Au(x) cinéma(s) du 13 au 19 novembre 2019

 

EntretoilesBonjour à tous !

Cette semaine venez nombreux le dimanche 17 novembre à 20H  à CGR  à la soirée Entretoiles pour voir Un jour de pluie à New York  de Woody Allen, un film délicieux qui  renoue avec la meilleure veine du réalisateur: humour et charme s’y disputent la partie.
 
Parmi les nouveaux films de la semaine CGR nous propose dans le cadre du ciné club le dernier film de Xavier Dolan  Matthias et Maxime ( aussi à Cotignac),  une fable tendre sur la découverte d’un amour et sur le doute.
Dans la programmation classique: le dernier film de Polanski J'accuse, une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque, ou encore La belle époque (aussi à Cotignac et au Luc) où Nicolas Bedos, le réalisateur livre un film foisonnant, à la fois émouvant et sarcastique sur les affres du couple et dans le cadre d'un ciné débat Soeurs d'armes de Caroline Fourest, un film audacieux sur les femmes soldats kurdes, quoique, semble t-il, peut-être parfois un peu "lourd"....
 
A Lorgues ne ratez pas Sorry we missed you  de Ken Loach (aussi au Vox), l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité, Un monde plus grand de Fabienne Berthaud (aussi au Vox et au Luc), un film d'une profonde spiritualité et une expérience humaine d'une grande sincérité, Camille, un récit sensible  de Boris Logkine qui rend hommage à la photoreporter Camille Lepage, tuée en 2014 en Centrafrique, et sort de l’ombre un pays oublié des médias et Papichaune touchante histoire d’émancipation portée par la belle interprétation de Lyna Khoudri.
 
Au Vox parmi les nouveautés un film autrichien Little Joe où la réalisatrice Jessica Hausner revisite à sa manière un des mythes fondateurs des contes à dormir debout et des récits de science fiction , Oleg  Film résolument sombre,qui  raconte l’impossible rencontre entre un esclave des temps modernes et ses contemporains Le vent de la liberté de Bully Herbig un film allemand tiré d'une histoire vraie, un film à suspense, qui reconstitue avec efficacité l'atmosphère pesante et grise des années froide et toujours J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin(aussi à Cotignac) une narration d'une virtuosité implacable, avec des moments de pure poésie, et des touches d'humour, le Traitre  de Bellocchio   un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout et Adults in the room ,de Costa Gavras, un film dense et passionnant sur la lutte des pouvoirs au plus haut niveau politique.
 A Cotignac Apocalypse now Final cut  le chef d'oeuvre de Coppola ,toujours magistral, aussi fou, entre voyage halluciné et quête initiatique.
 
Quelques infos sur les évènements en Dracénie  autour du cinéma  : 
Dans le Réseau des mediathèques   c'est le mois du film documentaire du 12 au 26 novembre. Vous trouverez le programme ici : https://fr.calameo.com/read/001019299b084c1572426?fbclid=IwAR0eCTsn662Y2icmB1VKO1ZJrqDiaZL0mTncZZfMQRKbJKIqYBWcbcVe21c  et des infos sur la première séance en cliquant sur le lien suivant  http://www.andanafilms.com/catalogueFiche.php?idFiche=1247&req3=devigne
Ne manquez pas non plus  le 1er festival départemental de cinéma d'auteur, organisé par les ciné-débats citoyens du 6 au 17 novembre dont voici le lien pour la programmation :  cdc83.wordpress.com
 
Il y a des films à voir à Draguignan, à Lorgues, à Salernes et à Fréjus ! L'invité d'honneur est Christian Philibert !
 
Bonne semaine de cinéma !
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).
Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :  entretoiles.e-monsite.com
 
UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK
(A RAINY DAY IN NEW YORK) Écrit et réalisé par Woody ALLEN - USA 2018 1h32mn VOSTF - avec Elle Fanning, Thimothée Chalamet, Jude Law, Liev Schreiber, Diego Luna, Selena Gomez...
 
Les comédiens se renouvellent, les générations passent, mais l'aura de New York filmée par Woody Allen est toujours intacte, et l'écriture du maestro est toujours aussi fine et précise, et profonde sans en avoir l'air. Ici, elle est une fois encore travaillée à la virgule et au bon mot près, ciselée par la diction impeccable et parfaitement rythmée de tous ses comédiens, incarnant d'une manière évidente l'essence même du cinéma de Woody Allen. Mais comme jamais peut-être dans ses films précédents, il y a dans Un jour de pluie à New York un phénomène assez troublant qui se manifeste dès les premières images, c'est le sentiment que le personnage de Woody Allen, que nous avons vu tant de fois à l'écran et dont on connait si bien l'air binoclard un peu ahuri et le phrasé mitraillette si caractéristique, semble habiter tel un spectre chacun des personnages de l'intrigue…

De l'étudiant intello et joueur de poker à la jeune et naïve journaliste en herbe en passant par le réalisateur en plein crise existentielle, le scénariste cocu ou le grand frère qui se demande s'il ne doit pas annuler son mariage car il ne supporte plus le rire strident de sa fiancée : il est partout. A part peut-être dans le personnage (sublime) de la mère, mais chacun sait qu'une mère, dans un film de Woody Allen, se suffit à elle-même. Alors quoi ? Délire mégalo ? Omniprésence du vieil artiste au crépuscule de sa carrière ou plus simplement magie du cinéma ? Qu'importe, on est bien, là, à New-York sous la pluie avec tous ceux-là, les jeunes et ceux qui le sont moins, et on se réjouit pleinement de ce délicieux divertissement.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont bien nés, ils sont étudiants dans une université prestigieuse et gentiment amoureux. Journaliste pour la gazette de la fac, Ashleigh, passionnée de cinéma, vient de décrocher une interview du célèbre réalisateur Rolland Pollard à New-York. L'occasion rêvée pour Gatsby de l'embarquer pour un week end romantique dans sa ville natale. Mais ce qui s'annonçait comme une escapade bien balisée va se muer en folle partie de cache-cache. Alors que la délicieuse Ashleigh se retrouve happée dans le petite monde très fermé – et passablement ridicule – du cinéma d'auteur new-yorkais, Gatsby retrouve par hasard, dans le désordre de l'apparition à l'écran : un ancien pote de collège qui l'embauche pour un rôle muet dans le court-métrage qu'il est train de tourner, la sœur d'une ex-amoureuse, sa mère à qui il avait pourtant annoncé son absence pour cause d'examen au traditionnel gala de charité qu'elle organise tous les ans, une call-girl bien sous tous rapports…

Tout ce beau monde en prendra gentiment pour son grade, sous les assauts de la verve grinçante mais souvent tendre du cinéaste : les artistes tourmentés et leur nombril, les filles jolies mais un peu nunuches, la grande bourgeoisie et ses soirées de charité, les jeunes hommes prétentieux. Seule la délicieuse Ashleigh tirera paradoxalement son épingle de ce jeu de dupes : sous ses airs de blonde écervelée se cache une vraie sincérité, pure, pas encore abîmée par les rumeurs, la vanité, l'arrogance… de quoi méditer.  (Utopia)  
CGR SOIREE ENTRETOILES  dim17/20h

MATTHIAS & MAXIME

(Matthias et Maxime) Écrit et réalisé par Xavier DOLAN - Québec 2019 1h59mn VOSTF - avec Gabriel d'Almeida Freitas, Xavier Dolan, Anne Dorval, Pierre-Luc Funk...
Xavier Dolan est rentré au pays ! Après son film français Juste la fin du monde et l’américain Ma vie avec John F. Donovan, l’ex-jeune prodige (il vient d’avoir trente ans) revient au Québec et ça lui va très bien. On a eu peur de l’avoir définitivement perdu avec sa superproduction hollywoodienne qui l’avait emmené loin de ses repères habituels. Matthias & Maxime nous rassure tout de suite, dès la première scène menée tambour battant : une soirée entre copains où les bons mots fusent, où le montage, précis et foutraque à la fois, impulse un rythme assez nouveau dans le cinéma de Dolan. C’est aussi la première fois qu’il filme un groupe aussi soudé par l’amitié – au-delà du duo ou du trio amoureux. Une bande de potes formant un nid, un rempart, réconfortant. Mais bande fragilisée par le départ imminent de Maxime en Nouvelle-Zélande pour deux ans. Durant cette soirée où on se traite de « crise de laide » ou de « déchet sale » – insultes bienveillantes malgré les apparences –, où Xavier Dolan se moque de lui-même en imitant le cinéma bavard de son compatriote Denys Arcand, Maxime et Matthias tournent une scène dans un film réalisé par l'insupportable sœur d'un de leurs potes. Une scène où ils doivent s’embrasser…

Le scénario change alors soudain de direction. Changement de rythme radical : Xavier Dolan passe du film de copains échevelé à une comédie romantique plus posée. Une romcom où l’homosexualité ne serait pas un sujet en soi : qu’importe que cette histoire d’amour se déroule entre deux hommes, elle a une portée universelle. C’est assez rare et fort pour le souligner. Le baiser échangé, apparemment anodin, entraîne un trouble nouveau chez les deux garçons, surtout chez Matthias, joué de façon très pudique par Gabriel D’Almeida Freitas. Est-ce parce qu’il est marié ? Parce que Maxime est un vieil ami ? Parce c’est un garçon ? Tout ça à la fois…
Maxime semble plus distant. Maxime c’est Xavier Dolan lui-même, qui revient devant la caméra. Comme si, après son film américain avec des stars (Natalie Portman, Kit Harington, Susan Sarandon), il voulait enfoncer le clou d’un retour triomphant au cœur de son cinéma très personnel. Et qu’il est touchant en jeune homme ayant pris la plus grande décision de sa vie ! Partir, laisser sa « mommy » toxique derrière lui… mais aussi tomber amoureux. Maxime a le côté droit du visage dévoré par une tache de naissance. Comme si, dans son groupe d’amis de condition plus aisée, il était marqué par une enfance difficile qui le met un peu en retrait des autres. On devine – lors d’une scène très cruelle – qu’il s’est souvent entendu surnommé « la tache ». Au propre comme au figuré.

Xavier Dolan utilise malicieusement les codes de la comédie romantique, en étirant à l’envi la réunion des deux amis/amants. Mais il essaie surtout de nouvelles formes (des scènes vraiment comiques, d’autres filmées en accéléré, des ellipses foudroyantes), abandonne des tics devenus envahissants (plus de chanson ringarde type Céline Dion – à peine une évocation de Reggiani en arrière fond, comme un clin d’œil…), ose même un happy end. Mais il reste fidèle à son héros : Maxime, ce garçon différent qui a du mal à contenir sa colère devant sa mère (jouée par la fidèle Anne Dorval), qui cherche son identité, est le héros tragique qui traverse tous ses films. On est heureux et très ému de le retrouver.
(A. Dessuant, Télérama)  
CGR   tous les jours 18h
COTIGNAC   ven15/18h

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.
 
Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.

La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…

C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée »… (Utopia)  
CGR Tous les jours à partir de mer13/ 10h45  13h40  16h20  19h30 
 
 

LA BELLE ÉPOQUE

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55 - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...
 
La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…
Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit.  (Utopia)  

CGR  tous les jours /13h20  15h40  18h20  20h45
LE LUC    mer 13/21h   jeu14 et ven15/18h30  sam16/21h  dim17/18h30
COTIGNAC  jeu14/20h30  dim17 et lun 18//20h30

Sœurs d’armes
de Caroline Fourest  Film français, 1 h 50

Tout feu, tout femme de Caroline Fourest signe son premier film de fiction avec l’histoire de combattantes qui luttent à la frontière irakienne contre Daesh.Le 3 août 2014, Daesh s’empare de la ville de Sinjar, située au nord-ouest de l’Irak, dont la population est majoritairement yézidie. Les hommes sont exécutés, les jeunes femmes vendues comme esclaves sexuelles. Zara, une jeune artiste séparée de sa mère et de son petit frère, est achetée par un djihadiste venu d’Angleterre. Elle parviendra à s’enfuir et à rejoindre des combattantes kurdes au sein d’une brigade internationale, tout comme deux nouvelles recrues françaises : Kenza, une Franco-Algérienne musulmane, et Yaël, une jeune Juive qui a fait son service militaire en Israël. Toutes deux ont caché à leurs proches les vraies raisons de leur départ. Sur le terrain, une commandante kurde surnommée la Lionne de Kobané les forme avec rudesse aux combats, avec d’autres soldates venues d’Italie et des États-Unis. Toutes ont de profondes motivations pour lutter contre Daesh et un atout : leur féminité. Ces fanatiques les craignent, convaincus que, tués par une femme, ils n’auront pas accès au paradis. Formidable sujet que celui dont s’empare Caroline Fourest pour son premier film de fiction, avec ces femmes victimes de toutes les violences qui prennent les armes pour chasser leurs bourreaux. Si Sœurs d’armes s’ouvre longuement sur le sort d’une jeune Yézidie dont tous les membres de la famille subiront les crimes des djihadistes, il s’attache ensuite à dessiner un portrait de groupe avec ses fortes personnalités expérimentées et ses néophytes par lesquelles le spectateur découvre la brigade. Journaliste et essayiste, Caroline Fourest a réalisé une dizaine de documentaires sur la défense des droits des femmes, la lutte contre les intégrismes et les extrémismes politiques. À l’évidence sincère dans sa démarche et son approche de ces sœurs d’armes, en habituée des mots, elle semble vouloir trop dire. Dès les premières images, la voix off de Zara se fait lourdement emphatique, inutilement prémonitoire. Les champs de coquelicots sous un soleil éclatant expriment de manière appuyée le bonheur bientôt perdu. Tout le film se révèle à l’avenant avec les émotions surlignées par la mise en scène, la musique ou des ralentis. On pourra également regretter que ce film, qui se veut à juste titre féministe, ne mette à l’écran que des actrices superbes (Dilan Gwyn, Amira Casar, Camélia Jordana, Maya Sansa…) comme s’il n’existait pas d’autres façons d’être une femme. Restent l’audace d’une réalisatrice qui s’empare du genre ô combien réservé aux hommes du film de guerre, ainsi que des images spectaculaires de paysages somptueux et de combats dont elle n’évacue pas la violence. (La Croix)


CGR  ciné débat  mer 13/ 19h

SORRY WE MISSED YOU

Ken LOACH - GB 2019 1h40 VOSTF - avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone, Katie Proctor, Ross Brewster
... Scénario de Paul Laverty


Si Bourdieu considérait la sociologie comme un sport de combat, il est indéniable que Ken Loch utilise le cinéma comme une arme de poing. Levé, le poing, c'est bien le moins qu'il puisse faire pour, dit-il « défier le récit des puissants », documenter à hauteur d'hommes et de femmes l'histoire des violences faites à la classe ouvrière depuis la fin du xxe siècle. Ken Loach, c'est quarante-cinq ans passés derrière la caméra, à raconter les effets dévastateurs du libéralisme sur la société. Il nous avait à nouveau annoncé sa retraite après Moi, Daniel Blake, mais c'est bien la violence de l'étau social, la nécessité de la raconter, qui le ramène encore une fois au cinéma, dans un récit ici encore plus sec, épuré et doté d'une force de frappe étourdissante. À 83 ans, il signe l'un de ses meilleurs films ! À l'inverse de Moi, Daniel Blake, qui s'ouvrait sur un rendez-vous au pôle emploi anglais, Sorry we missed you s'engage sur un entretien d'embauche. Espoir, pense-t-on ?
Ricky, bourreau de travail, était ouvrier dans le bâtiment. C'était avant l'effondrement des banques et des organismes de crédit, avant qu'il ne perde son boulot. Avant, c'est aussi le moment où il est tombé amoureux d'Abby, lors d'un grand festival rock. Depuis ils ont fondé une famille, ils sont devenus les bons parents de Seb, 16 ans, qui sèche l'école dès qu'il peut pour exprimer son talent artistique sur les murs de la ville, et de Liza Jane, gamine brillante, pétillante et pleine d'humour, rouquine comme son père. Espoir donc : de cesser d'enchaîner les petits boulots, les contrats zéro heure et d'enfin s'en sortir, espoir de cesser de tirer le diable par la queue et de pouvoir enfin régler les dettes et accéder peut-être à la propriété tant souhaitée par Abby. Elle qui rêve d'une jolie petite maison qu'elle pourrait décorer elle-même et qui donnerait à la famille le cadre d'une vie décente. Une vie normale quoi Et le sésame pour Ricky, c'est cette nouvelle forme de travail qu'est l'auto-entrepreneuriat, ce travail où chacun est son propre patron, on ose le gros mot : l'ubérisation. Ricky sera chauffeur-livreur, payé à la course. L'entretien d'embauche, c'est Maloney, le patron du hangar, qui le mène. C'est lui qui donne les missions. Ici, plus on travaille, plus on gagne. Pas de contrat, chacun est son propre responsable et possède son outil de travail. Puisqu'il s’agit de livraisons, il faudra acheter un camion – ainsi que le pistolet-liseur qui permet de scanner les colis… Ricky y croit, fonce tête baissée, apprend à s'exploiter lui-même…
De son côté Abby est aide à domicile. Elle travaille quatre soirs par semaine. Dépossédée de sa voiture pour financer l'outil de travail de Ricky, elle passe des heures dans les transports en commun pour aller de rendez-vous en rendez-vous. Payée à la tâche elle aussi, elle court, saute d'un bus à l'autre, fait tout pour prendre soin, coûte que coûte, des personnes qui dépendent d'elle, comme si elles étaient toutes sa grand-mère dit-elle.
Sorry we missed you, c'est l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité. C'est l'histoire d'une famille qui pourrait partir en vrille si elle cessait de porter sur l'autre un regard bienveillant. Un père sur son fils qui se cherche, une mère sur ses enfants qu'elle voit trop peu. Une gamine qui fait de son mieux pour faire le lien entre tous. « Sorry we missed you », c'est aussi le petit mot que Ricky dépose dans la boîte aux lettres lorsque le client de la commande n'est pas chez lui pour réceptionner son colis : « Désolé, vous n'étiez pas là quand nous sommes passés. » Il faudra donc y retourner.(Utopia)  
LORGUES  mer13 et lun18/21h      ven15/ 19h     dim17/17h
LE VOX jeu14 et lun18/18h15

UN MONDE PLUS GRAND

Fabienne BERTHAUD - France/Belgique 2019 1h40 VOSTF - avec Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam, Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter... Scénario de Fabienne Berthaud et Claire Barré, d'après le livre de Corine Sombrun, Mon initiation chez les chamanes 
  Emprunt d'une profonde spiritualité, sans pourtant jamais céder à une vision simpliste ou idéalisée, c'est un film qui se raconte comme un voyage et se vit comme une expérience humaine d'une grande sincérité. Fruit d'un long et minutieux travail de repérages en territoire mongol et d'une étroite collaboration avec Corine Sombrun, l'auteure de Mon initiation chez les chamanes, qui a participé à toute l'écriture du film, Un monde plus grand est, au-delà d'une belle histoire avec sa dose de romanesque et de tension, un très bel hommage à la culture des peuples premiers et en particulier les Tsaatans, bergers nomades vivant aux frontières de la Sibérie. Que l'on soit un cartésien pur jus ou sensible aux mondes et aux forces invisibles, cette histoire touche et interpelle de manière universelle car elle interroge les peurs et les limites auxquelles chacun peut être confronté quand il faut faire face à des événements qui échappent à notre compréhension.
Quand elle a perdu son grand amour, le monde de Corine s'est effondré comme un château de cartes. Toutes les perspectives ont été effacées, comme rayées définitivement de sa géographie intime, celle sur laquelle elle avait pourtant tracé mille et une trajectoires lumineuses et colorées. Son chagrin, sa douleur ont envahi l'espace et chaque geste du quotidien lui demande un effort surhumain. Elle est ingénieure du son, on lui propose un voyage à l'autre bout du monde, en Mongolie, pour recueillir des chants traditionnels et des sons de toutes sortes en vue d'un reportage. Une fuite, peut-être… Un moyen de se retrouver seule avec sa peine, sans doute…

Mais il n'y a pas de hasard. Au cours d'une cérémonie, Corine est plongée dans une expérience de transe qui la propulse dans un monde inconnu, celui des esprits invisibles que seuls les chamanes ont le privilège de pouvoir côtoyer. Oyun, celle de la tribu, lui annonce qu'elle a reçu un don rare et précieux dont elle ne peut se défaire et qu'elle ne peut surtout pas ignorer : elle doit entamer un long processus d'apprentissage et s'initier aux rituels chamaniques afin de le maîtriser et d'en faire bon usage. D'abord totalement réfractaire à cette idée qu'elle juge tout droit sortie de superstitions et de croyances ridicules, Corine va devoir faire face à la réalité, d'autant que son corps tout entier semble avoir trouvé une résonance particulière à certains sons, comme une nouvelle sensibilité qui l'aurait connectée à quelque chose de plus grand qu'elle.
Sur les terres majestueuses des plaines de Mongolie, là où les hommes vivent en harmonie avec la nature et convoquent tout naturellement, et pour chaque geste de leur quotidien, la communauté des esprits, commence alors un autre voyage… Qui peut après tout jurer que les disparus ne peuvent chercher à communiquer avec les vivants ? Qui peut affirmer avec certitude que les rivières, les forêts et les troupeaux ne sont pas habités par une force invisible ? Qui peut prouver que la science a exploré tous les recoins du cerveau humain et qu'il n'existe plus, dans les interstices de son paysage, des terres sauvages et inexplorées ?

Pour la petite histoire scientifique, Corine Sombrun est à l'origine de la création du Trance Science Research Institute, un réseau international de chercheurs investis dans les études neuro-scientifiques de la transe, visant à démontrer qu’elle n’est pas un don réservé aux seuls chamanes, mais bien un potentiel de tout cerveau humain, à la fois instrument d’exploration d’une réalité sous-jacente et outil de développement cognitif. (Utopia)

LORGUES   mer13/17h      ven15/21h  sam16/18h
LE VOX  mer13 /13H50 18H15   jeu14/16h10  18h40   ven15 et sam16/15h55 21h   dim17/16h40 18h15  lun18/16h20  mar19/16h20  21h
LE LUC  mer13/21h   ven15/21h   sam16/18h30  dim17/16h

CAMILLE

Boris LOJKINE - France 2019 1h30mn VOSTF - avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Grégoire Colin, Bruno Todeschini, Mireille Perrier... Scénario de Boris Lojkine et Bojina Panayotova.
Le 12 mai 2014 en République Centrafricaine, Camille Lepage, 26 ans, photojournaliste, est tuée quelque part près de la frontière avec le Cameroun. Elle couvrait depuis plusieurs mois les conflits violents entre les groupes rebelles de la Séléka (musulmans pour la plupart et venus du nord du pays pour renverser le régime de François Bozizé en 2013) et les milices d’auto-défense anti-balaka (majoritairement chrétiennes). Camille était lumineuse, idéaliste, déterminée, passionnée et travaillait au plus près du terrain, entretenant un rapport humain très fort avec celles et ceux qu'elle rencontrait dans ce travail de photo-reporter qu'elle démarrait tout juste. Son credo : « Témoigner des conditions de vie des populations en souffrance, innocentes et oubliées dans les pays en conflit ».

Camille Lepage n'est plus, mais ses photos demeurent, témoins magnifiques et terribles d'un conflit sanguinaire et absurde comme le monde en a connu et en connaît tant, dans une indifférence quasi systématique de la communauté internationale, en particulier quand il s'agit du continent africain. Faire appel à la fiction n'était peut-être pas l'idée la plus simple pour retracer la vie et le travail de Camille Lepage, mais c'est pourtant le choix fort qu'a fait Boris Lojkine, confiant à la délicate et intense Nina Meurisse (déjà vue dans pas mal de seconds rôle mais qui porte ici le film sur ses épaules, avec un talent et une présence rares) la complexe mission d'incarner la jeune femme. Parce qu'il impose naturellement une distance avec la destinée de Camille dont il ne reprendra pas forcément tous les détails, parce qu'il offre aussi cet espace de liberté propre à la création et à l'interprétation, ce film rend finalement un très bel hommage à l'essence du travail de Camille Lepage et à la profonde humanité qui l'habitait.
Car Camille aime les gens, elle aime les écouter raconter leurs parcours de vie, elle aime se sentir proche d'eux, partager un repas, une conversation, échanger un regard. C'est cet appel de l'autre qui semble l'avoir poussée loin de sa zone de confort et de la France, cet appel du large et du voyage qui l'a fait choisir ce métier. Mais plus que tout, Camille est une idéaliste. Elle est convaincue que le témoignage qu'elle transmettra grâce à ses photos pourra faire changer le monde, le rendre plus juste, plus humain.
Quand elle arrive en République Centrafricaine, elle ne sait pas encore qu'elle va être happée par la force vive de sa jeunesse et par la tension extrême qui l’agite. Elle décide de chercher à comprendre le conflit en étant au plus près de ses protagonistes, dans un travail de fond qu'elle va mener avec courage et détermination. Comment rendre compte de l'horreur et garder la distance nécessaire au travail journalistique ? Comment témoigner sans prendre position ? Comment faire cohabiter l'intimité d'un regard qui puise sa source dans l'âme et le recul indispensable à son propre équilibre ? Comment photographier la folie de la guerre quand on aime les gens ? Plongée au milieu de la crise centrafricaine, Camille s’efforce de continuer à faire son travail sans céder au cynisme. Mais est-ce possible ?

Tourné en partie en République Centrafricaine, c'est un film bouleversant qui se voit aussi comme un récit d'initiation, qui vous happe et ne vous quitte pas, à l'instar des photos originales de Camille Lepage que le réalisateur a judicieusement placées dans le récit, comme une incursion brutale du réel, mais aussi pour nous donner envie de découvrir le remarquable travail de cette photographe engagée disparue prématurément.  (Utopia)  

LORGUES   ven15/17h   sam16/20h   dim17 et lun18/19h

PAPICHA

Mounia MEDDOUR - Algérie/France 2019 1h45mn VOSTF - Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Nadia Kaci, Meryem Medjkane... Scénario de Mounia Meddour et Fadette Drouard. Festival d’Angoulême 2019 : Meilleur scénario, Meilleure actrice, Prix du public.
« Papicha », c’est le petit nom charmant que l’on donne aux jeunes algéroises drôles, jolies, libérées. C’est aussi désormais un film sur le courage, celui d’un pays, d’un peuple, d’une jeunesse qui ne demande qu’à exulter, qui refuse de céder aux injonctions de la peur, à celles de bras armés tout puissants. Il est donc question dans Papicha de résistance vivifiante, de pulsions joyeuses, d’insoumission. Le film nous immerge dans la décennie noire des années 90 : tandis que les étudiants du pays aspirent à la même liberté que leurs cousins occidentaux, par le jeu des forces politiques en présence, une vague d’intégrisme va monter, implacable, génératrice de violence, d’interdits, de terreur. Le GIA (Groupe Islamiste Armé) et l’AIS (Armée Islamique du Salut), dont les premières cibles sont les journalistes, terrorisent la population civile, tout en se faisant la guerre entre eux, ainsi qu’à la démocratie. On dénombrera au final plus de 150 000 morts, des dizaines de milliers d’exilés, un million de personnes déplacées. L’action du film prend sa source dans ce contexte tendu, celui que connut bien la jeune réalisatrice encore étudiante, et dont elle choisit de faire une fiction assoiffée de joie, d’espérance, de révolte.

Tout démarre par une belle nuit suave, qui donne envie aux corps d’exulter. Gros plan sur deux donzelles sur la banquette arrière d’un taxi clandestin qui brinquebale dans les rues d’Alger. Dans cette cabine d’essayage de fortune, elles se maquillent, se tortillent comme des libellules en train d’abandonner leurs chrysalides. Elles n’ont que peu de temps pour quitter leurs tenues sages et se transformer en reines de la nuit. Alors que le vieux chauffeur qui bougonne, réprobateur, a du mal à garder les yeux dans sa poche, Nedjma, qui a la langue bien pendue, le renvoie à son volant : « Papy, la route c’est devant, pas derrière ! » Un sens de la répartie que semblent cultiver en permanence les filles entre elles, à coups de « battle de mots » comme elles les appellent, qui démarrent dans les endroits les plus saugrenus. Des moments pêchus et drôles, un peu outranciers, comme un arsenal d’armes fragiles qu’elles entretiennent en riant, maigre rempart contre les débordement sexistes, les insidieux harcèlements quotidiens qu’elles subissent en faisant mine de s’en moquer. Difficile de trouver des espaces de liberté sereine ici. On devine que la majorité de celles et ceux qui se retrouvent pour faire la fête, même si c'est sans doute plus simple pour les garçons que pour les filles, ont dû, tout comme Nedjma et son inséparable copine Wassila, faire le mur, s’échapper en catimini. Une clandestinité propice à toutes les arnaques, à tous les chantages vicelards (on assistera à un florilège de bêtise de la part de ces messieurs).
En attendant, Nedjma poursuit, vaille que vaille, son rêve de devenir styliste, elle en a le talent. Elle va y entrainer toute sa bande de copines, sa famille et même quelques professeures. D’abord inconsciemment, la mode, qui dévoile et embellit les corps, va devenir une forme de contestation. Au noir des hidjabs que les islamistes veulent imposer à la gent féminine, Nedjma opposera la blancheur du haïk, cette étoffe qui fut, au-delà de sa fonction vestimentaire traditionnelle, le symbole de la résistance nationale algérienne contre la politique coloniale française.

Papicha, c’est le portrait d’une féminitude solidaire et complexe, bien au-delà des clichés. Des plus gamines au plus âgées, des plus modernes aux plus conformistes, nulle n’est dupe ou naïve. Chez elles, l’insouciance, qu’elle soit feinte ou cultivée, apparait dès lors comme une forme de résilience indispensable, une façon non seulement de survivre, mais surtout de ne jamais abdiquer joie et douceur de vivre.  (Utopia)  
 
LORGUES mar19/13h

 

LITTLE JOE

Jessica HAUSNER - Autriche/GB 2019 1h45 VOSTF - avec Emily Beecham, Ben Whishaw, Kerry Fox, Kit Connor, Lindsay Duncan... Festival de Cannes 2019 : Prix d'interprétation féminine pour Emily Beecham.
C’est d’abord une musique lancinante, parfois tribale et inquiétante qui vous envahit les neurones. Puis ce sera le tour d’un certain pollen, celui d’une jolie fleur (au sens propre), dans une peau de vache (au sens figuré). À moins que cela ne fasse partie d’un délire hallucinatoire dans la tête de sa créatrice, inquiète que sa créature ne lui échappe. Jessica Hausner revisite à sa manière un des mythes fondateurs des contes à dormir debout et des récits de science fiction.
Dans son pays des merveilles, Alice est phytogénéticienne, sorte d’apprentie sorcière des temps modernes, dans un monde aseptisé, ou aucun grain de fantaisie n’a sa place. Chez Planthouse, la firme pour laquelle elle effectue ses recherches, tout est sous le contrôle de savants algorithmes, sécurisants, sécurisés. Principe de précaution oblige, certainement, mais on se protège par dessus tout de l’espionnage industriel. Quand on pénètre dans les serres stérilisées de l’entreprise, il y a quelque chose d’immédiatement hypnotique dans ces décors à la perfection mortifère, ces rangées de plantes à perte de vue, aux motifs géométriques, aux bleus électriques improbables. Dans un premier temps, la plante que conçoit Alice paraît la plus discrète, la moins attirante entre toutes. On découvrira bientôt que son ambition première n’est pas la beauté, mais plutôt la poursuite de la félicité. Car la fleurette est censée apporter le bonheur à ses futurs acquéreurs. Une sorte d’antidépresseur naturel, qu’on n’aurait pas besoin de fumer, qu’il suffirait de bien arroser, pour que l’attention que lui porte son arroseur lui soit rendue au centuple.
En scientifique passionnée, Alice ne décroche plus de ses recherches, faisant passer un peu trop souvent sa vie professionnelle en premier au détriment de sa vie privée, refusant les tentatives d’approches d’un gentil collègue, flirtant dangereusement avec un sentiment de culpabilité que sa psy a du mal à endiguer. Car il ne lui suffit pas d’être une chercheuse modèle, il lui faudrait aussi être une mère célibataire parfaite, comme si les deux pouvaient réellement cohabiter. Et c’est sans doute pour se dédouaner qu’Alice, aveuglée par sa soif de succès, oubliant la plus élémentaire prudence, va subtiliser l’un de ses fameux spécimens top secret et l’offrir à son fiston qu’elle laisse trop souvent seul à la maison. Il s’appelle Joe et c’est en son honneur que la fameuse plante se nommera Little Joe. Comme si elle était une sorte de prolongement de l’adolescent, ou de petit frère génétiquement modifié, tous deux partageant en définitive l’amour de la même génitrice. Évidemment, rien ne se passera exactement comme prévu… De retour au labo, un sentiment étrange plane dans l’air, les relations entre collègues commencent à se dégrader. À moins que l’imagination ne joue des tours aux unes comme aux autres.
Le joli minois enfantin d’Emily Beecham, qui interprète Alice, dégage un charme tout aussi innocent que vénéneux, à l’image de Little Joe. L’actrice comme la réalisatrice nous trimballent dans les coulisses d’un monde un peu trop parfait pour être vivable. L’injonction au bonheur, qui semblait séduisante, devient progressivement anxiogène, aussi envahissante qu’un envoûtement malsain dont on ne pourrait se défaire.  (Utopia)  
 
LE VOX  mer13/13h40  18h35  21h      jeu14/14h 16h35  20h45   ven15/13h50 18h50 21h    sam16/13h50 18h50 21h   dim17/13h45  18h50  21h lun18/13h45 18h25    mar19/15h55 21h
 

OLEG

Juris KURSIETIS - Lettonie 2019 1h47 VOSTF - avec Valentin Novopolskij, Dawid Ogrodnik, Anna Prochniak... Scénario de Juris Kursietis, Liga Celma-Kursiete et Kaspar Odins.
 
« Je suis un éternel étranger » soupire Oleg, ouvrier boucher à la poursuite d'un avenir un peu meilleur, ballotté par-delà les frontières jusqu’au centre de l’Europe, en plein Bruxelles. Oleg vient de Lettonie, mais il appartient à une communauté russe qui, suite à un dédale historique et administratif, s’est retrouvée privée de nationalité après l’indépendance du pays. Il n’existe pour ainsi dire même pas dans le pays où il est pourtant né. Comment quitter légalement un pays quand on n’a même pas de papiers pour voyager ? Pour tenter de trouver sa place et tout simplement survivre, Oleg n’a que l’exil et la clandestinité.
« C’est une histoire pleine de dangers » nous prévient d’emblée une voix off. Le chemin de la libération est en effet semé d’embûches pour un innocent agneau prêt à être sacrifié comme dans le récit biblique. Placée en introduction, cette parabole maousse pourrait faire craindre que le parcours d’Oleg tourne au chemin de croix manichéen. Mais le film a bien plus de nuances que ça dans son sac. Oleg n’est pas un personnage- prétexte à la Tintin comme on en trouve dans trop de mauvais films sociaux. Émouvant dans son incapacité à interagir avec son environnement, ainsi que dans son désir de s’élever au-dessus de son invisibilité sociale, le personnage est porté par le charisme de son interprète Valentin Novopolskij. Oleg débarque en Belgique avec un groupe de travailleurs autorisés officiellement à travailler dans une usine à viande. Injustement renvoyé à la suite d’un accident du travail et d’un mensonge du vrai fautif, un employé polonais, Oleg se retrouve dans une situation désespérée car il n’a plus le droit de travailler en Belgique alors que sa grandmère et lui sont lourdement endettés en Lettonie. Mais un sauveur se présente en la personne du Polonais Andrzej (Dawid Ogrodnik), qui affirme vouloir faire pardonner la faute de son compatriote en fournissant à Oleg un travail et un passeport.
Oleg déménage donc dans une maison peuplée d’ouvriers polonais, mais il s’aperçoit assez rapidement que son nouveau protecteur est beaucoup moins bienveillant qu’il n’y paraît et de fait il devient prisonnier d’une situation de plus en plus dangereuse… Le récit est nerveux, parfois éprouvant dans son injustice, mais vogue sur une intranquillité enivrante, une ambiguïté qui prend chair dans le personnage d’Andrzej, grand méchant loup aussi séduisant que terrifiant. Outre le travail scénaristique, c’est la caméra qui d’emblée semble prendre sur elle de porter ce va-et-vient entre instabilité et désir d’élévation. Jamais très loin d’Oleg (au point de parfois rendre flou le décor autour de lui), elle flotte légèrement au dessus du sol, comme si elle titubait ou qu’elle était sur le point de s’envoler. L’effet est saisissant, comme si l’on voyait Oleg se débattre depuis l’au-delà, ou depuis les yeux d’un ange gardien. Il se dégage d’Oleg une ivresse cruellement amère, mais le film nous laisse un vasistas qui serait toujours ouvert vers le ciel. Claustrophobe et pourtant déjà dans les airs, le film entier tangue sur cette ambivalence, comme une danse triste et fascinante.(G. Coutaud, lepolyester.com)  
 
LE VOX     mer13/18h5      jeu14/18h15      ven15/16h35    sam16/16h45      lun18/20h

 

J'AI PERDU MON CORPS

Jérémy CLAPIN - film d'animation France 2019 1h21mn - Avec les voix de Hakim Faris, Victoire du Bois, Patrick d'Assumçao... Scénario de Jérémy Clapin et Guillaume Laurant d'après son livre Happy hand. FESTIVAL DE CANNES 2019, GRAND PRIX DE LA SEMAINE DE LA CRITIQUE
FESTIVAL ANNECY 2019 - CRISTAL DU MEILLEUR LONG-METRAGE ET PRIX DU PUBLIC.

 
Jérémy Clapin illumine la Semaine de la Critique avec un premier film (d’animation) stupéfiant de virtuosité et d’humanité. C’est un film d’une puissance formelle et narrative rare. À l’instar des films d’animation japonais pour adultes, J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin n’hésite pas à se frotter au mélo, genre le plus dur qui soit, et à y injecter une dose d’onirisme, ingrédient sensible à ne pas mettre entre toutes les mains.
Tout commence par une main, d’ailleurs. Une main, oui, détachée de son poignet, autonome, qui s’échappe d’un laboratoire pour entamer un périple palpitant à travers la ville pleine d’embûches. Licence poétique, bien sûr, pour illustrer en parallèle la vie dramatique de Naoufel, jeune homme sur lequel le sort s’acharne depuis sa naissance et qui, malgré tout, n’a pas perdu tout espoir de se reconstruire.
Entre passé et présent (plus ou moins proche), J’ai perdu mon corps joue avec les temporalités et les tonalités sans jamais perdre le spectateur : tout y est simple et complexe, tendre et abrupt, comme la vie. « Une fois que t’as dribblé le destin, tu fais quoi ? », demande la jeune fille dont est amoureux Naoufel, incapable de répondre.
Mais ce qui frappe le plus dans ce premier long métrage, outre sa justesse narrative, c’est son insolente maîtrise plastique. Le rendu numérique est parfait, doux et “senti” comme du dessin ; l’animation, d’une fluidité exemplaire. Le sens du cadrage et du montage de Jérémy Clapin frôle quant à lui la perfection au point qu’il n’est pas interdit de voir en lui le prochain très grand styliste français   (Christophe Narbonne - Première)
 
LE VOX  mer13/14h    jeu14 et ven15/16h25   sam16/16h30    dim17/16h15  lun18/18h15  mar19/18h
COTIGNAC   lun18/18h

 

LE VENT DE LA LIBERTÉ

Michael Bully HERBIG - Allemagne 2018 2h06 VOSTF - avec Friedrich Mücke, Karoline Schuch, David Kross, Alicia von Rittberg, Thomas Kretschmann... Scénario de Kit Hopkins, Thilo Röshceisen et Michael Bully..
Ici l’Histoire (avec le grand H qu’elle mérite) prend des allures de roman d’aventure ! Tout ce à quoi vous allez assister est à peu de choses près la stricte et incroyable vérité ! Nul cinéaste ayant les pieds sur terre ne se serait hasardé à imaginer un scénario aussi dingue sur fond de guerre froide. 
1979. Le bloc de l’Ouest et celui de l’Est s’observent en chiens de faïence, prêts à se sauter à la gorge à la moindre incartade. L’Allemagne, coupée en deux tels les lobes d’un cerveau devenu schizophrène, est au centre de l’attention. C’est non seulement un pays qu’on a divisé, mais des familles entières se trouvent séparées par un mur bâti à la hâte. Tandis que le gouvernement est-allemand le présente comme « le rempart antifasciste », celui de l’Ouest le rebaptise le « mur de la honte ». Durant vingt-huit années, le mur de Berlin remplira son office : empêcher les citoyens de la RDA de fuir en RFA. Du moins globalement, car on sait que nulle frontière, nul péril ne dissuaderont jamais indéfiniment les plus déterminés, ceux qui ont faim ou sont assoiffés de liberté. C’est la sempiternelle loi de la survie humaine qui se joue encore aujourd’hui aux portes de la Méditerranée. Et ce qui était légitime pour un Allemand de l’Est à l’époque ne l’est pas moins pour une Syrienne ou un Érythréen de nos jours… Mais c’est une autre histoire…
Dans leur petite bourgade est-allemande, les deux familles Strelzyk et Wetzel ne rêvent que d’une chose : passer à l’Ouest, tous ensemble évidemment ! Les deux couples, flanqués de leurs jeunes enfants, sont amis depuis si longtemps… Ce n’est pas que leur situation matérielle soit mauvaise, mais ils étouffent dans cette ambiance de délation constante, où chacun épie ses voisins, redoutant en permanence de voir débarquer chez soi l’infernale Stasi… Pour un oui, pour un nom, le moindre pet de travers. Cela semble sans fin et les exigences capricieuses des membres du parti ne cessent de proliférer ainsi que de nouvelles règles qui en découlent, kafkaïennes et délirantes. Alors partir, vite ! Pour retrouver la mère restée de l’autre côté de la frontière, pour éviter un service militaire violent pour le grand fiston, ne plus craindre qu’on lave le cerveau du petit dernier… Chaque couple a ses raisons, toutes aussi bonnes. Donc partir, oui ! Mais partir comment ? Franchir par voie de terre une frontière gardée par des barbelés et des militaires armés jusqu’aux dents : impossible ! Oublions la mer (inexistante ici). On comprend vite qu’il ne reste qu’une seule voie : celle des airs. Et c’est là que va germer dans la tête des deux pères de famille l’idée complètement folle d’un moyen de locomotion hors normes : une montgolfière !
Peter Strelzyk ayant de solides notions de physique et de mathématiques, Günter Wetzel étant un fin couturier, tous deux bricoleurs hors pair, ils vont s’atteler à la périlleuse tâche de fabriquer un ballon de 32 mètres de haut en essayant de ne pas se faire repérer ! Mais rassembler puis assembler en toute discrétion 1245 m2 de tissus de toutes origines ne va pas être une mince affaire. Elle ne l’est d’ailleurs toujours pas à notre époque si l’on en croit l’équipe du film, qui a intégralement reconstitué les montgolfières de l’époque pour les faire voler. À un détail prêt : ils n’ont pas eu sur le dos un fin limier de la Stasi bien déterminé à leur mettre le grappin dessus ! Car la première tentative maladroite de grande évasion va échouer et mettre la puce à l’oreille du redoutable lieutenant Seidel. C’est ainsi que commence une palpitante course contre la montre…(Utopia)  
 
LE VOX  mar19/20h
 

APOCALYPSE NOW final cut

Francis Ford COPPOLA - USA 1979 3h02mn VOSTF - avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Frederic Forrest, Dennis Hopper, Albert Hall, Sam Bottoms, Laurence Fishburne, Harrison Ford, Aurore Clément... Scénario de Francis Ford Coppola, John Milius et Michael Herr, inspiré du roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres.
 
 La version redux de 2001 avait restauré tout ce qui avait été coupé. Quand on m'a demandé plus tard quelle version je voulais montrer, je pensais fréquemment que la version de 1979 était trop abrupte, tandis que la redux était trop longue. J'ai donc mis au point ce qui, pour moi, constitue la version parfaite, qui s'appelle Apocalypse now Final cut. » Francis Coppola
En 1976, Coppola, réputation au zénith et compte en banque fourni, décide d'adapter le roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres, en le transposant du Congo de 1901 au Vietnam de 1970 : les services secrets américains confient au capitaine Willard la mission extravagante de remonter aux confins du Cambodge afin de liquider un de leurs officiers, le colonel Kurtz, qui a fait sécession et règne au cœur de la jungle sur une population de fous dont il est devenu le gourou solitaire, puissant et dangereux…
Dès l'origine, Apocalypse now s'est inscrit dans une stratégie de démesure. Du scénario au tournage aux Philippines, dont les chiffres donnent le tournis, tout est dans l'emphase… De 12 millions de dollars, le budget passe à 30. La production devient un enfer : Brando changé physiquement (il est devenu gros) et qui ne connaît pas son texte, Harvey Keitel renvoyé dans ses foyers et remplacé par Martin Sheen, lequel fête son arrivée par un infarctus au milieu d'une scène. Le tournage traîne, s'embourbe. « Apocalypse when », titrent les journaux.« Apocalypse now n'était pas un film sur le Vietnam, c'était le Vietnam », déclarera Coppola. « Comme l'armée américaine, nous étions arrogants, nous avions trop de monde, trop de matériel, trop d'argent et, peu à peu, nous sommes devenus fous ». (T. Fremeaux, L'Express) (Utopia)
 
COTIGNAC  ven15/20H30


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