consacrer à l'écriture. C'est en 1924 qu'il écrivit Les Gardiennes, un roman en hommage à celles dont on parlait peu à propos de la Grande Guerre, alors que fleurissaient les mémoires des combattants : les femmes, qui avaient tenu à bout de bras, souvent dans des conditions à peine imaginables, la France des champs et des usines pendant que les hommes mobilisés mourraient par milliers dans les tranchées de Picardie ou de Lorraine.

Les Gardiennes nous transporte donc en 1915 et nous plonge dans le quotidien de la Ferme charentaise du Paridier, tenue par Hortense (Nathalie Baye) et sa fille Solange (Laura Smet)… Le quotidien est rythmé par le labeur harassant dans les champs, par les tâches pénibles qui autrefois incombaient aux hommes et par la terrible attente des nouvelles du front. Les femmes redoutent plus que tout les visites du maire, qui annoncent souvent le pire, et ne peuvent s'empêcher d'espérer les trop rares et trop courtes permissions qui leur ramènent pour quelques heures les deux fils de la famille, Georges et Constant, ou le mari de Solange, le taciturne Clovis.
Pour répondre aux exigences de la ferme, Hortense va accepter de prendre avec elle la jeune Francine, une orpheline de l'Assistance Publique qui se fait rapidement une place dans la famille par sa ténacité au travail et qui va se rapprocher peu à peu de Georges. Mais l'arrivée en 1917, via Saint-Nazaire et La Rochelle, des premiers soldats américains, fringants et souvent à l'aise financièrement, va peut être changer le destin de la Ferme du Paridier et de ses femmes…

De la même manière qu'il s'était intéressé à la communauté des moines de Thibérine dans le splendide Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois s'attache ici à la communauté de ces femmes soudées par la nécessité de survivre, loin des champs de bataille qui leur confisquent leurs hommes. Comme toujours Beauvois a su choisir des actrices magnifiques, emmenées par Nathalie Baye (qu'il avait déjà dirigée dans Le Petit lieutenant, avec un César à la clé) et Laura Smet, qui incarnent à la perfection ces deux femmes ambivalentes, pas faciles, pas forcément sympathiques mais d'une force, d'une détermination incroyables. Et bien sûr, à travers le destin des femmes se démenant comme elles peuvent à l'arrière, le film évoque la cruauté du sort réservé à tous les hommes broyés par cette absurde tragédie que fut la « grande Guerre », traumatisme majeur du vingtième siècle.

(Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 7, vendredi 9, samedi 10, mardi 13 à 13h30 et lundi 12 à 19h50

Le Maître est l'enfant
Réalisé par Alexandre MOUROT
Documentaire France 2017 1h30mn
avec les 28 enfants âgés de 3 à 6 ans et leur maître Christian Maréchal, dans la plus ancienne école Montessori de France, à Roubaix...

« Que serait l'adulte sans l'enfant qui l'aide à s'élever ? » Maria Montessori

Quand le réalisateur Alexandre Mourot est devenu père, il a tout naturellement observé sa fille, sa façon d'être, de réagir au monde autour d'elle… Il s’est aperçu qu’en ne cherchant à la guider, à la contrôler en permanence, qu’en ne dirigeant pas ses actions et ses gestes, elle déployait une énergie folle et elle semblait trouver un vrai bonheur à apprendre par elle-même, à découvrir et à progresser… Ces premiers constats, qui ont donné lieu à de premières images, lui ont donné envie de poursuivre ses observations et l’ont amené à s’intéresser à la pédagogie Montessori. Il a alors recherché des écoles qui s’inscrivaient dans ces pratiques et choisi de poser sa caméra dans l’une d’entre-elles pour observer ce qui s’y passait…

Le film nous propose de partager la vie quotidienne, les relations établies entre l'enseignant et les élèves, les exercices pratiqués et les progrès parfois fulgurants de certains enfants dans un cadre aménagé pour leur évolution autonome : une salle lumineuse, avec des fleurs, des fruits, beaucoup de matériel, une ambiance calme… Chacun travaille, seul ou à plusieurs, à l’activité qu’il a choisie.
L’éducateur (le maître qui n’en porte pas le nom) se fait discret et s’avère être au service de ceux qui en ont besoin. Au sein de ce microcosme, chaque année, des nouveaux arrivent et s’adaptent rapidement, accompagnés naturellement par les plus âgés.
Certains guident le réalisateur, mais la plupart du temps sa caméra essaie d’être suffisamment discrète pour éviter de briser la concentration… À travers ces images, il essaie de décrypter le travail pédagogique qui se met doucement en place et qui permet aux enfants de se construire sans compétition et en autonomie : un témoignage riche et profondément vivifiant !

« Actuellement on assiste en France à un véritable engouement pour la méthode Montessori. De nombreuses écoles ouvrent leurs portes chaque année (et malheureusement certaines ferment aussi).
« Mes rencontres avec des créateurs et directeurs d'école révèlent qu'à l'origine de leur projet, bien souvent, il y a un enfant, mais aussi une réticence à le conduire dans l'école traditionnelle, jugée peu respectueuse de sa personnalité, insuffisamment bienveillante ou trop peu efficace dans la transmission des savoirs. Le plus surprenant est de voir que le mouvement provient aussi des professeurs des écoles traditionnelles eux-mêmes.
« Le Printemps de l'éducation, né en 2011, déjà très connu et fort actif, est une association représentative de cette volonté actuelle de faire changer l'école. Elle tente de fédérer les autres approches éducatives pour encourager les réformes et la liberté de choix pédagogique au sein de l'éducation nationale.
Les différents centres de formation à la pédagogie Montessori, toujours pleins, accueillent de plus en plus d'enseignants. A lui seul, L'institut Supérieur Maria Montessori, organisme agréé par l'Association Montessori Internationale (AMI), forme une centaine d’éducateurs par an. Les livres sur Montessori sont sans cesse réédités. Cependant, il semblait n'exister aucun film présentant la pédagogie Montessori.
« Ce contexte m'a semblé favorable à la réalisation et à la diffusion d'un film sur la pédagogie Montessori. Pour autant, ma motivation première à réaliser ce film n'est pas tant de démontrer la validité des thèses de la pédagogue que d'inviter à une découverte, une observation des grands principes et valeurs de la pédagogie. Ceci, à partir de ma propre observation : celle des enfants, d'une classe et des questionnements des éducateurs. »Alexandre Mourot( Utopia)


CGR : jeudi 8 à 20h
Salernes : vendredi 9 à 20h30

 

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Au(x) cinéma(s) du 31 janvier au 6 février 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Voici les prochains événements proposés par Entretoiles, à noter au plus vite dans vos agendas !

Dimanche prochain 4 février, Lucky  de John Caroll Lynch, une chronique bouleversante, tendre et drôle sur la fin d'une vie,
Dimanche 11 février  soirée sur le thème "Enfance innocente ?" avec I Am Not a Witch de Rungano Nyoni, un film très fort sur les prétendues sorcières de Zambie et Menina de Christina Pinheiro, un film qui parle de sujets graves avec légèreté. Et bien sûr, toujours l'apéritif offert par Entretoiles entre les 2 films.
Vendredi 23, samedi 24 et dimanche 25 mars, un mini festival sur le thème Amérique du sud, avec 4 films : Mariana de Marcela Saïd, Citoyen d'honneur de Mariano Cohn et Gaston Duprat, El Presidente de Santiago Mitre et 7 jours à La Havane par 7 réalisateurs différents.  CGR proposera un pass pour les 4 films à 19€ pour les adhérents et 30€ pour les non adhérents. Cochez déjà les dates sur vos agendas !

Au CGR cette semaine en ciné-club, Marvin ou la belle éducation de Pierre Trividic et Anne fontaine, une ode à l'éducation servie par des acteurs exceptionnels, et hors ciné-club en VF, hélas, Pentagon Papers, un film puissant sur l'indépendance de la presse de Steven Spielberg (et à Cotignac).

Au Vox à Fréjus, vous pouvez voir L'Insulte de Ziad Doueiri, un film d'une intelligence rare, magnifiquement interprété,  Les heures sombres de Joe Wright, un film passionnant et exaltant (bientôt en ciné-club au CGR), Fortunata de Sergio Castellitto, un film débordant d'énergie, Marie Curie de Marie Noelle Sehr, un beau biopic sur la célèbre chercheuse, et Un homme intègre de Mohamed Rasoulof  un formidable thriller tendu : on est tenu en haleine jusqu'au dénouement.

À Lorgues, Normandie Nue de Philippe Le Guay,(aussi à Salernes et au Luc) ou la crise des éleveurs tournée en comédie loufoque, et L'Intelligence des Arbres, un documentaire de Guido Tolke et Julia Dordel.

À Cotignac,  El Presidente de Santiago Mitre (que nous vous proposons au mini festival Amérique du Sud), une exploration réjouissante de la sphère du pouvoir (jeudi 1er 20h30).

À Salernes, L'Échappée belle de Paolo Virzi, un joli film doux amer,

Les prochains films ciné club au CGR seront :  Les Gardiennes et La Promesse de l'aube et Les heures sombres : que du bonheur !

Bonne semaine de cinéma ! Profitez bien de tous ces films.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 31 JANVIER AU 6 FEVRIER 2018

 

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Lucky
Réalisé par John Carroll LYNCH
USA 2017 1h28mn VOSTF
avec Harry Dean Stanton, David Lynch, Ron Livingston, Ed Begley Jr, Tom Skeritt, Beth Grant...
Scénario de Logan Sparks et Drago Sumonja
Une preuve de plus qu'un beau film peut se bâtir sur trois fois rien. Lucky, à partir de situations on ne peut plus ordinaires, traitées avec un flegme imperturbable, s'impose tranquillement comme une chronique aussi simple que bouleversante, aussi tendre que drôle sur la fin d'une vie. Il suffit, pour créer un univers et nous embarquer, d'un paysage : le désert californien, de quelques lieux : le bar vieillot et chaleureux, la maison précaire du héros, et surtout d'un acteur hors du commun : Harry Dean Stanton et ses plus de 90 ans au compteur au moment du tournage, son phrasé, sa démarche unique de cowboy sans cheval, ses expressions mi blasées mi ironiques... lire la suite
Soirée Entretoiles au CGR : Dimanche 4 février à 20h30
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Marvin ou la belle éducation
Réalisé par Anne FONTAINE
France 2017 1h53mn
avec Finnegan Oldfield, Gregory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Salée, Jules Porier, Catherine Mouchet, Charles Berling, Isabelle Huppert...
Scénario de Pierre Trividic et Anne Fontaine
Dans ce petit village des Vosges que la jeunesse fuit dès qu'elle a atteint l'âge de décider seule, dans cette famille de paysans bourrus et guère attentifs dont la vie ne fait pas rêver, Marvin semble, comme le vilain petit canard du conte, s'être trompé de couvée, résolument pas à sa place : joli comme un ange, trop aimable, trop tendre, il est une proie facile pour les balourds de sa classe qui lui imposent jour après jour harcèlements et plaisanteries douteuses d'ados frustrés et bas du front dans un contexte social qui ne pousse pas à la finesse. On dirait même que cette grâce presque féminine qui se dégage de ses moindres regards, ses moindres gestes, les excite, tout comme elle désole son père qui a un peu honte de ne pas avoir engendré un bon gros bagarreur primaire et buveur de bière, à l'image de ce qu'on attend d'un rejeton mâle dans ces coins-là, en ce temps-là... lire la suite
Ciné-club CGR : mercredi 31 19h50, jeudi 1er 13h30, vendredi 2 15h45, samedi 3 17h50, lundi 5 11h
Affiche
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Menina
Réalisé par Cristina PINHEIRO
France 2017 1h37mn
avec Naomi Biton, Nuno Lopes, Beatriz Batarda, Thomas Brazete, Sarah-Lou Verlhac, Camille Constantin...
Scénario Cristina Pinheiro, Laura Piani et Ghislain Cravatte
Voilà un film qui réconciliera toutes les générations tout en ne prenant pas les enfants pour des quiches à coups de clichés un peu trop guimauves. Menina parle de sujet graves (le racisme, la maladie, les difficultés familiales) à regard et hauteur d'enfant, avec légèreté et humour. La très jolie première scène est assez emblématique : nous sommes au printemps 1979, au bord de la Méditerranée, dans la commune populaire de Port Saint Louis du Rhône, au cœur d'une famille d'origine portugaise, alors que depuis la fin des années 60, la misère au pays et la dictature de Salazar ont conduit des milliers de Portugais à chercher refuge et travail en France. Cette année-là, la communauté portugaise fête les 4 ans de la Révolution des œillets qui a déposé le dictateur. On boit en chantant des chansons révolutionnaires, on laisse s'exprimer la nostalgie du pays (la fameuse saudade)... lire la suite
Soirée CGR "Enfance innocente ?" le dimanche 11 février 20h30
Affiche
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I Am Not a Witch
Écrit et réalisé par Rungano NYONI
Zambie 2017 1h34mn VOSTF
avec Margaret Mulubwa, Henry B.J Phiri, Nancy Mulilo, Margaret Sipaneaia...
Depuis le Haut Moyen Âge jusqu’au xixe siècle, les histoires de sorcières, qu’elles soient de Salem ou possédées de Loudun, ont toujours été le prétexte fantasmatique pour opprimer les femmes que les hommes considéraient comme différentes, anormales. I am not a witch se passe bel et bien aujourd’hui mais loin d’ici : dans la lointaine Zambie, un pays où l’on croit encore aux histoires de sorcières. En tout cas certains font semblant d’y croire, pour garantir la paix sociale, ou pour constituer une attraction touristique non négligeable... lire la suite
Soirée Entretoiles "Enfance innocente ?" le dimanche 11 février à 18h, suivi de l'apéritif Entretoiles
Salernes : mercredi 31 à 20h30, vendredi2 et mardi 6 à 18h, dimanche 4 à 16h
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Pentagon Papers
Réalisé par Steven SPIELBERG
USA 2017 1h55mn en VF uniquement
avec Meryl Streep, Tom Hanks, Alison Brie, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Carrie Coon, Jesse Plemons, Matthew Rhys...
Scénario de Liz Hannah et Josh Singer
Dans la veine de son excellent Le Pont des espions, Steven Spielberg se consacre ici à ce qui est presque devenu un genre à part entière dans le grand cinéma américain classique : le film sur la presse, sur la grandeur et la nécessité du travail des journalistes qui, pour peu qu'ils soient indépendants et conscients de l'importance de cette indépendance, sont régulièrement amenés à jouer un rôle essentiel dans la bonne marche de la démocratie. Le titre original de Pentagon papers est d'ailleurs le nom d'un journal : The Post, diminutif pour The Washington Post, celui-là même qui révéla, quelques années après les faits relatés dans Pentagon papers, le scandale du Watergate. Ce qui amène évidemment à faire référence à un des films emblématiques du genre qui nous occupe : Les Hommes du président d'Alan Pakula, avec le duo mythique Woodward - Redford et Bernstein - Hoffman. Mais on pense aussi au plus récent et formidable Spotlight, dont le titre reprenait l'intitulé de l'équipe d'investigation du Boston Globe, au centre de l'intrigue... lire la suite
CGR : mercredi 31, jeudi 1er, vendredi 2, samedi 3, lundi 5 et mardi 6 à 10h45, 14h, 16h20, 19h50 et 22h20, dimanche 4 à 10h45, 14h, 16h20 en VF seulement
Cotignac : dimanche 4 18h
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Les heures sombres
Réalisé par Joe WRIGHT
GB 2017 2h05mn
avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Stephen Dillane, Lily James, Ben Mendelsohn, Ronald Pickup, Samuel West...
Scénario d'Anthony McCarten
On se souvient, bien sûr, de l'intervention quasi prophétique de Churchill qui, à l'époque, lança en plein parlement britannique sa fameuse apostrophe : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! » Et la guerre, ce fut pour sa pomme, à lui tout seul, Winston, alors que tous en Europe se carapataient face à Hitler à coup d'armistices foireux. Alors, me direz vous chères spectatrices, que furent ces vingt jours en Mai qui décidèrent de l'avenir de la démocratie en Europe ? Une chose, par delà les années, reste frappante. Lâché par tous ses alliés du continent, lâché par les élites anglaises fortunées qui l'entouraient, notre ami Winston ne put s'appuyer à l'époque que sur un sondage d'opinion (déjà) du New Chronicle News montrant que les seuls partisans d'une lutte à mort contre le nazisme et Hitler étaient les membres de groupes de revenus inférieurs et les jeunes de 21 à 30 ans… mais aussi sa femme, pétillante autant qu'aimante conseillère qui partageait son sens de l'humour... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 31  en VF 15h50, jeudi 1er en VO et dimanche 4 en VF  18h, vendredi 2 en VO 20h45, mardi 6 en VO 20h30
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Fortunata
Réalisé par Sergio CASTELLITO
Italie 2017 1h43mn VOSTF
avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi, Hanna Schygulla...
Scénario de Margaret Mazzantini
Télérama titrait au moment du Festival de Cannes : « Fortunata, portrait solaire d’une Antigone moderne »… On approuve : Jasmine Trinca dans le rôle titre crève l’écran, littéralement lumineuse, un tourbillon de vie et de sensualité. Elle porte le film, à la manière de son personnage, Fortunata, qui porte son entourage sur ses jolies épaules tout en vacillant parfois sur ses talons hauts qui ripent sur les pavés de Rome, ceux du quartier de Torpignattara dans lequel Pasolini tourna jadis Mamma Roma… La première scène, dont on vous laisse la surprise, donne allègrement le ton, par un décalage spatiotemporel délicieux, une chorégraphie que Beethoven aurait peiné à imaginer à son époque. Ne sortez pas de la salle, cela se passe bien en Italie ! Puis on découvre Fortunata, pressée, toujours pressée, parce qu’elle se démène, qu’elle doit survivre... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 31 16h05, jeudi 1er 20h30, vendredi 2 15h50, samedi 3 16h15, lundi 5 13h45
Affiche
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Un homme intègre
Écrit et réalisé par Mohamed RASOULOF
Iran 2017 1h57mn VOSTF
avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi, Missagh Zareh...
Festival de Cannes 2017 : Grand Prix Un certain regard
Les mollahs à la triste figure voudraient sans doute nous faire oublier à quel point l’Iran est un grand pays de libre-penseurs, d’artistes aussi audacieux que talentueux. Et c'est particulièrement vrai pour ses cinéastes, qu'on admire d'autant plus qu'ils savent ce qu'ils risquent en bravant la censure. Si vous avez pu ignorer un ou deux films récemment, il faut d'urgence voir ce magistral Un homme intègre et signer la pétition en ligne sur change.org afin de soutenir son réalisateur Mohamed Rasoulof qui risque six ans de prison dans son pays et vient de se voir confisquer son passeport. Il vous sautera aux yeux que ce thriller tendu, de haute tenue, est une œuvre éminemment politique, qui offre une une analyse terriblement lucide et décapante des dessous d’une société où il n’existe guère d’autre alternative que d’être oppresseur ou opprimé, corrupteur ou corrompu... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 31 18h10, samedi 3 20h45, lundi 5 18h, mardi 6 13h45
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L'Insulte
Réalisé par Ziad DOUEIRI
Liban 2017 1h52mn VOSTF
avec Adel Karam, Kamel El Basha, Rita Hayek, Christine Choueiri, Camille Salameh, Dimand Bou Addoud...
Scénario de Ziad Doueiri et Joelle Touma. Festival de Venise 2017 : Coupe Volpi du meilleur acteur pour Kamel El Basha
Voilà un film d'une intelligence rare, porté par des acteurs remarquables (le prix de Kamel El Basha à Venise n'a pas été volé), qui nous donne des nouvelles d'un pays dont toute l'histoire a été marquée par la violence et la guerre civile, et qui évoque la difficile mais toujours possible réconciliation d'humains aux histoires antagonistes.
Et comme souvent dans les films réussis, la grande Histoire se nourrit des petites histoires, celles qu'on pourrait au premier abord juger anecdotiques, voire insignifiantes. Nous sommes à Beyrouth Est, dans le quartier chrétien – malgré la fin de la guerre dans les années 1990, la géographie de la ville est encore marquée par la juxtaposition des communautés. C'est là que vit et travaille Toni, garagiste de son état, membres des Forces Libanaises, parti chrétien nostalgique du président assassiné Bachar Gemayel, et futur jeune père quadragénaire...
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Le Vox (Fréjus) : mercredi 31, jeudi 1er et lundi 5 à 13h45, 18h15 et 20h30, vendredi 2 et dimanche 4 à 13h45, 16h05 et 20h45, samedi 3 à 13h45, 18h15 et 20h15, mardi 6 à 15h55, 18h15 et 20h30
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Marie Curie
Réalisé par Marie-Noëlle SEHR
Pologne/Allemagne/France 2017 1h35mn
avec Karoline Gruzka, Arieh Worthalter, Charles Berling, Malik Zidi, André Wilms, Izabela Kuna...
Scénario de Marie-Noëlle Sehr et Andrea Stoll
Elle est l’une des plus célèbres scientifiques du xxe siècle : deux fois nobelisée, inhumée au Panthéon, elle a donné son nom à des facultés des sciences, à un éminent institut et à bien des établissement scolaires… Quelle femme que cette Marie Sklodowska ! Et quelle destinée hors morne que celle de cette singulière chercheuse qui consacra sa vie tout entière, ses nuits, ses jours et sa santé aux lois complexes de la physique ! C’est un regard à la fois extrêmement admiratif, mais aussi fidèle et très documenté que nous livre ici la réalisatrice allemande Marie-Noëlle Sehr pour faire le portrait de Marie Curie, femme moderne dans ce début de siècle au paternalisme dominant, féministe sans jamais porter son statut comme un étendard, passionnée par son travail et prête à braver toutes les contraintes pour mener à bien son ultime projet : l’application médicale de ses recherches sur la radioactivité… lire la suite
Le Vox (Fréjus): mercredi 31 et mardi 6 13h45, jeudi 1er 15h50 et 18h15, vendredi 2 16h, samedi 3 16h, 18h30, dimanche 4 13h45 et 15h50, lundi 5 15h et 20h30
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L'Échappée belle
Réalisé par Paolo VIRZI
USA/Italie 2017 1h52mn VOSTF
avec Helen Mirren, Donald Sutherland, Christian McKay, Janel Moloney, Dana Ivey, Dick Gregory...
Scénario de Francesca Archibugi, Francesco Piccolo, Stephen Amidon, Paolo Virzi, d'après le roman de Michael Zadoorian Le Cherche-bonheur
The Leisure seeker, titre que l’on pourrait traduire par « le cherche-bonheur », c’est le nom du camping-car d’Ella et John Spencer, qu’ils ont acheté, on l’imagine, au tout début de leur histoire commune, quand la famille s’écrivait : jeune couple avec deux enfants. Ce camping-car, c’était bien plus qu’un simple moyen de locomotion pour transporter la petite tribu le temps des vacances. C’était la promesse du bon temps, des petits moments de bonheur partagés, ces choses futiles qui riment à trois fois rien quand on les vit dans l’instant et qui reviennent en force, trésors chargés d'émotion, une fois que le temps a fait son boulot. Ce camping-car, John, en bon universitaire curieux, aimait qu’il les emmène vers les paysages tout neufs et les rencontres impromptues tandis que Jane, plus casanière, l’adorait surtout quand il la ramenait vers les endroits familiers où elle prenait plaisir à renouer avec ses habitudes... lire la suite
Le Luc : jeudi 2 18h et samedi 3 15h
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Normandie Nue
Réalisé par Philippe Le Guay
France 2018 1h45mn
avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison, Grégory Gadebois, Philippe Rebbot, Patrick d'Assumçao...
Scénario de Victoria Bedos, Olivier Dazat et Philippe Le Guay
Nous sommes en Normandie… Enfin pour moi qui écris ce texte, la Normandie c’est plutôt du côté de Rouen… ou de Cherbourg, alors le Mêle-sur-Sarthe, ça me semble vraiment un peu trop au Sud pour être normand… Mais bon, administrativement c’est situé dans l’Orne, en Normandie donc, même si la « frontière » avec la Sarthe n’est qu’à un jet de pierre… Et surtout, au Mêle-sur-Sarthe, il y a plus de vaches que d’habitants, ce qui est finalement la caractéristique essentielle de tout bon village normand et, ici comme ailleurs, les éleveurs sont touchés par la crise... lire la suite
Lorgues : mercredi 31 14h30, vendredi 2 20h55, samedi 3 17h45, dimanche 4 18h, lundi 5 16h30
Salernes : samedi 3 et mardi 6 20h30, lundi 5 18h
Le Luc : mercredi 31 18h, samedi 3 21h, dimanche 4 18h35
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El Presidente
Réalisé par Santiago MITRE
Argentine 2017 1h54mn VOSTF
avec Ricardo Darín, Dolores Fonzi, Erica Rivas, Christian Slater, Elena Anaya, Alfredo Castro...
Dans le magnifique palais de la Casa Rosada à Buenos Aires, on pénètre à pas de velours, par la porte de service, en se faufilant derrière les employés de maison. Un univers feutré où chacun s’affaire dans les coulisses du pouvoir, rouage d'un mouvement perpétuel infernal à filer le tournis. L’on chuchote, l’on murmure… Si quelques-voix s’élèvent, c’est pour mieux entourer le nouveau Président de la République pris dans le tourbillon de cette ruche humaine – à moins que ce ne soit un véritable guêpier ? S’il n’est élu que depuis six mois, celui qui s’est forgé la réputation d’un homme du peuple « normal » pour mieux séduire n’en est pas moins un animal politique aguerri, à l’œil perçant et à l’intelligence acérée. Hernan Blanco (Ricardo Darin, impressionnant), sans avoir à élever la voix, en impose immédiatement. Ses silences retenus, ses sourires énigmatiques, son regard impénétrable font de lui un adversaire au charisme et au sang froid redoutables. Tout cela, les chefs d’états qu’il s’apprête à rencontrer ne le devinent pas encore... lire la suite
Cotignac : jeudi 1er 20h30
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L'Intelligence des Arbres
Réalisé par Guido Tölke et Julia Dordel
Documentaire France 2016
Un forestier en Allemagne, Peter Wohlleben, a observé que les arbres de sa région communiquent les uns avec les autres en s'occupant avec amour de leur progéniture, de leurs anciens et des arbres voisins quand ils sont malades. Il a écrit le bestseller "La Vie Secrète des Arbres" (vendu à plus d'1 million d'exemplaires) qui a émerveillé les amoureux de la nature. Ses affirmations ont été confirmées par des scientifiques à l'Université du "British Columbia" au Canada. Ce documentaire montre le travail minutieux et passionnant des scientifiques, nécessaire à la compréhension des interactions entre les arbres ainsi que les conséquences de cette découverte. Les racines : voilà le secret et le mystère des hommes, mais aussi la clé de la compréhension des arbres... lire la suite
Lorgues : lundi 5 19h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Lucky

 

 

Réalisé par John Carroll LYNCH
USA 2017 1h28mn VOSTF
avec Harry Dean Stanton, David Lynch, Ron Livingston, Ed Begley Jr, Tom Skeritt, Beth Grant...
Scénario de Logan Sparks et Drago Sumonja

Une preuve de plus qu'un beau film peut se bâtir sur trois fois rien. Lucky, à partir de situations on ne peut plus ordinaires, traitées avec un flegme imperturbable, s'impose tranquillement comme une chronique aussi simple que bouleversante, aussi tendre que drôle sur la fin d'une vie. Il suffit, pour créer un univers et nous embarquer, d'un paysage : le désert californien, de quelques lieux : le bar vieillot et chaleureux, la maison précaire du héros, et surtout d'un acteur hors du commun : Harry Dean Stanton et ses plus de 90 ans au compteur au moment du tournage, son phrasé, sa démarche unique de cowboy sans cheval, ses expressions mi blasées mi ironiques.

Lucky vit donc quelque part au milieu de nulle part, à quelques encablures de Los Angeles mais très loin des fastes de la Cité des Anges, dans une bourgade de western qui pourrait voir passer Zorro et quelques mariachis égarés. Aujourd'hui à la retraite d'on ne sait quel passé professionnel, Lucky partage désormais sa vie entre les mots croisés, les jeux télévisés, et des haltes plus ou moins longues dans le snack et le bar local, où il a quotidiennement les mêmes rituels et où il retrouve les mêmes amis qui supportent paisiblement ses accès de mauvaise humeur. Le film est finalement, à l'heure où l'injonction est à la nouveauté, la flexibilité, l'aventure permanente sans lesquelles le modèle néo libéral décrète qu'on rate sa vie, un hommage à la petite routine quotidienne qui construit ce que nous sommes, avec son réseau d'amis fidèles, sa communauté que l'on respecte même si parfois on est fatigué de voir toujours les mêmes tronches, mais ces tronches sont là pour vous quand ça va mal ou quand, comme c'est le cas de Lucky, la fin est proche…
La réussite et le charme de Lucky tiennent donc avant tout à un acteur incroyable. Harry Dean Stanton a débuté sa carrière (ça donne le tournis) dans les années 1950, vous ne pouvez pas l'avoir oublié en héros du Paris Texas de Wenders, et vous l'avez sans aucun doute repéré dans trois films d'un homonyme du réalisateur de Lucky, un certain David Lynch : Sailor et Lula, Twin Peaks, fire walk with me et Une histoire vraie. David Lynch qui incarne d''ailleurs ici un vieil ami fantasque qui compte faire de sa tortue centenaire sa légataire… John Caroll Lynch a construit le rôle de Lucky pour Stanton, parce que l'acteur partageait selon lui avec le personnage la même soif de liberté, la même indépendance, et probablement le même caractère de cochon ! Stanton savait évidemment être arrivé à cette période de la vie où l'on peut estimer le temps qu'il vous reste en mois plutôt qu'en années et tout aussi évidemment le rendu est magnifique, en particulier dans quelques scènes : cette consultation au cours de laquelle le médecin local conseille à Lucky, en parfaite santé si ce n'est son grand âge, d'accepter sereinement sa finitude ; ou ce moment où Lucky confie à une infirmière sa peur de la mort…

Harry Dean Stanton est décédé quelques semaines après la présentation du film au Festival de Locarno. Son interprétation est le superbe testament d'un acteur trop peu utilisé pendants ses six décennies de carrière. Et le personnage de Lucky restera sans doute comme un des plus beaux derniers rôles de l'histoire du cinéma…


Soirée Entretoiles au CGR : Dimanche 4 février à 20h30

 


Marvin ou la belle éducation
Réalisé par Anne FONTAINE
France 2017 1h53mn
avec Finnegan Oldfield, Gregory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Salée, Jules Porier, Catherine Mouchet, Charles Berling, Isabelle Huppert...
Scénario de Pierre Trividic et Anne Fontaine

Dans ce petit village des Vosges que la jeunesse fuit dès qu'elle a atteint l'âge de décider seule, dans cette famille de paysans bourrus et guère attentifs dont la vie ne fait pas rêver, Marvin semble, comme le vilain petit canard du conte, s'être trompé de couvée, résolument pas à sa place : joli comme un ange, trop aimable, trop tendre, il est une proie facile pour les balourds de sa classe qui lui imposent jour après jour harcèlements et plaisanteries douteuses d'ados frustrés et bas du front dans un contexte social qui ne pousse pas à la finesse. On dirait même que cette grâce presque féminine qui se dégage de ses moindres regards, ses moindres gestes, les excite, tout comme elle désole son père qui a un peu honte de ne pas avoir engendré un bon gros bagarreur primaire et buveur de bière, à l'image de ce qu'on attend d'un rejeton mâle dans ces coins-là, en ce temps-là.

Avec le recul, pourtant, quand Marvin raconte son histoire, on ne lui sent pas vraiment de rejet ni de haine pour un passé qui le marque pourtant d'une souffrance qui entrave sa vie, l'empêche d'exister : c'est que rien n'est si simple et, malgré tout, sous l'air bourru du père, les coups de gueule et les mots maladroits d'une famille à la vie précaire trop coincée dans une pauvreté qui ne peut qu'engendrer une vision sommaire et réactionnaire du monde, il y a quelque chose qui ressemble à de l'amour.
Le jour où la nouvelle principale déboule dans son collège, elle repère vite que ce garçon délicat et solitaire a du goût pour les lettres et l'horizon de Marvin va s'ouvrir : il suffit qu'elle lui demande de jouer quelque chose de sa vie dans un petit cours de théâtre pour qu'un déclic se produise et que le jeune garçon commence à sortir de l'enlisement qui semblait fatal… Labiche, Victor Hugo, son plaisir pour les mots, leur subtilité libératrice vont le faire choisir pour une classe théâtre, puis il y aura d'autres rencontres, surtout celle avec Abel, metteur en scène grâce à qui il va pouvoir nommer ce qui l'oppresse et franchir une étape de plus… Abel dont l'histoire ressemble à la sienne, et qui a su « faire quelque chose de sa différence », en tirer le meilleur, humain, bienveillant et attentif pour les autres.
Ce qui est formidable dans le film et qu'Anne Fontaine utilise à merveille, c'est sa construction qui nous fait tanguer entre le passé et le présent de Marvin, nous fait ressentir très fort le processus de son évolution, d'autant que le spectacle qu'il sortira de son histoire va devenir comme une forme de dialogue entre l'enfant qu'il était et l'adulte qu'il est en train de devenir. Dans ce spectacle, il joue sa vie, interprétant tous les personnages, dans un dialogue avec son père, avec sa mère, avec lui-même jusqu'à ce qu'il parvienne à une forme de catharsis, de réconciliation avec lui-même, assumant ses désirs, ses amours, sa différence…

Le film ne serait pas aussi attachant si les acteurs n'étaient tous exceptionnels : Grégory Gadebois qui arrive à donner de la subtilité et de la tendresse au personnage du père brutal et gras du bide au point de nous le faire aimer, les deux Marvin, le grand, comme le petit sont en parfaite cohérence… Catherine Mouchet, dans le rôle de la principale, tout comme Vincent Macaigne dans celui d'Abel font exister leurs personnages avec une foultitude de nuances… Et Charles Berling en pygmalion charismatique, et Isabelle Huppert qui joue ici son propre rôle avec beaucoup d'élégance et d'humanité : tous contribuent à faire en sorte que le film soit une sorte d'ode à l'éducation et à la culture qui nous entrainent au-delà de nous-même, nous aident à nous aimer et à grandir. (Utopia)


Ciné-club CGR : mercredi 31 19h50, jeudi 1er 13h30, vendredi 2 15h45, samedi 3 17h50, lundi 5 11h

 Menina

Réalisé par Cristina PINHEIRO
France 2017 1h37mn
avec Naomi Biton, Nuno Lopes, Beatriz Batarda, Thomas Brazete, Sarah-Lou Verlhac, Camille Constantin...
Scénario Cristina Pinheiro, Laura Piani et Ghislain Cravatte

Voilà un film qui réconciliera toutes les générations tout en ne prenant pas les enfants pour des quiches à coups de clichés un peu trop guimauves. Menina parle de sujet graves (le racisme, la maladie, les difficultés familiales) à regard et hauteur d'enfant, avec légèreté et humour. La très jolie première scène est assez emblématique : nous sommes au printemps 1979, au bord de la Méditerranée, dans la commune populaire de Port Saint Louis du Rhône, au cœur d'une famille d'origine portugaise, alors que depuis la fin des années 60, la misère au pays et la dictature de Salazar ont conduit des milliers de Portugais à chercher refuge et travail en France. Cette année-là, la communauté portugaise fête les 4 ans de la Révolution des œillets qui a déposé le dictateur. On boit en chantant des chansons révolutionnaires, on laisse s'exprimer la nostalgie du pays (la fameuse saudade)… Mais pour les enfants, majoritairement nés en France, et notamment pour Luisa, 10 ans, c'est juste une fête au bord de la mer, dans ce cadre à la fois chiche et idyllique fait de cabanons exigus posés au bord de l'eau. Luisa vit entre son père Joao qui travaille beaucoup et boit presque autant, cachant peut être quelque secret, et sa mère Leonor qui tient avec fermeté et parfois dureté la maison. Et puis il y a Pedro le fils déjà adulte, qui veut profiter de la vie en France et se trouve souvent en conflit avec le père.

Menina (la fille en portugais) est largement autobiographique et raconte avec tendresse, drôlerie et poésie, la complexe construction de l'identité d'une petite fille qui a parfois honte de ses parents trop portugais et qui se demande sans cesse si elle doit choisir entre ses deux cultures, dans un pays où les Portugais, même s'ils ont été reçus à bras ouverts, sont parfois victimes de petites vexations racistes. Cristina Pinheiro, réalisatrice autrefois actrice, qui connaît bien le sujet pour l'avoir vécu, observe avec compréhension les deux parents torturés par leurs contradictions, notamment le père, magnifiquement incarné par Nuno Lopes, ancien militant incompris, ouvrier qui s'est tué probablement à la tâche et qui aujourd'hui cache sa maladie et noie surtout son terrible mal du pays dans l'alcool. On retiendra cette scène magnifique dans laquelle, ivre mort, il retourne la maison pour retrouver son passeport dans l'idée de rentrer immédiatement au Portugal. Face à lui, Beatriz Batarda (actrice pour le grand Manœl de Oliveira) incarne superbement la dureté et la fierté des femmes qui ont tenu à bout de bras le foyer familial pour maintenir coûte que coûte la réputation. Bien sûr Menina bouleversera tous les spectateurs d'origine portugaise quel que soit leur âge, qui y verront leur propre destin ou celui de leurs parents ou grands-parents. Mais il touchera aussi toutes celles et ceux dont les familles se sont battues envers et contre tout pour trouver leur voie, parfois difficilement, dans la France d'aujourd'hui. Il y a des accents loachiens ou dignes de Robert Guédiguian dans cette chronique de Cristina Pinheiro.


Soirée CGR "Enfance innocente ?" le dimanche 11 février 20h30

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Au(x) cinéma(s) du 24 au 30 janvier 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Tout d'abord Entretoiles a beaucoup d'événements à vous annoncer et vous proposer :
1) ce dimanche 28 janvier à 20h30 En attendant les Hirondelles De Karim Moussaoui, qui nous trace 3 parcours dans l'Algérie d'aujourd'hui, un film d'une fluidité étonnante. Ensuite nous attendons la confirmation de CGR mais
2) le dimanche suivant, 4 février, Lucky  de John Caroll Lynch, une chronique bouleversante, tendre et drôle sur la fin d'une vie, et
3) le dimanche 11 février ce serait une soirée sur le thème "Enfance innocente ?" avec I Am Not a Witch de Rungano Nyoni, un film très fort sur les prétendues sorcières de Zambie et Menina de Christina Pinheiro, un film qui parle de sujets graves avec légèreté. Ensuite, Entretoiles vous a préparé
4) un mini festival sur le thème Amérique du sud, dont nous vous reparlerons davantage, mais qui s'étalera sur 3 soirées les 23, 24 et 25 mars, avec 4 films. CGR proposera un pass pour les 4 films à 19€ pour les adhérents et 30€ pour les non adhérents. Cochez déjà les dates sur vos agendas !

Au CGR cette semaine, La Villa de Robert Guediguian, en ciné-club, des comptes de famille réparateurs et hors ciné-club en VF, hélas, Pentagon Papers, un film puissant sur l'indépendance de la presse de Steven Spielberg.

Au Vox à Fréjus, vous pouvez voir Les heures sombres de Joe Wright (aussi au Luc et à Cotignac), un film passionnant et exaltant, Fortunata de Sergio Castellitto, un film débordant d'énergie, Certaines Femmes de Kelly Reichardt, où le quotidien devient bouleversant, Un homme intègre de Mohamed Rasoulof (aussi à Cotignac), un formidable thriller tendu : on est tenu en haleine jusqu'au dénouement, et Barbara de Mathieu Amalric, un moment de poésie pure.

A Lorgues L'Échappée belle de Paolo Virzi, un joli film doux amer, L'Échange des princesses de Marc Dugain, un beau film historique et très bien joué, Le Rire de madame Lin de Zhang Tao, sur le problème universel de la grande vieillesse et El Presidente de Santiago Mitre (que nous vous proposons au mini festival Amérique du Sud), une exploration réjouissante de la sphère du pouvoir.

À Salernes, ce sera Prendre le large de Gaël Morel, un film touchant et sincère.

Les prochains films ciné club au CGR seront : Marvin ou la belle éducation, Les Gardiennes et La Promesse de l'aube : que du bonheur !

Bonne semaine de cinéma ! Profitez bien de tous ces films.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

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PROGRAMMATION DU 24 AU 30 JANVIER 2018

 

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En attendant les Hirondelles
Réalisé par Karim MOUSSAOUI
Algérie 2017 1h53mn VOSTF
avec Mohamed Djouhri, Sonia Mekkiou, Mehdi Ramdani, Nadia Kaci, Hania Amar...
Scénario de Karim Moussaoui et Maud Ameline
Trois histoires liées par un fil ténu, trois parcours différents qui se tracent dans l’Algérie contemporaine comme pour en définir les contours. Un road movie qui serpente entre paysages ruraux, zone urbaine et même bidonvilles, embrassant ainsi une réalité diverse et complexe. Un territoire en fusion sous une croute sédentaire où la vie bouillonnante qui bourgeonne ne demande qu’à exploser. Ce qui relie les protagonistes entre eux est intangible et ils ne seront pas amenés à se rencontrer. Tous trois sont à une croisée de chemins, aux prises avec des systèmes de valeurs parfois incompatibles. Chacun attend son printemps ou doit le provoquer. Car tous trois tiennent entre leurs mains leur destin et ont toute latitude pour le faire basculer dans un sens ou dans un autre. On est loin d’être dans un pays inerte ou soumis, qui serait accablé sous le poids des traditions ou de son histoire coloniale... lire la suite
CGR : Soirée Entretoiles dimanche 28 janvier à 20h30
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La Villa
Réalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2017 1h47mn
avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Gérard Meylan, Robinson Stévenin...
Scénario de Robert Guédiguian et Serge Valetti
Nous voilà plongés une nouvelle fois au cœur de l’Estaque, à prendre son pouls, à respirer son souffle. Si les ingrédients sont les mêmes, ne croyez pas pour autant que Robert Guédiguian va nous servir du déjà vu, du surgelé, du réchauffé. C’est comme en cuisine : regardez la multitude de plats qu’on peut faire avec simplement du beurre et de la farine. Entre la pâte feuilletée, la brioche, les choux, les crêpes… il y a un monde. Entre À la vie à la mort, Marius et Jeannette… et aujourd’hui La Villa… également. Mis bout à bout ils forment comme une chronique sur les idéaux d’une génération, leur confrontation avec un monde en mutation... lire la suite
CGR ciné club : mercredi 24 22h30, jeudi 25 19h45, vendredi 26 17h50, samedi 27 et mardi 30 14h, lundi 29 11h
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Pentagon Papers
Réalisé par Steven SPIELBERG
USA 2017 1h55mn en VF uniquement
avec Meryl Streep, Tom Hanks, Alison Brie, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Carrie Coon, Jesse Plemons, Matthew Rhys...
Scénario de Liz Hannah et Josh Singer
Dans la veine de son excellent Le Pont des espions, Steven Spielberg se consacre ici à ce qui est presque devenu un genre à part entière dans le grand cinéma américain classique : le film sur la presse, sur la grandeur et la nécessité du travail des journalistes qui, pour peu qu'ils soient indépendants et conscients de l'importance de cette indépendance, sont régulièrement amenés à jouer un rôle essentiel dans la bonne marche de la démocratie. Le titre original de Pentagon papers est d'ailleurs le nom d'un journal : The Post, diminutif pour The Washington Post, celui-là même qui révéla, quelques années après les faits relatés dans Pentagon papers, le scandale du Watergate. Ce qui amène évidemment à faire référence à un des films emblématiques du genre qui nous occupe : Les Hommes du président d'Alan Pakula, avec le duo mythique Woodward - Redford et Bernstein - Hoffman. Mais on pense aussi au plus récent et formidable Spotlight, dont le titre reprenait l'intitulé de l'équipe d'investigation du Boston Globe, au centre de l'intrigue... lire la suite
CGR : tous les jours à 10h45, 13h30, 15h40 et 20h en VF seulement
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Les heures sombres
Réalisé par Joe WRIGHT
GB 2017 2h05mn
avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Stephen Dillane, Lily James, Ben Mendelsohn, Ronald Pickup, Samuel West...
Scénario d'Anthony McCarten
On se souvient, bien sûr, de l'intervention quasi prophétique de Churchill qui, à l'époque, lança en plein parlement britannique sa fameuse apostrophe : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! » Et la guerre, ce fut pour sa pomme, à lui tout seul, Winston, alors que tous en Europe se carapataient face à Hitler à coup d'armistices foireux. Alors, me direz vous chères spectatrices, que furent ces vingt jours en Mai qui décidèrent de l'avenir de la démocratie en Europe ? Une chose, par delà les années, reste frappante. Lâché par tous ses alliés du continent, lâché par les élites anglaises fortunées qui l'entouraient, notre ami Winston ne put s'appuyer à l'époque que sur un sondage d'opinion (déjà) du New Chronicle News montrant que les seuls partisans d'une lutte à mort contre le nazisme et Hitler étaient les membres de groupes de revenus inférieurs et les jeunes de 21 à 30 ans… mais aussi sa femme, pétillante autant qu'aimante conseillère qui partageait son sens de l'humour... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 VF 15h30 VO 18h10, jeudi 25 VF 13h40, vendredi 26 VF15h50 VO 20h45, samedi 27 VF 15h40, dimanche 28 VF 13h40, VO 18h15, mardi 30 VF 15h45
Cotignac : vendredi 26 VF 18h VO 20h30
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Fortunata
Réalisé par Sergio CASTELLITO
Italie 2017 1h43mn VOSTF
avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi, Hanna Schygulla...
Scénario de Margaret Mazzantini
Télérama titrait au moment du Festival de Cannes : « Fortunata, portrait solaire d’une Antigone moderne »… On approuve : Jasmine Trinca dans le rôle titre crève l’écran, littéralement lumineuse, un tourbillon de vie et de sensualité. Elle porte le film, à la manière de son personnage, Fortunata, qui porte son entourage sur ses jolies épaules tout en vacillant parfois sur ses talons hauts qui ripent sur les pavés de Rome, ceux du quartier de Torpignattara dans lequel Pasolini tourna jadis Mamma Roma… La première scène, dont on vous laisse la surprise, donne allègrement le ton, par un décalage spatiotemporel délicieux, une chorégraphie que Beethoven aurait peiné à imaginer à son époque. Ne sortez pas de la salle, cela se passe bien en Italie ! Puis on découvre Fortunata, pressée, toujours pressée, parce qu’elle se démène, qu’elle doit survivre... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 13h40, 18h15; 20h45, jeudi 25 16h05, 18h15, 20h30, vendredi 26 13h40, 18h15, 20h45, samedi 27 13h40, 20h45, dimanche 28 16h05, 20h45, lundi 29 13h40, 15h50, mardi 30 13h40, 20h30
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Un homme intègre
Écrit et réalisé par Mohamed RASOULOF
Iran 2017 1h57mn VOSTF
avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi, Missagh Zareh...
Festival de Cannes 2017 : Grand Prix Un certain regard
Les mollahs à la triste figure voudraient sans doute nous faire oublier à quel point l’Iran est un grand pays de libre-penseurs, d’artistes aussi audacieux que talentueux. Et c'est particulièrement vrai pour ses cinéastes, qu'on admire d'autant plus qu'ils savent ce qu'ils risquent en bravant la censure. Si vous avez pu ignorer un ou deux films récemment, il faut d'urgence voir ce magistral Un homme intègre et signer la pétition en ligne sur change.org afin de soutenir son réalisateur Mohamed Rasoulof qui risque six ans de prison dans son pays et vient de se voir confisquer son passeport. Il vous sautera aux yeux que ce thriller tendu, de haute tenue, est une œuvre éminemment politique, qui offre une une analyse terriblement lucide et décapante des dessous d’une société où il n’existe guère d’autre alternative que d’être oppresseur ou opprimé, corrupteur ou corrompu... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 27 18h15, dimanche 28 15h25, lundi 29 20h20, mardi 30 18h10
Cotignac :jeudi 25 20h30
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Certaines Femmes
Écrit et réalisé par Kelly REICHARDT
USA 2016 1h47mn VOSTF
avec Laura Dern, Michelle Williams, Kristen Stewart, Lily Gladstone, Jared Harris, James LeGros...
D'après trois nouvelles de Maile Meloy
Laura est avocate. Tous les jours, elle reçoit la visite d'un type paumé, Fuller, dont la vie part en vrille à la suite d'un accident du travail pour lequel il voudrait faire reconnaître la responsabilité de son employeur. Laura est la maîtresse de Ryan, un homme marié. Gina, la femme de Ryan, souhaite construire sa maison avec les pierres présentes sur le terrain d’un vieil homme. En compagnie de son mari, elle rend visite à ce dernier et tente de le convaincre. Ryan n'est d'aucune aide. Cette négociation est une nouvelle fois révélatrice du fossé qui s'est creusé dans leur couple. Jamie, une jeune femme solitaire, travaille dans un ranch. Lors d'un cours du soir, elle tombe sous le charme de Beth, une jeune avocate harassée par les kilomètres qu'elle doit parcourir pour faire classe... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 20h45, jeudi 25 18h, vendredi 26 13h40, samedi 27 16h
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Le Rire de madame Lin
Écrit et réalisé par Zhang TAO
Chine 2016 1h22mn VOSTF
avec Yu Fengyuan, Li Fengyun, Chen Shilan, Pan Yun...
« En 1953, le cinéaste japonais Yasujiro Ozu réalisait Le Voyage à Tokyo et montrait l’extrême dignité d’un père. En 2016, un jeune réalisateur chinois semble répondre au maître en nous montrant la grandeur d’une mère chinoise dont la force mérite le plus grand respect. » Wong Kar-Wai Dans un village de la province de Shandong, à l’est de la Chine, une vieille paysanne fait une chute. Immédiatement ses enfants en profitent pour la déclarer inapte et entreprennent, sans lui demander son avis, de la faire admettre dans un hospice. Mais il faut attendre qu’une place se libère et d’ici là, la grand-mère devra séjourner chez un de ses enfants. En fait elle passe de la maison de l’un à la maison de l’autre puisqu’aucun ne veut la prendre en charge. Elle voyage ainsi de famille en famille, tandis que sa santé décline, tandis que ses rapports avec ses proches se dégradent… lire la suite
Lorgues : samedi 27 16h15, dimanche 28 20h15, lundi 29 21h20
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L'Échappée belle
Réalisé par Paolo VIRZI
USA/Italie 2017 1h52mn VOSTF
avec Helen Mirren, Donald Sutherland, Christian McKay, Janel Moloney, Dana Ivey, Dick Gregory...
Scénario de Francesca Archibugi, Francesco Piccolo, Stephen Amidon, Paolo Virzi, d'après le roman de Michael Zadoorian Le Cherche-bonheur
The Leisure seeker, titre que l’on pourrait traduire par « le cherche-bonheur », c’est le nom du camping-car d’Ella et John Spencer, qu’ils ont acheté, on l’imagine, au tout début de leur histoire commune, quand la famille s’écrivait : jeune couple avec deux enfants. Ce camping-car, c’était bien plus qu’un simple moyen de locomotion pour transporter la petite tribu le temps des vacances. C’était la promesse du bon temps, des petits moments de bonheur partagés, ces choses futiles qui riment à trois fois rien quand on les vit dans l’instant et qui reviennent en force, trésors chargés d'émotion, une fois que le temps a fait son boulot. Ce camping-car, John, en bon universitaire curieux, aimait qu’il les emmène vers les paysages tout neufs et les rencontres impromptues tandis que Jane, plus casanière, l’adorait surtout quand il la ramenait vers les endroits familiers où elle prenait plaisir à renouer avec ses habitudes... lire la suite
Lorgues : mercredi 24 19h, samedi 27 20h10, dimanche 28 18h, lundi 29 17h
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L'Échange des princesses
Réalisé par Marc DUGAIN
France 2017 1h40mn
avec Lambert Wilson, Anamaria Vartolomei, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Juliane Lepoureau, Igor Van Dessel, Kacey Mottet Klein, Andréa Ferreol, Maya Sansa...
Scénario de Marc Dugain et Chantal Thomas, d'après son roman
Étrangement, il y a quelque chose de très actuel dans ce film qui nous parle d’un temps pourtant lointain. Nous sommes en 1721, à la cour de Louis XV, qui n’a pas encore atteint l’âge de régner. Les enfants d’alors, s’ils ne connaissent pas le privilège d’être ballotés entre deux divorcés, sont déjà les enjeux de stratégies décidées par leurs aînés. Bien loin des contes de fées où l’amour tombe à pic sous l’apparence d’un sémillant prince, invariablement charmant, les héritières de l’époque sont monnayables à merci. Née princesse, pas encore femme, on peut-être mariée à tout instant pour perpétuer une dynastie et renforcer la puissance d’un royaume. Et les rejetons mâles sont à peine mieux lotis... lire la suite
Lorgues : mercredi 24 17h et dimanche 28 16h
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El Presidente
Réalisé par Santiago MITRE
Argentine 2017 1h54mn VOSTF
avec Ricardo Darín, Dolores Fonzi, Erica Rivas, Christian Slater, Elena Anaya, Alfredo Castro...
Dans le magnifique palais de la Casa Rosada à Buenos Aires, on pénètre à pas de velours, par la porte de service, en se faufilant derrière les employés de maison. Un univers feutré où chacun s’affaire dans les coulisses du pouvoir, rouage d'un mouvement perpétuel infernal à filer le tournis. L’on chuchote, l’on murmure… Si quelques-voix s’élèvent, c’est pour mieux entourer le nouveau Président de la République pris dans le tourbillon de cette ruche humaine – à moins que ce ne soit un véritable guêpier ? S’il n’est élu que depuis six mois, celui qui s’est forgé la réputation d’un homme du peuple « normal » pour mieux séduire n’en est pas moins un animal politique aguerri, à l’œil perçant et à l’intelligence acérée. Hernan Blanco (Ricardo Darin, impressionnant), sans avoir à élever la voix, en impose immédiatement. Ses silences retenus, ses sourires énigmatiques, son regard impénétrable font de lui un adversaire au charisme et au sang froid redoutables. Tout cela, les chefs d’états qu’il s’apprête à rencontrer ne le devinent pas encore... lire la suite
Lorgues : mercredi 24 21h10, samedi 27 18h, lundi 29 19h10
Affiche
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Prendre le Large
Réalisé par Gaël MOREL
France/Maroc 2017 1h43mn
avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri, Ilian Bergala, Lubna Azabal...
Scénario de Gaël Morel, Rachid O. et Yasmine Louati
« Je ne suis pas certaine que vous ayez intérêt à à partir là-bas… » C'est une responsable des ressources humaines pour le moins perplexe et dissuasive qui accueille le choix d'Edith d'accepter un reclassement au Maroc au lieu de toucher ses avantageuses indemnités de licenciement. « Je préfère travailler à Tanger qu'être au chômage ici ! » insiste pourtant l'ouvrière de 45 ans dont l'atelier de textile va bientôt fermer ses portes, le groupe pour lequel elle travaille depuis bien longtemps poursuivant sa logique de délocalisation. Tel est le point de départ de Prendre le large et il rappellera à nos spectateurs assidus celui de Crash test Aglaé, allègre comédie sur fond de mondialisation sortie cet été : et il est étonnant de voir comment une situation similaire peut donner naissance à deux films à ce point différents ! Gaël Morel nous donne ici une chronique délicate sur les différences culturelles et l'humanité commune, en même temps qu'un émouvant portrait de femme auquel Sandrine Bonnaire apporte son talent et son intensité... lire la suite
Salernes : lundi 29 18h et mardi 30 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 En attendant les Hirondelles

 

 

Réalisé par Karim MOUSSAOUI
Algérie 2017 1h53mn VOSTF
avec Mohamed Djouhri, Sonia Mekkiou, Mehdi Ramdani, Nadia Kaci, Hania Amar...
Scénario de Karim Moussaoui et Maud Ameline

Trois histoires liées par un fil ténu, trois parcours différents qui se tracent dans l’Algérie contemporaine comme pour en définir les contours. Un road movie qui serpente entre paysages ruraux, zone urbaine et même bidonvilles, embrassant ainsi une réalité diverse et complexe. Un territoire en fusion sous une croute sédentaire où la vie bouillonnante qui bourgeonne ne demande qu’à exploser. Ce qui relie les protagonistes entre eux est intangible et ils ne seront pas amenés à se rencontrer. Tous trois sont à une croisée de chemins, aux prises avec des systèmes de valeurs parfois incompatibles. Chacun attend son printemps ou doit le provoquer. Car tous trois tiennent entre leurs mains leur destin et ont toute latitude pour le faire basculer dans un sens ou dans un autre. On est loin d’être dans un pays inerte ou soumis, qui serait accablé sous le poids des traditions ou de son histoire coloniale. Il est tout au contraire vibrant, libre, même s’il hésite encore entre la sécurité de la raison et le piquant de la folie. Il est le terreau d’un peuple en pleine mutation intérieure, à l’instar des trois personnages principaux qui espèrent secrètement un renouveau et devront le construire en bazardant les vestiges de leur passé.

Le premier volet s’ouvre sur le visage buriné de Mourad, sexagénaire bien campé dans la vie… Son Algérie à lui, c’est celle de la capitale, des affaires avec lesquelles il a su s’enrichir. Existence cossue conventionnelle, un trip marital qui ne semble plus trop le faire vibrer, mais avec lequel il compose, ainsi qu’avec son passif de divorcé. Il est moins aisé de se libérer de sa progéniture que de son ex-épouse. Et il se trouve que cette dernière le tanne pour qu’il sermonne leur fils qui veut renoncer à ses études de médecine… Personne ne parvient à infléchir la position du grand dadais déraisonnable. Le recours à la figure paternelle, qui en impose, semble l’ultime recours. C’est qu’en terme de sens moral, de devoir, de bon sens, Mourad est exemplaire… C’est alors que va se produire devant ses yeux un incident inattendu qui ébranlera ses convictions et surtout la belle image qu’il s’est construite de lui-même. Il pourrait ne rien dire, essayer d’oublier… Mais la honte, va le rattraper, le sentiment d’avoir trahi ce qu’il a mis une vie à construire et à défendre…
Le second volet offre un autre éclairage sur la première histoire. Voilà Aïcha, jeune femme bien déterminée à se faire une belle vie, en partance vers le village de ses noces délibérément consenties, en compagnie de son père. Pris d’un mal de bide bien peu opportun, ce dernier sera contraint de laisser le temps une soirée sa fille entre les mains du jeune chauffeur qui les conduit. Il s’avère vite que les deux se connaissent plus que le paternel n’aurait imaginé. Voilà notre héroïne tiraillée entre passion et raison, éternel leitmotiv réellement insoluble, aucun choix n’étant complètement épanouissant.

C’est l’histoire de Dahman qui offre sa conclusion au film. Ce médecin radiologue reconnu, alors qu’il s’apprête à suivre de près la construction d’un nouvel hôpital, va être rattrapé par les fantômes d’une tranche de vie qu’il a tout fait pour oublier. Malgré son statut de victime, il devra se poser la question de sa responsabilité durant la « sale guerre » qui opposa à partir de 1992 les islamistes au pouvoir militaire, semant la terreur, faisant en dix ans plus de 200 000 morts et 30 000 disparus…
Pour son premier film, Karim Moussaoui réussit une œuvre d’une fluidité étonnante malgré un propos dense et ambitieux, qui aurait pu vite tourner à vide mais dont il maîtrise subtilement chaque rouages avec une grande intelligence. (Utopia)


CGR : Soirée Entretoiles dimanche 28 janvier à 20h30

Pentagon Papers
Pentagon Papers : Photo Meryl StreepRéalisé par Steven SPIELBERG
USA 2017 1h55mn en VF uniquement
avec Meryl Streep, Tom Hanks, Alison Brie, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Carrie Coon, Jesse Plemons, Matthew Rhys...
Scénario de Liz Hannah et Josh Singer

 

 

Dans la veine de son excellent Le Pont des espions, Steven Spielberg se consacre ici à ce qui est presque devenu un genre à part entière dans le grand cinéma américain classique : le film sur la presse, sur la grandeur et la nécessité du travail des journalistes qui, pour peu qu'ils soient indépendants et conscients de l'importance de cette indépendance, sont régulièrement amenés à jouer un rôle essentiel dans la bonne marche de la démocratie. Le titre original de Pentagon papers est d'ailleurs le nom d'un journal : The Post, diminutif pour The Washington Post, celui-là même qui révéla, quelques années après les faits relatés dans Pentagon papers, le scandale du Watergate. Ce qui amène évidemment à faire référence à un des films emblématiques du genre qui nous occupe : Les Hommes du président d'Alan Pakula, avec le duo mythique Woodward - Redford et Bernstein - Hoffman. Mais on pense aussi au plus récent et formidable Spotlight, dont le titre reprenait l'intitulé de l'équipe d'investigation du Boston Globe, au centre de l'intrigue. Et comme en l'occurence il n'y a pas de hasard, l'un des scénaristes de Pentagon papers, Josh Singer, a également co-écrit Spotlight avec le réalisateur Tom McCarthy !

Les « Pentagon papers » (Papiers du Pentagone), c'est l'équivalent seventies de Wikileaks et autres Panama ou Paradise Papers actuels, et le précurseur du Watergate qui allait exploser trois ans plus tard : un des scoops les plus fondamentaux du journalisme américain, la publication en 1971, d'abord par le New York Times et ensuite par le Washington Post, de documents classés « secret défense » – exfiltrés par Daniel Ellsberg, expert militaire et lanceur d'alerte avant la lettre, qualifié à l'époque d'« homme le plus dangereux d'Amérique » par le sinistre Henry Kissinger – qui détaillaient les relations entre les Etats-Unis et le Vietnam de 1945 à 1967 et qui démontraient clairement que les hauts dirigeants américains, et plus spécifiquement les présidents Johnson et Nixon, savaient que la guerre du Vietnam, délibérément étendue et intensifiée, était un bourbier tragiquement ingagnable et avaient sciemment menti au Congrès et au public sur l’avancement de cette guerre.
La publication de ces documents entraîna une féroce réaction du gouvernement américain qui chercha par tous les moyens à museler les journalistes, ces « fils de putes » comme n'hésitait pas à les désigner Richard Nixon. Devant le refus d'obtempérer du New York Times et du Washington Post, l'affaire remonta jusqu'à la Cour Suprême qui donna timidement raison aux artisans d'une presse libre.

Autre aspect essentiel du film, il se trouve que le Washington Post était à l'époque dirigé par Katharine Graham (Mery Streep), la toute première femme à occuper le poste de directrice de la publication d'un grand journal américain. On imagine sans peine à quel point sa position était délicate et le niveau de courage dont elle a dû faire preuve pour faire face à la situation. Le duo explosif qu'elle forme avec Ben Bradlee, son rédacteur en chef (Tom Hanks, qui reprend donc le rôle joué par Jason Robards dans Les Hommes du président) est un des atouts du récit. (Utopia)


CGR : tous les jours à 10h45, 13h30, 15h40 et 20h en VF seulement

Les heures sombres
Les heures sombres : Photo Gary OldmanRéalisé par Joe WRIGHT
GB 2017 2h05mn
avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Stephen Dillane, Lily James, Ben Mendelsohn, Ronald Pickup, Samuel West...
Scénario d'Anthony McCarten

Il est de tradition à Utopia que l'on vous déniche pour l'an nouveau un film qui trouve joliment à s'incarner dans cette période de fête. C'est chose faite en cet an de grâce 2018 avec ces Heures sombres, qui malgré les moments terribles qu'elles évoquent, sont curieusement dignes d'un véritable conte de Noël.
On reste en effet confondu de bonheur devant une histoire qui aurait pu être mise en scène par Frank Capra lui-même, dont on se souvient du merveilleux La Vie est belle. Et pourtant, classer au rayon des contes de fées ce récit qui se déroula sur deux ou trois semaines en Mai 1940 pourrait passer pour une très mauvaise blague, tant elles furent marquées par le bruit et la fureur, mais aussi par la personnalité d'un homme qui tenait plus, selon la légende, d'un bouledogue que d'un aimable gentleman. D'ailleurs Lady Litton, une bonne copine libérale et féministe avec qui, hier encore, je prenais le thé au château de Downtown Abbey, m'avouait que lorsqu'elle avait rencontré Winston pour la première fois, elle avait vu d'emblée tous ses défauts, avant de passer le reste de sa vie à admirer ses qualités et son humour.

Vous l'avez deviné, chères spectatrices, ce Winston dont cause notre lady est ce Churchill qui encombra nos livres d'histoire au delà du raisonnable mais qui, dans ces heures sombres, se contente d'un petit tour à l'écran et puis s'en va, à l'issue de quelques jours qui suivirent sa nomination comme premier ministre en Mai 1940. Un petit tour, mais quel petit tour ! Qui le vit alors prendre en main, seul contre tous, un pouvoir dont personne ne voulait plus, après l'impayable parcours politique d'un Chamberlain partisan obstiné d'une politique d'apaisement avec Hitler qui l'avait conduit à signer les désastreux accords de Munich. On se souvient, bien sûr, de l'intervention quasi prophétique de notre homme Winston qui, à l'époque, lança en plein parlement britannique sa fameuse apostrophe : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! » Et la guerre, ce fut pour sa pomme, à lui tout seul, Winston, alors que tous en Europe se carapataient face à Hitler à coup d'armistices foireux.
Alors, me direz vous chères spectatrices, que furent ces vingt jours en Mai qui décidèrent de l'avenir de la démocratie en Europe ? Une chose, par delà les années, reste frappante. Lâché par tous ses alliés du continent, lâché par les élites anglaises fortunées qui l'entouraient, notre ami Winston ne put s'appuyer à l'époque que sur un sondage d'opinion (déjà) du New Chronicle News montrant que les seuls partisans d'une lutte à mort contre le nazisme et Hitler étaient les membres de groupes de revenus inférieurs et les jeunes de 21 à 30 ans… mais aussi sa femme, pétillante autant qu'aimante conseillère qui partageait son sens de l'humour.

Comment notre homme Winston réussit-il à sauver l'armée britannique coincée à Dunkerque, comment le parlement finit-il par capituler devant la furia churchillienne ? La réponse est sans doute dans cette phrase : « On ne négocie pas avec un tigre quand on a la tête dans sa gueule » et sans doute aussi dans cette curieuse anecdote rapportée par De Gaulle dans ses Mémoires de Guerre et qui scella entre deux stations de métro londonien le destin d'un Hitler jusque là victorieux. Tout cela est montré dans ce film passionnant et exaltant, remarquablement écrit et mené, et interprété au-delà de tous les qualificatifs par un Gary Oldman époustouflant. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 VF 15h30 VO 18h10, jeudi 25 VF 13h40, vendredi 26 VF15h50 VO 20h45, samedi 27 VF 15h40, dimanche 28 VF 13h40, VO 18h15, mardi 30 VF 15h45
Cotignac : vendredi 26 VF 18h VO 20h30 


Fortunata
Fortunata : Photo Jasmine Trinca, Nicole CentanniRéalisé par Sergio CASTELLITO
Italie 2017 1h43mn VOSTF
avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi, Hanna Schygulla...
Scénario de Margaret Mazzantini

Télérama titrait au moment du Festival de Cannes : « Fortunata, portrait solaire d’une Antigone moderne »… On approuve : Jasmine Trinca dans le rôle titre crève l’écran, littéralement lumineuse, un tourbillon de vie et de sensualité. Elle porte le film, à la manière de son personnage, Fortunata, qui porte son entourage sur ses jolies épaules tout en vacillant parfois sur ses talons hauts qui ripent sur les pavés de Rome, ceux du quartier de Torpignattara dans lequel Pasolini tourna jadis Mamma Roma…

La première scène, dont on vous laisse la surprise, donne allègrement le ton, par un décalage spatiotemporel délicieux, une chorégraphie que Beethoven aurait peiné à imaginer à son époque. Ne sortez pas de la salle, cela se passe bien en Italie ! Puis on découvre Fortunata, pressée, toujours pressée, parce qu’elle se démène, qu’elle doit survivre. On devine d’emblée que les seuls nantis qu’elle croise sont ceux qu’elle coiffe à domicile. Son métier semble avoir déteint sur elle, en la croisant dans la rue sans la connaître, on pourrait deviner qu’elle est coiffeuse. Ses cheveux un brin trop décolorés, ses robes cheap aux décolletés provocants. Tout dans son allure, malgré ses efforts pour paraître classe, révèle une appartenance à la grande famille des prolétaires… N’empêche, plus que n’importe quelle bourgeoise bien apprêtée, elle a du chien ! C’est d’une évidence criante. Elle est de celles que les hommes convoitent. D’ailleurs on comprend que pour dompter la belle l’un d’eux se soit empressé de l’engrosser, alors qu’elle découvrait à peine sa féminité, l’appel de ses désirs… Huit ans plus tard, le feu des sens éteint, la voilà flanquée d’un mari pas encore ex, un macho râblé comme tout dont elle ne parvient pas à se débarrasser, et d’une gosse espiègle et adorable, Barbara. Pour elle, elle donnerait tout. Elle déborde tellement d’amour qu’elle ne connaît plus les limites, la dorlote, la couve, lui permet de prendre un espace dans sa vie qui leur laisse à peine la possibilité d’exister, de respirer l’une sans l’autre. Elle sait si peu ce qu’est être mère, ni ne connaît les recettes pour le devenir.

Fortunata, loin d’avoir goûté à la fortune annoncée par son prénom, est une gamine qui a grandi trop vite, comme elle a pu, telle une jolie fleur sur le bitume aride. Et pour mieux s’en sortir, notre pétulante capillicultrice entreprend, avec son ami tatoueur déjanté, de monter un salon de coiffure… Pleine de courage et de gnaque, la voilà qui court de plus belle, d’immeuble en immeuble, de porte en porte, pour gagner l’argent nécessaire, tâchant de laisser Barbara entre de bonnes mains, essayant de lui faire comprendre que si elle galope si vite, c’est pour justement pouvoir se poser, être plus présente à l’avenir. Mais à huit ans, l’avenir est un mot bien lointain et Barbara ne voit que ce présent contrariant marqué par l’absence : celle de sa mère qui travaille trop, celle de son père qui oublie ses temps de garde… Alors, bouillonnante de colère, elle sème la zizanie, tant et si bien qu’à l’école on exige qu’elle consulte un psy… Voilà Fortunata en train de cavaler encore plus pour honorer ces nouveaux rendez-vous, bien décidée à ne pas se laisser impressionner par le praticien qui peut en un clin d’œil faire basculer sa vie et celle de sa mioche, même si, ma foi, il est bel homme…

C’est un film foutraque, débordant d’énergie, d’ironie, peuplé d’une galerie de personnages épiques, un véritable patchwork humain improbable. Aux Romains de souche se mêlent des ribambelles de Chinois, quelques bonnes sœurs, une Allemande théâtrale en train de perdre la boule (l’occasion si rare de revoir Hanna Schygulla à l’écran)… et j’en passe. Mais d’où qu’on vienne, dans ce quartier-là on s’accepte mutuellement et on avance la tête haute… (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 13h40, 18h15; 20h45, jeudi 25 16h05, 18h15, 20h30, vendredi 26 13h40, 18h15, 20h45, samedi 27 13h40, 20h45, dimanche 28 16h05, 20h45, lundi 29 13h40, 15h50, mardi 30 13h40, 20h30

 

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Au(x) cinéma(s) du 20 au 26 décembre 2017

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Au CGR  cette semaine, rien à se mettre sous la dent ! C'est la semaine de Noël, donc place aux enfants avec 3 films d'animation qui,valent le coup : Coco de Lee Unkrich, Drôles de petites bêtes de Antton Krings et Ernest et Célestine en hiver de Julien Chheng (Lorgues).
Sinon à Lorgues le documentaire de Depardon 12 Jours, grand film sur l'enfermement, la relativité de la folie et les limites de la justice, et Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine, un film attachant avec des acteurs exceptionnels (et au Luc)
A Salernes et au Luc, Le Brio une comédie dramatique où l’art de la rhétorique devient une source de suspense jubilatoire.

Au Vox La Villa le nouveau film de Guédiguian entre nostalgie et résignation, Lucky , dont le charme et la réussite  tiennent  à son incroyable acteur de 90 ans Harry Dean Stanton, Wonder de Stephen Chbosky, un film familial lumineux sur l'amour et l'estime de soi, et l'excellent Les gardiennes de Xavier Beauvois

Plusieurs choses à noter dans vos agendas pour le mois de janvier :
-1 soirée Entretoiles le dimanche 14 janvier avec Western de Valeska Grisebach et Détroit de Kathryn Bigelow (et bien sûr l'apéritif Entretoiles entre les 2) et une autre le 28 janvier avec En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui
- Un film proposé par Colibris le 9 janvier :  La terre et l'ombre
- Une conférence de France Inter le 19 janvier au CGR sur les bienfaits de la bienveillance le 19 janvier avec Christophe André
- Une projection organisée par Collectif Migrants Var Est.au CGR le 18 Janvier à 20h. 5€ +1€ le film sera suivi d 'un débat en présence de La réalisatrice."Sur la route d'Exarcheia" ,un film vivifiant, qui donne la pêche,
- en janvier les films ciné club au CGR seront : Bonhomme de neige de Tomas Afredson, Tout nous sépare de Thierry Kifa et La Villa de Robert Guédiguian

  Nous vous souhaitons à tous de bonnes fêtes de fin d'année. Nous ne ferons pas de mail la semaine prochaine et vous donnons donc rendez vous l'année prochaine le mercredi 3 janvier

Une dernière chose importante à noter : l'assemblée générale annuelle d'Entretoiles qui aura lieu le lundi 22 janvier à 17h30. Nous vous enverrons les convocations en début d'année !
 

Bonne semaine de cinéma ! Profitez bien de tous ces films.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 20 AU 26 DÉCEMBRE 2017

 

Affiche
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Coco
Réalisé par Lee Unkrich et Adrian Molina
Film d'animation USA 2017 1h45mn
Pour les enfants à partir de 6 ans
Oubliez les tombes grisâtres et les tristes pluies de la Toussaint. Au Mexique, le Jour des morts est une fête. Une débauche d’ornements somptueux et de teintes fleuries, un carnaval où la mort se pare du chatoiement de la vie. Dernier-né des studios Pixar, Coco prend sa source dans un trésor visuel de crânes, d’étoffes éclatantes et de créatures mythiques. De la petite ville de Santa Cecilia, toute de poussière dorée, où commence l’histoire, à la cité des morts, vision fantastique et baroque de l’au-delà, le film utilise magnifiquement la palette de couleurs et de formes qui lui est offerte. Hommage à la culture mexicaine, ce conte n’en est pas moins une pure création Pixar. Il brasse avec humour et mélancolie les thèmes qui, de Toy Story à Vice versa, finissent par former une grande fresque sur la famille, l’enfance, l’irréversibilité du temps, ce qui est perdu et ce qui persiste entre les êtres... lire la suite
CGR : tous les jours à 11h, 13h40 et 15h50
Le Luc : mercredi 20 à 9h30 et 14h, jeudi 21 à 14h15, vendredi 22à 9h15, samedi 23 et mardi 26 à 18h, dimanche 24 à 10h30
Cotignac : vendredi 22 à 18h et 20h30
Affiche
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12 Jours
Écrit et réalisé par Raymond DEPARDON
Documentaire France 2017  1h27mn
Les couloirs de l'hôpital, froids, impersonnels, anxiogènes, témoins muets des souffrances psychiques, des errances intérieures, du mal à vivre en paix, du mal à vivre ensemble. C'est ici que l'on mène par la main mais éventuellement par force des femmes et des hommes qui peuvent présenter un danger pour eux-même ou les autres, ou provoquer des troubles à l'ordre public, parfois tout cela en même temps.
Depuis la loi du 27 septembre 2013, les patients hospitalisés sans leur consentement dans les hôpitaux psychiatriques doivent être présentés à un juge des libertés et de la détention avant douze jours puis tous les six mois si nécessaire. Parce que la justice ne peut et ne veut se substituer ni à l'expertise psychiatrique ni aux soins, et parce qu'elle souhaite apporter la meilleure réponse à ces personnes, un juge doit donc évaluer, avant la fin des douze jours d'hospitalisation et en étroite collaboration avec les experts médicaux, si l'hospitalisation doit se poursuivre, s'arrêter, ou s'adapter...
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Le Vox : vendredi 22 à 20h
Affiche
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Le Brio
Réalisé par Yvan ATTAL
France 2017 1h35mn
avec Daniel Auteuil, Camelia Giordana, Yasin Houicha, Nozha Khouadra...
Scénario de Yaël Langmann, Victor Saint Macary, Yvan Attal et Bryan Marciano
C'est un type imbuvable qui pérore ce jour-là devant un amphi bourré à craquer, quand Neila Salah déboule, un poil en retard, pour la première heure de la première journée de sa première année dans la fac de droit d'Assas, bien connue pour ne pas être un repère de gauchistes. Depuis sa tribune, l'orateur ne la loupe pas et ironise à bon compte, apostrophant l'insolente qui ose perturber son cours pour cause de train de banlieue et métro pas raccord. Elle arrive de Créteil, elle n'a pas la langue dans sa poche et se prend en pleine figure les railleries d'un prof certes brillant, mais dont la réputation de provocateur cynique et raciste n'est plus à faire : son nom, ses vêtements... lire la suite
Salernes : vendredi 22 et samedi 23 à 20h30, mardi 26 à 18h
Le Luc : mercredi 20 à 18h30, vendredi 22 à 19h, samedi 23 à 21h et dimanche 24 à 16h
Affiche
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Drôles de petites bêtes
Réalisé par Antoon KRINGS et Arnaud BOURON
Film d'animation France / Luxembourg 2017 1h17mn VF
Scénario original d'Antoon Krings, Arnaud Delalande et Christel Gonnard, d'après les célèbres albums d'Antoon Krings. Pour les enfants à partir de 5 ans
Dans un jardin merveilleux vivent de drôles de petites bêtes. Elles ont élu domicile au milieu des tulipes, des roses, des jacinthes et des coquelicots. Il y a Mireille l'Abeille, Siméon le Papillon, Belle la Coccinelle, Camille la Chenille, Loulou le Pou et tous leurs amis… Tout au fond du jardin, Monsieur Citrouille, l'épouvantail, surveille le potager et Lulu la Tortue le cultive avec amour. Les rainettes donnent des concerts de coassements, le soir, dans l'étang, assises sur les feuilles des nénuphars et s'égaillent dans la fraîcheur des roseaux le jour venu. Il y a même une fée, Carole la Luciole, qui fait la fête avec les papillons de nuit ; et un lutin bien sûr, Benjamin, le chouchou de tous !... lire la suite
CGR : mercredi 20 à 11h15, 14h et 18h, samedi 23, dimanche 24, lundi 25 et mardi 26 à 11h15, 14h, et 16h10
Le Vox (Fréjus) : mercredi 20 à 14h15 et 16h15, samedi 23 à 13h40 et 15h35, dimanche 24 à 15h30, lundi 25 à 15h, mardi 26 à 13h40
Affiche
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Marvin ou la belle éducation
Réalisé par Anne FONTAINE
France 2017 1h53mn
avec Finnegan Oldfield, Gregory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Salée, Jules Porier, Catherine Mouchet, Charles Berling, Isabelle Huppert...
Scénario de Pierre Trividic et Anne Fontaine
Dans ce petit village des Vosges que la jeunesse fuit dès qu'elle a atteint l'âge de décider seule, dans cette famille de paysans bourrus et guère attentifs dont la vie ne fait pas rêver, Marvin semble, comme le vilain petit canard du conte, s'être trompé de couvée, résolument pas à sa place : joli comme un ange, trop aimable, trop tendre, il est une proie facile pour les balourds de sa classe qui lui imposent jour après jour harcèlements et plaisanteries douteuses d'ados frustrés et bas du front dans un contexte social qui ne pousse pas à la finesse. On dirait même que cette grâce presque féminine qui se dégage de ses moindres regards, ses moindres gestes, les excite, tout comme elle désole son père qui a un peu honte de ne pas avoir engendré un bon gros bagarreur primaire et buveur de bière, à l'image de ce qu'on attend d'un rejeton mâle dans ces coins-là, en ce temps-là... lire la suite
Le Luc : mercredi 20 à 20h30 et jeudi 21 à 18h30
Lorgues : mercredi 20 à 21h et vendredi 22 à 19h
Affiche
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Les Gardiennes
Réalisé par Xavier BEAUVOIS
France 2017 2h14mn
avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry, Cyril Descours, Olivier Rabourdin, Nicolas Giraud...
Scénario de Xavier Beauvois et Frédérique Moreau, d'après le roman d'Ernest Pérochon
Ernest Pérochon – quasiment oublié de nos jours alors même qu'un autre de ses romans, « Nêne », a obtenu le Prix Goncourt en 1921 – était un instituteur des Deux Sèvres qui, comme des millions d'hommes, fut mobilisé pendant la première Guerre Mondiale. Sa chance fut finalement d'être victime d'une crise cardiaque après qu'un ami fut frappé par un obus à ses côtés, ce qui lui permit d'être retiré du front et de commencer à se consacrer à l'écriture. C'est en 1924 qu'il écrivit Les Gardiennes, un roman en hommage à celles dont on parlait peu à propos de la Grande Guerre, alors que fleurissaient les mémoires des combattants : les femmes, qui avaient tenu à bout de bras, souvent dans des conditions à peine imaginables, la France des champs et des usines pendant que les hommes mobilisés mourraient par milliers dans les tranchées de Picardie ou de Lorraine... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :mercredi 20 à 13h40 et 18h, jeudi 21 à 16h et 20h, vendredi 22 à 13h40et 18h10, samedi 23 à 15h45 et 18h, dimanche 24 à 15h40, lundi 25 à 17h30 et mardi 26 à 15h45
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Wonder
Réalisé par Stephen Chbosky
USA 2017 1h51mn VOSTF
avec Julia Roberts, Owen Wilson, Mandy Patinkin, Jacob Tremblay...
Un film familial aussi enthousiasmant que lumineux sur l’amour et l’estime de soi. L’histoire de August Pullman, un petit garçon né avec une malformation du visage qui l’a empêché jusqu’à présent d’aller normalement à l’école. Aujourd’hui, il rentre en CM2 à l’école de son quartier. C’est le début d’une aventure humaine hors du commun. Chacun, dans sa famille, parmi ses nouveaux camarades de classe, et dans la ville tout entière, va être confronté à ses propres limites, à sa générosité de cœur ou à son étroitesse d’esprit. L’aventure d’Auggie finira par unir les gens autour de lui,On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux", selon le renard du Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry. Si cet adage n’est qu’une jolie formule pour les uns, il a une importance capitale pour d’autres, comme le jeune Auggie, personnage principal du roman Wonder, transposé à l’écran par l’écrivain, scénariste, producteur et réalisateur américain Stephen Chbosky... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 20 VF : 15h40, 20h30, jeudi 21 VF 16h15, 18h30 et VO 20h45, vendredi 22 VO 17h45 et VF 20h45, samedi 23 VF 16h35 et 20h45, dimanche 24 VF 13h40 et 17h50, lundi 25 VF 17h30 et VO 20h30, mardi 26 VO 18h et VF 20h45
Affiche
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La Villa
Réalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2017 1h47mn
avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Gérard Meylan, Robinson Stévenin...
Scénario de Robert Guédiguian et Serge Valetti
Nous voilà plongés une nouvelle fois au cœur de l’Estaque, à prendre son pouls, à respirer son souffle. Si les ingrédients sont les mêmes, ne croyez pas pour autant que Robert Guédiguian va nous servir du déjà vu, du surgelé, du réchauffé. C’est comme en cuisine : regardez la multitude de plats qu’on peut faire avec simplement du beurre et de la farine. Entre la pâte feuilletée, la brioche, les choux, les crêpes… il y a un monde. Entre À la vie à la mort, Marius et Jeannette… et aujourd’hui La Villa… également. Mis bout à bout ils forment comme une chronique sur les idéaux d’une génération, leur confrontation avec un monde en mutation... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 20 : 16h10 et 20h30, jeudi 21 à 18h35, vendredi 22 à 15h30 et 18h30, samedi 23 à 17h45 et 20h45, dimanche 24 à 17h30, lundi 25 à 15h et 20h30, mardi 26 à 15h45 et 20h45
Affiche
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Lucky
Réalisé par John Carroll LYNCH
USA 2017 1h28mn VOSTF
avec Harry Dean Stanton, David Lynch, Ron Livingston, Ed Begley Jr, Tom Skeritt, Beth Grant...
Scénario de Logan Sparks et Drago Sumonja
Une preuve de plus qu'un beau film peut se bâtir sur trois fois rien. Lucky, à partir de situations on ne peut plus ordinaires, traitées avec un flegme imperturbable, s'impose tranquillement comme une chronique aussi simple que bouleversante, aussi tendre que drôle sur la fin d'une vie. Il suffit, pour créer un univers et nous embarquer, d'un paysage : le désert californien, de quelques lieux : le bar vieillot et chaleureux, la maison précaire du héros, et surtout d'un acteur hors du commun : Harry Dean Stanton et ses plus de 90 ans au compteur au moment du tournage, son phrasé, sa démarche unique de cowboy sans cheval, ses expressions mi blasées mi ironiques... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 20 à 18h15, jedui 21 à 16h15, vendredi 22 à 13h40, samedi 23 à 18h30, dimanche 24 à 16h, mardi 26 à 18h30
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Ernest et Célestine en hiver
Réalisé par Julien CHHENG et Jean-Christophe ROGER
Film d'animation France 2016 48mn
Pour les enfants à partir de 3 ans
Est-il encore besoin de les présenter ? Ernest, le gros ours de Charabie qui aime jouer de la musique et manger de la confiture, et Célestine, la petite souris orpheline qu’il a recueillie chez lui. C’est avec une grande joie que nous retrouvons ces deux compères pour de nouvelles aventures placées sous le signe de l’hiver. Le dessin est toujours aussi beau, les couleurs délicates, le ton malicieux et sensible : un régal ! Bibi : par un jour de grand vent, Ernest et Célestine trouvent un œuf. Sous leurs yeux ébahis, un minuscule oison casse sa coquille et les adopte aussitôt. Durant tout l’été, ils prennent soin de Bibi qui grandit à vue d’œil. Il va bien falloir qu’il retrouve les siens pour la grande migration… lire la suite
Lorgues : samedi 23 à 16h55 et mardi 26 à 16h 


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 Coco

 

 

Réalisé par Lee Unkrich et Adrian Molina
Film d'animation USA 2017 1h45mn
Pour les enfants à partir de 6 ans

Oubliez les tombes grisâtres et les tristes pluies de la Toussaint. Au Mexique, le Jour des morts est une fête. Une débauche d’ornements somptueux et de teintes fleuries, un carnaval où la mort se pare du chatoiement de la vie. Dernier-né des studios Pixar, Coco prend sa source dans un trésor visuel de crânes, d’étoffes éclatantes et de créatures mythiques. De la petite ville de Santa Cecilia, toute de poussière dorée, où commence l’histoire, à la cité des morts, vision fantastique et baroque de l’au-delà, le film utilise magnifiquement la palette de couleurs et de formes qui lui est offerte. Hommage à la culture mexicaine, ce conte n’en est pas moins une pure création Pixar. Il brasse avec humour et mélancolie les thèmes qui, de Toy Story à Vice versa, finissent par former une grande fresque sur la famille, l’enfance, l’irréversibilité du temps, ce qui est perdu et ce qui persiste entre les êtres…

A Santa Cecilia vit une drôle de famille. Tous cordonniers, de génération en génération, depuis que Papi a plaqué Mamie pour aller pousser la chansonnette. A cause de cet ancien trauma, plus personne n’a le droit de produire la moindre note, le plus petit accord de guitare. Miguel, le petit dernier, est bien décidé à braver le tabou. Son aventure le mènera au monde de ses défunts ancêtres : une formidable mégapole de morts très vivants, de squelettes fantasques, attachants et cocasses. Les gags sont en grande partie assurés par le chien de Miguel, invraisemblable bâtard à la langue pensante. Et les délices du pastiche, par le croustillant latin lover à l’ancienne Ernesto de la Cruz et son tube : Ne m’oublie pas. Mais, comme dans une thérapie familiale, c’est de vérité, de mémoire, de résilience qu’il est question. Où la fête des morts est, avant tout, celle de la vie.

CÉCILE MURY dans Télérama


CGR : tous les jours à 11h, 13h40 et 15h50

12 Jours
Écrit et réalisé par Raymond DEPARDON
Documentaire France 2017  1h27mn

 

 

« De l’homme à l’homme vrai, le chemin passe par l’homme fou » Michel Foucault

Les couloirs de l'hôpital, froids, impersonnels, anxiogènes, témoins muets des souffrances psychiques, des errances intérieures, du mal à vivre en paix, du mal à vivre ensemble. C'est ici que l'on mène par la main mais éventuellement par force des femmes et des hommes qui peuvent présenter un danger pour eux-même ou les autres, ou provoquer des troubles à l'ordre public, parfois tout cela en même temps.

Depuis la loi du 27 septembre 2013, les patients hospitalisés sans leur consentement dans les hôpitaux psychiatriques doivent être présentés à un juge des libertés et de la détention avant douze jours puis tous les six mois si nécessaire. Parce que la justice ne peut et ne veut se substituer ni à l'expertise psychiatrique ni aux soins, et parce qu'elle souhaite apporter la meilleure réponse à ces personnes, un juge doit donc évaluer, avant la fin des douze jours d'hospitalisation et en étroite collaboration avec les experts médicaux, si l'hospitalisation doit se poursuivre, s'arrêter, ou s'adapter. C'est ce temps particulier dans le parcours judiciaire et médical des patients/justiciables que Raymond Depardon a choisi de filmer, cet instant bref et pourtant décisif où beaucoup de choses vont se jouer, sur un temps de dialogue très court.
C’est une humanité cabossée, en situation d’extrême faiblesse, que montre Depardon. Une employée d’Orange, parfaitement « normale » en apparence, laisse peu à peu percer sa détresse. Une toute jeune femme, élevée en foyers d’accueil, voudrait revoir sa fillette de deux ans. Un homme demande à la juge de tout faire pour rassurer son père alors qu’il l’a tué dix ans plus tôt… D’autres patients arrivent tout droit d’une chambre d’isolement, voire d’une unité de malades difficiles. La plupart ont le regard dans le vague, plus ou moins abrutis par les médicaments, pas toujours réceptifs aux propos du magistrat.

Filmant comme toujours au plus près des visages qui se crispent, qui se racontent malgré eux, qui souffrent et qui espèrent, Raymond Depardon raconte un domaine de la justice assez méconnu qui pose mille questions sur cette mission délicate de la protection, mais aussi sur la prise en charge de ces êtres parmi les plus fragiles de la société.
Quand la caméra ne filme pas les audiences, elle suit des silhouettes à la démarche incertaine, parfois désarticulées, errant dans des espaces trop petits aux murs trop froids et raconte aussi, à travers les lieux et les ambiances embrumées de la ville, toute la détresse et la solitude de la folie et de dépression. Souvent bouleversant, c'est un film essentiel et précieux pour mieux vivre ensemble. (Utopia)


Le Vox : vendredi 22 à 20h

Le Brio
Réalisé par Yvan ATTAL
France 2017 1h35mn
avec Daniel Auteuil, Camelia Giordana, Yasin Houicha, Nozha Khouadra...

C'est un type imbuvable qui pérore ce jour-là devant un amphi bourré à craquer, quand Neila Salah déboule, un poil en retard, pour la première heure de la première journée de sa première année dans la fac de droit d'Assas, bien connue pour ne pas être un repère de gauchistes. Depuis sa tribune, l'orateur ne la loupe pas et ironise à bon compte, apostrophant l'insolente qui ose perturber son cours pour cause de train de banlieue et métro pas raccord. Elle arrive de Créteil, elle n'a pas la langue dans sa poche et se prend en pleine figure les railleries d'un prof certes brillant, mais dont la réputation de provocateur cynique et raciste n'est plus à faire : son nom, ses vêtements… tout y passe et le gros lard s'en donne à cœur joie parmi les huées de quelques étudiants qui ne supportent plus son attitude cynique et méchante. Le professeur Pierre Mazard est un aigri, solitaire, qui frôle la fin de carrière en ruminant que la littérature n'est plus ce qu'elle était…

Il n'en est pas à son premier dérapage verbal, ce qui lui vaut d'être au bord de se faire éjecter de son poste. Convoqué par ses pairs pour s'expliquer, menacé de sanctions… Vient néanmoins à son secours son supérieur hiérarchique qui apprécie visiblement sa vaste culture : pour montrer qu'il n'est pas l'affreux jojo que tout le monde pense, que Mazard prenne donc sous son aile cette brunette de banlieue et la prépare au concours d'éloquence annuel. L'effet serait garanti si, cette année, une beurette remportait cette prestigieuse compétitions entre universités, faisant ainsi d'une pierre deux coups : éviter la sanction disciplinaire pour Mazard et redorer le blason de la fac d'Assas qui trimballe depuis toujours une piètre image.
Voilà donc que se rejoue sous nos yeux, transposé à notre époque et en plein quartier latin, un nouveau My fair lady sans Audrey Hepburn mais avec une Camelia Giordana qui se débat tout pareil entre la syntaxe et l'imparfait du subjonctif sous la houlette d'un phallocrate bien lourd qui vaut bien ses prédécesseurs dans son approche méprisante du petit peuple, particulièrement des femmes.
Et que croyez vous qu'il arriva ? Noël approche, ses chants de paix, ses scintillantes étoiles et ses rêves œcuméniques : Neila va s'illustrer dans ce concours d'éloquence qui permet au passage de vous rappeler qu'un autre film existe sur le sujet, documentaire celui-là, qu'il s'appelle A voix haute et qu'il vaut le détour.

Ce n'est pas de la dentelle, ce n'est pas la patte minutieuse de l'orfèvre qui travaille le détail… Le trait est large, les caractères drus… mais le rythme est enlevé, les duettistes ont du tempérament, les réparties sont saignantes, souvent drôles et parfois presque tendres, alors Le Brio emporte le morceau. « Intelligente, drôle et grave à la fois, cette comédie est une réponse tonique aux préjugés comme au politiquement correct. Le réalisateur est un môme de Créteil. Il ne se la raconte pas. » C'est Le Canard enchaîné qui l'écrit.(Utopia)


Salernes : vendredi 22 et samedi 23 à 20h30, mardi 26 à 18h
Le Luc : mercredi 20 à 18h30, vendredi 22 à 19h, samedi 23 à 21h et dimanche 24 à 16h


Drôles de petites bêtes
Réalisé par Antoon KRINGS et Arnaud BOURON
Film d'animation France / Luxembourg 2017 1h17mn VF
avec Sonita Alizadeh, ses amis, sa famille, et Rokhsareh Ghaemmaghami...
Scénario original d'Antoon Krings, Arnaud Delalande et Christel Gonnard, d'après les célèbres albums d'Antoon Krings. Pour les enfants à partir de 5 ans

Dans un jardin merveilleux vivent de drôles de petites bêtes. Elles ont élu domicile au milieu des tulipes, des roses, des jacinthes et des coquelicots. Il y a Mireille l'Abeille, Siméon le Papillon, Belle la Coccinelle, Camille la Chenille, Loulou le Pou et tous leurs amis… Tout au fond du jardin, Monsieur Citrouille, l'épouvantail, surveille le potager et Lulu la Tortue le cultive avec amour. Les rainettes donnent des concerts de coassements, le soir, dans l'étang, assises sur les feuilles des nénuphars et s'égaillent dans la fraîcheur des roseaux le jour venu. Il y a même une fée, Carole la Luciole, qui fait la fête avec les papillons de nuit ; et un lutin bien sûr, Benjamin, le chouchou de tous !
Quand Apollon, un grillon saltimbanque au grand cœur, arrive au village des Petites Bêtes, il ne tarde pas à perturber la vie du royaume, à la veille du Jubilé de Marguerite, la reine des abeilles. Entraîné malgré lui dans un complot fomenté par Huguette, la cousine de la reine, visant à s’approprier le trône, Apollon est accusé d’avoir enlevé la souveraine. Cette dernière est en réalité captive des Nuisibles, ennemis du royaume et complices d’Huguette. Apollon, aidé de Mireille l’abeille et de ses nouveaux amis, se lance alors dans une périlleuse mission. Pour libérer la reine et contrecarrer les plans diaboliques de sa traîtresse cousine, les Petites Bêtes devront braver bien des dangers et redoubler d’imagination.

« Il n’est plus besoin de rappeler que la France excelle dans la réalisation de films et de séries d’animation. Drôles de petites bêtes en apporte une nouvelle preuve. On s’émerveille devant la qualité graphique des décors, des personnages, de l’univers du film. Les scènes de jours privilégient les couleurs chaudes : jaune, rouge, orange ; le jardin fleuri est accueillant et la ruche est comme un refuge chaleureux. Les scènes de nuit ont des couleurs plus froides mais sont d’une beauté saisissante, faisant évoluer les personnages dans une obscurité bleutée que viennent percer la pleine lune, les étoiles, les quelques fleurs lumineuses faisant office de lampadaires et le scintillement de Carole la luciole. Plus nombreuses que les scènes de jour, les scènes de nuit apportent toute sa féérie au film, et permettent également de créer un certain suspense, une certaine tension et de susciter autant l’inquiétude que la jubilation chez le spectateur. L’animation est impeccable, fluide, et met parfaitement en valeur le caractère malicieux et attachant des protagonistes. Sont donc ici réunis tous les ingrédients pour que petits et grands passent un excellent moment. » (avoir-alire.com)


CGR : mercredi 20 à 11h15, 14h et 18h, samedi 23, dimanche 24, lundi 25 et mardi 26 à 11h15, 14h, et 16h10
Le Vox (Fréjus) : mercredi 20 à 14h15 et 16h15, samedi 23 à 13h40 et 15h35, dimanche 24 à 15h30, lundi 25 à 15h, mardi 26 à 13h40



Marvin ou la belle éducation
Réalisé par Anne FONTAINE
France 2017 1h53mn
avec Finnegan Oldfield, Gregory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Salée, Jules Porier, Catherine Mouchet, Charles Berling, Isabelle Huppert...
Scénario de Pierre Trividic et Anne Fontaine

Dans ce petit village des Vosges que la jeunesse fuit dès qu'elle a atteint l'âge de décider seule, dans cette famille de paysans bourrus et guère attentifs dont la vie ne fait pas rêver, Marvin semble, comme le vilain petit canard du conte, s'être trompé de couvée, résolument pas à sa place : joli comme un ange, trop aimable, trop tendre, il est une proie facile pour les balourds de sa classe qui lui imposent jour après jour harcèlements et plaisanteries douteuses d'ados frustrés et bas du front dans un contexte social qui ne pousse pas à la finesse. On dirait même que cette grâce presque féminine qui se dégage de ses moindres regards, ses moindres gestes, les excite, tout comme elle désole son père qui a un peu honte de ne pas avoir engendré un bon gros bagarreur primaire et buveur de bière, à l'image de ce qu'on attend d'un rejeton mâle dans ces coins-là, en ce temps-là.

Avec le recul, pourtant, quand Marvin raconte son histoire, on ne lui sent pas vraiment de rejet ni de haine pour un passé qui le marque pourtant d'une souffrance qui entrave sa vie, l'empêche d'exister : c'est que rien n'est si simple et, malgré tout, sous l'air bourru du père, les coups de gueule et les mots maladroits d'une famille à la vie précaire trop coincée dans une pauvreté qui ne peut qu'engendrer une vision sommaire et réactionnaire du monde, il y a quelque chose qui ressemble à de l'amour.
Le jour où la nouvelle principale déboule dans son collège, elle repère vite que ce garçon délicat et solitaire a du goût pour les lettres et l'horizon de Marvin va s'ouvrir : il suffit qu'elle lui demande de jouer quelque chose de sa vie dans un petit cours de théâtre pour qu'un déclic se produise et que le jeune garçon commence à sortir de l'enlisement qui semblait fatal… Labiche, Victor Hugo, son plaisir pour les mots, leur subtilité libératrice vont le faire choisir pour une classe théâtre, puis il y aura d'autres rencontres, surtout celle avec Abel, metteur en scène grâce à qui il va pouvoir nommer ce qui l'oppresse et franchir une étape de plus… Abel dont l'histoire ressemble à la sienne, et qui a su « faire quelque chose de sa différence », en tirer le meilleur, humain, bienveillant et attentif pour les autres.
Ce qui est formidable dans le film et qu'Anne Fontaine utilise à merveille, c'est sa construction qui nous fait tanguer entre le passé et le présent de Marvin, nous fait ressentir très fort le processus de son évolution, d'autant que le spectacle qu'il sortira de son histoire va devenir comme une forme de dialogue entre l'enfant qu'il était et l'adulte qu'il est en train de devenir. Dans ce spectacle, il joue sa vie, interprétant tous les personnages, dans un dialogue avec son père, avec sa mère, avec lui-même jusqu'à ce qu'il parvienne à une forme de catharsis, de réconciliation avec lui-même, assumant ses désirs, ses amours, sa différence…

Le film ne serait pas aussi attachant si les acteurs n'étaient tous exceptionnels : Grégory Gadebois qui arrive à donner de la subtilité et de la tendresse au personnage du père brutal et gras du bide au point de nous le faire aimer, les deux Marvin, le grand, comme le petit sont en parfaite cohérence… Catherine Mouchet, dans le rôle de la principale, tout comme Vincent Macaigne dans celui d'Abel font exister leurs personnages avec une foultitude de nuances… Et Charles Berling en pygmalion charismatique, et Isabelle Huppert qui joue ici son propre rôle avec beaucoup d'élégance et d'humanité : tous contribuent à faire en sorte que le film soit une sorte d'ode à l'éducation et à la culture qui nous entrainent au-delà de nous-même, nous aident à nous aimer et à grandir. (Utopia)


Le Luc : mercredi 20 à 20h30 et jeudi 21 à 18h30
Lorgues : mercredi 20 à 21h et vendredi 22 à 19h


Les Gardiennes
Réalisé par Xavier BEAUVOIS
France 2017 2h14mn
avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry, Cyril Descours, Olivier Rabourdin, Nicolas Giraud...
Scénario de Xavier Beauvois et Frédérique Moreau, d'après le roman d'Ernest Pérochon

Ernest Pérochon – quasiment oublié de nos jours alors même qu'un autre de ses romans, « Nêne », a obtenu le Prix Goncourt en 1921 – était un instituteur des Deux Sèvres qui, comme des millions d'hommes, fut mobilisé pendant la première Guerre Mondiale. Sa chance fut finalement d'être victime d'une crise cardiaque après qu'un ami fut frappé par un obus à ses côtés, ce qui lui permit d'être retiré du front et de commencer à se consacrer à l'écriture. C'est en 1924 qu'il écrivit Les Gardiennes, un roman en hommage à celles dont on parlait peu à propos de la Grande Guerre, alors que fleurissaient les mémoires des combattants : les femmes, qui avaient tenu à bout de bras, souvent dans des conditions à peine imaginables, la France des champs et des usines pendant que les hommes mobilisés mourraient par milliers dans les tranchées de Picardie ou de Lorraine.

Les Gardiennes nous transporte donc en 1915 et nous plonge dans le quotidien de la Ferme charentaise du Paridier, tenue par Hortense (Nathalie Baye) et sa fille Solange (Laura Smet)… Le quotidien est rythmé par le labeur harassant dans les champs, par les tâches pénibles qui autrefois incombaient aux hommes et par la terrible attente des nouvelles du front. Les femmes redoutent plus que tout les visites du maire, qui annoncent souvent le pire, et ne peuvent s'empêcher d'espérer les trop rares et trop courtes permissions qui leur ramènent pour quelques heures les deux fils de la famille, Georges et Constant, ou le mari de Solange, le taciturne Clovis.
Pour répondre aux exigences de la ferme, Hortense va accepter de prendre avec elle la jeune Francine, une orpheline de l'Assistance Publique qui se fait rapidement une place dans la famille par sa ténacité au travail et qui va se rapprocher peu à peu de Georges. Mais l'arrivée en 1917, via Saint-Nazaire et La Rochelle, des premiers soldats américains, fringants et souvent à l'aise financièrement, va peut être changer le destin de la Ferme du Paridier et de ses femmes…

De la même manière qu'il s'était intéressé à la communauté des moines de Thibérine dans le splendide Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois s'attache ici à la communauté de ces femmes soudées par la nécessité de survivre, loin des champs de bataille qui leur confisquent leurs hommes. Comme toujours Beauvois a su choisir des actrices magnifiques, emmenées par Nathalie Baye (qu'il avait déjà dirigée dans Le Petit lieutenant, avec un César à la clé) et Laura Smet, qui incarnent à la perfection ces deux femmes ambivalentes, pas faciles, pas forcément sympathiques mais d'une force, d'une détermination incroyables. Et bien sûr, à travers le destin des femmes se démenant comme elles peuvent à l'arrière, le film évoque la cruauté du sort réservé à tous les hommes broyés par cette absurde tragédie que fut la « grande Guerre », traumatisme majeur du vingtième siècle.

(Utopia)


Le Vox (Fréjus) :mercredi 20 à 13h40 et 18h, jeudi 21 à 16h et 20h, vendredi 22 à 13h40et 18h10, samedi 23 à 15h45 et 18h, dimanche 24 à 15h40, lundi 25 à 17h30 et mardi 26 à 15h45

 

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Au(x) cinéma(s) du 6 au 12 décembre 2017

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Tout d'abord, notez bien dans vos agendas la prochaine soirée Entretoiles (et la dernière de l'année), sur le thème « Familles d'ici et d'ailleurs », ce dimanche 10 décembre, Nous vous proposons comme d'habitude 2 films : Happy End de Mickael Haeneke, un portrait de famille passé au vitriol et adossé à un problème majeur de notre temps, et Une famille syrienne de Philippe Van Leeuw, puissante évocation d'un huis clos forcé. Et toujours l'apéritif Entretoiles entre les 2 films.

Au CGR aussi cette semaine, vous pouvez voir Le Sens de la fête de Eric Toledano et Olivier Nakache, le portrait d'une France qu'on n'ose presque plus espérer, et Un beau soleil intérieur de Claire Denis, sur la folie magnifique et la subversion insensée de l'état amoureux, et servi par une palette d'acteurs exceptionnels.

Au Vox, La Villa le nouveau film de Guédiguian entre nostalgie et résignation, Les Gardiennes de Xavier Beauvois qui s'attache à la communauté des femmes pendant la 1ère guerre mondiale, soudées par la nécessité de survivre dans les campagnes, Au revoir là-haut d'Albert Dupontel, film épique, burlesque, lyrique, caustique, politiquement incorrect et poétique tout à la fois, Maryline de Guillaume Gallienne, un film sur la dureté et la cruauté du monde du cinéma mais aussi sur la passion de jouer, En attendant les Hirondelles de Karim Massaoui (aussi à Lorgues), trois histoires reliées par un fil ténu qui se tracent dans l'Algérie contemporaine et Tout mais pas ça une comédie italienne à l humour acide.

A Lorgues cette semaine si vous n'avez pas pu voir Patients de Grand corps malade, c'est le moment !

A Salernes, vous avez la chance de pouvoir vous offrir ce week-end un festival du thriller et du polar avec Le Caire Confidentiel de Tarek Salet, un film qui joue et gagne sur plusieurs tableaux, singulier et passionnant, Que Dios nos perdone de Rodrigo Sorogoyen, un film vraiment remarquable, Wind River de Taylor Sheridan, un polar tendu et parfaitement mené et Good Time de Benny et Joshua Safdie, un véritable bijou noir.

Enfin à Cotignac, Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine, un film très attachant (aussi au Vox) et Jeune femme de Leonor Serraille, portrait d'une trentenaire peut être emblématique,,,

Bonne semaine de cinéma ! Profitez bien de tous ces films et surtout à dimanche !

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 6 AU 12 NOVEMBRE 2017

 

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Happy End
Écrit et réalisé par Michael HANEKE
France/Autriche 2017 1h47mn
avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Fantine Harduin, Frantz Rogowski...
C’est dans le confort feutré de la bourgeoisie que se montre le plus volontiers le refoulé de toute une société. Ce n’est pas Flaubert qui aurait contredit cette maxime. Michael Haneke n’a eu de cesse, au cours d’une filmographie intransigeante, d’étudier les sources et les manifestations du mal-être de nos populations modernes. Happy end tout à la fois synthétise et affine son travail cinématographique à travers le portrait d’une riche famille industrielle de Calais. Ce petit microcosme très renfermé va être le témoin de quelques phénomènes inquiétants que Michael Haneke orchestre comme un jeu de piste à la fois cinglant et rieur. Aucune violence visuelle ne surgit, et pourtant Haneke ne cède rien de la radicalité de sa mise en scène, une nouvelle fois à son point culminant de pertinence et de précision... lire la suite
CGR : Soirée Entretoiles dimanche 10 à 18h
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Une famille syrienne
Écrit et réalisé par Philippe VAN LEEUW
Belgique/Liban 2017 1h26mn VOSTF
avec Hiam Abbass, Diamand Abou Abboud, Juliette Navis, Mohsen Abbas....
À travers une fenêtre, on a une échappée vers une petite place qui ressemble fort à un champ de ruines. On voit un groupe de personnes qui discutent, on entend le son caractéristique des hélicoptères qui survolent les environs. Un coup de feu, un sniper vient de tirer, le groupe qui discutait se disperse en catastrophe : le début du film présente une des rares scènes d'Une famille syrienne qui ne se déroule pas dans le huis-clos de l’appartement occupé par la famille qu'annonce le titre. Une famille plongée dans cette situation inextricable que connait la Syrie et dont le cinéma nous a finalement peu parlé jusqu’à présent. A la tête de cette famille syrienne, une femme d’origine palestinienne : Oum Yasan, la cinquantaine, énergique. Autour d’elle, ses deux filles Yara et Aliya, son fils Yazan, le petit dernier, son beau-père Abou Monzer, et son neveu Karim, visiblement très amoureux de Yara qui le lui rend bien. Sans oublier Delhani, la jeune domestique, et Halima, la voisine du dessus que la famille a recueillie avec son bébé parce que son logement a été gravement endommagé... lire la suite
CGR : Soirée Entretoiles dimanche 10 à 20h30
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Le Sens de la fête
Écrit et réalisé par Éric TOLEDANO et Olivier NAKACHE
France 2017 1h57mn
avec Jean-Pierre Bacri, Eye Haidara, Gilles Lellouche, Vincent Macaigne, Jean-Paul Rouve, Alban Ivanov, Suzanne Clément, Hélène Vincent...
On ne les présente plus : Toledano et Nakache, binôme inséparable formé depuis plus de 20 ans (ils ont tourné ensemble leurs courts métrages). Le succès phénoménal qui s’est abattu sur eux en a fait les enfants chéris du cinéma français. Parce qu'ils attirent les foules certes, mais aussi parce que leurs films sont réalisés avec un soin, une intelligence, une exigence pas si fréquents dans le cinéma grand public et parce qu'il y a dans leurs histoires et leurs personnages une bienveillance, une humanité, une sensibilité qui rendent le spectateur heureux. Et ça, ce n’est pas rien. Après Driss, dans Intouchables, et Samba, tout deux interprétés par Omar Sy, leur nouveau héros s’appelle Max. Max, c’est Jean-Pierre Bacri, le grand Jean-Pierre Bacri. Petit patron d’une entreprise qui vend mariages et autres cérémonies, tout compris, clés en main. Des fêtes, il en organise depuis 30 ans, et on peut dire qu’il en a un peu sa claque... lire la suite
CGR : mercredi 6, jeudi 7, vendredi 8, samedi 9, lundi 11 et mardi 12 à 10h45
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Un Beau Soleil Intérieur
Réalisé par Claire DENIS
France 2017 1h34mn
avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine, Josiane Balasko, Nicolas Duvauchelle, Laurent Grevill, Alex Descas, Bruno Podalydès...
Scénario de Claire Denis et Christine Angot
À la source de ce film, la proposition faite par un producteur à Claire Denis d'adapter Fragments d'un discours amoureux, de Roland Barthes, bel essai fragmenté et chapitré de 1977, qui évoque la folie magnifique et la subversion insensée de l'état amoureux. Tentation de Claire Denis (rien de ce qui touche au désir n'est étranger à son cinéma), puis doute, puis refus catégorique des ayants droit. L'affaire étant réglée de ce côté, elle rebondit d'un autre, à travers l'association de la cinéaste et de la romancière Christine Angot dans l'écriture d'un film qui s'inspire, assez drôlement, de leurs expériences malheureuses dans ledit domaine amoureux. Ainsi naît ce Beau soleil intérieur, qui ramène Claire Denis sous les sunlights quatre ans après Les Salauds, film amer, mal reçu, qui auralaissé des traces... lire la suite
CGR : mercredi 6 et lundi 11 à 20h, jedui 7 et samedi 9 à 18h, vendredi 11 et mardi 12 à 11h
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Les Gardiennes
Réalisé par Xavier BEAUVOIS
France 2017 2h14mn
avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry, Cyril Descours, Olivier Rabourdin, Nicolas Giraud...
Scénario de Xavier Beauvois et Frédérique Moreau, d'après le roman d'Ernest Pérochon
Ernest Pérochon – quasiment oublié de nos jours alors même qu'un autre de ses romans, « Nêne », a obtenu le Prix Goncourt en 1921 – était un instituteur des Deux Sèvres qui, comme des millions d'hommes, fut mobilisé pendant la première Guerre Mondiale. Sa chance fut finalement d'être victime d'une crise cardiaque après qu'un ami fut frappé par un obus à ses côtés, ce qui lui permit d'être retiré du front et de commencer à se consacrer à l'écriture. C'est en 1924 qu'il écrivit Les Gardiennes, un roman en hommage à celles dont on parlait peu à propos de la Grande Guerre, alors que fleurissaient les mémoires des combattants : les femmes, qui avaient tenu à bout de bras, souvent dans des conditions à peine imaginables, la France des champs et des usines pendant que les hommes mobilisés mourraient par milliers dans les tranchées de Picardie ou de Lorraine... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 et samedi 9 à 13h40, 17h45, et 20h30, jeudi 7 et lundi 11 à 14h, 17h15 et 20h, vendredi 8 à 13h40, 15h50 et 20h30, dimanche 10 et mardi 12 à 13h40, 15h40 et 20h30
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La Villa
Réalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2017 1h47mn
avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Gérard Meylan, Robinson Stévenin...
Scénario de Robert Guédiguian et Serge Valetti
Nous voilà plongés une nouvelle fois au cœur de l’Estaque, à prendre son pouls, à respirer son souffle. Si les ingrédients sont les mêmes, ne croyez pas pour autant que Robert Guédiguian va nous servir du déjà vu, du surgelé, du réchauffé. C’est comme en cuisine : regardez la multitude de plats qu’on peut faire avec simplement du beurre et de la farine. Entre la pâte feuilletée, la brioche, les choux, les crêpes… il y a un monde. Entre À la vie à la mort, Marius et Jeannette… et aujourd’hui La Villa… également. Mis bout à bout ils forment comme une chronique sur les idéaux d’une génération, leur confrontation avec un monde en mutation... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 et samedi 9 à 13h40, 18h15 et 20h30, jeudi 7 à 13h40, 17h45 et 20h, vendredi 8 et mardi 12 à 13h40, 18h20 et 20h30, dimanche 10 à 13h40, 15h50 et 20h30, lundi 11 à 13h40, 15h et 20h
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Au revoir là-haut
Réalisé par Albert DUPONTEL
France 2017 1h55mn
avec Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Nahuel Perez Biscayart, Niels Arestrup, Mélanie Thierry, Emilie Dequenne, Jonathan Louis... et la formidable Héloïse Balster de Pontoise...
Scénario d’Albert Dupontel et Pierre Lemaitre, d’après son roman, Prix Goncourt 2013
Le roman de Pierre Lemaître, un des Prix Goncourt les plus populaires et les plus appréciés de ces dix dernières années, ample récit foisonnant de personnages inoubliables, de situations fortes, de rebondissements captivants, représentait un sacré défi d'adaptation au grand écran. Et on se dit en voyant le film qu'Albert Dupontel était bel et bien l'homme de la situation : il saute aux yeux que son univers, peuplé de marginaux de tous poils qui peinent à trouver leur place dans une société qui les rejette, embrasse complètement l’œuvre de Lemaître. Et puis il y a son côté corsaire du cinéma, son appétit démesuré, sa folie déjantée que rien ne semble pouvoir effrayer, et sûrement pas un prix littéraire, aussi prestigieux soit-il... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 9 à 17h45, dimanche 10 à 18h15 et mardi 12 à 18h10
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Maryline
Écrit et réalisé par Guillaume GALLIENNE
France 2017 1h47mn
avec Adeline D'Hermy, Xavier Beauvois, Vanessa Paradis, Alice Pol, Eric Ruf, Lars Edinger, Pascale Arbillot...
Après le triomphe de Guillaume et les garçons, à table, coup d'essai en forme de coup de maître, dans lequel il était au four et au moulin, présent derrière et devant – deux fois plutôt qu'une ! – la caméra, faisant montre d'une volubilité à faire pâlir de jalousie le champion incontesté qu'était jusque là Fabrice Lucchini… Guillaume Gallienne a l'audace, l'intelligence, l'élégance de ne pas chercher à exploiter le filon et de changer résolument de registre. Refusant même de se donner un rôle, il rend dans Maryline un splendide hommage à une des choses qui lui tient de toute évidence le plus à cœur, lui le sociétaire fidèle de la Comédie Française : l'art de la comédie, le jeu d'acteur.
Et il le fait avant tout à travers le cadeau d'un rôle magnifique à une magnifique comédienne : Adeline d'Herny, lumineuse révélation pour les cinéphiles, moins pour les amateurs de théâtre puisque la jeune femme appartient elle aussi à la Comédie Française depuis cinq ans…
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Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 18h15, jeudi 7, lundi 11 et mardi 12 à 13h40, vendredi 8 à 18h, samedi 9 à 16h30, dimanche 10 à 18h20 et lundi 11 à 15h 
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En attendant les Hirondelles
Réalisé par Karim MOUSSAOUI
Algérie 2017 1h53mn VOSTF
avec Mohamed Djouhri, Sonia Mekkiou, Mehdi Ramdani, Nadia Kaci, Hania Amar...
Scénario de Karim Moussaoui et Maud Ameline 
Trois histoires liées par un fil ténu, trois parcours différents qui se tracent dans l’Algérie contemporaine comme pour en définir les contours. Un road movie qui serpente entre paysages ruraux, zone urbaine et même bidonvilles, embrassant ainsi une réalité diverse et complexe. Un territoire en fusion sous une croute sédentaire où la vie bouillonnante qui bourgeonne ne demande qu’à exploser. Ce qui relie les protagonistes entre eux est intangible et ils ne seront pas amenés à se rencontrer. Tous trois sont à une croisée de chemins, aux prises avec des systèmes de valeurs parfois incompatibles. Chacun attend son printemps ou doit le provoquer. Car tous trois tiennent entre leurs mains leur destin et ont toute latitude pour le faire basculer dans un sens ou dans un autre. On est loin d’être dans un pays inerte ou soumis, qui serait accablé sous le poids des traditions ou de son histoire coloniale... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 6 à 15h45, vendredi 8 à 18h10, lundi 11 à 20h et mardi 12 à 18h30
Lorgues : samedi 9 à 16h et dimanche 10 à 15h50
Affiche
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Tout mais pas ça !
Réalisé par Edoardo Maria Falcone
Italie 2017 1h27mn
avec Laura Morante, Alessandro Gassman, Marco Giallini...
L’âge d’or de la comédie noire italienne, le temps des Mario Monicelli, Ettore Scola et autres Dino Risi, semble loin, l’humour transalpin ayant depuis mué vers un esprit de plus en plus poético-pince-sans-rire. Voir un réalisateur encore méconnu (bien qu’il s’agisse d’un quinquagénaire ayant précédemment réalisé deux long-métrages) s’essayer à la veine comique des modèles du genre est donc un pur plaisir. Et même si le postulat, celui d’une famille bourgeoise et laïque qui réagit à l’annonce du fils de devenir prêtre, laisse rapidement deviner vers quelle direction va se diriger son feel-good movie, Edoardo Maria Falcone parvient à nous prendre à contre-pied du début à la fin. Chacune des pistes qu’emprunte, ou plutôt que semble emprunter la comédie, se retrouve en effet désamorcée par des situations bien plus drôles que ne l’aurait été leur développement classique. Entre quiproquos et répliques cinglantes, le scénario est donc chargé de passages propices à la franche rigolade... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 7 à 15h50 et lundi 11 à 18h
Affiche
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Patients
Réalisé par GRAND CORPS MALADE et Medhi IDIR
France 2017 1h50mn
avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Franck Falise, Yannick Renier, Anne Benoit, Alban Ivanov, Dominique Blanc, Xavier Mathieu...
Scénario de Fadette Drouard et Grand Corps Malade, d’après son livre
Marcher, se lever, se laver, lacer ses chaussures, se faire cuire un œuf, lever son verre, monter les marches, serrer une main, se gratter le dos… et bien d’autres grandes ou petites choses plus ou moins avouables : on ne réalise pas au quotidien ces mille milliard de gestes que notre corps, cette géniale machine en mouvement perpétuel, est capable d’accomplir pour nous servir. Jusqu’au jour où la bécane se met à déconner, à partir de travers, à se mettre en grève générale ou partielle, la faute à la maladie, aux accidents, la faute au destin, la faute à pas de chance ou, pour Ben, la faute à la piscine. Si elle avait été un peu plus profonde, cette piscine, Ben aurait pu y nager tranquille au lieu de s’y fracasser… Résultat aussi violent que le choc : paralysé à 20 piges, horizontalité obligée, plus d’autonomie, plus de mouvement, plus qu’un lit et quatre murs comme unique ligne d’horizon... lire la suite
Lorgues : mercredi 6 à 19h
Affiche
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LE CAIRE CONFIDENTIEL
Écrit et réalisé par Tarek SALEH
Egypte/Suède 2016 1h50mn VOSTF
avec Fares Fares, Ger Duany, Slimane Dazi, Mohamed Yousry, Hichem Yacouby, Hania Amar, Yasser Ali Maher...
Grand Prix, Festival de Sundance 2016 • Grand Prix, Beaune 2017, Festival international du film policier.
Le titre donné par le distributeur français à cet excellent polar entièrement tourné au Caire est tout sauf anodin et particulièrement bien choisi : les amateurs du genre pensent immédiatement à L.A. Confidential de James Elroy et à son adaptation cinématographique très réussie, dont l'intrigue policière était indissociable de la radiographie sans complaisance du Los Angeles rutilant et pourri des années 50, gangréné par la violence, le racisme, l'anti-communisme et la corruption. Ici c'est Le Caire qui est soumis au même détecteur de mensonges, de combines, d'hypocrisies, de comportements mafieux.
Nous sommes en 2011, peu après la révolution tunisienne de Jasmin qui a vu l'indéboulonnable dictateur Ben Ali chuter face à la détermination de la population, et peu avant ce qu'on appellera plus tard les mobilisations de la place Tahrir, esplanade centrale du Caire où se rassembleront des dizaines de milliers de manifestants qui finiront par obtenir l’abdication du président égyptien Moubarak. Mais on loin d'en être là...
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Salernes : samedi 9 à 21h
Affiche
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Que Dios Nos Perdone
Réalisé par Rodrigo SOROGOYEN
Espagne 2016 2h06mn VOSTF
avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera, Maria Ballesteros...
Scénario de Rodrigo Sorogoyen et Isabel Peña
Deux ans après La Isla minima de glorieuse mémoire, voici un film remarquable qui prouve que le polar espagnol sait décidément être grand. Réalisé par un nouveau venu (c'est son deuxième long métrage), Rodrigo Sorogoyen, Que Dios nos perdone respecte les règles les plus classiques du genre tout en créant le léger décalage qui fait la différence entre un produit de série et une œuvre marquante, témoin saisissant d'une époque, de ses mœurs publiques et privées, de ses dérives, de ses abandons... lire la suite
Salernes : Samedi 9 à à 18h
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Wind River
Écrit et réalisé par Taylor SHERIDAN
USA 2017 1h51mn VF
avec Jeremy Renner, Elizabeth Olsen, Gil Birmingham, Jon Bernthal, Julia Jones, Kelsey Asbille, James Jordan...
PRIX DE LA MISE EN SCÈNE, UN CERTAIN REGARD, CANNES 2017
Pour les lecteurs attentifs des génériques, Taylor Sheridan n’est pas un total inconnu puisque c’est lui qui a écrit les scénarios de Comancheria et de Sicario. Il passe derrière la caméra pour ce qu’il présente comme le troisième et dernier volet d’une trilogie sur le thème de la frontière, que celle-ci soit physique, morale, sociale ou politique. Le premier chapitre, Sicario, abordait l’épidémie de violence, liée au trafic de drogue, le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, et le second, Comancheria, se concentrait sur le choc entre l’immense richesse et la pauvreté dans l’Ouest du Texas. Wind River représente donc le dernier chapitre, en forme de catharsis, de cette trilogie. Avec Wind River, nous sommes loin de l’humour qui faisait le charme de Comancheria, plus proches de la brutalité de Sicario… lire la suite
Salernes : Dimanche 10 à 15h
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Marvin ou la belle éducation
Réalisé par Anne FONTAINE
France 2017 1h53mn
avec Finnegan Oldfield, Gregory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Salée, Jules Porier, Catherine Mouchet, Charles Berling, Isabelle Huppert...
Scénario de Pierre Trividic et Anne Fontaine
Dans ce petit village des Vosges que la jeunesse fuit dès qu'elle a atteint l'âge de décider seule, dans cette famille de paysans bourrus et guère attentifs dont la vie ne fait pas rêver, Marvin semble, comme le vilain petit canard du conte, s'être trompé de couvée, résolument pas à sa place : joli comme un ange, trop aimable, trop tendre, il est une proie facile pour les balourds de sa classe qui lui imposent jour après jour harcèlements et plaisanteries douteuses d'ados frustrés et bas du front dans un contexte social qui ne pousse pas à la finesse. On dirait même que cette grâce presque féminine qui se dégage de ses moindres regards, ses moindres gestes, les excite, tout comme elle désole son père qui a un peu honte de ne pas avoir engendré un bon gros bagarreur primaire et buveur de bière, à l'image de ce qu'on attend d'un rejeton mâle dans ces coins-là, en ce temps-là... lire la suite
Cotignac : jeudi 7 : 18h et 20h30
Le Vox (Fréjus) : jeudi 7 à 20h, lundi 11 à 17h50 et mardi 12 à 15h50
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Jeune Femme
Écrit et réalisé par Léonor SERRAILLE
France 2017 1h37mn
avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye, Léonie Simaga, Nathalie Richard...
Festival de Cannes 2017 : Caméra d'Or (Meilleur premier film, toutes sélections confondues)
Plus tête à claques qu’elle, tu meurs ! De prime abord Paula n’a rien d’aimable quand elle fonce tête baissée sur la porte de son ex, furieuse d'être délaissée, pathétique. La dernière chose qu’on aurait envie de faire, c’est bien d’ouvrir à cette furie ! Face à cette porte solide ma foi, elle ne réussit qu’à se blesser. Le front ouvert, la voilà qui engueule tous ceux qui passent à sa portée et tentent de lui porter secours, flics et soignants compris. C’est même un miracle qu’elle ne finisse pas internée. Ce qui la sauve ? Son sens de la répartie et cette grande fragilité qu’on sent poindre sous ses gesticulations. Quelque chose émeut dans cette grande gueule d’emmerdeuse rouquine alors même qu’on se dit : « Attention danger ! Bougresse à fuir absolument ! ». Avec elle on sait qu’on n’aura pas de répit, qu’on ne sera jamais au bout de nos peines. Elle est comme un électron libre en perpétuel mouvement, et on s'attache progressivement à elle, ne serait-ce que grâce à la dimension comique de ses comportements... lire la suite
Cotignac : lundi 11 à 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 Happy End

 

 

Écrit et réalisé par Michael HANEKE
France/Autriche 2017 1h47mn
avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Fantine Harduin, Frantz Rogowski...

C’est dans le confort feutré de la bourgeoisie que se montre le plus volontiers le refoulé de toute une société. Ce n’est pas Flaubert qui aurait contredit cette maxime. Michael Haneke n’a eu de cesse, au cours d’une filmographie intransigeante, d’étudier les sources et les manifestations du mal-être de nos populations modernes. Happy end tout à la fois synthétise et affine son travail cinématographique à travers le portrait d’une riche famille industrielle de Calais. Ce petit microcosme très renfermé va être le témoin de quelques phénomènes inquiétants que Michael Haneke orchestre comme un jeu de piste à la fois cinglant et rieur. Aucune violence visuelle ne surgit, et pourtant Haneke ne cède rien de la radicalité de sa mise en scène, une nouvelle fois à son point culminant de pertinence et de précision. La noirceur de son regard s’accompagne plus que jamais d’un humour grinçant, laissant au spectateur le soin de faire la part, si besoin, entre le dérisoire et le tragique.

Difficile de dire par où commence exactement l'inexorable affaissement qui va toucher la famille Laurent. Est-ce l’effondrement de ce mur de soubassement dans un des chantiers de construction qui ont fait leur fortune ? Ou est-ce l’arrivée de la toute jeune Ève, treize ans, qui déboule dans la bulle familiale de son père après que sa mère a subi une sérieuse intoxication aux médicaments ? Le père, Thomas joué par Mathieu Kassovitz, est chirurgien, remarié, et ne semble pas connaître grand chose aux habitudes de sa fille. Mais il donne le change, il a appris à le faire, bien et en toutes circonstances. Et puis il y a Anne (Isabelle Huppert), la sœur de Thomas, qui pilote d’une main de fer l’entreprise familiale et doit faire face à cet accident de chantier en même temps qu’elle tente de transmettre la direction à son fils Pierre, effrayé du poids qui se pose sur ses épaules. Mais a-t-il seulement le choix ? Enfin tout en haut, il y a le grand-père Georges (Jean-Louis Trintignant, absolument magistral) : personnage trouble et fascinant, que l’âge et quelques absences de mémoire ont imprégné d’une aigreur de vivre qu’il répand avec l’autorité d’un vieux capitaine d’industrie.

Trois générations réunies dans un hôtel particulier cossu que Michael Haneke décompose soigneusement, déterrant sous chaque petite cachoterie les signes édifiants de dangereuses névroses. Tous travaillent plus ou moins consciemment à maintenir la respectabilité de leur existence et l’apparat de leur famille, au détriment de toutes traces d’amour. Haneke ponctue le récit de quelques scènes d'une maîtrise ahurissante et excelle à analyser comment un mal chemine dans ce rhizome familial, avec la surprise de voir rejaillir à un bout de la chaîne un trouble qui avait été enfoui à un autre.

Ce portrait au vitriol pourrait sembler distant si Haneke n’avait décidé de le situer en bordure de la jungle de Calais. Happy end est un film entièrement adossé à la question des réfugiés et des migrants qu’il place intelligemment en fond, comme un mur de résonances. Les Laurent, unis dans leur décrépitude, sont les derniers privilégiés de notre vieille Europe, fascinée par son autodestruction et incapable de concevoir qu'en face il y a la vie. Si avec Happy end Haneke semble remettre en scène son propre cinéma (une seconde vision permettra à chacun de trouver les correspondances avec Le Septième continent, Caché, Amour ou Le Ruban blanc), c'est précisément pour éprouver la question obsédante de toute son œuvre qui se pose autant aux Laurent qu'à nous tous : comment faire avec la complexité d’un monde qui nous dépasse et auquel nous comprenons si peu ? ( utopia)


CGR : Soirée Entretoiles dimanche 10 à 18h

Une famille syrienne
Écrit et réalisé par Philippe VAN LEEUW
Belgique/Liban 2017 1h26mn VOSTF
avec Hiam Abbass, Diamand Abou Abboud, Juliette Navis, Mohsen Abbas....

 

À travers une fenêtre, on a une échappée vers une petite place qui ressemble fort à un champ de ruines. On voit un groupe de personnes qui discutent, on entend le son caractéristique des hélicoptères qui survolent les environs. Un coup de feu, un sniper vient de tirer, le groupe qui discutait se disperse en catastrophe : le début du film présente une des rares scènes d'Une famille syrienne qui ne se déroule pas dans le huis-clos de l’appartement occupé par la famille qu'annonce le titre. Une famille plongée dans cette situation inextricable que connait la Syrie et dont le cinéma nous a finalement peu parlé jusqu’à présent. A la tête de cette famille syrienne, une femme d’origine palestinienne : Oum Yasan, la cinquantaine, énergique. Autour d’elle, ses deux filles Yara et Aliya, son fils Yazan, le petit dernier, son beau-père Abou Monzer, et son neveu Karim, visiblement très amoureux de Yara qui le lui rend bien. Sans oublier Delhani, la jeune domestique, et Halima, la voisine du dessus que la famille a recueillie avec son bébé parce que son logement a été gravement endommagé.

Le père, le mari de Oum Yazan, on ne le verra jamais. La famille essaiera de le joindre durant toute la journée mais le réseau téléphonique est si perturbé que les rares communications qu'on arrive à établir sont très vite interrompues. Le mari de Halima, lui, on le voit au tout début du film. Il est venu annoncer une bonne nouvelle à sa femme : un journaliste français est disposé à les aider à partir se réfugier au Liban. Quand ? Le soir même. Sauf que, en quittant l’appartement, il est touché par les balles d’un sniper. Est-il toujours vivant ? Est-il mort ? Cette scène, Delhani l’a vue par la fenêtre, elle veut avertir Halima mais Oum Yasan l'en empêche : elle veut avant tout protéger sa famille et il ne faut pas affoler toute la maisonnée avec la révélation de ce drame. De toute façon personne ne peut rien faire, pas question de sortir au risque de s'exposer au feu du sniper… Le plus prudent est d'attendre…

C'est donc de l'intérieur, au plus intime des membres de cette famille piégée, que nous allons ressentir les effets d'une guerre qui les dépasse. Le film réussit parfaitement à nous montrer ce que peut être l'instinct de survie chez des êtres dont on se sent de plus en plus proches. Philippe Van Leeuw alterne avec une grande maîtrise les scènes d'une vie quotidienne presque normale, une vie de tous les jours et de tous les endroits, et d'autres – une surtout, particulièrement saisissante, on ne vous en dit pas plus – tendues, oppressantes, qui bousculent et qui bouleversent. Il nous livre ainsi une puissante évocation de ce que peuvent vivre les familles syriennes, les familles de tous les pays déchirés par une guerre. (d'après JJ Corrio, critique-film.fr)

CGR : Soirée Entretoiles dimanche 10 à 20h30

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Au(x) cinéma(s) du 8 au 14 novembre 2017

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Comme nous vous l’annoncions la semaine dernière Entretoiles vous propose dimanche 12 novembre  à 18h et 20h 30 sur le thème “Films noirs” Le Caire Confidentiel de Tarek Saleh, film policier passionnant qui joue et gagne sur plusieurs tableaux, et K.O. de Fabrice Gobert, film noir, romanesque fantastique et efficace en diable(films qui auraient du être projetés le 10 septembre). Et bien sûr, l'apéritif Entretoiles entre les 2 films !

Au CGR dans le cadre du ciné-club pour ceux qui avaient manqué la soirée Entretoiles nouvelle diffusion de 120 battements par minute.

Dans les salles aux alentours à Lorgues et au Vox Brooklyn Yiddish un film délicat et émouvant, récompensé au festival de Deauville. A Lorgues  on peut voir aussi Téhéran Tabou film d animation où à travers le destin de trois femmes et un musicien, Ali Soozandeh brocarde une théocratie hypocrite et schizophrène. Au Vox un documentaire sur la notion d’interêt général: L’interêt genéral et moi.

A Cotignac le dernier Polanski Une Histoire Vraie, adaptation d’un roman de Delphine De Vigan et Détroit le film de Kathryn Bigelow  très impressionnant.  Enfin au Luc Numéro Une où Tonie Marshall rend compte avec mordant des jeux de domination avec une Emmanuelle Devos parfaite.
 
Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)
 
Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

PROGRAMMATION DU 8 AU 14 NOVEMBRE 2017

 

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LE CAIRE CONFIDENTIEL
Écrit et réalisé par Tarek SALEH
Egypte/Suède 2016 1h50mn VOSTF
avec Fares Fares, Ger Duany, Slimane Dazi, Mohamed Yousry, Hichem Yacouby, Hania Amar, Yasser Ali Maher...
Grand Prix, Festival de Sundance 2016 • Grand Prix, Beaune 2017, Festival international du film policier.
Le titre donné par le distributeur français à cet excellent polar entièrement tourné au Caire est tout sauf anodin et particulièrement bien choisi : les amateurs du genre pensent immédiatement à L.A. Confidential de James Elroy et à son adaptation cinématographique très réussie, dont l'intrigue policière était indissociable de la radiographie sans complaisance du Los Angeles rutilant et pourri des années 50, gangréné par la violence, le racisme, l'anti-communisme et la corruption. Ici c'est Le Caire qui est soumis au même détecteur de mensonges, de combines, d'hypocrisies, de comportements mafieux.
Nous sommes en 2011, peu après la révolution tunisienne de Jasmin qui a vu l'indéboulonnable dictateur Ben Ali chuter face à la détermination de la population, et peu avant ce qu'on appellera plus tard les mobilisations de la place Tahrir, esplanade centrale du Caire où se rassembleront des dizaines de milliers de manifestants qui finiront par obtenir l’abdication du président égyptien Moubarak. Mais on loin d'en être là...
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Soirée Entretoiles : Dimanche 12 à 18h au CGR
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K.O.
Réalisé par Fabrice GOBERT
France 2017 1h55mn
avec Laurent Lafitte, Chiaria Mastroianni, Pio Marmaï, Zita Hanrot, Clotilde Hesme, Jean-François Sivadier...
Scénario de Fabrice Gobert et Valentine Arnaud.
Allez les amis, il va falloir changer un peu vos habitudes, accepter d’emprunter l’autre chemin, celui qui vous mène dans un endroit inconnu, peut-être même dans un endroit où vous ne voulez pas aller. Une fois n’est pas coutume, il va falloir suivre un salaud, un magnifique salaud, un beau salaud comme on les aime au cinéma, un salaud qu’on va adorer détester, puis qu’on va finalement se surprendre à aimer, c’est bien là tout l’intérêt de ce petit jeu de pistes. Et des pistes, dans K.O., il y en a, suffisamment pour vous prendre à témoin, pour vous faire gagner un temps d’avance sur les personnages, mais suffisamment aussi pour vous perdre, vous égarer dans une histoire digne d’un bon polar, quand la page se tourne fébrilement avec la petite boule d’excitation au ventre qui signe l’efficacité du récit. C’est un film de genre, noir bien ficelé, qui vous entraine dans un scénario à facettes dont chacune brille d’un éclat puissant, attirant par sa force machiavélique le pauvre spectateur, le baladant au gré des rebondissements dans un récit complexe où la vérité n’est bien entendu jamais là où l’on croit. Aux manettes de cette vaste entreprise, un réalisateur qui sait bien jouer avec les nerfs du spectateurs puisque créateur de la série Les Revenants, singulière saga au charme venimeux où, déjà, la frontière entre le bon et le mauvais, le premier et le second degré, le vrai et le faux, l’imaginaire et le réel s’effaçait sous la complexité humaine... lire la suite
Soirée Entretoiles : CGR Dimanche 12 à 20h30
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120 BATTEMENTS PAR MINUTE
Réalisé par Robin CAMPILLO
France 2017 2h20mn
avec Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Mehdi Touré, Aloïse Sauvage, Simon Bourgade...
Scénario de Robin Campillo et Philippe Mangeot. Festival de Cannes 2017 : Grand Prix et Prix de la Critique internationale.
C'est un film à la fois énergique et bouleversant qui raconte – sachant que le réalisateur et le co-scénariste furent partie prenante de l'histoire – ce que fut l'aventure d'Act-Up, cette association née au début des années 1990 pour défendre les droits et la visibilité des personnes atteintes du virus du Sida. L'aventure intense d'une bande de jeunes garçons et filles tous unis contre une maladie mortelle inconnue, apparue à la fin des années 80 et qui devait décimer en une décennie toute une partie de la communauté homosexuelle mais aussi des populations marginalisées (toxicomanes, prostitué(e)s, personnes incarcérées).
Les militants d'Act-Up (et le film par capillarité) n'étaient ni larmoyants ni tristes (même si les décès réguliers de leurs compagnons les affectaient), mais bien au contraire combattaient et souhaitaient continuer à danser, faire la fête et aimer. Ils menaient des actions spectaculaires qui choquaient l'opinion publique tout en la réveillant, en l'informant : sur l'inaction des pouvoirs publics, sur la réalité de la maladie, sur la duplicité des laboratoires pharmaceutiques spéculant sur la mort. Ce faisant ils vivaient leurs passions à cent à l'heure, dans une course contre la montre et la grande faucheuse...
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CGR (Draguignan) : mer 8/10h45, jeu 9/13h30, ven 10 et sam 11/22h15, lun 19h30, mar 10h40
Affiche
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Brooklyn Yiddish
Réalisé par Joshua Z WEINSTEIN
USA 2017 1h22mn VOSTF
avec Menashe Lustig, Ruben Niborski, Yœl Weisshaus, Meyer Schwartz...
Scénario de Joshua Z. Weinstein, Alex Lipschultz et Musa Syeed. Festival du Cinéma Américain de Deauville 2017 : Prix du Jury
Voilà un très joli film, extrêmement attachant, qui réussit à nous toucher profondément tout en s'intéressant à une communauté fermée sur elle-même, presque impénétrable. Une preuve de plus que certains sujets sont universels et qu'on peut s'adresser au monde entier à partir de territoires et de personnages absolument singuliers.
Bienvenue à Borough Park, au sud de Brooklyn, New-York city. Le quartier est en grande partie le fief des Juifs ultra-orthodoxes qui y vivent en relative autarcie. Parmi tous ces hommes en habit noir et couvre-chefs traditionnels, la caméra s'attache à celui qui sera notre « héros » : Menashe, physique rondouillard et démarche pataude. Menashe est le modeste employé d'une supérette casher, un peu maladroit et inconstant, régulièrement tancé par son sinistre patron pour ses erreurs et ses retards, assez fréquents il faut bien le dire...
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Lorgues : sam 11 / 18h15 VOST, dim 12 / 16h15 VOST, lun 13 / 19h15
Le Vox (Fréjus) : Mer 08 15:40, Jeu 09 16:05 20:00, Ven 10 13:45 16:40, Sam 11 15:40, Dim 12 15:30 20:15, Lun 13 13:45 20:00, Mar 14 16:15 18:15
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Téhéran Tabou
Écrit et réalisé par Ali SOOZANDEH
Film d'animation Iran/Allemagne 2017 1h36mn VOSTF
Téhéran n’est pas celle que vous croyez. Ni prude, ni soumise, pas plus que délurée. Disons plutôt qu’elle est un peu tout cela à la fois. C’est une vie à deux vitesses que la ville offre à ses habitants. En public, ils se montrent rangés, policés, moralisateurs. À l’abri des regards, chacun lâche ses démons. Sous les portraits des ayatollahs, sages comme des images, défilent les scènes les plus scabreuses. On aime boire, prendre des substances illicites, baiser. Mais ayant dit cela, on sombrerait vite dans les clichés pour touristes voyeurs alors que Téhéran tabou est tout l’inverse. Le film est une satire sociale incisive qui n’a pas froid aux yeux quand il dénonce crument la corruption qui règne à tous les étages. Il n’épargne ni les juges, ni les flics, ni les mollahs trop gras pour être des ascètes… lire la suite
Lorgues : mer 8 / 19h15, lun 13 / 21h00 
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L’intérêt général et moi
Réalisé par Sophie METRICH et Julien MILANESI
Documentaire France 2015 1h21mn
Un film éclairant, tonique, vivant et sensible, sur la notion d'intérêt général et plus particulièrement sur la construction du discours politique par les oligarques autour de cette notion pour nous convaincre du bien fondé de ces grands projets. On a envie de dire : enfin ! C'est un vaste débat qu'ouvrent nos deux réalisateurs et le sujet a dû être bien difficile et délicat à appréhender, de manière objective, puisqu'ils se sont durant plusieurs années opposés à la construction de l'autoroute Langon-Pau. Mais pari lancé et réussi sans doute aussi parce qu'en tant que miltants, justement, ils n'oublient pas de nous rappeler, et c'est un des grands intérêts de leur film, que derrière de froides décisions ce sont des vies, des territoires, des espaces naturels qui sont détruits ou devront l'être... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : ven10/ 20h
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D'après une Histoire Vraie
Réalisé par Roman POLANSKI
France 2017 1h40mn
avec Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez, Josée Dayan, Noémie Lvovsky, Brigitte Roüan...
Scénario de Roman Polanski et Olivier Assayas, d'après le roman de Delphine Le Vigan
Un regard de prédatrice, des lèvres de vamp… Elle (sublime Éva Green) a la beauté heureuse de celles qui n’ont pas besoin d’artifices pour la mettre en valeur. Énigmatique créature, d’emblée envoûtante, presque trop parfaite pour être vraie. « Elle » ! Le pronom sonne comme un absolu féminin, faussement modeste dans son laconisme. Il colle bien à la façon cavalière dont cette séductrice aborde sans ambages Delphine Dayrieux, écrivaine dont la renommée incite pourtant à la déférence. Se croyant enfin seule, aspirant à quelques instants de répit après une interminable séance de dédicaces, Delphine fusille tout d’abord d’une œillade noire et agacée cette présence surgie de nulle part qui lui glisse : « Allez, un dernier petit effort pour votre grande admiratrice… » On se dit qu’elle devrait l’envoyer paître, on s’étonne qu’elle ne réagisse pas, qu'elle se laisse hypnotiser par le regard vert félin de la belle inconnue à la voix profonde, par son phrasé lent et majestueux... lire la suite
Cotignac : lun 13/ 18h
Affiche
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Numéro Une
Réalisé par Tonie MARSHALL
France 2017 1h50mn
avec Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry, Samy Frey, Benjamin Biolay, Francine Bergé, Anne Azoulay, John Lynch, Bernard Verley, Jérôme Deschamps...
Scénario de Tonie Marshall et Marion Doucet, avec la collaboration de Raphaëlle Bacqué
Ils ont beau être des milliards, les hommes sont fragiles quand leur destin tient dans le creux de mains invisibles ! Peut-être est-ce pour fuir cette réalité que certains ont besoin de se sentir puissants et partent à la conquête du pouvoir. Ils ne sont que quelques uns à parvenir au sommet, qui défendent jalousement leur pré carré. Nous voilà dans un de leurs fiefs, à Paris. Les hautes tours phalliques de La Défense fendent le ciel comme si elles voulaient posséder la lune. Derrière leurs murs de verre, les centre névralgiques d’imposantes entreprises cotées en bourse se gorgent de richesses sur le dos du pauvre monde. Leurs cadres supérieurs – qui peuvent rarement s’encadrer les uns les autres – s’affairent à des tâches nébuleuses. Un microcosme étranger au commun des mortels que nous sommes, mais qui pour autant ne va pas nous laisser insensible et va vite devenir captivant... lire la suite
Le Luc : mer 8 / 16h, jeu 9/ 18h30, dim 12/16h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

LE CAIRE CONFIDENTIEL
Écrit et réalisé par Tarek SALEH
Egypte/Suède 2016 1h50mn VOSTF
avec Fares Fares, Ger Duany, Slimane Dazi, Mohamed Yousry, Hichem Yacouby, Hania Amar, Yasser Ali Maher...
Grand Prix, Festival de Sundance 2016 • Grand Prix, Beaune 2017, Festival international du film policier.

Le titre donné par le distributeur français à cet excellent polar entièrement tourné au Caire est tout sauf anodin et particulièrement bien choisi : les amateurs du genre pensent immédiatement à L.A. Confidential de James Elroy et à son adaptation cinématographique très réussie, dont l'intrigue policière était indissociable de la radiographie sans complaisance du Los Angeles rutilant et pourri des années 50, gangréné par la violence, le racisme, l'anti-communisme et la corruption. Ici c'est Le Caire qui est soumis au même détecteur de mensonges, de combines, d'hypocrisies, de comportements mafieux.
Nous sommes en 2011, peu après la révolution tunisienne de Jasmin qui a vu l'indéboulonnable dictateur Ben Ali chuter face à la détermination de la population, et peu avant ce qu'on appellera plus tard les mobilisations de la place Tahrir, esplanade centrale du Caire où se rassembleront des dizaines de milliers de manifestants qui finiront par obtenir l’abdication du président égyptien Moubarak. Mais on loin d'en être là…
Nourredine est un de ces policiers qui arpentent la nuit les rues survoltées de la mégalopole égyptienne, moins pour protéger les citoyens que pour rançonner petits commerçants et magouilleurs en tous genres à qui lui et ses collègues assurent protection contre rétribution. Car dans l'Egypte de Moubarak, où la police et encore plus la Sécurité nationale sont toutes puissantes, chaque citoyen a intégré la corruption comme un fait normal. Noureddine n'est ni meilleur ni pire que les autres : à quoi bon ne pas profiter de sa position quand tout le système vous y incite, et que personne ne semble devoir vous réfréner ? Il est même probable qu'il n'a pas le choix, c'est le principe de toutes les dictatures et de tous les systèmes mafieux : quand le crime et les abus de pouvoir deviennent la norme, ne pas y participer devient dangereux.
Mais ce soir-là n'est pas comme les autres : on découvre le corps sans vie d'une chanteuse dans une suite du prestigieux Nile Hilton. Une femme de chambre soudanaise désormais introuvable semble avoir été témoin du meurtre. Pour Noureddine et ses collègues, la course contre la montre débute pour trouver la jeune femme en fuite avant que les meurtriers ne la fassent taire définitivement.
L'affaire va se corser quand il s'avère qu'un homme d'affaires proche de l'entourage de Moubarak pourrait être lié au meurtre. Pour une fois, Nourredine décide de ne pas enterrer une affaire délicate pour le régime, pour une fois il choisit de ne pas en profiter pour monnayer son inaction. Pourquoi ? Une soudaine bouffée de conscience professionnelle ? Un réveil politique dans un contexte pré-insurrectionnel ? Les beaux yeux de la troublante Gina, chanteuse tunisienne amie de la victime ? En tout cas il va se retrouver pris dans un dangereux engrenage…
Maitrisant parfaitement les ressorts du polar, Tarek Saleh nous offre avec son inspecteur Noureddine un formidable personnage de anti-héros, qu'il fait se débattre dans un contexte historique, politique, social… superbement décrit. Rien que dans cette scène emblématique où on voit les policiers essayant de contenir les manifestants se retourner sans hésiter contre les snipers de Moubarak qui commencent à tirer sur la foule, on saisit le climat révolutionnaire du moment, on sait que le pays va basculer…
Pas étonnant que ce film remarquable ait remporté la récompense suprême dans deux festivals aussi différents que celui du film indépendant de Sundance (créé par Robert Redford) et celui du film policier de Beaune : Le Caire Confidentiel joue et gagne sur plusieurs tableaux, c'est pour ça qu'il est singulier et passionnant. (Utopia)


Soirée Entretoiles : Dimanche 12 à 18h au CGR

K.O.
Réalisé par Fabrice GOBERT
France 2017 1h55mn
avec Laurent Lafitte, Chiaria Mastroianni, Pio Marmaï, Zita Hanrot, Clotilde Hesme, Jean-François Sivadier...
Scénario de Fabrice Gobert et Valentine Arnaud.

Allez les amis, il va falloir changer un peu vos habitudes, accepter d’emprunter l’autre chemin, celui qui vous mène dans un endroit inconnu, peut-être même dans un endroit où vous ne voulez pas aller. Une fois n’est pas coutume, il va falloir suivre un salaud, un magnifique salaud, un beau salaud comme on les aime au cinéma, un salaud qu’on va adorer détester, puis qu’on va finalement se surprendre à aimer, c’est bien là tout l’intérêt de ce petit jeu de pistes. Et des pistes, dans K.O., il y en a, suffisamment pour vous prendre à témoin, pour vous faire gagner un temps d’avance sur les personnages, mais suffisamment aussi pour vous perdre, vous égarer dans une histoire digne d’un bon polar, quand la page se tourne fébrilement avec la petite boule d’excitation au ventre qui signe l’efficacité du récit. C’est un film de genre, noir bien ficelé, qui vous entraine dans un scénario à facettes dont chacune brille d’un éclat puissant, attirant par sa force machiavélique le pauvre spectateur, le baladant au gré des rebondissements dans un récit complexe où la vérité n’est bien entendu jamais là où l’on croit. Aux manettes de cette vaste entreprise, un réalisateur qui sait bien jouer avec les nerfs du spectateurs puisque créateur de la série Les Revenants, singulière saga au charme venimeux où, déjà, la frontière entre le bon et le mauvais, le premier et le second degré, le vrai et le faux, l’imaginaire et le réel s’effaçait sous la complexité humaine. Après Simon Werner a disparu, son premier long métrage, Fabrice Gobert signe là un film ambitieux et fait preuve d’une étonnante maîtrise dans la mise est scène (ne serait-ce que dans le choix du cinémascope qui donne aux images une force particulière).
Le salaud, c’est Antoine Leconte, homme de télévision, homme de pouvoir qui a toutes les qualités requises pour le job : arrogant, dominateur, cynique, incapable de la moindre empathie avec son entourage qu’il n'oublie jamais d'humilier avec le sourire, histoire d’asseoir son pouvoir. Il règne, avec sa gueule de beau gosse et son sourire carnassier, sur toute une petite cour mais lorsqu’il rentre le soir dans sa belle et vaste demeure des quartiers chics, croyez-vous qu’il tombe la veste pour enfiler les pantoufle du gentil mari doux et aimant ? Non, il est toujours le même salaud. Sa femme d’ailleurs, largement cocufiée, va le quitter tant elle est au bout du rouleau.
Des types comme ça ont des ennemis, forcément, et forcément un jour, c’est la tuile. Antoine se retrouve plongé dans un coma profond… Quand il en sort, tout a l'air pareil mais les choses ont changé. On ne le reconnaît plus comme avant, il y a moins de courbettes, il semble avoir moins d’autorité, mois d’ascendant sur les autres… Et pourtant son univers est toujours là, bien en place ! Le soir, quand il se présente à la grille de sa maison des beaux quartiers, pour enfin rentrer chez lui, le code ne fonctionne plus. En fait ce sont tous les codes d’Antoine qui ne fonctionnent plus…
Commence alors une descente aux enfers, ou dans un autre monde, pas un monde parallèle, non, le monde qui était à côté de lui et que, du haut de son arrogance, il ne voyait pas… Mais peut-être que non, peut-être que tout cela n’était qu’un rêve, peut-être qu’il est fou, peut-être qu’il s’agit d’un vaste complot, à moins que…
Il y a milles vies dans celle d’Antoine Leconte et mille interprétation de ce K.O. qui s’ancre à la fois dans une approche sociétale du monde du travail, ses rapports de domination et de castes, mais aussi dans une vision plus romanesque : celle de l’âme, de la reconquête de l’amour perdu, sans oublier bien entendu le fantastique. Efficace en diable. (Utopia)


Soirée Entretoiles : CGR Dimanche 12 à 20h30

120 BATTEMENTS PAR MINUTE
Réalisé par Robin CAMPILLO
France 2017 2h20mn
avec Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Mehdi Touré, Aloïse Sauvage, Simon Bourgade...
Scénario de Robin Campillo et Philippe Mangeot. Festival de Cannes 2017 : Grand Prix et Prix de la Critique internationale.

C'est un film à la fois énergique et bouleversant qui raconte – sachant que le réalisateur et le co-scénariste furent partie prenante de l'histoire – ce que fut l'aventure d'Act-Up, cette association née au début des années 1990 pour défendre les droits et la visibilité des personnes atteintes du virus du Sida. L'aventure intense d'une bande de jeunes garçons et filles tous unis contre une maladie mortelle inconnue, apparue à la fin des années 80 et qui devait décimer en une décennie toute une partie de la communauté homosexuelle mais aussi des populations marginalisées (toxicomanes, prostitué(e)s, personnes incarcérées).
Les militants d'Act-Up (et le film par capillarité) n'étaient ni larmoyants ni tristes (même si les décès réguliers de leurs compagnons les affectaient), mais bien au contraire combattaient et souhaitaient continuer à danser, faire la fête et aimer. Ils menaient des actions spectaculaires qui choquaient l'opinion publique tout en la réveillant, en l'informant : sur l'inaction des pouvoirs publics, sur la réalité de la maladie, sur la duplicité des laboratoires pharmaceutiques spéculant sur la mort. Ce faisant ils vivaient leurs passions à cent à l'heure, dans une course contre la montre et la grande faucheuse.
Si ce film est à ce point emballant, enthousiasmant, transportant, c'est peut-être parce qu'il est exceptionnel de voir réunis dans une même œuvre la force du politique, de la lutte commune et la puissance individuelle de personnages magnifiquement campés, aussi impliqués dans le combat d'Act-Up que dans leurs histoires d'amour à la vie à la mort.
Dans 120 Battements par minute, on voit des réunions d'amphi enflammées au cours desquelles les militants se déchirent pour le choix de la stratégie à mener, les plus radicaux s'opposant toujours aux plus pragmatiques. Et c'est passionnant de découvrir le frémissement des idées en marche. On voit des actions choc, parfois réussies, parfois ratées, parce que la lutte se nourrit aussi de la leçon des échecs. Mais on voit aussi naître une magnifique d'histoire d'amour entre un jeune militant radical se sachant malade – et dont la colère n'a d'égale que sa rage de vivre – et un garçon épargné par le virus qui, amoureux comme on peut l'être une ou deux fois dans sa vie, veut mener son histoire jusqu'au bout… et c'est waouuuuuch ! Mais jamais cette histoire individuelle n'affadit la lutte collective, à l'inverse elle la fait vibrer, l'irradie jusqu'au bout, jusqu'à un final que je ne veux évidemment pas vous gâcher.
120 battements par minute – le titre fait allusion au rythme de la musique house qui enflamma autant les nuits parisiennes que les manifestations d'Act-Up, les premières à se doter d'énormes camions sono –, porté par des acteurs pour la plupart inconnus (à l'exception d'Adèle Haenel) mais sublimes (notamment l'incroyable Nahuel Perez Biscayart, qui incarne le plus écorché vif des militants) est une leçon de vie, bien au-delà du Sida ou de la question homosexuelle, une ode formidable à la vitalité de la lutte pour revendiquer nos choix individuels de vie. (Utopia)


CGR (Draguignan) : mer 8/10h45, jeu 9/13h30, ven 10 et sam 11/22h15, lun 19h30, mar 10h40

Brooklyn Yiddish
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Joshua Z WEINSTEIN
USA 2017 1h22mn VOSTF
avec Menashe Lustig, Ruben Niborski, Yœl Weisshaus, Meyer Schwartz...
Scénario de Joshua Z. Weinstein, Alex Lipschultz et Musa Syeed. Festival du Cinéma Américain de Deauville 2017 : Prix du Jury

Voilà un très joli film, extrêmement attachant, qui réussit à nous toucher profondément tout en s'intéressant à une communauté fermée sur elle-même, presque impénétrable. Une preuve de plus que certains sujets sont universels et qu'on peut s'adresser au monde entier à partir de territoires et de personnages absolument singuliers.
Bienvenue à Borough Park, au sud de Brooklyn, New-York city. Le quartier est en grande partie le fief des Juifs ultra-orthodoxes qui y vivent en relative autarcie. Parmi tous ces hommes en habit noir et couvre-chefs traditionnels, la caméra s'attache à celui qui sera notre « héros » : Menashe, physique rondouillard et démarche pataude. Menashe est le modeste employé d'une supérette casher, un peu maladroit et inconstant, régulièrement tancé par son sinistre patron pour ses erreurs et ses retards, assez fréquents il faut bien le dire. Menashe est veuf depuis un an, il a un fils d'une dizaine d'années, l'adorable Ruben. Mais la tradition hassidique dit qu'un veuf, surtout quand il est pauvre, doit trouver une nouvelle épouse avant de récupérer la garde de son enfant, confié en attendant à des parents proches, en l'occurrence la sœur et le beau-frère. Mais Menashe n'a pas le cœur à chercher une nouvelle compagne, et les rendez-vous galants arrangés par les marieuses tournent au fiasco absolu. Il va donc négocier avec le rabbin de sa communauté une semaine à l'essai pour avoir seul la garde de son fils et prouver qu'il est un véritable Mensch, un homme un vrai en yiddish…

Mais les choses ne vont évidemment pas se passer comme il l'espérait : dépassé par son travail et les heures supplémentaires qu'on lui impose, il a toutes les peines du monde à respecter le rythme d'un écolier de 10 ans, par ailleurs il croule sous les dettes, le dîner qu'il s'obstine à vouloir organiser en mémoire de sa femme n'est pas une franche réussite, et il a une fâcheuse tendance à abuser de la boisson à la moindre fête pour oublier ses soucis… Tant et si bien que son fils va être tenté de retourner chez ses oncle et tante, pourtant pas marrants !
Le film de Joshua Weinstein frappe d'abord par son authenticité. Entièrement tourné en yiddish, il décrit avec une précision documentaire les us et coutumes de cette communauté méconnue, sans tomber dans les clichés, sans en occulter les travers : la manière notamment dont sont traitées les femmes, reléguées aux tâches ménagères, interdites par exemple de conduire, mais aussi – et Menashe en est la première victime – le poids exorbitant du groupe qui contrôle absolument tout de la vie privée et familiale, qui juge et condamne.

Mais le film nous touche surtout grâce aux personnages de Menashe et de son fils. Et pour cause : Joshua Weinstein s'était vu interdire par la communauté hassidique de tourner un documentaire sur elle, avant de rencontrer Menashe Lustig, qui lui a raconté sa propre histoire de commis d'épicerie, veuf et en proie aux problèmes de garde de son fils. Weinstein a alors décidé de tourner cette fiction avec ces acteurs non professionnels rejouant des situations directement adaptées de leur propre vie.
Profitant de la stature chaplinesque de Menashe, figure burlesque de l'éternel maladroit qui sait aussi émouvoir par sa douleur de veuf et de père empêché, Weinstein va largement au-delà de l'aspect documentaire et nous donne un très beau film sur le deuil et sur le lien père-fils.(Utopia)


Lorgues : sam 11 / 18h15 VOST, dim 12 / 16h15 VOST, lun 13 / 19h15
Le Vox (Fréjus) : Mer 08 15:40, Jeu 09 16:05 20:00, Ven 10 13:45 16:40, Sam 11 15:40, Dim 12 15:30 20:15, Lun 13 13:45 20:00, Mar 14 16:15 18:15

 

 

Téhéran Tabou
TÉHÉRAN TABOUÉcrit et réalisé par Ali SOOZANDEH
Film d'animation Iran/Allemagne 2017 1h36mn VOSTF

 

Téhéran n’est pas celle que vous croyez. Ni prude, ni soumise, pas plus que délurée. Disons plutôt qu’elle est un peu tout cela à la fois. C’est une vie à deux vitesses que la ville offre à ses habitants. En public, ils se montrent rangés, policés, moralisateurs. À l’abri des regards, chacun lâche ses démons. Sous les portraits des ayatollahs, sages comme des images, défilent les scènes les plus scabreuses. On aime boire, prendre des substances illicites, baiser. Mais ayant dit cela, on sombrerait vite dans les clichés pour touristes voyeurs alors que Téhéran tabou est tout l’inverse. Le film est une satire sociale incisive qui n’a pas froid aux yeux quand il dénonce crument la corruption qui règne à tous les étages. Il n’épargne ni les juges, ni les flics, ni les mollahs trop gras pour être des ascètes…
Le dicton qui qualifierait le mieux le rapport du réalisateur à sa terre natale serait le fameux « qui aime bien châtie bien ». C’est un film fougueux, courageux, sombre, qu’il nous offre. S’y côtoient la beauté, la désillusion, la révolte qui monte. On comprend dès les premiers plans qu’il était impensable de tourner en direct dans le pays des gardiens de la révolution. Judicieusement, Ali Soozandeh, qui était déjà un professionnel de l’animation, a choisi la technique de la rotoscopie (utilisée par exemple dans Valse avec Bachir ou La Passion Van Gogh…) afin de mettre en scène ses protagonistes. En partant de prises de vue réelles et en redessinant les acteurs, les décors… il peut restituer fidèlement l’ambiance particulière d’une capitale en perpétuelle ébullition sans risquer la censure. Les reflets de la ville se font et se défont dans les flaques, dans les imaginaires, tour à tour glauques ou chatoyants, comme pour mieux souligner la violence subie par ses maillons faibles au risque de choquer quelques amoureux du majestueux pays complexe et accueillant qu’est l’Iran.

La première scène donne le ton. Une dame au regard désabusé monte dans un taxi avec son jeune fils handicapé. Mais ce n'est pas elle pas la cliente, c’est le chauffeur qui devra payer ses services. Le môme à l’arrière n’a d’autre choix que le silence. Il est le témoin muet, l’alibi d’une mère qui se prostitue pour leur survie. Plus loin une épouse qui ne rêve que de travailler honnêtement ne peut pas être embauchée sans l’autorisation que son mari, pourtant en taule, lui refuse. Il y a aussi cette jouvencelle prête à se faire opérer illicitement pour retrouver son hymen perdu dans un instant d’égarement. Puis cette autre qui enchaîne les avortements en cachette… Sans le soutien social d’une famille, ou du sexe fort, les voilà toutes jetées en pâture entre des mains peu scrupuleuses, baladeuses. À Téhéran, savoir dire non est plus utile que savoir respirer.
Pourtant qu’elles sont belles, ces Iraniennes avec leurs gestes gracieux, leurs longs doigts effilés qui réajustent machinalement leur foulard à longueur de temps. Jeunes filles en fleur, mamans ou putains, toutes dépendent du bon vouloir des hommes. Mais le pouvoir de ces derniers semble bien amer. On ne les sens pas plus libérés et épanouis que celles sur lesquelles ils l’exercent éhontément. L’hypocrisie qui règne, souveraine, est la porte ouverte à toutes les formes de chantage, d’esclavage, de trafics qu’aucun Dieu ne bénirait.
Parfois un rayon de soleil, une envolée poétique procurent une bouffée d’air frais. Sans oublier les séances de photos cocasses où un photographe pince-sans-rire s’évertue à changer l’arrière plan comme si le sort de ses clients en dépendait : « C’est pour un service public ? Alors mieux vaut mettre du noir en fond ». Mais il ne suffit pas de gratter le vernis d’une société vérolée pour la rendre vertueuse et pour certains la seule échappatoire sera la fuite…(Utopia)


Lorgues : mer 8 / 19h15, lun 13 / 21h00

L’intérêt général et moi

 

Réalisé par Sophie METRICH et Julien MILANESI
Documentaire France 2015 1h21mn

Un film éclairant, tonique, vivant et sensible, sur la notion d'intérêt général et plus particulièrement sur la construction du discours politique par les oligarques autour de cette notion pour nous convaincre du bien fondé de ces grands projets. On a envie de dire : enfin !
C'est un vaste débat qu'ouvrent nos deux réalisateurs et le sujet a dû être bien difficile et délicat à appréhender, de manière objective, puisqu'ils se sont durant plusieurs années opposés à la construction de l'autoroute Langon-Pau. Mais pari lancé et réussi sans doute aussi parce qu'en tant que miltants, justement, ils n'oublient pas de nous rappeler, et c'est un des grands intérêts de leur film, que derrière de froides décisions ce sont des vies, des territoires, des espaces naturels qui sont détruits ou devront l'être.

Pour illustrer leur sujet, ils ont choisi trois grands projets : l'A65 citée plus haut, construite et vide, le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes vieux de plus de 40 ans et un projet ferroviaire pharaonique, la LGV GPSO. Et ils ont rassemblé des interviews de gens touchés dans leur quotidien, d'élus, de dirigeants politiques nationaux et locaux, d'associatifs engagés, de militants, de journalistes, de fonctionnaires… À travers ces différentes interventions, ils soulignent l'importance de la parole, de l'écoute, du lien social et nous engagent à nous questionner : qui détermine l'intérêt général ? Comment ? Suis-je concerné ? Consulté ? Les processus décisionnaires sont pointés du doigt et l'on en vient à se demander au fond : qu’est-ce qu’une démocratie au xxie siècle ? Quelle société organise-t-elle ? (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : ven10/ 20h

 

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Au(x) cinéma(s) du 1er au 7 novembre 2017

Entretoiles entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Voici ce qui vous attend cette semaine dans vos cinémas. Au CGR pas de film de ciné club pendant les vacances de Toussaint. Nous vous annonçons déjà les soirées Entretoiles : le 12 Novembre une soirée “Polars” avec Le Caire Confidentiel et K.O.  et le 26  novembre le film russe Faute d’amour. Le 10 décembre  une soirée avec les films Happy End et Une Famille syrienne.

Dans  les salles  alentour  des nouveautés : à Lorgues un film bulgare Taxi Sofia et un film d’Amos Gitai À l’ouest du Jourdain . Au Vox, Jeune femme et Corps et âmes film primé au Festival de Berlin.

Et ne manquez surtout pas à CGR et dans les salles aux alentours  Au revoir là-haut  pour ceux qui ont aimé le roman de Pierre Lemaître et qui sont curieux de voir comment Albert Dupontel l’a adapté à l’écran : ils ne seront pas déçus !
 
Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)
 
Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

PROGRAMMATION DU 1ER AU 7 NOVEMBRE 2017
Affiche
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Taxi Sofia
Réalisé par Stephan Komandarev
Bulgarie 2017 1h43mn VOSTF
avec Vassil Vassilev-Zuek, Ivan Barnev, Assen Blatechki, Irini Zhambonas, Vasil Banov...
Scénario de Simeon Ventsislavov et Stephan Komandarev
« Il n'y a que deux sortes de chauffeurs de taxi », rigolait Desproges : « Ceux qui vous racontent leur putain de vie, qui parlent, parlent, parlent alors qu'on voudrait la paix. Et ceux qui se taisent, qui se taisent, rien, pas bonjour, alors qu'on est tout seul derrière, au bord de mourir de solitude… ». C’était avant l’avènement d’une troisième catégorie de chauffeurs : cultivés, ayant souvent plus de conversation et d’esprit que leurs passagers. Professeur, scientifique, musicien… le jour, taxi la nuit… À Sofia, s'il faut en croire le film, ceux qui vous conduisent sont de sacrés personnages et la noirceur de leur humour décapant n’a rien à envier à celle d’un état gangréné par la corruption... lire la suite
Lorgues : ven 3 / 17h00 VOST, dim 5 / 20h20 VOST, lun 6 / 19h00
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À l'ouest du Jourdain
Réalisé par  Amos Gitaï
Documentaire Israël / France 1 h 24 min
Trente-cinq ans après son film Journal de campagne, le réalisateur israélien Amos Gitaï a décidé de retourner filmer dans les territoires occupés et de partir à la rencontre de celles et ceux qui cherchent des solutions pour sortir de l’impasse dans laquelle les décisions politiques les enferment. Il participe à une réunion du Cercle des parents, une association de mères israéliennes et palestiniennes ayant perdu des enfants à cause du conflit, ainsi qu’à une séance de B’Tselem, une organisation de droits de l’Homme qui encourage les femmes palestiniennes à filmer les exactions commises dans les territoires occupés. Il visite une école bédouine actuellement menacée de démolition en raison de la récente loi dite de « régularisation » de l’occupation de terres palestiniennes par des colons. Il interroge des responsables politiques et des journalistes israéliens. Ces rencontres sont entrecoupées par des extraits d’un entretien du cinéaste avec Yitzhak Rabin, peu avant son assassinat : on est stupéfaits de l’espoir que transmettent encore aujourd’hui ses paroles et de sa vision presque prophétique de la situation de son pays… lire la suite
Lorgues :  ven 3 / 19h00 VOST, sam 4 / 20h40 VOST, lun 6 / 17h00
Affiche
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Au revoir là-haut
Réalisé par Albert DUPONTEL
France 2017 1h55mn
avec Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Nahuel Perez Biscayart, Niels Arestrup, Mélanie Thierry, Emilie Dequenne, Jonathan Louis... et la formidable Héloïse Balster de Pontoise...
Scénario d’Albert Dupontel et Pierre Lemaitre, d’après son roman, Prix Goncourt 2013
Le roman de Pierre Lemaître, un des Prix Goncourt les plus populaires et les plus appréciés de ces dix dernières années, ample récit foisonnant de personnages inoubliables, de situations fortes, de rebondissements captivants, représentait un sacré défi d'adaptation au grand écran. Et on se dit en voyant le film qu'Albert Dupontel était bel et bien l'homme de la situation : il saute aux yeux que son univers, peuplé de marginaux de tous poils qui peinent à trouver leur place dans une société qui les rejette, embrasse complètement l’œuvre de Lemaître. Et puis il y a son côté corsaire du cinéma, son appétit démesuré, sa folie déjantée que rien ne semble pouvoir effrayer, et sûrement pas un prix littéraire, aussi prestigieux soit-il... lire la suite
CGR (Draguignan) : mer 1 jeu 2    vend 3    sam 4   dim 5   lun 6   mar 7 / 19h45 et 22h, lun 6 et mardi 7/ 13h30 et 16h
Cotignac : jeu 2  18h et 20h30
Salernes : mer 1  ven 3 et mar 7 / 20h30, lun 6 / 18h
Affiche
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Jeune femme
Écrit et réalisé par Léonor SERRAILLE
France 2017 1h37mn
avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye, Léonie Simaga, Nathalie Richard...
Festival de Cannes 2017 : Caméra d'Or (Meilleur premier film, toutes sélections confondues)
Plus tête à claques qu’elle, tu meurs ! De prime abord Paula n’a rien d’aimable quand elle fonce tête baissée sur la porte de son ex, furieuse d'être délaissée, pathétique. La dernière chose qu’on aurait envie de faire, c’est bien d’ouvrir à cette furie ! Face à cette porte solide ma foi, elle ne réussit qu’à se blesser. Le front ouvert, la voilà qui engueule tous ceux qui passent à sa portée et tentent de lui porter secours, flics et soignants compris. C’est même un miracle qu’elle ne finisse pas internée. Ce qui la sauve ? Son sens de la répartie et cette grande fragilité qu’on sent poindre sous ses gesticulations. Quelque chose émeut dans cette grande gueule d’emmerdeuse rouquine alors même qu’on se dit : « Attention danger ! Bougresse à fuir absolument ! ». Avec elle on sait qu’on n’aura pas de répit, qu’on ne sera jamais au bout de nos peines. Elle est comme un électron libre en perpétuel mouvement, et on s'attache progressivement à elle, ne serait-ce que grâce à la dimension comique de ses comportements... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : Mer 01 13:40 18:15 20:45 Jeu 02 13:40 20:30 Ven 03 13:40 16:00 18:15 Sam 04 13:40 18:15 20:30 Dim 05 13:40 15:45 17:55 Lun 06 13:40 18:00 20:00 Mar 07 13:40 15:50 20:30
Affiche
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Corps et âme
Écrit et réalisé par Ildiko ENYEDI
Hongrie 2017 1h56mn VOSTF
avec Alexandra Borbély, Geza Morcsanyi, Reka Tenki, Zoltan Schneider...
Ours d’Or, Festival de Berlin 2017
Comme souvent les grands films, celui-ci nous captive et nous embarque dès les premières images. Premier plan : un couple de cervidés majestueux marche dans la neige d’une forêt endormie pour l’hiver. Distants et étrangement solidaires, ils s’observent du coin de l’œil, se cajolent secrètement. Plan suivant : une vache aux yeux expressifs, coincée dans une cellule trop étroite, essaie de happer une brise d’air frais venue du dehors. Désespérément seule dans un univers de béton, loin de son élément naturel.  En quelques secondes nous sommes à la croisée de deux mondes. Du premier on peut rêver, mais toujours le second vous rattrape, réaliste et clinique. Comme la blancheur immaculée de la graisse des bêtes que l’on sacrifie. Car nous sommes dans l’endroit le plus improbable pour faire naître une histoire d’amour. Et pourtant... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : Mer 01 15:25 Jeu 02 15:25 17:45 Ven 03 15:25 18:15 Sam 04 15:25 Dim 05 20:30 Lun 06 15:45 17:55 Mar 07 15:45 20:30

Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Taxi Sofia
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Stephan Komandarev
Bulgarie 2017 1h43mn VOSTF
avec Vassil Vassilev-Zuek, Ivan Barnev, Assen Blatechki, Irini Zhambonas, Vasil Banov...
Scénario de Simeon Ventsislavov et Stephan Komandarev

« Il n'y a que deux sortes de chauffeurs de taxi », rigolait Desproges : « Ceux qui vous racontent leur putain de vie, qui parlent, parlent, parlent alors qu'on voudrait la paix. Et ceux qui se taisent, qui se taisent, rien, pas bonjour, alors qu'on est tout seul derrière, au bord de mourir de solitude… ».
C’était avant l’avènement d’une troisième catégorie de chauffeurs : cultivés, ayant souvent plus de conversation et d’esprit que leurs passagers. Professeur, scientifique, musicien… le jour, taxi la nuit… À Sofia, s'il faut en croire le film, ceux qui vous conduisent sont de sacrés personnages et la noirceur de leur humour décapant n’a rien à envier à celle d’un état gangréné par la corruption. Forts de tout ce qu'ils voient et entendent au volant, ils ont pu en conclure que si la Bulgarie est un pays peuplé d’optimistes, c’est que les pessimistes et les réalistes l’ont quitté depuis longtemps, avec Dieu en prime pour faire bonne mesure ! S’embarquer avec eux est un voyage jubilatoire, peuplé d’anecdotes kafkaïennes qui dressent un diagnostic infaillible sur une société bulgare en pleine déliquescence.

L'épisode qui ouvre le film est basé sur un incident véritable qui a mis en émoi tout le pays. Au petit matin, avant d’emmener sa gamine à l’école, Micho découvre son entreprise assaillie par des usuriers, huissiers et autres rapaces. Il essaie de redresser la situation mais nul crédit ne va lui être accordé. Chacun en profitera au contraire pour essayer de le pressurer un peu plus, lui réclamer des pots-de-vin disproportionnés, jusqu’à ce que sa position ne soit plus tenable. Constatant qu'il n'a plus rien à espérer de personne, notre entrepreneur malchanceux, après avoir mis sa fillette à l’abri, commettra un acte réjouissant dont beaucoup rêveraient en de pareilles circonstances : il va abattre son banquier ! Pourtant Micho était prêt à tout pour s’en sortir honnêtement. Même à conduire un taxi la nuit après une dure journée de travail…
L'affaire fera l'objet de vifs débats, relayés par la radio. Le trait de génie du film, d’une grande puissance formelle et narrative, est de les suivre de l’intérieur, depuis cinq autres taxis, chaque chauffeur ayant sa propre histoire poignante ou/et drôle à raconter. Chaque parcours, si différent soit-il, témoigne de la même galère due à cette double vie menée pour essayer de joindre les deux bouts dans un pays où même les lycéennes sont prêtes à tout pour plumer les plus riches et méprisent les losers qui sont assez idiots pour trimer dans un pays où la probité ne paie plus. Au volant des taxis, on croisera des individus incroyables : un retraité déprimé, une mère de famille excédée, un prêtre décomplexé… On est loin d’imaginer jusqu’où chaque nouveau conducteur (et conductrice, il y a une femme dans le lot) va nous entraîner et ce qu'il va advenir de son passager. Celui qui menace de se suicider en se jetant du haut d’un pont passera-t-il à l'acte ? Et ce boulanger épuisé par une vie de trop dur labeur ? Qu’arrivera-t-il à ce chirurgien qui doit transplanter son dernier cœur avant de s’exiler ? Ou encore à cet homme d’affaire vaniteux qui navigue d’un aéroport à un autre, se gavant sans vergogne sur le dos des plus faibles ?

Tout cela devient très vite prenant. Les répliques fusent comme autant de perles pour construire ce bijou d’humour noir et d’humanité. Le titre original du film est Posoki = Directions… Faisant allusion non seulement à celles que suivent les taxis, mais à celles que devraient emprunter les Bulgares pour sortir des ornières d’un pays où personne n’ose plus rêver d’autre chose que de survie.

Lorgues : ven 3 / 17h00 VOST, dim 5 / 20h20 VOST, lun 6 / 19h00

À l'ouest du Jourdain
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par  Amos Gitaï
Documentaire Israël / France 1 h 24 min

Trente-cinq ans après son film Journal de campagne, le réalisateur israélien Amos Gitaï a décidé de retourner filmer dans les territoires occupés et de partir à la rencontre de celles et ceux qui cherchent des solutions pour sortir de l’impasse dans laquelle les décisions politiques les enferment. Il participe à une réunion du Cercle des parents, une association de mères israéliennes et palestiniennes ayant perdu des enfants à cause du conflit, ainsi qu’à une séance de B’Tselem, une organisation de droits de l’Homme qui encourage les femmes palestiniennes à filmer les exactions commises dans les territoires occupés. Il visite une école bédouine actuellement menacée de démolition en raison de la récente loi dite de « régularisation » de l’occupation de terres palestiniennes par des colons. Il interroge des responsables politiques et des journalistes israéliens. Ces rencontres sont entrecoupées par des extraits d’un entretien du cinéaste avec Yitzhak Rabin, peu avant son assassinat : on est stupéfaits de l’espoir que transmettent encore aujourd’hui ses paroles et de sa vision presque prophétique de la situation de son pays...

« Face à une situation politique bloquée, des initiatives individuelles émergent. On assiste à une mutation de la résistance pacifique. Ce film parle d’une réponse possible. Celle, émouvante, de gens qui n’ont pas le pouvoir mais auxquels restent un idéal, une opinion, qui les poussent à agir quels que soient les risques, les conséquences, les insultes et les accusations. Quand j’ai démarré ce projet j’ai dit aux producteurs : "si vous attendez un film où tous les Palestiniens sont des terroristes, et tous les Israéliens des salauds de colons, ne comptez pas sur moi, je veux aller chercher les fissures dans le mur". » Amos Gitaï ( Utopia)


Lorgues :  ven 3 / 19h00 VOST, sam 4 / 20h40 VOST, lun 6 / 17h00

Au revoir là-haut

Réalisé par Albert DUPONTEL
France 2017 1h55mn
avec Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Nahuel Perez Biscayart, Niels Arestrup, Mélanie Thierry, Emilie Dequenne, Jonathan Louis... et la formidable Héloïse Balster de Pontoise...
Scénario d’Albert Dupontel et Pierre Lemaitre, d’après son roman, Prix Goncourt 2013

Le roman de Pierre Lemaître, un des Prix Goncourt les plus populaires et les plus appréciés de ces dix dernières années, ample récit foisonnant de personnages inoubliables, de situations fortes, de rebondissements captivants, représentait un sacré défi d'adaptation au grand écran. Et on se dit en voyant le film qu'Albert Dupontel était bel et bien l'homme de la situation : il saute aux yeux que son univers, peuplé de marginaux de tous poils qui peinent à trouver leur place dans une société qui les rejette, embrasse complètement l’œuvre de Lemaître. Et puis il y a son côté corsaire du cinéma, son appétit démesuré, sa folie déjantée que rien ne semble pouvoir effrayer, et sûrement pas un prix littéraire, aussi prestigieux soit-il.

Quoiqu’il en soit, Dupontel signe un grand beau film à la fois épique et burlesque, lyrique et caustique, politiquement incorrect et poétique en diable qui réunit toutes les qualités que l’on aime chez lui, avec une maîtrise qui impressionne. Quant à l'éternelle question de la fidélité à l'œuvre littéraire, on dira que Dupontel a pris quelques libertés quant à la lettre – ajoutant quelques épisodes purement cinématographiques – mais a tout à fait respecté l'esprit du roman, dont on retrouve à l'écran toute la verve et la puissance (il ne vous aura d'ailleurs pas échappé que Pierre Lemaître lui-même co-signe le scénario).
Novembre 1918. A quelques jours de l’Armistice, Edouard Péricourt sauve Albert Maillard d’une mort certaine. Rien en commun entre ces deux hommes si ce n’est la guerre et le lieutenant Pradelle qui, en donnant l’ordre d’un assaut absurde, brise leurs vies en même temps qu’il lie leurs destins. Sur les ruines du carnage de la première guerre mondiale, chacun va tâcher de survivre : Pradelle, plus cynique que jamais, symbole du grand capitalisme, s’apprête à faire fortune sur le dos des morts tandis qu’Albert et Edouard, condamnés à vivre, vont tenter de monter une arnaque monumentale, comme une revanche sur tous ces salauds planqués qui les ont envoyés au casse-pipe.

Au revoir là-haut, c’est l’histoire d’une tragédie racontée comme une farce, c’est un cœur tendre enrobé dans le mauvais esprit d’un voyou, c’est la puissance d’un regard généreux qui englobe aussi dans cette sublime histoire d’amitié une charge contre les puissants, les salauds, les politiques véreux ou va-t-en guerre… et c’est le film le plus abouti et le plus romanesque d’un vrai cinéaste.


CGR (Draguignan) : mer 1 jeu 2    vend 3    sam 4   dim 5   lun 6   mar 7 / 19h45 et 22h, lun 6 et mardi 7/ 13h30 et 16h
Cotignac : jeu 2  18h et 20h30
Salernes : mer 1  ven 3 et mar 7 / 20h30, lun 6 / 18h


Jeune femme
I AM NOT YOUR NEGROÉcrit et réalisé par Léonor SERRAILLE
France 2017 1h37mn
avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye, Léonie Simaga, Nathalie Richard...
Festival de Cannes 2017 : Caméra d'Or (Meilleur premier film, toutes sélections confondues)

Plus tête à claques qu’elle, tu meurs ! De prime abord Paula n’a rien d’aimable quand elle fonce tête baissée sur la porte de son ex, furieuse d'être délaissée, pathétique. La dernière chose qu’on aurait envie de faire, c’est bien d’ouvrir à cette furie ! Face à cette porte solide ma foi, elle ne réussit qu’à se blesser. Le front ouvert, la voilà qui engueule tous ceux qui passent à sa portée et tentent de lui porter secours, flics et soignants compris. C’est même un miracle qu’elle ne finisse pas internée. Ce qui la sauve ? Son sens de la répartie et cette grande fragilité qu’on sent poindre sous ses gesticulations. Quelque chose émeut dans cette grande gueule d’emmerdeuse rouquine alors même qu’on se dit : « Attention danger ! Bougresse à fuir absolument ! ». Avec elle on sait qu’on n’aura pas de répit, qu’on ne sera jamais au bout de nos peines. Elle est comme un électron libre en perpétuel mouvement, et on s'attache progressivement à elle, ne serait-ce que grâce à la dimension comique de ses comportements…

Paula est sans doute emblématique de toutes ces trentenaires contemporaines un peu larguées, tenaillées entre leurs dépendances affectives et un désir d’indépendance et de liberté qu’elles ont du mal à conquérir. Ce qu'elle vit là, c'est plus qu’une rupture, c’est presque la perte d’elle-même tant elle était habituée à n’exister que par le regard de son homme, de ce photographe qui la valorisait. Pour garder quelque chose de lui, elle ira jusqu’à kidnapper son chat… Une bête plutôt inintéressante et moche, un véritable boulet qu’elle ne semble même pas apprécier. Mais que ne ferait-elle pas pour garder un petit lien ténu avec celui qu’elle a aimé, qui l'a aimée ? Paumée, à la rue avec ce crétin de félin sur les bras, abandonnée dans un Paris où elle ne connaît personne, après des années paradisiaques passées au Mexique, on la sent vraiment mal barrée.
On ne sait d’où elle a tiré cette hargne d’animal blessé. N’empêche que c’est dans cette rage qu’elle va puiser la force nécessaire pour rebondir. Ce largage dans Paris devient presque une chance et va lui permettre de s’émanciper. Son manque d’amour propre lui octroie toutes les audaces. Prête à tout, sans vergogne, Paula fait feu de tout bois. Malheur à celle qui pense l’avoir reconnue dans la rue : Paula débarque chez elle et s’incruste avec sa brosse à dents pour le meilleur et pour le pire. Une annonce de garde d'enfant passe à sa portée ? Notre héroïne se la joue nounou, une nounou peu conventionnelle, trouble-fête qui va vite faire tache dans un foyer trop bien rangé ! On cherche une vendeuse de culottes ? Qu’à cela ne tienne : elle s’improvise marchande et décroche le poste lors d’un entretien d’embauche des plus burlesques. Bien sûr elle se fait larguer de partout, vu que tout cela n’est que de l’esbroufe et que sur la durée, il faut bien qu'elle finisse par se l'avouer : elle ne sait rien faire, à part être elle-même et c’est déjà énorme. Cette tête de mule incarne à elle seule toute une génération débrouille secouée par la crise et qui n’a d’autre perspective que de vivre d’expédients et de petits boulots.

Le rôle principal est endossé avec un brio fracassant par Laetitia Dosch qui explose à l’écran. Elle impose un jeu d’une incroyable sincérité, porte le film avec une énergie folle, soutenant sans faillir son rythme endiablé. Grace à elle Paula est plus qu’une simple gonzesse compliquée, elle lui donne toute la complexité d’une jeune femme qui se cherche, assume ses faiblesses, ses contradictions, finit par ne plus avoir peur ni honte d’elle-même. Une jeune femme parmi tant d’autres, inoubliable.

Le Vox (Fréjus) : Mer 01 13:40 18:15 20:45 Jeu 02 13:40 20:30 Ven 03 13:40 16:00 18:15 Sam 04 13:40 18:15 20:30 Dim 05 13:40 15:45 17:55 Lun 06 13:40 18:00 20:00 Mar 07 13:40 15:50 20:30

Corps et âme
Écrit et réalisé par Ildiko ENYEDI
Hongrie 2017 1h56mn VOSTF
avec Alexandra Borbély, Geza Morcsanyi, Reka Tenki, Zoltan Schneider...
Ours d’Or, Festival de Berlin 2017

Comme souvent les grands films, celui-ci nous captive et nous embarque dès les premières images. Premier plan : un couple de cervidés majestueux marche dans la neige d’une forêt endormie pour l’hiver. Distants et étrangement solidaires, ils s’observent du coin de l’œil, se cajolent secrètement. Plan suivant : une vache aux yeux expressifs, coincée dans une cellule trop étroite, essaie de happer une brise d’air frais venue du dehors. Désespérément seule dans un univers de béton, loin de son élément naturel.
En quelques secondes nous sommes à la croisée de deux mondes. Du premier on peut rêver, mais toujours le second vous rattrape, réaliste et clinique. Comme la blancheur immaculée de la graisse des bêtes que l’on sacrifie. Car nous sommes dans l’endroit le plus improbable pour faire naître une histoire d’amour. Et pourtant… C’est bien dans un abattoir des plus proprets que la magie va se produire. Il faut dire que le directeur de l’établissement est un personnage très éloigné de l'idée qu'on pourrait s'en faire. Endre n’a rien d’un boucher sanguinaire et insensible. Seuls ceux qui ont de l’empathie pour les bêtes ont de la place dans son métier, il le dit sans détours. De lui se dégage une sensation de puissance douce, de distance semblable à celle des vieux cerfs nobles et sauvages qui savent que pour eux la partie est terminée et se contentent de survivre, solitaires, en marge de la harde et de l’observer.

Du haut de son bureau, le monde semble devenu insignifiant. Pourtant, un matin, parmi ses employés, quelque chose attire son regard. Plus qu’une silhouette c’est une attitude qu’il remarque. Celle d’une jeune femme blonde et gracile, qui se tient en retrait du groupe. Elle a le regard d'une biche aux abois et semble vouloir se tapir à l’ombre de grands arbres qui n'existent pas dans la cour goudronnée. Renseignements pris, elle est la nouvelle contrôleuse qualité, tatillonne, taiseuse, qui passe aux yeux de tous pour une sorte de bêcheuse tant elle n’essaie pas de communiquer. Mais en est-elle capable ? Le soir, dans son appartement aussi aseptisé qu’une maison de poupée, elle remet en scène sa journée de manière cocasse, les personnages qui l’ont peuplée, un surtout… Puis, au réveil, elle repart vers son boulot, accomplissant impeccablement sa mission. Chaque jour arrive comme une vague de routine où elle se replonge sans mot dire. Sauf à son psy, un vieux bonhomme usé qui ne cesse comiquement de lui seriner « Maria, vous ne voudriez pas vous trouver un psychiatre pour adultes ? » Et tombe toujours le même « non », au grand désespoir du praticien. Tout le film est émaillé de ces fines scènes colorées de l’intérieur, poétiques, drôles, qui créent autour des personnages un patchwork subtil et attachant.
On se prend à espérer que la main de Endre frôle celle de Maria. On se désespère quand cette dernière le repousse, les renvoyant tous deux à leur immense solitude, à leurs handicaps respectifs. Car l’incapacité de Maria à aller au contact des autres, si elle est moins apparente que la paralysie qui frappe le bras de son patron, n’en est pas moins violente.
Il faudra l’intervention d’une croustillante rousse pulpeuse pour les projeter dans une autre dimension, celle de leurs songes. Après avoir pensé à quelque méchante plaisanterie, Maria et Endre vont devoir se plier à l’évidence déroutante. Au cœur de chaque nuit, dans le creux intime de leurs rêves, ils galopent ensemble. Lui le cerf solitaire, elle la biche effarouchée…

Dans ce film splendide, les mots en disent moins long que les regards. Et celui de la réalisatrice n’est pas loin d’évoquer l’univers tendre d’un Buster Keaton : une ironie douce amère mâtinée de compassion. Une forme de désespérance joyeuse, discrète, qui nous ramène humblement à notre condition humaine. L’essentiel restant à tout jamais invisible pour nos yeux (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : Mer 01 15:25 Jeu 02 15:25 17:45 Ven 03 15:25 18:15 Sam 04 15:25 Dim 05 20:30 Lun 06 15:45 17:55 Mar 07 15:45 20:30

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358 chemin du peyrard
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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Date et signature :

Au(x) cinéma(s) du 4 au 10 octobre 2017

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

C’est ce dimanche 8 Octobre qu'a lieu notre soirée  Entretoiles avec 2 films (entrecoupés d’un apéritif ) sur le thème: ”Qu’avons nous fait de notre jeunesse ?” illustré par les films  Petit Paysan et Gabriel et la montagne respectivement à 18h et 20h30.

Au CGR ainsi qu’au Luc  vous pourrez voir au ciné-club (hélas en V.F ) Wind River, un film entre enquête policière et cinéma d’aventures dont le scénariste  est celui de Comancheria. A Lorgues on vous propose  cette semaine le film Le Redoutable pour les admirateurs de Godard et Une famille syrienne, un film poignant, quoiqu’un peu austère, sur l’atroce banalité de la guerre.

À Cotignac et au Luc ne ratez pas le dernier Techiné : Nos années folles : inspirée de faits réels, une histoire trouble et troublante sur le désir et l'identité.

Enfin au Vox les nouveautés :  un film de Michel Haneke Happy End, portrait au vitriol d’une riche famille industrielle de Calais,  ainsi que deux documentaires: celui de Barbet Schroeder Le Vénérable W , un portrait glacial de l’intolérance et Le maitre est l‘enfant pour initier les parents curieux sur la méthode Montessori et faire réfléchir les réfractaires.
 
Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 4 AU 10 OCTOBRE 2017

 

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Petit Paysan
Réalisé par Hubert CHARUEL
France 2017 1h30mn
avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners, Isabelle Candelier, Marc Barbé...
Scénario de Claude Le Pape et Hubert Charuel.
Repéré dans la sélection de la Semaine de la Critique lors du dernier Festival de Cannes, Petit paysan est un premier film d'une trempe exceptionnelle, à la singularité captivante, aussi documenté qu'inventif, une chronique de la vie paysanne ordinaire tournée comme un film noir, bouleversante d'authenticité et haletante d'un bout à l'autre. Tout bonnement formidable ! C'est l'histoire de Pierre, la trentaine, chevelure d'argent encadrant un visage de chérubin nerveux, qui élève ses vaches laitières dans la ferme de ses parents, en Champagne-Ardenne. L'exploitation n'est pas bien grande – trente vaches, ni plus ni moins – mais l'est suffisamment pour que la vie de Pierre y soit entièrement consacrée. Son emploi du temps est ainsi réglé au millilitre près : pris par choix dans l'ivresse de la routine, ascétique au possible, Pierre ne se permet aucun débordement – pas même pour les beaux yeux de la boulangère, Angélique, qui tente tant bien que mal de lui faire du gringue à coups de klaxons intempestifs dès qu'elle croise sa route au volant de sa camionnette de livraison. Mais Dieu créa la vache et la Bardot du pétrin fait peau de chagrin face aux Bordelaises que Pierre a dans son cœur, jusque dans ses songes – à l'instar de la géniale scène d'ouverture où il rêve que sa maison accueille ses bêtes comme colocataire... lire la suite
GGR : Soirée Entretoiles dim 8 à 18h
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Gabriel et la montagne
Réalisé par Fellipe BARBOSA
Brésil 2017 2h12mn VOSTF
avec João Pedro Zappa, Caroline Abras...
Scénario de Fellipa Barbosa, Lucas Paraizo et Kirill Mikhanovsky
C'est une superbe lettre d'amitié filmée que le réalisateur brésilien Fellipe Barbosa a envoyé par-delà le monde des vivants et des morts à son ami disparu Gabriel Buchmann. La disparition du jeune homme nous est révélée dès la première séquence, sublime. Sur les contreforts splendides d'une montagne du Malawi, dans des gestes infiniment répétés depuis probablement des millénaires, deux paysans fauchent en descendant la pente. Jusqu'à la découverte inopinée du corps d'un touriste blanc. Gabriel Buchmann était un jeune compagnon de lycée de Fellipe Barbosa. Un garçon issu comme lui de la bourgeoisie de Rio, dans un pays marqué par les inégalités... lire la suite
GGR : Soirée Entretoiles dim 8 à 20h30
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Wind River
Écrit et réalisé par Taylor SHERIDAN
USA 2017 1h51mn VF
avec Jeremy Renner, Elizabeth Olsen, Gil Birmingham, Jon Bernthal, Julia Jones, Kelsey Asbille, James Jordan...
PRIX DE LA MISE EN SCÈNE, UN CERTAIN REGARD, CANNES 2017
Pour les lecteurs attentifs des génériques, Taylor Sheridan n’est pas un total inconnu puisque c’est lui qui a écrit les scénarios de Comancheria et de Sicario. Il passe derrière la caméra pour ce qu’il présente comme le troisième et dernier volet d’une trilogie sur le thème de la frontière, que celle-ci soit physique, morale, sociale ou politique. Le premier chapitre, Sicario, abordait l’épidémie de violence, liée au trafic de drogue, le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, et le second, Comancheria, se concentrait sur le choc entre l’immense richesse et la pauvreté dans l’Ouest du Texas. Wind River représente donc le dernier chapitre, en forme de catharsis, de cette trilogie. Avec Wind River, nous sommes loin de l’humour qui faisait le charme de Comancheria, plus proches de la brutalité de Sicario… lire la suite
CGR : mer 4 / 13h40 jeu 5/ 11h  ven 6 /13h30 sam 7/15h45 lun 9/ 20h mardi 10 /11h
Le Luc :  mer 4/20h30 ven 6/19h
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Le Redoutable
Écrit et réalisé par Michel HAZANAVICIUS
France 2017 1h47mn
avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Grégory Gadebois, Micha Lescot, Jean-Pierre Mocky...
Librement adapté des livres d'Anne Wiazemsky, Une année studieuse et surtout Un an après
Précisions liminaires : inutile de bien connaître l'œuvre de Jean-Luc Godard pour apprécier comme il se doit Le Redoutable, nul besoin non plus d'être un cinéphile aguerri. Chacun se laissera embarquer dans cette plongée étonnante et parfois cocasse dans l'univers du cinéaste et dans l'effervescence de Mai 68. Extrêmement plaisant. « Paris, 1967. Jean-Luc Godard tourne La Chinoise avec Anne Wiazemsky, de vingt ans sa cadette. Jean-Luc est le cinéaste star de sa génération. Anne est belle comme le petit jour et l’admire. Les jeunes mariés sont gais et heureux. Mais le film est incompris à sa sortie. Jean-Luc, alors, se remet en question : que vaut le cinéma, son cinéma, dans la nouvelle déferlante politique de Mai 68 ? À force de s'éloigner de ses proches pour plonger dans des mouvements collectifs, à force de concepts et de mots, c’est son mariage qu’il va noyer... lire la suite
Lorgues : mer 4 à 19h, sam 7 à 20h10, lun 9 à 17h
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Une famille syrienne
Écrit et réalisé par Philippe VAN LEEUW
Belgique/Liban 2017 1h26mn VOSTF
avec Hiam Abbass, Diamand Abou Abboud, Juliette Navis, Mohsen Abbas....
À travers une fenêtre, on a une échappée vers une petite place qui ressemble fort à un champ de ruines. On voit un groupe de personnes qui discutent, on entend le son caractéristique des hélicoptères qui survolent les environs. Un coup de feu, un sniper vient de tirer, le groupe qui discutait se disperse en catastrophe : le début du film présente une des rares scènes d'Une famille syrienne qui ne se déroule pas dans le huis-clos de l’appartement occupé par la famille qu'annonce le titre. Une famille plongée dans cette situation inextricable que connait la Syrie et dont le cinéma nous a finalement peu parlé jusqu’à présent. A la tête de cette famille syrienne, une femme d’origine palestinienne : Oum Yasan, la cinquantaine, énergique. Autour d’elle, ses deux filles Yara et Aliya, son fils Yazan, le petit dernier, son beau-père Abou Monzer, et son neveu Karim, visiblement très amoureux de Yara qui le lui rend bien. Sans oublier Delhani, la jeune domestique, et Halima, la voisine du dessus que la famille a recueillie avec son bébé parce que son logement a été gravement endommagé... lire la suite
Lorgues : ven 6 et lun 9 à 21h
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Happy End
Écrit et réalisé par Michael HANEKE
France/Autriche 2017 1h47mn
avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Fantine Harduin, Frantz Rogowski...
C’est dans le confort feutré de la bourgeoisie que se montre le plus volontiers le refoulé de toute une société. Ce n’est pas Flaubert qui aurait contredit cette maxime. Michael Haneke n’a eu de cesse, au cours d’une filmographie intransigeante, d’étudier les sources et les manifestations du mal-être de nos populations modernes. Happy end tout à la fois synthétise et affine son travail cinématographique à travers le portrait d’une riche famille industrielle de Calais. Ce petit microcosme très renfermé va être le témoin de quelques phénomènes inquiétants que Michael Haneke orchestre comme un jeu de piste à la fois cinglant et rieur. Aucune violence visuelle ne surgit, et pourtant Haneke ne cède rien de la radicalité de sa mise en scène, une nouvelle fois à son point culminant de pertinence et de précision... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mer 4 à 13h50 18h30 20h45, jeu 5 à 13h50 16h 15 20h45, ven 6 à 13h50 18h30 20h45, sam 7 à 18h30 21h, dim 8 à 13h45 18h30 20h45, lun 9 à 16h10 17h50, mar 10 à 16h20 18h30 20h45
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Le Vénérable W.
Réalisé par Barbet SCHROEDER
Documentaire France / Birmanie 2017 1h40mn VOSTF
avec la voix de Bulle Ogier
« La haine est certainement le plus durable des plaisirs… » (Lord Byron)
Dans sa robe couleur safran, ce moine à l'air poupon, humblement assis face à la caméra, provoque d'emblée un élan d'empathie. D'autant qu'une religion qui ne s'embarrasse ni de dieux ni de maîtres pourrait a priori sembler constituer un bon rempart contre tous les intégristes monothéistes prêts à en découdre pour prouver que le seul bon dieu est le leur. Et si le bouddhisme, qui prône un amour sans limite envers tous les êtres, était la solution aux désordres du monde, du moins de ceux du Myanmar (ou Birmanie) ? On se laisse bercer par les paroles apaisantes qu'Ashin Wirathu prononce, son calme charismatique… On écoute sans déplaisir le récit vite brossé de son enfance, son arrivée dans un premier monastère… On verrait presque en lui une victime, un opprimé, devenu un cador de la méditation grâce à neuf ans dans les geôles de la junte militaire. Presque un héros non violent façon Gandhi en quelque sorte… À l'écouter… Puis une petite phrase dérape...
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Le Vox : dim 8/18h et mar 10/ 18h30
Affiche
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Le Maître est l'enfant
Réalisé par Alexandre MOUROT
Documentaire France 2017 1h30mn
avec les 28 enfants âgés de 3 à 6 ans et leur maître Christian Maréchal, dans la plus ancienne école Montessori de France, à Roubaix...
« Que serait l'adulte sans l'enfant qui l'aide à s'élever ? » Maria Montessori
Quand le réalisateur Alexandre Mourot est devenu père, il a tout naturellement observé sa fille, sa façon d'être, de réagir au monde autour d'elle… Il s’est aperçu qu’en ne cherchant à la guider, à la contrôler en permanence, qu’en ne dirigeant pas ses actions et ses gestes, elle déployait une énergie folle et elle semblait trouver un vrai bonheur à apprendre par elle-même, à découvrir et à progresser… Ces premiers constats, qui ont donné lieu à de premières images, lui ont donné envie de poursuivre ses observations et l’ont amené à s’intéresser à la pédagogie Montessori. Il a alors recherché des écoles qui s’inscrivaient dans ces pratiques et choisi de poser sa caméra dans l’une d’entre-elles pour observer ce qui s’y passait.
.. lire la suite
Le Vox : mer 4 et mar 10/16h jeu 5 ven 6 sam 7 dim 8 lun 9 / 13h50 Jeu 5 /18h30 ven  et lun /16h10
Affiche
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Nos Années Folles
Réalisé par André TÉCHINÉ
France 2017 1h43mn
avec Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Grégoire Leprince-Ringuet, Michel Fau, Virginie Pradal...
Scénario d'André Téchiné et Cédric Anger, d'après le livre de Fabrice Virgili
C'est le très beau portrait d'un couple, un homme et une femme emportés par le désir de liberté et le désir tout court qui fuient l'horreur de la guerre et les contraintes d'une société normée. C'est aussi le portrait puissant d'une époque tragique qui vit nombre de valeurs traditionnelles basculer. Une époque succédant à un terrible carnage qui endeuilla chaque village français et dont on dit qu'il précipita le pays dans la « modernité ». Mais quelle modernité ? Cette étrange expression, « les années folles », par laquelle on désigna la décennie qui suivit la Grande Guerre, cachait bien des blessures... lire la suite
Cotignac : dim 8/18h
Le Luc : jeu 5/ 19h sam 7/ 18h30 dim 8/16h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Petit Paysan
Réalisé par Hubert CHARUEL
France 2017 1h30mn
avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners, Isabelle Candelier, Marc Barbé...
Scénario de Claude Le Pape et Hubert Charuel

Repéré dans la sélection de la Semaine de la Critique lors du dernier Festival de Cannes, Petit paysan est un premier film d'une trempe exceptionnelle, à la singularité captivante, aussi documenté qu'inventif, une chronique de la vie paysanne ordinaire tournée comme un film noir, bouleversante d'authenticité et haletante d'un bout à l'autre. Tout bonnement formidable ! C'est l'histoire de Pierre, la trentaine, chevelure d'argent encadrant un visage de chérubin nerveux, qui élève ses vaches laitières dans la ferme de ses parents, en Champagne-Ardenne. L'exploitation n'est pas bien grande – trente vaches, ni plus ni moins – mais l'est suffisamment pour que la vie de Pierre y soit entièrement consacrée. Son emploi du temps est ainsi réglé au millilitre près : pris par choix dans l'ivresse de la routine, ascétique au possible, Pierre ne se permet aucun débordement – pas même pour les beaux yeux de la boulangère, Angélique, qui tente tant bien que mal de lui faire du gringue à coups de klaxons intempestifs dès qu'elle croise sa route au volant de sa camionnette de livraison. Mais Dieu créa la vache et la Bardot du pétrin fait peau de chagrin face aux Bordelaises que Pierre a dans son cœur, jusque dans ses songes – à l'instar de la géniale scène d'ouverture où il rêve que sa maison accueille ses bêtes comme colocataires…

Tout pourrait continuer paisiblement sauf que l'irruption d'une mystérieuse maladie en provenance de Belgique, qui touche et décime des troupeaux entiers de bovidés, ne va pas tarder à venir faire tache. Et voilà que notre petit paysan se retrouve un soir au chevet de sa vache Topaze dont les symptômes ne font aucun doute : elle est atteinte de la « fièvre hémorragique ». Que faire ? Accepter l’abattage de son cheptel, principe de précaution oblige ? Perdre ainsi toutes ses vaches, à qui il a consacré tant de vie et d'amour ? Fermer les yeux sur l'effondrement de son propre monde ? Pierre ne peut s'y résoudre. Déterminé à prendre le taureau par les cornes, il se met en quête de toutes sortes d'atermoiements, espérant que le temps jouera en sa faveur et que la pandémie s'évanouira sans meugler gare… Sa sœur Pascale, véto consciencieuse (jouée par la craquante autant qu'impeccable Sara Giraudeau), se retrouve embarquée malgré elle dans cet engrenage infernal. Ainsi parti pour être un film semi-documentaire sur la condition agricole, Petit paysan bascule très vite dans le thriller psychologique, cadencé par la paranoïa de Pierre et ses magouilles tellement alambiquées qu'elles en deviennent presque hilarantes… Pour mieux dissimuler son manège et gagner toujours plus de temps, Pierre se force à renouer avec sa vie sociale, accepte de partir à la chasse et de faire du bowling avec ses amis, invite même la boulangère au restau et peaufine ses cheveux au gel pour l'occasion… Jusqu'où la situation ira-t-elle ? De mal en pis, osons le dire…

Pour vous dire le soin apporté à la préparation du film, Swann Arlaud a effectué un stage auprès d'un agriculteur pour préparer son rôle, lequel agriculteur a dit n'avoir jamais eu affaire à un aussi bon apprenti et ne voulait plus le laisser partir… C'est dire à quel point il est époustouflant dans son rôle d'éleveur habité par son métier. Ajoutez à cela le fait que le réalisateur Hubert Charuel, plus que prometteur, est lui-même fils d'agriculteurs (ses parents et son grand-père jouent d'ailleurs dans le film) et vous voilà en présence d'un Petit paysan qui, en plus d'être une pépite de mise en scène, maîtrise parfaitement son sujet. À voir d'urgence ! (Utopia)


GGR : Soirée Entretoiles dim 8 à 18h

Gabriel et la montagne
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Fellipe BARBOSA
Brésil 2017 2h12mn VOSTF
avec João Pedro Zappa, Caroline Abras...
Scénario de Fellipa Barbosa, Lucas Paraizo et Kirill Mikhanovsky

C'est une superbe lettre d'amitié filmée que le réalisateur brésilien Fellipe Barbosa a envoyé par-delà le monde des vivants et des morts à son ami disparu Gabriel Buchmann. La disparition du jeune homme nous est révélée dès la première séquence, sublime. Sur les contreforts splendides d'une montagne du Malawi, dans des gestes infiniment répétés depuis probablement des millénaires, deux paysans fauchent en descendant la pente. Jusqu'à la découverte inopinée du corps d'un touriste blanc. Gabriel Buchmann était un jeune compagnon de lycée de Fellipe Barbosa. Un garçon issu comme lui de la bourgeoisie de Rio, dans un pays marqué par les inégalités.

A l'issue de brillantes études d'économie, alors que la plupart des autres étudiants concouraient pour les meilleures universités mondiales, Gabriel avait décidé de prendre une année sabbatique pour voyager et se confronter en Afrique de l'Est à la misère qui est le produit de cette économie libérale mondialisée dont on lui avait enseigné les rouages. Mais alors que d'autres, y compris sa petite amie, choisissaient de lutter contre le discours libéral sur place et de manière le plus souvent théorique, lui avait préféré entreprendre un tour du monde en finissant par l'Afrique, prenant la route du Kenya, puis descendant plus au Sud vers la Tanzanie et le Malawi. À l'écart évidemment des circuits touristiques, il choisissait de trouver chaque nuit refuge chez les habitants, même les plus modestes, souvent éberlués par ce blanc riche qui acceptait de dormir à même la terre battue au milieu de la case familiale.
Ce qui fait la force inouïe du film, c'est le procédé cinématographique par lequel Fellipe Barbosa évoque son ami, retrace son voyage libre et sans entraves à la rencontre du monde et de l'autre, cet humain si proche et si différent. Barbosa aurait pu réaliser un documentaire à partir des nombreuses photos prises par Gabriel Buchmann et y associer quelques interviews. Il a au contraire préféré la fiction, mais en l'ancrant profondément dans la réalité : en dehors des personnages de Gabriel et de sa fiancée incarnés par deux acteurs professionnels, tous les autres protagonistes, notamment africains, sont interprétés par celles et ceux qui ont réellement rencontré Gabriel lors de son périple, la fiction étant entrecoupée de témoignages face caméra. Ce qui donne une authenticité saisissante et bouleversante à ce film qui a nécessité un travail d'enquête un peu fou, Fellipe Barbosa retrouvant même par hasard, à Zanzibar, un mendiant qui avait guidé Gabriel.

Remarquablement construit, magnifiquement filmé, Gabriel et la montagne est une splendide preuve que l'humanité et l'amitié peuvent transcender les barrages culturels, économiques et sociaux pour peu qu'on veuille bien ouvrir son cœur, mais le film ne tombe jamais dans l'angélisme. Dans son premier long métrage, le beau Casa grande (montré à Utopia en 2015, on va essayer de l'avoir en Vidéo en Poche), Fellipe Barbosa décrivait avec acuité les antagonismes sociaux au Brésil et la montée en puissance des classes moyennes supérieures enfermées dans leurs ghettos sécurisées. Dans ce Gabriel et la montagne encore plus beau, il montre bien, n'épargnant pas Gabriel et sa naïveté agaçante, les limites d'un tourisme qui se veut humanitaire mais ne peut s'affranchir des fractures que les classes dominantes occidentales ont créées. (Utopia)


GGR : Soirée Entretoiles dim 8 à 20h30

 

 

Wind River
JUSTE LA FIN DU MONDEÉcrit et réalisé par Taylor SHERIDAN
USA 2017 1h51mn VF
avec Jeremy Renner, Elizabeth Olsen, Gil Birmingham, Jon Bernthal, Julia Jones, Kelsey Asbille, James Jordan...
PRIX DE LA MISE EN SCÈNE, UN CERTAIN REGARD, CANNES 2017

 

Pour les lecteurs attentifs des génériques, Taylor Sheridan n’est pas un total inconnu puisque c’est lui qui a écrit les scénarios de Comancheria et de Sicario. Il passe derrière la caméra pour ce qu’il présente comme le troisième et dernier volet d’une trilogie sur le thème de la frontière, que celle-ci soit physique, morale, sociale ou politique. Le premier chapitre, Sicario, abordait l’épidémie de violence, liée au trafic de drogue, le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, et le second, Comancheria, se concentrait sur le choc entre l’immense richesse et la pauvreté dans l’Ouest du Texas. Wind River représente donc le dernier chapitre, en forme de catharsis, de cette trilogie. Avec Wind River, nous sommes loin de l’humour qui faisait le charme de Comancheria, plus proches de la brutalité de Sicario.

Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue au cœur de l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, on comprend qu’elle ne lui est pas inconnue. On comprend également que cela le renvoie vers un passé douloureux. Malgré la gravité du crime, le FBI envoie sur place une jeune femme, nouvelle recrue, mal équipée physiquement aussi bien que moralement. Complètement étrangère aux codes culturels de ce territoire qui est comme un pays étranger pour qui n’est pas d’ici. Même si elle semble professionnelle et de bonne volonté, elle ne pourra pas s’en sortir seule. Cory, fortement lié à la communauté amérindienne et plus encore à la famille de la victime, va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature…

« Wind River explore ce qui constitue sans doute à la fois les vestiges les plus tangibles de la Frontière américaine et le plus grand échec des Etats Unis : la réserve amérindienne. Au niveau le plus intime, il s’agit de l’étude de la manière dont un homme continue à avancer après une tragédie, sans arriver à tourner la page. À un niveau plus global, c’est l’étude des conséquences nées du fait de forcer un peuple à vivre sur une terre qui n’était pas destinée à l’accueillir. Il est question d’un territoire sauvage, brutal, où le paysage lui-même est un ennemi. De terres où l’addiction et le meurtre tuent plus que le cancer, où le viol est considéré comme un rite de passage pour les jeunes filles devenant femmes. De terres où la loi des hommes cède devant celle de la nature. Nulle part ailleurs en Amérique du Nord les choses n’ont moins évolué au cours du siècle dernier, et nul autre lieu en Amérique n’a davantage souffert de ces maigres changements. » Taylor Sheridan

Sheridan signe un polar tendu et parfaitement mené, magnifiant la nature hostile et grandiose de cette région enneigée qui, au premier abord, inspire plutôt calme et sérénité mais qui recèle sous sa surface immaculée la face sombre d’un rêve americain depuis longtemps enseveli (Utopia)


CGR : mer 4 / 13h40 jeu 5/ 11h  ven 6 /13h30 sam 7/15h45 lun 9/ 20h mardi 10 /11h
Le Luc :  mer 4/20h30 ven 6/19h


Le Redoutable
Écrit et réalisé par Michel HAZANAVICIUS
France 2017 1h47mn
avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Grégory Gadebois, Micha Lescot, Jean-Pierre Mocky...
Librement adapté des livres d'Anne Wiazemsky, Une année studieuse et surtout Un an après

Précisions liminaires : inutile de bien connaître l'œuvre de Jean-Luc Godard pour apprécier comme il se doit Le Redoutable, nul besoin non plus d'être un cinéphile aguerri. Chacun se laissera embarquer dans cette plongée étonnante et parfois cocasse dans l'univers du cinéaste et dans l'effervescence de Mai 68. Extrêmement plaisant.

« Paris, 1967. Jean-Luc Godard tourne La Chinoise avec Anne Wiazemsky, de vingt ans sa cadette. Jean-Luc est le cinéaste star de sa génération. Anne est belle comme le petit jour et l’admire. Les jeunes mariés sont gais et heureux. Mais le film est incompris à sa sortie. Jean-Luc, alors, se remet en question : que vaut le cinéma, son cinéma, dans la nouvelle déferlante politique de Mai 68 ? À force de s'éloigner de ses proches pour plonger dans des mouvements collectifs, à force de concepts et de mots, c’est son mariage qu’il va noyer…
« Mais quel est donc cet objet de cinéma qui s’inspire des deux livres qu’Anne Wiazemsky consacra à son histoire avec “le grand homme” – titre envisagé un temps ? Plus que le pastiche redouté par les gardiens du temple godardien, Le Redoutable est un détournement fantaisiste et attendri de la figure d’un magnifique, mais incorrigible obsessionnel de sa propre révolution permanente. Un Godard si attaché à être de son temps qu’il oublie de vivre ici et maintenant avec la femme qu’il aime.

« Ce n’est donc pas tant le cinéaste qui intéresse Michel Hazanavicius mais le “personnage Godard” dans ses différents motifs. L’homme, aussi, et Louis Garrel relève haut la main ce défi de la variation, passant de l’imitation volontairement outrancière à une incarnation plus subtile du Suisse sincère, jaloux et masochiste, incapable de baisser les armes pour retenir Anne.
« L’esthétique du film, aussi, est un collage. Se mêlent ainsi, dans une remarquable homogénéité, des images de foule manifestante tournée dans la rue, des plans très graphiques en appartement, des correspondances de couleurs pop, et des scènes de bord de mer, sur les hauteurs de Cannes puis en Italie, sous la même lumière éclatante que celle de Raoul Coutard pour Le Mépris. Entre l’artiste qui pérore et la femme qui ne l’écoute plus que d’une oreille, le mépris, justement, s’installe. Jusqu’à cette séquence, belle et tragique, de la fin d’un amour entre chambre et salle de bain, commentée par un extrait de Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes sur le caractère infini de la scène de ménage. Il est lu, en voix off, par Michel Subor, l’acteur principal du Petit Soldat.
« Le fétichisme pour le cinéma de JLG est donc là, plutôt respectueux, délicieuse scène de nu allongé façon Bardot comprise. Mais c’est dans… l’humour que Hazanavicius  rejoint le plus fidèlement le réalisateur d’À bout de souffle et Soigne ta droite, grand blagueur à ses heures. Dans un gag récurrent, Godard, qui veut changer de regard sur le cinéma, casse ses lunettes. Garrel-Godard affirme face caméra qu’un acteur est tellement con qu’il est possible de le lui faire dire… face caméra. Sans oublier ce plan séquence-hilarant, de retour du festival de Cannes 68 annulé, où six personnages se disputent dans une voiture.
« Puisque le grand homme n’eut de cesse de tout désacraliser, n’est-ce pas finalement le plus bel hommage à lui rendre que de le désacraliser à son tour ? D’en faire un héros réellement populaire ? »

(G. Odicino dans Télérama)


Lorgues : mer 4 à 19h, sam 7 à 20h10, lun 9 à 17h

Une famille syrienne