Au(x) cinéma(s) du 16 au 22 septembre

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Bonjour à tous,

Cette semaine, 3 événements à ne pas manquer :
 - Dimanche 20 septembre à 19h dans la salle Lily Pons du théâtre de Draguignan, les Journées du Patrimoine et Entretoiles vous proposent de voir Les Fils de l'homme (entrée gratuite), un film de science fiction, rageur et saisissant...
- Jeudi 17 septembre à 18h30 au Pôle Culturel Chabran, la 1ère d'une série de conférences sur l'histoire du cinéma, la mise en scène, tout cela accompagné de nombreuses séquences de films. Entrée libre.
- Ce même Jeudi 17 septembre à 18h30, l'association Utopia vous propose un ciné-débat autour du film de Yann Arthus Bertrand, Human à CGR Chabran. Entrée 4€50.
Et à part ça, 3 nouveautés cette semaine : Fou d'amour dont le mauvais titre ne doit pas vous rebuter pour voir ce très bon film, La Peur, un film de guerre, mais un film qui "restera dans nos mémoires et dans les annales", et Les Opportunistes, à l'esprit acide et cruel du drame social italien...

Quant à la CAD, elle ne nous répond toujours pas sur nos demandes de salles : va t-il falloir s'installer dans leurs bureaux jusqu'à avoir une réponse ?
Allez ! Bonne semaine de cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 16 AU 22 SEPTEMBRE 2015

 

Les Fils de l'homme
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Les Fils de l'homme
Écrit et réalisé par Alfonso Cuarón
USA 2006 1h50mn VOSTF
avec Clive Owen , Maria McErlane , Tehmina Sunny...
Londres, 2027. Alfonso Cuarón, réalisateur éclectique (Gravity, Y tu mamá también, Harry Potter 3...) donne d'emblée le ton de son récit d'anticipation. Ici, pas de voitures volantes ni de buildings démesurés. Le frissonnant futur qu'il imagine ne fait que maquiller notre présent. Même décor à peine trafiqué, mêmes codes vestimentaires et architecturaux... Mais davantage de gris, de crasse, et surtout de violence et de désespoir. Seule l'Angleterre résiste au chaos mondial, guerres civiles, épuisement des ressources, etc. Mais cette « protection » a un prix, celui d'une effroyable dictature policière. Comme tous les héros de ce genre d'histoires, Theo (Clive Owen, touchant) est fatigué. Ex-militant, il a renoncé à ses convictions humanistes, et vivote au jour le jour comme bureaucrate. Evidemment, les événements le forcent à reprendre la lutte. Julian (Julianne Moore, superbe), son ancienne amante, chef d'une organisation clandestine, lui demande d'escorter une mystérieuse jeune fille, Kee, à travers le pays... lire la suite
Théâtre de Draguignan - Salle Lily Pons - Dimanche 20 septembre 19h Entrée libre
La Peur
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La Peur
Écrit et réalisé par Damien ODOUL
France 2015 1h33mn
avec Nino Rocher, Pierre Martial Gaillard, Théo Chazal, Eliott Margueron...
D'après le roman autobiographique de Gabriel Chevallier, Prix Jean Vigo 2015
La Peur est sans aucun doute un des films les plus saisissants, les plus organiques qu'on ait pu voir sur l'horreur de la Première Guerre Mondiale. Un film viscéral qui restera dans nos mémoires et dans les annales. On va suivre quatre ans de guerre dans les pas, dans le corps, dans les yeux de Gabriel, jeune paysan engagé. Et aussi à travers les lettres qu'il écrit à sa bien aimée. La scène d'ouverture, magnifique et terrible, se déroule dans un petit café de campagne et montre l'exaltation sauvage de ceux qui fêtent la déclaration de guerre, qui célèbrent le courage indomptable de la patrie, qui crient déjà victoire avant même que les combats soient engagés. Tout le monde boit, rigole, pavoise comme si la campagne allait être une partie de plaisir. Jaurès vient de se faire assassiner et avec lui les derniers appels à la paix ont été remisés aux oubliettes… Mais, attablé au milieu de la salle, un homme refuse de se lever et de participer à l'allégresse générale, il sait bien, lui, quelle boucherie s'annonce. L'homme est bousculé, traité de traître, voire d'espion des Boches et, dans une catharsis barbare, il est à deux doigts d'être lynché... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 11h15, jeudi, samedi et mardi 18h, vendredi 16h15, dimanche 20h et lundi 13h30
Fou d'amour
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Fou d'amour
Écrit et réalisé par Philippe RAMOS
France 2015 1h45mn
avec Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel, Lise Lametrie, Jacques Bonnafé, Jean-François Stévenin...
Le 22 Décembre 1959, un homme est emmené à la guillotine et exécuté sur le champ. C'est sa tête tranchée qui va nous raconter le pourquoi et le comment de cette fin tragique. Mais que les âmes sensibles se rassurent, il n'y a absolument rien de gore ici. Juste un procédé qui va permettre que se mette en place une narration à la première personne dans une langue élégante sans être pédante, rappelant par moments celle des meilleurs auteurs de romans libertins du xviiie siècle. Nous priant de convenir avec lui qu'il y a quelque chose de fort désobligeant à se voir brutalement séparé d'une partie de soi-même, ce narrateur peu ordinaire va s'employer à nous convaincre, si ce n'est de son innocence, du moins de sa culpabilité minimale... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : Dimanche, samedi et mercredi à 16h05, 18h15 et 20h45 - jeudi, vendredi, lundi et mardi : 15 h, 18h15 et 20h45
Human
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Human
Réalisé par Yann ARTHUS-BERTRAND
Documentaire France 2015 3h11mn
À travers les témoignages remplis d’amour, de bonheur, mais aussi d’inégalités, de haine et de violence, HUMAN nous confronte à l’Autre et nous renvoie à notre propre vie. De la plus petite histoire du quotidien, jusqu’aux récits de vie les plus incroyables, ces rencontres poignantes et d’une sincérité rare, mettent en lumière ce que nous sommes, notre part la plus sombre mais aussi ce que nous avons de plus beau et de plus universel. La Terre, notre Terre, sublimée au travers d’images aériennes inédites, témoignent de la beauté du monde et nous offrent des instants de respiration et d’introspection.
Yann Arthus-Bertrand a aussi voulu associer les collectivités locales à la sortie mondiale de son dernier-né, en signant un partenariat avec l'Association des maires de France  Ensemble, l’engagement et la générosité".

CGR (Draguignan) : jeudi 19h45 (ciné débat à 18h30)
Le Vox (Fréjus) : samedi 17h30
Dheepan
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Dheepan
Réalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015
Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.
Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés.
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CGR (Draguignan) : mercredi 11h10, 14h, 20h30 - jeudi 18h15 - vendredi 15h et 20h30 - samedi 16h et 20h30 - dimanche 14h et 18h15 - lundi 20h30 - mardi 15h et 18h15
La Isla mínima
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La Isla mínima
Réalisé par Alberto RODRIGUEZ
Espagne 2015 1h44mn VOSTF
avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre, Nerea Barros...
10 Goya 2015 (équivalent espagnol des César) dont Meilleur Film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur Acteur • Prix Spécial Police et Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Beaune 2015
Le générique donne d'emblée le ton : des images aériennes à couper le souffle, aussi belles qu'irréelles, des méandres du delta du fleuve Guadalquivir en Andalousie, lacis d'eau labyrinthique au cœur d'une nature moite et désolée qu'on pourrait tout à fait croire être celle du bayou en Louisiane. La comparaison n'est pas anodine, La isla mínima s'inscrit en effet comme le pendant espagnol des meilleurs polars américains – on pense aussi à des séries, True detective tout particulièrement – , de ceux qui nous plongent dans des contrées reculées, isolées et inquiétantes, où la recherche d'un coupable est bien souvent un prétexte à la description des us et coutumes, souvent peu avenants, des communautés qui y (sur)vivent. Et l'Andalousie rurale respecte à la lettre le cahier des charges : à l'aridité poisseuse de la nature et des conditions de vie répondent les visages durs et fermés des habitants, qui préfèrent se murer dans un silence hostile plutôt que de livrer leurs secrets aux policiers venus fureter dans leur patelin boueux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 15h50 et 20h45, jeudi 18h15 et 20h45, vendredi 17h45, samedi 21h05, dimanche 15h50 et 20h45, mardi 20h45
La Nina de Fuego
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La Niña de Fuego
Écrit et réalisé par Carlos VERMUT
Espagne 2014 2h07mn VOSTF
avec José Sacristán, Bárbara Lennie, Luis Bermejo, Israel Elejalde, Lucia Pollan...
Concha de Oro (Meilleur film) et Concha de Plata (Meilleur réalisateur) au Festival de San Sebastián 2014 • Goya (équivalent espagnol des César) de la meilleure actrice pour Bárbara Lennie
Luis est un professeur au chômage prêt à tout pour donner un peu de bonheur à sa fille atteinte d'une leucémie incurable. Damián fut professeur aussi, mais il s'apprête aujourd'hui à sortir de prison, avouant à ses geôliers sa peur, une fois dehors, de recroiser la route de Bárbara. Bárbara justement est une jeune femme instable et mystérieuse, que son mari psychiatre essaie tant bien que mal de contrôler. Entre ces trois personnages va se mettre en place un jeu malsain fait de chantages, de mensonges et de tromperies, un jeu bien trop dangereux et qui risque fort d'aller beaucoup trop loin... lire la suite
Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) : dimanche 18h
Floride
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Floride
Réalisé par Philippe LE GUAY
France 2015 1h50mn
avec Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain, Laurent Lucas, Anamaria Marinca, Clément Métayer, Coline Beal, Edith Le Merdy, Christèle Tual...
La Floride : ses palmiers, ses flamands roses, son fameux jus d’orange et ses retraités venus trouver le soleil pour l’éternité. Quand il ferme les yeux, pas encore pour toujours – plutôt crever ! – c’est à la Floride qu’il pense, Claude. A sa douceur, à sa chaleur, et surtout à sa fille qui est partie vivre là-bas et qu’il rêve de retrouver. Mais en attendant de s’envoler, de prendre ses clics, ses clacs et ses baskets fluos à scratch (comme les enfants, parce que les lacets, c’est plus de son âge), c’est près du lac d’Annecy qu’il tue le temps. Son temps, étrange paradoxe de la vie quand elle arrive à son dernier acte, est à la fois compté et s’écoule très lentement, grain après grain, matin après matin, jus d’orange made in Florida après jus d’orange made in Florida, le seul bien entendu qui trouve grâce à ses goûts de vieux Monsieur. Claude est vivant et s’il oublie parfois la date, les comprimés, il n’oublie pas ça : que le jour se lève encore pour lui.
Il n’a plus d’épouse, il n’a plus de boulot depuis un bout de temps, il n’a pas vraiment d’amis, alors qu’est ce qui lui reste pour se sentir vivant ?.
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Le Vox (Fréjus) : vendredi et mardi 15h
Les opportunistes
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Les Opportunistes
Réalisé par Paolo VIRZI
Italie 2014 1h49mn VOSTF
avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino, Fabrizio Gifuni, Luigi Lo Cascio, Giovanni Anzaldo, Matilde Gioli, Guglielmo Pinelli...
7 Donatello dont meilleur film et meilleure actrice • Prix de la Meilleure Actrice, Tribeca Film Festival de New York
Réjouissons nous : des années de destruction consciencieuse de la culture (les salles de cinémas Art et Essai notamment sont devenues rarissimes, même dans les plus grandes villes) et d’éloge assumé du populisme et de la démagogie dans la période Berlusconi n’auront pas réussi à tuer l’esprit acide et souvent cruel du drame social italien, celui qui brilla tout particulièrement dans les années 60. Malgré les coupes budgétaires drastiques, l’esprit de Ettore Scola ou de Dino Risi continue de souffler à en juger par ce thriller offensif sur fond de capitalisme outrancier et de faillite morale. Tout part d’un fait divers au demeurant banal : une veille de Noël en Lombardie, aux abords du lac de Côme, dans cette région au pied des Alpes aussi belle que glaçante, où la splendeur des paysages se conjugue avec la noirceur de ce qui s’y trame, un malheureux serveur est renversé par un gros 4x4 noir qui prend la fuite. Se dessine tout de suite, derrière la tragédie, le jeu cynique des classes sociales qui s’opposent : un modeste du serveur face à une famille extrêmement riche de la nouvelle bourgeoisie financière italienne, dont la fortune gigantesque tient à quelques algorythmes ou investissements à risque... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : dimanche 18h et lundi 18h, 20h45


Et si vous voulez en savoir un peu plus...


Les Fils de l'homme
Les fils de l'homme 1Écrit et réalisé par Alfonso Cuarón
USA 2006 1h50mn VOSTF
avec Clive Owen , Maria McErlane , Tehmina Sunny...

Londres, 2027. Alfonso Cuarón, réalisateur éclectique (Gravity, Y tu mamá también, Harry Potter 3...) donne d'emblée le ton de son récit d'anticipation. Ici, pas de voitures volantes ni de buildings démesurés. Le frissonnant futur qu'il imagine ne fait que maquiller notre présent. Même décor à peine trafiqué, mêmes codes vestimentaires et architecturaux... Mais davantage de gris, de crasse, et surtout de violence et de désespoir. Seule l'Angleterre résiste au chaos mondial, guerres civiles, épuisement des ressources, etc. Mais cette « protection » a un prix, celui d'une effroyable dictature policière. Comme tous les héros de ce genre d'histoires, Theo (Clive Owen, touchant) est fatigué. Ex-militant, il a renoncé à ses convictions humanistes, et vivote au jour le jour comme bureaucrate. Evidemment, les événements le forcent à reprendre la lutte. Julian (Julianne Moore, superbe), son ancienne amante, chef d'une organisation clandestine, lui demande d'escorter une mystérieuse jeune fille, Kee, à travers le pays... Si la trame est classique, le propos l'est moins : dans cet univers, il n'y a plus aucun enfant. L'humanité est devenue stérile, au sens propre. Dans ce contexte dépressif (où l'on vend des « kits » de suicide), Kee représente le seul espoir. Elle est miraculeusement enceinte. Protégée par Theo, elle suscite toutes les convoitises. Et il ne s'agit pas de n'importe quelle femme : Kee est une réfugiée, donc une moins que rien, dans ce pays qui harcèle et rejette de manière abjecte tous ceux qui viennent y chercher une vie meilleure. A sa manière antispectaculaire, tourné avec une brutalité quasi documentaire, le film est un miroir à peine déformant de l'Occident. Cuarón développe un discours rageur et saisissant contre les politiques actuelles de lutte contre l'immigration. C'est pourtant, nous dit-il, parmi ces hommes et ces femmes niés, pourchassés, expulsés, que se trouve le ferment de l'avenir. Les Fils de l'homme, ou le film d'anticipation que notre époque mérite. (Cécile Mury, Télérama)

Théâtre de Draguignan - Salle Lily Pons - Dimanche 20 septembre 19h Entrée libre


La Peur
LA PEURÉcrit et réalisé par Damien ODOUL
France 2015 1h33mn
avec Nino Rocher, Pierre Martial Gaillard, Théo Chazal, Eliott Margueron...
D'après le roman autobiographique de Gabriel Chevallier, Prix Jean Vigo 2015

« Des poux, des rats, des barbelés, des puces, des grenades, des bombes, des cavernes, des cadavres, du sang, de l'eau-de-vie, des souris, des chats, des gaz, des canons, de la crotte, du feu, de l'acier, voilà ce que c'est la guerre. Tout ça est une œuvre du diable ! » Otto Dix dans son journal de guerre

La Peur est sans aucun doute un des films les plus saisissants, les plus organiques qu'on ait pu voir sur l'horreur de la Première Guerre Mondiale. Un film viscéral qui restera dans nos mémoires et dans les annales. On va suivre quatre ans de guerre dans les pas, dans le corps, dans les yeux de Gabriel, jeune paysan engagé. Et aussi à travers les lettres qu'il écrit à sa bien aimée. La scène d'ouverture, magnifique et terrible, se déroule dans un petit café de campagne et montre l'exaltation sauvage de ceux qui fêtent la déclaration de guerre, qui célèbrent le courage indomptable de la patrie, qui crient déjà victoire avant même que les combats soient engagés. Tout le monde – uniquement des hommes, évidemment – boit, rigole, pavoise comme si la campagne allait être une partie de plaisir. On chante La Marseillaise comme si cette guerre était la fille de celle que menèrent les révolutionnaires de 1793 contre les royaumes coalisés. Jaurès vient de se faire assassiner et avec lui les derniers appels à la paix ont été remisés aux oubliettes… Mais, attablé au milieu de la salle, un homme refuse de se lever et de participer à l'allégresse générale, il sait bien, lui, quelle boucherie s'annonce. L'homme est bousculé, traité de traître, voire d'espion des Boches et, dans une catharsis barbare, il est à deux doigts d'être lynché. La séquence entière est tournée au ralenti, tout ce patriotisme gueulard n'en est que plus dérisoire et terrifiant…

Les ferments meurtriers du nationalisme sont posés. Les hommes vont partir guillerets, uniforme chatoyant qui fera une parfaite cible pour les fantassins allemands (ce n'est qu'en 1915 qu'ils adopteront le bleu horizon plus discret). Puis viendra la peur. Toute la sarabande des horreurs. Les mutilations atroces causées par des combats qui se mènent avec les moyens les plus terribles – lance-flammes, gaz qui brûlent à jamais les poumons. Les blessures mal soignées dans des hôpitaux de campagne en manque de tout, souvent même d'anesthésiant. Les privations, la nourriture infecte accompagnée de mauvaise gnôle qui dévore le ventre. La folie qui s'installe, poussant certains hommes à l'auto-mutilation (scène terrible ou un soldat demande à l'autre de lui balancer une grenade alors qu'il est à peine protégé par un couvercle de poubelle).

A l'égal d'un Tardi qui a su raconter en bande dessinée la guerre absurde emportant ces gens simples dont certains ne parlaient encore que leur patois et comprenaient à peine les ordres, Damien Odoul rend un hommage formidable à cette génération fauchée. La mise en scène est minimaliste, distanciée, évite tout effet de rétro, mais plusieurs séquences sont particulièrement impressionnantes – ces champs de chevaux éventrés, ces ciels illuminés par les éclairs de shrapnels – d'une beauté irréelle qui évoque les tableaux dantesque de Otto Dix ou même ceux de Goya. Damien Odoul retranscrit formidablement ce monde qui bascule dans la désillusion et le plus jamais ça. Au fur et à mesure que le film avance, les couleurs s'estompent, les gris s'installent. Ce sont les visages même des acteurs – pour la plupart non professionnels – qui se ferment, ce sont leurs traits qui s'estompent, ce sont leurs yeux qui se vident, traduisant la dévastation de quatre ans d'une guerre qui fut tout sauf grande.


CGR (Draguignan) : mercredi 11h15, jeudi, samedi et mardi 18h, vendredi 16h15, dimanche 20h et lundi 13h30


Fou d'amour
FOU D’AMOURÉcrit et réalisé par Philippe RAMOS
France 2015 1h45mn
avec Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel, Lise Lametrie, Jacques Bonnafé, Jean-François Stévenin...

Philippe Ramos est un réalisateur rare et précieux. Rare, ce ne sera contesté par personne, quatre films en treize ans. Précieux, ce ne sera pas contesté par celles et ceux qui ont vu tout ou partie de ses films. Ainsi Capitaine Achab est encore dans toutes les mémoires utopiennes. Quatre films très différents par leurs sujets respectifs, proches par la qualité de leur réalisation, par la beauté de leurs plans, grâce au talent d'un artiste et artisan à la fois scénariste, réalisateur, cadreur, accessoiriste, décorateur, monteur et que sais-je encore.
Le 22 Décembre 1959, un homme est emmené à la guillotine et exécuté sur le champ. C'est sa tête tranchée qui va nous raconter le pourquoi et le comment de cette fin tragique. Mais que les âmes sensibles se rassurent, il n'y a absolument rien de gore ici. Juste un procédé qui va permettre que se mette en place une narration à la première personne dans une langue élégante sans être pédante, rappelant par moments celle des meilleurs auteurs de romans libertins du xviiie siècle. Nous priant de convenir avec lui qu'il y a quelque chose de fort désobligeant à se voir brutalement séparé d'une partie de soi-même, ce narrateur peu ordinaire va s'employer à nous convaincre, si ce n'est de son innocence, du moins de sa culpabilité minimale.

Puni par l'évêché en raison, nous le devinons vite, de sérieuses négligences dans l'observance de son vœu de chasteté, le héros de cette histoire, un curé trentenaire, arrive dans sa nouvelle paroisse qui, loin d'être le désert souhaité par sa hiérarchie, se révèle très vite à ses yeux une « divine et charnelle cité terrestre ». En effet, au milieu de paysages bucoliques de toute beauté, ce séducteur comprend immédiatement, grâce à la position stratégique que lui confère son rôle de confesseur, que le quotidien de ses paroissiennes est triste à mourir et qu'il n'aura aucun mal à cueillir les fruits délicieux que le Seigneur, dans son infinie bonté, a déposés sur son chemin. La visite du grand vicaire et du curé voisin – scène truculente avec Jacques Bonaffé et Jean-François Stévenin – ne ralentira en rien la marche victorieuse de ce conquérant des cœurs et des corps. Cela commencera par Armance, la châtelaine - Dominique Blanc parfaite - puis viendront Solange, la cousine de la première, Désirée, la laitière aux appâts qui ne sont pas sans lien avec sa profession et enfin Odette, pauvre parmi les pauvres, dont le corps révélera des trésors inestimables.
Mais ces « très riches heures », comme il les qualifie lui-même, n'hésitant pas ainsi à comparer sa vie de grand pécheur à cet ouvrage médiéval, Les Très Riches Heures du duc de Berry, contenant la base de la pratique de la religion chrétienne, pouvaient-elles se prolonger indéfiniment ? L'arrivée de Rose, « petit oiseau aveugle », viendra en tout cas rappeler à cet égaré que le paradis n'est pas de ce monde.

Des images somptueuses – que ce soient des paysages ou des intérieurs – qui nous autorisent à parler de véritables tableaux. Des acteurs parfaitement justes avec, en plus des trois déjà cités, Melvil Poupaud entièrement convaincant dans ce personnage de curé hédoniste et égoïste et Diane Rouxel lumineuse en aveugle à la beauté simple qui aimante tous les regards. Un texte enfin dont les qualités littéraires justifient la conduite du récit par une voix off. Si l'on ajoute un humour constamment présent, voici de nombreuses raisons de ne pas manquer ce film, dont le seul véritable défaut est le titre.


Le Vox (Fréjus) : Dimanche, samedi et mercredi à 16h05, 18h15 et 20h45 - jeudi, vendredi, lundi et mardi : 15 h, 18h15 et 20h45


Dheepan

 

 

DHEEPANRéalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015


Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.

Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Images amèrement banales d'une zone surpeuplée, de tentes miséreuses, d'un provisoire qui semble durer éternellement. On présume que beaucoup sont prêts à tout pour se tirer de là, on le serait soi-même. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés : voilà un équipage de fortune constitué par pur intérêt, une triple alliance frustrante où chacun s'efforce de jouer le jeu, faisant taire ses états d'âmes, ses peurs, ses colères. Celles de Dheepan sont féroces, façonnées par des années d'engagement en tant que tigre de la libération. L'ancien militaire n'a que mépris envers sa nouvelle compagne tamoule, restée en retrait au lieu de s'engager dans la lutte armée et qui rêve benoîtement d'Angleterre, comme si ce pays était la panacée. Quant à la gamine, rebaptisée Ilayaal, elle semble être la seule à oser réclamer un peu d'une tendresse devenue subsidiaire pour ses faux parents écorchés par la vie.

Inutile de vous décrire l'embarquement sur un boat people dégoulinant de passagers agglutinés : Audiard procède par touches, par flashs laissant son auditoire compléter la chanson. Ainsi en est-il de l'arrivée à Paris. Premiers boulots clandestins en tant que vendeurs à la sauvette. Images avilissantes de ces anciens guerriers coiffés de ridicules antennes clignotantes qu'ils cherchent à fourguer à des passants indifférents. Les gendarmes… Les foyers…
Mais parfois le destin leur sourit, leur procurant des soutiens inattendus, celui d'un interprète qui, loin de faire du mot à mot, les conseille, leur réinvente un parcours susceptible d'émouvoir le fonctionnaire qui instruit leur dossier, d'infléchir le bras d'une administration encline aux reconduites à la frontière. C'est la régularisation. Voilà Dheepan et sa famille embauchés comme gardiens dans une cité HLM… Il essaie de se refaire une virginité, affichant une attitude servile sous le regard des petits caïds du quartier… Mais ça ne va pas durer !

L'essentiel du film réside dans la complexité des personnages, dans leur rapport à autrui, leur évolution comme autant de petites révolutions intérieures. Chaque acteur joue tout en retenue, c'est criant de vérité. On peine à imaginer que pour la plupart c'est une première apparition à l'écran. Il y a d'ailleurs une résonance autobiographique pour Jesuthasan Antonythasan qui interprète Dheepan et dont le parcours d'enfant soldat a servi de matière à ses romans.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 11h10, 14h, 20h30 - jeudi 18h15 - vendredi 15h et 20h30 - samedi 16h et 20h30 - dimanche 14h et 18h15 - lundi 20h30 - mardi 15h et 18h15


HUMAN
HUMANRéalisé par Yann ARTHUS-BERTRAND
Documentaire France 2015 3h11mn

À travers les témoignages remplis d’amour, de bonheur, mais aussi d’inégalités, de haine et de violence, HUMAN nous confronte à l’Autre et nous renvoie à notre propre vie. De la plus petite histoire du quotidien, jusqu’aux récits de vie les plus incroyables, ces rencontres poignantes et d’une sincérité rare, mettent en lumière ce que nous sommes, notre part la plus sombre mais aussi ce que nous avons de plus beau et de plus universel. La Terre, notre Terre, sublimée au travers d’images aériennes inédites, témoignent de la beauté du monde et nous offrent des instants de respiration et d’introspection.

 Yann Arthus-Bertrand a aussi voulu associer les collectivités locales à la sortie mondiale de son dernier-né, en signant un partenariat avec l'Association des maires de France  Ensemble, l’engagement et la générosité".


CGR (Draguignan) :jeudi 19h45 (ciné débat à 18h30)
Le Vox (Fréjus) samedi 17h30



La Isla mínima
LA ISLA MÍNIMARéalisé par Alberto Rodriguez
Espagne 2015 1h44mn VOSTF
avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre, Nerea Barros...
10 Goya 2015 (équivalent espagnol des César) dont Meilleur Film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur Acteur • Prix Spécial Police et Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Beaune 2015

Le générique donne d'emblée le ton : des images aériennes à couper le souffle, aussi belles qu'irréelles, des méandres du delta du fleuve Guadalquivir en Andalousie, lacis d'eau labyrinthique au cœur d'une nature moite et désolée qu'on pourrait tout à fait croire être celle du bayou en Louisiane. La comparaison n'est pas anodine, La isla mínima s'inscrit en effet comme le pendant espagnol des meilleurs polars américains – on pense aussi à des séries, True detective tout particulièrement – , de ceux qui nous plongent dans des contrées reculées, isolées et inquiétantes, où la recherche d'un coupable est bien souvent un prétexte à la description des us et coutumes, souvent peu avenants, des communautés qui y (sur)vivent. Et l'Andalousie rurale respecte à la lettre le cahier des charges : à l'aridité poisseuse de la nature et des conditions de vie répondent les visages durs et fermés des habitants, qui préfèrent se murer dans un silence hostile plutôt que de livrer leurs secrets aux policiers venus fureter dans leur patelin boueux. C'est donc une enquête difficile qui s'annonce pour les deux détectives débarqués de Madrid pendant les fêtes locales, au cours desquelles deux adolescentes viennent de disparaître. Pedro, jeune flic idéaliste sur le point de devenir père, et Juan, vieux routard porté sur la boisson et adepte des méthodes à l'ancienne, s'enfoncent peu à peu dans les marécages andalous, déterrant un à un cadavres et secrets, jusqu'à remettre en question leurs propres croyances et à rendre de plus en plus perméable la frontière entre le légal et l'illicite…

Si La isla mínima n'a absolument pas à rougir de son influence américaine, à qui le film emprunte autant les codes du thriller que l'élégance de sa mise en scène, il ne peut y être réduit. Alberto Rodriguez a en effet choisi d'en situer l'action à une époque bien particulière de l'histoire espagnole, celle de la transition démocratique des années quatre-vingt. Et dans cette communauté rurale andalouse, autant que dans le comportement des deux flics madrilènes, se débattent les fantômes du passé franquiste encore vivace face aux désirs d'émancipation que fait souffler la démocratie nouvelle. Ainsi, les deux adolescentes disparues, que la communauté jugeait frivoles, avaient peut-être tout simplement envie d'ailleurs et de liberté. Ainsi, leur père mutique semble accepter leur disparition comme une punition du comportement de ses filles, alors que leur mère, à l'insu de son mari, fournit aux policiers des éléments d'explication. Ainsi, les deux policiers ont eux aussi un passé et des secrets qui vont malgré eux refaire surface…

Réussissant à creuser ces différents sillons sans jamais s'embourber, Alberto Rodriquez suit le courant principal de l'enquête menée par les deux inspecteurs, les indices qu'ils découvrent, les (fausses) pistes qu'ils suivent, les interrogatoires qu'ils mènent… Mais il bifurque en permanence, fouinant dans les hautes herbes et les bâtisses délabrées, sondant le marais et ses habitants, puis prenant à nouveau de la hauteur pour nous dévoiler la mystérieuse beauté de ces paysages immenses avant de nous replonger dans leur moiteur asphyxiante. À travers un thriller diablement efficace, il donne à cette île des airs de cauchemar éveillé à l'atmosphère malsaine, peuplé de personnages fantomatiques hantés par les spectres du passé. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 15h50 et 20h45, jeudi 18h15 et 20h45, vendredi 17h45, samedi 21h05, dimanche 15h50 et 20h45, mardi 20h45


La Niña de Fuego
LA NIÑA DE FUEGOÉcrit et réalisé par Carlos VERMUT
Espagne 2014 2h07mn VOSTF
avec José Sacristán, Bárbara Lennie, Luis Bermejo, Israel Elejalde, Lucia Pollan...
Concha de Oro (Meilleur film) et Concha de Plata (Meilleur réalisateur) au Festival de San Sebastián 2014 • Goya (équivalent espagnol des César) de la meilleure actrice pour Bárbara Lennie

On était un peu sans nouvelles du cinéma espagnol, et à vrai dire plutôt inquiets que la crise qui touche le pays ne plombe durablement la production cinématographique, dont peu de titres ont traversé les Pyrénées ces dernières années. Mais voilà qu'en cet an de grâce 2015, les bonnes nouvelles ibériques se succèdent. Alors que, sous l'impulsion de la jeunesse, le pays se renouvelle politiquement avec l'élection à la mairie de plusieurs villes importantes des candidat(e)s du mouvement Podemos, le cinéma trouve lui aussi un nouveau souffle dont témoigne l'arrivée sur nos écrans de deux films ambitieux et novateurs. Vous pouvez en découvrir un premier exemple dans nos salles depuis mi-juillet, avec le captivant polar sous influence américaine La Isla mínima. Et voici avec La Niña de fuego une deuxième illustration de cette vitalité retrouvée. Son réalisateur, Carlos Vermut, qui est aussi illustrateur, fait preuve d'audace, jouant d'une grande beauté formelle et d'un insolent sens de l'ellipse pour tisser une histoire complexe et vénéneuse dans laquelle les différents fils s'entrelacent petit à petit. Dans ce scénario savamment construit, le danger guette en permanence, l'inquiétude rôde, et le malaise ne cesse de grandir en même temps que le mystère s'épaissit. C'est que Carlos Vermut tient sans nul doute son spectateur en haute estime : il ne lui fournit qu'une partie des clés, laissant la place au hors-champ et à l'imagination pour que chacun puisse se construire sa propre interprétation. Et son film est à l'image de son personnage féminin : énigmatique, troublant et diablement fascinant.

Luis est un professeur au chômage prêt à tout pour donner un peu de bonheur à sa fille atteinte d'une leucémie incurable. Damián fut professeur aussi, mais il s'apprête aujourd'hui à sortir de prison, avouant à ses geôliers sa peur, une fois dehors, de recroiser la route de Bárbara. Bárbara justement est une jeune femme instable et mystérieuse, que son mari psychiatre essaie tant bien que mal de contrôler. Entre ces trois personnages va se mettre en place un jeu malsain fait de chantages, de mensonges et de tromperies, un jeu bien trop dangereux et qui risque fort d'aller beaucoup trop loin…

« Cela s'était passé avec Victor Erice (L'Esprit de la ruche) et Ivan Zulueta (Arrebato) et cela se renouvelle avec Carlos Vermut. Ils ont tous signé un deuxième film qui est un véritable chef d’œuvre. Un film qui se bonifie avec les années dans le cas des deux premiers, avec les heures et les jours dans le cas de Carlos Vermut. Il y a beaucoup à dire sur La Niña de fuego… Vermut possède ce sens hors du commun de l’ellipse : les personnages et histoires cohabitent et évoluent dans une narration pleine de coupures, ce qui donne l’impression de quelque chose de linéaire, alors que c’est tout le contraire. C’est un grand directeur d’acteurs, tous excellents, avec une mention spéciale pour Bárbara Lennie. En tant que scénariste, il nous épate à chaque changement de séquence. Quand, dans la dernière partie, il donne l’impression qu’il n’a plus rien de nouveau à proposer, quand l’histoire semble entrer dans une impasse, quand il n'est plus possible de faire aussi bien qu’auparavant, il y parvient. Il surprend à nouveau et met un point final avec le passage où intervient Pepe Sacristán, l’acteur espagnol qui vit là son meilleur troisième acte. J’espère que le public rendra justice à La Niña de fuego qui est, pour moi, la grande révélation du cinéma espagnol de ce siècle. » Pedro Almodóvar.


Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) : dimanche 18h
 

Floride
FLORIDEPhilippe LE GUAY
France 2015 1h50mn
avec Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain, Laurent Lucas, Anamaria Marinca, Clément Métayer, Coline Beal, Edith Le Merdy, Christèle Tual...

La Floride : ses palmiers, ses flamands roses, son fameux jus d’orange et ses retraités venus trouver le soleil pour l’éternité. Quand il ferme les yeux, pas encore pour toujours – plutôt crever ! – c’est à la Floride qu’il pense, Claude. A sa douceur, à sa chaleur, et surtout à sa fille qui est partie vivre là-bas et qu’il rêve de retrouver. Mais en attendant de s’envoler, de prendre ses clics, ses clacs et ses baskets fluos à scratch (comme les enfants, parce que les lacets, c’est plus de son âge), c’est près du lac d’Annecy qu’il tue le temps. Son temps, étrange paradoxe de la vie quand elle arrive à son dernier acte, est à la fois compté et s’écoule très lentement, grain après grain, matin après matin, jus d’orange made in Florida après jus d’orange made in Florida, le seul bien entendu qui trouve grâce à ses goûts de vieux Monsieur. Claude est vivant et s’il oublie parfois la date, les comprimés, il n’oublie pas ça : que le jour se lève encore pour lui.
Il n’a plus d’épouse, il n’a plus de boulot depuis un bout de temps, il n’a pas vraiment d’amis, le dernier en date vient de passer l'arme à gauche – cela dit il s’était fâché avec lui depuis quelques décennies… alors qu’est ce qui lui reste pour se sentir vivant ?

Une employée à domicile dévouée qu’il fait tourner en bourrique et dont il reluque sans fausse pudeur et avec une évidente nostalgie les contours et volumes, une sublime collection de lampes à huile qu’il bichonne amoureusement, une vue imprenable sur les montagnes qui le gonfle prodigieusement et puis une seconde fille aimante et débordée.
Carole, l'aînée, n’a pas choisi la Floride, elle, restant auprès de son papa parce qu’il le valait bien. Elle gère la papeterie dont son père était jadis le patron, et jongle entre un emploi du temps de ministre, une vie privée quasi inexistante et le casse-tête du recrutement des aides à domiciles que son père use et décourage, il faut bien le dire, assez rapidement.
Claude a toute sa tête, enfin presque… À quoi bon finalement garder en mémoire toutes ces petites choses insignifiantes qui vous polluent une vie et ne servent au final qu’à entretenir de vaines relations avec les autres qui, la plupart du temps, vous pompent l’air ? Pourquoi garder au fond de son cœur ce qui vous l’a brisé ?
La fin des emmerdes, c’est bien de ne garder que le meilleur, le sourire espiègle de sa mère quand elle se maquillait, les rires de ses filles, l’odeur du sous-bois et le craquement des brindilles sous ses souliers de môme. Et tant pis si les peurs de l’enfance s’invitent sans avoir été invitées… Une fille, un père. Le temps qui passe et qui inverse les rôles… on a beau le savoir depuis le début de l’histoire et connaître la fin, personne n’est vraiment préparé à cela.

Tirée d’une pièce de théâtre à succès, Floride est porté par un Jean Rochefort magnifique et bouleversant, dont le regard pétillant et joueur n’a rien perdu de son charme, en dépit des années – et n'oublions surtout pas Sandrine Kiberlain, elle est parfaite ! Réservant son lot de scènes burlesques et de face-à-face souvent très drôles, le film n’est bien évidemment pas qu’une comédie légère : la vieillesse, le temps qui passe ne font pas de cadeau… Mais s’il fallait un épilogue à cette chronique qui sait être aussi cocasse que douloureuse, ce pourrait bien être aussi celui que l’on peut donner à toute vie riche de joies et de tristesses : carpe diem. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : vendredi et mardi 15h


Les Opportunistes

LES OPPORTUNISTESRéalisé par Paolo VIRZI
Italie 2014 1h49mn VOSTF
avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino, Fabrizio Gifuni, Luigi Lo Cascio, Giovanni Anzaldo, Matilde Gioli, Guglielmo Pinelli...
7 Donatello dont meilleur film et meilleure actrice • Prix de la Meilleure Actrice, Tribeca Film Festival de New York

Réjouissons nous : des années de destruction consciencieuse de la culture (les salles de cinémas Art et Essai notamment sont devenues rarissimes, même dans les plus grandes villes) et d’éloge assumé du populisme et de la démagogie dans la période Berlusconi n’auront pas réussi à tuer l’esprit acide et souvent cruel du drame social italien, celui qui brilla tout particulièrement dans les années 60. Malgré les coupes budgétaires drastiques, l’esprit de Ettore Scola ou de Dino Risi continue de souffler à en juger par ce thriller offensif sur fond de capitalisme outrancier et de faillite morale. Tout part d’un fait divers au demeurant banal : une veille de Noël en Lombardie, aux abords du lac de Côme, dans cette région au pied des Alpes aussi belle que glaçante, où la splendeur des paysages se conjugue avec la noirceur de ce qui s’y trame, un malheureux serveur est renversé par un gros 4x4 noir qui prend la fuite. Se dessine tout de suite, derrière la tragédie, le jeu cynique des classes sociales qui s’opposent : un modeste du serveur face à une famille extrêmement riche de la nouvelle bourgeoisie financière italienne, dont la fortune gigantesque tient à quelques algorythmes ou investissements à risque…

Le film nous ramène quelques mois avant l’accident et nous fait découvrir le déroulement des faits selon le point de vue des différents protagonistes. D’un côté il y a les Bernaschi, barons de la finance, à qui tout semble réussir, dont la vie s’écoule dans le faste d’une de ces villas Renaissance qui surplombent le lac de Côme. Un bonheur que rien ne semble effriter même si Madame Benaschi (Valeria Bruni Tedeschi, parfaite) semble absente et dépressive. De l’autre Dino Ossola, petit agent immobilier dont les rêves de grandeur semblent pouvoir se concrétiser depuis que sa fille fréquente le fils Bernaschi, permettant à Dino d’espérer pouvoir convaincre le père de le laisser investir avec lui toutes ses économies, voire de l’argent emprunté. Dans ce théâtre des vanités, tout est en place pour conduire au drame : des hommes obnubilés par le pouvoir et l’argent, des femmes réduites au rôle de figurantes, des adolescents acculés par les ambitions démesurées de leurs parents respectifs. On suit tout cela avec la fébrilité qui sied aux meilleur polars, le responsable de l’accident n’étant révélé qu’à la dernière séquence, mais l’essentiel du film tient dans la vision dantesque de cette société gangrénée par l’argent, y compris au sein de la famille qui explose face aux intérêts et à l’appât irrépressible du gain.

Pour incarner ces pantins livrés aux flux financiers, les comédiens sont remarquables, tant Fabrizio Bentivoglio et Fabrizio Gifuni qui sont les deux pères de famille détruits par la cupidité, que Valeria Golino, seul personnage digne et intègre de l’intrigue, et Valeria Bruni Tedeschi, magnifique en bourgeoise désespérée qui s’accroche en vain à un projet théâtral pour donner un sens à sa vie aussi confortable que vide.

Le Vox (Fréjus) : dimanche 18h et lundi 18h, 20h45

Pour adhérer il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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