Au(x) cinéma(s) du 10 au 16 juin

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Bonjour à tous,

Bonne semaine de cinéma ! Au CGR, nous avons tout à la fois La loi du marché primé au Festival de Cannes pour le rôle de Vincent Lindon, et La tête haute, film d'ouverture du Festival. Dans les nouveautés, et ailleurs qu'à Draguignan, il y a aussi Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin, un beau film intimiste et romanesque, Comme un avion de Bruno Podalydes, un film poétique et décalé, et hélas juste une soirée à Cotignac Une femme iranienne... Et toujours  Taxi Téhéran (un seul horaire), My old lady, Labyrinthe du silence et Les jardins du roi.
On continue encore et toujours de faire en sorte qu'un cinéma diversifié, et de qualité ait sa place à Draguignan.... Le chemin est long !!!
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PROGRAMMATION DU 10 AU 16 JUIN 2015
La Loi du Marché
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La Loi du Marché
Réalisé par Stéphane BRIZÉ
France 2015 1h33mn
avec Vincent Lindon et des comédiens non professionnels...
Scénario de Stéphane Brizé et Olivier Gorce
Prix d'interprétation masculine, Festival de Cannes 2015

Dès la première scène, impressionnante d'intensité, le ton est posé. Un homme d'une cinquantaine d'années est en discussion avec son conseiller Pôle Emploi. L'homme tente de comprendre pourquoi on l'a inutilement aiguillé sur un stage de grutier alors que seuls les candidats ayant déjà une expérience dans le bâtiment peuvent postuler à un emploi dans cette spécialité. Il a suivi assidûment son stage pendant plusieurs semaines, il a réussi l'examen final mais il n'a aucune chance de trouver un boulot. Pourquoi lui avoir fait perdre son temps, à lui et à une douzaine de participants au stage qui sont dans la même situation ? Le conseiller avoue ne pas trouver d'explication, pas plus que de solution miracle. L'homme est au chômage depuis vingt mois, il sera prochainement en fin de droits, il peine à contenir sa colère. Mais il la contient, conscient sans doute que son interlocuteur est aussi désemparé que lui... lire la suite
CGR Chabran : tous les jours à 14h, 16h, 18h, 20h15
La Tête haute
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La Tête haute
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2015 2h
avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier...
Scénario d'Emmanuelle Bercot et Marcia Romano
Festival de Cannes 2015, Sélection officielle, Film d'ouverture hors compétition

« Cette année, on a voulu commencer par un bon film » a déclaré Thierry Frémaux, directeur et sélectionneur en chef, après avoir annoncé que La Tête haute serait projeté en ouverture du Festival de Cannes. Il dit vrai, La Tête haute est un très bon, un très beau film. « C’est un film universel, qui exprime bien les questions qui se posent sur nos modèles de société ; un film qui parle de la jeunesse, de transmission, du rapport entre la justice et la société, des mécanismes sociaux et éducatifs mis en place dans un pays comme la France pour traiter des cas de délinquance… Et c'est un film très émouvant. » Là encore, Thierry Frémaux parle d'or.
La Tête haute suit le parcours mouvementé d'un jeune garçon de six à dix-huit ans, qu'une juge des enfants et un éducateur tentent de sauver presque malgré lui..
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CGR Chabran : du mercredi 10 au lundi 15 à 21h45
Cotignac : dimanche 14 à 18h et lundi 15 à 20h30
Le Luc : mercredi 10 à 18h - vendredi 12 à 21h - samedi 13 à 18h05
Trois souvenirs de ma jeunesse
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Trois souvenirs de ma jeunesse
Écrit et réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2015 2h05mn
avec Quentin Dolmaire, Lou Roy-Lecollinet, Mathieu Amalric, Françoise Lebrun, Olivier Rabourdin, Cecile Garcia Fogel, Pierre Andrau, André Dussolier, Eric Ruff...
Festival de Cannes 2015, Quinzaine des Réalisateurs
Arnaud Desplechin retrouve son territoire et sa tribu naturels, l'axe Roubaix – Paris et le petit monde de Paul Dédalus. Paul Dédalus c'est l'alter ego fictionnel de Desplechin dans son imaginaire biographie filmée. À l'intention de ceux qui suivent l'œuvre du réalisateur, on précisera que Trois souvenirs de ma jeunesse se rapporte à la période précédant celle évoquée dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), réalisé en 1996. L'enfance et l'adolescence de Paul Dédalus, donc. Quant aux autres, qu'ils se rassurent : nul besoin de connaître les films précédents de Desplechin pour voir et apprécier celui-ci à sa juste valeur. Et sa valeur est grande, tant Desplechin paraît ici au sommet de son art de la narration et de la mise en scène, construisant son intrigue avec un sens de l'enchaînement et du contrepied qui vous tient en haleine et vous fait pétiller les méninges, et la filmant avec une élégance et un souffle qui transcendent le propos... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 à dimanche 14 : 15h, 18h15 etn20h45 - lundi 15 à 15h et 20h - mardi 16 à 18h15 et 20h45
Les Jardins du Roi
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Les Jardins Du Roi
Réalisé par Alan RICKMAN
GB 2014 1h57mn VOSTF
avec Kate Winslet, Matthias Schœnaerts, Alan Rickman, Stanley Tucci, Helen McCrory, Stephen Waddington, Jennifer Ehle...
Nous sommes au temps du Roi Soleil, Louis le quatorzième pour l'état civil, au moment où, au faîte de son pouvoir, il a décidé de déplacer sa cour pléthorique du trop étroit palais du Louvre jusqu'à Versailles. Très attaché au moindre détail dans la création de son environnement, doté d'une imagination débordante, le roi est particulièrement obsédé par la perfection de ses jardins.
En la matière, le héros du moment se nomme André Le Nôtre, qui immortalisera dans les livres d'histoire la tradition des jardins dits « à la française », ces jardins où le paysagiste domptait la nature dans un délire géométrique absolu, avec des parterres plus complexes que certains problèmes mathématiques. Le pouvoir de Le Nôtre sur sa discipline est incontesté au point que l'artiste s'en ennuie presque et cherche un nouvel élan : la conception puis la réalisation du « Bosquet des Rocailles », rêvé par Louis XIV comme un havre de paix, et d'une salle de bal en plein air constituent un défi à sa mesure, qui va lui permettre de se remettre en cause.
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Salernes : samedi 13 à 18h h et dimanche 14 à 21h
Comme un avion
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Comme un avion
Écrit et réalisé par Bruno PODALYDÈS
France 2015 1h45mn
avec Bruno Podalydès, Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Michel Vuillermoz, Jean-Noël Brouté, Pierre Arditi...
Michel est infographiste dans une boite tranquillement dirigée par son copain Rémi, quelque part dans l'Ouest parisien. Toute la journée il reste derrière son écran à modéliser en 3D des formes diverses. Mais quand vient la fin de la journée, l'esprit de Michel s'élève au firmament à travers sa passion : la glorieuse histoire de l'Aéropostale, qui fut fatale à Saint Exupéry. Chez lui l'attend souvent Rachel (lumineuse Sandrine Kiberlain), la femme de sa vie, qui regarde avec tendresse ses petites manies et accepte sans sourciller la décoration de l'appartement.
Mais la vie du monomaniaque va prendre un tour étrange : en cherchant des palindromes (des mots qui se lisent de droite à gauche aussi bien que de gauche à droite), il s'attarde sur une image de kayak (qui en est un, palindrome). Et soudainement se rend compte de la silhouette purement aéronautique de l'objet. Son obsession se transfère d'un coup sur l'embarcation. Il commande en secret un modèle de luxe en kit, qu'il assemble à grand peine dans son salon avant de le monter sur le toit de son immeuble… La suite va voir notre Michel, finalement soutenu par Rachel, se lancer à l'assaut d'un très paisible cours d'eau, puis s'arrimer au bout de seulement quelques kilomètres à proximité d'une auberge estivale tenue par Lætitia (Agnès Jaoui troublante de sensualité) pour finalement bien plus de temps qu'il ne faudrait.
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Carré Gaumont (Sainte Maxime) : mercredi 10 : 14h; 18h50, 21h15 - jeudi 11 : 14h, 16h30, 18h50, 21h15 - vendredi 12 14h, 16h30 et 21h15 - samedi 13 14h, 18h50, et 21h15 - dimanche 14 : 14h, 18h50, et 21h15 - lundi 15 : 14h, 16h30 et 21h15 - mardi 16 : 16h30 et 21h15
Taxi Téhéran
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Taxi Téhéran
Ecrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Festival de Berlin 2015
L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :  lundi 15 à 18h
My Old Lady
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My Old Lady
Écrit et réalisé par Israël HOROVITZ
USA/GB 2014 1h47mn VOSTF
avec Maggie Smith, Kevin Kline, Kristin Scott Thomas, Dominique Pinon, Noémie Lvovsky...
Le film commence comme une jolie balade romantique dans le « Paris éternel ». Le décor est planté, Mathias, beau quinquagénaire, débarque fraîchement de New York, sans le sou mais plein de projets. En fait surtout un, bien précis : vendre au plus vite l'appartement dont il a hérité de son défunt père… mais il découvre encore plus vite que ce logement délicieux en plein cœur du Marais est habité par une vieille dame, Mathilde, et sa fille Chloé. En fait d'héritage, c'est d'un viager qu'il s'agit, système typiquement français qu'il a du mal à comprendre dans un premier temps et qui vient dans un second ombrager son tout frais bonheur d'héritier unique. On comprend que ce Mathias n'est pas que réussites et bonheur : trois divorces, pas de boulot, totalement fauché, c'était un peu sa dernière chance. Si Mathilde n'est en rien surprise, pas question pour Chloé et Mathias de se supporter le moins du monde : de subterfuges en contre-propositions malhonnêtes, se sera à qui fait la meilleure offre pour acquérir ou vendre en morceaux ce cadeau empoisonné... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 et dimanche 14 à 15h
Cotignac : vendredi 12 à 18h
Une Femme Iranienne
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Une Femme Iranienne
Réalisé par Negar AZARBAYJANI
Iran 2012 1h42mn VOSTF
avec Ghazai Shakeri, Shayesteh Irani, Homayoun Ershadi, Maryam Boubani...
Téhéran aujourd'hui. Rana, épouse et mère d'un enfant en bas-âge, conduit donc un taxi mais clandestin, pour faire bouillir la marmite. Son mari est en effet incarcéré et Rana est obligée de travailler doublement, en plus de son métier de couturière, pour payer les dettes de son époux et le sortir de prison. Mais la femme, dans le société iranienne contemporaine, est assignée à certains métiers, ses gestes sont constamment surveillés, ses libertés restreintes. La famille, les voisins et la police veillent, constituant autant de carcans dont il est impossible de s'extraire, et rappellent constamment au respect des traditions et des bonnes mœurs. À travers sa belle-mère qui commente et juge ses moindres faits et gestes, son voisin un peu trop curieux qui a vite fait de propager ragots et rumeurs, et la police qui vient sans cesse lui rappeler qu'une femme au volant ce n'est pas si « normal », c'est tout le poids d'une société patriarcale et conservatrice que Rana porte sur ses épaules... lire la suite
Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) : vendredi 12 à 20h30
Le Labyrinthe du silence
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Le Labyrinthe du silence
Réalisé par Giulio RICCIARELLI
Allemagne 2014 2h03mn VOSTF
avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht, Gert Voss...
Grand Prix, Prix du Public et Prix du jury étudiant - Festival du Film d'histoire de Pessac 2014
Nous sommes en 1958 à Francfort, la toute jeune République Fédérale d'Allemagne tente de se reconstruire, de panser les blessures de sa société meurtrie par la barbarie nazie. Un peintre en balade lâche soudain chevalet et pinceaux en reconnaissant, derrière les grilles d'une école, un homme qui a été un de ses tortionnaires dans le camp d'extermination d'Auschwitz et qui est devenu depuis professeur, sans être inquiété semble-t-il. Relayé par un journaliste tenace, Thomas Gnielka, le témoignage du peintre juif va changer la vie d'un tout jeune procureur, Johann Radmann, jusque là préposé aux délits routiers. Intègre et obstiné, le jeune magistrat va découvrir non seulement la réticence de ses collègues à prendre en compte la demande de justice d'une victime du régime nazi – la raison d'État prône la réconciliation nationale, pas la recherche des anciens tortionnaires – mais aussi la totale ignorance de beaucoup de ses compatriotes, y compris au sein du Palais de Justice... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :  mercredi 10 à 18h15 et 20h45 - vendredi 12 à 15h - samedi 13 à 18h15 - dimanche 14 à 20h45 - lundi 15 à 18h15

Et si vous voulez en savoir un peu plus...

La Loi du Marché
LA LOI DU MARCHÉRéalisé par Stéphane BRIZÉ
France 2015 1h33mn
avec Vincent Lindon et des comédiens non professionnels...
Scénario de Stéphane Brizé et Olivier Gorce
Prix d'interprétation masculine, Festival de Cannes 2015 


Dès la première scène, impressionnante d'intensité, le ton est posé. Un homme – c'était le titre de travail du film : « Un homme » – d'une cinquantaine d'années est en discussion avec son conseiller Pôle Emploi. L'homme tente de comprendre pourquoi on l'a inutilement aiguillé sur un stage de grutier alors que seuls les candidats ayant déjà une expérience dans le bâtiment peuvent postuler à un emploi dans cette spécialité. Il a suivi assidûment son stage pendant plusieurs semaines, il a réussi l'examen final mais il n'a aucune chance de trouver un boulot. Pourquoi lui avoir fait perdre son temps, à lui et à une douzaine de participants au stage qui sont dans la même situation ? Le conseiller avoue ne pas trouver d'explication, pas plus que de solution miracle. L'homme est au chômage depuis vingt mois, il sera prochainement en fin de droits, il peine à contenir sa colère. Mais il la contient, conscient sans doute que son interlocuteur est aussi désemparé que lui. L'absurdité d'un système qui met des emplâtres dérisoires sur le chômage endémique est mis à nu dans cette séquence où Thierry – le personnage principal incarné par un Vincent Lindon exceptionnel – crève l'écran.

Thierry, c'est un de ces ouvriers qui croyait, comme beaucoup, après des années de labeur rigoureux au service de la même entreprise, se diriger vers une fin de carrière et de vie toute tracée : une vie de couple heureux et soudé malgré les difficultés (ils ont un enfant lourdement handicapé pour qui ils se battent au quotidien afin de lui assurer une formation au niveau de ses réelles capacités intellectuelles), dans leur modeste appartement qu'ils ont presque fini de payer, avec même un petit mobile home pour les vacances estivales. Mais sacrifié sur l'autel des délocalisations et de l'optimisation des dividendes, Thierry s'est retrouvé à cinquante balais sur le carreau, en même temps que tous ses camarades d'atelier. Contrairement à certains, il a renoncé, par lassitude, au combat contre ses anciens patrons (remarquable scène qui l'oppose à un copain syndicaliste incarné fort à propos par l'ex-Conti Xavier Mathieu, célèbre pour son coup de gueule salutaire contre l'arrogant Pujadas) pour se consacrer à la recherche d'un emploi, coûte que coûte. Et il va subir tout le parcours des seniors au chômage : l'entretien déshumanisé et tragi-comique par Skype, la session de « comment bien se vendre à un futur employeur » avec jeux de rôle infantilisants, les rendez-vous à la banque avec une attachée de clientèle qui pourrait être sa fille et qui lui donne des conseils humiliants de réalisme… Pour finir par décrocher un poste de vigile en supermarché où il va être contraint de surveiller et de réprimer plus pauvre encore que lui, y compris ses collègues…

Stéphane Brizé, on le suit avec admiration et même affection depuis son tout premier film, Le Bleu des villes. Sont venus ensuite Je ne suis pas là pour être aimé, Mademoiselle Chambon, Quelques heures de printemps… Des chroniques superbes qui saisissaient avec subtilité les fêlures de l'intime, qui exploraient avec lucidité et empathie les sentiments amoureux et familiaux. Dans La Loi du marché, Brizé élargit son propos et s'empare de la question sociale, et des répercussions qu'elle a justement sur la sphère privée : conséquences désastreuses de la nouvelle barbarie économique sur la vie quotidienne de ceux qui la subissent et qui ne sont en rien armés pour être des combattants politiques, en rien des grandes gueules revendicatrices, simplement des gens qui ont un minimum de bon sens, de dignité et d'humanité. Oui, La Loi du marché est un grand film sur la dignité irréductible des humains ordinaires.
Vincent Lindon incarne avec une puissance saisissante ces valeurs, même si son personnage a dû longtemps les enfouir, les faire taire parfois dans l'espoir de conserver à sa famille le bonheur simple qu'elle s'était construit. Le film trouve une force singulière dans la manière dont il laisse aux scènes le temps de durer, jusqu'au malaise parfois, en tout cas jusqu'à ce que la vérité des personnages et des situations s'exprime dans toutes ses nuances. Et aussi dans le choix audacieux qu'a fait Stéphane Brizé de confronter Vincent Lindon à des acteurs non professionnels, dans des rôles souvent très proches de ceux qu'ils occupent dans la vie. Comme le dit le réalisateur, « je doute qu'ils sachent faire ce que des acteurs font mais ce qu'ils font, je pense qu'aucun acteur n'est capable de le faire. » (Utopia)

CGR Chabran : tous les jours à 14h, 16h, 18h, 20h15


La Tête haute
LA TÊTE HAUTERéalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2015 2h
avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier...
Scénario d'Emmanuelle Bercot et Marcia Romano. Festival de Cannes 2015, Sélection officielle, Film d'ouverture hors compétition 

« Cette année, on a voulu commencer par un bon film » a déclaré Thierry Frémaux, directeur et sélectionneur en chef, après avoir annoncé que La Tête haute serait projeté en ouverture du Festival de Cannes. Il dit vrai, La Tête haute est un très bon, un très beau film. « C’est un film universel, qui exprime bien les questions qui se posent sur nos modèles de société ; un film qui parle de la jeunesse, de transmission, du rapport entre la justice et la société, des mécanismes sociaux et éducatifs mis en place dans un pays comme la France pour traiter des cas de délinquance… Et c'est un film très émouvant. » Là encore, Thierry Frémaux parle d'or.
La Tête haute suit le parcours mouvementé d'un jeune garçon de six à dix-huit ans, qu'une juge des enfants et un éducateur tentent de sauver presque malgré lui. Dans le rôle central, Rod Paradot fait sa première apparition à l'écran et on peut déjà parier qu'on reverra ce garçon incroyable, tout à la fois émouvant, effrayant et complexe, rendant à l'écran la fragilité aussi bien que la dureté de cet être en construction.

D'emblée le rythme est donné. Nous sommes dans l'urgence, l'urgence de sauver un enfant de son destin qui semble déjà tout tracé. Malony est un petit bout de six ans et alors que sa mère vocifère dans le bureau du juge des enfants, on sent dans ses regards, saisis au vol par la caméra, la peur, l'incompréhension de ce petiot qui entend sa mère dire qu'il est un démon comme son père, qu'elle n'en peut plus de lui, avant de claquer la porte et de le laisser planté là. Interprétée par une Sara Forestier volontairement défigurée par un mauvais dentier, elle est la mère qu'on aurait envie de secouer un bon coup si on s'arrêtait à une première impression, mais que la cinéaste rendra au fil du récit plus démunie qu'irresponsable.
On retrouve Malony dix ans plus tard au volant d'une voiture, qu'il conduit sans permis évidemment, sa mère hilare à l'arrière, lui disant qu'il pilote comme un dieu (sic). Retour chez la juge, mais cette fois les choses ont changé, ce n'est plus une famille d'accueil qu'on lui propose mais le choix entre une mise à l'épreuve et la prison. On comprend bien que les choses n'ont pas évolué dans le bon sens pour l'adolescent. Déjà à la tête d'un casier judiciaire conséquent, Malony, casquette sur la tête ou capuche sur les yeux, semble irrécupérable. Violent avec ses éducateurs, ne supportant aucune frustration, aucun encadrement, immédiatement ressenti comme une atteinte à sa personne et à ses droits… La juge décide de le placer dans un centre éducatif à la campagne. Malony commence alors un nouveau parcours, en rupture avec son environnement habituel…

Emmanuelle Bercot nous plonge dans les arcanes de l'institution judiciaire chargée de la protection de l'enfance. Un univers qu'elle avait déjà exploré dans le Polisse de Maiwen, qu'elle avait co-écrit et interprété, et dont elle affirme ici encore qu'il est le dernier maillon, l'ultime filet de sécurité pour des milliers d'enfants qui sont les premières victimes d'une société de plus en plus brutale. Son film est juste, intense et souvent bouleversant. (Utopia)

CGR Chabran : du mercredi 10 au lundi 15 à 21h45
Cotignac : dimanche 14 à 18h et lundi 15 à 20h30
Le Luc : mercredi 10 à 18h - vendredi 12 à 21h - samedi 13 à 18h05


Trois souvenirs de ma jeunesse
TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSEÉcrit et réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2015 2h05mn
avec Quentin Dolmaire, Lou Roy-Lecollinet, Mathieu Amalric, Françoise Lebrun, Olivier Rabourdin, Cecile Garcia Fogel, Pierre Andrau, André Dussolier, Eric Ruff...
Festival de Cannes 2015, Quinzaine des Réalisateurs

Après son escapade américaine, sur les traces d'un Indien des plaines – diversement appréciée d'ailleurs ; pour notre part, nous avions beaucoup aimé Jimmy P –, Arnaud Desplechin retrouve son territoire et sa tribu naturels, l'axe Roubaix – Paris et le petit monde de Paul Dédalus.
Paul Dédalus – nom choisi en hommage à James Joyce – c'est l'alter ego fictionnel de Desplechin dans son imaginaire biographie filmée. À l'intention de ceux qui suivent l'œuvre du réalisateur, on précisera que Trois souvenirs de ma jeunesse se rapporte à la période précédant celle évoquée dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), réalisé en 1996. L'enfance et l'adolescence de Paul Dédalus, donc. Quant aux autres, qu'ils se rassurent : nul besoin de connaître les films précédents de Desplechin pour voir et apprécier celui-ci à sa juste valeur. Et sa valeur est grande, tant Desplechin paraît ici au sommet de son art de la narration et de la mise en scène, construisant son intrigue avec un sens de l'enchaînement et du contrepied qui vous tient en haleine et vous fait pétiller les méninges, et la filmant avec une élégance et un souffle qui transcendent le propos.
Le film s'ouvre avec Paul Dédalus adulte : Mathieu Amalric bien sûr, le Jean-Pierre Léaud de Desplechin. Anthropologue réputé, il termine une mission au Tadjikistan et va rentrer en France. Un incident de passeport à l'aéroport va l'amener à revenir sur son passé. Il se souvient… Il se souvient de son enfance à Roubaix. Des crises de folie de sa mère. Du lien qui l'unissait à son frère Ivan, enfant pieux et violent, et dans une moindre mesure à sa sœur Delphine, faussement peste et vraiment généreuse. De sa grand-mère, libre et tolérante, jeune d'esprit à jamais, un phare dans la nuit. Des dialogues de sourds avec son père, qui se croyait fort et qui ne l'était pas, qui aimait trop sa femme pour aimer bien ses enfants…
Il se souvient de ses seize ans. De son père, veuf inconsolable. De ce voyage en URSS avec le lycée, pendant lequel il fut amené avec son meilleur copain à se charger d'une mission clandestine auprès de dissidents en danger, et même à offrir son passeport, et donc sa propre identité, à un jeune homme qui parvint ensuite à s'exiler en Australie… Si bien qu'il existe depuis deux Dédalus et en certaines occasions, Paul se demande s'il est bien le bon…
Il se souvient de ses dix-neuf ans, de ses frère et sœur qui avaient grandi eux aussi, mais en parallèle, si bien qu'il s'en sentait moins proche. De son cousin Bob, des soirées plus ou moins endiablées avec Pénélope, Mehdi et Kovalki, l'ami qui devait le trahir. De ses études à Paris, de sa rencontre avec le Docteur Béhanzin, femme exceptionnelle à jamais associée à sa vocation pour l'anthropologie.
Et surtout, surtout il se souvient d'Esther, qui fut le cœur de sa vie, et dont on ne dira rien de plus car sa relation avec elle est aussi le cœur de ce film à la fois intimiste et romanesque, cérébral et charnel, distant et émouvant..(Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 à dimanche 14 : 15h, 18h15 etn20h45 - lundi 15 à 15h et 20h - mardi 16 à 18h15 et 20h45s


Les Jardins Du Roi
LES JARDINS DU ROIRéalisé par Alan RICKMAN
GB 2014 1h57mn VOSTF
avec Kate Winslet, Matthias Schœnaerts, Alan Rickman, Stanley Tucci, Helen McCrory, Stephen Waddington, Jennifer Ehle...

Nous sommes au temps du Roi Soleil, Louis le quatorzième pour l'état civil, au moment où, au faîte de son pouvoir, il a décidé de déplacer sa cour pléthorique du trop étroit palais du Louvre jusqu'à Versailles qui sera pour l'éternité ou presque le signe de sa magnificence (en tout cas avant que Jeff Koons s'en mêle). Très attaché au moindre détail dans la création de son environnement, doté d'une imagination débordante – bien au-delà souvent des possibilités techniques de l'époque – le roi est particulièrement obsédé par la perfection de ses jardins.
En la matière, le héros du moment se nomme André Le Nôtre, qui immortalisera dans les livres d'histoire la tradition des jardins dits « à la française », ces jardins où le paysagiste domptait la nature dans un délire géométrique absolu, avec des parterres plus complexes que certains problèmes mathématiques et des buissons strictement taillés en cônes. Le pouvoir de Le Nôtre sur sa discipline est incontesté au point que l'artiste s'en ennuie presque et cherche un nouvel élan : la conception puis la réalisation du « Bosquet des Rocailles », rêvé par Louis XIV comme un havre de paix, et d'une salle de bal en plein air constituent un défi à sa mesure, qui va lui permettre de se remettre en cause…

Et c'est là que la romance fait son apparition, que la fiction fait un plaisant écart avec la réalité historique avec l'apparition de Sabine de Barra, veuve brisée et tourmentée, mais aussi paysagiste passionnée et inspirée, adepte du chaos dans la nature, à vingt mille lieues des obsessions d'ordre de Le Nôtre… Évidemment la rencontre entre les deux personnages va faire des étincelles : conflit, fascination, naissance de l'amour…
Mais au-delà de la love story à rebondissements, le film décrit de manière étonnamment émouvante la cruauté des sentiments, souvent régis par le libertinage et la raison cynique : ceux d'un roi marié trop jeune qui n'a d'yeux que pour sa maîtresse, la Montespan, mais qui est néanmoins effondré à la mort de sa femme toujours loyale et envers qui il a toujours eu de la tendresse, la mélancolie lancinante d'un Le Nôtre mal marié à une arriviste qui noie le vide de sa vie dans des relations rapides avec des jeunes courtisans, la tristesse de toutes ces femmes qui sont aussi des mères et qui voient leurs enfants en bas âge fréquemment emportés par la maladie…

La comédie historique est tout à fait réussie, la mise en scène met parfaitement en valeur la splendide reconstitution de Versailles et du Louvre… dans des châteaux anglais ! Les Jardins du Roi propose en outre une étude de mœurs bien sentie, portée par une remarquable interprétation : Kate Winslet incarne une Sabine particulièrement attachante, partagée entre le deuil et la renaissance de la passion, animée d'une force créatrice rayonnante ; Stanley Tucci est hilarant en Philippe d'Orléans, frère exubérant et fantasque du Roi, tandis qu'Alan Rickman est un parfait Louis XIV, monarque absolu qui navigue entre gravité et folie des grandeurs.

Salernes : samedi 13 à 18h h et dimanche 14 à 21h

Comme un avion
COMME UN AVIONÉcrit et réalisé par Bruno PODALYDÈS
France 2015 1h45mn
avec Bruno Podalydès, Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Michel Vuillermoz, Jean-Noël Brouté, Pierre Arditi...

Si l'on excepte ses adaptations de Gaston Leroux où il joue à Rouletabille, Bruno Podalydès consacre ses films(Dieu seul me voit, Liberté Oléron, Adieu Berthe…) à des personnages ordinaires dont soudainement la foldinguerie éclate au grand jour de manière comico-poétique. Et ça donne des comédies aussi originales que réjouissantes…
Le personnage de Michel (joué par le réalisateur lui-même) n'échappe pas à la règle. Il est infographiste dans une boite tranquillement dirigée par son copain Rémi, quelque part dans l'Ouest parisien. Toute la journée il reste derrière son écran à modéliser en 3D des formes diverses. Mais quand vient la fin de la journée, l'esprit de Michel s'élève au firmament à travers sa passion : la glorieuse histoire de l'Aéropostale, qui fut fatale à Saint Exupéry. Et quand il met le contact de son scooter pour rentrer chez lui, il s'imagine un peu en Mermoz derrière le manche à balai de son Latécoère. Chez lui l'attend souvent Rachel (lumineuse Sandrine Kiberlain), la femme de sa vie, qui regarde avec tendresse ses petites manies et accepte sans sourciller la décoration de l'appartement, uniquement dévolue à la compagnie aérienne et aux objets qui s'y rapportent. Les collègues ne s'y trompent pas et quand c'est l'anniversaire de Michel, les cadeaux sont exclusivement liés à l'aviation.

Mais la vie du monomaniaque va prendre un tour étrange : en cherchant des palindromes (des mots qui se lisent de droite à gauche aussi bien que de gauche à droite), il s'attarde sur une image de kayak (qui en est un, palindrome). Et soudainement se rend compte de la silhouette purement aéronautique de l'objet. Son obsession se transfère d'un coup sur l'embarcation. Il commande en secret un modèle de luxe en kit, qu'il assemble à grand peine dans son salon avant de le monter sur le toit de son immeuble… La suite va voir notre Michel, finalement soutenu par Rachel, se lancer, une fois l'intégralité de l'équipement du kayakiste hi-tech commandé, à l'assaut d'une rivière, en l'occurrence un très paisible cours d'eau, puis s'arrimer au bout de seulement quelques kilomètres à proximité d'une auberge estivale tenue par Lætitia (Agnès Jaoui troublante de sensualité) pour finalement bien plus de temps qu'il ne faudrait.

Comme un avion célèbre le pas de côté que nous pouvons tous faire un jour ou l'autre, aussi rangées soient nos vies. Michel transforme un hobby obsessionnel en moyen de s'échapper pour quelques jours dans un havre de paix et de liberté, l'auberge de Laetitia qui semble doucement retirée du monde, en tout épicurisme.
Comme un avion joue autant de l'humour burlesque du personnage de Michel, urbain maladroit, encombré de tout un tas de gadgets inutiles comme s'il se lançait dans un raid sur le Zambèze, que de la poésie engendrée par son escapade. Et le film est habité par une galerie de personnages secondaires touchants ou drôles : formidable Vimala Pons en jeune serveuse bohème un chouia dépressive, qui pleure à chaque pluie en souvenir d'un chagrin d'amour arrosé, ou Michel Vuillermoz en client éternel de l'auberge qui s'enfile absinthe sur absinthe entre deux travaux de peinture, et pour finir l'hilarant Pierre Arditi, dans le rôle d'un pêcheur irascible qui ressemble diablement à Pierre Arditi…(Utopia)

Carré Gaumont (Sainte Maxime) : mercredi 10 : 14h; 18h50, 21h15 - jeudi 11 : 14h, 16h30, 18h50, 21h15 - vendredi 12 14h, 16h30 et 21h15 - samedi 13 14h, 18h50, et 21h15 - dimanche 14 : 14h, 18h50, et 21h15 - lundi 15 : 14h, 16h30 et 21h15 - mardi 16 : 16h30 et 21h15
 

Taxi Téhéran
TAXI TÉHÉRANÉcrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Berlin 2015

C'est un magnifique et allègre bras d'honneur aux barbus barbons barbants. Les BBB (c'est plus court comme ça), ce sont les mollahs du régime iranien et leurs fonctionnaires zélés qui ont tenté par tous les moyens de faire taire le réalisateur Jafar Panahi. En 2010, les autorités l'ont d'abord emprisonné puis, après l'avoir libéré, lui ont interdit toute sortie du territoire et surtout ont essayé de l'empêcher de tourner. Mais on ne peut pas interdire à un être humain de respirer et durant les cinq dernières années, Panahi a naturellement désobéi en tournant clandestinement trois films, montrés dans les plus grands festivals internationaux. Taxi Téhéran a donc été projeté au Festival de Berlin où il a reçu à l'unanimité du jury la récompense suprême, l'Ours d'or. Panahi bloqué à Téhéran, c'est sa toute jeune nièce qui est venue recevoir en son nom la statuette, une gamine formidable qui est une des protagonistes importantes du film. Un grand moment !

L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux.
La première séquence montre une discussion ubuesque autour de la justice, entre une institutrice et un homme ostensiblement macho, qui croit aux vertus d'exemplarité de la peine de mort, y compris pour les délits mineurs. La femme rappelle le triste record de l'Iran en terme d'exécutions capitales, avant de comprendre que l'homme est lui même voleur à la tire… Plus tard, Jafar le taximan chargera pour l’hôpital une femme et son mari accidenté, l'épouse se préoccupant surtout du testament improvisé du blessé, que notre chauffeur est sommé d'enregistrer sur son téléphone portable : l'épisode souligne en creux la précarité du sort des femmes. Il y aura aussi cette avocate porteuse d'un énorme bouquet de fleurs, une femme au sourire aussi magnifique que son courage, comme son échange avec Jafar nous le fera deviner…
Mais Taxi Téhéran est aussi une merveilleuse et drôlatique déclaration d'amour au cinéma, à sa vitalité, à son pouvoir d'évocation et de transmission. Un vendeur à la sauvette de DVD reconnaît immédiatement Jafar Panahi, s'avérant connaître mieux le cinéma d'auteur mondial que bien des cinéphiles auto-déclarés… et nous montre à quel point la passion du cinéma ne saurait être étouffée par les ayatollahs. On savourera la géniale tractation entre le vendeur et Panahi autour des films de Woody Allen… On jubilera aussi à la séquence hilarante avec la nièce citée plus haut, quand la petite fille un peu peste énumère les conditions imposées pour la réalisation d'un d'un court métrage dans le cadre scolaire : respect bien entendu du voile et autres règles de bienséance religieuse mais aussi interdiction du « réalisme sordide » – oncle Jafar semble s'interroger mais on sent bien qu'intérieurement il se gondole…

Ce formidable film de résistance nous irrigue de son irréductible énergie et nous amène à nous demander ce qui pourrait bien arrêter la soif du cinéma et de la vie qui habite Panahi. Une leçon de volonté et d'ingéniosité – leçon d'écriture et de mise en scène aussi, en passant – dont bien des cinéastes plus libres de leurs mouvements pourraient s'inspirer…(Utopia)

Le Vox (Fréjus) :  lundi 15 à 18h


My Old Lady
MY OLD LADYÉcrit et réalisé par Israël HOROVITZ
USA/GB 2014 1h47mn VOSTF
avec Maggie Smith, Kevin Kline, Kristin Scott Thomas, Dominique Pinon, Noémie Lvovsky...

Le film commence comme une jolie balade romantique dans le « Paris éternel ». Le décor est planté, Mathias, beau quinquagénaire, débarque fraîchement de New York, sans le sou mais plein de projets. En fait surtout un, bien précis

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