Au(x) cinéma(s) du 19 au 25 juin 2019

Bonjour à tous !
 
Ce dimanche, le 23 juin, Entretoiles vous propose la dernière soirée de cette année scolaire. Nous finissons en beauté avec un chef d’œuvre :  Douleur et gloire de Pedro Almodovar, un de ses plus beaux films, dit-on,  pour lequel Antonio Banderas a obtenu le Prix d'interprétation masculine. En septembre, nous espérons vous proposer quelques autres films primés au festival de Cannes cette année.... A suivre !

Cette semaine le film ciné-club diffusé par CGR est Ma vie avec John F. Donavan , de Xavier Dolan,  un récit fascinant d'un romantisme échevelé. Ce sera ensuite pour les 3 prochaines semaines : Le silence des autresLa lutte des classes et L 'adieu à la nuit.
 
Au Vox à Fréjus  ne ratez pas la Palme d'or 2019 : Parasite du cinéaste coréen Bong Joon-ho, un film qui fait l 'unanimité de la critique , virtuose, brillant, alternant la comédie ,l’horreur, la fable sociale et le polar et  le jeune Ahmed (aussi à Lorgues)  des frères Dardenne , portrait d'un adolescent pris entre les idéaux de pureté de son imam et les appels de la vie,  Un havre de paixun film israélien qui dénonce une société de la virilité qui nie la sensibilité, les failles et les traumatismes au profit d'une apologie de la force brute et du courage, . Lune de miel film roumain de Ioana Iricaru où elle décrit le difficile parcours des exilés dans un pays devenu paranoïaque, Noureev de Ralph Fiennes, les débuts de Rudolph Noureev, danseur d’exception, et Lourdes de Thierry Demaezière, formidable documentaire à ne surtout pas manquer.
 
A Salernes, Le cercle des petits philosophes de Cécile Denjean, qui nous montre des ateliers de philosophie auprès des enfants mis en place par Frédéric Lenoir, et Sibel de Cagla Zencinci, très jolie fable contemporaine.

A Cotignac, 68, mon père et les clousde Samuel Bigiaou, superbe documentaire et Tremblements de Jayro Bustamante, qui dénonce une société où la religion a pris la place du pouvoir politique. A Cotignac aussi, vous pouvez profiter cet été du festival Les toiles du Sud, du 19 juillet au 22 aout, dont voici le lien pour avoir tous les détails du programme : les-toiles-du-sud.com

Cette année, la 10ème édition du Festival du Court métrage aura lieu les 25, 26 et 27 juillet, encore de belles soirées sous les étoiles à prévoir au Théâtre de Verdure à Tourtour pour célébrer cet anniversaire !

Une belle équipe de bénévoles se mobilise pour assurer le succès de cette fête cinématographique, car " CourtsCourts " est un moment festif, convivial, à but culturel, un rendez - vous dédié au court - métrage qui attire de plus en plus de cinéphiles, et d'amateurs du 7ème Art. Voici le lien pour le programme détaillé : festivalcourtscourts.fr

Enfin, nous vous signalons dès à présent que CGR programme aussi à partir de septembre des films du patrimoine, peu récents ou anciens : nous vous en donnerons le détail au fur et à mesure !

Vous recevrez encore notre mail la semaine prochaine, puis ce sera terminé jusqu'à la rentrée !

Bonne semaine de cinéma!
 
 Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

DOULEUR ET GLOIRE

Écrit et réalisé par Pedro ALMODOVAR - Espagne 2019 1h53mn VOSTF - avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia, Nora Navas, Julieta Serrano… et Penélope Cruz... Festival de Cannes 2019 : Prix du meilleur acteur pour Antonio Banderas.
Disons le d'emblée, avec enthousiasme : Douleur et gloire est l'un des plus beaux films de Pedro Almodovar, et probablement le plus intime, le plus personnel. Un film ample et maîtrisé, superbement écrit et construit, d'une élégance formelle, d'une puissance évocatrice renversantes, touchant à la perfection dans son interprétation, dans son image, dans sa musique, dans sa direction artistique, dans ses dialogues, dans ses ellipses… et dans l'assemblage fluide de tous ces éléments ! Antonio Banderas (extraordinaire) y campe le célèbre cinéaste Salvador Mallo, alter-ego d'Almodovar qui lui a prêté ses costumes pittoresques, sa coupe de cheveux et jusqu'à son propre mobilier… Sans oublier sa douleur, condensé de maux physiques, existentiels, émotionnels, psychologiques. Une douleur qui tiraille quasiment chacun de ses gestes, y compris artistiques. Comment créer quand la souffrance n'est plus un moteur, mais une entrave ? Comment ne pas douter quand la gloire confine au déclin ? Salvador, ainsi pris en étau entre son manque d'inspiration, le sentiment d'avoir déçu et son anatomie malade, plonge dans ses souvenirs pour trouver le repos et reprendre goût au présent. 
D'abord pris dans l'apesanteur amniotique d'une piscine, les yeux fermés, Salvador se rappelle un des plus beaux moments qu'il ait vécus : sa mère Jacinta, joyeuse au bord de la rivière, chante au diapason d'autres lavandières et étend le linge fraîchement lavé sur les joncs et la menthe. Le petit garçon d'alors ne peut cacher sa fascination pour cette mère d'après-guerre, dont la beauté voluptueuse transcende la rusticité de l'époque. Les cheveux en bataille, le sourire éclatant, la prunelle ténébreuse… Le récit est bousculé puis revient au présent. Celui d'un homme qui a vécu. Celui d'un homme qui a souffert. Puis viennent d'autres souvenirs. Son premier amour, la douleur de la rupture qui suivit, l'écriture comme seule thérapie pour oublier l'inoubliable, la découverte précoce du cinéma et du vide, la difficulté de se séparer des passions qui donnent à la vie sens et espoir.

Flashback. Salvador émigre avec ses parents à Paterna, un village près de Valence où ils espèrent trouver la prospérité. Ils s’installent dans une grotte troglodyte – le temple de son enfance. On porte l'eau dans des seaux, Jacinta reprise des chaussettes avec un œuf de couture, symbole ultime de résurrection et de vie. Qui sert astucieusement à relier, dans la narration, le fil du passé et celui du présent. Soit l'enfance des années 60, la maturité triomphante des années 80 à Madrid et Salvador de nos jours, isolé, dépressif, victime de plusieurs maux, retiré du monde et du cinéma.
Ne vous méprenez pas, Douleur et gloire n'a rien de cérébral, rien d'élitiste. Au contraire : c'est une œuvre lumineuse, cathartique, qui tire admirablement parti des ressources de la fiction – de ces « coïncidences » qui n'arrivent que dans les films (ou presque). Tel le premier amant de Salvador tombant par hasard sur sa pièce de théâtre disant tout de son remord face à leur rupture… Ce même amant qui dira : « Il n'y a pas un film de toi que je n'aie pas vu », comme soulagé de voir que leur histoire continue à vivre, par des évocations, des réminiscences en images. Encore coïncidence, avec la réapparition mystérieuse d'un portrait de Salvador en train de lire un livre dans la grotte de Paterna. Il a neuf ans. Les murs blanchis à la chaux contrastent avec les fleurs en pots, les carreaux de ciment multicolores aux motifs matissiens. La lumière zénithale achève de donner au cadre une dimension fantasmagorique. Un jeune maçon – amateur de peinture – contemple Salvador, fasciné par la scène, et décide de le dessiner sur un sac de ciment, puis d’emporter le croquis pour le mettre en couleurs chez lui. La candeur mêlée au désir inavouable des deux garçons est d'une telle intensité que Salvador perd connaissance, comme foudroyé. Au-delà des deux histoires d'amour qui marquèrent le héros et vont ici trouver une issue dans la fiction, ce sont les regrets vis-à-vis de sa mère qui vont s'effacer dans un délicieux retournement final. Les douleurs, ainsi exorcisées, finissent par apparaître mineures, quand elles ne sont pas directement moquées…
Douleur et gloire continue donc d'affirmer cette liberté qui a toujours défini le cinéma d'Almodóvar, par sa manière de multiplier les mises en abyme, d'éclater la narration entre le passé et le présent, entre l'auto-fiction et l'imaginaire. Sans jamais perdre de vue la beauté, ni l'émotion. O. J.   (Utopia)
 
Soirée Entretoiles au CGR dimanche 23 à 20h
Vox Fréjus : mercredi 19 15h45, jeudi 20 15h50, samedi 22 et mardi 25 18h30
Lorgues : samedi 22 20h15, lundi 24 19h
 
 

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN

(The Death and life of John F. Donovan) Xavier DOLAN - Canada 2018 2h03 VOSTF - avec Kit Harington, Natalie Portman, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Kathy Bates, Thandie Newton, Chris Zylka... Scénario de Xavier Dolan et Jacob Tiernay.

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVANÀ chacun ses idoles d’enfance et d’adolescence, qui prennent une importance démesurée, au-delà du raisonnable – le cœur… vous connaissez le refrain. Moi, à 11 ans, je suis tombé raide amoureux de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci en la voyant rafler le premier 10 de l’histoire olympique à Montréal. Tenant absolument à lui écrire, dans un anglais balbutiant, mon admiration, je lui fis passer une lettre qui, j’en étais persuadé, arriverait à sa destinataire grâce à mon père, responsable communiste. Étrangement, elle ne me répondit jamais…
Petite parenthèse perso pour vous parler du nouveau bijou du prodige Xavier Dolan, son premier film anglophone. En deux parties séparées d’une dizaine d’années, Dolan nous raconte l’histoire – qui aurait pu être autobiographique – du jeune Rupert Turner, 11 ans et vivant à Londres au début de l’intrigue, qui entretient pendant plusieurs années une correspondance amicale avec l’acteur de séries américain John F. Donovan, jusqu’à sa mort mystérieuse. Dans le présent du film, dix ans plus tard donc, Rupert, devenu à son tour acteur, répond à une journaliste à l’occasion de la publication de sa correspondance avec John F. Donovan. Et nous découvrons son histoire au cours de flash-back successifs…
Rupert, alors enfant acteur, est déjà venu à New York avec sa mère. Dans l’hôtel où ils sont descendus, il attend avec une impatience insoutenable une lettre, un signe de son ami et idole John F. Donovan, qu’il va peut-être enfin rencontrer. C’est alors qu’il apprend à la télévision la découverte du corps sans vie de l’acteur et cette nouvelle lui brise le cœur. La suite du film, à travers le récit de Rupert adulte, revient sur ces deux vies parallèles séparées par l’Atlantique. Si le film est aussi bouleversant, c’est que la personnalité du jeune réalisateur québécois se retrouve tout autant dans le personnage de Rupert que dans celui de John F. Donovan. Dolan fut comme Rupert un enfant acteur (il joua dans des publicités puis dans des séries), probablement incompris de ses camarades, déjà moqué pour son univers imaginaire et son attirance naissante pour les garçons. Parallèlement le destin de John F. Donovan, héros de série adulé des jeunes fans et du petit milieu de Hollywood, obligé de simuler sa vie au point d’épouser pour de faux sa meilleure amie afin de dissimuler ses passions homosexuelles, mentant à ses fans, à sa propre famille et à lui-même, est celui qu’aurait pu connaître Dolan s’il n’avait pas choisi d’assumer son statut si particulier et sa singularité.

Pour construire et incarner ce récit fascinant, d’un romantisme échevelé, à l’émotion contagieuse, Dolan a réuni un casting hors normes, en premier lieu Kit Harrington, le John Snow adoré des fans de la série Game of Thrones, parfait collage en acteur de séries tourmenté, miné par l’obligation qui lui est faite de correspondre à son image publique. À ses côtés, Natalie Portman est magnifique dans le rôle de la mère de Rupert, actrice frustrée qui reporte sur son fils ses aspirations : Dolan, roi du mélo, lui offre une grandiose scène de retrouvailles sur la chanson Stand by Me ; et puis Kathy Bates, géniale en agent de stars à la fois cynique et attachante, Susan Sarandon en mère mûre colérique et alcoolique, personnage typiquement dolanien, et enfin le jeune Jacob Tremblay, étonnamment sobre et pourtant expressif.
Plus « classique », plus économe que les précédents films de Dolan en prouesses de mises en scène pour mieux se concentrer sur le récit, Ma vie avec John F. Donovan ajoute une pierre, plus polie, aux arêtes moins vives, à une œuvre en construction, profondément personnelle et touchante. (Utopia)

Film ciné-club CGR : mercredi 19 15h40, jeudi 20 et lundi 24 11h, vendredi 21, dimanche 23, mardi 25 17h40

PARASITE 
Écrit et réalisé par BONG Joon-ho - Corée du Sud 2019 2h12VOSTF - avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Choi Woo-shik, Park So-dam, Chang Hyae-jin... 
Palme d'or au Festival de Cannes 2019.
 
En deux décennies, Bong Joon-Ho s’est imposé comme un des réalisateurs majeurs du cinéma asiatique. Grâce à ce qu'on appelle des films de genre (polar, fantastique, thriller) qui ont toujours laissé une belle place à la sensibilité et à l’humour. Punchy, émouvants, drolatiques, un brin sanguinolents… tels le virtuose Memories of murder, le délirant The Host, les terriblement touchants Motheret Okja… Ce nouvel opus, Parasite, ne déchoit pas, ni ne déçoit, tout au contraire. Il confirme que la panoplie du cinéaste est décidément très riche et que son œil aiguisé n’hésite pas à lacérer profondément la société à deux vitesses dans laquelle ses personnages évoluent. Il frappe fort avec cette critique sociale puissante et déjantée : on navigue entre satire grinçante, comédie relevée et thriller un brin surréaliste. On n'a plus qu’à se laisser porter et surprendre par le récit magnifiquement mis en scène et filmé. La radiographie de notre époque est saisissante, l’intrigue rondement portée par un casting excellent, à commencer par le complice habituel Song Kang-ho.

Dans l’opulent Séoul, à la pointe du progrès et de l’électronique, une partie de la population vit pourtant plus bas que terre, à peine mieux lotie que les cafards qui grouillent dans les recoins sombres et moites de la ville. La famille Ki fait partie de ces rase-mottes : balayée par la crise économique, obligée de vivre dans un sous-sol qui serait sordide et glauque sans leurs rires et leurs chahuts incessants. On aime à se charrier, on aime à se bousculer, on s’aime tout court. Ils sont obligés de se serrer les coudes, entassés qu'il sont dans cet espace plus digne d’une boîte à chaussures que d’un appartement pour quatre personnes. Pourtant l’indigence et la promiscuité ne semblent pouvoir venir à bout de la tendresse familiale. Si chacun a fait le deuil de quelque chose, il le dissimule sous une couche de jovialité et tout est prétexte à se marrer. Chez eux, chaque instant semble grand-guignolesque et hilarant. Il faut les voir se débattre en chœur pour assembler des tonnes de boîtes à pizza (le petit boulot du moment), courir en brandissant leurs portables à la recherche d’un réseau téléphonique fainéant. Ou encore se laisser fumiger comme de vulgaires vermines dans l’espoir que celles-ci crèveront les premières… Mais quand la poisse vous colle vraiment aux basques, même l’espoir devient un piètre compagnon.
Il faudrait un quasi miracle pour désengluer les Ki de la mouise environnante. Et il va advenir. Un ancien camarade de classe va proposer à Ki-woo (le grand frère) de le remplacer pour des cours d’anglais dans la richissime famille des Park. N’y voyez pas-là un acte désintéressé, c’est juste que, secrètement amoureux de son élève, il décide de la confier au seul être qui ne risque pas de lui faire ombrage, au plus miteux de ses copains, donc Ki-Woo, auquel il a l’indélicatesse de l’avouer. Peu importe, c’est une occase inespérée ! La famille Ki trépigne d’impatience, s’affaire, dégote au fiston un costume de circonstance, lui bricole un faux diplôme impeccable.

Fin prêt, chaleureusement recommandé, Ki-woo pénètre dans la demeure somptueuse de ses futurs employeurs. Leur jardin, d’un vert arrogant, semble flotter au dessus des contingences du pauvre monde, tel un ilot paradisiaque. Décidément, même le ciel des riches est plus bleu et ignore jusqu’à l’existence des gratte-ciels, évanouis comme par enchantement. Dans cette maison d’architecte, nulle faute de goût, sauf peut-être la rébarbative gouvernante allergique aux pêches et le capricieux petit dernier qui se prend pour un Indien. Madame Park se révèle fantasque, Mademoiselle Park délicieuse, Monsieur Park plus que sympathique. Tous ont l’aisance naturelle des classes supérieures. Confiants, aucun n’imagine que ce discret jeune homme vient de mettre un pied dans la porte et que toute la ribambelle des Ki va le rejoindre progressivement, usant de stratagèmes diaboliques. Nul n'y perdrait et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, au-dessus de la tête de chaque Ki, ne flottait comme un étrange parfum indélébile… L'odeur de la pauvreté, prête à les trahir. Le mépris de classe n’étant jamais bien loin, on anticipe une pétaudière prête à exploser à tout instant. Et on ne sera pas déçu ! La chute de cette fable contemporaine délirante sera inénarrable ! (Utopia)
 
Vox (Fréjus) : mercredi 19 et lundi 24 14h, 17h, 20h, jeudi 20 14h30, 17h45, 20h30, vendredi 21 14h, 18h, 20h45, samedi 22 15h50, 18h20, 21h, dimanche 23 15h40, 18h15, 20h50, mardi 25 14h30, 17h45, 20h30
 
 

LE JEUNE AHMED

Écrit et réalisé par Jean-Pierre et Luc DARDENNE - Belgique 2019 1h24 - avec Idir Ben Addi, Olivier Bonnaud, Myriem Akheddiou, Victoria Bluck, Claire Bodson, Othmane Moumen... Festival de Cannes 2019, Sélection officielle, en compétition
 

Le jeune Ahmed, 13 ans, la caméra puissante et discrète ne le lâche pas un instant. Désarmée par les choix de son petit protagoniste, elle se fait même insistante, prête à l’épauler s’il chute. Elle se tient à l’affût de ses moindres soupirs, plus criants que des mots. Elle ne loupe aucun souffle des personnages, nous laisse à peine le temps de reprendre le nôtre. Ce n’est pas tant l’action qui est mise en scène ici, mais bel et bien l’impuissance des adultes qui gravitent autour de ce jeune Ahmed à l’âme impénétrable. C’est pourtant un gentil garçon qui évolue sous nos yeux. Il transpire la bonne volonté. Poli, il s’applique à être celui qu’on lui demande d’être, même trop. Car la voix prépondérante dans sa tête n’est plus celle de cette enseignante remarquable qui ne s’économise pas pour élever les mômes du quartier au dessus de leur condition sociale. Ni celle de cette mère imparfaite comme toutes mais prête à tout pour ses enfants. Ni celle des copains, jugés insuffisamment pieux. La voix prépondérante ne sera même plus celle de l’imam intégriste qu’Ahmed s’était mis à suivre aveuglément. Tous seront dépassés par cet élève, ce fils, ce disciple. La voix prépondérante ne sera bientôt plus que celle de Dieu lui-même, ou plutôt celle d’un Coran revisité pour pousser à la haine plutôt qu’à l’amour.
C’est simple de détourner un adolescent qui se cherche et redoute les changements de son corps, c’est presque trop facile d’utiliser sa peur de ne pas être à la hauteur. Quand on a treize ans, on a soif d’absolu. Quand on a treize ans, on a des certitudes, refuges illusoires. Quand on a treize ans, on ne mesure pas toutes les conséquences de ses mots et de ses actes. On connaît peu la fragilité de l’existence ou on ne veut pas la voir, car elle aussi fait peur.
C’est ainsi qu’entre deux révisions, deux prières, Ahmed va avoir la volonté d’un geste brave, pour purifier son monde et se faire une place dans l’autre, auprès de son cousin mort au jihad et glorifié comme martyr. L’imam au verbe haut lui semble soudain bien pleutre, l’heure venue de passer à l’action. Ahmed s’apprête donc à le faire avec ses maigres moyens, mais une détermination farouche. Quelques connexions internet plus tard, le voilà prêt à commettre un acte aussi irréparable que stupide. Tout autour, sans imaginer l’impensable, les adultes s’inquiètent, désemparés de voir leurs bonnes vieilles recettes inopérantes face à l’adolescent en pleine ébullition intérieure, devenu indocile et qui se pense en droit de leur donner des leçons. Placé en centre fermé, entouré d’éducateurs redoutablement patients, respectueux et aguerris, Ahmed refusera d’abord toutes les mains tendues, s’enfermant dans son mutisme, refusant jeux, travaux à la ferme et tout contact avec cette vie organique où pourtant une jeune adolescente drôle et sensuelle le dévore des yeux… La suite ? On l’espère, tout autant qu’on la redoute.
S’il nous exaspère, s’il nous effraie, jamais on ne parviendra à détester Ahmed. C’est toute la force du cinéma des Dardenne, toute la force de ce film qui nous laisse avec la vision indélébile d’un gosse mal dégauchi qui fait ses ablutions, de ses gestes répétitifs, presque des tocs, de sa fragilité adolescente, de sa démarche mal assurée, de ses pieds introvertis, rentrés en dedans comme s’ils ne pouvaient aller vers le monde, s’ouvrir à lui. Avec son popotin un peu trop présent qui lui donne de dos des courbes androgynes, Ahmed n’a pas fini de nous déconcerter. Pas si loin de ce qu’on était à cet âge-là, pas si loin de tous les ados que l’on croise dans la rue, dans nos vies.(Utopia)
Lorgues : samedi 22 16h, dimanche 23 zt lundi 24 21h10
Vox Fréjus : dimanche 23 13h30

NOUREEV

Ralph FIENNES - GB 2018 2h07 VOSTF - avec Oleg Ivenko, Adèle Exarchopoulos, Chulpan Khamatova, Ralph Fiennes, Raphaël Personnaz, Alexei Morozov, Olivier Rabourdin... Scénario de David Hare, d'après le livre Noureev, une vie de Julie Kavanagh

NOUREEVS’il est un personnage romanesque, c’est bien Rudolf Noureev : un danseur d’exception, une étoile filante qui influença d’une façon phénoménale la danse masculine, perturba radicalement les codes du ballet, fascina des générations d’amateurs et continue aujourd’hui encore à inspirer nombre d’artistes. En plus il était beau : « Du fauve il avait le regard brûlant et le mouvement aussi » dira de lui Christine Ockrent pour annoncer sa disparition en pleine gloire en 1993… âgé d’à peine 54 ans. 

Le film ne dit pas toute sa vie, mais ses débuts à Leningrad (Saint-Pétersbourg), sa rencontre avec Alexandre Pushkin, professeur de danse respectueux et respecté qui joua un rôle déterminant dans l’évolution du jeune prodige jusqu’au moment où sa vie bascula radicalement… 
Son père, commissaire politique de l’Armée rouge, avait disparu alors qu’il avait trois ans, laissant sa famille dans une précarité qui lui laissa durablement un insatiable appétit de richesse et de reconnaissance. Il avait une énergie folle, en réaction, peut-être, à un complexe d’infériorité chronique. Pauvre, venu tardivement à la danse, il avait le sentiment qu’il devait « faire tenir six années en trois » pour rattraper son retard. Ralph Fiennes a toujours été fasciné par le personnage, fasciné aussi par la Russie dont il parle la langue et s’il prend grand soin à reproduire scrupuleusement le contexte, il se donne à lui-même le rôle d’Alexandre Pushkin, prof dont la bienveillante tolérance a compté dans l’affirmation du talent de Noureev.

1961, nous sommes en pleine guerre froide. C’est à contre cœur que la Russie soviétique autorise Noureev à sortir de ses frontières pour se produire à l’Opéra de Paris avec le ballet du Mariinsky, encadré de près par le KGB complètement dépassé. « Il n’entend rien à la politique » avait dit son directeur de troupe pour rassurer les autorités, échaudées par les insoumissions et les frasques de ce danseur fantasque. Mais à peine la représentation terminée, Noureev échappe à cette surveillance trop visible, pour le simple plaisir de flâner en toute liberté dans Paris ou faire la fête avec les danseurs français… Probable qu’il n’avait rien calculé à l’avance, dit Fiennes : « les Soviétiques, en lui mettant la pression, l’ont poussé à faire le choix de rester en France ». En arrivant à Paris, lui qui n’a connu que l’univers gris de la pauvreté, est instantanément fasciné par la ville, sa liberté festive, cette foultitude d’amis avec qui il peut s’exprimer en toute sincérité, sans contrainte… Au moment du voyage de retour vers la mère patrie, alors même qu’il s’apprête à embarquer dans l’avion, il fait volte face, se précipite vers deux gendarmes à qui il demande protection et supplie la France de le garder, soutenu par ses nouveaux amis… On imagine qu’il n’a pas été commode de parvenir à trouver le comédien capable d’exprimer l’incandescence du tempérament de Noureev. C’est finalement dans la troupe nationale du Tatarstan que Fiennes, après de longs mois de recherche, a fini par dénicher Oleg Ivenko, danseur lui-même, n’ayant jamais joué la comédie, mais étonnant de ressemblance physique avec son modèle… 

« Restait à être spontané et à s’investir émotionnellement »… dit encore Fiennes. C’est ce que réussit Oleg Ivenko, avec une classe et une fougue emballantes… et un talent de danseur époustouflant – les scènes de danse ne sont pas très nombreuses dans le film mais elles sont exaltantes. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 19 16h, 20h30, jeudi 20 14h, 18h15, 20h30, vendredi 21 14h, 16h, 20h30, samedi 22 14h, 18h30, 21h, dimanche 2314h, 20h30, lundi 24 15h50, 18h15, 20h45, mardi 25 16h, 20h45

UN HAVRE DE PAIX

Écrit et réalisé par Yona ROZENKIER - Israël 2018 1h31mn VOSTF - avec les trois frères Rozenkier : Yœl, Micha, Yona, Claudia Dulitchi, Miki Marmor...

 
 
Le cinéma est friand de réunions de famille, avec leur lot d'engueulades, de mises au point… et d'émotion également. Dans Un havre de paix, plusieurs éléments rendent encore plus explosives ces retrouvailles de trois frères (Itai, Yoav, Avishai) venus enterrer leur père. Nous sommes en 2006, dans un kibboutz près de la frontière libanaise, en proie donc avec la menace quotidienne de se prendre une roquette sur la figure… Et puis Avishai, le benjamin, doit partir à la guerre dans quelques jours – ce qu'on déjà connu ses deux grands frères. La tension est palpable, la peur aussi malgré la véritable préparation militaire dirigée par Itai. D'autant plus que Yoav avait fui le kibboutz pour Tel-Aviv, laissant à ses frères et à sa mère le soin de s'occuper d'un père moribond. 

Un havre de paix n'est pas un film sur la guerre, ni directement sur Israël. Le film dénonce de manière plus universelle une société de la virilité qui nie la sensibilité, les failles et les traumatismes au profit d'une apologie de la force brute et du courage. Dans le contexte spécifiquement israélien, cette virilité exacerbée, dénuée de toute psychologie, trouve dans l'armée et dans la guerre sa meilleure expression. Il est question de rites de passage : petits, les enfants devaient braver les vagues et plonger dans une grotte sous-marine ; grands, c'est l'engagement dans Tsahal et le baptême du feu. Cet ode à la virilité archaïque se poursuit de génération en génération, avec l'aval passif des mères, et si on ne s'y soumet pas, on passe immédiatement pour un lâche. Avishai va devoir choisir : soit suivre Itai, le fils fidèle qui cherche à l'endurcir et aller se battre, soit tout abandonner et suivre Yoav qui s'est rebellé et a fui.

Tourné dans le kibboutz même où les frères Rozenkiel ont vécu, Un havre de paix est un film de famille – ce qui lui donne un supplément de force et de sincérité. (denizor, senscritique.com)
 
Vox Fréjus : mercredi 19 et vendredi 21 14h, 18h30, jeudi 20 16h30, 20h45, samedi 22 13h55, 21h, dimanche 23 16h, 20h45, lundi 24 16h, mardi 25 16h25, 20h45

LUNE DE MIEL

Ioana URICARU - Roumanie 2018 1h28mn VOSTF - avec Mălina Manovici, Dylan Smith, Steve Bacic, Milan Hurduc... Scénario de Ioana Uricaru et Tatiana Ionascu.
Quand on est Roumaine, venue travailler aux États Unis et qu’on s’est trouvé un potentiel mari natif américain, on est immédiatement suspectée de tricher pour intégrer à tout prix le pays de l’oncle Sam. Surtout si on est jolie, que le mec claudique un peu et n’est pas tout à fait un prince charmant. La suspicieuse administration yankee a tôt fait de venir farfouiller dans vos affaires, persuadée que tous les coups sont permis pour obtenir une green card. Ce qui n’est pas forcément faux par ailleurs, car l’humain a cette fâcheuse tendance à se battre pour survivre et tendre vers une vie meilleure. Mais dans le cas de Mara et Daniel, il est clair que ces deux-là s’aiment, ça se voit mieux que le nez de Cyrano au milieu de sa figure. Leur couple fraîchement constitué fait plaisir à voir. Attentifs l’un à l’autre, francs, avec l’envie de s’épauler longtemps, fidèles. D’humain à humain, la bénédiction leur est immédiatement accordée… mais pas d’humain à fonctionnaire du bureau de l'immigration… Celui qui les reçoit l’un après l’autre n’a pas l’air bien commode. C’est au tour de Mara, peu rassurée, malgré les encouragements de Daniel. La voilà qui pénètre dans le bureau impersonnel pour un premier tête à tête. « Et comment vous êtes-vous rencontrés ? Et au lit, ça va comment, au lit ? » Je force le trait, mais à peine : la frêle souris tétanisée qui joue sa vie face au matou bien nourri qui la scrute, guette les moindres failles, prêt à bondir. Obligation est faite de répondre, avec la peur au ventre de faire un faux pas ou que ses propos soient dévoyés, tout en restant polie devant le tout puissant représentant de l’état, quoi qu’il puisse insinuer. Et tout ça, évidemment dans une langue qui n’est pas la sienne. Mara s’en sort formidablement bien : sa diction est fluide, son petit accent roumain est plus charmant que gênant, elle développe même ses explications dans un vocabulaire qui dépasse celui du Ricain pur jus qu’elle a en face.
 
C’est que depuis des mois, elle exerce sa profession d'infirmière dans un hôpital de la ville, prévenante, dévouée, tellement à l’écoute et attentive à ses patients qu’elle a fini par être séduite par l’un d’eux : Daniel évidemment. Dont elle est tombée amoureuse… mais pas avant d'être convaincue d'avoir tiré le bon numéro !
 
Le rendez-vous administratif se termine, ce devrait être le dernier puisque tout est en règle… Mais on découvrira bientôt que son interlocuteur est un sacré tordu qui va se servir de son pouvoir pour ferrer sa proie. Que faire quand celui qui possède la clef de votre tranquillité est un type abject ?
 
Mais pour l’instant, Ioana quitte le bureau de l'immigration le cœur en paix. Il est temps d’aller chercher Dragos, son fils de 9 ans, à l’aéroport. Après les mois de séparation, les retrouvailles sont aussi émues que joyeuses. On pleure et on rit. Daniel se débrouille comme un chef, se montre patient, n'en fait pas trop, et très vite une belle complicité va naître entre lui et Dragos. La famille est en bonne voie de (re)construction. C’est tendre. C’est beau. C’est sans compter l’ombre du fonctionnaire qui plane…
 
Pour son premier film, la réalisatrice Ioana Uricaru raconte quelque chose qui lui est essentiel. À travers l’histoire de Mara, elle décrit le difficile parcours des exilés dans un pays devenu paranoïaque. Elle parle avec justesse de la vulnérabilité des immigrées dont elle fit partie, du sentiment d’injustice. Un point de vue d'une rare sensibilité, qui nous vient de l’intérieur et parle d’un sujet rarement abordé, presque tabou. Les exploiteurs sont parfois planqués au cœur du système démocratique qu'ils sont censés représenter…(Utopia)
 
Vox Fréjus : mercredi 19 13h50, 18h, jeudi 20, dimanche 23, lundi 24 et mardi 25 14h, vendredi 21 18h, samedi 22 16h25

LOURDES

Thierry DEMAIZIÈRE et Alban TEURLAI - documentaire France 2019 1h31mn - avec de sublimes inconnus...

LOURDESNe fuyez pas au prétexte que vous n’avez pas la foi ou que vous en avez marre des documentaires. Vous passeriez à côté d’un film magnifique qui a su emballer les plus anticléricaux et sceptiques d’entre nous. C’est avant tout une grande aventure humaine, qui raconte un besoin de tendresse et de consolation profondément ancré en chacun de nous. 
Lourdes commence par une caresse toujours renouvelée, celle de milliers de mains sur une roche polie par leurs doigts autant que par les ans. Des mains toutes différentes, chacune racontant un parcours singulier. Il y a celles, menues et graciles, à peine sorties de l’œuf. D’autres plus grassouillettes qui semblent vouloir arrondir les angles. D’autres toutes ridées comme si elles avaient déjà trop vécu et plus grand chose à espérer… Pourtant toutes espèrent ! Elles ont toutes les couleurs du monde, toutes les couleurs de l’humanité. En quelques plans d’une beauté évidente, on plonge dans un univers aussi sensoriel que réparateur. Puis, progressivement, il y a ces voix qui viennent le peupler, ces voix venues du tréfonds des âmes. Elles nous parlent des jardins les plus secrets, sans ostentation, sans trop en dire. La caméra jamais n’est impudique. L'oreille du preneur de son, l'œil de l'opérateur sont toujours discrets et bienveillants. On vagabonde au milieu de pensées, d’aspirations, d’angoisses proches des nôtres. Nous voilà unis avec nos semblables dans une même communauté de destins. « Nous sommes des hommes, nous sommes des femmes, nous sommes tous un peu perdus » dira le père Jean… Celui-là même qui, sans juger, tend la main aux prostitué(e)s du bois de Boulogne pour lequel il affrète chaque année un bus qui les conduit en pèlerinage. Quelle étrange colonie de vacances ! Des personnages haut en couleurs et en pensées qu’on ne s’attendrait pas à voir dans un lieu saint ! Et pourquoi pas ? Lourdes est un étrange patchwork populaire, plus rock’n roll et libertaire qu’on aurait imaginé. De long temps on n’oubliera l’adorable Isidore. Pute ? Travesti ? Tellement plus que cela !

Nous plongeons au-delà des apparences, tout comme ces corps venus s’immerger dans une même eau bénite. Chahutés par la vie, parfois ravagés par la maladie, ils avancent pourtant et nous amènent à dépasser les différences, à nous accepter tels que nous sommes. Et peut-être est-ce là le plus puissant miracle de Lourdes : cette faculté à réunir ceux qui sont cabossés dans leur chair ou dans leur esprit, toutes origines sociales confondues. Tous en repartiront transcendés, même les bien portants, les bénévoles qui pensaient être venus uniquement pour donner. Il faut les voir décompresser lors de leurs nuits bien arrosées dans une ambiance presque paillarde ! Ces hospitaliers, parfois tatoués jusqu’au nombril, sont loin d’êtres des grenouilles de bénitier. Peu auraient imaginé l’intensité des rapports tissés au fil des mots et des gestes.
C’est grand bonheur de pénétrer à pas feutrés dans le quotidien de ceux qui n’ont d’autre horizon que l’instant présent, chacun s’attachant à en faire quelque chose de dense. On aime le regard charmeur de Jean-Louis, rescapé d’une peine de cœur, le sourire complice de ce couvreur tombé d’un toit, les espiègleries des manouches déjantés venus en bande… Ce père orné de médailles et de décorations, tout militaire qu’il soit, nous bouleverse, sans parler de cette adolescente sur laquelle le regard de ses camarades tombe comme une double peine… Et puis bien sûr il y a Jean, ce chef d’entreprise dévasté par la maladie de Charcot et dont les mots si beaux transportent toute la poésie et la sérénité des océans. Quand on ressort de ce voyage, riche de ces rencontres, réconcilié avec notre nature profonde, on sait qu’on ne les oubliera pas. Qu’importe qu’on soit croyant ou pas, on est touché par la même grâce universelle et la certitude d’avoir regardé et été regardé comme une personne… (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 19 et vendredi 21 20h, jeudi 20 et mardi 25 18h30, samedi 21 et lundi 24 14h, dimanche 23 16h30

 

LE CERCLE DES PETITS PHILOSOPHES

Cécile Denjean - France 2019 1h30 -

LE CERCLE DES PETITS PHILOSOPHES« Pourquoi on nous fait vivre si après on meurt ? » « À quoi ça sert les cauchemars ? » « J’aime bien être en vie. Comment ça se fait que j’aie autant de chance ? Je sais pas. » Voilà quelques-unes des phrases recueillies dans ce passionnant documentaire réalisée par Cécile Danjean qui a suivi durant une année scolaire les ateliers de philosophie conduits par l’écrivain et philosophe Frédéric Lenoir dans deux classes élémentaires de la région parisienne. Ils ont entre 7 et 10 ans, issus de milieux sociaux indéterminés, de cultures mélangées, et se confrontent à la complexité du monde, à la violence de leurs émotions, pas de sujets tabous ici : on parle de tout, le djihadisme, l’environnement, la dépression ou les rencontres amoureuses favorisées par les réseaux sociaux.  

Apprendre à penser dès le plus jeune âge, c’est le but de ces ateliers de philosophie mis en place par Frédéric Lenoir, créateur de la fondation SEVE (Savoir Etre et Vivre Ensemble) qui affirme haut et fort que « si tous les enfants participaient à des ateliers philo, le monde changerait en une génération ». Au cours de ces ateliers, il ne fait que distribuer la parole et donner quelques règles de base : ne pas juger, ne pas se moquer… Il leur apprend à s’écouter,  valorise leur parole en leur apprenant que chaque pensée est pertinente et qu’elle se rapproche, bien souvent, de celle de philosophes qui ont vécu avant eux. 
Les enfants progressent alors collectivement. Un enfant dit quelque chose, ça fait rebondir un autre… commence alors un vrai débat et de toutes ces interventions ressort une joie indéfectible de livrer sa pensée, de la partager, de la confronter. (Utopia)

Salernes : jeudi 20 21h, dimanche 13 18h

SIBEL

Çagla ZENCIRCI et Guillaume GIOVANETTI - Turquie 2018 1h35 VOSTF - avec Damla Sönmez, Emin Gursoy, Erkan Kolçak Kostendil, Meral Çetinkaya... Scénario de Çagla Zencirci, Ramata Sy et Guillaume Giovanetti.

SIBELC’est un petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante qui s’agrippe aux pentes des montagnes abruptes. C’est la beauté à l’état brut qui s’étale sous nos yeux. On croit sentir l’air vivifiant des sommets, l’odeur de terre qui s’évapore au petit matin, celle de l'herbe fraîchement coupée. Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant comme les rochers qui les surplombent. Pas besoin de cours de compostage, ni même de briquet pour allumer un feu, on vit depuis toujours avec la nature et on a appris à s’apprivoiser mutuellement, à interpréter le moindre bruissement. Le son porte loin. 
Le nom de ce microcosme, Kusköy, « le village des oiseaux », conduirait à penser que ce sont leurs gazouillements qu’on perçoit au loin, pourtant il n’en est rien : ce sont ceux des humains. Ici chacun parle et comprend la langue sifflée. Ce n’est pas un simple code, comme le morse. À travers elle on peut tout se dire. Elle s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés. « Pfiou fiou, tsui, tsui ! » = « le repas est prêt, c’est l’heure de rentrer ! »… Malgré les portables qui essaient de la détrôner, on y revient toujours, quand le réseau fait défaut sur ces hauteurs encore mal desservies par les bienfaits (?) de la modernité. Mais quand partout les portables passeront ? On frissonne à l’idée de penser qu’un jour la langue sifflée fera partie des langues mortes. Mais pour Sibel, qui est muette, elle restera la seule possibilité de communiquer avec son monde.
Présence charismatique, Sibel est réellement magnifique, avec son regard gris acier qui darde sous sa brune chevelure. On admire sa silhouette fine et musclée qu’on sent forgée par une volonté farouche. Pourtant son handicap fait que nulle mère ne la réclame pour son fils en mariage. Est-ce un drame ? Sans doute, pour les mauvaises langues. Mais pour Sibel, c’est comme une bénédiction qui lui a permis de grandir libre, sans qu’on veuille la caser et l’engrosser au plus vite, la rivant à un avenir imposé. Puisqu’elle n’a pas le choix, Sibel a appris à transformer ses faiblesses en forces et accepte de ne ressembler à aucune autre. Avec son fusil constamment à l’épaule, elle a l’air d’une guerrière indomptable. Une indépendance qui fait sans doute peur aux hommes. Elle a beau être vaillante, serviable, joyeuse, et belle, rien n’y fait, elle se retrouve toujours marginalisée, moquée, rejetée. Particulièrement par les autres femmes, engluées dans leurs superstitions, sans une once de compassion. Seule Narim, la vieille folle esseulée qui vit loin du hameau, dans une cahute sommaire, prend plaisir à l’accueillir. Sibel aime l’aider à tailler son bois, lui apporter quelques vivres après ses dures journées au champ. Écouter ses délires, apprendre les légendes, celle du rocher aux mariés, sous lequel toujours la femme ermite attend patiemment le retour de son amoureux parti il y a des décennies… Narim est le second être qui jamais ne la maltraite, avec son père, le respecté Emin, épicier, maire du village. Entre eux règne une belle complicité.
Mais la situation va basculer quand Sibel, en soif de reconnaissance, se met en tête de détruire, seule, le loup qui sévit dans les bois. Elle le traque, à l’affut de la moindre trace… Soudain, elle se sent à son tour épiée… Quelqu'un rôde dans les bois…

Dans le fond c’est une très jolie fable contemporaine ancrée dans une région anachronique. L’actrice qui interprète Sibel est d’autant plus époustouflante quand on sait que pour le rôle, elle a appris spécialement l'incroyable langue sifflée : sacrée performance ! (Utopia)

Salernes : jeudi 20 18h, mardi 25 21h

68, MON PÈRE ET LES CLOUS

Samuel BIGIAOUI - documentaire France 2019 1h24 -

68, MON PÈRE ET LES CLOUSC'est une petite quincaillerie qui ne paie pas de mine, en plein cœur du Quartier latin, rue Monge. On y trouve tout ce qui est nécessaire pour bricoler au quotidien. Cette boutique est d'abord un havre d'humanité : on vient s'y ressourcer, y papoter pour se changer les idées, faire le plein de chaleur humaine avec un patron qui lui non plus ne paie pas de mine, mais est une source inépuisable d'étonnement. Qu'est-ce qui a pu pousser, il y a 30 ans, ce sympathique Jean à choisir de vendre des clous et qui s'apprête aujourd'hui à fermer boutique ? Militant de la gauche prolétarienne, engagé jusqu'au trognon, intellectuel diplômé de partout… il aurait pu prétendre à un rôle de premier de cordée, comme dirait l'autre.
Depuis, il n'a cessé de faire de ce lieu ordinaire un point de ralliement pour une humanité de proximité aussi diverse et riche que banale, aussi anonyme qu'attachante : un boucher trotskiste, un tireur d'élite russe qui a fui son pays, une immigrée croate, une bourgeoise… De tous les milieux, de tous les pays, de tous les âges. C'est son fils qui le filme, le poursuit de questions dans les recoins de son magasin, capte les échanges sans en modifier le cours…
Ici on parle cinéma, politique, bricolage, société. On y partage un café, les pâtisseries de fin de Ramadan. On y philosophe tout en brassant les petites contrariétés de base. Les meilleurs copains de Jean sont des vieux militants, intellectuels de haut vol ayant fait le choix d'une vie modeste, curieux de tout, toujours bienveillants, jamais amers. La poignée de salariés qui travaillent dans la boutique essuient une larme et racontent l'attachement au lieu, leur amitié pour Jean, le rôle qu'il a joué dans leur vie…
Il y a de la tendresse et de la fierté quand la caméra de Samuel regarde son père partir vers sa nouvelle vie, ne reniant rien de l'ancienne, une vie qui ne devait rien au hasard mais à des choix, faite de sens et nourrie de belles rencontres. Superbe ! (Utopia)

Cotignac : dimanche 23 18h

TREMBLEMENTS

Écrit et réalisé par Jayro BUSTAMANTE - Guatemala / France 2018 1h47 VOSTF - avec Juan Pablo Olyslager, Diane Bathen, Mauricio Armas, Rui Frati...

TREMBLEMENTSUne ville vivante, bruyante, aux enseignes colorées. Un homme au volant, concentré. Son arrivée au domicile familial, une hacienda classieuse. Un serviteur ouvre grand les barrières… Les premières images nous racontent que l’action ne se situe pas au Moyen-Âge, qu’on n’est pas dans un pays sous-développé, ni dans une famille rustre. Elles ne nous laissent pas prévoir qu’on vient de pénétrer dans l’épicentre d’un cataclysme familial. Don Pablo, le maître des lieux, ne le sait pas encore lui-même. Le quarantenaire croyait se retrouver tranquillement avec son épouse et ses deux enfants (et quelques domestiques, bien sûr, mais leur prête-t-on attention ?), et le voilà aux prises avec un véritable conseil de famille improvisé. Père, mère (chapelet à la main), sœur, l’insupportable beau-frère et évidemment sa ravissante épouse aux joues encore ruisselantes de larmes… Dans la grande demeure cossue, tous sont là qui le guettent, à la fois catastrophés et en colère, accusateurs. On ne sait pas pourquoi mais ce doit être terrible… 
Et Pablo de n’avoir pour seul et étrange réflexe que celui d’un petit garçon redoutant la fessée. Il court s’enfermer dans la chambre conjugale, que les membres du tribunal familial auront tôt fait d’ouvrir. Chacun dès lors lui martèle sa propre psalmodie. Tel le poussant à mentir, telle essayant d’inventer un traumatisme dû à l’enfance, tel autre le bannissant à tout jamais. Même la nature y va de sa protestation : une pluie diluvienne s’abat sur ce monde soudain assombri.
Pourtant il n’est question que d’amour et… d’infidélité matrimoniale. Quoi de plus banal que ces choses qui se règlent normalement entre quatre yeux, sans que ce soit une affaire d’État ? Seulement chez ces gens-là on croit. On croit en un Dieu qui gouverne les hommes plus que n’importe quel gouvernement. On croit plus qu’on ne pense… Et notre pauvre Pablo, pourtant bon père de famille, issu d’un milieu bien pensant, n’aura pour seul refuge que les bras de son amant, dans le milieu interlope de la nuit. Car c’est bel et bien de cela qu’il s’agit : d’orientation sexuelle « contre nature » dans un pays aux idées rétrécies qui en est encore au stade de ne pas faire le distinguo entre homosexualité et pédophilie. 
La descente aux enfers de Don Pablo ne s’arrêtera pas-là. Dans son milieu évangélique, c’est un pan de société entier qui fera bloc contre lui, le chassant ou le conjurant de partir se soigner, lui refusant jusqu’au droit de voir ses propres enfants…
Le réalisateur Jayro Bustamante, comme dans son précédent film, Ixcanul, dénonce une société qui laisse peu de place à l’expression de l’individualité. Dans Tremblements, il fustige la place prise par la religion dans son pays, d’autant plus inquiétante qu’elle a donné naissance à un syncrétisme entre christianisme, rites ancestraux Mayas et sectes, ces dernières devenant de plus en plus influentes. Elles détiennent un véritable pouvoir politique sur le peuple. On est, comme le protagoniste principal du film, tenus en haleine, se demandant jusqu’où cela pourra dériver, quelle sera sa délivrance. (Utopia)

Cotignac : lundi 24 20h30

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Victor Théry
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc
accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire valable du 1/01/2019 au 31/12/2019 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
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