Au(x) cinéma(s) du 13 au 19 mars 2019

EntretoilesBonjour à tous !

Avant tout un petit rappel  du programme  du FESTIVAL DE CINÉMA ASIATIQUE, qu'Entretoiles vous propose bientôt, les 22, 23 et 24 mars :
 

La série complète de Senses,  de Hamaguchiune splendide chronique d'émancipation au Japon, en 5 épisodes qui ne sont pas de trop pour explorer le cheminement intérieur des héroïnes. A la fin des Senses, on a l'impression de quitter quatre amies proches. C'est un récit fleuve, galvanisant, prenant et passionnant. Épisodes 1 et 2 : vendredi 22 à 18h et épisodes 3, 4 et 5 dimanche 24 à 17h

The spy gone North, de Jong-bin Yoon, un thriller coréen, sur le thème du double jeu, qui flirte avec la mort, et qui se savoure en tant que leçon d'histoire traitée à la manière d'un pur film d'espionnage. Samedi 23 mars à 18 h.

Une affaire de famille de Kore Eda, Palme d'or au Festival de Cannes, l'émerveillement d'être happé par les choses simples de la vie d'une famille qui pourtant, vit de rapines et de petits trafics... Dimanche 24 mars à 21h30

- L'intervention de Bastian Meiressonne, spécialiste du cinéma asiatique, Directeur artistique du festival de cinéma asiatique de Vesoul (90 films), dimanche 24 mars à 21 h et après Une affaire de famille.

- Buffet apéritif asiatique, offert par Entretoiles, dans le hall de CGR, dimanche 24 mars à 19h45

Vous pouvez dès à présent acheter à CGR le Pass du Festival, pour l'ensemble des films ( Prix adhérent = 22€ et non adhérent = 34€ ). Les prix des films à l'unité sont comme d'habitude : adhérent 4€90 et non adhérent 9€90.. Voici le lien pour acheter le pass par internet  
 
Nous vous espérons nombreux à venir partager ces beaux moments de cinéma avec nous !    
 
Cette semaine  à CGR  ne manquez pas dans le cadre du ciné-club  Border un film suédois , conte naturaliste stupéfiant, qui brouille les frontières entre l’homme et la bête  et dans leur programme normal le Mystère Henri Pick  (aussi au Luc)de Rémi Bezançon et Vanessa Portal,  une comédie d'enquête efficace et pétillante . Dans le cadre d'une soirée organisée par Colibri vous est proposé en séance unique  un documentaire: Grande Synthe la ville où tout se joue , ville aujourd’hui en pointe sur les questions de transition écologique.  (également projeté au Vox)

 

 

Les films de ciné club à venir sont: Ben is back, la Favorite, Jusqu'à la garde, Vice et Grâce à Dieu.
Cette semaine à Lorgues a lieu le festival Cin'Edison  du 15 au 22 mars. Vous pourrez y voir My beautiful Boy,une histoire émouvante d'un père tentant d arracher son fils à la drogue, Long Way Homele portrait pudique et poignant d’une jeunesse abandonnée dans un angle mort de l’Amérique, Impulso, un regard vivant sur une personnalité explosive et entière, Sophia Antipolis,une fiction anthropologique sur fond de lutte des classes dans la région Paca qui parvient à mélanger, avec une indéniable synergie, le polar social et la réflexion politique et une comédie savoureuse : Champions  du réalisateur espagnol Javier Fesser
 
A Salernes(aussi au Luc et au Vox)) ne manquez pas Grâce à Dieu le dernier film de François Ozon où il se risque à traiter de la pédophile dans l 'église de façon crue et réaliste et  Fortuna  méditation poétique et lumineuse qui interroge sur l’ouverture à l’autre.
Au Luc vous pourrez voir La chute de l 'empire américain de Denys Arcand où  le temps d’un polar rocambolesque, il épingle une société obsédée par l’argent.
Au Vox  parmi les nouveaux films le dernier de Xavier Dolan  Ma vie avec John F. Donavan, un récit fascinant, d'un romantisme échevelé, à l'émotion contagieuse et Tout ce qu 'il me reste de la révolution, premier film de Judith Davis qui  signe une comédie enlevée où la jeunesse reprend les choses en main et où l’intime et le politique s’interrogent 

 

Bonne semaine de cinéma et à bientôt !

 


 Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

BORDER

Ali ABBASI - Suède 2018 1h50mn VOSTF - avec Eva Melander, Eero Milonoff, Jörgen Thorsson, Viktor Akerblom... Scénario d'Ali Abbasi, Isabella Eklöf et John Ajvide Lindiqvist, d'après son romanFESTIVAL DE CANNES 2018 : GRAND PRIX UN CERTAIN REGARD.

C'est un film hors normes, qui déroute et dérange autant qu'il émerveille. Au fil d'un récit sans cesse surprenant qui part d'une d'une réalité présentant toutes les caractéristiques de l'ordinaire pour basculer dans le fantastique, Border est une formidable fable politique sur l'altérité, l'acceptation de la différence, de l'autre, même quand celui-ci semble inquiétant et monstrueux, une invitation permanente à gratter derrière les apparences, qui fait cheminer le spectateur par tous les sentiments et tous les états. Il y a fort à parier qu'Ali Abbasi, cinéaste d'origine iranienne exilé dans la froide Scandinavie, a du puiser dans son propre destin de quoi nourrir le fascinant récit de Tina, admirablement interprétée par la splendide et méconnaissable – extraordinaire travail de maquillage – Eva Melander. 

Tina a un physique étrange, et disons-le, avec ses traits bestiaux, un visage réellement disgracieux. Tellement différent qu’on se demande – et cette première réaction nous démontre immédiatement à quel point le propos du film est essentiel ! – comment son père, qu’elle visite tendrement en maison de retraite, ou ses collègues de travail, arrivent à la regarder sans ciller… Tina est employée des douanes : la meilleure pour renifler, au sens propre, narines dilatées comme une louve, non seulement les substances illicites que tentent de faire passer les voyageurs qui descendent du ferry, mais, surtout, leurs… émotions. Quand ils transpirent la honte, la peur, la culpabilité, Tina le sent, et ne se trompe jamais. La police sollicite même son « super pouvoir » pour débusquer, dans un immeuble, des pédophiles qui ont l’air au-dessus de tout soupçons. Oui, ce couple de trentenaires apparemment cool sont des ordures, elle en est sûre et certaine. Des humains qui ne méritent aucune pitié…
Un jour, à son poste de douane, passe un homme qui lui ressemble : un physique aussi dérangeant qu’elle, une manière de bouger, de regarder, de sentir de tous ses sens… Tina aurait-elle, enfin, trouvé son semblable ? Intriguée, fascinée, elle le piste, et le découvre, dans les bois, à l'aise comme un animal qui retrouverait son milieu naturel… Commence, alors, dans les décors naturels de la forêt qui borde la petite maison de Tina, une relation sauvage, très surprenante, où Tina va découvrir ce qu’elle est, en réalité : un véritable choc existentiel pour elle, et cinématographique pour nous, où un lac, un orage, la pleine lune sont autant d’éléments qui poussent à la métamorphose, dans la douleur comme le plaisir.

Si les surprises sont de taille, elles ne sont jamais gratuites dans ce deuxième long métrage d’Ali Abbasi (son premier, Shelley, est resté inédit chez nous) : le cinéaste interroge, comme rarement, à la manière d’un drôle de thriller, d’un conte à la fois naturaliste et fou, les notions d’humanité et d’animalité, et leurs frontières (Border ou Gräns, le titre original suédois). Il adapte un roman de John Ajvide Lindqvist, l’auteur suédois qui avait déjà inspiré le remarquable Morse, de Tomas Alfredson, où le vampirisme prenait des formes quotidiennes. Ici (mais, pas question de trop en dire), une autre figure mythologique, passe pour être, non pas l’avenir de l’homme, mais à la fois son bourreau, et sa forme la plus pure. Car si la nature humaine est monstrueuse, il ne reste, peut-être, que les monstres pour nous faire la leçon… (d'après G. OdicinoTélérama)  
 
CGR ciné club mer13 et sam16/ 18h       jeu14 ven15  lun18 mar19/11h
 

LE MYSTÈRE HENRI PICK

Écrit et réalisé par Rémi BEZANÇON et Vanessa PORTAL - France 2018 1h40mn - avec Camille Cottin, Fabrice Luchini, Alice Isaaz, Bastien Bouillon... D'après le roman de David Foenkinos.

Quand vous êtes un jeune auteur, que vous avez passé des années à peaufiner votre manuscrit et que, alléluia, il est publié par un gros ou petit éditeur, pensez-vous que les choses soient terminées ? Non. Il faut passer l'épreuve de la critique, et plus particulièrement affronter les jugements péremptoires de Jean-Michel Rouche, chroniqueur télé à succès qui taille des costards ou encense les nouveaux romans publiés. Autant dire que si vous espérez un succès de librairie, il vaut mieux que Jean-Mi ait aimé votre bouquin. 
Pendant qu'à Paris il prépare sa prochaine émission – et qu'accessoirement il comprend que sa femme est en train de le quitter –, dans un petit village de Bretagne, une jeune éditrice au sourire enfantin mais aux dents un peu pointues tombe sur une bien étrange bibliothèque, dite « des manuscrits non publiés ». Elle y découvre ce qui lui paraît être une pépite, Les Dernières heures d'une histoire d'amour, qui mêle l'agonie d'une passion amoureuse et celle de Pouchkine, le grand poète et dramaturge russe. Elle pressent qu'elle tient là un gros succès et en effet, bingo ! Dès sa publication, le livre fait un carton. On salue unanimement l'intelligence, le brio de l'écriture autant que la prouesse littéraire de mêler deux tragiques destinées dans un style qui est celui des plus grands… Il y a en outre un mystère autour de l'auteur de ce chef d'œuvre impromptu : le roman est signé Henri Pick, décédé deux ans auparavant et connu uniquement comme le propriétaire de la pizzeria du petit village à la fameuse bibliothèque. Énigme supplémentaire : selon sa femme, Henri, un homme discret et on ne peut plus simple, n'a jamais lu un livre ni écrit une ligne de sa vie, pas même le menu sur l'ardoise de son restaurant…
Bref, c'est typiquement le genre de buzz dont le petit milieu est friand et l'affaire commence à faire naître les plus folles rumeurs sur le cas Henri Picq : l'histoire de la littérature regorge d'exemples où de grands auteurs se sont cachés derrière un pseudo et il y a bien des maîtres du genre qui ont vécu d'autres vies que la leur pour écrire en secret…
Pour Jean-Michel Rouche, sceptique par principe, l'histoire ne tient pas la route et il est persuadé que le prétendu mystère n'est qu'une vaste imposture pour faire vendre. Il décide alors de partir en Bretagne pour mener l'enquête et lever le voile sur cette mystification, plus ou moins secondé par Joséphine, la fille de l’énigmatique Henri Pick.
Alors la voilà l'équation, simple et efficace comme un best seller qu'on lit d'une traite : Luchini + Foenkinos, ça donne une comédie façon enquête littéraire furieusement efficace et pétillante.
CGR   mer13 jeu14 ven15 sam16 /10h40 13h35 15h45 20h05
          dim17 lun18 mar19/9h 10h40 13h35 15h45 20h05
LE LUC  mer13/18h30    ven15/19h   sam16/21h  dim17/16h30  
 

GRANDE SYNTHE, LA VILLE OÙ TOUT SE JOUE

Béatrice Camura-Jaud - documentaire France 2018 1h30mn -

 

 
Ville-champignon sortie de terre au mitant des années 60 pour accompagner le fort développement de l'industrie sidérurgique de la zone de Dunkerque, Grande-Synthe compte aujourd'hui un peu moins de 25000 habitants et semble un concentré des crises majeures - environnementale, sociale, humanitaire - auxquelles nos sociétés doivent faire face. Grande-Synthe, c'est la proximité de quatorze usines classées Seveso et de la centrale nucléaire de Gravelines, un taux de chômage record et, sur le chemin qui mêne à Calais, un point de passage obligé pour les réfugiés en route vers l'Eldorado britannique. Béatrice Camura-Jaud, productrice, réalisatrice, est tombée en amour pourrait-on dire pour ce territoire déshérité parmi les déshérités et le concentré d'humanité et d'énergie qu'elle y a rencontré. Son film est un témoignage admiratif du travail, de l'engagement de femmes et d'hommes qu'elle met un point d'honneur à filmer de la plus belle des façons possibles.

Que peut le politique ? Contrairement aux bêtises qu'on entend avec insistance ça et là (le fameux « L'État ne peut pas tout » qui irrigue le discours politique, de Lionel Jospin à Emmanuel Macron), pour peu qu'il se retrousse les manches et voit un chouïa plus loin que sa réélection, le politique peut beaucoup. Crise migratoire, pollution industrielle, chômage : sous l’impulsion du maire Damien Carême, les citoyens, associations et pouvoirs publics œuvrent à trouver des solutions, avec enthousiasme et humanisme. La ville de Grande-Synthe, aujourd’hui en pointe sur les questions de transition écologique, devient un vrai laboratoire du futur.    (Utopia)
 
CGR   ven15/20H
LE VOX  sam16/20h
 
MY BEAUTIFUL BOY

Felix van Groeningen USA 2H01avec Steve Carell, Thimothé Chalamet ,Mauret Tierney


Trois ans après Belgica, le réalisateur des plébiscités La Merditude des Choses et Alabama Monroe poursuit son ascension et signe son premier film américain. Avec My Beautiful Boy, le flamand Felix van Groeningen s’attaque à un drame dur et poignant racontant l’histoire douloureuse d’un père qui s’est battu sans relâche, encore et encore pendant plus de dix ans, pour sortir son fils de l’enfer de la drogue. Produit par Plan B, la société de Brad Pitt, My Beautiful Boy est l’adaptation de deux romans conjugués en un seul long-métrage. D’un côté, celui de David Sheff, le père en question ici interprété par Steve Carrell, qui avait raconté ce combat difficile dans un livre de mémoires particulièrement bouleversant. De l’autre, celui de Nic Sheff, son fils incarné dans My Beautiful Boy par l’étoile montante Timothée Chalamet, qui avait également publié un livre parallèlement à celui de son paternel, où il racontait la tragédie de son addiction.  

Dans un style très différent, My Beautiful Boy pourrait bien venir se ranger aux côtés des plus grands films témoignant du fléau de la drogue, sur l’étagère où reposent les Panique à Niddle ParkTrainspotting et autre Requiem for a Dream. L’apport du film de Van Groeningen au genre, en plus de tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle la drogue est souvent associée à la précarité et aux bas-fonds de grandes villes, est d’apporter un nouvel éclairage sur ce Mal en explorant non pas le combat d’un jeune homme ou sa tentative de reconstruction après des années de déchéances (ce qui a été fait mainte et mainte fois), mais d’observer conjointement l’addiction, les tentatives pour s’en sortir, l’espoir et les rechutes, le tout à travers le prisme d’une famille toute entière ébranlée par cet engrenage infernal. Et plus qu’un simple pamphlet contre la drogue, My Beautiful Boyde devenir une histoire d’amour filiale, une histoire de résilience et de fatalisme, mais aussi une histoire questionnant les rapports parents-enfants et l’éducation via le portrait de ce père impliqué en plein désarroi qui s’interroge sur les liens forts et complices créés avec son fils et qui semblent se retourner contre lui aujourd’hui 
 Incarnée par deux immenses comédiens qui offrent des interprétations viscérales et dévastatrices de conviction (Chalamet brille encore et mention à Steve Carrell dont c’est clairement l’année du sacre après ses fabuleuses performances dans Marwen et le prochain Vice), l’histoire de My Beautiful Boy est une déflagration émotionnelle dont la dureté est à aller chercher dans le réalisme que tente d’entretenir Van Groeningen pour traiter son sujet. En mêlant à son drame le portrait d’un adolescent qui essaie de comprendre sa souffrance et pourquoi il a vrillé, et celui d’un père qui cherche où il a pu échouer, My Beautiful Boy s’enrichit constamment en s’efforçant d’explorer, même brièvement, toutes les pistes et directions qui s’offrent à lui. A ce titre, peut-être que le film aurait mérité davantage de longueur pour justement avoir le loisir de devenir une fresque cinématographique plus ample et totale. Mais déjà en deux heures, Van Groeningen arrive à faire beaucoup avec un mélodrame qui remue en profondeur (Mondociné)
LORGUES    dim 17/18h

LONG WAY HOME

(Night comes on) Jordana SPIRO - USA 2018 1h27mn VOSTF - avec Dominique Fishback, Tatum Marilyn Hall, Max Casella, John Jelks, James McDaniel... Scénario de Jordana Spiro et Angelica Nwandu.



Splendide premier film sensible et organique ! Jordana Spiro (jusque là actrice) filme juste et intensément aussi bien ses personnages principaux que ceux qui passent furtivement à l’arrière plan, avec un respect et une pudeur palpables. En quelques plans bien sentis, elle dresse le portrait d’une ville, Philadelphie, d’un pays, d’une époque, les siens. Il en résulte ce petit joyau percutant qui, tout en empruntant la voie bien balisée du road-movie, progressivement la transcende, nous surprend en nous emmenant plus loin, en terres inconnues, pourtant tellement proches, intimes et universelles. Elle donne à comprendre l’intérieur de cœurs partis à la dérive, avides d’une difficile rédemption  
Le film s’amorce par quelques instants sensuels, impressionnistes : froissements d’étoffes, la chaleur d’un lit où l’on se love, petite, entre deux parents, un ventre rond qui présage la venue d’un nouveau bébé, le bruit de l’océan au loin, qui n’est autre, en définitive, que le ronronnement des voitures… En peu de mots, on devine que la famille LaMere n’a pas les moyens de ses rêves balnéaires.
Puis la caméra subrepticement glisse dans un univers clos, une cellule grise dont Angel LaMere s’apprête à sortir, la veille de ses dix huit ans. Malgré le cadre rigide de l’établissement pénitentiaire pour mineurs, ceux qui l’entourent semblent bienveillants, désireux de proposer des pistes vers un avenir improbable, essayant malgré tout de l’aiguiller sans grands moyens et sans grand espoir de réussite. Une mère morte, un père assassin, une petite sœur de dix ans, Abby, placée dans une énième famille d’accueil peu encline à accueillir la plus grande désormais majeure, nul havre de paix en vue où se réfugier… le proche avenir d'Angel a tout de la rue sans issue.
La première bouffée d’air frais hors les murs se passe sous un soleil qui irradie de solitude, et ce n’est pas le vide intersidéral de la messagerie du portable enfin rechargé qui va la meubler. Mis à part son contrôleur judiciaire et sa sœurette, tous semblent avoir lâché l’affaire. Pourtant Angel efface en bloc tous les messages d’Abby. Et ça fait un pincement au cœur : tant d’espérance transparaissait dans la petite voix enjouée qui, patiemment, persiste à demander des nouvelles au seul être qui lui reste. On se dit que ces deux-là pourraient se réchauffer, se reconstruire ensemble. On pense Angel bien insensible ou inconsciente avant de commencer à comprendre. Elle est tout au contraire extrêmement lucide. Sous ses airs arrogants, assurés, son fatalisme, elle planque une grande vulnérabilité et un profond désarroi. Marginalisée, stigmatisée, elle n’a plus rien à offrir de bon à ceux qu’elle aime, craignant de les corrompre tel le fruit gâté qui contamine le reste du panier. Et puis, elle a ce projet inavouable, périlleux, insensé dont nul ne doit se douter, dont elle doit éloigner Abby pour la protéger. Mais, ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’Abby en est la clef et que sans son aide elle ne pourra pas remonter la piste de celui qu’elle recherche…

Nous voilà embarqués avec elles, au gré des rencontres incertaines. La grande faisant tout pour garder une distance, la petite faisant tout pour la rompre. Une relation tout aussi bancale que magique rendue crédible grâce au jeu de deux actrices fabuleuses et forcément débutantes, vu leur âge. Tatum (qui interprète merveilleusement Abby) a été découverte lors d’une compétition de step dance, Dominique Fishback (Angel) a été nommée aux IT Award pour la Meilleure Performance Solo dans son one-woman-show intitulé Subverted sur la destruction de l’identité black aux Etats-Unis, dans lequel elle interprète 22 personnages ! Le duo cathartique fonctionne à merveille, tour à tour joyeux ou poignant, toujours extrêmement crédible et touchant, partant ensemble pour pêcher la tendresse… Une petite merveille !  (Utopia)
LORGUES   lun18/20h30

IMPULSO

Emilio BELMONTE - Espagne 2018 1h45 VOSTF -  




Impulsive, charnelle, sauvage, dotée d’une technique qui éblouit, la danseuse Rocío Molina est devenue l’une des danseuses (contemporaines ? elle n’aime pas toujours qu’on l’appelle comme ça...) au monde les plus admirées aujourd’hui. Poussant les limites de la danse et des arts visuels, peu de danseurs ont osé transgresser à ce point les thèmes classiques du flamenco tels que, l’origine magique du duende, le regard vers le passé et ses lois immuables, le deuil, la tragédie ou encore la domination masculine… Rocío Molina, quant à elle, s’intéresse à la sexualité féminine, la notion de limites et leurs dépassements, l’humour, la mythologie ou la poésie du quotidien. 

Lorsque le réalisateur Emilio Belmonte la rencontre en 2015, il découvre une femme qui a soif de collaborations artistiques diverses avec des danseurs, vidéastes, musiciens, architectes… Après avoir longuement échangé sur leurs parcours respectifs, leurs méthodes de création, sur le silence, le risque et le désir comme moteurs de la création, le projet de consacrer un film sur l’émergence du geste flamenco arrivait à point nommé. 
Ce bio-doc exceptionnel suit donc Rocío Molina pendant la création d’un nouveau spectacle au Théâtre National de Chaillot à Paris. Les répétitions et les performances alternent avec des entrevues avec des membres de la famille, des amis, des collègues et des musiciens accompagnateurs.

Rocío Molina, considérée comme l’une des meilleures bailaoras d’aujourd’hui, veut donner au flamenco un sentiment d’urgence contemporaine. Pellicule de plastique plutôt que robe tachetée volumineuse classique, elle frappe et se balance sur le sol de la scène tel un insecte géant.  (Utopia)

LORGUES      dim 17/18h    mar19/16h



SOPHIA ANTIPOLIS

Virgil VERNIER - France 2018 1h38mn - avec Dewi Kunetz, Hugues Njiba-Mukuna, Sandra Poitoux, Bruck, Lilith Grasmug... Scénario de Virgil Vernier et Mariette Désert.




Drôle de zone que cette Sophia Antipolis. Pas vraiment une ville, puisqu’étendue sur plusieurs communes, des bords de Méditerranée aux hauteurs boisées d’Antibes, Sophia Antipolis a été créée à la fin des années 1960. Fleuron de ce qu’on appelle alors les technopoles, Sophia Antipolis est conçue comme un parc de 2400 ha dédié aux nouvelles technologies, un pôle de compétitivité installé au milieu de la nature (sic), regroupant des entreprises de pointe, des chercheurs, des universitaires. Et bien sûr, afin de parachever ce concept de ville « moderne », on décidait d’y mettre des habitants, des commerces, des écoles… Etrange idée que de fonder le vivre-ensemble sur la performance économique et technique. Justement, c’est le versant humain de cet espace hybride que nous propose d’explorer le film de Virgil Vernier (son second long métrage après le très beau Mercuriales). En y situant les chroniques fragmentaires de quelques récits de vie, Virgil Vernier filme autant ses personnages que la façon dont les lieux imprègnent leur état d'esprit, leurs comportements. Ce dédale de bureaux impersonnels et d’habitats ultra-barricadés ressemble à un no man’s land où errent des êtres en quête de liens et de sens. Saisie ainsi à la loupe, Sophia Antipolis apparaît comme un concentré sidérant des maux que peut produire notre époque. 
De personnages en personnages, le film dévoile lentement sa structure faussement agencée en suite de portraits décousus. Tout commence dans une clinique où de très jeunes femmes se montrent persuadées de vouloir des prothèses mammaires, sans que le chirurgien comprenne bien leurs motivations. Puis on passe au quotidien d’une femme d’origine vietnamienne, veuve d’un mari qui l’a mise à l’abri du besoin. Pour tromper l’ennui, elle accepte de se rendre à une réunion ésotérique, tendance secte, pour s’initier à la spiritualité et l’au-delà. C’est là qu’elle se lie brièvement à une mère de famille dont la fille est portée disparue et qu’elle sait encore en vie quelque part. Enfin, c’est au tour de deux agents de sécurité qui sillonnent les infrastructures du parc la nuit. Le plus ancien propose à l’autre de rejoindre son groupe d’entrainement au combat en vue de mener des actions de protection, façon milice, pour faire le boulot que la police ne fait plus.
Tout se passe avec un certain calme, et c’est probablement ce qui est le plus inquiétant. La ville est si étrange que rien ne paraît anormal. Chaque personnage semble tour à tour seul, désemparé, envahi par la peur ou désespérément en quête d’idéal. Et puis, peu à peu, on prend conscience qu’un fait divers réapparaît fréquemment au cours du film. L’histoire d’une jeune femme non-identifiée disparue ou morte qui hante l’esprit de plusieurs des personnages. Et l’on se prend à associer autrement les histoires entendues au cours de ce récit qu’on pensait jusqu’alors morcelé… 
Lentement, le film installe ses partis-pris avec pertinence. Grâce à l’attention portée aux cadrages et aux lieux, à l’innocence du jeu des comédiens et sans livrer ce qui relève de l’inventé ou du vécu, Virgil Vernier propose un film singulier en forme de songe sur notre époque. Sombre, certes. Pourtant chaque personnage apparaît toujours avec une fragilité touchante. Même empêtrés dans leur mal-être, tous débordent d’histoires à raconter et d’espoirs à réaliser. En confiant au spectateur le soin d’élaborer les liens invisibles qui unissent ces personnages, Virgil Vernier fait la preuve par l’exemple : seules les magies de l’imaginaire peuvent combler les vides creusés par le cynisme froid des logiques économiques.(Utopia)

LORGUES    mar19/18h

CHAMPIONS

Javier FESSER - Espagne 2018 1h58mn VOSTF - avec Javier Gutiérrez, Jesús Vidal, Gloria Ramos, Fran Fuentes, Luisa Gavasa, Roberto Sanchez, Itziar Castro... Scénario de David Marqués et Javier Fesser.



Si vous aimez rire à gorge déployée, n'hésitez pas, Champions est pour vous. Et ce qui ne gâche rien, le film est d'une fraîcheur d'esprit revigorante, prouvant que les bons sentiments n'empêchent nullement la finesse et la pertinence.
Tout commence par l’histoire banale de la bêtise ordinaire, des préjugés que l’on trimballe parfois quand on est bien portant, avec toute sa tête et ses membres intacts. Dès que Marco (Javier Gutiérrez, impeccable) apparaît à l’écran, il semble parfumé à la testostérone. On comprend en un clin d'oil qu’il fait partie de ces mâles dominants capables d’écraser leurs semblables. Pas que ce soit foncièrement un mauvais gars, mais c’est plus fort que lui : il ne peut s’empêcher de rouler les mécaniques, auprès de sa compagne, auprès de ses supérieurs… Alors pensez ! Quand un pauvre gars handicapé colle un PV à ce célèbre entraîneur de basket professionnel, il le prend de très haut et lui parle avec le ton condescendant de ceux qui se rengorgent d'être normaux et bien portants. Première scène hilarante qui laisse deviner que le destin n’a pas fini de dire son dernier mot…

Pour couronner le tout, l'équipe de Marco se prend une raclée. Il se transforme alors en électron libre survolté, prêt à péter un câble… On fera ici une impasse sur l’intrigue pour ne pas tout vous dévoiler, mais toujours est-il que le voilà au volant de sa bagnole, saoul comme un cochon et pas plus capable de rouler droit qu’un ballon de rugby. Tant et si bien que même le plus miro des agents de la circulation ne pourrait pas le louper. Une cellule de dégrisement plus tard, il se retrouve devant une juge tout aussi intraitable que notre anti-héros se montre désagréable. « Conduite en état d’ivresse, destruction d’un véhicule de police » : en plus de deux ans d’interdiction de conduire, Marco écope de dix huit mois de prison commuables en travaux d’utilité publique. Pris en tenaille entre deux punitions, tel le gorille de la chanson de Brassens, il choisira bien malgré lui le moindre mal, mais qui s’avèrera peut-être le pire. Notre gonze est honteusement rétrogradé au titre d’entraîneur de ceux qu’il perçoit comme une bande d’arriérés : la fine équipe qui lui est confiée est exclusivement constituée de jeunes et moins jeunes déficients mentaux pas plus capables de comprendre ses consignes les plus simples que d’attraper le ballon qui leur atterrit invariablement sur le citron. Marco a beau essayer de se défausser, la magistrate le marque à la culotte tandis que le beau vieillard qui dirige le centre éducatif sportif garde sur lui un œil vigilant et constamment taquin. Évidemment, comme c’est un « feel good movie », notre macho arrogant apprendra beaucoup de ceux qu’il méprisait et qui finiront par le rendre plus humain, tandis qu’on se tordra les côtes de rire à chaque espièglerie offerte par la vie.

C’est un sujet sur le fil du rasoir, qui échappe avec grâce à tous les clichés qu’on peut imaginer. À aucun moment on ne rit contre les personnages mais en toute complicité avec eux, on s’attache à chacun. Derrière les protagonistes on devine les véritables humains et on aimerait en savoir plus sur leurs parcours singuliers tant leur performance est bluffante. On se doute qu’il aura fallu beaucoup de tendresse et de patience pour obtenir un film aussi abouti avec des comédien non professionnels, qui nous donnent progressivement l’impression d’être bien plus handicapés dans leur rôle à l'écran qu’ils ne le sont eux-même dans la vraie vie.  (Utopia)

LORGUES    lun18/18h

GRÂCE À DIEU

Écrit et réalisé par François OZON - France 2018 2h17mn - avec Melvil Poupaud, Swann Arlaud, Denis Ménochet, Eric Caravaca, Josiane Balasko, Aurélia Petit, Hélène Vincent, Bernard Verley, François Marthouret...



Ne rien laisser au hasard, ne rien céder au pathos. Refuser le manichéisme autant que les raccourcis, ne pas tomber dans la caricature, fuir les clichés. Frapper fort, mais avec une implacable justesse, sans appel, sans échappatoire, sans possibilité aucune ni de minimiser, ni de tergiverser : voilà la chair, puissante, du nouveau film de François Ozon. Et c’est un grand film, un film important. Il faut par ailleurs une audace certaine pour se lancer dans une fiction inspirée de faits on ne peut plus réels, en ne changeant ni les noms des protagonistes, ni les dates, ni les lieux, ni les témoignages. Grâce à Dieu aborde donc de front les actes criminels de pédophilie commis au sein de l’évêché de Lyon par le Père Preynat dans les années 1980 et 1990, et met en évidence le silence complice de l’Église et en particulier celui de Monseigneur Philippe Barbarin, archevêque de Lyon depuis 2002. Redisons le mot : le résultat à l'écran est implacable.

Le film commence aux côtés d'Alexandre. Il a la quarantaine, vit à Lyon avec sa femme et ses cinq enfants. C’est une famille bourgeoise, catholique pratiquante, attachée à ses valeurs, unie, aimante, se rendant avec conviction à la messe du dimanche. Un jour, par hasard, Alexandre découvre que le prêtre qui a abusé de lui lorsqu’il était jeune scout officie toujours auprès d’enfants. Choqué, mais aussi porté par les paroles du nouveau pape progressiste, François, il décide de s’adresser aux autorités ecclésiastiques pour demander des explications. Sans le savoir, il vient d’ouvrir la boîte de Pandore, qui renferme, outre les monstruosités d’un homme qui a abusé pendant des années de dizaines de jeunes garçons placés sous son autorité, toute la mécanique du silence qui a insidieusement été mise en place par la hiérarchie de l'Église, par les familles, par la société. 
Face au manque évident de réactivité de l’Évêché, parce qu’il croit sincèrement à la vertu de la parole et qu’il demeure viscéralement attaché aux valeurs chrétiennes, Alexandre va aller plus loin et chercher d’autres témoignages. Un, puis un autre, et un troisième lui parviennent : parmi les anciens scouts du groupe Saint-Luc, nombreux sont ceux à avoir subi les attouchements, et parfois plus, du père Preynat, homme d’Eglise charismatique et terrible prédateur sexuel.

Le film s’attache alors à raconter la création, dans un élan où fraternité et douleur se rassemblent, de l’association « La parole libérée » : en portant l’affaire sur la place publique, en demandant des comptes à l’église sur son silence, en voulant que justice soit faite, les victimes vont faire céder le verrou qui a cadenassé des décennies de honte, relâchant dans les esprits les torrent de souffrance qui, enfin, va pouvoir être dite et entendue. Et l’image, symbolique, de ces adultes accompagnant les enfants trahis qu’ils étaient dans ce délicat cheminement est tout simplement bouleversante. 
Alexandre s’est construit tant bien que mal une identité avec ce fardeau, trouvant le salut dans l’amour d’une famille et dans la foi. Mais Gilles n’a jamais pu s’extirper de la peur, de la culpabilité, ni en finir avec cette rage sourde qui distille encore en lui tant de violence. François, de son côté, a enfoui le secret dans un recoin bien planqué de sa mémoire, bouffant du curé comme on prend un antidote au poison. Certaines familles ont essayé de protester et ont renoncé devant l'impossibilité de se faire entendre, d'autres ont su et se sont tues, d’autres ont détourné le regard, d’autres encore ont minimisé les faits…

Porté par un trio de comédiens remarquables, Grâce à dieu a l’intelligence de placer au centre de son propos la dimension humaine et la question du droit, de la justice, sans éluder les questions spirituelles et morales que le sujet implique. (Utopia)

SALERNES  jeu14  ven15/18H  lun18/20h30
LE LUC  mer13 /21h     sam16/18h    dim 17/18h30
LE VOX mer/18h05    jeu14/20h30  ven15/13h45    dim17/18h15   lun18/15h35    mar19/18h

FORTUNA

Écrit et réalisé par Germinal ROAUX - Suisse 2018 1h46mn - avec Bruno Ganz, Kidist Siyum Beza, Patrick D'Assumçao, Assefa Zerihun Gudetta...

Filmé dans un noir et blanc particulièrement expressif, le récit se campe dans un modeste monastère suisse perdu dans les montagnes. Un havre de paix : ici les hommes de Dieu prient, contemplent le silence, communient avec la nature et les plus infimes de ses occupants, méditent dans la solitude partagée. Alors, évidemment, la frêle silhouette féminine qui gravit la pente détonne. Petite jeune fille marron de peau, emmitouflée dans des vêtements plus larges qu’elle, Fortuna impose sa présence grave. Elle va d'abord à l'étable et on ne comprend pas le sens véritable de ce qu’elle murmure à l’oreille de l’âne de la compagnie, ni plus tard à la statue de la vierge Marie. La détresse qui émane de son regard insondable devient bouleversante quand elle déclare au bourricot qu’il est son seul ami et à la madone figée qu’elle est sa seule protection. À ces deux-là, elle dit bien plus qu’aux occupants du monastère qui essaient sincèrement de la comprendre et de l’aider, s’inquiétant de sa santé, de son devenir, de la rareté de ses mots…

Fortuna, jeune érythréenne, est une rescapée d’une mer Méditerranée devenue meurtrière malgré elle, et le monastère est devenu son refuge. Si la petite communauté religieuse a décidé de porter assistance à ceux qui sont venus échouer à ses portes, il n’est pas si simple d’accueillir ces personnes venues de tous les horizons, de toutes les obédiences, qui trimballent parfois des ribambelles de gamins.

Quand les flics débarquent, tous s’affolent, se tassent sur eux-même ou se révoltent. Alors que chaque réfugié finit par se plier aux solutions envisagées, Fortuna, qui est mineure, refuse tout en bloc et s’accroche au monastère comme une moule à son rocher. Il faudra des trésors de patience pour qu’elle accepte de dévoiler sa vérité, bien plus complexe que les vagues clichés qu’on pourrait imaginer…(Utopia)

SALERNES  sam16/21h 


LA CHUTE DE L’EMPIRE AMÉRICAIN

Écrit et réalisé par Denys ARCAND - Québec 2018 2h09mn - avec Alexandre Landry, Maripier Morin, Louis Morissette, Rémy Girard, Pierre Curzy...




Nous faire pouffer de rire sur ce monde désespérant ! C’est une fois de plus le pari réussi par Denys Arcand. Le constat est tout aussi sévère que dans les précédents films de la trilogie officieuse entamée avec Le Déclin de l’empire américain (1986) et Les Invasions barbares (2003). S'il n’est nul besoin d’avoir vu les deux premiers pour apprécier ce nouvel opus, les spectateurs qui les connaissent retrouveront la même veine narquoise sous une forme entièrement renouvelée, qui pioche dans le registre de la comédie et du film noir pour en illustrer le propos de façon toujours plus percutante et dynamique. Un film somme, où l’on retrouve les thèmes de prédilection du réalisateur et son sens du dialogue mis au service de ce qu’il sait faire de mieux : s’en prendre au système.  
 
L’empire américain décidément dégringole de haut. Bien mal avisés sont ceux qui continuent de penser « Jusqu’ici tout va bien ! » alors qu’il les entraîne avec lui dans sa course folle et que le sol se rapproche inexorablement ! Ce n’est pas en faisant l’autruche qu’on apprend à voler ! Alors mes biens chers sœurs, mes bien chères frères, rigolons ensemble ! Ça au moins, on ne peut pas nous le retirer.
Pierre-Paul (tiens, il manque Jacques ?) est un spécimen en voie de disparition, un idéaliste de première dans une époque décadente. Il a des airs de troglodyte mal luné malgré son jeune âge. C’est pourtant une tronche, ce gars-là. Des années d’études brillantes pour obtenir un doctorat en philosophie et le voici enfin devenu… chauffeur livreur ! Le même alphabet qui lui permettait de lire Marx, Épicure, Aristote ou Racine… ne lui sert plus qu'à rentrer des adresses sur son GPS. On serait aigri à moins… Quant à ses amours, elles battent de l’aile. Sa copine bosse dans une banque, ce qui fait d’elle une collabo, une social-traitre. Bon, Pierre-Paul est poli et cultivé, il le lui dit donc de façon plus élaborée, mais non moins blessante… Et son amoureuse de lui demander à juste titre : m’aimes-tu donc ? Et lui de ne savoir que répondre. Y’a pas mieux pour briser une relation pourtant sincère.

Sur ces entrefaites, un événement vient bousculer le cours des choses et l’empêcher irrémédiablement de retrouver ses esprits. Une manne inespérée va lui tomber du ciel, ou plutôt d’un camion : alors qu’il doit livrer un stupide colis pour trois dollars six cents, Pierre-Paul se retrouve à la tête d’un jackpot incroyable qui va tournebouler sa vie et pas que la sienne ! Mais chut ! On ne va pas tout vous dire, n’est-ce pas ? Voilà en tout cas notre olibrius dans une situation inextricable qu’il ne peut résoudre seul. Dès lors il devra entraîner dans son son sillage de drôles de zigotos : une prostituée de luxe, un gangster sur le retour, un avocat d’affaires, un kiné asiatique, un voleur à la tire noir et, tant qu’y être, sa désormais « ex », la banquière. Tout un aréopage improbable, des bras cassés unis pour réussir le coup du siècle ! Tandis que la police, rongeant son frein, lui colle aux fesses, Pierre-Paul (toujours sans Jacques !) louvoie entre ses activités salariées et bénévoles pour l’équivalent québecois des « compagnons d’Emmaüs ». L’occasion de faire un arrêt image sur ces beaux portraits de SDF, femmes, hommes, natifs d’ici ou d’ailleurs. Notre damoiseau a le cœur aussi grand que tous ceux qui luttent avec ou sans culottes, avec gilets jaunes ou sans chemises. Un cœur plus généreux que les possédants, les dirigeants… Dans le fond, l’injustice et la misère seront toujours plus puantes que l’odeur de l’argent sale, nous dit cette parabole contemporaine grinçante, haute en cynisme, mais fichtrement drôle.    (Utopia)

LE LUC    ven15/21h    jeu14/18h30

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN

(The Death and life of John F. Donovan) Xavier DOLAN - Canada 2018 2h03mn VOSTF - avec Kit Harington, Natalie Portman, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Kathy Bates, Thandie Newton, Chris Zylka... Scénario de Xavier Dolan et Jacob Tiernay.


À chacun ses idoles d'enfance et d'adolescence, qui prennent une importance démesurée, au delà du raisonnable – le cœur… vous connaissez le refrain. Moi, à 11 ans, je suis tombé raide amoureux de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci en la voyant rafler le premier 10 de l'histoire olympique à Montréal. Tenant absolument à lui écrire, dans un anglais balbutiant, mon admiration, je lui fis passer une lettre qui, j'en étais persuadé, arriverait à sa destinataire grâce à mon père, responsable communiste. Étrangement, elle ne me répondit jamais…

Cette introduction perso pour vous parler du nouveau petit bijou du prodige Xavier Dolan, son premier film anglophone. En deux parties séparées d'une dizaine d'années, Dolan nous raconte l'histoire qui aurait pu être autobiographique du jeune Rupert Turner, 11 ans et vivant à Londres au début de l'intrigue, qui entretient pendant plusieurs années une correspondance amicale avec l'acteur de séries américain John F. Donovan, jusqu'à sa mort mystérieuse. Dans le présent du film, dix ans plus tard donc, Rupert, devenu à son tour acteur, répond à une journaliste à l'occasion de la publication de sa correspondance avec John F.Donovan. Et nous découvrons son histoire au cours de flash-back successifs…

Rupert, alors enfant acteur, est déjà venu à New York avec sa mère. Dans l'hôtel où ils sont descendus, il attend avec une impatience insoutenable une lettre, un signe de son ami et idole John F Donovan, qu'il va peut être enfin rencontrer. C'est alors qu'il apprend à la télévision la découverte du corps sans vie de l'acteur et cette nouvelle lui brise le cœur. La suite du film, à travers le récit de Rupert adulte, revient sur ces deux vies parallèles séparées par l'Atlantique. Si le film est aussi bouleversant, c'est que la personnalité du jeune réalisateur québécois se retrouve tout autant dans le personnage de Rupert que dans celui de John F. Donovan. Dolan fut comme Rupert un enfant acteur (il joua dans des publicités puis dans des séries), probablement incompris de ses camarades, déjà moqué pour son univers imaginaire et son attirance naissante pour les garçons. Parallèlement le destin de John.F.Donovan, héros de série adulé des jeunes fans et du petit milieu de Hollywood, obligé de simuler sa vie au point d'épouser pour de faux sa meilleure amie pour dissimuler ses passions homosexuelles, mentant à ses fans, à sa propre famille et à lui même, est celui qu'aurait pu connaître Dolan s'il n'avait pas choisi d'assumer son statut si particulier et sa singularité.

Pour construire et incarner ce récit fascinant, d'un romantisme échevelé, à l'émotion contagieuse, Dolan a réuni un casting hors normes, en premier lieu Kit Harington, le John Snow adoré des fans de la série Game of Thrones, parfait collage en acteur de séries tourmenté, miné par l'obligation qui lui est faite de correspondre à son image publique. À ses côtés, Natalie Portman est magnifique dans le rôle de la mère de Rupert, actrice frustrée qui reporte sur son fils ses aspirations : Dolan, roi du mélo, lui offre une grandiose scène grandiose sur la chanson Stand by Me ; et puis Kathy Bates, géniale en agent de stars à la fois cynique et attachante, Susan Sarandon en mère mûre colérique et alcoolique, personnage typiquement dolanien, et enfin le jeune Jacob Tremblay, étonnamment sobre et pourtant expressif.
Plus « classique », plus économe que les précédents films de Dolan en prouesses de mises en scène pour mieux se concentrer sur le récit, Ma vie avec John F. Donovan ajoute une pierre, plus polie, aux arêtes moins vives, à une œuvre en construction, profondément personnelle et touchante.    (Utopia)

LE VOX
V.F  mer13/15h35  20h45  jeu14/18h05  ven15/18h15  sam16/13h45 21h  dim17/20h45  lun18/13h45  mar19/13h45 20h45
V.O mer13/18h15   jeu14/15h35 20H30   ven15/13h45 20H45    sam16/18h30   dim17/18H30  lun18/20H  mar19/18H15


TOUT CE QU'IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION

Judith DAVIS - France 2018 1h28mn - avec Judith Davis, Malik Zidi, Claire Dumas, Mireille Perrier, Nadir Legrand, Simon Bakhouch... Scénario de Judith Davis et Cécile Vargaftig.




« C’est une fille bien campée sur ses deux jambes… Jolie fleur du mois de mai ou fruit sauvage… Qui nous donne envie de vivre, qui donne envie de la suivre… jusqu’au bout ! » Qui se souvient encore des refrains de ces lendemains prometteurs qui chantaient au soleil ? Georges Moustaki, sans la nommer, nous parlait alors de la révolution permanente. 
Cinquante ans plus tard, c’est à ces idéologies, leurs mythes, à un monticule de trahisons et de déceptions que s’attaque de façon complètement hilarante et pertinente le premier film en tant que réalisatrice de l’actrice Judith Davis. Comme quoi le rire n’a jamais empêché la réflexion, ni la tendresse, bien au contraire ! Et comme par hasard, c’est Agat Films, société dont fait partie Robert Guédiguian, qui a produit ce joli remède à la mélancolie ! L’occasion de leur rendre hommage et de leur dire combien une fois de plus ils ne se sont pas trompés. Tout ce qu’il me reste de la révolution est un film formidable, gorgé d’une intelligence et d'une énergie qui mettent du baume au cœur et donnent la niaque d’avancer !

Mais commençons par le commencement… Angèle, silhouette rousse d’éternelle révoltée, est de celles qui n’abdiquent jamais. Son dessin favori est sans doute ce doigt d’honneur qu’elle placarde sur les distributeurs de billets, les publicités débiles ou sexistes. Ça ne change pas la face du monde, mais qu’est-ce que ça fait du bien, cette modeste contestation du quotidien ! Sa colère légitime l’aide à se tenir droite dans les pire moments, elle en fait son carburant. En même temps, côté cœur c’est la Bérézina. Avoir grandi dans l’ombre écrasante de la génération 68 ne laisse pas grand place à la construction individuelle. Scander « L’intime est dérisoire face à l’action publique et citoyenne ! » laisse peu d’espace aux discours amoureux. 
Alors que sa grande sœur, plus cynique, en a soupé des engagements militants de ses parents, Angèle baigne inlassablement dans les idéaux d’alors, qu’elle a fait siens. Pas de concessions à la société de consommation, au capitalisme, aux dominants ! Sus à l’ennemi, plus grand il est, plus glorieux sera le combat ! Chaque jour elle se prend une nouvelle portière dans la figure, une nouvelle désillusion, un revers de manche, chaque jour elle trébuche maladroitement. Qu’importe, elle a la fougue de ceux qui se sentent investis par de justes causes ! Chaque matin elle se redresse et se redressera toujours, bien décidée à lutter contre la misère, l’exploitation, à œuvrer pour un monde meilleur ! Comme Simon, son père, qui ne s’est jamais avoué vaincu, ni pute, ni soumis. Il faut la voir arborant fièrement sa Chapka soviétique en plein Paris, affublée comme un arbre de Noël alors qu’elle débarque chez lui, puisque ses bons patrons urbanistes de gauche viennent de la virer. Pourtant elle y croyait ! Elle se sentait pousser des ailes pour transformer l’espace public, remettre l’humain au cœur de la ville. Des mots, encore des mots, toujours des mots… Face à une société qui se désagrège, que reste-t-il de tout cela, dites-le moi ?

Mais le désarroi est vite digéré ! Ce qui triomphe, c’est la force vitale, la joie en tant qu’énergie réparatrice, libératrice. Et c’est cet héritage que nous lègue Tout ce qui me reste de la révolution : malgré le constat cinglant qu’il dresse de notre époque, ce qu’on retiendra c’est son refus joyeux du No Future !    (Utopia)
LE VOX
 mer13/  20h45  jeu14/15h50  ven15/16h30  sam16/13h45 21h  dim17/13h45  21h   lun18/20h30  mar19/16h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Victor Théry
535, route du Flayosquet
   
83780 FLAYOSC

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire valable du 1/01/2019 au 31/12/2019 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

adresse mail ..........................................................................................................
désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :