Au(x) cinéma(s) du 17 au 23 mai

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Bonjour à tous !

Cette semaine, au ciné-club de CGR, c'est Gimme Danger de Jim Jarmush, très différent de Paterson, et déclaration d'amour filmée aux Stooges.
Entretoiles vous invite à venir partager avec nous  dimanche 28 mai,  une soirée Entretoiles sur le thème "Chères amitiés" (dans les 2 sens du terme), avec 2 films Je danserai si je veux de Maysaloun Hamoud, un film lumineux, engagé, et féministe et De toutes mes forces de Chad Chenouga, un film vivifiant et porteur d’espoir qui redonne des forces. et bien sûr l'apéritif Entretoiles entre les 2 films !
Dans sa programmation ordinaire, CGR présente Get Out de Jordan Peele, un thriller horrifique réjouissant.
Par ailleurs, Colibris vous propose La Cigale, le corbeau et les poulets en présence de Olivier Azam qui animera le débat, une fable et une farce délirante et cocasse.

Cette semaine,  vous pouvez voir à Lorgues, Fantastic Birthday de Rosemary Myers, comédie acidulée et pop, Les Initiés de John Trengove, récit rare parvenu de l'ancien pays de l'Apartheid.
A Salernes, allez voir Aurore de Blandine Lenoir, un film subtil et vivifiant. et De l'autre côté de l'espoir de Kaurismaki, une petite merveille.

Au Vox à Fréjus, on vous propose Les Fantômes d'Ismaël de Arnaud Despleschin, un film à tiroirs, subtil assemblage de morceaux de vies éclatées, L'Homme aux 1000 visages d'Alberto Rodriguez récit hallucinant d'un imbroglio politico-policier, Le Procès du Siècle de Mick Jackson, qui tient le spectateur en haleine, La jeune fille et son aigle, film mongol de Otto Bell beau et dépaysant,  Emily Dickinson, A Quiet Passion de Terence Davies, film rare qui vous retourne l'âme et Après la tempête de Kore Eda, infatigable peintre des familles japonaises et À Voix Haute, de Stéphane De Freihas, un documentaire emballant et captivant.

A Cotignac, Félicité de Alain Gomis, "un cinéma lumineux avec de purs moments de grâce
Au CGR, les prochaines semaines en ciné-club, vous pourrez voir : Sage Femme de Martin Provost et De toutes mes forces de Chad Chenouga.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 17 AU 24 MAI

Affiche
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Gimme Danger
Écrit et réalisé par Jim JARMUSH
Documentaire USA 2016 1h48mn VOSTF
avec les membres de The Stooges : Iggy Pop, Ron Asheton, Scott Asheton, Dave Alexander, James A. Williamson, Steve Mackay, Mike Watt, le manager Danny Fields...
« Depuis les débuts du rock'n roll, peu de groupes peuvent se comparer aux Stooges avec leur mélange incomparable de pulsations viscérales, de psychédélisme déjanté, de rythmes à la fois blues et country portant des paroles névrotiques minimalistes. Sans oublier Iggy Pop, le leader du groupe, fauve grognant et grondant mais soucieux de son apparence qui réincarne aussi bien Nijinski, Bruce Lee et Harpo Marx qu'Arthur Rimbaud. Pionniers dans l'histoire du rock, les Stooges ont marqué des générations entières d'artistes » (Jim Jarmush).... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 17 et mardi 23 à 11h, jeudi 18 et lundi 22 à 18h, vendredi 19 à 13h45, samedi 20 à 22h, dimanche 21 à 20h
 
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Je danserai si je veux
Écrit et réalisé par Maysaloun HAMOUD
Israël / Palestine 2016 1h42mn VOSTF
avec Mouna Hawa, Sana Jammalieh, Shaden Kanboura, Mahmood Shalabi, Henry Andrawes, Ahlam Canaan...
C’est un trio improbable, né de l’urgence sociale, bricolé d’abord par la nécessité et puis auquel viennent s’ajouter la tendresse, l’amitié, la fraternité, la solidarité. Trois jeunes nanas aux histoires et aux parcours différents, aux aspirations diamétralement opposées, aux origines sociales ou religieuses éloignées, mais réunies par un désir vital de liberté. Laila et Salma, deux jeunes Palestiniennes, partagent un appartement à Tel Aviv, loin de leur village natal et de ses carcans. Elles sont jeunes, elles sont libres et profitent des plaisirs nocturnes de la ville sans tabou ni entrave, symbole percutant et joyeux de cette jeunesse polyglotte, ouverte et désireuse de changer la société. C’est la jeunesse des printemps arabes, qui prône les échanges, le partage, l’ouverture, la jouissance et plus important encore : la liberté... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 28 mai à 18h
 
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De toutes mes forces
Réalisé par Chad CHENOUGA
France 2017 1h38mn
avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu, Daouda Keita, Aboudou Sacko...
Scénario de Christine Paillard et Chad Chenouga
Nassim (Khaled Alouach) est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer en banlieue. Malgré la bienveillance de la directrice (Yolande Moreau évidemment), Nassim refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre, catalogués comme des « cas sociaux ». Il s’est donc inventé une autre vie, qui n’aurait rien à envier à celle de ses potes de lycée. C’est celle- là qu’il présente maintenant aux yeux du monde et il n’y a aucune raison que ça change... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 28 mai à 20h30
 
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La Cigale, le corbeau et les poulets
Réalisé par Olivier AZAM
Documentaire France 2016 1h35mn
C’est une histoire qui ferait rigoler le plus sinistre des neurasthéniques : elle est tout ce qu’il y a de vraie et a néanmoins toutes les apparences d’une farce délirante et cocasse… On rit certes beaucoup à écouter les protagonistes du film se dépêtrer de cette affaire, mais on est aussi un brin admiratif de leur capacité à imposer tranquillement et avec bonne humeur leur volonté infatigable de résister à ce qui les défrise, irréductibles villageois qui mènent leur révolution tranquillement depuis un petit bled de l’Hérault.
L’histoire du film commence sous le règne de Sarkozy : un petit village de campagne, à deux pas de Montpellier, son clocher, sa mairie et… son bureau de tabac, atypique et animé, où tout le village passe et où se retrouve une poignée de trublions qui fourrent leur nez partout, affichent leurs convictions et publient une gazette qu’ils ont nommé La Commune. Rien ne saurait les faire taire tant l’exercice de l’expression démocratique fait partie de leurs gènes… D’aucuns les trouvent sacrément casses-burnes (ceux qui détiennent un embryon de pouvoir), mais pour plein d’autres, ils sont les indispensables « emmerdeurs jouissifs » qui empêchent l’enlisement des cervelles...
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CGR (Draguignan) : vendredi 19 à 20h30, présenté par Colibris, débat animé par le réalisateur
Le Vox (Fréjus) : vendredi 19 à 19h
 
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Get Out
Réalisé par Jordan Peele
USA 2017 1h44mn
avec Catherine Keener, Bradley Whitford, Daniel Kaluuya, Allison Williams...
Un thriller horrifique réjouissant qui, faute de renouveler le genre, utilise une thématique ethnique qui renouvelle l’utilisation d’un casting noir dans le cadre d’une production hollywoodienne. Foncez ! Un jeune afro américain, lors de sa visite sur le domaine de la famille blanche de sa petite amie, va vite se rendre compte de la sinistre raison cachée derrière cette invitation. Couple mixte, Chris (Daniel Kaluuya) et sa petite amie Rose (Allison Williams) filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy (Catherine Keener) et Dean (Bradley Whitford) lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 17, jeudi 18, vendredi 19, samedi 20 et mardi 23 à 13h50, 20h10, et 22h20, dimanche 21 à 13h50 et 22h20, lundi 22 à 20h10 et 22h20
 
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La jeune fille et son aigle
Film documentaire d'Otto BELL
Mongolie 2016 1h27mn VF
Pour les enfants à partir de 8 ans
Bon, la musique est parfois un chouia envahissante, je vous le concède… mais bon sang de bonsoir que les images sont belles ! Et grandioses et somptueux les paysages de l'Altaï mongol : à perte de vue ce ne sont que plaines immenses perchées entre des sommets enneigés et arides avec, au cœur de cette immensité, quelques yourtes qui fument… Sans ce décor d'une ampleur à vous couper le souffle, les hommes depuis plus de mille ans dressent les aigles royaux, seuls êtres vivants qui osent regarder le soleil en face. C'est une pratique ancestrale qui se transmet de père en fils, dans un long, solitaire et obstiné apprentissage : grimper jusqu'au nid de l'aigle, capturer un aiglon peu après sa naissance, de préférence une femelle, plus forte, plus fidèle, l'affamer d'emblée et commencer à tisser une relation avec elle en la nourrissant pour la dresser à chasser les renards et autres prédateurs qui menacent les maigres troupeaux. C'est tout un art dont les nomades Mongols sont fiers et qui fait l'objet d'un festival chaque année : chacun sort son plus beau costume, coiffés de chapeaux de renard ou de zibeline… car il ne fait pas chaud à cette hauteur là. Après quelques années à pratiquer la chasse, le chasseur rend à l'aigle sa liberté et en guise de cadeau d'adieu, il arrive qu'il leur laisse un mouton fraichement abattu... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 15h50, vendredi 19 à 15h, samedi 20, dimanche 21 et mardi 23 à 14h
 
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Le Procès du siècle
Réalisé par Mick JACKSON
USA/GB 2016 1h51mn VOSTF
avec Rachel Weisz, Tom Wilkinson, Timothy Spall, Andrew Scott...
Scénario de David Hare, d’après le livre de Deborah Lipstadt
Si vous n’êtes ni enseignant en lycée ni parent d’adolescents, vous n’en avez peut-être pas conscience : une des principales plaies du xxie siècle est probablement le développement exponentiel des théories conspirationnistes sur internet. Il n’y a pas si longtemps, les idées les plus nauséabondes et les plus délirantes de l’extrême droite n’étaient véhiculées que par le bouche à oreille et les publications confidentielles de quelques groupes nazillons. Désormais les théories les plus dingos et malfaisantes se propagent en trois clics et quelques secondes auprès de millions de gens, qui sont malheureusement souvent jeunes et au début de leurs humanités, pour reprendre une expression désuète. Et voilà les cours d’histoire de lycées parasités par des jeunes gens qui se disent hors système et contestent l’enseignement de leurs professeurs... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jedui 18 à 20h45
 
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Emily Dickinson, A Quiet Passion
Écrit et réalisé par Terence DAVIES
GB 2016 2h04mn VOSTF
avec Cynthia Nixon, Jennifer Ehle, Jodhi May, Keith Carradine, Catherine Bailey, Emma Bell…
Il est des films, trop rares, qui vous retournent l'âme dès le premier plan et ne vous la rendent que lorsque la lumière se rallume, vous laissant hébété, avec l'impression d'avoir vécu une expérience artistique bouleversante. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Il est des portraits filmés d'artistes qui parviennent à approcher, à travers leur réalisation même, le génie de l'auteur évoqué. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Tout le monde ne sera pas d'accord, mais j'assume ! Revenons à cette première séquence qui fait tout décoller : un pensionnat de jeunes filles dans la Nouvelle Angleterre puritaine du milieu du xixe siècle. C'est sans doute la fin de l'année, à l'heure des choix, et la directrice demande solennellement aux jeunes filles de réaffirmer leur foi. Toutes les pensionnaires s'exécutent, sauf une : elle proclame son droit de ne pas savoir, de douter. Un face-à-face s'engage qui se conclut par : « Mademoiselle Dickinson vous serez seule dans votre rébellion ! »... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 18h15, vendredi 19 et lundi 22 à 15h, samedi 21 à 15h55, dimanche 21 à 14h et mardi 23 à 20h45
 
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Fantastic birthday
Réalisé par Rosemary MYERS
Australie 2016 1h20mn VOSTF
avec Bethany Whitmore, Harrison Feldman, Matthew Whittet, Amber McMahon, Eamon Farren...
Scénario de Matthew Whittet (qui joue également le père), d'après sa pièce de théâtre (déjà mise en scène à Adélaïde, ville du Sud de l'Australie, par Rosemary Myers, dont c'est le premier film)
Venue d'Australie (ça devient rare) mais sous influence d'une veine indépendante américaine qui va de Wes Anderson à Spike Jonze, une comédie acidulée et pop, une fantaisie décalée qui séduit d'emblée par sa fraîcheur, sa liberté de ton, mais qui n'oublie pas d'être grave et mélancolique quand il le faut. Une chronique aussi sensible qu'originale du passage à l'âge adulte – ou plus précisément, et c'est moins commun, de la fin de l'enfance et de l'entrée dans l'adolescence. Une vraie découverte. Greta Driscoll va bientôt avoir quinze ans, elle n'est pas vraiment bien dans sa peau, plutôt du genre introvertie et complexée, et elle débarque dans un nouveau collège. Comme de juste elle a du mal à s'intégrer, n'a pas les codes, ne trouve pas la clef qui ouvre la porte de la popularité... lire la suite
Lorgues : jeudi 18 à 20h15, samedi 20 à 18h, dimanche 21 à 19h
 
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Les Initiés
Réalisé par John TRENGOVE
Afrique du Sud 2016 1h28mn VOSTF
avec Nakhane Touré, Bongile Mantsai, Niza Jay Ncoyini, Thobani Mseleni...
Scénario de John Trengove, Malusi Bengu et Thando Mgqolozana, d'après son roman A man who is not a man
C'est une étrange histoire de sueur, de sang, de salive et autres humeurs de source vive… Un récit rare parvenu de l'ancien pays de l'Apartheid, dont on ne peut empêcher l'ombre de rôder dans nos têtes même s'il n'est pas évoqué, même si on ne voit quasiment aucun blanc à l'écran. De la première à la dernière minute, on retient son souffle, subjugué par cette palpitante visite au pays des non-dits, plongé dans les arcanes de rites secrets accessibles uniquement à une minorité d'initiés. Pour les Xhosa, ethnie d'Afrique du Sud, on ne nait pas homme, on le devient. Dans cette cambrousse apparemment déserte, ils arrivent de tous les coins du pays, ces jeunes mâles Xhosa, sans réellement savoir ce qui les attend, mais avec la ferme conviction que, quelques semaines plus tard, abandonnant à jamais derrière eux les oripeaux étriqués de leur enfance, ils seront enfin considérés comme des hommes à part entière. Passage obligé que franchirent leurs pères, leurs grands-pères et tant de générations avant eux... lire la suite
Lorgues : mercredi 17 à 19h, samedi 20 à 20h
 
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Aurore
Réalisé par Blandine LENOIR
France 2016 1h29mn
avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot, Sarah Succo, Lou Roy-Lecolinet...
Scénario de Jean-Luc Gaget, Blandine Lenoir et Océane Rose Marie. Musique de Bertrand Belin
On ne naît pas femme, on le devient… On aimerait bien poursuivre la discussion avec Simone de Beauvoir : une fois qu’on l’est devenue, qu’est-ce qu’on devient ? Au nom de quelle loi naturelle le corps épanoui de la cinquantaine se retrouve-t-il mis au rancart comme une fleur fanée, une plante verte défraîchie, un vieux pot dans lequel on ne fait même plus la meilleure soupe (j’arrête là, même si on pourrait aller beaucoup plus loin dans le registre du machisme ordinaire) ? Ce sont au fond les questions que se pose Aurore, la belle, la formidable, la surdouée Aurore – surdouée, oui, on peut le dire : figurez-vous qu’elle possède le talent unique de déterminer instantanément le nombre de lettres qui composent un mot ! Vous dites « anticonstitutionnellement », elle répond illico, sans compter sur ses doigts : 25... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 14h, jeudi 18 à 15h, vendredi 19 à 17h, samedi 20 à 14h et 15h50, dimanche 21 à 16h, lundi 22 à 18h15 et mardi 23 à 14h et 16h10
Salernes : mercredi 17 et dimanche 21 à 18h, vendredi 19 et lundi 22 à 20h30
 
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À voix haute - La force de la parole
Réalisé par Stéphane DE FREITAS et Ladj LY
Documentaire France 2016 1h39mn
avec Margita Gosheva, Stefan Denolyubov, Kitodar Todorov, Milko Lazarov...
C'est emballant, ça vous captive, ça vous remue les tripes... Sans grands effets, sans grands moyens : juste des voix, des phrases, des mots et une poignée de jeunots qui découvrent la puissance du verbe. « La parole c'est une arme, c'est quelque chose qui me permet de me défendre. » dit un garçon du film.. Ça se passe dans le 93. Le Neuf Trois selon la novlangue. Il y a quelque années, Stéphane de Freitas, le réalisateur du film, lui-même originaire d'une famille portugaise installée dans cette banlieue dont il aime la diversité, découvre brutalement en déboulant dans les beaux quartiers de l'Ouest parisien qu'il va lui falloir apprendre à s'exprimer pour qu'on l'accepte et qu'on l'écoute... De son expérience est née la coopérative Indigo, à l'origine du concours « Eloquentia » qui rassemble chaque année des jeunes de Seine-Saint-Denis, issus de tous milieux, âgés de 18 à 30 ans, étudiants ou non... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 20h, jeudi 18 à 18h15, dimanche 21 à 16h25 et mardi 23 à 18h
 
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Les Fantômes d’Ismaël
Réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2017 1h50mn
avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Laszlo Szabo, Hippolyte Girardot...
Scénario d'Arnaud Desplechin, Julie Peyr et Léa Mysius. Festival de Cannes 2017 : Film d'ouverture
Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël bien des références, des chassés-croisés, de simples clins-d’œil ou des échos plus intimes à la filmographie d’Arnaud Desplechin, et plus largement au cinéma qu’il affectionne, qui le nourrit, qu’il admire. Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël un hommage à peine dissimulé aux héroïnes hitchcockiennes, en particulier celles de Vertigo (le personnage interprété par Marion Cotillard se prénomme Carlotta…) ou de Rebecca : femmes à la beauté excessive et sauvage ou à la grâce plus froide et discrète dont les âmes sont traversées par la passion amoureuse, les fantômes du passé ou l’éternelle question de l’identité... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 14h, 16h15, 18h30, 20h45, jedui 18 à 15h, 18h15, 20h45, vendredi 19 à 15h, 18h30, 21h, samedi 20 à 14h, 16h15, 18h30 et 21h, dimanche 21 à 14h, 16h15, 18h30, 20h45, lundi 22 à 15h, 17h30, 20h, mardi 23 à 16h, 18h30, 20h45
 
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L'Homme aux mille visages
Réalisé par Alberto RODRIGUEZ
Espagne 2016 2h02mn VOSTF
avec Eduard Fernandez, José Coronado, Marta Etura, Carlos Santos, Luis Callejo, Philippe Rebbot...
Scénario de Rafael Cobos et Alberto Rodriguez
Ça pourrait être le mariage improbable et jubilatoire entre les péripéties d'un film d'espionnage et les affres d'un scandale politique qui ferait passer les successives affaires Fillon pour un forfait de cour de récréation. Un scandale symptomatique de la difficulté de l'Espagne nouvellement démocratique des années 80/90 à rompre définitivement avec les mauvaises habitudes d'un pouvoir terroriste et mafieux. Novembre 1993. Le socialiste Felipe Gonzalez est au pouvoir depuis 1982. Franco est mort depuis moins de 20 ans et la lutte contre les militants basques très actifs de l'ETA est le prétexte à l'installation d'un système militaro-policier qui s'affranchit souvent des règles de justice et de droits humains, comme au bon vieux temps du Caudillo... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 et dimanche 21 à 20h45, jeudi 18 à 18h15, vendredi 19 à 21h, samedi 20 à 18h30, lundi 22 à 20h30 et mardi 23 à 15h50
 
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Après la tempête
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2016 2h VOSTF
avec Hiroshi Abe, Yoko Maki, Yoshizawa Taiyo, Kirin Kiki...
Après la tempête met en scène toute une galerie de personnages, mais dresse parmi eux le portrait d'un sublime perdant, tchekhovien en diable : Ryota, espoir déçu de la littérature dont l'immaturité crasse l'entraîne à végéter dans le métier parfois sordide de détective privé. Cette grande tige au regard doux (physique incroyable de l'acteur Hiroshi Abe) a hérité de son père une passion pour le jeu qui ne lui laisse jamais le moindre sou en poche. C'est à cause de ces excentricités, impropres à la vie de famille, que le bonhomme vit séparé de son fils Shingo, onze ans, et de sa femme Kyoko (Yoko Maki), qui depuis a rencontré un autre homme. Mais, un soir de typhon, tous les trois se retrouvent à devoir passer la nuit chez la mère de Ryota, qui nourrit le secret espoir de les voir réconciliés. Le film, fait de conversations, ne s'en tient pas à cette seule trame, mais la laisse infuser dans le flux d'une existence ordinaire – ici la préparation d'un repas, là le cours tranquille d'une promenade – au rythme faussement apaisé des heures creuses. Affleurent alors, au détour d'un mot drôle ou d'une situation cocasse, la douleur larvée, le désappointement, l'inexorable érosion des existences... lire la suite
Le Vox (Fréjus)  : mercredi 17 à 15h45 et jeudi 18, dimanche 21 à 20h45
 
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L’autre côté de l’espoir
Écrit et réalisé par Aki KAURISMAKI
Finlande 2017 1h40mn VOSTF
avec Sakari Kuosmanen, Sherwan Haji, Janne Hyytiäinen, Ilkka Koivula, Nuppu Koivu...
FESTIVAL DE BERLIN 2017 : Ours d’argent du meilleur réalisateur
Dès les premières images on retrouve avec un bonheur intense Aki Kaurismaki et son univers de cinéma muet rehaussé de couleurs saturées, de bande son rockabilly et d’accessoires issus au plus tard des années 60. Mais L'Autre côté de l’espoir est bien ancré dans notre époque et nous propulse dans une actualité des plus urgentes au travers de deux personnages aussi fabuleux qu’inoubliables : Wikhström, Finlandais pépère en train de mettre sa vie de quin- quagénaire sur de nouveaux rails, et Khaled, jeune réfugié syrien échoué à Helsinki et demandeur de papiers. Avec son humour pince-sans-rire, le cinéma de Kaurismaki a toujours été l’abri des laissés-pour-compte, des prolétaires... lire la suite
Salernes : mercredi 17 à 20h30, vendredi  19 et mardi 22 à 18h, dimanche 21 à 20h
 
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Félicité
Réalisé par Alain GOMIS
France 2017 2h05mn VOSTF
avec Véro Tshanda Beya, Papi Mpaka, Gaetan Claudia & le Kasai Allstars...
Scénario d'Alain Gomis, avec la collaboration de Delphine Zingg et Olivier Loustau. FESTIVAL DE BERLIN 2017 : GRAND PRIX DU JURY
La nuit bat son plein… Dans un bar sombre de Kinshasa se distraient les hommes. Quelques femmes trainent également, plus là pour épater la galerie ou travailler que pour s'amuser elles-même. Parfois une serveuse remet une main baladeuse à sa place. Parfois le ton monte. Moments de beuverie désabusés. Ici, qu'on refasse le monde avec les copains ou qu'on l'observe en solitaire, ça ne change rien à l'affaire. Nul n'est dupe. L'alcool est un éphémère antidote contre les vieux démons de chacun. Une fois la bouteille bue, viendra le moment de repartir seul ou pas très bien accompagné dans la moiteur de son antre. Pour fuir l'inévitable solitude, on traîne en espérant trouver un peu de chaleur humaine... lire la suite
Cotignac : lundi 22 à 20h30
 


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Gimme Danger
Écrit et réalisé par Jim JARMUSH
Documentaire USA 2016 1h48mn VOSTF
avec les membres de The Stooges : Iggy Pop, Ron Asheton, Scott Asheton, Dave Alexander, James A. Williamson, Steve Mackay, Mike Watt, le manager Danny Fields...

« Depuis les débuts du rock'n roll, peu de groupes peuvent se comparer aux Stooges avec leur mélange incomparable de pulsations viscérales, de psychédélisme déjanté, de rythmes à la fois blues et country portant des paroles névrotiques minimalistes. Sans oublier Iggy Pop, le leader du groupe, fauve grognant et grondant mais soucieux de son apparence qui réincarne aussi bien Nijinski, Bruce Lee et Harpo Marx qu'Arthur Rimbaud. Pionniers dans l'histoire du rock, les Stooges ont marqué des générations entières d'artistes » (Jim Jarmush).

Rien de plus opposé a priori que la douceur minimaliste de Paterson et l'énergie sauvage de Gimme danger… Et pourtant le cinéaste y aborde finalement le même sujet : le processus créatif. Celui, réglé, ritualisé, millimétré du chauffeur de bus poète Paterson, humble créateur d'une œuvre d'une fantaisie et d'une délicatesse infinies. Et celui, plus violent, plus agressif, plus transgressif, des Stooges, l'un des meilleurs groupes de rock de l'histoire selon Jim Jarmush.
Ce n'est pas vraiment un documentaire que nous propose Jarmush, mais plutôt une sorte de déclaration d'amour filmée aux Stooges. Un essai, comme le qualifie le réalisateur lui-même, composé en toute subjectivité, pour essayer de nous convaincre que les Stooges ont été et resteront, définitivement, parmi les tout meilleurs. Nous sommes en pleine révolution contre-culturelle, dans l’Amérique de la fin des années 60. Et le rock animal et survolté des Stooges fait des ravages. Ils poseront les fondations de ce qu’on appellera plus tard le punk et le rock alternatif.

Mais c’est moins de cette épopée que de leurs aventures et mésaventures des débuts dont il est question. De leurs expérimentations où nous suivons le guide Iggy, l’iguane à la voix rauque qui nous parle de son enfance. De ce fameux parc à roulottes où il vivait avec ses parents. De sa façon de bouger, essayant, explique-t-il « d’imiter les chimpanzés ou les babouins ».
C'est aussi un retour sur le contexte politique, social et culturel de l'époque qui nous est proposé. Avec, comme en contrepoint, une mise en scène très classique, où de superbes images et photos d'archive, dont pas mal d'inédites, viennent entrecouper les entretiens avec Iggy Pop et les autres membres successifs encore vivants du groupe.

« Donne-moi du danger petite étrangère. Et je sens ton soulagement. Donne-moi du danger petite étrangère. Et je sens ta maladie. Il n'y a rien dans mes rêves. Juste quelques souvenirs horribles. » (Paroles de Gimme danger, chanson des Stooges) (Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 17 et mardi 23 à 11h, jeudi 18 et lundi 22 à 18h, vendredi 19 à 13h45, samedi 20 à 22h, dimanche 21 à 20h

 

 

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Écrit et réalisé par Maysaloun HAMOUD
Israël / Palestine 2016 1h42mn VOSTF
avec Mouna Hawa, Sana Jammalieh, Shaden Kanboura, Mahmood Shalabi, Henry Andrawes, Ahlam Canaan...

C’est un trio improbable, né de l’urgence sociale, bricolé d’abord par la nécessité et puis auquel viennent s’ajouter la tendresse, l’amitié, la fraternité, la solidarité. Trois jeunes nanas aux histoires et aux parcours différents, aux aspirations diamétralement opposées, aux origines sociales ou religieuses éloignées, mais réunies par un désir vital de liberté. Laila et Salma, deux jeunes Palestiniennes, partagent un appartement à Tel Aviv, loin de leur village natal et de ses carcans. Elles sont jeunes, elles sont libres et profitent des plaisirs nocturnes de la ville sans tabou ni entrave, symbole percutant et joyeux de cette jeunesse polyglotte, ouverte et désireuse de changer la société. C’est la jeunesse des printemps arabes, qui prône les échanges, le partage, l’ouverture, la jouissance et plus important encore : la liberté.

Suite au mariage d’une troisième colocataire, Nour, étudiante en informatique, débarque un matin dans l’appartement pour occuper la place vacante. Discrète et studieuse, pudique et voilée, Nour ne souhaite qu’une chose : pouvoir étudier en toute tranquillité et recevoir de temps en temps, en toute chasteté, son fiancé. Nour va bientôt se marier mais pour l’heure, elle est surtout concentrée sur ses examens. Chacune vit sa vie sans porter de jugement sur celle des autres, elles se croisent parfois, au petit matin, autour d’un café, parfois elles se parlent et parfois pas, elles ont appris à respecter leurs choix, leurs rythmes de vie autant que leurs envies. Laila est sans doute la plus libre. Elle est avocate et traite aussi bien ses affaires en arabe qu'en hébreu, elle fait exactement ce qu’elle veut, s’habille comme bon lui semble en maitrisant d’une poigne de velours sa destinée. Elle est belle, sexy, sensuelle, insoumise, volontaire, rebelle et si elle aime, c’est selon ses règles. Salma est DJ amateur et vivote de petits boulots en petits boulots : cuistot, barmaid, elle a trouvé à Tel Aviv le bouillonnement culturel et musical qui correspond à sa curiosité, à ses élans. Mais quand elle retourne dans son village, elle redevient la petite fille bien docile qu’elle était, écoutant sans broncher le discours de ses parents qui veulent la marier très vite et n’ont de cesse de lui présenter des garçons bien sous tous rapports. Mais les apparences sont souvent trompeuses… Nour quant à elle se pose bien des questions. Ses études sont un moyen pour elle de s’affranchir du système patriarcal dans lequel elle a toujours évolué mais elle pressent bien que son futur mari préfèrerait la voir derrières ses fourneaux plutôt que dans un bureau. Si elle pouvait être docile, aimante et silencieuse, ce serait la femme idéale… Mais la femme idéale, c’est peut-être celle qui a décidé de danser, ou pas.
Suite à une rencontre, un événement qui sera peut-être doux comme un baiser ou violent comme une claque, elles vont chacune être rattrapée par la terrible réalité d’une société pleine de conservatismes et de tabous.

C’est cette société que Maysaloun Hamoud tente de secouer et de faire évoluer à travers ce film lumineux, éminemment féministe et engagé. Membre de « Palestinema », un groupe de jeunes cinéastes dont le but est de faire connaître la culture arabe dans une société où elle est très minoritaire, son engagement artistique n’est pas sans rappeler celui de Ronit Elkabetz, voir même de Nabil Ayouch dont les héroïnes de Much Loved pourraient être les cousines de cœur de Laila, Selma et Nour. Et pour ne rien gâcher, la bande son, issue de la scène underground palestinienne, est particulièrement soignée… et vous donne une furieuse envie de bouger.(Utopia)

 

 

CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 28 mai à 18h

De toutes mes forces
Réalisé par Chad CHENOUGA
France 2017 1h38mn
avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu, Daouda Keita, Aboudou Sacko...
Scénario de Christine Paillard et Chad Chenouga

Nassim (Khaled Alouach) est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer en banlieue. Malgré la bienveillance de la directrice (Yolande Moreau évidemment), Nassim refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre, catalogués comme des « cas sociaux ». Il s’est donc inventé une autre vie, qui n’aurait rien à envier à celle de ses potes de lycée. C’est celle- là qu’il présente maintenant aux yeux du monde et il n’y a aucune raison que ça change...

Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, celle de Paris et celle de la banlieue, celle du foyer et celle du lycée, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer... Chad Chenouga, qui a connu une trajectoire comparable à celle de Nassim, le héros, adapte ici avec Christine Paillard la pièce de théâtre qu’il a écrite et lui-même mise en scène en 2011 au Théâtre des Amandiers. Un scénario qui a valu à ses deux auteurs le Grand Prix Sopadin 2015 du meilleur scénariste, une référence.

« J’avais envie de transmettre les énergies d’un groupe d’adolescents, au travers de la danse, de leurs meurtrissures cachées, de leurs parcours chaotiques. J’avais envie aussi de raconter les deux mondes séparés de Nassim... Je voulais raconter un parcours initiatique, un moment dans la vie tourmentée d’un adolescent pas comme les autres... Comment cette année de foyer allait le changer, lui permettre de grandir.
« Tout au long du processus d’écriture, ma volonté était de prendre une certaine distance par rapport à ma propre histoire, mais en préservant la justesse de mon ressenti et de celle des personnages que l’on avait créés. Il s’agissait aussi de ne sur- tout pas tout dire, de transmettre en priorité un sentiment de vitalité plus que raconter de bout en bout les parcours des uns et des autres.
« Quand j’ai proposé à Yolande Moreau le rôle de la directrice du foyer, Madame Cousin, elle m’a dit : “Cette histoire ne raconte pas d’histoires, j’y crois”. J’étais content. » Chad Chenouga

CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles, dimanche 28 mai

La Cigale, le corbeau et les poulets

LA CIGALE, LE CORBEAU ET LES POULETSRéalisé par Olivier AZAM
Documentaire France 2016 1h35mn

C’est une histoire qui ferait rigoler le plus sinistre des neurasthéniques : elle est tout ce qu’il y a de vraie et a néanmoins toutes les apparences d’une farce délirante et cocasse… On rit certes beaucoup à écouter les protagonistes du film se dépêtrer de cette affaire, mais on est aussi un brin admiratif de leur capacité à imposer tranquillement et avec bonne humeur leur volonté infatigable de résister à ce qui les défrise, irréductibles villageois qui mènent leur révolution tranquillement depuis un petit bled de l’Hérault.
L’histoire du film commence sous le règne de Sarkozy : un petit village de campagne, à deux pas de Montpellier, son clocher, sa mairie et… son bureau de tabac, atypique et animé, où tout le village passe et où se retrouve une poignée de trublions qui fourrent leur nez partout, affichent leurs convictions et publient une gazette qu’ils ont nommé La Commune. Rien ne saurait les faire taire tant l’exercice de l’expression démocratique fait partie de leurs gènes… D’aucuns les trouvent sacrément casses-burnes (ceux qui détiennent un embryon de pouvoir), mais pour plein d’autres, ils sont les indispensables « emmerdeurs jouissifs » qui empêchent l’enlisement des cervelles…

Depuis quelques temps, Sarkozy et ses proches reçoivent par la poste des lettres de menace d’un « corbeau » accompagnées de balles de 9mm… Branle-bas de combat, mobilisation générale dans la brigade anti-terroriste : tous les flics de France sont sur les dents avec pour priorité absolue de dénicher le (ou les ?) dangereux terroriste qui recycle ainsi ses balles perdues.
C’est une brigade entière qui va donc débarquer en force et aux aurores dans le bled de nos joyeux pépères contestataires, sans que le buraliste ait eu le temps d’enfiler son caleçon. Arrêtés, menottés, embarqués, cuisinés : Pierre Blondeau, Jeannot le Suisse, le Renard argenté sont soupçonnés d’être les terribles terroristes qui osent menacer le président de la République… Mais pourquoi eux ? Hein ? Je vous le demande…

C’est fendard et Daniel Mermet, complice de longue date d’Olivier Azam (Chomsky et Cie, Howard Zinn et plein d’autres collaborations pour Là-bas si j’y suis) a été le premier à faire venir la petite bande pour la fête de l’Huma (à écouter sur le site de Là-bas si j’y suis).(Utopia)

CGR (Draguignan) : vendredi 19 à 20h30, présenté par Colibris, débat animé par le réalisateur
Le Vox (Fréjus) : vendredi 19 à 19h

Get Out
Get Out : Photo Allison Williams, Daniel KaluuyaÉcrit et réalisé par Jordan Peele
USA 2017 1h44mn
avec Catherine Keener, Bradley Whitford, Daniel Kaluuya, Allison Williams...

Un thriller horrifique réjouissant qui, faute de renouveler le genre, utilise une thématique ethnique qui renouvelle l’utilisation d’un casting noir dans le cadre d’une production hollywoodienne. Foncez !

Un jeune afro américain, lors de sa visite sur le domaine de la famille blanche de sa petite amie, va vite se rendre compte de la sinistre raison cachée derrière cette invitation. Couple mixte, Chris (Daniel Kaluuya) et sa petite amie Rose (Allison Williams) filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy (Catherine Keener) et Dean (Bradley Whitford) lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable. C’est beau, léché, avec un piqué de cinéma qui redore le blason du cinéma de genre, loin des found-footages habituels auxquels Blumhouse Productions nous avait habitués tout au long de la décennie. Get out, c’est en fait le retour aux thrillers pavillonnaires anxiogènes des années 70-80, ceux qu’affectionnait un certain John Carpenter dans Halloween : la nuit des Masques, avec le même sens de l’espace, ample et structuré.

La banlieue américaine (Suburb, en VO) est le cadre du film de Jordan Peele, cet espace sans problème des productions Amblin Entertainment, ciment de la "whitocracy" où la diversité, amorphe, est un concept urbain lointain. Avec une ironie féroce, le cinéaste y injecte la menace noire, ce cliché défavorisé des quartiers pauvres de la ville, cet élément de résistance à l’hégémonie blanche, qui pourrait être un avatar de gang, ou, pourquoi pas, un élément comique de seconde catégorie pour suspendre la tension dans des gags vaseux. Il n’en sera rien.
Le protagoniste principal a l’intelligence de sa conscience, celle d’un jeune homme bien dans ses baskets, avec une vraie épaisseur psychologique, conscient qu’en se rendant chez les parents "blancs" de sa copine, dans une banlieue tranquille, il va se frotter aux stéréotypes racistes d’une catégorie bien-pensante de la population.

Ce qui aurait pu être une version ethnique de Mon beau-père et moi se transforme en une virée paranoïaque dans l’enfer blanc d’une population repliée sur sa communauté, avec ses modes de pensées où l’ébène interpelle avec la complaisance de la hiérarchie sociale, mais aussi physique. Pourtant loin d’une simple chasse à l’homme noir, la virée lynchienne de Jordan Peele dans cet univers barré, se joue des codes de couleurs pour présenter la différence ethnique comme une norme sociale et culturelle, basée sur la relativité. Le protagoniste principal joué par un quasi inconnu - Daniel Kaluuya, absolument épatant -, apparaît plus équilibré que n’importe quel autre élément de casting, blanc ou noir. Autour de lui, tous les représentants de la communauté noire, chez les parents de la petite-amie, semblent avoir subi un lavage de cerveau ahurissant ou sont sous l’influence des séances d’hypnose de la mère, psychiatre mal-intentionnée, jouée par Catherine Keener, complètement allumée.
Naît de ce décalage entre la normalité du héros et la dégénérescence de cette belle famille au protocole étrange, une ironie forcément savoureuse qui apporte un humour salvateur, au milieu de moments flippants ou à la suite de scènes d’angoisse pétrifiantes, à l’esthétique sombre d’un Under the Skin.

Avec plus de 170M$ au box-office américain, Get Out est devenu un phénomène. Plus gros succès du producteur Jason Blum (Split, Paranormal Activity, Insidious), carton historique pour le cinéma d’épouvante (on a - à peu près- jamais vu ça !), Get Out a tout d’une date maline dans son genre et les Français devraient se ruer sur l’électro-choc. (àvoiràlire)

CGR (Draguignan) : mercredi 17, jeudi 18, vendredi 19, samedi 20 et mardi 23 à 13h50, 20h10, et 22h20, dimanche 21 à 13h50 et 22h20, lundi 22 à 20h10 et 22h20


La jeune fille et son aigle
Film documentaire d'Otto BELL
Mongolie 2016 1h27mn VF
Pour les enfants à partir de 8 ans

Bon, la musique est parfois un chouia envahissante, je vous le concède… mais bon sang de bonsoir que les images sont belles ! Et grandioses et somptueux les paysages de l'Altaï mongol : à perte de vue ce ne sont que plaines immenses perchées entre des sommets enneigés et arides avec, au cœur de cette immensité, quelques yourtes qui fument… Sans ce décor d'une ampleur à vous couper le souffle, les hommes depuis plus de mille ans dressent les aigles royaux, seuls êtres vivants qui osent regarder le soleil en face. C'est une pratique ancestrale qui se transmet de père en fils, dans un long, solitaire et obstiné apprentissage : grimper jusqu'au nid de l'aigle, capturer un aiglon peu après sa naissance, de préférence une femelle, plus forte, plus fidèle, l'affamer d'emblée et commencer à tisser une relation avec elle en la nourrissant pour la dresser à chasser les renards et autres prédateurs qui menacent les maigres troupeaux. C'est tout un art dont les nomades Mongols sont fiers et qui fait l'objet d'un festival chaque année : chacun sort son plus beau costume, coiffés de chapeaux de renard ou de zibeline… car il ne fait pas chaud à cette hauteur là. Après quelques années à pratiquer la chasse, le chasseur rend à l'aigle sa liberté et en guise de cadeau d'adieu, il arrive qu'il leur laisse un mouton fraichement abattu…

Aishopan est une gamine de treize ans, courageuse et accrochée à sa terre, à ses traditions. Elle est la fierté de son père, brillant adepte de « burtkitshi » (chasse à l'aigle). Depuis toute petite, elle l'a vu faire puis a voulu apprendre à son tour contre l'avis des anciens : a-t-on déjà vu une femme se mêler de chasse ! De quoi provoquer un petit scandale local et pas mal de méchantes réflexions. Mais Aïshopan a l'obstination et la passion que beaucoup de garçons n'ont pas. Avec le soutien de son père, elle va défier les ancêtres en visant la première place de la compétition annuelle. Les aigles nichent dans des rochers inaccessibles : pour avoir son aigle, elle va devoir grimper haut pour dénicher l'oiseau qui ne va plus la quitter jusqu'au grand jour, répétant inlassablement les mêmes gestes, les mêmes cris jusqu'à ce que l'aigle lui obéisse avec la précision et la rapidité indispensables pour se mesurer avec les plus vieux, les plus tannés des dresseurs d'aigle.

C'est pas tout les jours qu'on voit un film mongol, pas tous les jours qu'on voit une fille dresser un aigle et mieux encore rabattre leur caquet à tous ces vieux grincheux qui voudraient renvoyer les filles aux fourneaux… Ce film dépaysant en diable peut se voir en famille et si, ce qui semble inévitable, vous en sortez avec l'envie furieuse de partir randonner dans l'Altaï kazakh, précisons ici que le meilleur moment c'est entre Juin et fin Août et prenez tout de même une bonne doudoune : mais quel voyage !

Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 15h50, vendredi 19 à 15h, samedi 20, dimanche 21 et mardi 23 à 14h


Le Procès du siècle
Réalisé par Mick JACKSON
USA/GB 2016 1h51mn VOSTF
avec Rachel Weisz, Tom Wilkinson, Timothy Spall, Andrew Scott...
Scénario de David Hare, d’après le livre de Deborah Lipstadt

Si vous n’êtes ni enseignant en lycée ni parent d’adolescents, vous n’en avez peut-être pas conscience : une des principales plaies du xxie siècle est probablement le développement exponentiel des théories conspirationnistes sur internet. Il n’y a pas si longtemps, les idées les plus nauséabondes et les plus délirantes de l’extrême droite n’étaient véhiculées que par le bouche à oreille et les publications confidentielles de quelques groupes nazillons. Désormais les théories les plus dingos et malfaisantes se propagent en trois clics et quelques secondes auprès de millions de gens, qui sont malheureusement souvent jeunes et au début de leurs humanités, pour reprendre une expression désuète. Et voilà les cours d’histoire de lycées parasités par des jeunes gens qui se disent hors système et contestent l’enseignement de leurs professeurs… La critique soit, mais quand c’est pour nier la Shoah ou voir dans n’importe quelle circonstance la main secrète de tel ou tel lobby, il devient urgent de réagir. Dans ce contexte, voilà un film hollywoodien assez classique au demeurant mais salvateur : Le Procès du siècle (le titre est certes un peu racoleur) raconte des événements bien réels qui ont fait vibrer au début des années 2000 toute l’Angleterre et plus largement le monde scientifique, à savoir le combat juridique qui vit s’affronter l’historienne américaine de la Shoah, Deborah Lipstadt, et l’autoproclamé historien britannique David Irving.

Autodidacte acharné, Irving était depuis la fin des années 60 obsédé par l’histoire de la deuxième Guerre mondiale. De fil en aiguille, à force d’explorer méticuleusement et d’interpréter à sa convenance les zones grises de cette histoire (comme il y en a eu dans tous les grands conflits), il devint l’enfant chéri de l’extrême droite européenne. Après avoir pointé du doigt le terrible bilan du bombardement de Dresde par les alliés, il avait enquêté sur le rôle trouble de Churchill dans la disparition du chef de gouvernement polonais en exil. Mais dès les années 80, il s’aventura plus loin en cherchant à prouver qu’Hitler n’était en rien responsable de la solution finale, mise en œuvre derrière son dos par Heydrich et Himmler ! Il relaya ainsi le pseudo rapport Leuchter, bible du négationniste français Faurisson, qui tentait de démontrer l’impossibilité technique des chambres à gaz…
En 1994, l’historienne Deborah Lipstadt démontait ces thèses dans un livre et expliquait que les motivations d’Irving résidaient dans son antisémitisme obsessionnel et ses liens avec l’extrême droite, discréditant ainsi l’historien faussaire et lui faisant perdre son dernier éditeur. Il contre-attaqua en poursuivant Lipstadt en diffamation à Londres.
Le film raconte, à travers le déroulement de ce procès où les défendeurs durent prouver l’existence des camps d’extermination, comment on peut se défendre scientifiquement et juridiquement face aux idées négationnistes, sans avoir recours – et on comprend à quel point ce put être difficile – à l’émotion : les rescapés ne furent pas appelés à la barre, pour ne pas risquer de les voir déstabilisés, humiliés par les attaques d’Irving, par sa mauvaise foi prétendument érudite. Le récit montre combien la recherche historique et la dialectique sont des armes de combat efficaces face aux idées révisionnistes et plus largement face aux délires complotistes.

Le film tient le spectateur en haleine grâce en particulier au brio des acteurs : Rachel Weisz incarne parfaitement la détermination teintée de rage contenue de l’historienne américaine, et, donnant une fois de plus raison à Hitchcock qui disait que « plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film », Timothy Spall, acteur fétiche de Mike Leigh (inoubliable Turner) joue à merveille l’intelligence perverse de David Irving, génie du mal et de la haine d’autrui.

Le Vox (Fréjus) : jedui 18 à 20h45


Emily Dickinson, A Quiet Passion
JUSTE LA FIN DU MONDEÉcrit et réalisé par Terence DAVIES
GB 2016 2h04mn VOSTF
avec Cynthia Nixon, Jennifer Ehle, Jodhi May, Keith Carradine, Catherine Bailey, Emma Bell...

Il est des films, trop rares, qui vous retournent l'âme dès le premier plan et ne vous la rendent que lorsque la lumière se rallume, vous laissant hébété, avec l'impression d'avoir vécu une expérience artistique bouleversante. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Il est des portraits filmés d'artistes qui parviennent à approcher, à travers leur réalisation même, le génie de l'auteur évoqué. Emily Dickinson, a quiet passion est de ceux-là. Tout le monde ne sera pas d'accord, mais j'assume !

Revenons à cette première séquence qui fait tout décoller : un pensionnat de jeunes filles dans la Nouvelle Angleterre puritaine du milieu du xixe siècle. C'est sans doute la fin de l'année, à l'heure des choix, et la directrice demande solennellement aux jeunes filles de réaffirmer leur foi. Toutes les pensionnaires s'exécutent, sauf une : elle proclame son droit de ne pas savoir, de douter. Un face-à-face s'engage qui se conclut par : « Mademoiselle Dickinson vous serez seule dans votre rébellion ! » Cette scène résume le destin de celle qui sera reconnue – seulement à titre posthume – comme une des plus grandes poétesses américaines. Emily Dickinson restera jusqu'au bout un esprit libre, refusant de se conformer aux injonctions de la religiosité ambiante, pleinement consciente de la condition sociale inférieure qui lui est faite en tant que femme. Mais elle passera le plus clair de sa vie au près de sa famille et gardera sa révolte pour elle, sans la transmettre au monde si ce n'est par ses poèmes. De là la réputation un peu absurde qui lui fut accolée de poétesse dépressive, voire dérangée – étiquette régulièrement collée au front des grandes artistes femmes. Elle vivra de plus en plus recluse, ne s'adressant même aux étrangers, à la fin de sa vie, qu'à travers l’entrebâillement des portes.
Terence Davies restitue à Emily Dickinson toute sa complexité et fait même d'elle, du moins dans la première partie de sa vie, un être doté d'un humour redoutable, capable avec sa sœur et meilleure amie, suffragette particulièrement impertinente et cynique, de balancer des vannes vachardes et autres répliques assassines. Donc, aussi étonnant que cela puisse paraître, le film de Terence Davies est aussi un film drôle, aux dialogues délicieusement ciselés et incisifs, par exemple quand les deux sœurs remettent à leur place leur tante idiote et bigote.

Le grand talent du réalisateur britannique est d'avoir réussi à intégrer à son récit les poèmes d'Emily Dickinson, faisant du film lui-même une œuvre poétique. Dès sa jeunesse, à peine le séminaire abandonné, Emily se levait chaque nuit pour écrire, avec l'espoir secret d'être un jour publiée. Ses interrogations bouleversantes, de plus en plus graves alors que l'âge avance, alors que la vie se fait cruelle, que ses proches disparaissent ou s'éloignent, rythment le récit. Et la mise en scène superbe de précision traduit bien le monde qui s'assombrit autour de la poétesse, avec cette scène inoubliable où l'on voit vieillir les protagonistes, ou ces inserts pour évoquer la guerre de Sécession, grande rupture dans la vie d'Emily Dickinson.
À travers les couleurs, la lumière, la musique, le film suit les états d'âme et de création de l'artiste : lumière douce pour toute la première partie, la jeune femme semble être un modèle de Vermeer ; couleurs sombres pour la fin du film, contrastant avec les robes blanches que l'héroïne choisit de porter à la mort de sa mère…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 18h15, vendredi 19 et lundi 22 à 15h, samedi 21 à 15h55, dimanche 21 à 14h et mardi 23 à 20h45


Fantastic birthday
CESSEZ-LE-FEURéalisé par Rosemary MYERS
Australie 2016 1h20mn VOSTF
avec Bethany Whitmore, Harrison Feldman, Matthew Whittet, Amber McMahon, Eamon Farren...
Scénario de Matthew Whittet (qui joue également le père), d'après sa pièce de théâtre (déjà mise en scène à Adélaïde, ville du Sud de l'Australie, par Rosemary Myers, dont c'est le premier film)

Venue d'Australie (ça devient rare) mais sous influence d'une veine indépendante américaine qui va de Wes Anderson à Spike Jonze, une comédie acidulée et pop, une fantaisie décalée qui séduit d'emblée par sa fraîcheur, sa liberté de ton, mais qui n'oublie pas d'être grave et mélancolique quand il le faut. Une chronique aussi sensible qu'originale du passage à l'âge adulte – ou plus précisément, et c'est moins commun, de la fin de l'enfance et de l'entrée dans l'adolescence. Une vraie découverte.
Greta Driscoll va bientôt avoir quinze ans, elle n'est pas vraiment bien dans sa peau, plutôt du genre introvertie et complexée, et elle débarque dans un nouveau collège. Comme de juste elle a du mal à s'intégrer, n'a pas les codes, ne trouve pas la clef qui ouvre la porte de la popularité… C'est comme ça qu'Elliott s’impose à elle : intrusif et attachant, gauche et toujours souriant, rouquin et zozotant, il a un peu la trombine de Woody Allen quand il se met en scène enfant dans ses films et il décide unilatéralement que – advienne que pourra – ils seront amis. Greta ne s'enthousiasme pas à cette perspective… mais elle ne dit pas non.

Les parents de l'adolescente – gentils et prévenants jusqu'à en être épuisants, un peu pathétiques dans leur volonté d'afficher en permanence bonheur et harmonie familiale – s’inquiètent grandement de son attitude réservée, de sa difficulté à se faire des copines. Ils décident donc de l'aider (aïe aïe aïe !) et de lui organiser une grande fête d’anniversaire… Le cauchemar annoncé ! Tout le collège est invité, y compris le trio de filles les plus sexy, les plus smart, les plus cool de la bande, qui ont pris Greta en grippe le jour où elle a refusé de répondre à LA question qui aurait pu lui permettre de faire partie de la bande… Et puisque c’est son anniversaire, sa soirée et qu'elle doit se faire belle, la voilà affublée d’une robe aux antipodes de ses habitudes vestimentaires, dans laquelle elle a l’impression de ressembler à un gros bonbon rose… Autant dire que le cauchemar devient réalité. À moins que…

Pour faire ressentir cet état si particulier qu'est l’adolescence, si difficile à vivre et à comprendre, le film nous entraîne dans une sorte de conte aux allures d’Alice au pays des merveilles. Avec son esthétique colorée et gentiment loufoque, il nous embarque de fantasmes en métaphores sans hésiter à nous faire parfois perdre pied avec le récit (pour notre plus grand plaisir), pour nous laisser finalement face au constat auquel le temps en règle générale – il y a des exceptions – nous contraint : impossible de rester enfant éternellement. On peut se dire pour se rassurer que le monde des adultes n’est peut-être pas aussi effrayant qu'il en a l'air : il suffit probablement d'accepter d'y affronter ses peurs. Mais on peut aussi constater, et ça fout les jetons, que plein d'adultes n'y arrivent pas… Bref pas simple, mais il faut faire avec.(Utopia)

Lorgues : jeudi 18 à 20h15, samedi 20 à 18h, dimanche 21 à 19h

Les Initiés

HARMONIUMRéalisé par John TRENGOVE
Afrique du Sud 2016 1h28mn VOSTF
avec Nakhane Touré, Bongile Mantsai, Niza Jay Ncoyini, Thobani Mseleni...
Scénario de John Trengove, Malusi Bengu et Thando Mgqolozana, d'après son roman A man who is not a man

C'est une étrange histoire de sueur, de sang, de salive et autres humeurs de source vive… Un récit rare parvenu de l'ancien pays de l'Apartheid, dont on ne peut empêcher l'ombre de rôder dans nos têtes même s'il n'est pas évoqué, même si on ne voit quasiment aucun blanc à l'écran. De la première à la dernière minute, on retient son souffle, subjugué par cette palpitante visite au pays des non-dits, plongé dans les arcanes de rites secrets accessibles uniquement à une minorité d'initiés. Pour les Xhosa, ethnie d'Afrique du Sud, on ne nait pas homme, on le devient. Dans cette cambrousse apparemment déserte, ils arrivent de tous les coins du pays, ces jeunes mâles Xhosa, sans réellement savoir ce qui les attend, mais avec la ferme conviction que, quelques semaines plus tard, abandonnant à jamais derrière eux les oripeaux étriqués de leur enfance, ils seront enfin considérés comme des hommes à part entière. Passage obligé que franchirent leurs pères, leurs grands-pères et tant de générations avant eux…
Pas sûr que Xolani aurait choisi cette voie. Pas sûr que son paternel, qui le confie à son instructeur, Kwanda, en recommandant à ce dernier la plus grande fermeté envers ce fiston qualifié de « trop faible », lui en ait laissé le choix. Mais c'est bravement que Xolani s'apprête à affronter les épreuves qui l'attendent. Il se joint au cercle des autres jouvenceaux qui, tout comme lui, malgré leurs airs bravaches, sont peu rassurés. Les présentations à peine faites, une première cérémonie débute, douloureuse, où tout se passe au dessous de la ceinture. Nul ne geint ni ne pleure. L'un après l'autre ils s'efforcent de garder un timbre de voix assuré pour proclamer leur masculinité. Puis chacun se réfugie dans l'intimité d'une hutte individuelle construite spécialement pour l'occasion.

Voilà Xolani en tête-à-tête avec son instructeur, chacun découvrant l'autre, l'observant du coin de l'œil dans l'impudeur de la douleur. Kwanda applique des cataplasmes, annonce à son initié la suite des événements, le rase, le badigeonne de blanc, sans ménagement. Au travers des gestes qui guérissent, précis, ancestraux, semblent s'immiscer des sentiments ambivalents, indicibles. Est-ce de l'envie, de l'empathie, un brin de sadisme ? Tout cela est trouble et le restera. Plus on se prend à essayer de qualifier les choses, plus elles nous échappent. On pressent bien que les apparences sont trompeuses : Kwanda pas plus que Xolani ne collent complètement aux standards qui prévalent dans leur société. Peu à peu les deux personnages déparent, dérapent, fascinent, toujours plus complexes, dérangeants.
Surtout lorsqu'un autre instructeur entre en lice : Vija, beau gosse inaccessible, puissant et musclé, sur lequel le regard de Kwanda s'éternise un peu trop, un brin songeur… Vous l'aurez compris à demi-mot, sous des gestes virils et parfois brutaux, il est question de désir… Un mot tabou entre deux hommes dans cette tribu où ceux qui se doutent feignent au mieux d'ignorer la chose. Et au pire… ? Aucun silence n'est éternel et ce jeu de non dupes ne pourra pas toujours durer. L'atmosphère se fait plus tendue, plus lourde, plus inquiétante… Malgré le soleil qui accable les êtres, plane une menace glaciale qui fait froid dans le dos…

Au-delà de la beauté hypnotique des images, cette fiction aborde une réalité complexe sans se contenter de raccourcis faciles. Elle donne à voir sans tout déflorer, questionne plutôt que de condamner. C'est tout à la fois rude et plein de tact. Il en fallait au réalisateur pour parler d'une communauté qui n'est pas la sienne et à laquelle il a laissé une large place, modifiant souvent le scénario lors du tournage, écoutant ses excellents acteurs, la plupart non professionnels et véritables Xhosa (tout comme l'était Nelson Mandela qui connut le même rite initiatique…).( Utopia)

Lorgues : mercredi 17 à 19h, samedi 20 à 20h


Aurore

AURORERéalisé par Blandine LENOIR
France 2016 1h29mn
avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot, Sarah Succo, Lou Roy-Lecolinet...
Scénario de Jean-Luc Gaget, Blandine Lenoir et Océane Rose Marie. Musique de Bertrand Belin

On ne naît pas femme, on le devient… On aimerait bien poursuivre la discussion avec Simone de Beauvoir : une fois qu’on l’est devenue, qu’est-ce qu’on devient ? Au nom de quelle loi naturelle le corps épanoui de la cinquantaine se retrouve-t-il mis au rancart comme une fleur fanée, une plante verte défraîchie, un vieux pot dans lequel on ne fait même plus la meilleure soupe (j’arrête là, même si on pourrait aller beaucoup plus loin dans le registre du machisme ordinaire) ? Ce sont au fond les questions que se pose Aurore, la belle, la formidable, la surdouée Aurore – surdouée, oui, on peut le dire : figurez-vous qu’elle possède le talent unique de déterminer instantanément le nombre de lettres qui composent un mot ! Vous dites « anticonstitutionnellement », elle répond illico, sans compter sur ses doigts : 25.

Avouez que ça vous en bouche un coin ! Notre Aurore qui, comme la plupart de ses amies, se trouve confrontée à la solitude amoureuse (son ex est allé voir ailleurs si l’herbe n’était pas plus verte), à la ménopause (ah ! les bouffées de chaleur), à la maternité longuement mûrie de sa fille Marina (devenir grand-mère, non merci), au départ de sa fille cadette Lucie (dire qu’il y a 16 ans, il fallait encore lui donner la becquée) et à la perte de son job (tant qu’à faire). Décidément, qu’il est beau de ne pas naître femme histoire de mieux le devenir dans une société où la féminité connaît ses brèves heures de gloire avant celles de son obsolescence programmée… Dans ces conditions, après être femme devenue, ne faudrait-il pas tout simplement : renaître ?
C’est le déclic qui s’active dans l’esprit d’Aurore lorsqu’elle croise par hasard Totoche, son amour d’adolescence, perdu de vue depuis des lustres. Chic type en l’occurrence. Médecin, prévenant, belle allure encore, une pincée de nostalgie au fond de la prunelle… Il n’en faut pas plus – ni moins – pour qu’Aurore se retrouve de nouveau saisie par ce sentiment dont elle s’aperçoit qu’il est resté intact au fil du temps. L’eau a beau couler sous les ponts, ça ne les empêche pas de tenir… Il en va de même pour l’amour, dès lors qu’on s’intéresse un peu à ce type d’architecture informelle. Et voilà qu’Aurore, éperdument « totochisée », replonge dans la frénésie romantique de ses quinze ans. De son côté, en bon mâle responsable, Totoche a construit quelques barrages et se montre moins enthousiaste. Si la vie était simple…
Mais au fond, ce qui sauve Aurore de sa solitude de cinquantenaire délaissée n’est pas tant le fait de tomber amoureuse que celui de retrouver sa dignité et son éclat, intacts, le surgissement de ses rêves de jeunesse marquant essentiellement le décloisonnement d’une destinée vouée à l’échec social, à l’acceptation résignée des stéréotypes de genre et de génération. Moralité : il n’y a pas d’âge, qu’on soit femme ou homme, pour aimer, pour être heureux, pour se connaître, pour exister. Ce qui fait de cette formidable et joyeusement subversive comédie un film à voir toutes affaires cessantes par tous les garçons et les filles de tous les âges, jeunes, plus vieux, parents, grands-parents, ados… C’est d’ailleurs la rencontre de personnages de toutes générations et la confrontation de leurs expériences diverses et variées qui permettra à Aurore d’apprendre à être en phase avec elle-même.

Agnès Jaoui, sublime Aurore, redonne de la chair et de l’esprit, des formes et du fond, à un cinéma de comédie trop souvent habité par des corps formatés et des cerveaux maigrelets : on ne se lasse pas de contempler ses hanches, ses fesses et sa poitrine de Madone, généreuses et bouleversantes, on n’en finit pas d’être épaté par sa vivacité, son naturel, son intelligence, son humour imprévisible. Bref nous sommes tous des Totoche envoyant valser la prudence et la pusillanimité (13 lettres), prêts à (re) tomber amoureux de cette magnifique femme de 52 ans. Et merci à Bertrand Belin pour la bande originale qu’il a ici composée, incroyablement subtile et vivifiante, à l’image du film ! (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 14h, jeudi 18 à 15h, vendredi 19 à 17h, samedi 20 à 14h et 15h50, dimanche 21 à 16h, lundi 22 à 18h15 et mardi 23 à 14h et 16h10
Salernes : mercredi 17 et dimanche 21 à 18h, vendredi 19 et lundi 22 à 20h30

À voix haute - La force de la parole
Réalisé par Stéphane DE FREITAS et Ladj LY
Documentaire France 2016 1h39mn

C'est emballant, ça vous captive, ça vous remue les tripes... Sans grands effets, sans grands moyens : juste des voix, des phrases, des mots et une poignée de jeunots qui découvrent la puissance du verbe. « La parole c'est une arme, c'est quelque chose qui me permet de me défendre. » dit un garçon du film.. Ça se passe dans le 93. Le Neuf Trois selon la novlangue. Il y a quelque années, Stéphane de Freitas, le réalisateur du film, lui-même originaire d'une famille portugaise installée dans cette banlieue dont il aime la diversité, découvre brutalement en déboulant dans les beaux quartiers de l'Ouest parisien qu'il va lui falloir apprendre à s'exprimer pour qu'on l'accepte et qu'on l'écoute... De son expérience est née la coopérative Indigo, à l'origine du concours « Eloquentia » qui rassemble chaque année des jeunes de Seine-Saint-Denis, issus de tous milieux, âgés de 18 à 30 ans, étudiants ou non. Chaque année une centaine de candidats se lancent dans l'aventure et se préparent à la finale avec l'aide d'une poignée de professionnels, slameurs, avocats, théâtreux... Il fallait bien qu'un jour, avant de partir vers d'autres horizons, Stéphane De Freitas s'empare d'une caméra et filme, pour témoigner de cette fabuleuse aventure qui continue désormais sans lui. Son film suit la pro- motion de 2015 tout au long de la préparation jusqu'au concours...

Qu'il est difficile au début de se lancer ! Oser ses premières phrases, affirmer un point de vue personnel, s'ouvrir aux autres, faire surgir du fond de soi une sincérité qui semble impudique, passer outre la crainte du ridicule... Les débuts sont timides et les exercices maladroits. Puis, à mesure que chacun se laisse apprivoiser, la peur s'estompe, le spectacle de la fragilité de ses alter ego aide à l'indulgence vis-à-vis de ses propres faiblesses et peu à peu la parole se libère. On s'interpelle, on argumente, on plaide... Tous prennent de l'assurance, les phrases viennent mieux, le plaisir de jouer avec les mots s'installe et de notre côté de l'écran, on jubile. Au bout du chemin, un des participants sera couronné « Meilleur orateur du 93 », mais tous seront sortis de ce qu'ils croyaient être leurs limites, apprenant à connaître les autres en commençant par mieux se connaître eux-mêmes...

On les suit aussi dans leur vie et on mesure les efforts que beaucoup doivent faire pour surmonter les handicaps les plus divers. On pense à Eddy, ce garçon amoureux de Victor Hugo qui se tape à pied deux fois par jour et sans rechigner les 10km qui séparent la maison de ses parents de la gare où il prend le train qui l'emmène à la fac. On pense à Elhadj, qui vivait dans la rue et continuait néanmoins ses études jusqu'à préparer une maitrise de sociologie et qui se sert de la parole pour témoigner de ce qu'il a vécu... À Leïla, jeune fille d'origine syrienne qui porte le voile et milite dans un collectif féministe... On constate – ou on découvre si on n'en avait pas idée – que, foin des clichés réducteurs, la banlieue est multiple, dans ses paysages, dans son architecture, comme dans les cultures de la jeunesse qui l'habite, une jeunesse prête à s'accrocher, à bosser dur pour trouver la place qui lui sied.

Plus le film avance et plus ont prend goût et plaisir aux mots chargés du sens de toutes ces vies qui s'en emparent dans un processus d'émancipation excitant en diable : rap, slam, poésie, joutes verbales, jeux de rôle... tous les moyens sont bons pour apprendre à structurer sa pensée, dompter ses gestes, gérer son stress et ne plus avoir peur d'affronter les autres, d'affronter sa propre vie. Quelle émotion ! (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 20h, jeudi 18 à 18h15, dimanche 21 à 16h25 et mardi 23 à 18h

Les Fantômes d’Ismaël
Réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2017 1h50mn
avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Laszlo Szabo, Hippolyte Girardot...
Scénario d'Arnaud Desplechin, Julie Peyr et Léa Mysius. Festival de Cannes 2017 : Film d'ouverture


Après l'oubli – assez incompréhensible – par le comité de sélection du très beau Trois souvenirs de ma jeunesse il y a deux ans, Arnaud Desplechin est de retour dans la sélection officielle du Festival de Cannes, hors compétition – il s'en fiche probablement un peu et nous aussi – mais en ouverture. Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël bien des références, des chassés-croisés, de simples clins-d’œil ou des échos plus intimes à la filmographie d’Arnaud Desplechin, et plus largement au cinéma qu’il affectionne, qui le nourrit, qu’il admire.
Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël un hommage à peine dissimulé aux héroïnes hitchcockiennes, en particulier celles de Vertigo (le personnage interprété par Marion Cotillard se prénomme Carlotta…) ou de Rebecca : femmes à la beauté excessive et sauvage ou à la grâce plus froide et discrète dont les âmes sont traversées par la passion amoureuse, les fantômes du passé ou l’éternelle question de l’identité. Mais on peut bien évidemment plonger avec Ismaël et ses fantômes en étant vierge de toutes traces cinéphiles, le voyage n’en sera pas moins agréable, ni moins fort, peut-être même sera-t-il encore plus surprenant, plus déconcertant. C’est un film à tiroirs, un puzzle, un subtil assemblage de morceaux de vies éclatés, comme Desplechin les affectionne. Un film où la fiction dans la fiction se joue de nous et des codes classiques de narration, où le fantastique n’est jamais très loin. Un récit qui caresse comme pour s’en moquer les histoires d’amour tourmentées de ces pantins faits de chair et de mélancolie, puis qui glisse doucement vers la farce avant de se tourner comme par erreur vers le film d’espionnage et de finir dans les beaux draps de la comédie dramatique, sous lesquels, immanquablement, s’agite le trio amoureux (un homme, deux femmes). Autant dire que vous serez un peu baladé au milieu de ces personnages un peu fous… fous d’amour ou de regrets, fous de l’irruption inattendue des fantômes du passé, fous de la laborieuse fabrication d’un film, fous d'être promenés dans les arcanes des services secrets internationaux…

En dire trop serait sacrilège… alors voilà ce qu’en dit le maître de marionnettes : « C'est le portrait d'Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n'y rien comprendre. C'est le portrait d'Ismaël, un réalisateur de films qui traverse sa vie sans n'y rien comprendre non plus. C'est le retour d'une femme, d'entre les morts. C'est aussi un film d'espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock… » Ismaël (Mathieu Amalric, qui ré-endosse ici l'identité d'Ismaël Vuillard qu'il avait dans Rois et reine) – pas plus que Bloom, son maître en même temps que son exbeau-père – ne se remet pas de la mort de sa jeune épouse Carlotta, disparue il y a vingt ans. Il vit cependant une relation forte avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg), astrophysicienne discrète mais passionnée : il l'aime, elle l'aime aussi, ils sont heureux, voilà tout. Mais à la veille du tournage de son nouveau film, consacré au portrait d'Ivan, personnage largement inspiré par son frère, Carlotta, pourtant déclarée officiellement morte, revient. Et bouleverse tout. Sylvia s'enfuit… Ismaël refuse que Carlotta revienne dans sa vie. Il a peur de devenir fou, s'échappe du tournage et s'enferme dans sa maison familiale à Roubaix. Peut-être qu’en tirant les ficelles des personnages de son film, loin du monde, il parviendra à recomposer les fragments passés et présents de sa tumultueuse existence… (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 à 14h, 16h15, 18h30, 20h45, jedui 18 à 15h, 18h15, 20h45, vendredi 19 à 15h, 18h30, 21h, samedi 20 à 14h, 16h15, 18h30 et 21h, dimanche 21 à 14h, 16h15, 18h30, 20h45, lundi 22 à 15h, 17h30, 20h, mardi 23 à 16h, 18h30, 20h45

L'Homme aux mille visages
Réalisé par Alberto RODRIGUEZ
Espagne 2016 2h02mn VOSTF
avec Eduard Fernandez, José Coronado, Marta Etura, Carlos Santos, Luis Callejo, Philippe Rebbot...
Scénario de Rafael Cobos et Alberto Rodriguez

Ça pourrait être le mariage improbable et jubilatoire entre les péripéties d'un film d'espionnage et les affres d'un scandale politique qui ferait passer les successives affaires Fillon pour un forfait de cour de récréation. Un scandale symptomatique de la difficulté de l'Espagne nouvellement démocratique des années 80/90 à rompre définitivement avec les mauvaises habitudes d'un pouvoir terroriste et mafieux.

Novembre 1993. Le socialiste Felipe Gonzalez est au pouvoir depuis 1982. Franco est mort depuis moins de 20 ans et la lutte contre les militants basques très actifs de l'ETA est le prétexte à l'installation d'un système militaro-policier qui s'affranchit souvent des règles de justice et de droits humains, comme au bon vieux temps du Caudillo. En 1993 Luis Roldan, le patron de la Garde Civile, organe de répression par excellence, est donc tout puissant. Sauf qu'on découvre que cet homme censé incarner à lui seul l'intégrité de la police et de l'État espagnol a depuis son accession à son poste enrichi son patrimoine de 400 millions de pesetas ! Convoqué, Roldan prend illico la poudre d'escampette, son inculpation semble inévitable... Mais le vrai personnage de l'affaire et donc du film n'est pas le falot et corrompu Luis Roldan. C'est un homme de l'ombre, Francisco Paesa. Un homme un peu replet aux lunettes cerclées qui pourrait passer aisément pour un clerc de notaire ou un agent d'assurances, totalement inconnu de l'Espagnol de la rue. Mais il fut en fait pendant deux décennies un des principaux agents secrets freelance de l'État espagnol, contribuant par une opération audacieuse à porter un coup fatal à l'ETA, menant aussi des opérations diplomatico-financières avec des puissances extérieures peu recommandables. Francisco Paesa est à cette époque un agent que l'État a oublié à plusieurs reprises de rétribuer à sa juste valeur et qui en a gardé une rancœur certaine.

Même s'il est préférable de ne pas voir ce film à l'heure de la digestion d’un cassoulet si on veut parvenir à suivre tous les rebondissements et circonvolutions du récit hallucinant de cet imbroglio politico-policier mêlant diplomatie, grand banditisme, terrorisme international et haute finance... on est pris de bout en bout par cette intrigue enlevée qui va nous mener de l'Espagne à une planque parisienne, aux banques de Singapour puis à Bangkok. Une intrigue qui mêle le suspense au comique, avec son cortège de personnages bras cassés dont on se demande ce qu'il peuvent faire dans le milieu de l'espionnage (formidable Philippe Rebbot, en espion amateur et toxicomane). Et il faut bien dire que la manière dont le génial voyou manipulateur Francisco Paesa parvient à berner l'État espagnol est particulièrement réjouissante – Francisco Paesa incarné par Eduard Fernandez, formidable acteur caméléon.

Au fil d'une mise en scène trépidante, Alberto Rodriguez nous fait découvrir – ça fait parfois froid dans le dos – les dessous de l'histoire récente espagnole avec son lot de compromissions, de pratiques héritées de l'époque Franco, où les assassinats politiques sont encore monnaie courante, et où la grande finance prend largement le pas sur la démocratie. Alberto Rodriguez nous avait passionnés avec Isla Minima, polar poisseux qui se déroulait en Andalousie juste après la mort de Franco, il continue dans L'Homme aux mille visages à interroger brillamment l'histoire de son pays sans jamais ennuyer le spectateur. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 17 et dimanche 21 à 20h45, jeudi 18 à 18h15, vendredi 19 à 21h, samedi 20 à 18h30, lundi 22 à 20h30 et mardi 23 à 15h50

Après la tempête
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2016 2h VOSTF
avec Hiroshi Abe, Yoko Maki, Yoshizawa Taiyo, Kirin Kiki...

Le cinéma d'Hirokazu Kore-Eda, infatigable peintre des familles japonaises, semblait stagner depuis quelque temps dans une entêtante ritournelle de tendresse et de mélancolie. Son nouveau film, Après la tempête, marque une inflexion salutaire, puisqu'il s'intéresse cette fois à une famille disloquée par le divorce, la garde partagée d'un enfant et la mort récente d'un aïeul. Une amertume auxquelles le cinéaste ne nous avait pas habitués depuis les très beaux Nobody knows (2004) et Still walking (2008), et qui a pour effet d'accroître l'épure et la concentration de sa mise en scène, sans pour autant oublier de les moduler à travers une riche palette d'humeurs.

Après la tempête met en scène toute une galerie de personnages, mais dresse parmi eux le portrait d'un sublime perdant, tchekhovien en diable : Ryota, espoir déçu de la littérature dont l'immaturité crasse l'entraîne à végéter dans le métier parfois sordide de détective privé. Cette grande tige au regard doux (physique incroyable de l'acteur Hiroshi Abe) a hérité de son père une passion pour le jeu qui ne lui laisse jamais le moindre sou en poche. C'est à cause de ces excentricités, impropres à la vie de famille, que le bonhomme vit séparé de son fils Shingo, onze ans, et de sa femme Kyoko (Yoko Maki), qui depuis a rencontré un autre homme. Mais, un soir de typhon, tous les trois se retrouvent à devoir passer la nuit chez la mère de Ryota, qui nourrit le secret espoir de les voir réconciliés.
Le film, fait de conversations, ne s'en tient pas à cette seule trame, mais la laisse infuser dans le flux d'une existence ordinaire – ici la préparation d'un repas, là le cours tranquille d'une promenade – au rythme faussement apaisé des heures creuses. Affleurent alors, au détour d'un mot drôle ou d'une situation cocasse, la douleur larvée, le désappointement, l'inexorable érosion des existences.
Kore-Eda recueille ces humeurs dans un subtil camaïeu de beiges et de gris, lié aussi bien à la lourdeur du climat saisonnier qu'à ces fades barres d'immeubles qu'habitent les personnages, écrins blêmes de leurs sentiments. Dans la très belle et longue scène du typhon, les paroles scintillent au plus profond d'une nuit tourmentée, où chacun apprendra à accepter la séparation comme la seule clé possible d'une continuité malgré tout. (M. Macheret, Le Monde)

« Avoir accepté les changements qui se sont opérés en moi après la mort de ma mère et de mon père donne ce film qui est celui qui me ressemble le plus. Après ma mort, si je me retrouve devant Dieu ou le Juge de l’Au-delà et qu’on me demande : “Qu’as-tu fait sur Terre ?” Je pense que je leur montrerai Après la tempête en premier. » (Hirokazu Kore-Eda)

Le Vox (Fréjus)  : mercredi 17 à 15h45 et jeudi 18, dimanche 21 à 20h45

L’autre côté de l’espoir

HARMONIUMÉcrit et réalisé par Aki KAURISMAKI
Finlande 2017 1h40mn VOSTF
avec Sakari Kuosmanen, Sherwan Haji, Janne Hyytiäinen, Ilkka Koivula, Nuppu Koivu...
FESTIVAL DE BERLIN 2017 : Ours d’argent du meilleur réalisateur

Dès les premières images on retrouve avec un bonheur intense Aki Kaurismaki et son univers de cinéma muet rehaussé de couleurs saturées, de bande son rockabilly et d’accessoires issus au plus tard des années 60. Mais L'Autre côté de l’espoir est bien ancré dans notre époque et nous propulse dans une actualité des plus urgentes au travers de deux personnages aussi fabuleux qu’inoubliables : Wikhström, Finlandais pépère en train de mettre sa vie de quin- quagénaire sur de nouveaux rails, et Khaled, jeune réfugié syrien échoué à Helsinki et demandeur de papiers. Avec son humour pince-sans-rire, le cinéma de Kaurismaki a toujours été l’abri des laissés-pour-compte, des prolétaires. Aujourd’hui, il accueille très naturellement un personnage de réfugié avec, au fond, cette idée lumineuse que ce qu’il peut arriver de mieux aux uns dans leur quête du bonheur, c’est sûrement de rencontrer les autres.

Impossible de ne pas penser à Chaplin en voyant L’Autre côté de l’espoir : la même générosité intemporelle, la même alchimie du tragique et du rire, la même pertinence politique aux côtés des opprimés en tous genres. Sans une once d’effusion, sans le moindre angélisme, Aki Kaurismaki amène deux itinéraires opposés à se croiser et réalise un film truffé de lucidité, jamais aussi drôle que lorsqu’il est sérieux, vertigineux d’intelligence et d’humanité.

Enseveli sous un tas de houille, couvert de suie dans la nuit noire du port d’Hel- sinki, il n’a pas de nom, pas de visage, pas d’identité. Aux yeux de la ville qu’il parcourt, il est une énigme. Dans le cinéma du finlandais, il est entré comme chez lui : faux-frère de L’Homme sans passé (tête bandée et amnésique), complice par son vêtement souillé de tous les ouvriers kaurismakiens. Il faut attendre un bon moment avant qu’une halte aux douches publiques ne le lave de son anonymat. Et ce n’est que plus tard encore, lors de l’audition pour sa demande d’asile, que Khaled racontera son histoire, digne et sans sentimentalisme.

En parallèle, Wikhström (interprété par le génial Sakari Kuosmanen, habitué du cinéma de Kaurismaki) vient de quitter sa femme alcoolique sans un mot (quelle scène !) et il est bien décidé à se débarrasser des fardeaux de sa vie passée. A commencer par son boulot de représentant en chemises. Une fois son stock 100% nylon refourgué, il pourra réaliser son rêve : devenir patron d’un petit res- taurant. Un bon filon, comme lui confie sa vieille cliente : « un métier où quand les affaires vont bien, on boit ; et quand elles vont mal, on boit aussi ». L’établissement convoité est en perte complète de vitesse. Qu’à cela ne tienne, Wikhström achète et récupère du même coup les trois employés : un cuisinier, un portier et une stagiaire. Auxquels s’ajoute vite un quatrième qui occupait indûment le local à poubelles du restaurant : Khaled.

Autant dire que cette aventure ne sent pas du tout la « success story ». La petite merveille que nous offre Kaurismaki est bien plus modeste et vraisemblable. La force des personnages est de ne jamais demander à l’autre plus qu’il ne peut donner. Comme si rien ici n’était fait par idéal, mais plutôt par évidence et par honnêteté. Qui retrouvera Myriam, la sœur que Khaled a perdu dans son exil à travers l’Europe ? Qui montrera à Wikhström l’horizon réel de son bonheur ? Façonné dans des lumières incroyables dont seul Kaurismaki a le secret, redoutable par son économie de moyens et de mots, L'Autre côté de l’espoir déploie avec un charme fou son humour flegmatique, sa vision du monde légèrement désinvolte et pourtant profondément empathique.(Utopia)

Salernes : mercredi 17 à 20h30, vendredi  19 et mardi 22 à 18h, dimanche 21 à 20h

Félicité
Réalisé par Alain GOMIS
France 2017 2h05mn VOSTF
avec Véro Tshanda Beya, Papi Mpaka, Gaetan Claudia & le Kasai Allstars...
Scénario d'Alain Gomis, avec la collaboration de Delphine Zingg et Olivier Loustau. FESTIVAL DE BERLIN 2017 : GRAND PRIX DU JURY

La nuit bat son plein… Dans un bar sombre de Kinshasa se distraient les hommes. Quelques femmes trainent également, plus là pour épater la galerie ou travailler que pour s'amuser elles-même. Parfois une serveuse remet une main baladeuse à sa place. Parfois le ton monte. Moments de beuverie désabusés. Ici, qu'on refasse le monde avec les copains ou qu'on l'observe en solitaire, ça ne change rien à l'affaire. Nul n'est dupe. L'alcool est un éphémère antidote contre les vieux démons de chacun. Une fois la bouteille bue, viendra le moment de repartir seul ou pas très bien accompagné dans la moiteur de son antre. Pour fuir l'inévitable solitude, on traîne en espérant trouver un peu de chaleur humaine.
Ce pourrait bien être une quête vaine… Mais non ! Car s'élève une voix intemporelle, profonde, puissante, magnétique. La voix de Félicité qui berce, vous transporte ailleurs, dans une forme de rêve, de méditation, peut-être même de transe. Elle semble réveiller la vie, alors que le regard de la chanteuse semble étrangement vouloir la fuir. Nul besoin de comprendre les mots, la mélodie évidente, éternelle, raconte tout à leur place : le présent intimement entrelacé au passé, le réalisme à l'onirisme. Mélange de tradition et de modernité sur lequel le temps n'a plus d'emprise. Après tout, ce que nous appelons l'avenir deviendra un jour un passé immémorial pour nos lointains descendants.

Tabu, mécanicien bien charpenté (et bien alcoolisé pour l'heure), semble comme hypnotisé, transfiguré. Il oublie l'espace d'un instant ses manières brutes, ses provocations violentes qui escamotent ses bons côtés. Impossible de résister à cette vague douce qui le transperce. Son regard de mauvais démon prend des airs angéliques. Mais cette belle femme plantureuse à la voix chaude, qui n'a pas l'abord facile, n'est certainement pas pour lui. La soirée finira donc, comme trop souvent, en queue de poisson…

Le matin venu, le réveil est lent et rude pour les noctambules. On retrouve Félicité le regard sombre, accablée par la chaleur pesante de sa piaule sans charme. D'autant plus mal lunée que son réfrigérateur est en panne. Quand le réparateur qui se présente se trouve être le même Tabu qui a semé la zizanie sur son lieu de travail, elle est d'autant moins encline à lui accorder sa confiance. Elle lui fait la leçon, le rembarre. Lui la regarde bien penaud… C'est par là que va commencer leur étrange aventure… Qui pourrait-être classique mais ne le sera pas ! Si le récit débute dans une forme aux codes familiers, c'est pour mieux nous ferrer et il va vite s'en émanciper de manière brillante, extrêmement vivante. Son originalité et sa richesse prennent racine dans ses interstices. Tantôt des silences habités de mille voix nous propulsent dans le songe d'une nuit équatoriale. Tantôt les envolées lyriques du « Fratres » d’Arvo Pärt jouées par un incroyable orchestre symphonique surgit de nulle part font naître en nous un véritable sentiment d'élévation. De purs moments de grâce, hypnotiques, où l'on se sent trimballés comme d'impuissants fœtus dans une matrice à la fois rassurante et immense, universelle. C'est un cinéma des contrastes, lumineux, qui n'occulte jamais pour autant la part d'obscurité des hommes et de leur société.

Quand Félicité va apprendre que son fils a eu un accident de moto, tout va basculer. Ici, au Congo, nulle sécurité sociale pour les indigents. Le système est sans cœur et on opère uniquement ceux qui ont les moyens de payer. Pour sauver la jambe de l'adolescent, il faudrait accumuler une montagne d'argent. Voilà cette femme digne, qui jamais n'a quémandé, prête à pulvériser tous les obstacles. Comme si la peur de la perte la ramenait elle-même à la vie. Cette détermination tenace, énergique, sans concession va ébranler Tabu, qui, oubliant presque de la désirer, va se mettre à son service, sans plus rien attendre en retour. Et si l'impossible rédemption tenait en cela… tout simplement donner au lieu de prendre…

Cotignac : lundi 22 à 20h30

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Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

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