Au(x) cinéma(s) du 18 au 24 novembre

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Tout d'abord un rappel : ce mercredi soir à Lily Pons, une nouvelle soirée Entretoiles ! Une soirée italienne autour de Sorrentino (dont vous avez peut-être pu apprécier ces derniers temps sur les écrans "Youth") avec à 18h Il Divo, prix du jury au Festival de Cannes 2008, un "film drôle, impitoyable, plein de trouvailles..." Ensuite, nous vous offrirons un apéritif avant de vous proposer à 20h20 La grande belezza, "satire de la décadence et confession intime qui ensorcèle par son élégance". Alors venez nombreux ! Ces soirées pour un autre cinéma ne peuvent exister que si vous y venez !

Ensuite, la semaine de cinéma nous réserve encore quelques belles surprises : à CGR Chabran, plusieurs films intéressants cette semaine : Dans le cadre du ciné-club, c'est Je suis à vous tout de suite,de Baya Kasmi, une comédie populaire sur le thème de l'intégration "fine, drôle, intelligente..." . Dans le programme ordinaire, il y a aussi L'hermine de Christian Vincent, "un film d'une rare subtilité", Nous trois ou rien de Kheiron, une très belle comédie sur des thèmes brûlants d'actualité et traités avec beaucoup d'humanité et d'humour, et La dernière leçon, un beau film sur un sujet grave.
Au Vox à Fréjus, Je suis un soldat de Laurent Larivière, un excellent thriller social, Une histoire de fou de Guédiguian sur le génocide arménien, Avril et le monde truqué, un film d'animation qui est aussi un récit d'aventure aussi ambitieux que généreux,  avec le monde graphique de Tardi, et Lamb, un beau film sur l'amitié et la place des femmes en Éthiopie où tout espoir n'est pas perdu...
A Lorgues, allez voir l'excellent Fatima, et voir aussi que les "différences de look" ne prouvent pas grand chose... A Salernes vous pouvez encore profiter de L'homme irrationnel, de Woody Allen, avec un suspens digne de Match Point... et enfin au Luc une merveille du cinéma d'animation : Adama.
Vous voyez qu'il s'en passe des choses dans notre trou perdu !!!!

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

Bonne semaine de cinéma !

PROGRAMMATION DU 18 AU 24 NOVEMBRE 2015

 

Il divo: La spettacolare vita di Giulio Andreotti
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Il Divo
Réalisé par Paolo SORRENTINO
Italie 2008 1h57mn VOSTF
avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti, Flavio Bucci...
Prix du Jury, Festival de Cannes 2008
Il Divo est une sorte de synthèse étonnante de Tarentino, des Coen et de Francesco Rosi, un film baroque baroque et magistral de Paolo Sorrentino, qui a emporté haut la main le Prix du Jury au Festival de Cannes et raconte l'Italie de la dernière décennie du XXe siècle avec, au centre de la fresque : Giulio Andreotti, patron de la Démocratie Chrétienne, anche chiamato « Il Divo » (le divin), vingt et une fois ministre, sept fois président du conseil entre 73 et 92, ramené sans cesse sur le devant de la scène par chaque nouvelle crise gouvernementale… ce qui lui valut un autre de ses surnoms : l'inoxydable ! Jusqu'à ce qu'il lâche la présidence du Conseil à la demande du Président de la république élu en 1991, qui le nommera sénateur à vie, tandis que s'ouvrait une information judiciaire sur ses liens supposés avec la mafia… La presse italienne baptisait alors la Péninsule Tangentepoli (la cité des pots de vins), et l'opération Mani Pulite, engagée par des magistrats courageux, allait mettre au grand jour le système de corruption généralisée qui gangrenait l'économie…  lire la suite
Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 18 novembre 18h. 5€
La Grande Bellezza
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La Grande Bellezza
Réalisé par Paolo SORRENTINO
Italie 2013 2h20mn VOSTF
avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, Carlo Buccirosso, Isabella Ferrari...
Festival de Cannes 2013 : Sélection officielle, en compétition
« Tanti auguri ! » Jef Gambardella fête ses 65 ans en invitant les gliterrati (célébrités à la mode) de Rome. Sous le ciel étoilé, une rave de riches, masqués ou nus, se trémousse, baise et se shoote dans une unisson joyeuse. Noceur célibataire, l’hôte cultivé se mêle à la foule avec indulgence. Après vingt six ans dans la capitale, il connaît la chanson. Au soleil levant, une naine vêtue de bleu cherche ses amis parmi les ruines de la veille. Surplombant le Colisée, la débauche fellinienne, avec la brillance kaléidoscopique typique du cinéaste s’insère dans un noble héritage. Burlesque et baroque, classique et romantique, le film se distingue par son unité profonde et son ironie tour à tour tendre et féroce. Autoportrait crépusculaire d’un homme peignant lui-même le portrait d'une Italie déchirée, désorientée, allant droit dans le mur, et celui d'une Italie belle d'indolence, de sensualité, de grâce et de nostalgie, cette balade romaine de Sorrentino, voyage au bout de la nuit inoubliable, est déjà dans la cour des grands : douleur de vivre dans la plus grande beauté, n’est-ce pas là un magnifique paradoxe ?... lire la suite
Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 18 novembre 20h20. 5€
Je suis à vous tout de suite
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Je suis à vous tout de suite
Réalisé par Baya KASMI
France 2015 1h40mn
avec Vimala Pons, Agnès Jaoui, Ramzy, Mehdi Djaadi, Laurent Capeluto, Claudia Tagbo, Camelia Jordana, Anémone...
Scénario de Baya Kasmi et Michel Leclerc
Il y a cinq ans, on s’était explosé les zygomatiques devant Le Nom des gens de Michel Leclerc, comédie trépidante, dont le personnage principal Bahia Benmahmoud, incarné par la foldingo Sarah Forestier, était une jeune militante de gauche très engagée et très libérée au point de coucher systématiquement avec des hommes de droite pour leur faire virer leur cuti politique. Un film hilarant qui s’offrait même Lionel Jospin en guest star pour une apparition réjouissante d’autodérision… Pour notre bonheur, Baya Kasmi, co-scénariste du Nom des gens, revient avec un personnage assez proche de celui de Bahia. Hanna, incarnée par la pétulante, drôle, sensuelle Vimala Pons (la serveuse qui enflamme Bruno Podalydès dans Comme un avion) est une jolie trentenaire pas forcément raccord ni avec l’idée qu’on peut se faire de ses origines ni avec son métier. Hanna est d’origine algérienne par son père (formidable Ramzy), « épicier social » de quartier (il se met en quatre pour satisfaire ses clients capricieux mais fauchés) mais malgré les quolibets et les sifflets, elle s’habille de manière très affriolante et vit une sexualité sans entrave... lire la suite
CGR (Draguignan) : jeudi, mardi :13h30 - vendredi 15h45 - samedi 11h - dimanche 20h et lundi 18h
Nous trois ou rien
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Nous trois ou rien
Réalisé par KHEIRON
France 2015 1h42mn
avec Gérard Darmon, Zabou Breitman, Michel Vuillermoz, Eriq Ebouaney, Leïla Bekhti...
D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble. Révélé par le Jamel Comedy Club et par la mini-série Bref de Canal +, Kheiron Tabib est d’abord connu pour ses talents d’humoriste et de rappeur. Avec Nous trois ou rien, le jeune artiste français d’origine iranienne, étend encore sa palette artistique, pour notre plus grand plaisir. Car, si ce premier long-métrage est une telle réussite, c’est grâce à la richesse, l’originalité et l’efficacité de son scénario. Tout commence dans une prison iranienne, où Hibat (interprété par Kheiron lui-même) est incarcéré depuis sept ans pour avoir osé contester l’action du Shah. Ainsi, dès les premières minutes, le film fait nécessairement écho aux nombreux conflits et aux tensions qui secouent la péninsule arabe depuis trop longtemps... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi13h45, jeudi, vendredi, lundi, mardi 11h, 13h45 et 20h - samedi 18h et dimanche 20h
L'Hermine
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L'Hermine
Ecrit et réalisé par Christian VINCENT
France 2015 1h38mn
avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Chloé Berthier, Corine Masiero, Miss Ming, Aurore Clément...
Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté et redoutable, que d’aucuns surnomment dans son dos « le Président à deux chiffres » car, avec lui, les accusés en prennent toujours pour au moins dix ans. Une réputation qui le précède tandis que l’accompagne son éternelle et affreuse écharpe rouge qui fait oublier ce(lui) qui se cache derrière les apparences. Toujours revêche, le sourire glacial, le verbe cassant, plutôt du style à toiser ses subalternes qu’à sembler compatir avec les humains. On se prendrait bien à le détester avant de pressentir que tout cela est un piètre camouflage. Et puis une cour de justice, c’est un peu comme un théâtre avec son côté cour, son côté jardin, son parterre… et comme tous les comédiens, ses protagonistes ont besoin de costumes pour endosser leur rôle. Les pantomimes se transforment en effets de manche, les trois coups du brigadier en tintements de sonnette, mais la concentration avant l’entrée en scène semble la même que celle d’un toréador prêt à entrer dans l’arène... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi : 11h15, 14h, 15h45, 18h, 20h30, 22h - jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi et mardi : 11h15, 14h, 16h, 18h, 20h30, 22h
La Dernière leçon
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La Dernière leçon
Réalisé par Pascale POUZADOUX
France 2015 1h45mn
avec Marthe Villalonga, Sandrine Bonnaire, Antoine Duléry, Gilles Cohen, Grégoire Montana, Sabine Pakora...
Scénario de Pascale Pouzadoux et Laurent de Bartillat, d’après le livre de Noëlle Chatelet
Madeleine s’apprête à fêter ses 92 ans devant fille et beau-fils, fils et belle-fille et petits enfants, avec banderole, cotillons, gâteau et discours de circonstances. Sauf que Madeleine a prévu un petit speech qui va jeter un grand froid. Elle annonce que, dans quelques mois, à une date précisément choisie, elle mettra fin à ses jours, quoi qu’il arrive. Stupéfaction, révolte. Et puis, dans un deuxième temps, la famille va se diviser. La fille Diane fait un long cheminement pour comprendre sa mère et accepter sa décision tandis que Pierre, le fils, homme d’affaires pressé, refuse l’impensable, allant jusqu’à décider de faire enfermer sa mère... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi, vendredi 11h, jeudi, lundi, mardi 11h et 13h30
Je suis un soldat
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Je suis un soldat
Réalisé par Laurent LARIVIÈRE
France / Belgique 2015 1h37mn
avec Louise Bourgoin, Jean-Hugues Anglade, Anne Benoit, Laurent Capelluto, Nina Meurisse...
C'est un excellent thriller social, qui rappelle certains films des frères Dardenne dont il partage le même terreau géographique et le même attachement aux valeurs et aux questionnements (parfois sans réponse) qui traversent la classe ouvrière humiliée et désemparée. Un premier long métrage, une vraie réussite d'un jeune réalisateur moult fois primé pour ses courts métrages et ses pièces de théâtre. Un film porté par deux grands comédiens, mais où les seconds rôles crèvent l'écran tout autant. Le personnage principal de Je suis un soldat est paradoxalement une femme, Sandrine, tout en énergie et en combat permanent, incarnée par une formidable Louise Bourgoin. Sandrine parlera à bien des jeunes femmes qui, un jour, après avoir acquis leur indépendance, se sont retrouvées obligées pour des raisons économiques de regagner le giron familial... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, samedi, dimanche 16h30 - jeudi : 16h30, 18h10, 20h30 - vendredi, lundi 16h30 et 18h - mardi 13h50 et 16h30
Une Histoire de Fou
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Une Histoire de Fou
Réalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2014 2h14mn
avec Syrus Shahidi, Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Robinson Stévenin...
Berlin est tranquille. La journée est paisible. Les rayons du soleil cajolent les scènes du quotidien. Les enfants jouent, les mères les surveillent. Deux vieux sur un banc devisent… « J'aime penser que les moments les plus importants de l'Histoire ne se produisent pas sur les champs de bataille ou dans les palais, mais dans les cuisines ou les chambres d'enfants » dit l'un, reprenant une phrase de l'écrivain israélien David Grossman qui naîtra trente ans plus tard… Clin d'œil anachronique, géographique, intemporel : nous sommes le 15 mars 1921. Plus loin, un jeune homme svelte, charmant, à l'élégance classique, guette le perron d'une demeure cossue. Malgré l'ambiance printanière, il apparait vite qu'il n'attend pas un rendez-vous galant. Ses traits reflètent une anxiété mêlée d'impatience. Un monsieur à l'air important sort alors de la maison… Notre jeune compère s'avance vers lui d'un air décidé… L'un s'appelle Talaat Pacha, l'autre Soghomon Tehlirian… Si ces noms vous sont familiers, vous devinerez la chute de l'histoire et comprendrez pourquoi elle constitue un habile prologue qui éclairera brillamment notre histoire contemporaine. Dans le cas inverse, autant qu'on vous laisse découvrir la suite sans en dire plus... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 15h40, 18h05 et 20h35 - jeudi 20h15 - dimanche 15h40, 18h10 et 20h45 - samedi, lundi : 18h10 - mardi 15h45 et 20h45
Avril et le monde truqué
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Avril et le monde truqué
Réalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares
Film d'animation France 2015 1h43mn
avec les voix de Marion Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort, Olivier Gourmet, Bouli Lanners...
Création et univers graphique Jacques Tardi. Cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy 2015
1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du xixe siècle, gouverné par le charbon et la vapeur. C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, samedi et dimanche 13h50
Lamb
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Lamb
Ecrit et réalisé par Yared ZELEKE
Ethiopie / France 2015 1h34mn VOSTF
avec Rediat Amare, Kidist Siyum, Welela Assefa, Surafel Teka, Rahel Teshome, Indris Mohamed...
Pour les enfants à partir de 10 ans
L’enfant enfouit sa main dans la fourrure, l'animal est tout contre lui, chaud, rassurant, il sent son cœur qui bat la chamade à chacun de leurs pas qui vont en cadence, inséparables. Ephraïm et Chuni, le garçon et sa brebis. C’est une amitié comme seule l’enfance sait les faire naître, une amitié à la vie à la mort à laquelle les adultes ne peuvent rien comprendre… Ici sans doute encore moins qu’ailleurs, sur ces terres magnifiques et sauvages d’Ethiopie où l’homme doit arracher au sol sa pitance, dans la peine et la souffrance. Un animal est avant tout une richesse, une viande qui nourrit, pas un compagnon de route, ni un confident, ni un complice. Mais Ephraïm a su imposer à son entourage la douce et tendre relation qui l’unit à sa brebis. Il faut dire que Chuni appartenait à sa mère et sa mère vient de mourir… Avancer dans la vie avec Chuni, c’est un peu comme tenir encore un peu la main de celle qui le rassurait, le consolait, le berçait... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, dimanche 13h50 et samedi 16h10
L'Homme irrationnel
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L'Homme irrationnel
Écrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2015 1h36mn VOSTF
avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey, Jamie Blackley...
Abe Lucas est prof de philo mais pour l'heure c'est surtout un homme seul, qui a perdu toute joie de vivre. Son étude des grands penseurs ne l'a pas rendu heureux et ne lui a pas apporté non plus de réponses satisfaisantes quant au sens de la vie. S'il a autrefois aimé son métier d'enseignant, il estime aujourd'hui que ses cours n'auront aucune influence sur la plupart de ses étudiants. Bref, Abe déprime. C'est dans ce sombre état d'esprit qu'il débarque dans une petite bourgade de la côte est, dotée d'une modeste fac où il doit enseigner pendant l'été. Précédé d'une réputation sulfureuse (publications iconoclastes, rumeurs persistantes de frasques sexuelles avec des étudiantes), le professeur Lucas est donc attendu avec une certaine fébrilité dans la communauté universitaire... lire la suite
Salernes : vendredi 20h30
Fatima
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Fatima
Écrit et réalisé par Philippe FAUCON
France 2015 1h19mn
avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Chawki Amari, Mehdi Senoussi, Franck Andrieux, Yolanda Mpele...
Scénario librement inspiré des ouvrages de Fatima Elayoubi
Fatima, c'est plus qu'un magnifique portrait de femme, c'est le portrait d'une foultitude d'autres et même, en filigrane, celui de notre société. C'est un film qui vient plonger au plus profond de nous-mêmes, nous bousculer à tel point qu'il sera impossible de regarder de la même manière les passantes inconnues que l'on croise dans la rue têtes nues ou discrètement voilées. Il n'y a qu'une chose à faire : éteindre complètement son portable, se lover dans son siège préféré puis se laisser porter pendant une petite heure dix neuf minutes où tout est merveilleusement dit et montré, avec une justesse de ton et une élégance discrète qui confirment que Philippe Faucon est décidément un grand cinéaste (on n'a pas oublié Samia, Dans la vie, le prémonitoire La Désintégration…). Et au fait, plus que jamais : arrivez à l'heure ! Il est impensable de louper le premier plan !... lire la suite
Lorgues : dimanche 20h15 et lundi 21h
Adama
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Adama
Réalisé par Simon ROUBY
Film d'animation France 2015 1h22mn
Scénario de de Julien Lilti et Simon Rouby
Pour les enfants à partir de 9 ans
C’est un pari magnifique, presque insensé dans le monde souvent formaté du film d’animation. Le pari d’un conte initiatique qui s’enracine dans l’une des pages d’histoire les plus dramatiques du monde occidental moderne, mais à hauteur d’enfant. Le pari d’un récit au fil d’un extraordinaire voyage qui va des grands plateaux africains aux tranchées de Verdun. Le pari d’une animation aux mille et un visages, qui a su prendre le meilleur des techniques anciennes ou dernier cri sans perdre ni son âme ni sa générosité. Mais surtout le pari de miser sur l’intelligence, la curiosité, l’ouverture au monde et aux autres des jeunes spectateurs. C’est dire si nous recommandons plus que chaudement la vision en famille d’Adama qui parvient, avec poésie, force et beauté, à brasser des sujets complexes sans jamais être pesant ou donneur de leçons, et en gardant à l’esprit la dimension divertissante indispensable aux jeunes spectateurs... lire la suite
Le Luc : mercredi 16h et samedi 14h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Il Divo
IL DIVORéalisé par Paolo SORRENTINO
Italie 2008 1h57mn VOSTF
avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti, Flavio Bucci...
Prix du Jury, Festival de Cannes 2008

Il Divo est une sorte de synthèse étonnante de Tarentino, des Coen et de Francesco Rosi, un film baroque et magistral de Paolo Sorrentino, qui a emporté haut la main le Prix du Jury au Festival de Cannes et raconte l'Italie de la dernière décennie du xxe siècle avec, au centre de la fresque : Giulio Andreotti, patron de la Démocratie Chrétienne, anche chiamato « Il Divo » (le divin), vingt et une fois ministre, sept fois président du conseil entre 73 et 92, ramené sans cesse sur le devant de la scène par chaque nouvelle crise gouvernementale… ce qui lui valut un autre de ses surnoms : l'inoxydable ! Jusqu'à ce qu'il lâche la présidence du Conseil à la demande du Président de la république élu en 1991, qui le nommera sénateur à vie, tandis que s'ouvrait une information judiciaire sur ses liens supposés avec la mafia… La presse italienne baptisait alors la Péninsule Tangentepoli (la cité des pots de vins), et l'opération Mani Pulite, engagée par des magistrats courageux, allait mettre au grand jour le système de corruption généralisée qui gangrenait l'économie… En voyant ou en lisant Gomorra, on se doute que l'Italie est loin d'avoir réglé tous ces problèmes.

Giulio Andreotti, étonnant personnage au look de Nosferatu, remarquablement porté par Toni Servillo, tête rentrée dans les épaules, oreilles décollées, à la fois rassurant et inquiétant, ne craignant rien ni personne, mais craint par tous, onctueux, aimable mais omnipotent, impénétrable tandis que les événements se succédaient : attentats terroristes, campagnes électorales, assassinats, accusations multiples autant que terribles semblant glisser sur lui sans l'égratigner… À bientôt 90 ans, à la grâce de Dieu ou du Diable (chi lo sa ?), il reste égal à lui-même en toutes circonstances. On compte dans son ombre les fantômes des morts qui auront ponctué son règne : Aldo Moro (assassiné par les Brigades rouges en 78), Giorgio Ambrosoli (assassiné en 79), le journaliste Mino Pecorelli (79), le général Alberto Dalla Chiesa (assassiné par la mafia en 82), Michele Sandona (empoisonné en 86) et plein d'autres… Il passe entre les gouttes avec une agilité qui éveille le soupçon, trop à l'aise dans le labyrinthe des compromissions en tous genres de milieux politiques aux relations complexes autant qu'obscures. Cette réputation d'ambiguïté ne semble pas lui déplaire et il se plait à répéter, maintenant encore, que son film préféré est Dr Jekyll et Mr Hyde et prétend qu'il faut parfois faire du mal pour parvenir au bien.
Sorrentino prend Andreotti là où son déclin s'amorce et où la justice commence à le serrer de près, en 1991, à la fin de son ultime mandat de chef de gouvernement, et l'accompagne jusqu'en 96 à l'ouverture de son procès à Palerme. « Je raconte la chute d'un homme puissant qui garde la maîtrise de sa souffrance psychologique, et je raconte en même temps des années significatives pour l'Italie, quand la vieille politique qu'il incarne disparaît dans le scandale de Tangentopoli »… Qui est réellement l'énigmatique Andreotti ? Il Divo, Il Gobetto (gentil petit bossu), Belzebuth, le Pape noir, le Sphynx… les mille et un surnoms donnés au bonhomme montrent bien la difficulté à le cerner et la fascination qu'il exerçait et exerce encore, mais tous évoquent une part gratinée de ténèbres, et la dimension imaginaire n'est pas le moindre atout de ce film à la fois drôle et impitoyable, flamboyant et plein de trouvailles, comme cette délirante soirée mondaine sur rythme de samba ou le tête à tête avec son chat…
Il paraît qu'Andreotti a eu droit à une projection privée du film avant sa présentation à Cannes et qu'il était très en colère mais, fidèle à sa réputation, il a, dit-on, tout de même gardé son sang froid : « Peut-être que je vais demander les droits à l'image. Pour les donner à une bonne œuvre bien sûr… »


Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 18 novembre 18h00. 5€


La Grande Bellezza
LA GRANDE BELLEZZARéalisé par Paolo SORRENTINO
Italie 2013 2h20mn VOSTF
avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, Carlo Buccirosso, Isabella Ferrari...
Festival de Cannes 2013 : Sélection officielle, en compétition

« Tanti auguri ! » Jef Gambardella fête ses 65 ans en invitant les gliterrati (célébrités à la mode) de Rome. Sous le ciel étoilé, une rave de riches, masqués ou nus, se trémousse, baise et se shoote dans une unisson joyeuse. Noceur célibataire, l’hôte cultivé se mêle à la foule avec indulgence. Après vingt six ans dans la capitale, il connaît la chanson. Au soleil levant, une naine vêtue de bleu cherche ses amis parmi les ruines de la veille. Surplombant le Colisée, la débauche fellinienne, avec la brillance kaléidoscopique typique du cinéaste s’insère dans un noble héritage. Burlesque et baroque, classique et romantique, le film se distingue par son unité profonde et son ironie tour à tour tendre et féroce. Autoportrait crépusculaire d’un homme peignant lui-même le portrait d'une Italie déchirée, désorientée, allant droit dans le mur, et celui d'une Italie belle d'indolence, de sensualité, de grâce et de nostalgie, cette balade romaine de Sorrentino, voyage au bout de la nuit inoubliable, est déjà dans la cour des grands : douleur de vivre dans la plus grande beauté, n’est-ce pas là un magnifique paradoxe ?

A l’orée de la vieillesse, en voix off et par monologues, Jep, clown tragicomique, amène le spectateur dans son voyage vers l’intérieur. Hommage à la splendeur romaine, le film ouvre sur l’effondrement d’un touriste photographe et devient memento mori… Sur fond de monuments antiques ou de la Renaissance, la fête et la Faucheuse constituent sa seule intrigue. Une aria élégiaque, entonnée a capella par des femmes en noir, déclenche une partition de citations musicales qui assurent un lyrisme incantatoire. Le La est donné par l’aveu de Jep : « la sensibilité est ma destinée ». Satire de la décadence et confession intime, ce film ensorcèle par son élégance, émeut par son sentiment. Grâce au charme de Jep, son refrain nostalgique fait écho au « voluptueux commerce de la tendresse » évoqué dans Les plaisirs et les jours de Proust.

En retrouvant pour la quatrième fois, son acteur fétiche, Toni Servillo, Paolo Sorrentino l’a, en même temps, transformé en Ovide, en Pétrone et en Néron de la chute de l’empire romain. Dans La grande bellezza, fresque onirique vertigineuse, débordant de personnages et de « zoos » sociaux, le réalisateur napolitain peint magiquement les facettes hilarantes ou horrifiantes de l’art contemporain et du désespoir exhibitionniste qu’il suscite. S’abreuvant aux sources les plus vivifiantes de Federico Fellini, Alberto Sordi, Dino Risi ou Vittorio de Sica, Sorrentino démontre qu’il n’a pas peur de défier ses maîtres, ni d’exhumer, à rebrousse-poil, la mythique beauté, si conspuée et défigurée du « caput mundi »… la capitale du monde.
« dans un déclic final, Jep réalise que la grande beauté est tout : c’est la peine, le travail de vivre, en travaillant en soi le grave et le futile, le vide comme ce qui paraît avoir un sens. Cette grande constellation de faits, de sentiments, représente la beauté de la vie et aussi son caractère laborieux » dit Sorrentino.


Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 18 novembre 20h20. 5€


Je suis à vous tout de suite
JE SUIS À VOUS TOUT DE SUITERéalisé par Baya KASMI
France 2015 1h40mn
avec Vimala Pons, Agnès Jaoui, Ramzy, Mehdi Djaadi, Laurent Capeluto, Claudia Tagbo, Camelia Jordana, Anémone...
Scénario de Baya Kasmi et Michel Leclerc

Il y a cinq ans, on s’était explosé les zygomatiques devant Le Nom des gens de Michel Leclerc, comédie trépidante, dont le personnage principal Bahia Benmahmoud, incarné par la foldingo Sarah Forestier, était une jeune militante de gauche très engagée et très libérée au point de coucher systématiquement avec des hommes de droite pour leur faire virer leur cuti politique. Un film hilarant qui s’offrait même Lionel Jospin en guest star pour une apparition réjouissante d’autodérision… Pour notre bonheur, Baya Kasmi, co-scénariste du Nom des gens, revient avec un personnage assez proche de celui de Bahia. Hanna, incarnée par la pétulante, drôle, sensuelle Vimala Pons (la serveuse qui enflamme Bruno Podalydès dans Comme un avion) est une jolie trentenaire pas forcément raccord ni avec l’idée qu’on peut se faire de ses origines ni avec son métier. Hanna est d’origine algérienne par son père (formidable Ramzy), « épicier social » de quartier (il se met en quatre pour satisfaire ses clients capricieux mais fauchés) mais malgré les quolibets et les sifflets, elle s’habille de manière très affriolante et vit une sexualité sans entrave.
Elle est Directrice des Ressources Humaines chez un grossiste en vins mais ne supporte pas de virer quelqu’un – elle a hérité de son père la névrose de la gentillesse – si bien qu’elle couche avec les licenciés pour les consoler ! Ce qui donne quantité de quiproquos rocambolesques, surtout quand un jeune médecin désemparé par la mort de sa mère croit reconnaître en elle un amour de lycée et qu’elle n’ose le contredire, allant jusqu’à l’accompagner jusqu’à la chambre mortuaire. Il faut dire qu’entre un père qui s’en veut à mort de ne pas avoir réussi à trouver un fruit du jacquier pour une cliente chinoise, une mère psy bénévole pour les chômeurs de la cité (Agnès Jaoui, impeccable), une grand mère arnaqueuse et adepte du chichon (géniale Anémone) et un frère de plus en plus barbu et de plus en plus obtus sur les préceptes religieux au point de vouloir repartir en Algérie… Hanna de quoi être un chouia déboussolée.

Je suis à vous tout de suite aurait pu être une simple comédie efficace avec des personnages typés et hauts en couleurs, mais Baya Kasmi va au-delà. On comprend peu à peu qu’un événement du passé a éloigné le frère et la sœur puis un autre survient, quelque peu dramatique, qui va les réunir et qui permet de faire basculer le film dans quelque chose de bien plus malin et subtil que la première demi-heure pouvait le laisser paraître. Sans stigmatisation ni angélisme, Je suis à vous tout de suite est, sur un registre volontairement comique, un des films les plus intelligents que l’on ait vus sur les questions d’identité pour cette deuxième génération d’immigrés. Comment parvient-on à se construire entre une partie de son cœur de l’autre côté de la Méditerranée et sa volonté de s’intégrer dans la société française qui vous montre des signes de rejets ?
Hanna et son frère ont des réactions opposées, mais Baya Kasmi se moque gentiment des deux avec tendresse, comme dans cette scène hilarante où les cousins algériens demandent au frère d’Hanna s’il revient d’Afghanistan vu son accoutrement. Ni le frère pourtant islamiste gratiné, ni la belle sœur voilée mais libre, intelligente et parfois guide pour son mari, ni Hannah avec tous ces excès et sa trop grande générosité sexuelle ne sont vus avec un jugement moral. Chacun a ses faiblesses, ses défauts, ses barrières mentales qui ne sont pas infranchissables et chacun fait comme il peut avec son identité, son passé et chacun finit par aller vers l’autre quand cela devient impérieux. Et c’est une belle et drôle leçon de tolérance et de vivre ensemble.


CGR (Draguignan) : jeudi, mardi :13h30 - vendredi 15h45 - samedi 11h - dimanche 20h et lundi 18h

Nous trois ou rien
Afficher l'image d'origineRéalisé par KHEIRON
France 2015 1h53mn
avec Gérard Darmon, Zabou Breitman, Michel Vuillermoz, Eriq Ebouaney, Leïla Bekhti...

Une œuvre cinématographique et sociale audacieuse, qui dépasse largement toutes les polémiques dont se rassasient les médias à longueur de journées.

D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble.

Révélé par le Jamel Comedy Club et par la mini-série Bref de Canal +, Kheiron Tabib est d’abord connu pour ses talents d’humoriste et de rappeur. Avec Nous trois ou rien, le jeune artiste français d’origine iranienne, étend encore sa palette artistique, pour notre plus grand plaisir. Car, si ce premier long-métrage est une telle réussite, c’est grâce à la richesse, l’originalité et l’efficacité de son scénario. Tout commence dans une prison iranienne, où Hibat (interprété par Kheiron lui-même) est incarcéré depuis sept ans pour avoir osé contester l’action du Shah. Ainsi, dès les premières minutes, le film fait nécessairement écho aux nombreux conflits et aux tensions qui secouent la péninsule arabe depuis trop longtemps. Malgré les cellules vétustes, les gardiens violents et tyranniques et les grillages de barbelés qui entourent le centre de détention, Kheiron parvient à nous faire oublier l’enfer carcéral grâce à des situations cocasses, des personnages hauts en couleur (comme par exemple un maniaque fétichiste, obsédé par les chaussures, qui ne peut s’empêcher de voler les babouches de ses codétenus et du personnel pénitentiaire) et des dialogues extra-croustillants, dignes de Michel Audiard. S’inspirant de l’histoire de ses parents, l’humoriste se moque ouvertement du régime de Mohammad Reza Pahlavi – dont le personnage apparaît sous les traits d’un vieil enfant gâté et capricieux – et filme avec beaucoup d’entrain les prémices de la Révolution populaire, qui aboutira à la nouvelle Constitution de 1979.Au milieu des manifestations, dans une société de propagande et de terreur militaire, Hibat rencontre la jeune et belle Fereshteh (Leïla Bekhti), dont il tombe éperdument amoureux. Après de longues heures de négociations avec les parents de cette dernière – un père attaché aux traditions et une mère plus progressiste, campés par Gérard Darmon et Zabou Breitman – les tourtereaux finissent par se marier et par donner naissance à un enfant prénommé… Kheiron. Soucieux de l’avenir de leur fils, Hibat et Fereshteh parviennent, au moyen de combines aussi improbables qu’hilarantes, à fuir l’Iran et à rejoindre la France. La seconde partie du film prend alors des allures de chronique sociale, tendre, juste, drôle et émouvante.
Le couple de protagonistes, qui a pris ses quartiers en plein cœur de la banlieue parisienne, s’attache à aider ses concitoyens à s’insérer dans la société et le monde du travail. Hibat devient éducateur social, tandis que Fereshteh travaille auprès de femmes cherchant à s’émanciper du machisme et de la misogynie des hommes. Transcendant la démagogie lourdingue de certains films, tels Agathe Cléry, d’Etienne Chatiliez, Kheiron fait voir, en douceur et en humour, l’utopie de l’intégration et du vivre ensemble, tout en gardant le sens des réalités, passant habilement de la drôlerie à la gravité, sans jamais tomber dans la surenchère vulgaire ou larmoyante.Les partis pris de mise en scène ne sont pas en reste. Fort de son expérience dans le stand-up, Kheiron compose finement ses plans, en travaillant, de manière très rigoureuse, l’espace filmique où évoluent ses personnages. Même les décors les plus chargés (notamment la grande salle où Hibat et Fereshteh célèbrent leurs noces) paraissent épurés à l’écran, et sont très agréables à regarder. Le jeu des comédiens, quant à lui, est précis, tout en restant ouvert et généreux.
Grande réussite comique et dramatique, Nous trois ou rien est bien parti pour devenir l’un des plus grands succès populaires (au sens noble du terme) de cette fin d’année, et achever de consacrer son réalisateur comme l’un des artistes les plus complets de sa génération. (Avoir - alire)


CGR (Draguignan) : mercredi13h45, jeudi, vendredi, lundi, mardi 11h, 13h45 et 20h - samedi 18h et dimanche 20h


L'Hermine
L'HERMINEÉcrit et réalisé par Christian VINCENT
France 2015 1h38mn
avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Chloé Berthier, Corine Masiero, Miss Ming, Aurore Clément...

Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté et redoutable, que d’aucuns surnomment dans son dos « le Président à deux chiffres » car, avec lui, les accusés en prennent toujours pour au moins dix ans. Une réputation qui le précède tandis que l’accompagne son éternelle et affreuse écharpe rouge qui fait oublier ce(lui) qui se cache derrière les apparences. Toujours revêche, le sourire glacial, le verbe cassant, plutôt du style à toiser ses subalternes qu’à sembler compatir avec les humains. On se prendrait bien à le détester avant de pressentir que tout cela est un piètre camouflage. Et puis une cour de justice, c’est un peu comme un théâtre avec son côté cour, son côté jardin, son parterre… et comme tous les comédiens, ses protagonistes ont besoin de costumes pour endosser leur rôle. Les pantomimes se transforment en effets de manche, les trois coups du brigadier en tintements de sonnette, mais la concentration avant l’entrée en scène semble la même que celle d’un toréador prêt à entrer dans l’arène.

Nous voilà donc dans les coulisses du palais en train de suivre cet éminent personnage, à le décortiquer comme il décortique les témoins, les inculpés, ses pairs, avec son œil perspicace et son esprit acéré. Puis arrive l’heure des audiences et voilà notre petit homme un rien rabougri, un brin aigri qui se transforme en grand magistrat. Michel Racine, c’est évidemment Fabrice Luchini, magistral comme jamais. Les bras longs, les effets de manche, les beaux parleurs ou les mauvais menteurs, rien de tout cela ne peut plus impressionner ce renard de haute-cour. Rien ne semble devoir le perturber. Et pourtant… Ce jour là… Quelque chose le trouble ou quelqu’un… Quelqu’une plus exactement. On voit soudain une lueur inhabituelle s’éveiller dans le regard du juge, une gêne à l’appel d’un juré : « Birgit Lorensen-Coteret » (irrésistible Sidse Babett Knudsen), un nom et un visage tout droit resurgis d’un lointain passé qui remonte soudain à la surface. Sans comprendre encore pourquoi, on devine que tout va commencer là…

C’est un film d’une rare subtilité où chaque pan d’humanité, chaque trait des personnages est brossé sans complaisance, à la manière caustique et humble des caractères de La Bruyère. Les liens qui se tissent entre jurés, leurs questionnements, la pédagogie patiente dont font preuve les magistrats qui les accompagnent. Leurs angoisses, leur peur de mal faire, de condamner l’innocent, pas très différente de celle qui tenaille ceux dont c’est la profession… En même temps qu’on découvre comment s’articule une cour d’assises, qu’elle nous dévoile le dessous de ses robes avec une précision quasi documentaire, on se prend à comprendre et aimer le personnage de Michel Racine. Il n’est pas seulement détesté, il est aussi admiré. Sous ses airs sévères se révèle une grande humanité capable de romantisme. Si certains n’arrivent jamais en placer une, c’est qu’il a bien souvent une longueur d’avance et les a déjà cernés, eux et leurs manigances mesquines. Intelligence vive qui le protège et avec laquelle il ne sert à rien de tricher, car son petit monde, il le connait. Excellemment interprété depuis les acteurs principaux jusqu’aux plus petits rôles, cette Hermine est un plat de haut vol pour les fins palais ! (Utopia)

CGR (Draguignan) : mercredi : 11h15, 14h, 15h45, 18h, 20h30, 22h - jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi et mardi : 11h15, 14h, 16h, 18h, 20h30, 22h


La Dernière leçon
LA DERNIÈRE LEÇONRéalisé par Pascale POUZADOUX
France 2015 1h45mn
avec Marthe Villalonga, Sandrine Bonnaire, Antoine Duléry, Gilles Cohen, Grégoire Montana, Sabine Pakora...
Scénario de Pascale Pouzadoux et Laurent de Bartillat, d’après le livre de Noëlle Chatelet

On ne va pas se raconter d’histoires. Nous trainons comme tout le monde notre petit fardeau de préjugés… Parmi eux, il y avait Marthe Villalonga. S’apprêter à voir un film abordant un sujet grave, celui du droit à mourir dans la dignité, avec dans le rôle principal Marthe Villalonga, qui incarna de manière parfois caricaturale un nombre considérable de braves mères juives couvrant leurs rejetons toujours mâles d’amour et de falafels… nous laissait un chouïa perplexes. Et puis il fallut se rendre à l’évidence ; les préjugés existent pour être démontés et à 82 ans, Marthe Villalonga a enfin trouvé un rôle à sa mesure, où son potentiel comique peut laisser une bonne place à un jeu plus grave.
Au départ de ce projet, il y a un livre magnifique du même titre, écrit par Noëlle Chatelet, écrivaine et par ailleurs sœur de Lionel Jospin. Un livre où elle raconte comment elle accompagna sa mère Mireille dans son choix de vie ou plutôt de mort, celle-ci ayant décidé que si la vie méritait d’être vécue, elle méritait aussi de finir dignement, avant que, la vieillesse aidant, tout foute le camp. Un livre qui fit date et œuvra il y a plus de dix ans au combat de ceux qui, autour de l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité que la mère et la fille cofondèrent, militent pour un suicide assisté.

La réalisatrice Pascale Pouzadoux a été persévérante et a donc attendu une bonne décade pour obtenir l’autorisation d’adaptation au cinéma. Une des choses fondamentales qui a convaincu Noëlle Chatelet était le choix audacieux mais si juste de faire aussi de ce récit une comédie. Car même si la mort est au bout du chemin, l’histoire qui précède le terme choisi est avant tout une histoire de vie où l’on rit de situations parfois ubuesques, comme quand mère et fille convoquent une dizaine de médecins à domicile en une seule journée pour obtenir un maximum de médicaments…
Mais au début du récit, on n’en est pas là. Madeleine s’apprête à fêter ses 92 ans devant fille et beau-fils, fils et belle-fille et petits enfants, avec banderole, cotillons, gâteau et discours de circonstances. Sauf que Madeleine a prévu un petit speech qui va jeter un grand froid. Elle annonce que, dans quelques mois, à une date précisément choisie, elle mettra fin à ses jours, quoi qu’il arrive. Stupéfaction, révolte. Et puis, dans un deuxième temps, la famille va se diviser. La fille Diane fait un long cheminement pour comprendre sa mère et accepter sa décision tandis que Pierre, le fils, homme d’affaires pressé, refuse l’impensable, allant jusqu’à décider de faire enfermer sa mère.

Ce qui rend le film très beau, c’est qu’il montre bien comment l’approche de la mort permet de renforcer des liens et de donner sens et importance à chacun des instants qui restent. Comment, durant ces quelques ultimes mois, on redécouvre toute la richesse de celle qui ne sera bientôt plus. Madeleine/Mireille fut une sage-femme féministe de la première heure, combattive et militante - les chats ne font pas des chiens - et c’est au terme de sa vie que ses enfants s’en souviennent. Il y a tout ce qui se passe entre la mère et la fille, avec les moments de doute, de culpabilité aussi, alors même que Diane devient de plus en plus complice du projet de Madeleine. Mais il y a aussi ce qui se passe avec le petit-fils Max, qui grandit d’un coup, ou avec Victoria, l’aide de vie de Madeleine, avec qui elle entretient une relation très proche, et même tendre car les gestes physiques sont essentiels pour celles et ceux qui savent que ce sont les derniers… On sort donc rasséréné et heureux de ce film sur la fin de vie, illuminé par le jeu remarquable de Sandrine Bonnaire et Marthe Villalonga. (Utopia)

CGR (Draguignan) : mercredi, vendredi 11h, jeudi, lundi, mardi 11h et 13h30

Je suis un soldat
JE SUIS UN SOLDATRéalisé par Laurent LARIVIÈRE
France / Belgique 2015 1h37mn
avec Louise Bourgoin, Jean-Hugues Anglade, Anne Benoit, Laurent Capelluto, Nina Meurisse...

C'est un excellent thriller social, qui rappelle certains films des frères Dardenne dont il partage le même terreau géographique et le même attachement aux valeurs et aux questionnements (parfois sans réponse) qui traversent la classe ouvrière humiliée et désemparée. Un premier long métrage, une vraie réussite d'un jeune réalisateur moult fois primé pour ses courts métrages et ses pièces de théâtre. Un film porté par deux grands comédiens, mais où les seconds rôles crèvent l'écran tout autant.
Le personnage principal de Je suis un soldat est paradoxalement une femme, Sandrine, tout en énergie et en combat permanent, incarnée par une formidable Louise Bourgoin. Sandrine parlera à bien des jeunes femmes qui, un jour, après avoir acquis leur indépendance, se sont retrouvées obligées pour des raisons économiques de regagner le giron familial.

Dans une des premières scènes, elle fait l'humiliant état des lieux de sortie de sa studette devant un agent immobilier méprisant qui se moque comme d'une guigne de savoir si elle pourra récupérer son indispensable caution. Direction Roubaix et la maison maternelle où elle camoufle son barda dans la cabane de jardin, voulant dans un premier temps cacher qu'elle est là pour bien plus que quelques jours de vacances. Sa mère l'accueille avec bonheur mais embarrassée, puisque sa chambre a été prêtée à sa sœur cadette et à son mari, qui attendent d'avoir fini de construire leur future maison. Dans cette famille ouvrière, on est taiseux, on cache les problèmes, on les minimise.
Sandrine se refuse dans un premier temps à révéler la vérité, le beau frère fait comme si tout allait bien alors qu'il enchaîne les CDD sous payés, et que sa maison est un chantier ressemblant au tonneau des Danaïdes. La mère donne le change alors qu'au supermarché où elle travaille, elle est quotidiennement humiliée par une supérieure bien plus jeune qu'elle. Et il y a l'oncle Henri, qui tient un chenil, toujours généreux avec la famille : tout le monde sait que sa richesse est suspecte mais chacun fait comme si de rien n'était. Dans la galère, Sandrine va accepter de travailler pour lui et découvrir peu à peu que son chenil prospère grâce à un trafic illégal de chiots avec les pays de l'Est, à coup de faux certificats de vaccination fournis par un vétérinaire complice. Et la jeune femme, désireuse de retrouver une place dans la société et dans sa famille, va s'enfoncer dans ce trafic, parfait petit soldat de son oncle. Mais jusqu'où ira-t-elle avec ou contre cet homme qui peut se montrer protecteur et généreux, mais aussi violent et cruel, n'hésitant pas à la mettre en danger pour ses intérêts ?

Je suis un soldat, dont le titre évoque à la fois le personnage de Sandrine et, ironiquement, une chanson de Johnny Halliday, est une puissante réflexion sur la façon dont les gens modestes – pour ne pas dire les pauvres – sont contraints – certains de meilleur gré que d'autres – de renier leurs valeurs, de trahir leur classe pour se tailler une part ridicule du gâteau de la réussite. Mais tout espoir ne doit pas être perdu : les réflexes humains élémentaires se réveillent lorsque la famille est en danger…(Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi, samedi, dimanche 16h30 - jeudi : 16h30, 18h10, 20h30 - vendredi, lundi 16h30 et 18h - mardi 13h50 et 16h30

Une Histoire de Fou
UNE HISTOIRE DE FOURéalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2014 2h14mn
avec Syrus Shahidi, Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Robinson Stévenin...
Scénario de Robert Guediguian et Gilles Taurand, librement adapté du livre de José Antonio Gurriaran, La Bombe (Ed. Thaddée)

Berlin est tranquille. La journée est paisible. Les rayons du soleil cajolent les scènes du quotidien. Les enfants jouent, les mères les surveillent. Deux vieux sur un banc devisent… « J'aime penser que les moments les plus importants de l'Histoire ne se produisent pas sur les champs de bataille ou dans les palais, mais dans les cuisines ou les chambres d'enfants » dit l'un, reprenant une phrase de l'écrivain israélien David Grossman qui naîtra trente ans plus tard… Clin d'œil anachronique, géographique, intemporel : nous sommes le 15 mars 1921. Plus loin, un jeune homme svelte, charmant, à l'élégance classique, guette le perron d'une demeure cossue. Malgré l'ambiance printanière, il apparait vite qu'il n'attend pas un rendez-vous galant. Ses traits reflètent une anxiété mêlée d'impatience. Un monsieur à l'air important sort alors de la maison… Notre jeune compère s'avance vers lui d'un air décidé… L'un s'appelle Talaat Pacha, l'autre Soghomon Tehlirian… Si ces noms vous sont familiers, vous devinerez la chute de l'histoire et comprendrez pourquoi elle constitue un habile prologue qui éclairera brillamment notre histoire contemporaine. Dans le cas inverse, autant qu'on vous laisse découvrir la suite sans en dire plus…
Soixante ans plus tard, Marseille est tranquille… Au-Dessus de la petite épicerie que tiennent ses parents, Aram a grandi de manière paisible. Sa grand-mère arménienne, chaque jour que son Dieu fait, raconte, chante, tremble encore des heures sombres qu'elle a vécues et que le reste du monde semble avoir pratiquement oubliées. Elle est la petite voix, de plus en plus fragile, qui refuse de se plier, de sombrer dans l'oubli. Elle est à la fois pénible et réjouissante, tenace en tout cas. Et ses petits enfants l'écoutent, même les plus jeunes. Elle leur parle d'un temps qu'ils ne peuvent pas connaître. Elle leur parle de leurs racines, d'une terre dont ils ont été chassés. Et malgré ce long exil, le plaisir, les liens qu'ils ont tissés ici, leur diaspora reste enracinée dans ce passé-là. Une culture qu'ils ne renient pas, entretiennent comme une richesse supplémentaire. Ils sont d'ici avec ce petit plus venu de là-bas. De la même manière qu'ils célèbrent le 14 juillet, il est impensable d'oublier la commémoration du 24 avril, début du massacre de leur peuple, d'oublier les saveurs de l'Arménie, ses senteurs, sa cuisine, ses danses et chants traditionnels…
Mais peu à peu, Aram, devenu un jeune adulte, se radicalise, questionne père et mère, les renvoie à leur part de responsabilité individuelle dans le manque de courage et de résistance collectifs. Alors que pour leur génération l'urgence était de survivre, de s'intégrer, d'offrir à leurs enfants la vie bonne, ces derniers réclament, coûte que coûte, la reconnaissance du génocide perpétré contre leurs aïeux. Et un jour Aram disparaît sans un mot. Dans les journaux, on lit que les attentats se multiplient, perpétrés par l'ASALA (Armée Secrète Arménienne de Libération de l'Arménie)…
Robert Guédiguian raconte qu'une part du scénario est née de sa rencontre avec José Gurriaran, écrivain, journaliste espagnol, qui, en 1981 à Madrid, sauta sur une bombe posée justement par l'ASALA. Paralysé à vie, victime innocente, il se mit à se passionner pour la question arménienne jusqu'à en épouser la cause. Sans justifier le terrorisme, les colères légitimes passent parfois par des chemins extrêmes… Une très belle histoire qui nous rappelle que seuls peuvent pardonner ceux qui n'ont pas oublié, et qui souvent ont été touchés jusque dans leur chair.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 15h40, 18h05 et 20h35 - jeudi 20h15 - dimanche 15h40, 18h10 et 20h45 - samedi, lundi : 18h10 - mardi 15h45 et 20h45


Avril et le monde truqué
AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉRéalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares
Film d'animation France 2015 1h43mn
avec les voix de Marion Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort, Olivier Gourmet, Bouli Lanners...
Création et univers graphique Jacques Tardi. Cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy 2015

1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du xixe siècle, gouverné par le charbon et la vapeur. C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?

Première originalité qui ne manquera pas de séduire : Avril et le monde truqué est résolumentsteampunk (littéralement : punk à vapeur). Ce terme désigne les œuvres dont l’action se déroule dans la société industrielle du xixe siècle. Au menu des ces romans, machines à vapeurs et révolution industrielle. Le genre steampunk s’est ensuite étendu, devenant une véritable esthétique et gagnant en conséquence tous les types d’arts, jusqu’au cinéma. Le dessin de Tardi au trait si particulier et son imagination foisonnante alliés à ce genre de proposition rétrofuturiste, a déjà de quoi mettre en appétit. Mais les qualités du dessin animé ne s’arrêtent pas là.
Avril et le monde truqué est une uchronie. Dans cette nouvelle histoire de France (et du monde), l’électricité n’a jamais été inventée. C’est donc le charbon qui domine. Il faut voir ce Paris enfumé et charbonneux, ce déluge de machines à vapeur et surtout ces méchants dont on ne révèlera pas l’identité… Avril évolue dans un univers où exercer sa science est une honte. C’est une solitaire, fauchée et désespérée dont le courage est la seule arme.
Vous l’aurez sans doute compris : le film n’a pas pour ambition de vous compter fleurette. C’est tant mieux. Cette liberté permet aux auteurs de déployer un véritable récit d’aventure aussi ambitieux que généreux. Même le compagnon d’Avril - un chat qui parle - est rendu délicieusement atypique à travers la voix du chanteur Philippe Katherine. Le reste du casting voix est d’ailleurs impeccable. C’est une Marion Cotillard farouche qui prête son timbre à Avril et Olivier Gourmet interprète son père. A leur suite : Jean Rochefort, Marc André Grondin, Bouli Lanners… Un chapelet de voix francophones quatre étoiles.
Six ans de travail ont été nécessaires pour mettre en image le foisonnant univers graphique de Tardi, rien d’étonnant, au vu du résultat : un superbe mélange des genres à la hauteur de ce labeur. Avril et le monde truqué investit le meilleur de chaque talent ayant pris part au dessin animé pour nous offrir un monde rétrofuturiste varié, coloré, tantôt drolatique, tantôt sombre. Justement récompensé par le cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy, Avril et le monde truqué est une réussite. Par l’ambition intellectuelle de son scénario et son superbe univers graphique. Par le ton et l’humour distillés tout au long de l’histoire.
Judith Godinot pour avoir-alire.com

Le Vox (Fréjus) : mercredi, samedi et dimanche 13h50

Lamb
LAMBEcrit et réalisé par Yared ZELEKE
Ethiopie / France 2015 1h34mn VOSTF
avec Rediat Amare, Kidist Siyum, Welela Assefa, Surafel Teka, Rahel Teshome, Indris Mohamed...
Pour les enfants à partir de 10 ans

L’enfant enfouit sa main dans la fourrure, l'animal est tout contre lui, chaud, rassurant, il sent son cœur qui bat la chamade à chacun de leurs pas qui vont en cadence, inséparables. Ephraïm et Chuni, le garçon et sa brebis. C’est une amitié comme seule l’enfance sait les faire naître, une amitié à la vie à la mort à laquelle les adultes ne peuvent rien comprendre… Ici sans doute encore moins qu’ailleurs, sur ces terres magnifiques et sauvages d’Ethiopie où l’homme doit arracher au sol sa pitance, dans la peine et la souffrance. Un animal est avant tout une richesse, une viande qui nourrit, pas un compagnon de route, ni un confident, ni un complice. Mais Ephraïm a su imposer à son entourage la douce et tendre relation qui l’unit à sa brebis. Il faut dire que Chuni appartenait à sa mère et sa mère vient de mourir… Avancer dans la vie avec Chuni, c’est un peu comme tenir encore un peu la main de celle qui le rassurait, le consolait, le berçait.

Mais les temps sont durs. La pluie n’est pas venue, le sol est sec, la famine guette. Il faut partir, quitter le village pour chercher du travail ailleurs, là où les cieux seront peut-être plus cléments. Ephraïm et son père partent, n’emportant rien car ils n’ont rien, rien excepté Chuni.
Confié à des parents éloignés, Ephraïm va devoir s’adapter à sa nouvelle vie, une vie qui ne lui plaît pas : pas assez de place pour rêver, plus de longues promenades, plus assez de temps collé contre sa brebis. C’est un garçon, on veut faire de lui un homme… Alors il va devoir travailler et le travail d’un homme, c’est la terre… Ephraïm, lui, préfère la compagnie des femmes et il est bien plus doué pour confectionner de délicieux beignets que pour manier la charrue.
Drôle de gamin, qui n’est nulle part à sa place mais qui garde, en dépit des vents contraires, suffisamment de force et de volonté pour surmonter sa solitude, sa peine et ses déboires. Car il n'est pas au bout de ses peines : bientôt, c’est jour de fête et la tradition veut que l’on sacrifie une bête…

Portrait initiatique tendre et doux d’un gamin aux grands yeux tristes confronté à la rudesse du monde des adultes, Lamb est une superbe histoire d’amitié. Mais c’est également la rencontre avec un pays dont on n’imaginait même pas qu’il pouvait être aussi beau… Et il est aussi question de la place des femmes dans une société largement patriarcale qui veut que les filles soient très vite mariées pour devenir à leur tour mères, puis épouses et cuisinières…
Pourtant, il y a un véritable espoir, incarné par le personnage de la cousine d’Ephraïm, gamine aux cheveux rebelles qui refuse d’être belle pour son prétendant désigné et qui préfère aux tâches ménagères la lecture des journaux. Les yeux pleins de rêves et d’envie d’ailleurs, elle et Ephraïm symbolisent peut-être le changement d’une société où il est possible, aussi, de rêver en cinémascope.

Le Vox (Fréjus) : mercredi, dimanche 13h50 et samedi 16h10


L'Homme irrationnel
L'HOMME IRRATIONNELÉcrit et réalisé par Woody ALLEN
USA 2015 1h36mn VOSTF
avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey, Jamie Blackley...

Si tous les films étaient écrits et mis en scène avec le même talent, si tous faisaient preuve de la même fantaisie profonde, de la même légèreté grave pour épingler nos travers et nos lubies, pour en rire beaucoup et en pleurer un peu, le cinéma serait un perpétuel bain de jouvence. Depuis ses débuts, Woody Allen est passionné par la philosophie. Elle imprègne mine de rien ses films des grandes questions existentielles qu'il traite avec plus ou moins de noirceur ou d'humour. L'Homme irrationnel prend la philo à bras le corps, en fait sa matière même, qu'il malaxe avec délectation…
Abe Lucas est donc prof de philo mais pour l'heure c'est surtout un homme seul, qui a perdu toute joie de vivre. Son étude des grands penseurs ne l'a pas rendu heureux et ne lui a pas apporté non plus de réponses satisfaisantes quant au sens de la vie. S'il a autrefois aimé son métier d'enseignant, il estime aujourd'hui que ses cours n'auront aucune influence sur la plupart de ses étudiants. Bref, Abe déprime. C'est dans ce sombre état d'esprit qu'il débarque dans une petite bourgade de la côte est, dotée d'une modeste fac où il doit enseigner pendant l'été. Précédé d'une réputation sulfureuse (publications iconoclastes, rumeurs persistantes de frasques sexuelles avec des étudiantes), le professeur Lucas est donc attendu avec une certaine fébrilité dans la communauté universitaire. Woody Allen ne pouvait pas faire un meilleur choix que de confier le rôle à Joaquin Phoenix : son charisme, sa beauté inquiétante, la fragilité qu'il dégage font que l'on croit immédiatement en son personnage, et à tout ce qui se dit sur lui. Il incarne ce prof borderline avec une telle justesse, sans effet ni maniérisme, que l'on touche à la perfection.

Ce qui devait arriver arrive et peu de temps après son arrivée sur le campus, Abe entame deux liaisons. D'abord avec Rita Richards (formidable Parker Posey), collègue en manque d'affection qui compte sur Abe pour lui faire oublier un mariage qui s'ankylose. Ensuite avec Jill Pollard, (lumineuse Emma Stone, déjà présente et épatante dans Magic in the moonlight). Elle est sa plus brillante étudiante et devient très vite sa meilleure amie dans cette ville où il ne connaît personne. Et même si Jill est amoureuse de son petit ami Roy, elle trouve très vite irrésistible le tempérament torturé et fantasque de ce prof imprévisible, capable de lui proposer une gorgée de bourbon en pleine journée au milieu du campus. Mais la phase dépressive d'Abe s'aggrave et malgré les avances de plus en plus pressantes de la belle étudiante, il la rejette.
C'est alors que le hasard bouscule le destin de nos personnages : Abe et Jill surprennent dans une cafétéria une conversation qui va les bouleverser. Elle pousse Abe à prendre une décision cruciale, qui va le rendre à lui-même, prêt de nouveau à jouir pleinement de son existence, persuadé d'avoir repris les choses en main. Mais cette décision aura d'autres conséquences…

Il est des artistes qui, comme un artisan perfectionniste, remettent sans cesse sur le métier leur ouvrage, recherchant la forme idéale, chaise après chaise, toile après toile, film après film. Woody Allen est un de ceux-là, un des plus éminents, en version stakhanoviste : un film par an, sans exception, depuis trente-trois ans ! Cette régularité de métronome entraîne forcément quelques réactions désabusées : « Déjà ! », « Encore ! », « Le dernier n'était déjà pas terrible », « Il n'a rien fait de vraiment bien depuis Match point »… bla bla bla. Laissons les bla-blasés faire la fine bouche. Pour notre part, nous préférons nous souvenir des multiples moments de pur bonheur et de vive intelligence que nous avons partagés avec le bonhomme. Nous choisissons le camp des modestes jouisseurs, appréciant à sa juste et haute valeur ce Woody Allen 2015. (Utopia)

Salernes : vendredi 20h30


Fatima
FATIMAÉcrit et réalisé par Philippe FAUCON
France 2015 1h19mn

avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Chawki Amari, Mehdi Senoussi, Franck Andrieux, Yolanda Mpele..
Scénario librement inspiré des ouvrages de Fatima Elayoubi

Fatima, c'est plus qu'un magnifique portrait de femme, c'est le portrait d'une foultitude d'autres et même, en filigrane, celui de notre société. C'est un film qui vient plonger au plus profond de nous-mêmes, nous bousculer à tel point qu'il sera impossible de regarder de la même manière les passantes inconnues que l'on croise dans la rue têtes nues ou discrètement voilées. Il n'y a qu'une chose à faire : éteindre complètement son portable, se lover dans son siège préféré puis se laisser porter pendant une petite heure dix neuf minutes où tout est merveilleusement dit et montré, avec une justesse de ton et une élégance discrète qui confirment que Philippe Faucon est décidément un grand cinéaste (on n'a pas oublié Samia, Dans la vie, le prémonitoire La Désintégration…). Et au fait, plus que jamais : arrivez à l'heure ! Il est impensable de louper le premier plan !

Fatima, un prénom de princesse presque devenu un nom commun tant on l'associe aux dames de ménage corvéables à merci, prolétaires de l'ombre destinées à la serpillière. Notre Fatima ne rompt pas avec ce cliché. Le pâle sourire qui illumine son visage débonnaire, son allure de quarantenaire plantureuse, vêtue soigneusement mais sans souci d'effets de mode, son voile qui cache ses cheveux : tout contribue à en faire une Fatima semblable à ces milliers d'autres qu'on voit circuler dans l'indifférence générale de nos cités. Dans la grisaille du petit jour, elle semble presque glisser, anodine et frêle, pour aller travailler dans divers lieux où l'on s'adresse à elle avec une condescendance déshonorante (plus encore d'ailleurs pour ceux qui en font preuve que pour elle qui la subit). Le soir, rentrée à l'appartement, il lui reste encore à affronter l'arrogance de sa plus jeune fille, Souad, qui du haut de ses quinze ans la juge de manière tranchante. Comme si Fatima était le symbole de l'entrave à son intégration, l'empêcheuse de se normaliser en rond. Sa révolte se trompe d'ennemie, elle est le fruit d'une société qui l'incite à avoir honte d'une mère qui n'est bonne qu'à « laver la merde des Français » et qui ne sait même pas parler leur langue…
Heureusement, son aînée, Nesrine, remet un peu sa cadette en place. Elle connaît le prix de l'ascension sociale, les sacrifices maternels pour qu'elle parvienne jusqu'au concours de médecine… Tout un discours tellement ressassé par la voix haut perchée de Fatima que Souad le rejette en bloc et ne veut plus l'entendre. Elle mériterait bien des baffes parfois, et on aurait presque envie de secouer Fatima qu'on pourrait prendre tout d'abord, bêtement, comme le fait une bonne partie de son entourage, pour le prototype de la femme soumise. Progressivement on découvre combien on a tout faux, à quel point on est tombé dans le piège du délit de faciès et on fond d'admiration pour cette bonne femme à la volonté tenace, pour son obstination à ne céder ni à la violence ni au mépris qu'on lui renvoie de toutes parts. Elle a cette force insoupçonnable de celle qui n'a rien à prouver. On peut bien la prendre pour une imbécile, cela n'altère en rien ce qu'elle est, ses mérites. Si elle ne fait pas de vagues, c'est qu'elle reste tendue vers son but, ne s'en détourne jamais : amener ses filles vers un rivage qui l'a elle même rejetée ou en tout cas bien mal accueillie. Et la traversée est tellement semée d'embûches que dans la bataille, cette altruiste s'est tout simplement oubliée, sacrifiant une part d'elle-même.

Plus on rentre dans son intimité, plus on dépasse sa difficulté à s'exprimer, cette barrière de la langue qui crée un fossé infranchissable entre les humains, plus sa beauté intérieure se dévoile, irradie. Personnage complexe et subtil, à l'intelligence vive, aux propos pertinents. On souhaiterait tous avoir une telle Fatima dans sa vie ! Pour l'heure Philippe Faucon nous l'offre dans son film : ne la laissons pas passer !

Lorgues : dimanche 20h15 et lundi 21h


Adama
ADAMARéalisé par Simon ROUBY
Film d'animation France 2015 1h22mn
Scénario de de Julien Lilti et Simon Rouby
Pour les enfants à partir de 9 ans

C’est un pari magnifique, presque insensé dans le monde souvent formaté du film d’animation. Le pari d’un conte initiatique qui s’enracine dans l’une des pages d’histoire les plus dramatiques du monde occidental moderne, mais à hauteur d’enfant. Le pari d’un récit au fil d’un extraordinaire voyage qui va des grands plateaux africains aux tranchées de Verdun. Le pari d’une animation aux mille et un visages, qui a su prendre le meilleur des techniques anciennes ou dernier cri sans perdre ni son âme ni sa générosité. Mais surtout le pari de miser sur l’intelligence, la curiosité, l’ouverture au monde et aux autres des jeunes spectateurs. C’est dire si nous recommandons plus que chaudement la vision en famille d’Adama qui parvient, avec poésie, force et beauté, à brasser des sujets complexes sans jamais être pesant ou donneur de leçons, et en gardant à l’esprit la dimension divertissante indispensable aux jeunes spectateurs.

C’est bien sûr de la guerre 14-18 qu’il s’agit, mais aussi et surtout de fraternité entre les peuples, en dépit des différences de culture ou de tradition… C’est donc l’histoire d’Adama, jeune gamin d’une douzaine d’année, qui vit dans un village isolé d’Afrique de l’Ouest. Au-delà des falaises, loin de l’univers serein régi par les traditions ancestrales, s’agite le Monde des Souffles. Là où règnent les Nassaras, les étrangers, les blancs – et, pourrait-on ajouter, les colons.
Une nuit, Samba, son frère aîné, disparaît. Il a décidé de partir rejoindre les troupes de l’armée française pour combattre un ennemi dont il ne connaît rien, dans un pays qui lui est totalement étranger. Adama, bravant l’interdit des anciens, décide alors de partir à sa recherche. Il entame, avec la détermination sans faille d’un enfant devenant homme, une quête qui va le mener au-delà des mers, au Nord, jusqu’aux lignes de front du conflit, dans un pays glacé et déjà défiguré par les combats. Nous sommes en 1916…

Le film est une invitation à partager une histoire commune à l’Europe et à l’Afrique. Il est dans sa forme même une expression artistique métissée. Adama n’est pas français, européen ou africain, il n’a d’autre nationalité que son identité artistique hybride, composée des influences graphiques et musicales de l’Afrique, de l’Europe, des Caraïbes, de l’Amérique… En ces temps de repli, de rejet, de confrontation parfois brutale entre les hommes, Adama saisit au vol l’épisode tragique d’une fraternité passée pour peut-être tenter de construire au travers du cinéma celle de demain.

Le Luc : mercredi 16h et samedi 14h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :


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