Au(x) cinéma(s) du 18 au 24 janvier

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Bonjour à tous !

Cette semaine, en ciné-club, au CGR, La Fille Inconnue des frères Dardenne, leur "nouveau diamant brut".

Notez dès maintenant la prochaine soirée que vous propose Entretoiles le dimanche 29 janvier, sur le thème "Croire" avec 2 films : Les Voisins de Dieu, un film israelien de Meni Yaesh où on peut avoir l'espoir que les "pires têtes de bois puissent s'ouvrir à la tolérance" et Le Disciple, un film russe de Kiril Sebrennikov qui montre un féroce combat contre l'obscurantisme. Et bien sûr, l'apéritif Entretoiles entre les 2 films.

Au  Vox, ne manquez pas la semaine du cinéma de Télérama, avec une pléiade des meilleurs films de l'année 2016 : ElleMa Vie de CourgetteAquariusMidnight SpecialManchester by the seaVictoriaL'Économie du CoupleJuste La Fin Du MondeLes Ogres et Julieta ! Excusez du peu ! Faîtes votre menu et courez au Vox déguster toutes ces merveilles ! Si vous venez avec le coupon Télérama, ce sera encore moins cher (3€50).
Sinon, toujours au Vox, on peut voir Le Divan de Staline de Fanny Ardant, un film audacieux et attachant, Ouvert la Nuit de Edouard Baer, un film tourbillonnant, épique et joyeux, Primaire de Hélène Angel un film bouillonnant et généreux comme une cour d'école.

À Lorgues et à Cotignac, Parterson de Jim Jarmusch, un film magnifique et poétique, A Lorgues toujours, Hedi, un vent de liberté de Mohamed Ben Attia, un film sur une histoire emblématique des lendemains du printemps arabe, et à Cotignac, 3000 Nuits, film palestinien de Mai Masri dont on ressort "ému aux larmes".
A Salernes, un magnifique film d'animation, conte philosophique, plutôt pour adultes : La Jeune Fille Sans Mains de Sébastien Laudenbach.

Vous devez avoir reçu une convocation à l'assemblée générale d'Entretoiles qui se tiendra le VENDREDI 20 JANVIER A 18H dans la salle C de la MSJ. : nous vous y espérons nombreux !

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 18 AU 24 JANVIER

Affiche
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La Fille Inconnue
Écrit et réalisé par Luc et Jean-Pierre DARDENNE
Belgique 2016 1h46mn
avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémy Rénier, Fabrizio Rongione, Louka Minnella, Christelle Cornil, Nadège Ouedraogo, Olivier Gourmet...
Tous ceux qui identifient les Dardenne à un cinéma naturaliste, social, misérabiliste, ouvriront peut-être enfin les yeux (il serait temps) en découvrant leur magnifique et bressonien La Fille inconnue. Rien n’est plus travaillé, précis, minutieusement sculpté, intelligemment formaliste et moralement complexe que le cinéma des frères liégeois.
Leur dynamo est cette fois-ci le docteur Jenny Davin, une jeune généraliste qui refuse un soir d’ouvrir sa porte à une jeune femme en détresse parce que l’horaire est dépassé d’une heure. Elle apprend que celle qui sonnait a été retrouvée morte sur une berge, sans identité, sans famille et sans sépulture. Davin en conçoit une culpabilité obsédante et n’a plus qu’un but : retrouver le nom de la fille inconnue et lui offrir une dernière demeure digne. Davin, c’est Adèle Haenel, sainte laïque et guerrière, petit bloc obsessionnel qui rappelle ses devancières Rosetta ou Lorna. La différence, c’est que Jenny Davin n’est pas une victime mais une femme de la bourgeoisie dont le métier, ou plutôt la vocation, consiste précisément à réduire le malheur du monde, un peu comme si les deux frères étaient passés de l’autre côté de leur caméra par le biais de Davin...
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CGR (Draguignan)  : mercredi 18, samedi 21, dimanche 22 à 17h50 et jeudi 19, vendredi 20, lundi 23 et mardi 24 à 18h
Affiche
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Les Voisins de Dieu
Écrit et réalisé par Meni YAESH
Israël 2011 1h38mn VOSTF
avec Roy Assaf, Gal Friedman, Itzik Golan, Rotem Ziesman-Cohen...
Habemus papam ! Après une bonne quinzaine d'errances et de quête de guide, nous voilà dotés d'un nouveau garant de l'unité catholique. Sous couvert d'un autre étendard religieux, tout aussi propice à l'ouverture et à la tolérance, Les Voisins de Dieu nous emmène chez les jeunes des quartiers d'une ville d'Israël. Trois bons gaillards, issus du courant Breslev, qui prône une pratique religieuse plutôt cool et joyeuse tout en respectant la loi juive et les Mitzvas, mais qui permet en même temps de boire, fumer de l'herbe et jouer au foot, autant d'activités innocentes qui ne sauraient s'accompagner cependant de la compagnie du moindre jupon. Et voilà nos loustics auto-proclamés gardiens de l'ordre et de la vertu de leur quartier de Bat Yam, ville champignon limitrophe de Jaffa... lire la suite
CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles "Croire" : dimanche 29 janvier 18h
Affiche
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Le Disciple
Écrit et réalisé par Kirill SEREBRENNIKOV
Russie 2016 1h58 VOSTF
avec Petr Skvortsov, Viktoria Isakova, Svetlana Bragarnik, Anton Vasiliev...
D'après la pièce Martyr, de Marius von Mayenburg
Veniamin est un adolescent à la gueule d'ange, troublé par la vie qu'il sent bouillonner en lui et qui l'a sans doute déjà un peu écorché. Mais ça on va tout aussitôt l'oublier ! C'est la première originalité du sujet qui n'enfonce pas des portes ouvertes. L'analyse est ailleurs, bien plus dérangeante. On met les pieds hors des sentiers battus et on ne sait pas où le chemin va nous conduire. En tout cas on est vite embarqué et dépassé, comme l'entourage du beau gosse.
Première scène, nous voilà dans l'antre d'une famille de la petite ville de Kaliningrad. Un appartement rococo et sombre, qui suinte la misère intellectuelle. À l'arrière plan une télé, éternelle compagne perpétuellement allumée, débite ses sornettes. À peine Veniamin met-il les pieds à l'intérieur qu'une blonde un peu épaisse, mal coiffée et sans éclat, sa mère, se met à éructer, exigeant des explications. La voit-on sous le prisme du regard du garçon, ou est-elle vraiment cette harpie, inquisitrice vulgaire, qui choque, pousse son fils dans ses derniers retranchements ?...
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CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles "Croire" : dimanche 29 janvier 20h
Affiche
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Manchester by the sea
Ecrit et réalisé par Kenneth LONERGAN
USA 2016 2h16mn VOSTF
avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges, Gretchen Mol, CJ Wilson...
C’est bien depuis la mer qu’il faut découvrir Manchester by-the-Sea, Massachusetts, petite ville côtière des Etats-Unis repérable sur la carte à quelques centimètres de Boston. Depuis la mer, tout paraît calme et serein : les bateaux de pêche vont et viennent, les résidences plantées au bord de l’eau semblent couler des jours indéfiniment paisibles, même les bâtisses industrielles du port, couleur rouge brique, semblent s’intégrer avec élégance au paysage. Depuis la mer, Manchester by-the-Sea est une ville où il fait bon vivre, une ville où l’on naît et où l’on meurt, sans l’once d’un regret de n’en être jamais parti, sans avoir eu l’envie ni le goût d’un ailleurs tant la vie ici semble belle et simple. Depuis la mer, la vue d’ensemble décrit des courbes et des couleurs en parfaite harmonie avec les hommes... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 20 à 15h45, dimanche 22 et mardi 24 à 18h, lundi 23 à 15h50
Affiche
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Le Divan de Staline
Écrit et réalisé par Fanny ARDANT
France/Portugal 2016 1h32mn
avec Gérard Depardieu, Emmanuelle Seigner, Paul Hamy, François Chattot, Luna Picoli-Truffaut...
D'après le roman de Jean-Daniel Baltassat
Soit un énorme palais décadent orné d'inquiétantes gargouilles, perdu au fond de bois profonds en Géorgie, le genre d'antre fait sur mesure pour un ogre solitaire et pas gentil du tout comme on en croise dans les contes qui font peur aux enfants et frissonner même ceux qui les racontent. Staline s'est isolé pour quelques jours avec son étrange et belle maitresse Lidia Semionova. Elle lui lit Pouchkine, il écoute la Callas chantant l'aria de Lady Macbeth qui « convoque les pouvoirs du mal pour l'ambition de son mari : Callas a dans sa voix la folie des rêves et la terreur des visions »… Il fume la pipe dans son fauteuil, il a l'air cruel d'un gros matou perfide qui semble s'amuser de la crainte qu'il inspire. Ses généraux n'en mènent pas large, mais Lidia lui tient tête. Dans le bureau où il dort trône un divan en tout point identique à celui du bureau de Freud à Londres. Alors germe dans son esprit tordu l'idée d'un jeu... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : ercredi 18 à 16h et 18h15, jedui 19 à 16h et 18h, vendredi 20 à 13h50, 18h30, et 20h30, samedi 21 à 14h et 16h15, dimanche 22 à 14h et 16h05, lundi 23 à 14h et 18h, mardi 24 à 16h10 et 20h30
Affiche
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3000 Nuits
Écrit et réalisé par Mai MASRI
Palestine 2016 1h43mn VOSTF
avec Maisa Abd Elhadi, Raida Adon, Karim Saleh, Nadira Omran...
Il est des films dont on ressort ému aux larmes, dont on ne se remet jamais complètement et dont on a envie de dire au monde entier « si j’étais toi, j’irais de ce pas le voir au cinéma ». 3000 nuits, de la réalisatrice palestinienne Mai Masri, fait partie de ces films-là.
L’histoire se passe dans une prison israélienne dans les années quatre-vingt, Layal y est enfermée pour huit années, condamnée pour un attentat dans lequel elle n’est pas impliquée. Elle partage la cellule d’israéliennes condamnées de droit commun et s’habitue progressivement à l’univers carcéral. Mais elle découvre qu’elle est enceinte et envers et contre tous, elle décide de garder l’enfant...
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Cotignac : jeudi 19 à 20h30
Affiche
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Ouvert la nuit
Réalisé par Edouard BAER
France 2016 1h40mn
avec Edouard Baer, Audrey Tautou, Sabrina Ouazani, Christophe Meynet, Jean-Michel Lami, Gregory Gadebois, Patrick Boshart, Marie-Ange Casta, Alka Balbir, Lionel Abelanski, Atem Kelif, Michel Galabru...
Scénario d’Edouard Baer et Benoit Graffin
Ouvert la nuit aurait pu s’appeler « Ouvrir les portes » (d’un théâtre, d’un cinéma, de chez soi) ou bien « Ouvrir une bouteille » (de champagne, de vin) voir même « Ouvrir son cœur »… Bref un titre généreux, avenant, engageant, un titre qui donne envie d’aller vers l’autre, vers l’inconnu, vers les lumières de la ville et de la nuit. Alors on va ouvrir tout ça en même temps – parce que c'est comme ça que la vie ne devrait jamais cesser d'être : ouverte comme une fenêtre – et suivre le facétieux, l’incorrigible, le séduisant… j’ai nommé l’inénarrable et incroyable Luigi... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 16h30 et 20h45, jeudi 19 à 13h50 et 18h30, vendredi 20 à 15h55 et 18h15, samedi 21 à 20h30, dimanche 22 à 20h45, lundi 23 à 13h50 et 16h35, mardi 24 à 14h et 20h45
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Hedi, un vent de liberté
Écrit et réalisé par Mohamed BEN ATTIA
Tunisie 2016 1h33mn VOSTF
avec Majd Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sabah Bouzouita, Hakim Boumessoudi...
GRAND PRIX – Festival International du Film Indépendant de Bordeaux 2016
Nous sommes à Kairouan en Tunisie, au lendemain du printemps arabe. Les violences, les manifestations… pas trop le genre d'un bonhomme qui profite de l'honnête aisance que lui confère sa position de cadre moyen chez Peugeot. Côté famille, ce fils à sa maman fait la fierté d'une génitrice toute à la stricte observance de la tradition. Un bidule étrange, cette tradition : une machine à générer des angoisses et des conflits qui, vue de ce côté à nous de la Méditerranée, épouse en pire les effets d'une terrible bombe asphyxiante. C'est une chose qui saute en effet moins aux yeux de tout un chacun, mais les hommes dans ce petit pays, aussi bien que dans les pays arabes en général, sont eux aussi soumis au régime d'un matriarcat très contraignant qui, non content d'encadrer strictement le comportement des femmes programmées depuis la naissance pour atteindre les objectifs de base que sont le mariage et la fondation d'une famille, ne manque pas d'entraver dans le même élan, mais plus subtilement, la liberté des hommes qui se voient embarqués dans la triste comédie des mariages arrangés pour le meilleur et souvent pour le pire... lire la suite
Lorgues : samedi 21 à 16h, dimanche 22 à 20h15
affiche
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Paterson
Écrit et réalisé par Jim JARMUSCH
USA 2016 1h58mn VOSTF
avec Adam Driver, Golshifteh Farahani, Barry Shabaka Henley, Kara Hayward, Trevor Parham, Masatoshi Nagase...
La bande son a beau être d’une sobriété surprenante pour un film de Jim Jarmusch, Paterson est un film infiniment musical, peut-être un des plus musicaux du cinéaste New-Yorkais. Une partition délicate et drôle composée sur le fil d’une semaine ordinaire dans la vie paisible d’un chauffeur de bus, amoureux en couple et poète à ses heures. Sept jours découpés avec une précision métronomique dans la routine d’une ville moyenne du New Jersey, au cours desquels Jim Jarmusch nous initie à la sublimation du quotidien par la richesse des relations coutumières, par l’attention aux détails cachés sous les habitudes, par la poésie comme art de vivre et saisie dans tout ce qui nous entoure. Ces sept jours sont les sept mesures d’un grand cinéaste idéaliste qui recrée un monde lavé de sa noirceur par la bienveillance et l’énergie créatrice de tout un chacun. Avec Paterson, Jarmusch réussit un splendide film en mode mineur, parfaitement anti-dramatique puisqu’il ne s’y passe (presque) rien d’extraordinaire mais qui, par l’épure proche d’un haïku, parvient à toucher à l’essentiel... lire la suite
Lorgues : jeudi 19 à 20h15, samedi 21  à 20h, dimanche 22 à 18h
Cotignac : vendredi 20 à  20h30
affiche
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La Jeune Fille Sans Mains
Écrit et réalisé par Sébastien LAUDENBACH
Film d'animation France 2016 1h13mn
avec les voix de Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm, Philippe Laudenbach, Sacha Bourdo...
Scénario inspiré par Olivier Py et librement adapté du conte (peu connu) des frères Grimm. Pour les enfants à partir de 8 ans
Le froufrou du vent qui secoue le linge en train de sécher, la fraîcheur de l'eau qui ruisselle sur les corps, la douceur des mains qui frottent inlassablement le linge, l'odeur du bois que l'on fend… En quelques traits minimalistes, voilà un océan de sensualité qui s'ouvre à nous. C'est toute la magie de ce magnifique film d'animation atypique où tout est suggéré à la façon de certaines estampes à l'encre de chine. La maestria du dessin est enchanteresse : l'image se fait vibrante, le trait terriblement vivant. On ne cesse d'être impressionné par les effets que peuvent créer un simple pinceau sur une tout ordinaire page blanche. Dès lors, il n'y a qu'à se laisser porter par ce conte philosophique dont la morale (quasiment anticapitaliste), pourtant venue de temps lointains, semble toujours d'actualité... lire la suite
Salernes : vendredi 20 à 18h  et 20h30, dimanche 22 à 18h15
Affiche
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Primaire
Réalisé par Hélène ANGEL
France 2016 1h45mn
avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Olivia Côte, Guilaine Londez, Patrick D'Assumçao...
Scénario de Yann Coridian et Hélène Angel, avec le concours d'Olivier Gorce et Agnès de Sacy
Elle a une pêche d'enfer Florence, et le charisme décapant et sauvage de Sara Forestier ! Une vitalité, une présence, une imagination débordantes, à faire craquer des hordes de gamins indisciplinés. Florence est institutrice, enfin, maîtresse, heu… pardon, je veux dire Professeur des écoles puisque l’institution adore les nouvelles appellations, les nouveaux sigles, les nouveaux programmes… Pour Florence, qu’importe le titre, puisqu’elle a plus que la motivation : la passion. Enseigner est pour elle un engagement, un émerveillement, un défi permanent qu’elle n’a de cesse de réinventer, de nourrir, puisant son énergie et ses idées dans la relation avec ces bambins qu’elle accompagne et pour lesquels elle est prête à tout donner : son temps, son talent, son empathie... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 16h30, jeudi 19 et vendredi 20 à 13h50, samedi 21 à 18h15, dimanche 22 à 14h, lundi 23 à 18h50 et mardi 24 à 15h55 et 18h15
Le Coeur régulier : Affiche
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Elle
Écrit et réalisé par Paul Verhoeven
Pays-Bas 2016 2h10mn
avec Isabelle Huppert, Charles Berling, Anne Consigny, Virginie Efira, Laurent Lafitte...
Tordu, drôle, choquant, réjouissant... Elle signe le retour d’un Verhoeven plus que jamais passé maître dans l’art de déranger. Mais plus que de la provocation, cette satire sociale ambiguë bascule en cours de route sur un axe cosmique et universel. Une composition d’une grande maîtrise. Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 14h et 18h, jeudi 19 à 16h et 20h30
Affiche
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Ma vie de Courgette
Réalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
avec Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan, Marie-Thérèse Fortin...
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette. Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy. Pour les enfants à partir de 7 ans
Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :mercredi 9 et mardi 15 à 14h et 16h30, jeudi 10 à 14h, 16h30 et 18h30, vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 à 14h et 16h05, lundi 14 à 14h et 16h25
Affiche
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Midnight Special
Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 1h51 VOSTF
avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard...
Du jeune maître texan Jeff Nichols, qui nous impressionne de film en film(Shotgun stories, Take shelter – tous deux disponibles en Vidéo en Poche – et Mud), on attendait l'inattendu… et on n'est pas déçu. La première scène de Midnight Specialnous plonge dans l'inconnu. Deux hommes armés semblent attendre, anxieux, dans une chambre de motel aux fenêtres recouvertes de carton. Sur le lit, caché sous un drap, un petit garçon lit à la lumière d'une lampe de poche, imperméable aux événements extérieurs, un casque anti-bruit sur les oreilles, les yeux étrangement recouverts de lunettes de piscine. La télévision diffuse en boucle l'information de la disparition d'un enfant appartenant à une communauté religieuse. Est-ce un kidnapping ? Ou l'enfant a-t- il été au contraire soustrait par ses proches à un destin funeste ? Soudain le trio sort précipitamment et démarre en trombe dans la nuit à bord d'une Ford Mustang (à moins que ce ne soit une Dodge Charger, pardonnez ma méconnaissance des voitures de légende du cinéma américain)... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 19 à 13h50 et 18h30, vendredi 20 à 16h et 20h30
Affiche
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L'Économie du couple
Réalisé par Joachim LAFOSSE
Belgique / France 2016 1h40mn
avec Bérénice Bejo, Cédric Khan, Marthe Keller, Jade et Margaux Soentjens...
Scénario de Mazarine Pingeot, Fanny Burdino, Joachim Lafosse et Thomas Van Suylen
« Autrefois, on savait réparer. On réparait les chaussettes, les frigidaires… maintenant on jette. Dès qu'il y a un problème, on jette. C'est pareil dans un couple : plus de désir, on jette. » dit la mère à sa fille. Autre temps, autres mœurs… autre façon de concevoir la vie de couple.
Entre Marie et Boris, on voit bien que l'histoire a été forte et intense. Mais après quinze ans, la belle relation est en train d'imploser, les cœurs sont à vifs, les mots violents et les adorables jumelles, prises dans le tourbillon de querelles qui n'en finissent pas de suinter l'amour passé, ont le cœur tout écartillé entre deux combattants qu'elles aiment autant l'un que l'autre, témoins involontaires d'un conflit dont elles ne pigent pas tout. Ils se sont aimés, c'est sûr, ça se sent, dans chaque objet d'une maison qu'ils ont fabriquée ensemble pour abriter un bonheur qui leur file désormais entre les doigts. Mais quand vient le moment des comptes, aucun ne veut rien lâcher de ce qu'il pense avoir apporté et les petites choses matérielles deviennent l'expression visible de sentiments refoulés, de contentieux inavoués. Ich liebe dich, ich töte dich.
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Le Vox (Fréjus) : vendredi 20 à 13h50, dimanche 22 à 15h30 et 20h30, lundi 23 à 18h30
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Juste La Fin Du Monde
Écrit et réalisé par Xavier DOLAN
Québec / France 2016 1h35mn
avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Marion Cotillard...
D'après la pièce de Jean-Luc Lagarce. FESTIVAL DE CANNES 2016 : GRAND PRIX DU JURY
Adapté de la pièce de Jean-Luc Lagarce, écrite en 1990 alors qu’il se savait atteint du sida, ce sixième long-métrage de Xavier Dolan (vingt-sept ans cette année !) est son plus abouti, son plus fort à ce jour. Il saisit Louis, alter ego de l’auteur interprété par Gaspard Ulliel, dans un avion, tandis qu’en « off », la voix de l’acteur annonce le programme : revenir sur ses pas, retrouver sa famille, leur annoncer sa mort « prochaine et irrémédiable ». « En être l’unique messager… Me donner, et donner aux autres, une dernière fois, l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être‚ jusqu’à cette extrémité‚ mon propre maître. » Ce prologue funèbre diffuse sa terrible gravité dans la course folle qui suit, un voyage en taxi recomposé comme un flip book d’images filantes au son, poussé à plein volume, d’une musique conquérante, qui propulse le film sur sa rampe de lancement. Et nous voilà chez Martine (Nathalie Baye, impayable sous sa perruque noir corbeau), où tout le monde attend le retour du fils prodigue... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 21 et mardi 24 à 16h, dimanche 22 à 18h et lundi 23 à 20h45
Affiche
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Les Ogres
Réalisé par Léa FENHER
France 2015 2h24mn
avec Adèle Haenel, Marc Barbé, François Fehner, Marion Bouvarel, Inès Fehner, Lola Dueñas...
Léa Fenher nous avait bouleversés avec son premier film Qu’un seul tienne et les autres suivront, elle nous en offre un second dans un tout autre registre. Les Ogres ! Voilà un titre rudement bien choisi, qui colle aux personnages pantagruéliques de cette fable un brin amorale et à plusieurs vitesses. Ils croquent la vie à pleines dents, sans se retourner sur leurs ravages : à quoi bon ? Cela fait partie de la nature de ces grands insolents qui n'ont pas renié la folie de leur enfance. Baladins sur scène comme dans la vie, ils surgissent d'on ne sait où, sautant de ville en village, de scènes en plateaux, de sourires en crises – de rire, de colère comme de larmes. Ils osent tout, de la tendresse à l'hystérie, se jurant toujours de ne jamais abdiquer leur liberté. Ils bousculent le monde et s'étonnent de le voir se fâcher ! On ne sait si on doit les haïr ou les aimer, mais peut-être est-ce au fond un peu la même chose, tant l'amour et la haine peuvent être des sentiments dévorants. Et si Léa Fenher les dépeint avec autant d'humour et si peu de complaisance, si elle ose les chatouiller et les égratigner jusqu'à la mœlle épinière, c'est qu'il coule en elle le même sang. Être une ogresse et l'assumer fait partie de ses gènes... lire la suite
Le Bucéphale (Draguignan) : séance unique le lundi 14 novembre à 20h
Affiche
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Julieta
Écrit et réalisé par Pedro ALMODOVAR
Espagne 2016 1h36mn VOSTF
avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta, Rossy de Palma, Dario Grandinetti, Michelle Jenner, Pilar Castro...
« Il est possible que l'austérité soit à partir de maintenant ma voie… » Pedro Almodovar. Le nouveau film de Pedro Almodovar a été dans un premier temps fraîchement accueilli en Espagne (il faut dire aussi que sont entrés en ligne de comptes des paramètres largement extra-cinématographiques : mais que diable allait-il faire dans cette galère panaméenne ?), les critiques lui reprochant justement sa froideur, sa distance, son manque d'émotion manifeste, regrettant la fantaisie, la loufoquerie, le sens de la provocation du Almodovar des débuts – dont on a connu une résurgence pas vraiment convaincante avec Les Amants passagers – ou alors le sens du mélodrame flamboyant qui emportait ses œuvres de la maturité. Et puis, au fur et mesure que les spectateurs – professionnels ou amateurs – voient le film à tête reposée, sans a priori, il semble bien que la tendance est en train de s'inverser, que les réactions se font de plus en plus positives, voire assez enthousiastes, rapprochant ce Julieta de La Fleur de mon secret, un des films les plus beaux – et des plus retenus – du réalisateur... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 2 à 18h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 

 

La Fille Inconnue
Écrit et réalisé par Luc et Jean-Pierre DARDENNE
Belgique 2016 1h46mn
avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémy Rénier, Fabrizio Rongione, Louka Minnella, Christelle Cornil, Nadège Ouedraogo, Olivier Gourmet...

Tous ceux qui identifient les Dardenne à un cinéma naturaliste, social, misérabiliste, ouvriront peut-être enfin les yeux (il serait temps) en découvrant leur magnifique et bressonien La Fille inconnue. Rien n’est plus travaillé, précis, minutieusement sculpté, intelligemment formaliste et moralement complexe que le cinéma des frères liégeois.
Leur dynamo est cette fois-ci le docteur Jenny Davin, une jeune généraliste qui refuse un soir d’ouvrir sa porte à une jeune femme en détresse parce que l’horaire est dépassé d’une heure. Elle apprend que celle qui sonnait a été retrouvée morte sur une berge, sans identité, sans famille et sans sépulture. Davin en conçoit une culpabilité obsédante et n’a plus qu’un but : retrouver le nom de la fille inconnue et lui offrir une dernière demeure digne. Davin, c’est Adèle Haenel, sainte laïque et guerrière, petit bloc obsessionnel qui rappelle ses devancières Rosetta ou Lorna. La différence, c’est que Jenny Davin n’est pas une victime mais une femme de la bourgeoisie dont le métier, ou plutôt la vocation, consiste précisément à réduire le malheur du monde, un peu comme si les deux frères étaient passés de l’autre côté de leur caméra par le biais de Davin. Dans ce rôle portant tout le film, Haenel étincelle par son énergie, son tranchant, sa dualité enfantine et batailleuse, à la fois petite pieuvre et combattante, moteur crépitant de tous les plans du film.

Bien que personnelle et intime, l’enquête du docteur Davin revêt bien sûr une dimension politique jamais explicitée. La fille sans nom et sans tombe fait écho à toutes les victimes décédées dans l’anonymat des faits divers mais aussi des guerres et des massacres de masse. Quant au défilé de personnages qui somatisent devant la toubib (vomissements, problèmes cardiaques, perte de sommeil…), ils incarnent une honte intériorisée et une culpabilité collective, les nôtres, celles des nantis (plus ou moins) indifférents ou impuissants face au spectacle visible des souffrances du monde.
Comme toujours chez les Dardenne, la portée politique ne découle pas d’un « vouloir dire » mais d’une histoire, de personnages, de situations, de gestes très banals et concrets. Leur beau souci, ce sont les détails. Demander à Haenel une diction blanche, désaffectée (« il faut dominer ses sentiments pour être un bon médecin » dit-elle au début) ; distiller les sonneries de portable qui scandent le film et intensifient ses suspenses ; ménager de longs silences avant que la parole des témoins du drame ne soit accouchée ; multiplier patiemment les écoutes au stéthoscope des bronches d’un patient avant d’énoncer un diagnostic (métaphore de la méthode des Dardenne ?) ; filmer le profil ultra-expressif d’Haenel et saisir la moindre inflexion de son visage comme un événement émotionnel faisant avancer le récit…
Même soin minutieux dans le colorisme, entre les hauts bleus ou rouges de Davin et les murs blancs en fond d’écran. Sec et tendu comme un thriller, politiquement plus parlant que la plupart des films à messages, La Fille inconnue est un nouveau diamant brut de nos orfèvres de Seraing, leur plus éclatant et coupant depuis L’Enfant.

(S. Kaganski, Les inrocks)


CGR (Draguignan)  : mercredi 18, samedi 21, dimanche 22 à 17h50 et jeudi 19, vendredi 20, lundi 23 et mardi 24 à 18h

 

Les Voisins de Dieu
Écrit et réalisé par Meni YAESH
Israël 2011 1h38mn VOSTF
avec Roy Assaf, Gal Friedman, Itzik Golan, Rotem Ziesman-Cohen...

Habemus papam ! Après une bonne quinzaine d'errances et de quête de guide, nous voilà dotés d'un nouveau garant de l'unité catholique. Sous couvert d'un autre étendard religieux, tout aussi propice à l'ouverture et à la tolérance, Les Voisins de Dieu nous emmène chez les jeunes des quartiers d'une ville d'Israël. Trois bons gaillards, issus du courant Breslev, qui prône une pratique religieuse plutôt cool et joyeuse tout en respectant la loi juive et les Mitzvas, mais qui permet en même temps de boire, fumer de l'herbe et jouer au foot, autant d'activités innocentes qui ne sauraient s'accompagner cependant de la compagnie du moindre jupon. Et voilà nos loustics auto-proclamés gardiens de l'ordre et de la vertu de leur quartier de Bat Yam, ville champignon limitrophe de Jaffa.

Trois caïds du Talmud donc, qui s’évertuent, entre deux parties de Backgammon et quelques verres d'arak, de faire respecter ce qu'ils ont interprété des leçons inculquées de manière humoristique par le Rabbin Nahman. Musiciens à leurs heures, Avi, Kobi et Taniv se chauffent sur des psaumes rythmés de techno, qu'ils scandent avec ferveur et s'en vont, soirs de Shabbat de préférence, faire des tournées de surveillance des quartiers. La violence qu'ils sont capables de déployer va se montrer à la hauteur de la haine et du mépris qu'ils éprouvent envers ceux qui ne suivent pas les règles les plus strictes du Judaïsme. Sûrs d'eux, ils ne font pas dans la dentelle quand il s'agit de réprimander voire d'intimider ceux qui ne pensent et ne font pas comme eux.
Fan de films d'action des années 80, le réalisateur s'en donne à cœur joie dans des scènes d'action « coup de poing » qui témoignent, par ce biais, des mœurs quasiment fascistes de ces « gardiens » de Dieu.

Mais cette image délirante et pervertie de la religion, aux antipodes d'une pratique mesurée de la foi, va être bouleversée par une rencontre. Miri, jeune femme libre et moderne, habitante du quartier, est perçue très vite comme mécréante aux yeux de nos petites frappes. Elle arbore décolletés plongeants, jupes raccourcies, et nourrit une sensibilité religieuse humaniste qui fait fi depuis longtemps du bric-à-brac idolâtre qui encadre la pratique religieuse de nos loubards. Bien qu'un peu impressionnée par son culot, sa liberté de pensée, son côté non conformiste et rebelle, Avi lui ferait bien tâter de ses biscotos en lui écrasant le nez dans une façon bien à lui de la ramener à l'amour de Dieu. Mais difficile, malgré ses copains, de taper sur une si petite créature quand on a de si gros poings. La belle, au lieu d'encaisser des coups, finira par faire germer des doutes dans la tête de la bête. Elle deviendra pour Avi source de réflexion, puis, finalement d'affection. Notre Avi commencera alors à mettre de l'eau dans son vin de messe sous l'œil éberlué de ses acolytes. Pas manichéen pour deux sous et décrivant des personnages complexes, immatures de prime abord mais capables, au fil des rencontres et des confrontations, de faire preuve d'empathie, Les Voisins de Dieu laissent planer l'espoir que les pires têtes de bois peuvent parfois s'ouvrir à la tolérance.

CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles "Croire" : dimanche 29 janvier 18h

Le Disciple
Écrit et réalisé par Kirill SEREBRENNIKOV
Russie 2016 1h58 VOSTF
avec Petr Skvortsov, Viktoria Isakova, Svetlana Bragarnik, Anton Vasiliev...
D'après la pièce Martyr, de Marius von Mayenburg

Veniamin est un adolescent à la gueule d'ange, troublé par la vie qu'il sent bouillonner en lui et qui l'a sans doute déjà un peu écorché. Mais ça on va tout aussitôt l'oublier ! C'est la première originalité du sujet qui n'enfonce pas des portes ouvertes. L'analyse est ailleurs, bien plus dérangeante. On met les pieds hors des sentiers battus et on ne sait pas où le chemin va nous conduire. En tout cas on est vite embarqué et dépassé, comme l'entourage du beau gosse.
Première scène, nous voilà dans l'antre d'une famille de la petite ville de Kaliningrad. Un appartement rococo et sombre, qui suinte la misère intellectuelle. À l'arrière plan une télé, éternelle compagne perpétuellement allumée, débite ses sornettes. À peine Veniamin met-il les pieds à l'intérieur qu'une blonde un peu épaisse, mal coiffée et sans éclat, sa mère, se met à éructer, exigeant des explications. La voit-on sous le prisme du regard du garçon, ou est-elle vraiment cette harpie, inquisitrice vulgaire, qui choque, pousse son fils dans ses derniers retranchements ? Elle ne comprend rien à sa progéniture mais, après tout, c'est le lot de bien des parents. Les crises d'adolescence, les confrontations qui tournent aux insultes n'ont rien de surprenant. Ce qui l'est davantage, ce sont les passages de la bible que Veniamin déclame, exigeant le repentir de la divorcée (donc pécheresse) ! Ce serait presque drôle. Tout ça pour obtenir une dispense pour le cours de piscine !?

La piscine ! Nous y voici… Les corps à demi dénudés, troublants. Surtout celui de cette donzelle filiforme en bikini rouge qui sait comment attirer les regards. Veniamin, caparaçonné sous ses vêtements sobres, a du mal à cacher son émoi. Sa camarade de classe ne semble d'ailleurs pas insensible à son charme. Il suffirait d'un rien pour que l'histoire s'achève de manière banale par des bécots et la découverte du sexe opposé. Au lieu de cela, le prude se claquemure dans la lecture de la Bible qu'il ne lâche jamais…
Sonne l'heure de la classe de sciences où l'on enseigne les théories de l'évolution, la contraception : toutes choses contraires aux textes sacrés ! Vous imaginez la suite ? Ne croyez pas que ce soit si facile ! Certes notre bel apôtre va y aller de son couplet biblique, semer la zizanie, contredire sa prof, Elena Lvovna, jusqu'à atterrir dans le bureau de la principale. Mais c'est là que ça se corse. Tout autre élève s'en serait sorti avec un blâme, une colle, mais pas Veniamin ! Charismatique, brillant, ce manipulateur autoritaire va tenir tête aux adultes jusqu'à complètement retourner son auditoire. En bout de course c'est l'enseignante qui se fait réprimander !
À compter de ce moment, Elena Lvovna entame un féroce combat contre l'obscurantisme jusqu'à en perdre la mesure. Athée, rationaliste, elle va étudier les Évangiles afin de démonter les arguments fallacieux de son élève et leur duel, d'abord oral, va devenir toujours plus tendu, cruel, sanglant…
La mise en scène percutante, rythmée, ne laisse pas le temps de souffler. Les acteurs sont parfaits ! Difficile de ne pas rester rivé à son siège, subjugué et effrayé par la figure emblématique du prédicateur tout aussi brillant que monstrueux. Aussi délirant soit-il, on comprend le basculement des adultes, rendus d'autant plus malléables par des années de soumission à la dictature de la pensée. C'est une analyse intemporelle qui peut s'appliquer à toutes les formes de fanatismes, d’extrémismes. Démonstration implacable, s'il en fallait encore une, qu'en s'appuyant sur les textes sacrés on peut tout aussi bien faire la guerre que l'amour.

CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles "Croire" : dimanche 29 janvier 20h

Manchester by the sea
Ecrit et réalisé par Kenneth LONERGAN
USA 2016 2h16mn VOSTF
avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges, Gretchen Mol, CJ Wilson...

C’est bien depuis la mer qu’il faut découvrir Manchester by-the-Sea, Massachusetts, petite ville côtière des Etats-Unis repérable sur la carte à quelques centimètres de Boston. Depuis la mer, tout paraît calme et serein : les bateaux de pêche vont et viennent, les résidences plantées au bord de l’eau semblent couler des jours indéfiniment paisibles, même les bâtisses industrielles du port, couleur rouge brique, semblent s’intégrer avec élégance au paysage. Depuis la mer, Manchester by-the-Sea est une ville où il fait bon vivre, une ville où l’on naît et où l’on meurt, sans l’once d’un regret de n’en être jamais parti, sans avoir eu l’envie ni le goût d’un ailleurs tant la vie ici semble belle et simple. Depuis la mer, la vue d’ensemble décrit des courbes et des couleurs en parfaite harmonie avec les hommes… mais depuis la mer, les hommes, on les distingue à peine, silhouettes frêles en mouvement dont on ne soupçonne pas les visages, dont on n’imagine pas les fêlures, dont on ne voit ni les sourires ni les larmes.

Lee Chandler a quitté Manchester by-the-Sea, la ville de son enfance, là où il aurait dû vivre heureux et puis vieillir. Il a quitté ses amis, sa famille, son frère, son neveu pour s’installer dans une métropole dont on comprend vite qu’elle lui apporte les deux seules choses qu'il semble désormais désirer : l’anonymat et un boulot alimentaire, en l’occurrence concierge à tout faire. Pendant qu’il répare les toilettes, vide les poubelles, déneige les allées, visse ou repeint, Lee n’a pas trop le temps de penser aux raisons qu’ils l’ont poussé à partir loin de Manchester. On imagine assez vite, par son regard perdu dans le vide d’une profonde solitude, par son air détaché de tout et de tous, que Lee a vécu un drame. Un drame dont on ne revient pas vivant. On peut dire que Lee est un homme déjà mort, en sursis forcé en attendant l’ultime délivrance.
Mais Lee va devoir revenir à Manchester, retrouver ce qu’il reste de sa famille, retrouver le clapotis de l’eau sur la coque increvable du bateau de pêche de son frère, retrouver les embruns marins et la saveur amère du bonheur disparu. Il va aussi faire la connaissance d’un jeune garçon qu’il avait laissé enfant : Patrick, son neveu.

Manchester by the sea, c’est une tragédie grecque portée par une chanson de Dylan, c’est l’Amérique laborieuse qui vit au rythme des saisons, des naissances et des enterrements, c’est aussi le portrait d’une famille morcelée par les drames et celui d’une communauté humaine simple et bienveillante. Mais plus que tout, c’est le portrait touchant de Lee, admirable Casey Affleck, un homme qui n’aura d’autre choix que celui de vivre. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : vendredi 20 à 15h45, dimanche 22 et mardi 24 à 18h, lundi 23 à 15h50


Le Divan de Staline

Afficher l'image d'origineÉcrit et réalisé par Fanny ARDANT
France/Portugal 2016 1h32mn
avec Gérard Depardieu, Emmanuelle Seigner, Paul Hamy, François Chattot, Luna Picoli-Truffaut...
D'après le roman de Jean-Daniel Baltassat

Soit un énorme palais décadent orné d'inquiétantes gargouilles, perdu au fond de bois profonds en Géorgie, le genre d'antre fait sur mesure pour un ogre solitaire et pas gentil du tout comme on en croise dans les contes qui font peur aux enfants et frissonner même ceux qui les racontent. Staline s'est isolé pour quelques jours avec son étrange et belle maitresse Lidia Semionova. Elle lui lit Pouchkine, il écoute la Callas chantant l'aria de Lady Macbeth qui « convoque les pouvoirs du mal pour l'ambition de son mari : Callas a dans sa voix la folie des rêves et la terreur des visions »…
Il fume la pipe dans son fauteuil, il a l'air cruel d'un gros matou perfide qui semble s'amuser de la crainte qu'il inspire. Ses généraux n'en mènent pas large, mais Lidia lui tient tête. Dans le bureau où il dort trône un divan en tout point identique à celui du bureau de Freud à Londres. Alors germe dans son esprit tordu l'idée d'un jeu, Staline installe sa maitresse en retrait :
- « Toi sur le fauteuil et moi sur le divan. Moi je me souviens de mes rêves et toi tu fais le charlatan. »
- Pourquoi tu veux jouer à ça ?
- Ça te fait peur d'entendre mes rêves ?… »

Dans le château de Barbe bleue se joue alors une curieuse et fascinante relation où on mesure les effets du pouvoir absolu sur celui qui l'exerce comme sur ceux qui le subissent ou sur celle qui l'affronte… Staline raconte ses rêves, ses obsessions tandis que Lidia réplique. Un jeune peintre, Danilov, invité par Lidia, attend d'être reçu par Staline pour lui présenter son projet d'un monument qu'il a conçu à sa gloire. Les généraux de Staline l'interrogent, eux-mêmes imprégnés d'un sentiment de peur qui redescend jusqu'au plus petit serviteur en cascade. Il y a quelque chose de terrifiant dans cette relation à trois dont on ne sait jamais vraiment comment elle va évoluer et Depardieu est formidable, tantôt le regard froid, intense et cynique, tantôt touchant et humain, un bourreau dans l'âme capable de s'émouvoir à la vue d'une fleur… sorte de monstre grandiose à qui Emmanuelle Seigner donne une troublante réplique.

Dans le roman, l'histoire se passe trois ans avant la mort de Staline dans un palais du grand duc Mikhaïlovitch. Fanny Ardant n'a pas voulu dater son film pas plus qu'elle n'a cherché à se rapprocher du personnage réel de Staline… et le château est au Portugal ! Il s'agissait plutôt de faire une forme de fable : vous ne trouverez pas ici le Staline des livres d'histoire et des documentaires et, comme dans un conte, les grilles du château s'ouvrent symboliquement au début et se ferment à la fin. La musique de Chostakovitch ajoute aux crépusculaires images un mystère, une ampleur qui fait de ce film audacieux un objet hors du temps, hors des modes, mais fichtrement attachant.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 16h et 18h15, jedui 19 à 16h et 18h, vendredi 20 à 13h50, 18h30, et 20h30, samedi 21 à 14h et 16h15, dimanche 22 à 14h et 16h05, lundi 23 à 14h et 18h, mardi 24 à 16h10 et 20h30


3000 Nuits

Écrit et réalisé par Mai MASRI
Palestine 2016 1h43mn VOSTF
avec Maisa Abd Elhadi, Raida Adon, Karim Saleh, Nadira Omran...

Il est des films dont on ressort ému aux larmes, dont on ne se remet jamais complètement et dont on a envie de dire au monde entier « si j’étais toi, j’irais de ce pas le voir au cinéma ». 3000 nuits, de la réalisatrice palestinienne Mai Masri, fait partie de ces films-là.

L’histoire se passe dans une prison israélienne dans les années quatre-vingt, Layal y est enfermée pour huit années, condamnée pour un attentat dans lequel elle n’est pas impliquée. Elle partage la cellule d’israéliennes condamnées de droit commun et s’habitue progressivement à l’univers carcéral. Mais elle découvre qu’elle est enceinte et envers et contre tous, elle décide de garder l’enfant.
Elle accouche donc seule, les mains menottées au lit de l’infirmerie de la prison. Nour, son nouveau-né, son espoir, est accueilli en fête par les autres prisonnières palestiniennes. Les murs sont gris, les uniformes informes et pourtant la joie règne et les youyous célèbrent la vie.
Le film accroche le spectateur en focalisant sur la lutte de cette jeune mère pour sa survie et celle de son nouveau-né à l’intérieur d’une prison de l’occupant israélien. La réalisatrice, affirme que le cinéma est une arme. Une arme qui doit être utilisée par les Palestiniens eux-même. « C'est à nous de raconter notre histoire ; notre histoire telle qu'elle est. Cette mission n'incombe à personne, Hollywood ou autre. C'est la propre responsabilité des palestiniens ».
Depuis 1948, 700 000 palestiniens sont passés par les prisons israéliennes. Aujourd’hui ils sont 6000 à y être enfermés.  Les chiffres font froid dans le dos. « Presque chaque palestinien a une expérience avec les prisons de l’occupation : soit il y a été, soit un de ses proches y a été enfermé. » confie la réalisatrice. 

( Utopia d'après onorient.com)

Cotignac : jeudi 19 à 20h30


Ouvert la nuit
Réalisé par Edouard BAER
France 2016 1h40mn
avec Edouard Baer, Audrey Tautou, Sabrina Ouazani, Christophe Meynet, Jean-Michel Lami, Gregory Gadebois, Patrick Boshart, Marie-Ange Casta, Alka Balbir, Lionel Abelanski, Atem Kelif, Michel Galabru...
Scénario d’Edouard Baer et Benoit Graffin

Ouvert la nuit aurait pu s’appeler « Ouvrir les portes » (d’un théâtre, d’un cinéma, de chez soi) ou bien « Ouvrir une bouteille » (de champagne, de vin) voir même « Ouvrir son cœur »… Bref un titre généreux, avenant, engageant, un titre qui donne envie d’aller vers l’autre, vers l’inconnu, vers les lumières de la ville et de la nuit. Alors on va ouvrir tout ça en même temps – parce que c'est comme ça que la vie ne devrait jamais cesser d'être : ouverte comme une fenêtre – et suivre le facétieux, l’incorrigible, le séduisant… j’ai nommé l’inénarrable et incroyable Luigi.

Luigi (Edouard toujours délicieusement Baer) est le directeur inspiré et définitivement imprévisible d’un théâtre parisien. C’est la veille de la première et sur scène, il n’y a pas que les rideaux de velours rouge qui sont tendus. Il n’y a plus un sou dans les caisses et l’équipe n’a pas été payée depuis… depuis trop longtemps. Ils ont beau tous aimer très fort ce sympathique Luigi de patron, ils ont beau aimer l’art avec un grand A, et le théâtre parisien privé, faut quand même pas pousser l’intermittent dans les orties. Grève générale donc. Pendant que dans la salle un célèbre metteur en scène excessivement japonais et son assistante-interprète complètement sadique tentent de mener à terme les ultimes répétitions, dussent-elles épuiser le grand Michel Galabru qui aimerait bien rentrer chez lui, Luigi, fidèle à lui-même, a totalement le contrôle de la situation. Rien ni personne, nippon ni gréviste, ni sa meilleure amie et administratrice, ni la nuit et encore moins Paris ne l’empêcheront de lever le rideau le lendemain pour la première représentation.

Le pognon n’est qu’une histoire d’argent et les histoires, Luigi, il maîtrise : scénario, dialogues, costumes et même la bande son, tout lui va, rien n’est grave, tout peut arriver y compris le meilleur, il suffit juste d’y croire. Assisté d’une stagiaire de Sciences-Po aussi rationnelle et stressée qu’il est zen et lunaire, aussi sûre de son jugement qu’il est à l’aise avec ses doutes, le voilà parti au cœur de la nuit en quête d’argent frais. Mais les vieux tours de passe-passe de Luigi, son baratin et ses blagues un peu lourdingues ont pris du plomb dans l’aile… Luigi n’est plus tout à fait le magicien de la nuit, le séducteur saltimbanque qu’il était, le monde autour de lui n’est plus tout à fait le même et les gens, ces autres qui l’inspirent, ont peut être envie d’avoir la paix, voir comme Michel d’aller se coucher.

Tourbillonnant, virevoltant, épique, mélancolique, joyeux, insomniaque, Ouvert la nuit est un film de mission qui ressemble à Cendrillon… passé minuit, le smoking du dandy redeviendra la tenue de travail du garçon de café et le carrosse doré une flûte en plastique contenant un champagne tiède… Mais chut… Luigi le doux, l’inconstant, le rêveur, l'irresponsable, le tchatcheur a peut-être un ultime tour dans sa poche trouée. Un homme qui, comme le poète Ferré, parle à un chimpanzé n’a peut-être pas encore dévoilé sa dernière tirade.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 16h30 et 20h45, jeudi 19 à 13h50 et 18h30, vendredi 20 à 15h55 et 18h15, samedi 21 à 20h30, dimanche 22 à 20h45, lundi 23 à 13h50 et 16h35, mardi 24 à 14h et 20h45


Hedi, un vent de liberté
JUSTE LA FIN DU MONDEÉcrit et réalisé par Mohamed BEN ATTIA
Tunisie 2016 1h33mn VOSTF
avec Majd Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sabah Bouzouita, Hakim Boumessoudi...
GRAND PRIX – Festival International du Film Indépendant de Bordeaux 2016

Un adorable garçon en vérité, ce Hedi, un prénom béni des dieux qui signifie d'ailleurs en arabe « calme » ou « serein ». Tout un programme à ne promettre en apparence que du bonheur. Sauf que nous sommes à Kairouan en Tunisie, au lendemain du printemps arabe. Les violences, les manifestations… pas trop le genre d'un bonhomme qui profite de l'honnête aisance que lui confère sa position de cadre moyen chez Peugeot. Côté famille, ce fils à sa maman fait la fierté d'une génitrice toute à la stricte observance de la tradition. Un bidule étrange, cette tradition : une machine à générer des angoisses et des conflits qui, vue de ce côté à nous de la Méditerranée, épouse en pire les effets d'une terrible bombe asphyxiante. C'est une chose qui saute en effet moins aux yeux de tout un chacun, mais les hommes dans ce petit pays, aussi bien que dans les pays arabes en général, sont eux aussi soumis au régime d'un matriarcat très contraignant qui, non content d'encadrer strictement le comportement des femmes programmées depuis la naissance pour atteindre les objectifs de base que sont le mariage et la fondation d'une famille, ne manque pas d'entraver dans le même élan, mais plus subtilement, la liberté des hommes qui se voient embarqués dans la triste comédie des mariages arrangés pour le meilleur et souvent pour le pire.

C'est ce que nous raconte Hedi le film, en s'attachant à Hedi le personnage qui, avec sa bonne tête de gendre idéal, se retrouve promis par une de ces mères qui font la loi des ménages à une gentille fille du quartier, par ailleurs mignonne comme un cœur, qu'il se voit autorisé depuis trois ans à rencontrer dans sa voiture un quart d'heure par semaine sous la vigilante surveillance d'une armada de chaperons du quartier, planqués derrière leurs rideaux.
Mais à quelque chose crise économique est bonne. Notre Hedi, si gentil et si obéissant, jusqu'alors confiné qu'il était dans son bureau, va se voir propulsé dans le vaste monde tunisien par sa direction pour tenter d'arracher sur le terrain des ventes de bagnoles en chute vertigineuse. C'est alors l'occasion pour nous de découvrir qu'au-delà de la tradition qui empoisonne de manière folklorique la vie de nos malheureux semblables tunisiens, se dessine silencieusement un terrible armageddon économique qui pourrait bien un jour, emporter la jeune démocratie tunisienne dans les ténèbres.

En effet, c'est à un véritable crève-cœur que nous conduit chaque étape du chemin de croix prospectif de notre représentant de commerce à travers le défilé d'immenses hôtels de luxe désespérément vides pour cause de danger terroriste, lesquels sont prêts à accueillir pour une bouchée de pain notre ami Hedi. C'est pourtant lors d'une ces tristes escales que notre homme va rencontrer Rym, gentille animatrice dans une chaîne d'hôtels franco-tunisienne, femme indépendante dont la liberté le séduit. Alors que sa mère omniprésente prépare activement son mariage, Hedi, pour la première fois, sera alors tenté de prendre sa vie en main, pour rejoindre Rym à Montpellier. Y parviendra-t-il, malgré le poids immense de sa culpabilité ? Mais ceci, comme dirait Kipling, est une autre histoire.(Utopia)

Lorgues : samedi 21 à 16h, dimanche 22 à 20h15


Paterson

Écrit et réalisé par Jim JARMUSCH
USA 2016 1h58mn VOSTF
avec Adam Driver, Golshifteh Farahani, Barry Shabaka Henley, Kara Hayward, Trevor Parham, Masatoshi Nagase...

La bande son a beau être d’une sobriété surprenante pour un film de Jim Jarmusch, Paterson est un film infiniment musical, peut-être un des plus musicaux du cinéaste New-Yorkais. Une partition délicate et drôle composée sur le fil d’une semaine ordinaire dans la vie paisible d’un chauffeur de bus, amoureux en couple et poète à ses heures. Sept jours découpés avec une précision métronomique dans la routine d’une ville moyenne du New Jersey, au cours desquels Jim Jarmusch nous initie à la sublimation du quotidien par la richesse des relations coutumières, par l’attention aux détails cachés sous les habitudes, par la poésie comme art de vivre et saisie dans tout ce qui nous entoure. Ces sept jours sont les sept mesures d’un grand cinéaste idéaliste qui recrée un monde lavé de sa noirceur par la bienveillance et l’énergie créatrice de tout un chacun. Avec Paterson, Jarmusch réussit un splendide film en mode mineur, parfaitement anti-dramatique puisqu’il ne s’y passe (presque) rien d’extraordinaire mais qui, par l’épure proche d’un haïku, parvient à toucher à l’essentiel.

Paterson, c’est le nom de famille du personnage principal qui se lève tous les matins à 6h15 pour avaler son bol de céréales et rejoindre à pied le dépôt de bus duquel il part faire sa tournée. Curiosité des choses, Paterson c’est aussi le nom de la ville du New Jersey où Paterson fait sa tournée pour transporter les habitants qu’il écoute souvent bavarder d’une oreille indiscrète. Paterson enfin, c’est le titre d’un recueil de poèmes que Paterson (le chauffeur) affectionne particulièrement, écrit par William Carlos Williams (1883-1963) sur Paterson (la ville) dans laquelle il habitait naguère lui aussi. Jarmusch a toujours eu un goût pour ces bizarreries : le film n'a pas encore commencé qu'il repose déjà sur un enchevêtrement de sens à explorer. Sauf que contrairement à la plupart des films du cinéaste, Paterson reste sur place, circonscrit à une localité et à quelques lieux récurrents. Et pour cause, notre chauffeur de bus est un type à la vie bien rodée. Il partage avec sa petite amie Laura et leur bouledogue Marvin une harmonie domestique très ritualisée. Laura est aussi excentrique et naïve que Paterson est taiseux et contemplatif. Tous les soirs, il découvre avec circonspection la nouvelle trouvaille créative de sa bien-aimée, sous le regard inébranlable de Marvin, prolongement flegmatique et comique du couple. Tous les menus épisodes de cette vie sont pour Paterson une grande source d'inspiration. Il les consigne dans un petit carnet qu'il transporte partout en une prose ciselée et concrète : évocation des petits bonheurs familiers, de son amour pour Laura, de bribes de conversations glanées au cours de la journée ou de pensées vagabondes surgies au cours de ses trajets. Une poésie d'autant plus touchante qu'elle est modeste et simple (Paterson n'entend pas la publier, contrairement à Laura), témoignage d'un rapport au monde sain et complet.

En attendant que le week-end déjoue subtilement la routine, la répétition stricte du schéma journalier de Paterson est ponctuée de ce que Jim Jarmusch fait le mieux et qui donne au film tout son charme : rencontres aussi improbables que savoureuses, micro-événements comico-burlesques et divagations oniriques intériorisées. En un instant, la mise en scène parvient à transcender l’ordinaire en dénichant dans le commun du réel les manifestations poétiques les plus inattendues, parfois aux frontières du fantastique. Jim Jarmusch joue avec les apparences, multipliant les rimes visuelles et détournant avec amusement les règles consacrées (Paterson attachant Marvin tous les soirs devant son bar préféré comme un cheval devant un saloon). Ce n'est pas pour rien que Jarmusch place son film sous la référence à William Carlos Williams, ce poète américain qui rompit avec la tradition littéraire en utilisant un vocabulaire populaire, débarrassé de toute affèterie, dans le but d'évoquer le monde au plus proche de ce qu'il est. Dans sa foulée, Jim Jarmusch s'en tient à une vision prosaïque du monde et des affects, prouvant ainsi que le cinéma n’a nul besoin d’emphase pour être exaltant. Tant que les sentiments sont purs, ils suffisent à être bouleversants.


Lorgues : jeudi 19 à 20h15, samedi 21  à 20h, dimanche 22 à 18h
Cotignac : vendredi 20 à  20h30

La Jeune Fille Sans Mains
PREMIER CONTACTÉcrit et réalisé par Sébastien LAUDENBACH
Film d'animation France 2016 1h13mn
avec les voix de Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm, Philippe Laudenbach, Sacha Bourdo...
Scénario inspiré par Olivier Py et librement adapté du conte (peu connu) des frères Grimm. Pour les enfants à partir de 8 ans

Le froufrou du vent qui secoue le linge en train de sécher, la fraîcheur de l'eau qui ruisselle sur les corps, la douceur des mains qui frottent inlassablement le linge, l'odeur du bois que l'on fend… En quelques traits minimalistes, voilà un océan de sensualité qui s'ouvre à nous. C'est toute la magie de ce magnifique film d'animation atypique où tout est suggéré à la façon de certaines estampes à l'encre de chine. La maestria du dessin est enchanteresse : l'image se fait vibrante, le trait terriblement vivant. On ne cesse d'être impressionné par les effets que peuvent créer un simple pinceau sur une tout ordinaire page blanche. Dès lors, il n'y a qu'à se laisser porter par ce conte philosophique dont la morale (quasiment anticapitaliste), pourtant venue de temps lointains, semble toujours d'actualité.

Il était une fois un pauvre meunier, travailleur honnête et courageux. Mais l'eau du ruisseau qui alimentait son moulin cesse soudain de couler, de telle sorte qu'il ne peut plus moudre et que progressivement la maisonnée s'appauvrit toujours plus. Un jour, alors qu'il arpente la forêt à la recherche de quelques vivres, lui apparaît un étrange personnage au port imposant, qui lui promet la richesse éternelle. À cela une seule condition : que notre bonhomme lui donne « ce qui se trouve » derrière sa bicoque. L'appât du gain fait vite oublier toute prudence au miséreux qui conclut trop vite le marché, pensant qu'il n'y a guère qu'un pommier à perdre dans ce marché de dupe. Il oublie que dans les branchages de cet arbre accueillant, son unique fille aime à se prélasser… Il ne sait pas qu'il vient de vendre le fruit de sa chair au diable !
Quand il s'en revient à la maison, une eau dorée coule à flot. Au lieu d'être ravie par le phénomène, sa femme l'observe, inquiète, pressentant une intervention démoniaque et murmurant : « Cet or est si brillant et pourtant il me semble si sale… ». Elle questionne son mari, le supplie de rompre le pacte… En vain…

Le temps passe. Plus il passe, plus le domaine prospère, l'humble masure s'est transformée en palais tape à l'œil et imposant, comme tous ceux des nouveaux riches parvenus. Le démon ne se manifeste pas pour réclamer son dû, comme pour laisser le modeste meunier pendre goût à cette richesse mal acquise, le lier chaque jour un peu plus. Le père change de comportement et devient peu à peu méconnaissable, oublieux des valeurs, des enseignements qu'il professait jadis. Toujours plus aveuglé par le luxe, toujours plus vorace et cupide. Seules la mère et sa progéniture restent inquiètes, redoutant l'épée de Damoclès qui infailliblement viendra anéantir leur bonheur.
Comme on s'en doute, un jour le malin se présente sous une nouvelle forme, mais ce n'est là que le début d'une incroyable épopée. Car la sage donzelle, trop bien élevée, est si pure qu'il ne pourra pas l'emporter…(utopia)


Salernes : vendredi 20 à 18h  et 20h30, dimanche 22 à 18h15


Primaire

Afficher l'image d'origineRéalisé par Hélène ANGEL
France 2016 1h45mn
avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Olivia Côte, Guilaine Londez, Patrick D'Assumçao...
Scénario de Yann Coridian et Hélène Angel, avec le concours d'Olivier Gorce et Agnès de Sacy

Elle a une pêche d'enfer Florence, et le charisme décapant et sauvage de Sara Forestier ! Une vitalité, une présence, une imagination débordantes, à faire craquer des hordes de gamins indisciplinés. Florence est institutrice, enfin, maîtresse, heu… pardon, je veux dire Professeur des écoles puisque l’institution adore les nouvelles appellations, les nouveaux sigles, les nouveaux programmes… Pour Florence, qu’importe le titre, puisqu’elle a plus que la motivation : la passion. Enseigner est pour elle un engagement, un émerveillement, un défi permanent qu’elle n’a de cesse de réinventer, de nourrir, puisant son énergie et ses idées dans la relation avec ces bambins qu’elle accompagne et pour lesquels elle est prête à tout donner : son temps, son talent, son empathie.
Florence est de ces enseignants qui croient dur comme fer au pouvoir magique des mots, de la transmission et qui pensent que rien n’est jamais perdu pour un élève tant qu’un adulte peut le prendre par la main et lui montrer la voie. C’est un peu naïf, elle se casse parfois les dents, elle en fait quelquefois des tonnes, mais elle poursuit sa route, obstinée, convaincue qu’elle est dans le vrai. Pas question de laisser ne serait-ce qu'un des gamins qu'on lui confie à la traîne – à part le sien parfois peut-être. Mais on demande toujours plus à ceux qu'on a toujours sous la main et qui font tellement partie de vous-mêmes qu'on oublie qu'ils sont fragiles…

Elle va s'intéresser tout particulièrement à Sacha (qui n’est pas dans sa classe, ce qui complique les choses) : un enfant agité, secret, un gamin pas franchement teigneux mais à fleur de peau dont l’équipe enseignante réalise vite qu’il est livré à lui-même, délaissé par une mère débordée qui compense en lui glissant quelques billets pour que le môme se débrouille seul. Interpellée dans son rôle de mère et d’enseignante, Florence se met en tête de l’aider… quitte à perturber les habitudes de l’équipe pédagogique, quitte à outrepasser son rôle, quitte à se mettre elle-même en danger. Habitée par sa rage de bien faire et sa générosité, Florence ne réalise pas que tout n’est pas toujours aussi simple qu’elle le voudrait. Cerise sur le gâteau, c’est pile poil le moment où le mammouth, euh pardon, l’Education Nationale, choisit pour l’inspecter dans sa classe de CM2, heu pardon, de deuxième année du cycle 3.

Primaire est un film généreux, bouillonnant comme une cour d’école, lumineux comme le regard d’un enfant quand il comprend que des lettres alignées font des mots et que ces mots ont un sens. Si ce film ambitieux peut sembler dense, tant le métier et le monde qu’il décrit sont riches et intenses, il n’est en rien simpliste et introduit moult nuances. Ni tract ni complainte, c’est simplement un formidable hommage à un métier formidable qui a tant à offrir et qui est paradoxalement toujours malmené par les gouvernements successifs.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 16h30, jeudi 19 et vendredi 20 à 13h50, samedi 21 à 18h15, dimanche 22 à 14h, lundi 23 à 18h50 et mardi 24 à 15h55 et 18h15


Elle
Réalisé par Paul Verhoeven
Pays-Bas 2016 2h10mn
avec Isabelle Huppert, Charles Berling, Anne Consigny, Virginie Efira, Laurent Lafitte...

Tordu, drôle, choquant, réjouissant... Elle signe le retour d’un Verhoeven plus que jamais passé maître dans l’art de déranger. Mais plus que de la provocation, cette satire sociale ambiguë bascule en cours de route sur un axe cosmique et universel. Une composition d’une grande maîtrise.

 Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.Dix ans - une éternité - que l’on n’avait pas croisé l’insoumis Paul Verhoeven, lui dont le précédent film distribué en salles, Black Book, signait le retour aux Pays-Bas, sa terre natale. Fatigué de subvertir Hollywood, ses mythes et ses utopies, le papa de Robocop renaît encore une fois avec Elle. Et bonne nouvelle : les concessions lui sont toujours aussi impensables dans cette production sous bannière française. Mené tambour battant par Isabelle Huppert, le film est une adaptation d’un roman de Philippe Djian, Oh... (Prix Interallié 2012). Œuvre tranchante à tel point raccordée au style de Verhoeven qu’elle laissait craindre la superficialité, du moins la tautologie. Fort heureusement, la rencontre entre le néerlandais et Huppert fait vite oublier ces quelques réserves : la corrélation du duo est celle d’un artiste et de sa muse. D’autre part, le parfum de scandale et le dynamitage de la bonne conscience ne sont pas les seuls points de convergence de Elle. Car Verhoeven, lassé d’offrir comme il le fait souvent à ses spectateurs de quoi exorciser leur amoralité refoulée, explore cette fois d’autres territoires infiniment plus vertigineux. D’où une structure polymorphe complexe. Tout à la fois thriller, drame social que comédie grotesque, Elle est le récit d’une double transmutation fracassante : celle du cinéma de Verhoeven, puis celle d’Isabelle Huppert. Le "hollandais violent" trouve en l’actrice le porte-étendard absolu de sa provocation. Une association fructueuse à laquelle il fallait s’attendre, mais qui atteint des sommets d’inventivité étourdissants, dentelés d’ambigüité et d’inconfort. Réduire cependant Elle à une simple hybridation synthétique des précédentes fulgurances du cinéaste ne serait pas lui faire honneur. L’Eros et le Thanatos, composantes séminales de Verhoeven, servent toujours à sonder une question plus tortueuse - ici les relents de la vieille bourgeoisie française. Même si ses petites manies transgressives continuent d’imprégner le moindre plan et la moindre tournure de phrase. Mais une transfiguration plus implacable a lieu cette fois, comme si le réalisateur s’égayait de sa propre mythologie, déconstruisant son système de pensée jusqu’à l’absurde. Michelle - la Elle du titre - est une dirigeante de société de jeux vidéo, espace professionnel connu pour sa misogynie crasse. Cette femme caractérise de façon assez fantasque à elle seule toutes les attributions les plus formatées de la féminité : mère d’un garçon à la petite amie tyrannique, elle est séparée d’un écrivain raté, l’amante du compagnon de sa meilleure amie et associée, mais aussi la fille d’un tueur en série sur le point de trépasser derrière les barreaux. Sa mère, nymphomane notoire, n’accepte quant à elle pas de faner. Un jour qu’elle se trouve seule chez elle, Michelle est agressée puis violée par un homme à cagoule noire - la scène est foudroyante et impitoyable. Elle reprend conscience allongée dans les débris de verre de la porte, caresse son chat - personnage clé et presque magique de Elle - puis prend un bain, mais choisit résolument et en silence de continuer sa vie comme si de rien n’était. Ces tâches de sang rouges écarlates qui tranchent à la surface avec la mousse blanche du bain, seul témoignage de son sexe meurtri, seront l’unique cri d’alarme allégorique de cette femme a priori inébranlable. Alors que l’on pourrait imaginer Michelle devenir dès lors l’héroïne d’un thriller-Cluedo où l’entourage serait petit à petit passé au crible par celle-ci, Verhoeven en décide autrement. "Elle" ne sera pas la protagoniste tétanisée dans l’attente infinie et angoissée d’une possible récidive, mais fera au contraire tout pour inverser les rôles. Où la chassée devient chasseresse.Plutôt que de percevoir en ces viols répétés un possible plaisir tordu de la part de Michelle, il s’avère nécessaire de déplacer le curseur. Cette femme au demeurant insubmersible souffre intérieurement, bien que Verhoeven choisisse de passer outre la psychologie pour ne s’en tenir qu’à son combat. C’est la virulence et le caractère insoutenable des outrages sexuels qui pousse Michelle à se détacher d’elle-même et à ne plus se focaliser que sur sa vengeance. "Elle", cette autre en elle lui permettant de faire abstraction de ce cauchemar, va agir comme un réceptacle. Comme si les atrocités vécues glissaient vers un inconscient passif-actif. Dans cette configuration, Michelle va ainsi passer de victime à prédateur. Comme les mantes religieuses de Spetters, Basic Instinct et autres Showgirls, Michelle reprend peu à peu le contrôle, dans une recherche de pouvoir symbolique assez stupéfiante. Qu’importent finalement pour elle les affres de la violence sexuelle, la souffrance n’est plus qu’un lointain souvenir, dès lors qu’il est question de domination. Sans doute la posture royale et mutique de son chat, seul témoin insensible des viols, aura-t-il insufflé à Michelle cette dynamique prédatrice. À noter que Verhoeven multiplie les allégories à ce niveau, notamment lorsque le félin profite de l’état d’inconscience d’un moineau pour l’éventrer.
Réduits à l’état d’objets inertes et emasculés, les hommes ne représentent bientôt plus pour Michelle que des cosses tributaires de sa toute-puissance - voir la scène dans la cave de l’orgasme se poursuivant longtemps après l’éjaculation de l’oppresseur. Il faudrait décidément être aveugle pour continuer à dénoncer une quelconque complaisance sexiste chez Verhoeven. À mesure que Michelle achève sa mutation - que seule Isabelle Huppert était à même de retranscrire - et reprend le contrôle sur son environnement social, le cinéaste passe d’une dynamique glaciale et sardonique à de la fable pure. Deux transformations viennent alors de s’achever : celle de Michelle et du réalisateur, passé pour l’une de victime à reine inflexible des hommes, pour l’autre de chantre d’un monde inhumain à logisticien de la métamorphose. Quelque chose d’infiniment vivant, de presque biologique, ressort de cette vision du sang et des sécrétions conjuguées de la sorte, à l’instar des pendus de La Chair et le Sang. Usant du rire, de la peur, du mauvais goût - voir les scènes de jeu vidéo désopilantes - et de la honte comme d’un matériau malléable à l’infini, cette nouvelle satire sociale de Verhoeven prend une tournure presque cosmique. Nous attendions cela depuis fort longtemps. (àvoiràlire)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 14h et 18h, jeudi 19 à 16h et 20h30

Ma vie de Courgette
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgRéalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette.
Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy.
Pour les enfants à partir de 7 ans


Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante.

De passages tragiques en moments rigolos ou poétiques, on pénètre dans le monde écartelé des enfants qui ont morflé. De ceux que la société essaie de préserver et tente de réparer en les éloignant de leurs proches qui ne les ont parfois pas épargnés. Mais commençons par le commencement… Ce jour-là est un jour comme un autre dans la vie de Courgette. Du moins il commence comme beaucoup d'autres. Dans sa chambre sous les combles, il dessine sur les murs, invente des histoires, des super héros qui le font s'évader. Avec deux bouts de papier, quelques crayons, il se crée tout un monde. Dans le salon au dessous, sa mère, lovée dans un fauteuil devant un soap opéra à la télé, éructe et rumine : « Tous des menteurs… ». Aigreur et vécu qu'elle cuve dans sa bière. Le sol est jonché de cannettes que Courgette vient récupérer histoire de construire des châteaux. Faute de sable ?
Pourquoi la marâtre sort-elle de sa torpeur ? Qu'importe… On comprend que ce n'est pas la première fois qu'elle se met dans une rage folle contre son rejeton. Mais cette fois-là, sans penser à mal et pour se protéger, Courgette rabat la trappe de sa chambre sur la tête de sa daronne qui dégringole dans le raide escalier… Après une audition au commissariat, Courgette va atterrir dans un foyer d'accueil, loin de ce qu'il a toujours connu… Mais tout n'est pas si sombre. D'abord, le flic qui l'interroge est un vrai gentil. Il s'appelle Raymond et la loi de la gravitation universelle a décidé que son crâne était fait pour recevoir les bombes à eau des mômes qui adorent le taquiner. Et puis le foyer qui accueille l'orphelin est une unité à taille humaine.

Les autres gosses ne sont pas forcément tendres, principalement Simon, qui se prend pour un caïd avec sa banane de rockeur rouquin. Pour lui tout nouvel arrivant est un potentiel bouc émissaire qu'on peut discrètement martyriser. Mais tout n'est pas si simple et derrière les fanfaronnades se cachent des êtres déjà bien égratignés. Tous comme des lions coincés derrière les barreaux de souvenirs qui font des ravages et donnent envie de défoncer les murs ou de se battre. Contre qui, contre quoi ? Peut-être tout simplement pour survivre. Le pari éducatif devient alors de transformer cette force dévastatrice en envie de vivre, en joie retrouvée. Et heureusement on la sent tapie dans l'ombre, prête à bondir comme un nouveau départ. Elle explose dans les moments de jeux, de jovialité… Surtout à l'arrivée de la petite dernière : Camille. Avec sa voix de flûte alto cassée, ses grands yeux bleus et son sens de la répartie bien aiguisé, elle peut mettre tout le monde en boîte, même ce gros dur de Simon !

Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 16h40, samedi 21 et dimanche 22 à 14h


Midnight Special
Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 1h51 VOSTF
avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard...

Du jeune maître texan Jeff Nichols, qui nous impressionne de film en film(Shotgun stories, Take shelter – tous deux disponibles en Vidéo en Poche – et Mud), on attendait l'inattendu… et on n'est pas déçu.
La première scène de Midnight Specialnous plonge dans l'inconnu. Deux hommes armés semblent attendre, anxieux, dans une chambre de motel aux fenêtres recouvertes de carton. Sur le lit, caché sous un drap, un petit garçon lit à la lumière d'une lampe de poche, imperméable aux événements extérieurs, un casque anti-bruit sur les oreilles, les yeux étrangement recouverts de lunettes de piscine. La télévision diffuse en boucle l'information de la disparition d'un enfant appartenant à une communauté religieuse. Est-ce un kidnapping ? Ou l'enfant a-t- il été au contraire soustrait par ses proches à un destin funeste ? Soudain le trio sort précipitamment et démarre en trombe dans la nuit à bord d'une Ford Mustang (à moins que ce ne soit une Dodge Charger, pardonnez ma méconnaissance des voitures de légende du cinéma américain).

Ce qui est passionnant dans le nouveau petit bijou de Jeff Nichols, ce sont ses multiples entrées. Ça commence comme un film de cavale, porté par la musique aérienne et lancinante de David Wingo, traversant les paysages magnifiques du Sud des États-Unis, du Texas à la Floride, sans qu'on connaisse au demeurant la destination ni la raison de cette fuite précipitée. Ce n'est que peu à peu que l'on en comprend les tenants et les aboutissants : une secte chrétienne, dirigée par un gourou qui scande des formules mathématiques, avait fait de l'enfant sa mascotte prophétique, un enfant qui cache un lourd secret et des pouvoirs surnaturels. Tout ça attirant les spécialistes des agences gouvernementales qui voudraient bien mettre la main sur ce gamin capable de déchiffrer les informations des satellites espions. La tension monte… et le film bascule sans esbroufe spectaculaire vers la science-fiction, en une sorte d'hommage virtuose aux grandes réussites des années 70/80 – on pense en particulier au Spielberg de Rencontres du troisième type –, à l'époque où le cinéma américain imaginait que « l'autre », la créature venue d'ailleurs, n'était pas forcément un envahisseur mais pouvait être animé d'intentions pacifiques et bienveillantes, bien plus que les terriens recroquevillés sur leur petite planète…

Mais derrière le suspense paranoïaque et la SF, derrière l'action qui avance tambour battant, on retrouve les thèmes récurrents de Jeff Nichols, principalement la paternité, le lien indéfectible qui unit père et fils. Et son acteur fétiche Michael Shannon incarne formidablement ce père déterminé, prêt à tout pour permettre à son fils d'aller jusqu'au bout du destin qui est le sien… Ce personnage emblématique représente l'abnégation paternelle poussée à son paroxysme, celle qui vous pousse à croire à l'incroyable, à abdiquer votre rationalité, à vous affranchir de la loi pour contourner ou forcer tous les barrages, même si toutes les forces de l’État le plus puissant au monde sont à vos trousses. Michael Shannon est comme toujours impressionnant mais on appréciera aussi les personnages secondaires remarquablement dessinés et interprétés, tels Sam Shepard très flippant en gourou de secte ou Adam Driver, parfaitement ambivalent en enquêteur faussement dilettante.
ande utopie qu’est le bois, où règnent la liberté, le merveilleux et la diversité. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : jeudi 19 à 13h50 et 18h30, vendredi 20 à 16h et 20h30

L'Économie du couple
Réalisé par Joachim LAFOSSE
Belgique / France 2016 1h40mn
avec Bérénice Bejo, Cédric Khan, Marthe Keller, Jade et Margaux Soentjens...
Scénario de Mazarine Pingeot, Fanny Burdino, Joachim Lafosse et Thomas Van Suylen

« Autrefois, on savait réparer. On réparait les chaussettes, les frigidaires… maintenant on jette. Dès qu'il y a un problème, on jette. C'est pareil dans un couple : plus de désir, on jette. » dit la mère à sa fille. Autre temps, autres mœurs… autre façon de concevoir la vie de couple.
Entre Marie et Boris, on voit bien que l'histoire a été forte et intense. Mais après quinze ans, la belle relation est en train d'imploser, les cœurs sont à vifs, les mots violents et les adorables jumelles, prises dans le tourbillon de querelles qui n'en finissent pas de suinter l'amour passé, ont le cœur tout écartillé entre deux combattants qu'elles aiment autant l'un que l'autre, témoins involontaires d'un conflit dont elles ne pigent pas tout.
Ils se sont aimés, c'est sûr, ça se sent, dans chaque objet d'une maison qu'ils ont fabriquée ensemble pour abriter un bonheur qui leur file désormais entre les doigts. Mais quand vient le moment des comptes, aucun ne veut rien lâcher de ce qu'il pense avoir apporté et les petites choses matérielles deviennent l'expression visible de sentiments refoulés, de contentieux inavoués. Ich liebe dich, ich töte dich…

C'est elle qui reste, c'est lui qui doit partir : elle l'a décidé ainsi, ne supporte plus de l'avoir dans les pattes, tout ce qu'elle adorait chez lui jadis est désormais objet de répulsion : son odeur, ses bras puissants, sa vitalité ombrageuse. Lui aimerait rester, et d'ailleurs comment partir ? Sans travail fixe, sans moyens pour trouver un logement ailleurs… Il va falloir cohabiter un moment, et ça devient difficile. La maison, c'est elle qui l'a achetée, elle avait l'argent, grâce à sa famille. Lui avait la force, les bras, le savoir faire qui lui a permis de faire les travaux. Mais au moment des comptes, le travail, aux yeux de Marie, pèse peu de poids en rapport de l'argent qu'elle a apporté.
C'est une histoire trempée dans l'air du temps et si les femmes se sont émancipées et n'hésitent plus à remettre leur couple en cause, il n'est toujours pas bien vu qu'une femme gagne plus qu'un homme et le capital est toujours plus respecté que le travail. Quel que soit le camp dans lequel on se trouve, c'est un sujet d'humiliation pour l'homme et un moyen de réprobation pour la femme…
La mère de Marie (superbe Marthe Keller) cherche à temporiser, à concilier, plaidant l'indulgence et une répartition équitable, mais dans ces histoires-là il est difficile pour les belligérants de faire la part des choses, de reconnaître la contribution de l'autre. « J'ai tout payé depuis le début » s'énerve Marie. Boris plaide son investissement physique, « j'y ai laissé mes mains, ma sueur, mon amour »… Humilié de s'entendre traiter de « pauvre » devant ses deux gamines, il tente de leur dire que la vraie richesse est ailleurs…
Dans ce chaos tumultueux, surgit pourtant un moment de formidable grâce, une danse, une chanson où tout le monde baisse les armes, une accalmie bienfaisante où on mesure, bouleversé, tout ce que leur relation a pu nourrir de bonheur, de tendresse. Il faudra bien, une fois la tempête passée, que vienne le temps de l'apaisement, il faudra bien arriver à faire la part des choses, il faudra bien que la vie, l'amour, d'une façon ou d'une autre, continuent… et c'est tant mieux.

C'est un film magnifique, écrit à plusieurs mains et autant de sensibilités, impliquant également les comédiens qui ont eu leur mot à dire, modifiant parfois leur texte pour se l'approprier, et le rendu final est saisissant : il y a quelque chose de profond et de fort qui tient sans doute au vécu de chacun, à la connivence qui s'est établie au cours du tournage et leur a permis d'appréhender de l'intérieur des personnages qui immédiatement nous parlent, nous concernent, nous touchent durablement. Bérénice Béjo et Cédrik Khan sont impressionnants de justesse et d'intensité. Les gamines jumelles sont épatantes, peu préparées à ce genre d'exercice, sans texte particulier à dire, mais travaillant avec l'équipe jusqu'à répéter quarante fois la même scène sans s'énerver pour autant, elles sont époustouflantes, touchantes et discrètes, spectatrices impuissantes d'un amour qui se défait et dont elles sont un des enjeux. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : vendredi 20 à 13h50, dimanche 22 à 15h30 et 20h30, lundi 23 à 18h30


Juste La Fin Du Monde
JUSTE LA FIN DU MONDEÉcrit et réalisé par Xavier DOLAN
Québec / France 2016 1h35mn
avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Marion Cotillard...
D'après la pièce de Jean-Luc Lagarce. FESTIVAL DE CANNES 2016 : GRAND PRIX DU JURY

Adapté de la pièce de Jean-Luc Lagarce, écrite en 1990 alors qu’il se savait atteint du sida, ce sixième long-métrage de Xavier Dolan (vingt-sept ans cette année !) est son plus abouti, son plus fort à ce jour. Il saisit Louis, alter ego de l’auteur interprété par Gaspard Ulliel, dans un avion, tandis qu’en « off », la voix de l’acteur annonce le programme : revenir sur ses pas, retrouver sa famille, leur annoncer sa mort « prochaine et irrémédiable ». « En être l’unique messager… Me donner, et donner aux autres, une dernière fois, l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être‚ jusqu’à cette extrémité‚ mon propre maître. »
Ce prologue funèbre diffuse sa terrible gravité dans la course folle qui suit, un voyage en taxi recomposé comme un flip book d’images filantes au son, poussé à plein volume, d’une musique conquérante, qui propulse le film sur sa rampe de lancement. Et nous voilà chez Martine (Nathalie Baye, impayable sous sa perruque noir corbeau), où tout le monde attend le retour du fils prodigue. Ce qui va se jouer dans ce huis clos grotesque et désespéré est une tragédie de l’intime, de la solitude radicale de l’homme, où l’âme se voit littéralement mise à nu. La rencontre de ce personnage qui vient pour annoncer sa mort et de ceux à qui il vient l’annoncer, qui attendent de sa part la promesse d’un avenir partagé, ne peut provoquer qu’un hurlement muet. On est par-delà l’incommunicable, dans la zone irréparable du déjà trop tard.

Douze ans que Louis n’a pas vu sa mère, ni son frère, ni sa sœur. Avec ces gens mal dégrossis, incapables de communiquer autrement que par l’invective ou l’insulte, l’homosexuel sophistiqué qu’il est, intellectuel brillant, doux et posé dans son rapport aux autres, ne partage rien. « J’ai peur d’eux », dit-il à un ami, au téléphone. Comment trouver non seulement la force, mais aussi, simplement, un moment pour prendre la parole dans ce climat délétère, très Dolan première époque, où personne n’écoute personne et où tout le monde se coupe en vociférant ? Ce régime d’hystérie à haute intensité n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde lors du Festival de Cannes…
C’est dommage, car malgré le poids de la situation qui vous cloue littéralement au fond de votre siège, c’est souvent drôle. Dans son rôle de « connard ascendant violent », Vincent Cassel, notamment, est dément. Dolan, en outre, a l’élégance d’offrir à ses spectateurs des échappées fantasques comme cette chorégraphie (très mal) improvisée par Léa Seydoux et Nathalie Baye au son d’un vieux tube d’O-Zone. Ou cette réminiscence lumineuse, provoquée par la découverte, dans la remise, du vieux matelas qui accueillit jadis les amours de Louis et de Pierre, dit Joli-Cœur.

Dans la gabegie qui masque mal le champ de ruines de cette famille rongée par la souffrance, la honte et le ressentiment qu’a nourris le vide laissé par un dieu vivant qui fut un jour des leurs, la mise en scène baroque de Dolan travaille les creux ; réveillant, ici, dans un échange de regards furtif, la mémoire d’une complicité ; révélant, là, l’indicible à la surface d’une alternance hallucinée de gros plans de visages. Elle exprime ce que les personnages sont incapables de dire eux-mêmes. Elle raconte en silence que la bouleversante Catherine (merveilleuse Marion Cotillard) – épouse hypersensible et souffre-douleur d’Antoine que tout le monde prend pour une idiote – a compris la raison de la visite de Louis, que les autres, murés dans leurs névroses, ne s’expliqueront jamais.

(I. Regnier, Le Monde)

Le Vox (Fréjus) : samedi 21 et mardi 24 à 16h, dimanche 22 à 18h et lundi 23 à 20h45


Les Ogres
Réalisé par Léa FENHER
France 2015 2h24mn
avec Adèle Haenel, Marc Barbé, François Fehner, Marion Bouvarel, Inès Fehner, Lola Dueñas...

Léa Fenher nous avait bouleversés avec son premier film Qu’un seul tienne et les autres suivront, elle nous en offre un second dans un tout autre registre. Les Ogres ! Voilà un titre rudement bien choisi, qui colle aux personnages pantagruéliques de cette fable un brin amorale et à plusieurs vitesses. Ils croquent la vie à pleines dents, sans se retourner sur leurs ravages : à quoi bon ? Cela fait partie de la nature de ces grands insolents qui n'ont pas renié la folie de leur enfance. Baladins sur scène comme dans la vie, ils surgissent d'on ne sait où, sautant de ville en village, de scènes en plateaux, de sourires en crises – de rire, de colère comme de larmes. Ils osent tout, de la tendresse à l'hystérie, se jurant toujours de ne jamais abdiquer leur liberté. Ils bousculent le monde et s'étonnent de le voir se fâcher ! On ne sait si on doit les haïr ou les aimer, mais peut-être est-ce au fond un peu la même chose, tant l'amour et la haine peuvent être des sentiments dévorants.
Et si Léa Fenher les dépeint avec autant d'humour et si peu de complaisance, si elle ose les chatouiller et les égratigner jusqu'à la mœlle épinière, c'est qu'il coule en elle le même sang. Être une ogresse et l'assumer fait partie de ses gènes. C'est comme un exorcisme aux vertus libératoires qu'elle nous offre là. Elle semble avoir chaussé ses yeux de petite fille pour filmer avec émerveillement l'exubérance déconcertante de ces géants, ces monstres de scène, ces adultes qui peuplèrent son enfance pour le pire et le meilleur, à commencer par ses propres parents.

Elle aurait pu se contenter d'en tirer une plate autobiographie ? Mais non ! Il fallait un défi à la démesure de sa tribu sans renier l'infidélité de ses souvenirs travestis par le temps, s'en servir au contraire, comme d'une trame pour broder, repeupler, réinventer un univers, en faire cette pure fiction, cette allégorie prise dans les feux de glace du rêve et de la réalité. Nous voilà engloutis par ces grandes gueules d'artistes, émus ou énervés par leurs débordements qui questionnent nos tiédeurs, nos docilités.
Drôle de road-movie perpétuel que celui de la troupe du Davaï, théâtre itinérant où il faut, à chaque étape, se lancer dans un rituel éternellement renouvelé. Planter le chapiteau, aller appâter le chaland : faire la parade quoi qu'il arrive ! Donner le change même si le temps ou quelques-uns font grise mine. C'est comme un sacerdoce païen, grivois, libertaire. Un engagement au service d'un art populaire où l'on rend la culture à la rue. La gravité, les grands mots camouflés sous le voile de farces légères, voilà nos saltimbanques prêts refaire le monde sans trop d'illusion. C'est une vie de bohème tout à la fois exaltante et éprouvante dans laquelle François, le fondateur de la troupe, a entraîné femme, enfants, comédiens et, dans leur sillage, une ribambelle de loupiots incontrôlables, à l'instar de leurs aînés.

Une famille d'adoption qui protège mais où l'on n'échappe jamais tout à fait au regard des autres. Ici tout se sait et on rigole de tout, sinon on boit pour oublier. En tout cas on ne fait rien dans la mesure. Alors, même s'il les tait, le chagrin qui traverse le cœur de Monsieur Déloyal, sa capacité d'autodestruction, n'échappent pas à ses pairs. Et quand il va merdoyer ferme, c'est toute la tournée et l'équilibre de la compagnie qui vont en être affectés. Puis l'arrivée de la pétillante Lola, son passif avec Marion, la compagne de François, va finir par rendre la situation explosive… (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : samedi 21 à 15h30 et 20h30, dimanche 22 à 17h30 et lundi 23 à 13h50

Julieta
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgÉcrit et réalisé par Pedro ALMODOVAR
Espagne 2016 1h36mn VOSTF
avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta, Rossy de Palma, Dario Grandinetti, Michelle Jenner, Pilar Castro...

« Il est possible que l'austérité soit à partir de maintenant ma voie… » Pedro Almodovar

Le nouveau film de Pedro Almodovar a été dans un premier temps fraîchement accueilli en Espagne (il faut dire aussi que sont entrés en ligne de comptes des paramètres largement extra-cinématographiques : mais que diable allait-il faire dans cette galère panaméenne ?), les critiques lui reprochant justement sa froideur, sa distance, son manque d'émotion manifeste, regrettant la fantaisie, la loufoquerie, le sens de la provocation du Almodovar des débuts – dont on a connu une résurgence pas vraiment convaincante avec Les Amants passagers – ou alors le sens du mélodrame flamboyant qui emportait ses œuvres de la maturité.

Et puis, au fur et mesure que les spectateurs – professionnels ou amateurs – voient le film à tête reposée, sans a priori, il semble bien que la tendance est en train de s'inverser, que les réactions se font de plus en plus positives, voire assez enthousiastes, rapprochant ce Julieta de La Fleur de mon secret, un des films les plus beaux – et des plus retenus – du réalisateur.
Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía, la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt.
Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours.

Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : lundi 23 à 16h et 20h, mardi 24 à 14h et 18h15


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