Au(x) cinéma(s) du 1er au 7 février

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Bonjour à tous !

Cette semaine, en ciné-club, au CGR, Moi, Daniel Blake le très beau film, bouleversant, de Ken Loach : l'enfer ubuesque de l'administration appliquée aux plus fragiles ! Plusieurs autres films intéressants dans la programmation : signalons d'abord un film "militant" : Qu'est-ce qu'on attend ?, de Marie Monique Robin, en présence de la réalisatrice et proposé par Colibris. Ensuite on peut voir La La Land de Damien Chazelle (Whiplash) (en VF hélas), "une bouffée de bonheur".

Au  Vox, ne manquez pas Tempête de sable, un film israélien de Elite Zexer, Neruda de Pablo Larrain, (et à Lorgues et Cotignac) "un récit trépidant et une mise en scène virtuose", Your Name de Makoto Shinkai, un film d'animation riche et plastiquement très beau, L'Ami, François d'Assise et ses frères de Renaud Fely et Arnaud Louvet, l'intrigue de la relation entre deux hommes, Jackie, un grand film de Pablo Larrain (Neruda), La Vallée des loups de Jean Michel Bertrand, une expérience revigorante de liberté, Harmonium, un film japonais de Koji Fukada, l'exploration d'un quotidien qui se fissure et Jamais contente d'Emilie Deleuze, un des films les plus jubilatoires jamais réalisés sur l'adolescence...

À Salernes, allez voir Primaire de Hélène Angel un film bouillonnant et généreux comme une cour d'école.

Au CGR, les prochaines semaines en ciné-club, vous pourrez voir :  Réparer les vivants de Katele Quillevéré, Manchester by the sea de Kenneth Lonergan. et La vallée des loups de Jean Michel Bertrand

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 1ER AU 7 FÉVRIER

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Moi, Daniel Blake
Réalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno

Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran. Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 1er à 18h, jeudi 2 à 13h40, vendredi 3 à 11h, samedi 4 à 17h45, dimanche 5 à 20h15, lundi 6 à 20h et mardi 7 à 16h
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Qu'est-ce qu'on attend ?
Réalisé par Marie Monique ROBIN
Documentaire France 2016 1h59mn
La transition… un mot très à la mode, on le croise un peu partout, à toutes les sauces. Mais au fond qu'est ce que ça veut dire « la transition » ? Rien de mieux, finalement, que la preuve par l'exemple. Nous sommes en 2016 après Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les lobbies énergétiques. Toute ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Alsaciens, Ungersheim, a décidé de résister à l'envahisseur… Ils ne sont pas tous tombés dans la marmite, loin de là et c'est ici que commence la transition. Car pas moins de quatre mandats auront été nécessaire au maire de cette petite commune pour convaincre les 2200 âmes dont il a la charge, de sa première adjointe aux nouveaux habitants, de se mettre en marche vers un monde plus écolo-responsable, plus solidaire, pour remettre de la joie dans les vies et de l'espoir dans le futur. Et cela passe évidemment par une vision un peu plus juste de la démocratie, la voix de chacun pouvant se faire entendre, les décisions sont prises en communs... lire la suite
CGR (Draguignan) : le jeudi 2 février à 20h en présence de la réalisatrice Marie Monique Robin, proposé par Colibris
Affiche
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La La Land
Ecrit et réalisé par Damien CHAZELLE
USA 2016 2h08mn
avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...
Du haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dent dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours à 10h50, 14h, 16h30, 19h45 et 22h15 (en VF hélas)
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L'Ami, François d'Assise et ses frères
Réalisé par Renaud FÉLY et Arnaud LOUVET
France 2016 1h27mn
avec Jérémie Renier, Elio Germano, Yannick Renier, Éric Caravaca, Marcello Mazzarella, Olivier Gourmet, Alba Rohrwacher...
Une première approche superficielle du film pourrait déclencher des réactions décontenancées, voire déçues : où est le François que nous connaissons ? Car il ne faut pas venir voir L’Ami, François d’Assise et ses frères dans l’idée d’y trouver une nouvelle Vie du Poverello. Nous découvrons d’abord une Fraternité partageant étroitement la vie des plus démunis. Une Fraternité qui puise dans la prière son unité et son amour du Christ pauvre. Au cœur de cette Fraternité, François est comme brûlé par le feu de l’Évangile. Vivre l’Évangile, la mettre en pratique de manière radicale au milieu des plus petits, des parias de notre société, voilà sa vie et sa Règle. François qui se fait saltimbanque, héraut de l’Évangile, au risque de rencontrer incompréhension et hostilité... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 16h, jeudi 2 à 20h, vendredi 3 et mardi 7 à 14h, samedi 4 à 16h15, dimanche 5 à 16h05, lundi 6 à 20h
Affiche
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Jackie
Réalisé par Pablo LARRAIN
USA/Chili 2016 1h40mn VOSTF
avec Natalie Portman, Peter Sasgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt...
Scénario de Noah Oppenheim. Prix du Scénario, Festival de Venise 2016 • Grand Prix, Festival de Toronto 2016
Un mois à peine après le formidable Neruda ( courez le voir si ce n'est pas déjà fait), un nouveau film de Pablo Larrain, un nouveau regard décalé et passionnant sur un personnage célèbre, une figure cette fois tellement médiatique qu'elle pourrait détourner du film le spectateur légitimement méfiant : il aurait tort, il se priverait d'un grand moment de cinéma brillant et suprêmement intelligent. Jackie nous fait vivre l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, et les quelques jours qui suivront, du point de vue de la rescapée abasourdie, de la veuve immédiatement transformée en icône planétaire... lire la suite
Le Vox (Fréjus) en VO : mercredi 1er à 14h et 20h30, jeudi 2 à 14h et 20h, vendredi 3 à 16h10, samedi 4 à 18h25 et 20h30, dimanche 5 à 18h et 20h, lundi 6 à 16h et 18h, mardi 7 à 16h10 et 20h30
affiche
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La Vallée des loups
Réalisé par Jean-Michel Bertrand
Documentaire France 2016 1h30mn
Une expérience revigorante de liberté, qui replace l’homme sur un pied d’égalité avec la bête, au cœur des majestueux paysages des Hautes Alpes. Il existe encore aujourd’hui en France des territoires secrets. Ce film est une quête personnelle, l’histoire d’un pari fou tenté par un passionné rêveur, un anti héros capable de briser toutes les barrières pour parvenir à son but : rencontrer des loups sauvages dans leur milieu naturel. Après trois années passées sur le terrain à bivouaquer en pleine nature par n’importe quel temps, le réalisateur parvient à remonter la piste des loups. Petit à petit, il observe, se rapproche et finit par se faire accepter par la meute. Contre toute attente les prédateurs magnifiques offrent alors un peu de leur intimité à ce drôle de personnage. Mais le film pose aussi la question des limites de cette intimité. La Vallée des loups explore l’insolite sur le sol français. Aventure hors du commun, à l’écart de notre civilisation, presque intemporelle, s’il n’y avait pas la présence de caméras numériques ici, le documentaire est là pour capter l’impossible et donner à nos massifs une impression de gigantisme qui est celui propre aux reportages animaliers filmés aux coins les plus reculés de notre monde... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 16h10, jeudi 2 à 16h, samedi 4 à 20h30, dimanche 5 à 18h et lundi 6 à 14h
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Jamais contente
Réalisé par Emilie DELEUZE
France 2016 1h29mn
avec Léna Magnien, Patricka Mazuy, Philippe Duquesne, Catherine Hiegel, Alex Lutz...
Scénario de Marie Desplechin, Emilie Deleuze et Laurent Guyot, d'après le roman Le Journal d'Aurore de Marie Desplechin
« Mon père est atroce, ma mère est atroce, mes sœurs aussi, et moi je suis la pire de tous. En plus, je m’appelle Aurore. Les profs me haïssent, j’avais une copine mais j’en ai plus, et mes parents rêvent de m’expédier en pension pour se débarrasser de moi. Je pourrais me réfugier dans mon groupe de rock, si seulement ils ne voulaient pas m’obliger à chanter devant des gens. A ce point-là de détestation, on devrait me filer une médaille. Franchement, quelle fille de treize ans est aussi atrocement malheureuse que moi ? »... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 14h, jeudi 2 à 16h10, samedi 4 et dimanche 5 à 16h, mardi 7 à 18h15
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Harmonium
Écrit et réalisé par Kôji FUKADA
Japon 2016 1h58mn VOSTF
avec Tadanobu Asano, Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi,Taïga, Momone Shinokawa...
Festival de Cannes 2016 : Grand prix Un certain regard
Ce sixième film de Koji Fukada, cinéaste japonais peu connu encore en France, c’est une douceur apparente dissimulant de multiples tensions en filigrane. Douceur de vivre, des cadres, des mouvements. Tensions intimes, sociales, écologiques… Invisibles, imperceptibles, tels les points chauds qui parsèment, en souterrain, l’archipel du Japon, elles finissent néanmoins toujours par faire leur chemin pour venir exploser à la surface. Et les dégâts peuvent s’avérer considérables.
Le point de départ est simple : Toshio est propriétaire d’un atelier dans une discrète bourgade de la banlieue de Tokyo, où il semble mener une vie ordinaire auprès de son épouse Akié et de leur petite fille Takashi. Un matin, de l’autre côté de la rue, Toshio aperçoit un homme qui l’observe. Il s’agit de sa vieille connaissance Yasaka, qui vient tout juste de sortir de prison où il a passé les onze dernières années de sa vie. Toshio décide de l’engager.
.. lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 18h, jeudi 2 à 14h, vendredi 3 et mardi 7 à 15h50, samedi 4 à 16h, lundi 6 à 20h
Affiche
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Your Name
Réalisé par Makoto SHINKAI
Film d'animation Japon 2016 1h48mn VOSTF
Pour les enfants à partir de 10 ans
Your name nous arrive précédé d'une réputation hors norme : film phénomène au Japon, énorme succès critique et public, le film a détrôné à la troisième place du box office national de tous les temps l'indéboulonnable Princesse Mononoke du maître Miyazaki. Les studios Ghibli de Miyazaki et Takahata régnaient sans partage sur l'animation japonaise… jusqu’à ce que surgisse le tout jeune Makoto Shinka. Et vous savez quoi ? Cette réputation n'est pas usurpée, ce succès est bien mérité ! Au cœur de Your name, conte fantastique contemporain aussi romantique qu'impressionnant visuellement, il y a deux personnages d'adolescents qui n'ont rien en commun... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 2 à 20h, vendredi 3 et mardi 7 à 20h30, samedi 4 à 14h et dimanche 5 à 13h50
affiche
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Tempête de sable
Écrit et réalisé par Elite ZEXER
Israël 2016 1h28mn VOSTF
avec Lamis Ammar, Ruba Blal, Hitham Omari, Khadija Aladel...
Grand prix du jury, Festival de Sundance 2016
Première scène simple et réjouissante : un père, Suliman, confie le volant à sa fille Layla. On est sur une petite route poussiéreuse, perdue et interminable qui trace tout droit vers leur village dépareillé. Le désert du Néguev, on l'apercevra peu, aux antipodes de celui des cartes postales. La seule tempête qui va secouer cette petite communauté bédouine sera celle qui se déroulera au cœur des hommes. Ou plutôt dans la tête des femmes, omniprésentes, comme autant de minuscules grains de sable perdus et ballotés dans des mécanismes sociaux qui les dépassent. Ce n'est pas parce que l'histoire prend sa source au fin fond d'Israël, à la frontière de la Jordanie, qu'elle ne fera pas résonner en nous quelque chose d'étrangement familier... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 16h et 20h30, jeudi 2 à 16h20 et 18h10, vendredi 3 à 16h15 et 20h30, samedi 4 à 18h15, dimanche 5 à 20h, lundi 6 à 14h et 15h50, mardi 7 à 16h15 et 18h15
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Primaire
Réalisé par Hélène ANGEL
France 2016 1h45mn
avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Olivia Côte, Guilaine Londez, Patrick D'Assumçao...
Scénario de Yann Coridian et Hélène Angel, avec le concours d'Olivier Gorce et Agnès de Sacy
Elle a une pêche d'enfer Florence, et le charisme décapant et sauvage de Sara Forestier ! Une vitalité, une présence, une imagination débordantes, à faire craquer des hordes de gamins indisciplinés. Florence est institutrice, enfin, maîtresse, heu… pardon, je veux dire Professeur des écoles puisque l’institution adore les nouvelles appellations, les nouveaux sigles, les nouveaux programmes… Pour Florence, qu’importe le titre, puisqu’elle a plus que la motivation : la passion. Enseigner est pour elle un engagement, un émerveillement, un défi permanent qu’elle n’a de cesse de réinventer, de nourrir, puisant son énergie et ses idées dans la relation avec ces bambins qu’elle accompagne et pour lesquels elle est prête à tout donner : son temps, son talent, son empathie... lire la suite
Salernes : jeudi 2 fevrier et vendredi 4 fevrier 20h30, mardi 7 fevrier 20h30
Le Coeur régulier : Affiche
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Neruda
Réalisé par Pablo LARRAIN
Chili 2016 1h48mn VOSTF
avec Luis Gnecco, Gael Garcia Bernal, Mercedes Moran, Diego Munoz, Alfredo Castro...
Neruda est à la hauteur de Neruda. Neruda le film est à la (dé)mesure de Neruda le poète, le militant, l’homme politique, figure emblématique d’un Chili pensant, créant, résistant. Soyons clair : ceux qui espèrent un biopic classique retraçant la vie et la carrière du grand écrivain, compagnon de Garcia Lorca et de Picasso au moment de la Guerre d’Espagne, Prix Nobel de littérature en 1971, mort dans des circonstances suspectes peu de temps après le coup d’état de Pinochet… ceux-là resteront sur leur faim. Mais tous ceux qui sont sensibles à l’imagination, à l’invention, au romanesque, à la poésie – tous qualificatifs évidemment adaptés à l’œuvre de Pablo Neruda – seront autant que nous enthousiasmés par ce film magistral du très remarquable Pablo Larrain qui s’est imposé, en quelques films essentiels et radicaux, comme un observateur incisif de l’histoire troublée de son pays... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 3 à 18h15 et lundi 6 à 17h45
Lorgues : jeudi 2 fevrier  à 20h15, lundi 6 fevrier  à 19h
Cotignac : jeudi 2 fevrier 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Moi, Daniel Blake
CÉZANNE ET MOIRéalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno


Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran.
Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur. Daniel Blake, Katie deviennent peu à peu comme des extensions de nous-même, de nos parts lumineuses, de nos destins brisés ou de nos déchirures. C'est beau à tomber, puis à se relever pour lutter.

« On a tous besoin d'un peu de vent dans le dos de temps en temps »… Petite phrase rayonnante qui scintille telle un clin d'œil bienveillant, un phare dans la nuit, celle de Katie. Car c'est bien la seule chose gentille qu'elle entende alors qu'elle arrive hagarde dans les bureaux du pôle emploi, éreintée d'avoir tant couru, de s'être perdue dans cette ville qui lui est étrangère. Elle est là, brune et fébrile, encore essoufflée, flanquée de ses deux mômes, avec pour toute fortune dix livres en poche. Face à elle se dresse l'accueil hermétique d'une administration devenue aveugle et sourde, prête à la laisser à la rue, sanction disproportionnée pour dix malheureuses minutes de retard. Entre ces murs gris et durs, tout n'est que résignation. Celle des usagers venus quémander de l'aide, celle des « conseillers » désemparés qui ne peuvent rien accorder et peut-être celle, plus sourdement violente, des collaborateurs du libéralisme qui semblent avoir refoulé toute forme de sentiments. Que d'impuissance face aux visages figés, aux gestes désabusés, plongés dans cet univers Kafkaïen qui nous questionne. Comment une institution « d'accompagnement » a-t-elle pu se transformer en ce purgatoire déshumanisé ? Alors, quand la voix chaleureuse de Daniel Blake s'élève pour venir à la rescousse de sa semblable, elle est comme une bouffée d'espoir, une petite fleur qui essaie de croître vaillamment en zone stérile. Elle porte en elle toute une philosophie de vie. Savoir que nul n'est à l'abri de trébucher un jour, qu'il n'y a aucune honte à cela, ni à attraper la main tendue, pas plus qu'il n'y a à s'enorgueillir d'être la main qui se tend. Le vent qui apporte la force d'avancer au voilier épuisé le fait sans prétention, tout simplement, parce que c'est dans sa nature. Comme il doit être dans celle des humains de s'entraider.

Tandis qu'il s'insurge ainsi, Daniel en oublie presque que sa condition n'est pas plus enviable que celle de cette inconnue qu'il défend. C'est qu'il a du mal à digérer ce qui lui arrive, lui qui fut toujours un battant. Toute une vie de dur labeur, sans cesser de cotiser, jusqu'à ce que son cœur lâche, dise stop. Quand l'administration s'obstine à le déclarer apte au travail, contre toute évidence médicale, il perd toute illusion sur ce qu'il qualifie de vaste plaisanterie. À quoi bon courir après des boulots inexistants ? Alors qu'il y a tellement mieux à faire dans la vie : par exemple redonner à Katie un peu d'amour propre, ne pas la laisser tomber, elle et sa marmaille…


CGR (Draguignan) : mercredi 1er à 18h, jeudi 2 à 13h40, vendredi 3 à 11h, samedi 4 à 17h45, dimanche 5 à 20h15, lundi 6 à 20h et mardi 7 à 16h

 


Qu'est-ce qu'on attend ?
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par Marie Monique ROBIN
Documentaire France 2016 1h59mn

La transition… un mot très à la mode, on le croise un peu partout, à toutes les sauces. Mais au fond qu'est ce que ça veut dire « la transition » ? Rien de mieux, finalement, que la preuve par l'exemple.

Nous sommes en 2016 après Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les lobbies énergétiques. Toute ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Alsaciens, Ungersheim, a décidé de résister à l'envahisseur… Ils ne sont pas tous tombés dans la marmite, loin de là et c'est ici que commence la transition. Car pas moins de quatre mandats auront été nécessaire au maire de cette petite commune pour convaincre les 2200 âmes dont il a la charge, de sa première adjointe aux nouveaux habitants, de se mettre en marche vers un monde plus écolo-responsable, plus solidaire, pour remettre de la joie dans les vies et de l'espoir dans le futur. Et cela passe évidemment par une vision un peu plus juste de la démocratie, la voix de chacun pouvant se faire entendre, les décisions sont prises en communs.
Le mouvement « village en transition » est une initiative de Rob Hopkins, mise en œuvre pour la première fois à Totnes au Royaume-Unis. Ça vous dit quelque chose ? C'est sûrement parce que vous l'avez vu vous expliquer le fonctionnement d'une monnaie locale dans Demain. Ce professeur en permaculture définit Ungersheim comme étant « la championne des villes en transition ». Cinéaste et militante, Marie Monique Robin donne à voir comment, tranquillement, un tel changement peut se construire – et nous offre au passage de magnifiques portraits d'humains qui ont choisis de prendre les choses en mains. (Utopia)


CGR (Draguignan) : le jeudi 2 février à 20h en présence de la réalisatrice Marie Monique Robin, proposé par Colibris

 

La La Land
Écrit et réalisé par Damien CHAZELLE
USA 2016 2h08mn
avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...

Du haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dent dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor.
La la land, c’est la comédie musicale comme on n'osait plus la rêver, c’est un étalon lancé à cent kilomètres heure sur la piste de danse étoilée. Ce ne serait que cela, ce serait déjà très bien, mais quand le cavalier qui tient les rênes est un type passionné de musique, brillant, audacieux, fougueux, il devient vite évident que l'on est ici un niveau au-dessus et qu’au-delà du simple film de genre, c’est bien un pan tout entier de l’âge d’or du cinéma hollywoodien que le bougre a décidé de parcourir à bride abattue. La course sera éblouissante et le voyage digne d’un aller-retour sur la lune.

C’est l’histoire de Mia et de Sebastian… Elle est serveuse dans un café niché au creux d’imposants décors d’un grand studio hollywoodien et court obstinément les castings dans l’attente du grand rôle. Il est pianiste de jazz, fan de Thelonius Monk mais pour l'heure il est surtout fauché et doit cachetonner en attendant d’accomplir son rêve : reprendre une mythique boîte de jazz à son compte et y jouer toute la musique qu’il aime. Entre eux, l'indifférence voire le mépris d'abord… avant les étincelles !
Embrassant avec délice tous les clichés, jonglant avec les références les plus prestigieuses – de Chantons sous la pluie à La Fureur de vivre en passant par Un américain à Paris, West Side Story ou les mélos flamboyants à la Douglas Sirk, sans oublier quelques clins d'œil admiratifs autant qu'affectueux à Jacques Demy – La la land parvient pourtant à tout réinventer. Les codes, dont il se moque avec tendresse, les chansons, traditionnelles mais souvent détournées avec humour, les décors, sublimes dans leur écrin de carton pâte mais qui jamais ne font toc, et les deux protagonistes, clichés sur pattes (la jeune serveuse qui veut percer à Hollywood, le musicien idéaliste et un peu dédaigneux qui se veut l’héritier des plus grands) mais terriblement humains. Même le récit, dont la trame est classique, parvient à nous surprendre grâce à une construction singulière (la toute dernière partie du film est en cela une belle trouvaille).

S’il s’agit plus d’un hommage abouti que d’une véritable révolution cinématographique, La la land est une vrai bouffée de bonheur, colorée, enjouée, rythmée, qui vous prend par la taille, vous entraîne dans la danse et ne vous lâche qu’au bout de deux heures… Ou qui ne vous lâche pas, la la la…


CGR (Draguignan) : tous les jours à 10h50, 14h, 16h30, 19h45 et 22h15 (en VF hélas)

L'Ami, François d'Assise et ses frères
Réalisé par Renaud FÉLY et Arnaud LOUVET
France 2016 1h27mn
avec Jérémie Renier, Elio Germano, Yannick Renier, Éric Caravaca, Marcello Mazzarella, Olivier Gourmet, Alba Rohrwacher...

 

Une première approche superficielle du film pourrait déclencher des réactions décontenancées, voire déçues : où est le François que nous connaissons ? Car il ne faut pas venir voir L’Ami, François d’Assise et ses frères dans l’idée d’y trouver une nouvelle Vie du Poverello.
Nous découvrons d’abord une Fraternité partageant étroitement la vie des plus démunis. Une Fraternité qui puise dans la prière son unité et son amour du Christ pauvre. Au cœur de cette Fraternité, François est comme brûlé par le feu de l’Évangile. Vivre l’Évangile, la mettre en pratique de manière radicale au milieu des plus petits, des parias de notre société, voilà sa vie et sa Règle. François qui se fait saltimbanque, héraut de l’Évangile, au risque de rencontrer incompréhension et hostilité.

Mais le cœur de l’intrigue est ailleurs. Le film choisit de mettre en lumière la relation entre deux hommes : François et Élie. Élie de Cortone, un de ses premiers disciples, est profondément attaché à François. Il veut l’aider à « réussir » son utopie fraternelle ; mais pour cela, il pense qu'il faut un minimum d’organisation afin de gagner en « efficacité », afin d'institutionnaliser ce style de vie. Elie veut le bien de François, même contre son propre gré. Il veut assurer le succès de l’ordre et du coup ne pas refuser, a priori, le rapport avec les hiérarchies ecclésiastiques, les compromis, les arrangements. Alors que François ne pense pas à l'après, Elie est habité par l'idée que les Franciscains doivent durer dans le temps.

Pourquoi cette ambition à première vue généreuse se heurte-t-elle au refus de François et à l’incompréhension des frères ? Qu’est-ce qu’Elie n’a donc pas compris de l’idéal évangélique de François ? De ces visions opposées naît un affrontement qui impliquera aussi leurs camarades. Le film laisse au spectateur le choix de sa propre position, en suggérant l’intemporalité d’un tel dilemme, par ailleurs plus que jamais d’actualité.

(Frère Nicolas Morin, ordre des Franciscains – Chiara Frugoni, historienne)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 16h, jeudi 2 à 20h, vendredi 3 et mardi 7 à 14h, samedi 4 à 16h15, dimanche 5 à 16h05, lundi 6 à 20h

 

Jackie
Réalisé par Pablo LARRAIN
USA/Chili 2016 1h40mn VOSTF
avec Natalie Portman, Peter Sasgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt...
Scénario de Noah Oppenheim. Prix du Scénario, Festival de Venise 2016 • Grand Prix, Festival de Toronto 2016

Un mois à peine après le formidable Neruda ( courez le voir si ce n'est pas déjà fait), un nouveau film de Pablo Larrain, un nouveau regard décalé et passionnant sur un personnage célèbre, une figure cette fois tellement médiatique qu'elle pourrait détourner du film le spectateur légitimement méfiant : il aurait tort, il se priverait d'un grand moment de cinéma brillant et suprêmement intelligent. Jackie nous fait vivre l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, et les quelques jours qui suivront, du point de vue de la rescapée abasourdie, de la veuve immédiatement transformée en icône planétaire.

Un dispositif narratif particulièrement ingénieux permet d'appréhender la personnalité complexe de cette femme sous différents aspects et à différents moments. Deux scènes, dont on voit des extraits tout au long du film, sont à cet égard particulièrement éclairantes. D'abord, une émission de télé reconstituée qui montre, en noir et blanc, une Jackie à ses tout débuts de première dame, hésitante et touchante, proposer aux téléspectateurs une visite de la Maison Blanche et annoncer les travaux de restauration qu'elle souhaite mettre en œuvre. Ensuite, le rendez-vous qu'elle donne à un journaliste du magazine Life, quelques jours après l'assassinat de JF Kennedy. Elle en dira beaucoup lors de cet entretien, mais en laissera publier peu car son objectif est de commencer à bâtir la légende de son mari. Pour cela, elle doit rester maîtresse du jeu en donnant sa version des événements. Entre ces deux moments, on comprend que la petite débutante a beaucoup appris des règles de la communication moderne et de l'utilisation des médias. Les presque trois années passées à la Maison Blanche avaient en effet aguerri cette femme cultivée, qui parlait couramment l'anglais, le français, l'espagnol et l'italien. Il lui faudra néanmoins une force considérable pour organiser à sa façon, construction de la légende oblige, les funérailles de son mari, contre l'avis du conseiller du nouveau président Lyndon Johnson.

Natalie Portman, filmée de très près, présente dans toutes les scènes, est Jackie Kennedy. Inutile d'en dire davantage sur cette exceptionnelle performance. Les acteurs autour d'elle sont parfaits, de Peter Sarsgaard (Robert Kennedy) à Greta Gerwig, avec une mention spéciale pour John Hurt que l'on découvre en prêtre catholique dans une scène qui nous permet, au-delà des apparences exigées par la fonction de première dame, d'aller au plus profond de la personnalité de Jackie et de constater toute la lucidité qu'elle conserve sur son mariage, sur la personnalité de son mari et ce que signifiait d'entrer dans le clan Kennedy.

Un soin extraordinaire a été apporté à la reconstitution, décors, voitures, vêtements… Ce qui ne nous étonne pas d'un film tourné aux USA avec des moyens importants. Ce qui surprend davantage, c'est la qualité de la musique qui, au lieu de peser comme souvent, accompagne et souligne intelligemment.
On ne doute pas qu'un bon réalisateur américain aurait pu faire de cette histoire un bon film. Mais on ne doute pas non plus que nous n'aurions pas échappé à de pénibles couplets patriotiques. Ce n'est pas faire injure au pur talent de Pablo Larrain de prétendre qu'un Chilien, ne se faisant aucune illusion sur la politique américaine, était particulièrement bien placé pour que Jackie soit, non pas un film de plus sur un moment de l'histoire des États Unis, mais tout simplement un grand film.

Le Vox (Fréjus) en VO : mercredi 1er à 14h et 20h30, jeudi 2 à 14h et 20h, vendredi 3 à 16h10, samedi 4 à 18h25 et 20h30, dimanche 5 à 18h et 20h, lundi 6 à 16h et 18h, mardi 7 à 16h10 et 20h30

La Vallée des loups
Réalisé par Jean-Michel Bertrand
Documentaire France 2016 1h30mn

Une expérience revigorante de liberté, qui replace l’homme sur un pied d’égalité avec la bête, au cœur des majestueux paysages des Hautes Alpes. Il existe encore aujourd’hui en France des territoires secrets. Ce film est une quête personnelle, l’histoire d’un pari fou tenté par un passionné rêveur, un anti héros capable de briser toutes les barrières pour parvenir à son but : rencontrer des loups sauvages dans leur milieu naturel. Après trois années passées sur le terrain à bivouaquer en pleine nature par n’importe quel temps, le réalisateur parvient à remonter la piste des loups. Petit à petit, il observe, se rapproche et finit par se faire accepter par la meute. Contre toute attente les prédateurs magnifiques offrent alors un peu de leur intimité à ce drôle de personnage. Mais le film pose aussi la question des limites de cette intimité. La Vallée des loups explore l’insolite sur le sol français. Aventure hors du commun, à l’écart de notre civilisation, presque intemporelle, s’il n’y avait pas la présence de caméras numériques ici, le documentaire est là pour capter l’impossible et donner à nos massifs une impression de gigantisme qui est celui propre aux reportages animaliers filmés aux coins les plus reculés de notre monde.

Le cinéaste passionné, Jean-Michel Bertrand, part à la recherche du loup, animal féroce et controversé qui nourrit les songes et exaspère les éleveurs, mais qui a bien sa place au cœur du massif montagneux d’où il a été délogé, et par lequel il a su se rameuter à nouveau, en traversant la frontière transalpine. Ainsi, pendant trois ans, la chasse au loup aura lieu. Non pour lui faire la peau, ni pour l’apprivoiser, mais bel et bien pour témoigner de son retour dans cette région française extrême, répondre à un besoin atavique d’explorer ses propres fantasmes de gamin qui n’a jamais su tourner la page d’une nature dense, où la trace de l’homme peut fort heureusement encore s’effacer.
Deviner l’écosystème où il pourrait avoir fait son trou, l’attendre des mois, espérer… La démarche scientifique de Jean-Michel Bertrand, que l’on pourrait aussi qualifier d’épique, est surtout empirique. Elle se fonde sur l’expérience d’une vie, celle d’un homme qui, perpétuant l’héritage familial, a passé une grande partie de son existence à parcourir ces paysages vertigineux dont il est épris. Elle est surtout onirique, et est née dans un besoin de faire partager ses rêves aux plus grands nombres, sans révéler les secrets de sa vallée des merveilles pour ne pas déstabiliser ce fragile microcosme en reconstruction, où les loups, tentent de se réapproprier un miraculeux espace sauvage, que l’élevage et le tourisme mettent à mal. Avec rigueur, et non sans rugosité, Jean-Michel Bertrand fait de son film un journal à la première personne, où il se révèle bien plus qu’il ne raconte le loup. Au milieu de paysages sublimes où les rencontres animales, avec des espèces peu habituées à l’homme et donc peu farouches, nourrissent des moments cinématographiques cocasses, l’obstination sans faille de l’aventurier en quête de l’inattendu et sa patience servent de carburant à l’impossible récit, qui aurait pu être celui d’un triste renoncement, celui d’un rêve d’une nature verte et sauvage perdue à tout jamais.

Dans ce documentaire à la première personne où l’homme s’en retourne quasiment à l’état sauvage et donc à ses fonctions premières, pour approcher le beau prédateur, le ton est parfois celui du thriller, avec cette perpétuelle question : rencontrera-t-il l’objet de sa fascination ?
Cet homme parmi des loups souvent absents, mais dont on ressent systématiquement l’implicite présence, en est réduit à abandonner in fine son statut de cinéaste pour celui de spectateur. Une ironie réjouissante qui n’en diminue jamais la portée de sa réalisation et des images, alors que la musique d’Armand Amar (La Jeune fille et les loups, Home, Planète Océan) assoit toujours plus la légitimité de ce projet hors norme dans les salles. (àvoiràlire)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 16h10, jeudi 2 à 16h, samedi 4 à 20h30, dimanche 5 à 18h et lundi 6 à 14h

Jamais contente
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par Emilie DELEUZE
France 2016 1h29mn
avec Léna Magnien, Patricka Mazuy, Philippe Duquesne, Catherine Hiegel, Alex Lutz...
Scénario de Marie Desplechin, Emilie Deleuze et Laurent Guyot, d'après le roman Le Journal d'Aurore de Marie Desplechin

« Mon père est atroce, ma mère est atroce, mes sœurs aussi, et moi je suis la pire de tous. En plus, je m’appelle Aurore. Les profs me haïssent, j’avais une copine mais j’en ai plus, et mes parents rêvent de m’expédier en pension pour se débarrasser de moi. Je pourrais me réfugier dans mon groupe de rock, si seulement ils ne voulaient pas m’obliger à chanter devant des gens. A ce point-là de détestation, on devrait me filer une médaille. Franchement, quelle fille de treize ans est aussi atrocement malheureuse que moi ? » (Aurore, l'héroïne de Jamais contente)

Enfin ! Vous qui désespérez de comprendre l'adolescent ou – exercice tout aussi malaisé – le préadolescent, cet être étrange au regard parfois / souvent (rayez la mention inutile) absent, qui vous toise comme si vous étiez une amibe, avec qui la communication est aussi facile que celle des papous avec les premiers explorateurs australiens, vous tous, mes sœurs, mes frères, réjouissez vous ! Voilà une joyeuse comédie caustique et intelligente que vous pourrez partager avec vos ados préférés et qui vous permettra d'entamer ou de renouer un semblant de dialogue. Il va sans dire que vous pouvez tout à fait la voir seulement entre adultes consentants, histoire de commencer à entrevoir un mode d'emploi…

Celle qui n'est jamais contente, c'est Aurore, une jeune Parisienne d'un milieu et d'une famille ordinaires, une petite nana pas forcément super brillante (elle redouble sa cinquième), pas particulièrement canon et populaire sans du tout être moche et souffre-douleur, une jeune fille de 13 ans qui a justement l'impression qu'elle est invisible, qu'elle est négligée par ses parents (alors que sa petite sœur, bonne élève, est selon elle la chouchoute), méprisée par ses professeurs… Et c'est parti pour une nouvelle rentrée dont elle sait déjà « qu'elle sera pourrie ». Une vraie petite teigne à la langue bien pendue, qui sait dire à son tout nouveau prof de français – qu'il faut bien un peu bizuter – que la Princesse de Clèves, ça ne tient pas debout. Qui n'a pas forcément l'intention de sortir de nouveau cette année avec le gentil grand dadais de l'année passée qui pourtant la relance (« déjà c'était fatigant de t'aimer tous les jours » lui dit-elle cruellement). Elle peut d'autant plus se permettre de faire la fine bouche qu'elle va être abordée par des lycéens d'au moins quinze ans qui lui proposent de devenir la chanteuse de leur groupe de rock naissant…

Jamais contente est l'adaptation maline et enlevée de la trilogie à succès de Marie Desplechin (la sœur d'Arnaud), Le Journal d'Aurore. Le portrait d'une jeune fille des classes moyennes, loin des clichés et des explications toutes faites. Une jeune fille qui vit à une porte de Paris avec des parents (savoureux Patricia Mazuy et Philippe Duquesne) qui sont tout sauf horribles, compréhensifs et ouverts tout au contraire, même s'il leur arrive forcément d'être exaspérés par la tornade de contradictions qu'ils ont engendrée. Le charme contagieux de ce film épatant tient autant à sa justesse de ton, à sa galerie de personnages tous parfaitement croqués (excellent Alex Lutz dans le rôle du prof de français réveilleur de cancres) qu'à la gouaille incroyable de sa jeune actrice Léna Magnien, une vraie révélation. En secouant bien ce cocktail, Emilie Deleuze réussit un des films les plus jubilatoires jamais réalisés sur l'adolescence.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 14h, jeudi 2 à 16h10, samedi 4 et dimanche 5 à 16h, mardi 7 à 18h15


Harmonium

HARMONIUMÉcrit et réalisé par Kôji FUKADA
Japon 2016 1h58mn VOSTF
avec Tadanobu Asano, Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi,Taïga, Momone Shinokawa...
Festival de Cannes 2016 : Grand prix Un certain regard

Ce sixième film de Koji Fukada, cinéaste japonais peu connu encore en France, c’est une douceur apparente dissimulant de multiples tensions en filigrane. Douceur de vivre, des cadres, des mouvements. Tensions intimes, sociales, écologiques… Invisibles, imperceptibles, tels les points chauds qui parsèment, en souterrain, l’archipel du Japon, elles finissent néanmoins toujours par faire leur chemin pour venir exploser à la surface. Et les dégâts peuvent s’avérer considérables.
Le point de départ est simple : Toshio est propriétaire d’un atelier dans une discrète bourgade de la banlieue de Tokyo, où il semble mener une vie ordinaire auprès de son épouse Akié et de leur petite fille Takashi. Un matin, de l’autre côté de la rue, Toshio aperçoit un homme qui l’observe. Il s’agit de sa vieille connaissance Yasaka, qui vient tout juste de sortir de prison où il a passé les onze dernières années de sa vie. Toshio décide de l’engager. Un coup de pouce momentané, histoire de lui remettre le pied à l’étrier. Et en guise de rémunération, il lui offre le couvert et le logis. Pas très bavard, Toshio n’en touche pas un mot à sa femme, la mettant face au fait accompli…

Koji Fukada filme alors avec beaucoup de simplicité l’installation de ce nouveau quotidien. Les bénédicités d’avant repas, la petite Takashi qui répète son morceau à l’harmonium – le spectacle de l’école approche à grands pas –, le silence habituel du mari et la gêne cérémonieuse de sa femme vis-à-vis de cet inconnu, débarqué soudainement entre les murs de sa maison. Doucement, pourtant, l’« étranger » s’immisce, prend sa place, apprend un morceau d’harmonium à la fillette, accompagne la famille lors d’une sortie au bord de la rivière et se rapproche d’Akié en laquelle il trouve une confidente compréhensive… Peu à peu l’embarras s’efface. Et les prémices de la discorde, alors, se font sentir…
Tensions sexuelles mais également tensions entre les deux « amis », qui semblent partager un obscur secret. Koji Fukada filme avec une calme intensité les dialogues entre ses personnages, caméra simplement posée. On évoque le passé, ses croyances… Mais derrière ce qui est dit, il y a ce qui est caché. Au spectateur de l’imaginer. Fukada filme les relations qui se transforment, explore les non-dits et la banalité d’un quotidien qui se fissure. Il refuse toute frontalité. Il laisse simplement, doucement, affleurer ses pistes de réflexion. Le pardon, la rédemption, le droit à la seconde chance (pour Yasaka qui a purgé sa peine, pour Akié également, quelque peu usée par la routine de son couple), mais aussi la faute, la culpabilité et le droit à la mort…

Au spectateur, là encore, de faire son chemin, de construire sa propre vision des choses et d’apporter ses propres réponses aux différentes questions posées. Harmonium vient confirmer la grande sensibilité de Koji Fukada qui, avec son cinéma tout en pudeur et honnêteté, s’évertue à ouvrir l’esprit de celui qui le regarde.

(M. Menossi, grand-ecart.fr)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 18h, jeudi 2 à 14h, vendredi 3 et mardi 7 à 15h50, samedi 4 à 16h, lundi 6 à 20h


Your Name

Résultat de recherche d'images pour "allocine image your name"Réalisé par Makoto SHINKAI
Film d'animation Japon 2016 1h48mn VOSTF
avec Maisa Abd Elhadi, Raida Adon, Karim Saleh, Nadira Omran...
Pour les enfants à partir de 10 ans

Your name nous arrive précédé d'une réputation hors norme : film phénomène au Japon, énorme succès critique et public, le film a détrôné à la troisième place du box office national de tous les temps l'indéboulonnable Princesse Mononoke du maître Miyazaki. Les studios Ghibli de Miyazaki et Takahata régnaient sans partage sur l'animation japonaise… jusqu’à ce que surgisse le tout jeune Makoto Shinka. Et vous savez quoi ? Cette réputation n'est pas usurpée, ce succès est bien mérité !

Au cœur de Your name, conte fantastique contemporain aussi romantique qu'impressionnant visuellement, il y a deux personnages d'adolescents qui n'ont rien en commun.
Mitsuha est la fille aînée du maire d'un petit village de la région montagneuse de Ginfu. Depuis la mort de sa mère, elle vit avec sa grand-mère et sa jeune sœur, et se montre très soucieuse de faire perdurer les traditions (fêtes ancestrales, fabrication d'un saké « très spécial », danses rituelles), tout en désirant plus ou moins secrètement, comme beaucoup d'adolescentes des régions rurales, de quitter son cocon pour mener une vie trépidante à Tokyo. Justement à quelques centaines de kilomètres vit Taki, lycéen tokyoite qui se partage entre ses études, ses sorties entre amis, sa passion du dessin et un petit boulot dans une pizzeria, dirigée par la troublante mademoiselle Okudera, qui littéralement le subjugue.
Deux existences parallèles qui ne devaient jamais se croiser… mais voilà : la nuit, chacun sans le savoir rêve de l'existence de l'autre, s'imagine dans le corps de l'autre, se surprenant au réveil dans un corps qui lui semble étranger. Chacun des deux adolescents va commencer à enquêter pour savoir si l'être qui hante ses songes existe vraiment, par delà le temps et l'espace. Une quête trépidante, pleine de rebondissements, une course contre l'inéluctable et contre une catastrophe annoncée dont on ne vous dira évidemment rien de plus…

Le charme du film tient d'abord à la richesse de ses thématiques, intelligemment explorées : la question très bouddhiste du double ou de l'âme sœur existant quelque part dans le monde, celle de l'âme qui habite un autre corps, ignorant d'ailleurs les frontières de l'identité sexuelle – le manga japonais est friand des personnages qui changent de sexe. Et puis aussi le thème de l'opposition éternelle au Japon entre tradition et modernité, entre une vie rurale qui respecte depuis des siècles les mêmes coutumes et la vie de Tokyo où le Japonais urbain est condamné à respecter de nouveaux rituels dictés par la dictature du succès économique. Une nouvelle norme rejetée par nombre d'adolescents qui veulent vivre autrement et ailleurs.
Très présente aussi dans le film l'obsession de la catastrophe, qu'elle soit naturelle, guerrière ou technologique, dans un pays traumatisé par les grands tremblements de terre, les tsunamis, par les bombardements de Nagasaki et Hiroshima et par l'accident nucléaire de Fukushima.

Mais tous ces thèmes passionnants ne feraient pas un aussi grand film s'ils n'étaient pas transcendés par une incroyable splendeur plastique, autant dans la description minutieuse des paysages urbains ou ruraux (à tel point que la région du Ginfu a vu sa fréquentation touristique augmenter de manière spectaculaire grâce au dessin animé) que dans certaines scènes de fiction inoubliables comme celle de la chute de météorites.

Le Vox (Fréjus) : jeudi 2 à 20h, vendredi 3 et mardi 7 à 20h30, samedi 4 à 14h et dimanche 5 à 13h50

Tempête de sable
PREMIER CONTACTÉcrit et réalisé par Elite ZEXER
Israël 2016 1h28mn VOSTF
avec Lamis Ammar, Ruba Blal, Hitham Omari, Khadija Aladel...
Grand prix du jury, Festival de Sundance 2016

Première scène simple et réjouissante : un père, Suliman, confie le volant à sa fille Layla. On est sur une petite route poussiéreuse, perdue et interminable qui trace tout droit vers leur village dépareillé. Le désert du Néguev, on l'apercevra peu, aux antipodes de celui des cartes postales. La seule tempête qui va secouer cette petite communauté bédouine sera celle qui se déroulera au cœur des hommes. Ou plutôt dans la tête des femmes, omniprésentes, comme autant de minuscules grains de sable perdus et ballotés dans des mécanismes sociaux qui les dépassent. Ce n'est pas parce que l'histoire prend sa source au fin fond d'Israël, à la frontière de la Jordanie, qu'elle ne fera pas résonner en nous quelque chose d'étrangement familier.
Entre le père et sa fille, à laquelle il apprend à conduire, transparaissent une complicité, une affection et une admiration indéfectibles. On devine que sous les traits de cette étudiante sérieuse se profile la promesse d'un avenir lumineux où les femmes auraient voix au chapitre, le choix de leur devenir, de leur carrière. Layla semble animée par une rage vitale, rentrée, maîtrisée, une volonté inaliénable qui lui permettront d'aller plus loin que ses ancêtres ne le pouvaient. On y croit ! On a envie d'y croire ! Bien sûr, lorsqu'on arrive près des demeures rapiécées, parfois miteuses, le père reprend le volant. Le doute fait une première brève incursion… Là les regards épient, les langues critiquent, les traditions reprennent le dessus. Il y a des choses qui ne se font pas, que l'on n'évoque pas, même si la modernité semble en marche.

La seconde fille de la famille c'est Tasnim, la cadette d'une douzaine d'années. Envers elle, le même lâcher prise semble régner. Privilège de l'âge ? De sa petite taille qui fait qu'on l'oublie ? De ses allures de garçon manqué ? Elle semble pouvoir traîner ses guêtres et ses oreilles un peu partout en se faisant oublier des adultes. C'est donc par elle que les informations arrivent parfois, de manière déconcertante. Trop spontanée et sans malice, la langue bien pendue, elle ne sait pas encore qu'il vaut parfois mieux se taire. Témoin malicieux et innocent qui fera naître bien des remous dans la maisonnée.
Et puis il y a la mère, Jalila, maîtresse femme, personnage qui n'a pas fini de nous étonner, peut-être le plus subtil, le plus profond. De prime abord elle apparaît plus rêche, moins progressiste que le père. Toujours en train de rappeler à l'ordre, de surveiller la mise de ses filles… qui comprendront plus tard la justesse et la portée de ses propos d'une lucidité douloureuse. Quand leurs vies et les rapports avec leur paternel vont basculer le jour où ce dernier ramène une seconde femme au village. Le jour des noces, c'est Jalila qui réceptionne dignement la jeune mariée au visage lourdement poudré de blanc, engoncée dans une robe naïvement immaculée. L'intruse aura le statut de seconde épouse tant que Jalila assurera celui de première. Amères sont les félicitations que les vaincus adressent aux vainqueurs.

Suliman met la dose pour accueillir sa nouvelle et beaucoup plus jeune compagne. La différence de traitement entre les deux maisonnées devient chaque jour plus criante. Mais si la cage de l'une est plus dorée que celle de l'autre, elle n'en reste pas moins liberticide. Rien n'est aussi simple et aucune de ces femmes, aux caractères ciselés par le vent et l'aridité de terres ingrates depuis des générations, ne l'ignore. Les victimes désignées sont parfois plus résistantes que leurs bourreaux et les bourreaux plus lâches et soumis qu'il n'y paraît. Tous et toutes complices d'un système archaïque, aux multiples facettes et aux rouages vicieux, contre lequel aucun pion du jeu ne peut gagner la partie seul.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 16h et 20h30, jeudi 2 à 16h20 et 18h10, vendredi 3 à 16h15 et 20h30, samedi 4 à 18h15, dimanche 5 à 20h, lundi 6 à 14h et 15h50, mardi 7 à 16h15 et 18h15


Primaire

Afficher l'image d'origineRéalisé par Hélène ANGEL
France 2016 1h45mn
avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Olivia Côte, Guilaine Londez, Patrick D'Assumçao...
Scénario de Yann Coridian et Hélène Angel, avec le concours d'Olivier Gorce et Agnès de Sacy

Elle a une pêche d'enfer Florence, et le charisme décapant et sauvage de Sara Forestier ! Une vitalité, une présence, une imagination débordantes, à faire craquer des hordes de gamins indisciplinés. Florence est institutrice, enfin, maîtresse, heu… pardon, je veux dire Professeur des écoles puisque l’institution adore les nouvelles appellations, les nouveaux sigles, les nouveaux programmes… Pour Florence, qu’importe le titre, puisqu’elle a plus que la motivation : la passion. Enseigner est pour elle un engagement, un émerveillement, un défi permanent qu’elle n’a de cesse de réinventer, de nourrir, puisant son énergie et ses idées dans la relation avec ces bambins qu’elle accompagne et pour lesquels elle est prête à tout donner : son temps, son talent, son empathie.
Florence est de ces enseignants qui croient dur comme fer au pouvoir magique des mots, de la transmission et qui pensent que rien n’est jamais perdu pour un élève tant qu’un adulte peut le prendre par la main et lui montrer la voie. C’est un peu naïf, elle se casse parfois les dents, elle en fait quelquefois des tonnes, mais elle poursuit sa route, obstinée, convaincue qu’elle est dans le vrai. Pas question de laisser ne serait-ce qu'un des gamins qu'on lui confie à la traîne – à part le sien parfois peut-être. Mais on demande toujours plus à ceux qu'on a toujours sous la main et qui font tellement partie de vous-mêmes qu'on oublie qu'ils sont fragiles…

Elle va s'intéresser tout particulièrement à Sacha (qui n’est pas dans sa classe, ce qui complique les choses) : un enfant agité, secret, un gamin pas franchement teigneux mais à fleur de peau dont l’équipe enseignante réalise vite qu’il est livré à lui-même, délaissé par une mère débordée qui compense en lui glissant quelques billets pour que le môme se débrouille seul. Interpellée dans son rôle de mère et d’enseignante, Florence se met en tête de l’aider… quitte à perturber les habitudes de l’équipe pédagogique, quitte à outrepasser son rôle, quitte à se mettre elle-même en danger. Habitée par sa rage de bien faire et sa générosité, Florence ne réalise pas que tout n’est pas toujours aussi simple qu’elle le voudrait. Cerise sur le gâteau, c’est pile poil le moment où le mammouth, euh pardon, l’Education Nationale, choisit pour l’inspecter dans sa classe de CM2, heu pardon, de deuxième année du cycle 3.

Primaire est un film généreux, bouillonnant comme une cour d’école, lumineux comme le regard d’un enfant quand il comprend que des lettres alignées font des mots et que ces mots ont un sens. Si ce film ambitieux peut sembler dense, tant le métier et le monde qu’il décrit sont riches et intenses, il n’est en rien simpliste et introduit moult nuances. Ni tract ni complainte, c’est simplement un formidable hommage à un métier formidable qui a tant à offrir et qui est paradoxalement toujours malmené par les gouvernements successifs.

Salernes : jeudi 2 fevrier et vendredi 4 fevrier 20h30, mardi 7 fevrier 20h30


Neruda
Réalisé par Pablo LARRAIN
Chili 2016 1h48mn VOSTF
avec Luis Gnecco, Gael Garcia Bernal, Mercedes Moran, Diego Munoz, Alfredo Castro...

Neruda est à la hauteur de Neruda. Neruda le film est à la (dé)mesure de Neruda le poète, le militant, l’homme politique, figure emblématique d’un Chili pensant, créant, résistant. Soyons clair : ceux qui espèrent un biopic classique retraçant la vie et la carrière du grand écrivain, compagnon de Garcia Lorca et de Picasso au moment de la Guerre d’Espagne, Prix Nobel de littérature en 1971, mort dans des circonstances suspectes peu de temps après le coup d’état de Pinochet… ceux-là resteront sur leur faim. Mais tous ceux qui sont sensibles à l’imagination, à l’invention, au romanesque, à la poésie – tous qualificatifs évidemment adaptés à l’œuvre de Pablo Neruda – seront autant que nous enthousiasmés par ce film magistral du très remarquable Pablo Larrain qui s’est imposé, en quelques films essentiels et radicaux, comme un observateur incisif de l’histoire troublée de son pays (Tony Manero sur l’ambiance de plomb à l’époque du régime de Pinochet sous protection américaine, Santiago 73 - en Vidéo en Poche, autour du coup d’Etat, No, sur la fin surprise du régime Pinochet, El Club, sur les sordides reliquats aujourd’hui du régime dictatorial).

Loin donc de toute tentative ampoulée de biographie plus ou moins exhaustive, le film s’attache à un épisode bien précis de la vie de Neruda quand, au lendemain de l’élection en 1946 du président Gabriel Gonzalez Videla, il devient, après l’avoir soutenu en tant que sénateur communiste, l’un de ses plus farouches opposants, suite au ralliement du dirigeant au camp américain dans la Guerre Froide naissante. Neruda, malgré un important soutien populaire et un parti communiste au sommet de sa puissance, va devoir fuir puisque le PC est bientôt interdit par le gouvernement et ses militants pourchassés.
L’anti-biopic de Larrain bouscule l’icône Neruda, décrivant, sans jamais oublier le génie littéraire ni la figure politique de premier plan, son égoïsme, sa mégalomanie, son goût du luxe et des fêtes dispendieuses contrastant avec la défense affichée de la classe ouvrière ainsi que le goût pour les prostituées malgré l’amour d’une épouse qui aura tout sacrifié pour lui. Le réalisateur et son scénariste ont de manière jubilatoire transformé cet épisode historique en un récit policier et d’aventures aux quatre coins du Chili. On suit un Neruda (Luis Gnecco) qui, avant de partir à l’étranger, fuit ses poursuivants à travers tout le pays, des maisons bourgeoises de Santiago jusqu’aux frimas de la Patagonie et aux bordels de Valparaiso en passant par les hauteurs enneigées des Andes. À ses trousses, un personnage de roman noir, l’inspecteur Peluchonneau (Gael Garcia Bernal), policier obsessionnel, habité par la légende d’un ancêtre qui aurait créé la police chilienne, tout aussi fasciné par sa proie que déterminé à la capturer. Un personnage résolument romanesque dont la voix off accompagne le récit (le texte écrit par le scénariste Guillermo Calderon est magnifique) et qui devient, en une mise en abyme vertigineuse, une sorte de création littéraire de Neruda lui-même.

Au fil d’un récit trépidant, porté par une mise en scène virtuose et des images d’une beauté souvent renversante, secoué par un humour irrévérencieux, habité par deux acteurs géniaux, Neruda est certes iconoclaste envers le héros national mais il est aussi et surtout un magnifique hommage à son génie poétique – la poésie est omniprésente tout au long du film, irriguant le texte en voix off déjà cité, transcendant des dialogues, des situations, des rebondissements d’une invention éblouissante. Et à travers l’histoire picaresque de la fuite de Neruda traqué par le policier Peluchonneau, Larrain préfigure la triste suite de l’histoire chilienne à laquelle il a consacré jusqu’ici son œuvre, le sinistre Augusto Pinochet apparaissant brièvement en jeune officier au regard bleu glacial, garde-chiourme en chef d’un camp d’internement.


Le Vox (Fréjus) : vendredi 3 à 18h15 et lundi 6 à 17h45
Lorgues : jeudi 2 fevrier  à 20h15, lundi 6 fevrier  à 19h
Cotignac : jeudi 2 fevrier 18h


Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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