Au(x) cinéma(s) du 11 au 17 novembre

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Tout d'abord 2 films à bien noter dans votre agenda, 2 films "Entretoiles" : une soirée italienne, une soirée Sorrentino mercredi prochain 18 novembre à la salle Lily Pons ! A 18h vous verrez Il Divo Prix du Jury au festival de Cannes 2008, un film "drôle, impitoyable, plein de trouvailles..." Ensuite, nous vous offrirons un petit apéritif avant de poursuivre avec La grande Bellezza à 20h20, satire de la décadence et confession intime qui "ensorcèle par son élégance".
Donc ne les manquez pas ! Venez nombreux ! La cotisation est toujours de 5€ par film.

Maintenant, passons à ce que nous propose cette nouvelle semaine de cinéma : à CGR, c'est Marguerite que vous pouvez voir avec l’inénarrable Catherine Frot et aussi Nous trois ou rien, une jolie comédie sur l'intégration et le vivre ensemble. Au Vox de Fréjus, mais aussi à Lorgues, à Salernes et au Luc, allez vous amuser avec la comédie légère et pétillante de Woody Allen L'homme irrationnel. Au Vox aussi un très beau film de Kore Eda Notre petite soeur, "un film simple et gracieux sur les choses joyeuses de la vie"... Et aussi Une histoire de fou de Guediguian sur la cause Arménienne.
Un beau film d'animation encore : Avril et le monde truqué, un récit d'aventure aussi ambitieux que généreux, avec l'univers graphique de Tardi. A Lorgues, on peut voir Asphalte, une comédie loufoque, drôle, intelligente et humaine et à Salernes La isla minima, un thriller terriblement efficace, et enfin Une seconde mère, un film brésilien très attachant et enjoué.
Et  lundi prochain séance unique à 20h L'Oranais à CGR suivi d'un débat avec le metteur en scène Philippe Berling.

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

Bonne semaine de cinéma !


PROGRAMMATION DU 11 AU 17 NOVEMBRE 2015

 

Il divo: La spettacolare vita di Giulio Andreotti
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Il Divo
Réalisé par Paolo SORRENTINO
Italie 2008 1h57mn VOSTF
avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti, Flavio Bucci...
Prix du Jury, Festival de Cannes 2008
Il Divo est une sorte de synthèse étonnante de Tarentino, des Coen et de Francesco Rosi, un film baroque baroque et magistral de Paolo Sorrentino, qui a emporté haut la main le Prix du Jury au Festival de Cannes et raconte l'Italie de la dernière décennie du XXe siècle avec, au centre de la fresque : Giulio Andreotti, patron de la Démocratie Chrétienne, anche chiamato « Il Divo » (le divin), vingt et une fois ministre, sept fois président du conseil entre 73 et 92, ramené sans cesse sur le devant de la scène par chaque nouvelle crise gouvernementale… ce qui lui valut un autre de ses surnoms : l'inoxydable ! Jusqu'à ce qu'il lâche la présidence du Conseil à la demande du Président de la république élu en 1991, qui le nommera sénateur à vie, tandis que s'ouvrait une information judiciaire sur ses liens supposés avec la mafia… La presse italienne baptisait alors la Péninsule Tangentepoli (la cité des pots de vins), et l'opération Mani Pulite, engagée par des magistrats courageux, allait mettre au grand jour le système de corruption généralisée qui gangrenait l'économie…  lire la suite
Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 18 novembre 18h. 5€
La Grande Bellezza
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La Grande Bellezza
Réalisé par Paolo SORRENTINO
Italie 2013 2h20mn VOSTF
avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, Carlo Buccirosso, Isabella Ferrari...
Festival de Cannes 2013 : Sélection officielle, en compétition
« Tanti auguri ! » Jef Gambardella fête ses 65 ans en invitant les gliterrati (célébrités à la mode) de Rome. Sous le ciel étoilé, une rave de riches, masqués ou nus, se trémousse, baise et se shoote dans une unisson joyeuse. Noceur célibataire, l’hôte cultivé se mêle à la foule avec indulgence. Après vingt six ans dans la capitale, il connaît la chanson. Au soleil levant, une naine vêtue de bleu cherche ses amis parmi les ruines de la veille. Surplombant le Colisée, la débauche fellinienne, avec la brillance kaléidoscopique typique du cinéaste s’insère dans un noble héritage. Burlesque et baroque, classique et romantique, le film se distingue par son unité profonde et son ironie tour à tour tendre et féroce. Autoportrait crépusculaire d’un homme peignant lui-même le portrait d'une Italie déchirée, désorientée, allant droit dans le mur, et celui d'une Italie belle d'indolence, de sensualité, de grâce et de nostalgie, cette balade romaine de Sorrentino, voyage au bout de la nuit inoubliable, est déjà dans la cour des grands : douleur de vivre dans la plus grande beauté, n’est-ce pas là un magnifique paradoxe ?... lire la suite
Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 18 novembre 20h20. 5€
Nous trois ou rien
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Nous trois ou rien
Réalisé par KHEIRON
France 2015 1h42mn
avec Gérard Darmon, Zabou Breitman, Michel Vuillermoz, Eriq Ebouaney, Leïla Bekhti...
D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble. Révélé par le Jamel Comedy Club et par la mini-série Bref de Canal +, Kheiron Tabib est d’abord connu pour ses talents d’humoriste et de rappeur. Avec Nous trois ou rien, le jeune artiste français d’origine iranienne, étend encore sa palette artistique, pour notre plus grand plaisir. Car, si ce premier long-métrage est une telle réussite, c’est grâce à la richesse, l’originalité et l’efficacité de son scénario. Tout commence dans une prison iranienne, où Hibat (interprété par Kheiron lui-même) est incarcéré depuis sept ans pour avoir osé contester l’action du Shah. Ainsi, dès les premières minutes, le film fait nécessairement écho aux nombreux conflits et aux tensions qui secouent la péninsule arabe depuis trop longtemps... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi, jeudi, vendredi, samedi : 11h15, 14h, 16h, 20h, 22h15 - dimanche 11h15, 14h, 16h, 18h, 20h, 22h15
Marguerite
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Marguerite
Réalisé par Xavier GIANNOLI
France 2015 2h07mn
avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Christa Théret, Denis Mpunga, Sylvain Dieuaide, Aubert Fenoy...
Scénario de Xavier Giannoli, avec la collaboratio de Marcia Romano
Florence Foster Jenkins était une richissime américaine qui se rêvait diva. Persuadée d'être une grande soprano, elle fut beaucoup moquée, mais termina son étonnante carrière sur un concert mémorable à Carnegie Hall (les billets s'arrachèrent des semaines à l'avance, on refusa un monde fou). La particularité de cette grande originale était de ne pas s'entendre chanter, et donc d'être parfaitement inconsciente de la fausseté de sa voix. Loin de briser sa carrière dans l'œuf, ce petit inconvénient ne l'a pas empêchée de laisser une trace indélébile dans l'histoire du chant lyrique : Orson Welles s'en est d'ailleurs inspiré pour créer le personnage de l'épouse de son Citizen Kane, et on dit même que Hergé s'en est nourri pour créer la Castafiore que croise Tintin dans une de ses aventures les plus célèbres. Mais si son histoire a été le point de départ du film, Xavier Giannoli en fait une évocation toute personnelle et superbe, fatalement cocasse mais aussi pleine d'ambigüité, de beauté, d'émotions contradictoires, d'humanité, de poésie... lire la suite
CGR (Draguignan) : jeudi 13h30, vendredi 15h45, samedi et madi 11h, dimanche 19h40, lundi 17h
L'Oranais
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L'Oranais
Écrit et réalisé par Lyes SALEM
Algérie 2014 2h08mn VOSTF
avec Lyes Salem, Khaled Benaissa, Djemel Barek, Amal Kateb, Sabrina Ouazani...
« Qu’avons-nous fait de notre indépendance ? » « Que sommes-nous devenus depuis et qu’aurions-nous pu être ? » 62 ans après la liesse de juillet 1962, ces questions à la fois politiques et identitaires hantent les Algériens et pèsent lourdement sur le devenir de leur pays. Et c’est à ces interrogations que se confronte, avec succès, L’Oranais… Le récit s’articule autour de deux amis, Hamid et Djaffar, montés ensemble au maquis pour combattre la France coloniale et que le destin finira par séparer, bien longtemps après l’indépendance. Entre les deux hommes, il est aussi question de secret inavouable, de trahison et de renoncements aux idéaux de la Thawra (« la Révolution », c’est-à-dire la guerre d’Algérie)... lire la suite
CGR (Draguignan) : une seule séance lundi à 20h suivi d'un débat avec le metteur en scène Philippe Berling
Notre petite soeur
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Notre petite soeur
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose...
C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Le cinéma de Kore-Eda, c'est l'invitation à l'eudémonisme, au carpe diem : savoir déguster et embellir le temps qui nous conduit inéluctablement vers la poussière. C'est aussi une leçon de zénitude d'où l'on ressort conquis et apaisé. Un film qui donne faim et soif de nourritures terrestres et de tendresse... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, vendredi, samedi, dimanche, mardi 15h50 - jeudi 20h30
Une Histoire de Fou
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Une Histoire de Fou
Réalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2014 2h14mn
avec Syrus Shahidi, Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Robinson Stévenin...
Berlin est tranquille. La journée est paisible. Les rayons du soleil cajolent les scènes du quotidien. Les enfants jouent, les mères les surveillent. Deux vieux sur un banc devisent… « J'aime penser que les moments les plus importants de l'Histoire ne se produisent pas sur les champs de bataille ou dans les palais, mais dans les cuisines ou les chambres d'enfants » dit l'un, reprenant une phrase de l'écrivain israélien David Grossman qui naîtra trente ans plus tard… Clin d'œil anachronique, géographique, intemporel : nous sommes le 15 mars 1921. Plus loin, un jeune homme svelte, charmant, à l'élégance classique, guette le perron d'une demeure cossue. Malgré l'ambiance printanière, il apparait vite qu'il n'attend pas un rendez-vous galant. Ses traits reflètent une anxiété mêlée d'impatience. Un monsieur à l'air important sort alors de la maison… Notre jeune compère s'avance vers lui d'un air décidé… L'un s'appelle Talaat Pacha, l'autre Soghomon Tehlirian… Si ces noms vous sont familiers, vous devinerez la chute de l'histoire et comprendrez pourquoi elle constitue un habile prologue qui éclairera brillamment notre histoire contemporaine. Dans le cas inverse, autant qu'on vous laisse découvrir la suite sans en dire plus... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, samedi, dimanche : 15h45, 18h15, 20h50 - jeudi, vendredi 13h45, 18h15, 21h - lundi, mardi 13h45, 18h15, 20h50
Avril et le monde truqué
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Avril et le monde truqué
Réalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares
Film d'animation France 2015 1h43mn
avec les voix de Marion Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort, Olivier Gourmet, Bouli Lanners...
Création et univers graphique Jacques Tardi. Cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy 2015
1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du xixe siècle, gouverné par le charbon et la vapeur. C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, jeudi, vendredi, dimanche, mardi 13h50 - samedi 13h45
L'Homme irrationnel
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L'Homme irrationnel
Écrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2015 1h36mn VOSTF
avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey, Jamie Blackley...
Abe Lucas est prof de philo mais pour l'heure c'est surtout un homme seul, qui a perdu toute joie de vivre. Son étude des grands penseurs ne l'a pas rendu heureux et ne lui a pas apporté non plus de réponses satisfaisantes quant au sens de la vie. S'il a autrefois aimé son métier d'enseignant, il estime aujourd'hui que ses cours n'auront aucune influence sur la plupart de ses étudiants. Bref, Abe déprime. C'est dans ce sombre état d'esprit qu'il débarque dans une petite bourgade de la côte est, dotée d'une modeste fac où il doit enseigner pendant l'été. Précédé d'une réputation sulfureuse (publications iconoclastes, rumeurs persistantes de frasques sexuelles avec des étudiantes), le professeur Lucas est donc attendu avec une certaine fébrilité dans la communauté universitaire... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi, vendredi, lundi, mardi 16h20 - dimanche 18 h20
Lorgues : mercredi 21h15 et dimanche 18h
Salernes : jeudi 18h
Le Luc : mercredi, samedi 21h et vendredi, dimanche 18h
Asphalte
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Asphalte
Réalisé par Samuel BENCHETRIT
France 2015 1h40mn
avec Isabelle Huppert, Gustave Kervern, Valéria Bruni Tedeschi, Jules Benchetrit, Tassadi Mandi, Michael Pitt...
À coups de gags hilarants, de situations cocasses, de dialogues ciselés, Samuel Benchetrit réussit le tour de force de nous parler de sa banlieue sans la caricaturer et en bousculant les clichés. Son Asphalte est une merveille de comédie loufoque, intelligente et humaine, qui fuse en tous sens. Qui dit immeuble dit ? Copropriété ! Qui dit copropriété dit ? Réunion des copropriétaires ! Le début des emmerdements donc ! Quoi de plus laborieux que d’essayer d’obtenir l’unanimité dans un tel groupe ? Eh bien là, pour une fois, c’est idyllique : tous sont d’accord pour se cotiser afin d’avoir enfin un ascenseur qui fonctionne. Tous ? Lorsque qu’on s’apprête à voter pour entériner la décision, un doigt désabusé se lève, le doigt d’un gros ours bourru apathique… « Oui ? Monsieur Sternkowitz ? » interroge le meneur de la réunion, découragé par avance… « Moi je suis pas d’accord » laisse tomber le gonze partisan de l'escalier pour tous, qui n'est autre que Gustave Kervern au sommet de son art de bougonneur magistral... lire la suite
Lorgues : samedi 20h30 -dimanche 16h - lundi 19h
La Isla mínima
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La Isla mínima
Réalisé par Alberto RODRIGUEZ
Espagne 2015 1h44mn VOSTF
avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre, Nerea Barros...
10 Goya 2015 (équivalent espagnol des César) dont Meilleur Film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur Acteur • Prix Spécial Police et Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Beaune 2015
Le générique donne d'emblée le ton : des images aériennes à couper le souffle, aussi belles qu'irréelles, des méandres du delta du fleuve Guadalquivir en Andalousie, lacis d'eau labyrinthique au cœur d'une nature moite et désolée qu'on pourrait tout à fait croire être celle du bayou en Louisiane. La comparaison n'est pas anodine, La isla mínima s'inscrit en effet comme le pendant espagnol des meilleurs polars américains – on pense aussi à des séries, True detective tout particulièrement – , de ceux qui nous plongent dans des contrées reculées, isolées et inquiétantes, où la recherche d'un coupable est bien souvent un prétexte à la description des us et coutumes, souvent peu avenants, des communautés qui y (sur)vivent. Et l'Andalousie rurale respecte à la lettre le cahier des charges : à l'aridité poisseuse de la nature et des conditions de vie répondent les visages durs et fermés des habitants, qui préfèrent se murer dans un silence hostile plutôt que de livrer leurs secrets aux policiers venus fureter dans leur patelin boueux... lire la suite
Salernes : vendredi 20h30
Une seconde mère
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Une seconde mère
Écrit et réalisé par Anna MUYLAERT
Brésil 2014 1h52mn VOSTF
avec Regina Casé, Michel Joelsas, Camila Márdila, Karine Teles...
Si on devait parier sur film de cette gazette qui pourrait remporter le prix du public, ce serait sans doute celui-ci qu'on choisirait ! Ce formidablement attachant, terriblement humain Une seconde mère, avec son style fluide, léger, enjoué, brut de décoffrage.
Au bord d'une piscine bien proprette semble cheminer une caravane de jouets luxueux. Un bébé chien pataud gambade au milieu. Une femme à la peau mate s'occupe d'un môme aux cheveux sombres. Elle le regarde avec toute l'attention, toute la tendresse d'une mère qu'elle n'est pourtant pas. On le devine à sa façon un peu gauche de refuser de venir nager avec l'enfant, à sa tenue vestimentaire qui ne cadre pas avec le standing de la propriété, à sa manière de rester « à sa place »… Autant de signes qui trahissent sa condition de domestique interchangeable, hormis, peut-être, dans le regard du garçonnet qui la considère comme une seconde mère. Celle constamment présente à ses côtés alors que ses parents officiels sont accaparés par leur vie trépidante. Rapidement, au détour d'un coup de fil, on comprend que cette dame a dû laisser sa propre fille au loin afin d'obtenir cette place. Ironie d'une société brésilienne où personne, par contrecoup, ne semble pouvoir élever son propre mioche, comme par un effet de perpétuel ricochet.
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Salernes : samedi 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Il Divo
IL DIVORéalisé par Paolo SORRENTINO
Italie 2008 1h57mn VOSTF
avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti, Flavio Bucci...
Prix du Jury, Festival de Cannes 2008

Il Divo est une sorte de synthèse étonnante de Tarentino, des Coen et de Francesco Rosi, un film baroque et magistral de Paolo Sorrentino, qui a emporté haut la main le Prix du Jury au Festival de Cannes et raconte l'Italie de la dernière décennie du xxe siècle avec, au centre de la fresque : Giulio Andreotti, patron de la Démocratie Chrétienne, anche chiamato « Il Divo » (le divin), vingt et une fois ministre, sept fois président du conseil entre 73 et 92, ramené sans cesse sur le devant de la scène par chaque nouvelle crise gouvernementale… ce qui lui valut un autre de ses surnoms : l'inoxydable ! Jusqu'à ce qu'il lâche la présidence du Conseil à la demande du Président de la république élu en 1991, qui le nommera sénateur à vie, tandis que s'ouvrait une information judiciaire sur ses liens supposés avec la mafia… La presse italienne baptisait alors la Péninsule Tangentepoli (la cité des pots de vins), et l'opération Mani Pulite, engagée par des magistrats courageux, allait mettre au grand jour le système de corruption généralisée qui gangrenait l'économie… En voyant ou en lisant Gomorra, on se doute que l'Italie est loin d'avoir réglé tous ces problèmes.

Giulio Andreotti, étonnant personnage au look de Nosferatu, remarquablement porté par Toni Servillo, tête rentrée dans les épaules, oreilles décollées, à la fois rassurant et inquiétant, ne craignant rien ni personne, mais craint par tous, onctueux, aimable mais omnipotent, impénétrable tandis que les événements se succédaient : attentats terroristes, campagnes électorales, assassinats, accusations multiples autant que terribles semblant glisser sur lui sans l'égratigner… À bientôt 90 ans, à la grâce de Dieu ou du Diable (chi lo sa ?), il reste égal à lui-même en toutes circonstances. On compte dans son ombre les fantômes des morts qui auront ponctué son règne : Aldo Moro (assassiné par les Brigades rouges en 78), Giorgio Ambrosoli (assassiné en 79), le journaliste Mino Pecorelli (79), le général Alberto Dalla Chiesa (assassiné par la mafia en 82), Michele Sandona (empoisonné en 86) et plein d'autres… Il passe entre les gouttes avec une agilité qui éveille le soupçon, trop à l'aise dans le labyrinthe des compromissions en tous genres de milieux politiques aux relations complexes autant qu'obscures. Cette réputation d'ambiguïté ne semble pas lui déplaire et il se plait à répéter, maintenant encore, que son film préféré est Dr Jekyll et Mr Hyde et prétend qu'il faut parfois faire du mal pour parvenir au bien.
Sorrentino prend Andreotti là où son déclin s'amorce et où la justice commence à le serrer de près, en 1991, à la fin de son ultime mandat de chef de gouvernement, et l'accompagne jusqu'en 96 à l'ouverture de son procès à Palerme. « Je raconte la chute d'un homme puissant qui garde la maîtrise de sa souffrance psychologique, et je raconte en même temps des années significatives pour l'Italie, quand la vieille politique qu'il incarne disparaît dans le scandale de Tangentopoli »… Qui est réellement l'énigmatique Andreotti ? Il Divo, Il Gobetto (gentil petit bossu), Belzebuth, le Pape noir, le Sphynx… les mille et un surnoms donnés au bonhomme montrent bien la difficulté à le cerner et la fascination qu'il exerçait et exerce encore, mais tous évoquent une part gratinée de ténèbres, et la dimension imaginaire n'est pas le moindre atout de ce film à la fois drôle et impitoyable, flamboyant et plein de trouvailles, comme cette délirante soirée mondaine sur rythme de samba ou le tête à tête avec son chat…
Il paraît qu'Andreotti a eu droit à une projection privée du film avant sa présentation à Cannes et qu'il était très en colère mais, fidèle à sa réputation, il a, dit-on, tout de même gardé son sang froid : « Peut-être que je vais demander les droits à l'image. Pour les donner à une bonne œuvre bien sûr… »


Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 18 novembre 18h00. 5€


La Grande Bellezza
LA GRANDE BELLEZZARéalisé par Paolo SORRENTINO
Italie 2013 2h20mn VOSTF
avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, Carlo Buccirosso, Isabella Ferrari...
Festival de Cannes 2013 : Sélection officielle, en compétition

« Tanti auguri ! » Jef Gambardella fête ses 65 ans en invitant les gliterrati (célébrités à la mode) de Rome. Sous le ciel étoilé, une rave de riches, masqués ou nus, se trémousse, baise et se shoote dans une unisson joyeuse. Noceur célibataire, l’hôte cultivé se mêle à la foule avec indulgence. Après vingt six ans dans la capitale, il connaît la chanson. Au soleil levant, une naine vêtue de bleu cherche ses amis parmi les ruines de la veille. Surplombant le Colisée, la débauche fellinienne, avec la brillance kaléidoscopique typique du cinéaste s’insère dans un noble héritage. Burlesque et baroque, classique et romantique, le film se distingue par son unité profonde et son ironie tour à tour tendre et féroce. Autoportrait crépusculaire d’un homme peignant lui-même le portrait d'une Italie déchirée, désorientée, allant droit dans le mur, et celui d'une Italie belle d'indolence, de sensualité, de grâce et de nostalgie, cette balade romaine de Sorrentino, voyage au bout de la nuit inoubliable, est déjà dans la cour des grands : douleur de vivre dans la plus grande beauté, n’est-ce pas là un magnifique paradoxe ?

A l’orée de la vieillesse, en voix off et par monologues, Jep, clown tragicomique, amène le spectateur dans son voyage vers l’intérieur. Hommage à la splendeur romaine, le film ouvre sur l’effondrement d’un touriste photographe et devient memento mori… Sur fond de monuments antiques ou de la Renaissance, la fête et la Faucheuse constituent sa seule intrigue. Une aria élégiaque, entonnée a capella par des femmes en noir, déclenche une partition de citations musicales qui assurent un lyrisme incantatoire. Le La est donné par l’aveu de Jep : « la sensibilité est ma destinée ». Satire de la décadence et confession intime, ce film ensorcèle par son élégance, émeut par son sentiment. Grâce au charme de Jep, son refrain nostalgique fait écho au « voluptueux commerce de la tendresse » évoqué dans Les plaisirs et les jours de Proust.

En retrouvant pour la quatrième fois, son acteur fétiche, Toni Servillo, Paolo Sorrentino l’a, en même temps, transformé en Ovide, en Pétrone et en Néron de la chute de l’empire romain. Dans La grande bellezza, fresque onirique vertigineuse, débordant de personnages et de « zoos » sociaux, le réalisateur napolitain peint magiquement les facettes hilarantes ou horrifiantes de l’art contemporain et du désespoir exhibitionniste qu’il suscite. S’abreuvant aux sources les plus vivifiantes de Federico Fellini, Alberto Sordi, Dino Risi ou Vittorio de Sica, Sorrentino démontre qu’il n’a pas peur de défier ses maîtres, ni d’exhumer, à rebrousse-poil, la mythique beauté, si conspuée et défigurée du « caput mundi »… la capitale du monde.
« dans un déclic final, Jep réalise que la grande beauté est tout : c’est la peine, le travail de vivre, en travaillant en soi le grave et le futile, le vide comme ce qui paraît avoir un sens. Cette grande constellation de faits, de sentiments, représente la beauté de la vie et aussi son caractère laborieux » dit Sorrentino.


Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 18 novembre 20h20. 5€


Nous trois ou rien
Afficher l'image d'origineRéalisé par KHEIRON
France 2015 1h53mn
avec Gérard Darmon, Zabou Breitman, Michel Vuillermoz, Eriq Ebouaney, Leïla Bekhti...

Une œuvre cinématographique et sociale audacieuse, qui dépasse largement toutes les polémiques dont se rassasient les médias à longueur de journées.

D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble.

Révélé par le Jamel Comedy Club et par la mini-série Bref de Canal +, Kheiron Tabib est d’abord connu pour ses talents d’humoriste et de rappeur. Avec Nous trois ou rien, le jeune artiste français d’origine iranienne, étend encore sa palette artistique, pour notre plus grand plaisir. Car, si ce premier long-métrage est une telle réussite, c’est grâce à la richesse, l’originalité et l’efficacité de son scénario. Tout commence dans une prison iranienne, où Hibat (interprété par Kheiron lui-même) est incarcéré depuis sept ans pour avoir osé contester l’action du Shah. Ainsi, dès les premières minutes, le film fait nécessairement écho aux nombreux conflits et aux tensions qui secouent la péninsule arabe depuis trop longtemps. Malgré les cellules vétustes, les gardiens violents et tyranniques et les grillages de barbelés qui entourent le centre de détention, Kheiron parvient à nous faire oublier l’enfer carcéral grâce à des situations cocasses, des personnages hauts en couleur (comme par exemple un maniaque fétichiste, obsédé par les chaussures, qui ne peut s’empêcher de voler les babouches de ses codétenus et du personnel pénitentiaire) et des dialogues extra-croustillants, dignes de Michel Audiard. S’inspirant de l’histoire de ses parents, l’humoriste se moque ouvertement du régime de Mohammad Reza Pahlavi – dont le personnage apparaît sous les traits d’un vieil enfant gâté et capricieux – et filme avec beaucoup d’entrain les prémices de la Révolution populaire, qui aboutira à la nouvelle Constitution de 1979.Au milieu des manifestations, dans une société de propagande et de terreur militaire, Hibat rencontre la jeune et belle Fereshteh (Leïla Bekhti), dont il tombe éperdument amoureux. Après de longues heures de négociations avec les parents de cette dernière – un père attaché aux traditions et une mère plus progressiste, campés par Gérard Darmon et Zabou Breitman – les tourtereaux finissent par se marier et par donner naissance à un enfant prénommé… Kheiron. Soucieux de l’avenir de leur fils, Hibat et Fereshteh parviennent, au moyen de combines aussi improbables qu’hilarantes, à fuir l’Iran et à rejoindre la France. La seconde partie du film prend alors des allures de chronique sociale, tendre, juste, drôle et émouvante.
Le couple de protagonistes, qui a pris ses quartiers en plein cœur de la banlieue parisienne, s’attache à aider ses concitoyens à s’insérer dans la société et le monde du travail. Hibat devient éducateur social, tandis que Fereshteh travaille auprès de femmes cherchant à s’émanciper du machisme et de la misogynie des hommes. Transcendant la démagogie lourdingue de certains films, tels Agathe Cléry, d’Etienne Chatiliez, Kheiron fait voir, en douceur et en humour, l’utopie de l’intégration et du vivre ensemble, tout en gardant le sens des réalités, passant habilement de la drôlerie à la gravité, sans jamais tomber dans la surenchère vulgaire ou larmoyante.Les partis pris de mise en scène ne sont pas en reste. Fort de son expérience dans le stand-up, Kheiron compose finement ses plans, en travaillant, de manière très rigoureuse, l’espace filmique où évoluent ses personnages. Même les décors les plus chargés (notamment la grande salle où Hibat et Fereshteh célèbrent leurs noces) paraissent épurés à l’écran, et sont très agréables à regarder. Le jeu des comédiens, quant à lui, est précis, tout en restant ouvert et généreux.
Grande réussite comique et dramatique, Nous trois ou rien est bien parti pour devenir l’un des plus grands succès populaires (au sens noble du terme) de cette fin d’année, et achever de consacrer son réalisateur comme l’un des artistes les plus complets de sa génération. (Avoir - alire)


CGR (Draguignan) : mercredi, jeudi, vendredi, samedi : 11h15, 14h, 16h, 20h, 22h15 - dimanche 11h15, 14h, 16h, 18h, 20h, 22h15


Marguerite
MARGUERITERéalisé par Xavier GIANNOLI
France 2015 2h07mn
avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Christa Théret, Denis Mpunga, Sylvain Dieuaide, Aubert Fenoy...
Scénario de Xavier Giannoli, avec la collaboratio de Marcia Romano

Florence Foster Jenkins était une richissime américaine qui se rêvait diva. Persuadée d'être une grande soprano, elle fut beaucoup moquée, mais termina son étonnante carrière sur un concert mémorable à Carnegie Hall (les billets s'arrachèrent des semaines à l'avance, on refusa un monde fou). La particularité de cette grande originale était de ne pas s'entendre chanter, et donc d'être parfaitement inconsciente de la fausseté de sa voix. Loin de briser sa carrière dans l'œuf, ce petit inconvénient ne l'a pas empêchée de laisser une trace indélébile dans l'histoire du chant lyrique : Orson Welles s'en est d'ailleurs inspiré pour créer le personnage de l'épouse de son Citizen Kane, et on dit même que Hergé s'en est nourri pour créer la Castafiore que croise Tintin dans une de ses aventures les plus célèbres. Mais si son histoire a été le point de départ du film, Xavier Giannoli en fait une évocation toute personnelle et superbe, fatalement cocasse mais aussi pleine d'ambigüité, de beauté, d'émotions contradictoires, d'humanité, de poésie…
Il baptise sa diva Marguerite et la fait vivre en France dans les années vingt, période foisonnante aussi bien dans l'évolution des mœurs que dans celle des arts, l'entoure de personnages qui contribuent à donner au film un intérêt et une profondeur bien au-delà du simple récit d'un destin surprenant. Et il a l'idée imparable de confier ce rôle périlleux à une Catherine Frot baroque et bouleversante : des atouts qui devraient bien lui valoir quelque prix à la Mostra de Venise pour laquelle il a été sélectionné.

Marguerite vit dans un décor de rêve : château cossu, lourdes tentures, lumière veloutée, personnel dévoué, mari séduisant dont elle est profondément amoureuse. La mode de l'époque, épatante d'élégance et de sensualité, lui donne belle allure et sa fortune lui vaut la bienveillance ostentatoire d'une petite cour qui se presse dans ses salons pour participer aux soirées musicales qu'elle organise avec un sens du détail où se manifeste sa nature généreuse. Pas de doute, Marguerite sait recevoir et elle a les moyens de ne pas lésiner. Elle est la bienfaitrice d'un groupe de musique qui lui doit son existence, et si des artistes de talent se produisent lors de ses petits concerts privés, elle en est la vedette obligée. Marguerite a pour passion la musique et particulièrement l'opéra. Une passion qui l'absorbe tout entière, la dévore, fait exulter sa vie : elle aime chanter, elle veut chanter et travaille comme une forcenée à exercer sa voix, n'hésite pas à aborder les morceaux les plus ardus qu'elle écorche avec une obstination qui force l'admiration. Pas un de ses prétendus admirateurs n'ose lui dire qu'elle chante horriblement faux, « sublimement faux, divinement faux, sauvagement faux » s'extasie un petit journaliste qui ne va surtout pas le lui répéter mais qui va la convaincre au contraire de se produire devant un vrai public.
Chacun l'encourage : par hypocrisie, par intérêt financier, par lâcheté ou encore parce qu'elle est confondante de gentillesse et que cette passion pour le chant lui est tellement essentielle qu'on imagine qu'elle s'écroulerait si on l'en privait… Chanter est pour elle à la fois souffrance et bonheur, un remède à sa profonde solitude, une tentative désespérée de gagner le cœur d'un mari qui ne sait pas toujours s'il a envie de fuir ou de la protéger, une nécessité pour se sentir vivre, pour ne pas sombrer… Il y a quelque chose de grandiose, de drôle et de tragique dans cette obstination à ne pas voir, à ne pas comprendre les réactions d'un entourage où toutes et tous sont complices du mensonge ambiant.

Catherine Frot impose comme une évidence une Marguerite merveilleuse de candeur, touchante de sincérité parmi une société de profiteurs et de cyniques où chacun triche, trompe, trahit… Fatalement le film est ponctué de quelques grands airs, parmi les plus audacieux du répertoire classique, et si on est d'abord ahuri par cette voix qui déraille, on en arrive à écouter avec curiosité puis on finit par se laisser convaincre et profondément émouvoir par l'expression de cette passion qui autorise toutes les audaces. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : jeudi et mardi à 15h55

 

L'Oranais
L’ORANAISÉcrit et réalisé par Lyes SALEM
Algérie 2014 2h08mn VOSTF
avec Lyes Salem, Khaled Benaissa, Djemel Barek, Amal Kateb, Sabrina Ouazani...

« Qu’avons-nous fait de notre indépendance ? » « Que sommes-nous devenus depuis et qu’aurions-nous pu être ? » 62 ans après la liesse de juillet 1962, ces questions à la fois politiques et identitaires hantent les Algériens et pèsent lourdement sur le devenir de leur pays. Et c’est à ces interrogations que se confronte, avec succès, L’Oranais… Le récit s’articule autour de deux amis, Hamid et Djaffar, montés ensemble au maquis pour combattre la France coloniale et que le destin finira par séparer, bien longtemps après l’indépendance. Entre les deux hommes, il est aussi question de secret inavouable, de trahison et de renoncements aux idéaux de la Thawra (« la Révolution », c’est-à-dire la guerre d’Algérie).
Coproduction franco-algérienne, cette fresque échappe au piège habituel de l’exhaustivité. La guerre d’Algérie, puis l’indépendance et ses lendemains désenchantés en sont bien sûr la toile de fond. Mais Lyes Salem prend soin de les raconter à sa manière en privilégiant l’angle de la destinée individuelle. Et c’est déjà une façon de se colleter avec une histoire officielle qui se méfie, aujourd’hui encore, de l’individu, préférant glorifier la collectivité, à l’image du slogan « un seul héros, le peuple ». D’ailleurs, de nombreuses péripéties du film peuvent être lues comme un pied de nez aux dogmes mémoriels ou identitaires encore en vigueur dans l’Algérie du xxiesiècle. Djaffar, par exemple, ne rejoint le maquis que parce que les circonstances et le hasard décident pour lui. On est dans le récit à hauteur d’homme, loin de l’épopée héroïque.

Par la suite, l’itinéraire des deux amis diverge. Hamid sert la Révolution à l’extérieur tandis que Djaffar passe plusieurs années dans le maquis. Après l’indépendance, le premier, marié à une Américaine, devient un grand ponte du système, installé dans une belle demeure – un « bien vacant », abandonné par des Européens – tandis que l’autre hérite la direction d’une entreprise de menuiserie. Et même si l’amitié et l’affection demeurent, l’érosion de l’espérance va produire ses effets négatifs. Au fil des scènes, on voit changer l’Algérie, et avec elle Hamid et Djaffar. L’unanimisme brutal au profit du parti unique s’installe. L’affairisme ne tarde pas à faire son apparition, l’identité berbéro-arabe est sacrifiée au dogme de l’arabo-islamisme, le tout dans un contexte où les « services », comprendre la sécurité militaire, peuvent embarquer n’importe qui à n’importe quel moment. Dans les propos de Hamid, on sent peu à peu poindre le mépris pour un peuple qui n’a de cesse de revendiquer sa part du gâteau. Dans certaines scènes, notamment celle d’une balade en mer, on ne peut s’empêcher de penser que Hamid, Djaffar et leurs amis ont pris la place des anciens colons… Dès lors, seule une issue dramatique peut clore les relations entre les deux hommes…

L’Oranais est, malgré quelques maladresses, un film « vrai », y compris dans le choix des figurants. Un film qui ne fait pas de concession au « politiquement correct » à l’algérienne mais qui évite aussi soigneusement les concessions auxquelles se sont pliés de nombreux créateurs maghrébins désireux de faire entendre leur voix en France. Point de « c’était mieux du temps des colons car tout le monde vivait bien ensemble ». De même, le Front de libération nationale (FLN) de la guerre d’Algérie est décrit tel qu’il a été, c’est-à-dire une organisation révolutionnaire avec un but précis à atteindre. Point donc, à ce sujet, de digressions sur la terreur qu’aurait imposée la djebha (le Front) à la population pour l’obliger à rejoindre ses rangs et à le soutenir…

 (Akram Belkaid, orientxxi.info)


CGR (Draguignan) : une seule séance lundi à 20h suivi d'un débat avec le metteur en scène Philippe Berling

 

 


Notre petite soeur
NOTRE PETITE SOEURÉcrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose... D'après le roman graphique de la mangaka Yoshida Akimi...

C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Le cinéma de Kore-Eda, c'est l'invitation à l'eudémonisme, au carpe diem : savoir déguster et embellir le temps qui nous conduit inéluctablement vers la poussière. C'est aussi une leçon de zénitude d'où l'on ressort conquis et apaisé. Un film qui donne faim et soif de nourritures terrestres et de tendresse.
Dans la famille des jeunes filles en fleurs, voici les trois sœurs : Sachi, Yoshino, Chika… Sachi, l'aînée, c'est la moralisatrice raisonnable, celle qui règle le pas de ses cadettes pour faire avancer la maisonnée. Yoshino, la seconde, c'est la contestataire, celle qui s'oppose à tout, raisonne parfois plus que de raison. Quant à Chika, la benjamine, c'est la plus espiègle : une bouille de pitre aux grand yeux pétillants. Trois personnalités tellement fortes et distinctes qu'on reste tout étonné de voir une forme d'harmonie s'épanouir entre elles. Une bonne rasade d'autodérision vient souvent noyer dans l'œuf leurs chamailleries. Elles sont rigolotes, ces filles de chair et d'os qui affichent parfois des mimiques dignes d'un manga. Qu'une tante importune vienne frapper à leur porte pour leur faire la leçon ? Voilà ces demoiselles qui deviennent les meilleures alliées de la terre. C'est qu'elles se sont habituées à se débrouiller seules dans la maison familiale léguée par leurs aînés, et à ne pas compter sur eux pour devenir adultes. La bicoque ancestrale a le charme fou d'une vieille dame qui semble les protéger dans ses jupes bienveillantes. Petit havre immuable préservé dans la cité de Kamakura, ville côtière du sud, par ailleurs dévorée par l'urbanisation galopante.

On le voit bien quand nos héroïnes traversent la ville pour aller travailler, l'une en temps qu'infirmière, l'autre en tant que banquière et la troisième déguisée en étudiante. C'est un ronron bien précis qui anime la mécanique quotidienne de la maisonnée : ces heures où l'on se rassemble autour de la table, celles d'intimité, celles où l'on s'agite dans des tâches collectives. Entre deux espaces de modernité, on alimente les rituels traditionnels, on salue les esprits des femmes absentes, celui de la mère, de la grand-mère qui méritent bien une pensée, un bâton d'encens ou une gourmandise.
Puis, un jour, parvient un faire-part de décès, celui du père qui les as plantées-là vingt ans auparavant, sans un regard en arrière. Un géniteur dont elles avaient presque oublié l'existence et auquel elles ne doivent plus rien. Pourtant… Le poids des conventions, le qu'en-dira-t-on font que, ma foi, Sachi pense qu'il faut se rendre aux funérailles. Un train plus tard, les voilà au sein de montagnes verdoyantes en train de recueillir les condoléances d'inconnus pour la perte de celui qu'elles n'ont pas connu. Enterrement en grande pompe funèbre où l'on peine à s'émouvoir devant tant d'étrangers.

Les mots d'usage raisonnent étrangement : « Merci d'avoir pris grand soin de mon père » s'entend dire Sachi à la dernière compagne de ce dernier qui le lui a volé… Dans le lot, seule une jeune fille se distingue. Présence radieuse dont le sourire intimidé et empreint de tristesse trahit le lien de parenté qui la rapproche d'elles. Les trois reconnaissent instantanément leur demi sœur, fruit d'une parenthèse amoureuse qui a pourtant détruit leur foyer. Sans avoir besoin de se concerter les voilà qui proposent à Suzu d'emménager avec elles…
Composée par Yoko Kanno, la musique semble nous bercer, bienveillante, en murmurant « Cœurs qui souffrez, endormez-vous ! »


Le Vox (Fréjus) : mercredi, vendredi, samedi, dimanche, mardi 15h50 - jeudi 20h30


Une Histoire de Fou
UNE HISTOIRE DE FOURéalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2014 2h14mn
avec Syrus Shahidi, Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Robinson Stévenin...
Scénario de Robert Guediguian et Gilles Taurand, librement adapté du livre de José Antonio Gurriaran, La Bombe (Ed. Thaddée)

Berlin est tranquille. La journée est paisible. Les rayons du soleil cajolent les scènes du quotidien. Les enfants jouent, les mères les surveillent. Deux vieux sur un banc devisent… « J'aime penser que les moments les plus importants de l'Histoire ne se produisent pas sur les champs de bataille ou dans les palais, mais dans les cuisines ou les chambres d'enfants » dit l'un, reprenant une phrase de l'écrivain israélien David Grossman qui naîtra trente ans plus tard… Clin d'œil anachronique, géographique, intemporel : nous sommes le 15 mars 1921. Plus loin, un jeune homme svelte, charmant, à l'élégance classique, guette le perron d'une demeure cossue. Malgré l'ambiance printanière, il apparait vite qu'il n'attend pas un rendez-vous galant. Ses traits reflètent une anxiété mêlée d'impatience. Un monsieur à l'air important sort alors de la maison… Notre jeune compère s'avance vers lui d'un air décidé… L'un s'appelle Talaat Pacha, l'autre Soghomon Tehlirian… Si ces noms vous sont familiers, vous devinerez la chute de l'histoire et comprendrez pourquoi elle constitue un habile prologue qui éclairera brillamment notre histoire contemporaine. Dans le cas inverse, autant qu'on vous laisse découvrir la suite sans en dire plus…
Soixante ans plus tard, Marseille est tranquille… Au-Dessus de la petite épicerie que tiennent ses parents, Aram a grandi de manière paisible. Sa grand-mère arménienne, chaque jour que son Dieu fait, raconte, chante, tremble encore des heures sombres qu'elle a vécues et que le reste du monde semble avoir pratiquement oubliées. Elle est la petite voix, de plus en plus fragile, qui refuse de se plier, de sombrer dans l'oubli. Elle est à la fois pénible et réjouissante, tenace en tout cas. Et ses petits enfants l'écoutent, même les plus jeunes. Elle leur parle d'un temps qu'ils ne peuvent pas connaître. Elle leur parle de leurs racines, d'une terre dont ils ont été chassés. Et malgré ce long exil, le plaisir, les liens qu'ils ont tissés ici, leur diaspora reste enracinée dans ce passé-là. Une culture qu'ils ne renient pas, entretiennent comme une richesse supplémentaire. Ils sont d'ici avec ce petit plus venu de là-bas. De la même manière qu'ils célèbrent le 14 juillet, il est impensable d'oublier la commémoration du 24 avril, début du massacre de leur peuple, d'oublier les saveurs de l'Arménie, ses senteurs, sa cuisine, ses danses et chants traditionnels…
Mais peu à peu, Aram, devenu un jeune adulte, se radicalise, questionne père et mère, les renvoie à leur part de responsabilité individuelle dans le manque de courage et de résistance collectifs. Alors que pour leur génération l'urgence était de survivre, de s'intégrer, d'offrir à leurs enfants la vie bonne, ces derniers réclament, coûte que coûte, la reconnaissance du génocide perpétré contre leurs aïeux. Et un jour Aram disparaît sans un mot. Dans les journaux, on lit que les attentats se multiplient, perpétrés par l'ASALA (Armée Secrète Arménienne de Libération de l'Arménie)…
Robert Guédiguian raconte qu'une part du scénario est née de sa rencontre avec José Gurriaran, écrivain, journaliste espagnol, qui, en 1981 à Madrid, sauta sur une bombe posée justement par l'ASALA. Paralysé à vie, victime innocente, il se mit à se passionner pour la question arménienne jusqu'à en épouser la cause. Sans justifier le terrorisme, les colères légitimes passent parfois par des chemins extrêmes… Une très belle histoire qui nous rappelle que seuls peuvent pardonner ceux qui n'ont pas oublié, et qui souvent ont été touchés jusque dans leur chair.


Le Vox (Fréjus) : mercredi, samedi, dimanche : 15h45, 18h15, 20h50 - jeudi, vendredi 13h45, 18h15, 21h - lundi, mardi 13h45, 18h15, 20h50


Avril et le monde truqué
AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉRéalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares
Film d'animation France 2015 1h43mn
avec les voix de Marion Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort, Olivier Gourmet, Bouli Lanners...
Création et univers graphique Jacques Tardi. Cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy 2015

1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du xixe siècle, gouverné par le charbon et la vapeur. C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?

Première originalité qui ne manquera pas de séduire : Avril et le monde truqué est résolumentsteampunk (littéralement : punk à vapeur). Ce terme désigne les œuvres dont l’action se déroule dans la société industrielle du xixe siècle. Au menu des ces romans, machines à vapeurs et révolution industrielle. Le genre steampunk s’est ensuite étendu, devenant une véritable esthétique et gagnant en conséquence tous les types d’arts, jusqu’au cinéma. Le dessin de Tardi au trait si particulier et son imagination foisonnante alliés à ce genre de proposition rétrofuturiste, a déjà de quoi mettre en appétit. Mais les qualités du dessin animé ne s’arrêtent pas là.
Avril et le monde truqué est une uchronie. Dans cette nouvelle histoire de France (et du monde), l’électricité n’a jamais été inventée. C’est donc le charbon qui domine. Il faut voir ce Paris enfumé et charbonneux, ce déluge de machines à vapeur et surtout ces méchants dont on ne révèlera pas l’identité… Avril évolue dans un univers où exercer sa science est une honte. C’est une solitaire, fauchée et désespérée dont le courage est la seule arme.
Vous l’aurez sans doute compris : le film n’a pas pour ambition de vous compter fleurette. C’est tant mieux. Cette liberté permet aux auteurs de déployer un véritable récit d’aventure aussi ambitieux que généreux. Même le compagnon d’Avril - un chat qui parle - est rendu délicieusement atypique à travers la voix du chanteur Philippe Katherine. Le reste du casting voix est d’ailleurs impeccable. C’est une Marion Cotillard farouche qui prête son timbre à Avril et Olivier Gourmet interprète son père. A leur suite : Jean Rochefort, Marc André Grondin, Bouli Lanners… Un chapelet de voix francophones quatre étoiles.
Six ans de travail ont été nécessaires pour mettre en image le foisonnant univers graphique de Tardi, rien d’étonnant, au vu du résultat : un superbe mélange des genres à la hauteur de ce labeur. Avril et le monde truqué investit le meilleur de chaque talent ayant pris part au dessin animé pour nous offrir un monde rétrofuturiste varié, coloré, tantôt drolatique, tantôt sombre. Justement récompensé par le cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy, Avril et le monde truqué est une réussite. Par l’ambition intellectuelle de son scénario et son superbe univers graphique. Par le ton et l’humour distillés tout au long de l’histoire.
Judith Godinot pour avoir-alire.com


Le Vox (Fréjus) : mercredi, jeudi, vendredi, dimanche, mardi 13h50 - samedi 13h45


L'Homme irrationnel
L'HOMME IRRATIONNELÉcrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2015 1h36mn VOSTF
avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey, Jamie Blackley...

Si tous les films étaient écrits et mis en scène avec le même talent, si tous faisaient preuve de la même fantaisie profonde, de la même légèreté grave pour épingler nos travers et nos lubies, pour en rire beaucoup et en pleurer un peu, le cinéma serait un perpétuel bain de jouvence. Depuis ses débuts, Woody Allen est passionné par la philosophie. Elle imprègne mine de rien ses films des grandes questions existentielles qu'il traite avec plus ou moins de noirceur ou d'humour. L'Homme irrationnel prend la philo à bras le corps, en fait sa matière même, qu'il malaxe avec délectation…
Abe Lucas est donc prof de philo mais pour l'heure c'est surtout un homme seul, qui a perdu toute joie de vivre. Son étude des grands penseurs ne l'a pas rendu heureux et ne lui a pas apporté non plus de réponses satisfaisantes quant au sens de la vie. S'il a autrefois aimé son métier d'enseignant, il estime aujourd'hui que ses cours n'auront aucune influence sur la plupart de ses étudiants. Bref, Abe déprime. C'est dans ce sombre état d'esprit qu'il débarque dans une petite bourgade de la côte est, dotée d'une modeste fac où il doit enseigner pendant l'été. Précédé d'une réputation sulfureuse (publications iconoclastes, rumeurs persistantes de frasques sexuelles avec des étudiantes), le professeur Lucas est donc attendu avec une certaine fébrilité dans la communauté universitaire. Woody Allen ne pouvait pas faire un meilleur choix que de confier le rôle à Joaquin Phoenix : son charisme, sa beauté inquiétante, la fragilité qu'il dégage font que l'on croit immédiatement en son personnage, et à tout ce qui se dit sur lui. Il incarne ce prof borderline avec une telle justesse, sans effet ni maniérisme, que l'on touche à la perfection.

Ce qui devait arriver arrive et peu de temps après son arrivée sur le campus, Abe entame deux liaisons. D'abord avec Rita Richards (formidable Parker Posey), collègue en manque d'affection qui compte sur Abe pour lui faire oublier un mariage qui s'ankylose. Ensuite avec Jill Pollard, (lumineuse Emma Stone, déjà présente et épatante dans Magic in the moonlight). Elle est sa plus brillante étudiante et devient très vite sa meilleure amie dans cette ville où il ne connaît personne. Et même si Jill est amoureuse de son petit ami Roy, elle trouve très vite irrésistible le tempérament torturé et fantasque de ce prof imprévisible, capable de lui proposer une gorgée de bourbon en pleine journée au milieu du campus. Mais la phase dépressive d'Abe s'aggrave et malgré les avances de plus en plus pressantes de la belle étudiante, il la rejette.
C'est alors que le hasard bouscule le destin de nos personnages : Abe et Jill surprennent dans une cafétéria une conversation qui va les bouleverser. Elle pousse Abe à prendre une décision cruciale, qui va le rendre à lui-même, prêt de nouveau à jouir pleinement de son existence, persuadé d'avoir repris les choses en main. Mais cette décision aura d'autres conséquences…

Il est des artistes qui, comme un artisan perfectionniste, remettent sans cesse sur le métier leur ouvrage, recherchant la forme idéale, chaise après chaise, toile après toile, film après film. Woody Allen est un de ceux-là, un des plus éminents, en version stakhanoviste : un film par an, sans exception, depuis trente-trois ans ! Cette régularité de métronome entraîne forcément quelques réactions désabusées : « Déjà ! », « Encore ! », « Le dernier n'était déjà pas terrible », « Il n'a rien fait de vraiment bien depuis Match point »… bla bla bla. Laissons les bla-blasés faire la fine bouche. Pour notre part, nous préférons nous souvenir des multiples moments de pur bonheur et de vive intelligence que nous avons partagés avec le bonhomme. Nous choisissons le camp des modestes jouisseurs, appréciant à sa juste et haute valeur ce Woody Allen 2015. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi, dimanche 16h05 - jeudi, samedi, lundi 20h40 - vendredi, mardi 14h


Asphalte
ASPHALTERéalisé par Samuel BENCHETRIT
France 2015 1h40mn
avec Isabelle Huppert, Gustave Kervern, Valéria Bruni Tedeschi, Jules Benchetrit, Tassadi Mandi, Michael Pitt..

 

À coups de gags hilarants, de situations cocasses, de dialogues ciselés, Samuel Benchetrit réussit le tour de force de nous parler de sa banlieue sans la caricaturer et en bousculant les clichés. Son Asphalte est une merveille de comédie loufoque, intelligente et humaine, qui fuse en tous sens.
Qui dit immeuble dit ? Copropriété ! Qui dit copropriété dit ? Réunion des copropriétaires ! Le début des emmerdements donc ! Quoi de plus laborieux que d’essayer d’obtenir l’unanimité dans un tel groupe ? Eh bien là, pour une fois, c’est idyllique : tous sont d’accord pour se cotiser afin d’avoir enfin un ascenseur qui fonctionne. Tous ? Lorsque qu’on s’apprête à voter pour entériner la décision, un doigt désabusé se lève, le doigt d’un gros ours bourru apathique… « Oui ? Monsieur Sternkowitz ? » interroge le meneur de la réunion, découragé par avance… « Moi je suis pas d’accord » laisse tomber le gonze partisan de l'escalier pour tous, qui n'est autre que Gustave Kervern au sommet de son art de bougonneur magistral. Consternation, agacement, argumentation : conciliabule entre les autres usagers. Sentence : Sternkowitch est dispensé de mettre la main à la poche mais il lui est formellement interdit d’utiliser le dit monte-charge. Bien sûr, le destin va lui jouer un fameux tour, un retour de pédale pour son manque de solidarité ! Et l’entêtement de ce locataire du premier va prendre des proportions telles qu’on ne pourra que rire de ses malheurs en se disant que, décidément, certains on l’art de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Aux autres étages aussi il s’en passe, des choses ! De véritables tragi-comédies inattendues dans lesquelles l'absurde tutoie le poétique. Au troisième, c'est une grande actrice qui vient s'échouer, tel un cétacé en perdition, un peu désorientée d'être tombée de son piédestal (Isabelle Huppert, qui excelle décidément dans les rôles drôles). Un brin pimbêche mais d'une telle fragilité attachante que Charly, son voisin de palier, un ado joli comme un cœur, va venir à sa rescousse… C'est une rencontre gourmande entre ces deux êtres délaissés, où chacun met la barre haut, ne fait aucun cadeau à l'autre et l'oblige à se redresser. Mention spéciale à Jules Benchetrit, le fils du réalisateur, qui interprète Charly et fait une première apparition brillante au cinéma !
Chaque étage recèle ainsi sont lot d'humanité bariolée. Et même sur le toit, il y a de la vie ! Surtout quand un cosmonaute tombé du ciel atterrit sous le nez de junkies tellement stone qu'ils ne cillent même pas en apercevant capsule spatiale et parachute. Notre pauvre Yankee, paumé, à la recherche d'une âme secourable, sonne à la porte de Madame Hamida, un vrai bonheur de femme généreuse qui a le cœur sur la main, la langue bien pendue et du couscous à revendre. Trop heureuse de cette compagnie inespérée, la voilà qui se colle à ses tajines et essaie de lui faire avaler tous les plats qu’elle ne peut plus cuisiner pour son fils (de retour à la case prison). Notre agent de la NASA, qui ne pige mot, est d’abord méfiant : tout adorable qu’elle soit, cette dame est incontestablement arabe et donc possiblement « terroriste » ! Ce que redoute également son QG… Mais une sombre histoire de rivalité entre nations (pour la conquête des étoiles) fait que ses compatriotes sont prêts à laisser leur camarade en pâture à l'inconnue…

Plus loin, une infirmière au regard et à la voix extrêmement suaves (forcément : c'est Valéria Bruni Tedeschi) trompe l'ennui en faisant des ronds de fumée dans la solitude de la nuit… Jusqu'à l'arrivée d'un prince bedonnant chevauchant un étrange destrier, prince du bitume qui n'est autre que Sieur Sternkowitch, toujours en guerre contre son ascenseur, à moins que ce ne soit l'inverse ! (Utopia)


Lorgues : samedi 20h30 -dimanche 16h - lundi 19h


La Isla mínima
LA ISLA MÍNIMARéalisé par Alberto Rodriguez
Espagne 2015 1h44mn VOSTF
avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre, Nerea Barros...
10 Goya 2015 (équivalent espagnol des César) dont Meilleur Film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur Acteur • Prix Spécial Police et Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Beaune 2015

Le générique donne d'emblée le ton : des images aériennes à couper le souffle, aussi belles qu'irréelles, des méandres du delta du fleuve Guadalquivir en Andalousie, lacis d'eau labyrinthique au cœur d'une nature moite et désolée qu'on pourrait tout à fait croire être celle du bayou en Louisiane. La comparaison n'est pas anodine, La isla mínima s'inscrit en effet comme le pendant espagnol des meilleurs polars américains – on pense aussi à des séries, True detective tout particulièrement – , de ceux qui nous plongent dans des contrées reculées, isolées et inquiétantes, où la recherche d'un coupable est bien souvent un prétexte à la description des us et coutumes, souvent peu avenants, des communautés qui y (sur)vivent. Et l'Andalousie rurale respecte à la lettre le cahier des charges : à l'aridité poisseuse de la nature et des conditions de vie répondent les visages durs et fermés des habitants, qui préfèrent se murer dans un silence hostile plutôt que de livrer leurs secrets aux policiers venus fureter dans leur patelin boueux. C'est donc une enquête difficile qui s'annonce pour les deux détectives débarqués de Madrid pendant les fêtes locales, au cours desquelles deux adolescentes viennent de disparaître. Pedro, jeune flic idéaliste sur le point de devenir père, et Juan, vieux routard porté sur la boisson et adepte des méthodes à l'ancienne, s'enfoncent peu à peu dans les marécages andalous, déterrant un à un cadavres et secrets, jusqu'à remettre en question leurs propres croyances et à rendre de plus en plus perméable la frontière entre le légal et l'illicite…

Si La isla mínima n'a absolument pas à rougir de son influence américaine, à qui le film emprunte autant les codes du thriller que l'élégance de sa mise en scène, il ne peut y être réduit. Alberto Rodriguez a en effet choisi d'en situer l'action à une époque bien particulière de l'histoire espagnole, celle de la transition démocratique des années quatre-vingt. Et dans cette communauté rurale andalouse, autant que dans le comportement des deux flics madrilènes, se débattent les fantômes du passé franquiste encore vivace face aux désirs d'émancipation que fait souffler la démocratie nouvelle. Ainsi, les deux adolescentes disparues, que la communauté jugeait frivoles, avaient peut-être tout simplement envie d'ailleurs et de liberté. Ainsi, leur père mutique semble accepter leur disparition comme une punition du comportement de ses filles, alors que leur mère, à l'insu de son mari, fournit aux policiers des éléments d'explication. Ainsi, les deux policiers ont eux aussi un passé et des secrets qui vont malgré eux refaire surface…

Réussissant à creuser ces différents sillons sans jamais s'embourber, Alberto Rodriquez suit le courant principal de l'enquête menée par les deux inspecteurs, les indices qu'ils découvrent, les (fausses) pistes qu'ils suivent, les interrogatoires qu'ils mènent… Mais il bifurque en permanence, fouinant dans les hautes herbes et les bâtisses délabrées, sondant le marais et ses habitants, puis prenant à nouveau de la hauteur pour nous dévoiler la mystérieuse beauté de ces paysages immenses avant de nous replonger dans leur moiteur asphyxiante. À travers un thriller diablement efficace, il donne à cette île des airs de cauchemar éveillé à l'atmosphère malsaine, peuplé de personnages fantomatiques hantés par les spectres du passé. (Utopia)


Salernes : vendredi 20h30


Une seconde mère

UNE SECONDE MÈREÉcrit et réalisé par Anna MUYLAERT
Brésil 2014 1h52mn VOSTF
avec Regina Casé, Michel Joelsas, Camila Márdila, Karine Teles...

Si on devait parier sur film de cette gazette qui pourrait remporter le prix du public, ce serait sans doute celui-ci qu'on choisirait ! Ce formidablement attachant, terriblement humain Une seconde mère, avec son style fluide, léger, enjoué, brut de décoffrage.
Au bord d'une piscine bien proprette semble cheminer une caravane de jouets luxueux. Un bébé chien pataud gambade au milieu. Une femme à la peau mate s'occupe d'un môme aux cheveux sombres. Elle le regarde avec toute l'attention, toute la tendresse d'une mère qu'elle n'est pourtant pas. On le devine à sa façon un peu gauche de refuser de venir nager avec l'enfant, à sa tenue vestimentaire qui ne cadre pas avec le standing de la propriété, à sa manière de rester « à sa place »… Autant de signes qui trahissent sa condition de domestique interchangeable, hormis, peut-être, dans le regard du garçonnet qui la considère comme une seconde mère. Celle constamment présente à ses côtés alors que ses parents officiels sont accaparés par leur vie trépidante. Rapidement, au détour d'un coup de fil, on comprend que cette dame a dû laisser sa propre fille au loin afin d'obtenir cette place. Ironie d'une société brésilienne où personne, par contrecoup, ne semble pouvoir élever son propre mioche, comme par un effet de perpétuel ricochet.

C'est ainsi que démarre l'histoire de Val et du petit Fabinho. Bienvenue dans la haute bourgeoisie de Sao Paulo !
Scène suivante, Val descend les escaliers pour commencer son service et réveiller la maisonnée. Toujours aussi brune, toujours aussi joviale et généreuse. Ses épaules se sont voutées sous le poids des années, son pas est devenu plus lourd : quelle merveilleuse actrice que Regina Casé ! Elle incarne Val au plus profond de sa chair. Ellipse d'une dizaine d'années donc : le chiot est devenu un robuste labrador, Fabinho a grandi, en même temps que sa complicité avec l'employée de maison. C'est à Val qu'il confie ses secrets, ses amours, ses angoisses. Elle qui le réconforte, le dorlote toujours comme un gros bébé qu'il est sous sa carapace de beau jeune homme nubile qui se désespère d'être encore puceau. Pour ses employeurs, Carlos et Barbara, Val fait presque partie de la famille. Mais c'est ce « presque » qui marque toute la différence. C'est comme un venin subtil qui s'insinue dans les mots policés, un agacement qui pointe sous les sourcils épilés de madame Barbara. Les dominants n'ont pas besoin de faire montre de force quand les dominés ont la servilité atavique. Val, corvéable à merci, anticipe chaque désir, avale sans même les nommer les humiliations ordinaires. Elle accepte tout de ceux qui sont devenus sont seul repère puisque, depuis longtemps, sa propre fille, Jessica, lassée d'attendre le retour d'une daronne fantôme, a cessé de répondre à ses appels…

Et puis c'est un véritable coup de théâtre intime qui se produit : Jessica téléphone à Val et lui demande de l'accueillir quelques temps ! Val frémit de joie et exulte quand ses patrons, avec la libéralité qui sied à leur rang, lui octroient la faveur d'héberger sa progéniture dans sa chambre de bonne.
C'est une jeune fille pleine d'assurance qui débarque parmi eux, avec sa soif d'ascension sociale. Jessica, après avoir visité la maison cossue, la piscine tentatrice, est choquée par l'exiguité de la pièce où loge celle qu'elle ne parvient pas à appeler « maman ». Loin de se comporter comme une subalterne, comme « une citoyenne de seconde classe », sous l'œil médusé de sa mère, elle s'acclimate au foyer comme si les barrières sociales n'existaient pas. Les garçons de la maison en sont tout émoustillés, tandis qu'on sent la jalousie de Barbara croître ainsi que la pétoche et la honte de Val, de plus en plus déconcertée par la belle effrontée que rien ne semble impressionner. Comment pourrait-elle se douter que toute la détermination de Jessica repose sur un pesant secret ?


Salernes : samedi 20h30

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :


 

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