Au(x) cinéma(s) du 16 au 22 janvier 2019

Bonjour à tous,
 
Voici pour bien commencer l'année, une semaine dense en bons films, grâce à la Semaine du cinéma Télérama à Lorgues et Fréjus : vous avez le choix !
Notez tout d'abord notre prochaine soirée Entretoiles, le dimanche 27 Janvier, sur le thème Musique et liberté avec 2 films Cold War  de  Pawel Pawlikovsk et Leto de Kirill Serebrennikov. Ces 2 films ont en commun d'être superbement filmés en noir et blanc et de traiter de la difficile liberté musicale et amoureuse dans les pays de l'Est au temps du communisme. Bien sûr, entre les 2 films, Entretoiles vous proposera son traditionnel apéritif.
Notez aussi, puisque, n'est-ce pas, vous avez sorti vos agendas, le mini festival sur le cinéma asiatique, qui aura lieu les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous espérons aussi vous y proposer une petite conférence sur ces réalisateurs, et un buffet asiatique de fête !
 
Cette semaine dans le cadre du ciné club,  CGR nous propose Nos batailles de Guillaume Senez, qui nous apporte une vivifiante bouffée d'humanité (aussi au Vox).  Les prochains films de ciné club seront  Maya et Les confins du monde .Et Colibris nous attend vendredi pour le film Après demain de Cyril Dion et Laura Nouhalat, pour recenser les évolutions récentes de l'énergie citoyenne.
CGR vous propose dans sa programmation ordinaire plusieurs films qui valent le coup d'être vus : L'incroyable histoire du facteur Cheval de Nils tavernier, une aventure généreuse et terrienne, Edmond de Alexis Michalik, qui raconte avec un panache tonitruant l'incroyable genèse d'une des pièces les plus célèbres du théâtre français, et enfin Bohemian rhapsody de Brian Singer un biopic bien ficelé sur le groupe Queen et son chanteur Freddie Mercury.
 
A Lorgues on peut voir Une affaire de famille (aussi à Fréjus, Salernes et Le Luc) (si on ne veut pas attendre notre festival), The rider de Chloé Zhao, film magnifique sur la faiblesse et la force (aussi à Fréjus), L'île aux chiens  de Wes Anderson (aussi à Fréjus), une fable drôle et intelligente, Leto de Kiril Serebrennikov (aussi à Fréjus et Cotignac) (et si on ne veut/peut pas attendre la soirée Entretoiles le 27 janvier), La mort de Staline de Armando Iannucci, production absurde, hilarante et terrifiante ( aussi à Fréjus), Une pluie sans fin de Dong Yue (aussi à Fréjus), une enquête policière qui mène le héros bien loin...  
 
Au Vox  En Liberté  la délicieuse fantaisie burlesque de Pierre Salvadori,  Asako 1 et 2 de Hamgushi un film intime et délié sur l'amour et la passion, , Qui a tué Lady Winsley une oeuvre noire parfois burlesque où le cinéaste se moque de ses semblables, Colette de West Moreland qui restitue l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque. et enfin Amanda de Mickhaël Hers, le bouleversement après la destruction.
A Cotignac Un beau voyou de Lucas Bernard, un polar atypique.
 
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

NOS BATAILLES

Guillaume SENEZ - France/Belgique 2018 1h38 - avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy, Lucie Debay... Scénario de Guillaume Senez et Raphaëlle Desplechin.

NOS BATAILLESPersonne n’est encore levé dans la maisonnée, pas même le jour. Mioches, épouse, tous dorment encore à poings fermés quand Olivier (Romain Duris, parfait) prend le volant dans la nuit finissante. Sans avoir vu l'aube, nous voilà engloutis dans la grisaille d’un entrepôt éclairé par la seule lumière artificielle de néons impitoyables. Malgré le froid qui règne et qui oblige chaque employé à rester emmitouflé à longueur de service, il n’y a rien de plus glacial que le bureau chauffé d’Agathe, la DRH implacable. C’est là qu’Olivier, qui est chef d’équipe, prend la parole pour essayer de défendre Jean-Luc, un de ses camarades dont elle lui annonce le licenciement. Protestations vaines face à un simple rouage qui ne fait qu’appliquer les décisions d’une invisible direction. Quelques instants plus tard, Olivier ne trouvera pas la force de regarder Jean-Luc dans les yeux, louvoyant, n’osant rien lui avouer tant il est dur d’assumer son impuissance face à un système où la philanthropie n’est pas de mise. 
Retour au bercail… La petite commune est déjà plongée dans le noir. Les enfants installés dans leurs lits douillets résistent au sommeil comme s’ils espéraient secrètement entrapercevoir leur père… Entre temps on aura vu leur mère Laura se démener patiemment avec son lot quotidien : aller au rendez-vous chez la pédiatre, cuisiner, bichonner, jouer, surveiller la toilette, raconter des fables aux creux des oreillers pour aider le marchand de sable… Répondre avec un sourire un peu usé qu’elle va bien à celles qu’elle croise et qui s’inquiètent d’elle… Ce sont toujours les autres femmes qui lui posent cette question, devinant sans doute dans son regard une fragilité familière qu’elle essaie de dissimuler. Olivier, lui, tout occupé à se battre, important aux yeux de ses collègues qu’il essaie de défendre contre un patronat trop gourmand, n’a pas le temps de voir tout ça. 
C’est sans un mot, sans un adieu, sans laisser de piste que Laura va disparaître soudainement dans la nature… Plantant là tout son petit monde inquiet, ceux qu’elle aime, jusqu’à ses propres mômes. La caméra compréhensive ne la jugera jamais, lui accordant le droit de partir sans être considérée comme une mauvaise mère, respectant son choix. Dès lors, tout prendra une autre résonance. Les derniers mots dits, les dernières histoires racontées aux petits, Rose et Elliot, les « je t’aime… tu es belle » prononcés par ces derniers comme s’ils avaient perçu la faille, le départ à la dérive de leur maman, son sentiment de culpabilité, et voulu la soutenir à leur modeste manière. 
Chacun à compter de cette minute va devoir s’adapter, solidaire, grandir plus vite, les enfants comme leur paternel qui devra apprendre à cuisiner plus qu’un bol de céréales. Olivier découvre les méandres de l’intendance familiale, subissant seul ce qu’ils affrontaient à deux, comprenant progressivement les difficultés auxquelles était confrontée quotidiennement sa compagne. Le voici à son tour balloté entre plusieurs batailles : celle de la lutte syndicale qui doit continuer, celle de maintenir sa famille à flots, celle de retrouver Laura, celle de rester la tête haute dans cette petite ville où tout le monde semble avoir grandi ensemble, se tutoie, jusqu’au policier sensé mener l’enquête pour retrouver la disparue…
Il y a du vécu dans tout cela, le ton du film ne trompe pas. Derrière la caméra on sent le regard d’un père qui a connu ce parcours du combattant, appris à mieux regarder les autres. Sa bonhomie communicative bouscule une société où il est facile de sombrer dans l’incommunicabilité mais où toujours il y aura des hommes et des femmes pour se serrer les coudes. On sort réjoui de ce récit qui ne donne pas de leçons, accepte chaque personnage tel qu’il est avec ses limites, ses beautés. Tout un monde dont on perçoit les motivations et qui, malgré ses craintes et ses regrets, avance fièrement avec et grâce aux autres. Vivifiante bouffée d’humanité qui réchauffe les cœurs malmenés par la vie. (utopia)

Ciné club CGR : mercredi 16 et dimanche 20 17h45, jeudi 17 et mardi 22 15h30, lundi 21 13h45

Vox Fréjus : vendredi 18 18h15, samedi 19 16h, dimanche 20 20h45, mardi 22 17h55

 

APRÈS « DEMAIN »

Cyril Dion et Laure Noualhat - documentaire France 2018 1h20 -

APRÈS « DEMAIN »Produit pour la télévision comme complément à la première diffusion de Demain, ce film revient sur le succès phénoménal du documentaire.
Cyril Dion est cette fois-ci accompagné de son amie Laure Noualhat, enquêtrice sur les fronts de l'écologie. Elle est sceptique quant à la capacité des micro-initiatives à avoir un réel impact face au dérèglement climatique. Ensemble, ils partent à la recherche des actions inspirées par le documentaire, essayant de trouver celles qui marchent, durent et peuvent ainsi inventer un nouveau récit pour l'humanité…
Entre autres champs, le documentaire apporte un regard actualisé sur les dynamiques citoyennes et souligne les évolutions récentes de l’énergie citoyenne : de plus en plus de projets, des installations de plus en plus significatives et une nouvelle histoire de l’énergie qui s’écrit localement, entre les citoyens et les collectivités. (Utopia)

CGR présenté par Colibris : vendredi 18 à 20h

 

 

L’INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL

De Nils Tavernier Avec Jacques GamblinLætitia CastaBernard Le CoqFlorence ThomassinNatacha Lindinger , Français 2019 : 1h45mn

image.png

 

Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : "Le Palais idéal". Au cœur de la Drôme, ce département de la région Auvergne-Rhône-Alpes aux portes du soleil, se dresse un monument de douze mètres de hauteur et de vingt-six mètres de long, unique au monde, construit en dépit de toute règle d’architecture mais néanmoins reconnu comme une œuvre de l’art naïf et classé au titre des Monuments Historiques le 2 septembre 1969 par André Malraux, alors Ministre de la Culture. Une œuvre aussi inclassable qu’universelle nommé le Palais idéal à qui Ferdinand Cheval dit le Facteur Cheval consacra 33 ans de sa vie. Ferdinand Cheval naît en 1836 dans le petit village de Charmes tout proche de Hauterives. Après avoir été boulanger, puis ouvrier agricole, il devient facteur en 1867. En 1878, il est affecté à Hauterives où il effectue quotidiennement, à travers la campagne, une tournée de plus de trente kilomètres. Lors de ses longues heures de marche, il imagine un palais féerique. En 1879, année de la naissance de sa fille Alice, au cours de sa distribution de courrier, son pied bute sur une pierre qui l’envoie dans le fossé. Toujours curieux des richesses de la nature, il observe l’objet responsable de sa chute et constate qu’il est entouré de belles pierres à la forme particulière (certaines évoquent des caricatures, d’autres des animaux). Aidé de sa fidèle brouette, il décide d’en ramasser un grand nombre dans l’espoir de pouvoir donner jour à son projet. Si la nature se fait sculpteur, lui décide de devenir maçon et architecte. Inspiré par la nature, les cartes postales et les magazines illustrés qu’il distribue, il bâtit seul ce palais de rêve peuplé d’un incroyable bestiaire - pieuvre, biche, caïman, éléphant, pélican, ours, oiseaux… Mais aussi des géants, des fées, des personnages mythologiques ou encore des cascades, des architectures de tous les continents. Pour son voisinage, il n’est qu’un pauvre illuminé mais l’amour pour sa fille et son désir d’ailleurs lui permettront de passer outre ces quolibets. Réaffirmant, après De toutes nos forces sa volonté de donner la parole à de doux rêveurs un peu lunaires habituellement peu mis en lumière, Niels Tavernier construit un récit pudique qui avance doucement au rythme de son héros, entre ténacité et humilité. Autour d’un être hors norme doté d’une force décuplée pour affronter l’adversité, il nous conte l’histoire extraordinaire d’un homme simple et introverti qui, malgré les innombrables épreuves que la vie lui inflige, trouve le courage de réaliser son rêve au point de pouvoir être considéré aujourd’hui comme un héros de cinéma. Une fois passé le stade de l’admiration face à la réalisation d’un projet aussi pharaonique, force est de constater que le mystère reste entier sur les raisons qui ont poussé cet homme taiseux et presque analphabète, plus à l’aise au milieu des oiseaux que des hommes, à s’acharner à bâtir, dans la souffrance et le mépris, cet incroyable édifice. C’est finalement la part de folie associée à un doux grain de poésie, dont le réalisateur entoure délicatement cet asocial attachant, qui nous ouvre les portes de sa richesse intrinsèque, sublimée par un Jacques Gamblin totalement habité par son rôle. Il a appris la texture des pierres et restitue à la perfection le maniement des outils. Le visage émacié, la moustache drue, vêtu de l’uniforme du facteur, il a le talent de nous convaincre seulement d’un geste ou d’un regard qu’il est réellement Ferdinand Cheval, cet homme capable de rester de marbre tout en véhiculant d’intenses moments d’émotion. A ses côtés, la magnificence d’une Lætitia Casta tout en retenue jette un voile de tendresse partagée sur cette rude épopée. Des seconds rôles efficaces, de Natacha Lindinger qui irradie l’écran à Florence Thomassin d’une poésie décalée en passant par Bernard Le Coq, toujours entre humour et douceur, complètent avec justesse cette aventure généreuse et terrienne qui bénéficie également de la beauté majestueuse mais jamais tapageuse (à l’image du jeu des acteurs) des paysages de la Drôme. (àvoiràlire)

CGR : mercredi 16, jeudi 17, vendredi 18, samedi 19, lundi 21 et mardi 22 10h45, 13h25, 15h40, 17h45, 20h - dimanche 20 13h25; 15h40,17h45, 20h

 

 

EDMOND

Écrit et réalisé par Alexis MICHALIK - France 2019 1h52mn - avec Olivier Gourmet, Thomas Solivérès, Simon Abkarian Dominique Pinon, Jean-Michel Martial, Alice de Lencquesaing, Clémentine Célarié, Lucie Boujenah, Igor Gotsman, Mathilde Seigner... D’après la pièce de théâtre d’Alexis Michalik.

EDMONDÀ la manière de Feydeau, quand les portes claquent, quand les amants se planquent dans les placards et que les grandes bourgeoises s’évanouissent dans leurs robes de satin en poussant des longs « ohhhhhhhh !!! », Edmond raconte avec un panache éclatant et tonitruant l’incroyable genèse d’une des plus célèbres œuvres du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Dans ce film inspiré de sa propre pièce (énorme succès, moult Molières), Alexis Michalik fait le choix d’un ton et d’une mise en scène résolument burlesques, lorgnant de manière assumée vers ces vaudevilles à succès qui faisaient se gondoler le tout Paris de la fin du xixe siècle, quand le théâtre était encore le divertissement le plus populaire avant que le cinématographe ne vienne le détrôner. Alors oui, les décors en carton pâte, oui les comédiens qui s’en donnent à cœur joie sans retenue et oui encore les dialogues ciselés, affutés, calibrés pour la scène et le public… Il n’empêche : le résultat est des plus réjouissants et saura, nous en sommes certains, ravir tous les enseignants de collège qui étudient la pièce d’Edmond Rostand et tous ceux qui gardent un souvenir ému d’un certain film ou de l’une des nombreuses interprétations de l’œuvre sur scène. Quel bonheur tout de même que de se retrouver petite souris sous les planches de la scène du Théâtre de la porte Saint-Martin et suivre, scène après scène, vers après vers, rature après rature, l’écriture de ce chef-d’œuvre de la langue française.

Paris, décembre 1897. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Malgré l’interprétation de sa dernière œuvre par la très grande Sarah Bernard (Clémentine Célarié, délicieuse), star absolue de l’époque, il est en passe de devenir un artiste maudit. On rit du sérieux de ses vers, tellement ringards, à l’heure où Georges Feydeau triomphe avec son Dindon et son verbe à l’humour aérien . Mais la grande Sarah, qui s’est entichée de ce jeune poète qu’elle affuble d’un « mon » affectueux et protecteur, lui a organisé un rendez-vous avec le grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet flamboyant), célèbre comédien qui vient de claquer la porte du Français (autrement dit la Comédie Française) à qui elle a promis une nouvelle pièce dont il interpréterait le rôle principal, une pièce écrite donc, par le jeune Edmond. Mais Edmond n’a plus d’inspiration et donc rien de bien concret à proposer à Coquelin… rien, sauf quelques idées en vrac : des vers, forcément et toujours, un personnage haut en couleur, l’esprit fin, le cœur pur et la fougue au bout de l’épée, et des Gascons… On écrira la pièce au fur et à mesure des premières répétitions pour que tout soit prêt pour la fin d’année, c’est à dire dans quelques semaines !

Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des tentations d’une belle costumière, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac. L’histoire écrira le reste…(Utopia)

CGR : mercredi 16 et dimanche 20 13h20, 15h45, 19h50 - jeudi 17 et mardi 22 11h, 13h20, 15h45 - vendredi 18 11h, 13h20 - samedi 19 15h45, 19h50 - lundi 21 11h, 13h20, 15h45, 19h50

 

BOHEMIAN RHAPSODY

Écrit et réalisé par Brian Singer - GB 2018 2h14mn VF- Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander...

BOHEMIAN RHAPSODYSurpris de découvrir un gros biopic américain ! Et pourquoi pas si le dit biopic est bien ficelé et nous permet de découvrir (pour les plus jeunes !) ou retrouver (pour les autres !) Queen et son surnaturel chanteur Freddie Mercury, de vivre avec Queen, d’écouter Queen pendant 2h15.
Polémiques sur le tournage, doute sur le choix de Rami Malek pour interpréter Freddie Mercury… On se fiche des rumeurs des réseaux sociaux et Rami Maleck réussi parfaitement à convaincre et émouvoir, que demander de plus ? C’est aussi cela parfois le cinéma : une très belle histoire mélodramatique (dans le cas de Freddie Mercury et Queen, la vie est incroyablement plus forte et imaginative que le cinéma !), de bons acteurs (ils sont nombreux ici), une réalisation au service de l’histoire (le quart d’heure de fin de reconstitution du concert Live Aid de Wembley en 1985 est assez bluffant) et de la bonne musique !

Bohemian Rhapsody retrace donc, en bon biopic, le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, (re)découvrez la vie exceptionnelle et le talent hors du commun d’un homme qui restera toujours une référence et une source d’inspiration…

CGR : tous les jours 17h40

 

THE RIDER

de Chloé Zhao- USA 2017 1h45mn VOSTF - avec Brady Jandreau, Mooney, Tim Jandreau, Lilly Jandreau, Leroy Pourier, Tanner Langdeau, James Calhoon Lane Scott, Caemron Wright... Grand Prix – Festival du cinéma américain de Deauville 2017.

THE RIDER« Je crois qu’il est très important que le féminisme ne se borne pas à inculquer aux filles qu’elles doivent se montrer plus fortes. Il faut aussi apprendre aux garçons qu’ils ont le droit d’être vulnérables. » Chloé Zhao

Nous avons découvert Chloé Zhao il y a deux ans avec le splendide Les Chansons que mes frères m'ont apprises, immersion dans la vie d'adolescents d'une réserve d'indiens Lakota. Au-delà du sujet passionnant et quasi-inédit dans le cinéma américain, ce qui frappait et bouleversait était le dispositif cinématographique imaginé par Chloé Zhao : plutôt que de faire un documentaire ou une fiction, elle choisissait une voie intermédiaire, construisant avec la communauté lakota le scénario d'une fiction où chacun rejouait son propre rôle, sa propre histoire même quand celle-ci était extrêmement douloureuse (une maison incendiée, le suicide d'un proche, etc.). Et le film prenait de ce fait une dimension impressionnante, dégageant une extraordinaire sensation d'authenticité tout en faisant preuve d'un romanesque digne des meilleurs westerns.

Lors du tournage de ce premier film, Chloé Zhao avait rencontré Brady Jandreau, un jeune cowboy vivant dans la réserve, concurrent émérite de rodéo, dompteur incroyable d'étalons sauvages, un de ces hommes mythiques qui savent parler à l'oreille des chevaux. Un garçon fascinant en soi, une rencontre marquante, mais pas de quoi sans doute en faire un film… Et puis un jour Bradley a fait une mauvaise chute, son cheval a eu la mauvaise idée de lui donner un coup de sabot qui lui a fracassé la boite crânienne, le laissant pour mort. Bradley a survécu mais il lui a été formellement interdit de remonter sur un cheval. Un conseil qu'il a été incapable de suivre, puisque pour lui, monter à cheval est aussi essentiel que respirer ! Cette fois Chloé Zhao tenait son film, un drame qui résume le mythe américain, celui d'un jeune homme qui préfère risquer sa vie plutôt que de ne pas suivre sa destinée. 
Dès la première séquence on découvre la cicatrice de Bradley qui partage son crâne en deux. Bradley, le champion de rodéo adulé mais convalescent, qui s'est résolu à accepter un petit boulot de caissier au supermarché. Bradley qui passe des soirées avec ses potes apprentis cowboys, qui évidemment minimisent la gravité de sa blessure et espèrent le voir remonter en selle. Bradley qui revoit, nostalgique, les vidéos ses exploits alors que sa jeune sœur aimante, probablement atteinte d'un syndrome d'Asperger, lui colle sur tout le corps des autocollants. Mais Bradley qui est aussi lucide quand il rend visite à son meilleur ami, bloqué dans un centre de rééducation, paralysé et en partie mutique, qui lui ne se remettra jamais de sa chute et à qui il rappelle le bon vieux temps : scènes absolument bouleversantes.

The Rider est un film magnifique, à la fois sur le mythe de l'homme américain, ses valeurs, son incapacité à accepter la fragilité, mais aussi à travers lui sur ces gens des états oubliés de l'Amérique profonde qui ont élu Trump pour retrouver par de mauvais moyens et de manière illusoire leur dignité perdue : Chloé Zhao, la jeune chinoise adoptée par l'Amérique, New-yorkaise progressiste, leur rend un très bel hommage, sans amertume. Sa mise en scène est somptueuse, aussi évocatrice quand elle montre en plan large les magnifiques soleils couchants sur les Badlands où apparaissent les cavaliers à horizon que lorsqu'elle saisit en plan serré les gestes méthodiques de la préparation des chevaux, les approches tendres de Bradley pour entrer en contact avec un mustang sauvage effrayé.

Lorgues : vendredi 18 18h30, dimanche 20 18h

Vox Fréjus : mercredi 16 16h, jeudi 17 15h55, vendredi 18 20h30, samedi 19 18h15

 

 

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA - Japon 2018 2h01 VOSTF - avec Lily Franky, Sakura Ando, Mayu Matsuoka, Kilin Kiki... PALME D'OR, FESTIVAL DE CANNES 2018.

 
 
Si ce n’est un miracle, c’est pour le moins un émerveillement ! D’un film à l’autre, avec les mêmes ingrédients principaux, le délicat Kore-Eda parvient à inventer de nouvelles recettes subtiles et purement délicieuses. Sans se lasser, sans nous lasser, il explore toujours plus intensément ces liens qui nous unissent, se font, se défont… Thématique quasi obsessionnelle sur la filiation, le lignage avec laquelle il parvient à se renouveler, à nous surprendre. Le titre ici nous met fatalement sur la piste, nous sommes bien dans l’univers de prédilection du cinéaste nippon, celui de I wish, Tel père, tel fils, Notre petite sœur, Après la tempête… Une fois de plus nous allons être happés, passionnés par ces choses simples de la vie, ces infimes miracles sans fin qui ne disent pas leur nom mais bousculent les êtres, les animent, aident à ne pas sombrer et à avancer. 

Quand on y songe, c’est une chose insensée que de vils libéraux de tous poils essaient de nous faire croire que les pires canailles de notre société sont les pauvres hères qui se débrouillent pour gruger les allocations familiales, les impôts ou ces grands temples de la consommation que sont les grandes surfaces… Le pauvre, le misérable comme dirait Hugo, est par nature suspecté d’être filou malhonnête ou flemmard inemployable. Ces inepties prospèrent chez nous, elles fleurissent visiblement aussi au Japon, ainsi sans doute que partout ailleurs dans le monde… Et bien je serais prête à parier que, mises bout à bout, toutes les petites combines des gens modestes de par le monde ne représentent guère que l’argent de poche de quelques grandes fortunes mondiales, si ce n’est d’une seule !
Alors quitte à être mis au ban de la société, autant ne pas l’être pour rien, surtout quand on n'a guère le choix. Que faire quand l’avenir n’a pas d’horizon ? Si ce n’est essayer de survivre sans s’embarrasser de plus de principes que ceux qui pratiquent éhontément l’exil fiscal à grande échelle. C’est ainsi que, modestement, la famille Shibata tout entière, passée experte dans l’art du système D, fauche, traficote, bricole, grenouille… Sous la houlette d’Osamu, le père, attentif et jovial, chacun de ses membres apprend l’art de la débrouille en faisant parfois preuve d’une remarquable inventivité. L’application des plus jeunes à perfectionner leurs techniques de vol à l’étalage fait plaisir à voir ! À cette école forcée de la vie, chacun devient plus malin qu’un singe. Le soir venu, on se rassemble, on rigole beaucoup, on se dorlote tendrement en partageant le butin modique autour de l’adorable grand-mère (l’extraordinaire actrice Kirin Kiki) qu’on ne laisserait pour rien au monde dans un EHPAD aseptisé, même si on en avait les moyens. 

Au milieu des grands immeubles, la minuscule maison hors d’âge des Shibata fait l’effet d’un havre précaire, mais goulument vivant, où s’entassent heureusement la mère qui cuisine, sa fille qui tapine légèrement, les autres qui rapinent… C’est mal, sans doute, amoral diront certains. Mais est-ce qu’une société richissime qui n’offre que des miettes et aucune perspective aux pauvres qu’elle créée ne l’est pas plus encore ? On a beau condamner, on s’attache progressivement à ces personnages de peu et leurs péchés nous semblent soudains véniels. D’autant plus quand Osamu et son jeune fils Shota ramènent un soir à la maison une toute petite fille, une frêle créature tétanisée par le froid de la nuit, la violence de ses parents qui ne la désiraient pas, alors qu'elle est si craquante ! Et même si on n’a guère les moyens de nourrir une bouche supplémentaire, personne n’a le cœur de la ramener sur le balcon glacial de l’immeuble sinistre qui lui servait de refuge… 
L’histoire de ce petit oisillon recueilli, de cette famille hors cadre, devient alors comme une parabole, un conte moderne à la morale cinglante : Kore-Eda cachait de la paille de fer sous son gant de velours… Utopia
Lorgues : vendredi 18 16h10, dimanche 20 20h
Vox Fréjus : dimanche 20 20h
Salernes : mercredi 16 20h30, mardi 22 18h
Le Luc : jeudi 17 18h30, samedi 19 21h
 

L'ÎLE AUX CHIENS

(Island of dogs) Wes ANDERSON - film d'animation USA 2017 1h41mn - Scénario de Wes Anderson, Roman Coppola, Jason Schwartzman et Kunichi Nomura. SUPERBE FILM D'ANIMATION CERTES, MAIS PAS POUR LES ENFANTS AVANT 10/12 ANS - VOSTF et VF.

L'ÎLE AUX CHIENSL'Île aux chiens est une merveille qui prouve, après le déjà formidable Fantastic Mr Fox (mais L'Île aux chiens est plus adulte), que Wes Anderson est un maître du cinéma d'animation : ce moyen d'expression particulier est un terrain idéal pour son invention débordante, sa fantaisie tendre, sa poésie loufoque, sa philosophie candide. C'est évidemment l'animation qui permet à Wes Anderson de faire exister Chief, Rex, King, Boss, Duke ou Spots… ces chiens follement courageux, débrouillards, tchatcheurs, gouailleurs, et finalement bien plus sensés que ces humains vaniteux qui croient tout savoir sur tout… Nous sommes ici devant une réussite majeure du cinéaste, qui enchantera tous ceux qui sont sensibles à son univers unique, qu'il vive à travers des personnages en chair et en os ou à travers des marionnettes.

L'action nous transporte dans futur proche au Japon, pays où c’est plutôt le chat qui est vénéré : le « maneki-neko 招き猫 », qui apporte bonheur et prospérité. En raison d’une épidémie de grippe canine, le Maire de Megasaki, le très sec et autoritaire Kobayashi, ordonne par décret la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville. Envoyés sur l’Ile poubelle, lieu de stockage des détritus plus ou moins biodégradables de la cité, les chiens de toutes races et de toutes conditions sociales se retrouvent ainsi livrés à eux-mêmes et à leurs questions existentielles, contraints de survivre en nombre dans cet espace clos bientôt appelé « L’île aux chiens ». 
Mais débarque un jour en avion le jeune Atari Kobayashi, bien décidé à braver tous les interdits pour retrouver son compagnon Spots. Aidé par une bande de cinq chiens aussi intrépides qu'attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville. Pendant ce temps, à Megasaki, la résistance pro-canine s’organise et un éminent scientifique cherche l’antidote à la grippe. Et arrivé là, on ne vous a presque rien dit…

C'est drôle, intelligent, profond sans en avoir l'air et plastiquement sublime. Écrit à huit mains, en hommage à un grand cinéaste japonais : « Akira Kurosawa et ses modestes équipes de coauteurs travaillaient ensemble à l’élaboration des scénarios », explique Wes Anderson. « C’est une pratique également assez courante dans le cinéma italien : les films sont écrits à plusieurs autour d’une table. On a essayé de s’en inspirer à notre façon ». Le résultat est là : un film d'aventures captivant qui est aussi une fable d'anticipation, un conte politique, une échappée poétique… Une familière sensation de foisonnement, d'imagination en ébullition, saisit le spectateur de L'Île aux chiens, comme souvent dans les films de Wes Anderson où chaque dialogue aux petits oignons, chaque plan millimétré, bien que chargés de références, semblent n'appartenir qu'à lui, ainsi que ce délicieux mélange de nostalgie et de modernité.
Nous nous refusons à croire qu'une éventuelle allergie au cinéma d'animation pourrait vous amener à vous priver de ce film absolument emballant, ce serait un gâchis sans nom. (Utopia)
 

 Lorgues : samedi 19 et dimanche 20 16h

Vox Fréjus : mercredi 16 et samedi 19 13h50

 

LETO

(L’ÉTÉ) Kirill SEREBRENNIKOV - Russie 2018 2h09mn VOSTF - avec Teo Yoo, Romain Bilyk, Irina Starshenbaum, Filipp Avdejev, Julia Aug... Scénario de Kirill Serebrennikov, Lily et Mikhail IdovFestival de Cannes 2018 : Sélection officielle, en compétition.

LETOLeningrad, 1980 (ce n'est qu'en 1991 que la ville reprendra le nom de Saint Petersbourg). Nous sommes sous le règne du marmoréen Brejnev, à cette époque où la grande confédération des républiques soviétiques a perdu de sa superbe autant à l'extérieur qu'à l'intérieur, où plus personne ne croit réellement au modèle du communisme étatique, mais où le pouvoir tient encore d'une main de fer toute opposition et toute velléité d'occidentalisation, autant dans les mœurs que dans l'économie. Autant dire que le peuple russe vit dans une triste léthargie.
Et pourtant la première séquence de ce remarquable Leto contraste avec ce cliché terne et grisailleux de l'Union soviétique des années 80. On y voit un groupe de jeunes filles escaladant une échelle à l'arrière d'un groupe d'immeubles pour se glisser par un fenestron dans ce qui s'avère être un des rares clubs de rock tolérés. Sur scène, pseudos Ray Ban et dégaine cuir, se déchaîne l'idole des jeunes filles Mike Naumenko. Mais attention : dans la salle, pas question d'exprimer trop ostensiblement sa passion pour le rock, point de slam, pogo ni même gesticulations diverses, des émissaires stipendiés du régime étant là pour contrôler toute effusion excessive. Plus tard tout le monde se retrouve au bord du lac, c'est l'été (« leto », le titre du film), on chante encore, on flirte, les filles sont belles et les garçons pas mal non plus. Parmi eux le timide et étrange Viktor, au visage eurasien, qui lui aussi veut percer sur la scène rock. Il a un vrai talent et fascine Natasha, la compagne de l'inconstant Mike qui va néanmoins le prendre sous son aile, ami et rival à la foi. Ainsi se noue un étonnant trio à la « Jules et Jim », à la fois amoureux et artistique.

Leto, dans un noir et blanc sublime, décrit avec beaucoup de justesse et d'empathie ces jeunes qui étouffent sous la chape soviétique et qui déploient une formidable énergie pour construire leur liberté artistique et amoureuse. Un monde où l'on peut passer des nuits entières à deviser, entassés dans un appartement, sur le sens des paroles de Lou Reed, où l'on boit et fume beaucoup, où l'on s'aime, un monde qui échappe, en dépit de la répression, aux diktats du pouvoir. Le film est d'ailleurs directement inspiré du destin des deux leaders de la scène rock du Leningrad des années 80, Mike Naumenko et Viktor Tsoi. Et si la curiosité vous prend d'aller voir les quelques vidéos existantes de leurs concerts, vous observerez le mimétisme réel entre les deux acteurs et leurs modèles. L'apprenti dépassera d'ailleurs le maître dans la mémoire du rock n'roll.

Toute cette liberté qui exulte par chacun des plans et des musiques du film est d'autant plus paradoxale qu'il a été réalisé par un Kirill Serebrinnikov assigné à résidence dans son appartement, pour une obscure affaire de détournement de subventions. Imaginer que ce film si lumineux, si énergique a été finalisé à distance par un gars enfermé dans quelques dizaines de mètres carrés est particulièrement savoureux. L'ironie du sort étant que cette ode à la liberté qui évoque la Russie brejnevienne étouffante trouve un parfait écho dans celle d'aujourd'hui, encore plus cadenassée par le joug poutinien. Les punkettes moscovites persécutées de Pussy Riot feront peut être dans 30 ans l'objet d'un film aussi réussi… (Utoipa)

Lorgues : mercredi 16 20h05, lundi 21 16h

Vox Fréjus : samedi 19 20h30, dimanche 20 18h10, lundi 21 20h, mardi 22 13h50

Cotignac : Jeudi 17 18h et 20h30

 

LA MORT DE STALINE

Armando IANNUCCI - GB 2017 1h48mn VOSTF - avec Steve Buscemi, Jeffrey Tambor, Olga Kurylenko, Jason Isaacs, Simon Russell Beale, Paddy Considine, Rupert Friend, Michael Palin (ex Monty Python)... D'après la bande dessinée française de Fabien Nury et Thierry Robin.

LA MORT DE STALINEDur de passer du Jeune Karl Marx, programmé l'année dernière à Utopia, à La Mort de Staline. De l'aimable philosophie à l'abominable barbarie. Et comment s'y prendre avec un client qui affichait au compteur, au moment de son dernier souffle, la bagatelle de 5 millions d'exécutions, plus 5 millions d'individus envoyés, avec des fortunes diverses, au goulag, sans oublier les 9 millions de petits propriétaires paysans emportés par la famine suite aux réquisitions. Comment s'y prendre si ce n'est par la farce ? L'inimaginable en effet dans cette histoire est que cette Mort de Staline hilariously british, loin de toute désolation funèbre ou de toute compassion, relève plus du Dr Folamour de Kubrick, avec son cow-boy chevauchant sa bombe atomique, que de la tragédie funèbre.
On se souvient au passage de cette blague qui courait au bon vieux temps dans les pays communistes à l'évocation de ces arrestations à l'heure du laitier : « Boum boum ! Tapait le poing sur la porte ! Ouvrez ! faisait la grosse voix à l'extérieur. Qui est-ce ? gémissait alors plaintivement la petite voix à l'intérieur. Gestapo !… criait la voix dehors. Ouf ! se rassurait alors la petite voix. » C'est sur ce mode, en effet, que nous est racontée la mort de Staline : un énorme malentendu avec une idéologie devenue caricature. « Ils nous vendront la corde pour les pendre » avait dit Lénine. Force est de constater que ses successeurs surent en faire entre eux-mêmes un aussi mauvais usage. 

Dès les premières images de cette mort annoncée, la messe est d'ailleurs dite. Nous sommes dans un de ces temples soviétiques dressés à la gloire de la culture, où se donnent des concerts de musique classique. La représentation vient de se terminer et déjà le public se disperse. A la régie, deux techniciens somnolent en attendant d'aller se coucher. Nous sommes le 3 mars 1953 et soudain le téléphone sonne : au bout du fil, une voix impérieuse annonce que le camarade Staline exige que lui soit livré dans les plus brefs délais l'enregistrement du concert. Panique à bord. Nos deux lascars, quasiment assoupis derrière leur console, n'ont pas enregistré la moindre note. L'ombre du goulag se profile… Il faut rattraper dans la rue les spectateurs, en retrouver d'autres pour remplir la salle : balayeurs, ouvriers de nuit sur le chemin de leur travail, ivrognes qui cuvent leur vodka dans le ruisseau… et trouver à l'arrache un chef d'orchestre qui croit mourir de peur quand les hommes de la milice frappent à sa porte. 
À la même heure, après avoir réuni au Kremlin le présidium pour évoquer une nouvelle affaire de complot – la routine, quoi –, Staline emprunte une des trois limousines devant le mener à sa datcha de Kontsevo près de Moscou, les deux autres étant des leurres occupés par des sosies, chaque voiture prenant chaque soir des chemins différents. Après un repas sur le pouce avec quatre de ses ministres encore en état de grâce, il monte se coucher dans une de ses sept chambres, toutes fermées par une porte blindée gardée par deux officiers du NKVD (les six autres aussi bien sûr). Pendant ce temps, le concert et son enregistrement ont repris dans l'angoisse générale alors que, derrière la porte blindée, va se jouer le destin de l'URSS…

Alors, bravo et merci à Armando Iannucci, réalisateur écossais de son état, de nous offrir le régal de découvrir un Nikita Khrouchtchev sous les traits de Steve Buscemi et un Molotov sous ceux de l'ex Monty Python Michael Palin dans une production absurde, hilarante et terrifiante où tout ce petit monde soviétique épouse sans sourciller la langue de Shakespeare. (Utopia)

Lorgues : samedi 19 18h, lundi 21 18h30

Vox Fréjus : jeudi 17 20h15, vendredi 18 16h, dimanche 20 13h45, lundi 21 16h10

 

 

UNE PLUIE SANS FIN

Écrit et réalisé par DONG YUE - Chine 2017 1h57mn VOSTF - Grand Prix du Festival international du Film Policier de Beaune 2018.

UNE PLUIE SANS FIN1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong par la Grande Bretagne, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, chef de la sécurité d’une vieille usine dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.

Premier film d'une maîtrise impressionnante, Une pluie sans fin tire sa force de sa formidable puissance visuelle mise au service de la profondeur de son propos. En même temps qu'il déroule les avancées et les impasses d'une enquête marquée du sceau de l'absurde et du dérisoire, Dong Yue n’hésite pas à présenter en sous texte une Chine industrielle en pleine transition vers un capitalisme d'état qui ne dit jamais son nom. Le film devient petit à petit une étude captivante sur les changements économiques et sociaux et les conséquences sur ses habitants.
Alors évidemment, la comparaison avec un certain film coréen du nom de Momeries of murder vient plusieurs fois à l'esprit. Et on ne croit pas se tromper en avançant que le film de Bong Joon-ho a inspiré Dong Yue. On y retrouve la même atmosphère lourde, la pluie qui emprisonne les personnages par sa présence constante. Mais Une pluie sans fin se détache petit à petit de son illustre prédécesseur : là où Bong Joon-ho utilisait l’absurde et l’humour pour désamorcer la descente aux enfers, Dong Yue reste dans la tragédie (il y a un côté shakespearien dans la destinée de Yu Guowei), aidé par une magnifique photographie sombre et désaturée.

Yu Guowei n’est pas un inspecteur à proprement dit. Il travaille à l’usine, en tant que chef de la sécurité. Quand il se présente au début du film (construit en flash-back) il traduit son nom en « résidu inutile d’une nation glorieuse », s'identifiant comme une victime collatérale de la modernisation, identification renforcée par les derniers plans du film. Lorsqu’il n’attrape pas les petits voleurs de l’usine où il travaille, Yu s’imagine en vrai détective. C’est avec toute la bonne volonté possible qu’il s’attaque à l’enquête sur le tueur en série, ne pouvant compter que sur son obstination, se mettant lui-même en danger, notamment lors d'une magnifique course poursuite sous la pluie. Mais il va tomber de haut, s’apercevoir petit à petit qu’il n’est pas si doué que ça pour résoudre des énigmes criminelles… Sa vie part en vrille, en une sorte de spirale infernale qu'il est incapable d'arrêter…
Jusqu'à un final parfaitement cohérent avec la tonalité noire du récit, Une pluie sans fin exprime magnifiquement le désenchantement de son héros, qui est aussi celui de son réalisateur : autant en emporte la pluie… (Utopia)

Lorgues : jeudi 17 16h, lundi 21 20h35

Vox Fréjus : mercredi 16, samedi 19 18h15, lundi 21 13h45, mardi 22 20h

ASAKO 1 & 2

Ryûsuke HAMAGUCHI - Japon 2018 1h59mn VOSTF - avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto, Rio Yamashita... Scénario de Sachiko Tanaka et Ryûsuke Hamaguchi, d'après le roman de Tomoka Shibasaki.

 
 
Parce qu’un jour Baku apparaît. Parce qu’Asako est une grande amoureuse. Parce que Ryûsuke Hamaguchi n’a probablement rien à apprendre des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, indétrônable, éternel. Et parce que chaque mot d’Asako à Baku résonne avec une acoustique rare : celle d’un cri d’amour murmuré. Tout cela annonçait la couleur d’une sidération lorsque le fantasque Baku, sans crier gare, disparaît du jour au lendemain… Sans cette absence, Asako aurait été indemne, hermétique à sa propre compréhension. Avec : elle aura été (I) et sera (II). Puis en aimera un autre : quoiqu'un sosie. Un clin d’œil au chef d’œuvre de Buñuel, Cet obscur objet du désir. Mais aussi remake inversé du Vertigo d’Hitchcock où ce n’est plus James Stewart qui modèle Kim Novak pour en faire le sosie, mais Asako qui choisit un sosie et ne le change pas. Qu’elle est bleue, cette rencontre orange…
Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Ryûsuke Hamaguchi après dix années d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme l’accès d’Hamaguchi au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas, stationne derrière une muraille en béton. L’a-t-il d'ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire pour finalement faire le choix de l'urgence, de l'évacuation permanente : la temporalité du rêve étant ce qu'elle est… Le Baku étant une créature mythique du folklore qui se nourrit des rêves et des cauchemars. 
Le film a beau être vu deux fois, trois fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Ici, les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années… 
On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d'autant plus ce qu'elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d'une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu'aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c'est beau » d'être vivace, ambivalent, d'échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l'esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D'affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d'avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu'Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l'interpréter d'apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d'oser rester fidèle à soi.   Utopia
 
Vox Fréjus : mercredi 16 16h, samedi 19 15h50, dimanche 20 20h30
 

AMANDA

Mickhaël HERS - France 2018 1h47mn - avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin, Ophelia Kolb, Marianne Basler, Greta Scacchi... Scénario de Mikhaël Hers et Maud Ameline.

AMANDADécouvert avec le beau Memory lane puis l'encore plus beau Ce sentiment de l’été, Mikhaël Hers signe une fois encore un film délicat, un hymne à la vie qui est aussi une déclaration d’amour à Paris, filmé comme à travers le filtre invisible de sa devise « fluctuat nec mergitur », comme si la grâce, la poésie, la beauté simple devaient toujours surmonter toutes les tempêtes.
Amanda est jolie comme un cœur, gourmande et un peu rondelette, avec des yeux d’un bleu très clair dans lesquels on peut voir des étoiles, celles d’une gamine de 8, 9 ans, insouciante et rêveuse. Amanda habite seule avec sa mère Léna, professeure d’Anglais, dans un de ces quartiers de Paris où il fait bon vivre. Elle a son univers à portée de main : la boulangerie pour acheter les douceurs, l’école pas très loin, une place et un peu de verdure. Amandine ne connaît pas son père, mais dans sa vie, il y a un chouette gars formidable qu’elle connaît depuis toujours : c’est David, le frère cadet de sa mère, tonton aux allures de grand cousin qui vient souvent la chercher à la sortie d’école, parfois avec un peu de retard, au grand désespoir de Léna. David est lui aussi parisien, il a des allures d’éternel étudiant mais il travaille, cumulant plusieurs petits boulots, un peu jardinier pour les espaces verts de la ville, un peu concierge pour le compte d’un propriétaire qui loue ses appartements à des touristes. Une vie un peu incertaine qui lui convient parfaitement, il n’a pas besoin de plus, pas pour le moment. À 24 ans, il a bien le temps de se prendre le chou avec un quotidien millimétré, un prêt immobilier, une fiancée, des mômes et tout le stress qui va avec. Là il profite des arbres de Paris qui offrent au grimpeur une vue imprenable, des grands boulevards qu’il parcourt effrontément à bicyclette, de sa frangine avec qui il aime partager un café, au coin de la fenêtre. La vie pourrait ainsi s’écouler, Amanda grandirait, Léna trouverait peut-être un nouvel amoureux (pas un homme marié cette fois), et David emmènerait sa nièce faire du vélo sur les bords de la Seine.

Mais même quand l’air est doux, même quand les rayons du soleil caressent les visages des gens heureux attablés aux terrasses des cafés, même quand l’herbe chatouille les pieds nus de ceux qui se sont assis dans l’herbe pour un pique-nique entre amis, le pire peut arriver. Et le pire, c’est cette seconde où tout bascule, où l’homme se fait loup, ou fou, ou diable, ou tout cela en même temps, quand le bonheur fugace vire au cauchemar.
En une fraction de seconde, tout va voler en éclats. Et comment ramasser les morceaux quand on a le cœur brisé ? Comment y voir clair quand les larmes ont tout flouté ? Comment survivre à quelqu'un qu'on aime et qu'on vient de perdre à tout jamais ?

C’est la première fois que les attentats de Paris de novembre 2015 sont aussi explicitement évoqués dans une fiction et ça fait un drôle d’effet. Par la complicité tendre qui unit Amanda à David, par la fusion aimante qui relie Amanda à sa mère, il y a entre nous et ces personnages une proximité qui nous touche profondément… Et la bascule du film nous bouleverse parce qu’il n’y a rien de trop montré ou de trop expliqué, rien de déplacé, tout sonne juste. Alors la froideur de la situation, implacable, contraste avec la douceur de l’amour orphelin qui reste là, tétanisé, mais bel et bien vivant. Car c’est bien vers la vie que se tourne résolument ce film, la vie pétillante et colorée, comme les yeux d’Amanda. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 16 18h15, dimanche 20 15h55, lundi 21 17h50, mardi 22 16h20

 

 

 

QUI A TUÉ LADY WINSLEY ?

Hiner SALEEM - France / Turquie 2018 1h40mn VOSTF - avec Mehmet Kurtulus, Ergün Kuyucu, Ezgi Mola, Turgay Aydin... Scénario de Véronique Wüthrich et Hiner Sa

 

Parmi les films de Hiner Saleem, on retiendra tout particulièrement le dernier en date, le savoureux My sweet pepper land (disponible en Vidéo en Poche !), qui était une sorte de western revisité. Cette fois le réalisateur vient taquiner le polar façon Agatha Christie. Avec la même verve, la même fougue, le même sens de la dérision. Autant de qualités indispensables quand on est né comme lui dans le Kurdistan irakien et qu’on a dû le fuir à l’âge de 17 ans. Les gags à répétition, les situations comiques qu’il glisse dans ses films ne l'empêchent pas de conserver et de partager un regard critique sur la société turque, ses dérapages vis-à-vis de la question kurde, de la place des femmes…
 Dans ce Qui a tué Lady Winsley ?, Hiner Saleem adopte comme souvent un décalage humoristique qui lui permet de dire les choses en douceur, laissant aux spectateurs le loisir de prendre l’intrigue au premier degré ou de creuser plus en amont les allusions à peine voilées et leurs implications. Quand une enquête piétine alors qu'elle ne devrait surtout pas piétiner, c’est le célèbre inspecteur Fergan que la police stambouliote mandate pour la reprendre en main. Les cas insolubles, les affaires sensibles, c’est forcément pour sa pomme. Alors, dès que les autorités apprennent l’homicide de la romancière américaine Lady Winsley sur la petite île où elle passait tranquillement l’hiver, devinez qui on envoie pour éviter tout incident diplomatique avec le puissant oncle Sam ? Voilà donc Fergan qui vogue vers Büyükada, scrutant l’horizon tel Corto Maltese partant pour une course lointaine… 
Quand il débarque dans un petit village insulaire qui semble être resté figé au siècle dernier, on le croirait parvenu au fin fond de la Turquie. Ceux qui connaissent l’endroit y verront un premier clin d’œil : Büyükada n’est qu’à une quinzaine de kilomètres d’Istanbul ! Gardez cela en tête pour savourer l’effet comique des tribulations de notre détective affublé d’un éternel trench-coat aussi beige que celui de Columbo. Bien sûr les autorités locales accueillent l’intrus en grande pompe, comme il se doit, mais il devient vite clair que tous languissent de s’en débarrasser au plus vite, quitte à accuser arbitrairement un innocent.Dans le fond, la seule personne que la présence de Fergan ravit est la jolie aubergiste qui n’espérait pas un tel client en morte saison. Mais le devoir happe Fergan et peu lui importe d’être mal aimé, pourvu qu’il coffre le meurtrier. Débute donc l’enquête à partir d'un seul et unique indice : une goute de sang dans l’œil de la victime, certainement celui de l’assassin. Tout parait si simple avec les technologies modernes : quelques tests ADN et le tour sera joué ! Bien sûr cela va se révéler plus complexe que prévu, sinon ce ne serait pas marrant. Pour parvenir à ses fins, Fergan va soulever bien des lièvres et semer la zizanie dans la petite communauté dont s’élèveront bientôt moult protestations, à commencer par celles de la pauvre vétérinaire locale, soudain mise à toutes les sauces  (Utopia)
 
Vox Fréjus : jeudi 17 16h15, dimanche 20 18h30, lundi 21 15h50
 

EN LIBERTÉ !

Pierre SALVADORI - France 2018 1h47mn - avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard, Jackee Toto... Scénario de Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit.

 
 
Mais dieu que ça fait du bien ! En liberté ! est LE film qui va tout à la fois ensoleiller durablement vos journées, vous réveiller les zygomatiques et vous réconcilier avec la comédie française. En vérité je vous le dis, avec Pierre Salvadori, qui signe là son neuvième film (oui, neuf films réalisés en 25 ans de métier, on ne peut pas dire qu'il bâcle les produits à la chaîne, le Pierrot), c'est comme une vivifiante bouffée d'air pur qui souffle sur notre cinéma fabriqué en France. C'est officiel : la comédie made in France n'est donc pas condamnée à la moche grassitude et à la beauferie décomplexée. Elle peut être élégante, vive, alerte et généreuse. Elle peut enthousiasmer et déclencher de francs éclats de rires sans nous prendre pour des quiches ni des jambons. Même, sans faire l'intello de service, on redécouvre que la comédie, si elle s'appuie nécessairement sur des ressorts comiques, des effets de surprise, sur l'efficacité de l'écriture et la précision de la mise en scène, peut également, sans que ce soit ni un gros mot ni un pensum, parier sur l'intelligence des spectateurs.
Chaque soir, pour l'endormir, Yvonne raconte à son fils les extraordinaires aventures du Capitaine Santi, son héros de papa. Super-flic, incorruptible, quasi-invincible, le capitaine Santi défait d'une main une cohorte de truands armés jusqu'aux dents tandis que, de l'autre et sans bouger les oreilles, il réduit à l'impuissance une ribambelle de musculeux dealers. Même en mauvaise posture, le Capitaine Santi se tire avec panache des pires situations, avec légèreté, avec humour. Dans les histoires d'Yvonne, le Capitaine Santi, c'est la force incarnée, la classe faite homme, une parfaite élégance doublée d'un si séduisant côté voyou. Il faut dire que dans la vraie vie, le Capitaine Santi est réellement devenu un héros. Flic d'exception bravement tombé au combat, statufié de bronze au cœur de la cité pour services rendus à la Ville, héros définitif dont la veuve, Yvonne, donc, fliquette elle-même, s'efforce de garder vivace le souvenir dans le cœur de leur enfant. Et chaque soir, le temps d'une histoire, le Capitaine Santi revit les épisodes un brin romancés et terrasse sans coup férir l'hydre du crime et de la corruption. Et le chérubin s'endort.
Ce qui est embêtant malgré tout, avec les contes pour enfants, c'est qu'ils cadrent rarement avec le réel. Et même lorsqu'on le tient précautionneusement à distance, même en mettant toute l'énergie du monde à ne pas voir ce qui devrait vous crever les yeux, le réel finit immanquablement par vouloir jaillir hors du placard où on espérait bien qu'il finirait par se faire définitivement oublier. Au moment où on s'y attend le moins et avec des effets dévastateurs. Et c'est au hasard de l'interrogatoire plutôt anodin d'un suspect embarrassé impliqué dans une affaire pas bien méchante, qu'Yvonne met à jour la véritable nature de son héros de mari. Un secret de polichinelle pour ses proches, hors sa famille : le panache du défunt preux chevalier de la Maison Poulaga n'avait, dans la vraie (de vraie) vie, pas exactement la blancheur Persil. Pourri de chez pourri, plus corrompu qu'une armée de politiciens niçois dans un roman de Patrick Raynal, le « héros » s'est indûment enrichi, a pris du galon, s'est fabriqué une aura de justicier en faisant plonger au besoin des innocents pour masquer ses coups foireux. D'abord dévastée, puis enragée, Yvonne décide qu'il est de son devoir de réparer les méfaits de son compagnon défunt. Et de faire éclater au grand jour la vérité. Mais quelle vérité ?

Si on vous a brièvement planté le décor, raconté à la volée les premières minutes de l'intrigue, promis-juré, on n'en dira pas plus. Ce serait pécher. Emmené par une Adèle Haenel survoltée, dont on n'aurait jamais soupçonné l'abattage comique, le film déploie plusieurs pistes, tresse ensemble une comédie burlesque, une comédie policière, une comédie romantique, un pastiche de film d'action, et parvient au tour de force de n'en négliger aucun. Et cerise sur le gâteau, on se laisse entraîner de bon cœur dans ce tourbillon irrésistible, joyeux, sans jamais être dupe de la gravité qu'il enrobe. Comme dans toute comédie réussie, Pierre Salvadori habille en effet de légèreté et d'effets comiques des situations qui, racontées différemment, feraient pleurer Marc et Margot dans leurs chaumières. Des histoires de mensonges, de tromperies, de deuil, des secrets inracontables, des vies à (re)construire, le sens du mal et le pouvoir – peut-être – de l'amour. La galerie de personnages, génialement typés sans jamais être caricaturaux, porte ces questionnements, ces mal-êtres, ces espérances et ces désirs. Ils entourent la belle, l'incroyable Yvonne, l'accompagnent dans ses errances et l'emmènent vers l'improbable – ou l'impossible – résolution de son projet. Le plaisir des comédiens, de Adèle Haenel à Audrey Tautou en passant par Vincent Elbaz, Damien Bonnard et Pio Marmai, est communicatif. Pas une fausse note, pas une erreur de casting, ils nous embarquent sans coup férir dans l'univers grave et dingue de Pierre Salvadori – en liberté, totalement, merveilleusement.  Utopia
Vox Fréjus : mercredi 16 20h45, jeudi 17 13h45, 18h, vendredi 18 13h50
 

 

UN BEAU VOYOU

Écrit et réalisé par Lucas BERNARD - France 2018 1h44mn - avec Charles Berling, Swann Arlaud, Jennifer Decker, Jean-Quentin Châtelain...

UN BEAU VOYOU« C'est le plus grand des voleurs, oui mais c'est un gentleman », susurrait Dutronc… Ici, notre monte-en-l'air, qui s'introduit nuitamment dans les appartements en passant par les toits, est un esthète, un malin, qui se faufile comme un chat, glisse dans l'ombre pour accomplir ses larcins avec un talent virtuose… Ni vu, ni connu, il ne laisse jamais ni traces ni empreintes, juste un petit parfum de mystère.

Dans la vie, on ne se méfie pas de lui, il a une allure fine et souple, un visage qu'on ne remarque pas, enfin, pas tout de suite… Et bien malin qui soupçonnerait ce garçon dont on ne parvient jamais à deviner ce qu'il pense, ni qui il est vraiment. Il change de nom, s'invite dans la vie des gens, jusque dans leur lit où il invite ses copines. À l'aise partout, il sait séduire sans effets, échappant aux questions par une pirouette, un demi-mensonge, ne se laissant jamais déstabiliser, esquivant tous les pièges… étonnant personnage.
Le commissaire Beffrois, lui, végète dans son commissariat en attendant une proche retraite (Charles Berling… je suis d'accord avec vous : il ne fait pas son âge) qu'il s'apprête à affronter seul (peut-être mais peinard ?), ses fils embarquant leurs dernières affaires de l'appartement où trône un tableau que sa femme (disparue) aimait. L'art moderne, ça n'a jamais été son truc à lui, mais parce qu'il l'aimait, elle, il la suivait dans les expositions, intrigué par son goût pour la peinture abstraite. La vie lui a donné, lui a repris, il n'en tire ni amertume ni orgueil. Il n'a plus rien à prouver et rien ne l'entrave : libre comme l'air. Sans obligations, il regarde le monde et la vie avec une sorte de distance curieuse. Cette affaire là, il devrait s'en fiche, mais ce vol de tableau attire son attention, intrigué qu'il est par la ressemblance du tableau dérobé avec celui que sa femme avait acheté. L'élégance du procédé, le choix de l'œuvre volée vont le conduire très vite à faire le lien avec d'autres histoires : ce voleur-là ne fauche pas du lourd, des trucs impossibles à fourguer… pas de Van Gogh ou de Canaletto. Non, des demi-pointures, des talents pas encore reconnus, mais que le voleur a donc su apprécier. Un voleur qui en outre semble échapper aux lois de la pesanteur, insaisissable et habile… 
Beffrois flaire le cambrioleur atypique. Plus par curiosité sans doute que pour faire son boulot de flic, il s'accroche à la maigre piste, remonte le fil des œuvres d'art, traine dans les ateliers de peintre, croise plusieurs fois le voleur sans le savoir, et finit par tomber sur une jolie fille qui retape des tableaux, une passionnée à la présence intense, au regard fascinant et qui, bien malgré elle, va l'amener vers ce beau voyou aimable et solitaire qui, au fond, lui ressemble, libre comme le vent, accroché à rien, mais artisan méticuleux de son art si particulier.

C'est à Paris que cette histoire rocambolesque et romanesque se passe, un Paris vu depuis ses ruelles sombres, ses toits en zinc gris qui brillent sous la lune, ses chiens assis, ses façades superbes où se balance nuitamment notre monte-en-l'air encordé, grimpant de tabatière en fenêtre… Superbe course-poursuite où Charles Berling se révèle tout à fait à la hauteur de ce félin insaisissable qui ne cesse de lui échapper…
En filigrane de ce polar atypique où l'amour permet à peine d'écorner le mystère, affleure, discrète et essentielle, une réflexion sur l'art, la peinture… L'art est-il une affaire d'initiés, de classe, de milieu culturel ? Qu'est ce que le goût, le « bon goût », qui est « légitime » pour décider ce qui est de l'art et ce qui n'en est pas ?… Les tableaux que l'on voit dans le film sont de Philippe Derôme…

Cotignac dimanche 20 18h

 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Edith Cantu

358 chemin du Peyrard

83300 Draguignan
accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire valable du 1/01/2019 au 31/12/2019 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

adresse mail ..........................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :