Au(x) cinéma(s) du 18 au 24 mai

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Voici la bonne nouvelle de la semaine : le dimanche 22 mai, Entretoiles vous propose une nouvelle soirée à thème au CGR : "Danser et chanter envers et contre tout" avec à 18 h A peine j'ouvre les yeux de Lela Bouzid, un film tunisien,  lumineux sur la rage de vivre d'une jeune fille libre. Et à 20h30 Desert Dancer de Richard Raymond, un film sur l'histoire vraie d'un danseur iranien.... Et bien sûr, entre les 2 films, apéritif offert par Entretoiles : ceux d'entre vous qui auraient envie d'apporter quelque chose à partager sont les bienvenus !

En dehors de cela, CGR vous propose toujours Café Society de Woody Allen, mais hélas, uniquement en VF : pas le moindre créneau de VO pour les amateurs ! Et en "Ciné-club", le film Free to Run, un documentaire "passionné et passionnant" sur la course à pied.

Au Vox, plusieurs films à ne pas manquer : Ma Loute de Bruno Dumont, film "hilarant et terrible", Paulina, un film brillant de Santiago Mitre. Mais aussi L'Avenir de Mia Hansen Love, (à Salernes aussi) et le beau film indien La Saison des femmes (aussi à Lorgues).

Et nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 18 AU 24 MAI 2016

Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
À peine j'ouvre les yeux
Réalisé par Leyla BOUZID
Tunisie 2015 1h42mn VOSTF
avec Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayari...
Beaucoup de prix dans beaucoup de festivals, notamment le Prix du Public et le Prix Label Europa Cinémas à la Mostra de Venise
Tunis, été 2010. Farah est une jeune fille brillante qui vient de réussir son bac avec succès et que sa famille imagine déjà médecin. Mais Farah est aussi une fille à l'énergie débordante – et au caractère bien trempé – qui veut profiter de la vie et de sa jeunesse. Elle sort dans les bars, s'enivre, découvre l'amour dans les bras d'un des musicien du groupe de rock dans lequel elle chante des textes engagés, qui parlent des problèmes de son pays, de sa frustration et de ses rêves qui sont aussi ceux de ses compatriotes. Libre et impulsive, Farah s'oppose à la volonté de sa mère Hayet, qui connaît les interdits de son pays et tente de la protéger en l'éloignant de son groupe. Car dans la Tunisie de Ben Ali, Farah est considérée comme une rebelle, les membres de son groupe sont d'ailleurs surveillés par la police. Mais le désir de liberté est trop fort pour être contenu. Et c'est peu à peu les rouages de la machine répressive qui vont se refermer sur la jeune fille, symbole d'une jeunesse fière et vivante qui veut rester debout, mais risque d'en payer le prix... lire la suite
CGR (Draguignan) : séance Entretoiles, horaire unique dimanche 22 mai à 18h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Desert Dancer
Réalisé par Richard RAYMOND
Royaume-Uni 2016 1h38mn
avec Reece Ritchie, Freida Pinto, Tom Cullen (III)...
Desert Dancer » nous conte l’histoire vraie d’Afshin Ghaffarian, un jeune homme qui a tout risqué pour accomplir son rêve de danseur, dans un Iran où la danse est interdite.« Interprété par Freida Pinto (Slumdog Millionaire, La Planète des Singes: les Origines), Reece Ritchie (Lovely Bones, Hercule), Tom Cullen (Downtown Abbey, Week-end) et Nazanin Boniadi (Homeland, Scandal), Desert Dancer vous emmènera de Mashhad en Iran où Afshin enfant va découvrir la danse, jusqu’à Téhéran où, étudiant, il va fonder une compagnie clandestine avec la complicité de ses amis de l’Université de Téhéran, et qui s’avèrera être une entreprise extrêmement risquée sous le régime strict de Mahmoud Ahmadinejad dominé par la charia. »Ce film mériterait une analyse profonde, mais sa sortie la première semaine de l’année 2016 me fait presser le pas, et donc je vous livre mon avis à chaud.« Desert Dancer » nous montre la société iranienne. On voit le combat d’étudiants pour pouvoir faire de l’art, et vivre en tout liberté... lire la suite
CGR (Draguignan) : séance Entretoiles, horaire unique dimanche 22 mai à 20h30
Résultat de recherche d'images pour "affiche chaque jour est une fete"
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Café Society
Écrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2016 1h36mn VOSTF
avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Blake Lively, Steve Carrell, Corey Stoll, Parker Posey, Ken Stott, Anna Camp...
Film d'ouverture, Festival de Cannes 2016
C'est la troisième fois que Woody Allen fait l'ouverture du Festival de Cannes. Un record de plus à son actif. En 2002 c'était avec Hollywood ending et en 2011 avec Midnight in Paris, un des films les plus savoureux de sa dernière période. Il se trouve que Café Society, tout comme Midnight, nous transporte dans un passé revisité par le magicien Allen, avec toute la fantaisie dont il est capable et juste ce qu'il faut de nostalgie (ici les années 30 à Hollywood, là les années 20 à Saint-Germain des Prés). On a le droit d'y voir un heureux présage… New York, dans les années 30 donc. Coincé entre des parents en perpétuelle bagarre, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d'étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l'engager comme coursier... lire la suite
CGR (Draguignan) :  en VF UNIQUEMENT (!) : mercredi 18, samedi 21, lundi 23 et mardi 24 à 11h15, 14h, 16h15, 18h15, et 20h15 - vendredi 20 à 11h15, 14h, 16h15, 18h15 et 20h - dimanche 22 à 11h15, 13h45, 15h45 et 20h15
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Free to Run
Réalisé par Pierre Morath
Documentaire France / Suisse / Belgique 2016 1h39mn
avec Philippe Torreton...
En s’appuyant habilement sur un mélange d’images d’archives et d’interviews, ce documentaire aborde avec passion la démocratisation de la course à pied des années 60 jusqu’à aujourd’hui. Il parvient à dépasser la niche des coureurs, grâce à sa volonté exquise de fouler le sol hors des sentiers battus. Des rues de New York aux sentiers des Alpes suisses, hommes et femmes, champions ou anonymes… Ils sont chaque année des dizaines de millions à courir. Il y a 40 ans, la course à pied était encore considérée comme un acte marginal, une pratique quasi déviante cantonnée aux athlètes masculins et à l’enceinte des stades. Free to Run retrace la fabuleuse épopée de ce sport solitaire devenu passion universelle. Le nouveau film de Pierre Morath est un hymne à la gloire de la course libre et de ceux qui la font exister... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 18 et samedi 21 à 18h, jeudi 19 à 20h, vendredi 20 à 13h30, lundi 23 à 13h45 et mardi 24 à 11h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Paulina
Réalisé par Santiago Mitre
Argentine 2016 1h43mn VOSTF
avec Dolores Fonzi, Oscar Martinez, Esteban Lamothe, Cristian Salguero...
PRIX DE LA CRITIQUE INTERNATIONALE ET GRAND PRIX DE LA SEMAINE DE LA CRITIQUE, FESTIVAL DE CANNES 2015
Paulina, deuxième film du jeune réalisateur argentin Santiago Mitre après El estudiante, s'ouvre sur une longue joute verbale. Dans le bureau de son juge de père, dont les ors dévoilent sa haute place dans la magistrature, Paulina tente d'expliquer les raisons qui la poussent à quitter sa prometteuse carrière d'avocate pour aller enseigner dans une région défavorisée. Son père désapprouve et s'énerve, la jeune femme s'entête : pour elle, les idéaux politiques ne valent rien s'ils ne sont pas incarnés, s'ils ne servent pas des causes justes pour lesquelles il est nécessaire de s'engager personnellement. Sa ténacité aura raison de son père, et les enjeux du film sont ainsi posés : là où El estudiante s'intéressait au discours politique de manière théorique, voire rhétorique, via le parcours initiatique d'un jeune étudiant d'une université de Buenos Aires, Paulina se pose la question de la mise en pratique concrète de ces idéologies... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 18, jeudi 19 et samedi 21 à 18h30, vendredi 20 à 16h, dimanche 22 à 20h30, lundi 23 à 16h15 et mardi 24 à 18h15
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
L'Avenir
Écrit et réalisé par Mia HANSEN-LØVE
France 2016 1h40mn
avec Isabele Huppert, André Marcon, Romain Kolinka, Edith Scob, Sarah Le Picard, Solal Forte...
Festival de Berlin 2016 – Ours d'argent de la Meilleure réalisatrice
Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Son mari est aussi professeur de philosophie et lui aussi aime les livres et l’assurance tranquille de cette vie bourgeoise et confortable, sans frasque ni ostentation. Les enfants ont grandi et ne sont plus à la maison, le plaisir et l’envie d’enseigner semblent toujours constants en dépit des années. Quant à l’amour, il est là, à sa manière, avec les us et coutumes d'une union qui dure depuis vingt cinq ans. Un amour sincère mais un peu éteint, posé sur une étagère, comme un gros bouquin dont on sait la présence rassurante mais qu'on oublie trop souvent d'ouvrir... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 16h15, samedi 21 et dimanche 22 à 16h, lundi 23 à 18h15
Salernes : jeudi 19 à 20h30, samedi 21 et mardi 24 à 18h
Le Coeur régulier : Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
La Saison des femmes
Écrit et réalisé par Leena YADAV
Inde 2015 1h57mn VOSTF
avec Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla, Lehar Khan...
Quel film réjouissant, avec un ton qui oscille constamment entre Bollywood chatoyant et séduisant pamphlet féminin, pour ne pas dire féministe ! Un cri de guerre joyeux au service des femmes mais aussi des hommes, tout autant prisonniers qu'elles des règles de convenance imposées par leur société patriarcale. Cet effeuillage candide nous livre les dessous d'une Inde contemporaine très éloignée de nos images d'Épinal occidentales. Non content de nous faire passer un agréable moment, La Saison des femmes remet les pendules à l'heure efficacement. Trop ? Le comité de censure indien va-t-il accepter sa diffusion dans son pays ? C'est déjà un petit miracle que le film ait vu le jour : entre les producteurs qui refusaient de le soutenir, les villages qui ne voulaient pas accueillir un tournage dirigé par une femme plus adepte du port des pantalons que du voile… Mais Leena Yadav n'a jamais baissé les bras, comme ses personnages, ces terribles drôlesses qui vous feront tourner la tête... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 21 à 18h20 et lundi 23 à 13h50
Lorgues : mercredi 18 à 15h, dimanche 22 à 20h15 et lundi 23 à 19h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Mr. Holmes
Réalisé par Bill CONDON
GB 2015 1h44mn VOSTF
avec Ian Mckellen, Laura Linney, Milo Parker, Hiroyuki Sanada, Hattie Morahan, Patrick Kennedy, Roger Allam...
Scénario de Jeffrey Hatcher, d’après le roman Les Abeilles de Mr Holmes de Mitch Cullin
Le Mr Holmes de Bill Condon, imaginé par le romancier Micth Cullin, se situe plus tard, alors que le détective s'est retiré pour élever ses abeilles dans les bocages verdoyants du Sud de l'Angleterre. Quand je dis plus tard, c'est beaucoup plus tard puisque nous sommes en 1947, si bien que Holmes a… 93 ans ! On ne peut pas prétendre qu'il a la même vivacité que du temps où il traquait Moriarty et résolvait des mystères a priori insolubles. Certes son œil encore acéré sait, à partir de quelques indices, deviner les derniers déplacements de sa gouvernante, mais il clopine de sa chambre jusqu'à ses ruches d'un pas de sénateur et surtout, plus terrible, il se rend compte, tests de son médecin à l'appui, que sa mémoire – qui fit sa force – décline jour après jour... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 et lundi 23 à 20h45, jeudii 19 à 18h30, dimanche 22 à 18h15, mardi 24 à 16h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Ma Loute
Écrit et réalisé par Bruno DUMONT
France 2016 2h02mn
avec Fabrice Luchini, Valeria Bruni-Tedeschi, Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent, Brandon Lavievillle, Raph, Didier Despres, Thierry Lavieville, Caroline Carbonnier...
Sélection officielle, en compétition, Festival de Cannes 2016
C'est l'apothéose de la transformation d'un cinéaste que l'on savait magnifiquement inspiré mais que d'aucuns trouvaient plombant (Fabrice Luchini, qui a pas mal hésité avant d'accepter de tourner dans Ma Loute, le désignait d'ailleurs comme « un Rohmer austère, ou un Truffaut qui ne voulait pas faire d'entrées ! »). Bruno Dumont, cinéaste nordiste primé à Cannes pour L'Humanité et Flandres, admiré pour La Vie de Jésus ou Hors Satan, autant de films splendides mais n'invitant en effet pas franchement à la rigolade, est devenu le roi de la comédie policière déglinguée depuis P'tit Quinquin, mini série pour Arte où des sales gosses, sorte de Club des Cinq ch'ti et trash, suivaient l'enquête maladroite de flics d'opérette sur des crimes commis entre les blockhaus de la Côte d'Opale. Ma loute creuse ce sillon en l'amplifiant, en lui donnant une dimension dantesque : c'est à la fois tordant et terrifiant... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 18, jeudi 19 et samedi 21 à 13h50, 16h, 18h15 et 20h45 - vendredi 20 à 13h50, 17h30 et 20h45 - dimanche 22 et mardi 24 à 15h45, 18h15 et 20h45 - lundi 23 à 14h, 17h30 et 20h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Fritz Bauer, un héros allemand
Réalisé par Lars KRAUME
Allemagne 2015 1h46mn VOSTF
avec Burghart Klaussner, Ronald Zehrfeld, Lilith Stangenberg, Jörg Schüttauf, Sebastian Blomberg...
Scénario de Lars Kraume et Olivier Guez
70 ans après la chute du régime nazi, le cinéma allemand n'a pas fini d'explorer les zones d'ombre de cette sinistre période. Entreprise pédagogique ô combien louable qui nous donne en plus des films passionnants. Dans Le Labyrinthe du silence, on découvrait fugitivement la figure de Fritz Bauer, Juif allemand devenu procureur au tout début des années 1930, arrêté sous le régime hitlérien, mais qui parvint à fuir vers le Danemark puis la Suède avant de revenir exercer ses fonctions dans la nouvelle Allemagne prétendument débarrassée du nazisme. Fritz Bauer (interprété par un comédien magnifique : Burghart Klaussner, inoubliable pasteur dans Le Ruban blanc de Michael Haneke) est aujourd'hui le personnage central d'un film qui raconte des événements qui se sont déroulés près de dix ans avant ceux relatés dans Le Labyrinthe du silence... lire la suite
Cotignac : dimanche 22 à 18h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Baden Baden
Réalisé par Rachel Lang
Belgique / France – 2016 – 95 min
avec Salomé Richard, Claude Gensac, Swann Arlaud...
Ancré dans le réel, flirtant avec le burlesque et s’ouvrant à l’allégorie, BADEN BADEN est un pur enchantement. Au fil du développement de son premier long-métrage de Rachel Lang exacerbe l’exhalation de son héroïne, une jeune fille ordinaire qui croque dans la vie à pleines dents sans chercher à planifier un plan d’épargne retraite. Emporté par Salomé Richard et servi par un casting éblouissant, le film est tout à la fois entrainant et mélancolique, révélant (ou confirmant) une réalisatrice de talent. Au volant d’un coupé sport, Ana (Salomé Richard) conduit une actrice sur un plateau de tournage à Bruxelles. Mal à l’aise dans ce rôle qui en lui convient pas, elle prend la route au volant de la voiture de location en direction de Strasbourg. Se réfugie-t-elle chez sa grand-mère (Claude Gensac) qu’elle fait face à elle-même, brin de femme devenue adulte, se mettant au défi d’installer une douche en lieu et place de la baignoire de son aïeule... lire la suite
Lorgues : mercredi 18 à 19h10, samedi 21 à 20h30 et lundi 23 à 21h05
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Alias Maria
Réalisé par Jose Luis RUGELES
Colombie 2015 1h31mn VOSTF
avec Karen Torres, Carlos Clavijo, Erik ruiz, Anderson Gomez...
Scénario de Diego Vivanco
Maria ne s’appelle pas Maria. C’est le nom qu’elle porte depuis qu’elle a pris les armes pour rejoindre la guérilla, au cœur de la forêt amazonienne de Colombie. Un surnom (« alias » en espagnol), un pseudonyme, un nom de guerre, la marque que celle qu’elle était avant n’est plus, et qu’elle a perdu, en embrassant la cause, son nom de baptême et les traces de son passé.
De Maria on ne saura pas grand chose. Ni pourquoi elle a rejoint les FARC – à moins qu’elle n’ait été enrôlée de force – ni ce qu’était sa vie. Ses parents, son village, sa famille : tout cela n’a plus d’importance pour elle et n’en aura pas plus pour nous, spectateur. Maria est une compañera, soldate armée et en treillis d’un commando composé essentiellement de femmes, souvent très jeunes. Un visage encore potelé par les rondeurs de l’enfance, un corps qui a poussé trop vite, un regard bien trop profond et trop triste pour que l’on puisse oser croire que la jeune vie de Maria fût un fleuve joyeux et insouciant. Et Maria aura beau jouer à faire craquer le vernis rosé de ses doigts abîmés, comme le font les petites filles se rêvant déjà devenues femmes, on voit bien qu’elle a perdu depuis bien longtemps l’innocence de ses treize ans.
.. lire la suite
Cotignac : vendredi 20 à 21h
Affiche
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Sky
Réalisé par Fabienne Berthaud
avec Diane Kruger, Gilles Lellouche, Norman Reedus...
France 2016 1h43mn
En vacances avec son mari dans l’Ouest américain, Romy décide de mettre fin à cette relation toxique et de reprendre sa vie en main. De Las Vegas aux plaines du Nevada, la route sera jalonnée de rencontres improbables, intenses et toutes porteuses d’un nouvel espoir.Les grands déserts américains n’en finissent d’inspirer nos cinéastes. Après Depardieu/Huppert venus tenter de faire renaitre leur couple après la mort de leur fils dans Valley of Love, voici Lellouche/Krüger constatant l’explosion du leur. Il faut dire qu’ils sont fascinants ces grands espaces et assurent une ampleur visuelle et émotionnelle certaine. Après Frankie en 2005 et Pieds nus sur les limaces en 2009, c’est la troisième fois que Fabienne Berthaud et Diane Krüger, respectivement derrière et devant la caméra, se retrouvent... lire la suite
Salernes : jeudi 19 à 18h et mardi 24 à 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

À peine j'ouvre les yeux
ImageRéalisé par Leyla BOUZID
Tunisie 2015 1h42mn VOSTF
avec Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayari...
Scénario de Leyla Bouzid et Marie-Sophie Chambon. Beaucoup de prix dans beaucoup de festivals, notamment le Prix du Public et le Prix Label Europa Cinémas à la Mostra de Venise

Le cinéma est un outil formidable, un moyen incomparable de s'immerger dans des réalités éloignées des nôtres, de représenter des parties du monde qui nous seraient sinon invisibles, de raconter des histoires qui nous permettent de mieux appréhender des moments clés de l'Histoire. Sur les révolutions qui ont émergé dans de nombreux pays arabes au début de cette décennie, beaucoup de choses ont été dites et montrées. Nous avons vu les images documentaires des immenses manifestations et du renversement des pouvoirs en place, de la répression et des échecs. Nous avons en quelques sortes vécu, via nos écrans, les événements de ces Printemps Arabes, et nous suivons encore leurs conséquences sur les pays concernés.
Mais nous fûmes sans doute nombreux à être surpris par ces mouvements, et à ne pas forcément comprendre, par méconnaissance de la situation de ces pays, les raisons de ces soulèvements. La jeune réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid a donc décidé de situer l'action de son premier film quelques mois à peine avant la révolution de Jasmin, avec la volonté de faire ressentir ce qu'était la vie des Tunisiens – et particulièrement de la jeunesse – sous l'ère Ben Ali : « J’ai voulu revenir sur la sensation d’étouffement, la peur continue qu’on ressentait alors. Il ne faut pas oublier ces émotions. Je parle plus particulièrement de l’atmosphère des derniers mois du régime. Alors que la corruption rongeait tout, les gens étaient agressifs, ils évoluaient dans l’incertitude. C’était un peu une fin de règne. Tout cela explique, au moins en partie, énormément de choses, notamment les raisons de l’explosion qui ont conduit à la révolution ».

Tunis, été 2010. Farah est une jeune fille brillante qui vient de réussir son bac avec succès et que sa famille imagine déjà médecin. Mais Farah est aussi une fille à l'énergie débordante – et au caractère bien trempé – qui veut profiter de la vie et de sa jeunesse. Elle sort dans les bars, s'enivre, découvre l'amour dans les bras d'un des musicien du groupe de rock dans lequel elle chante des textes engagés, qui parlent des problèmes de son pays, de sa frustration et de ses rêves qui sont aussi ceux de ses compatriotes. Libre et impulsive, Farah s'oppose à la volonté de sa mère Hayet, qui connaît les interdits de son pays et tente de la protéger en l'éloignant de son groupe. Car dans la Tunisie de Ben Ali, Farah est considérée comme une rebelle, les membres de son groupe sont d'ailleurs surveillés par la police. Mais le désir de liberté est trop fort pour être contenu. Et c'est peu à peu les rouages de la machine répressive qui vont se refermer sur la jeune fille, symbole d'une jeunesse fière et vivante qui veut rester debout, mais risque d'en payer le prix…

À peine j'ouvre les yeux est donc le portrait d'une jeune fille trop libre pour un système autoritaire qui n'a plus d'autres solutions que la répression et la violence pour perpétuer son règne, étendard d'une jeunesse qui fera entendre sa voix quelques mois plus tard. Le film de Leyla Bouzid suit à un rythme effréné la tignasse bouclée et le visage poupin de son héroïne, plongeant à sa suite dans la vie nocturne tunisienne, ses rues, ses bars et ses boîtes de nuits. Il laisse une grande place à la puissance de la musique – rock inspiré des rythmes du mezoued, musique populaire tunisienne – et aux textes chantés par Farah. Et offre deux magnifiques personnages à deux sublimes actrices autour desquelles le récit se resserre peu à peu : la jeune Baya Medhaffar, dont c'est la première apparition, incarne Farah avec une énergie ébouriffante face à la célèbre chanteuse tunisienne Ghalia Benali, remarquable dans le rôle de sa mère Hayet. (Utopia)


CGR (Draguignan) : séance Entretoiles, horaire unique dimanche 22 mai à 18h


Desert Dancer
Afficher l'image d'origineRéalisé par Richard RAYMOND
Royaume-Uni 2014 1h38mn
avec Reece Ritchie, Freida Pinto, Tom Cullen (III)...

Desert Dancer » nous conte l’histoire vraie d’Afshin Ghaffarian, un jeune homme qui a tout risqué pour accomplir son rêve de danseur, dans un Iran où la danse est interdite.« Interprété par Freida Pinto (Slumdog Millionaire, La Planète des Singes: les Origines), Reece Ritchie (Lovely Bones, Hercule), Tom Cullen (Downtown Abbey, Week-end) et Nazanin Boniadi (Homeland, Scandal), DESERT DANCER vous emmènera de Mashhad en Iran où Afshin enfant va découvrir la danse, jusqu’à Téhéran où, étudiant, il va fonder une compagnie clandestine avec la complicité de ses amis de l’Université de Téhéran, et qui s’avèrera être une entreprise extrêmement risquée sous le régime strict de Mahmoud Ahmadinejad dominé par la charia. »Ce film mériterait une analyse profonde, mais sa sortie la première semaine de l’année 2016 me fait presser le pas, et donc je vous livre mon avis à chaud.« Desert Dancer » nous montre la société iranienne. On voit le combat d’étudiants pour pouvoir faire de l’art, et vivre en tout liberté… On pense aux « Chats persans » de Bahman Ghobadi devant ce sujet, sauf qu’ici il s’agit moins de musique que de danse. Le spectateur ne peut que s’émouvoir devant le parcours d’Afshin (Reece Ritchie, convaincant) et de ces jeunes gens courageux, mais aussi de son mentor…La passion de la danse est bien décrite  – on pense toutes proportions gardées à « Billy Elliot »,  car Afshin a la danse dans le sang, il est avide de connaissances en la matière et essaie d’apprendre de façon autodidacte. Afshin se révèle par la danse.Il vit pour sa passion. Cependant le contexte sociopolitique des deux films n’est absolument pas le même.Le film est aussi une belle histoire d’amour,  Afshin tombe amoureux d’une jeune fille (Freida Pinto),  qui a appris la danse par sa mère, ancienne danseuse décédée d’une overdose …

La scène du spectacle de danse dans le désert est poétique, c’est une métaphore de ce qu’a vécu Afshin et ses amis. Un autre moment de danse vous donnera des frissons, je n’en dis pas plus. Les chorégraphies sont intéressantes et les acteurs principaux sont totalement crédibles en danseurs.Le film est ponctué de moments de suspense intense. Comment le héros  menacé de mort va – t-il s’en sortir ? Dans la vraie vie, Afshin Ghaffarian a obtenu l’asile politique en France, a étudié au CND et a monté sa propre compagnie depuis. Ses amis vont -ils être tués ? On a régulièrement la larme à l’œil.J’ignore dans quelle mesure certaines scènes ont été romancées,  mais on ressent beaucoup de choses en regardant « Desert Dancer ».Véritable déclaration d’amour à la danse et plaidoyer pour la liberté et l’art sur toutes ses formes. Un beau film qui prône la liberté d’expression, l’amour et la fraternité.

Desert Dancer est de ces réalisations surprenantes qui, à frôler régulièrement la catastrophe, finissent par trouver une grâce funambulesque au-dessus des gouffres. Ces derniers avaient pourtant des allures abyssales.

Racontant les jeunes années iraniennes du danseur et chorégraphe engagé Afshin Ghaffarian, le film est interprété entièrement en anglais par un casting essentiellement anglophone – mais si bien choisi, si bien suivi par une caméra mobile sans excès, agile, que son naturel donne envie d’y croire. Visiblement construit à partir de deux scènes de danse – tout à fait belles au demeurant – entre lesquelles il s’efforce avec plus ou moins d’adresse de jeter des ponts et de la matière, il avance au fil d’une écriture fragile – mais toujours prompte à esquiver le sentimentalisme,...(Le Monde)


CGR (Draguignan) : séance Entretoiles, horaire unique dimanche 22 mai à 20h30


Café Society
AfficheÉcrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2016 1h36mn VOSTF
avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Blake Lively, Steve Carrell, Corey Stoll, Parker Posey, Ken Stott, Anna Camp...
Film d'ouverture, Festival de Cannes 2016

C'est la troisième fois que Woody Allen fait l'ouverture du Festival de Cannes. Un record de plus à son actif. En 2002 c'était avec Hollywood ending et en 2011 avec Midnight in Paris, un des films les plus savoureux de sa dernière période. Il se trouve que Café Society, tout comme Midnight, nous transporte dans un passé revisité par le magicien Allen, avec toute la fantaisie dont il est capable et juste ce qu'il faut de nostalgie (ici les années 30 à Hollywood, là les années 20 à Saint-Germain des Prés). On a le droit d'y voir un heureux présage…
New York, dans les années 30 donc. Coincé entre des parents en perpétuelle bagarre, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d'étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l'engager comme coursier.
À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux de Vonnie, l'assistante de son oncle. Malheureusement, la belle n'est pas libre et il doit se contenter de son amitié. Jusqu'au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l'horizon s'éclaire pour Bobby et l'amour semble à portée de main…

Quant au « Café society » du titre, il s'agit d'un club très prisé de l'époque, où se retrouvaient stars et mécènes du cinéma, ainsi que les derniers talents du jazz, dont on imagine bien qu'il va irriguer la bande son du film.
Depuis qu'il ne fait plus l'acteur (sauf occasionnellement pour les autres), Woody Allen ne se prive pas pour choisir ce qui se fait de mieux parmi les comédiens du cinéma américain actuel. Il dirige ici les formidables Jesse Eisenberg et Kristen Stewart, entourés de quelques pointures telles que Steve Carrell ou Parker Posey.


CGR (Draguignan) :  en VF UNIQUEMENT (!) : mercredi 18, samedi 21, lundi 23 et mardi 24 à 11h15, 14h, 16h15, 18h15, et 20h15 - vendredi 20 à 11h15, 14h, 16h15, 18h15 et 20h - dimanche 22 à 11h15, 13h45, 15h45 et 20h15


Free to Run
Afficher l'image d'origineRéalisé par Pierre Morath
Documentaire France / Suisse / Belgique 2016 1h39mn
avec Philippe Torreton...

En s’appuyant habilement sur un mélange d’images d’archives et d’interviews, ce documentaire aborde avec passion la démocratisation de la course à pied des années 60 jusqu’à aujourd’hui. Il parvient à dépasser la niche des coureurs, grâce à sa volonté exquise de fouler le sol hors des sentiers battus.

 Des rues de New York aux sentiers des Alpes suisses, hommes et femmes, champions ou anonymes… Ils sont chaque année des dizaines de millions à courir. Il y a 40 ans, la course à pied était encore considérée comme un acte marginal, une pratique quasi déviante cantonnée aux athlètes masculins et à l’enceinte des stades. Free to Run retrace la fabuleuse épopée de ce sport solitaire devenu passion universelle. Le nouveau film de Pierre Morath est un hymne à la gloire de la course libre et de ceux qui la font exister.

 L’athlétisme, trop rarement présent au cinéma, est dans la plupart des œuvres de fiction abordé de manière mélodramatique et malhabile. Souvent peu cinégéniques ou irréalistes (Les Chariots de Feu, Le vainqueur…), ne transmettant pas la passion inhérente à ce sport (Ralph, La ligne droite), les résultats sont stéréotypés et pleins de bons sentiments. Le documentaire Free to run rend, quant à lui, un émouvant hommage au running en partant de la révolution sociale dont il a été le symbole au cours des années 60. En effet, cela peut surprendre car il est difficile de s’imaginer aujourd’hui qu’une discipline aussi naturelle n’ait pas toujours été ouverte à tous et qu’il a fallu mener un combat social acharné afin d’acquérir cette liberté de courir. Le réalisateur suisse Pierre Morath, ancien coureur de haut niveau et aujourd’hui coach et consultant pour la télévision, apporte un regard éclairé sur ce sport. Sa connaissance et sa passion du milieu se ressentent indéniablement à travers son film, trouvant son juste milieu entre une portée instructive et un côté euphorisant qu’il dégage. Véritable panorama des années 60 à aujourd’hui, il met en lumière les pionniers à l’origine de la démocratisation et de la popularisation du running. Grâce à la détermination de ces héros célèbres (Steve Prefontaine) ou plus anonymes (Fred Lebow, Noël Tamini, Kathrine Switzer), la liberté de courir a triomphé face au conservatisme et idées préconçues. Aussi inconcevable que cela puisse paraître, on apprend par exemple que jusqu’à la fin des années 60, les femmes n’avaient le droit de courir plus de 800 mètres, ou encore que le marathon leur fut autorisé qu’au début des années 80. La course fut même déconseillée par les experts médicaux, avertissant qu’elle « réduirait l’espérance de vie de 20 à 40 ans », et risquait de provoquer un « décrochage de l’utérus ». Free to run fourmille de ces détails historiques surprenants et désormais méconnus.
On voyage dans le passé mais aussi dans le monde, arpentant les rues de New York et les Alpes suisses qui ont vu apparaître les premiers coureurs. Ces « excentriques » ou « rebelles », animés du désir de courir libre et sans enjeu de compétition, ont permis de changer les mentalités et d’initier un phénomène de société. Free to run bénéfice d’un récit fluide et rythmé grâce à l’alternance entre images d’archives et témoignages. On part à la rencontre de Noël Tamini, fondateur du premier magazine international de running intitulé Spiridon qui fut l’emblème de la liberté prônée à l’époque. Le marathon sert également de fil rouge, avec entre autres l’interview de Kathrine Switzer, 1ère femme à avoir couru le 42 km en 1967, époque où les femmes n’y étaient pas encore autorisées. Au delà de l’aspect historique et informatif, il est intéressant de voir le lien existant entre la course et la notion économique, fortement lié à son évolution. Le point de départ de cette période prend appui sur l’émouvant portrait du champion américain Steve Prefontaine, contraint de vivre dans une caravane car ne gagnant pas suffisamment d’argent, qui s’improvisa comme porte-parole des coureurs et de l’égalité avec les athlètes professionnels des autres sports. Sa carrière rencontrera une petite entreprise naissante, du nom de Nike.
Free to run prolonge intelligemment la question économique jusqu’à évoquer la limite en termes d’éthique, touchant à la fois la discipline sportive et l’essence même du coureur. Il est fascinant de voir l’accaparement de ce sport, passé de marginal à populaire, par les marques et l’exploitation commerciale qui en a été faite. Né d’un mouvement de liberté, il a progressivement dérivé vers mouvement consumériste et matérialiste. Exit les footings en forêt pour le simple plaisir, au profit d’achats personnels de produits plus performants, plus variés, plus connectés, dans le but de participer à des courses urbaines devenues de plus en plus coûteuse chaque année.
Par l’intermédiaire de ce documentaire passionné et passionnant, Pierre Morath nous montre comment le running a participé à de profonds changements sociaux au cours des 50 dernières années. Il met à l’honneur l’apport ce sport, comme l’authentique reflet de notre société (àvoiràlire)


CGR (Draguignan) : mercredi 18 et samedi 21 à 18h, jeudi 19 à 20h, vendredi 20 à 13h30, lundi 23 à 13h45 et mardi 24 à 11h

Paulina
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgRéalisé par Santiago Mitre
Argentine 2016 1h43mn VOSTF
avec Dolores Fonzi, Oscar Martinez, Esteban Lamothe, Cristian Salguero...
PRIX DE LA CRITIQUE INTERNATIONALE ET GRAND PRIX DE LA SEMAINE DE LA CRITIQUE, FESTIVAL DE CANNES 2015

Paulina, deuxième film du jeune réalisateur argentin Santiago Mitre après El estudiante, s'ouvre sur une longue joute verbale. Dans le bureau de son juge de père, dont les ors dévoilent sa haute place dans la magistrature, Paulina tente d'expliquer les raisons qui la poussent à quitter sa prometteuse carrière d'avocate pour aller enseigner dans une région défavorisée. Son père désapprouve et s'énerve, la jeune femme s'entête : pour elle, les idéaux politiques ne valent rien s'ils ne sont pas incarnés, s'ils ne servent pas des causes justes pour lesquelles il est nécessaire de s'engager personnellement. Sa ténacité aura raison de son père, et les enjeux du film sont ainsi posés : là où El estudiante s'intéressait au discours politique de manière théorique, voire rhétorique, via le parcours initiatique d'un jeune étudiant d'une université de Buenos Aires, Paulina se pose la question de la mise en pratique concrète de ces idéologies.

Dès son arrivée dans la classe qui lui est assignée, Paulina se trouve confrontée à ses contradictions : elle ne parle pas le dialecte de la région, elle ignore tout des us et coutumes de ceux à qui elle doit faire cours et n'arrive pas à contenir certains de ses élèves qui ne semblent que peu intéressés par cet enseignement qui lui paraît à elle si essentiel. Mais Paulina est têtue, elle s'accroche à ses convictions et ne se laisse pas déstabiliser sans tenter de reprendre le dessus. Et malgré la désapprobation de son père et de son fiancé – qui la rejoint moins pour passer du temps avec elle que pour tenter de la raisonner –, Paulina s'ancre peu à peu dans cette région hostile, noue des amitiés, s'échine à faire accepter son rôle de professeur à des jeunes récalcitrants… Jusqu'au jour où elle est violemment agressée, et où elle reconnaît dans ses agresseurs certains de ses élèves. Ébranlée, Paulina n'en perd pas pour autant sa détermination. Le film suit alors le cheminement tortueux de la jeune femme pour réagir aux événements tout en restant en accord avec ses idéaux et sa vision de l'engagement.

Porté par une actrice fascinante – Dolores Fonzi dont le réalisateur loue « le travail mystérieux et si sensible, sans lequel le film n'aurait aucun intérêt » –, Paulina est un film profondément troublant, qui parvient à restituer la complexité de ses personnages et des situations qu'ils traversent, à en dévoiler les enjeux, et à nous faire comprendre des choix qui pourraient pourtant paraître impensables. Avant de se tourner vers la réalisation, Santiago Mitre fut scénariste, notamment des films de son compatriote Pablo Trapero (Leonera, Carancho, Elefante Blanco). Cela se ressent dans Paulina : sans jamais céder au didactisme ni au jugement, il construit avec une intelligence remarquable une histoire complexe et ambiguë. Il n'hésite pas à brouiller les pistes, à se jouer de la temporalité, à déplacer l'axe de la narration d'un personnage à l'autre pour saisir au mieux leurs motivations. Paulina use ainsi des ressorts dramatiques de la fiction pour approfondir avec brio les questionnements – amorcés par El estudiante – de la croyance idéologique, de l'engagement politique et de leur confrontation à la réalité. En un mot : brillant. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 18, jeudi 19 et samedi 21 à 18h30, vendredi 20 à 16h, dimanche 22 à 20h30, lundi 23 à 16h15 et mardi 24 à 18h15

L'Avenir
Écrit et réalisé par Mia HANSEN-LØVE
France 2016 1h40mn
avec Isabele Huppert, André Marcon, Romain Kolinka, Edith Scob, Sarah Le Picard, Solal Forte...
Festival de Berlin 2016 – Ours d'argent de la Meilleure réalisatrice

Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Son mari est aussi professeur de philosophie et lui aussi aime les livres et l’assurance tranquille de cette vie bourgeoise et confortable, sans frasque ni ostentation. Les enfants ont grandi et ne sont plus à la maison, le plaisir et l’envie d’enseigner semblent toujours constants en dépit des années. Quant à l’amour, il est là, à sa manière, avec les us et coutumes d'une union qui dure depuis vingt cinq ans. Un amour sincère mais un peu éteint, posé sur une étagère, comme un gros bouquin dont on sait la présence rassurante mais qu'on oublie trop souvent d'ouvrir…
La vie de Nathalie est rythmée par ses cours qu’elle donne à des jeunes gens tout feu tout flamme qui l’écoutent ou qui ne l’écoutent pas, préférant sécher pour aller manifester, se rassembler, revendiquer. Nathalie aussi, dans sa jeunesse, militait, mais c’était hier, le passé, une autre époque. Aujourd’hui elle veut simplement assurer ses cours tranquillement, suivre le fil de sa vie rangée avec ses livres, ses élèves et sa mère un peu folle qui se suicide trois fois par semaine.

C’est aussi cela, le propre du temps qui passe, de la roue qui tourne : hier encore, on berçait sa couvée et aujourd’hui, il faut materner ses vieux parents. Et les vieille mamans angoissées, c’est parfois très pénible… Celle de Nathalie, dans son genre, est un spécimen fort intéressant.
Nathalie glisse sur ces lendemains avec la force tranquille d’une femme fière de son parcours, des ses réussites familiales et professionnelle ; forte aussi d’une vie intellectuelle riche et intense, habitée par les auteurs, les philosophes, les penseurs qui accompagnent chacun de ses pas, chacune de ses pensées vagabondes ou muries.
Les retrouvailles avec Mathieu, un ancien élève brillant qu’elle a mis sur la voie de la philosophie et dont elle suit le travail, vont coïncider avec cet instant précis de la vie de Nathalie où les événements vont se bousculer pour la malmener. Elle devrait s’effondrer, elle pourrait imploser, ou rester à terre en attendant le coup de grâce final… Mais sous ses allures frêles, s'appuyant sur la somme de ces instants d’avant qui forment son passé, elle va tenter de se fabriquer un avenir car, oui, l’avenir existe même quand on a depuis longtemps passé l’âge d’oser le questionner.

On connaît, pour les avoir appréciées dans ses précédents films, la délicatesse et l’intelligence d’écriture de Mia Hansen Love, brillante réalisatrice qui s’attache ici à un portrait fort et subtil d’une femme qui arrive comme on le dit banalement à un tournant de sa vie. Elle réussit le pari de ne jamais plomber son propos et glisse une belle tendresse dans le regard qu’elle porte sur cette génération qui n’est pas la sienne. A contrario, la manière dont elle parle de la jeunesse, de ses rêves, de ses utopies ne se fait jamais en opposition. Au fond, chacun n’est que la face passée ou à venir de la même pièce et tout n’est que mouvement.
C’est un beau film sur le temps qui passe et la sagesse dont il faut faire preuve pour accepter le cycle de la vie qui œuvre pour chaque humain. C’est aussi un film qui dit qu’avec la pensée et l’affection des autres, on est plus fort pour y arriver. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 à 16h15, samedi 21 et dimanche 22 à 16h, lundi 23 à 18h15
Salernes : jeudi 19 à 20h30, samedi 21 et mardi 24 à 18h


La Saison des femmes
Écrit et réalisé par Leena YADAV
Inde 2015 1h57mn VOSTF
avec Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla, Lehar Khan...

Quel film réjouissant, avec un ton qui oscille constamment entre Bollywood chatoyant et séduisant pamphlet féminin, pour ne pas dire féministe ! Un cri de guerre joyeux au service des femmes mais aussi des hommes, tout autant prisonniers qu'elles des règles de convenance imposées par leur société patriarcale. Cet effeuillage candide nous livre les dessous d'une Inde contemporaine très éloignée de nos images d'Épinal occidentales. Non content de nous faire passer un agréable moment, La Saison des femmes remet les pendules à l'heure efficacement. Trop ? Le comité de censure indien va-t-il accepter sa diffusion dans son pays ? C'est déjà un petit miracle que le film ait vu le jour : entre les producteurs qui refusaient de le soutenir, les villages qui ne voulaient pas accueillir un tournage dirigé par une femme plus adepte du port des pantalons que du voile… Mais Leena Yadav n'a jamais baissé les bras, comme ses personnages, ces terribles drôlesses qui vous feront tourner la tête.

Il y a Rani, la toujours sage, celle qui s'étiole dans une morne tenue de jeune veuve et peine à élever seule son insupportable fiston. Il y a Bijli, la délurée, celle dont le métier est de se trémousser, d'émoustiller ces messieurs, voire un peu plus à la demande de son patron. Entre les deux femmes : un monde ! Et pourtant Rani refuse, malgré l'opprobre de son entourage, de renier cette amitié « contre nature », construite dans les ferments de l'enfance. Cette façon de résister, de tenir tête, c'est peut-être un de leurs points communs les plus forts. Chacune a réussi à s'émanciper de la gouvernance d'un homme : l'une en n'en ayant aucun, l'autre en les ayant tous. Pourtant, sous leurs carapaces d'amazones indomptables, toutes deux partagent ce désir inavoué de l'autre, la même sensualité, une soif inextinguible de romantisme. Les hormones qui les titillent, torrides, poussent leurs corps à exulter. Oser rêver de s'échouer sur des rivages voluptueux d'un monde de jouissances et de libertés inaccessibles aux femmes ? C'est déjà franchir bon nombre d'interdits.
Bijli et Rani représentent tout un pan de la population féminine de leur pays, mais le tableau resterait incomplet sans Lajjo, la femme maltraitée par un mari qui lui reproche sa stérilité ; et sans la toute jeune Lehar Khan, qui incarne a elle seule le cercle vicieux que chaque génération a tendance à reproduire. Celui dans lequel s'enferre Rani en voulant la marier avec son propre fils, faisant subir aux deux jeunes ce qu'elle a dû endurer jadis à son corps défendant. Difficile de sortir des schémas que la pression sociale martèle sans arrêt.

Pourtant la bande des quatre (Rani, Bijli, Lajjo et Lehar) va s'enhardir peu à peu et devenir un quatuor explosif, vibrant, exalté. Si elles n'ont pas encore les mots pour la décrire, sourd une saine révolte grisante, radieuse. Sentir le vent dans ses cheveux, déposer son voile, mettre les voiles… Tant de choses à expérimenter, à inventer. Certes, en face ils ont la puissance pour les rappeler à l'ordre, mais qu'est-ce que la puissance face à la force que donne le sentiment de n'avoir rien à perdre ?


Le Vox (Fréjus) : samedi 21 à 18h20 et lundi 23 à 13h50
Lorgues : mercredi 18 à 15h, dimanche 22 à 20h15 et lundi 23 à 19h


Mr. Holmes
Réalisé par Bill CONDON
GB 2015 1h44mn VOSTF
avec Ian Mckellen, Laura Linney, Milo Parker, Hiroyuki Sanada, Hattie Morahan, Patrick Kennedy, Roger Allam...
Scénario de Jeffrey Hatcher, d’après le roman Les Abeilles de Mr Holmes de Mitch Cullin

En dehors de Dieu, il est probablement le seul personnage de fiction dont certains croient qu'il existe réellement. Encore aujourd'hui, dans l'immeuble cossu du 221b Baker Street, quelques touristes candides croient visiter l'appartement où un détective mondialement connu aurait vécu et reçu les clients qui lui confièrent ses célèbres enquêtes. Sherlock Holmes n'est pourtant et évidemment que la créature fantasmatique imaginée par un médecin militaire devenu écrivain, Sir Arthur Conan Doyle. Les aventures de Sherlock Holmes, supposément narrées par le Docteur John Watson, alter ego autant que faire-valoir consentant de son génial ami, sont censées s'être arrêtées au lendemain de la première Guerre Mondiale, son auteur désirant définitivement stopper la saga. Il avait bien tenté une première fois de faire mourir le détective dans les célèbres chutes de Reichenbach, en 1893, mais les lecteurs en furie avaient exigé sa résurrection, manifestant devant les locaux du Strand qui publiait les enquêtes de Holmes en feuilleton.

Le Mr Holmes de Bill Condon, imaginé par le romancier Micth Cullin, se situe plus tard, alors que le détective s'est retiré pour élever ses abeilles dans les bocages verdoyants du Sud de l'Angleterre. Quand je dis plus tard, c'est beaucoup plus tard puisque nous sommes en 1947, si bien que Holmes a… 93 ans ! On ne peut pas prétendre qu'il a la même vivacité que du temps où il traquait Moriarty et résolvait des mystères a priori insolubles. Certes son œil encore acéré sait, à partir de quelques indices, deviner les derniers déplacements de sa gouvernante, mais il clopine de sa chambre jusqu'à ses ruches d'un pas de sénateur et surtout, plus terrible, il se rend compte, tests de son médecin à l'appui, que sa mémoire – qui fit sa force – décline jour après jour…

C'est justement autour de la mémoire qu'il va se lancer un ultime défi avant le saut dans l'inconnu. A partir de bribes de souvenirs, de quelques éléments conservés, il va tenter de résoudre une affaire qui l'a tenu en échec près de vingt ans auparavant et qui le hante depuis. Parallèlement des flash-back nous projettent dans son précédent voyage – qui sera le dernier : celui qu'il fit au lendemain de la guerre jusqu'à Hiroshima, à la rencontre d'un ami japonais. Question pour le cartésien que fut toujours Holmes : comment l'intelligence scientifique a-t-elle pu produire le mal absolu ?
Mr Holmes est beaucoup de choses plaisantes et touchantes à la fois… C'est un récit à tiroirs où la mémoire se construit comme une enquête du détective, par bribes qui s'assemblent peu à peu, le tout sur un ton pince sans rire so british avec entre autres l'évacuation des clichés liés au personnage – Sherlock Holmes n’a jamais porté de casquette de chasseur et n’a fumé la pipe que dans l’imagination de Watson. C'est aussi une belle réflexion sur la transmission, sur la capacité à se laisser envahir par les sentiments au soir de sa vie, alors qu'on s'est toujours cadenassé jusque-là… Holmes, se sachant dans ses derniers jours, va s'investir dans sa relation avec le tout jeune fils de sa gouvernante, en qui il voit un jeune prodige capable peut-être d'appliquer toutes les connaissances et raisonnements qui ont construit sa propre vie…
Peaufiné avec un soin maniaque, le film doit évidemment beaucoup au charismatique Ian McKellen, impressionnant de présence et de nuances en Sherlock Holmes finissant. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 18 et lundi 23 à 20h45, jeudii 19 à 18h30, dimanche 22 à 18h15, mardi 24 à 16h


Ma Loute
Écrit et réalisé par Bruno DUMONT
France 2016 2h02mn
avec Fabrice Luchini, Valeria Bruni-Tedeschi, Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent, Brandon Lavievillle, Raph, Didier Despres, Thierry Lavieville, Caroline Carbonnier...
Sélection officielle, en compétition, Festival de Cannes 2016. Photographie magnifique de Guillaume Deffontaines

C'est l'apothéose de la transformation d'un cinéaste que l'on savait magnifiquement inspiré mais que d'aucuns trouvaient plombant (Fabrice Luchini, qui a pas mal hésité avant d'accepter de tourner dans Ma Loute, le désignait d'ailleurs comme « un Rohmer austère, ou un Truffaut qui ne voulait pas faire d'entrées ! »). Bruno Dumont, cinéaste nordiste primé à Cannes pour L'Humanité et Flandres, admiré pour La Vie de Jésus ou Hors Satan, autant de films splendides mais n'invitant en effet pas franchement à la rigolade, est devenu le roi de la comédie policière déglinguée depuis P'tit Quinquin, mini série pour Arte où des sales gosses, sorte de Club des Cinq ch'ti et trash, suivaient l'enquête maladroite de flics d'opérette sur des crimes commis entre les blockhaus de la Côte d'Opale. Ma loute creuse ce sillon en l'amplifiant, en lui donnant une dimension dantesque : c'est à la fois tordant et terrifiant.

Nous sommes en 1910 dans la baie de Slack, quelque part entre Boulogne sur Mer et Calais, lieu de villégiature estivale pour les bourgeois de la métropole lilloise qui viennent profiter des bains de mer et des falaises offrant une vue imprenable sur les côtes britanniques, 40 km en face. Les Van Peteghem font partie de ces envahisseurs privilégiés. André (Luchini), industriel pompeux qui se pique de son bon goût pour l'architecture et les automobiles, vient là accompagné de son épouse, la fragile Isabelle (Valeria Bruni-Tedeschi), de leur deux filles et de leur neveu Billie. Complèteront bientôt le tableau des bourgeois en vacances le frère de Madame, Christian, et la sœur de Monsieur, Aude.
Mais le séjour va être perturbé par de mystérieuses disparitions en série de touristes, sur lesquelles enquête un duo de limiers aussi gauches qu'imbéciles, l'éléphantesque inspecteur Machin et son maigre adjoint Malfoy, les Laurel et Hardy de la police locale. Se pourrait-il que les Beaufort, famille de pêcheurs de moules de la baie – qui, idée surréaliste, font aussi office de porteurs pour les estivants qui ne veulent pas se mouiller les pieds –, aient quelque chose à se reprocher ? La relation naissante entre Ma Loute, le fils des pêcheurs, et Billie Van Peteghem, qui s'habille en fille dès qu'il (elle ?) en a l'occasion et qui dégage un charme pour le moins troublant, a-t-elle un lien quelconque avec l'affaire ? Nous n'en dirons pas plus tant le scénario réserve quelques surprises… que nous qualifierons pudiquement de perturbantes…

Car Bruno reste Dumont et il ne faut évidemment pas vous attendre à une plaisante comédie familiale. Comme annoncé plus haut, Ma Loute est à la fois hilarant, jouant à fond le jeu du comique grotesque et dévastateur – on saluera ici la performance histrionesque des trois « vedettes » à qui Dumont fait subir un traitement de choc – et terrible, d'un pessimisme célinien. D'un côté la nullité vaniteuse de la bourgeoisie dégénérée, de l'autre la misère bornée des prolétaires. Ma Loute, c'est donc le mélange détonant de la caricature burlesque, de la comédie policière à la Gustave le Rouge, le créateur de Chéri Bibi, des brûlots antibourgeois d'un Octave Mirbeau (Journal d'une femme de chambre) ou d'un Georges Darien (Le Voleur) et de la cruauté visionnaire des maîtres de la peinture flamande comme Bosch et Brueghel. Ce qui nous amène tout naturellement à signaler la beauté renversante des images composées par Bruno Dumont et son chef opérateur Guillaume Deffontaines, qui nous offrent des plans magnifiques des paysages du Nord, lumière irréelle, couleurs pastels, horizon bas…


Le Vox (Fréjus) : mercredi 18, jeudi 19 et samedi 21 à 13h50, 16h, 18h15 et 20h45 - vendredi 20 à 13h50, 17h30 et 20h45 - dimanche 22 et mardi 24 à 15h45, 18h15 et 20h45 - lundi 23 à 14h, 17h30 et 20h


Fritz Bauer, un héros allemand
Réalisé par Lars KRAUME
Allemagne 2015 1h46mn VOSTF
avec Burghart Klaussner, Ronald Zehrfeld, Lilith Stangenberg, Jörg Schüttauf, Sebastian Blomberg...
Scénario de Lars Kraume et Olivier Guez

70 ans après la chute du régime nazi, le cinéma allemand n'a pas fini d'explorer les zones d'ombre de cette sinistre période. Entreprise pédagogique ô combien louable qui nous donne en plus des films passionnants : tout récemment, Elser, un héros ordinaire d'Oliver Hirschbiegel réhabilitait la mémoire du premier (et unique !) civil à avoir tenté d'assassiner Adolf Hitler en 1939. Quelques mois auparavant, Le Labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli revenait sur les efforts menés au début des années 1960 par les procureurs de Francfort pour porter devant les tribunaux les responsables SS qui avaient « travaillé » au camp d'Auschwitz, efforts largement entravés par une méconnaissance des camps dans l'opinion publique, au diapason de la doctrine du chancelier Adenauer prônant l'oubli au nom de la réconciliation, et par la présence d'anciens fonctionnaires nazis au sein de l'administration judiciaire. Dans Le Labyrinthe du silence, on découvrait fugitivement la figure de Fritz Bauer, Juif allemand devenu procureur au tout début des années 1930, arrêté sous le régime hitlérien, mais qui parvint à fuir vers le Danemark puis la Suède avant de revenir exercer ses fonctions dans la nouvelle Allemagne prétendument débarrassée du nazisme. Fritz Bauer (interprété par un comédien magnifique : Burghart Klaussner, inoubliable pasteur dans Le Ruban blanc de Michael Haneke) est aujourd'hui le personnage central d'un film qui raconte des événements qui se sont déroulés près de dix ans avant ceux relatés dans Le Labyrinthe du silence.

Nous sommes en 1952. Le rugueux mais chaleureux Fritz Bauer, magistrat atypique et médiatique, est à la tête d'une escouade de jeunes procureurs dont le but est de tenter de retrouver les anciens responsables nazis, non pas par souci de vengeance mais pour s'assurer de la construction de l'avenir dans une société démocratique. Retrouver les nazis n'est pas très compliqué puisqu'ils sont encore présents à tous les niveaux des administrations, des directions des grandes entreprises, mais ce qui l'est plus est de rassembler des preuves de leur culpabilité dans un contexte où les anciens tenants du pouvoir meurtrier se serrent les coudes. Les enquêtes piétinent, les jeunes substituts se font rudoyer par Fritz Bauer qui ne supporte pas leur manque de zèle… Et puis, cadeau du ciel, arrive une lettre d'un ressortissant allemand en Argentine, indiquant que peut-être s'y trouve Adolf Eichmann, l'horrible concepteur de la solution finale et de toute sa logistique mortifère. Ne faisant plus confiance aux autorités allemandes gangrenées par les complicités nazies, le procureur général Bauer va commettre l'impensable en appelant au secours les services secrets d'Israël, initiative qui s'apparentait clairement, pour la justice allemande, à de la haute trahison.

On connait la suite : l'enlèvement et le rapatriement d'Eichmann à Jérusalem pour un procès qui fera date – pour tout savoir et comprendre sur cet épisode essentiel, on vous renvoie à l'extraordinaire film documentaire d'Eyal Sivan et Rony Brauman, Un Spécialiste. Thriller politique et historique palpitant, le film raconte avec brio la quête de justice et le combat du procureur que la raison d'état a tenté d'entraver – en vain heureusement –, au mépris de la mémoire de millions de victimes.
Sur un plan apparemment plus anecdotique mais finalement éclairant, le film évoque aussi la question de l'homosexualité : Fritz Bauer était gay, ce qui faillit lui coûter son poste et son enquête… On découvre une Allemagne des années 1950 toujours soumise au terrible Paragraphe 175, édité à l'époque nazie, qui punissait de prison toute personne convaincue de pratiques homosexuelles. On perçoit bien ainsi toutes les ambiguïtés de cette Allemagne post nazie, pas encore totalement prête à son examen de conscience et à un plein exercice de la démocratie.(Utopia)

Cotignac : dimanche 22 à 18h

Baden Baden
http://fr.web.img3.acsta.net/pictures/16/01/25/11/18/549591.jpgRéalisé par Rachel Lang
Belgique / France – 2016 – 95 min
avec Salomé Richard, Claude Gensac, Swann Arlaud...

Ancré dans le réel, flirtant avec le burlesque et s’ouvrant à l’allégorie, BADEN BADEN est un pur enchantement. Au fil du développement de son premier long-métrage de Rachel Lang exacerbe l’exhalation de son héroïne, une jeune fille ordinaire qui croque dans la vie à pleines dents sans chercher à planifier un plan d’épargne retraite. Emporté par Salomé Richard et servi par un casting éblouissant, le film est tout à la fois entrainant et mélancolique, révélant (ou confirmant) une réalisatrice de talent.

Au volant d’un coupé sport, Ana (Salomé Richard) conduit une actrice sur un plateau de tournage à Bruxelles. Mal à l’aise dans ce rôle qui en lui convient pas, elle prend la route au volant de la voiture de location en direction de Strasbourg. Se réfugie-t-elle chez sa grand-mère (Claude Gensac) qu’elle fait face à elle-même, brin de femme devenue adulte, se mettant au défi d’installer une douche en lieu et place de la baignoire de son aïeule.
En guise de prélude, Rachel Lang nous offre un plan séquence déroutant qui nous permet de découvrir son héroïne qui voyage par une game de sentiments dont le plus troublant est une scène d’humiliation qui nous rend honteux de ne pas pouvoir intervenir. Plus que blessée, meurtrie, Ana devient d’emblée notre complice. Mal à l’aise dans un rôle qui ne lui convient pas, elle prend la fuite vers la liberté, vers elle-même, nous offrant une première inspiration avant de nous inviter à respirer purement et simplement.

Moins naïve qu’il n’y parait, la protagoniste transcende une énergie folle. Criant sa liberté, revendiquant son indépendance, elle est féministe et amoureuse. Pour avancer, elle doit combattre ses vieux démons. Elle ancre un parcours initiatique inversé, revenant vers le terrain-même de son enfance pour s’en émanciper. Tout à la fois réaliste et burlesque, le scénario de Rachel Lang est formidable. Nourri de répliques qui claquent, il prend le pouls d’une génération qui s’émancipe des codes et ose remettre en cause les normes établies, quitte à se brûler les ailes.
Mini-short, marcel et poils sous les aisselles, Ana ne sait-elle pas vraiment ce qu’elle veut, qu’elle maîtrise le pouvoir de dire non. Partageant une même complicité avec sa grand-mère, son frère (Thomas Silberstein) et son ami d’enfance (Swann Arlaud) – qui peut être son amant, elle témoigne d’une franchise subjuguante toutefois mise à mal lorsqu’elle est face à Boris (Olivier Chantreau) dont elle ne peut que retomber amoureuse.

Développant les thématiques déjà abordées dans ses court-métrages POUR TOI JE FERAI BATAILLE (2010) et LES NAVETS BLANCS EMPECHENT DE DORMIR (2011), Rachel Lang retrouve une héroïne – et une comédienne – qui a muri lui permettant de fouiller son sujet nourri d’une métaphore sous forme de douche qui, tel un pamphlet féministe, atteste avec humour et mélancolie de l’accomplissement de soi par soi-même.

Saisissant proprement l’instant – la justesse de nombreuses séquences est admirable – sans craindre parallèlement d’acter de sa mise en scène, la réalisatrice compose un film éblouissant servi par une sublime photographie (signée Fiona Braillon) et nourri d’un travail sur le son (dirigé par Aline Huber et orchestré par David Vranken) qui permet sans heurt le basculement vers un riche onirisme.

Lorgues : mercredi 18 à 19h10, samedi 21 à 20h30 et lundi 23 à 21h05

Alias Maria
Réalisé par Jose Luis RUGELES
Colombie 2015 1h31mn VOSTF
avec Karen Torres, Carlos Clavijo, Erik ruiz, Anderson Gomez...
Scénario de Diego Vivanco

Maria ne s’appelle pas Maria. C’est le nom qu’elle porte depuis qu’elle a pris les armes pour rejoindre la guérilla, au cœur de la forêt amazonienne de Colombie. Un surnom (« alias » en espagnol), un pseudonyme, un nom de guerre, la marque que celle qu’elle était avant n’est plus, et qu’elle a perdu, en embrassant la cause, son nom de baptême et les traces de son passé.
De Maria on ne saura pas grand chose. Ni pourquoi elle a rejoint les FARC – à moins qu’elle n’ait été enrôlée de force – ni ce qu’était sa vie. Ses parents, son village, sa famille : tout cela n’a plus d’importance pour elle et n’en aura pas plus pour nous, spectateur. Maria est une compañera, soldate armée et en treillis d’un commando composé essentiellement de femmes, souvent très jeunes. Un visage encore potelé par les rondeurs de l’enfance, un corps qui a poussé trop vite, un regard bien trop profond et trop triste pour que l’on puisse oser croire que la jeune vie de Maria fût un fleuve joyeux et insouciant. Et Maria aura beau jouer à faire craquer le vernis rosé de ses doigts abîmés, comme le font les petites filles se rêvant déjà devenues femmes, on voit bien qu’elle a perdu depuis bien longtemps l’innocence de ses treize ans.

Dirigé forcément par un homme qui manie en un savant dosage paternalisme, autoritarisme et ce qu’il faut d’attentions pour contrôler ce drôle de gynécée, le commando doit rejoindre un lieu plus sûr. La jungle est l’immense champ de la terrible bataille que se livrent depuis des décennies les Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes, l’armée gouvernementale, les narco-traficants et les milices para-militaires. Une guerre sanglante dont les civils, paysans, femmes, enfants, sont les premières victimes. Et comme Maria, bon nombre d’entre eux rejoignent les rangs des FARC, par soif d’un idéal de justice et d’équité, par l’attrait des armes et du pouvoir qu’elles confèrent mais aussi sans doute parce qu’elles offrent un toit, une protection, des repas et même les précieux services d’un médecin dont ce peuple oublié est privé.
Peut-être parce qu’elle est plus coriace et déterminée que les autres, ou simplement par hasard, Maria se voit confier une mission : transporter en lieu sûr le nouveau-né du commandant. Car en dépit des précautions et des avortements pratiqués régulièrement, des bébés naissent dans la jungle. Accompagnée de deux soldats et d’un gamin encore plus jeune qu’elle à qui l’on a donné une arme et un barda deux fois plus lourd que sa maigre carcasse, Maria s’enfonce au cœur de la forêt, le bébé contre son sein.
Nous allons suivre cette improbable expédition au plus près des corps et des souffles, au plus profond du ventre de la jungle, qui définit un étrange huis-clos oppressant et moite où chaque pas de travers peut-être fatal. Le danger est partout et les règles de la guérilla, sans pitié, sont appliquées à tous, quelque soit le sexe ou l’âge.

C’est un film très fort qui n’épargne ni ses personnages, ni le spectateur et oui, c’est un film secouant, qu’il faut encaisser comme on encaisse les mauvaises nouvelles de notre monde, si violent. Mais au-delà de la dimension documentaire du film, qui s’inspire bien évidemment de la brutale réalité de la Colombie et de ses guerres internes, sans pourtant jamais poser un regard moralisateur ou inquisiteur, Alias Maria est surtout le portrait bouleversant d’une gamine luttant pour sa survie. Sa force vive, son courage, mais aussi son empathie et son désir incandescent de se sortir de ce bourbier résonnent comme les promesses fragiles d’une vie meilleure, loin de la violence arbitraire, des règlements de comptes, de la prédation des mâles. (Utopia)

Cotignac : vendredi 20 à 21h


Sky
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgRéalisé par Fabienne Berthaud
France 2015 1h42mn
avec Diane Kruger, Gilles Lellouche, Norman Reedus...

En vacances avec son mari dans l’Ouest américain, Romy décide de mettre fin à cette relation toxique et de reprendre sa vie en main. De Las Vegas aux plaines du Nevada, la route sera jalonnée de rencontres improbables, intenses et toutes porteuses d’un nouvel espoir.Les grands déserts américains n’en finissent d’inspirer nos cinéastes. Après Depardieu/Huppert venus tenter de faire renaitre leur couple après la mort de leur fils dans Valley of Love, voici Lellouche/Krüger constatant l’explosion du leur. Il faut dire qu’ils sont fascinants ces grands espaces et assurent une ampleur visuelle et émotionnelle certaine. Après Frankie en 2005 et Pieds nus sur les limaces en 2009, c’est la troisième fois que Fabienne Berthaud et Diane Krüger, respectivement derrière et devant la caméra, se retrouvent.

Sur fond de coucher de soleil rougeoyant, un homme et une femme se promènent sur une plage. Romantisme assuré. Pourtant, ils n’en sont plus là. Leur mésentente est palpable. Elle ira crescendo jusqu’à cette dispute violente dans leur chambre d’hôtel où Romy craint d’avoir tué son mari. Elle se terre comme une criminelle jusqu’à ce que la police lui apprenne qu’il n’est que blessé. Une dernière fois, il tente de la reconquérir. En vain ! c’en est terminé de la prestation de Gilles Lellouche, pourtant émouvant dans ce rôle d’homme poussé à bout par une femme qu’il aime malgré sa complexité et son désir d’enfant inabouti. Dommage aussi pour les spectateurs car c’est sans aucun doute la partie la plus structurée de ce long-métrage qui va désormais s’effilocher. Maintenant seule, Romy part sans calcul, ni repères. Elle ne sait pas encore vers quoi elle doit porter ses pas, elle sait seulement qu’elle est à la recherche d’un renouveau. En même temps qu’elle, le spectateur se demande, lui aussi, vers quoi où veut l’emmener.
Comme lors des ses précédents films, la réalisatrice s’attache à nous dresser le portrait d’une femme malheureuse qui, à force de courage, va surmonter ses démons et renaître de ses cendres, une femme qui choisit la liberté, qui prend le risque de l’inconnu et n’a plus peur. Elle nous entraîne dans son périple, à la rencontre de personnages cabossés souvent caricaturaux et auxquels il est difficile de s’attacher ou des laissés pour compte d’une Amérique à deux vitesses. A l’aune des contradictions du personnage, on passe de la magnificence de Las Vegas à l’isolement d’une réserve indienne, d’une esthétique léchée à un aspect documentaire, du charismatique Lellouche au taciturne et ténébreux Norman Reedus (le Daryl de la série Walking Dead) au rythme de scènes qui manquent cruellement de profondeur quand elles ne sont pas répétitives.
Diane Kruger est convaincante dans ce portrait de femme à la fois tourmentée et aventurière. La caméra transcende sa beauté et son jeu tout en finesse permet de créer l’empathie avec cette femme à la fois émouvante et agaçante. L’intérêt de ce film vaut surtout par sa prestation qui, cependant, ne parvient pas à sauver un récit confus auquel on peine à croire. (àvoiràlire)

Salernes : jeudi 19 à 18h et mardi 24 à 20h30

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :


×