Au(x) cinéma(s) du 13 au 19 février 2019

Bonjour à tous !

Cette semaine pas d’événement Entretoiles, et pas non plus de film ciné club, pour cause de vacances scolaires. Notre  prochaine soirée  aura lieu le 3 mars avec  Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passion, comme prélude à notre mini festival sur le cinéma asiatique les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !

 

Voici les films que vous propose  CGR  à partir de mercredi : Green book de Peter Farrelly (également au Vox), inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse (et d'humour, ce qui ne gâche rien)  les liens entre race et classe aux États UnisLa mule de Clint Eastwood,  thriller magnifique qui parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon,  Les Invisibles  de Louis Julien Petit (au Vox aussi), une comédie sociale savoureuse qui  parle avec humour et sans pathos de la difficulté de survivre dans la rue quand on est une femme, et des bienfaits de la solidarité.

Vous pouvez vivre cette semaine au rythme de la danse : CGR vous propose une seule soirée avec La la land de Damien Chazelle, une vraie bouffée de bonheur, et à Salernes, vendredi et samedi, vous pouvez enchaîner Le grand bal de Lætitia Carton, un film où nous sommes touchés par la grâce et secoués par les sourires, et Impulso de Emilo Belmonte qui nous donne à voir le travail de la danseuse de flamenco, impulsive et charnelle, Rocio Molina..

 

A Lorgues, allez voir L'amour debout de Michael Dacheux, une histoire d'amour, d'art et de courage.


Au Vox Deux fils de Felix Moati, un 1er film délicat et mature, Les estivants de Valeria Bruni Tedeschi, chronique sociale entre humour franc et humour grinçant,  My beautiful boy une histoire émouvante d'un père tentant d arracher son fils à la drogue, La dernière folie de Claire 
Darling , une tragédie douce amère et émouvante dans laquelle Catherine Deneuve rayonne. Edmond de Alexis Michalikqui raconte avec un panache tonitruant l'incroyable genèse d'une des  pièces les plus célèbres du théâtre français ,et enfin, Colette de West Moreland qui restitue l'histoire de l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque. 

Les prochains films de ciné club (après les vacances...) seront: Une femme d'exception Doubles viesBorder et Ben is back.

Ce n'est pas du cinéma, mais c'est tout de même de la projection : allez voir à la Chapelle de l'Observance, à Draguignan, confortablement installés dans des chaises longues, des images numériques projetées sur les voutes et les murs ! C'est gratuit, c'est beau, et c'est ouvert du mardi au samedi de 10h à 17h.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

 

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10 VOSTF - avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

 

 
 
Un mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!

Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…

Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique..( Goldberg, Les Inrockuptibles)  
CGR  ( en VF)  mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15, samedi 16, dimanche 17, lundi 18, mardi 19 : 22h             
Le Vox (Fréjus) :  mercredi 13 VF 13h45, VO 18h20, jeudi 14 VO 15h45, VF 21h, vendredi 15 VF 15h35, 18h30,samedi 16 VF 16h10 VO 21h, dimanche 17 VF 15h50, VO 20h30, lundi 18 VF 13h45, VO 18h15, mardi 19 VF 15h40, VO 21h

LA MULE

Clint EASTWOOD - USA 2018 1h57mn VF - avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Diane Wiest, Laurence Fishburne, Michael Peña, Andy Garcia... Scénario de Nick Schenk d’après le livre de Sam Dolnick.

 
Nous avions un petit peu perdu de vue Clint Eastwood depuis quelques films. Disons que le très moyen 15h17 pour Paris, et auparavant le guerrier American sniper ne nous avaient pas emballés et nous avions fait l’impasse sur leur programmation. Le retour devant la caméra de l’acteur Eastwood, que l’on avait pas vu depuis 2012 dans le très faiblard Une nouvelle chance, est pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à La Mule. Si, en apparence du moins, Eastwood s’éloigne de ses derniers sujets qui retraçaient le parcours de ces héros du quotidien dont l’Amérique a le secret, La Mule revient pourtant une fois encore sur l’itinéraire véridique d’un vétéran – en même temps, aux USA, combien d’homme ou de femme n’ont pas participé à une guerre ? – mais cette fois en version plutôt anti-héros.

Parce qu’à plus de 80 ans, Earl Stone, horticulteur reconnu par ses pairs, est aux abois. Il a pourtant encore fière allure. Earl est ce que l’on pourrait appeler un beau vieux. Il suffit de le voir dans ses costumes bien taillés, recevoir des prix dans les salons pour ses créations horticoles, serrer des mains, balancer une œillade suggestive aux dames rougissantes pour deviner l’homme qu’il a été. Bien sûr, derrière les apparences, une réalité plus triviale est à l’œuvre et comme tout homme ou presque à son âge, Earl balade quelques casseroles au cul de son pick-up. On comprend vite que sa femme et sa fille ne le portent pas dans leur cœur, qu’il n’a pas vraiment été un mari modèle et encore moins un père présent et affectueux. Il n’y a guère que sa petite fille qui lui accorde encore un peu de crédit. Et puis surtout sa petite entreprise est en faillite et Earl est en banqueroute. 
Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf qu’il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Ce que l’on appelle faire la mule.
Extrêmement performant, Tata – c’est le nom de code qui va très vite lui échoir et qui veut dire grand-père en espagnol – transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ». Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Le film, au-delà du thriller, parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon et si La Mule n’a pas la même puissance narrative que Gran Torino, déjà scénarisé par Nick Schenk, on prend un plaisir certains à suivre les aventures malfamées de cet octogénaire débonnaire et presque inconscient. (Utopia)
CGR ( en VF)  tous les jours à 15h45 et 22h10
 
 

LES INVISIBLES

Louis-Julien PETIT - France 2018 1h43mn - avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Déborah Lukumuena, Pablo Pauly, Sarah Suco... Scénario de Louis-Julien Petit et Marion Doussot 
 

Tout comme Discount, le premier film de Louis-Julien Petit qu'on avait déjà beaucoup aimé (celui-ci est encore mieux !), Les Invisibles est un film jubilatoire, drôle et résolument politique, au sens le plus noble du terme. Décidément la filmographie de ce jeune réalisateur est bien partie pour remonter les bretelles aux injustices sociales sans avoir l’air d’y toucher, en usant d’armes universelles telles le rire, l’humanité… On sort de son film heureuses et grandis, remplis de courage, pleines d’envies. Celles avant tout de ne pas baisser les bras et de regarder devant soi avec toujours plus d’empathie.

Fortes en gueules ou gueules brisées, elles sont là. Même si la bonne société essaie de ne pas les voir. Habituées à se sentir transparentes, elles se gomment, se fondent dans la grisaille de la ville. Être vues, ce peut être le début des emmerdes. Tant et si bien que certaines en ont même perdu l’envie d’être belles. Et pourtant, belles, elles le sont, plus que la ménagère standard ou la séductrice mini-jupée sur trois étages ! On a affaire à de de la drôlesse qui a vécu, qui a du chien, du caractère, ou tout au contraire à la douceur incarnée qui a cessé de se faire confiance, qui s’est effacée face aux siens. Ce sont des foultitudes de femmes toutes uniques, leurs corps nous le raconte ainsi que les traits de leur visage, sculptés par leur combat quotidien, la rue, le temps qui attaquent chaque être. Elles ont la magnificence fragile de celles qui ont réussi à surnager.
Ce film qui fait chaud au cœur et à l'intelligence s’ancre dans une réalité qui ne devrait pas avoir droit de cité dans les pays civilisés, celle des femmes précaires, SDF qui arpentent nos villes dans une indifférence assassine. Tout pourrait paraître sombre et pourtant ça ne l’est pas ! Surtout quand au fin fond d’un quartier, des mains se tendent, patientes, inespérées, celles d’autres femmes tout aussi invisibles, des travailleuses sociales qui, malgré les faibles moyens mis à leur disposition, s’acharnent à redonner un peu de dignité, de reconnaissance à celles qui n’y croient guère. Il suffit parfois d’une douche, d’un repas chaud, pour réchauffer les sourires et leur permettre de repartir plus loin qu’on n’aurait cru. 
L’action se passe dans un de ces centres dits sociaux qui accueillent le jour les laissées pour compte. C’est Angélique, jeune gouailleuse intrépide (Déborah Lukumuena, une des actrices de Divines qui ne cesse de l’être), qui ouvre les grilles de l’Envol, le matin. Voilà la frêle structure submergée par le flot de celles qui rêvent de parler de leur nuit de galères solitaires. Ici, on accueille, tout en gardant ses distances. Pas question de se retrouver noyées dans la misère du pauvre monde, l’empathie n’est possible qu’en se protégeant un peu. Pourtant on sent bien que la barrière de protection est ténue, prête à rompre. Comment résister à ces sourires timides sous lesquels émergent des blessures tenaces, des envies de revanche magnifiques ? Toutes ces sans-abri ont un nom inventé pour voiler leur véritable identité : Edith (Piaf), Brigitte (Bardot ? Lahaie ? Macron en dernier choix ?), Lady Dy, Simone (Veil), Marie-Josée (Nat), Mimy (Mathy)… Aucune n’est apaisée, d’aucunes font semblant d’être calmes, plus versatiles que le lait sur le gaz, toujours prêtes à mettre le feu ou à s’embraser. Elles peuvent se montrer tour à tour aimables, détestables, admirables. On ne sait plus. Même Manu, la responsable pourtant aguerrie du centre, et ses collègues ne savent plus. Une chose est sûre : malgré les agacements, les déceptions, le jour où l’administration aveugle va décider de fermer le centre, l’équipe entière fera front, quitte à passer de l’autre côté de la barrière.
On ne vous en dit pas plus. C’est un film qui se vit plus qu’il ne se pense, un appel au courage. Même dévalué, le moindre des êtres vaudra plus qu’une action Natixis, il y aura toujours un poing pour se lever, une parole solidaire pour s’élever. C’est beau, c’est drôle, véridique, c’est du grand Petit (Louis-Julien). Décidément ces invisibles nous font rire, nous émeuvent tout en échappant aux clichés. C’est une belle réussite, vibrante, vivante, remarquablement interprétée par une pléiade d’actrices investies, professionnelles ou non.
  (Utopia)

CGR :mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15, samedi 16, lundi 18 et mardi 19 à 10h55

LE VOX  : jeudi 14 à 16h10 et lundi 18 à 18h45

LA LA LAND

Ecrit et réalisé par Damien CHAZELLE - USA 2016 2h08mn VF - avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...

LA LA LANDDu haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a un talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dents dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les mille et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor. 

La la land, c’est la comédie musicale comme on n'osait plus la rêver, c’est un étalon lancé à cent kilomètres heure sur la piste de danse étoilée. Ce ne serait que cela, ce serait déjà très bien, mais quand le cavalier qui tient les rênes est un type passionné de musique, brillant, audacieux, fougueux, il devient vite évident que l'on est ici un niveau au-dessus et qu’au-delà du simple film de genre, c’est bien un pan tout entier de l’âge d’or du cinéma hollywoodien que le bougre a décidé de parcourir à bride abattue. La course sera éblouissante et le voyage digne d’un aller-retour sur la lune.

C’est l’histoire de Mia et de Sebastian… Elle est serveuse dans un café niché au creux d’imposants décors d’un grand studio hollywoodien et court obstinément les castings dans l’attente du grand rôle. Il est pianiste de jazz, fan de Thelonius Monk mais pour l'heure il est surtout fauché et doit cachetonner en attendant d’accomplir son rêve : reprendre une mythique boîte de jazz à son compte et y jouer toute la musique qu’il aime. Entre eux, l'indifférence voire le mépris d'abord… avant les étincelles !
Embrassant avec délice tous les clichés, jonglant avec les références les plus prestigieuses – de Chantons sous la pluie à La Fureur de vivre en passant par Un américain à Paris, West Side Story ou les mélos flamboyants à la Douglas Sirk, sans oublier quelques clins d'œil admiratifs autant qu'affectueux à Jacques Demy – La la land parvient pourtant à tout réinventer. Les codes, dont il se moque avec tendresse, les chansons, traditionnelles mais souvent détournées avec humour, les décors, sublimes dans leur écrin de carton pâte mais qui jamais ne font toc, et les deux protagonistes, clichés sur pattes (la jeune serveuse qui veut percer à Hollywood, le musicien idéaliste et un peu dédaigneux qui se veut l’héritier des plus grands) mais terriblement humains. Même le récit, dont la trame est classique, parvient à nous surprendre grâce à une construction singulière (la toute dernière partie du film est en cela une belle trouvaille).

S’il s’agit plus d’un hommage abouti que d’une véritable révolution cinématographique, La la land est une vraie bouffée de bonheur, colorée, enjouée, rythmée, qui vous prend par la taille, vous entraîne dans la danse et ne vous lâche qu’au bout de deux heures… Ou qui ne vous lâche pas, la la la…(Utopia)

CGR : une seule séance jeudi 14 à 20h

 

LE GRAND BAL

Laetitia CARTON - documentaire France 2018 1h39mn -

LE GRAND BALCe film entraînant est bien plus qu'une invitation à la danse, il en dépasse largement le cadre tout en ne parlant que d’elle. Il nous donne à voir à quel point faire la fête est un acte rassembleur dans une société où tout semble fait pour séparer les citoyens et les générations. Au Grand bal, on ne parque pas les vieux loin des jeunes, on se mêle goulument, flottant au dessus des idées préconçues. Entre deux rondes on se pose même des questions sur les relations hommes / femmes, sur le féminisme. Car après tout, où est-il écrit que ces messieurs doivent toujours mener la valse et est-ce qu’ils n’en seraient pas un peu las ? Pendant les sept jours et les huit nuits de cette grande messe annuelle qui rassemble deux mille personnes venues d’un peu partout en Europe, on refait le monde à l’image d’une humanité accueillante, curieuse de l’autre. Et l’affaire est moins superficielle qu’on ne pourrait le croire ! S’il est question ici de mazurkas, de bourrées, de pizzicatas […], vous qui ne dansez pas, ou vous qui dansez le rock’n roll, le tango, la salsa (et que sais-je encore) : accourez ! Vous ne repartirez pas les mains, ni le cœur, ni la cervelle vides de cette heure trente neuf de grâce pure !
C’est également un film d’une intense intimité, celle qui s’immisce entre deux être qui s’enlacent pour quelques instants fugaces avant de repartir dans l’immense marée humaine. Le Grand Bal devient alors un personnage à part entière, « un grand corps collectif respirant à l’unisson ». Laetitia Carton a su saisir les fulgurances de ce monde tout en nuances, de cette aventure à la fois collective et profondément individuelle sans jamais être intrusive. Et si la jeune réalisatrice en parle si bien, c’est qu’un beau jour, elle est tombée dedans sans que rien ne l’y prédestine, si ce n’est peut-être les paroles de sa grand-mère qui la firent rêver petite en lui contant l’exaltation de ses premières guinches. Sa caméra épouse respectueusement et sans faux pas ceux des danseurs, en nous laissant partager l’intensité de ces quasi moments de transe dans lesquels les esprits partent à l’abandon de soi. Progressivement, cela ressemble presque à une forme de méditation heureuse qui emporte chacun dans un tourbillon où plus rien ne compte hormis le dialogue des corps, leur osmose. Alors qu’après avoir été à son comble la pression redescend enfin, les larmes coulent parfois, resurgit la peur de l’abandon, celle de ne pas être invité(e)… 
Tout comme dans ses précédents films (J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd ou Edmond un portrait de Baudoin…) Laetitia Carton procède par touches subtiles et délicates, filme la moindre des choses avec une grande profondeur de champ, une grande profondeur d’âme. Son texte qui guide nos pas dans ce cercle passionnel d’initiés est tout bonnement magnifique, sensible. On est touché par la grâce de ce que les gestes dévoilent parfois malgré eux. Secoués par nos sourires, on en ressort tout simplement joyeux en se demandant : « Et si c’était ça le bonheur ? Cette joie vitale, instinctive, pure qui fait vibrer chaque fibre de nos êtres ? » (Utopia)

Salernes : vendredi 15 et lundi 18 à 18h, samedi 16 à 20h30

 

 

IMPULSO

Emilio BELMONTE - Espagne 2018 1h45 VOSTF -

IMPULSOImpulsive, charnelle, sauvage, dotée d’une technique qui éblouit, la danseuse Rocío Molina est devenue l’une des danseuses (contemporaines ? elle n’aime pas toujours qu’on l’appelle comme ça...) au monde les plus admirées aujourd’hui. Poussant les limites de la danse et des arts visuels, peu de danseurs ont osé transgresser à ce point les thèmes classiques du flamenco tels que, l’origine magique du duende, le regard vers le passé et ses lois immuables, le deuil, la tragédie ou encore la domination masculine… Rocío Molina, quant à elle, s’intéresse à la sexualité féminine, la notion de limites et leurs dépassements, l’humour, la mythologie ou la poésie du quotidien. 

Lorsque le réalisateur Emilio Belmonte la rencontre en 2015, il découvre une femme qui a soif de collaborations artistiques diverses avec des danseurs, vidéastes, musiciens, architectes… Après avoir longuement échangé sur leurs parcours respectifs, leurs méthodes de création, sur le silence, le risque et le désir comme moteurs de la création, le projet de consacrer un film sur l’émergence du geste flamenco arrivait à point nommé. 
Ce bio-doc exceptionnel suit donc Rocío Molina pendant la création d’un nouveau spectacle au Théâtre National de Chaillot à Paris. Les répétitions et les performances alternent avec des entrevues avec des membres de la famille, des amis, des collègues et des musiciens accompagnateurs.

Rocío Molina, considérée comme l’une des meilleures bailaoras d’aujourd’hui, veut donner au flamenco un sentiment d’urgence contemporaine. Pellicule de plastique plutôt que robe tachetée volumineuse classique, elle frappe et se balance sur le sol de la scène tel un insecte géant.(Utopia)

Salernes : vendredi 15 à 20h30, et dimanche 17 à 18h

 

L'AMOUR DEBOUT

Écrit et réalisé par Michaël DACHEUX - France 2018 1h25mn - avec Paul Delbreil, Adèle Csech, Samuel Fasse, Jean-Christophe Marti, Thibaut Destouches, Shirley Mirande, Pascal Cervo, Françoise Lebrun...

L'AMOUR DEBOUTCette histoire pourrait se dérouler dans un roman de Balzac. Cette fois, les Illusions perdues sont celles de Martin et Léa, deux jeunes provinciaux qui viennent de se séparer et qui montent à Paris pour se trouver une place. Mais comment se reconstruire après l'échec du premier amour ? Et que signifie entrer de plain-pied dans le monde adulte ? A l'intérieur de soi, il y a aussi un être mystérieux que l'on ne connaît pas.
Martin et Léa ne sont pas des héros modernes. Il y a en eux quelque chose de romantique, qui résiste à l'air du temps, à son obsession de réussite et d'efficacité. Ce sont des êtres sensibles, doux et délicats, qui avancent à leur rythme. Ils aiment parler de films, de livres, de musique ; l'art est un espace de liberté ; certaines œuvres sont pour eux des rencontres essentielles, qui ont le pouvoir de les aider à se comprendre, à mûrir.
Il est aussi question de courage. Celui de faire son « saut dans l'existence », d'accepter les désirs enfouis, d'être sincère avec soi-même. Pour Martin, il s'agit entre autres de faire son premier film, de se lancer dans une vie de création. Une vie exaltante, mais éprouvante aussi. Comme dirait Jérôme, son ami, « avoir la gnaque tous les matins, ça ne va pas forcément de soi. »
Pour filmer ces jeunes gens, il fallait une mise en scène à leur image, élégante, épurée et sans effets appuyés, généreuse avec le spectateur, qui le laisse libre de ses émotions, libre de se laisser porter par la musicalité du film, de s'y retrouver au gré de ses propres souvenirs de jeunesse, comme dans les grands romans d'apprentissage. (les cinéastes de l'ACID)

Ce n’est pas dans n’importe quelle famille du cinéma français que Michaël Dacheux vient mettre ses pas : il s’agit de celle qu’on a coutume d’appeler « La Nouvelle Vague » et, parmi les réalisateurs rattachés à cette famille, l’influence la plus évidente est celle d’Eric Rohmer, en particulier dans sa période des Contes des quatre saisons : dans le jeu des comédiens, dans le récit du film, dans ce parcours initiatique de Léa et de Martin, avec les atermoiements amoureux de ces deux jeunes adultes et les difficultés rencontrées pour trouver leur place dans la société. Ce n’est sans doute pas un hasard, mais plutôt un clin d’œil, si L’Amour debout se déroule justement le temps de quatre saisons ! Toutefois, on ne peut manquer de penser aussi à Jean Eustache, avec la séquence du film où Martin va assister à une projection de La Maman et la putain à la Cinémathèque, une projection en présence de Pierre Lhomme, le directeur de la photographie du film, et de Françoise Lebrun, l’actrice principale… (critique-film.fr)

Lorgues : samedi 16 16h15, dimanche 17 20h10, lundi 18 19h10

 

DEUX FILS

Félix MOATI - France 2018 1h30 - avec Vincent Lacoste, Benoît Pœlvoorde, Mathieu Capella, Anaïs Demoustier, Noémie Lvosky, Patrick D’Assumçao... Scénario de Félix Moati et Florence Seyvos.

DEUX FILSIl y a quelque chose de Woody Allen dans le film de Félix Moati. Est-ce la musique, délicieusement jazzy ? Ou bien cette manière particulière de filmer la ville comme on filme une amoureuse ? À moins que ce ne soit cette tonalité vive et langoureuse qui swingue entre tragique et nonchalance, comme si le pire était toujours à craindre mais que la tendresse pouvait éclore à la moindre des occasions. Avec ses maladresses touchantes et ses hésitations mélancoliques, c’est un premier film délicat et étonnamment mature, qui aurait pu facilement se noyer dans la verve charismatique et envahissante de ses deux comédiens principaux (Poelvoorde et Lacoste) mais qui réussit pourtant un subtil dosage où chaque personnage tient sa place, sans bousculer ni faire de l’ombre aux autres. Lacoste est impeccable (quelle série pour lui ! Plaire, aimer et courir vite, Première année, Amanda, Deux fils…), Poelvoorde a rarement été aussi touchant et discret et le jeune Mathieu Capella est génial de naturel et d’audace.
Il a beau être un brillant psychiatre, Joseph ne fait pourtant pas l'économie d'une très grosse crise existentielle. De celle qui vous retourne le cerveau en moins de temps qu’il n’en faut pour décider de tout plaquer, le cabinet, les patients, la renommée, et oser enfin vivre son vieux rêve : devenir écrivain. Quant au talent, c’est une autre affaire.
Il a beau être très charmant et étudiant prometteur, Joachim, son fils aîné, n’en est pas pour autant épargné par un chagrin d’amour balèze comme un 4 tonnes qui l’a figé tout net dans un état de procrastination chronique qui l’empêche de commencer ou de terminer quoi que ce soit, et surtout sa thèse, au grand désespoir de son directeur de recherche, affligé par un si beau gâchis.

Et entre les deux il y a Ivan, 13 ans, latiniste convaincu de la force d’un « rosa rosae rosam », collégien hors norme qui est très très en colère face au spectacle désolant de cet effondrement en bonne et dûe forme des deux modèles qui avaient jusqu’à présent guidé sa jeune vie.
Ils sont père et fils, mais pourraient tout aussi bien être les trois âges de la vie d’un seul homme. L’adolescent fougueux et passionné, le cœur encore pur et l’âme incandescente, porté par le sens de l'absolu et une quête mystique. Le jeune homme désinvolte en pleine incertitude identitaire qui ne sait pas encore de quelle écorce sera construite sa vie et qui, déjà, sombre dans la nostalgie. Et l’homme mûr qui assiste passivement au départ de ceux qu’il aime (la toute première scène du film raconte avec force et pudeur tout le chagrin d’un deuil) et s’interroge sur ses erreurs passées et le temps qu’il lui reste (ou pas) pour enfin s’accomplir.
Ils sont un père et ses deux fils, mais à l'occasion les rôles s’inversent, parce que les enfants ont quelquefois bien plus de sagesse et de lucidité que les grandes personnes, et que les grands ont eux aussi peur du noir ou besoin d’être tenus par la main.
Et les femmes dans tout ça ? Elle brillent de mille feux, tout en étant souvent les grandes absentes. C’est Suzanne, le grand amour de Joachim qu’il ne peut oublier. C’est la mère qui est partie il y a si longtemps et dont l’ombre plane comme un fantôme. C’est la jeune prof de Latin (délicieuse Anaïs Demoustier), libre et sensuelle, fragile et diablement indépendante.

Au fil des grands espoirs perdus et des petites victoires sur l’existence, à coups de gueule, à coups de blues, dans les étreintes maladroites et les silences complices, ces trois-là tentent de dire « je t’aime » et ça nous parle.(Utopia)

Vox (Fréjus) : mercredi 13 et samedi 16 13h45, 18h45, 21h, jeudi 14 13h45, 18h15, 21h, vendredi 15 et lundi 18 13h45, 18h10, dimanche 17 13h45, 16h20, 21h, mardi 19 13h45, 16h15, 18h30

MY BEAUTIFUL BOY

Felix van Groeningen USA 2H01avec Steve Carell, Thimothé Chalamet ,Mauret Tierney

 


Trois ans après Belgica, le réalisateur des plébiscités La Merditude des Choses et Alabama Monroe poursuit son ascension et signe son premier film américain. Avec My Beautiful Boy, le flamand Felix van Groeningen s’attaque à un drame dur et poignant racontant l’histoire douloureuse d’un père qui s’est battu sans relâche, encore et encore pendant plus de dix ans, pour sortir son fils de l’enfer de la drogue. Produit par Plan B, la société de Brad Pitt, My Beautiful Boy est l’adaptation de deux romans conjugués en un seul long-métrage. D’un côté, celui de David Sheff, le père en question ici interprété par Steve Carrell, qui avait raconté ce combat difficile dans un livre de mémoires particulièrement bouleversant. De l’autre, celui de Nic Sheff, son fils incarné dans My Beautiful Boy par l’étoile montante Timothée Chalamet, qui avait également publié un livre parallèlement à celui de son paternel, où il racontait la tragédie de son addiction.  

Dans un style très différent, My Beautiful Boy pourrait bien venir se ranger aux côtés des plus grands films témoignant du fléau de la drogue, sur l’étagère où reposent les Panique à Niddle ParkTrainspotting et autre Requiem for a Dream. L’apport du film de Van Groeningen au genre, en plus de tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle la drogue est souvent associée à la précarité et aux bas-fonds de grandes villes, est d’apporter un nouvel éclairage sur ce Mal en explorant non pas le combat d’un jeune homme ou sa tentative de reconstruction après des années de déchéances (ce qui a été fait mainte et mainte fois), mais d’observer conjointement l’addiction, les tentatives pour s’en sortir, l’espoir et les rechutes, le tout à travers le prisme d’une famille toute entière ébranlée par cet engrenage infernal. Et plus qu’un simple pamphlet contre la drogue, My Beautiful Boyde devenir une histoire d’amour filiale, une histoire de résilience et de fatalisme, mais aussi une histoire questionnant les rapports parents-enfants et l’éducation via le portrait de ce père impliqué en plein désarroi qui s’interroge sur les liens forts et complices créés avec son fils et qui semblent se retourner contre lui aujourd’hui 
 Incarnée par deux immenses comédiens qui offrent des interprétations viscérales et dévastatrices de conviction (Chalamet brille encore et mention à Steve Carrell dont c’est clairement l’année du sacre après ses fabuleuses performances dans Marwen et le prochain Vice), l’histoire de My Beautiful Boy est une déflagration émotionnelle dont la dureté est à aller chercher dans le réalisme que tente d’entretenir Van Groeningen pour traiter son sujet. En mêlant à son drame le portrait d’un adolescent qui essaie de comprendre sa souffrance et pourquoi il a vrillé, et celui d’un père qui cherche où il a pu échouer, My Beautiful Boy s’enrichit constamment en s’efforçant d’explorer, même brièvement, toutes les pistes et directions qui s’offrent à lui. A ce titre, peut-être que le film aurait mérité davantage de longueur pour justement avoir le loisir de devenir une fresque cinématographique plus ample et totale. Mais déjà en deux heures, Van Groeningen arrive à faire beaucoup avec un mélodrame qui remue en profondeur (Mondociné)
LE VOX : mercredi 13 VF 16h20 VO 20h45, jeudi 14 VO 18h30, vendredi 15 VF 15h55 VO 21h, samedi 16 VF 13h45, VO 18h30, dimanche 17 VF 20h30, lundi 18 VF 16h20, VO 21h, mardi 19 VF 13h45 VO 20h45

LES ESTIVANTS

Valeria BRUNI TEDESCHI - France 2018 2h08 - avec Valeria Bruni Tedeschi, Pierre Arditi, Valeria Golino, Noémie Lvovsky, Yolande Moreau... Scénario de Valeria Bruni Tedeschi, Agnès de Sacy et Noémie Lvovsky.

LES ESTIVANTS

Il y aurait presque de la rumba dans l’air, si ce dernier n’était pas si pesant cet été-là. Dans la grandiloquente maison de maître qui surplombe la côte d’Azur, sous le soleil exactement, quelque chose semble soudain moins futile, plus pesant. Pourtant ce sont les mêmes membres de la même famille très élargie qui se retrouvent-là comme chaque année. Rituel tout aussi rassurant qu’un brin angoissant, qui fige le temps aussi bien que les rides. Les voilà tous pris au piège de la cage dorée des souvenirs. Mais si, cette fois, rien n’a la même saveur pour Anna (Valeria Bruni Tedeschi qui déploie une panoplie d’actrice hallucinante), c’est que l’amour de sa vie est en train d’hésiter, de vouloir la quitter, ou peut-être même l’a-t-il déjà fait sans qu’elle veuille le comprendre. Le ciel soudain semble d’un bleu indécent : nul orage, pas la plus petite goutte de pluie en vue qui puisse témoigner au monde entier de l’état de son cœur qui se brise. Pire, tous gravitent autour d’elle, avec leurs pompes trop bien cirés pour être honnêtes, sans se rendre compte, sans se douter un seul instant que son couple s’effondre, retournant le couteau dans la plaie : quand arrive-t-il, ton homme ? Luca… Luca qu’elle espère, mais qui sans doute ne viendra pas, même pour faire bonne figure, sauver les apparences.
Tous ? Dans la famille d’Anna, je demande… la grand-mère ! C’est celle qui maintient le standing de la propriété, elle plane parfois, sauf quand il s’agit de dépenser un centime ! C’est peut-être ainsi que l’on devient riche ? Après elle les domestiques courent, dont Yolande Moreau (haletante, éreintée, mais si belle !) quémandant leur dû, une petite amélioration de leur condition, peut-être ? Mais Louisa est passée maîtresse dans l’art de s’esquiver et de culpabiliser son monde. 
Dans la famille d’Anna, je demande… La sœur ! Ah celle-là ! Avec elle tout semble écervelé, échevelé, ébouriffé : la tendresse, les rires, les chants. Toujours excessive, débordante : de joie, de larmes bien arrosées. Son rimmel et ses provocations peinent à dissimuler son mal être profond. Elle surnage à grand peine dans un mariage mal assorti, qui résiste au temps plus par raison que par passion. 
Et puis tiens, voilà donc le fameux beau-frère… Jean (Pierre Arditi). Cabotin sans scrupule, provocateur hautain, écrasant de sa superbe tous ceux qui ne sont pas de son clan, de son rang, de son bord politique. Gratuitement odieux pour le plaisir d’humilier ceux des classes inférieures. Un mâle dominant sur le retour qui écrase le pauvre monde sous la talonnette de son ironie méprisante. 
Dans ce jeu des 7 familles (j’en passe et des meilleurs…) il y en a une tout de même qui dépare, un élément rapporté : c’est Nathalie (Noémie Lvovsky, toujours généreuse et sincère). Venue-là pour aider Anna a écrire le scénario de son prochain film, elle navigue entre deux eaux. Ne faisant ni partie des domestiques, ni de cette haute bourgeoisie mal odorante. Nathalie aime tellement Anna qu’elle accepte ses excès, comprend ses failles, l’attend, poireaute, puis désespère et étouffe de plus en plus en assistant aux agitations de ce beau monde tourné vers son seul nombril.
Au milieu de cette nef des fous navigue Celia, la fille adoptive d’Anna. La seule « sage » de l’affaire, qui du haut de ses dix ans observe ce monde avec un regard plus adulte que ceux qui sont censés l’être. Petite touche de fraîcheur détachée, porteuse d’espoir, pour qui la barrière des classes sociales ne semble pas encore exister. 
Et puis enfin il y a le frère absent dont l’ombre plane…
Comme souvent dans les films de la réalisatrice, on passe d’un rire à gorge déployée à un autre qui se fait plus grinçant. Et de se demander si la critique sociale cinglante est totalement voulue et maîtrisée ou si elle échappe à celle qui semble toujours hésiter entre deux clans.(Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 13 16h, samedi 16 15h50, dimanche 17 13h45,lundi 18 16h35, mardi 19 18h15

 

LA DERNIÈRE FOLIE DE CLAIRE DARLING

Julie BERTUCCELLI - France 2018 1h35 - avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Alice Taglioni, Samir Guesmi, Laure Calamy... Scénario de Julie Bertuccelli et Sophie Fillières, d'après le roman de Lynda Rutledge, Le Dernier vide-grenier de Faith Bass Darling.

 
Claire Darling avec lui. Dans la lumière encore peu assurée, on guette une présence dissimulée dans la ribambelle de bibelots et de mascottes qui veillent à son chevet. On a beau écarquiller les yeux, on ne voit pas ceux auxquels elle s’adresse avec un timbre de voix que l’on devine inhabituel chez elle, presque celui d’une petite fille intimidée. On hésite… La septuagénaire ne serait-elle pas en train de retomber en enfance ? Parle-t-elle à des fantômes, aux objets inanimés, ses seuls compagnons de solitude ? Ou a-t-elle juste un peu de mal à sortir d’un mauvais rêve agité ? Ni elle ni nous ne le sauront jamais vraiment. L’univers intime de la classieuse Claire Darling gardera toujours une part de mystères insondables. Oasis inviolable, passerelle entre plusieurs mondes : celui des vivants, celui des souvenirs et le dernier sans doute imaginaire. Mais ses quelques échanges avec les êtres invisibles vont provoquer un profond bouleversement, une véritable révolution dans la vieille demeure bourgeoise. La tête haute, Claire (Catherine Deneuve magistrale) convoque les vivants qu’elle croise sur son passage pour l’aider à vider subitement et entièrement sa maison. Tout doit disparaître ! Les traces de son passé qui l’aidaient à ne pas oublier, à cuver sa peine, les souvenirs de ses chers disparus. Tout le mobilier luxueux auquel elle semblait tellement attachée. Les antiquités, les tableaux signés, l’argenterie, ses automates chéris, ses collections venues du fond des temps. Oui ! Tout doit disparaître, car ce soir elle ne sera plus là. « Ils » le lui ont annoncé au réveil…

Tant et tant de choses accumulées au fil des années, au gré des héritages, des dépenses somptuaires, quand elle en avait les moyens, quand la famille possédait la plus grosse entreprise du coin… Les quatre jeunes gars bien charpentés qu’elle débauche du cirque d’à côté ont l’impression d’accomplir un travail de Sisyphe. Ils ont beau décharger des tonnes d’objets dans la cour devant la maison, il semble qu’il en reste toujours autant à l’intérieur. Claire virevolte autour d’eux, leur dispense ses indications avec désinvolture, s’attarde soudain, rêvasse, grave, repart et puis oublie.
Pendant ce temps, l’unique pancarte qui annonce le vide-grenier improvisé fait son office. Le bouche-à-oreille fonctionne vite, tout le village rapplique, les yeux grands écarquillés devant ce trésor qui s’amoncelle à portée de main et surtout de bourse. Celle qu’ils considèrent tous comme une quasi châtelaine brade ses biens à prix sacrifiés, quand elle ne demande carrément pas aux acheteurs de donner ce qu’ils veulent. Tout cela fait les choux gras du voisinage et des brocanteurs qui commencent à rôder tels des charognards. Parmi eux, Martine, une amie d’enfance de Marie, la fille de Claire. Elle est bien la seule à éprouver quelques remords et à se préoccuper de Madame Darling, qui semble passer d’un instant à l’autre par tous les états. Tantôt euphorique, sensuelle, mutine, comme libérée du poids du passé au fur et à mesure que les antiquités s’évadent vers d’autres cieux. Puis soudain figée, superbe et déchirante, alors qu’affleurent à sa mémoire les événements douloureux de sa vie. Mais le pire, ce sont sans doute ses absences, trous noirs soudains qui semblent vouloir engloutir le présent.

Martine de plus en plus inquiète décide alors d’appeler Marie (Chiara Mastroianni, la véritable fille de Catherine Deneuve) à la rescousse. Cette dernière commence par traîner les talons… Vingt ans qu’elle a mis une distance salutaire entre elle et sa mère, qu’elles ne se sont pas vues. Elle finira pourtant par rappliquer, plus pour être agréable à son amie que pour voir sa génitrice dont elle n’attend plus rien, pas même un héritage… (Utopia) 
 
LE VOX   : mercredi 13 13h45, 18h45, jeudi 14 13h45, vendredi 15 16h25, samedi 16 13h45, 15h50, dimanche 17 13h45; lundi 18 et mardi 19 16h15
 
EDMOND

Écrit et réalisé par Alexis MICHALIK - France 2019 1h52mn - avec Olivier Gourmet, Thomas Solivérès, Simon Abkarian Dominique Pinon, Jean-Michel Martial, Alice de Lencquesaing,Clémentine Célarié, Lucie Boujenah, Igor Gotsman, Mathilde Seigner... D’après la pièce de théâtre d’Alexis Michalik.
 
 À la manière de Feydeau, quand les portes claquent, quand les amants se planquent dans les placards et que les grandes bourgeoises s’évanouissent dans leurs robes de satin en poussant des longs « ohhhhhhhh !!! », Edmond raconte avec un panache éclatant et tonitruant l’incroyable genèse d’une des plus célèbres œuvres du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Dans ce film inspiré de sa propre pièce (énorme succès, moult Molières), Alexis Michalik fait le choix d’un ton et d’une mise en scène résolument burlesques, lorgnant de manière assumée vers ces vaudevilles à succès qui faisaient se gondoler le tout Paris de la fin du xixe siècle, quand le théâtre était encore le divertissement le plus populaire avant que le cinématographe ne vienne le détrôner. Alors oui, les décors en carton pâte, oui les comédiens qui s’en donnent à cœur joie sans retenue et oui encore les dialogues ciselés, affutés, calibrés pour la scène et le public… Il n’empêche : le résultat est des plus réjouissants et saura, nous en sommes certains, ravir tous les enseignants de collège qui étudient la pièce d’Edmond Rostand et tous ceux qui gardent un souvenir ému d’un certain film ou de l’une des nombreuses interprétations de l’œuvre sur scène. Quel bonheur tout de même que de se retrouver petite souris sous les planches de la scène du Théâtre de la porte Saint-Martin et suivre, scène après scène, vers après vers, rature après rature, l’écriture de ce chef-d’œuvre de la langue française.
 
Paris, décembre 1897. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Malgré l’interprétation de sa dernière œuvre par la très grande Sarah Bernard (Clémentine Célarié, délicieuse), star absolue de l’époque, il est en passe de devenir un artiste maudit. On rit du sérieux de ses vers, tellement ringards, à l’heure où Georges Feydeau triomphe avec son Dindon et son verbe à l’humour aérien . Mais la grande Sarah, qui s’est entichée de ce jeune poète qu’elle affuble d’un « mon » affectueux et protecteur, lui a organisé un rendez-vous avec le grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet flamboyant), célèbre comédien qui vient de claquer la porte du Français (autrement dit la Comédie Française) à qui elle a promis une nouvelle pièce dont il interpréterait le rôle principal, une pièce écrite donc, par le jeune Edmond. Mais Edmond n’a plus d’inspiration et donc rien de bien concret à proposer à Coquelin… rien, sauf quelques idées en vrac : des vers, forcément et toujours, un personnage haut en couleur, l’esprit fin, le cœur pur et la fougue au bout de l’épée, et des Gascons… On écrira la pièce au fur et à mesure des premières répétitions pour que tout soit prêt pour la fin d’année, c’est à dire dans quelques semaines !
 
Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des tentations d’une belle costumière, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac. L’histoire écrira le reste…(Utopia)
Vox Fréjus : jeudi 4 13h50, dimanche 17 18h15

COLETTE

Wash WESTMORELAND - USA/GB 2018 1h51 VOSTF - avec Keira Knightley, Dominic West, Eleanor Tomlinson, Fiona Shaw, Denise Gough, Robert Pugh... Scénario de Richar Glatzer, Wash Westmoreland et Rebecca Lenkiewicz.

COLETTECe film raconte avec un classicisme fort sage l’histoire d’une jeune femme qui heureusement le fut beaucoup moins. Tout débute dans les années 1890, celles de la Belle Époque. La jeune Gabrielle Sidonie Colette a tout d’une péquenaude inoffensive, avec ses robes simples, ses longues tresses, quand Henry Gauthier-Villars, surnommé « Willy », la séduit. Elle a tout juste vingt ans et lui quatorze de plus quand ils se marient. Elle porte sur son visage l’inexpérience de son jeune âge, lui dissimule sous sa barbe un passé de véritable serial-séducteur compulsif. Après le mariage, vite conclu, la jeune fille en fleur débarque à Paris, impressionnée par la bruyante capitale, tellement étrangère à la luxuriance de sa Bourgogne natale dont seul l’accent rocailleux la poursuit comme un beau souvenir (chose forcément impossible à reproduire dans un film anglophone, malgré l’interprétation bluffante de Keira Knightley). 
Willy (Dominic West, parfait dans ce rôle de vil séducteur) est un critique musical en vogue, écrivain, mais le plus souvent par procuration : il signe plus d’œuvres qu’il n’en écrit, ayant recours à des prête-plumes qu’il paie au lance-pierre. Sa notoriété l’amène à fréquenter les plus prestigieux salons littéraires de l’époque, entraînant sa compagne farouche dans son sillage. Si elle n’y brille pas par ses tenues, elle y étincelle rapidement par son esprit, sa grande liberté de ton qui étonne et séduit le tout Paris, qui a vite fait de s’éprendre d’elle, tandis qu’elle l’observe, s’acclimate à son nouveau milieu. Elle s’affranchira vite de ses vieilles nippes et d’une partie de son nom à rallonge pour se faire appeler d’un plus percutant « Colette », se créant un style « à part » qui rehausse sa beauté atypique.
Progressivement Colette se rend visible, incontournable, et il faut au moins cela pour ne pas faire tapisserie au bras d’un Willy dont on a l'impression qu'il est connu de toutes les femmes de Paris. Il a beau essayer de la maintenir à l’écart de certaines réalités, Colette, malgré son amour, ne reste pas dupe longtemps. Au gré des supercheries et mensonges médiocres de son époux, la jeune femme s’aguerrit, s’émancipe. Loin de se laisser dépasser ou abattre, elle en fait une force, fuyant le joug de la domination masculine, multipliant à son tour les expériences et les conquêtes qui ne dérangent guère Willy tant qu’elles ne sont que féminines. 
On ne va pas vous raconter ici toute la vie tumultueuse de Colette (romancière, actrice, mime, journaliste…), le film est là pour le faire ou lui donner un éclairage in situ si vous la connaissez déjà. Ce qui est le plus passionnant, c’est de resituer l’écrivaine sulfureuse dans l’ambiance de l’époque, de ressentir le poids du patriarcat qui restreint les possibilités d’avenir des femmes. Si son œuvre fait tâche d’huile, se répand si vite, c’est qu’elle est tout à fait moderne, donne une voix à ce que chacune vit tout bas. On est plongé dans son cheminement intérieur, son attachement si particulier à Willy qui se transformera par la suite en désamour profond. Elle lui pardonnera beaucoup de choses, mais jamais de ne pas avoir rendu son nom aux écrits dont elle accouche pour celui dont elle est devenue la « négresse » littéraire. Au fur à mesure que la série des Pauline s’égraine, que chaque livre devient un best-seller, la célébrité de Willy qui augmente phagocyte la reconnaissance de l’écrivaine. Colette trépigne, engluée au fin fond du rôle dévolu aux femmes. C’est bel et bien Willy qui récolte les fruits de ce qu’elle a semé et qui refuse de rendre à Colette ce qui appartient à Colette… (Utopia)

Lorgues : mercredi 13 18h55, vendredi 15 et lundi 18 21h, samedi 16  17h55, dimanche 17 18h

 

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