Au(x) cinéma(s) du 14 au 20 juin

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Cette semaine, au ciné-club de CGR, c'est Les Fantômes d'Ismaël de Arnaud Despleschin, un film à tiroirs, subtil assemblage de morceaux de vies éclatées (que vous pouvez aussi voir à Lorgues, à Salernes, au Luc, et à Cotignac !)
Pour le mois de juin, et pour terminer cette année en beauté, Entretoiles  vous propose  une soirée à 2 films sur le thème "Films d'Asie",  avec Adieu Mandalay de Midi Z, un film qui nous émeut et nous captive et Tunnel de Kim Seong-hun,un vrai divertissement spectaculaire et loin d'être idiot,  avec l'apéritif Entretoiles entre les deux bien sûr,  le dimanche 2 juillet (et non le 25 juin comme annoncé auparavant).
Par ailleurs dans la programmation ordinaire de CGR, vous pouvez profiter de Marie-Francine de Valérie Lemercier, un joli film dans l'air du temps, touchant et juste. Et aussi de Ce qui nous lie de Cédric Klapisch, un véritable conte initiatique...

À Lorgues, allez voir I Am Not Your Negro de Raoul Peck, un magnifique documentaire sur l'histoire difficile des noirs américains, et Emily Dickinson A Quiet Passion de Terence Davies, un film qui retourne l'âme
Au Vox à Fréjus, allez voir Nothingwood de Sonia Kronland, un magnifique documentaire franco-afghan, Churchill de Jonathan Telittzky, qui nous éclaire sur un destin hors du commun,  Django de Etienne Comar, un biopic sur la vie du personnage mythique interprété par Reda Kateb, L'Amant Double de François Ozon, un film résolument contemporain et thriller érotique, et enfin Rodin de Jacques Doillon, troublant voyage dans le temps.

Au CGR, la semaine prochaine en ciné-club, vous pourrez voir : Les Fantômes d'Ismaël de Arnaud Despleschin, encore la semaine prochaine , puis Après la tempête de Kore Eda., puis Glory, et Aurore.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 14 AU 20 JUIN 2017

 

Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Les Fantômes d’Ismaël
Réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2017 1h50mn
avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Laszlo Szabo, Hippolyte Girardot...
Scénario d'Arnaud Desplechin, Julie Peyr et Léa Mysius. Festival de Cannes 2017 : Film d'ouverture
Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël bien des références, des chassés-croisés, de simples clins-d’œil ou des échos plus intimes à la filmographie d’Arnaud Desplechin, et plus largement au cinéma qu’il affectionne, qui le nourrit, qu’il admire. Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël un hommage à peine dissimulé aux héroïnes hitchcockiennes, en particulier celles de Vertigo (le personnage interprété par Marion Cotillard se prénomme Carlotta…) ou de Rebecca : femmes à la beauté excessive et sauvage ou à la grâce plus froide et discrète dont les âmes sont traversées par la passion amoureuse, les fantômes du passé ou l’éternelle question de l’identité... lire la suite
CGR (Draguignan) :  mercredi 14 ,  à 17h30, jeudi 15 et dimanche 18 à 20h, vendredi 16 et mardi 20 à 14h, samedi 17 et lundi 19 à 10h50
Lorgues: mercredi 14 à 20h20 et samedi 17 à 20h
Salernes : mercredi 14 à 20h30, vendredi 16 à 18h, samedi 17 à 20h30 et mardi 20 à 18h
Le Luc : mercredi 14 à 20h30, vendredi 16 à 19h, samedi 17 à 18h
Cotignac : mercredi 14 à 20h30, vendredi 16 et mardi 20 à 18h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Ce qui nous lie
Écrit et réalisé par Cédric KLAPISCH
France 2016 1h53mn
avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil, Jean-Marc Roulot...
Scénario de Cédric Klapisch et Santiago Amigorena
Ce qui nous lie, c'est une histoire de terroir, de racines qu'on ne peut jamais complètement ignorer, jamais complètement oublier. Tout démarre par le retour de Jean, après dix ans de silence, de rupture. Rupture avec sa famille, avec l'entreprise familiale, mais surtout avec un père rigoureux, sévère, omnipotent, issu d'une longue lignée de viticulteurs à la dent dure. Pourtant, lorsque Jean apprend que ce dernier n'a plus que peu de temps à vivre, le voilà qui réapparait, sourire hésitant aux lèvres, baluchon sur le dos, au bout de la route qui serpente au milieu des vignes. On a beau faire, on a beau partir loin, vous rattrapent un jour, tel un boomerang, les saveurs aigre-douces de l'enfance, ses égratignures. C'est la générosité d'un plat qui vous remémore ceux de grand-mère. C'est un peu de sang dans la bouche qui vous rappelle quelques inénarrables chahuts entre frangins. Ce sont les couleurs de l'automne sur les feuilles de vigne qui vous parlent des vendanges passées, ou le fumet d'un vin qui vous replonge vers les chais des ancêtres... lire la suite
CGR (Draguignan) : Tous les jours à 10h50, 13h30, 15h30, 18h et 20h15
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Adieu Mandalay
Écrit et réalisé par Midi Z
Taïwan/Birmanie 2016 1h48mn VOSTF
avec Kai Ko, Wu Ke-Xi...
Notre ethnocentrisme naturel nous pousse naturellement à voir la crise migratoire tant médiatisée sous l'angle unique d'un Occident qui serait assailli par des hordes de milliers voire de millions de femmes et d'hommes venus des pays du Sud et de l'Est. L'occidental a tendance à oublier sur le sujet deux petites choses : que les hommes, de tous temps et depuis le début des grandes civilisations, ont migré au gré des guerres, des conquêtes, des catastrophes climatiques, économiques ou des crises géopolitiques. Et surtout que ce ne fut et que ce n'est pas le triste privilège du monde occidental.
Grâce soit rendue au remarquable film du jeune cinéaste d'origine birmane Midi Z de remettre les pendules à l'heure sur le sujet (même s'il doit, à juste titre, se ficher complètement du nombril des occidentaux). Car dans Adieu Mandalay, il est question d'une immigration fort peu connue de nous, celle des Birmans qui vont chercher sinon fortune du moins un sort meilleur pour leur famille dans la Thaïlande voisine. Une émigration de proximité qui amène évidemment son lot d'abus et de déni des droits humains, perpétrés par les passeurs d'abord, puis par tous les petits patrons qui profitent de la précarité des migrants...
lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 18h (suivi de l'apéritif Entretoiles)
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Tunnel
Écrit et réalisé par KIM Seong-hun
Corée du Sud 2016 2h07mn VOSTF
avec Ha Jung-woo, Bae Du-na, Oh Dal-su, Park Jin-woo, Joo Suk-tae...
D'après le livre de So Jae-won
Le titre ouvre clairement la voie, et le début du film s'y engouffre sans détours inutiles. En route pour retrouver sa famille – sa femme l'attend avec impatience pour fêter l'anniversaire de leur fille – Jeong-soo, vendeur de voiture convaincu et convaincant, est pris au piège dans un tunnel qui s’écroule. Sans perdre de temps avec l’habituelle introduction des personnages qui a tendance à éterniser la première partie de la plupart des films catastrophe, Tunnel empoigne son sujet alors que le générique vient tout juste de se terminer. L’impressionnante scène d’effondrement – effets spéciaux imparables – laisse place au drame survivaliste qui se développe et qui, à l’inverse de la plupart des autres œuvres s’inscrivant dans ce registre, explore son contenu à partir de l’incident et non l’inverse... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 20h30
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Marie-Francine
Réalisé par Valérie LEMERCIER
France 2017 1h35mn
avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès...
Scénario de Valérie Lemercier et Sabine Haudepin
Valérie Lemercier est épatante dans la peau de Marie-Francine, grande fille un peu lunaire, décalée et attachante, désespérément incapable d'avoir l'air d'avoir la maturité qui sied habituellement aux femmes de son âge. Le nez rivé à son microscope, à observer des microbes s'agiter, elle n'a pas vu filer le temps, prenant la vie comme elle venait sans compter les heures ni les ans, satisfaite de son petit bout de bonheur, sans désir d'un ailleurs… Mais il y a des jours où tout se met de traviole, les catastrophe s'enchaînent, tout se déglingue sans qu'on ait anticipé une seule seconde : ravie de voir son mari chéri venir la chercher au boulot, elle tombe sur ses jolies fesses quand il lui annonce qu'il prend la tangente pour une minette de 32 ans qu'elle n'avait même pas remarquée. Elle n'a pas encore séché la grosse larme qui lui brouille le microscope que, dans la foulée, son patron la vire sans ménagement !... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 14, samedi 17 et dimanche 18 à 16h, 18h et 20h15, jeudi 15, vendredi 16 et mardi 20 à 10h50, 13h45, 16h, 18h, et 20h15, lundi 19 à 10h50, 13h45, 16h, 18h et 20h30
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
I Am Not Your Negro
Réalisé par Raoul PECK
Documentaire France / USA 2016 1h33mn VOSTF
Écrit par James Baldwin et Raoul Peck. Texte dit par Samuel L. Jackson
« Les détails et symboles de ta vie ont été construits selon un plan délibéré, destiné à t’amener à croire ce que les Blancs disent de toi. Tâche, s’il te plaît, de te souvenir que ce qu’ils croient, de même que ce qu’ils te font et t’obligent à supporter ne porte pas témoignage de ton infériorité mais de leur cruauté et de leur peur ». Il est plus que jamais indispensable d'écouter la parole, de lire les mots de l'écrivain afro-américain James Baldwin (1924-1987), qui sont la chair et l'âme de ce magnifique documentaire réalisé de main de maître par le cinéaste haïtien Raoul Peck. Un film qui évoque l'Histoire américaine à travers le destin tragique de trois leaders incontestés de la lutte des Noirs : Medgar Evers, mort assassiné le 12 juin 1963. Malcolm X, mort assassiné le 21 février 1965. Martin Luther King Jr, mort assassiné le 4 avril 1968... lire la suite
Lorgues : samedi 17 à 16h, dimanche 18 a 21h30
Résultat de recherche d'images pour "affiche chaque jour est une fete"
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Emily Dickinson, A Quiet Passion
Écrit et réalisé par Terence DAVIES
GB 2016 2h04mn VOSTF
avec Cynthia Nixon, Jennifer Ehle, Jodhi May, Keith Carradine, Catherine Bailey, Emma Bell…
Il est des films, trop rares, qui vous retournent l'âme dès le premier plan et ne vous la rendent que lorsque la lumière se rallume, vous laissant hébété, avec l'impression d'avoir vécu une expérience artistique bouleversante. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Il est des portraits filmés d'artistes qui parviennent à approcher, à travers leur réalisation même, le génie de l'auteur évoqué. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Tout le monde ne sera pas d'accord, mais j'assume ! Revenons à cette première séquence qui fait tout décoller : un pensionnat de jeunes filles dans la Nouvelle Angleterre puritaine du milieu du xixe siècle. C'est sans doute la fin de l'année, à l'heure des choix, et la directrice demande solennellement aux jeunes filles de réaffirmer leur foi. Toutes les pensionnaires s'exécutent, sauf une : elle proclame son droit de ne pas savoir, de douter. Un face-à-face s'engage qui se conclut par : « Mademoiselle Dickinson vous serez seule dans votre rébellion ! »... lire la suite
Lorgues : dimanche 18 à 19h, lundi 19 à  21h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Django
Réalisé par Etienne COMAR
France 2017 1h58mn
avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya, Bimbam Merstein, Gabriel Mirété, Vincent Frade, Johnny Montreuil, Raphaël Dever, Patrick Mille...
Scénario d’Etienne Comar et Alexis Salatko
Django, dont on n'a plus besoin de dire le nom. Unique, inimitable, Django le manouche, génie de la gratte, figure incontournable de l’histoire du jazz à qui il apporta sa patte, son swing, son style, mais surtout son âme : l’âme manouche. L’âme manouche, cela pourrait être le sous-titre de ce biopic qui n’en est pas tout à fait un et qui – comme récemment Neruda et Jackie de Pablo Larrain – ne s’attache qu’à une période précise et déterminante du parcours de son protagoniste : on gagne en intensité ce qu'on perd en années… Resserré sur quelques mois, les plus sombres sans doute de la trop courte existence de Django Reinhardt (il est mort à 43 ans), le film se déroule sous l’occupation, quand Paris, étouffé par la botte nazie, tente de respirer dans les bals clandestins les derniers parfums d’une liberté confisquée... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 14 à 16h05, vendredi 16 et samedi 17 à 18h30 et dimanche 18 à 14h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Nothingwood
Réalisé par Sonia KRONLUND
Documentaire France / Afghanistan 2017 1h25mn VOSTF
avec l'incroyable Salim Shaheen, ses non moins incroyables actrices et acteurs et le peuple cinéphile d'Afghanistan...
Festival de Cannes 2017 : Quinzaine des réalisateurs
Dans l'histoire du cinéma, les faiseurs de grands navets sont de deux types. Il y a ceux gonflés de pouvoir et d'argent qui réussissent à faire financer leur mégalomanie par l'industrie du cinéma. Le cinéma français en compte quelques uns, on vous laisse le plaisir de les repérer (un indice ou deux sur l'un des plus éminents d'entre eux : il est communément désigné par les trois lettres initiales de ses prénom et nom et il est par ailleurs philosophe)… Mais il y a une autre catégorie beaucoup plus intéressante et rigolote : les fêlés dont la passion dévorante et enfantine du cinéma les pousse, en dépit de toute règle, de tout canon esthétique, à réaliser leurs films à tout prix, et souvent sans aucun moyen si ce n'est un enthousiasme qu'ils réussissent à rendre suffisamment contagieux pour entraîner quelques complices dans l'aventure... lire la suite
Le Vox (Fréjus) mercredi 14, samedi 17 et dimanche 18 à 14h, 18h30, 21h, jeudi 15, vendredi 16 et mardi 20 à 15h, 18h30 et 21h, lundi 19 à 15h, 18h, 21h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Churchill
Réalisé par Jonathan TEPLITZKY
GB 2016 1h38mn VOSTF
avec Brian Cox, Miranda Richardson, John Slattery, James Purefoy, Ella Purnell...
Scénario d’Alex Von Tunzelmann 
Un film ne peut évidemment pas suffire pour faire le tour de cette emblématique figure dont l’envergure et l’étoffe sont dignes des plus grands héros de fiction. La gouaille, le panache, le verbe mais aussi et surtout le sens du devoir autant que celui, comme inné, de l’histoire : Winston George Churchill est un monument à lui tout seul. Comme un film tout entier ne saurait suffire pour embrasser son légendaire embonpoint et encore moins sa longue et passionnante existence, Jonathan Teplitzky et son scénariste ont donc eu la bonne idée de ne surtout pas chercher à faire le tour de la question, impossible aventure, mais plutôt de tenter d’en restituer une parcelle de la complexité, d’en saisir un peu de l’esprit, d’en cerner les contours. Le projet est captivant car il nous éclaire sur un destin hors du commun en le cueillant à un moment tout particulier où le basculement de l’histoire va de pair avec les fêlures les plus intimes... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 14 et samedi 17 à 14h, 18h30 et 21h, jeudi 15, vendredi 16, lundi 19 et mardi 20 à 15h, 18h30 et 21h, dimanche 18 à 16h20, 18h30 et 21h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
L'Amant Double
Écrit et réalisé par François OZON
France 2017 1h47mn
avec Marine Vacht, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset, Myriam Boyer, Dominique Reymond...
Librement adapté du roman Lives of the twins de Rosamond Smith alias Joyce Carol Oates. Festival de Cannes 2017 : sélection officielle, en compétition
Comment se réinventer à chaque film ? Quelques mois seulement après la sortie de son précédent opus, François Ozon remet du gaz dans ses turbines à fiction, pousse le manche à fond et le curseur dans le noir foncé… Lointainement inspiré d’un obscur roman policier de Joyce Carol Oates (publié sous le pseudo de Rosamond Smith), L’Amant double décrit à sa manière les paradoxes d'Ozon, sa gémellité avec un autre lui-même, tordu et alambiqué, quand son apparence tenterait de nous vendre un premier de la classe, gendre idéal et auteur mainstream divertissant. Après l’œuvre romanesque à laquelle se prêtait un fiévreux Pierre Niney dans Frantz, voici une histoire qui invite à des lectures superposées du réel et s’amuse à nous embrumer de ses fausses pistes. Une jeune femme, Chloé, en proie à d’importantes poussées dépressives, débute une psychothérapie. Proie idéale d’un bon vieux transfert, elle tombe raide dingue de Paul, son psy, et s’installe bientôt avec lui. Mais, intriguée par plusieurs incohérences biographiques de son amant, elle en vient à s’interroger sur une possible double vie de celui-ci. Réalité ou fantasme ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 14, samedi 17 et dimanche 18 à 16h et 21h, jedui 15 à 21h, vendredi 16 et mardi 20 à 15h, lundi 19 à 18h30
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Rodin
Écrit et réalisé par Jacques DOILLON
France 2017 1h59mn
avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Bernard Verley, Anders Danielsen Lie...
Festival de Cannes 2017 : Sélection officielle, en compétition
La tradition veut qu'un film ne soit pas montré avant sa première projection dans le grand palais des Festivals lorsqu'il est sélectionné pour la compétition cannoise. Mais des rumeurs nous parviennent qui laissent présager le meilleur, pour un sujet de taille : Rodin, formidable personnage dont Lindon semble être le double, tourmenté, passionné, acharné au travail et amoureux de la glaise qui le rattache à cette terre… matériau que Rodin place avant tous les autres dans sa hiérarchie personnelle, devant le bronze, la pierre, le bois, l'or même. Une glaise qu'il pétrit, caresse, frappe, plie, bat revenant sans cesse sur son ouvrage, des mois, des années, jamais satisfait… à quel moment une œuvre a-t-elle atteint sa plénitude ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 14 à 18h30, jeudi 15 et lundi 19 à 15h, vendredi 16 et mardi 20 à 21h, samedi 17 et dimanche 18 à 16h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 

Les Fantômes d’Ismaël
Réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2017 1h50mn
avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Laszlo Szabo, Hippolyte Girardot...
Scénario d'Arnaud Desplechin, Julie Peyr et Léa Mysius. Festival de Cannes 2017 : Film d'ouverture

Après l'oubli – assez incompréhensible – par le comité de sélection du très beau Trois souvenirs de ma jeunesse il y a deux ans, Arnaud Desplechin est de retour dans la sélection officielle du Festival de Cannes, hors compétition – il s'en fiche probablement un peu et nous aussi – mais en ouverture. Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël bien des références, des chassés-croisés, de simples clins-d’œil ou des échos plus intimes à la filmographie d’Arnaud Desplechin, et plus largement au cinéma qu’il affectionne, qui le nourrit, qu’il admire.
Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël un hommage à peine dissimulé aux héroïnes hitchcockiennes, en particulier celles de Vertigo (le personnage interprété par Marion Cotillard se prénomme Carlotta…) ou de Rebecca : femmes à la beauté excessive et sauvage ou à la grâce plus froide et discrète dont les âmes sont traversées par la passion amoureuse, les fantômes du passé ou l’éternelle question de l’identité. Mais on peut bien évidemment plonger avec Ismaël et ses fantômes en étant vierge de toutes traces cinéphiles, le voyage n’en sera pas moins agréable, ni moins fort, peut-être même sera-t-il encore plus surprenant, plus déconcertant. C’est un film à tiroirs, un puzzle, un subtil assemblage de morceaux de vies éclatés, comme Desplechin les affectionne. Un film où la fiction dans la fiction se joue de nous et des codes classiques de narration, où le fantastique n’est jamais très loin. Un récit qui caresse comme pour s’en moquer les histoires d’amour tourmentées de ces pantins faits de chair et de mélancolie, puis qui glisse doucement vers la farce avant de se tourner comme par erreur vers le film d’espionnage et de finir dans les beaux draps de la comédie dramatique, sous lesquels, immanquablement, s’agite le trio amoureux (un homme, deux femmes). Autant dire que vous serez un peu baladé au milieu de ces personnages un peu fous… fous d’amour ou de regrets, fous de l’irruption inattendue des fantômes du passé, fous de la laborieuse fabrication d’un film, fous d'être promenés dans les arcanes des services secrets internationaux…

En dire trop serait sacrilège… alors voilà ce qu’en dit le maître de marionnettes : « C'est le portrait d'Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n'y rien comprendre. C'est le portrait d'Ismaël, un réalisateur de films qui traverse sa vie sans n'y rien comprendre non plus. C'est le retour d'une femme, d'entre les morts. C'est aussi un film d'espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock… » Ismaël (Mathieu Amalric, qui ré-endosse ici l'identité d'Ismaël Vuillard qu'il avait dans Rois et reine) – pas plus que Bloom, son maître en même temps que son exbeau-père – ne se remet pas de la mort de sa jeune épouse Carlotta, disparue il y a vingt ans. Il vit cependant une relation forte avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg), astrophysicienne discrète mais passionnée : il l'aime, elle l'aime aussi, ils sont heureux, voilà tout. Mais à la veille du tournage de son nouveau film, consacré au portrait d'Ivan, personnage largement inspiré par son frère, Carlotta, pourtant déclarée officiellement morte, revient. Et bouleverse tout. Sylvia s'enfuit… Ismaël refuse que Carlotta revienne dans sa vie. Il a peur de devenir fou, s'échappe du tournage et s'enferme dans sa maison familiale à Roubaix. Peut-être qu’en tirant les ficelles des personnages de son film, loin du monde, il parviendra à recomposer les fragments passés et présents de sa tumultueuse existence… (Utopia)


CGR (Draguignan) :  mercredi 14 ,  à 17h30, jeudi 15 et dimanche 18 à 20h, vendredi 16 et mardi 20 à 14h, samedi 17 et lundi 19 à 10h50
Lorgues: mercredi 14 à 20h20 et samedi 17 à 20h
Salernes : mercredi 14 à 20h30, vendredi 16 à 18h, samedi 17 à 20h30 et mardi 20 à 18h
Le Luc : mercredi 14 à 20h30, vendredi 16 à 19h, samedi 17 à 18h
Cotignac : mercredi 14 à 20h30, vendredi 16 et mardi 20 à 18h

Ce qui nous lie
Écrit et réalisé par Cédric KLAPISCH
France 2016 1h53mn
avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil, Jean-Marc Roulot...
Scénario de Cédric Klapisch et Santiago Amigorena

Ce qui nous lie, c'est une histoire de terroir, de racines qu'on ne peut jamais complètement ignorer, jamais complètement oublier. Tout démarre par le retour de Jean, après dix ans de silence, de rupture. Rupture avec sa famille, avec l'entreprise familiale, mais surtout avec un père rigoureux, sévère, omnipotent, issu d'une longue lignée de viticulteurs à la dent dure. Pourtant, lorsque Jean apprend que ce dernier n'a plus que peu de temps à vivre, le voilà qui réapparait, sourire hésitant aux lèvres, baluchon sur le dos, au bout de la route qui serpente au milieu des vignes. On a beau faire, on a beau partir loin, vous rattrapent un jour, tel un boomerang, les saveurs aigre-douces de l'enfance, ses égratignures. C'est la générosité d'un plat qui vous remémore ceux de grand-mère. C'est un peu de sang dans la bouche qui vous rappelle quelques inénarrables chahuts entre frangins. Ce sont les couleurs de l'automne sur les feuilles de vigne qui vous parlent des vendanges passées, ou le fumet d'un vin qui vous replonge vers les chais des ancêtres…Tous ces petits riens insignifiants qui peaufinent une personnalité, forment un goût, donnent envie de le partager.

Il y a sans doute un peu de tout cela qui monte à la gorge de Jean quand il pénètre dans la vaste cour qu'il quitta gringalet à la peau douce pour y revenir en solide barbu que chacun peine quelques instants à reconnaître. L'accueil va être mitigé, entre joie exubérante pour les uns, tristesse et colère pour les autres. Si sa sœur Juliette aussitôt lui ouvre les bras, son petit frère Jérémie se montre sévère, ne voulant rien oublier, ni pardonner… Eux deux n'ont eu d'autre choix que de rester, de ne pas lâcher le domaine, d'assumer seuls les responsabilités qui incombaient à leur aîné. Mais les choses dures enfin dites, au besoin sans ménagement, il est clair qu'un même amour ne les a pas lâchés et anime leur parcours… L'amour du terroir, du travail bien fait, du vin qui raconte à chaque gorgée la vie des hommes, leurs choix, leurs sensibilités. Et avant qu'ils ne le formulent eux-mêmes, on commence à percevoir ce qui les lie… Sans réussir toutefois à imaginer si ce sera suffisant pour raccommoder les déchirures, rattraper les moments manqués, ni ce que sera la chute… En attendant on n'a plus envie de les lâcher et on va boire leur histoire jusqu'à la dernière goutte, comme étonnés de s'être si vite attachés à ces inconnus. Enivrés par leurs ivresses, leurs liesses communicatives, leurs coups de blues, leurs coup de gueules. Avec eux on se prendra à guetter les saisons. On rêvera de vendanges ! De « Paulée » !

C'est fou le chemin que l'on va parcourir avec cette fratrie indomptable dans sa Bourgogne natale ! Un véritable conte initiatique parsemé de mots magiques : Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet, Meursault… Comme quoi il n'est pas forcément besoin de partir loin pour beaucoup voyager : les plus belles visites sont celles que l'on fait dans le cœur des hommes et des femmes, de leurs passions, de leurs envies de transmettre. Et à travers cette belle aventure profondément humaine, on sent que Cédric Klapisch nous parle de la sienne, qu'il est en train de nous susurrer qu'il en va de la paysannerie, de la viticulture, de tous les métiers artisanaux comme il en va de tous les arts et du sien également… Il y a là un cousinage qu'il ne renie pas. Un plaisir de déguster sans rien recracher, pas comme les gens trop policés aux culs et lèvres pincées ! Son plaisir, celui de ses acteurs est palpable, communicatif…

CGR (Draguignan) : Tous les jours à 10h50, 13h30, 15h30, 18h et 20h15

Adieu Mandalay
Écrit et réalisé par Midi Z
Taïwan/Birmanie 2016 1h48mn VOSTF
avec Kai Ko, Wu Ke-Xi...

Notre ethnocentrisme naturel nous pousse naturellement à voir la crise migratoire tant médiatisée sous l'angle unique d'un Occident qui serait assailli par des hordes de milliers voire de millions de femmes et d'hommes venus des pays du Sud et de l'Est. L'occidental a tendance à oublier sur le sujet deux petites choses : que les hommes, de tous temps et depuis le début des grandes civilisations, ont migré au gré des guerres, des conquêtes, des catastrophes climatiques, économiques ou des crises géopolitiques. Et surtout que ce ne fut et que ce n'est pas le triste privilège du monde occidental.
Grâce soit rendue au remarquable film du jeune cinéaste d'origine birmane Midi Z de remettre les pendules à l'heure sur le sujet (même s'il doit, à juste titre, se ficher complètement du nombril des occidentaux). Car dans Adieu Mandalay, il est question d'une immigration fort peu connue de nous, celle des Birmans qui vont chercher sinon fortune du moins un sort meilleur pour leur famille dans la Thaïlande voisine. Une émigration de proximité qui amène évidemment son lot d'abus et de déni des droits humains, perpétrés par les passeurs d'abord, puis par tous les petits patrons qui profitent de la précarité des migrants.

Mais si Adieu Mandalay captive et émeut autant, c'est que le film est avant tout une troublante aventure humaine, inspirée au réalisateur par un fait divers qui l'avait marqué, lui le Birman qui avait eu la chance de faire ses études à l'étranger et avait profité du soutien financier de ses proches partis travailler en Thaïlande.
Au tout début du film, on suit un groupe entier qui franchit la frontière, puis le récit va se consacrer à un couple, Liangqing et Guo. Un couple qui nait dans l'exil puis va se retrouver séparé par la vie et les choix différents de chacun. Car le jeune homme et la jeune femme ont des aspirations tout à fait différentes. Lui ne souhaite que gagner suffisamment d'argent grâce à son travail, aussi ingrat soit-il, pour envoyer de l'argent au pays et pouvoir rentrer au plus vite. Elle tout au contraire est ambitieuse, refuse de se laisser humilier, elle veut obtenir coûte que coûte des papiers thaïlandais, est prête à tout pour éviter un travail physiquement difficile à l'usine et rêve d'un avenir probablement loin de la Birmanie.

Le cinéaste passe très habilement de l'observation sociale à celle plus intime du couple, dont les déchirements sont à l'image de ceux de la jeunesse birmane. La mise en scène privilégie la plupart du temps un réalisme minutieux, qui crée un très fort sentiment d'authenticité. Il y a quelques scènes impressionnantes, comme celle où un collègue de notre couple se blesse cruellement à l'usine et est évacué manu militari, quasiment sans soins. Mais il y aussi une vraie recherche plastique, volontiers contemplative, à la fois dans la manière dont est filmée l'usine (magnifique jeu sur les fumées crachées par les machines) et dans les séquences qui se déroulent dans les petits villages perdus dans la jungle où se passent les tractations frontalières (on peut penser parfois aux ambiances vaporeuses des films d'Apichatpong Wheerasethakul). Le côté tragédie grecque d'un récit maîtrisé de bout en bout renforce l'impression de voir s'affirmer un grand talent (Midi Z a réalisé trois longs métrages avant celui-ci, tous trois inédits en France).


CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 18h (suivi de l'apéritif Entretoiles)

Tunnel
Écrit et réalisé par KIM Seong-hun
Corée du Sud 2016 2h07mn VOSTF
avec Ha Jung-woo, Bae Du-na, Oh Dal-su, Park Jin-woo, Joo Suk-tae...
D'après le livre de So Jae-won

Le titre ouvre clairement la voie, et le début du film s'y engouffre sans détours inutiles. En route pour retrouver sa famille – sa femme l'attend avec impatience pour fêter l'anniversaire de leur fille – Jeong-soo, vendeur de voiture convaincu et convaincant, est pris au piège dans un tunnel qui s’écroule. Sans perdre de temps avec l’habituelle introduction des personnages qui a tendance à éterniser la première partie de la plupart des films catastrophe, Tunnel empoigne son sujet alors que le générique vient tout juste de se terminer. L’impressionnante scène d’effondrement – effets spéciaux imparables – laisse place au drame survivaliste qui se développe et qui, à l’inverse de la plupart des autres œuvres s’inscrivant dans ce registre, explore son contenu à partir de l’incident et non l’inverse.

En plus de bousculer les spectateurs, ce renversement narratif permet d’étudier les différents protagonistes qui sont tous confrontés à une situation extrême : Jeong-soo, bien sûr, tente de survivre, c'est une occupation à plein-temps ; Se-hyun, son épouse, communique régulièrement avec son mari tout en portant le poids et le jugement du pays qui se demande si le gigantisme des moyens déployés n'est pas disproportionné pour sauver un seul et unique survivant ; Dae-kyong, le chef de l’opération de sauvetage, doit quant à lui trouver un équilibre entre valeurs éthiques et obligations administratives… Tout cela est très habilement et intelligemment agencé…
L’apparition d’une deuxième personne accidentée – une jeune femme flanquée d'un chien assez marrant – dans les décombres permet de renouveler le récit, qui évite ainsi de tomber dans l’automatisme, tout en introduisant des questionnements sur l’intégrité de Jung-soo, puisqu'il doit désormais partager ses maigres vivres… et les réserves d'énergie de son téléphone portable.

Mélangeant les genres et les registres avec une belle énergie qu'on retrouve dans la plupart des films coréens, Tunnel fait alterner sans cesse le drame et la comédie. Plus d'une fois des situations plutôt drôles ont des conséquences dramatiques, et vice-versa. On citera juste la séquence où l'essai d'un collier anti-aboiement sur le chien cité plus haut entraînera un nouvel éboulement, ou encore ce gros plan ingénieux lorsque Jeong-soo est contraint de boire sa propre urine.
Le film porte par ailleurs un regard féroce sur l'attitude de la presse et des autorités coréennes. Tandis que les officiels pensent en chiffres et en visibilité médiatique, les journalistes font fi de l'éthique la plus élémentaire pour fournir du contenu sensationnaliste – la séquence avec les drones est à ce titre l’un des moments les plus drôles du film. Enfin, le scénario évoque une forme de culpabilité nationale, conséquence (in)directe du tragique incident du ferry Sewol et des problématiques de sécurité. Au final un vrai divertissement spectaculaire qui oublie d'être idiot et qui capte notre attention de bout en bout. (Utopia)


CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 20h30

Marie-Francine
Réalisé par Valérie LEMERCIER
France 2017 1h35mn
avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès...
Scénario de Valérie Lemercier et Sabine Haudepin

Valérie Lemercier est épatante dans la peau de Marie-Francine, grande fille un peu lunaire, décalée et attachante, désespérément incapable d'avoir l'air d'avoir la maturité qui sied habituellement aux femmes de son âge. Le nez rivé à son microscope, à observer des microbes s'agiter, elle n'a pas vu filer le temps, prenant la vie comme elle venait sans compter les heures ni les ans, satisfaite de son petit bout de bonheur, sans désir d'un ailleurs…
Mais il y a des jours où tout se met de traviole, les catastrophe s'enchaînent, tout se déglingue sans qu'on ait anticipé une seule seconde : ravie de voir son mari chéri venir la chercher au boulot, elle tombe sur ses jolies fesses quand il lui annonce qu'il prend la tangente pour une minette de 32 ans qu'elle n'avait même pas remarquée. Elle n'a pas encore séché la grosse larme qui lui brouille le microscope que, dans la foulée, son patron la vire sans ménagement !

Notre Marie-Francine se retrouve donc, quasi du jour au lendemain, en quête d'un toit et d'un nouveau job pour son cinquantième anniversaire… Une aventure que beaucoup connaissent par les temps qui courent puisqu'il est devenu banal que les grands enfants, rendus au chômage et au célibat, retournent chez leurs vieux parents… même qu'une sociologue canadienne les a baptisés « la génération boomerang » : en 2013, sur 4,5 millions de majeurs vivant chez leurs géniteurs, plus d'un million avaient vécu seuls avant de revenir aux sources pour une durée indéterminée… et le nombre ne cesse depuis de croître.
A-t-on idée de s'appeler Marie-Francine ! On se doute qu'avec un nom pareil, elle a les parents assortis : une mère déjantée ravie de reprendre du service et de ressortir les vieilles gâteries infantilisantes comme si la puberté de fifille avait commencé hier, tandis que pépère grogne en permanence, vu que son train-train s'en trouve perturbé. Pas question d'ailleurs de changer leurs habitudes et de rendre sa chambre de jeune fille à Marie Francine, vu que maman y a pris ses quartiers, loin des ronflements d'un mari accro à la télé, pas fâchée d'une indépendance dont elle use avec ravissement… Et les deux s'accordent pour tenter de recaser au plus vite l'esseulée avec un gentil mari qui la prendrait en charge, organisant des rencontres qui énervent beaucoup Marie-Francine ramenée au rôle d'adolescente attardée.
Faute de trouver du boulot, elle finit tout de même par accepter de prendre du service dans la boutique de cigarettes électroniques dont ses parents lui jurent que c'est un métier d'avenir. De fait c'est là qu'elle va rencontrer Miguel, un gentil type, pas crétin du tout qui, comme elle, perdant sa copine et son boulot, est retourné vivre chez ses parents, adorable couple de travailleurs portugais à la retraite. Il n'ose pas trop lui parler de ce retour obligé au bercail, pas plus qu'elle ne l'avoue… et il n'a rien du gendre idéal dont les parents de Marie-Francine rêvaient.

C'est fendard, mais c'est aussi touchant et juste, et Valérie Lemercier réussit là un joli film dans l'air du temps, un film « à la fois personnel et populaire, Lemercier soigne les détails de sa mise en scène comme on polirait un bijou fantaisie… ». C'est le Monde qui l'écrit et on ne saurait mieux dire, on ajoutera simplement que les parents – Hélène Vincent et Philippe Laudenbach – sont formidables et drôles, et Timsit tout à fait convaincant dans un rôle de garçon qui n'a pas les caractéristique du prince charmant, mais ferait craquer la plus pimbêche des filles… avec une sorte de présence qui s'impose en douceur et en bienveillance. Quant à Valérie… on l'adore, juste, émouvante, même quand elle nous fait marrer.

CGR (Draguignan) : mercredi 14, samedi 17 et dimanche 18 à 16h, 18h et 20h15, jeudi 15, vendredi 16 et mardi 20 à 10h50, 13h45, 16h, 18h, et 20h15, lundi 19 à 10h50, 13h45, 16h, 18h et 20h30

I Am Not Your Negro
I AM NOT YOUR NEGROÉcrit et réalisé par Raoul PECK
Documentaire France / USA 2016 1h33mn VOSTF
Écrit par James Baldwin et Raoul Peck. Texte dit par Samuel L. Jackson

« Les détails et symboles de ta vie ont été construits selon un plan délibéré, destiné à t’amener à croire ce que les Blancs disent de toi. Tâche, s’il te plaît, de te souvenir que ce qu’ils croient, de même que ce qu’ils te font et t’obligent à supporter ne porte pas témoignage de ton infériorité mais de leur cruauté et de leur peur »
« Humainement, personnellement, la couleur n'existe pas, politiquement elle existe. » James Baldwin

Il est plus que jamais indispensable d'écouter la parole, de lire les mots de l'écrivain afro-américain James Baldwin(1924-1987), qui sont la chair et l'âme de ce magnifique documentaire réalisé de main de maître par le cinéaste haïtien Raoul Peck. Un film qui évoque l'Histoire américaine à travers le destin tragique de trois leaders incontestés de la lutte des Noirs : Medgar Evers, mort assassiné le 12 juin 1963. Malcolm X, mort assassiné le 21 février 1965. Martin Luther King Jr, mort assassiné le 4 avril 1968. À travers leur personnalité et leur parcours, à travers leur combat, à travers les pouvoirs, les puissances, les croyances, les préjugés qu'ils ont dû affronter, I am not your negro (quel titre !) nous donne un éclairage passionnant sur l'évolution et l'état actuel de nos sociétés.

James Baldwin, jeune écrivain ouvertement homosexuel, avait quitté les États-Unis ségrégationnistes et homophobes pour rejoindre en 1948 le Paris Rive gauche et bohème de l'après guerre, bien plus ouvert. Mais au début des années 60, alors que débutait la lutte pour les droits civiques aux USA, il se lie d'amitié avec les trois leaders cités plus hauts, malgré leurs différences, malgré leurs divergences. Leurs assassinats(pour Medgar Evers, le jour même de le déclaration de John Kennedy sur les droits civiques !) inspirent le texte splendide qui accompagne le film en voix off et qui est le fil directeur reliant les images d'archives et les interviews de Baldwin lui-même. Une des premières séquences d'interview télé met en lumière, de manière tragiquement ironique, le profond ancrage de la pensée raciste ordinaire : ça se passe en 1965, un journaliste persuadé d'être bienveillant rappelle à son invité que « les Noirs ont connu de nombreux progrès récents, et qu'on les voit même dans les publicités » ! L'écrivain rétorque que tant qu'on parlera comme cela des Noirs, rien ne sera réglé…

Nombre d'images d'archives sont saisissantes… On croit avoir tout vu de la connerie crasse des théories racistes, mais dans cet extrait où une blanche ségrégationniste déclare que si Dieu peut pardonner le meurtre ou l'adultère, il ne pardonnera jamais la fin de la ségrégation à l'école… on se dit que la réalité peut dépasser la fiction. On citera encore ces images terrifiantes de visages – y compris d'enfants – déformés par la haine quand, en 1957, la jeune Dorothy Counts, 15 ans, est la première collégienne noire d'un État du Sud à tenter de rentrer dans un collège blanc, encadrée par des policiers qui la protègent.

Le film de Raoul Peck – réalisateur entre autres de Lumumba, splendide portrait du leader africain – restitue toute la grandeur, toute la dignité, toute l'intelligence du combat pour la justice et les droits civiques des Afro-américains, aujourd'hui confrontés au racisme de l'Etat Trump. Il n'est probablement pas indifférent que Raoul Peck soit haïtien, citoyen du premier pays à s'être libéré par ses propres moyens du joug colonial, face à ce qui était alors la première armée occidentale au monde, celle de Napoléon. Et comme le rappelait James Baldwin, la liberté ne se donne pas, elle se prend. C'est ce qu'on fait les Haïtiens, sans attendre l'abolition de l'esclavage accordé par les dominants. Black Lives Matter ! (Utopia)

Lorgues : samedi 17 à 16h, dimanche 18 a 21h30

Emily Dickinson, A Quiet Passion
JUSTE LA FIN DU MONDEÉcrit et réalisé par Terence DAVIES
GB 2016 2h04mn VOSTF
avec Cynthia Nixon, Jennifer Ehle, Jodhi May, Keith Carradine, Catherine Bailey, Emma Bell...

Il est des films, trop rares, qui vous retournent l'âme dès le premier plan et ne vous la rendent que lorsque la lumière se rallume, vous laissant hébété, avec l'impression d'avoir vécu une expérience artistique bouleversante. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Il est des portraits filmés d'artistes qui parviennent à approcher, à travers leur réalisation même, le génie de l'auteur évoqué. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Tout le monde ne sera pas d'accord, mais j'assume !

Revenons à cette première séquence qui fait tout décoller : un pensionnat de jeunes filles dans la Nouvelle Angleterre puritaine du milieu du xixe siècle. C'est sans doute la fin de l'année, à l'heure des choix, et la directrice demande solennellement aux jeunes filles de réaffirmer leur foi. Toutes les pensionnaires s'exécutent, sauf une : elle proclame son droit de ne pas savoir, de douter. Un face-à-face s'engage qui se conclut par : « Mademoiselle Dickinson vous serez seule dans votre rébellion ! » Cette scène résume le destin de celle qui sera reconnue – seulement à titre posthume – comme une des plus grandes poétesses américaines. Emily Dickinson restera jusqu'au bout un esprit libre, refusant de se conformer aux injonctions de la religiosité ambiante, pleinement consciente de la condition sociale inférieure qui lui est faite en tant que femme. Mais elle passera le plus clair de sa vie au près de sa famille et gardera sa révolte pour elle, sans la transmettre au monde si ce n'est par ses poèmes. De là la réputation un peu absurde qui lui fut accolée de poétesse dépressive, voire dérangée – étiquette régulièrement collée au front des grandes artistes femmes. Elle vivra de plus en plus recluse, ne s'adressant même aux étrangers, à la fin de sa vie, qu'à travers l’entrebâillement des portes.
Terence Davies restitue à Emily Dickinson toute sa complexité et fait même d'elle, du moins dans la première partie de sa vie, un être doté d'un humour redoutable, capable avec sa sœur et meilleure amie, suffragette particulièrement impertinente et cynique, de balancer des vannes vachardes et autres répliques assassines. Donc, aussi étonnant que cela puisse paraître, le film de Terence Davies est aussi un film drôle, aux dialogues délicieusement ciselés et incisifs, par exemple quand les deux sœurs remettent à leur place leur tante idiote et bigote.

Le grand talent du réalisateur britannique est d'avoir réussi à intégrer à son récit les poèmes d'Emily Dickinson, faisant du film lui-même une œuvre poétique. Dès sa jeunesse, à peine le séminaire abandonné, Emily se levait chaque nuit pour écrire, avec l'espoir secret d'être un jour publiée. Ses interrogations bouleversantes, de plus en plus graves alors que l'âge avance, alors que la vie se fait cruelle, que ses proches disparaissent ou s'éloignent, rythment le récit. Et la mise en scène superbe de précision traduit bien le monde qui s'assombrit autour de la poétesse, avec cette scène inoubliable où l'on voit vieillir les protagonistes, ou ces inserts pour évoquer la guerre de Sécession, grande rupture dans la vie d'Emily Dickinson.
À travers les couleurs, la lumière, la musique, le film suit les états d'âme et de création de l'artiste : lumière douce pour toute la première partie, la jeune femme semble être un modèle de Vermeer ; couleurs sombres pour la fin du film, contrastant avec les robes blanches que l'héroïne choisit de porter à la mort de sa mère…

Lorgues : dimanche 18 à 19h, lundi 19 à  21h

Django
Réalisé par Etienne COMAR
France 2017 1h58mn
avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya, Bimbam Merstein, Gabriel Mirété, Vincent Frade, Johnny Montreuil, Raphaël Dever, Patrick Mille...
Scénario d’Etienne Comar et Alexis Salatko


Django, dont on n'a plus besoin de dire le nom. Unique, inimitable, Django le manouche, génie de la gratte, figure incontournable de l’histoire du jazz à qui il apporta sa patte, son swing, son style, mais surtout son âme : l’âme manouche. L’âme manouche, cela pourrait être le sous-titre de ce biopic qui n’en est pas tout à fait un et qui – comme récemment Neruda et Jackie de Pablo Larrain – ne s’attache qu’à une période précise et déterminante du parcours de son protagoniste : on gagne en intensité ce qu'on perd en années… Resserré sur quelques mois, les plus sombres sans doute de la trop courte existence de Django Reinhardt (il est mort à 43 ans), le film se déroule sous l’occupation, quand Paris, étouffé par la botte nazie, tente de respirer dans les bals clandestins les derniers parfums d’une liberté confisquée.

1943. Django, au sommet de son art, reconnu, adulé, fait swinguer le tout Paris aux Folies Bergères avec son quintet. Comme bon nombre d’artistes français de cette époque, on joue devant un parterre composé en partie d’officiers allemands, sans trop se soucier du chaos lointain, ni de ce qui se trame aux quatre coins de l’Europe. Django a sa guitare, sa famille, sa canne à pêche, son public et une certaine immunité acquise par sa célébrité et son talent… Cette guerre, c’est celle des gadjos, certainement pas la sienne.
Mais l’Allemagne en veut toujours plus et l'agent du guitariste négocie avec l'occupant une magistrale tournée qui le mènerait à Berlin, orchestrée par la propagande nazie, pour le bon plaisir des hauts officiers du Reich, avec, aux premiers rangs Gœbbels et peut-être même Hitler. Flairant le danger, Django décide alors de fuir en zone libre, aidé par la belle et mystérieuse Louise De Klerk, une vieille connaissance, amatrice éclairée de jazz, reine des nuits parisiennes, admiratrice fidèle, et peut-être encore plein d’autres choses plus ou moins secrètes, plus ou moins avouables…
A Thonon-les-Bains, il va attendre plusieurs semaines le moment propice pour un passage en Suisse. Entouré de sa famille proche – sa femme enceinte, sa mère qui est aussi sa costumière et son meilleur impresario, son frère qui l’accompagne sur scène – mais aussi de sa famille de cœur et d’histoire – les habitants d'un camp tzigane rencontrés sur place – Django va découvrir la terrible réalité de son temps.

Avec ce qu’il faut de fiction et d’entorses bienveillantes à la réalité, Django nous offre le portrait admiratif – mais pas toujours aimable – d’un musicien hors norme qui va voir sa vie et son art bouleversés au contact de l’horreur en marche. Si les scènes de concerts sont remarquablement filmées et rendent toute l’énergie vitale de ce jazz manouche, la manière dense et pudique dont le film traite de l’oppression puis de l’extermination du peuple tzigane est particulièrement émouvante.
À travers ce personnage mythique interprété par Reda Kateb avec le talent, la grâce, la gouaille dandy qu'on lui connaît, Django interroge la place de l’artiste et de l’art dans ces moments terribles de l’histoire où la poésie et la liberté sont elles aussi pourchassées, parquées, exécutées. Si le film s’ouvre sur le roi du swing parisien, il évolue peu à peu vers quelque chose de plus mélancolique et se referme sur le « Requiem pour mes frères tziganes » pour orgue, orchestre et chœur. Jouée une seule fois à la Libération, cette messe funèbre dont la partition est aujourd’hui perdue fut dédiée par Django à tous les Tziganes massacrés pendant la Seconde Guerre mondiale.(Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 14 à 16h05, vendredi 16 et samedi 17 à 18h30 et dimanche 18 à 14h

Nothingwood

AURORERéalisé par Sonia KRONLUND
Documentaire France / Afghanistan 2017 1h25mn VOSTF
avec l'incroyable Salim Shaheen, ses non moins incroyables actrices et acteurs et le peuple cinéphile d'Afghanistan...
Festival de Cannes 2017 : Quinzaine des réalisateurs

Dans l'histoire du cinéma, les faiseurs de grands navets sont de deux types. Il y a ceux gonflés de pouvoir et d'argent qui réussissent à faire financer leur mégalomanie par l'industrie du cinéma. Le cinéma français en compte quelques uns, on vous laisse le plaisir de les repérer (un indice ou deux sur l'un des plus éminents d'entre eux : il est communément désigné par les trois lettres initiales de ses prénom et nom et il est par ailleurs philosophe)… Mais il y a une autre catégorie beaucoup plus intéressante et rigolote : les fêlés dont la passion dévorante et enfantine du cinéma les pousse, en dépit de toute règle, de tout canon esthétique, à réaliser leurs films à tout prix, et souvent sans aucun moyen si ce n'est un enthousiasme qu'ils réussissent à rendre suffisamment contagieux pour entraîner quelques complices dans l'aventure. On pense évidemment à Ed Wood, immortalisé par Tim Burton, qui s'acharna à tourner ses films fantastiques ou de SF fauchés au nez et à la barbe du Hollywood des années 1950… Et aujourd'hui vous allez découvrir, au cœur des montagnes d'Afghanistan, l'extraordinaire Salim Shaheen qui, en quelques décennies, malgré les vicissitudes des guerres et occupations successives, a réussi à tourner quelques 110 films de genre : mélo social, films de guerre, de kung fu… qu'il réalise et dont il est généralement la vedette principale. Une carrière débordante qui a fait de lui une star incontestée au quatre coins de son pays.

Salim Shaheen n'avait rien pour devenir cinéaste. Issu d'un milieu populaire et extrêmement traditionnel, illettré même s'il ne l'avoue jamais : enrôlé de force tout jeune dans l'armée afghane sous contrôle soviétique, il a failli mourir lors d'une attaque des talibans (ce qu'il raconte dans un de ses films). Et puis le virus du cinéma et une bonne dose de goût pour la gloire ont changé son destin. La réalisatrice Sonia Kronlund, scénariste, documentariste, bien connue pour son émission quotidienne de documentaire Les Pieds sur terre sur France Culture, passionnée par l'Iran et l'Afghanistan, avait eu vent au cours de ses reportages de l'incroyable destin de ce personnage hors du commun. Avec son opérateur (Alexander Nanau, réalisateur roumain du très beau Toto et ses sœurs) elle a suivi Shaheen sur un de ses tournages à Bamyan, tristement réputé pour ses bouddhas géants détruits par les talibans, tournage qui est aussi l'occasion de la projection d'un de ces films. C'est l'occasion de mesurer la ferveur qui l'entoure, venue d'une population heureuse de se voir à l'écran. Car au-delà des codes de Bollywood et du cinéma d'action américain (Shaheen vénère Rambo), le prolifique réalisateur afghan met en scène les petites gens de la rue, mais aussi les gendarmes ou militaires, à qui il demande souvent de jouer leur propre rôle dans des situations tour à tour touchantes ou burlesques. On pourrait également évoquer les incroyables acteurs qui l'accompagnent, notamment cette star masculine souvent travestie dans les films, dont on peut questionner l'homosexualité cachée avant de découvrir son épouse et ses enfants, quelque peu circonspects devant le jeu – avec le feu – de leur mari et père.

Devant tant de passion sincère et d'énergie créative, on se dit, nonobstant tout jugement critique, que la magie première du cinéma réside bien là aussi. Et elle est ici d'autant plus agissante qu'elle nous permet d'avoir un regard moins caricatural sur un pays et un peuple trop souvent cantonnés au registre des reportages tragiques et morbides.

Le Vox (Fréjus) mercredi 14, samedi 17 et dimanche 18 à 14h, 18h30, 21h, jeudi 15, vendredi 16 et mardi 20 à 15h, 18h30 et 21h, lundi 19 à 15h, 18h, 21h

Churchill
Réalisé par Jonathan TEPLITZKY
GB 2016 1h38mn VOSTF
avec Brian Cox, Miranda Richardson, John Slattery, James Purefoy, Ella Purnell...
Scénario d’Alex Von Tunzelmann

Un film ne peut évidemment pas suffire pour faire le tour de cette emblématique figure dont l’envergure et l’étoffe sont dignes des plus grands héros de fiction. La gouaille, le panache, le verbe mais aussi et surtout le sens du devoir autant que celui, comme inné, de l’histoire : Winston George Churchill est un monument à lui tout seul.

Comme un film tout entier ne saurait suffire pour embrasser son légendaire embonpoint et encore moins sa longue et passionnante existence, Jonathan Teplitzky et son scénariste ont donc eu la bonne idée de ne surtout pas chercher à faire le tour de la question, impossible aventure, mais plutôt de tenter d’en restituer une parcelle de la complexité, d’en saisir un peu de l’esprit, d’en cerner les contours. Le projet est captivant car il nous éclaire sur un destin hors du commun en le cueillant à un moment tout particulier où le basculement de l’histoire va de pair avec les fêlures les plus intimes. C’est donc bel et bien une parenthèse temporelle que privilégie le film, minuscule si on la rapporte aux 60 années de la carrière militaire et politique du vieux lion. Une parenthèse décisive pour l’histoire, qui commence quelques jours avant le 6 Juin 1944 et s’achève à peine quelques jours après. On pourrait être frustré de ce condensé historique, on est au contraire comblé, parce que l’intensité est au rendez-vous, parce que l’instant, historique puisqu’il s’agit de l’opération Overlord, est vécue en coulisses et que la force de l’instant se passe de tous les artifices de mise en scène. Nous sommes dans un dispositif qui s’approche plus du théâtre que de la spectaculaire reconstitution historique : il en a l’intelligence et la puissance narrative.
Sans jamais verser dans le grandiloquent, cette bio singulière mise sur le charisme, l’ambivalence et la prestance de son sujet, privilégiant dialogues et joutes oratoires entre les différents protagonistes. Cela donne lieu à quelques scènes virtuoses, souvent graves, parfois drôle ou bouleversantes, où l’éloquence de Churchill, tyran porté sur la bouteille autant que sur le verbe, et de ses interlocuteurs (Le roi Georges VI, sa femme Clem ou les généraux alliés) nous laissent à voir l’homme inspiré et complexe qu’il était.

Face à la mer, Churchill affronte ses démons. Bien des années après, il porte encore sur ses épaules le poids de la catastrophe de Gallipoli quand, alors premier Lord de L’Amirauté Britannique, il envoya à la mort des milliers de soldats britanniques et alliés. Le souvenir des cadavres flottant sur l’écume lui revient violemment en mémoire en ce mois de Juin 1944 à l’heure où les préparatifs du débarquement sur les côtes normandes se précisent… Churchill craint désormais que le jour J ne se transforme en une nouvelle bataille des Dardanelles et va tout faire pour convaincre Eisenhower, Montgomery et le Haut Commandement Allié de changer le plan du D day. Mais l’histoire est en marche, Churchill n’est déjà plus le lion rugissant qu’il était et doit faire face au doute, à la vieillesse qui le rattrape mais, surtout, au déclin de son propre pouvoir, de sa capacité à diriger le pays. Le grand homme n'est-il plus que l'ombre de lui-même ou parviendra-t-il une fois encore à rebondir ? Nous connaissons la suite, mais lui, en cet instant magique de la fiction, pas encore…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 14 et samedi 17 à 14h, 18h30 et 21h, jeudi 15, vendredi 16, lundi 19 et mardi 20 à 15h, 18h30 et 21h, dimanche 18 à 16h20, 18h30 et 21h


L'Amant Double
Écrit et réalisé par François OZON
France 2017 1h47mn
avec Marine Vacht, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset, Myriam Boyer, Dominique Reymond...
Librement adapté du roman Lives of the twins de Rosamond Smith alias Joyce Carol Oates. Festival de Cannes 2017 : sélection officielle, en compétition

Comment se réinventer à chaque film ? Quelques mois seulement après la sortie de son précédent opus, François Ozon remet du gaz dans ses turbines à fiction, pousse le manche à fond et le curseur dans le noir foncé… Lointainement inspiré d’un obscur roman policier de Joyce Carol Oates (publié sous le pseudo de Rosamond Smith), L’Amant double décrit à sa manière les paradoxes d'Ozon, sa gémellité avec un autre lui-même, tordu et alambiqué, quand son apparence tenterait de nous vendre un premier de la classe, gendre idéal et auteur mainstream divertissant. Après l’œuvre romanesque à laquelle se prêtait un fiévreux Pierre Niney dans Frantz, voici une histoire qui invite à des lectures superposées du réel et s’amuse à nous embrumer de ses fausses pistes.
Une jeune femme, Chloé, en proie à d’importantes poussées dépressives, débute une psychothérapie. Proie idéale d’un bon vieux transfert, elle tombe raide dingue de Paul, son psy, et s’installe bientôt avec lui. Mais, intriguée par plusieurs incohérences biographiques de son amant, elle en vient à s’interroger sur une possible double vie de celui-ci. Réalité ou fantasme ?

Ce n’est pas tant, dans L’Amant double, les ressorts de l’intrigue qui nous accaparent que la savante horlogerie scénaristique qui va faire basculer ce thriller érotique en une fable tordue sur les pouvoirs de l’imaginaire et la transcendance dans la névrose. Orchestré comme une véritable enquête policière (mais une enquête intime où le corps serait autant l’objet du crime que son arme fatale), le film déroule son programme de révélations avec une science toute chirurgicale. Aux images rassurantes du petit couple modèle (la belle jeune fille idéaliste et le psy attentif) succèdent peu à peu les séquences enfonçant l’intrigue dans un trouble de plus en plus intense et volontiers malsain… Que veut exactement Paul ? Quel est le sens de ce passé qu’il tenterait, selon Chloé, de cacher ? Où se situe la ligne de démarcation entre le réel et le fantasme ?
Comme toujours chez Ozon, l’image est belle et l’auteur applique ce bon vieux précepte : plus l’histoire s’enfoncera dans le malsain et l’inquiétude, plus l’esthétique générale devra être léchée et rassurante. Lignes claires, symétries harmonieuses et torsions mentales meurtrières… Et, comme souvent chez l’auteur, les références cinéphiliques deviennent vite un moteur créatif : Hitchcock pour la précision mécanique, Polanski pour le désordre domestique et Cronenberg pour tout ce qui pourrait relever du spoiling si nous allions plus loin… Disons juste que, en cette affaire, rien ne pourra nous rassurer dans ce que nous avions envisagé et que le tandem Marine Vacth/Jérémie Rénier s’amusera à nous laisser croire à ce que la bande-annonce avait tenté de nous vendre…

Film puissant qui invite l’inconscient au banquet des amours frustrées, poème tordu pointant les bases cliniques de la passion, fable sexuelle qui joue des faillites du désir et des charmes menteurs de la possession, L’Amant double est sans doute le plus ozonien des films de son auteur. Peut-être même un film sur le rapport à son œuvre et à la lecture contradictoire qui en est faite par le public, la critique et son auteur. Et il assène cette vérité aussi fascinante que dérangeante, l’une des multiples définitions du cinéma : un plaisir solitaire vécu en groupe où l’on croit regarder les plaies du héros quand ce sont ces mêmes plaies qui nous regardent…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 14, samedi 17 et dimanche 18 à 16h et 21h, jedui 15 à 21h, vendredi 16 et mardi 20 à 15h, lundi 19 à 18h30

Rodin
Écrit et réalisé par Jacques DOILLON
France 2017 1h59mn
avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Bernard Verley, Anders Danielsen Lie...
Festival de Cannes 2017 : Sélection officielle, en compétition

La tradition veut qu'un film ne soit pas montré avant sa première projection dans le grand palais des Festivals lorsqu'il est sélectionné pour la compétition cannoise. Mais des rumeurs nous parviennent qui laissent présager le meilleur, pour un sujet de taille : Rodin, formidable personnage dont Lindon semble être le double, tourmenté, passionné, acharné au travail et amoureux de la glaise qui le rattache à cette terre… matériau que Rodin place avant tous les autres dans sa hiérarchie personnelle, devant le bronze, la pierre, le bois, l'or même. Une glaise qu'il pétrit, caresse, frappe, plie, bat revenant sans cesse sur son ouvrage, des mois, des années, jamais satisfait… à quel moment une œuvre a-t-elle atteint sa plénitude ?

Paris 1880, quand commence le film, le talent Rodin commence à être remarqué et il reçoit à quarante ans sa première commande de l'État, initialement destinée au Musée des arts décoratifs : la porte de l'Enfer, inspirée par « L'Enfer » de Dante où souffrent pour l'éternité les hommes punis pour avoir cédé à leurs passions, le deuxième cercle étant réservé à ceux qui se sont laissés emporter par leurs désirs charnels, bousculés pour l'éternité par un tourbillon venteux qui semble animer cette œuvre gigantesque de 6 mètres sur 4 qu'il retouchera jusqu'à sa mort et qui ne sera fondue en bronze qu'une dizaine d'années après sa disparition.
Rodin, le sensuel, l'infidèle, restera toute sa vie avec la même femme, Rose Beuret, rencontrée alors qu'à vingt ans elle était apprentie couturière. Elle devint son modèle, puis leur relation devint plus routinière. Grande fille terrienne à la forte présence, c'est elle qui entretenait l'atelier, préparait à manger pour tous ceux qui venaient travailler avec le Maître et les maternait tous, fidèle à cet homme impossible à combler et qui n'a jamais cessé jusqu'à son dernier souffle d'être amoureux des femmes : quand Camille Claudel vient le voir dans son atelier, elle ne veut rien d'autre que sculpter. Il a 42 ans, elle en a tout juste 19, elle est pleine de vie et sa fantaisie joyeuse, l'intensité de son regard séduisent Rodin autant que son talent. Elle sera sa muse, son apprentie, sa collaboratrice, sa maîtresse… Suivront dix ans de passion partagée, d'admiration réciproque, de complicité auxquels Camille mettra un terme.
« Je suis venu chez vous, lui dira celui qui fut un temps son secrétaire, Rainer Maria Rilke (qu'on retrouve dans le film Lou Andreas-Salomé dans cette même gazette), pour demander comment il faut vivre. Et vous m'avez répondu : en travaillant ». Une réponse que Doillon reprend à son compte, dans un film exigeant tourné dans les lieux mêmes ou vécut Rodin : sa maison de Meudon. On imagine qu'il n'est pas anodin de se glisser ainsi dans des lieux empreints d'une telle présence : le lit qui trône dans la chambre était celui de Rodin, il mangeait assis à la table de la salle à manger et l'atelier où Lindon s'affronte à la glaise est celui où il travaillait, accueillait ses assistants, ses visiteurs… on imagine qu'il ne pouvait que se produire une forme d'identification qui se ressent à travers des images dont les couleurs ne sont jamais agressives, mais sensuelles, fortes et douces. Troublant voyage dans le temps que la vision de la silhouette de Lindon rend encore plus concret tant il semble « ancré au sol », familier de ce décor.

Toutes les œuvres du film ne sont pas des originaux, mais des reproductions réalisées par une dizaine de sculpteurs qui restituent les étapes et mécanismes de la création avec toutes les techniques qu'utilisait Rodin : assemblage, fragmentation, agrandissement : ne pas trahir les gestes, donner à sentir l'œuvre de création en train de naître. Le musée Rodin a ouvert son immense documentation, prêté sculptures, outils ou accessoires, ajoutant à la touche poétique et humaine un petit plus d'authenticité.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 14 à 18h30, jeudi 15 et lundi 19 à 15h, vendredi 16 et mardi 20 à 21h, samedi 17 et dimanche 18 à 16h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :


×