Au(x) cinéma(s) du 15 au 21 février

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Cette semaine, pas de ciné-club, au CGR, c'est les vacances ! La semaine prochaine, c'est nous qui prenons des vacances : on se retrouvera donc le mercredi 1er mars !

On peut quand même voir au CGR La La Land de Damien Chazelle (Whiplash) (en VF hélas), "une bouffée de bonheur" et un documentaire animalier L'Empereur de Luc Jacquet.

Nous avons eu plusieurs réactions de déception, quant aux versions VF de Moi Daniel Blake de Ken Loach. CGR pense que les spectateurs sont plus nombreux à venir quand c'est en VF : la seule chose que nous pourrons faire à l'avenir pour les films ciné-club, c'est de bien préciser les horaires de VO et de VF, afin que chacun aille au cinéma en connaissance de cause ! Changer CGR, c'est plus compliqué !

Ne manquez pas en tous cas de noter dans vos agendas la prochaine soirée Entretoiles, le dimanche 26 février sur le thème "Nos meilleurs amis", avec 2 films plutôt réjouissants (cette fois ci !), Le Teckel de Todd Solondz, savoureux et très pince sans rire, et Truman de Cesc Gay, du "pur bonheur". Et bien sûr le désormais traditionnel apéritif Entretoiles entre les deux films !

Au  Vox, allez voir Silence de Martin Scorcese, "un vrai miracle",  Jackie, un grand film de Pablo Larrain (Neruda), et Ma Rosa, film philippin de Ma Mendoza qui filme l'insécurité et la corrosion d'une société qui semble vouloir étouffer toute étincelle d'humanité.

Au Vox et à Lorgues, allez voir La Communauté de Thomas Vinterberg, tableau tragique et jubilatoire des mœurs des Seventies. A Lorgues, Compte tes blessures de Morgan Simon nous parle de l'incommunicabilité entre un père et son fils, et à Cotignac, Harmonium de Koji Fukada, un cinéma tout en pudeur et en honnêteté.

Signalons aussi un ciné-soupe à Salernes avec Un paese di Cabria en présence du réalisateur et à Lorgues La Dormeuse du Val, aussi en présence du réalisateur.

Au CGR, les prochaines semaines en ciné-club, vous pourrez voir :  Manchester by the sea de Kenneth Lonergan (on vérifiera les versions !) , La Vallée des loups de Jean Michel Bertrand et Paterson de Jim Jarmush (et là aussi !).

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma ! Bonnes vacances à ceux qui en prennent !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 15 AU 21 FÉVRIER

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Truman
Réalisé par Cesc GAY
Allemagne 2016 2h42mn VOSTF
avec Ricardo Darin, Javier Camara, Dolores Fonzi, Eduard Fernandez, Alex Brendemühl...
Scénario de Cesc Gay et Tomas Aragay
Truman, c'est un grand rouquin au museau sombre et au regard expressif, un clébard haut sur pattes plus humble et moins contrariant qu'un humain. Un de ceux qui semblent tout capter en un clin d'œil et qui, avec un simple soupir qui vise juste, vous remettent à votre place. S'il n'est pas le centre de l'histoire, il n'en est pas moins un enjeu et surtout un des éléments tendres et comiques qui la parsèment de respirations jubilatoires, de moments de grâce. Il est l'œil attentif qui suit chacun des gestes des hommes, semble les inciter à rester légers, à prendre le recul nécessaire face aux embûches de la vie. C'est sans doute pour cela que Julian (le follement séduisant et charismatique Ricardo Darin) le considère comme un véritable compagnon de vie. Inséparables comme les éléments d'un vieux couple qui n'auraient plus besoin de se parler pour se comprendre... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles dimanche 26 février à 18h
Affiche
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Le Teckel
Écrit et réalisé par Todd SOLONDZ
USA 2016 1h28mn VOSTF
avec Julie Delpy, Greta Gerwig, Kieran Culkin, Danny De Vito, Ellen Burstyn...
Quel plaisir délicieux – qu'on souhaiterait presque interdit – de retrouver la douloureuse tendresse et la délicate cruauté du grand Todd Solondz (Bienvenue dans l'âge ingrat, Happiness, Life during war time pour ne citer que les plus aboutis de ses films, dont Le Teckel fait assurément partie). Avec au rendez vous ses obsessions récurrentes : l'incommunicabilité dans la société américaine, l'hypocrisie et l'égoïsme de ses concitoyens, la dérision de la condition humaine… Des thèmes traités évidemment avec l'humour formidablement grinçant qui est la signature du cinéaste.
Le fil directeur du film est un chien qui ne paie pas de mine : le teckel au profil tout en longueur, le genre de petit clebs qu'on qualifie volontiers de rase-motte, de boudin de porte, ou de grande saucisse. Le teckel du titre sera donc présent dans les quatre petites histoires distinctes qui composent le film, mettant en scène divers personnages représentant tous les âges de la vie – de l'enfant à la vieille femme.
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CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles dimanche 26 février à 20h30
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L'Empereur
Réalisé par Luc Jacquet
Documentaire France 2016 1h24mn
avec Lambert Wilson
À travers le regard et les souvenirs de son aîné, un jeune manchot se prépare à vivre son premier voyage… Répondant par instinct au mystérieux appel qui l’incite à rejoindre l’océan, découvrez les incroyables épreuves qu’il devra à son tour traverser pour accomplir son destin et assurer sa survie et celle de son espèce. Marchez avec lui dans les paysages éphémères de l’Antarctique, ressentez la morsure du vent et du froid qui l’attendent à chaque pas et plongez avec lui dans les fonds marins jusqu’alors inexplorés. Douze ans après La marche de l’empereur, Luc Jacquet nous invite à retourner sur la trace des manchots, seuls habitants d’une des régions les plus isolée et inhospitalière du monde. Ecologue de formation devenu cinéaste, ce passionné de l’Antarctique utilise le cinéma pour « donner une résonance à des hommes qui produisent une connaissance qui n’est pas entendue. ».... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 15 et lundi 20 à 11h15, 14h et 18h, jeudi 16 à14h, 18h et 20h10, vendredi 17 à 11h15, 14h et 16h05, samedi 18 à 14h et 18h, dimanche 19 à 11h15, 14h et 16h, mardi 21 à 11h15,14h, 18h30 et 20h15
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Silence
Réalisé par Martin Scorsese
USA 2016 2h41mn VOSTF
avec Liam Neeson , Andrew Garfield, Adam Driver...
Cette réflexion sur la foi est une magistrale leçon de cinéma, qui apaise dans sa ferveur et épate dans son intelligence, au-delà de tout prosélytisme déplacé. XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves. Scorsese met sous Silence ses ambitions commerciales avec son dernier long de 2h40m et délivre une oeuvre contemplative sur fond de sujet religieux austère, peu fédérateur. L’auteur revient au spirituel de La Dernière tentation du Christ ou de Kundun, délaissant l’action, ici inexistante, malgré la présence -toutefois rare à l’écran- de Liam Neeson au casting... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 15 à 13h45 et 16h55, jeudi 16 à 13h45 et 20h, vendredi 17 à 17h15, samedi 18 à 17h15 et 20h30, dimanche 19 à 1h et 20h30, lundi 20 à 16h55 et 20h, mardi 21 à 14h et 17h15
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La La Land
Ecrit et réalisé par Damien CHAZELLE
USA 2016 2h08mn
avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...
Du haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dent dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor... lire la suite
CGR (Draguignan) : en VF hélas, Tous les jours à 19h50
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La Communauté
Réalisé par Thomas VINTERBERG
Danemark 2016 1h51mn VOSTF
avec Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Helene Reingaard Neumann, Martha Sofie Walsltrom Hansen, Lars Ranthe, Anne Gry Henningsen, Fares Fares, Magnus Millang, Julie Agnete Vang...
Scénario de Thomas Vinterberg et Tobias Lindholm (un des auteurs du fameux Borgen)
La Communauté démarre sur un ton bon enfant, enjoué, faussement naïf, mais insensiblement un glissement s'opère, et le film prend la dimension d'un tableau à la fois tragique et jubilatoire des mœurs des Seventies, de leurs idéaux, de leurs rêves aussi généreux qu'illusoires. Nous sommes bien dans la lignée du décapant Festen (le film le plus connu de Thomas Vinterberg). L'enfer est pavé de bonnes intentions me susurrait mon aïeule… Si Anna s'en était souvenue à temps, elle n'aurait sans doute pas entraîné sa gentille famille dans ce qui va devenir une spirale infernale. Mais, pas plus qu'on ne peut refaire l'histoire, on ne peut changer la nature des gens... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 15 et mardi 20 à 18h, samedi 18 à 18h15, lundi 20 à 20h
Lorgues : samedi 18 à 20h20 et lundi 20 à 21h
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Ma' Rosa
Réalisé par Brillante Ma MENDOZA
Philippines 2016 1h50mn VOSTF
avec Jaclyn Jose, Julio Diaz, Felix Roco, Andi Eigenmann...
Scénario de Troy Espiritu. Festival de Cannes 2016 : Prix d'interprétation féminine pour Jaclyn Jose
Manille, organique et moite comme les dessous d'une fille malpropre… Peut-être la ville est-elle le premier personnage du film, même si le Prix d'interprétation féminine à Cannes est amplement mérité pour l'actrice Jaclyn Jose. En trois plans le ton est donné. Au premier, des mains s'agrippent à l'argent qui file trop vite ; au deuxième, un panneau publicitaire prophétise : « C'est ton jour de chance » ; au troisième, l'orage gronde, menaçant, comme pour réfuter l'affirmation précédente, en dénoncer le cynisme. C'est ainsi que débute cette plongée dans les bas fonds des Philippines, grouillants, oppressants. Si vous aviez l'ombre d'un doute, Brillante Mendoza l'assassine dans l'œuf : il ne dépeint pas son pays pour aguicher des touristes en mal de cocotiers. Ses personnages sont plutôt du style affreux, sales et méchants. Mais n'est-ce pas le lot de tout humain qu'on laisse s'engluer dans la misère ? Très vite aucun d'entre eux ne semblera irrémédiablement pourri... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 17 à 18h30, dimanche 19 à 18h15,lundi 20 à 18h, mardi 20 à 20h30
Affiche
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Compte tes blessures
Écrit et réalisé par Morgan SIMON
France 2016 1h20mn
avec Kévin Azaïs, Monia Chokri, Nathan Willcocks, Julien Krug...
Au premier plan la relation compliquée entre un père et un fils. En toile de fond la scène musicale alternative. Pas facile mine de rien de réaliser un premier long métrage avec cette double focale. Pas facile de mêler la sensibilité intimiste et l'énergie brute. Morgan Simon, à la fois scénariste et réalisateur, s'en sort haut la main, bien épaulé par une distribution sans faille. Kevin Azaïs est formidable, récompensé d'ailleurs dans plusieurs festivals pour ce rôle, Mona Chokri est comme toujours impeccable, et on découvre un étonnant comédien anglo-saxon, Nathan Wilcoks. D'une sincérité évidente, le film est extrêmement touchant, toujours sur le fil du rasoir sans jamais tomber dans le mièvre ni dans la surenchère émotionnelle... lire la suite
Lorgues : mercredi 15 fevrier à 21h15 et lundi 20 à 19h
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Harmonium
Écrit et réalisé par Kôji FUKADA
Japon 2016 1h58mn VOSTF
avec Tadanobu Asano, Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi,Taïga, Momone Shinokawa...
Festival de Cannes 2016 : Grand prix Un certain regard
Ce sixième film de Koji Fukada, cinéaste japonais peu connu encore en France, c’est une douceur apparente dissimulant de multiples tensions en filigrane. Douceur de vivre, des cadres, des mouvements. Tensions intimes, sociales, écologiques… Invisibles, imperceptibles, tels les points chauds qui parsèment, en souterrain, l’archipel du Japon, elles finissent néanmoins toujours par faire leur chemin pour venir exploser à la surface. Et les dégâts peuvent s’avérer considérables.
Le point de départ est simple : Toshio est propriétaire d’un atelier dans une discrète bourgade de la banlieue de Tokyo, où il semble mener une vie ordinaire auprès de son épouse Akié et de leur petite fille Takashi. Un matin, de l’autre côté de la rue, Toshio aperçoit un homme qui l’observe. Il s’agit de sa vieille connaissance Yasaka, qui vient tout juste de sortir de prison où il a passé les onze dernières années de sa vie. Toshio décide de l’engager.
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Cotignac : dimanche 19 février à 18h
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Jackie
Réalisé par Pablo LARRAIN
USA/Chili 2016 1h40mn VOSTF
avec Natalie Portman, Peter Sasgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt...
Scénario de Noah Oppenheim. Prix du Scénario, Festival de Venise 2016 • Grand Prix, Festival de Toronto 2016
Un mois à peine après le formidable Neruda ( courez le voir si ce n'est pas déjà fait), un nouveau film de Pablo Larrain, un nouveau regard décalé et passionnant sur un personnage célèbre, une figure cette fois tellement médiatique qu'elle pourrait détourner du film le spectateur légitimement méfiant : il aurait tort, il se priverait d'un grand moment de cinéma brillant et suprêmement intelligent. Jackie nous fait vivre l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, et les quelques jours qui suivront, du point de vue de la rescapée abasourdie, de la veuve immédiatement transformée en icône planétaire... lire la suite
Le Vox (Fréjus): mercredi 15, jeudi 16 et dimanche 19 à 20h30, samedi 18 à 20h45, mardi 20 à 18h15


Le jeudi 23 février au Cinéma "La Tomette" à Salernes. Soupe à partir de 18h30, le film "Un paese di Calabria" de Shu Aiello et Catherine Catella à 20h. Présence de l'un des deux réalisateurs.
Ciné-bleu (Lorgues) nous propose, le samedi 25 Février à 19h la projection du film "La dorMeuse Duval" en présence du réalisateur Manuel Sanchez et de l'acteur Pascal Turmo.

Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Truman
Réalisé par Cesc GAY
Espagne 2015 1h46mn VOSTF
avec Ricardo Darin, Javier Camara, Dolores Fonzi, Eduard Fernandez, Alex Brendemühl...
Scénario de Cesc Gay et Tomas Aragay

Truman, c'est un grand rouquin au museau sombre et au regard expressif, un clébard haut sur pattes plus humble et moins contrariant qu'un humain. Un de ceux qui semblent tout capter en un clin d'œil et qui, avec un simple soupir qui vise juste, vous remettent à votre place. S'il n'est pas le centre de l'histoire, il n'en est pas moins un enjeu et surtout un des éléments tendres et comiques qui la parsèment de respirations jubilatoires, de moments de grâce. Il est l'œil attentif qui suit chacun des gestes des hommes, semble les inciter à rester légers, à prendre le recul nécessaire face aux embûches de la vie. C'est sans doute pour cela que Julian (le follement séduisant et charismatique Ricardo Darin) le considère comme un véritable compagnon de vie. Inséparables comme les éléments d'un vieux couple qui n'auraient plus besoin de se parler pour se comprendre.
Julian n'est pourtant pas un ermite misanthrope : aimer son chien ne l'empêche pas d'aimer les gens. Ici, à Madrid, il est entouré de potes fidèles, surtout son amie et ex-amoureuse Paula qui veille à distance, s'inquiète, solidaire, toujours prête à se rendre disponible où et quand il le faut. Et comme tous ceux qui veulent le bien des autres, parfois, elle sait ne pas ou ne veut plus écouter Julian, prête à se battre comme une louve pour le protéger, fut-ce à son corps défendant.

C'est ainsi que, sur un appel pressant de Paula, tout droit venu du lointain Québec et d'un lointain passé, débarque Tomas (Javier Camara, bien sûr impeccable) avec pour mission secrète d'infléchir une décision importante que doit prendre son vieil ami Julian… Les retrouvailles sont belles. Ni les années ni les océans qui les ont séparés ne semblent avoir ébranlé les fondements profonds d'une telle camaraderie. À travers les silences, les boutades, les provocations sans complaisance, transpirent un respect immense, une complicité qui ferait rêver tout le monde, sauf Truman, lequel ne voit pas d'un bon œil l'intrusion de cet inconnu qui perturbe son intimité avec son maître. Truman qui fait donc un peu la gueule à Tomas qui le lui rend bien. Et c'est fichtrement cocasse de voir le manège de ces deux-là dont le seul point commun semble être Julian…
Mais tout cela, dans le fond, n'est qu'une trame au second plan pour aller à l'essentiel, au cœur de nos humanités. Les véritables personnages de l'histoire, ce sont tous ces sentiments qui la traversent, la bouleversent. Nos peurs face à l'inconnu, à l'incompréhensible. L'acceptation des choix de ceux qu'on aimerait pouvoir garder toujours à nos côtés. La grande classe de ces amitiés profondes, indéfectibles, où l'on finit par prendre l'autre tel qu'il est sans rien attendre en retour.

Il fallait des êtres beaux, dignes, subtils, pleins d'humour pour parler de choses aussi profondes sans lourdeurs, sans fioritures superflues. Voilà deux grands acteurs réunis pour la première fois (ils étaient tous les deux au générique du précédent film de Cesc Gay, Les Hommes, de quoi parlent-ils ?, mais ils n'avaient aucune scène en commun). Et c'est du pur bonheur !


 CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles dimanche 26 février à 18h


Le Teckel
Écrit et réalisé par Todd SOLONDZ
USA 2016 1h28mn VOSTF
avec Julie Delpy, Greta Gerwig, Kieran Culkin, Danny De Vito, Ellen Burstyn...

 

Quel plaisir délicieux – qu'on souhaiterait presque interdit – de retrouver la douloureuse tendresse et la délicate cruauté du grand Todd Solondz (Bienvenue dans l'âge ingrat, Happiness, Life during war time pour ne citer que les plus aboutis de ses films, dont Le Teckel fait assurément partie). Avec au rendez vous ses obsessions récurrentes : l'incommunicabilité dans la société américaine, l'hypocrisie et l'égoïsme de ses concitoyens, la dérision de la condition humaine… Des thèmes traités évidemment avec l'humour formidablement grinçant qui est la signature du cinéaste.
Le fil directeur du film est un chien qui ne paie pas de mine : le teckel au profil tout en longueur, le genre de petit clebs qu'on qualifie volontiers de rase-motte, de boudin de porte, ou de grande saucisse… Aux États-Unis, c'est d'ailleurs ainsi qu'on le désigne, « Wiener dog », titre original du film : et la « wiener », c'est la saucisse de Francfort qu'on entoure de pain mou pour faire les hot-dogs. C'est aussi un petit clin d'œil au personnage récurrent des films de Solondz, Dawn Wiener, que l'on découvrait ado complexée dans Bienvenue dans l'âge ingrat, puis un peu plus vieille dans Palindromes et qui est ici une grande fille un peu gauche incarnée par la toujours épatante Greta Gerwig.

Le teckel du titre sera donc présent dans les quatre petites histoires distinctes qui composent le film, mettant en scène divers personnages représentant tous les âges de la vie – de l'enfant à la vieille femme. Ça commence très fort puisque le premier maître est un petit garçon qui lutte contre la maladie, qui supporte courageusement les traîtements à répétition et à qui son père a offert ce chien pour le réconforter, l'encourager, lui faire plaisir… Sauf que le père et la mère du gamin sont d'insupportables bourgeois obsédés par la propreté, confits dans leurs habitudes et leur confort et absolument pas prêts à accepter la présence d'un chien dans leur quotidien.
Ce sera ensuite une jeune vétérinaire (Dawn Wiener / Greta Gerwig) un peu timide, un peu coincée, qui embarque un teckel malade et qui retombe amoureuse d'un ancien copain de fac torturé devenu un tantinet toxicomane. Puis viendra le tour d'un scénariste raté (excellent et trop rare Danny de Vito), prof désabusé dans une école de cinéma, haï de ses insupportables étudiants bouffis de prétention et étouffant sous l'esprit de sérieux. Et pour finir ce sera une vieille dame très riche et très malade (Ellen Burstyn, saisissante), dotée d'un sens suffisant de l'humour noir pour avoir appelé son teckel Cancer, qui est d'abord harcelée par sa nièce, actrice improbable et tapeuse chronique, puis assaillie par ses souvenirs qui viennent lui demander des comptes…

Chacun des épisodes, savoureux et très pince-sans-rire, est l'occasion pour Solondz de livrer une satire féroce des mœurs contemporaines : la futilité matérialiste des familles riches américaines (Julie Delpy parfaite en mère de famille upper classe à gifler) ; le vide existentiel des trentenaires solitaires ; la cruauté, l'hypocrisie et la suffisance du monde de l'enseignement du cinéma, sans oublier le ridicule achevé de celui de l'art contemporain ; la vacuité des vies passées à accumuler de la richesse… Comme toujours dans les Solondz réussis, c'est aussi tragique que jubilatoire. Et c'est par ailleurs d'une précision de mise en scène assez sidérante.


CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles dimanche 26 février à 20h30

L'Empereur

 

 

Réalisé par Luc Jacquet
Documentaire France 2016 1h24mn
avec Lambert Wilson

À travers le regard et les souvenirs de son aîné, un jeune manchot se prépare à vivre son premier voyage… Répondant par instinct au mystérieux appel qui l’incite à rejoindre l’océan, découvrez les incroyables épreuves qu’il devra à son tour traverser pour accomplir son destin et assurer sa survie et celle de son espèce. Marchez avec lui dans les paysages éphémères de l’Antarctique, ressentez la morsure du vent et du froid qui l’attendent à chaque pas et plongez avec lui dans les fonds marins jusqu’alors inexplorés. Douze ans après La marche de l’empereur, Luc Jacquet nous invite à retourner sur la trace des manchots, seuls habitants d’une des régions les plus isolée et inhospitalière du monde. Ecologue de formation devenu cinéaste, ce passionné de l’Antarctique utilise le cinéma pour « donner une résonance à des hommes qui produisent une connaissance qui n’est pas entendue. ».

 

Après le temps de la reproduction auquel se consacrait le documentaire de 2004, voici venu le temps de l’éducation avec ce vieux manchot de quarante ans (l’espérance de vie de ces oiseaux est estimée à 30 ans) qui enseigne à son dernier poussin les rituels nécessaires à une vie d’adulte préservée des dangers. Sur une banquise balayée par les vents où se sont rassemblés à cette époque de l’année des milliers d’empereurs, papa empereur cherche son petit. Pas facile de retrouver le sien parmi tous ces bébés à la même fourrure grise. Grâce à son cri (on dit qu’il brait), les retrouvailles seront possibles. Il ne lui reste plus qu’à espérer le retour de la mère partie à des kilomètres de là chercher la nourriture. A coups de retours en arrière qui risquent de dérouter le spectateur sur un sujet précédemment évoqué dans La marche de l’empereur, le réalisateur s’attarde sur le combat (certes émouvant mais déjà vu) des parents pour mener à maturité l’œuf qu’ils couvent chacun à leur tour, la difficulté réelle de nourrir ce petit affamé dans ce désert de glace, la lutte constante contre les pétrels géants, prédateurs redoutables pour le bébé manchot esseulé. La voix de Lambert Wilson à la tonalité élégante accompagne agréablement le parcours de cet oiseau à la démarche pataude mais au port de tête majestueux. Néanmoins, le choix d’un ton monocorde crée une ambiance propice à la somnolence.

Si la caméra filme avec une tendresse non feinte les efforts fastidieux des parents déterminés à réchauffer sous leurs pattes le précieux œuf, si elle capte avec une précision magique l’inquiétude qui perce dans l’oeil de l’animal, si elle nous restitue avec une délicatesse intacte la douceur de cette épaisse toison dans lequel le vent s’engouffre, il faudra attendre que les manchots gagnent la mer, leur véritable domaine, pour que le récit gagne en fluidité. Après tant de combats contre les éléments naturels, la vision de cet oiseau, incapable de voler mais aussi bon nageur qu’un dauphin installe un réel sentiment de liberté, d’autant qu’en plus de nous offrir des images d’un monde sous-marin irréel et fascinant, le film nous régale d’une scène de bal improvisé avec un manchot qui glisse et valse comme un danseur à la souplesse insoupçonnée. Un moment savoureux du film qui fait regretter que tous les plans ne soient pas de la même veine ! Des paysages à la beauté immaculée nuancés de touches allant du bleu au rose en passant par des dégradés de jaune et constellés de statues de glace aux formes improbables nous font voyager dans un univers à la féerie naturelle rarement égalée.

Si le classicisme de la réalisation ne permet pas au film de se démarquer des documentaires animaliers habituels, L’empereur a l’immense mérite de témoigner de la beauté et de la fragilité d’un monde préservé qu’il convient de protéger.(àvoiràlire)

CGR (Draguignan) : mercredi 15 et lundi 20 à 11h15, 14h et 18h, jeudi 16 à14h, 18h et 20h10, vendredi 17 à 11h15, 14h et 16h05, samedi 18 à 14h et 18h, dimanche 19 à 11h15, 14h et 16h, mardi 21 à 11h15,14h, 18h30 et 20h15


Silence
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USA 2016 2h41mn VOSTF
avec Liam Neeson , Andrew Garfield, Adam Driver...

Cette réflexion sur la foi est une magistrale leçon de cinéma, qui apaise dans sa ferveur et épate dans son intelligence, au-delà de tout prosélytisme déplacé. XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves. Scorsese met sous Silence ses ambitions commerciales avec son dernier long de 2h40m et délivre une oeuvre contemplative sur fond de sujet religieux austère, peu fédérateur. L’auteur revient au spirituel de La Dernière tentation du Christ ou de Kundun, délaissant l’action, ici inexistante, malgré la présence -toutefois rare à l’écran- de Liam Neeson au casting. D’ailleurs point de bons sentiments chrétiens chers aux productions destinées aux apôtres du Tea Party américain, en lieu et place de leçon de catéchisme, Scorsese, le Croyant, délivre une profonde réflexion sur la foi qu’il met en scène au 17e siècle, dans un contexte historique insolite, le Japon médiéval, insoumis aux efforts de christianisation du Vatican.

Le thème est passionnant, nous ramenant aux heures noires d’une conquête du globe par les Européens, en guise de prémices à une forme de mondialisation du culte. Silence puise sa force dans l’accomplissement d’une union entre ténèbres et lumières, un big bang né du choc des cultures qui se résistent, des fois qui se contredisent. L’épopée quasi biblique pose son combat sur la terre nippone où les nouveaux Chrétiens, fraîchement convertis par les missionnaires du bout du monde, sont humiliés, torturés, jusqu’à la renonciation de leur foi, s’ils acceptent de renoncer au culte qu’ils devront insulter. Le supplice peut être plus élevé pour l’envahisseur catholique, crucifié, ou, comble de l’horreur pour le prêtre, forcé à se détourner de sa croyance, si, philosophiquement, il en est capable. En cela réside l’incroyable ressource narrative du film... la rétractation possible du croyant dans ses convictions comme suspense ultime. Un sujet de thriller original, où les mots, pensées et décisions sont extrêmement pesés, sur fond de souffrances sacrificielles, qui invitent à réfléchir. Scorsese, visiblement hanté par les atrocités commises au nom de la foi - massacres de Chrétiens, guerres aux impies, terrorisme... - substitue à notre époque la barbarie de la période impérialiste du christianisme chez les barbares japonais. A priori, la religion catholique y est dépeinte dans sa bonté et sa générosité... le grand inquisiteur est à trouver du côté du peuple à assouvir par sa croyance, un peuple éclaté en îles et villages où les ténèbres de l’isolement, de l’ignorance, et de la répression font régner un sentiment prégnant de peur. Las de tout manichéisme, Scorsese étire la pensée religieuse à son paroxysme, confrontant les dogmes, exposant les contradictions, et surtout faisant montre de la relativité des cultures et des cultes qu’il renvoie à l’intimité, à l’individualité, au respect des différences et du pluralisme, à notre époque où l’obscurantisme grandit pour réimposer les hiérarchies des cultes.

Il ressort de ce voyage plus métaphysique qu’ésotérique un formidable sentiment d’apaisement, où les convictions de chaque spectateur sont préservés, sur fond de cinéma total, celui d’un maître du visuel et de l’art narratif, qui arrive encore par nous surprendre par la puissance cinégénique de ses transes. Les nouvelles recrues que sont Andrew Garfield et Adam Driver épousent la rigueur de son cinéma, avec la même ferveur que des DiCaprio et De Niro en leurs temps.
Scorsese continue donc de régner comme un dieu sur le cinéma d’auteur américain, nonobstant le désaveu commercial du film aux USA. Silence est un vrai miracle. (àvoiràlire)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 15 à 13h45 et 16h55, jeudi 16 à 13h45 et 20h, vendredi 17 à 17h15, samedi 18 à 17h15 et 20h30, dimanche 19 à 1h et 20h30, lundi 20 à 16h55 et 20h, mardi 21 à 14h et 17h15


La Communauté
Réalisé par Thomas VINTERBERG
Danemark 2016 1h51mn VOSTF
avec Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Helene Reingaard Neumann, Martha Sofie Walsltrom Hansen, Lars Ranthe, Anne Gry Henningsen, Fares Fares, Magnus Millang, Julie Agnete Vang...
Scénario de Thomas Vinterberg et Tobias Lindholm (un des auteurs du fameux Borgen)

La Communauté démarre sur un ton bon enfant, enjoué, faussement naïf, mais insensiblement un glissement s'opère, et le film prend la dimension d'un tableau à la fois tragique et jubilatoire des mœurs des Seventies, de leurs idéaux, de leurs rêves aussi généreux qu'illusoires. Nous sommes bien dans la lignée du décapant Festen (le film le plus connu de Thomas Vinterberg).

L'enfer est pavé de bonnes intentions me susurrait mon aïeule… Si Anna s'en était souvenue à temps, elle n'aurait sans doute pas entraîné sa gentille famille dans ce qui va devenir une spirale infernale. Mais, pas plus qu'on ne peut refaire l'histoire, on ne peut changer la nature des gens. Anna (Trine Dyrholm, magnifique – mais tous les acteurs son formidables) aborde la vie avec l'optimisme et le charme sereins de celles auxquelles tout a souri dès leurs premiers pas. Naturellement belle mais également cultivée et brillante, elle a su pénétrer dans le cercle restreint des journalistes de premier plan jusqu'à occuper la place très convoitée de présentatrice du journal télévisé de la chaîne nationale danoise. Côté vie privée ? Un mariage endogame avec un architecte qui consacre tranquillement sa dernière décennie de carrière à l'enseignement. Un professeur dont le charme un brin arrogant nous donnerait envie de retourner vite fait sur les bancs universitaires, mais qui bien sûr n'a d'yeux que pour Anna que l'on se prend à envier : Éric (Ulrich Thomsen, déjà présent dans Festen) n'est pas loin d'être un mari modèle.

Les chats ne faisant pas des chiens, à quatorze ans leur fille unique Freja est une adolescente tout à fait pondérée, respectueuse, plutôt du style à réfléchir avant d'agir, à discuter avant de se rebeller. Bref notre couple de quadragénaires semble condamné à couler des jours idylliques jusqu'à plus soif. Reconnaissons qu'il y a pire punition.
C'est un héritage qui va tout chambouler. Eric se retrouve soudain à la tête d'une imposante propriété familiale : 450 m2 habitables entourés d'un sympathique parc arboré. L'émotion qu'il ressent à visiter la maison bourgeoise de son enfance ne l'empêche nullement d'avoir l'intention de la vendre sans tarder : trop grande, trop chère à entretenir. Entre le cœur et la raison le choix est vite fait. Comme toujours il opte pour la tranquillité d'une vie sans encombre. Tout semble aller si bien… Peut-être trop bien ? Car Anna lui glisse à l'oreille qu'un peu de piment dans leur routine trop bien huilée ne serait pas pour lui déplaire. Pourquoi ne saisiraient-ils pas au vol la folie douce de certaines idées de ces roaring seventies ? Pourquoi ne s'enhardiraient-ils pas à monter une petite communauté ? Une sorte de colocation entre gens qui se choisiraient mutuellement, unanimement. Eric est évidemment réticent mais il ne sait pas résister à celle qu'il aime. Freja, qui est à l'âge des expériences, suit le mouvement, réjouie par ce vent de liberté, cette joyeuse pagaille qui lui ouvre de nouvelles perspectives.

Vont s'en suivre des entretiens improbables et cocasses pour sélectionner les futurs élus qu'une Anna devenue pétillante, pleine d'une énergie contagieuse, entraîne dans la valse. La communauté s'étoffe donc au gré des rencontres, des désirs et des besoins des unes et des autres, sans véritable projet structurant. Sans le savoir Anna vient d'introduire le grain de sable dans la belle mécanique d'une vie familiale jusqu'ici harmonieuse, même si elle manquait de surprise. Car l'extrême tolérance que prêche son épouse va autoriser Eric à se permettre ce dont il n'aurait jamais eu l'idée auparavant : il se lance dans une liaison passionnée avec une de ses étudiantes… Il l'avoue à Anna. Qui encaisse le coup, qui souffre mais qui accepte. Qui accepte même qu'Emma vienne vivre sous leur toit… À partir de ce moment-là le frêle socle sur lequel repose la petite communauté va peu à peu se fissurer…


Le Vox (Fréjus) : mercredi 15 et mardi 20 à 18h, samedi 18 à 18h15, lundi 20 à 20h
Lorgues : samedi 18 à 20h20 et lundi 20 à 21h

Ma' Rosa

Afficher l'image d'origineRéalisé par Brillante Ma MENDOZA
Philippines 2016 1h50mn VOSTF
avec Jaclyn Jose, Julio Diaz, Felix Roco, Andi Eigenmann...
Scénario de Troy Espiritu. Festival de Cannes 2016 : Prix d'interprétation féminine pour Jaclyn Jose

Manille, organique et moite comme les dessous d'une fille malpropre… Peut-être la ville est-elle le premier personnage du film, même si le Prix d'interprétation féminine à Cannes est amplement mérité pour l'actrice Jaclyn Jose.
En trois plans le ton est donné. Au premier, des mains s'agrippent à l'argent qui file trop vite ; au deuxième, un panneau publicitaire prophétise : « C'est ton jour de chance » ; au troisième, l'orage gronde, menaçant, comme pour réfuter l'affirmation précédente, en dénoncer le cynisme. C'est ainsi que débute cette plongée dans les bas fonds des Philippines, grouillants, oppressants. Si vous aviez l'ombre d'un doute, Brillante Mendoza l'assassine dans l'œuf : il ne dépeint pas son pays pour aguicher des touristes en mal de cocotiers. Ses personnages sont plutôt du style affreux, sales et méchants. Mais n'est-ce pas le lot de tout humain qu'on laisse s'engluer dans la misère ? Très vite aucun d'entre eux ne semblera irrémédiablement pourri. Il en faudrait peu pour que la plupart deviennent de bonnes personnes, menant une vie sans embûche dans une société normalisée avec un président normal. Si seulement l'argent revenait aux travailleurs, si chacun pouvait acheter de quoi vivre dignement, sans avoir à marchander, à supplier ou à voler. Mais on est presque au bout de la chaîne. Celle des laissés pour compte, abandonnés en pâture aux escrocs et aux macs de tous ordres. Ici, même (surtout ?) ceux censés défendre la veuve et l'orphelin sont corrompus. À commencer par les flics, comme on le verra…
Grassouillette, mais sans mollesse, encore jeune mais les épaules déjà écrasée par le poids des soucis et des ans, Ma'Rosa fait son marché. Cinq portions de riz vapeur, deux brochettes de poulet, quelques intestins de volaille… un repas chiche pour nourrir sa grande famille. Pourtant elle n'arrive même pas à payer le vendeur ambulant. Dans le quartier, elle est connue pour tenir une échoppe minuscule « Rosa sari-sari store », qui rame comme tout ce qui existe dans le coin. Sur les étagères on y trouve pêle-mêle des cahiers, des gadgets, des sucreries : classiques pour les petits et plus illicites pour les grands. Ma'Rosa, qu'on imagine plus en mère courage qu'en dealeuse, revend du « cristal meth » (un dérivé de la méthamphétamine) pour améliorer l'ordinaire…
Si on jouait au jeu des sept familles, la seconde carte serait celle du père, Nestor, qui semble vivoter sur le dos de la petite boutique. Que ce dernier reçoive une dose de drogue en guise de cadeau d'anniversaire ne semble émouvoir personne, même pas les gosses, tant cela passe pour être un des rares moyens d'évasion accessibles. Pour eux c'est du pareil au même. Fille comme garçons, en âge de travailler, s'essayant tour-à-tour au labeur honnête ou aux magouilles. Mais il est flagrant que rien ne paie. Quelle que soit la direction prise, la famille reviendra toujours à la case départ, celle de la misère.
Ainsi s'écoulent leurs jours, aucun ne différant des autres… Sauf celui-là. Au bout de la rue, trois mecs, arme au poing, sortent précipitamment d'un véhicule et se dirigent très déterminés vers… la boutique de Rosa… Cette dernière est arrêtée, les flics ont tôt fait de découvrir la boîte à chaussures qui contient oseille et sachets de poudre. Va s'en suivre un terrible chantage, coutumier dans cette ville déglinguée où la police corrompue et toute puissante fait la loi…

Mais plus que l'intrigue, c'est la manière de la filmer que l'on retiendra. Cinglante, urgente. La caméra semble cueillir sur le vif la réalité de ces vies, l'insécurité et la corrosion d'une société qui semble vouloir étouffer toute étincelle d'humanité. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : vendredi 17 à 18h30, dimanche 19 à 18h15,lundi 20 à 18h, mardi 20 à 20h30

La La Land
Écrit et réalisé par Damien CHAZELLE
USA 2016 2h08mn
avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...

Du haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dent dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor.
La la land, c’est la comédie musicale comme on n'osait plus la rêver, c’est un étalon lancé à cent kilomètres heure sur la piste de danse étoilée. Ce ne serait que cela, ce serait déjà très bien, mais quand le cavalier qui tient les rênes est un type passionné de musique, brillant, audacieux, fougueux, il devient vite évident que l'on est ici un niveau au-dessus et qu’au-delà du simple film de genre, c’est bien un pan tout entier de l’âge d’or du cinéma hollywoodien que le bougre a décidé de parcourir à bride abattue. La course sera éblouissante et le voyage digne d’un aller-retour sur la lune.

C’est l’histoire de Mia et de Sebastian… Elle est serveuse dans un café niché au creux d’imposants décors d’un grand studio hollywoodien et court obstinément les castings dans l’attente du grand rôle. Il est pianiste de jazz, fan de Thelonius Monk mais pour l'heure il est surtout fauché et doit cachetonner en attendant d’accomplir son rêve : reprendre une mythique boîte de jazz à son compte et y jouer toute la musique qu’il aime. Entre eux, l'indifférence voire le mépris d'abord… avant les étincelles !
Embrassant avec délice tous les clichés, jonglant avec les références les plus prestigieuses – de Chantons sous la pluie à La Fureur de vivre en passant par Un américain à Paris, West Side Story ou les mélos flamboyants à la Douglas Sirk, sans oublier quelques clins d'œil admiratifs autant qu'affectueux à Jacques Demy – La la land parvient pourtant à tout réinventer. Les codes, dont il se moque avec tendresse, les chansons, traditionnelles mais souvent détournées avec humour, les décors, sublimes dans leur écrin de carton pâte mais qui jamais ne font toc, et les deux protagonistes, clichés sur pattes (la jeune serveuse qui veut percer à Hollywood, le musicien idéaliste et un peu dédaigneux qui se veut l’héritier des plus grands) mais terriblement humains. Même le récit, dont la trame est classique, parvient à nous surprendre grâce à une construction singulière (la toute dernière partie du film est en cela une belle trouvaille).

S’il s’agit plus d’un hommage abouti que d’une véritable révolution cinématographique, La la land est une vrai bouffée de bonheur, colorée, enjouée, rythmée, qui vous prend par la taille, vous entraîne dans la danse et ne vous lâche qu’au bout de deux heures… Ou qui ne vous lâche pas, la la la…

CGR (Draguignan) : en VF hélas, Tous les jours à 19h50


Compte tes blessures
Écrit et réalisé par Morgan SIMON
France 2016 1h20mn
avec Kévin Azaïs, Monia Chokri, Nathan Willcocks, Julien Krug...

Au premier plan la relation compliquée entre un père et un fils. En toile de fond la scène musicale alternative. Pas facile mine de rien de réaliser un premier long métrage avec cette double focale. Pas facile de mêler la sensibilité intimiste et l'énergie brute. Morgan Simon, à la fois scénariste et réalisateur, s'en sort haut la main, bien épaulé par une distribution sans faille. Kevin Azaïs est formidable, récompensé d'ailleurs dans plusieurs festivals pour ce rôle, Mona Chokri est comme toujours impeccable, et on découvre un étonnant comédien anglo-saxon, Nathan Wilcoks. D'une sincérité évidente, le film est extrêmement touchant, toujours sur le fil du rasoir sans jamais tomber dans le mièvre ni dans la surenchère émotionnelle.

Vincent a vingt quatre ans et vit chez son père qui se lève aux aurores pour faire les marchés. Sa mère est décédée et son absence est palpable, son deuil inachevé. Vincent chante à s’en casser la voix dans un groupe de post hardcore (genre musical à mi-chemin entre le punk et le rock). Son corps est couvert de tatouages témoignant de souvenirs marquants ou de paris idiots… C’est une culture, un moyen de transgresser les règles et d’affirmer sa singularité. Un soir, Vincent apprend que son père a une nouvelle petite amie. Un choc. À partir de là, puisqu’il est au courant, plus besoin de se cacher et Julia intègre petit à petit l’appartement familial. Les tensions se cristallisent entre père et fils, pendant qu'une complicité – voire un peu plus – s’installe entre Julia et Vincent…

Sur son torse, Vincent a tatoué Count your blessings, expression anglaise qui signifie « compte tes bienfaits dans la vie »… Le titre du film nous annonce le contraire. La vie est un combat et certaines épreuves sont plus douloureuses que d’autres. Les non-dits deviennent des stigmates ancrés profondément. Compte tes blessures, c’est l’histoire d’un père et d’un fils qui n’arrivent plus à communiquer. Les maladresses accumulées se transforment en frustration, en violence retenue. Lorsque ça explose, c’est de méchanceté crasse dont chacun fait preuve face à l’autre. Le film raconte ainsi le parcours de Vincent vers une forme d’indépendance, une émancipation non pas matérielle mais affective vis-à-vis de son père.(Utopia)

Lorgues : mercredi 15 fevrier à 21h15 et lundi 20 à 19h


Harmonium

HARMONIUMÉcrit et réalisé par Kôji FUKADA
Japon 2016 1h58mn VOSTF
avec Tadanobu Asano, Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi,Taïga, Momone Shinokawa...
Festival de Cannes 2016 : Grand prix Un certain regard

Ce sixième film de Koji Fukada, cinéaste japonais peu connu encore en France, c’est une douceur apparente dissimulant de multiples tensions en filigrane. Douceur de vivre, des cadres, des mouvements. Tensions intimes, sociales, écologiques… Invisibles, imperceptibles, tels les points chauds qui parsèment, en souterrain, l’archipel du Japon, elles finissent néanmoins toujours par faire leur chemin pour venir exploser à la surface. Et les dégâts peuvent s’avérer considérables.
Le point de départ est simple : Toshio est propriétaire d’un atelier dans une discrète bourgade de la banlieue de Tokyo, où il semble mener une vie ordinaire auprès de son épouse Akié et de leur petite fille Takashi. Un matin, de l’autre côté de la rue, Toshio aperçoit un homme qui l’observe. Il s’agit de sa vieille connaissance Yasaka, qui vient tout juste de sortir de prison où il a passé les onze dernières années de sa vie. Toshio décide de l’engager. Un coup de pouce momentané, histoire de lui remettre le pied à l’étrier. Et en guise de rémunération, il lui offre le couvert et le logis. Pas très bavard, Toshio n’en touche pas un mot à sa femme, la mettant face au fait accompli…

Koji Fukada filme alors avec beaucoup de simplicité l’installation de ce nouveau quotidien. Les bénédicités d’avant repas, la petite Takashi qui répète son morceau à l’harmonium – le spectacle de l’école approche à grands pas –, le silence habituel du mari et la gêne cérémonieuse de sa femme vis-à-vis de cet inconnu, débarqué soudainement entre les murs de sa maison. Doucement, pourtant, l’« étranger » s’immisce, prend sa place, apprend un morceau d’harmonium à la fillette, accompagne la famille lors d’une sortie au bord de la rivière et se rapproche d’Akié en laquelle il trouve une confidente compréhensive… Peu à peu l’embarras s’efface. Et les prémices de la discorde, alors, se font sentir…
Tensions sexuelles mais également tensions entre les deux « amis », qui semblent partager un obscur secret. Koji Fukada filme avec une calme intensité les dialogues entre ses personnages, caméra simplement posée. On évoque le passé, ses croyances… Mais derrière ce qui est dit, il y a ce qui est caché. Au spectateur de l’imaginer. Fukada filme les relations qui se transforment, explore les non-dits et la banalité d’un quotidien qui se fissure. Il refuse toute frontalité. Il laisse simplement, doucement, affleurer ses pistes de réflexion. Le pardon, la rédemption, le droit à la seconde chance (pour Yasaka qui a purgé sa peine, pour Akié également, quelque peu usée par la routine de son couple), mais aussi la faute, la culpabilité et le droit à la mort…

Au spectateur, là encore, de faire son chemin, de construire sa propre vision des choses et d’apporter ses propres réponses aux différentes questions posées. Harmonium vient confirmer la grande sensibilité de Koji Fukada qui, avec son cinéma tout en pudeur et honnêteté, s’évertue à ouvrir l’esprit de celui qui le regarde.

(M. Menossi, grand-ecart.fr)

Cotignac : dimanche 19 février à 18h

Jackie
Réalisé par Pablo LARRAIN
USA/Chili 2016 1h40mn VOSTF
avec Natalie Portman, Peter Sasgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt...
Scénario de Noah Oppenheim. Prix du Scénario, Festival de Venise 2016 • Grand Prix, Festival de Toronto 2016

Un mois à peine après le formidable Neruda ( courez le voir si ce n'est pas déjà fait), un nouveau film de Pablo Larrain, un nouveau regard décalé et passionnant sur un personnage célèbre, une figure cette fois tellement médiatique qu'elle pourrait détourner du film le spectateur légitimement méfiant : il aurait tort, il se priverait d'un grand moment de cinéma brillant et suprêmement intelligent. Jackie nous fait vivre l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, et les quelques jours qui suivront, du point de vue de la rescapée abasourdie, de la veuve immédiatement transformée en icône planétaire.

Un dispositif narratif particulièrement ingénieux permet d'appréhender la personnalité complexe de cette femme sous différents aspects et à différents moments. Deux scènes, dont on voit des extraits tout au long du film, sont à cet égard particulièrement éclairantes. D'abord, une émission de télé reconstituée qui montre, en noir et blanc, une Jackie à ses tout débuts de première dame, hésitante et touchante, proposer aux téléspectateurs une visite de la Maison Blanche et annoncer les travaux de restauration qu'elle souhaite mettre en œuvre. Ensuite, le rendez-vous qu'elle donne à un journaliste du magazine Life, quelques jours après l'assassinat de JF Kennedy. Elle en dira beaucoup lors de cet entretien, mais en laissera publier peu car son objectif est de commencer à bâtir la légende de son mari. Pour cela, elle doit rester maîtresse du jeu en donnant sa version des événements. Entre ces deux moments, on comprend que la petite débutante a beaucoup appris des règles de la communication moderne et de l'utilisation des médias. Les presque trois années passées à la Maison Blanche avaient en effet aguerri cette femme cultivée, qui parlait couramment l'anglais, le français, l'espagnol et l'italien. Il lui faudra néanmoins une force considérable pour organiser à sa façon, construction de la légende oblige, les funérailles de son mari, contre l'avis du conseiller du nouveau président Lyndon Johnson.

Natalie Portman, filmée de très près, présente dans toutes les scènes, est Jackie Kennedy. Inutile d'en dire davantage sur cette exceptionnelle performance. Les acteurs autour d'elle sont parfaits, de Peter Sarsgaard (Robert Kennedy) à Greta Gerwig, avec une mention spéciale pour John Hurt que l'on découvre en prêtre catholique dans une scène qui nous permet, au-delà des apparences exigées par la fonction de première dame, d'aller au plus profond de la personnalité de Jackie et de constater toute la lucidité qu'elle conserve sur son mariage, sur la personnalité de son mari et ce que signifiait d'entrer dans le clan Kennedy.

Un soin extraordinaire a été apporté à la reconstitution, décors, voitures, vêtements… Ce qui ne nous étonne pas d'un film tourné aux USA avec des moyens importants. Ce qui surprend davantage, c'est la qualité de la musique qui, au lieu de peser comme souvent, accompagne et souligne intelligemment.
On ne doute pas qu'un bon réalisateur américain aurait pu faire de cette histoire un bon film. Mais on ne doute pas non plus que nous n'aurions pas échappé à de pénibles couplets patriotiques. Ce n'est pas faire injure au pur talent de Pablo Larrain de prétendre qu'un Chilien, ne se faisant aucune illusion sur la politique américaine, était particulièrement bien placé pour que Jackie soit, non pas un film de plus sur un moment de l'histoire des États Unis, mais tout simplement un grand film.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 15, jeudi 16 et dimanche 19 à 20h30, samedi 18 à 20h45, mardi 20 à 18h15

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