Au(x) cinéma(s) du 16 au 22 novembre

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Bonjour à tous !

Commençons par la prochaine proposition Entretoiles : le dimanche 20 novembre, nous vous invitons cette fois-ci à une soirée sur le thème "Vies de couples" avec 2 films L'Économie du couple et Olmo et la Mouette, avec notre traditionnel apéritif dinatoire entre les 2 films.

Cette semaine au CGR, en film ciné-club Love and Friendship de Whit Stillman, "drôle, acide, plastiquement très beau".

A Lorgues, allez voir Tanna, de B Dean et M Butler, fiction poétique "qui navigue entre documentaire ethnographique et drame historique" et bien sûr le film d'animation Ma vie de Courgette, "tragique, poétique, rigolo sur la vie des enfants qui ont morflé". (aussi au Vox).
Au Vox, allez voir Planetarium de Rebecca Zlotowski, un film puissant sur les années 30, et aussi Réparer le vivants.

Au Vox aussi, ne manquez pas le dernier film de Asghar Farhadi, Le Client, superbe pladoyer pour la nécessité vitale d'une plus grande liberté dans la société iranienne et surtout pour les femmes, ni d'ailleurs le dernier de Ken Loach, Palme d'or au Festival de Cannes, Moi, Daniel Blake, un film "beau à tomber" dit la critique.
Au Vox aussi, allez voir Le Ciel Attendra, de Castille Mention Schaar, un film plein de tact, passionnant et efficace sur une jeunesse ordinaire embrigadée dans Daech.

À la Médiathèque du Pôle Culturel, première participation au mois du film documentaire, manifestation nationale qui a lieu chaque année au mois de novembre, on nous  propose une sélection de documentaires en musique, liant intimement la musique, le chant et l'image autour de 3 séances:
Mardi 15 novembre, 18h30: "Chante ton bac d'abord", de David André, au Cinérama de la médiathèque, Pôle culturel Chabran
Samedi 19 novembre, 15h: séance de courts-métrages, au Cinérama de la médiathèque, Pôle culturel Chabran
Mercredi 23 novembre, 18h30, "Dayana Minimarket", de Floriane Devigne, en présence de la réalisatrice, à l'auditorium du Pôle culturel Chabran.

Séances gratuites, sur réservation.

Retrouvez le programme complet  sur le site:
http://www.moisdudoc.com/spip.php?rubrique87&IDZone=277&Page=1

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 16 AU 22 NOVEMBRE 2016

Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
L'Économie du couple
Réalisé par Joachim LAFOSSE
Belgique / France 2016 1h40mn
avec Bérénice Bejo, Cédric Khan, Marthe Keller, Jade et Margaux Soentjens...
Scénario de Mazarine Pingeot, Fanny Burdino, Joachim Lafosse et Thomas Van Suylen
« Autrefois, on savait réparer. On réparait les chaussettes, les frigidaires… maintenant on jette. Dès qu'il y a un problème, on jette. C'est pareil dans un couple : plus de désir, on jette. » dit la mère à sa fille. Autre temps, autres mœurs… autre façon de concevoir la vie de couple.
Entre Marie et Boris, on voit bien que l'histoire a été forte et intense. Mais après quinze ans, la belle relation est en train d'imploser, les cœurs sont à vifs, les mots violents et les adorables jumelles, prises dans le tourbillon de querelles qui n'en finissent pas de suinter l'amour passé, ont le cœur tout écartillé entre deux combattants qu'elles aiment autant l'un que l'autre, témoins involontaires d'un conflit dont elles ne pigent pas tout. Ils se sont aimés, c'est sûr, ça se sent, dans chaque objet d'une maison qu'ils ont fabriquée ensemble pour abriter un bonheur qui leur file désormais entre les doigts. Mais quand vient le moment des comptes, aucun ne veut rien lâcher de ce qu'il pense avoir apporté et les petites choses matérielles deviennent l'expression visible de sentiments refoulés, de contentieux inavoués. Ich liebe dich, ich töte dich.
.. lire la suite
CGR (Draguignan) : dimanche 20 novembre à 18h
Affiche
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Olmo et la Mouette
Réalisé par Petra Costa et Léa Glob
France / Brésil 2016 1h25mn
avec Olivia Corsini , Serge Nicolaï , Arman Saribekyan...
Alors qu’ils répètent la Mouette de Tchékhov, Olivia et Serge découvrent qu’ils attendent un enfant. Olivia réalise alors que la frontière entre sa propre vie et le rôle qu’elle doit jouer s’en trouve bouleversée. Avant de devenir réalisatrice, Petra Costa, d’origine brésilienne, suit une formation théâtrale et se tourne vers la fiction. Léa Glob est une réalisatrice et chef opératrice danoise. Elle est plutôt attirée par le documentaire. Elles se rencontrent au festival de Copenhague et rêvent de réaliser un projet à double création. C’est ainsi qu’elles donnent naissance à Olmo et la mouette, chronique vivante et sincère mettant en scène à la fois la fabrication d’un spectacle de théâtre et la fabrication d’un enfant. Olivia, comédienne de théâtre, doit tenir le rôle d’Arkadina, personnage principal de la Mouette de Tchékhov. Son enthousiasme pour ce rôle est palpable mais peu de temps après le début des répétitions, elle se rend compte qu’elle est enceinte... lire la suite
CGR (Draguignan) : dimanche 20 novembre à 20h30
Affiche
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Love & Friendship
Écrit et réalisé par Whit STILLMAN
Irlande 2015 1h32mn VOSTF
avec Kate Beckinsale, Chloë Sevigny, Xavier Samuel, Emma Greenwell, Justin Edwards, Stephen Fry, Jemma Redgrave...
Librement adapté de Lady Susan, roman épistolaire de Jane Austen
Les amateurs de Jane Austen seront peut-être un peu décontenancés par ce film sulfureux et jubilatoire. On connait et on admire cette figure tutélaire de la littérature britannique, prématurément disparue à l'aube de la quarantaine, qui, en quelques livres emblématiques, a imposé son style fait d'humour brillant et de satire sociale élégante, jamais excessive, croquant avec saveur ses contemporains et notamment les femmes de la gentry ou de l'aristocratie soucieuses d'assurer leur rang envers et souvent contre leurs sentiments. Jusqu'ici, Jane Austen au cinéma, c'était du classique cousu main : Orgueil et préjugés de Robert Z Léonard puis de Joe Wright, Raison et sentiments d'Ang Lee… Le beaucoup moins classique Whit Stillman est allé chercher un court roman épistolaire de jeunesse, Lady Susan, œuvre d'une liberté de ton décapante, étonnant portrait d'une femme forte et manipulatrice, parfaitement dénuée de scrupules, prête à tout pour tenir le haut du pavé dans un monde fait par et pour les hommes dans lequel la femme doit se contenter d'être mère et épouse soumise, et accepter de perdre tous ses droits à partir du moment où elle se retrouve seule... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours à 18h sauf vendredi 18 à 13h45
Affiche
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Tanna
Réalisé par Bentley DEAN et Martin BUTLER
Vanuatu / Australie 2015 1h44mn VOSTF
avec Marie Wawa, Mungau Dain, Marceline Rofit, Chef Charlie Kahla...
Écrit par Bentley Dean, Martin Butler et John Collee, en collaboration avec le peuple Yakel. Mostra de Venise, Semaine de la critique, Prix du Public.
Dain aime Wawa – et Wawa aime Dain. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils respirent le bonheur de vivre et d'être ensemble – à l'unisson d'une nature tout aussi belle, luxuriante et généreuse. Ils se retrouvent en cachette, un peu à l'écart de la rivière où les jeunes enfants s'ébattent bruyamment. Simplicité, beauté, poésie presque surnaturelle du paysage tropical. Wawa et Dain vivent dans ce qui, sur Terre, aujourd'hui, peut sans doute se rapprocher le plus d'une représentation possible du jardin d'Eden. Au milieu du Pacifique, un de ces derniers endroits du globe où les populations vivent en symbiose avec leur environnement : Tanna, une des grandes îles paradisiaques de l'archipel de Vanuatu, dominée par le volcan Yasur, en éruption permanente. Ce volcan, même s'il lui vaut largement sa renommée, c'est un peu la face sombre de l'île. C'est là, et à ses abords, que la végétation verdoyante cède la place à la roche volcanique, aride et noire ; là que, passée la douceur enchanteresse des arbres et des cascades, on entre dans un inquiétant paysage de désolation. Là pourtant qu'il est possible de se réfugier lorsqu' on est en rupture de ban avec la tribu... lire la suite
Lorgues : mercredi 16 à 19h25, jeudi 17 à 20h10, samedi 19 et dimanche 20 à 20h30, lundi 21 à 19h
Affiche
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Planétarium
Réalisé par Rebecca ZLOTOWSKI
France 2016 1h45mn
avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, Pierre Salvadori, Louis Garrel...
Scénario de Robin Campillo et Rebecca Zlotowski
Hasard du calendrier, Planetarium sort sur nos écrans quelques semaines après le très beau La Danseuse. Les deux films se rapprochent d’une certaine façon, ils dessinent tous les deux des portraits de femmes du début du 20ème siècle, toutes les deux artistes forains et qui chacune à leur manière vont accompagner voire provoquer des évolutions marquantes dans la pratique de leur art. Rebecca Zlotowski s’est inspirée de la vie des sœurs Fox, trois sœurs spirites américaines qui ont inventé le spiritisme à la fin du xixe. L’une d’elle avait été embauchée pendant une année par un riche banquier pour incarner sa femme défunte. L’autre source d’inspiration de la cinéaste, c’est le destin du producteur de cinéma Bernard Natan. D’origine roumaine, naturalisé Français, croix de guerre, parti de rien, il avait en 1929 racheté Pathé Cinéma. C’est notamment lui qui a créé les studios de la rue Francœur (aujourd’hui occupés par la Femis, l’école de cinéma où étudia Zlotowski), lui aussi qui a importé le cinéma sonore en France... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 16 à 14h, 16h10, et 20h30, jeudi 17 à 14h, 18h15 et 20h30, vendredi 18 à 14h, 18h15 et 20h45, samedi  19 à 14h, 16h15 et 20h45, dimanche 20 à 14h, 17h50 et 20h30, lundi 21 à 14h, 16h20 et 20h45, mardi 22 à 14h et 20h45
affiche
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Le Client
Écrit et réalisé par Asghar FARHADI
Iran 2016 2h05 VOSTF
avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi, Farid Sajjadihosseini...
Festival de Cannes 2016 : Prix du scénario et Prix d'interprétation masculine pour Shahab Hosseini
Mystères de la traduction : le titre persan « forushande » signifie « le vendeur » et le film sortira en France sous le titre « le client »… Pas essentiel sans doute, mais garder en tête le sens du mot persan permet de mieux comprendre les ponts que Farhadi jette entre son histoire et la pièce de théâtre que jouent ses protagonistes… Emad et Rana sont en effet comédiens et on entre dans leur intimité au moment où approche la première représentation de La Mort d'un commis voyageur, dans laquelle ils interprètent les rôles principaux du père et de la mère, largement quinquagénaires. Dans la vie en vrai, ils sont bien plus jeunes, sans enfant, avec tout le temps devant eux pour se découvrir, construire un foyer. Un couple de la classe moyenne supérieure, deux êtres cultivés partageant les mêmes centres d'intérêt… Cela ne donnerait guère matière à une histoire s'il n'y avait un « mais », si chaque détail, loin d'être innocent, ne s'attachait à refléter le malaise social ambiant... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 16 à 15h20, 18h, 20h30, jeudi 17 à 15h40 et 18h15, vendredi 18 à 14h, 18h20 et 20h45, samedi 19 à 14h et 18h20, dimanche 20 à 14h et 20h , lundi 21 à 14h, 15h55 et 20h30, mardi 22 à ,16h, 18h20 et 20h45
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Mal de Pierres
Réalisé par Nicole GARCIA
France 2016 1h56mn
avec Marion Cotillard, Alex Brendemühl, Louis Garrel, Brigitte Rouan, Victoire Du Bois...
Scénario de Nicole Garcia et Jacques Fieschi, librement adapté du roman de Milena Agus
Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole de Provence où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque, la fin des années 1950, où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. « Elle est malade. Ce sont les nerfs… » Gabrielle cause décidément bien des tracas à sa famille qui souhaite, avant toute chose, sauver les apparences. La jeune femme est rebelle, remplie d'une passion bouillante qui fait désordre. Pour sa mère, il n'y a que deux solutions possibles : la faire interner ou la caser avec le premier venu, l'homme fort qui saura l'éloigner, supporter son caractère, ses extravagances et son goût de la liberté. C'est José, un saisonnier agricole espagnol, qui sera l'élu. Lui a les nerfs solides et ça tombe bien, car ils vont être mis à rude épreuve. José avale les couleuvres contre une promotion sociale orchestrée par la famille. Ce couple n'en est pas un – « je ne coucherai pas avec vous, je ne vous aimerai jamais » – même si, souvent, il ne manque pas grand-chose pour que ces deux-là se rencontrent enfin... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :samedi 19 à 15h55 et mardi 22 à 16h10
Salernes : mercredi 16 à 18h, jeudi 17 à 19h et samedi 19 à 21h
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Moi, Daniel Blake
Réalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno

Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran. Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 16 à 18h20, jeudi 17 et mardi 22 à 20h45, vendredi 18 à 16h10 et samedi 19 à 18h30, dimanche 20 à 18h25
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Le Ciel Attendra
Réalisé par Marie-Castille MENTION-SCHAAR
France 2016 1h40mn
avec Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant, Naomi Amarger, Clotilde Courau, Zinedine Soualem, Yvan Attal… et Dounia Bouzar (dans son propre rôle)...
« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade… » À l'époque de Rimbaud, on pouvait s'embraser dans de candides envolées lyriques ! La jeunesse avait droit à l'insouciance, elle était l'âge de tous les possibles. On osait inventer un monde idéal, tissé de paix, se griser d'amour et d'amitié. Puis les tilleuls laissèrent la place à l'asphalte, la promenade au zapping ou au surf sur internet. Les babillages se transformèrent en tchat, les belles expressions en smileys. Qu'est ce qu'avoir dix-sept ans maintenant, alors que les adultes semblent avoir abdiqué leurs rêves ? Comment aborder sans frémir un avenir tout bouché, promis au chômage, aux compromis ? Si autour de soi, on ne voit pas d'alternative, on s'en va fouiller dans les réseaux sociaux où l'on découvre des sites aux titres séduisants : « Et si on changeait le monde ? ». De quoi épancher sa soif d'idéaux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : lundi 21 à 18h30
Affiche
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Réparer les vivants
Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal
Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 17, vendredi 18 et dimanche 20 à 16h10 et lundi 21 à 18h20
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Ma vie de Courgette
Réalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
avec Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan, Marie-Thérèse Fortin...
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette. Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy. Pour les enfants à partir de 7 ans
Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 16 et dimanche 20 à 14h, jeudi 17 à 20h
Lorgues : mercredi 16 à 18h et samedi 19 à 16h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 

L'Économie du couple
Réalisé par Joachim LAFOSSE
Belgique / France 2016 1h40mn
avec Bérénice Bejo, Cédric Khan, Marthe Keller, Jade et Margaux Soentjens...
Scénario de Mazarine Pingeot, Fanny Burdino, Joachim Lafosse et Thomas Van Suylen

« Autrefois, on savait réparer. On réparait les chaussettes, les frigidaires… maintenant on jette. Dès qu'il y a un problème, on jette. C'est pareil dans un couple : plus de désir, on jette. » dit la mère à sa fille. Autre temps, autres mœurs… autre façon de concevoir la vie de couple.
Entre Marie et Boris, on voit bien que l'histoire a été forte et intense. Mais après quinze ans, la belle relation est en train d'imploser, les cœurs sont à vifs, les mots violents et les adorables jumelles, prises dans le tourbillon de querelles qui n'en finissent pas de suinter l'amour passé, ont le cœur tout écartillé entre deux combattants qu'elles aiment autant l'un que l'autre, témoins involontaires d'un conflit dont elles ne pigent pas tout.
Ils se sont aimés, c'est sûr, ça se sent, dans chaque objet d'une maison qu'ils ont fabriquée ensemble pour abriter un bonheur qui leur file désormais entre les doigts. Mais quand vient le moment des comptes, aucun ne veut rien lâcher de ce qu'il pense avoir apporté et les petites choses matérielles deviennent l'expression visible de sentiments refoulés, de contentieux inavoués. Ich liebe dich, ich töte dich…

C'est elle qui reste, c'est lui qui doit partir : elle l'a décidé ainsi, ne supporte plus de l'avoir dans les pattes, tout ce qu'elle adorait chez lui jadis est désormais objet de répulsion : son odeur, ses bras puissants, sa vitalité ombrageuse. Lui aimerait rester, et d'ailleurs comment partir ? Sans travail fixe, sans moyens pour trouver un logement ailleurs… Il va falloir cohabiter un moment, et ça devient difficile. La maison, c'est elle qui l'a achetée, elle avait l'argent, grâce à sa famille. Lui avait la force, les bras, le savoir faire qui lui a permis de faire les travaux. Mais au moment des comptes, le travail, aux yeux de Marie, pèse peu de poids en rapport de l'argent qu'elle a apporté.
C'est une histoire trempée dans l'air du temps et si les femmes se sont émancipées et n'hésitent plus à remettre leur couple en cause, il n'est toujours pas bien vu qu'une femme gagne plus qu'un homme et le capital est toujours plus respecté que le travail. Quel que soit le camp dans lequel on se trouve, c'est un sujet d'humiliation pour l'homme et un moyen de réprobation pour la femme…
La mère de Marie (superbe Marthe Keller) cherche à temporiser, à concilier, plaidant l'indulgence et une répartition équitable, mais dans ces histoires-là il est difficile pour les belligérants de faire la part des choses, de reconnaître la contribution de l'autre. « J'ai tout payé depuis le début » s'énerve Marie. Boris plaide son investissement physique, « j'y ai laissé mes mains, ma sueur, mon amour »… Humilié de s'entendre traiter de « pauvre » devant ses deux gamines, il tente de leur dire que la vraie richesse est ailleurs…
Dans ce chaos tumultueux, surgit pourtant un moment de formidable grâce, une danse, une chanson où tout le monde baisse les armes, une accalmie bienfaisante où on mesure, bouleversé, tout ce que leur relation a pu nourrir de bonheur, de tendresse. Il faudra bien, une fois la tempête passée, que vienne le temps de l'apaisement, il faudra bien arriver à faire la part des choses, il faudra bien que la vie, l'amour, d'une façon ou d'une autre, continuent… et c'est tant mieux.

C'est un film magnifique, écrit à plusieurs mains et autant de sensibilités, impliquant également les comédiens qui ont eu leur mot à dire, modifiant parfois leur texte pour se l'approprier, et le rendu final est saisissant : il y a quelque chose de profond et de fort qui tient sans doute au vécu de chacun, à la connivence qui s'est établie au cours du tournage et leur a permis d'appréhender de l'intérieur des personnages qui immédiatement nous parlent, nous concernent, nous touchent durablement. Bérénice Béjo et Cédrik Khan sont impressionnants de justesse et d'intensité. Les gamines jumelles sont épatantes, peu préparées à ce genre d'exercice, sans texte particulier à dire, mais travaillant avec l'équipe jusqu'à répéter quarante fois la même scène sans s'énerver pour autant, elles sont époustouflantes, touchantes et discrètes, spectatrices impuissantes d'un amour qui se défait et dont elles sont un des enjeux. (Utopia)

 

CGR (Draguignan) : dimanche 20 novembre à 18h


Olmo et la Mouette
http://images.commeaucinema.com/galerie/347092_f89ce8064e0e970ee3b2d01614c3998c.jpgRéalisé par Petra Costa et Léa Glob
France / Brésil 2016 1h25mn
avec Olivia Corsini , Serge Nicolaï , Arman Saribekyan...

Alors qu’ils répètent la Mouette de Tchékhov, Olivia et Serge découvrent qu’ils attendent un enfant. Olivia réalise alors que la frontière entre sa propre vie et le rôle qu’elle doit jouer s’en trouve bouleversée. Avant de devenir réalisatrice, Petra Costa, d’origine brésilienne, suit une formation théâtrale et se tourne vers la fiction. Léa Glob est une réalisatrice et chef opératrice danoise. Elle est plutôt attirée par le documentaire. Elles se rencontrent au festival de Copenhague et rêvent de réaliser un projet à double création. C’est ainsi qu’elles donnent naissance à Olmo et la mouette, chronique vivante et sincère mettant en scène à la fois la fabrication d’un spectacle de théâtre et la fabrication d’un enfant. Olivia, comédienne de théâtre, doit tenir le rôle d’Arkadina, personnage principal de la Mouette de Tchékhov. Son enthousiasme pour ce rôle est palpable mais peu de temps après le début des répétitions, elle se rend compte qu’elle est enceinte. Peu importe, elle veut continuer à faire partie de la troupe et espère même pouvoir participer à la tournée qui s’annonce. Hélas, quelques soucis de santé la contraignent à l’immobilité. L’appartement d’Olivia, où est filmée la grande majorité des scènes, devient la matrice d’une gestation à la fois créatrice et organique. A mi-chemin entre le documentaire et le journal intime, le récit nous livre les doutes et la solitude de la femme enceinte. Nous berçant de sa voix off et n’hésitant pas à briser le « socialement correct » trop souvent véhiculé par les media et consistant à ne considérer la grossesse que comme un « heureux événement », elle nous raconte, entre émotion et humour, le sacrifice de son statut d’artiste, la perte de sa sexualité, son ennui et ce qu’elle perçoit comme une décadence de sa vie. L’histoire révèle alors des concordances évidentes entre réalité et monde artistique et nous propulse en douceur dans l’univers poétique d’Olivia qui se soumet à l’image des deux personnages féminins de la pièce : Arkadina, la comédienne vieillissante et Nina, l’actrice atteinte de folie.

Olivia Corsini et Serge Nicolaï sont partenaires de scène et couple à la ville. C’est la véritable grossesse d’Olivia que les réalisatrices ont filmée. Sans vouloir nier leurs incontestables talents respectifs, il est évident que cette proximité quotidienne donne une intensité supplémentaire à leur jeu et insuffle une vérité totale à leurs personnages. Il incarne avec une tendresse bourrue cet homme partagé entre le bonheur de devenir père et les errances de sa compagne isolée du collectif et de la vie. Elle joue avec toutes les nuances dont on pouvait rêver le rôle d’une actrice qui...ne joue pas ! Devenir mère n’est pas qu’un processus biologique. C’est aussi et avant tout un phénomène psychique qui crée un sentiment d’étrangeté indicible. Le lien avec l’enfant se construit de manière inavouée entre haine et amour. Ce récit balançant sans cesse entre gravité et légèreté, onirisme et réalité brutale nous convainc aisément que le don de la vie n’est pas seulement ce moment merveilleux indispensable à l’épanouissement de toutes les femmes. Sans féminisme aucun, il est essentiel de rendre hommage à ces deux réalisatrices qui ont choisi d’aborder sans détours ce sujet trop rarement évoqué.

CGR (Draguignan) : dimanche 20 novembre à 20h30


Love & Friendship
Écrit et réalisé par Whit STILLMAN
Irlande 2015 1h32mn VOSTF
avec Kate Beckinsale, Chloë Sevigny, Xavier Samuel, Emma Greenwell, Justin Edwards, Stephen Fry, Jemma Redgrave...
Librement adapté de Lady Susan, roman épistolaire de Jane Austen

Les amateurs de Jane Austen seront peut-être un peu décontenancés par ce film sulfureux et jubilatoire. On connait et on admire cette figure tutélaire de la littérature britannique, prématurément disparue à l'aube de la quarantaine, qui, en quelques livres emblématiques, a imposé son style fait d'humour brillant et de satire sociale élégante, jamais excessive, croquant avec saveur ses contemporains et notamment les femmes de la gentry ou de l'aristocratie soucieuses d'assurer leur rang envers et souvent contre leurs sentiments. Jusqu'ici, Jane Austen au cinéma, c'était du classique cousu main : Orgueil et préjugés de Robert Z Léonard puis de Joe Wright, Raison et sentiments d'Ang Lee… Le beaucoup moins classique Whit Stillman est allé chercher un court roman épistolaire de jeunesse, Lady Susan, œuvre d'une liberté de ton décapante, étonnant portrait d'une femme forte et manipulatrice, parfaitement dénuée de scrupules, prête à tout pour tenir le haut du pavé dans un monde fait par et pour les hommes dans lequel la femme doit se contenter d'être mère et épouse soumise, et accepter de perdre tous ses droits à partir du moment où elle se retrouve seule. Un petit roman qui fit d'autant plus sensation que, probablement écrit en 1794 – Jane Austen n'avait même pas vingt ans –, il ne fut publié qu'en 1871, en pleine Angleterre victorienne, pudibonde à l'extrême.

Au cœur de l'intrigue, Lady Susan Vernon, jeune veuve dans une situation financière délicate, mère d'une fille de seize ans qui l'indiffère, en quête d'un point de chute confortable et prête à intriguer jusqu'au bout pour arriver à ses fins. Elle est accompagnée dans ses aventures par sa confidente, Alicia Johnson, une jeune Américaine qui craint plus que tout le retour vers sa rustre terre natale. Lady Susan a de toute évidence séduit le pourtant marié Lord Manwaring et, pour éviter le scandale, doit se réfugier chez sa belle-sœur Catherine dont elle ne va pas tarder à « allumer » le jeune frère, le joli Reginald. Dans le même temps, Sir James Martin, aristocrate stupide mais riche, attend en embuscade pour courtiser les Vernon mère et fille…
Love and friendship est une satire impitoyable et délicieuse, une comédie implacable où les pères et les mères la morale sont les dindons de la farce, dépassés par les entreprises pleines de malice d'un duo de femmes entreprenantes. Le plus réjouissant, c'est que, malgré l'amoralité de leur démarche (Susan utilise quand même le destin de sa propre fille adolescente dans son unique intérêt), on ne peut qu'avoir de l'empathie pour elles et en particulier pour cette redoutable et très drôle Lady Vernon, alter ego féminine du vicomte de Valmont dans Les Liaisons Dangereuses.

Paradoxe également réjouissant, c'est Whit Stillman, cinéaste éminemment new yorkais, qui se révèle l'homme de la situation pour réussir à la perfection ce film so british, entrelacs d'intrigues aux dialogues littéraires et à l'humour féroce. Un film drôle, acide, plastiquement très beau, qui restitue magnifiquement l'architecture des petits châteaux du xviiie siècle disséminés dans la région de Dublin où a eu lieu le tournage, un petit bijou merveilleusement ciselé et interprété, mention spéciale au duo Kate Beckinsale – Chloé Sevigny.


CGR (Draguignan) : tous les jours à 18h sauf vendredi 18 à 13h45


Tanna
Réalisé par Bentley DEAN et Martin BUTLER
Vanuatu / Australie 2015 1h44mn VOSTF
avec Marie Wawa, Mungau Dain, Marceline Rofit, Chef Charlie Kahla...
Écrit par Bentley Dean, Martin Butler et John Collee, en collaboration avec le peuple Yakel. Mostra de Venise, Semaine de la critique, Prix du Public. Directeur culturel : Jimmy Joseph NAKO

Dain aime Wawa – et Wawa aime Dain. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils respirent le bonheur de vivre et d'être ensemble – à l'unisson d'une nature tout aussi belle, luxuriante et généreuse. Ils se retrouvent en cachette, un peu à l'écart de la rivière où les jeunes enfants s'ébattent bruyamment. Simplicité, beauté, poésie presque surnaturelle du paysage tropical. Wawa et Dain vivent dans ce qui, sur Terre, aujourd'hui, peut sans doute se rapprocher le plus d'une représentation possible du jardin d'Eden. Au milieu du Pacifique, un de ces derniers endroits du globe où les populations vivent en symbiose avec leur environnement : Tanna, une des grandes îles paradisiaques de l'archipel de Vanuatu, dominée par le volcan Yasur, en éruption permanente. Ce volcan, même s'il lui vaut largement sa renommée, c'est un peu la face sombre de l'île. C'est là, et à ses abords, que la végétation verdoyante cède la place à la roche volcanique, aride et noire ; là que, passée la douceur enchanteresse des arbres et des cascades, on entre dans un inquiétant paysage de désolation. Là pourtant qu'il est possible de se réfugier lorsqu' on est en rupture de ban avec la tribu.

Car à Tanna comme à Vérone, la ferveur des amants n'est pas forcément raccord avec les intérêts familiaux, tribaux. Selon les traditions séculaires de la tribu Yakel, plutôt que de filer le parfait amour avec son Roméo, la belle Wawa devrait plutôt convoler avec le fils du chef de la tribu voisine – et ennemie – des Imedin. Histoire de sceller par un mariage de raison la paix entre les deux tribus. Il serait même urgemment temps, vu que les Imedin viennent (par ailleurs) de tuer un villageois Yakel. Il est donc intimé à Wawa de ranger ses sentiments derrière son pagne et de se sacrifier pour le bien de la communauté. Seulement Dain et Wawa ne l'entendent pas de cette oreille et s'enfuient dans la forêt.
Il y a plus ou moins trente ans, l'île de Tanna a réellement été le théâtre de cette histoire de Capulet et de Montaigu des antipodes. Un fait divers, une tragédie, dont l'issue est écrite dès les premières minutes du film, qui a suffisamment secoué les populations pour faire vaciller l'ordre social et a provoqué en 1987 un changement radical dans la « kastom » – les lois ancestrales de mariages arrangés.

Bentley Dean et Martin Butler, venus du cinéma documentaire, font avec Tanna (le film) le pari osé de sortir du travail ethnographique. Ils ont réécrit cet épisode fondateur avec les habitants de l'île, leur ont fait réinterpréter parfois leur propre rôle, on réinventé avec eux une façon de faire du cinéma, de raconter une histoire. Le résultat est à la hauteur de l'ambition du projet. Le film navigue finement entre fiction poétique, document ethnographique et drame historique. Il y a évidemment un pur plaisir à se laisser immerger dans la beauté des paysages et des personnages, à s'abreuver de codes culturels étrangers et pourtant incroyablement perceptibles. Il est doux de se laisser mener par ce récit quasi mythologique, mille fois raconté, mais à un rythme inhabituel et tellement revigorant. Il est formidable de se sentir à ce point ignorant, de plonger dans l'inconnu et d'en revenir émerveillé par mille découvertes. Avec Tanna, un vrai vent de liberté souffle sur le cinéma – et on parie que la belle et triste histoire de Dain et Wawa n'a pas fini de vous faire rêver.


Lorgues : mercredi 16 à 19h25, jeudi 17 à 20h10, samedi 19 et dimanche 20 à 20h30, lundi 21 à 19h

Planétarium
Réalisé par Rebecca ZLOTOWSKI
France 2016 1h45mn
avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, Pierre Salvadori, Louis Garrel...
Scénario de Robin Campillo et Rebecca Zlotowski

Hasard du calendrier, Planetarium sort sur nos écrans quelques semaines après le très beau La Danseuse. Les deux films se rapprochent d’une certaine façon, ils dessinent tous les deux des portraits de femmes du début du 20ème siècle, toutes les deux artistes forains et qui chacune à leur manière vont accompagner voire provoquer des évolutions marquantes dans la pratique de leur art.
Rebecca Zlotowski s’est inspirée de la vie des sœurs Fox, trois sœurs spirites américaines qui ont inventé le spiritisme à la fin du xixe. L’une d’elle avait été embauchée pendant une année par un riche banquier pour incarner sa femme défunte. L’autre source d’inspiration de la cinéaste, c’est le destin du producteur de cinéma Bernard Natan. D’origine roumaine, naturalisé Français, croix de guerre, parti de rien, il avait en 1929 racheté Pathé Cinéma. C’est notamment lui qui a créé les studios de la rue Francœur (aujourd’hui occupés par la Femis, l’école de cinéma où étudia Zlotowski), lui aussi qui a importé le cinéma sonore en France. Il fut victime d’une cabale antisémite, déchu de sa nationalité et livré en 42 aux occupants nazis. Mais la réalisatrice ne voulait pas faire un biopic de l’un ou l’autre de ces personnages, elle s’empare donc de ces deux histoires pour en faire un grand film romanesque ainsi qu’une formidable réflexion sur la force d’attraction du cinéma. Cet art de l’illusion auquel nous adorons croire.

Dans le Paris de la fin des années trente, deux jeunes médiums américaines, Kate et Laura Barlow, défraient la chronique en proposant dans les soirées mondaines des séances de spiritisme. Fasciné par leur don, un célèbre producteur de cinéma, André Korben, les engage pour tourner dans un film follement ambitieux, qui devrait révolutionner le cinéma de l’époque. Korben, d’abord sceptique quant au don de spirite des sœurs Barlow, décide de faire une séance privée et ainsi savoir à quoi s’en tenir. L’expérience va tellement le bouleverser qu’il prend immédiatement sous son aile les deux femmes. Mais plus fou encore, il décide qu’il doit être possible de filmer ce qu’il a vécu, de capturer l’image d’un fantôme. Entraînant la plus jeune dans un projet scientifique d’enregistrement des phénomènes paranormaux, il s’appuie sur l’aînée pour en saisir la nature à l’image, et projette de faire d’elle une star. Incarné par le trop rare Emmanuel Salinger, particulièrement émouvant dans ce rôle d’aventurier rêveur qui voulait, avec le cinéma, révéler l’existence des fantômes, Korben est l’image romantique du producteur comme on n'en fait plus ou presque, de ceux qui sacrifient tout pour qu’un film voie le jour.

« Cette histoire étrangement romanesque inscrit le glamour de ce monde du cinéma français d’avant-guerre, qu’on a si peu vu représenté à l’écran, dans le climat rance de la montée des périls. Les fantômes qui s’expriment semblent annoncer la catastrophe qui vient, mais restent obstinément invisibles. C’est là toute l’intelligence de ce film qui est d’abord une réflexion sur les puissances d’illusion du cinéma, sur la dialectique de l’incarnation et de la sublimation qui est à son fondement. »

(I. Regnier, Le Monde)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 16 à 14h, 16h10, et 20h30, jeudi 17 à 14h, 18h15 et 20h30, vendredi 18 à 14h, 18h15 et 20h45, samedi  19 à 14h, 16h15 et 20h45, dimanche 20 à 14h, 17h50 et 20h30, lundi 21 à 14h, 16h20 et 20h45, mardi 22 à 14h et 20h45

Le Client

Écrit et réalisé par Asghar FARHADI
Iran 2016 2h05 VOSTF
avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi, Farid Sajjadihosseini...
Festival de Cannes 2016 : Prix du scénario et Prix d'interprétation masculine pour Shahab Hosseini

Mystères de la traduction : le titre persan « forushande » signifie « le vendeur » et le film sortira en France sous le titre « le client »… Pas essentiel sans doute, mais garder en tête le sens du mot persan permet de mieux comprendre les ponts que Farhadi jette entre son histoire et la pièce de théâtre que jouent ses protagonistes… Emad et Rana sont en effet comédiens et on entre dans leur intimité au moment où approche la première représentation de La Mort d'un commis voyageur, dans laquelle ils interprètent les rôles principaux du père et de la mère, largement quinquagénaires.
Dans la vie en vrai, ils sont bien plus jeunes, sans enfant, avec tout le temps devant eux pour se découvrir, construire un foyer. Un couple de la classe moyenne supérieure, deux êtres cultivés partageant les mêmes centres d'intérêt… Cela ne donnerait guère matière à une histoire s'il n'y avait un « mais », si chaque détail, loin d'être innocent, ne s'attachait à refléter le malaise social ambiant. Car la salve du réalisateur envers la société iranienne contemporaine est violente pour qui sait être attentif. Tout ce qui semble de prime abord anecdotique ne l'est pas du tout et se décline de manière toujours plus complexe au fil des avancées du récit.
D'abord ce premier appartement, dans un vieil immeuble ébranlé par les chantiers environnants, que le jeune couple doit quitter en catastrophe. Une fuite de gaz, des fissures inquiétantes, comme celles qui viennent vriller les fondements de la vie à Téhéran, sa pollution qui rend la vie irrespirable.

Puis ce nouvel appartement, qu'ils n'obtiennent que par copinage, dans lequel subsiste une pièce inaccessible, celle où l'ancienne locataire a laissé des effets personnels, des souvenirs dont on ne peut se débarrasser aisément. Comme si, en voulant fuir la décrépitude de leur passé, ils avaient hérités des impedimenta encombrants d'un autre. Prophétie d'un avenir qui ne tiendra pas ses promesses… Tout procède irrémédiablement vers une sorte d'instabilité générale, comme dans la pièce d'Arthur Miller. Ambiance tissée dans les non-dits, dans la peur du qu'en-dira-t-on et lestée par le poids des convenances, telle une oppressante toile d'araignée qui risque de se refermer inexorablement sur ses proies.
Quel est le premier silence coupable qui va amorcer le piège ? Celui du loueur qui tait le métier de la locataire précédente ? Celui de Rana, qui, lorsqu'elle se fait agresser sous la douche, ne va même pas porter plainte ? Celui d'Emad, qui s'enfonce dans une forme de mutisme héroïque et décide de venger son orgueil mal placé ? Celui de la troupe qui fait semblant de ne rien voir ? Il y a tant d'autres silences encore… Mais peut-être est-ce, dans le fond, un seul et même silence, celui d'une société tout entière, fuyante, oppressée par le poids des règles qui imposent un rôle aux hommes comme aux femmes, jusque dans leur intimité, et dont il faudra un jour ou l'autre s'émanciper. En attendant, chacun, solitaire, fait comme il peut et affronte ces carcans qui corsètent les âmes et font que jamais ne tombent les voiles qui occultent parfois des plaies profondes.

Après un petit détour par la France avec Le Passé, Asghar Faradhi revient à ses racines. Le Client, dans la belle et forte lignée d'À propos d'Elly ou Une séparation (disponibles en Vidéo en Poche), est un superbe apologue sur la nécessité vitale d'une plus grande liberté pour le peuple iranien, et d'abord pour les femmes…


Le Vox (Fréjus) : mercredi 16 à 15h20, 18h, 20h30, jeudi 17 à 15h40 et 18h15, vendredi 18 à 14h, 18h20 et 20h45, samedi 19 à 14h et 18h20, dimanche 20 à 14h et 20h , lundi 21 à 14h, 15h55 et 20h30, mardi 22 à ,16h, 18h20 et 20h45

Mal de Pierres
Réalisé par Nicole GARCIA
France 2016 1h56mn
avec Marion Cotillard, Alex Brendemühl, Louis Garrel, Brigitte Rouan, Victoire Du Bois...
Scénario de Nicole Garcia et Jacques Fieschi, librement adapté du roman de Milena Agus

Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole de Provence où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque, la fin des années 1950, où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. « Elle est malade. Ce sont les nerfs… » Gabrielle cause décidément bien des tracas à sa famille qui souhaite, avant toute chose, sauver les apparences. La jeune femme est rebelle, remplie d'une passion bouillante qui fait désordre. Pour sa mère, il n'y a que deux solutions possibles : la faire interner ou la caser avec le premier venu, l'homme fort qui saura l'éloigner, supporter son caractère, ses extravagances et son goût de la liberté. C'est José, un saisonnier agricole espagnol, qui sera l'élu. Lui a les nerfs solides et ça tombe bien, car ils vont être mis à rude épreuve. José avale les couleuvres contre une promotion sociale orchestrée par la famille. Ce couple n'en est pas un – « je ne coucherai pas avec vous, je ne vous aimerai jamais » – même si, souvent, il ne manque pas grand-chose pour que ces deux-là se rencontrent enfin. Mais Gabrielle a la tête ailleurs, elle ne peut se contenter d'un mariage arrangé. Ce sera le grand amour ou rien.

Nicole Garcia filme joliment son héroïne, Marion Cotillard, souvent captive (de sa famille, de son mari ou de l'établissement thermal qui la soigne pour des calcules rénaux, son « mal de pierres »), jouant avec subtilité de l'omniprésence de l'eau (celle du lac, apaisante et qui calme ses fièvres, celle brutale des jets puissants qui lui attaquent le dos et les hanches lors des séances de thalasso, ou encore la mer qui borde sa maison, ou le Rhône sur les rives duquel un amant s'est pendu…). Si la réalisation est classique, Nicole Garcia donne de la chair à ces histoires d'amours qui ne se connectent pas, à ces contretemps des passions. (P.Y. Grenu, Culturebox)

Ce film mélancolique et ardent repose sur Marion Cotillard. C'est la comédienne la plus douée, actuellement, pour provoquer l'émotion et susciter la connivence : qu’on se souvienne de Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Ou de The Immigrant, le plus méconnu des James Gray qui, dans une église, la filmait comme une Madone, comme Lillian Gish dans ses chefs d’œuvre muets… Excellente directrice d'acteurs, Nicole Garcia sublime sa sensibilité. Alors qu'elle freine celle de Louis Garrel, toujours prêt à en faire trop et qui devient, soudain, grâce à elle, impressionnant de retenue. Elle offre à Alex Brendemühl, peu connu en France, un magnifique rôle de mari consentant, parce que trop aimant. Le film est âpre et lumineux. Triste, aussi, comme peuvent l'être les vies à contre temps, comme en décrivait, jadis, Maupassant. (P. Murat, Télérama)


Le Vox (Fréjus) : samedi 19 à 15h55 et mardi 22 à 16h10
Salernes : mercredi 16 à 18h, jeudi 17 à 19h et samedi 19 à 21h

Moi, Daniel Blake
CÉZANNE ET MOIRéalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno


Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran.
Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur. Daniel Blake, Katie deviennent peu à peu comme des extensions de nous-même, de nos parts lumineuses, de nos destins brisés ou de nos déchirures. C'est beau à tomber, puis à se relever pour lutter.

« On a tous besoin d'un peu de vent dans le dos de temps en temps »… Petite phrase rayonnante qui scintille telle un clin d'œil bienveillant, un phare dans la nuit, celle de Katie. Car c'est bien la seule chose gentille qu'elle entende alors qu'elle arrive hagarde dans les bureaux du pôle emploi, éreintée d'avoir tant couru, de s'être perdue dans cette ville qui lui est étrangère. Elle est là, brune et fébrile, encore essoufflée, flanquée de ses deux mômes, avec pour toute fortune dix livres en poche. Face à elle se dresse l'accueil hermétique d'une administration devenue aveugle et sourde, prête à la laisser à la rue, sanction disproportionnée pour dix malheureuses minutes de retard. Entre ces murs gris et durs, tout n'est que résignation. Celle des usagers venus quémander de l'aide, celle des « conseillers » désemparés qui ne peuvent rien accorder et peut-être celle, plus sourdement violente, des collaborateurs du libéralisme qui semblent avoir refoulé toute forme de sentiments. Que d'impuissance face aux visages figés, aux gestes désabusés, plongés dans cet univers Kafkaïen qui nous questionne. Comment une institution « d'accompagnement » a-t-elle pu se transformer en ce purgatoire déshumanisé ? Alors, quand la voix chaleureuse de Daniel Blake s'élève pour venir à la rescousse de sa semblable, elle est comme une bouffée d'espoir, une petite fleur qui essaie de croître vaillamment en zone stérile. Elle porte en elle toute une philosophie de vie. Savoir que nul n'est à l'abri de trébucher un jour, qu'il n'y a aucune honte à cela, ni à attraper la main tendue, pas plus qu'il n'y a à s'enorgueillir d'être la main qui se tend. Le vent qui apporte la force d'avancer au voilier épuisé le fait sans prétention, tout simplement, parce que c'est dans sa nature. Comme il doit être dans celle des humains de s'entraider.

Tandis qu'il s'insurge ainsi, Daniel en oublie presque que sa condition n'est pas plus enviable que celle de cette inconnue qu'il défend. C'est qu'il a du mal à digérer ce qui lui arrive, lui qui fut toujours un battant. Toute une vie de dur labeur, sans cesser de cotiser, jusqu'à ce que son cœur lâche, dise stop. Quand l'administration s'obstine à le déclarer apte au travail, contre toute évidence médicale, il perd toute illusion sur ce qu'il qualifie de vaste plaisanterie. À quoi bon courir après des boulots inexistants ? Alors qu'il y a tellement mieux à faire dans la vie : par exemple redonner à Katie un peu d'amour propre, ne pas la laisser tomber, elle et sa marmaille…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 16 à 18h20, jeudi 17 et mardi 22 à 20h45, vendredi 18 à 16h10 et samedi 19 à 18h30, dimanche 20 à 18h25


Le Ciel Attendra
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par Marie-Castille MENTION-SCHAAR
France 2016 1h40mn
avec Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant, Naomi Amarger, Clotilde Courau, Zinedine Soualem, Yvan Attal… et Dounia Bouzar (dans son propre rôle)...

« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade… » À l'époque de Rimbaud, on pouvait s'embraser dans de candides envolées lyriques ! La jeunesse avait droit à l'insouciance, elle était l'âge de tous les possibles. On osait inventer un monde idéal, tissé de paix, se griser d'amour et d'amitié. Puis les tilleuls laissèrent la place à l'asphalte, la promenade au zapping ou au surf sur internet. Les babillages se transformèrent en tchat, les belles expressions en smileys. Qu'est ce qu'avoir dix-sept ans maintenant, alors que les adultes semblent avoir abdiqué leurs rêves ? Comment aborder sans frémir un avenir tout bouché, promis au chômage, aux compromis ? À dix-sept ans, on a eu le temps de comprendre que les pollueurs ne sont pas les payeurs. Que les puissants ne sentent pas la puanteur de leur argent. Qu'ils sont en outre sourds aux cris des peuples affamés, aveugles face aux enfants qui meurent aux portes de la Méditerranée. Avoir dix-sept ans dans nos sociétés malades, au consumérisme hypertrophié, c'est avoir envie de fuir ou d'enfouir sa tête dans le sable pour ne plus voir à son tour. Mais c'est aussi le temps de la révolte, celui où l'on se met en quête de ses semblables, ceux qui veulent faire la peau au capitalisme. Si autour de soi, on ne voit pas d'alternative, on s'en va fouiller dans les réseaux sociaux où l'on découvre des sites aux titres séduisants : « Et si on changeait le monde ? ». De quoi épancher sa soif d'idéaux.

C'est ainsi que Mélanie, rousse jeune fille un brin timide, rencontre un garçon charmant, presque un prince sorti des Mille et une nuits. Elle se montre curieuse puis de plus en plus subjuguée par cet être qui parait si bien la comprendre. Elle boit avidement ses paroles, se gorge de chaque compliment qu'il lui fait. La voilà qui vibre, s'émancipe, se sent valorisée. Il est désormais essentiel à sa vie sans qu'ils se soient jamais croisés… C'est comme une toile d'araignée virtuelle, méticuleusement tissée au fil des sentiments de Mélanie et dont il sera difficile de s'extraire. C'est également ainsi que Sonia, la jolie brunette, rentrera dans un cercle de filles qui seront comme autant d'âmes-sœurs, de confidentes. En leur compagnie elle se sentira rassurée, heureuse d'être écoutée, comprise. De points communs en idées communes, elles donneront un nouveau sens à leur vie, convaincues d'avoir trouvé une voie pour purifier le monde. Sonia sera galvanisée par ce groupe qui la rend plus forte, courageuse.
Mélanie, Sonia… Deux jeunes filles intelligentes, brillantes, choyées, dorlotées, élevées dans des milieux cultivés, juste cueillies à un moment charnière de leur vie. Elles pourraient être vous, elles pourraient être moi, nos sœurs, nos cousines, nos filles… Pourtant le film commence par l'intrusion violente des forces de l'ordre dans le pavillon coquet où vit Sonia. Perquisition, arrestation de la jouvencelle qui s'est laissée embrigadée par Daesh sans que son entourage s'en doute. Ces mères et ces pères qui s'effondrent, qui ont fait de leur mieux et culpabilisent de n'avoir rien vu venir, ça aurait pu être nous, vous, nos parents, nos amis…

Forcément, dans le climat actuel, quand on nous a proposé un film sur la « radicalisation », on a chaussé notre regard le plus critique. On guettait le détail démagogue, l'explication toute faite, le faux pas : il n'y en a pas ! Marie-Castille Mention-Schaar déconstruit les raccourcis faciles, stigmatisants, qui ne servent que la carrière de ceux qui les professent. Et en plus elle nous tient en haleine, comme dans un thriller psychologique très bien renseigné (elle a passé des mois à étudier, rencontrer notamment des ados en voie de déradicalisation). Excellent outil pour décortiquer les processus d'embrigadement, comprendre combien il est facile de se laisser aspirer par des mécaniques psychologiques si bien huilées. Puis combien, par la suite, il est difficile, mais pas impossible, d'en réchapper. Long processus décrit avec tact dans lequel Dounia Bouzar accompagne des jeunes et leurs parents tous les jours, dans la vie en vrai comme à l'écran. Quant aux acteurs professionnels, ils se sont investis à tel point qu'ils nous font oublier qu'ils interprètent des rôles. C'est plein de tact, passionnant, efficace.

Le Vox (Fréjus) : lundi 21 à 18h30

Réparer les vivants
Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal

Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner.
Cela commence par un accident bête. Mais quel accident ne l'est pas ? De Simon on connait juste l'essentiel : il est aimé, il aime la vie, il est jeune et blond comme un ange. On sait aussi qu'il pousse le romanesque jusqu'à sortir de la piaule de sa petite amie par la fenêtre, tel un Roméo ayant volé quelques baisers. C'est le petit matin et il file rejoindre ses copains. Surfeurs unis comme des mousquetaires venus flirter avec des sensations exaltantes dans la fulgurance des éléments, peut-être pour mettre à l'épreuve cet élan vital qui bouillonne en eux. Puis c'est rassasiés d'émotions fortes, et heureux, qu'ils s'en retournent aborder les moments plus classiques de leur existence. L'ambiance dans la camionnette est apaisée, la musique les berce doucement, un peu trop… Jusqu'à s'endormir au volant…

On ne s'attardera pas sur le destin brisé de Simon, on n'exploitera pas les larmes légitimes qui pourraient en découler. Nul besoin de s'appesantir sur la tristesse de la famille. C'est au contraire l'énergie de vie qui va primer par delà la mort. On est dans le concret, le désir de réparer les vivants qui s'entend autant pour les patients que pour les soignants et pour les proches. Il va falloir d'abord aider les parents à comprendre la situation, essayer de leur dire avec délicatesse que Simon ne sera plus, mais que grâce à ses organes, des vies pourraient être améliorées ou sauvées, des vies d'inconnus qui le resteront à tout jamais… C'est toute une chaîne solidaire, bienveillante, qui se met en route pour accompagner chacun dans son cheminement et dont on va suivre un à un les maillons. De la simple infirmière au grand professeur, en passant par le plus humble brancardier, tous sont importants, quelque soit leur rôle. À l'instant même où ils apparaissent à l'écran, on s'y attache spontanément puis on accepte de les laisser disparaître sans nostalgie. Simples et irremplaçables vaguelettes d'une grande marée humaine, qui viennent miroiter dans la lumière, qu'on admire quelques instants avant qu'elles ne retournent se fondre dans l'anonymat d'une matrice universelle. Ce sont autant de petites mains admirables toujours prêtes à soigner, à perpétuer la vie, qui font preuve d'une humanité tout simplement intimidante.

Il fallait du talent, une équipe investie pour parvenir à ce sentiment de symbiose hors du temps, à cette forme de concentration et de calme dans l'urgence. C'est un film pour les âmes sensibles, sans une once de pathos gluant qui vienne dégouliner dans les interstices d'une scène. Nulle séquence choquante ou sanguinolente, aucun effet spectaculaire. Certes rien n'est tu ou caché, mais tout est distancié, feutré. On y parle bien sûr du don d'organe, mais plus encore du don de soi. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : jeudi 17, vendredi 18 et dimanche 20 à 16h10 et lundi 21 à 18h20

Ma vie de Courgette
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgRéalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette.
Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy.
Pour les enfants à partir de 7 ans


Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante.

De passages tragiques en moments rigolos ou poétiques, on pénètre dans le monde écartelé des enfants qui ont morflé. De ceux que la société essaie de préserver et tente de réparer en les éloignant de leurs proches qui ne les ont parfois pas épargnés. Mais commençons par le commencement… Ce jour-là est un jour comme un autre dans la vie de Courgette. Du moins il commence comme beaucoup d'autres. Dans sa chambre sous les combles, il dessine sur les murs, invente des histoires, des super héros qui le font s'évader. Avec deux bouts de papier, quelques crayons, il se crée tout un monde. Dans le salon au dessous, sa mère, lovée dans un fauteuil devant un soap opéra à la télé, éructe et rumine : « Tous des menteurs… ». Aigreur et vécu qu'elle cuve dans sa bière. Le sol est jonché de cannettes que Courgette vient récupérer histoire de construire des châteaux. Faute de sable ?
Pourquoi la marâtre sort-elle de sa torpeur ? Qu'importe… On comprend que ce n'est pas la première fois qu'elle se met dans une rage folle contre son rejeton. Mais cette fois-là, sans penser à mal et pour se protéger, Courgette rabat la trappe de sa chambre sur la tête de sa daronne qui dégringole dans le raide escalier… Après une audition au commissariat, Courgette va atterrir dans un foyer d'accueil, loin de ce qu'il a toujours connu… Mais tout n'est pas si sombre. D'abord, le flic qui l'interroge est un vrai gentil. Il s'appelle Raymond et la loi de la gravitation universelle a décidé que son crâne était fait pour recevoir les bombes à eau des mômes qui adorent le taquiner. Et puis le foyer qui accueille l'orphelin est une unité à taille humaine.

Les autres gosses ne sont pas forcément tendres, principalement Simon, qui se prend pour un caïd avec sa banane de rockeur rouquin. Pour lui tout nouvel arrivant est un potentiel bouc émissaire qu'on peut discrètement martyriser. Mais tout n'est pas si simple et derrière les fanfaronnades se cachent des êtres déjà bien égratignés. Tous comme des lions coincés derrière les barreaux de souvenirs qui font des ravages et donnent envie de défoncer les murs ou de se battre. Contre qui, contre quoi ? Peut-être tout simplement pour survivre. Le pari éducatif devient alors de transformer cette force dévastatrice en envie de vivre, en joie retrouvée. Et heureusement on la sent tapie dans l'ombre, prête à bondir comme un nouveau départ. Elle explose dans les moments de jeux, de jovialité… Surtout à l'arrivée de la petite dernière : Camille. Avec sa voix de flûte alto cassée, ses grands yeux bleus et son sens de la répartie bien aiguisé, elle peut mettre tout le monde en boîte, même ce gros dur de Simon !

Le Vox (Fréjus) : mercredi 16 et dimanche 20 à 14h, jeudi 17 à 20h
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