Au(x) cinéma(s) du 13 au 19 mai

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Bonjour à tous,

Voilà une nouvelle semaine de cinéma, avec cette fois, un film à CGR Chabran : Dear white people, un film qui met à jour les complexités raciales.
Nous avons donc eu notre réunion avec les responsables de la CAD qui se sont montrés motivés par un partenariat avec "Entretoiles", et une éventuelle possibilité de programmation au Pôle Culturel. Nous avons donc écrit à Monsieur Audibert-Troin pour formuler une demande officielle. A suivre donc.
Nous avons aussi quelques contacts à approfondir pour poursuivre notre réflexion au sujet de l'Eldo même. Du pain sur la planche pour que vive un cinéma de qualité à Draguignan !
On peut toujours aller voir ailleurs en attendant ! Cette semaine vous pouvez voir au Vox de Fréjus My old lady, un film émouvant sur les liens familiaux et les relations humaines, Broadway therapy", un film cocasse et allègre.
A Cotignac, il y a Une belle fin, un film très subtil qui ne s'oublie pas, et Jamais de la vie, un beau polar social. Enfin à Lorgues, vous pourrez voir Le dernier loup.
Bonne semaine de cinéma !
A la semaine prochaine !
Et transférez, adhérez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas) !
À la semaine prochaine !

PROGRAMMATION DU 13 AU 19 MAI 2015

Dear White People
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Dear White People
Écrit et réalisé par Justin SIMIEN
USA 2015 1h48mn VOSTF
avec Tyler James Williams, Tessa Thompson, Kyle Gallner, Teyonah Parris, Brandon P. Bell...
Prix spécial du jury à Sundance
Dear White People prend tout le monde à contre-pied. Le titre du long métrage est aussi celui d’une émission de radio dans laquelle Sam White, étudiante née d’un couple mixte, moque les comportements et les préjugés des Blancs envers les Noirs sur le campus. « Dear white people, lance-t-elle à son micro en ouverture du film, le nombre d’amis noirs désormais requis pour ne pas apparaître raciste vient de passer à deux. Et désolé, cela n’inclut pas Tyrone, votre dealer de cannabis… » À partir de là, la satire se poursuit mais Siemen s’amuse à renverser tous les codes habituels. Il y a la superbe Coco, qui veut absolument devenir blanche même si sa peau lui dit le contraire. Lionel, le petit nouveau à la coupe afro improbable, qui ne sait pas vraiment où il se trouve et n’arrive pas à affirmer son homosexualité. Ou Sam, qui sort avec un Blanc mais qui le cache à tout le monde. Les Blancs essaient de copier les rappeurs noirs et leurs pantalons baggy. Tout s’entremêle, les histoires de sexe, d’amour et de pouvoir. Chacun affirme son identité pour mieux la questionner ensuite.... lire la suite
CGR Draguignan : mercredi 13 à 16h30, 19h30, et 22h - jeudi 14 à 17h45 - vendredi 15 à 15h45 - samedi 16 à 13h30 - dimanche 17 à 11h - lundi 18 à 15h45 - mardi 19 à 17h45
Une belle fin
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Une belle fin (Still life)
Écrit et réalisé par Uberto PASOLINI
GB 2014 1h32mn VOSTF
avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan...
John May est un drôle de bonhomme effacé, dont le regard de cocker attendri laisse deviner des trésors d'humanité, des richesses insondées. Sensible, inventif, espiègle, notre homme parle au nom des sans voix, ces solitaires délaissés qui viennent peupler sa propre solitude lorsque, le soir venu, il regagne son bercail spartiate où tout semble figé comme dans une nature morte (en anglais « still life » : le titre original du film). Les jours du célibataire pas du tout endurci se suivent et se ressemblent, ponctués de repas en tête-à-tête avec du thon en boite, de rituels méticuleux aussi réguliers que le triste. Économe en mots, en gestes, John donne l'impression de traverser l'existence sans soulever le moindre grain de poussière, flottant dans un univers qui ne peut aller qu'en se rétrécissant... Puis un jour tout part en capilotade ! Le voici licencié sans ménagement par le service public auquel il s'est dévoué. Celui qui jamais ne bronche ose pourtant une dernière volonté : aller jusqu'au bout du dernier dossier en cours, pour la beauté du geste, l'honneur du devoir accompli… Une affaire qui précisément le trouble : le mort n'est autre que son voisin d'en face… C'est là que la mécanique bien huilée va insensiblement dérailler et John se libérer, s'épanouir.... lire la suite
Cotignac : vendredi 15 à 18h
Taxi Téhéran
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Taxi Téhéran
Ecrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Festival de Berlin 2015
L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 13, vendredi 15 à 15h et 21h - jeudi 14, dimanche 17 à 18h30 - samedi 16 à 18h30 et 21h - lundi 18 à 20h30 - mardi 19 à 18h30 et 20h30
My Old Lady
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My Old Lady
Écrit et réalisé par Israël HOROVITZ
USA/GB 2014 1h47mn VOSTF
avec Maggie Smith, Kevin Kline, Kristin Scott Thomas, Dominique Pinon, Noémie Lvovsky...
Le film commence comme une jolie balade romantique dans le « Paris éternel ». Le décor est planté, Mathias, beau quinquagénaire, débarque fraîchement de New York, sans le sou mais plein de projets. En fait surtout un, bien précis : vendre au plus vite l'appartement dont il a hérité de son défunt père… mais il découvre encore plus vite que ce logement délicieux en plein cœur du Marais est habité par une vieille dame, Mathilde, et sa fille Chloé. En fait d'héritage, c'est d'un viager qu'il s'agit, système typiquement français qu'il a du mal à comprendre dans un premier temps et qui vient dans un second ombrager son tout frais bonheur d'héritier unique. On comprend que ce Mathias n'est pas que réussites et bonheur : trois divorces, pas de boulot, totalement fauché, c'était un peu sa dernière chance. Si Mathilde n'est en rien surprise, pas question pour Chloé et Mathias de se supporter le moins du monde : de subterfuges en contre-propositions malhonnêtes, se sera à qui fait la meilleure offre pour acquérir ou vendre en morceaux ce cadeau empoisonné... lire la suite
Le Vox (Fréjus) en VO (d'autres existent en VF) : mercredi 13 à 18h30 - jeudi 14 à 18h30 - vendredi 15 à 15h - dimanche 17 à 21h - lundi 18 à 18h30 - mardi 19 à 15h
Broadway Therapy
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Broadway therapy
Réalisé par Peter BOGDANOVICH
USA 2014 1h33mn VOSTF
avec Imogen Poots, Owen Wilson, Illeana Douglas, Kathryn Hahn, Rhys Ifans, Jennifer Anniston, Georges Morfogen...
Scénario de Peter Bogdanovich et Louise Stratten
Produit par Wes Anderson et Noah Baumbach

De Peter Bogdanovich, vétéran polyvalent de Hollywood, homme d'esprit très cinéphile, on était sans nouvelles depuis une bonne quinzaine d'années. Voilà qu'il nous revient dans une forme du tonnerre, avec cette comédie new-yorkaise particulièrement pétillante, un peu dans l'esprit de Lubitsch. Une sémillante comédienne (Imogen Poots) confie à une journaliste son parcours pour le moins atypique : elle était call-girl, et une sorte de bon samaritain lui a permis de devenir ce qu'elle est. Ce dernier (Owen Wilson) est un metteur en scène de théâtre aussi doué au lit que généreux dans la vie : très friand de prostituées, il leur offre, après la passe, une grosse somme d'argent pour qu'elles réalisent ce dont elles rêvent professionnellement. Comme il est, par ailleurs, marié, un brin étourdi et pataud, les complications pleuvent... lire la suite
Le Vox (Fréjus) en VO (d'autres horaires existent en VF) : jeudi 14 à 15h - dimanche 17 à 21h - lundi 18 à 15h
Le Dernier loup
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Le dernier loup
Réalisé par Jean-Jacques ANNAUD
Chine/France 2014 1h55mn VF
avec Feng Shaofeng, Shawn Dou, Ankhnyam Ragchaa, Yin Zhusheng, Basen Zhabu, Baoyingexige...
1969. La Révolution culturelle est en marche. Des « jeunes instruits », étudiants de Pékin, sont envoyés au loin, en Mongolie-Intérieure, avec pour mission d'enseigner le mandarin aux tribus de bergers nomades afin d'entamer « une œuvre de civilisation ». Modernité forcée contre archaïsme serein, la parabole est claire. Tout paraît étrange et étranger à Chen Zhen, héros timide et attachant, à nous aussi. La nature à la fois splendide et hostile, la vie matérielle sommaire et ritualisée sous l'abri économe des yourtes, mais surtout la vénération anxieuse que ces éleveurs de moutons portent au loup, à la fois divinité tutélaire et prédateur immémorial... lire la suite
Le Cinéma (Lorgues) : dimanche 17 à 16h et lundi 18 à 19h
Caprice
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Caprice
Écrit et réalisé par Emmanuel MOURET
France 2015 1h40mn
avec Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Emmanuel Mouret, Laurent Stocker, Thomas Blanchard...
En musique, « capriccio » désigne des mouvements enjoués, des formes libres… C'est léger, rapide, charmant, intense, souvent virtuose et parfois romantique. Emmanuel Mouret nous livre ici une partition délicieuse, qui brode sur le sentiment amoureux, ses doutes, ses illusions, ses variantes avec vivacité et bonheur. Clément est un heureux instituteur sans ambition particulière, adoré par les gamins qui le pratiquent. Notre héros qui n'en est pas un est complètement subjugué par une actrice sublime et adulée dont il retourne voir plusieurs fois les pièces… Hasard curieux, il se retrouve à trois reprises au théâtre à côté d'une jolie fille qui n'a pas sa langue dans sa poche et voit dans cette proximité répétée un signe du destin : c'est Caprice, alias Anaïs Demoustier, dont on soulignera le talent certain pour jouer les perturbatrices patentées, lui conseillant même, pragmatique et obstinée, de considérer ces deux amours comme complémentaires : « sois infidèle, ne sois pas égoïste »... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 13, lundi 18 à 18h30 - vendredi 15 à 18h30 et 21h - dimanche 17 à 21h
Jamais de la vie
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Jamais de la vie
Réalisé par Pierre JOLIVET
France 2015 1h35mn
avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton, Marc Zinga, Thierry Hancisse, Julie Ferrier, Bruno Benabar...
Olivier Gourmet extraordinaire, dans un de ses plus beaux rôles ! Il rend riches, intelligents, lumineux les moindres silences… Ceux de Franck, homme solide, ankylosé dans la monotonie d'un travail alimentaire, ennuyeux… Franck, c'est tout simplement un homme qui s'est endormi, qui a cessé de lutter, de rêver face aux lendemains qui déchantent, qui lui promettent une fin de parcours salarial chaotique. Et puis une nuit suivie d'une autre nuit, il est de plus en plus intrigué par le manège d'un gros quatre-quatre noir rutilant qui va et vient… Alors Franck se réveille. Le voilà sorti de sa torpeur mortifère, ne ménageant ni ses heures, ni sa peine. Et là on bascule dans un film noir, plein de suspens et d'attentes. Car là où d'autres se contenteraient de donner l'alerte, Franck semble déterminé à tout prendre en main seul, le voilà fermement déterminé à se battre, enfin libre de choisir son rôle au lieu de le subir. Et cela va redonner un sens, une fierté à sa vie : ceux qu'elle n'aurait jamais du cesser d'avoir.... lire la suite
Cotignac : lundi 18 à 20h30
Le Vox (Fréjus) : mercredi 13 à 21h - jeudi 14 à 18h30 - vendredi 15 à 15h - samedi 16 à 18h30 et 21h - lundi 18 à 15h et 18h30 - mardi 19 à 15h et 21h



Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Une belle fin (Still life)
UNE BELLE FINÉcrit et réalisé par Uberto PASOLINI
Italie 2014 1h51mn VOSTF
avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan...

John May est un drôle de bonhomme effacé, dont le regard de cocker attendri laisse deviner des trésors d'humanité, des richesses insondées. Les premières scènes sont cocasses : voilà notre homme, dégaine à la Droopy, apparaissant aux quatre coins de maintes funérailles, s'adaptant avec la même solennité tenace aux rituels de confessions parfois diamétralement opposées. Du kilt au costard cravate, du rockabilly à la musique classique, les façons de dire adieu sont aussi multiples que le furent les défunts. La seule chose qui semble immuable, incontournable au milieu de tout ça, c'est la présence de John May ! Cela dit, s'il n'était désespérément seul dans ces lieux de cultes, on pourrait l'oublier, tant certains êtres deviennent transparents à force de sembler ternes, gris. D'un gris cendré sans grande nuance, presque une non-couleur en somme pour teinter cette vie qui n'en est presque pas une, avec un boulot qui n'en est presque pas un : s'occuper des macchabées dont personne ne réclame le corps, oubliés morts comme ils le furent vivants. C'est là que notre preux fonctionnaire anglo-saxon entre en lice, sondant les maisons, les univers intimes des disparus afin de retrouver trace d'un semblant d'entourage. C'est pas gagné ! Le peu de fois où il parvient à prendre contact avec un ex, une progéniture, d'anciens amis… ceux-ci lui raccrochent au nez ! C'est qu'il exhume, malgré lui, des margouillis de souvenirs douloureux, de secrets nauséabonds, de rancœurs vivaces, de fractures si grandes dans les cœurs que même la mort ne peut les combler. Il y aurait de quoi décourager n'importe quel mortel, sauf John May qui, tout comme la camarde, n'oublie aucun de ses « usagers ». Il s'applique, s'implique, les accompagne dignement jusqu'à leur dernière demeure ! Le voilà qui compose des odes funéraires personnalisées, comble les lacunes du passé des trépassés, camoufle leurs imperfections, leur donne des couleurs à la manière d'un talentueux restaurateur de tableaux, brodant à partir des vestiges de ces vies consumées. C'est tour à tour touchant, joli, drôle…

Sensible, inventif, espiègle, notre homme parle au nom des sans voix, des disparus, des amours perdues, des fantômes… ou du chat – quand il ne reste que lui. Dans le fond, ces inconnus devenus familiers, ces solitaires délaissés viennent peupler sa propre solitude lorsque, le soir venu, il regagne son bercail spartiate où tout semble figé comme dans une nature morte (en anglais « still life » : le titre original du film). Les jours du célibataire pas du tout endurci se suivent et se ressemblent, ponctués de repas en tête-à-tête avec du thon en boite, de rituels méticuleux aussi réguliers que le triste chant d'un coucou garanti sans surprise jusqu'à la fin des temps. Économe en mots, en gestes, John donne l'impression de traverser l'existence sans soulever le moindre grain de poussière, flottant dans un univers qui ne peut aller qu'en se rétrécissant : bureau, dodo, caveau… Cela durerait jusqu'à ce que John May soit à son tour dissous dans le temps qui passe.
Puis un jour tout part en capilotade ! Le voici licencié sans ménagement par le service public auquel il s'est dévoué mais qui se plie désormais aux lois d'un marché de plus en plus dérégulé, pour lequel John fait figure de dinosaure périmé et improductif. Celui qui jamais ne bronche ose pourtant une dernière volonté : aller jusqu'au bout du dernier dossier en cours, pour la beauté du geste, l'honneur du devoir accompli… Une affaire qui précisément le trouble : le mort n'est autre que son voisin d'en face… C'est là que la mécanique bien huilée va insensiblement dérailler et John se libérer, s'épanouir.
On se prend à l'admirer, lui et son incroyable bienveillance. Il fait partie de ces héros trop discrets qui ne revendiquent rien pour eux, ne réclament aucune reconnaissance, refusent de traiter leurs concitoyens comme des marchandises. On aurait presque envie de crier : vive l'improductivité, les espaces de vie non marchands, le service public ! Le gris est parfois plus lumineux que les couleurs criardes des étalages de nos sociétés de consommation.

Vous dire combien ce film est un ravissement qui ne s'oublie pas ! Subtil, il procède par touches infiniment délicates, suggestives. Sous ses airs modestes, il dépeint en filigrane ce qui fait l'humanité, la fin d'un monde, l'avènement d'un autre. Et l'acteur Eddie Marsan est génial ! (Utopia)

Cotignac : vendredi 15 à 18h


Broadway Therapy
BROADWAY THERAPYÉcrit et réalisé par Peter BOGDANOVICH
USA 2014 1h33mn VOSTF
avec Imogen Poots, Owen Wilson, Illeana Douglas, Kathryn Hahn, Rhys Ifans, Jennifer Anniston, Georges Morfogen...
Scénario de Peter Bogdanovich et Louise Stratten
Produit par Wes Anderson et Noah Baumbach


De Peter Bogdanovich, vétéran polyvalent de Hollywood, homme d'esprit très cinéphile, ayant écrit pas mal d'essais sur des cinéastes en plus de jouer et de réaliser, on était sans nouvelles depuis une bonne quinzaine d'années. Voilà qu'il nous revient dans une forme du tonnerre, avec cette comédie new-yorkaise particulièrement pétillante, un peu dans l'esprit de Lubitsch, cité, d'ailleurs, à travers un extrait de La Folle ingénue.
Une sémillante comédienne (Imogen Poots) confie à une journaliste son parcours pour le moins atypique : elle était call-girl, et une sorte de bon samaritain lui a permis de devenir ce qu'elle est. Ce dernier (Owen Wilson) est un metteur en scène de théâtre aussi doué au lit que généreux dans la vie : très friand de prostituées, il leur offre, après la passe, une grosse somme d'argent pour qu'elles réalisent ce dont elles rêvent professionnellement. Comme il est, par ailleurs, marié, un brin étourdi et pataud, les complications pleuvent…

Cocasse et allègre, le film multiplie chassés-croisés burlesques et quiproquos, méprises et surprises, dans un New York de conte de fées, où tout arrive, où tout surgit de manière saugrenue. Un chauffeur de taxi peut, par exemple, décider soudain de laisser sa voiture et ses passagers en pleine rue embouteillée, pour aller vivre sa vie en hélant un autre taxi !
Peter Bogdanovich orchestre un joyeux ballet de portes qui claquent, avec une poignée de personnages, tous un peu ridicules, qu'il rend sympathiques et attachants. Parmi eux : un comédien polisson et narcissique qui se prend pour une rock-star (Rhys Ifan), une psychanalyste à tendance hystérique (Jennifer Aniston), un vieux détective privé (George Morfogen) qui a bien du mal à passer inaperçu lors de ses filatures, vu ses déguisements improbables… Tout ce beau monde s'agite de manière obsessionnelle. En éveil constant, le réalisateur saisit toutes sortes de petits miracles, autant de clins d'œil à un certain âge d'or hollywoodien. Dans le genre « feel good movie » (petit film qui fait du bien), il sera difficile de trouver mieux actuellement. (J. Morice, Télérama)

« Cocasse et irracontable, Broadway Therapy montre que Peter Bogdanovich maîtrise parfaitement l'art des maîtres de la comédie loufoque. » (P. Mérigeau, L'Obs)

Le Vox (Fréjus) en VO (d'autres horaires existent en VF) : jeudi 14 à 15h - dimanche 17 à 21h - lundi 18 à 15h
 


Taxi Téhéran
TAXI TÉHÉRANÉcrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Berlin 2015

C'est un magnifique et allègre bras d'honneur aux barbus barbons barbants. Les BBB (c'est plus court comme ça), ce sont les mollahs du régime iranien et leurs fonctionnaires zélés qui ont tenté par tous les moyens de faire taire le réalisateur Jafar Panahi. En 2010, les autorités l'ont d'abord emprisonné puis, après l'avoir libéré, lui ont interdit toute sortie du territoire et surtout ont essayé de l'empêcher de tourner. Mais on ne peut pas interdire à un être humain de respirer et durant les cinq dernières années, Panahi a naturellement désobéi en tournant clandestinement trois films, montrés dans les plus grands festivals internationaux. Taxi Téhéran a donc été projeté au Festival de Berlin où il a reçu à l'unanimité du jury la récompense suprême, l'Ours d'or. Panahi bloqué à Téhéran, c'est sa toute jeune nièce qui est venue recevoir en son nom la statuette, une gamine formidable qui est une des protagonistes importantes du film. Un grand moment !

L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux.
La première séquence montre une discussion ubuesque autour de la justice, entre une institutrice et un homme ostensiblement macho, qui croit aux vertus d'exemplarité de la peine de mort, y compris pour les délits mineurs. La femme rappelle le triste record de l'Iran en terme d'exécutions capitales, avant de comprendre que l'homme est lui même voleur à la tire… Plus tard, Jafar le taximan chargera pour l’hôpital une femme et son mari accidenté, l'épouse se préoccupant surtout du testament improvisé du blessé, que notre chauffeur est sommé d'enregistrer sur son téléphone portable : l'épisode souligne en creux la précarité du sort des femmes. Il y aura aussi cette avocate porteuse d'un énorme bouquet de fleurs, une femme au sourire aussi magnifique que son courage, comme son échange avec Jafar nous le fera deviner…
Mais Taxi Téhéran est aussi une merveilleuse et drôlatique déclaration d'amour au cinéma, à sa vitalité, à son pouvoir d'évocation et de transmission. Un vendeur à la sauvette de DVD reconnaît immédiatement Jafar Panahi, s'avérant connaître mieux le cinéma d'auteur mondial que bien des cinéphiles auto-déclarés… et nous montre à quel point la passion du cinéma ne saurait être étouffée par les ayatollahs. On savourera la géniale tractation entre le vendeur et Panahi autour des films de Woody Allen… On jubilera aussi à la séquence hilarante avec la nièce citée plus haut, quand la petite fille un peu peste énumère les conditions imposées pour la réalisation d'un d'un court métrage dans le cadre scolaire : respect bien entendu du voile et autres règles de bienséance religieuse mais aussi interdiction du « réalisme sordide » – oncle Jafar semble s'interroger mais on sent bien qu'intérieurement il se gondole…

Ce formidable film de résistance nous irrigue de son irréductible énergie et nous amène à nous demander ce qui pourrait bien arrêter la soif du cinéma et de la vie qui habite Panahi. Une leçon de volonté et d'ingéniosité – leçon d'écriture et de mise en scène aussi, en passant – dont bien des cinéastes plus libres de leurs mouvements pourraient s'inspirer…(Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 13, vendredi 15 à 15h et 21h - jeudi 14, dimanche 17 à 18h30 - samedi 16 à 18h30 et 21h - lundi 18 à 20h30 - mardi 19 à 18h30 et 20h30


My Old Lady
MY OLD LADYÉcrit et réalisé par Israël HOROVITZ
USA/GB 2014 1h47mn VOSTF
avec Maggie Smith, Kevin Kline, Kristin Scott Thomas, Dominique Pinon, Noémie Lvovsky...

Le film commence comme une jolie balade romantique dans le « Paris éternel ». Le décor est planté, Mathias, beau quinquagénaire, débarque fraîchement de New York, sans le sou mais plein de projets. En fait surtout un, bien précis : vendre au plus vite l'appartement dont il a hérité de son défunt père… mais il découvre encore plus vite que ce logement délicieux en plein cœur du Marais est habité par une vieille dame, Mathilde, et sa fille Chloé. En fait d'héritage, c'est d'un viager qu'il s'agit, système typiquement français qu'il a du mal à comprendre dans un premier temps et qui vient dans un second ombrager son tout frais bonheur d'héritier unique. On comprend que ce Mathias n'est pas que réussites et bonheur : trois divorces, pas de boulot, totalement fauché, c'était un peu sa dernière chance. Si Mathilde n'est en rien surprise, pas question pour Chloé et Mathias de se supporter le moins du monde : de subterfuges en contre-propositions malhonnêtes, se sera à qui fait la meilleure offre pour acquérir ou vendre en morceaux ce cadeau empoisonné.

Le casting est impeccable et le jeu d'acteur tout en finesse. Kevin Kline toujours juste, Kristin Scott Thomas immarcescible et Maggie Smith (qu'on peut voir aussi dans le second Indian Palace) pour toujours rayonnante portent le film. Ils cristallisent à eux trois toutes les histoires de vie d'une famille, plutôt de deux familles. Car sans dévoiler l'intrigue, vous saisirez aisément, fines mouches que vous êtes, que notre Mathias n'hérite pas par hasard – Mathias/Mathilde, on vous laisse deviner les connivences – de cet appartement. Il est lié à lui depuis bien longtemps, et il deviendra le lieu des révélations, la clef d'années de souffrance et de sentiment d'abandon, de solitude ineffable, puis leur catharsis et sûrement le salut de chacun.
Ce film n'est définitivement pas seulement une plaisante comédie de situation, c'est aussi un drame sur les existences torturées depuis l'enfance, les héritages, l'atavisme un peu trop lourd et les labyrinthes tortueux des secrets et du dysfonctionnement familial. On passe sa vie à vouloir plaire ou déplaire, à essayer de s'affranchir, mais on reste toujours le fils de son père.

Plus histoire progresse, et plus Chloé avec sa vie d'adulte craintive et Mathias avec sa colère incoercible vont se raconter, se rencontrer et se reconnaître, s'autoriser à laisser l'opaque et le superflu derrière eux. Chacun de ces trois personnages garde sa part d'ombre et d’égoïsme, tout autant que l'élan de vie doit rester plus fort. Jusqu'où l’égoïsme est-il acceptable pour préserver son bonheur ? Est-il vraiment possible de pardonner ? C'est un film émouvant sur les relations et les liens familiaux, tout simplement, offert avec force aux spectateurs par des huis-clos et des portraits de personnages finalement seuls avec eux-même puis éclairés par leurs choix plus justes. Pour ce qui est du décor, les amoureux de Paris seront servis, on arpente la ville et les bords de Seine, « le sang » de Paris, comme le désigne le trop rare Dominique Pinon qui incarne ici un drolatique agent immobilier. 

Le film est l'adaptation de la pièce à succès titrée en français « Très chère Mathilde », portée à l'écran par l'auteur lui-même. Réalisateur débutant, Israël Horovitz est un scénariste et dramaturge américain aussi productif que reconnu : plus de 50 pièces traduites dans le monde entier, et c'est aujourd’hui l’écrivain le plus joué en France. Ce film fait du bien, la vie toujours continue et fait des cadeaux, et il n'est jamais trop tard pour avoir une enfance heureuse… (Utopia)

Le Vox (Fréjus) en VO (d'autres existent en VF) : mercredi 13 à 18h30 - jeudi 14 à 18h30 - vendredi 15 à 15h - dimanche 17 à 21h - lundi 18 à 18h30 - mardi 19 à 15h



Le dernier loup
LE DERNIER LOUP Réalisé par Jean-Jacques ANNAUD
Chine/France 2014 1h55mn VF
avec Feng Shaofeng, Shawn Dou, Ankhnyam Ragchaa, Yin Zhusheng, Basen Zhabu, Baoyingexige...

Une somptueuse fable utopique – et, en sourdine, politique – déploie des paysages immenses et inconnus, exalte des sentiments primitifs et essentiels, explore une nouvelle fois le monde, ses beautés et ses cruautés, presque exclusivement du point de vue d'un animal. Avec Le Dernier loup, film qui n'a peur de rien, même pas d'être chinois, Jean-Jacques Annaud, fuyant l'exotisme autant que l'anthropomorphisme, a repris ses voyages dans l'espace et le temps.

1969. La Révolution culturelle est en marche. Des « jeunes instruits », étudiants de Pékin, sont envoyés au loin, en Mongolie-Intérieure, avec pour mission d'enseigner le mandarin aux tribus de bergers nomades afin d'entamer « une œuvre de civilisation ». Modernité forcée contre archaïsme serein, la parabole est claire. Tout paraît étrange et étranger à Chen Zhen, héros timide et attachant, à nous aussi. La nature à la fois splendide et hostile, la vie matérielle sommaire et ritualisée sous l'abri économe des yourtes, mais surtout la vénération anxieuse que ces éleveurs de moutons portent au loup, à la fois divinité tutélaire et prédateur immémorial.

Rompant le pacte précaire qui unit et surtout sépare les deux espèces, Chen Zhen, le citadin déplacé, va oser une requête insolente auprès du vieux chef de la tribu : l'autorise-t-on à prélever un petit dans une portée, lui permet-on d'élever un louveteau, dans l'espérance chimérique d'une réconciliation rêvée ?[…] Malgré la tentante transgression que représente la présence du petit loup à l'avenir incertain au sein de la communauté, l'équilibre ancestral, le plus douloureux mais le plus vivable qui soit, celui qui admet que les loups mangent leur part de moutons mais pas davantage, est sur le point d'être rétabli. C'est alors que débarque, venu d'un autre monde, celui des diktats qu'on ne discute pas, le « représentant régional de l'autorité centrale », qui ordonne avec une brutalité bornée, la totale éradication des loups…

Le Cinéma (Lorgues) : dimanche 17 à 16h et lundi 18 à 19h





Caprice
CAPRICEÉcrit et réalisé par Emmanuel MOURET
France 2015 1h40mn
avec Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Emmanuel Mouret, Laurent Stocker, Thomas Blanchard...

En musique, « capriccio » désigne des mouvements enjoués, des formes libres… C'est léger, rapide, charmant, intense, souvent virtuose et parfois romantique : Paganini composa 24 caprices pour violon, Brahms en écrivit plusieurs pour le piano en fin de carrière, ce qui prouve bien que la légèreté de l'expression suppose une virtuosité qui ne s'acquiert pas du jour au lendemain… Et il n'est peut-être pas anodin qu'Emmanuel Mouret ait choisi de donner ce prénom à une de de ses héroïnes qui donne son titre au film : car, à y repenser, il ne fait pas autre chose ici que nous livrer une partition délicieuse, qui brode sur le sentiment amoureux, ses doutes, ses illusions, ses variantes avec vivacité et bonheur. C'est mitonné aux petits oignons, on sent bien que tout est travaillé jusqu'au moindre détail, la moindre virgule, et pourtant on ne sent pas une seconde le tourment du perfectionniste à l'ouvrage qu'est Mouret : le film coule, heureux, drôle et néanmoins troublant car il pose les questions que tout le monde se pose : qu'est ce que l'amour ? Aimons-nous vraiment quand nous croyons aimer, est-ce une illusion, « un honnête mensonge, un heureux malentendu » ?

Clément – Emmanuel Mouret en personne, parfait dans un rôle très au point de séducteur malgré lui, incertain et maladroit, qui justement plait parce qu'il ne cherche pas à plaire et se contente de laisser entrevoir l'éblouissement qui le saisit quand il se retrouve devant l'objet de ses rêves… Clément, disais-je, est un heureux instituteur sans ambition particulière, adoré par les gamins qui le pratiquent. Notre héros qui n'en est pas un est complètement subjugué par une actrice sublime et adulée dont il retourne voir plusieurs fois les pièces… Hasard curieux, il se retrouve à trois reprises au théâtre à côté d'une jolie fille qui n'a pas sa langue dans sa poche et voit dans cette proximité répétée un signe du destin : c'est Caprice, alias Anaïs Demoustier, dont on soulignera le talent certain pour jouer les perturbatrices patentées et qui illumine un autre film de cette gazette, À trois on y va, autre variation inspirée sur l'amour et ses aléas…
La belle actrice adulée par Clément, qui a pour prénom Alicia – merveilleuse Virginie Efira –, se sort à peine de déconvenues amoureuses qui l'ont blessée et voit dans ce garçon drôle et touchant une possibilité d'amour sans mensonges, un antidote à une célébrité et un confort social qui lui valent flatteries et courtisans trompeurs. La modestie et la délicatesse de Clément, qui a du mal à croire au conte de fées qui lui tombe du ciel, sont un indéniable atout : il est doux et profond, trop émerveillé de ce qui lui arrive pour être du genre à vouloir faire d'elle un papillon de plus accroché à un quelconque tableau de chasse.
Un bonheur n'arrivant jamais seul, Caprice ne renonce pas à cet amour désigné par la main du hasard en personne et poursuit Clément de ses assiduités, peu découragée par ses réticences et ses déclarations de fidélité à une autre, lui conseillant même, pragmatique et obstinée, de considérer ces deux amours comme complémentaires : « sois infidèle, ne sois pas égoïste ».

Aime-ton, ou aime-t-on être aimé ? Aime-t-il Caprice ou est-il seulement flatté, lui, l'obscur maître d'école, par toutes ces manifestations amoureuses qu'il n'est pas sûr de mériter ?… Que ces sentiments sont compliqués à comprendre ! Pour rien au monde, il ne voudrait mentir à Alicia… mais Caprice est une petite perfide, une obstinée qui ne lâche pas le morceau facilement et a plus d'un tour dans son sac. Heureusement le directeur d'école de Clément, qui est aussi son copain, pas désagréable à regarder et à fréquenter par ailleurs, est prêt à le conseiller, voire à l'aider dans la recherche d'un équilibre qui lui permettrait d'aimer qui veut l'aimer sans que la chose ne vire à la catastrophe… (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 13, lundi 18 à 18h30 - vendredi 15 à 18h30 et 21h - dimanche 17 à 21h




Jamais de la vie
JAMAIS DE LA VIERéalisé par Pierre JOLIVET
France 2015 1h35mn
avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton, Marc Zinga, Thierry Hancisse, Julie Ferrier, Bruno Benabar...
Scénario de Pierre Jolivet, Simon Michaël et Simon Moutaïrou

Olivier Gourmet extraordinaire, dans un de ses plus beaux rôles ! Il rend riches, intelligents, lumineux les moindres silences… Ceux de Franck. À moins que ce ne soient les siens propres. On ne sait plus tellement tout résonne juste. Il est cet homme solide, ankylosé dans la monotonie d'un travail alimentaire, ennuyeux. Patrouillant la nuit, essayant de trouver le sommeil le jour… Naviguant perpétuellement entre deux solitudes : celle de son lieu de travail, celle de son lieu de vie, même si on hésite à utiliser ce mot tant son logement est réduit à une simple fonction de dortoir… Une navette interminable entre un centre commercial désert à ses heures de fermeture et un appartement miteux dans un immeuble sans grâce. Pour seules compagnes : sa voiture, sa fiole, ses cigarettes. Rien qui fasse rêver dans ce paysage pathétique, ce no man's land semblable à tant de zones industrielles aux abords des villes, fruits d'une mondialisation normative. Pourtant un éclair de malice fuse parfois dans le regard assombri de Franck… D'autres fois, dans son visage fermé, c'est un sourire en coin qui se dessine, chargé de dérision ou de générosité. C'est une attention fraternelle envers Ketu, son collègue africain qui rit à gorge déployée. Une oreille qui semble écouter au-delà des frontières et laisse entrevoir qu'il n'est pas le misanthrope qu'il essaie de paraître.

Franck, c'est tout simplement un homme qui s'est endormi, qui a cessé de lutter, de rêver face aux lendemains qui déchantent, qui lui promettent une fin de parcours salarial chaotique, l'impossibilité de se retirer dignement du monde du travail, tant la retraite qu'on lui propose n'est même pas digne de ce nom. C'est ce que lui déclare à mots découverts, toute gênée, la conseillère du centre social qui suit son dossier. Elle est jolie, humaine, petite lueur incertaine dans le crépuscule ambiant : Mylène, qui aimerait tant aider Franck mais n'a même pas de quoi s'aider elle-même, tout autant victime du système social défaillant que ceux qu'elle est censée défendre. Elle essaie d'améliorer le dossier du bonhomme… mais les zones d'ombres de sa « carrière », ces passages à vide, ces soi-disant périodes d'inactivité, qu'il refuse d'éclaircir… le pénalisent.
Il ne lui reste qu'à retourner à sa surveillance nocturne, pas plus avancé mais avec un regard rechargé de tendresse, attentif au monde qui l'entoure. Et puis une nuit suivie d'une autre nuit, il est de plus en plus intrigué par le manège d'un gros quatre-quatre noir rutilant qui va et vient… Semble l'observer autant qu'il l'observe, préparant sans doute un mauvais coup. Alors Franck se réveille. Le voilà sorti de sa torpeur mortifère, ne ménageant ni ses heures, ni sa peine. D'analyses en surveillances tenace, il finit par comprendre ce qui se trame. Et là on bascule dans un film noir, plein de suspens et d'attentes. Car là où d'autres se contenteraient de donner l'alerte, Franck semble déterminé à tout prendre en main seul, le voilà fermement déterminé à se battre, enfin libre de choisir son rôle au lieu de le subir. Et cela va redonner un sens, une fierté à sa vie : ceux qu'elle n'aurait jamais du cesser d'avoir.

Jamais de la vie ! C'est un cri individuel, comme cela pourrait être un cri collectif. Un cri de ralliement qui dit stop, assez, plus jamais ça… Le cri de la fierté retrouvée. Le film de Pierre Jolivet raconte comment, à partir de petits gestes de courage individuels, on peut repartir à la reconquête du courage collectif, ferment d'une société plus juste et solidaire. Un petit bijou couleur d'ébène qui bascule d'un genre à un autre : un polar social qu'on aurait tort de bouder ! (Utopia)

Cotignac : lundi 18 à 20h30
Le Vox (Fréjus) : mercredi 13 à 21h - jeudi 14 à 18h30 - vendredi 15 à 15h - samedi 16 à 18h30 et 21h - lundi 18 à 15h et 18h30 - mardi 19 à 15h et 21h




Dear White People
DEAR WHITE PEOPLEÉcrit et réalisé par Justin SIMIEN
USA 2015 1h48mn VOSTF
avec Tyler James Williams, Tessa Thompson, Kyle Gallner, Teyonah Parris, Brandon P. Bell...
Prix spécial du jury à Sundance

Un mélange de Spike Lee, de Pedro Almodóvar et même de Claude Chabrol. Les références sont évidemment flatteuses mais elles ne suffisent pas à résumer l’étrange ovni qu’est Dear White People. Tout juste sorti aux États-Unis, le premier film de Justin Simien s’attarde sur les relations entre étudiants noirs et étudiants blancs sur le campus de l’université fictive de Winchester et engendre depuis des mois un débat outre-Atlantique. La presse américaine y perd un peu son latin, tant le long métrage se joue des caricatures et des clichés sur la question raciale qui taraude les États-Unis. Le New Yorker a évoqué « les légères controverses de Dear White People ». Le New York Times est allé plus loin en y voyant une brillante exploration « des complexités de la conscience raciale au temps d’Obama ».
Justin Simien, 31 ans, né au Texas et n’ayant réalisé jusque-là que des courts métrages, s’est contenté d’une phrase pour brouiller encore les pistes : il s’agissait de montrer « un visage noir dans un lieu pour les Blancs ». Il a ajouté qu’il avait puisé dans sa propre expérience d’étudiant noir sur un campus majoritairement blanc pour élaborer son projet, pendant plus de sept ans. Avant de le tourner en vingt jours après avoir levé 50 000 dollars (40 000 euros environ) de fonds sur une plateforme participative.

Le résultat donc, c’est que Dear White People prend tout le monde à contre-pied. Le titre du long métrage est aussi celui d’une émission de radio dans laquelle Sam White, étudiante née d’un couple mixte, moque les comportements et les préjugés des Blancs envers les Noirs sur le campus. « Dear white people, lance-t-elle à son micro en ouverture du film, le nombre d’amis noirs désormais requis pour ne pas apparaître raciste vient de passer à deux. Et désolé, cela n’inclut pas Tyrone, votre dealer de cannabis… »
À partir de là, la satire se poursuit mais Siemen s’amuse à renverser tous les codes habituels. Il y a la superbe Coco, qui veut absolument devenir blanche même si sa peau lui dit le contraire. Lionel, le petit nouveau à la coupe afro improbable, qui ne sait pas vraiment où il se trouve et n’arrive pas à affirmer son homosexualité. Ou Sam, qui sort avec un Blanc mais qui le cache à tout le monde. Les Blancs essaient de copier les rappeurs noirs et leurs pantalons baggy. Tout s’entremêle, les histoires de sexe, d’amour et de pouvoir. Chacun affirme son identité pour mieux la questionner ensuite.

Pour un coup d’essai, c’est donc un coup de maître. Simien, il faut dire, a su bien préparer les choses. En janvier, Dear White People avait fait sensation au festival de Sundance. Aussitôt, le réalisateur a créé une chaîne sur YouTube pour y placer des extraits et la bande-annonce, (vue plus d’un million de fois). Les réactions ne se sont pas fait attendre. Simien a été traité de « raciste » sur plusieurs blogs, notamment au Texas, qui l’ont accusé « de propager des stéréotypes sur les Blancs qui ont des stéréotypes sur les Noirs ». D’autres encore ont laissé des commentaires peu amènes après voir vu la bande-annonce : « Ce film a l’air stupide et ne va rien changer. La meilleure façon de mettre fin au racisme est d’affirmer que l’on est tous de la même couleur. »
Justin Simien a rétorqué « qu’il ne voulait offenser personne mais exprimer le malaise que peut encore ressentir aujourd’hui la jeunesse noire dans un environnement blanc ». Au final, Dear White People ne livre aucune morale ou solution à quoi que ce soit. Il y aura certes une émeute en bonne et due forme après une fête qui dégénère mais tout le monde est en cause, Noirs et Blancs compris. Le film n’offre aucune conclusion, n’incite pas à la révolution ou à la révolte. Il livre un instantané complexe d’une Amérique où la diversité existe mais où la question raciale reste en suspens. Quelle que soit la couleur de peau de son Président. (Fabrice Rousselot dans Libération Next)

CGR Draguignan : mercredi 13 à 16h30, 19h30, et 22h - jeudi 14 à 17h45 - vendredi 15 à 15h45 - samedi 16 à 13h30 - dimanche 17 à 11h - lundi 18 à 15h45 - mardi 19 à 17h45

Pour adhérer il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

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