Au(x) cinéma(s) du 15 au 21 janvier 2020

Bonjour à tous !

Voici  venir une semaine riche en évènements cinématographiques . Ce dimanche 19 janvier aura lieu la soirée Entretoiles avec 2 films sur le thème "Destinées" avec à 18h Camille de Boris Lojkine,  émouvant portrait d’une jeune femme ­solaire, la photojournaliste Camille Lepage partie en Afrique pour chercher ­l’humanité, ce film  met en lumière l’histoire d’un pays toujours en proie à la guerre civile et  à 20h30 Les Eblouis  de Sarah Suco, qui nous fait voir les dérives sectaires d'une famille au travers des yeux d'une enfant, une autre Camille, elle aussi. Entre les deux films vous retrouverez  comme d'habitude l'apéritif habituel auquel vous êtes  invités  participer en apportant un plat salé ou sucré.
Nous serons dans le hall dès 17h30 afin que de vous délivrer les nouvelles cartes d'adhésion pour l'année 2020.
 
Notez déja que le 26 janvier nous vous proposerons( si CGR nous confirme sa programmation)  le film chinois : Sejour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine. Pensez aussi à reserver  votre soirée  le dimanche 9 fevrier avec 2 fims: Le miracle du Saint inconnu et Talking about trees.
Dans le cadre du ciné club vous pourrez voir cette semaine à CGR Brooklyn Affaire  un film d'Edward Norton, un polar retors et languissant qui propose une réflexion passionnante sur le pouvoir. Le jeudi 16 Colibri vous convie à un ciné debat avec le film La Supplication de Pol Chrouchten d’après La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitchet et  dans la programmation classique 1917 de Sam Mendès qui retrace une histoire inspirée de celle de son grand père, dans la bataille des Flandres pendant la Première guerre mondiale ,
Les prochains films de ciné club seront La Verité, Le lac aux oies sauvages et les  filles du docteur March.
 
A Lorgues c'est le festival Telerama avec 9 films à l'affiche tous en V.O :Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma où la réalisatrice raconte avec une infinie délicatesse une histoire d'amour impossible sublimée par Adèle Haenel et Noémie Merlant, Le lac aux oies sauvages (aussi au Vox) de Diao Yinan, un polar décoiffant et magnifique, Douleur et gloire (aussi au Vox)le dernier film d'Almodovar , Le Traitre de Bellocchio, une oeuvre magistrale sur la mafia sicilienne An elephant sitting still, film de Hu Bo, long de près de quatre heures, labyrinthique, d'une ampleur digne des grands romans russes ou latino-américains, qui frappe par sa noirceur absolue et son portrait désespéré de la Chine contemporaine,Sibel  un beau film turc qui rappelle la grâce et le fougueux désir d'émancipation des filles de Mustang, Une grande fille(aussi au Vox) un film russe de Kantemir Balagov ou le cinéaste  dénonce, comme dans "Tesnota", son précédent film l'enfermement des femmes dans des cadres étriqués  et Dark Water un film américain qui traite de l'histoire vraie de  l 'avocat Robert Bilott qui dénonça, en 2016, les pratiques toxiques de l'entreprise chimique Dupont.
 
A Cotignac The light house  un film qui met en scène une histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare, La sainte famille, où sous ce titre ironique, l’acteur et réalisateur Louis-Do de Lencquesaing radiographie la famille dans tous ses états, Notre Dame deValérie Donzelli, un film qui questionne aussi sur la place de l'art et de l'architecture à notre époque moderne et Pour Sama  un documentaire de Waad Al Kateab qui apporte un témoignage bouleversant sur la vie quotidienne dans la Syrie en guerre.
 
Au Vox Martin Eden un film italien où Pietro Marcelo propose une lecture très libre du célèbre roman de Jack London et  réussit une adaptation lyrique qui dialogue avec notre époque, El Reino  de Sorogoyen  un thriller politique ultra tendu, mis en scène avec virtuosité,et Parasite la palme d'or 2020 à Cannes.
 
Voilà de quoi se régaler cette semaine au cinéma!
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

CAMILLE
Boris LOJKINE - France 2019 1h30mn VOSTF - avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Grégoire Colin, Bruno Todeschini, Mireille Perrier... Scénario de Boris Lojkine et Bojina Panayotova.
Le 12 mai 2014 en République Centrafricaine, Camille Lepage, 26 ans, photojournaliste, est tuée quelque part près de la frontière avec le Cameroun. Elle couvrait depuis plusieurs mois les conflits violents entre les groupes rebelles de la Séléka (musulmans pour la plupart et venus du nord du pays pour renverser le régime de François Bozizé en 2013) et les milices d’auto-défense anti-balaka (majoritairement chrétiennes). Camille était lumineuse, idéaliste, déterminée, passionnée et travaillait au plus près du terrain, entretenant un rapport humain très fort avec celles et ceux qu'elle rencontrait dans ce travail de photo-reporter qu'elle démarrait tout juste. Son credo : « Témoigner des conditions de vie des populations en souffrance, innocentes et oubliées dans les pays en conflit ».
 
Camille Lepage n'est plus, mais ses photos demeurent, témoins magnifiques et terribles d'un conflit sanguinaire et absurde comme le monde en a connu et en connaît tant, dans une indifférence quasi systématique de la communauté internationale, en particulier quand il s'agit du continent africain. Faire appel à la fiction n'était peut-être pas l'idée la plus simple pour retracer la vie et le travail de Camille Lepage, mais c'est pourtant le choix fort qu'a fait Boris Lojkine, confiant à la délicate et intense Nina Meurisse (déjà vue dans pas mal de seconds rôle mais qui porte ici le film sur ses épaules, avec un talent et une présence rares) la complexe mission d'incarner la jeune femme. Parce qu'il impose naturellement une distance avec la destinée de Camille dont il ne reprendra pas forcément tous les détails, parce qu'il offre aussi cet espace de liberté propre à la création et à l'interprétation, ce film rend finalement un très bel hommage à l'essence du travail de Camille Lepage et à la profonde humanité qui l'habitait.
 
Car Camille aime les gens, elle aime les écouter raconter leurs parcours de vie, elle aime se sentir proche d'eux, partager un repas, une conversation, échanger un regard. C'est cet appel de l'autre qui semble l'avoir poussée loin de sa zone de confort et de la France, cet appel du large et du voyage qui l'a fait choisir ce métier. Mais plus que tout, Camille est une idéaliste. Elle est convaincue que le témoignage qu'elle transmettra grâce à ses photos pourra faire changer le monde, le rendre plus juste, plus humain.
 
Quand elle arrive en République Centrafricaine, elle ne sait pas encore qu'elle va être happée par la force vive de sa jeunesse et par la tension extrême qui l’agite. Elle décide de chercher à comprendre le conflit en étant au plus près de ses protagonistes, dans un travail de fond qu'elle va mener avec courage et détermination. Comment rendre compte de l'horreur et garder la distance nécessaire au travail journalistique ? Comment témoigner sans prendre position ? Comment faire cohabiter l'intimité d'un regard qui puise sa source dans l'âme et le recul indispensable à son propre équilibre ? Comment photographier la folie de la guerre quand on aime les gens ? Plongée au milieu de la crise centrafricaine, Camille s’efforce de continuer à faire son travail sans céder au cynisme. Mais est-ce possible ?
 
Tourné en partie en République Centrafricaine, c'est un film bouleversant qui se voit aussi comme un récit d'initiation, qui vous happe et ne vous quitte pas, à l'instar des photos originales de Camille Lepage que le réalisateur a judicieusement placées dans le récit, comme une incursion brutale du réel, mais aussi pour nous donner envie de découvrir le remarquable travail de cette photographe engagée disparue prématurément.
 
CGR SOIREE ENTRETOILES  dim19/18h
 

LES ÉBLOUIS

Sarah SUCO - France 2019 1h39mn - avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin, Céleste Brunnquell... Scénario de Sarah Suco et Nicolas Sihol.
 
La famille Lourmel a tout de la famille provinciale ordinaire. Une famille nombreuse, 4 enfants, assez traditionnelle et catholique. La fille aînée, Camille, 12 ans, se passionne pour ses cours de cirque où son professeur tente de faire sortir l’âme de clown qu’elle pourrait avoir en elle. Certes la maman, Christine, semble un peu dépressive et ostensiblement sévère, rechignant par exemple à ce que Camille prolonge les cours pour aller dormir chez des copines. Quant au père, Frédéric, il semble un chouia effacé ou résigné face aux exigences parfois injustifiées de son épouse. Et puis il y a la paroisse, mais rien d’extraordinaire à raconter sur elle, une paroisse menée par un curé charismatique et débonnaire que les fidèles appellent étrangement et affectueusement le berger, une paroisse dont les Lourmel suivent activement les activités, entre solidarité avec les personnes âgées ou les nécessiteux et repas dominicaux partagés. Le père, enseignant pas forcément épanoui dans son métier, et la mère, désœuvrée et neurasthénique, semblent trouver dans ces activités pastorales une certaine plénitude.
Puis, insensiblement, le poids de la communauté religieuse va se faire plus prégnant : le berger incite les parents à retirer Camille de son cours de cirque, sous prétexte qu’il lui enseignerait l’ironie et le culte excessif du corps ; puis il leur demande de venir vivre aux côtés d’autres frères et sœurs dans une grande maison communautaire adossée au presbytère. Progressivement se mettent en place tous les mécanismes de l’engrenage sectaire : éloignement des proches hostiles au choix religieux par le biais de procédés diffamatoires ; répétitivité des rituels parfois absurdes, exorcismes ou autres, notamment quand les fidèles bêlent de concert pour appeler la venue du « berger »…

La très chouette actrice Sarah Suco, découverte notamment dans les films de Louis-Julien Petit (Discount et Les Invisibles) passe ici derrière la caméra et elle n’a pas fait ce grand saut par hasard. Son film est d’ailleurs dédié à ses jeunes frères et sœurs car elle a dû vivre avec eux durant dix ans dans une communauté semblable et en a tiré l’authenticité de son récit. À aucun moment le film ne tombe dans la caricature, et le film décrit bien ces petits riens qui font basculer de la normalité à l’étrangeté voire pire. Les personnages des parents, remarquablement campés par Camille Cottin et Eric Caravaca, tout en ambivalence, évoquent les sentiments troubles, entre adhésion aveugle à la logique sectaire et amour sincère de leurs enfants. Face à eux, Jean-Pierre Darroussin est formidable en prêtre tour à tour bienveillant et franchement inquiétant.
Mais ce qui emporte l’adhésion, c’est la vision en permanence à regard d’enfant et par extension le regard autobiographique de la réalisatrice. On est d’autant plus impressionné que tout ce qui est décrit ne se passe pas au cœur d’une cellule djihadiste ou d’une section de raéliens en voyage cosmique, mais bien dans une communauté catholique, tout à fait autorisée, comme il en existe des centaines en France (il suffit de chercher sur internet le réseau de la communauté des béatitudes), alors qu’on estime qu’il y aurait chaque année dans notre pays entre 50 000 et 60 000 enfants victimes de dérives sectaires. Le film est non seulement palpitant mais aussi salutaire.  
 
  CGR SOIREE ENTRETOILES  dim19/20h30 
 

BROOKLYN AFFAIRS

(MOTHERLESS BROOKLYN) Edward NORTON - USA 2019 2h25mn VOSTF - Avec Edward Norton, Bruce Willis, Gugu Mbatha-Raw, Alec Baldwin, Willem Dafœ, Ethan Suplee, Cherry Jones, Bobby Cannavale... Scénario de Edward Norton, d'après le roman de Jonathan Lethem.
 
On pense inévitablement à Brian De Palma, ou encore aux adaptations des romans de James Ellroy, où s'entremêlent les intérêts mafieux et ceux des politiques et où pour les beaux yeux d'une femme ou simplement contre l'injustice, un héros, souvent anti-héros, se dresse contre ces forces présupposées toute puissantes et inatteignables.

New-York dans les années 1950. Lionel Essrog, détective privé, pas tout à fait conforme à l'idée que l'on s'en fait, puisque ce dernier souffre du syndrome de Gilles de la Tourette, enquête sur le meurtre de son mentor et unique ami Frank Minna. Ce dernier était le patron de l'agence de détectives privés dont fait partie Lionel et trois autres larrons qui se connaissent depuis l'orphelinat duquel les a sortis Franck. Une famille donc pour Lionel, handicapé par son syndrome qui lui fait débiter des insanités ou des suites de mots sans queue ni tête et l'affuble aussi de tocs irrépressibles. Mais il a pour lui de ne jamais rien oublier, de mémoriser tout ce qu'il voit ou entend.
Grâce aux rares indices en sa possession et à son esprit obsessionnel, il découvre des secrets dont la révélation pourrait avoir des conséquences sur la ville de New-York… Des clubs de jazz de Harlem aux taudis de Brooklyn, jusqu'aux quartiers chics de Manhattan, Lionel devra affronter l'homme le plus redoutable de la ville pour sauver l'honneur de son ami disparu. Et peut-être aussi la femme qui lui assurera son salut…

Tiré du roman éponyme de Jonathan Lethem, publié en 1999, le scénario d’Edward Norton fait passer la trame des années 1990 aux années 1950. La distance du temps n’empêche pas de penser au présent, le ton de certains propos n’étant pas loin de ceux tenus par Donald Trump. Sous couvert de film noir aux teintes vintage, le film est presque un manifeste politique : développement urbain mené au détriment des populations noires démunies, corruption, intimidation, meurtres…
Les années 1950, ce sont aussi, heureusement, des grandes années du jazz. Edward Norton prend le temps de tourner dans un club, donnant espace et temps à un quintette et aux solos de trompette. La musique est plus qu’une trame sonore, elle participe au suspense, et rend hommage aux polars de l’époque. Mais la grande star du film reste New-York elle-même. De Brooklyn à Harlem, des vues des ponts aux déambulations dans les rues, le film est une ode à cette ville. Dans la grande tradition des films noirs, ambiance jazzy, chapeaux mous et grands manteaux et privé au grand cœur, auquel manifestement Norton déclare ici son admiration et son amour, Brooklyn Affairs est une réussite du genre.  (utopia)
 
CGR CINE CLUB   mer15 et lun20/10h40     jeu16 et mar21/13h30    ven17/15h45   sam18 et dim19/17h45

 

LA SUPPLICATION

(Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse) Pol CRUCHTEN - Luxemboug 2016 1h26mn - Avec Dinara Drukarova, Iryna Voloshyna, Vitaliy Matvienko... Scénario Pol Cruchten, d’après La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch.
 
« … On nous a conseillé de travailler nos potagers avec des masques de coton et des gants de caoutchouc… Et un savant très gonflé est venu nous parler, au club du village. Il a prétendu qu’il fallait laver les bûches… A-t-on jamais entendu pareille chose ? »

Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature en 2015, a fait une plongée dans la souffrance et le courage, la générosité et l’humanité des « gens ordinaires » et nous a entraîné, dans son livre La supplication, au plus proche de ces personnes qui ont vécu et subi la catastrophe de Tchernobyl. Des vies, des amours, des familles qui ont vu leur quotidien anéanti par le plus improbable des désastres… détruit par cette chose quasiment invisible…
« Personne ne m’a raconté des choses semblables à celles que j’ai vécues » diront certaines victimes.

En reprenant de larges extraits du livre, en ne filmant pas que rouille et débris, en faisant appel à des comédiens tout en tournant sur les lieux du drame, en utilisant la voix off, le cinéaste donne un sentiment de concret mais aussi d’intemporalité qui fait que la souffrance d’hier et de là-bas peut être celle d’ici et d’aujourd’hui. Ce que dit le cinéaste Pol Crutchen à propos du livre est aussi vrai pour son film : « Il y a dans La supplication une matière qui touche en effet à l’universalité. Certes, la catastrophe de Tchernobyl est le sujet principal mais le livre parle aussi de nos peurs, de nos rêves, de nos croyances, de la nature, de l’amour… On touche à tous ces éléments qui définissent la condition humaine. »  (Utopia)
 
CGR  CINE Débat animé par Roland DESBORDES  jeu 16/20h
 

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn VOSTF - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.
 
 
Selon la formule consacrée, à l'heure où nous bouclons cette gazette nous n'avons pas pu voir le dernier film de Sam Mendes. Mais ce dernier n'étant pas tout à fait un inconnu, American Beauty (1999), Les sentiers de la perdition (2002), Les noces rebelles (2008), nous nous sommes laissé tenter.

Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée.   (Utopia) 
CGR    mer15/10h15  14h 19h40 22h10(vf) 16h45(v.o)   jeu16 et dim19 10h15  14h 16h45  22h10(v.f)  19h40(v.o)    ven17/14h  16h45  19h40  16h45  22h10(v.f)  10h45(v.o)   sam18 /10h45  14h  20h  22h10(v.f)          14h(v.o) lun10h45  14h  20h  22h10(v.f) 16h45(v.o)  mar21( 10h45  16h45  19h40  22h10  14h(v.o)
 
PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU
Écrit et réalisé par Céline SCIAMMA - France 2019 2h - avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luana Bajrami, Valeria Golino... Festival de Cannes 2019 : Prix du Scénario.
Étonnante Céline Sciamma, toujours là où on ne l’attend pas. Non par plaisir d’étonner la galerie, mais pour le bonheur de renouveler son style, de relever de nouveaux défis tout en creusant un peu plus ses sujets de prédilection. Rendre visibles les invisibles, celles en marge de la société et ici de l’histoire. La réalisatrice s’empare avec brio de la forme classique et la dépoussière, innove, lui rend sa spontanéité. Ce Portrait de la jeune fille en feu (quel titre !) éclaire différemment toute l’œuvre polymorphe de la réalisatrice. Il agit comme une épure. Une fois le côté effervescent, représentatif de notre période contemporaine gommé, ses musiques agitées éteintes, que reste-t-il du cinéma de Sciamma ? Ce nouvel opus, en costumes d’époque, qui s’impose sans strass ni paillettes, met en valeur la trame limpide qui le charpente. Mécanique implacable, puissante, méticuleusement travaillée. Rien n’est laissé au hasard, même le dossier de presse, qu’on vous encourage à télécharger sur le site du distributeur Pyramide, est passionnant. Tout témoigne d’un travail sans relâche, d’orfèvre, pour produire une œuvre merveilleusement ciselée. Tant est si bien que le Prix cannois du scénario est un brin réducteur. Et que dire de ses deux comédiennes, irradiantes, qui auraient largement mérité de partager un prix d'interprétation !

Nous sommes donc en 1770… Non loin des falaises, battues par les vents, qui surplombent l’océan, se dresse une imposante et austère demeure. Ce que l’on appelle traditionnellement une maison de maître, quand bien même la propriétaire en serait une maîtresse. Ici les distractions sont aussi rabougries que les plantes malmenées par les embruns marins. L'expression artistique, les fêtes y sont tout aussi clairsemées. Les rares instants de musique sont tant attendus qu’on en déguste la moindre note jusqu’à la lie quand elle passe à portée. On a le temps de guetter le temps qui passe, de regarder tomber chaque goutte de pluie.
Pourquoi venir se perdre dans cette contrée perdue, si ce n’est pour des raisons alimentaires ? Tel est le lot de Marianne (Noémie Merlant) qui vient de décrocher un travail de commande : faire le portrait de l’héritière de la famille, dans le but de la marier. Il faut resituer le contexte de l’époque : pas de réseaux sociaux, de skype, ni de photomaton… Il fallait bien avoir quelque chose à mettre sous l'œil du futur époux pour lui vanter les mérites et lui vendre la jeune donzelle qu’on lui proposait de prendre sous son aile ! Marianne, en tant que peintre à son compte, est aguerrie dans ce domaine. Elle n’est pas effarouchée de débarquer seule dans ce recoin oublié du monde. Et c’est-là une première originalité à l’écran : y voir une de ces femmes qui ont bel et bien existé dans un contexte où la quasi totalité de leurs contemporaines n’avaient pas le choix de leur destinée. Marianne, sans mari, ni maître, est une femme socialement libérée et ses rapports avec les autres le sont tout autant. Si elle est de rang inférieur à la comtesse qui lui commandite le portrait de sa fille, son statut indépendant lui octroie une véritable liberté de ton, et lui permet de l’aborder de femme à femme. Entre les deux, un marché secret est conclu : Marianne peindra en cachette le tableau, à l’insu d'Héloïse qui essaie avec ses maigres moyens d’échapper à son destin programmé et refuse de poser. Héloïse n’agit pas par caprice, mais par conviction profonde. C'est ce qui va rapprocher progressivement l’artiste et son modèle…

Quand Céline Sciamma s’empare d’un tel sujet, chaque plan devient comme un véritable tableau, la peinture devient l’ADN du film. Dans cet univers féminin, aucune protagoniste n’est laissée à l’abandon. Chaque personnalité est complexe, interagit avec les autres indépendamment des rapports de classe censés les corseter. La liberté a un prix, qu’il faut être prête à payer. L’enjeu impose alors de sortir de ses propres entraves. Au-delà du genre, ce film parlera à tous ceux, à toutes celles qui sont, ont été, seront amoureuses, amoureux, profondément…    (Utopia)
 
LORGUES    mer15/17H   lun20/21H

LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...
 Comme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager.
 

À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)  
 
LORGUES    mer15/19H05   lun20/19H
LE VOX     ven17/13h45    sam18/16h   dim19/15h35  lun20/20h

 

DOULEUR ET GLOIRE

Écrit et réalisé par Pedro ALMODOVAR - Espagne 2019 1h53mn VOSTF - avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia, Nora Navas, Julieta Serrano… et Penélope Cruz... Festival de Cannes 2019, Sélection officielle, en compétition.



 
Disons le d'emblée, avec enthousiasme : Douleur et gloire est l'un des plus beaux films de Pedro Almodovar, et probablement le plus intime, le plus personnel. Un film ample et maîtrisé, superbement écrit et construit, d'une élégance formelle, d'une puissance évocatrice renversantes, touchant à la perfection dans son interprétation, dans son image, dans sa musique, dans sa direction artistique, dans ses dialogues, dans ses ellipses… et dans l'assemblage fluide de tous ces éléments !
Antonio Banderas (extraordinaire) y campe le célèbre cinéaste Salvador Mallo, alter-ego d'Almodovar qui lui a prêté ses costumes pittoresques, sa coupe de cheveux et jusqu'à son propre mobilier… Sans oublier sa douleur, condensé de maux physiques, existentiels, émotionnels, psychologiques. Une douleur qui tiraille quasiment chacun de ses gestes, y compris artistiques. Comment créer quand la souffrance n'est plus un moteur, mais une entrave ? Comment ne pas douter quand la gloire confine au déclin ? Salvador, ainsi pris en étau entre son manque d'inspiration, le sentiment d'avoir déçu et son anatomie malade, plonge dans ses souvenirs pour trouver le repos et reprendre goût au présent.
D'abord pris dans l'apesanteur amniotique d'une piscine, les yeux fermés, Salvador se rappelle un des plus beaux moments qu'il ait vécus : sa mère Jacinta, joyeuse au bord de la rivière, chante au diapason d'autres lavandières et étend le linge fraîchement lavé sur les joncs et la menthe. Le petit garçon d'alors ne peut cacher sa fascination pour cette mère d'après-guerre, dont la beauté voluptueuse transcende la rusticité de l'époque. Les cheveux en bataille, le sourire éclatant, la prunelle ténébreuse… Le récit est bousculé puis revient au présent. Celui d'un homme qui a vécu. Celui d'un homme qui a souffert. Puis viennent d'autres souvenirs. Son premier amour, la douleur de la rupture qui suivit, l'écriture comme seule thérapie pour oublier l'inoubliable, la découverte précoce du cinéma et du vide, la difficulté de se séparer des passions qui donnent à la vie sens et espoir.
Flashback. Salvador émigre avec ses parents à Paterna, un village près de Valence où ils espèrent trouver la prospérité. Ils s’installent dans une grotte troglodyte – le temple de son enfance. On porte l'eau dans des seaux, Jacinta reprise des chaussettes avec un œuf de couture, symbole ultime de résurrection et de vie. Qui sert astucieusement à relier, dans la narration, le fil du passé et celui du présent. Soit l'enfance des années 60, la maturité triomphante des années 80 à Madrid et Salvador de nos jours, isolé, dépressif, victime de plusieurs maux, retiré du monde et du cinéma.
Ne vous méprenez pas, Douleur et gloire n'a rien de cérébral, rien d'élitiste. Au contraire : c'est une œuvre lumineuse, cathartique, qui tire admirablement parti des ressources de la fiction – de ces « coïncidences » qui n'arrivent que dans les films (ou presque). Tel le premier amant de Salvador tombant par hasard sur sa pièce de théâtre disant tout de son remord face à leur rupture… Ce même amant qui dira : « Il n'y a pas un film de toi que je n'aie pas vu », comme soulagé de voir que leur histoire continue à vivre, par des évocations, des réminiscences en images. Encore coïncidence, avec la réapparition mystérieuse d'un portrait de Salvador en train de lire un livre dans la grotte de Paterna. Il a neuf ans. Les murs blanchis à la chaux contrastent avec les fleurs en pots, les carreaux de ciment multicolores aux motifs matissiens. La lumière zénithale achève de donner au cadre une dimension fantasmagorique. Un jeune maçon – amateur de peinture – contemple Salvador, fasciné par la scène, et décide de le dessiner sur un sac de ciment, puis d’emporter le croquis pour le mettre en couleurs chez lui. La candeur mêlée au désir inavouable des deux garçons est d'une telle intensité que Salvador perd connaissance, comme foudroyé. Au-delà des deux histoires d'amour qui marquèrent le héros et vont ici trouver une issue dans la fiction, ce sont les regrets vis-à-vis de sa mère qui vont s'effacer dans un délicieux retournement final. Les douleurs, ainsi exorcisées, finissent par apparaître mineures, quand elles ne sont pas directement moquées…
Douleur et gloire continue donc d'affirmer cette liberté qui a toujours défini le cinéma d'Almodóvar, par sa manière de multiplier les mises en abyme, d'éclater la narration entre le passé et le présent, entre l'auto-fiction et l'imaginaire. Sans jamais perdre de vue la beauté, ni l'émotion. O. J (.Utopia )
LORGUES    mer15/21H00   ven17/19h 
LE VOX        jeu16/16h    ven17/18h30    sam18/15h40   lun20/16h
 
 

LE TRAÎTRE

Marco BELLOCCHIO - Italie 2019 2h32mn VOSTF - avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Fabrizio Ferracane, Luigi Lo Cascio... Scénario de Marco Bellocchio, Ludovica Rampoldi, Valia Santella et Francesco Piccolo.
 
L’Italie digère… ou du moins semble digérer. Enfin une vague de réalisateurs ose raconter par le menu, de manière non édulcorée et palpitante, la mafia vue de l’intérieur. Après le Gomorra de Matteo Garrone et Roberto Saviano, voici aujourd'hui ce magistral Le Traître, du maître Bellochio, presque un roman fleuve, et dans quelques mois ce sera La Mafia n’est plus ce qu’elle était du moins connu Francesco Maresco. Quel dommage de ne pas pouvoir programmer les deux films à la même période tant ils se complètent parfaitement ! Dans les deux cas on a affaire à de vrais méchants, pourtant il semble inévitable qu’affleure, à notre corps défendant, une forme de sympathie dérangeante. Celle-là même dont le virtuose Juge Falcone, sicilien de naissance, usa pour mieux s’imprégner et comprendre les rouages de la pieuvre, et de ses tentaculaires ramifications nationales et internationales.

Le Traître démarre fort, en 1980, par une de ces petites sauteries familiales dont les parrains avaient le secret, quand ils se détendaient entre deux fusillades ou plasticages sanglants. On pénètre donc dans l’action simultanément par deux portes d’entrée ambivalentes, comme semble l’être le regard des Italiens sur les mafieux, qui furent tout autant les protecteurs des classes miséreuses (dont beaucoup émanaient) que leurs bourreaux. La caméra de Marco Bellochio résume en un tableau méticuleux le contexte historique d’une affaire qui va se dérouler sur vingt cinq années, une vendetta meurtrière, inextinguible. Il brosse avec maestria le portrait des forces et des individus en présence pour nous faire prendre toute la mesure des tenants et des aboutissants et nous permettre d'entrer bien armés dans le vif du sujet, qui sera le retournement de veste de Tommaso Buscetta, éminent membre de Cosa Nostra, qui dénoncera ses anciens camarades d’armes auprès du magistrat Giovanni Falcone.
Jeu complexe entre chat et souris (les rôles étant interchangeables), d’où ressort une certaine admiration entre le juge et le truand, laquelle, en des temps moins sombres, aurait pu se transformer en une sorte d’amitié improbable et discrète. Cela peut sembler étrange, mais ce qui rapproche les deux hommes est leur courage et une conception cousine de l’honneur. La partie à jouer est aussi lourde pour l’un que pour l’autre, toujours sur le fil de se faire descendre. Dans le fond Buscetta se sert autant de Falcone que ce dernier se sert de lui. Le clan du maffieux et une partie de sa famille ayant été décimés, il ne lui reste que le bras de la justice pour se venger de ceux qui l’ont doublé, quitte à tomber en même temps que ceux qu’il cherche à atteindre. Bon vivant, il n’est toutefois pas un lâche qui cherche à sauver sa peau à tout prix. Il refusera toujours les appellations de traître ou de repenti. Il a brisé la loi de l’omerta ? Mais pourquoi la respecter envers ceux qui ont piétiné le code sacré de l’honneur, notamment le clan des Corleone guidé par Toto Riina ? Regrette-t-il le moindre de ses actes ? Les réponses à ces questions garderont toujours une part de mystère…

On va suivre la trajectoire de Buscetta, principalement à partir de sa fuite au Brésil, puis de son extradition vers l’Italie, sa traque à la fois par les autorités et par les autres parrains. Un film palpitant de bout en bout, à saluer tant pour la performance de ses acteurs (Pierfrancesco Favino en particulier réussit une composition hallucinante) que pour son ancrage historique précis et documenté. Une immersion dans la seconde guerre de la mafia, dont on ressortira avec un étrange sentiment de malaise, tant le monde des affaires et la sphère politique ne sortent pas indemnes de cette gangrène toujours d’actualité. (.Utopia) 
 
LORGUES   jeu16/16h45   dim19/20h30
 

AN ELEPHANT SITTING STILL

Écrit, réalisé et monté par HU Bo - Chine 2018 3h54mn VOSTF - avec PENG Yuchang, ZHANG Yu, WANG Yuwen, LIU Congxi...
 
 An elephant sitting still est un film exceptionnel à tous les égards. Exceptionnel par sa durée déjà : près de 4 heures, entièrement justifiées, comme une plongée en chute libre dans une ville post-industrielle du Nord de la Chine. Exceptionnel aussi par sa façon d’agencer le récit autour de quatre personnages absolument bouleversants, quatre destins pris dans les mailles des injustices sociales, propulsés dans l’engrenage d’une société déshumanisée. Exceptionnel car rarement un premier film parvient à imposer une telle trempe, une telle intensité dans sa mise en scène, toujours au plus près de ses personnages et de leurs déplacements grâce à une caméra aussi fluide que précise.
Exceptionnel enfin – comment ne pas l’évoquer ? – car son jeune réalisateur Hu Bo s’est suicidé à l’âge de 29 ans et qu’il est impossible de ne pas concevoir son film comme une lettre ouverte, un cri poussé à la face d’un monde inacceptable. La noirceur est partout dans cette ville recouverte d’une chape de brouillard permanent : entre les êtres, dans l’agitation des rues, dans les fissures des immeubles pourris. Pourtant le film s’attache inlassablement à ses quatre personnages, à l’affût de traces d’amour et d’une perspective pour sortir de cette ville-labyrinthe étourdissante. Et parfois, de cette toile funeste, se libèrent un geste, une parole ou un regard. Ceux-là, comme jaillis du néant, brillent d’un éclat inoubliable.
Quatre destins, donc, scellés le temps d’une journée ordinaire. Wang Jin, grand-père partageant le trop petit toit d’une famille égo-centrée qui veut le mettre en maison de retraite. Avec pour seul argument le prétexte qu’il ne pourrait y emmener son chien, l’homme échappe encore un peu au placement et profite de l’affection de sa petite-fille. Son voisin de palier, l’adolescent Wei Bu, a lui des déboires avec la petite frappe du lycée depuis que son meilleur ami subit des intimidations pour un vol de téléphone portable qu’il n’a pas commis. Quant à sa camarade de classe, Huang Ling, elle voit sa réputation salie depuis que sa relation avec le directeur adjoint du lycée a été révélée au sein de l’établissement. Ce matin-là, les choses vont s’accélérer lorsque Wei Bu, prenant la défense de son ami, fait chuter gravement leur persécuteur dans les escaliers du lycée. Dès lors, les deux amis auront affaire au grand-frère du blessé, Zhang Yu, véritable caïd du quartier, lui-même en proie à une immense déception amoureuse.
De multiples recoupements vont amener ces personnages à se rencontrer, s’affronter ou partager un bout de chemin. Mais plus encore, c’est dans une lente convergence que leurs histoires vont se nouer. Car tous ont entendu dire que dans la ville de Manzhouli, non loin de là, un éléphant de cirque reste toute la journée assis, immobile et insensible à la fureur du monde qui l’entoure. Dès lors, chacun cherche à quitter cette ville infernale qui se referme sur eux et voit dans Manzhouli la promesse d’échapper à la condition qui est la leur.
An elephant sitting still est un film brut, entier, sans concession. Ses longs travellings, accrochés au dos des quatre personnages en perpétuel mouvement, dessinent une déambulation sans fin à la recherche d’une issue. Et quand, au bout de leur course, la caméra se braque sur eux, il devient alors impossible d’oublier leurs visages rivés sur un horizon brumeux. A la souffrance du monde, Hu Bo oppose la beauté d’une poésie crépusculaire. Ce film à nul autre pareil marque l’éclosion d’un cinéaste virtuose en même temps que son chant du cygne. Exceptionnel, décidément.(.Utopia) 
LORGUES   jeu16/19h20   sam18/16h
 

SIBEL

Çagla ZENCIRCI et Guillaume GIOVANETTI - Turquie 2018 1h35mn VOSTF - avec Damla Sönmez, Emin Gursoy, Erkan Kolçak Kostendil, Meral Çetinkaya... Scénario de Çagla Zencirci, Ramata Sy et Guillaume Giovanetti.

 
C’est un petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante qui s’agrippe aux pentes des montagnes abruptes. C’est la beauté à l’état brut qui s’étale sous nos yeux. On croit sentir l’air vivifiant des sommets, l’odeur de terre qui s’évapore au petit matin, celle de l'herbe fraîchement coupée. Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant comme les rochers qui les surplombent. Pas besoin de cours de compostage, ni même de briquet pour allumer un feu, on vit depuis toujours avec la nature et on a appris à s’apprivoiser mutuellement, à interpréter le moindre bruissement. Le son porte loin.
Le nom de ce microcosme, Kusköy, « le village des oiseaux », conduirait à penser que ce sont leurs gazouillements qu’on perçoit au loin, pourtant il n’en est rien : ce sont ceux des humains. Ici chacun parle et comprend la langue sifflée. Ce n’est pas un simple code, comme le morse. À travers elle on peut tout se dire. Elle s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés. « Pfiou fiou, tsui, tsui ! » = « le repas est prêt, c’est l’heure de rentrer ! »… Malgré les portables qui essaient de la détrôner, on y revient toujours, quand le réseau fait défaut sur ces hauteurs encore mal desservies par les bienfaits (?) de la modernité. Mais quand partout les portables passeront ? On frissonne à l’idée de penser qu’un jour la langue sifflée fera partie des langues mortes. Mais pour Sibel, qui est muette, elle restera la seule possibilité de communiquer avec son monde.
Présence charismatique, Sibel est réellement magnifique, avec son regard gris acier qui darde sous sa brune chevelure. On admire sa silhouette fine et musclée qu’on sent forgée par une volonté farouche. Pourtant son handicap fait que nulle mère ne la réclame pour son fils en mariage. Est-ce un drame ? Sans doute, pour les mauvaises langues. Mais pour Sibel, c’est comme une bénédiction qui lui a permis de grandir libre, sans qu’on veuille la caser et l’engrosser au plus vite, la rivant à un avenir imposé. Puisqu’elle n’a pas le choix, Sibel a appris à transformer ses faiblesses en forces et accepte de ne ressembler à aucune autre. Avec son fusil constamment à l’épaule, elle a l’air d’une guerrière indomptable. Une indépendance qui fait sans doute peur aux hommes. Elle a beau être vaillante, serviable, joyeuse, et belle, rien n’y fait, elle se retrouve toujours marginalisée, moquée, rejetée. Particulièrement par les autres femmes, engluées dans leurs superstitions, sans une once de compassion. Seule Narim, la vieille folle esseulée qui vit loin du hameau, dans une cahute sommaire, prend plaisir à l’accueillir. Sibel aime l’aider à tailler son bois, lui apporter quelques vivres après ses dures journées au champ. Écouter ses délires, apprendre les légendes, celle du rocher aux mariés, sous lequel toujours la femme ermite attend patiemment le retour de son amoureux parti il y a des décennies… Narim est le second être qui jamais ne la maltraite, avec son père, le respecté Emin, épicier, maire du village. Entre eux règne une belle complicité.
Mais la situation va basculer quand Sibel, en soif de reconnaissance, se met en tête de détruire, seule, le loup qui sévit dans les bois. Elle le traque, à l’affut de la moindre trace… Soudain, elle se sent à son tour épiée… Quelqu'un rôde dans les bois…
Dans le fond c’est une très jolie fable contemporaine ancrée dans une région anachronique. L’actrice qui interprète Sibel est d’autant plus époustouflante quand on sait que pour le rôle, elle a appris spécialement l'incroyable langue sifflée : sacrée performance ! (.Utopia 
 
  LORGUES      ven17/17h     dim19/16h
 

UNE GRANDE FILLE

Kantemir BALAGOV - Russie 2019 2h17mn VOSTF - avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov, Andrey Bykov... Scénario de Kantemir Balagov et Alexandr Terekhov. Festival de Cannes 2019 : Prix de la mise en scène, sélection Un certain regard – Prix de la critique internationale.
Kantemir Balagov : retenez bien le nom de ce surdoué de 27 ans… Si son premier film, Tesnota, une vie à l’étroit nous avait tapé dans l'œil, son second, Une grande fille, monte encore d’un cran. Un grand cinéaste est né.
Retenez également le nom des deux actrices principales qui font leurs débuts à l’écran : Vasilisa Perelygina et surtout Viktoria Miroshnichenko, dont la présence si particulière la rend inoubliable. Longiligne, exsangue, Iya est à l’image de sa ville, Léningrad, de sa Russie, encore secouée par les soubresauts du conflit qui vient de s’achever. Nous sommes en 1945. Encombrée d’un corps et d’un passé trop grands pour elle, l'infirmière Iya fait partie de ces voix inaudibles et timides perdues au milieu de celles des hommes qui gémissent, murmurent, draguent… sidérés par un relent de douleur poisseuse. La jeune femme les écoute, les panse, les comprend à demi-silence. Elle fut sur le front à leurs côtés, combattant à sa manière, comme tant d’autres oubliées des livres d’histoire. La vaillance et les blessures féminines ont-elles moins de valeur que celles des hommes ?  
Tout comme dans Tesnota, le réalisateur place sa caméra transgressive du côté du sexe faussement faible. Mais il ne va pas nous donner un pamphlet banal, convenu et convenable. Chaque scène s’avère d’une beauté lumineuse et glaçante, aussi douce que tranchante. S’il convoque le classicisme, il ne s’englue pas dans ses pièges – l'académisme, la reconstitution figée – et le bouscule d'une sorte de modernité anachronique. Plus les plans transcendent les acteurs en les saisissant dans des poses caravagesques, plus leurs personnages s’enhardissent à sortir des cadres formellement parfaits élaborés par la photographie somptueuse de Kseniya Sereda (à peine 25 ans !). Au fil des clairs-obscurs, des ambiances tantôt cliniques, tantôt chatoyantes, la mise en scène nous plonge dans les méandres de désirs inextinguibles : la soif de vivre, la poursuite maladroite du bonheur envers et contre tout, l’espérance d’une incertaine réparation, autant celle des corps que celle des âmes dont les plaies moins visibles n’en sont pas moins présentes.
Iya, qui soigne les blessés dans un hôpital d’après-guerre, soigne peut-être aussi quelque chose d’elle-même. D’étranges acouphènes la laissent parfois scotchée au bord de la réalité, comme absente au monde et à sa propre personne. Ses collègues attendent alors que la grande fille émerge de sa soudaine catalepsie, puis reprenne sans mot dire le cours de son existence tenace. Ici chacun a déjà tant à faire que nul ne vient remuer les parts de mystère. Le moindre geste les dévoile bien assez. C’est dans les recoins les plus communs de l’existence, une volute de fumée, une taquinerie, que transparait une forme de reconnaissance. Même le médecin chef au regard compatissant se sait proche de cette grande gigue, elle et lui prisonniers / gardiens de la même cour des miracles.
Le soir venu, le rayon de soleil qui pétille dans la vie de Iya est un petit bonhomme à la drôle de figure, Pashka, qu’elle couve dans un cocon aussi chaleureux qu’étouffant. Tout le monde croit que c'est son fils mais on découvrira au retour de Masha, une ancienne camarade du front, qu’il n’en est rien. Ensemble ces deux âmes sœurs, antithèses l’une de l’autre, vont réapprendre à jouir de la vie, dans une ambiance mélodieusement dissonante. Relation réparatrice aussi bien que toxique, pour le moins intrigante.

Le film est assez long mais rien n’y est longueur. Les plans, souvent étirés à l’extrême, sont d’une intensité rare et balaient un spectre d’émotions contradictoires. Entre tendresse, empathie, malaise, colère, Une grande fille ne cessera de nous troubler… Que du bonheur, du vrai grand cinéma ! (.Utopia) 
 
LORGUES   sam18/20h   lun20/16h30
LE VOX       ven17/14h 20h    sam18 et 21mar/18h
 
 

DARK WATERS

Todd HAYNES - USA 2020 2h06 VOSTF - avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins... 
il y a quelque chose de pourri en Virgine-Occidentale... les fermiers voient leurs vaches mourir les unes après les autres, les yeux rouges, sanguinolents, comme si elles avaient été possédées, les habitants de la région affichent quand à eux un taux anormalement élevé de cancers... Et au milieu une usine, (DuPont, l’un des plus grand groupe industriel de chimie des USA) qui déverse ses déchets depuis 40 ans dans les cours d’eau environnants (regardez-donc dans vos armoires, on a tous une couette, une poêle anti-adhésive issus de cette industrie).Et c’est une histoire vraie, une histoire ahurissante portée et incarnée par Mark Ruffalo (ici initiateur, producteur et personnage principal du film), avocat de bon nombre de groupes industriels de chimie mais qui par idéalisme, contre vents et marées, complètement habité et obnubilé par sa cause, va tâcher de faire éclater la vérité.
Todd Haynes, grande figure du mélodrame à la Douglas Sirk (souvenez vous de Loin du paradis, Carol, Le musée des merveilles…) s’attaque ici au film judiciaire soit un genre totalement nouveau dans sa filmographie mais où il s’attache à montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés d’apparence.
Il reste qu’au sortir de cette histoire à la David contre Goliath, vous risquiez de ne plus regarder le fond de votre poêle en téflon de la même manière...(.Utopia) 
LORGUES  dim19/18h


UN FILS de Mehdi M.Barsaoui- Tunisie- Katar-Liban -France -avec  Sami Bouajila , Najla Ben Abdallah Youssef Kemiri


 
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Farès et meriem forment avec Aziz, leur fils de neuf ans, un famille tunisienne moderne issue d'un milieu privilégié. Lors d'une virée dans le sud de la Tunisie, leur voiture est prise pour cible par un groupe terroriste et le jeune garçon est très gravement blessé ...

nous sommes vers la fin des années 2000 au sud de la Tunisie et sans trop rentré dans les détails, il y a conflit entre la Tunisie et la Libye. La Tunisie étant un pays assez pauvre à cette période si (surtout le sud) il est dur pour les deux parents de s'occuper de leur fils qui est dans un état sévèrement critique. Les lois sont un stricte que les protagonistes jugent comme " des lois de merdes".Après un test ADN, on apprends que Farès n'est pas le père biologique de Aziz, s'en suit des problèmes administratifs. La mère essaye d'arranger l'histoire afin de guérir son fils légalement et le plus rapidement possible, tandis que le père rejoint un réseau de trafique d'organe récupéré en Libye. après cela le couple se dispute et quand le père est allé chercher le fois, la mère a enfin réussi a retrouver le père biologique.
Le film eu a peine le temps de commencer, il nous marque déjà avec la blessure du fils. Les performances d'acteurs sont excellentes, elles permettent d'installer une tentions dramatique qui augmente crescendo. Les scènes où l'on voit Aziz en sang sont vraiment choquante, mais la scène qui m'a le plus marqué ( et je ne suis pas le seule vu les réactions dans la salle) est celle où Farès doit échanger son argent contre le foie qu'il doit greffé à son fils avec le trafiquant, Farès sort son argent cependant le trafiquant sort un enfant Libyen et dit "voilà ton foie" , cette scène résume toute la cruauté des antagonistes.

Outre le choc que le film procure, il y a un très gros travail sur la photographie, que se soit le désert, l’hôpital ou la ville ; toute les images sont travaillé, mais là où le film franchis un cap sont les moments de plans d'ensembles fixes, par exemple le sublime couché de soleil avec Farès et le jeune Libyen ou sur une très belle maison au début du film.(Sens critique)

  LORGUES   ven17/21h
 

THE LIGHTHOUSE

Robert EGGERS - USA / Canada 2019 1h49mn VOSTF - avec Willem Dafoe, Robert Pattinson, Valeriia Karaman... Scénario de Max Eggers et Robert Eggers. Festival de Cannes 2019 : Prix de la Critique internationale • Festival du cinéma américain de Deauville : Prix du Jury.
Qui n'a jamais entendu l'océan gémir les soirs de tempête, le fracas sourd des flots sur les rochers dans les ténèbres, l'écho glaçant des pleurs déchirants du vent… ne peut sans doute pas comprendre ces légendes noires venus du fonds des temps où les Djins se déchaînent : histoires de démons, de monstres, de sirènes racontées en frissonnant durant les longues veillées d'hiver, serrés épaule contre épaule pour conjurer la peur. Ce film-là prend sa source dans ces légendes ténébreuses et magnifiques, peuplées des angoisses et des fantasmes humains, où le surnaturel se mêle à la fascination d'une nature en majesté dont l'ampleur du mystère a laissé de tous temps l'homme abasourdi et terrifié.
C'était un temps où les phares abritaient encore des gardiens, responsables de la lumière qui guidait les navires dans la nuit noire, signalait les dangers de la côte proche. Un temps où, coupés de la terre, les hommes espéraient l'accalmie qui permettrait l'arrivée de la relève et des vivres, mais quand l'accalmie tardait, ils se retrouvaient seuls face à l'immensité tumultueuse sans pouvoir espérer aucun secours, sans autre témoin que les mouettes inamicales dont on disait qu'elles étaient l'âme des marins disparus en mer.
Ce jour-là, sur une île rocailleuse et minuscule, au large des côtes de la nouvelle Angleterre, un rafiot transporte celui qui remplacera auprès du vétéran Thomas Wake son collègue disparu on ne sait comment… Le vieux Tom a la belle gueule burinée d'un capitaine Achab qui aurait perdu son navire, et de son œil aigu il observe l'arrivée de ce nouvel aide avec ironie : un débutant qui ne sait rien de la mer et dont il suppute que la belle gueule cache des secrets inavouables. Il ne tarde pas à lui faire savoir qu'il est le seul maître à bord, en tirant sur sa pipe d'écume qui fait peuh peuh…
Celui qui dit s'appeler Ephraïm Winslow commence par se plier avec une obstination rageuse aux ordres de son chef, charriant sous la pluie des brouettes de charbon, récurant le plancher moisi, nettoyant la merde… mais refusant, dans un premier temps, de partager les soirées arrosées de mauvais alcool avec ce compagnon dont il se méfie…
Dans le huis-clos de ce phare sombre qui suinte l'humidité salée, pue le tabac froid et la pisse rance, se noue une étrange relation, faite d'affrontements, de désir et de haine, entre celui qui veut garder le pouvoir sur la lumière et celui qui désire plus que tout s'en approcher pour percer le secret du vieux loup de mer. La confrontation sera révélatrice des démons intérieurs de chacun, que la distance avec toute civilisation humaine ne vient plus contenir, pour atteindre des paroxysmes de délires peuplés de monstres tentaculaires, de sirènes sublimes de sensualité et dévoreuses d'humanité, où l'on ne sait plus distinguer hallucinations et choses réelles. Les frustrations de toutes sortes, impossible à noyer dans l'alcool, prennent alors la drôle de gueule de démons issus du tumulte de leur océan intérieur, agité d'angoisses et de désirs frustrés. Pour Ephraïm, le seul espoir de fuir cette île isolée où tous les éléments lui sont hostiles, c'est une barque, frêle esquif insuffisant pour affronter les flots déchaînés…
Dans un noir et blanc sublime qui joue des contrastes pour mieux attiser le sentiment d'étrangeté, Robert Eggers nous plaque au fauteuil par des vagues d'images expressionnistes, ponctuées de dialogues âpres, de monologues jubilatoires… servis par un Willem Dafoe qui semble jouir d'un tel rôle, jusque dans les gros plans sur sa tronche ridée. Et son partenaire Robert Pattinson est à la hauteur ! On dégustera la bande son jusqu'à la dernière note de la chanson de marin finale.    (Utopia)
 
COTIGNAC   jeu16/18h et 20hh30
 
LA SAINTE FAMILLE
Réalisé par Louis-Do de LENCQUESAING - France 2019 1h30 - avec Marthe Keller, Léa Drucker, Laura Smet, Louis-Do de Lencquesaing, Thierry Godard, Brigitte Auber, Henri Garcin... Scénario de Louis-Do de Lencquesaing et Jérôme Beaujour.
Ne vous y trompez pas : il sera ici beaucoup plus question du comportement des anguilles (vous le comprendrez après avoir vu le film) et de celui, pas toujours très catholique, des membres d'une même tribu que de considérations sur Jésus, Marie, Joseph et la Trinité. Il faut comprendre ce titre comme une marque d'ironie, évidemment, un malicieux pied de nez quant à la façon dont il convient, in fine, d'aborder cette micro-société que notre époque a peut-être tendance, temps incertains obligent, à auréoler de toutes les qualités : la famille. Avec une manière bien particulière d'être très léger et drôle tout en abordant des sujets profonds, Louis-Do de Lencquesaing poursuit, dans la veine des derniers films français sur le sujet (Fête de famille, La Vérité présenté quelques pages plus loin), une joyeuse autopsie de la cellule (!) familiale. La sienne (puisqu'il interprète aussi Jean, le rôle principal) n'est pas piquée des hannetons !

Il y bien sûr la mère : charismatique et hautaine, cette grande bourgeoise classieuse mais aussi très agaçante a un avis sur tout et sur tout le monde et trouverait de bon ton d'imposer une cure de prozac à toute la smala en vue d'alléger les névroses ambiantes. Elle s'est mise en tête de faire estimer les multiples biens du clan, histoire de clarifier les choses et d'anticiper le futur héritage parce que c'est bien connu, dans les grandes familles à la tête de quelques biens mobiliers et immobiliers, les successions peuvent rapidement virer au psychodrame. Pourtant Bonne, la grand-mère, pète le feu et n'a rien d'une moribonde, mais qu'importe, on n'est pas non plus obligé de respecter les codes et de faire tout dans le bon ordre : la preuve, la mère a décidé, au bout de 50 ans, d'arrêter de vouvoyer ses enfants. Une petite révolution !
C'est alors que débarque Marie-Laure, cousine germaine qui avait pris la tangente et qui travaille justement dans un cabinet d'expertise. Marie-Laure qui n'est plus, comme le dit la femme de Jean, « grosse et moche » (bah non, c'est Laura Smet !) et cherche, elle aussi, quelques repères à accrocher aux branches de cet arbre généalogique. En parlant de descendance, il est d'ailleurs tout à fait possible que Marie (la femme de Jean, donc, vous suivez ?), soit à nouveau enceinte… et ce alors même qu'elle envisageait justement de quitter Jean. Un autre qui va être papa, c'est Hervé, le frère de Jean, qui n'a pas peur de revendre la soupière en porcelaine dans son stand des Puces et qui cache sous son blouson de cuir un ou deux autres secrets. Bref, la famille n'est plus tout à fait ce qu'elle était et les aiguilles de la boussole s'agitent, cherchant désespérément un nord un peu fiable pour continuer à avancer.
Sur ces considérations, Jean, anthropologue émérite et universitaire respecté, est nommé au sein d'un gouvernement que l'on imagine macronien… ministre de la Famille. La bonne blague ! Alors que les fondements de la sienne vacillent, il est appelé au chevet de la France pour incarner la modernité d'une pensée qui ne renierait ni les progrès de la science, ni le cadre rassurant de la tradition, tout en accompagnant avec lucidité et pragmatisme les mutations en marche. Tout un programme qu'il va devoir mener à bien entre sa mère, sa grand-mère, sa femme, sa cousine, les anciens domestiques, les secrets de famille, la GPA, le mariage pour tous et les vieilles histoires du passé.

Plus c'est sérieux et plus il faut en rire. Alors oui, La Sainte famille est une comédie. Qui par moment se contorsionne pour raconter ce qu'elle entend raconter, comme pour échapper au piège du sérieux. C'est un film qui parfois se roule sur lui-même pour mieux filer entre les doigts, pour ne jamais se trouver là où on l'attend. À la manière d'une anguille, encore, décidément ! Réjouissant ! (Utopia)
COTIGNAC    ven17/18h   
 
 NOTRE DAME
Valérie DONZELLI - France 2019 1h30 - avec Valérie Donzelli, Pierre Deladonchamps, Thomas Scimeca, Bouli Lanners, Virginie Ledoyen... Scénario de Valérie Donzelli et Benjamin Charbit.
NOTRE DAME
Sacrée donzelle que Donzelli ! De film en film, elle brosse une œuvre atypique, à la tonalité joviale et faussement naïve. Que les sujets soient intimes ou graves, elle les distord avec une légèreté pleine de fraîcheur. Il y a quelque chose de profondément combatif et lumineux dans ce cinéma-là qui refuse de sombrer dans la morosité ou dans le drame, même dans les cas les plus extrêmes, comme dans le magnifique La Guerre est déclarée. Depuis son tout premier La Reine des pommes – disponible en Vidéo en Poche –, la cinéaste-comédienne nous entraîne dans son univers burlesque et mutin qui laisse la part belle à l’autodérision.
Cela ne vous a jamais frappé ? Il y a des noms que l’ont croirait prédestinés : l’opticien qui s’appelle Delœil, la gynécologue Robinet, le sacristain Lévèque. La première femme pilote de chasse se nomme Caroline Aigle, quant à Charles Pathé, avant de devenir producteur de films, il fut charcutier… Alors quel métier croyez-vous que l’on puisse exercer dans la vie quand on s’appelle Maud Crayon si ce n’est architecte ?
Maud (interprétée, évidemment, par la réalisatrice elle-même), fait partie de ces bonnes petites soldates, toujours prêtes, qui courent en tous sens. Existence schizo-frénétique, semblable à celles de tant de femmes écartelées par le désir de bien faire à tous les niveaux : professionnel, amoureux, maternel… Dans sa besace, un patron bidon, deux adolescents critiques, leur paternel, son ex, immature chronique (Thomas Scimeca parfait, avec ses airs de Gaston Lagaffe dégingandé et lymphatique)… Martial est par ailleurs le prototype incarné du vrai pot de colle qui déboule sans crier gare, à la moindre embûche affective. Maud essaie bien de protester, lui rappelant qu’ils sont séparés, mais elle ne résiste pas longtemps à ses airs de cocker battu. Notre croqueuse de croquis ne sait pas dire « non », c’est sans doute son pire problème.
C’est là que, par une pirouette du hasard qu’on taira ici, un événement tombé du ciel, comme par enchantement, va venir bouleverser le cours des choses. Voilà Maud Crayon, jusque-là tâcheron dans un cabinet d’architecture impersonnel, soudain en charge d’un des plus prestigieux projets de la Ville de Paris : l’aménagement du parvis de la prestigieuse cathédrale Notre-Dame. C’est le contrat de sa vie, décroché sans même avoir concouru, au nez et à la barbe de tous les architectes – que des mecs ! – ayant pignon sur rue. Cette victoire, loin de simplifier les choses, va tout au contraire les compliquer. Maud va devoir composer derechef avec tout son petit monde, d’autant que son employeur aux dents longues devient jaloux comme un pou, et que Martial s’incruste comme jamais car il vient de se faire larguer. Sans compter que le destin remet dans les pattes de notre maîtresse d’œuvre débordée un ex-amour de jeunesse bien embarrassant.
C’en est trop ! Maud panique, prête à se mélanger les crayons, elle se sent défaillir… Heureusement, il y a Didier, une perle d’homme (forcément interprété par Bouli Lanners), ami inconditionnel (et peut-être secrètement amoureux ?), collègue attentionné, qui veille au grain et va l’aider à surnager… Mais rien ne sera de tout repos.
Sans donner de réponses toutes faites, tout en douceur aérienne, Notre Dame questionne sur la place de l’Art, de l’architecture à notre époque moderne, il évoque les sempiternelles polémiques qui sporadiquement réapparaissent, souvent disproportionnées. Une dernière précision de taille, le film a été écrit et tourné bien avant l’incendie que l’on sait : les images de la cathédrale intacte le prouvent… et sont étonnamment émouvantes(Utopia)
COTIGNAC    ven17/20h30  lun20/18h

POUR SAMA

Waad AL-KATEAB et Edward WATTS - documentaire Syrie 2019 1h35mn VOSTF - Festival de Cannes 2019 : œil d’or du Meilleur film documentaire.

POUR SAMAMission compliquée que la nôtre : vous convaincre d'oser dépasser vos réticences, vos craintes, et de venir voir Pour Sama. Vous dire peut-être que ce documentaire, ovationné et récompensé lors du dernier Festival de Cannes, salué par une presse unanime, fait partie de ces œuvres qui laissent une trace indélébile dans l'âme et le cœur du spectateur. Vous dire aussi que ce film, au sujet évidemment dramatique, est porté par une incroyable force de vie, qui habite chaque image, chaque plan saisis par la caméra de Waad al-Kateab.
Ce qui est sûr, c'est que montrer Pour Sama, faire en sorte que cette histoire parvienne jusqu'à vous, c'est continuer à croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde et modestement contribuer à faire de nous des êtres plus ouverts, moins égocentrés, bref un peu meilleurs.

Pour Sama est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d'amour d'une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique.
Jeune étudiante en marketing dans sa ville natale d'Alep, Waad suit avec sa petite caméra numérique les premières manifestations contre le régime de Bachar al Assad. La fougue de la jeunesse, les slogans sur les murs, les sourires de ces jeunes rêvant de printemps. Quand la répression commence à se durcir, Waad filme toujours : « Dans les journaux télévisés, on ne parlait pas de manifestants, mais de terroristes. A l'université, il n'y avait pas de médias pour expliquer la situation. L'idée était de prendre son téléphone portable et de documenter ce qu'on voyait ». La suite, elle est tragique : 7 ans de guerre, les bombardements par l'Armée Russe, plus de 500 000 morts, des milliers de déplacés et de disparus, un pays en ruine… et un pouvoir toujours en place.
Waad filme sa vie, son quotidien, celui de son mari, médecin puis directeur de l'hôpital d'Alep, de ses amis, et de ce pays qu'elle chérit ; elle filme ses peurs, ses joies, ses espoirs, sa douleur. Au risque de sa vie, elle envoie ses images à l'étranger, convaincue que « le monde ne laissera pas faire ». Des heures et des heures de film qu'elle finira par emporter avec elle quand, lors du siège d'Alep en 2016, elle prendra, le cœur brisé, le chemin de l'exil avec son mari et sa fille.

Des images terribles, parfois insoutenables, d'une cruauté sans nom, mais aussi de nombreux moments de grâce, des rires, des plaisanteries, des gestes d'amour et de tendresse. Les premiers pas de Sama, des gamins qui jouent, un repas partagé. Pour Sama est aussi un hommage à tous ceux qui risquent leur vie pour celle des autres : médecins, infirmières et infirmiers, casques blancs… et à un peuple résiliant qui ose encore croire au meilleur de l'humanité. (Utopia)
COTIGNAC LUNDI 20/20H30
 MARTIN EDEN
Pietro MARCELLO - Italie 2019 2h08mn VOSTF - avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Carlo Cecchi, Marco Leonardi... Scénario de Pietro Marcello et Maurizio Braucci, d'après le roman de Jack London. Festival de Venise 2019 – Prix d'interprétation masculine pour Luca Marinelli
 
 
 
 Et c’est alors que, dans une grandiose épiphanie, lui vint la grande idée. Il écrirait. Il serait l’un des yeux par lesquels le monde voit, l’une des oreilles par lesquelles il entend, l’un des cœurs par lesquels il éprouve. Il écrirait de tout… de la prose, de la poésie, des romans et des récits, des pièces comme Shakespeare. » Jack London, Martin Eden

Avant d'être ce superbe film, Martin Eden, c’est bien sûr un chef d'œuvre de la littérature, un des premiers des best-sellers de l’histoire, créé par un écrivain hors normes dont on a cru longtemps qu’il s’était projeté dans ce personnage de jeune prolétaire - écrivain en herbe, qui ne rencontre pas le succès et qui veut s’élever culturellement et socialement par l’amour passionnel et irraisonné d’une belle bourgeoise rencontrée par hasard. Il y avait bien quelques indices incitant à rapprocher Jack London et Martin Eden. Jack, fils d'un ouvrier au temps de la Révolution industrielle, a travaillé enfant à l’usine, connu les bas fonds, cherché de l’or dans le Klondike au cœur du Grand Nord canadien, été mousse sur des goélettes partant chasser le phoque… avant de devenir correspondant de presse au début du 20ème siècle sur le théâtre des opérations des guerres russo-japonaise puis américano-mexicaine. Pourquoi et comment ce gamin issu du prolétariat devint un tel aventurier avant d’être écrivain reconnu ? Par amour ? Jack London eut beau protester de la différence entre ses motivations et celle de son personnage, le doute subsista.
Le réalisateur italien Pietro Marcello, au talent singulier et au parcours étonnant (il fut éducateur en milieu carcéral avant de passer au cinéma), nous avait intrigués et séduits avec son très beau Bella e Perduta, conte sicilien entre documentaire et fiction témoignant de la folie d’un pâtre qui sacrifia sa vie à sauver un palais abandonné et un bufflon voué à une mort certaine. Martin Eden, adaptation à la fois très libre et très fidèle du roman de Jack London, pourrait apparaître comme plus classique dans son respect du récit rapportant le parcours du jeune héros, même si l’histoire est transposée dans un Naples indéfini entre le début du siècle et les années 60. Si ce n’est ces anachronismes qui évoquent la divagation propre à la lecture, Marcello suit son personnage, jeune marin et apprenti écrivain dont le destin bascule quand il sauve un jeune homme de la bonne société et qu'il se laisse subjuguer par la sœur de celui-ci. C'est une jeune femme un peu distante et mystérieuse, qui comprend l’intelligence de Martin et le pousse à se cultiver et à voyager pour acquérir ce qui selon elle fonde le terreau d’un grand écrivain. Mais Martin pourra-t-il, souhaitera-t-il se conformer aux exigences de la belle, qui espère que son soupirant se plie aux diktats raisonnables de la société bourgeoise alors que lui est habité par les idées marxistes ?

Une des très belles idées du film de Pietro Marcello réside dans l’utilisation presque expérimentale au fil du récit d’images d’archives du Naples populaire des années 50/60, renforçant l’anachronismen par rapport à l'œuvre de London mais rappelant les origines et la culture ouvrière du héros, et apportant dans la mise en scène et les couleurs une tonalité propre au grand cinéma italien social des années 70, celui des Frères Taviani ou de Bellochio. Ajoutez à cela la magnifique interprétation dans le rôle titre de Luca Marinelli, justement récompensée au récent Festival de Venise, et vous avez un grand film, original et passionnant, formant avec Le Traître, de Bellochio justement, un sacré duo italien en ce mois d'octobre !(Utopia)
LE VOX   ven17/17h15    sam18/20h15   dim19/17h50  lun20/13h50
 
 
EL REINO
Rodrigo SOROGOYEN - Espagne 2018 2h11mn VOSTF - avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, José Maria Pou, Nacho Fresneda, Ana Wagener, Barbara Lennie... Scénario   d'Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen.
 
 
« La corruption politique en Espagne – et surtout, la totale impunité de ses leaders depuis une dizaine d’années – nous a laissés, ma co-scénariste Isabel Peña et moi, d’abord perplexes, indignés puis déprimés, et enfin presque anesthésiés. C’est la répétition des affaires de corruption de ces dernières années qui nous a décidés à raconter cette histoire. Comme dans Que Dios nos perdone, nous voulions faire un thriller, un film à suspense qui accroche le spectateur mais qui parle aussi des êtres humains et de leur noirceur. »  L’action démarre dans un restaurant de luxe, autour d’un plateau de fruits de mer débordant de gambas plus énormes et plus rouges que partout ailleurs. Ici l’herbe est plus verte que partout ailleurs ! On ingurgite goguenards et sans s’extasier les vins millésimés, la cuisine fine, on se gausse, on critique les absents, on trame des complots avec des airs entendus. Il nous faut un moment pour comprendre qu’on est dans la cour des grands, des puissants de ce monde, parmi lesquels une seule et unique femme. Tellement sûrs d’eux, de leur impunité éternellement acquise qu’ils en finissent par oublier d’être discrets. C’est à l’heure du digestif, quand sort de l’ombre un petit carnet où sont alignés les comptes occultes de campagne, qu’on sait définitivement qu’on est dans une grande famille politique. Laquelle ? Ce ne sera jamais dit… Les scénaristes ont pris soin de doter le parti fictif du film des mêmes caractéristiques que les formations politiques qui s’affrontaient en Espagne en 2007, année où se situe l’action. 
 
Pour Manuel López-Vidal (Antonio de la Torre, juste parfait !), l’un des cadors de la petite bande plus habituée aux yachts qu’au métro, l’avenir s'annonce radieux. C’est au moment où il est sur le point de satisfaire son ambition galopante, de passer à la direction nationale, qu’un bon gros scandale dévoilé par la presse va éclater : malversations, corruption, compte d’initiés… Alors qu’ils nageaient tous dans les mêmes eaux glauques et profondes, Manuel va vite comprendre que c'est sur lui seul que la nasse risque de se refermer. Ses alliés de jadis auront tôt fait de charger sa barque pour se défausser et ne pas sombrer avec lui. Mais notre bouc émissaire n’a pas dit son dernier mot…mme dans Que Dios nos perdone, nous voulions faire un thriller, un film à suspense qui accroche le spectateur mais qui parle aussi des êtres humains et de leur noirceur. »  (Utopia)
LE VOX  jeu16/18h20   dim19/20h30   mar21/18h15
 
 
 

PARASITE

Écrit et réalisé par BONG Joon-ho - Corée du Sud 2019 2h12mn VOSTF - avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Choi Woo-shik, Park So-dam, Chang Hyae-jin
En deux décennies, Bong Joon-Ho s’est imposé comme un des réalisateurs majeurs du cinéma asiatique. Grâce à ce qu'on appelle des films de genre (polar, fantastique, thriller) qui ont toujours laissé une belle place à la sensibilité et à l’humour. Punchy, émouvants, drolatiques, un brin sanguinolents… tels le virtuose Memories of murder, le délirant The Host, les terriblement touchants Mother et Okja… Ce nouvel opus, Parasite, ne déchoit pas, ni ne déçoit, tout au contraire. Il confirme que la panoplie du cinéaste est décidément très riche et que son œil aiguisé n’hésite pas à lacérer profondément la société à deux vitesses dans laquelle ses personnages évoluent. Il frappe fort avec cette critique sociale puissante et déjantée : on navigue entre satire grinçante, comédie relevée et thriller un brin surréaliste. On n'a plus qu’à se laisser porter et surprendre par le récit magnifiquement mis en scène et filmé. La radiographie de notre époque est saisissante, l’intrigue rondement portée par un casting excellent, à commencer par le complice habituel Song Kang-ho.
Dans l’opulent Séoul, à la pointe du progrès et de l’électronique, une partie de la population vit pourtant plus bas que terre, à peine mieux lotie que les cafards qui grouillent dans les recoins sombres et moites de la ville. La famille Ki fait partie de ces rase-mottes : balayée par la crise économique, obligée de vivre dans un sous-sol qui serait sordide et glauque sans leurs rires et leurs chahuts incessants. On aime à se charrier, on aime à se bousculer, on s’aime tout court. Ils sont obligés de se serrer les coudes, entassés qu'il sont dans cet espace plus digne d’une boîte à chaussures que d’un appartement pour quatre personnes. Pourtant l’indigence et la promiscuité ne semblent pouvoir venir à bout de la tendresse familiale. Si chacun a fait le deuil de quelque chose, il le dissimule sous une couche de jovialité et tout est prétexte à se marrer. Chez eux, chaque instant semble grand-guignolesque et hilarant. Il faut les voir se débattre en chœur pour assembler des tonnes de boîtes à pizza (le petit boulot du moment), courir en brandissant leurs portables à la recherche d’un réseau téléphonique fainéant. Ou encore se laisser fumiger comme de vulgaires vermines dans l’espoir que celles-ci crèveront les premières… Mais quand la poisse vous colle vraiment aux basques, même l’espoir devient un piètre compagnon.
Il faudrait un quasi miracle pour désengluer les Ki de la mouise environnante. Et il va advenir. Un ancien camarade de classe va proposer à Ki-woo (le grand frère) de le remplacer pour des cours d’anglais dans la richissime famille des Park. N’y voyez pas-là un acte désintéressé, c’est juste que, secrètement amoureux de son élève, il décide de la confier au seul être qui ne risque pas de lui faire ombrage, au plus miteux de ses copains, donc Ki-Woo, auquel il a l’indélicatesse de l’avouer. Peu importe, c’est une occase inespérée ! La famille Ki trépigne d’impatience, s’affaire, dégote au fiston un costume de circonstance, lui bricole un faux diplôme impeccable.

Fin prêt, chaleureusement recommandé, Ki-woo pénètre dans la demeure somptueuse de ses futurs employeurs. Leur jardin, d’un vert arrogant, semble flotter au dessus des contingences du pauvre monde, tel un ilot paradisiaque. Décidément, même le ciel des riches est plus bleu et ignore jusqu’à l’existence des gratte-ciels, évanouis comme par enchantement. Dans cette maison d’architecte, nulle faute de goût, sauf peut-être la rébarbative gouvernante allergique aux pêches et le capricieux petit dernier qui se prend pour un Indien. Madame Park se révèle fantasque, Mademoiselle Park délicieuse, Monsieur Park plus que sympathique. Tous ont l’aisance naturelle des classes supérieures. Confiants, aucun n’imagine que ce discret jeune homme vient de mettre un pied dans la porte et que toute la ribambelle des Ki va le rejoindre progressivement, usant de stratagèmes diaboliques. Nul n'y perdrait et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, au-dessus de la tête de chaque Ki, ne flottait comme un étrange parfum indélébile… L'odeur de la pauvreté, prête à les trahir. Le mépris de classe n’étant jamais bien loin, on anticipe une pétaudière prête à exploser à tout instant. Et on ne sera pas déçu ! La chute de cette fable contemporaine délirante sera inénarrable !  (Utopia)
LE VOX  mer15/15h30  18h15   jeu16/13h45  20h30
Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
 
Victor Théry
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc
accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire valable du 1/01/2020 au 31/12/2020 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
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