Au(x) cinéma(s) du 14 au 20 octobre

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Et d'abord notons le beau succès que fut mercredi dernier la projection Entretoiles de Bird people de Pascale Ferran où nous n'étions pas loin d'une centaine, ce qui montre bien qu'il y a une vraie demande de cinéma de qualité !
La prochaine fois, Entretoiles vous invitera à une soirée italienne avec deux films de Paolo  Sorrentino (dont vous pouvez voir Youth en ce moment) : La grande Belezza et Il Divo. Ce sera le mercredi 18 novembre, mais on vous en reparlera !

Cette semaine, place aux "petits cinémas" : c'est eux qui font l'événement ! A Cotignac et au Luc, vous pouvez voir Much loved, un film marocain audacieux et interdit chez lui. A Lorgues, au Luc et à Cotignac, c'est Marguerite que Catherine Frot incarne merveilleusement. On pourra aussi voir Mémoires de jeunesse et  Amy, documentaire sur la grande chanteuse, à Lorgues.
Au Vox, Adama, un film d'animation très intéressant à voir en famille, et à ne pas manquer : un film qui "parie sur l'intelligence, la curiosité et l'ouverture au monde et aux autres des jeunes spectateurs" ! Mais aussi Love Is All You Need, comédie sentimentale caustique danoise. Et toujours Fatima, un magnifique portrait de femme...
Et pour finir, une autre perle :  "un beau conte social et ludique" : La Vie en grand à ne pas manquer non plus à Cotignac !
A CGR, pas de ciné club, mais le festival du court métrage dont vous trouverez le programme ci-dessous.
Voilà : vous savez tout, et moyennant quelques kilomètres, il y a de quoi se mettre sous la dent !

Par ailleurs, nous ne saurions trop recommander à ceux qui n'ont pas renouvelé leur adhésion, de le faire : il faut remplir le bulletin ci-dessous et le renvoyer avec la cotisation !

Bonne semaine de cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 14 AU 20 OCTOBRE 2015

 

Much Loved
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Much Loved
Écrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...
C'est un film audacieux qui balaie fièrement les obscurantismes, les préjugés faciles et surtout les grandes hypocrisies, les uns se nourrissant des autres. D'ailleurs ça n'a pas manqué : dans son pays d'origine, le Maroc, Much loved a fait l'effet d'une bombe. Censure préalable du film, qui ne sera probablement montré que clandestinement, attaques très violentes contre l'équipe allant jusqu'aux menaces explicites de mort contre le réalisateur et son actrice principale, la géniale Loubna Abidar… Alors même que ses contradicteurs ne l'ont généralement pas vu, le film déchaine les réactions de haine. Et pourtant c'est bien un formidable film d'amour. De quel crime parle-t-on ? Celui de montrer sans stigmatisation ni édulcoration le quotidien de quatre prostituées marocaines, dans un pays où cette activité est officiellement interdite, mais pourtant omniprésente... lire la suite
Cotignac : vendredi 21h
Le Luc : mercredi 21h et jeudi, samedi à 18h
Le Vox (Fréjus) : mercredi à 18h15 et 20h30, jeudi et samedi à 14h et 20h30, vendredi et mardi à 18h15, dimanche à 20h30, lundi à 14h et 17h45
Youth
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Youth
Écrit et réalisé par Paolo SORRENTINO
Italie/GB 2015 1h58mn VOSTF
avec l'irrésistible duo Michael Caine – Harvey Keitel et Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda...
Au cœur des Alpes suisses, dans un grand hôtel réservé aux plus fortunés, où tout ne devrait être que luxe, calme et volupté, nous allons en fait côtoyer une belle bande d'agités : un jeune acteur en plein questionnement sur son prochain rôle, un couple qui semble ne jamais échanger le moindre mot, un ancien footballeur argentin en surpoids (eh oui, c'est lui), Miss univers en personne, un guide de montagne probablement plus habitué au charme spartiate d'un refuge, une masseuse de l'hôtel qui se rêve danseuse, une jeune prostituée désabusée… Mais nous fréquenterons surtout, pour notre plus grand plaisir, un vieux réalisateur venu travailler à ce qui devrait être son film-testament et son meilleur ami, un chef d'orchestre à la retraite. Ce dernier se verra proposer par un émissaire de la reine d'Angleterre de reprendre la baguette pour diriger un morceau particulier à la fête d'anniversaire du prince Philip. Il opposera un refus ferme et définitif à cette demande pour une raison que nous apprendrons plus tard… Mais n'est-ce pas de toute façon le privilège de l'âge de pouvoir se détacher de certaines obligations et se permettre d'envoyer paître la reine d'Angleterre ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi à 20h30, jeudi à 18h, samedi à 18h15, dimanche à 20h40, mardi à 16h et 20h30
Mémoires de jeunesse
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Mémoires de jeunesse
Réalisé par James KENT
GB 2015 2h09mn VOSTF
avec Alicia Vikander, Kit Harington, Taron Egerton, Colin Morgan, Emily Watson, Hayley Hatwell, Dominic West, Miranda Richardson...
Scénario de Juliette Towhidi, d'après les ouvrages et la correspondance de Vera Brittain
C'est un film aussi beau et romanesque que bouleversant, une fresque historique et intime qui nous plonge au cœur de la tragédie que fut la première guerre mondiale tout en brossant le portrait passionnant d'une femme passionnante : Vera Brittain. Tout commence paradoxalement par une scène de liesse. Nous sommes en 1918 dans les rues de Londres et tout le monde fête l'armistice. Dans la foule, une belle jeune femme garde un visage grave, étrangère à l'allégresse générale. Son regard est celui d'une génération perdue, décimée, passée de l'innocence à la conscience de l'indicible. Cette femme, c'est Vera Brittain, qui deviendra quelques années plus tard une grande écrivaine et une militante anti-guerre acharnée... lire la suite
Lorgues : mercredi 19h et dimanche 18h
Fatima
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Fatima
Écrit et réalisé par Philippe FAUCON
France 2015 1h19mn
avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Chawki Amari, Mehdi Senoussi, Franck Andrieux, Yolanda Mpele...
Scénario librement inspiré des ouvrages de Fatima Elayoubi
Fatima, c'est plus qu'un magnifique portrait de femme, c'est le portrait d'une foultitude d'autres et même, en filigrane, celui de notre société. C'est un film qui vient plonger au plus profond de nous-mêmes, nous bousculer à tel point qu'il sera impossible de regarder de la même manière les passantes inconnues que l'on croise dans la rue têtes nues ou discrètement voilées. Il n'y a qu'une chose à faire : éteindre complètement son portable, se lover dans son siège préféré puis se laisser porter pendant une petite heure dix neuf minutes où tout est merveilleusement dit et montré, avec une justesse de ton et une élégance discrète qui confirment que Philippe Faucon est décidément un grand cinéaste (on n'a pas oublié Samia, Dans la vie, le prémonitoire La Désintégration…). Et au fait, plus que jamais : arrivez à l'heure ! Il est impensable de louper le premier plan !... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, vendredi, samedi, dimanche et mardi à 14h, 18h10 et 20h30 - jeudi et lundi à 14h et 18h10
Marguerite
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Marguerite
Réalisé par Xavier GIANNOLI
France 2015 2h07mn
avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Christa Théret, Denis Mpunga, Sylvain Dieuaide, Aubert Fenoy...
Scénario de Xavier Giannoli, avec la collaboratio de Marcia Romano
Florence Foster Jenkins était une richissime américaine qui se rêvait diva. Persuadée d'être une grande soprano, elle fut beaucoup moquée, mais termina son étonnante carrière sur un concert mémorable à Carnegie Hall (les billets s'arrachèrent des semaines à l'avance, on refusa un monde fou). La particularité de cette grande originale était de ne pas s'entendre chanter, et donc d'être parfaitement inconsciente de la fausseté de sa voix. Loin de briser sa carrière dans l'œuf, ce petit inconvénient ne l'a pas empêchée de laisser une trace indélébile dans l'histoire du chant lyrique : Orson Welles s'en est d'ailleurs inspiré pour créer le personnage de l'épouse de son Citizen Kane, et on dit même que Hergé s'en est nourri pour créer la Castafiore que croise Tintin dans une de ses aventures les plus célèbres. Mais si son histoire a été le point de départ du film, Xavier Giannoli en fait une évocation toute personnelle et superbe, fatalement cocasse mais aussi pleine d'ambigüité, de beauté, d'émotions contradictoires, d'humanité, de poésie... lire la suite
Lorgues : mercredi 21h20, samedi et dimanche 20h30, lundi 19h
Cotignac : jeudi 21h et dimanche 18h
Le Luc : mercredi, dimanche : 18h - jeudi, samedi : 21h
Le Vox (Fréjus) : mercredi, vendredi, samedi, dimanche et mardi à 15h45 - jeudi et lundi à 15h45 et 20h
La Vie en grand
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La Vie en grand
Réalisé par Mathieu VADEPIED
France 2015 1h33mn
avec Balamine Guirassy, Ali Bidanessy, Guillaume Gouix, Joséphine de Meaux, Léontina Fall...
C'est un beau conte social et ludique que les bonnes fées Eric Toledano et Olivier Nakache ont décidé d'accompagner sur le chemin des écrans. Oui, le duo Toledano/Nakache, auteurs du triomphalIntouchables et du trop sous estiméSamba, ont produit ce premier film de Mathieu Vadepied, qui avait été leur talentueux chef opérateur. Mathieu Vadepied était un relatif inconnu qui vouait une passion à l'Afrique et aux Africain(e)s, qui s'intéressait de près aux gamins de banlieue, à leurs qualités, leurs défauts, leurs paradoxes, à la manière aussi dont ils sont trop souvent stigmatisés. Et quand il a décidé de mettre tout ça dans un film, les deux réalisateurs/producteurs ont dit banco ! Pas vraiment étonnant parce qu'on retrouve dans La Vie en grand les qualités qui ont fait la force d'Intouchables : une vision lucide d'une société clivée se combinant avec un optimisme jubilatoire, une confiance volontariste dans tous les possibles qui permettent de surmonter les obstacles... lire la suite
Cotignac : vendredi 18h et dimanche 15h
Adama
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Adama
Réalisé par Simon ROUBY
Film d'animation France 2015 1h22mn
Scénario de de Julien Lilti et Simon Rouby
Pour les enfants à partir de 9 ans
C’est un pari magnifique, presque insensé dans le monde souvent formaté du film d’animation. Le pari d’un conte initiatique qui s’enracine dans l’une des pages d’histoire les plus dramatiques du monde occidental moderne, mais à hauteur d’enfant. Le pari d’un récit au fil d’un extraordinaire voyage qui va des grands plateaux africains aux tranchées de Verdun. Le pari d’une animation aux mille et un visages, qui a su prendre le meilleur des techniques anciennes ou dernier cri sans perdre ni son âme ni sa générosité. Mais surtout le pari de miser sur l’intelligence, la curiosité, l’ouverture au monde et aux autres des jeunes spectateurs. C’est dire si nous recommandons plus que chaudement la vision en famille d’Adama qui parvient, avec poésie, force et beauté, à brasser des sujets complexes sans jamais être pesant ou donneur de leçons, et en gardant à l’esprit la dimension divertissante indispensable aux jeunes spectateurs... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : dimanche 14h - lundi 20h
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Love Is All You Need
Réalisé par Susanne BIER
Danemark 2012 1h55mn VOSTF
avec Trine Dyrholm,Pierce Brosnan, Molly Blixt Egelind, Sebastien Jessen, Paprika Steen...
Scénario de Anders Thomas Jensen
Un titre, Love is all you need, qui sonne comme un dialogue de romans photos hors d'âge, un acteur principal, Pierce Brosnan, ex-espion de sa majesté, qui incarne l'éternel chic européen dans les films hollywoodiens, un cadre, la baie de Naples, presque caricaturalement idyllique… On pouvait nourrir quelques craintes de gnan-gnantisme aigu face à cette comédie sentimentale entre le Danemark et l'Italie.
Et pourtant la réalisatrice Susanne Bier (auteure de quelques belles réussites dont la plus marquante est sans douteAfter the wedding, avec le désormais célèbre Mads Mikkelsen…) évite quasiment tous les écueils en déroulant une histoire d'amour inattendue et touchante, tout en faisant preuve d'une jubilatoire acidité caustique, détournant ainsi les codes du genre.
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Le Vox (Fréjus) : jeudi 19h
Amy
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Amy
Réalisé par Asif KAPADIA
Documentaire USA 2015 2h07mn VOSTF
avec Amy Winehouse, Mark Ronson, Tony Bennett...
Amy Winehouse est morte à vingt-sept ans, au pic de sa jeunesse, comme Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrison et Janis Joplin. La disparition de ces idoles rock, à la fin des années 1960, avait donné prise aux fantasmes et aux légendes les plus folles. Quarante ans plus tard, peu de zones d'ombre demeurent autour de la mort de la diva soul londonienne : les images pullulent et s'échangent à flux continu sur la Toile. La caméra suivait déjà la chanteuse bien avant ses premiers enregistrements, quand elle sortait de l'enfance et prenait des poses de princesse sexy pour chanter Happy Birthday à une copine. Elle ne l'a pas quittée, jusqu'au zoom final sur son cadavre roulé dans un drap, disséminé sur les écrans du monde entier.
Amy Winehouse est l'une des premières icônes filmées partout et par tout le monde, de sa naissance (ou presque) à sa mort au cœur de l'été 2011. En piochant dans ce foisonnement de séquences, le cinéaste britannique d'origine indienne Asif Kapadia tisse une chronique dérangeante et triste à pleurer, qui met en lumière, avec une crudité rare, la foire aux célébrités brûlant une jeune femme en peu d'années.
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Lorgues : samedi 18h et lundi 21h20


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Much Loved
MUCH LOVEDÉcrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...

C'est un film audacieux qui balaie fièrement les obscurantismes, les préjugés faciles et surtout les grandes hypocrisies, les uns se nourrissant des autres. D'ailleurs ça n'a pas manqué : dans son pays d'origine, le Maroc, Much loved a fait l'effet d'une bombe. Censure préalable du film, qui ne sera probablement montré que clandestinement, attaques très violentes contre l'équipe allant jusqu'aux menaces explicites de mort contre le réalisateur et son actrice principale, la géniale Loubna Abidar… Alors même que ses contradicteurs ne l'ont généralement pas vu, le film déchaine les réactions de haine. Et pourtant c'est bien un formidable film d'amour. De quel crime parle-t-on ? Celui de montrer sans stigmatisation ni édulcoration le quotidien de quatre prostituées marocaines, dans un pays où cette activité est officiellement interdite, mais pourtant omniprésente pour qui a fréquenté un jour les lieux de nuit des grandes villes marocaines, tout spécialement celles qui attirent touristes et hommes d'affaires en goguette, qu'ils soient Marocains, Européens ou ressortissants des Emirats, ces pays utlra rigoristes qui exportent de nombreux millionnaires en pleine frustration sexuelle et accros aux relations tarifées.

On va suivre, à Marrakech, Nora, Randa, Soukaina et plus tard Hlima. Les premières scènes sont pour le moins explicites. Les trois comparses se rendent, accompagnées de leur toujours serviable chauffeur Saïd, à une fête organisée par des Saoudiens. L'alcool pourtant interdit coule à flots. Rapidement les danses lascives s'enchaînent devant les émiratis enivrés… et la suite ne fait aucun doute. Les propos des filles entre elles sont crus et ont dû choquer autant les notables cannois (Much loved était sélectionné à La Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival) que le Marocain moyen, pourtant conscient de cette réalité : l'une demande à l'autre si elle sait faire un 8 avec ses fesses, puis rigole d'avoir « la chatte en sang » après une nuit avec un client inépuisable et plus tard fait sa toilette intime au Coca pour chasser les règles…
Nabil Ayouch montre la crudité du métier mais pas que ça. Refusant les clichés misérabilistes aussi bien qu'angéliques, il décrit avec tendresse le paradoxe de ces femmes qui donnent parfois leurs corps pour nourrir une famille qui pourtant les méprise, en totale hypocrisie ; il montre aussi la formidable solidarité de ces sœurs de lupanar qui, malgré les engueulades mémorables, se soutiennent envers et contre tout et tous, font bloc dans les moments difficiles, comme quand l'une est tabassée par un client furieux de s'être révélé impuissant ou quand l'autre est violée par un policier, pratique courante dans l'arbitraire de la prohibition prostitutionnelle. Des femmes qui tentent d'aimer aussi, même si tout est réuni pour leur prouver que c'est impossible…

Ce qui génère probablement l'agacement voire la haine de certains et – beaucoup moins nombreuses heureusement – certaines, c'est que Nabil Ayouch (un récidiviste qui avait déjà su gratter la société marocaine là ou ça fait mal dans Ali Zaoua et Les Chevaux de Dieu) fait de ces putes parfois grossières et tonitruantes des héroïnes formidables de générosité et de liberté, incarnées par des actrices non professionnelles non moins formidables qui insufflent à leur personnage une authenticité implacable.(Utopia)


Cotignac : vendredi 21h
Le Luc : mercredi 21h et jeudi, samedi à 18h
Le Vox (Fréjus) : mercredi à 18h15 et 20h30, jeudi et samedi à 14h et 20h30, vendredi et mardi à 18h15, dimanche à 20h30, lundi à 14h et 17h45



Youth
YOUTHÉcrit et réalisé par Paolo SORRENTINO
Italie/GB 2015 1h58mn VOSTF
avec l'irrésistible duo Michael Caine – Harvey Keitel et Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda...

Au cœur des Alpes suisses, dans un grand hôtel réservé aux plus fortunés, où tout ne devrait être que luxe, calme et volupté, nous allons en fait côtoyer une belle bande d'agités : un jeune acteur en plein questionnement sur son prochain rôle, un couple qui semble ne jamais échanger le moindre mot, un ancien footballeur argentin en surpoids (eh oui, c'est lui), Miss univers en personne, un guide de montagne probablement plus habitué au charme spartiate d'un refuge, une masseuse de l'hôtel qui se rêve danseuse, une jeune prostituée désabusée… Mais nous fréquenterons surtout, pour notre plus grand plaisir, un vieux réalisateur venu travailler à ce qui devrait être son film-testament – Harvey Keitel – et son meilleur ami, un chef d'orchestre à la retraite – Michael Caine. Ce dernier se verra proposer par un émissaire de la reine d'Angleterre de reprendre la baguette pour diriger un morceau particulier à la fête d'anniversaire du prince Philip. Il opposera un refus ferme et définitif à cette demande pour une raison que nous apprendrons plus tard… Mais n'est-ce pas de toute façon le privilège de l'âge de pouvoir se détacher de certaines obligations et se permettre d'envoyer paître la reine d'Angleterre ? Cela dit, même à 80 ans, les choses ne sont pas si simples, surtout quand on a une grande fille qui est aussi son agent personnel et qui a des idées bien arrêtées sur ce qu'est la carrière d'un grand maître de la musique…

La présence de ces personnages dans ce lieu de rencontre naturel qu'est l'hôtel va permettre de multiples échanges qui seront source de réflexion et même d'évolution pour certains. La vie, la mort, la création, la beauté, le sens des choix que l'on fait, le temps qui passe, l'amitié, la paternité, l'amour, la fidélité, ce qui nous obsède, ce dont on se souvient, ce que l'on préfère oublier… autant de thèmes évoqués ou sous-entendus lors de ces discussions plus profondes qu'elles n'en ont l'air sur le moment. Cela n'empêche d'ailleurs pas nos octogénaires d'aborder des questions plus terre à terre, comme de s'enquérir chaque jour du nombre de gouttes qu'ils auront réussi à pisser ! Et l'on peut faire confiance à Paolo Sorrentino pour déployer tout au long du film une finesse, une subtilité, une tendresse, une drôlerie qui font tout son prix.
Ce nouveau film de l'italien Sorrentino est tourné en anglais et l'immense Michael Caine prend en quelque sorte le relais de Toni Servillo, l'acteur fétiche du réalisateur, dans le rôle de l'homme d'âge mur impassible, au regard affûté, qui occupe son temps à scruter les habitudes et les manies de ses semblables. Les autres acteurs sont tout autant à leur place dans l'univers de Sorrentino, Paul Dano, parfait, ou Harvey Keitel dont vous n'oublierez pas le face à face avec Jane Fonda.

Plus encore que dans ses précédents films, La Grande bellezza ou Il Divo, l'humour est ici très présent : il s'exprime essentiellement à travers des dialogues savoureux, mais aussi au détour de quelques épatantes trouvailles visuelles, qu'il s'agisse d'un tatouage que nous découvrons petit à petit ou de la surprise rencontrée par une petite fille dans une allée sombre de l'établissement… Bref, un qualificatif résume bien la forte impression que nous fait ce film : brillant ! (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi à 20h30, jeudi à 18h, samedi à 18h15, dimanche à 20h40, mardi à 16h et 20h30


Mémoires de jeunesse
MÉMOIRES DE JEUNESSERéalisé par James KENT
GB 2015 2h09mn VOSTF
avec Alicia Vikander, Kit Harington, Taron Egerton, Colin Morgan, Emily Watson, Hayley Hatwell, Dominic West, Miranda Richardson...
Scénario de Juliette Towhidi, d'après les ouvrages et la correspondance de Vera Brittain 

C'est un film aussi beau et romanesque que bouleversant, une fresque historique et intime qui nous plonge au cœur de la tragédie que fut la première guerre mondiale tout en brossant le portrait passionnant d'une femme passionnante : Vera Brittain. Tout commence paradoxalement par une scène de liesse. Nous sommes en 1918 dans les rues de Londres et tout le monde fête l'armistice. Dans la foule, une belle jeune femme garde un visage grave, étrangère à l'allégresse générale. Son regard est celui d'une génération perdue, décimée, passée de l'innocence à la conscience de l'indicible. Cette femme, c'est Vera Brittain, qui deviendra quelques années plus tard une grande écrivaine et une militante anti-guerre acharnée…

Puis le film nous ramène à l'été 1914, dans le bucolique Derbyshire, au bord d'un lac qui invite à la baignade. Vera est une jeune fille de la bonne société qui vit une existence heureuse et confortable auprès de parents aimants, même si on père fait preuve d'un autoritarisme et d'un conformisme pesants : leur sujet de conflit principal est la volonté irréductible de Vera d'intégrer Oxford. À l'époque, une telle ambition universitaire est hors de propos pour une fille (les premiers diplômes ne seront délivrés aux femmes que dans les années vingt). Mais soutenue par son frère cadet Edward, Vera ne va rien céder et va réussir à rejoindre les bancs de la prestigieuse université britannique. C'est durant ce même été 1914 qu'elle trouve l'amour en la personne avenante de Roland Leighton, un ami de son frère, féru de poésie, romantique exalté et moderne comme certains jeunes hommes savent l'être en cette période qui fait suite à plusieurs décennies victoriennes étouffantes.
L'arrivée de la guerre va évidemment tout changer, tout bouleverser. Roland, Edward et leur ami Victor (profondément bien que discrètement amoureux de Vera) partent gonflés d'élan patriotique sur les terribles champs de bataille de la Somme, eux qui sont passés par les meilleurs et les plus nationalistes lycées militaires. Et Vera, transie d'angoisse pour les hommes de sa vie, va comprendre rapidement que pour l'heure, sa place n'est plus entre les bois séculaires de l'université d'Oxford mais auprès des combattants, à la mesure de ses moyens : elle s'engage donc en tant qu'infirmière volontaire d'abord dans un hôpital londonien puis à proximité du front, dans le terrifiant hôpital de campagne d'Etaples.
La puissance évocatrice du film doit sans doute beaucoup aux récits de Vera Brittain dont il est directement inspiré. Mémoires de jeunesse montre cette guerre d'hommes à travers les yeux d'une femme qui y a participé et dont la vie a définitivement basculé. Sans surenchère ni complaisance, le film n'édulcore à aucun moment l'horreur des combats telle qu'elle apparaît aux équipes soignantes débordées : voir cette scène magnifique – dont on imagine qu'elle a contribué à forger le pacifisme viscéral de la future écrivaine – où Vera recueille les dernières paroles d'un officier allemand agonisant, qui dans son délire la prend pour sa femme sans qu'elle le détrompe, le laissant partir avec un ultime sourire ; ou cette autre dans laquelle l'uniforme ensanglanté d'un des protagonistes est rendu à ses parents pour les convaincre d'abandonner tout espoir même si le corps de leur fils n'a pas été retrouvé.

Le film montre comment toute une génération enthousiaste et prometteuse a été brisée, fauchée en pleine jeunesse ou hantée à jamais par le souvenir de l'horreur, avec la farouche détermination du plus jamais ça. Et la tragédie est d'autant plus saisissante qu'on la voit dans les yeux limpides, le visage lumineux de Vera, incarnée par la merveilleuse actrice suédoise Alicia Vikander…


Lorgues : mercredi 19h et dimanche 18h


Fatima
FATIMAÉcrit et réalisé par Philippe FAUCON
France 2015 1h19mn
avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Chawki Amari, Mehdi Senoussi, Franck Andrieux, Yolanda Mpele..
Scénario librement inspiré des ouvrages de Fatima Elayoubi

 

 

Fatima, c'est plus qu'un magnifique portrait de femme, c'est le portrait d'une foultitude d'autres et même, en filigrane, celui de notre société. C'est un film qui vient plonger au plus profond de nous-mêmes, nous bousculer à tel point qu'il sera impossible de regarder de la même manière les passantes inconnues que l'on croise dans la rue têtes nues ou discrètement voilées. Il n'y a qu'une chose à faire : éteindre complètement son portable, se lover dans son siège préféré puis se laisser porter pendant une petite heure dix neuf minutes où tout est merveilleusement dit et montré, avec une justesse de ton et une élégance discrète qui confirment que Philippe Faucon est décidément un grand cinéaste (on n'a pas oublié Samia, Dans la vie, le prémonitoire La Désintégration…). Et au fait, plus que jamais : arrivez à l'heure ! Il est impensable de louper le premier plan !

Fatima, un prénom de princesse presque devenu un nom commun tant on l'associe aux dames de ménage corvéables à merci, prolétaires de l'ombre destinées à la serpillière. Notre Fatima ne rompt pas avec ce cliché. Le pâle sourire qui illumine son visage débonnaire, son allure de quarantenaire plantureuse, vêtue soigneusement mais sans souci d'effets de mode, son voile qui cache ses cheveux : tout contribue à en faire une Fatima semblable à ces milliers d'autres qu'on voit circuler dans l'indifférence générale de nos cités. Dans la grisaille du petit jour, elle semble presque glisser, anodine et frêle, pour aller travailler dans divers lieux où l'on s'adresse à elle avec une condescendance déshonorante (plus encore d'ailleurs pour ceux qui en font preuve que pour elle qui la subit). Le soir, rentrée à l'appartement, il lui reste encore à affronter l'arrogance de sa plus jeune fille, Souad, qui du haut de ses quinze ans la juge de manière tranchante. Comme si Fatima était le symbole de l'entrave à son intégration, l'empêcheuse de se normaliser en rond. Sa révolte se trompe d'ennemie, elle est le fruit d'une société qui l'incite à avoir honte d'une mère qui n'est bonne qu'à « laver la merde des Français » et qui ne sait même pas parler leur langue…
Heureusement, son aînée, Nesrine, remet un peu sa cadette en place. Elle connaît le prix de l'ascension sociale, les sacrifices maternels pour qu'elle parvienne jusqu'au concours de médecine… Tout un discours tellement ressassé par la voix haut perchée de Fatima que Souad le rejette en bloc et ne veut plus l'entendre. Elle mériterait bien des baffes parfois, et on aurait presque envie de secouer Fatima qu'on pourrait prendre tout d'abord, bêtement, comme le fait une bonne partie de son entourage, pour le prototype de la femme soumise. Progressivement on découvre combien on a tout faux, à quel point on est tombé dans le piège du délit de faciès et on fond d'admiration pour cette bonne femme à la volonté tenace, pour son obstination à ne céder ni à la violence ni au mépris qu'on lui renvoie de toutes parts. Elle a cette force insoupçonnable de celle qui n'a rien à prouver. On peut bien la prendre pour une imbécile, cela n'altère en rien ce qu'elle est, ses mérites. Si elle ne fait pas de vagues, c'est qu'elle reste tendue vers son but, ne s'en détourne jamais : amener ses filles vers un rivage qui l'a elle même rejetée ou en tout cas bien mal accueillie. Et la traversée est tellement semée d'embûches que dans la bataille, cette altruiste s'est tout simplement oubliée, sacrifiant une part d'elle-même.

Plus on rentre dans son intimité, plus on dépasse sa difficulté à s'exprimer, cette barrière de la langue qui crée un fossé infranchissable entre les humains, plus sa beauté intérieure se dévoile, irradie. Personnage complexe et subtil, à l'intelligence vive, aux propos pertinents. On souhaiterait tous avoir une telle Fatima dans sa vie ! Pour l'heure Philippe Faucon nous l'offre dans son film : ne la laissons pas passer !


Le Vox (Fréjus) : mercredi, vendredi, samedi, dimanche et mardi à 14h, 18h10 et 20h30 - jeudi et lundi à 14h et 18h10


Marguerite
MARGUERITERéalisé par Xavier GIANNOLI
France 2015 2h07mn
avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Christa Théret, Denis Mpunga, Sylvain Dieuaide, Aubert Fenoy...
Scénario de Xavier Giannoli, avec la collaboratio de Marcia Romano

Florence Foster Jenkins était une richissime américaine qui se rêvait diva. Persuadée d'être une grande soprano, elle fut beaucoup moquée, mais termina son étonnante carrière sur un concert mémorable à Carnegie Hall (les billets s'arrachèrent des semaines à l'avance, on refusa un monde fou). La particularité de cette grande originale était de ne pas s'entendre chanter, et donc d'être parfaitement inconsciente de la fausseté de sa voix. Loin de briser sa carrière dans l'œuf, ce petit inconvénient ne l'a pas empêchée de laisser une trace indélébile dans l'histoire du chant lyrique : Orson Welles s'en est d'ailleurs inspiré pour créer le personnage de l'épouse de son Citizen Kane, et on dit même que Hergé s'en est nourri pour créer la Castafiore que croise Tintin dans une de ses aventures les plus célèbres. Mais si son histoire a été le point de départ du film, Xavier Giannoli en fait une évocation toute personnelle et superbe, fatalement cocasse mais aussi pleine d'ambigüité, de beauté, d'émotions contradictoires, d'humanité, de poésie…
Il baptise sa diva Marguerite et la fait vivre en France dans les années vingt, période foisonnante aussi bien dans l'évolution des mœurs que dans celle des arts, l'entoure de personnages qui contribuent à donner au film un intérêt et une profondeur bien au-delà du simple récit d'un destin surprenant. Et il a l'idée imparable de confier ce rôle périlleux à une Catherine Frot baroque et bouleversante : des atouts qui devraient bien lui valoir quelque prix à la Mostra de Venise pour laquelle il a été sélectionné.

Marguerite vit dans un décor de rêve : château cossu, lourdes tentures, lumière veloutée, personnel dévoué, mari séduisant dont elle est profondément amoureuse. La mode de l'époque, épatante d'élégance et de sensualité, lui donne belle allure et sa fortune lui vaut la bienveillance ostentatoire d'une petite cour qui se presse dans ses salons pour participer aux soirées musicales qu'elle organise avec un sens du détail où se manifeste sa nature généreuse. Pas de doute, Marguerite sait recevoir et elle a les moyens de ne pas lésiner. Elle est la bienfaitrice d'un groupe de musique qui lui doit son existence, et si des artistes de talent se produisent lors de ses petits concerts privés, elle en est la vedette obligée. Marguerite a pour passion la musique et particulièrement l'opéra. Une passion qui l'absorbe tout entière, la dévore, fait exulter sa vie : elle aime chanter, elle veut chanter et travaille comme une forcenée à exercer sa voix, n'hésite pas à aborder les morceaux les plus ardus qu'elle écorche avec une obstination qui force l'admiration. Pas un de ses prétendus admirateurs n'ose lui dire qu'elle chante horriblement faux, « sublimement faux, divinement faux, sauvagement faux » s'extasie un petit journaliste qui ne va surtout pas le lui répéter mais qui va la convaincre au contraire de se produire devant un vrai public.
Chacun l'encourage : par hypocrisie, par intérêt financier, par lâcheté ou encore parce qu'elle est confondante de gentillesse et que cette passion pour le chant lui est tellement essentielle qu'on imagine qu'elle s'écroulerait si on l'en privait… Chanter est pour elle à la fois souffrance et bonheur, un remède à sa profonde solitude, une tentative désespérée de gagner le cœur d'un mari qui ne sait pas toujours s'il a envie de fuir ou de la protéger, une nécessité pour se sentir vivre, pour ne pas sombrer… Il y a quelque chose de grandiose, de drôle et de tragique dans cette obstination à ne pas voir, à ne pas comprendre les réactions d'un entourage où toutes et tous sont complices du mensonge ambiant.

Catherine Frot impose comme une évidence une Marguerite merveilleuse de candeur, touchante de sincérité parmi une société de profiteurs et de cyniques où chacun triche, trompe, trahit… Fatalement le film est ponctué de quelques grands airs, parmi les plus audacieux du répertoire classique, et si on est d'abord ahuri par cette voix qui déraille, on en arrive à écouter avec curiosité puis on finit par se laisser convaincre et profondément émouvoir par l'expression de cette passion qui autorise toutes les audaces. (Utopia)


Lorgues : mercredi 21h20, samedi et dimanche 20h30, lundi 19h
Cotignac : jeudi 21h et dimanche 18h
Le Luc : mercredi, dimanche : 18h - jeudi, samedi : 21h
Le Vox (Fréjus) : mercredi, vendredi, samedi, dimanche et mardi à 15h45 - jeudi et lundi à 15h45 et 20h

 

La Vie en grand
LA VIE EN GRANDRéalisé par Mathieu VADEPIED
France 2015 1h33mn
avec Balamine Guirassy, Ali Bidanessy, Guillaume Gouix, Joséphine de Meaux, Léontina Fall...

C'est un beau conte social et ludique que les bonnes fées Eric Toledano et Olivier Nakache ont décidé d'accompagner sur le chemin des écrans. Oui, le duo Toledano/Nakache, auteurs du triomphalIntouchables et du trop sous estiméSamba, ont produit ce premier film de Mathieu Vadepied, qui avait été leur talentueux chef opérateur. Mathieu Vadepied était un relatif inconnu qui vouait une passion à l'Afrique et aux Africain(e)s, qui s'intéressait de près aux gamins de banlieue, à leurs qualités, leurs défauts, leurs paradoxes, à la manière aussi dont ils sont trop souvent stigmatisés. Et quand il a décidé de mettre tout ça dans un film, les deux réalisateurs/producteurs ont dit banco ! Pas vraiment étonnant parce qu'on retrouve dans La Vie en grand les qualités qui ont fait la force d'Intouchables : une vision lucide d'une société clivée se combinant avec un optimisme jubilatoire, une confiance volontariste dans tous les possibles qui permettent de surmonter les obstacles.

Le héros de La Vie en grand a quatorze ans et s'appelle Adama, il vit depuis toujours à Stains. Plutôt finaud, il n'en est pas moins considéré comme un cancre : il n'a pas su vraiment s'adapter à l'école ou c'est l'école qui n'a pas su s'adapter à lui… Sa situation familiale n'est pas folichonne : sa mère, obligée de se séparer de son père à cause de la loi sur la polygamie, se débrouille comme elle peut. Mais les petites tracasseries du quotidien – la machine à laver qui tombe en panne, qu'on ne peut pas réparer, qu'on ne peut même pas envisager de remplacer – empoisonnent la vie. Alors, quand son copain Mamadou, onze ans, tombe par hasard sur un savon de shit tombé lors de la cavalcade d'un dealer, la perspective de l'argent facile semble vouloir illuminer le quotidien. D'autant que les deux garçons, repérés par un grand frère qui ne leur veut pas que du bien, vont se lancer un peu forcés dans un trafic de plus en plus pharaonique en direction des lycées des beaux quartiers voisins…
La Vie en grand retrouve la veine de la comédie sociale italienne des années 60 ou celle des premiers films de Robert Guédiguian, quand il tournait des contes réjouissants où les petits voleurs gagnaient à la fin comme dans L'Argent fait le bonheur. Bien loin des clichés réducteurs, moralisateurs et plombants sur la banlieue, La Vie en grand ne tombe pas pour autant dans l'angélisme mais désamorce les situations graves par l'humour, comme dans cette scène très drôle où les deux amis, qui tentent d'être insoupçonnables auprès de l'équipe enseignante, découpent et pèsent les barrettes tout en apprenant les répliques de Marivaux afin de réciter parfaitement leur leçon le lendemain. Car malgré les petites magouilles de la cité, l'école est bien présente, à travers une CPE bienveillante qui impose à Adama un contrat de bonne conduite ou un professeur d'EPS (formidable Guillaume Gouix) qui croit dur comme fer en l'intelligence du môme. Et là encore contrairement aux clichés, c'est bien grâce à un dialogue avec l'école que les deux comparses vont savoir trouver leur voie, par forcément dans les clous rigoureux de la légalité, mais en composant avec elle, et sans que le réalisateur ne porte un jugement.

Pour tout ça, La Vie en grand devrait être proposé fissa aux collégiens et lycéens par tous les enseignants désireux d'ouvrir le débat. Car La Vie en grand propose, intelligemment et sans se prendre au sérieux, quelques clés pour réussir le vivre ensemble.

PS : les deux jeunes acteurs, Balamine Guirassy et Ali Bidanessy, sont aussi épatants que débutants ! (Utopia)


Cotignac : vendredi 18h et dimanche 15h


Adama
ADAMARéalisé par Simon ROUBY
Film d'animation France 2015 1h22mn
Scénario de de Julien Lilti et Simon Rouby
Pour les enfants à partir de 9 ans

C’est un pari magnifique, presque insensé dans le monde souvent formaté du film d’animation. Le pari d’un conte initiatique qui s’enracine dans l’une des pages d’histoire les plus dramatiques du monde occidental moderne, mais à hauteur d’enfant. Le pari d’un récit au fil d’un extraordinaire voyage qui va des grands plateaux africains aux tranchées de Verdun. Le pari d’une animation aux mille et un visages, qui a su prendre le meilleur des techniques anciennes ou dernier cri sans perdre ni son âme ni sa générosité. Mais surtout le pari de miser sur l’intelligence, la curiosité, l’ouverture au monde et aux autres des jeunes spectateurs. C’est dire si nous recommandons plus que chaudement la vision en famille d’Adama qui parvient, avec poésie, force et beauté, à brasser des sujets complexes sans jamais être pesant ou donneur de leçons, et en gardant à l’esprit la dimension divertissante indispensable aux jeunes spectateurs.

C’est bien sûr de la guerre 14-18 qu’il s’agit, mais aussi et surtout de fraternité entre les peuples, en dépit des différences de culture ou de tradition… C’est donc l’histoire d’Adama, jeune gamin d’une douzaine d’année, qui vit dans un village isolé d’Afrique de l’Ouest. Au-delà des falaises, loin de l’univers serein régi par les traditions ancestrales, s’agite le Monde des Souffles. Là où règnent les Nassaras, les étrangers, les blancs – et, pourrait-on ajouter, les colons.
Une nuit, Samba, son frère aîné, disparaît. Il a décidé de partir rejoindre les troupes de l’armée française pour combattre un ennemi dont il ne connaît rien, dans un pays qui lui est totalement étranger. Adama, bravant l’interdit des anciens, décide alors de partir à sa recherche. Il entame, avec la détermination sans faille d’un enfant devenant homme, une quête qui va le mener au-delà des mers, au Nord, jusqu’aux lignes de front du conflit, dans un pays glacé et déjà défiguré par les combats. Nous sommes en 1916…

Le film est une invitation à partager une histoire commune à l’Europe et à l’Afrique. Il est dans sa forme même une expression artistique métissée. Adama n’est pas français, européen ou africain, il n’a d’autre nationalité que son identité artistique hybride, composée des influences graphiques et musicales de l’Afrique, de l’Europe, des Caraïbes, de l’Amérique… En ces temps de repli, de rejet, de confrontation parfois brutale entre les hommes, Adama saisit au vol l’épisode tragique d’une fraternité passée pour peut-être tenter de construire au travers du cinéma celle de demain.


Le Vox (Fréjus) : dimanche 14h - lundi 20h


Love Is All You Need
LOVE IS ALL YOU NEEDRéalisé par Susanne BIER
Danemark 2012 1h55mn VOSTF
avec Trine Dyrholm,Pierce Brosnan, Molly Blixt Egelind, Sebastien Jessen, Paprika Steen...

Un titre, Love is all you need, qui sonne comme un dialogue de romans photos hors d'âge, un acteur principal, Pierce Brosnan, ex-espion de sa majesté, qui incarne l'éternel chic européen dans les films hollywoodiens, un cadre, la baie de Naples, presque caricaturalement idyllique… On pouvait nourrir quelques craintes de gnan-gnantisme aigu face à cette comédie sentimentale entre le Danemark et l'Italie.
Et pourtant la réalisatrice Susanne Bier (auteure de quelques belles réussites dont la plus marquante est sans douteAfter the wedding, avec le désormais célèbre Mads Mikkelsen…) évite quasiment tous les écueils en déroulant une histoire d'amour inattendue et touchante, tout en faisant preuve d'une jubilatoire acidité caustique, détournant ainsi les codes du genre.

Au cœur d'une bonne comédie sentimentale, il y a souvent la rencontre inattendue et compliquée entre deux êtres dont il était écrit que les chemins ne se croiseraient jamais… c'est le cas ici. D'un côté Philip, quinquagénaire anglais installé au Danemark. Depuis la mort accidentelle de sa femme, il se consacre entièrement à son business d'importation de fruits et légumes et cultive un personnage de manager implacable et misanthrope, incapable de toute compassion voire de toute chaleur humaine. De l'autre côté Ida, coiffeuse sensiblement du même âge qui s'est toujours dévouée pour ses enfants désormais grands et pour son mari, un artisan au physique de panda. Mais depuis plusieurs mois elle lutte contre un cancer du sein et sa belle chevelure blonde impeccable est en fait artificielle. Pour couronner le tout, elle revient un jour trop tôt d'un examen à l'hôpital et découvre son confortable époux en pleine action avec sa jeune comptable sur le canapé – tout aussi confortable – du salon. Pour résumer, ce n'est la joie ni pour Ida ni pour Philip, mais s'ils sont malheureux, c'est chacun de leur côté et il n'y a aucune raison pour que ça change…
Et pourtant leurs destins vont entrer en collision de manière fracassante, lors d'un accrochage entre leurs voitures sur le parking de l'aéroport. Et après que Philip se soit énervé contre cette incapable sans cervelle, et après qu'Ida ait fondu en larmes devant tant de malheurs à répétition… ils vont se rendre compte qu'ils vont au même endroit : dans les environs de Sorrente, dans la baie de Naples, où leurs enfants respectifs doivent se marier… Et l'improbable va peu à peu se produire, ces deux êtres que tout oppose (formidablement interprétés par le déjà cité Pierce Brosnan et la fabuleuse actrice danoise Trine Dyrholm, dont vous ne connaissez pas le nom mais que vous reconnaitrez dès que vous la verrez…), sinon le rapprochement de leurs enfants, vont peu à peu s'apprivoiser, apprendre à se connaître et à s'apprécier. Tout cela au fil d'une cérémonie de mariage qui part totalement à vau-l'eau malgré la villa magnifique, malgré le soleil, malgré la mer : la belle sœur de Philip est une vipère qui a toujours eu le béguin pour lui et plombe la noce avec des discours totalement hors de propos, le mari d'Ida débarque avec dans ses bagages sa maîtresse jeune et sans gêne, le futur marié semble avoir soudainement du mal à se consacrer à ses devoirs pré-conjugaux…

Et petit à petit les secrets de chacun se dévoilent, les tempéraments s'affrontent, en un joyeux jeu de massacre qui rappelle un peu, en mode mineur, le célèbre Festen. Susanne Bier réussit à concilier cette causticité parfois hilarante (le mari d'Ida est un génial gougnafier) et un romantisme sincère et parfois très émouvant, comme dans cette scène incroyable où Philip découvre, au détour d'une crique, Ida qui se baigne chauve et nue, offrant son corps meurtri à la Méditerranée éternelle. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : jeudi 19h


Amy
AMYRéalisé par Asif KAPADIA
Documentaire USA 2015 2h07mn VOSTF
avec Amy Winehouse, Mark Ronson, Tony Bennett...

Amy Winehouse est morte à vingt-sept ans, au pic de sa jeunesse, comme Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrison et Janis Joplin. La disparition de ces idoles rock, à la fin des années 1960, avait donné prise aux fantasmes et aux légendes les plus folles. Quarante ans plus tard, peu de zones d'ombre demeurent autour de la mort de la diva soul londonienne : les images pullulent et s'échangent à flux continu sur la Toile. La caméra suivait déjà la chanteuse bien avant ses premiers enregistrements, quand elle sortait de l'enfance et prenait des poses de princesse sexy pour chanter Happy Birthday à une copine. Elle ne l'a pas quittée, jusqu'au zoom final sur son cadavre roulé dans un drap, disséminé sur les écrans du monde entier.
Amy Winehouse est l'une des premières icônes filmées partout et par tout le monde, de sa naissance (ou presque) à sa mort au cœur de l'été 2011. En piochant dans ce foisonnement de séquences, le cinéaste britannique d'origine indienne Asif Kapadia tisse une chronique dérangeante et triste à pleurer, qui met en lumière, avec une crudité rare, la foire aux célébrités brûlant une jeune femme en peu d'années.

Asif Kapadia est un documentariste accrocheur. Amy regorge d'images saisissantes, d'autant plus inédites qu'elles ont été filmées dans l'intimité de la chanteuse. Tous ses proches (même ceux qui dénoncent le film aujourd'hui) sont de la partie et livrent leur témoignage en voix off. On se demande quels pactes diaboliques furent scellés pour qu'il nous soit permis de voir la fille d'East Finchley, un quartier du nord de Londres, voguer d'appartements en chambres d'hôtel, d'auditions en coulisses, de cuite en cuite et d'amoureux en amoureux. Jusqu'aux centres de désintoxication, filmés de l'intérieur par Blake, le beau gosse de Camden avec qui elle a abordé le versant dur de la drogue (crack et héroïne) et pour qui elle était prête à se damner (« Je ferai tout comme toi »). Le pic de la déprime est atteint quand son ange noir, qui maigrit et se décompose au fil de l'histoire, demande à sa douce de chanter, rien que pour lui, dans la chambre de la clinique, une version ultime de Rehab — le tube d'Amy Winehouse sur la dépendance.
Tous ces documents ont pour effet de nous river à l'écran, sans qu'on en soit fier pour autant. Leur vertu est de nous faire communiquer, comme rarement, avec la musique et ses sources… (L. Rigoulet, Télérama)


Lorgues : samedi 18h et lundi 21h20


A CGR cette semaine retrouvez le festival du court métrage « Cours Dragui court » pour sa 9éme édition :

 Vendredi 16 octobre : De 9h00 à 11h30 et de 13h30 à 16h00  Atelier de doublage* Avec les voix française de ROBERT PATTINSON / IAN HARDING / KIRSTEN DUNST / ELIZABETH BANKS / AMANDA SEYFRIED

Techniques et démonstrations de maquillage d’effets spéciaux*

Présentation et extraits du documentaire « Creature Designers the Frankenstein Complex » avec la présence des réalisateurs Alexandre Poncet et Gilles Penso

   Exposition photo**Début des conférences et ateliers à : 9h / 9h50 / 10h40 / 11h30 / 13h30 / 14h20 / 15h10

Samedi 17 octobre :

-          De 11h à 13h : Les coulisses du documentaire « Creature Designers the Frankenstein Complex »

-          De 13h00 à 17h30 : Présentation des films en compétition

Dimanche 18 octobre :

-          A partir de 10h30 : remise des prix

-          12h : Apéritif de clôture

 

 

 

Pour adhérer il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :


 

 

 

 

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