Au(x) cinéma(s) du 13 au 19 janvier

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Voilà une très belle semaine de cinéma qui s'ouvre ce mercredi ! De quoi passer sa vie au ciné, ici ou là !
Tout d'abord, les deux séances que vous propose Entretoiles avec Much Loved de Nabil Ayouch, son parti pris d'authenticité et qui "balaie fièrement les obscurantismes", et ensuite le film japonais de Kore Eda Notre petite sœur (à voir aussi à Lorgues), un très beau film qui nous fait, en plus, du bien ! Et entre les deux films, Entretoiles vous offrira un apéritif dans la salle de cinéma.
Ensuite ce jeudi 14 janvier, le documentaire du moment : Demain, qui nous montre et nous explique des expériences performantes, passionnantes et réussies pour un monde meilleur. Proposée par Colibris le film est présenté par le réalisateur Cyril Dion. On peut aussi voir Demain au Vox et à Lorgues.
Un film tunisien très fort que nous propose Lorgues : A peine j'ouvre les yeux de Leila Bouzid, le portrait d'une jeune fille trop libre pour un système autoritaire : c'est un film qui a été couronné de nombreux prix...
Et encore, "un film somptueux", avec des comédiennes "magistralement filmées" avec :  Carol de Todd Haynes au Vox,  mais aussi Au delà des montagnes de Jia Zhang Ke (A touch of sin), formidable et passionnant, et Béliers de Grimur Hakonarson "magnifique film d'hiver" à "l'humour scandinave".
 N’oublions pas non plus La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc, fable philosophique à l'humour pince sans rire, Back Home de Joachim Trier, L'Hermine et 21 nuits avec Pattie....
Alors ? Vous voyez ? Plus de bons films à voir que de jours dans la semaine ? C'est pas beau ça ?

Nous vous disons :" à dimanche !" pour Much Loved et Notre petite sœur.

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

Bonne semaine de cinéma !

PROGRAMMATION DU 13 AU 19 JANVIER 2016

 

Much Loved
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Much Loved
Écrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...
On va suivre, à Marrakech, Nora, Randa, Soukaina et plus tard Hlima. Les premières scènes sont pour le moins explicites. Les trois comparses se rendent, accompagnées de leur toujours serviable chauffeur Saïd, à une fête organisée par des Saoudiens. L'alcool pourtant interdit coule à flots. Rapidement les danses lascives s'enchaînent devant les émiratis enivrés… et la suite ne fait aucun doute. Nabil Ayouch montre la crudité du métier mais pas que ça. Refusant les clichés misérabilistes aussi bien qu'angéliques, il décrit avec tendresse le paradoxe de ces femmes qui donnent parfois leurs corps pour nourrir une famille qui pourtant les méprise, en totale hypocrisie ; il montre aussi la formidable solidarité de ces sœurs de lupanar qui, malgré les engueulades mémorables, se soutiennent envers et contre tout et tous, font bloc dans les moments difficiles... lire la suite
CGR (Draguignan) : une séance Entretoiles dimanche 17 janvier à 18h - Autres horaires : jeudi 14 à 16h, vendredi 15 à 18h, samedi 16 à 13h30, dimanche 17 à 18h, lundi 18 à 20h et mardi 19 à 11h15
Notre petite soeur
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Notre petite soeur
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose...
D'après le roman graphique de la mangaka Yoshida Akimi
C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Le cinéma de Kore-Eda, c'est l'invitation à l'eudémonisme, au carpe diem : savoir déguster et embellir le temps qui nous conduit inéluctablement vers la poussière. C'est aussi une leçon de zénitude d'où l'on ressort conquis et apaisé. Un film qui donne faim et soif de nourritures terrestres et de tendresse... lire la suite
CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 20h45
Demain
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Demain
Réalisé par Cyril DION et Mélanie LAURENT
Documentaire France 2015 2h
Qui n'a pas eu envie de changer le monde ? Au moins de le rendre meilleur ? Qui n'a pas rêvé d'un monde où chacun mangerait à sa faim, et sainement, aurait un toit, de qualité, pourrait circuler librement, où l'argent ne serait plus le roi, mais juste un moyen, où l'air ne serait plus pollué jusqu'à l'asphyxie, où les océans ne seraient plus pillés par la pêche industrielle ni envahis par le pétrole ou le plastique, où les champs, les arbres, les animaux ne seraient plus empoisonnés par les pesticides, infectés par la radioactivité invisible, inodore ? Un monde où l'intérêt commun serait compris de toutes et tous : la nécessité de nous inventer une nouvelle et belle vie, maintenant, pendant qu'il est encore temps, pour que demain ne soit pas le résultat inéluctable de nos errements... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 14 à 14h30, samedi 16 à 15h30, dimanche 17 à 18h10 et mardi 19 à 17h30
Lorgues : mercredi 13 à 15h
CGR (Draguignan) : jeudi 14 à 20h avec le réalisateur
Carol : Affiche
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Carol
Réalisé par Todd HAYNES
GB / USA 2015 1h58mn VOSTF
avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler, Carrie Brownstein...
Festival de Cannes 2015 : Prix d’interprétation féminine pour Rooney Mara
Carol est un femme en train de s’écrouler. Elle ne tient plus que par l'artifice de son statut d’épouse et de mère, elle n’est reliée au monde que par les innombrables fils invisibles que son rang, sa beauté, sa mondanité ont tissés. Carol est une femme qui sait qu’elle est en train de s’écrouler mais elle a conscience aussi que sa chute est indispensable à sa renaissance, dont elle ne doute pas. Therese est une femme en train d’éclore. Elle a encore un pied dans cette jeunesse insouciante et légère mais autour d’elle, entourage, société… tout la pousse à se couler sans réfléchir dans le moule que l’époque a choisi pour elle : se marier, être une gentille épouse et une maman modèle. Sans être rebelle ni forcément réfractaire à l’idée d’un fiancé, Therese a pourtant l’intime conviction que sa destinée ne peut pas déjà, si vite, être toute tracée et qu’il doit bien y avoir une possibilité de simplement suivre son instinct, ses désirs... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 13 à 13h45, 16h10, 18h05, et 20h30 - jeudi 14 à 14h30, 17h15 et 20h - vendredi 15 à 14h30, 17h45 et 20h30 - samedi 16 à 13h45, 16h10 et 20h30 - dimanche 17 à 13h45, 16h05, 18h10 et 20h40 - lundi 19 à 14h30, 17h30 et 20h - mardi 20 à 14h30, 18h et 20h30
Au-delà des montagnes
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Au-delà des montagnes
Écrit et réalisé par Jia ZHANG-KE
Chine 2015 2h06mn VOSTF
avec Zhao Tao, Zhang Yi, Liang Jingdong, Dong Zijiang, Sylvia Chang...
En 1999, en Chine, Tao, institutrice, est courtisée par deux hommes, ses amis d'enfance Jinsheng et Liangzi. Alors que Liangzi est employé d'une mine de charbon, Jinsheng est l'heureux propriétaire d'une station-service. Cette romance à trois finit par avoir raison de l'amitié qui unissait les deux hommes, d'autant que Tao choisit d'épouser Jinsheng. En 2014, Liangzi vit dans une autre ville. Toujours employé par une mine de charbon, il apprend qu'il a un cancer. Parallèlement, Tao, qui a divorcé de Jinsheng, vit seule, tandis que leur fils, Dollar, est élevé par son père... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 13 à 15h30,jeudi 14 et lundi 18 à 17h15 et 20h, vendredi 15 et mardi 19 à 14h30, samedi 16 à 16h10 et dimanche 17 à 15h30
Béliers : Affiche
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Béliers
Ecrit et réalisé par Grimur HAKONARSON
Islande 2015 1h33mn VOSTF
avec Sigurour Sigurjonsson, Theodor Juliusson, Charlotte Boving, Gunnar Jonsson...
Festival de Cannes 2015 : Grand Prix « Un certain regard »
Une vallée où les éleveurs vivent aux côtés de leurs moutons sur des landes magnifiques, battues par les vents, recouvertes d'un épais tapis de neige une grande partie de l'année. Dans ces contrées, l'élevage des moutons est une religion : on les bichonne comme les émirs leurs purs sangs. A plus forte raison les béliers, dont force et virilité font l'objet de concours fort disputés.
Parmi ces éleveurs, deux figures seront au centre du film. Gummi et Kiddi, tous deux sexagénaires, tous deux célibataires, qui vivent dans des fermes contigües, tout juste séparées par un portail. Ils se croisent forcément mais ne s'adressent pas même un regard. Ils sont fâchés. À mort. Depuis quarante ans. Et qui par dessus le marché sont frères ! Cette situation qui flirte avec l'absurde va prendre un tour plus dramatique quand la maladie de la tremblante va être repérée chez les bêtes de Kiddi, ce qui signifie l'abattage de tous les troupeaux de la vallée, principe de précaution oblige… Et rien que l'idée de perdre leurs animaux, pour des éleveurs qui leur ont consacré leur vie et leur amour… c'est le monde qui s'écroule...
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Le Vox (Fréjus) : mercredi 13 à 18h30, jeudi 14 à 17h15, vendredi 15 à 17h45, samedi 16 à 18h35, dimanche 17 à 20h30, lundi 18 à 17h15 et mardi 19 à 17h30
Cotignac : dimanche 17 à 18h et lundi 18 à 20h30
La Vie très privée de Monsieur Sim
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La Vie très privée de Monsieur Sim
Réalisé par Michel LECLERC
France 2015 1h42mn
avec Jean-Pierre Bacri, Vimala Pons, Isabelle Gelinas, Valeria Golino, Vincent Lacoste, Mathieu Amalric...
Scénario de Michel Leclerc et Baya Kasmi, d'après le roman de Jonathan Coe
C'est l'histoire d'un type ordinaire, Monsieur Sim (« comme la carte », ajoute-t-il invariablement pour se présenter), qui est persuadé d'être « ennuyeux à mourir », d'être un loser absolu. Et à force d'en être convaincu lui-même, il a finir par en convaincre les autres… Quand le film commence, il rentre de vacances, un séjour tout compris dans un hôtel-club familial au bord de la Méditerranée. Mais il y est allé seul après avoir été plaqué par sa femme… Et chacun sait que rien n'est plus sinistre qu'un hôtel-club quand on est célibataire. Et sa conversation est à l'avenant : il est capable de disserter sur la diversité des menus dans chaque « Léon de Bruxelles » ou sur les vertus comparées des cafétérias d'autoroute… Prenez son père, à qui il rend visite lors d'une escale en Italie : il doit tellement redouter sa compagnie qu'il ne trouve même pas le temps de déjeuner avec lui... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : dimanche 17 à 16h05, et lundi 18 à 14h30
Lorgues : mercredi 13 à 19h, samedi 1 à 18h et dimanche 17 à 16h
Cotignac : vendredi 15 à 20h30
Le Luc : mercredi 13 à 21h - samedi 17 et dimanche 17 à 18h
Back Home
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Back Home
Réalisé par Joachim TRIER
USA / France / Allemagne 2015 1h49mn
avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg, Amy Ryan, David Strathairn...
A l’occasion des trois ans de la mort de sa mère Isabelle, photographe hyperactive à la renommée internationale, une exposition hommage doit lui être consacrée à New York. Mais rien à faire : Conrad ne parvient pas à faire son deuil et s’enferme dans le mutisme, fuyant les assauts bienveillants de son père Gene. Pendant ce temps, son frère aîné Jonah, jeune professeur de sociologie à l’Université, pense pouvoir conjurer le sort grâce à la récente naissance de son fils. Mais cette échappatoire est un leurre, et ce dernier ne manque pas de tomber dans les bras d’une ex que sa mère trouvait jadis séduisante. Bientôt, ce trio déchiré se retrouve au complet dans la maison familiale. Le temps est venu de réunir les planches contacts d’Isabelle pour préparer l’exposition, mais aussi surtout de dénouer l’indicible, pour que chacun puisse reprendre le cours de sa vie, apaisé... lire la suite
Cotignac : vendredi 15 à 18h
A peine j'ouvre les yeux : Affiche
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À peine j'ouvre les yeux
Écrit et réalisé par Leyla BOUZID
Tunisie 2015 1h42mn VOSTF
avec Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayari...
Beaucoup de prix dans beaucoup de festivals, notamment le Prix du Public et le Prix Label Europa Cinémas à la Mostra de Venise
Tunis, été 2010. Farah est une jeune fille brillante qui vient de réussir son bac avec succès et que sa famille imagine déjà médecin. Mais Farah est aussi une fille à l'énergie débordante – et au caractère bien trempé – qui veut profiter de la vie et de sa jeunesse. Elle sort dans les bars, s'enivre, découvre l'amour dans les bras d'un des musicien du groupe de rock dans lequel elle chante des textes engagés, qui parlent des problèmes de son pays, de sa frustration et de ses rêves qui sont aussi ceux de ses compatriotes. Libre et impulsive, Farah s'oppose à la volonté de sa mère Hayet, qui connaît les interdits de son pays et tente de la protéger en l'éloignant de son groupe. Car dans la Tunisie de Ben Ali, Farah est considérée comme une rebelle, les membres de son groupe sont d'ailleurs surveillés par la police. Mais le désir de liberté est trop fort pour être contenu. Et c'est peu à peu les rouages de la machine répressive qui vont se refermer sur la jeune fille, symbole d'une jeunesse fière et vivante qui veut rester debout, mais risque d'en payer le prix... lire la suite
Lorgues : mercredi 13 à 17h05, samedi 16 à 16h et lundi 18 à 19h
21 nuits avec Pattie
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21 nuits avec Pattie
Écrit et réalisé par Arnaud et Jean-Marie LARRIEU
France 2015 1h55mn
avec Isabelle Carré, Karin Viard, André Dussollier, Laurent Poitrenaux, Philippe Rebbot, Denis Lavant, Sergi Lopez, Mathilde Monnier...
Isabelle est morte. Endormie à tout jamais dans son grand mas de l’Aude alors que les travaux de rénovation ne sont même pas encore finis. Sa fille Caroline arrive dans ce trou paumé au milieu des montagnes (très très belles, les montagnes) pour s’occuper du cadavre de cette mère qu’elle n’a jamais vraiment connue, qu’elle n’a jamais vraiment aimée. Et c'était réciproque. Les ouvriers et Pattie, l'accorte voisine, ont bricolé une chambre froide avec des ventilos, histoire de…
Il fait chaud, très chaud au cœur de cet été qui, déjà, fait sonner les trompettes orageuses annonçant le début de la fin. On porte robe courte, on avance torse nu, on boit du vin pour se désaltérer et le soir, on va de bal en bal, de village en village, de vallée en vallée. Parachutée malgré elle dans ce coin de paradis où tout, même la mort, semble si simple, la timide Caroline va devoir composer contre son penchant naturel à la maîtrise des choses, faits et émotions inclus. Il faut dire qu’il est difficile de résister à l’énergie contagieuse, au franc parler cru et à la délicieuse impudeur verbale de Pattie. Pattie qui va de Caroline faire la confidente de ses nombreuses et trépidantes aventures amoureuses, pour ne pas dire sexuelles. Mais coup de théâtre : le corps d’Isabelle disparaît !...
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Salernes : jeudi 14 à 18h, vendredi 15 et mardi 19 à 20h30, dimanche 17 à 17h30
L'Hermine
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L'Hermine
Ecrit et réalisé par Christian VINCENT
France 2015 1h38mn
avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Chloé Berthier, Corine Masiero, Miss Ming, Aurore Clément...
Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté et redoutable, que d’aucuns surnomment dans son dos « le Président à deux chiffres » car, avec lui, les accusés en prennent toujours pour au moins dix ans. Une réputation qui le précède tandis que l’accompagne son éternelle et affreuse écharpe rouge qui fait oublier ce(lui) qui se cache derrière les apparences. Toujours revêche, le sourire glacial, le verbe cassant, plutôt du style à toiser ses subalternes qu’à sembler compatir avec les humains. On se prendrait bien à le détester avant de pressentir que tout cela est un piètre camouflage. Et puis une cour de justice, c’est un peu comme un théâtre avec son côté cour, son côté jardin, son parterre… et comme tous les comédiens, ses protagonistes ont besoin de costumes pour endosser leur rôle. Les pantomimes se transforment en effets de manche, les trois coups du brigadier en tintements de sonnette, mais la concentration avant l’entrée en scène semble la même que celle d’un toréador prêt à entrer dans l’arène... lire la suite
Salernes : vendredi 15 à 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Much Loved
MUCH LOVEDÉcrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...

C'est un film audacieux qui balaie fièrement les obscurantismes, les préjugés faciles et surtout les grandes hypocrisies, les uns se nourrissant des autres. D'ailleurs ça n'a pas manqué : dans son pays d'origine, le Maroc, Much loved a fait l'effet d'une bombe. Censure préalable du film, qui ne sera probablement montré que clandestinement, attaques très violentes contre l'équipe allant jusqu'aux menaces explicites de mort contre le réalisateur et son actrice principale, la géniale Loubna Abidar… Alors même que ses contradicteurs ne l'ont généralement pas vu, le film déchaine les réactions de haine. Et pourtant c'est bien un formidable film d'amour. De quel crime parle-t-on ? Celui de montrer sans stigmatisation ni édulcoration le quotidien de quatre prostituées marocaines, dans un pays où cette activité est officiellement interdite, mais pourtant omniprésente pour qui a fréquenté un jour les lieux de nuit des grandes villes marocaines, tout spécialement celles qui attirent touristes et hommes d'affaires en goguette, qu'ils soient Marocains, Européens ou ressortissants des Emirats, ces pays utlra rigoristes qui exportent de nombreux millionnaires en pleine frustration sexuelle et accros aux relations tarifées.

On va suivre, à Marrakech, Nora, Randa, Soukaina et plus tard Hlima. Les premières scènes sont pour le moins explicites. Les trois comparses se rendent, accompagnées de leur toujours serviable chauffeur Saïd, à une fête organisée par des Saoudiens. L'alcool pourtant interdit coule à flots. Rapidement les danses lascives s'enchaînent devant les émiratis enivrés… et la suite ne fait aucun doute. Les propos des filles entre elles sont crus et ont dû choquer autant les notables cannois (Much loved était sélectionné à La Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival) que le Marocain moyen, pourtant conscient de cette réalité : l'une demande à l'autre si elle sait faire un 8 avec ses fesses, puis rigole d'avoir « la chatte en sang » après une nuit avec un client inépuisable et plus tard fait sa toilette intime au Coca pour chasser les règles…
Nabil Ayouch montre la crudité du métier mais pas que ça. Refusant les clichés misérabilistes aussi bien qu'angéliques, il décrit avec tendresse le paradoxe de ces femmes qui donnent parfois leurs corps pour nourrir une famille qui pourtant les méprise, en totale hypocrisie ; il montre aussi la formidable solidarité de ces sœurs de lupanar qui, malgré les engueulades mémorables, se soutiennent envers et contre tout et tous, font bloc dans les moments difficiles, comme quand l'une est tabassée par un client furieux de s'être révélé impuissant ou quand l'autre est violée par un policier, pratique courante dans l'arbitraire de la prohibition prostitutionnelle. Des femmes qui tentent d'aimer aussi, même si tout est réuni pour leur prouver que c'est impossible…

Ce qui génère probablement l'agacement voire la haine de certains et – beaucoup moins nombreuses heureusement – certaines, c'est que Nabil Ayouch (un récidiviste qui avait déjà su gratter la société marocaine là ou ça fait mal dans Ali Zaoua et Les Chevaux de Dieu) fait de ces putes parfois grossières et tonitruantes des héroïnes formidables de générosité et de liberté, incarnées par des actrices non professionnelles non moins formidables qui insufflent à leur personnage une authenticité implacable.(Utopia)


CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 18h


Notre petite soeur
NOTRE PETITE SOEURÉcrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose... D'après le roman graphique de la mangaka Yoshida Akimi...

C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Le cinéma de Kore-Eda, c'est l'invitation à l'eudémonisme, au carpe diem : savoir déguster et embellir le temps qui nous conduit inéluctablement vers la poussière. C'est aussi une leçon de zénitude d'où l'on ressort conquis et apaisé. Un film qui donne faim et soif de nourritures terrestres et de tendresse.
Dans la famille des jeunes filles en fleurs, voici les trois sœurs : Sachi, Yoshino, Chika… Sachi, l'aînée, c'est la moralisatrice raisonnable, celle qui règle le pas de ses cadettes pour faire avancer la maisonnée. Yoshino, la seconde, c'est la contestataire, celle qui s'oppose à tout, raisonne parfois plus que de raison. Quant à Chika, la benjamine, c'est la plus espiègle : une bouille de pitre aux grand yeux pétillants. Trois personnalités tellement fortes et distinctes qu'on reste tout étonné de voir une forme d'harmonie s'épanouir entre elles. Une bonne rasade d'autodérision vient souvent noyer dans l'œuf leurs chamailleries. Elles sont rigolotes, ces filles de chair et d'os qui affichent parfois des mimiques dignes d'un manga. Qu'une tante importune vienne frapper à leur porte pour leur faire la leçon ? Voilà ces demoiselles qui deviennent les meilleures alliées de la terre. C'est qu'elles se sont habituées à se débrouiller seules dans la maison familiale léguée par leurs aînés, et à ne pas compter sur eux pour devenir adultes. La bicoque ancestrale a le charme fou d'une vieille dame qui semble les protéger dans ses jupes bienveillantes. Petit havre immuable préservé dans la cité de Kamakura, ville côtière du sud, par ailleurs dévorée par l'urbanisation galopante.

On le voit bien quand nos héroïnes traversent la ville pour aller travailler, l'une en temps qu'infirmière, l'autre en tant que banquière et la troisième déguisée en étudiante. C'est un ronron bien précis qui anime la mécanique quotidienne de la maisonnée : ces heures où l'on se rassemble autour de la table, celles d'intimité, celles où l'on s'agite dans des tâches collectives. Entre deux espaces de modernité, on alimente les rituels traditionnels, on salue les esprits des femmes absentes, celui de la mère, de la grand-mère qui méritent bien une pensée, un bâton d'encens ou une gourmandise.
Puis, un jour, parvient un faire-part de décès, celui du père qui les as plantées-là vingt ans auparavant, sans un regard en arrière. Un géniteur dont elles avaient presque oublié l'existence et auquel elles ne doivent plus rien. Pourtant… Le poids des conventions, le qu'en-dira-t-on font que, ma foi, Sachi pense qu'il faut se rendre aux funérailles. Un train plus tard, les voilà au sein de montagnes verdoyantes en train de recueillir les condoléances d'inconnus pour la perte de celui qu'elles n'ont pas connu. Enterrement en grande pompe funèbre où l'on peine à s'émouvoir devant tant d'étrangers.

Les mots d'usage raisonnent étrangement : « Merci d'avoir pris grand soin de mon père » s'entend dire Sachi à la dernière compagne de ce dernier qui le lui a volé… Dans le lot, seule une jeune fille se distingue. Présence radieuse dont le sourire intimidé et empreint de tristesse trahit le lien de parenté qui la rapproche d'elles. Les trois reconnaissent instantanément leur demi sœur, fruit d'une parenthèse amoureuse qui a pourtant détruit leur foyer. Sans avoir besoin de se concerter les voilà qui proposent à Suzu d'emménager avec elles…
Composée par Yoko Kanno, la musique semble nous bercer, bienveillante, en murmurant « Cœurs qui souffrez, endormez-vous ! »


CGR (Draguignan) : une seule séance dimanche 17 janvier à 20h45

Demain
DEMAIN !Cyril DION et Mélanie LAURENT
Documentaire France 2015 2h

Qui n'a pas eu envie de changer le monde ? Au moins de le rendre meilleur ? Qui n'a pas rêvé d'un monde où chacun mangerait à sa faim, et sainement, aurait un toit, de qualité, pourrait circuler librement, où l'argent ne serait plus le roi, mais juste un moyen, où l'air ne serait plus pollué jusqu'à l'asphyxie, où les océans ne seraient plus pillés par la pêche industrielle ni envahis par le pétrole ou le plastique, où les champs, les arbres, les animaux ne seraient plus empoisonnés par les pesticides, infectés par la radioactivité invisible, inodore ? Un monde où l'intérêt commun serait compris de toutes et tous : la nécessité de nous inventer une nouvelle et belle vie, maintenant, pendant qu'il est encore temps, pour que demain ne soit pas le résultat inéluctable de nos errements…


Loin de l'écologie triste et punitive, loin du discours sur le développement durable cher au greenwashing, vous allez voir un film formidable, vivant, enthousiasmant sur notre extraordinaire capacité à rebondir face à l'adversité, notre extraordinaire capacité à imaginer, notre extraordinaire capacité à faire. Mélanie Laurent et Cyril Dion sont allés rencontrer des gens passionnants à travers le monde, qui œuvrent au quotidien à ce changement indispensable : Inde, États-unis, Canada, Danemark, Allemagne, Islande, Scandinavie, Finlande, Grèce, France…
Le film est composé de cinq chapitres : agriculture, énergie, économie, démocratie et éducation. Construction intelligente et pédagogique, dans le meilleur sens du terme, qui nous montre bien que tout est lié, qu'il s'agit bien d'un problème politique, là aussi dans le sens noble du terme. Et il présente des actions, des alternatives concrètes qui sont mises en œuvre, avec succès, dans tous ces domaines. Mélanie Laurent : « Mises bout à bout, les initiatives comme la permaculture, les monnaies locales, les énergies renouvelables, dessinent un monde possible. Ce qui peut paraître démotivant, c’est qu’il ne s’agit que d’initiatives isolées, mais en même temps elles ne demandent qu’à être réunies ! Il y a déjà un monde qui tient la route, qui existe, où tout est possible. Des solutions sont déjà disponibles, dans tous les domaines, c’est forcément inspirant ! »

Tout s'enchaîne judicieusement et vient renforcer la certitude qu'il faut d'urgence opérer une rupture symbolique, mais aussi pratique avec notre système actuel fondé sur le pétrole et les autres énergies fossiles, sur le nucléaire, sur le productivisme, sur le consumérisme, sur la financiarisation de l'économie, sur l'éducation normative et compétitive…
Pas de doute, Cyril Dion, co-fondateur avec Pierre Rabhi du mouvement Colibris, et Mélanie Laurent, actrice et réalisatrice, tous deux activistes pour un monde meilleur, ont réussi leur coup : sur les thématiques qu'il aborde, Demain est un film-somme, essentiel, un outil d'information et d'action qui est aussi un spectacle passionnant et exaltant.


Le Vox (Fréjus) : vendredi 8 à 14h30 - samedi 9 à 18h15 - dimanche 10 à 16h20
Lorgues : mercredi 6 à 14h50 et dimanche 10 à 13h50
Salernes : mardi 12 à 20h30
Cotignac : dimanche 10 à 15h
CGR (Draguignan) : jeudi 14 à 20h



Carol
CAROLRéalisé par Todd HAYNES
GB / USA 2015 1h58mn VOSTF
avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler, Carrie Brownstein...
Scénario de Phyllis Nagy, d’après le roman de Patricia Highsmith
Festival de Cannes 2015 : Prix d’interprétation féminine pour Rooney Mara


C'est le premier film de Todd Haynes depuis I'm not there (2007), son évocation ébouriffante de la personnalité multiple de Bod Dylan. Il a travaillé entretemps pour la télévision, signant entre autres une très belle Midred Pierceen trois épisodes, avec une Kate Winslet étincelante. Mais rien pour le cinéma pendant plus de huit ans. Autant dire que nous attendions ce Carol avec impatience et nous sommes comblés : c'est d'une beauté, d'une délicatesse, d'une intelligence hors du commun. S’il fallait trouver une filiation à Carol dans la filmographie protéiforme de Todd Haynes, c’est du côté de Loin du paradis qu'il faudrait chercher : un sublime portrait de femme(s), une mise en scène ultra soignée, et les très guindées autant que glamour années cinquante comme écrin à une histoire d’amour contrariée. Mais Todd Haynes n’est pas du genre à se répéter donc ne vous attendez pas à un nouveau sublime mélo à la Douglas Sirk,Carol est d'une autre nature : plus réservé, plus distancié mais non moins passionnant, non moins émouvant si l'on sait percevoir le feu sous la glace.

Carol est un femme en train de s’écrouler. Elle ne tient plus que par l'artifice de son statut d’épouse et de mère, elle n’est reliée au monde que par les innombrables fils invisibles que son rang, sa beauté, sa mondanité ont tissés. Carol est une femme qui sait qu’elle est en train de s’écrouler mais elle a conscience aussi que sa chute est indispensable à sa renaissance, dont elle ne doute pas. En attendant de pouvoir se sortir d’une procédure de divorce ô combien difficile (nous sommes en 1952, le mariage est d'airain), elle tente tant bien que mal de faire bonne figure, au prix d’efforts contraints et de sourires forcés.
Therese est une femme en train d’éclore. Elle a encore un pied dans cette jeunesse insouciante et légère mais autour d’elle, entourage, société… tout la pousse à se couler sans réfléchir dans le moule que l’époque a choisi pour elle : se marier, être une gentille épouse et une maman modèle. Sans être rebelle ni forcément réfractaire à l’idée d’un fiancé, Therese a pourtant l’intime conviction que sa destinée ne peut pas déjà, si vite, être toute tracée et qu’il doit bien y avoir une possibilité de simplement suivre son instinct, ses désirs.
Quand elle croise le regard un peu froid de cette femme à la silhouette parfaite, à l’allure distinguée et aux manières classieuses, Therese est subjuguée. Carol est un continent lointain et inaccessible, l'incarnation divinement séduisante d’un monde auquel elle n’appartient pas et auquel elle n’appartiendra sans doute jamais, elle la petite vendeuse de jouets derrière son comptoir. Lorsqu'elle croise le regard curieux de ce petit bout de nana frêle à l'allure encore juvénile, Carol est fascinée. Therese est une promesse de candeur et d'espoirs pas encore broyés sous le poids des convenances et des conventions, un appel au rêve pour elle qui depuis trop longtemps est prisonnière d’un mariage raté. Avancer en territoire inconnu. Oser s’aimer, peut-être. Partir. Fuir. Mais tenter de demeurer fidèles à leur propre vérité en dépit du tourbillon émotionnel et du climat pesant de ces années d’après-guerre où tout demeure figé mais où le vernis commence à se fissurer…

Magistralement filmées, les deux comédiennes forment un duo troublant de sensualité et de douceur contenues, les mouvements des corps et les croisements de regards occupent tout le cadre… Un film somptueux. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 13 à 13h45, 16h10, 18h05, et 20h30 - jeudi 14 à 14h30, 17h15 et 20h - vendredi 15 à 14h30, 17h45 et 20h30 - samedi 16 à 13h45, 16h10 et 20h30 - dimanche 17 à 13h45, 16h05, 18h10 et 20h40 - lundi 19 à 14h30, 17h30 et 20h - mardi 20 à 14h30, 18h et 20h30

 

Au-delà des montagnes
AU-DELÀ DES MONTAGNESÉcrit et réalisé par Jia ZHANG-KE
Chine 2015 2h06mn VOSTF
avec Zhao Tao, Zhang Yi, Liang Jingdong, Dong Zijiang, Sylvia Chang...

Dans le cinéma de Joachim Trier, la littérature, et par extension l’écriture sous toutes ses formes, a quelque chose de séminal. Déjà dans Nouvelle donne, son premier long, les protagonistes Erik et Philip cherchaient à devenir écrivains à tous prix. Tandis qu’Anders tentait de refaire surface en postulant dans la rédaction d’un prestigieux magazine culturelle, dans Oslo, 31 août – l’adaptation cryptique du Feu Follet de Drieu la Rochelle. Ainsi, l’acte d’écrire se présentait à chaque fois comme un horizon cathartique, seule façon d’éviter l’inertie et la mort. Dans Plus fort que les bombes, le cinéaste norvégien conserve cette logique en ancrant son récit autour du personnage de Conrad, cadet d’une famille dont la mère, photoreporter de guerre, a trouvé la mort dans un mystérieux accident de voiture trois ans auparavant. Peu de chances que le prénom de l’adolescent soit un hasard, lorsque l’on sait que l’écrivain Joseph Conrad affirmait qu’il n’avait que la littérature comme moyen d’existence. Si l’auteur de La folie Almayer faisait allusion à l’aspect financier de la chose, nul doute qu’il percevait aussi cet acte créateur comme un antidote. La preuve ici : c’est une fois encore par l’écriture que le jeune Conrad permettra indirectement à chacun dans Plus fort que les bombes de retrouver de la quiétude.A l’occasion des trois ans de la mort de sa mère Isabelle, photographe hyperactive à la renommée internationale, une exposition hommage doit lui être consacrée à New York. Mais rien à faire : Conrad ne parvient pas à faire son deuil et s’enferme dans le mutisme, fuyant les assauts bienveillants de son père Gene. Pendant ce temps, son frère aîné Jonah, jeune professeur de sociologie à l’Université, pense pouvoir conjurer le sort grâce à la récente naissance de son fils. Mais cette échappatoire est un leurre, et ce dernier ne manque pas de tomber dans les bras d’une ex que sa mère trouvait jadis séduisante. Bientôt, ce trio déchiré se retrouve au complet dans la maison familiale. Le temps est venu de réunir les planches contacts d’Isabelle pour préparer l’exposition, mais aussi surtout de dénouer l’indicible, pour que chacun puisse reprendre le cours de sa vie, apaisé.

En y regardant de plus près, Plus fort que les bombes peut se lire sous le prisme de l’Œdipe, du moins de la psychanalyse : Conrad a perdu sa mère et cherche à palier son absence via son attirance pour une camarade de classe. A noter que la séquence onirique dans un sous-bois au clair de Lune, qui traduit sa passion conjointe pour l’adolescente et le souvenir de sa mère, montre en quelques secondes ce que La Forêt des songes a été incapable de produire en 2h de film. De même, Jonah retombe dans les bras d’une ex petite amie dont la mère est également décédée - ces derniers feront d’ailleurs l’amour avec l’un des vieux préservatifs de la mère défunte. Enfin, Gene vit quant à lui une aventure avec une enseignante de lycée de Conrad, qui contribue, sans se substituer à une mère, à accompagner la trajectoire de son fils. Des penchants qui ne tiennent pas du hasard.Via sa dépression latente et son rapport tronqué au monde, Conrad va involontairement permettre à la vérité d’éclore. Une résolution qui s’accompagne d’une mise en scène inventive où s’entremêlent ses rêves, les photographies de sa mère, ses parties de jeux vidéo en ligne – où son père désemparé tente de le retrouver –, les projections mentales de son frère et de Gene. Pour exprimer la façon dont Isabelle a permis à son jeune fils d’accéder à la vérité du monde, ce dernier se rappelle plein cadre au souvenir de photographies comme La fille à la fleur, de Marc Riboud. Masquer ou pas la partie gauche de l’image transforme en effet le sens de l’image. Ainsi, le diable, de même que toute la complexité du monde, seraient bel et bien cachés dans les détails. Cette façon bien particulière d’observer les choses, c’est elle qui permet à Conrad de percevoir ce que son père et son grand frère sont incapables d’assimiler. Mais comme le jeune homme est inapte à transcrire par les mots ce regard si singulier, il ne lui reste que l’écriture pour le partager. Lorsque Jonah, fatigué de le voir s’isoler devant ses jeux vidéo, lui fait remarquer que ses jeux de guerre présentent une vision unilatérale des conflits et de la géopolitique, Conrad ouvre un fichier Word en guise de réponse. Si Jonah juge à la fois étrange et brillant cet agrégat de mots, il vient en réalité sans le savoir de retrouver le chemin vers sa mère.
Dès lors qu’il s’agit de représenter les visions poétiques de Conrad, Joachim Trier éblouit. Reprenant parfois à son compte les codes du teen movie, il donne à son personnage un côté chaotique étonnant. L’on se remémore alors le flot de pensées d’Anders dans Oslo, 31 août. Ce moment prodigieux où il se projetait dans la peau de tous les badauds alentour, pour tenter de savoir si oui ou non le suicide lui serait apparu comme inéluctable s’il était quelqu’un d’autre. Malheureusement, Back Home n’égale qu’à de rares exceptions les réussites de son prédécesseur. La faute peut-être à un casting trop mainstream (Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg), et à des péripéties un peu trop lancinantes. Pour autant, il serait dommage de se détourner du dernier film de Joachim Trier. (à voir à lire)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 13 à 15h30,jeudi 14 et lundi 18 à 17h15 et 20h, vendredi 15 et mardi 19 à 14h30, samedi 16 à 16h10 et dimanche 17 à 15h30


Béliers
BÉLIERSÉcrit et réalisé par Grimur HAKONARSON
Islande 2015 1h33mn VOSTF
avec Sigurour Sigurjonsson, Theodor Juliusson, Charlotte Boving, Gunnar Jonsson...
Festival de Cannes 2015 : Grand Prix « Un certain regard »


C'est un magnifique film d'hiver (si toutefois ce mot a encore un sens, à l'heure où s'écrivent ces lignes, Dimanche 8 Novembre, le thermomètre affiche un déprimant 26° sous un ciel agaçant à force d'être bleu), un film de neige et de froid, de vent et de glace, une sorte de conte de Noël rude et gaillard, qui aurait oublié d'être niais, qui cacherait sa chaleur humaine sous les barbes rousses hirsutes et les gros pulls en laine sauvage. C'est beau, c'est singulier, c'est vivifiant !
Cette histoire aurait sans doute pu prendre racine au plus profond des Cévennes, ou bien sur les contreforts des Alpes ou des Pyrénées, dans un de ces coins de France de plus en plus rares où les hommes vivent dans des conditions parfois hostiles, au contact de la nature et des bêtes, aussi sauvages l'une que les autres. Des coins où les humains, souvent confrontés à la solitude, deviennent des taiseux, vivent des relations familiales compliquées, et, histoire d'être encore plus seuls, peuvent avoir la rancune tenace jusqu'à ne plus parler à leur voisin ou voisine des décennies durant…

Mais ici nous sommes loin de la France, nous sommes dans une vallée isolée du centre de l'Islande, bien loin de la partie maritime et touristique du pays. Une vallée où les éleveurs vivent aux côtés de leurs moutons sur des landes magnifiques, battues par les vents, recouvertes d'un épais tapis de neige une grande partie de l'année. Dans ces contrées, l'élevage des moutons est une religion : on les bichonne comme les émirs leurs purs sangs, les mamies leurs chiens de genoux. A plus forte raison les béliers, dont force et virilité font l'objet de concours fort disputés.
Parmi ces éleveurs, deux figures seront au centre du film. Gummi et Kiddi, tous deux sexagénaires, tous deux célibataires, qui vivent dans des fermes contigües, tout juste séparées par un portail. Ils se croisent forcément mais ne s'adressent pas même un regard. S'ils ont un besoin impératif de communiquer, ils confient leur message à un chien, qui fait l'aller et retour entre les deux maisons. Sacrés Gummi et Kiddi ! Ils sont fâchés. À mort. Depuis quarante ans. Pour une raison qu'on ne vous dévoilera pas mais qui ne peut évidemment pas justifier ces années de brouille intégrale entre voisins… qui par dessus le marché sont frères ! Des frères qui bien sûr élèvent tous deux des béliers et qui sont donc des concurrents acharnés quand vient le moment du fameux concours…
Cette situation qui flirte avec l'absurde va prendre un tour plus dramatique quand la maladie de la tremblante va être repérée chez les bêtes de Kiddi, ce qui signifie l'abattage de tous les troupeaux de la vallée, principe de précaution oblige… Et rien que l'idée de perdre leurs animaux, pour des éleveurs qui leur ont consacré leur vie et leur amour… c'est le monde qui s'écroule…

Ce formidable Béliers commence comme une comédie à l'humour très scandinave, autrement dit décalé, introverti, désarçonnant, qui nous rend immédiatement attachants ces étranges personnages qui vivent franchement hors du monde… et puis le film prend une autre dimension, plus lyrique, plus grave, et s'ouvre à une ample réflexion – jamais théorique, toujours physique et sensible – sur le rapport de l'homme à la nature, de l'humain à l'animal, sur le lien fraternel qui peut renaître dans l'adversité. La mise en scène exalte à merveille la beauté dantesque de ces paysages incroyables, qui rendent plus impressionnant encore le combat des hommes, particulièrement dans une scène finale stupéfiante d'émotion et de force. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 13 à 18h30, jeudi 14 à 17h15, vendredi 15 à 17h45, samedi 16 à 18h35, dimanche 17 à 20h30, lundi 18 à 17h15 et mardi 19 à 17h30
Cotignac : dimanche 17 à 18h et lundi 18 à 20h30


La Vie très privée de Monsieur Sim
LA VIE TRÈS PRIVÉE DE MONSIEUR SIMRéalisé par Michel LECLERC
France 2015 1h42mn
avec Jean-Pierre Bacri, Vimala Pons, Isabelle Gelinas, Valeria Golino, Vincent Lacoste, Mathieu Amalric...
Scénario de Michel Leclerc et Baya Kasmi, d'après le roman de Jonathan Coe

C'est l'histoire d'un type ordinaire, Monsieur Sim (« comme la carte », ajoute-t-il invariablement pour se présenter), qui est persuadé d'être « ennuyeux à mourir », d'être un loser absolu. Et à force d'en être convaincu lui-même, il a finir par en convaincre les autres… Quand le film commence, il rentre de vacances, un séjour tout compris dans un hôtel-club familial au bord de la Méditerranée. Mais il y est allé seul après avoir été plaqué par sa femme… Et chacun sait que rien n'est plus sinistre qu'un hôtel-club quand on est célibataire. Et sa conversation est à l'avenant : il est capable de disserter sur la diversité des menus dans chaque « Léon de Bruxelles » ou sur les vertus comparées des cafétérias d'autoroute… Prenez son père, à qui il rend visite lors d'une escale en Italie : il doit tellement redouter sa compagnie qu'il ne trouve même pas le temps de déjeuner avec lui…

Heureusement la vie réserve des surprises, même aux cas désespérés. Monsieur Sim (comme la carte) rencontre ainsi, un peu par hasard, un étonnant personnage (Mathieu Amalric, second rôle idéal) qui va lui raconter l'histoire du navigateur britannique amateur Donald Crowhurst, parti en course en solitaire et qui préféra se perdre en mer plutôt que d'abandonner et de décevoir son entourage… Ce destin certes tragique mais romanesque va lui donner une sorte de second souffle (un peu court mais c'est déjà ça) : François (on découvre qu'il a un prénom !) Sim décroche un improbable boulot de représentant en brosses à dents durables et, au volant d'une rutilante voiture hybride de fonction, équipée d'un GPS dangereusement omniscient, il part sur les routes, ce qui va lui permettre de prendre la tangente et d'essayer de reconquérir sa vie et les siens quelque part entre Bourg en Bresse et la Méditerranée. Un voyage à la découverte des secrets de familles et des plaies à cicatriser…
Ce rôle de solitaire dépressif mais volubile, capable de parler au premier venu même si son interlocuteur n'a rien demandé, est évidemment taillé sur mesure pour l'extraordinaire Jean-Pierre Bacri, qui excelle dans toutes les scènes de comique de situation mais qui donne d'emblée une réelle épaisseur humaine à son personnage. À partir de ce singulier François Sim auquel on s'attache de plus en plus au fil du récit, Michel Leclerc (souvenez-vous de son savoureux Le Nom des gens, dans lequel Jacques Gamblin incarnait le « dernier jospiniste », un loser, déjà…) nous donne une comédie pince-sans-rire qui est aussi une fable philosophique tendre et mélancolique, qui analyse avec lucidité, malice et tendresse notre société volontiers absurde, où des moyens de communication sophistiqués à l'extrême sont censés unir les gens et ne font que les isoler. Ultra-moderne solitude, comme chantait l'autre…

Monsieur Sim espionne sa femme sur Facebook en se faisant passer pour une copine ; quand il mange avec sa fille, elle a le nez sur son portable en permanence et il faut qu'il l'enlève et l'emmène en boîte de nuit pour éveiller chez elle un peu d'intérêt pour son ringard de père… Et tout au long de ses journées de VRP, c'est finalement avec la voix féminine du GPS qu'il parle le plus souvent… Pas étonnant dans ces conditions si c'est en se replongeant dans le passé, ses cartons d'archives et ses vieilles bobines en 16mm que Sim va retrouver un certain sens, un certain goût à sa vie…


Le Vox (Fréjus) : dimanche 17 à 16h05, et lundi 18 à 14h30
Lorgues : mercredi 13 à 19h, samedi 1 à 18h et dimanche 17 à 16h
Cotignac : vendredi 15 à 20h30
Le Luc : mercredi 13 à 21h - samedi 17 et dimanche 17 à 18h



Back Home
BACK HOMERéalisé par Joachim TRIER
USA / France / Allemagne 2015 1h49mn
avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg, Amy Ryan, David Strathairn...

Dans le cinéma de Joachim Trier, la littérature, et par extension l’écriture sous toutes ses formes, a quelque chose de séminal. Déjà dans Nouvelle donne, son premier long, les protagonistes Erik et Philip cherchaient à devenir écrivains à tous prix. Tandis qu’Anders tentait de refaire surface en postulant dans la rédaction d’un prestigieux magazine culturelle, dans Oslo, 31 août – l’adaptation cryptique du Feu Follet de Drieu la Rochelle. Ainsi, l’acte d’écrire se présentait à chaque fois comme un horizon cathartique, seule façon d’éviter l’inertie et la mort. Dans Plus fort que les bombes, le cinéaste norvégien conserve cette logique en ancrant son récit autour du personnage de Conrad, cadet d’une famille dont la mère, photoreporter de guerre, a trouvé la mort dans un mystérieux accident de voiture trois ans auparavant. Peu de chances que le prénom de l’adolescent soit un hasard, lorsque l’on sait que l’écrivain Joseph Conrad affirmait qu’il n’avait que la littérature comme moyen d’existence. Si l’auteur de La folie Almayer faisait allusion à l’aspect financier de la chose, nul doute qu’il percevait aussi cet acte créateur comme un antidote. La preuve ici : c’est une fois encore par l’écriture que le jeune Conrad permettra indirectement à chacun dans Plus fort que les bombes de retrouver de la quiétude.A l’occasion des trois ans de la mort de sa mère Isabelle, photographe hyperactive à la renommée internationale, une exposition hommage doit lui être consacrée à New York. Mais rien à faire : Conrad ne parvient pas à faire son deuil et s’enferme dans le mutisme, fuyant les assauts bienveillants de son père Gene. Pendant ce temps, son frère aîné Jonah, jeune professeur de sociologie à l’Université, pense pouvoir conjurer le sort grâce à la récente naissance de son fils. Mais cette échappatoire est un leurre, et ce dernier ne manque pas de tomber dans les bras d’une ex que sa mère trouvait jadis séduisante. Bientôt, ce trio déchiré se retrouve au complet dans la maison familiale. Le temps est venu de réunir les planches contacts d’Isabelle pour préparer l’exposition, mais aussi surtout de dénouer l’indicible, pour que chacun puisse reprendre le cours de sa vie, apaisé.

En y regardant de plus près, Plus fort que les bombes peut se lire sous le prisme de l’Œdipe, du moins de la psychanalyse : Conrad a perdu sa mère et cherche à palier son absence via son attirance pour une camarade de classe. A noter que la séquence onirique dans un sous-bois au clair de Lune, qui traduit sa passion conjointe pour l’adolescente et le souvenir de sa mère, montre en quelques secondes ce que La Forêt des songes a été incapable de produire en 2h de film. De même, Jonah retombe dans les bras d’une ex petite amie dont la mère est également décédée - ces derniers feront d’ailleurs l’amour avec l’un des vieux préservatifs de la mère défunte. Enfin, Gene vit quant à lui une aventure avec une enseignante de lycée de Conrad, qui contribue, sans se substituer à une mère, à accompagner la trajectoire de son fils. Des penchants qui ne tiennent pas du hasard.Via sa dépression latente et son rapport tronqué au monde, Conrad va involontairement permettre à la vérité d’éclore. Une résolution qui s’accompagne d’une mise en scène inventive où s’entremêlent ses rêves, les photographies de sa mère, ses parties de jeux vidéo en ligne – où son père désemparé tente de le retrouver –, les projections mentales de son frère et de Gene. Pour exprimer la façon dont Isabelle a permis à son jeune fils d’accéder à la vérité du monde, ce dernier se rappelle plein cadre au souvenir de photographies comme La fille à la fleur, de Marc Riboud. Masquer ou pas la partie gauche de l’image transforme en effet le sens de l’image. Ainsi, le diable, de même que toute la complexité du monde, seraient bel et bien cachés dans les détails. Cette façon bien particulière d’observer les choses, c’est elle qui permet à Conrad de percevoir ce que son père et son grand frère sont incapables d’assimiler. Mais comme le jeune homme est inapte à transcrire par les mots ce regard si singulier, il ne lui reste que l’écriture pour le partager. Lorsque Jonah, fatigué de le voir s’isoler devant ses jeux vidéo, lui fait remarquer que ses jeux de guerre présentent une vision unilatérale des conflits et de la géopolitique, Conrad ouvre un fichier Word en guise de réponse. Si Jonah juge à la fois étrange et brillant cet agrégat de mots, il vient en réalité sans le savoir de retrouver le chemin vers sa mère.
Dès lors qu’il s’agit de représenter les visions poétiques de Conrad, Joachim Trier éblouit. Reprenant parfois à son compte les codes du teen movie, il donne à son personnage un côté chaotique étonnant. L’on se remémore alors le flot de pensées d’Anders dans Oslo, 31 août. Ce moment prodigieux où il se projetait dans la peau de tous les badauds alentour, pour tenter de savoir si oui ou non le suicide lui serait apparu comme inéluctable s’il était quelqu’un d’autre. Malheureusement, Back Home n’égale qu’à de rares exceptions les réussites de son prédécesseur. La faute peut-être à un casting trop mainstream (Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg), et à des péripéties un peu trop lancinantes. Pour autant, il serait dommage de se détourner du dernier film de Joachim Trier. (à voir à lire)

Cotignac : vendredi 15 à 18h


À peine j'ouvre les yeux
À PEINE J'OUVRE LES YEUXRéalisé par Leyla BOUZID
Tunisie 2015 1h42mn VOSTF
avec Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayari...
Scénario de Leyla Bouzid et Marie-Sophie Chambon
Beaucoup de prix dans beaucoup de festivals, notamment le Prix du Public et le Prix Label Europa Cinémas à la Mostra de Venise


Le cinéma est un outil formidable, un moyen incomparable de s'immerger dans des réalités éloignées des nôtres, de représenter des parties du monde qui nous seraient sinon invisibles, de raconter des histoires qui nous permettent de mieux appréhender des moments clés de l'Histoire. Sur les révolutions qui ont émergé dans de nombreux pays arabes au début de cette décennie, beaucoup de choses ont été dites et montrées. Nous avons vu les images documentaires des immenses manifestations et du renversement des pouvoirs en place, de la répression et des échecs. Nous avons en quelques sortes vécu, via nos écrans, les événements de ces Printemps Arabes, et nous suivons encore leurs conséquences sur les pays concernés.
Mais nous fûmes sans doute nombreux à être surpris par ces mouvements, et à ne pas forcément comprendre, par méconnaissance de la situation de ces pays, les raisons de ces soulèvements. La jeune réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid a donc décidé de situer l'action de son premier film quelques mois à peine avant la révolution de Jasmin, avec la volonté de faire ressentir ce qu'était la vie des Tunisiens – et particulièrement de la jeunesse – sous l'ère Ben Ali : « J’ai voulu revenir sur la sensation d’étouffement, la peur continue qu’on ressentait alors. Il ne faut pas oublier ces émotions. Je parle plus particulièrement de l’atmosphère des derniers mois du régime. Alors que la corruption rongeait tout, les gens étaient agressifs, ils évoluaient dans l’incertitude. C’était un peu une fin de règne. Tout cela explique, au moins en partie, énormément de choses, notamment les raisons de l’explosion qui ont conduit à la révolution ».

Tunis, été 2010. Farah est une jeune fille brillante qui vient de réussir son bac avec succès et que sa famille imagine déjà médecin. Mais Farah est aussi une fille à l'énergie débordante – et au caractère bien trempé – qui veut profiter de la vie et de sa jeunesse. Elle sort dans les bars, s'enivre, découvre l'amour dans les bras d'un des musicien du groupe de rock dans lequel elle chante des textes engagés, qui parlent des problèmes de son pays, de sa frustration et de ses rêves qui sont aussi ceux de ses compatriotes. Libre et impulsive, Farah s'oppose à la volonté de sa mère Hayet, qui connaît les interdits de son pays et tente de la protéger en l'éloignant de son groupe. Car dans la Tunisie de Ben Ali, Farah est considérée comme une rebelle, les membres de son groupe sont d'ailleurs surveillés par la police. Mais le désir de liberté est trop fort pour être contenu. Et c'est peu à peu les rouages de la machine répressive qui vont se refermer sur la jeune fille, symbole d'une jeunesse fière et vivante qui veut rester debout, mais risque d'en payer le prix…

À peine j'ouvre les yeux est donc le portrait d'une jeune fille trop libre pour un système autoritaire qui n'a plus d'autres solutions que la répression et la violence pour perpétuer son règne, étendard d'une jeunesse qui fera entendre sa voix quelques mois plus tard. Le film de Leyla Bouzid suit à un rythme effréné la tignasse bouclée et le visage poupin de son héroïne, plongeant à sa suite dans la vie nocturne tunisienne, ses rues, ses bars et ses boîtes de nuits. Il laisse une grande place à la puissance de la musique – rock inspiré des rythmes du mezoued, musique populaire tunisienne – et aux textes chantés par Farah. Et offre deux magnifiques personnages à deux sublimes actrices autour desquelles le récit se resserre peu à peu : la jeune Baya Medhaffar, dont c'est la première apparition, incarne Farah avec une énergie ébouriffante face à la célèbre chanteuse tunisienne Ghalia Benali, remarquable dans le rôle de sa mère Hayet. (Utopia)

Lorgues : mercredi 13 à 17h05, samedi 16 à 16h et lundi 18 à 19h

21 nuits avec Pattie
21 NUITS AVEC PATTIEÉcrit et réalisé par Arnaud et Jean-Marie LARRIEU
France 2015 1h30mn
avec Isabelle Carré, Karin Viard, André Dussollier, Laurent Poitrenaux, Philippe Rebbot, Denis Lavant, Sergi Lopez, Mathilde Monnier...

A Lourdes, ville dont est originaire la famille Larrieu, la légende raconte que, lassée des pèlerins et des statues en plastique à son effigie, la vierge Marie est apparue dans la chambre d’Arnaud et Jean-Marie, alors enfants, pour leur prodiguer en douce quelques conseils : ne jamais se prendre trop au sérieux ; se fier sans crainte au vent frais de la liberté pour indiquer la voie (lactée, sans issue, ferrée, elle ne précisa pas) ; manier l’humour comme un rempart à la bêtise humaine ; aimer l’odeur des sous-bois ; oser être un peu barge (il est possible qu’elle n’utilisa pas exactement ce terme). Sur le moment, les deux frères ne captèrent pas grand chose à ce discours un brin ésotérique, pensant à une hallucination commune, ou aux effets secondaires d’une intoxication alimentaire (ils avaient mangé des champignons la veille) mais bien des années plus tard, quand ils décidèrent de faire des films, sans même y penser ni le vouloir, ils appliquèrent à la lettre ces conseils mariaux pleins d’un joyeux bon sens. Quel bonheur donc de retrouver Arnaud et Jean-Marie durant ces 21 nuits qui brillent de mille feux et sont un hymne à la vie, celle qui coule comme celle qui n’est plus.

Car Isabelle est morte. Endormie à tout jamais dans son grand mas de l’Aude alors que les travaux de rénovation ne sont même pas encore finis. Sa fille Caroline arrive dans ce trou paumé au milieu des montagnes (très très belles, les montagnes) pour s’occuper du cadavre de cette mère qu’elle n’a jamais vraiment connue, qu’elle n’a jamais vraiment aimée. Et c'était réciproque. Les ouvriers et Pattie, l'accorte voisine, ont bricolé une chambre froide avec des ventilos, histoire de…
Il fait chaud, très chaud au cœur de cet été qui, déjà, fait sonner les trompettes orageuses annonçant le début de la fin. On porte robe courte, on avance torse nu, on boit du vin pour se désaltérer et le soir, on va de bal en bal, de village en village, de vallée en vallée. Parachutée malgré elle dans ce coin de paradis où tout, même la mort, semble si simple, la timide Caroline va devoir composer contre son penchant naturel à la maîtrise des choses, faits et émotions inclus. Il faut dire qu’il est difficile de résister à l’énergie contagieuse, au franc parler cru et à la délicieuse impudeur verbale de Pattie. Pattie qui va de Caroline faire la confidente de ses nombreuses et trépidantes aventures amoureuses, pour ne pas dire sexuelles.
Mais coup de théâtre : le corps d’Isabelle disparaît ! Quand on sait que chez les frères Larrieu, on peut peindre, faire l’amour et rencontrer des ours qui parlent russe au fin fond des Pyrénées, une telle péripétie est finalement assez normale. Il faudra faire comme Caroline : laisser la rationalité au vestiaire et accepter le ton résolument libre et irrévérencieux de ce récit qui, sous ses airs de fantaisie foutraque, est aussi minutieusement écrit que la partition d’un quatuor à cordes et s’écoute comme un poème érotique. C’est intelligent et vif, malicieux sans jamais faire le malin, impudique sans jamais être vulgaire, avec en plus cette insouciance presque enfantine qui ne s’excusera de rien, ni de faire danser les morts, ni de faire vibrer les vivants, ni de parler de sexe sans pourtant ne jamais rien montrer.

Flirtant doucement avec le fantastique, 21 nuits avec Pattie est aussi un voyage intime qui raconte comment deux femmes vont, par la seule force du récit, qu’il soit littéraire ou de comptoir, réunir le frisson de la chair et l’incandescence de l’esprit… Merci Marie, merci Pattie.

Salernes : jeudi 14 à 18h, vendredi 15 et mardi 19 à 20h30, dimanche 17 à 17h30


L'Hermine
L'HERMINEÉcrit et réalisé par Christian VINCENT
France 2015 1h38mn
avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Chloé Berthier, Corine Masiero, Miss Ming, Aurore Clément...

Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté et redoutable, que d’aucuns surnomment dans son dos « le Président à deux chiffres » car, avec lui, les accusés en prennent toujours pour au moins dix ans. Une réputation qui le précède tandis que l’accompagne son éternelle et affreuse écharpe rouge qui fait oublier ce(lui) qui se cache derrière les apparences. Toujours revêche, le sourire glacial, le verbe cassant, plutôt du style à toiser ses subalternes qu’à sembler compatir avec les humains. On se prendrait bien à le détester avant de pressentir que tout cela est un piètre camouflage. Et puis une cour de justice, c’est un peu comme un théâtre avec son côté cour, son côté jardin, son parterre… et comme tous les comédiens, ses protagonistes ont besoin de costumes pour endosser leur rôle. Les pantomimes se transforment en effets de manche, les trois coups du brigadier en tintements de sonnette, mais la concentration avant l’entrée en scène semble la même que celle d’un toréador prêt à entrer dans l’arène.

Nous voilà donc dans les coulisses du palais en train de suivre cet éminent personnage, à le décortiquer comme il décortique les témoins, les inculpés, ses pairs, avec son œil perspicace et son esprit acéré. Puis arrive l’heure des audiences et voilà notre petit homme un rien rabougri, un brin aigri qui se transforme en grand magistrat. Michel Racine, c’est évidemment Fabrice Luchini, magistral comme jamais. Les bras longs, les effets de manche, les beaux parleurs ou les mauvais menteurs, rien de tout cela ne peut plus impressionner ce renard de haute-cour. Rien ne semble devoir le perturber. Et pourtant… Ce jour là… Quelque chose le trouble ou quelqu’un… Quelqu’une plus exactement. On voit soudain une lueur inhabituelle s’éveiller dans le regard du juge, une gêne à l’appel d’un juré : « Birgit Lorensen-Coteret » (irrésistible Sidse Babett Knudsen), un nom et un visage tout droit resurgis d’un lointain passé qui remonte soudain à la surface. Sans comprendre encore pourquoi, on devine que tout va commencer là…

C’est un film d’une rare subtilité où chaque pan d’humanité, chaque trait des personnages est brossé sans complaisance, à la manière caustique et humble des caractères de La Bruyère. Les liens qui se tissent entre jurés, leurs questionnements, la pédagogie patiente dont font preuve les magistrats qui les accompagnent. Leurs angoisses, leur peur de mal faire, de condamner l’innocent, pas très différente de celle qui tenaille ceux dont c’est la profession… En même temps qu’on découvre comment s’articule une cour d’assises, qu’elle nous dévoile le dessous de ses robes avec une précision quasi documentaire, on se prend à comprendre et aimer le personnage de Michel Racine. Il n’est pas seulement détesté, il est aussi admiré. Sous ses airs sévères se révèle une grande humanité capable de romantisme. Si certains n’arrivent jamais en placer une, c’est qu’il a bien souvent une longueur d’avance et les a déjà cernés, eux et leurs manigances mesquines. Intelligence vive qui le protège et avec laquelle il ne sert à rien de tricher, car son petit monde, il le connait. Excellemment interprété depuis les acteurs principaux jusqu’aux plus petits rôles, cette Hermine est un plat de haut vol pour les fins palais ! (Utopia)

Salernes : vendredi 15 à 18h

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