Au(x) cinéma(s) du 10 au 16 mai

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Bonjour à tous !

Cette semaine, au ciné-club de CGR, c'est Ouvert la nuit de Edouard Baer un film "tourbillonnant, virevoltant, épique, mélancolique et joyeux ! "
Dimanche, le 14 mai, Entretoiles vous invite à venir partager avec nous Félicité de Alain Gomis, "un cinéma lumineux avec de purs moments de grâce". Et le dimanche 28 mai, nous vous proposons une soirée Entretoiles sur le thème "Chères amitiés" (dans les 2 sens du terme), avec 2 films Je danserai si je veux de Maysaloun Hamoud, un film lumineux, engagé, et féministe et De toutes mes forces de Chad Chenouga, et bien sûr l'apéritif Entretoiles entre les 2 films !
Dans sa programmation ordinaire, CGR présente Get Out de Jordan Peele, un thriller horrifique réjouissant.

Cette semaine,  vous pouvez voir à Lorgues, Grave de Julie Ducorneau, une chronique adolescente doublée d'un suspense haletant, The Young Lady de William Oldroyd, le drame de l'amour interdit et À Voix Haute, de Stéphane De Freihas, un documentaire emballant et captivant.
A Salernes, allez voir Django de Etienne Comar, le portrait admiratif mais pas toujours aimable du célèbre Django Reinhardt, et au Luc, Corporate de Nicolas Silhol, une histoire pleine de suspense menée comme un polar.

Au Vox à Fréjus, on vous propose Cessez-le-feu d'Emmanuel Courcol, un film touchant sur  l'après guerre , Le Procès du Siècle de Mick Jackson, qui tient le spectateur en haleine, La jeune fille et son aigle, film mongol de Otto Bell beau et dépaysant,  Emily Dickinson, A Quiet Passion de Terence Davies, film rare qui vous retourne l'âme et Après la tempête de Kore Eda, infatigable peintre des familles japonaises.

Au CGR, les prochaines semaines en ciné-club, vous pourrez voir :  Gimme Danger de Jim Jarmush et Sage Femme de Martin Provost.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 10 AU 16 MAI

Affiche
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Ouvert la nuit
Réalisé par Edouard BAER
France 2016 1h40mn
avec Edouard Baer, Audrey Tautou, Sabrina Ouazani, Christophe Meynet, Jean-Michel Lami, Gregory Gadebois, Patrick Boshart, Marie-Ange Casta, Alka Balbir, Lionel Abelanski, Atem Kelif, Michel Galabru...
Scénario d’Edouard Baer et Benoit Graffin
Ouvert la nuit aurait pu s’appeler « Ouvrir les portes » (d’un théâtre, d’un cinéma, de chez soi) ou bien « Ouvrir une bouteille » (de champagne, de vin) voir même « Ouvrir son cœur »… Bref un titre généreux, avenant, engageant, un titre qui donne envie d’aller vers l’autre, vers l’inconnu, vers les lumières de la ville et de la nuit. Alors on va ouvrir tout ça en même temps – parce que c'est comme ça que la vie ne devrait jamais cesser d'être : ouverte comme une fenêtre – et suivre le facétieux, l’incorrigible, le séduisant… j’ai nommé l’inénarrable et incroyable Luigi... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 10 à 11h15, jeudi 11, samedi 13 et dimanche 14 à 18h, vendredi 12 à 13h45, lundi 15 à 15h45, mardi 16 à 20h 
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Félicité
Réalisé par Alain GOMIS
France 2017 2h05mn VOSTF
avec Véro Tshanda Beya, Papi Mpaka, Gaetan Claudia & le Kasai Allstars...
Scénario d'Alain Gomis, avec la collaboration de Delphine Zingg et Olivier Loustau. FESTIVAL DE BERLIN 2017 : GRAND PRIX DU JURY
La nuit bat son plein… Dans un bar sombre de Kinshasa se distraient les hommes. Quelques femmes trainent également, plus là pour épater la galerie ou travailler que pour s'amuser elles-même. Parfois une serveuse remet une main baladeuse à sa place. Parfois le ton monte. Moments de beuverie désabusés. Ici, qu'on refasse le monde avec les copains ou qu'on l'observe en solitaire, ça ne change rien à l'affaire. Nul n'est dupe. L'alcool est un éphémère antidote contre les vieux démons de chacun. Une fois la bouteille bue, viendra le moment de repartir seul ou pas très bien accompagné dans la moiteur de son antre. Pour fuir l'inévitable solitude, on traîne en espérant trouver un peu de chaleur humaine... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, séance unique le dimanche 14 mai à 20h
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Get Out
Réalisé par Jordan Peele
USA 2017 1h44mn
avec Catherine Keener, Bradley Whitford, Daniel Kaluuya, Allison Williams...
Un thriller horrifique réjouissant qui, faute de renouveler le genre, utilise une thématique ethnique qui renouvelle l’utilisation d’un casting noir dans le cadre d’une production hollywoodienne. Foncez ! Un jeune afro américain, lors de sa visite sur le domaine de la famille blanche de sa petite amie, va vite se rendre compte de la sinistre raison cachée derrière cette invitation. Couple mixte, Chris (Daniel Kaluuya) et sa petite amie Rose (Allison Williams) filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy (Catherine Keener) et Dean (Bradley Whitford) lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours à 13h30, 15h45, 20h10, 22h20
Affiche
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La jeune fille et son aigle
Film documentaire d'Otto BELL
Mongolie 2016 1h27mn VF
Pour les enfants à partir de 8 ans
Bon, la musique est parfois un chouia envahissante, je vous le concède… mais bon sang de bonsoir que les images sont belles ! Et grandioses et somptueux les paysages de l'Altaï mongol : à perte de vue ce ne sont que plaines immenses perchées entre des sommets enneigés et arides avec, au cœur de cette immensité, quelques yourtes qui fument… Sans ce décor d'une ampleur à vous couper le souffle, les hommes depuis plus de mille ans dressent les aigles royaux, seuls êtres vivants qui osent regarder le soleil en face. C'est une pratique ancestrale qui se transmet de père en fils, dans un long, solitaire et obstiné apprentissage : grimper jusqu'au nid de l'aigle, capturer un aiglon peu après sa naissance, de préférence une femelle, plus forte, plus fidèle, l'affamer d'emblée et commencer à tisser une relation avec elle en la nourrissant pour la dresser à chasser les renards et autres prédateurs qui menacent les maigres troupeaux. C'est tout un art dont les nomades Mongols sont fiers et qui fait l'objet d'un festival chaque année : chacun sort son plus beau costume, coiffés de chapeaux de renard ou de zibeline… car il ne fait pas chaud à cette hauteur là. Après quelques années à pratiquer la chasse, le chasseur rend à l'aigle sa liberté et en guise de cadeau d'adieu, il arrive qu'il leur laisse un mouton fraichement abattu... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 et dimanche 14 à 14h, 16h25, jedui 11 à 15h, samedi 13 à 13h50, lundi 15 à 20h45, mardi 16 à 14h
Affiche
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Le Procès du siècle
Réalisé par Mick JACKSON
USA/GB 2016 1h51mn VOSTF
avec Rachel Weisz, Tom Wilkinson, Timothy Spall, Andrew Scott...
Scénario de David Hare, d’après le livre de Deborah Lipstadt
Si vous n’êtes ni enseignant en lycée ni parent d’adolescents, vous n’en avez peut-être pas conscience : une des principales plaies du xxie siècle est probablement le développement exponentiel des théories conspirationnistes sur internet. Il n’y a pas si longtemps, les idées les plus nauséabondes et les plus délirantes de l’extrême droite n’étaient véhiculées que par le bouche à oreille et les publications confidentielles de quelques groupes nazillons. Désormais les théories les plus dingos et malfaisantes se propagent en trois clics et quelques secondes auprès de millions de gens, qui sont malheureusement souvent jeunes et au début de leurs humanités, pour reprendre une expression désuète. Et voilà les cours d’histoire de lycées parasités par des jeunes gens qui se disent hors système et contestent l’enseignement de leurs professeurs... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 à 15h45, jedui 11 à 18h15, dimanche 14 à 20h45
Cotignac : lundi 15 à 18h
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Emily Dickinson, A Quiet Passion
Écrit et réalisé par Terence DAVIES
GB 2016 2h04mn VOSTF
avec Cynthia Nixon, Jennifer Ehle, Jodhi May, Keith Carradine, Catherine Bailey, Emma Bell…
Il est des films, trop rares, qui vous retournent l'âme dès le premier plan et ne vous la rendent que lorsque la lumière se rallume, vous laissant hébété, avec l'impression d'avoir vécu une expérience artistique bouleversante. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Il est des portraits filmés d'artistes qui parviennent à approcher, à travers leur réalisation même, le génie de l'auteur évoqué. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Tout le monde ne sera pas d'accord, mais j'assume ! Revenons à cette première séquence qui fait tout décoller : un pensionnat de jeunes filles dans la Nouvelle Angleterre puritaine du milieu du xixe siècle. C'est sans doute la fin de l'année, à l'heure des choix, et la directrice demande solennellement aux jeunes filles de réaffirmer leur foi. Toutes les pensionnaires s'exécutent, sauf une : elle proclame son droit de ne pas savoir, de douter. Un face-à-face s'engage qui se conclut par : « Mademoiselle Dickinson vous serez seule dans votre rébellion ! »... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi10 et dimanche 14 à 14h, 18h15 et 20h45, jeudi 11 à 15h, 18h15 et 20h45, vendredi 12 et lundi 15 à 15h et 20h45, samedi 13 à 15h45 et 18h30, mardi 16 à 16h et 20h45
Affiche
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Cessez-le-feu
Écrit et réalisé par Emmanuel COURCOL
France 2017 1h45mn
avec Romain Duris, Céline Salette, Grégory Gadebois, Julie-Marie Parmentier, Maryvonne Schlitz, Wabinlé Nabié...
Cesser le feu. Arrêter la combustion des âmes. Éteindre enfin les tourments qui n’en finissent pas de consumer ceux qui sont revenus de l’enfer des tranchées. Cessez-le-feu : une injonction, un appel au secours qui résonnerait comme un retour à la vie, à la normalité, à la beauté du monde. Cessez-le-feu nous plonge dans cet instant de l’après, quand les bombes ont cessé de pleuvoir, quand on a enterré les morts ou gravé sur les monuments le noms des disparus, quand les plus chanceux ont retrouvé leur maison, leur famille et qu’il faut tourner la page de cette maudite guerre. Premier film du scénariste Emmanuel Courcol (qui a écrit entre autres Welcome pour Philippe Lioret), c’est un voyage au cœur du monde des survivants, quand il faut encore se battre contre les démons et le souvenir de la boue des tranchées... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 et mardi 14 à 18h15, et vendredi 12 à 15h
Affiche
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Je danserai si je veux
Écrit et réalisé par Maysaloun HAMOUD
Israël / Palestine 2016 1h42mn VOSTF
avec Mouna Hawa, Sana Jammalieh, Shaden Kanboura, Mahmood Shalabi, Henry Andrawes, Ahlam Canaan...
C’est un trio improbable, né de l’urgence sociale, bricolé d’abord par la nécessité et puis auquel viennent s’ajouter la tendresse, l’amitié, la fraternité, la solidarité. Trois jeunes nanas aux histoires et aux parcours différents, aux aspirations diamétralement opposées, aux origines sociales ou religieuses éloignées, mais réunies par un désir vital de liberté. Laila et Salma, deux jeunes Palestiniennes, partagent un appartement à Tel Aviv, loin de leur village natal et de ses carcans. Elles sont jeunes, elles sont libres et profitent des plaisirs nocturnes de la ville sans tabou ni entrave, symbole percutant et joyeux de cette jeunesse polyglotte, ouverte et désireuse de changer la société. C’est la jeunesse des printemps arabes, qui prône les échanges, le partage, l’ouverture, la jouissance et plus important encore : la liberté... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 28 mai à 18h
Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 et dimanche 14 à 18h20, jeudi 11 et mardi 16 à 20h45, samedi 13 à 15h45
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De toutes mes forces
Réalisé par Chad CHENOUGA
France 2017 1h38mn
avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu, Daouda Keita, Aboudou Sacko...
Scénario de Christine Paillard et Chad Chenouga
Nassim (Khaled Alouach) est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer en banlieue. Malgré la bienveillance de la directrice (Yolande Moreau évidemment), Nassim refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre, catalogués comme des « cas sociaux ». Il s’est donc inventé une autre vie, qui n’aurait rien à envier à celle de ses potes de lycée. C’est celle- là qu’il présente maintenant aux yeux du monde et il n’y a aucune raison que ça change... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 28 mai à 20h30
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Grave
Écrit et réalisé par Julia DUCORNAU
France / Belgique 2016 1h38mn
avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Bouli Lanners, Marion Vernoux...
Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2017 : Grand Prix et Prix de la critique. Interdit aux moins de 16 ans
Ceux qui ne sont pas atteints comme moi d'une affreuse myopie ne connaissent pas l'avantage considérable que nous les bigleux, les serpents à lunettes, les binoclards, avons au cinéma face à un film d'horreur réussi. Alors que vous, les valides des yeux, les fermez convulsivement – quand vous ne plongez pas carrément sous votre siège – à chaque scène terrifiante, il nous suffit discrètement de baisser un chouïa nos binocles pour ne pas voir l'objet de tant d'effroi. Et il faut bien dire que Grave, formidable thriller horrifique signé d'une jeune réalisatrice quasi inconnue, ne manque pas de moments propices au sursaut d'épouvante et au détournement de regard… Un film hybride remarquablement maîtrisé, qui mêle chronique adolescente très bien vue et suspense haletant digne des maîtres Hitchcock ou Cronenberg... lire la suite
Lorgues : samedi 13 à 18h30, dimanche 14 à 21h
Affiche
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The Young Lady
Réalisé par William OLDROYD
GB 2016 1h29mn VOSTF
avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton, Naomi Ackie...
Scénario d'Alice Birch, d'après le roman de Nikolai Leskov Lady Macbeth du district de Mtensk
The young lady paraît ainsi se nourrir, se gorger de ces femmes tragiquement amoureuses, de cette littérature romantique et noire pour façonner son héroïne, une héroïne nouvelle, inédite : Katherine (comme chez Brontë, tiens donc). Dans le fond et dans sa forme, le film reprend plusieurs points, quelques particularités de chaque roman pour en faire, là aussi, une sorte de mélange, un alliage parfait : l’amour interdit, la manipulation, le meurtre, le désespoir, la mort, la différence de classe, et la lande tout autour... Nous voyons donc une jeune femme asservie par un patriarcat brutal s’enfoncer de plus en plus dans les ténèbres, non plus par amour et par passion (même si ça pourrait être le cas au début), mais presque par vengeance de ce qu’elle a subit : mariée de force, cloîtrée dans le manoir familial, délaissée par monsieur et réduite au rôle d’épouse obéissante... lire la suite
Lorgues : jeudi 11 à 20h15, samedi 13 à 16h, dimanche 14 à 19h
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À voix haute - La force de la parole
Réalisé par Stéphane DE FREITAS et Ladj LY
Documentaire France 2016 1h39mn
avec Margita Gosheva, Stefan Denolyubov, Kitodar Todorov, Milko Lazarov...
C'est emballant, ça vous captive, ça vous remue les tripes... Sans grands effets, sans grands moyens : juste des voix, des phrases, des mots et une poignée de jeunots qui découvrent la puissance du verbe. « La parole c'est une arme, c'est quelque chose qui me permet de me défendre. » dit un garçon du film.. Ça se passe dans le 93. Le Neuf Trois selon la novlangue. Il y a quelque années, Stéphane de Freitas, le réalisateur du film, lui-même originaire d'une famille portugaise installée dans cette banlieue dont il aime la diversité, découvre brutalement en déboulant dans les beaux quartiers de l'Ouest parisien qu'il va lui falloir apprendre à s'exprimer pour qu'on l'accepte et qu'on l'écoute... De son expérience est née la coopérative Indigo, à l'origine du concours « Eloquentia » qui rassemble chaque année des jeunes de Seine-Saint-Denis, issus de tous milieux, âgés de 18 à 30 ans, étudiants ou non... lire la suite
Lorgues : mercredi 10 à 16h30, samedi 13 à 20h10
Cotignac : vendredi 12 à 20h30
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Django
Réalisé par Etienne COMAR
France 2017 1h58mn
avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya, Bimbam Merstein, Gabriel Mirété, Vincent Frade, Johnny Montreuil, Raphaël Dever, Patrick Mille...
Scénario d’Etienne Comar et Alexis Salatko
Django, dont on n'a plus besoin de dire le nom. Unique, inimitable, Django le manouche, génie de la gratte, figure incontournable de l’histoire du jazz à qui il apporta sa patte, son swing, son style, mais surtout son âme : l’âme manouche. L’âme manouche, cela pourrait être le sous-titre de ce biopic qui n’en est pas tout à fait un et qui – comme récemment Neruda et Jackie de Pablo Larrain – ne s’attache qu’à une période précise et déterminante du parcours de son protagoniste : on gagne en intensité ce qu'on perd en années… Resserré sur quelques mois, les plus sombres sans doute de la trop courte existence de Django Reinhardt (il est mort à 43 ans), le film se déroule sous l’occupation, quand Paris, étouffé par la botte nazie, tente de respirer dans les bals clandestins les derniers parfums d’une liberté confisquée... lire la suite
Salernes : mercredi 10 mai à 18h, jeudi 11 à 20h30, vendredi 12 à 18h, lundi 15 à 20h30
Affiche
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Corporate
Réalisé par Nicolas SILHOL
France 2017 1h35mn
avec Céline Sallette, Lambert Wilson, Violaine Fumeau, Stéphane De Groodt, Alice de Lencquesaing...
Scénario de Nicolas Silhol et Nicolas Fleureau
Elle est grande, élancée, élégante avec ses costards, ses talons, ses jolis chemisiers blancs dont elle n'arrête pas de changer, asséchant ses aisselles pour être toujours impeccable, chassant cette horrible odeur humaine qui pourrait altérer l'image qu'elle se donne de dure performante. Émilie est prête à tout pour grimper les échelons des responsabilités dans une entreprise qu'elle a dans la peau, ambitieuse et sans faille. Elle a un regard magnifique, qu'elle a réussi à dompter, ne laissant rien paraître de ses émotions, battante, terrible, glacée. C'est que, parmi les rouages qui activent cette grosse boite anonyme semblable à plein d'autres, où les dirigeants ne communiquent avec leurs cadres que par Skype, elle occupe un rôle prééminent d'encadrement du personnel, sous la houlette d'un DRH charmeur (Lambert Wilson) qui lui confie les missions délicates, flatte son côté « killeuse » de choc, lui jurant qu'elle est la meilleure, lui demandant toujours davantage... lire la suite
Le Luc : mercredi 10 à 20h30, jeudi 11 et samedi 13 à 18h, dimanche 14 à 16h
Affiche
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Après la tempête
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2016 2h VOSTF
avec Hiroshi Abe, Yoko Maki, Yoshizawa Taiyo, Kirin Kiki...
Après la tempête met en scène toute une galerie de personnages, mais dresse parmi eux le portrait d'un sublime perdant, tchekhovien en diable : Ryota, espoir déçu de la littérature dont l'immaturité crasse l'entraîne à végéter dans le métier parfois sordide de détective privé. Cette grande tige au regard doux (physique incroyable de l'acteur Hiroshi Abe) a hérité de son père une passion pour le jeu qui ne lui laisse jamais le moindre sou en poche. C'est à cause de ces excentricités, impropres à la vie de famille, que le bonhomme vit séparé de son fils Shingo, onze ans, et de sa femme Kyoko (Yoko Maki), qui depuis a rencontré un autre homme. Mais, un soir de typhon, tous les trois se retrouvent à devoir passer la nuit chez la mère de Ryota, qui nourrit le secret espoir de les voir réconciliés. Le film, fait de conversations, ne s'en tient pas à cette seule trame, mais la laisse infuser dans le flux d'une existence ordinaire – ici la préparation d'un repas, là le cours tranquille d'une promenade – au rythme faussement apaisé des heures creuses. Affleurent alors, au détour d'un mot drôle ou d'une situation cocasse, la douleur larvée, le désappointement, l'inexorable érosion des existences... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 et dimanche 14 à 15h55 et 20h45, jedui 11 à 18h15 et 20h45, vendredi 12 à 15h et 20h45, samedi 13 à 13h50 et 21h, lundi 15 à 15h et 18h15, mardi 16 à 14h, 18h15 et 20h45


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Ouvert la nuit
Réalisé par Edouard BAER
France 2016 1h40mn
avec Edouard Baer, Audrey Tautou, Sabrina Ouazani, Christophe Meynet, Jean-Michel Lami, Gregory Gadebois, Patrick Boshart, Marie-Ange Casta, Alka Balbir, Lionel Abelanski, Atem Kelif, Michel Galabru...
Scénario d’Edouard Baer et Benoit Graffin

Ouvert la nuit aurait pu s’appeler « Ouvrir les portes » (d’un théâtre, d’un cinéma, de chez soi) ou bien « Ouvrir une bouteille » (de champagne, de vin) voir même « Ouvrir son cœur »… Bref un titre généreux, avenant, engageant, un titre qui donne envie d’aller vers l’autre, vers l’inconnu, vers les lumières de la ville et de la nuit. Alors on va ouvrir tout ça en même temps – parce que c'est comme ça que la vie ne devrait jamais cesser d'être : ouverte comme une fenêtre – et suivre le facétieux, l’incorrigible, le séduisant… j’ai nommé l’inénarrable et incroyable Luigi.

Luigi (Edouard toujours délicieusement Baer) est le directeur inspiré et définitivement imprévisible d’un théâtre parisien. C’est la veille de la première et sur scène, il n’y a pas que les rideaux de velours rouge qui sont tendus. Il n’y a plus un sou dans les caisses et l’équipe n’a pas été payée depuis… depuis trop longtemps. Ils ont beau tous aimer très fort ce sympathique Luigi de patron, ils ont beau aimer l’art avec un grand A, et le théâtre parisien privé, faut quand même pas pousser l’intermittent dans les orties. Grève générale donc. Pendant que dans la salle un célèbre metteur en scène excessivement japonais et son assistante-interprète complètement sadique tentent de mener à terme les ultimes répétitions, dussent-elles épuiser le grand Michel Galabru qui aimerait bien rentrer chez lui, Luigi, fidèle à lui-même, a totalement le contrôle de la situation. Rien ni personne, nippon ni gréviste, ni sa meilleure amie et administratrice, ni la nuit et encore moins Paris ne l’empêcheront de lever le rideau le lendemain pour la première représentation.

Le pognon n’est qu’une histoire d’argent et les histoires, Luigi, il maîtrise : scénario, dialogues, costumes et même la bande son, tout lui va, rien n’est grave, tout peut arriver y compris le meilleur, il suffit juste d’y croire. Assisté d’une stagiaire de Sciences-Po aussi rationnelle et stressée qu’il est zen et lunaire, aussi sûre de son jugement qu’il est à l’aise avec ses doutes, le voilà parti au cœur de la nuit en quête d’argent frais. Mais les vieux tours de passe-passe de Luigi, son baratin et ses blagues un peu lourdingues ont pris du plomb dans l’aile… Luigi n’est plus tout à fait le magicien de la nuit, le séducteur saltimbanque qu’il était, le monde autour de lui n’est plus tout à fait le même et les gens, ces autres qui l’inspirent, ont peut être envie d’avoir la paix, voir comme Michel d’aller se coucher.

Tourbillonnant, virevoltant, épique, mélancolique, joyeux, insomniaque, Ouvert la nuit est un film de mission qui ressemble à Cendrillon… passé minuit, le smoking du dandy redeviendra la tenue de travail du garçon de café et le carrosse doré une flûte en plastique contenant un champagne tiède… Mais chut… Luigi le doux, l’inconstant, le rêveur, l'irresponsable, le tchatcheur a peut-être un ultime tour dans sa poche trouée. Un homme qui, comme le poète Ferré, parle à un chimpanzé n’a peut-être pas encore dévoilé sa dernière tirade.


CGR (Draguignan) : mercredi 10 à 11h15, jeudi 11, samedi 13 et dimanche 14 à 18h, vendredi 12 à 13h45, lundi 15 à 15h45, mardi 16 à 20h

Félicité
Réalisé par Alain GOMIS
France 2017 2h05mn VOSTF
avec Véro Tshanda Beya, Papi Mpaka, Gaetan Claudia & le Kasai Allstars...
Scénario d'Alain Gomis, avec la collaboration de Delphine Zingg et Olivier Loustau. FESTIVAL DE BERLIN 2017 : GRAND PRIX DU JURY

La nuit bat son plein… Dans un bar sombre de Kinshasa se distraient les hommes. Quelques femmes trainent également, plus là pour épater la galerie ou travailler que pour s'amuser elles-même. Parfois une serveuse remet une main baladeuse à sa place. Parfois le ton monte. Moments de beuverie désabusés. Ici, qu'on refasse le monde avec les copains ou qu'on l'observe en solitaire, ça ne change rien à l'affaire. Nul n'est dupe. L'alcool est un éphémère antidote contre les vieux démons de chacun. Une fois la bouteille bue, viendra le moment de repartir seul ou pas très bien accompagné dans la moiteur de son antre. Pour fuir l'inévitable solitude, on traîne en espérant trouver un peu de chaleur humaine.
Ce pourrait bien être une quête vaine… Mais non ! Car s'élève une voix intemporelle, profonde, puissante, magnétique. La voix de Félicité qui berce, vous transporte ailleurs, dans une forme de rêve, de méditation, peut-être même de transe. Elle semble réveiller la vie, alors que le regard de la chanteuse semble étrangement vouloir la fuir. Nul besoin de comprendre les mots, la mélodie évidente, éternelle, raconte tout à leur place : le présent intimement entrelacé au passé, le réalisme à l'onirisme. Mélange de tradition et de modernité sur lequel le temps n'a plus d'emprise. Après tout, ce que nous appelons l'avenir deviendra un jour un passé immémorial pour nos lointains descendants.

Tabu, mécanicien bien charpenté (et bien alcoolisé pour l'heure), semble comme hypnotisé, transfiguré. Il oublie l'espace d'un instant ses manières brutes, ses provocations violentes qui escamotent ses bons côtés. Impossible de résister à cette vague douce qui le transperce. Son regard de mauvais démon prend des airs angéliques. Mais cette belle femme plantureuse à la voix chaude, qui n'a pas l'abord facile, n'est certainement pas pour lui. La soirée finira donc, comme trop souvent, en queue de poisson…

Le matin venu, le réveil est lent et rude pour les noctambules. On retrouve Félicité le regard sombre, accablée par la chaleur pesante de sa piaule sans charme. D'autant plus mal lunée que son réfrigérateur est en panne. Quand le réparateur qui se présente se trouve être le même Tabu qui a semé la zizanie sur son lieu de travail, elle est d'autant moins encline à lui accorder sa confiance. Elle lui fait la leçon, le rembarre. Lui la regarde bien penaud… C'est par là que va commencer leur étrange aventure… Qui pourrait-être classique mais ne le sera pas ! Si le récit débute dans une forme aux codes familiers, c'est pour mieux nous ferrer et il va vite s'en émanciper de manière brillante, extrêmement vivante. Son originalité et sa richesse prennent racine dans ses interstices. Tantôt des silences habités de mille voix nous propulsent dans le songe d'une nuit équatoriale. Tantôt les envolées lyriques du « Fratres » d’Arvo Pärt jouées par un incroyable orchestre symphonique surgit de nulle part font naître en nous un véritable sentiment d'élévation. De purs moments de grâce, hypnotiques, où l'on se sent trimballés comme d'impuissants fœtus dans une matrice à la fois rassurante et immense, universelle. C'est un cinéma des contrastes, lumineux, qui n'occulte jamais pour autant la part d'obscurité des hommes et de leur société.

Quand Félicité va apprendre que son fils a eu un accident de moto, tout va basculer. Ici, au Congo, nulle sécurité sociale pour les indigents. Le système est sans cœur et on opère uniquement ceux qui ont les moyens de payer. Pour sauver la jambe de l'adolescent, il faudrait accumuler une montagne d'argent. Voilà cette femme digne, qui jamais n'a quémandé, prête à pulvériser tous les obstacles. Comme si la peur de la perte la ramenait elle-même à la vie. Cette détermination tenace, énergique, sans concession va ébranler Tabu, qui, oubliant presque de la désirer, va se mettre à son service, sans plus rien attendre en retour. Et si l'impossible rédemption tenait en cela… tout simplement donner au lieu de prendre…

CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, séance unique le dimanche 14 mai à 20h


Get Out
Get Out : Photo Allison Williams, Daniel KaluuyaÉcrit et réalisé par Jordan Peele
USA 2017 1h44mn
avec Catherine Keener, Bradley Whitford, Daniel Kaluuya, Allison Williams...

Un thriller horrifique réjouissant qui, faute de renouveler le genre, utilise une thématique ethnique qui renouvelle l’utilisation d’un casting noir dans le cadre d’une production hollywoodienne. Foncez !

Un jeune afro américain, lors de sa visite sur le domaine de la famille blanche de sa petite amie, va vite se rendre compte de la sinistre raison cachée derrière cette invitation. Couple mixte, Chris (Daniel Kaluuya) et sa petite amie Rose (Allison Williams) filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy (Catherine Keener) et Dean (Bradley Whitford) lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable. C’est beau, léché, avec un piqué de cinéma qui redore le blason du cinéma de genre, loin des found-footages habituels auxquels Blumhouse Productions nous avait habitués tout au long de la décennie. Get out, c’est en fait le retour aux thrillers pavillonnaires anxiogènes des années 70-80, ceux qu’affectionnait un certain John Carpenter dans Halloween : la nuit des Masques, avec le même sens de l’espace, ample et structuré.

La banlieue américaine (Suburb, en VO) est le cadre du film de Jordan Peele, cet espace sans problème des productions Amblin Entertainment, ciment de la "whitocracy" où la diversité, amorphe, est un concept urbain lointain. Avec une ironie féroce, le cinéaste y injecte la menace noire, ce cliché défavorisé des quartiers pauvres de la ville, cet élément de résistance à l’hégémonie blanche, qui pourrait être un avatar de gang, ou, pourquoi pas, un élément comique de seconde catégorie pour suspendre la tension dans des gags vaseux. Il n’en sera rien.
Le protagoniste principal a l’intelligence de sa conscience, celle d’un jeune homme bien dans ses baskets, avec une vraie épaisseur psychologique, conscient qu’en se rendant chez les parents "blancs" de sa copine, dans une banlieue tranquille, il va se frotter aux stéréotypes racistes d’une catégorie bien-pensante de la population.

Ce qui aurait pu être une version ethnique de Mon beau-père et moi se transforme en une virée paranoïaque dans l’enfer blanc d’une population repliée sur sa communauté, avec ses modes de pensées où l’ébène interpelle avec la complaisance de la hiérarchie sociale, mais aussi physique. Pourtant loin d’une simple chasse à l’homme noir, la virée lynchienne de Jordan Peele dans cet univers barré, se joue des codes de couleurs pour présenter la différence ethnique comme une norme sociale et culturelle, basée sur la relativité. Le protagoniste principal joué par un quasi inconnu - Daniel Kaluuya, absolument épatant -, apparaît plus équilibré que n’importe quel autre élément de casting, blanc ou noir. Autour de lui, tous les représentants de la communauté noire, chez les parents de la petite-amie, semblent avoir subi un lavage de cerveau ahurissant ou sont sous l’influence des séances d’hypnose de la mère, psychiatre mal-intentionnée, jouée par Catherine Keener, complètement allumée.
Naît de ce décalage entre la normalité du héros et la dégénérescence de cette belle famille au protocole étrange, une ironie forcément savoureuse qui apporte un humour salvateur, au milieu de moments flippants ou à la suite de scènes d’angoisse pétrifiantes, à l’esthétique sombre d’un Under the Skin.

Avec plus de 170M$ au box-office américain, Get Out est devenu un phénomène. Plus gros succès du producteur Jason Blum (Split, Paranormal Activity, Insidious), carton historique pour le cinéma d’épouvante (on a - à peu près- jamais vu ça !), Get Out a tout d’une date maline dans son genre et les Français devraient se ruer sur l’électro-choc. (àvoiràlire)


CGR (Draguignan) : tous les jours à 13h30, 15h45, 20h10, 22h20

 

La jeune fille et son aigle
Film documentaire d'Otto BELL
Mongolie 2016 1h27mn VF
Pour les enfants à partir de 8 ans

Bon, la musique est parfois un chouia envahissante, je vous le concède… mais bon sang de bonsoir que les images sont belles ! Et grandioses et somptueux les paysages de l'Altaï mongol : à perte de vue ce ne sont que plaines immenses perchées entre des sommets enneigés et arides avec, au cœur de cette immensité, quelques yourtes qui fument… Sans ce décor d'une ampleur à vous couper le souffle, les hommes depuis plus de mille ans dressent les aigles royaux, seuls êtres vivants qui osent regarder le soleil en face. C'est une pratique ancestrale qui se transmet de père en fils, dans un long, solitaire et obstiné apprentissage : grimper jusqu'au nid de l'aigle, capturer un aiglon peu après sa naissance, de préférence une femelle, plus forte, plus fidèle, l'affamer d'emblée et commencer à tisser une relation avec elle en la nourrissant pour la dresser à chasser les renards et autres prédateurs qui menacent les maigres troupeaux. C'est tout un art dont les nomades Mongols sont fiers et qui fait l'objet d'un festival chaque année : chacun sort son plus beau costume, coiffés de chapeaux de renard ou de zibeline… car il ne fait pas chaud à cette hauteur là. Après quelques années à pratiquer la chasse, le chasseur rend à l'aigle sa liberté et en guise de cadeau d'adieu, il arrive qu'il leur laisse un mouton fraichement abattu…

Aishopan est une gamine de treize ans, courageuse et accrochée à sa terre, à ses traditions. Elle est la fierté de son père, brillant adepte de « burtkitshi » (chasse à l'aigle). Depuis toute petite, elle l'a vu faire puis a voulu apprendre à son tour contre l'avis des anciens : a-t-on déjà vu une femme se mêler de chasse ! De quoi provoquer un petit scandale local et pas mal de méchantes réflexions. Mais Aïshopan a l'obstination et la passion que beaucoup de garçons n'ont pas. Avec le soutien de son père, elle va défier les ancêtres en visant la première place de la compétition annuelle. Les aigles nichent dans des rochers inaccessibles : pour avoir son aigle, elle va devoir grimper haut pour dénicher l'oiseau qui ne va plus la quitter jusqu'au grand jour, répétant inlassablement les mêmes gestes, les mêmes cris jusqu'à ce que l'aigle lui obéisse avec la précision et la rapidité indispensables pour se mesurer avec les plus vieux, les plus tannés des dresseurs d'aigle.

C'est pas tout les jours qu'on voit un film mongol, pas tous les jours qu'on voit une fille dresser un aigle et mieux encore rabattre leur caquet à tous ces vieux grincheux qui voudraient renvoyer les filles aux fourneaux… Ce film dépaysant en diable peut se voir en famille et si, ce qui semble inévitable, vous en sortez avec l'envie furieuse de partir randonner dans l'Altaï kazakh, précisons ici que le meilleur moment c'est entre Juin et fin Août et prenez tout de même une bonne doudoune : mais quel voyage !

Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 et dimanche 14 à 14h, 16h25, jedui 11 à 15h, samedi 13 à 13h50, lundi 15 à 20h45, mardi 16 à 14h


Le Procès du siècle
Réalisé par Mick JACKSON
USA/GB 2016 1h51mn VOSTF
avec Rachel Weisz, Tom Wilkinson, Timothy Spall, Andrew Scott...
Scénario de David Hare, d’après le livre de Deborah Lipstadt

Si vous n’êtes ni enseignant en lycée ni parent d’adolescents, vous n’en avez peut-être pas conscience : une des principales plaies du xxie siècle est probablement le développement exponentiel des théories conspirationnistes sur internet. Il n’y a pas si longtemps, les idées les plus nauséabondes et les plus délirantes de l’extrême droite n’étaient véhiculées que par le bouche à oreille et les publications confidentielles de quelques groupes nazillons. Désormais les théories les plus dingos et malfaisantes se propagent en trois clics et quelques secondes auprès de millions de gens, qui sont malheureusement souvent jeunes et au début de leurs humanités, pour reprendre une expression désuète. Et voilà les cours d’histoire de lycées parasités par des jeunes gens qui se disent hors système et contestent l’enseignement de leurs professeurs… La critique soit, mais quand c’est pour nier la Shoah ou voir dans n’importe quelle circonstance la main secrète de tel ou tel lobby, il devient urgent de réagir. Dans ce contexte, voilà un film hollywoodien assez classique au demeurant mais salvateur : Le Procès du siècle (le titre est certes un peu racoleur) raconte des événements bien réels qui ont fait vibrer au début des années 2000 toute l’Angleterre et plus largement le monde scientifique, à savoir le combat juridique qui vit s’affronter l’historienne américaine de la Shoah, Deborah Lipstadt, et l’autoproclamé historien britannique David Irving.

Autodidacte acharné, Irving était depuis la fin des années 60 obsédé par l’histoire de la deuxième Guerre mondiale. De fil en aiguille, à force d’explorer méticuleusement et d’interpréter à sa convenance les zones grises de cette histoire (comme il y en a eu dans tous les grands conflits), il devint l’enfant chéri de l’extrême droite européenne. Après avoir pointé du doigt le terrible bilan du bombardement de Dresde par les alliés, il avait enquêté sur le rôle trouble de Churchill dans la disparition du chef de gouvernement polonais en exil. Mais dès les années 80, il s’aventura plus loin en cherchant à prouver qu’Hitler n’était en rien responsable de la solution finale, mise en œuvre derrière son dos par Heydrich et Himmler ! Il relaya ainsi le pseudo rapport Leuchter, bible du négationniste français Faurisson, qui tentait de démontrer l’impossibilité technique des chambres à gaz…
En 1994, l’historienne Deborah Lipstadt démontait ces thèses dans un livre et expliquait que les motivations d’Irving résidaient dans son antisémitisme obsessionnel et ses liens avec l’extrême droite, discréditant ainsi l’historien faussaire et lui faisant perdre son dernier éditeur. Il contre-attaqua en poursuivant Lipstadt en diffamation à Londres.
Le film raconte, à travers le déroulement de ce procès où les défendeurs durent prouver l’existence des camps d’extermination, comment on peut se défendre scientifiquement et juridiquement face aux idées négationnistes, sans avoir recours – et on comprend à quel point ce put être difficile – à l’émotion : les rescapés ne furent pas appelés à la barre, pour ne pas risquer de les voir déstabilisés, humiliés par les attaques d’Irving, par sa mauvaise foi prétendument érudite. Le récit montre combien la recherche historique et la dialectique sont des armes de combat efficaces face aux idées révisionnistes et plus largement face aux délires complotistes.

Le film tient le spectateur en haleine grâce en particulier au brio des acteurs : Rachel Weisz incarne parfaitement la détermination teintée de rage contenue de l’historienne américaine, et, donnant une fois de plus raison à Hitchcock qui disait que « plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film », Timothy Spall, acteur fétiche de Mike Leigh (inoubliable Turner) joue à merveille l’intelligence perverse de David Irving, génie du mal et de la haine d’autrui.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 à 15h45, jedui 11 à 18h15, dimanche 14 à 20h45
Cotignac : lundi 15 à 18h


Emily Dickinson, A Quiet Passion
JUSTE LA FIN DU MONDEÉcrit et réalisé par Terence DAVIES
GB 2016 2h04mn VOSTF
avec Cynthia Nixon, Jennifer Ehle, Jodhi May, Keith Carradine, Catherine Bailey, Emma Bell...

Il est des films, trop rares, qui vous retournent l'âme dès le premier plan et ne vous la rendent que lorsque la lumière se rallume, vous laissant hébété, avec l'impression d'avoir vécu une expérience artistique bouleversante. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Il est des portraits filmés d'artistes qui parviennent à approcher, à travers leur réalisation même, le génie de l'auteur évoqué. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Tout le monde ne sera pas d'accord, mais j'assume !

Revenons à cette première séquence qui fait tout décoller : un pensionnat de jeunes filles dans la Nouvelle Angleterre puritaine du milieu du xixe siècle. C'est sans doute la fin de l'année, à l'heure des choix, et la directrice demande solennellement aux jeunes filles de réaffirmer leur foi. Toutes les pensionnaires s'exécutent, sauf une : elle proclame son droit de ne pas savoir, de douter. Un face-à-face s'engage qui se conclut par : « Mademoiselle Dickinson vous serez seule dans votre rébellion ! » Cette scène résume le destin de celle qui sera reconnue – seulement à titre posthume – comme une des plus grandes poétesses américaines. Emily Dickinson restera jusqu'au bout un esprit libre, refusant de se conformer aux injonctions de la religiosité ambiante, pleinement consciente de la condition sociale inférieure qui lui est faite en tant que femme. Mais elle passera le plus clair de sa vie au près de sa famille et gardera sa révolte pour elle, sans la transmettre au monde si ce n'est par ses poèmes. De là la réputation un peu absurde qui lui fut accolée de poétesse dépressive, voire dérangée – étiquette régulièrement collée au front des grandes artistes femmes. Elle vivra de plus en plus recluse, ne s'adressant même aux étrangers, à la fin de sa vie, qu'à travers l’entrebâillement des portes.
Terence Davies restitue à Emily Dickinson toute sa complexité et fait même d'elle, du moins dans la première partie de sa vie, un être doté d'un humour redoutable, capable avec sa sœur et meilleure amie, suffragette particulièrement impertinente et cynique, de balancer des vannes vachardes et autres répliques assassines. Donc, aussi étonnant que cela puisse paraître, le film de Terence Davies est aussi un film drôle, aux dialogues délicieusement ciselés et incisifs, par exemple quand les deux sœurs remettent à leur place leur tante idiote et bigote.

Le grand talent du réalisateur britannique est d'avoir réussi à intégrer à son récit les poèmes d'Emily Dickinson, faisant du film lui-même une œuvre poétique. Dès sa jeunesse, à peine le séminaire abandonné, Emily se levait chaque nuit pour écrire, avec l'espoir secret d'être un jour publiée. Ses interrogations bouleversantes, de plus en plus graves alors que l'âge avance, alors que la vie se fait cruelle, que ses proches disparaissent ou s'éloignent, rythment le récit. Et la mise en scène superbe de précision traduit bien le monde qui s'assombrit autour de la poétesse, avec cette scène inoubliable où l'on voit vieillir les protagonistes, ou ces inserts pour évoquer la guerre de Sécession, grande rupture dans la vie d'Emily Dickinson.
À travers les couleurs, la lumière, la musique, le film suit les états d'âme et de création de l'artiste : lumière douce pour toute la première partie, la jeune femme semble être un modèle de Vermeer ; couleurs sombres pour la fin du film, contrastant avec les robes blanches que l'héroïne choisit de porter à la mort de sa mère…

Le Vox (Fréjus) : mercredi10 et dimanche 14 à 14h, 18h15 et 20h45, jeudi 11 à 15h, 18h15 et 20h45, vendredi 12 et lundi 15 à 15h et 20h45, samedi 13 à 15h45 et 18h30, mardi 16 à 16h et 20h45


Cessez-le-feu
CESSEZ-LE-FEUÉcrit et réalisé par Emmanuel COURCOL
France 2017 1h45mn
avec Romain Duris, Céline Salette, Grégory Gadebois, Julie-Marie Parmentier, Maryvonne Schlitz, Wabinlé Nabié...

Cesser le feu. Arrêter la combustion des âmes. Éteindre enfin les tourments qui n’en finissent pas de consumer ceux qui sont revenus de l’enfer des tranchées. Cessez-le-feu : une injonction, un appel au secours qui résonnerait comme un retour à la vie, à la normalité, à la beauté du monde. Cessez-le-feu nous plonge dans cet instant de l’après, quand les bombes ont cessé de pleuvoir, quand on a enterré les morts ou gravé sur les monuments le noms des disparus, quand les plus chanceux ont retrouvé leur maison, leur famille et qu’il faut tourner la page de cette maudite guerre. Premier film du scénariste Emmanuel Courcol (qui a écrit entre autres Welcome pour Philippe Lioret), c’est un voyage au cœur du monde des survivants, quand il faut encore se battre contre les démons et le souvenir de la boue des tranchées.

Brillant plaidoyer pour la paix, car on imagine bien que l’horreur de la guerre est la même, à des kilomètres ou des siècles de distances, c’est un film à la fois déroutant et touchant qui raconte ce douloureux retour à la vie à travers le portrait de Georges et de son frère Marcel. Construit avec une grande intelligence, avec ce qu’il faut de retours en arrière pour nourrir les personnages, et porté par deux formidables comédiens dont le trop rare Grégory Gadebois, tout en force tendre et mots retenus, Cessez-le-feu nous touche et nous poursuit discrètement... comme les lignes bouleversants de ces lettres de poilus anonymes. Ils étaient trois frères partis au combat, tous les trois très vite plongés dans l’enfer des tranchées. Le cadet n’est jamais rentré, est-il mort ? disparu ? ou fou errant sans mémoire ? Marcel, lui, est revenu vivre chez sa mère, mais la parole l’a quitté et il passe ses journées perdu dans monde dont on se doute bien qu’il est peuplé de fantômes et de baïonnettes. Seule la visite d’une jeune femme, Hélène, venue lui enseigner le langage des signes, égaie un peu ses journées.
Le troisième enfin, Georges, est revenu vivant lui aussi mais il est très vite reparti, sur des terres lointaines et sauvages, en Afrique, comme si la barbarie des combats lui avait soudain imposé un besoin vital et urgent de sentir d’autres visages, d'autres couleurs, d’autres parfums d’humanité.

La vie a repris son cours, les poilus ne sont plus les héros de la patrie mais des rescapés, meurtris, traumatisés, voire complètement détruits, qui peinent à retrouver leur place au sein des familles, des villages, de la société. Et puis il y a le commerce d’après-guerre, les monuments aux morts, les champs à perte de vue qu’il faut déminer, les cadavres qu’il faut déterrer et identifier... un vrai chantier de Titan.

Il y a Marcel, le robuste et doux Marcel qui a peut-être trouvé l’amour sous les traits d’une jeune veuve, et puis il y a la mère... et enfin il y a Hélène. Mais rien ni personne ne peut comprendre la solitude oppressante de ceux qui vivent avec les fantômes de leurs compagnons d’infortune, les gamins partis la fleur au fusil et jamais revenus. Personne ne peut entendre le bruit effrayant des balles qui sifflent et résonnent pour toujours sous les crânes... pourtant, un jour il faut bien que cesse le feu, d’une manière ou d’une autre.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 et mardi 14 à 18h15, et vendredi 12 à 15h

Je danserai si je veux
Écrit et réalisé par Maysaloun HAMOUD
Israël / Palestine 2016 1h42mn VOSTF
avec Mouna Hawa, Sana Jammalieh, Shaden Kanboura, Mahmood Shalabi, Henry Andrawes, Ahlam Canaan...

C’est un trio improbable, né de l’urgence sociale, bricolé d’abord par la nécessité et puis auquel viennent s’ajouter la tendresse, l’amitié, la fraternité, la solidarité. Trois jeunes nanas aux histoires et aux parcours différents, aux aspirations diamétralement opposées, aux origines sociales ou religieuses éloignées, mais réunies par un désir vital de liberté. Laila et Salma, deux jeunes Palestiniennes, partagent un appartement à Tel Aviv, loin de leur village natal et de ses carcans. Elles sont jeunes, elles sont libres et profitent des plaisirs nocturnes de la ville sans tabou ni entrave, symbole percutant et joyeux de cette jeunesse polyglotte, ouverte et désireuse de changer la société. C’est la jeunesse des printemps arabes, qui prône les échanges, le partage, l’ouverture, la jouissance et plus important encore : la liberté.

Suite au mariage d’une troisième colocataire, Nour, étudiante en informatique, débarque un matin dans l’appartement pour occuper la place vacante. Discrète et studieuse, pudique et voilée, Nour ne souhaite qu’une chose : pouvoir étudier en toute tranquillité et recevoir de temps en temps, en toute chasteté, son fiancé. Nour va bientôt se marier mais pour l’heure, elle est surtout concentrée sur ses examens. Chacune vit sa vie sans porter de jugement sur celle des autres, elles se croisent parfois, au petit matin, autour d’un café, parfois elles se parlent et parfois pas, elles ont appris à respecter leurs choix, leurs rythmes de vie autant que leurs envies. Laila est sans doute la plus libre. Elle est avocate et traite aussi bien ses affaires en arabe qu'en hébreu, elle fait exactement ce qu’elle veut, s’habille comme bon lui semble en maitrisant d’une poigne de velours sa destinée. Elle est belle, sexy, sensuelle, insoumise, volontaire, rebelle et si elle aime, c’est selon ses règles. Salma est DJ amateur et vivote de petits boulots en petits boulots : cuistot, barmaid, elle a trouvé à Tel Aviv le bouillonnement culturel et musical qui correspond à sa curiosité, à ses élans. Mais quand elle retourne dans son village, elle redevient la petite fille bien docile qu’elle était, écoutant sans broncher le discours de ses parents qui veulent la marier très vite et n’ont de cesse de lui présenter des garçons bien sous tous rapports. Mais les apparences sont souvent trompeuses… Nour quant à elle se pose bien des questions. Ses études sont un moyen pour elle de s’affranchir du système patriarcal dans lequel elle a toujours évolué mais elle pressent bien que son futur mari préfèrerait la voir derrières ses fourneaux plutôt que dans un bureau. Si elle pouvait être docile, aimante et silencieuse, ce serait la femme idéale… Mais la femme idéale, c’est peut-être celle qui a décidé de danser, ou pas.
Suite à une rencontre, un événement qui sera peut-être doux comme un baiser ou violent comme une claque, elles vont chacune être rattrapée par la terrible réalité d’une société pleine de conservatismes et de tabous.

C’est cette société que Maysaloun Hamoud tente de secouer et de faire évoluer à travers ce film lumineux, éminemment féministe et engagé. Membre de « Palestinema », un groupe de jeunes cinéastes dont le but est de faire connaître la culture arabe dans une société où elle est très minoritaire, son engagement artistique n’est pas sans rappeler celui de Ronit Elkabetz, voir même de Nabil Ayouch dont les héroïnes de Much Loved pourraient être les cousines de cœur de Laila, Selma et Nour. Et pour ne rien gâcher, la bande son, issue de la scène underground palestinienne, est particulièrement soignée… et vous donne une furieuse envie de bouger.(Utopia)

CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 28 mai à 18h
Le Vox (Fréjus)
: mercredi 10 et dimanche 14 à 18h20, jeudi 11 et mardi 16 à 20h45, samedi 13 à 15h45

De toutes mes forces
Réalisé par Chad CHENOUGA
France 2017 1h38mn
avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu, Daouda Keita, Aboudou Sacko...
Scénario de Christine Paillard et Chad Chenouga

Nassim (Khaled Alouach) est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer en banlieue. Malgré la bienveillance de la directrice (Yolande Moreau évidemment), Nassim refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre, catalogués comme des « cas sociaux ». Il s’est donc inventé une autre vie, qui n’aurait rien à envier à celle de ses potes de lycée. C’est celle- là qu’il présente maintenant aux yeux du monde et il n’y a aucune raison que ça change...

Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, celle de Paris et celle de la banlieue, celle du foyer et celle du lycée, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer... Chad Chenouga, qui a connu une trajectoire comparable à celle de Nassim, le héros, adapte ici avec Christine Paillard la pièce de théâtre qu’il a écrite et lui-même mise en scène en 2011 au Théâtre des Amandiers. Un scénario qui a valu à ses deux auteurs le Grand Prix Sopadin 2015 du meilleur scénariste, une référence.

« J’avais envie de transmettre les énergies d’un groupe d’adolescents, au travers de la danse, de leurs meurtrissures cachées, de leurs parcours chaotiques. J’avais envie aussi de raconter les deux mondes séparés de Nassim... Je voulais raconter un parcours initiatique, un moment dans la vie tourmentée d’un adolescent pas comme les autres... Comment cette année de foyer allait le changer, lui permettre de grandir.
« Tout au long du processus d’écriture, ma volonté était de prendre une certaine distance par rapport à ma propre histoire, mais en préservant la justesse de mon ressenti et de celle des personnages que l’on avait créés. Il s’agissait aussi de ne sur- tout pas tout dire, de transmettre en priorité un sentiment de vitalité plus que raconter de bout en bout les parcours des uns et des autres.
« Quand j’ai proposé à Yolande Moreau le rôle de la directrice du foyer, Madame Cousin, elle m’a dit : “Cette histoire ne raconte pas d’histoires, j’y crois”. J’étais content. » Chad Chenouga

CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 28 mai


Grave

HARMONIUMÉcrit et réalisé par Julia DUCORNAU
France / Belgique 2016 1h38mn
avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Bouli Lanners, Marion Vernoux...
Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2017 : Grand Prix et Prix de la critique. Interdit aux moins de 16 ans

Ceux qui ne sont pas atteints comme moi d'une affreuse myopie ne connaissent pas l'avantage considérable que nous les bigleux, les serpents à lunettes, les binoclards, avons au cinéma face à un film d'horreur réussi. Alors que vous, les valides des yeux, les fermez convulsivement – quand vous ne plongez pas carrément sous votre siège – à chaque scène terrifiante, il nous suffit discrètement de baisser un chouïa nos binocles pour ne pas voir l'objet de tant d'effroi. Et il faut bien dire que Grave, formidable thriller horrifique signé d'une jeune réalisatrice quasi inconnue, ne manque pas de moments propices au sursaut d'épouvante et au détournement de regard… Un film hybride remarquablement maîtrisé, qui mêle chronique adolescente très bien vue et suspense haletant digne des maîtres Hitchcock ou Cronenberg.

Pour Justine, jeune fille discrète de bonne famille, tout commence au moment de son entrée à l'école vétérinaire. Pas de stress a priori pour cette étudiante brillante qui arrive en terrain presque conquis puisque tout le monde dans la famille est vétérinaire et... végétarien ! Et sa grande sœur Alexia est déjà sur place, dans la classe supérieure. Il n’empêche que la succession des dis- sections, la vision répétée de grosses bêtes découpées ne sont pas forcé- ment en adéquation avec l’aspiration à l’amour des animaux... Sans compter que Justine doit en passer par le rituel du bizutage. Scène géniale où les étudiants en blouse blanche ensanglantée (peu de temps avant, tout le groupe a été aspergé de sang depuis les étages en guise de bienvenue) attendent, tel un troupeau devant les grilles de l’abattoir, de monter sur une scène où ils devront déguster en guise d’épreuve des foies crus de lapin. Pour une végétarienne, la double punition ! À laquelle elle se soumet...

Mais à partir de cette terrible épreuve, sa vie va changer, la consommation de chair semblant avoir considérablement influé sur son comportement. Libido en hausse qui la dévore et surtout goût soudain de plus en plus prononcé pour la chair sous toutes ces formes. Il suffit d’une épilation intime entre sœurs qui tourne mal pour que l’affaire se corse... On ne voudrait pas vous en dire plus mais vous saurez très vite par toute la presse qu’il est fortement question de cannibalisme. Grave, écrit, construit et mené avec brio, est un bijou pour les amateurs du genre, qui ne seront pas difficiles à convaincre. Mais que les autres ne se détournent pas pour autant, par crainte instinctive du sujet : c’est un film étrange et fascinant, variation assez vertigineuse sur la construction de l’identité d’une jeune fille passant par la transgression des tabous, tant sexuels que moraux. On peut d’ailleurs penser que ce n’est pas un hasard si la réalisatrice a choisi pour son personnage principal le prénom de Justine, référence à l’héroïne de Sade, victime de ses initiateurs puis finalement adepte des plaisirs que cette initiation lui procure...

Mais Grave prend aussi une dimension de fable morale curieusement malicieuse en abordant l’antispécisme de manière à la fois frontale et finalement jubilatoire, ne serait-ce qu’en prouvant bien qu’il ne faut surtout pas forcer un végétarien à manger de la viande ! Car poussons le raisonnement jusqu’au bout : si on peut manger de la viande, pourquoi ne pas manger son semblable, puisque comme nos frères animaux nous ne sommes que chair (une réflexion que me répète en boucle ma chérie végétarienne) ? Bref c’est tout à fait passionnant et Julia Ducournau orchestre cette petite leçon de philosophie horrifique avec un talent fou. Chapeau !( utopia)

Lorgues : samedi 13 à 18h30, dimanche 14 à 21h


The Young Lady

THE YOUNG LADYRéalisé par William OLDROYD
GB 2016 1h29mn VOSTF
avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton, Naomi Ackie...
Scénario d'Alice Birch, d'après le roman de Nikolai Leskov Lady Macbeth du district de Mtensk

Il y a comme une chronologie secrète autour de The young lady, une macération du temps qui déboucherait à aujourd’hui et à ce film. De fait, tout commencerait vers 1600 quand Shakespeare écrivit Macbeth, et de ce drame sombre comme un puits en enfer, on retiendra surtout le personnage de Lady Macbeth, femme fatale et reine manipulatrice. Plus tard en 1847, Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë exaltera, au milieu de la lande écossaise, l’amour fou de Catherine Earnshaw pour Heathcliff. Plus tard encore, en 1857, Madame Bovary de Gustave Flaubert fera de son Emma une femme malheureuse enfermée dans les conventions (et qui en mourra). Enfin en 1865, Lady Macbeth du district de Mtsensk de Nikolaï Leskov, dont The young lady est une libre adaptation, semble compiler naturellement ces trois-là et inspirera même un opéra en quatre actes de Dmitri Chostakovitch. On pourrait, pourquoi pas, continuer jusqu’en 1928 avec L’Amant de Lady Chatterley de D. H. Lawrence où une femme, Constance, redécouvre l’amour et le bonheur avec un garde-chasse, un homme extérieur à son milieu...

The young lady paraît ainsi se nourrir, se gorger de ces femmes tragiquement amoureuses, de cette littérature romantique et noire pour façonner son héroïne, une héroïne nouvelle, inédite : Katherine (comme chez Brontë, tiens donc). Dans le fond et dans sa forme, le film reprend plusieurs points, quelques particularités de chaque roman pour en faire, là aussi, une sorte de mélange, un al- liage parfait : l’amour interdit, la manipulation, le meurtre, le désespoir, la mort, la différence de classe, et la lande tout autour... Nous voyons donc une jeune femme asservie par un patriarcat brutal s’enfoncer de plus en plus dans les ténèbres, non plus par amour et par passion (même si ça pourrait être le cas au début), mais presque par vengeance de ce qu’elle a subit : mariée de force, cloîtrée dans le manoir familial, délaissée par monsieur et réduite au rôle d’épouse obéissante.

Ses actes sont comme une rébellion nécessaire pour s’affirmer, tenter d’exister face à un mari et un beau-père détestables, rébellion qui deviendra plus radicale, jusqu’à l’impensable. À la fois victime et bourreau, Katherine incarne cette forme d’innocence réduite en morceaux par une société toujours plus oppressive, apte à engendrer ses propres monstres – dont elle sera l’un des spécimens les plus brillants. William Oldroyd (metteur en scène) et Alice Birch (scénariste), tous deux venus du théâtre londonien, se sont habilement emparés du roman de Leskov en décidant de le transposer dans l’Angleterre victorienne. Au cœur d’une nature farouche et d’intérieurs stricts, étouffants malgré leur dépouillement, Oldroyd en magnifie la noirceur, le fiel et la modernité avec une douceur étonnante, sans excès, mais toujours avec piquant. Il révèle également l’étonnante Florence Pugh dont l’intensité et la présence habitent à merveille ce rôle de jeune femme sur le point de s’affranchir de tout, quitte à embrasser le Mal.
( Utopia  seuilcritique.com)

Lorgues : jeudi 11 à 20h15, samedi 13 à 16h, dimanche 14 à 19h

À voix haute - La force de la parole
Réalisé par Stéphane DE FREITAS et Ladj LY
Documentaire France 2016 1h39mn

C'est emballant, ça vous captive, ça vous remue les tripes... Sans grands effets, sans grands moyens : juste des voix, des phrases, des mots et une poignée de jeunots qui découvrent la puissance du verbe. « La parole c'est une arme, c'est quelque chose qui me permet de me défendre. » dit un garçon du film.. Ça se passe dans le 93. Le Neuf Trois selon la novlangue. Il y a quelque années, Stéphane de Freitas, le réalisateur du film, lui-même originaire d'une famille portugaise installée dans cette banlieue dont il aime la diversité, découvre brutalement en déboulant dans les beaux quartiers de l'Ouest parisien qu'il va lui falloir apprendre à s'exprimer pour qu'on l'accepte et qu'on l'écoute... De son expérience est née la coopérative Indigo, à l'origine du concours « Eloquentia » qui rassemble chaque année des jeunes de Seine-Saint-Denis, issus de tous milieux, âgés de 18 à 30 ans, étudiants ou non. Chaque année une centaine de candidats se lancent dans l'aventure et se préparent à la finale avec l'aide d'une poignée de professionnels, slameurs, avocats, théâtreux... Il fallait bien qu'un jour, avant de partir vers d'autres horizons, Stéphane De Freitas s'empare d'une caméra et filme, pour témoigner de cette fabuleuse aventure qui continue désormais sans lui. Son film suit la pro- motion de 2015 tout au long de la préparation jusqu'au concours...

Qu'il est difficile au début de se lancer ! Oser ses premières phrases, affirmer un point de vue personnel, s'ouvrir aux autres, faire surgir du fond de soi une sincérité qui semble impudique, passer outre la crainte du ridicule... Les débuts sont timides et les exercices maladroits. Puis, à mesure que chacun se laisse apprivoiser, la peur s'estompe, le spectacle de la fragilité de ses alter ego aide à l'indulgence vis-à-vis de ses propres faiblesses et peu à peu la parole se libère. On s'interpelle, on argumente, on plaide... Tous prennent de l'assurance, les phrases viennent mieux, le plaisir de jouer avec les mots s'installe et de notre côté de l'écran, on jubile. Au bout du chemin, un des participants sera couronné « Meilleur orateur du 93 », mais tous seront sortis de ce qu'ils croyaient être leurs limites, apprenant à connaître les autres en commençant par mieux se connaître eux-mêmes...

On les suit aussi dans leur vie et on mesure les efforts que beaucoup doivent faire pour surmonter les handicaps les plus divers. On pense à Eddy, ce garçon amoureux de Victor Hugo qui se tape à pied deux fois par jour et sans rechigner les 10km qui séparent la maison de ses parents de la gare où il prend le train qui l'emmène à la fac. On pense à Elhadj, qui vivait dans la rue et continuait néanmoins ses études jusqu'à préparer une maitrise de sociologie et qui se sert de la parole pour témoigner de ce qu'il a vécu... À Leïla, jeune fille d'origine syrienne qui porte le voile et milite dans un collectif féministe... On constate – ou on découvre si on n'en avait pas idée – que, foin des clichés réducteurs, la banlieue est multiple, dans ses paysages, dans son architecture, comme dans les cultures de la jeunesse qui l'habite, une jeunesse prête à s'accrocher, à bosser dur pour trouver la place qui lui sied.

Plus le film avance et plus ont prend goût et plaisir aux mots chargés du sens de toutes ces vies qui s'en emparent dans un processus d'émancipation excitant en diable : rap, slam, poésie, joutes verbales, jeux de rôle... tous les moyens sont bons pour apprendre à structurer sa pensée, dompter ses gestes, gérer son stress et ne plus avoir peur d'affronter les autres, d'affronter sa propre vie. Quelle émotion ! (Utopia)

Lorgues : mercredi 10 à 16h30, samedi 13 à 20h10
Cotignac : vendredi 12 à 20h30


Django
Réalisé par Etienne COMAR
France 2017 1h58mn
avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya, Bimbam Merstein, Gabriel Mirété, Vincent Frade, Johnny Montreuil, Raphaël Dever, Patrick Mille...
Scénario d’Etienne Comar et Alexis Salatko


Django, dont on n'a plus besoin de dire le nom. Unique, inimitable, Django le manouche, génie de la gratte, figure incontournable de l’histoire du jazz à qui il apporta sa patte, son swing, son style, mais surtout son âme : l’âme manouche. L’âme manouche, cela pourrait être le sous-titre de ce biopic qui n’en est pas tout à fait un et qui – comme récemment Neruda et Jackie de Pablo Larrain – ne s’attache qu’à une période précise et déterminante du parcours de son protagoniste : on gagne en intensité ce qu'on perd en années… Resserré sur quelques mois, les plus sombres sans doute de la trop courte existence de Django Reinhardt (il est mort à 43 ans), le film se déroule sous l’occupation, quand Paris, étouffé par la botte nazie, tente de respirer dans les bals clandestins les derniers parfums d’une liberté confisquée.

1943. Django, au sommet de son art, reconnu, adulé, fait swinguer le tout Paris aux Folies Bergères avec son quintet. Comme bon nombre d’artistes français de cette époque, on joue devant un parterre composé en partie d’officiers allemands, sans trop se soucier du chaos lointain, ni de ce qui se trame aux quatre coins de l’Europe. Django a sa guitare, sa famille, sa canne à pêche, son public et une certaine immunité acquise par sa célébrité et son talent… Cette guerre, c’est celle des gadjos, certainement pas la sienne.
Mais l’Allemagne en veut toujours plus et l'agent du guitariste négocie avec l'occupant une magistrale tournée qui le mènerait à Berlin, orchestrée par la propagande nazie, pour le bon plaisir des hauts officiers du Reich, avec, aux premiers rangs Gœbbels et peut-être même Hitler. Flairant le danger, Django décide alors de fuir en zone libre, aidé par la belle et mystérieuse Louise De Klerk, une vieille connaissance, amatrice éclairée de jazz, reine des nuits parisiennes, admiratrice fidèle, et peut-être encore plein d’autres choses plus ou moins secrètes, plus ou moins avouables…
A Thonon-les-Bains, il va attendre plusieurs semaines le moment propice pour un passage en Suisse. Entouré de sa famille proche – sa femme enceinte, sa mère qui est aussi sa costumière et son meilleur impresario, son frère qui l’accompagne sur scène – mais aussi de sa famille de cœur et d’histoire – les habitants d'un camp tzigane rencontrés sur place – Django va découvrir la terrible réalité de son temps.

Avec ce qu’il faut de fiction et d’entorses bienveillantes à la réalité, Django nous offre le portrait admiratif – mais pas toujours aimable – d’un musicien hors norme qui va voir sa vie et son art bouleversés au contact de l’horreur en marche. Si les scènes de concerts sont remarquablement filmées et rendent toute l’énergie vitale de ce jazz manouche, la manière dense et pudique dont le film traite de l’oppression puis de l’extermination du peuple tzigane est particulièrement émouvante.
À travers ce personnage mythique interprété par Reda Kateb avec le talent, la grâce, la gouaille dandy qu'on lui connaît, Django interroge la place de l’artiste et de l’art dans ces moments terribles de l’histoire où la poésie et la liberté sont elles aussi pourchassées, parquées, exécutées. Si le film s’ouvre sur le roi du swing parisien, il évolue peu à peu vers quelque chose de plus mélancolique et se referme sur le « Requiem pour mes frères tziganes » pour orgue, orchestre et chœur. Jouée une seule fois à la Libération, cette messe funèbre dont la partition est aujourd’hui perdue fut dédiée par Django à tous les Tziganes massacrés pendant la Seconde Guerre mondiale.(Utopia)

Salernes : mercredi 10 mai à 18h, jeudi 11 à 20h30, vendredi 12 à 18h, lundi 15 à 20h30

Corporate
Réalisé par Nicolas SILHOL
France 2017 1h35mn
avec Céline Sallette, Lambert Wilson, Violaine Fumeau, Stéphane De Groodt, Alice de Lencquesaing...
Scénario de Nicolas Silhol et Nicolas Fleureau


Elle est grande, élancée, élégante avec ses costards, ses talons, ses jolis chemisiers blancs dont elle n'arrête pas de changer, asséchant ses aisselles pour être toujours impeccable, chassant cette horrible odeur humaine qui pourrait altérer l'image qu'elle se donne de dure performante. Émilie est prête à tout pour grimper les échelons des responsabilités dans une entreprise qu'elle a dans la peau, ambitieuse et sans faille. Elle a un regard magnifique, qu'elle a réussi à dompter, ne laissant rien paraître de ses émotions, battante, terrible, glacée. C'est que, parmi les rouages qui activent cette grosse boite anonyme semblable à plein d'autres, où les dirigeants ne communiquent avec leurs cadres que par Skype, elle occupe un rôle prééminent d'encadrement du personnel, sous la houlette d'un DRH charmeur (Lambert Wilson) qui lui confie les missions délicates, flatte son côté « killeuse » de choc, lui jurant qu'elle est la meilleure, lui demandant toujours davantage.

Surtout pas de licenciement ! C'est la consigne : ici, on pousse celle ou celui dont on veut se débarrasser au découragement, on lui impose des mutations impossibles à accepter, des objectifs impossibles à atteindre, des consignes contradictoires. Connaître les points faibles, le détail de la vie privée qui permet de manœuvrer jusqu'à ce que la personne harcelée jette l'éponge et parte d'elle-même… Dans des espaces déshumanisés de bureaux vitrés et d'open spaces clean résolument modernes, les salariés sont sur la défensive : être le meilleur, être au top, guetter l'intention cachée, deviner d'où vient le vent… Même les relations qui se tissent autour des espaces de pause ne parviennent pas à dissimuler l'angoisse chronique qui pousse chacun à surveiller l'autre de peur qu'il grignote votre place.
Le DRH à la voix chaude pilote l'équipe d'encadrement, met la pression, laisse le sale boulot aux autres… et quand se profile une enquête suite au suicide d'un employé poussé à bout, Émilie réalise vite qu'elle risque de passer du rôle de première de la classe à celui de fusible, et que la direction et ses représentants n'auront aucun état d'âme à lui faire porter la responsabilité du problème pour éviter que l'entreprise ne soit éclaboussée, sans qu'aucun des salariés ne viennent à son aide tant elle s'est isolée… Dès lors, il n'y aura pas d'autre solution pour elle : si elle veut sauver sa peau, il va falloir qu'elle y mette les moyens, quitte à jouer sa « carrière », quitte à se montrer plus cynique que les cyniques qui l'ont mise dans cette impasse.

C'est mené comme un polar, une histoire pleine de suspense qui n'est pas sans faire penser à la série de suicides qui avait frappé France Télécom. « J'avais été particulièrement choqué par le cynisme du PDG d'alors, déclarant qu'il fallait mettre un terme à cette “mode de suicides”… comme si c'étaient ceux qui souffrent qui étaient responsables » dit Nicolas Silhol. La personnalité de l'inspectrice du travail qui mène son enquête, mélange de dureté et d'empathie, colle bien avec son rôle et si elle est inflexible quant à l'application de la règle, elle est pour Émilie la perspective d'un autre choix possible, l'occasion de casser l'armure comme on dit. Si la ligne d'horizon d'Émilie est son intérêt personnel avant tout, sa rage d'être lâchée par ses supérieurs va lui donner l'énergie de renverser la vapeur avec la même détermination qu'elle mettait à accomplir son rôle de tueuse… Rien n'est si simple ici, et c'est bien pour cela que le film passionne : suspense pour suspense, la fiction est d'autant plus prenante qu'elle est solidement ancrée dans la réalité.(Utopia)

Le Luc : mercredi 10 à 20h30, jeudi 11 et samedi 13 à 18h, dimanche 14 à 16h

Après la tempête
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2016 2h VOSTF
avec Hiroshi Abe, Yoko Maki, Yoshizawa Taiyo, Kirin Kiki...

Le cinéma d'Hirokazu Kore-Eda, infatigable peintre des familles japonaises, semblait stagner depuis quelque temps dans une entêtante ritournelle de tendresse et de mélancolie. Son nouveau film, Après la tempête, marque une inflexion salutaire, puisqu'il s'intéresse cette fois à une famille disloquée par le divorce, la garde partagée d'un enfant et la mort récente d'un aïeul. Une amertume auxquelles le cinéaste ne nous avait pas habitués depuis les très beaux Nobody knows (2004) et Still walking (2008), et qui a pour effet d'accroître l'épure et la concentration de sa mise en scène, sans pour autant oublier de les moduler à travers une riche palette d'humeurs.

Après la tempête met en scène toute une galerie de personnages, mais dresse parmi eux le portrait d'un sublime perdant, tchekhovien en diable : Ryota, espoir déçu de la littérature dont l'immaturité crasse l'entraîne à végéter dans le métier parfois sordide de détective privé. Cette grande tige au regard doux (physique incroyable de l'acteur Hiroshi Abe) a hérité de son père une passion pour le jeu qui ne lui laisse jamais le moindre sou en poche. C'est à cause de ces excentricités, impropres à la vie de famille, que le bonhomme vit séparé de son fils Shingo, onze ans, et de sa femme Kyoko (Yoko Maki), qui depuis a rencontré un autre homme. Mais, un soir de typhon, tous les trois se retrouvent à devoir passer la nuit chez la mère de Ryota, qui nourrit le secret espoir de les voir réconciliés.
Le film, fait de conversations, ne s'en tient pas à cette seule trame, mais la laisse infuser dans le flux d'une existence ordinaire – ici la préparation d'un repas, là le cours tranquille d'une promenade – au rythme faussement apaisé des heures creuses. Affleurent alors, au détour d'un mot drôle ou d'une situation cocasse, la douleur larvée, le désappointement, l'inexorable érosion des existences.
Kore-Eda recueille ces humeurs dans un subtil camaïeu de beiges et de gris, lié aussi bien à la lourdeur du climat saisonnier qu'à ces fades barres d'immeubles qu'habitent les personnages, écrins blêmes de leurs sentiments. Dans la très belle et longue scène du typhon, les paroles scintillent au plus profond d'une nuit tourmentée, où chacun apprendra à accepter la séparation comme la seule clé possible d'une continuité malgré tout. (M. Macheret, Le Monde)

« Avoir accepté les changements qui se sont opérés en moi après la mort de ma mère et de mon père donne ce film qui est celui qui me ressemble le plus. Après ma mort, si je me retrouve devant Dieu ou le Juge de l’Au-delà et qu’on me demande : “Qu’as-tu fait sur Terre ?” Je pense que je leur montrerai Après la tempête en premier. » (Hirokazu Kore-Eda)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 10 et dimanche 14 à 15h55 et 20h45, jedui 11 à 18h15 et 20h45, vendredi 12 à 15h et 20h45, samedi 13 à 13h50 et 21h, lundi 15 à 15h et 18h15, mardi 16 à 14h, 18h15 et 20h45

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :


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