Au(x) cinéma(s) du 1er au 7 juillet

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Bonjour à tous,

Peu de nouveautés cette semaine, non, en fait pas de nouveautés !  Mais quelques bons films à voir ici ou là : au CGR on reste, comme la semaine dernière, avec En équilibre et La tête haute. Mais au Luc, ne ratez pas le film léger, poétique et décalé Comme un avion et au Vox à Fréjus le film turc Mustang qui nous montre la force de l'esprit de liberté et de vitalité contre les pouvoirs qui enferment... Quelques autres films qui valent le coup : L'ombre des femmesLes terrassesLe labyrinthe du silence et Loin de la foule déchaînée...
Bonnes vacances à ceux qui partent et ceux qui restent ! Bons films à ceux qui en profiteront !
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PROGRAMMATION DU 1ER AU 7 JUILLET 2015

 

Mustang
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Mustang
Réalisé par Deniz Gamze ERGÜVEN
Turquie 2015 1h37mn VOSTF
avec Günes Sensoy, Doga Zeynep Doguslu, Tugba Sunguroglu, Elit Iscan, Ilayda Akdogan, Ayberk Pekcan...
Scénario de Deniz Gamze Ergüven et Alice Winocour
Mustang nous plonge dans une Turquie qui, depuis quelques années, subit une lente mais indéniable refonte sociale qui ne va pas forcément dans le bon sens… Le film traduit la fougue contagieuse d'une jeune réalisatrice qui manifestement ne se reconnait pas dans ces transformations. C’est le dernier jour de l’année dans ce collège d’un village de bord de mer. Un moment bien particulier qui draine son lot d’émotions fortes et de sentiments contradictoires. La tristesse de quitter ses camarades de classes, la joie d'être délivré des obligations quotidiennes, de pouvoir vivre les aventures palpitantes des vacances. Après les séparations et les embrassades, place à l’euphorie de ceux qui restent : les cinq sœurs et quelques garçons se dirigent vers une plage magnifique pour se prêter à des batifolages aquatiques gentiment chahuteurs. Mais ces jeux innocents et joyeux ne sont pas du goût de tout le monde et suscitent un scandale aux conséquences inattendues... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er, jeudi 2, samedi 4 dimanche 5, lundi 6 : 16h30, 19h, 21h15 - vendredi 3 et mardi 7 : 16h30 et 21h15
La Tête haute
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La Tête haute
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2015 2h
avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier...
Scénario d'Emmanuelle Bercot et Marcia Romano
Festival de Cannes 2015, Sélection officielle, Film d'ouverture hors compétition

« Cette année, on a voulu commencer par un bon film » a déclaré Thierry Frémaux, directeur et sélectionneur en chef, après avoir annoncé que La Tête haute serait projeté en ouverture du Festival de Cannes. Il dit vrai, La Tête haute est un très bon, un très beau film. « C’est un film universel, qui exprime bien les questions qui se posent sur nos modèles de société ; un film qui parle de la jeunesse, de transmission, du rapport entre la justice et la société, des mécanismes sociaux et éducatifs mis en place dans un pays comme la France pour traiter des cas de délinquance… Et c'est un film très émouvant. » Là encore, Thierry Frémaux parle d'or.
La Tête haute suit le parcours mouvementé d'un jeune garçon de six à dix-huit ans, qu'une juge des enfants et un éducateur tentent de sauver presque malgré lui..
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CGR Chabran : mercredi 1er juillet à 9h et 11h15
En équilibre
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En équilibre
Réalisé par Denis Dercourt
France 2015 1h30mn
avec Albert Dupontel, Cécile de France, Marie Bäumer...
Marc est cascadeur équestre. Un grave accident sur un tournage lui faire perdre tout espoir de remonter un jour à cheval. Florence est chargée par la compagnie d’assurances de s’occuper du dossier de cet homme brisé. Cette brève rencontre va bouleverser leurs équilibres...
Le film est librement inspiré du livre Sur mes quatre jambes écrit par Bernard Sachse (vrai héros du récit qui a même dressé les chevaux dans les longs-métrages et travaillé en tant que Conseiller Technique et Artistique). Le scénario de Delcourt n’a pas creusé la bataille menée par Bernard Sachse pendant plus de 10 ans avec sa compagnie d’assurances. En équilibre est plutôt du pur cinéma de personnages. Denis Delcourt nous livre un drame social ; avec la chute grave de Marc (Albert Dupontel) comme toile de fond, on assiste à la renaissance personnelle de ce dernier et de Florence (Cécile de France). Tout au long du film on découvre une véritable transformation chez les deux personnages.
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CGR Chabran : vendredi 3 à 13h45
Comme un avion
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Comme un avion
Écrit et réalisé par Bruno PODALYDÈS
France 2015 1h45mn
avec Bruno Podalydès, Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Michel Vuillermoz, Jean-Noël Brouté, Pierre Arditi...
Michel est infographiste dans une boite tranquillement dirigée par son copain Rémi, quelque part dans l'Ouest parisien. Toute la journée il reste derrière son écran à modéliser en 3D des formes diverses. Mais quand vient la fin de la journée, l'esprit de Michel s'élève au firmament à travers sa passion : la glorieuse histoire de l'Aéropostale, qui fut fatale à Saint Exupéry. Chez lui l'attend souvent Rachel (lumineuse Sandrine Kiberlain), la femme de sa vie, qui regarde avec tendresse ses petites manies et accepte sans sourciller la décoration de l'appartement.
Mais la vie du monomaniaque va prendre un tour étrange : en cherchant des palindromes (des mots qui se lisent de droite à gauche aussi bien que de gauche à droite), il s'attarde sur une image de kayak (qui en est un, palindrome). Et soudainement se rend compte de la silhouette purement aéronautique de l'objet. Son obsession se transfère d'un coup sur l'embarcation. Il commande en secret un modèle de luxe en kit, qu'il assemble à grand peine dans son salon avant de le monter sur le toit de son immeuble… La suite va voir notre Michel, finalement soutenu par Rachel, se lancer à l'assaut d'un très paisible cours d'eau, puis s'arrimer au bout de seulement quelques kilomètres à proximité d'une auberge estivale tenue par Lætitia (Agnès Jaoui troublante de sensualité) pour finalement bien plus de temps qu'il ne faudrait.
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Cinéma du Luc : mercredi 1er à 18h, vendredi 3 à 21h, samedi 4 à 18h et dimanche 5 à 16h
Loin de la foule déchaînée
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Loin de la foule déchaînée
Réalisé par Thomas VINTERBERG
GB/USA 2014 1h59mn VOSTF
avec Carey Mulligan, Matthias Schœnaerts, Juno Temple, Michael Sheen, Tom Sturridge...
Scénario de David Nicholls, d’après le roman de Thomas Hardy
C’est le fruit superbe de la rencontre improbable entre un réalisateur danois touche-à-tout et un romancier anglais naturaliste de la fin du xixe siècle. C’est aussi la preuve vibrante que la littérature traverse les décennies en majesté, sans souffrir ni des modes ni des esprits grincheux. Et c’est pour tout dire assez rassurant de constater qu’il nous est encore possible, dans un monde abasourdi de technologie, esclave du virtuel, d’être touchés droit au cœur par une histoire d’amour épique dont l’intelligence n’a d’égal que le romantisme.
Tout se passe dans la campagne anglaise. Dans une nature brute et sauvage où les éléments indomptables imposent leurs règles aux humains. Cette terre, Bathsheba Everdene la connaît par cœur et l’aime plus que de raison. Vivant avec sa tante dans une petite ferme isolée, elle s’acharne avec obstination à en tirer le meilleur. Si elle vivait en 2015, on pourrait dire de Bathsheba qu'elle est une sacrée nana ! Une force de caractère, obstinément indépendante, farouchement attachée à sa liberté. Elle ne se sent liée à aucun rang, à aucun fiancé, à aucun mari. Un mari ? Pour quoi faire ?.
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Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er 18h20 et 21h - mardi 7 : 19h30
L'Ombre des femmes
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L'Ombre des femmes
Réalisé par Philippe GARREL
France 2015 1h13mn
avecClotilde Courau, Stanislas Merhar, Léna Paugam, Vimala Pons, Mounir Margoum, Antoinette Moya...
Scénario de Jean-Claude Carrière, Caroline Deruas, Arlette Langmann et Philippe Garrel
Festival de Cannes 2015 : film d'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs

On ne sera pas étonné de voir Philippe Garrel filmer les amours désaccordés. Entre infidélités et passion irréductible, les sentiments les plus complexes y sont exposés avec une clarté et une lucidité étonnante. Dans la compréhension des choses de l'amour, Garrel atteint une justesse qui confère au récit une véritable existence. C'est avec le ton de l'évidence qu'un narrateur (la voix-off de Louis Garrel dit un texte particulièrement bien écrit) nous rapporte l'histoire de Pierre et Manon. Il est réalisateur de films documentaires et elle est devenue son assistante. Au cours du film qu'ils préparent ensemble, Pierre rencontre une jeune stagiaire, Elisabeth, qui devient sa maitresse. Par insuffisance, Pierre décide de ne rien dire à Manon. Il profite avec Elisabeth des plaisirs de la chair jusqu'au jour où celle-ci découvre que la femme de Pierre a, elle aussi, un amant. D'abord hésitante, Elisabeth ressent finalement le besoin de le dévoiler à Pierre. Or pour Pierre, lui-même infidèle, l'idée que sa femme le trompe est parfaitement inconcevable... lire la suite
La Tomette (Salernes) : mercredi 1er à 18h, vendredi 3 à 21h et dimanche 5 à 21h
Les Terrasses
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Les Terrasses
Écrit et réalisé par Merzak ALLOUACHE
Algérie 2014 1h32mn VOSTF
avec Adila Bendimerad, Nassima Belmihoub, Ahcene Benzerari, Aïssa Chouat, Mourad Khen, Myriam Ait El Hadj...
Certaines villes façonnent notre imaginaire, les villes portuaires plus que d'autres, presque par essence. Que dire d'Alger, cité surpeuplée, effervescente et aux couleurs multiples ? Le nouveau film de Merzak Allouache nous propose une vision éminemment symbolique de sa ville tant aimée, Alger, dont il est originaire. Cette vision, il nous la livre gâce à un dispositif singulier et réussi : tout se voit, se vit, s'appréhende depuis les terrasses de la cité, qui deviennent le lieu nécessaire de toutes les intrigues, accueillent malheurs, espoirs, petits et gros gros défauts des protagonistes... lire la suite
Cinéma de Lorgues : samedi 4 à 18h et lundi 6 à 19h
Le Labyrinthe du silence
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Le Labyrinthe du silence
Réalisé par Giulio RICCIARELLI
Allemagne 2014 2h03mn VOSTF
avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht, Gert Voss...
Grand Prix, Prix du Public et Prix du jury étudiant - Festival du Film d'histoire de Pessac 2014
Nous sommes en 1958 à Francfort, la toute jeune République Fédérale d'Allemagne tente de se reconstruire, de panser les blessures de sa société meurtrie par la barbarie nazie. Un peintre en balade lâche soudain chevalet et pinceaux en reconnaissant, derrière les grilles d'une école, un homme qui a été un de ses tortionnaires dans le camp d'extermination d'Auschwitz et qui est devenu depuis professeur, sans être inquiété semble-t-il. Relayé par un journaliste tenace, Thomas Gnielka, le témoignage du peintre juif va changer la vie d'un tout jeune procureur, Johann Radmann, jusque là préposé aux délits routiers. Intègre et obstiné, le jeune magistrat va découvrir non seulement la réticence de ses collègues à prendre en compte la demande de justice d'une victime du régime nazi – la raison d'État prône la réconciliation nationale, pas la recherche des anciens tortionnaires – mais aussi la totale ignorance de beaucoup de ses compatriotes, y compris au sein du Palais de Justice... lire la suite
Cinéma de Cotignac : vendredi 3 à 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Mustang
MUSTANGRéalisé par Deniz Gamze ERGÜVEN
Turquie 2015 1h37mn VOSTF
avec Günes Sensoy, Doga Zeynep Doguslu, Tugba Sunguroglu, Elit Iscan, Ilayda Akdogan, Ayberk Pekcan...
Scénario de Deniz Gamze Ergüven et Alice Winocour 

Mustang nous plonge dans une Turquie qui, depuis quelques années, subit une lente mais indéniable refonte sociale qui ne va pas forcément dans le bon sens… Le film traduit la fougue contagieuse d'une jeune réalisatrice qui manifestement ne se reconnait pas dans ces transformations.
C’est le dernier jour de l’année dans ce collège d’un village de bord de mer. Un moment bien particulier qui draine son lot d’émotions fortes et de sentiments contradictoires. La tristesse de quitter ses camarades de classes, d’en être séparé pour un temps qui parait une éternité, la joie d'être délivré des obligations quotidiennes, de pouvoir vivre les aventures palpitantes des vacances. La tristesse, Lale et ses quatre sœurs la vivent effectivement, serrant bien fort copines et copains dans leurs bras. Lale se montre particulièrement émue par le départ d’une de ses enseignantes pour Istanbul. Après les séparations et les embrassades, place à l’euphorie de ceux qui restent : les cinq sœurs et quelques garçons se dirigent vers une plage magnifique pour se prêter à des batifolages aquatiques gentiment chahuteurs. Mais ces jeux innocents et joyeux ne sont pas du goût de tout le monde et suscitent un scandale aux conséquences inattendues. L’honneur est en jeu, il faut répondre à l’accusation d’une voisine, une de ses gardiennes d’une morale d’un autre temps qui crie à la débauche. La grand-mère se lamente, l’oncle l'accuse de laxisme et promet la remise au pas.

Mais rien ne semble atteindre cette fratrie unie comme les doigts de la main, ces cinq filles belles comme des cœurs, vives, espiègles, d'une complicité qui crève l’écran. Orphelines depuis dix ans, elles sont élevées par une grand-mère un peu dépassée devant les désirs adolescents qui s’expriment avec un insolent naturel. Malgré la dureté de leur oncle, elles s’arrangent avec les interdits et se créent des espaces de libertés telle Sonay qui n’hésite pas à faire le mur pour rejoindre son amoureux.
Puis vient la goutte d'eau qui fait déborder le vase du puritanisme familial lorsque elles bravent l’interdiction de se rendre à un match de foot : le pot au rose est découvert au travers d’une scène assez comique. À partir de là, serrage de vis en règle : on les revêt de longues robes « couleur de merde » – dixit Lale – et on les accompagne au village comme pour les exposer. Une vaste entreprise matrimoniale se met branle et dès lors tout sera fait pour pour empêcher les sœurs d’échapper à ce destin contraint : on met sous clef ordinateurs et téléphones, on installe des barreaux aux fenêtres, on rehausse les murs d’enceinte de la maison, qui se transforme en prison. Et commence le défilé ridicule des familles de prétendants. Tout est mis en œuvre pour éduquer ces jeunes femmes à devenir de bonnes épouses, dociles, respectueuses de leur mari, de la tradition, de la religion. A la rentrée, aucune ne retourne à l’école, les cours de pratiques ménagères suffisent ! Mais le désir de liberté et d'accomplissement personnel est toujours là…

Ne vous y trompez pas, Mustang est bien plus un appel à l'affirmation, et si nécessaire à la révolte des filles et des femmes que le constat fataliste d’une société en régression. À travers cette chronique vivifiante d'adolescence rebelle, la réalisatrice nous dit clairement qu'il faut garder l'espoir, qu'il y a des espaces de liberté à sauvegarder ou à conquérir. Même si le combat quotidien est difficile…
La Turquie, avec une population à 99% musulmane, a été fondée en 1923 comme république laïque, mais depuis 2002 le gouvernement Erdogan a entamé un retour à la morale religieuse. En 2012, Recep Tayyip Erdogan comparait l'interruption volontaire de grossesse – autorisée depuis 1983 jusqu'à dix semaines de grossesse – à un meurtre et, fin 2014, il atteignait des sommets en affirmant haut et fort, Coran à l'appui, que les femmes ne pouvaient être considérées comme les égales des hommes… (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er, jeudi2, samedi 4 dimanche 5, lundi 6 : 16h30, 19h, 21h15 - vendredi 3 et mardi 7 : 16h30 et 21h15


La Tête haute
LA TÊTE HAUTERéalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2015 2h
avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier...
Scénario d'Emmanuelle Bercot et Marcia Romano. Festival de Cannes 2015, Sélection officielle, Film d'ouverture hors compétition 

« Cette année, on a voulu commencer par un bon film » a déclaré Thierry Frémaux, directeur et sélectionneur en chef, après avoir annoncé que La Tête haute serait projeté en ouverture du Festival de Cannes. Il dit vrai, La Tête haute est un très bon, un très beau film. « C’est un film universel, qui exprime bien les questions qui se posent sur nos modèles de société ; un film qui parle de la jeunesse, de transmission, du rapport entre la justice et la société, des mécanismes sociaux et éducatifs mis en place dans un pays comme la France pour traiter des cas de délinquance… Et c'est un film très émouvant. » Là encore, Thierry Frémaux parle d'or.
La Tête haute suit le parcours mouvementé d'un jeune garçon de six à dix-huit ans, qu'une juge des enfants et un éducateur tentent de sauver presque malgré lui. Dans le rôle central, Rod Paradot fait sa première apparition à l'écran et on peut déjà parier qu'on reverra ce garçon incroyable, tout à la fois émouvant, effrayant et complexe, rendant à l'écran la fragilité aussi bien que la dureté de cet être en construction.

D'emblée le rythme est donné. Nous sommes dans l'urgence, l'urgence de sauver un enfant de son destin qui semble déjà tout tracé. Malony est un petit bout de six ans et alors que sa mère vocifère dans le bureau du juge des enfants, on sent dans ses regards, saisis au vol par la caméra, la peur, l'incompréhension de ce petiot qui entend sa mère dire qu'il est un démon comme son père, qu'elle n'en peut plus de lui, avant de claquer la porte et de le laisser planté là. Interprétée par une Sara Forestier volontairement défigurée par un mauvais dentier, elle est la mère qu'on aurait envie de secouer un bon coup si on s'arrêtait à une première impression, mais que la cinéaste rendra au fil du récit plus démunie qu'irresponsable.
On retrouve Malony dix ans plus tard au volant d'une voiture, qu'il conduit sans permis évidemment, sa mère hilare à l'arrière, lui disant qu'il pilote comme un dieu (sic). Retour chez la juge, mais cette fois les choses ont changé, ce n'est plus une famille d'accueil qu'on lui propose mais le choix entre une mise à l'épreuve et la prison. On comprend bien que les choses n'ont pas évolué dans le bon sens pour l'adolescent. Déjà à la tête d'un casier judiciaire conséquent, Malony, casquette sur la tête ou capuche sur les yeux, semble irrécupérable. Violent avec ses éducateurs, ne supportant aucune frustration, aucun encadrement, immédiatement ressenti comme une atteinte à sa personne et à ses droits… La juge décide de le placer dans un centre éducatif à la campagne. Malony commence alors un nouveau parcours, en rupture avec son environnement habituel…

Emmanuelle Bercot nous plonge dans les arcanes de l'institution judiciaire chargée de la protection de l'enfance. Un univers qu'elle avait déjà exploré dans le Polisse de Maiwen, qu'elle avait co-écrit et interprété, et dont elle affirme ici encore qu'il est le dernier maillon, l'ultime filet de sécurité pour des milliers d'enfants qui sont les premières victimes d'une société de plus en plus brutale. Son film est juste, intense et souvent bouleversant. (Utopia)


CGR Chabran : mercredi 1er juillet à 9h et 11h15


En équilibre
Résultat de recherche d'images pour "en équilibre"Réalisé par Denis Dercourt
France 2015 1h30mn
avec Albert Dupontel, Cécile de France, Marie Bäumer...

Marc est cascadeur équestre. Un grave accident sur un tournage lui faire perdre tout espoir de remonter un jour à cheval. Florence est chargée par la compagnie d’assurances de s’occuper du dossier de cet homme brisé. Cette brève rencontre va bouleverser leurs équilibres...
Le film est librement inspiré du livre Sur mes quatre jambes écrit par Bernard Sachse (vrai héros du récit qui a même dressé les chevaux dans les longs-métrages et travaillé en tant que Conseiller Technique et Artistique). Le scénario de Delcourt n’a pas creusé la bataille menée par Bernard Sachse pendant plus de 10 ans avec sa compagnie d’assurances. En équilibre est plutôt du pur cinéma de personnages. Denis Delcourt nous livre un drame social ; avec la chute grave de Marc (Albert Dupontel) comme toile de fond, on assiste à la renaissance personnelle de ce dernier et de Florence (Cécile de France). Tout au long du film on découvre une véritable transformation chez les deux personnages.Dans les premières séquences, Florence s’habille en tailleur noir ; elle se coiffe avec un chignon très serré ; elle est très sérieuse et rigoureuse. Elle est mariée et a deux enfants, en revanche, elle ne s’épanouit pas dans son intimité. Ses collègues la respectent et l’admirent, mais son patron met parfois en cause sa méthode de travail (« un peu douce »). Elle va être amenée à agir sans scrupules. Lors de son approche avec Marc, petit à petit, ses cheveux seront détachés, ses tenues moins rigides et plus colorées.
Florence va renouer avec sa vieille passion, le piano, abandonné il y a longtemps parce qu’elle avait échoué au Concours du Conservatoire. Elle va aller loin pour aider Marc, mettant en péril son poste.
Grâce à cette rencontre, une histoire d’amour va naître.
Il ne s’agit pas d’un film nostalgique, à l’instar de Lourdes réalisé par Jessica Hausner ou The sessions de Ben Lewis, films où les personnages sont désespérément à la quête d’une vie normale, et où le handicap est le véritable mobile. Marc a perdu l’usage de ses jambes, mais il est têtu, il ne regarde jamais vers le passé, il adore son cheval « Othello » et il va tout faire pour pouvoir le monter. Contrairement à ce que l’on peut croire, le handicap n’est qu’un accessoire à l’histoire. Son histoire d’amour avec Florence va lui conférer de la joie et des forces pour se surpasser. La séquence où Florence va chez Marc pour lui apporter un magnétophone, culminant dans une scène d’amour délicatement mise en scène, est un bel exemple de la sensibilité, de la virilité et de la puissance que dégage le cavalier.
Le réalisateur ne cherche pas à dénoncer le monde des compagnies d’assurances, néanmoins il entrouvre une porte sur les combines, et certaines pratiques sauvages de ce milieu.
Ce long-métrage repose sur ces 3 axes : histoire d’amour naissante, reconquête parallèle et personnelle des personnages ainsi que méchanceté et mauvaise foi des compagnies d’assurances.
Quant au décor, il est soigné, en étant en accord avec une lumière ténue, douce, soulignant à merveille la pluie et le soleil breton.
Au final, le film est joli, délicat, touchant et plein de sensibilité. Le seul regret est de ne pas avoir approfondi la relation entre Marc et ses assistants, à la fois employés et amis, surtout avec son palefrenier. On sort du cinéma avec la conviction et l’espoir que les rêves, à petite ou à grande échelle, peuvent devenir réalité…il suffit peut-être de croire en soi et de rester en équilibre avec soi-même.


CGR Chabran : vendredi 3 à 13h45



Comme un avion

 

 

COMME UN AVIONÉcrit et réalisé par Bruno PODALYDÈS
France 2015 1h45mn
avec Bruno Podalydès, Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Michel Vuillermoz, Jean-Noël Brouté, Pierre Arditi...

Si l'on excepte ses adaptations de Gaston Leroux où il joue à Rouletabille, Bruno Podalydès consacre ses films(Dieu seul me voit, Liberté Oléron, Adieu Berthe…) à des personnages ordinaires dont soudainement la foldinguerie éclate au grand jour de manière comico-poétique. Et ça donne des comédies aussi originales que réjouissantes…
Le personnage de Michel (joué par le réalisateur lui-même) n'échappe pas à la règle. Il est infographiste dans une boite tranquillement dirigée par son copain Rémi, quelque part dans l'Ouest parisien. Toute la journée il reste derrière son écran à modéliser en 3D des formes diverses. Mais quand vient la fin de la journée, l'esprit de Michel s'élève au firmament à travers sa passion : la glorieuse histoire de l'Aéropostale, qui fut fatale à Saint Exupéry. Et quand il met le contact de son scooter pour rentrer chez lui, il s'imagine un peu en Mermoz derrière le manche à balai de son Latécoère. Chez lui l'attend souvent Rachel (lumineuse Sandrine Kiberlain), la femme de sa vie, qui regarde avec tendresse ses petites manies et accepte sans sourciller la décoration de l'appartement, uniquement dévolue à la compagnie aérienne et aux objets qui s'y rapportent. Les collègues ne s'y trompent pas et quand c'est l'anniversaire de Michel, les cadeaux sont exclusivement liés à l'aviation.

Mais la vie du monomaniaque va prendre un tour étrange : en cherchant des palindromes (des mots qui se lisent de droite à gauche aussi bien que de gauche à droite), il s'attarde sur une image de kayak (qui en est un, palindrome). Et soudainement se rend compte de la silhouette purement aéronautique de l'objet. Son obsession se transfère d'un coup sur l'embarcation. Il commande en secret un modèle de luxe en kit, qu'il assemble à grand peine dans son salon avant de le monter sur le toit de son immeuble… La suite va voir notre Michel, finalement soutenu par Rachel, se lancer, une fois l'intégralité de l'équipement du kayakiste hi-tech commandé, à l'assaut d'une rivière, en l'occurrence un très paisible cours d'eau, puis s'arrimer au bout de seulement quelques kilomètres à proximité d'une auberge estivale tenue par Lætitia (Agnès Jaoui troublante de sensualité) pour finalement bien plus de temps qu'il ne faudrait.

Comme un avion célèbre le pas de côté que nous pouvons tous faire un jour ou l'autre, aussi rangées soient nos vies. Michel transforme un hobby obsessionnel en moyen de s'échapper pour quelques jours dans un havre de paix et de liberté, l'auberge de Laetitia qui semble doucement retirée du monde, en tout épicurisme.
Comme un avion joue autant de l'humour burlesque du personnage de Michel, urbain maladroit, encombré de tout un tas de gadgets inutiles comme s'il se lançait dans un raid sur le Zambèze, que de la poésie engendrée par son escapade. Et le film est habité par une galerie de personnages secondaires touchants ou drôles : formidable Vimala Pons en jeune serveuse bohème un chouia dépressive, qui pleure à chaque pluie en souvenir d'un chagrin d'amour arrosé, ou Michel Vuillermoz en client éternel de l'auberge qui s'enfile absinthe sur absinthe entre deux travaux de peinture, et pour finir l'hilarant Pierre Arditi, dans le rôle d'un pêcheur irascible qui ressemble diablement à Pierre Arditi…(Utopia)


Cinéma du Luc : mercredi 1er à 18h, vendredi 3 à 21h, samedi 4 à 18h et dimanche 5 à 16h
 

Loin de la foule déchaînée
LOIN DE LA FOULE DÉCHAÎNÉERéalisé par Thomas VINTERBERG
GB/USA 2014 1h59mn VOSTF
avec Carey Mulligan, Matthias Schœnaerts, Juno Temple, Michael Sheen, Tom Sturridge...
Scénario de David Nicholls, d’après le roman de Thomas Hardy

C’est le fruit superbe de la rencontre improbable entre un réalisateur danois touche-à-tout et un romancier anglais naturaliste de la fin du xixe siècle. C’est aussi la preuve vibrante que la littérature traverse les décennies en majesté, sans souffrir ni des modes ni des esprits grincheux. Et c’est pour tout dire assez rassurant de constater qu’il nous est encore possible, dans un monde abasourdi de technologie, esclave du virtuel, d’être touchés droit au cœur par une histoire d’amour épique dont l’intelligence n’a d’égal que le romantisme.
Tout se passe dans la campagne anglaise. Dans une nature brute et sauvage où les éléments indomptables imposent leurs règles aux humains. Cette terre, Bathsheba Everdene la connaît par cœur et l’aime plus que de raison. Vivant avec sa tante dans une petite ferme isolée, elle s’acharne avec obstination à en tirer le meilleur. Si elle vivait en 2015, on pourrait dire de Bathsheba qu'elle est une sacrée nana ! Une force de caractère, obstinément indépendante, farouchement attachée à sa liberté. Elle ne se sent liée à aucun rang, à aucun fiancé, à aucun mari. Un mari ? Pour quoi faire ?

Tout à côté de la ferme vit un berger taiseux, Gabriel Oak, qui préfère la compagnie des bêtes à celle des hommes… même si il n’est pas insensible à la beauté rayonnante de Bathseba. Mais le temps est loin d'être venu d'une déclaration d'amour… Imaginez alors qu’un terrible événement va se produire, laissant le berger sur la paille. Et puis imaginez une mort, celle d’un vieil oncle, propriétaire terrien fortuné qui n’a qu’une nièce comme unique héritière… nièce qui n’est autre que Bathsheba.
Avec son caractère et sa personnalité, la jeune femme va tout naturellement prendre les rênes de la propriété, dirigeant tout son monde avec justesse et fermeté. Mais si elle n’a aucun mal à se faire accepter par les ouvriers agricoles, qui perçoivent bien qu’elle aime le travail de la terre autant qu’eux, c’est une tout autre affaire avec les acheteurs de grain, ces beaux messieurs à chapeaux hauts qui pensent que sa place est à la broderie, au coin du feu. Rusée et déterminée comme jamais, elle va imposer ses règles… bien décidée à garder sa liberté en dépit des avances d’un certain William Boldwood, prospère exploitant d’un âge plus avancé (comprendre la petite cinquantaine) qui va lui faire une cour en bonne et dûe forme. Mais elle a tort de se croire à l’abri des tourments amoureux…
Quant à Gabriel, il est toujours là, jamais loin… C'est l'ange gardien qui ne dit mot, d’une honnêteté sans faille et d’une fidélité à toute épreuve, autant de discrètes qualités qu’une jeune femme, aussi intelligente soit-elle, ne peut pas voir quand elle est occupée à défendre sa propre fierté.

Des personnages qui se croisent, des histoires parallèles qui se tissent et forment comme des fleurs en dentelles dans l’intrigue principale, des quiproquos terribles et des non-dits qui n’en finissent pas de trahir les élans du cœur… le récit est d'une foisonnante richesse et se nourrit du climat de tragédie rurale, d’hypocrisie sociale et d’humour cruel propre à la littérature anglaise de cette période. C’est beau comme un tableau de Turner, et remarquablement interprété par une troupe de comédiens sans faille.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er 18h20 et 21h - mardi 7 : 19h30

 

 

 

L'Ombre des femmes
L'OMBRE DES FEMMESRéalisé par Philippe GARREL
France 2015 1h13mn
avec Clotilde Courau, Stanislas Merhar, Léna Paugam, Vimala Pons, Mounir Margoum, Antoinette Moya...
Scénario de Jean-Claude Carrière, Caroline Deruas, Arlette Langmann et Philippe Garrel
Festival de Cannes 2015 : film d'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs


On ne sera pas étonné de voir Philippe Garrel filmer les amours désaccordés. Depuis Marie pour mémoire en 1967, il n'a cessé de le faire. Tourments affectifs et perte des idéaux révolutionnaires jalonnent la filmographie de ce cinéaste de l'intime comme des leitmotivs dont les films sont une variation permanente.L'Ombre des femmes en est une version gracieuse et inspirée. Garrel s'y montre moins grave et moins lyrique qu'à l'accoutumée et filme le couple en crise de Pierre et Manon avec une frontalité réjouissante. Entre infidélités et passion irréductible, les sentiments les plus complexes y sont exposés avec une clarté et une lucidité étonnante. Dans la compréhension des choses de l'amour, Garrel atteint une justesse qui confère au récit une véritable existence.

C'est avec le ton de l'évidence qu'un narrateur (la voix-off de Louis Garrel dit un texte particulièrement bien écrit) nous rapporte l'histoire de Pierre et Manon. Il est réalisateur de films documentaires et elle est devenue son assistante. Au cours du film qu'ils préparent ensemble, Pierre rencontre une jeune stagiaire, Elisabeth, qui devient sa maitresse. Par insuffisance, Pierre décide de ne rien dire à Manon. Il profite avec Elisabeth des plaisirs de la chair jusqu'au jour où celle-ci découvre que la femme de Pierre a, elle aussi, un amant. D'abord hésitante, Elisabeth ressent finalement le besoin de le dévoiler à Pierre. Or pour Pierre, lui-même infidèle, l'idée que sa femme le trompe est parfaitement inconcevable. Et voilà le couple engagé dans une confusion sentimentale faite de trahisons et de rapiéçages, de petits mensonges et grandes peines amoureuses.
Sans trop dévoiler la suite de l'intrigue, la peinture qui est faite des hommes n'est pas particulièrement avantageuse. Les femmes réservent au contraire beaucoup plus de lucidité et de courage. Garrel, pourtant, ne cherche jamais à porter de jugement sur les agissements de Pierre et Manon : leurs choix sont posés là, comme des états de fait. Car la matière même du cinéma de Garrel depuis toujours vise à comprendre comment les êtres pansent leurs plaies amoureuses, comment l'on vit avec cette « cicatrice intérieure », pour reprendre le beau titre d'un autre de ses films. Au fond, l'effervescence des nouveaux désirs, les amourettes de passage : tout cela n'est qu'une étincelle bien fugace. L'hésitation sentimentale chez Garrel est avant tout une douleur, la douleur de ceux qui regardent leur amour pour l'autre en train de tomber.

L'élégance et la pudeur de L'Ombre des femmes évoquent parfois le cinéma de Truffaut. Garrel ne cède pourtant rien au caractère de son style et de ses façons de faire. Adepte de la pellicule et du noir et blanc contrasté, il tourne ses films dans l'ordre du récit, en se contentant toujours de la première prise. Le jeu des acteurs y gagne en sincérité, tout en préservant le charme de la première fois. Le trio amoureux à l'écran est à ce titre remarquable : Stanislas Merhar, tout en retenue dans son personnage d'amant médiocre et de mari insatisfait ; Léna Paugam, la maîtresse clairvoyante ; et surtout une Clotilde Courau lumineuse, tour à tour éblouissante et véritablement affectée. Avec économie et concision, Philippe Garrel nous emmène dans son cinéma de l'affect pur où la vie apparaît comme nue. C'est résolument romantique – sûrement un peu fou – et profondément beau.


La Tomette (Salernes) : mercredi 1er à 18h, vendredi 3 à 21h et dimanche 5 à 21h
 

Les Terrasses
LES TERRASSES Écrit et réalisé par Merzak ALLOUACHE
Algérie 2014 1h32mn VOSTF
avec Adila Bendimerad, Nassima Belmihoub, Ahcene Benzerari, Aïssa Chouat, Mourad Khen, Myriam Ait El Hadj...

Certaines villes façonnent notre imaginaire, les villes portuaires plus que d'autres, presque par essence. Que dire d'Alger, cité surpeuplée, effervescente et aux couleurs multiples ? Le nouveau film de Merzak Allouache nous propose une vision éminemment symbolique de sa ville tant aimée, Alger, dont il est originaire. Cette vision, il nous la livre gâce à un dispositif singulier et réussi : tout se voit, se vit, s'appréhende depuis les terrasses de la cité, qui deviennent le lieu nécessaire de toutes les intrigues, accueillent malheurs, espoirs, petits et gros gros défauts des protagonistes.

C'est un film mosaïque soigneusement articulé : le cinéaste vient ordonner son film par des histoires successives, cinq exactement, indépendantes les unes des autres, qui se dessinent le temps d'une journée, de l'aube à la tombée de la nuit, et résonnent au rythme des cinq appels à la prière provenant des nombreuses mosquées de la ville. Le film avance au travers des visages de ses héros du quotidien, ni plus ni moins, on s'attarde sur ces morceaux de vie et cela suffit à créer tout un monde. Plus que son histoire, ce qui intéresse le cinéaste, c'est le personnage en lui-même. Ces Algérois ordinaires sont placés au cœur de son propos, et leur authenticité, leurs espoirs, leur détresse, leurs élans laissent toute latitude aux spectateurs pour puiser dans son imaginaire.
Les cinq terrasses choisies par Merzak Allouache sont situées dans différents quartiers ou communes d'Alger (Casbah, Bab El Oued, Notre dame d'Afrique, Centre ville et Belcourt), et ces espaces restreints, loin d'enfermer le film, lui offrent au contraire une grande ouverture, vers l'ailleurs, vers le voyage… peut-être immobile. Les terrasses donnent sur le port, la baie, la mer et son horizon lointain. Elles accrochent la lumière, et leur blancheur nitide contraste avec ces plans magnifiques de port et de mer qui renferment, la nuit tombée, les secrets de la ville…
Sur ces terrasses, à travers les quelques personnages mis en scène par Allouache, se condense toute la ville et ses soubresauts : jeunes musiciens pleins d'espoir, malfrats en plein désarroi face à leur sentiment familial, religieux hypocrite, femmes perturbées, mari violent, boxeur sur les nerfs…

Et on comprend que ce choix de scénographie n'est pas là seulement pour le décor, l'illustration : la sclérose, l'impossibilité d'être résonnent d'autant plus fort qu'elles s'expriment dans ces espaces ouverts, à la vue de tous, si proches du ciel, et qui pourtant protègent les pires des secrets, les us et coutumes passéistes. C'est le théâtre des pulsions inavouables, des hypocrisies, chacun s'arrangeant franchement avec sa foi, sa morale, les diktats de la société.
Merzak Allouache nous fait ressentir l'universalité de ses personnages : ces jeunes musiciens pourraient être des « chats persans » dans un autre orient. Son film est sans doute un portrait au vitriol de l'Algérie contemporaine, mais on sent aussi, dans l'impression de vitalité et de bouillonnement qui s'en dégage, un salutaire geste de vie, face à l’obscurité.

Cinéma de Lorgues : samedi 4 à 18h et lundi 6 à 19h

 

 

 

 

 

Le Labyrinthe du silence
LE LABYRINTHE DU SILENCERéalisé par Giulio RICCIARELLI
Allemagne 2014 2h03mn VOSTF
avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht, Gert Voss...
Grand Prix, Prix du Public et Prix du jury étudiant - Festival du Film d'histoire de Pessac 2014 

Nous sommes en 1958 à Francfort, la toute jeune République Fédérale d'Allemagne tente de se reconstruire, de panser les blessures de sa société meurtrie par la barbarie nazie. Un peintre en balade lâche soudain chevalet et pinceaux en reconnaissant, derrière les grilles d'une école, un homme qui a été un de ses tortionnaires dans le camp d'extermination d'Auschwitz et qui est devenu depuis professeur, sans être inquiété semble-t-il.
Relayé par un journaliste tenace, Thomas Gnielka, le témoignage du peintre juif va changer la vie d'un tout jeune procureur, Johann Radmann, jusque là préposé aux délits routiers. Intègre et obstiné, le jeune magistrat va découvrir non seulement la réticence de ses collègues à prendre en compte la demande de justice d'une victime du régime nazi – la raison d'État prône la réconciliation nationale, pas la recherche des anciens tortionnaires – mais aussi la totale ignorance de beaucoup de ses compatriotes, y compris au sein du Palais de Justice : la majorité des gens qu'il questionne ne connaît même pas l'existence d'Auschwitz ! Heureusement Radmann aura le soutien du procureur général Fritz Bauer, lui même Juif exilé en Scandinavie durant la guerre alors qu'il était jeune parquetier.

Le Labyrinthe du silence évoque l'histoire tout à fait réelle du procès historique mais méconnu de quelques uns des SS d'Auschwitz (malheureusement seulement 22 des 6000 qui ont servi dans le camp de concentration !) qui s'est tenu de 1963 à 1965. Un procès historique parce que, contrairement à celui de Nüremberg en 1945-1946, engagé par les Alliés contre les dignitaires du régime vaincu, celui-ci fut mené par la jeune justice allemande et s'attaquait bien à la machine concentrationnaire et d'extermination et non uniquement aux crimes de guerre strico sensu. Il visait ainsi tous les niveaux du système, depuis le simple kapo zélé jusqu'aux responsables du camp. Le film rend remarquablement la complexité de cette entreprise dantesque. Les procureurs ont dû affronter tous les blocages possibles à tous les échelons d'une administration comptant encore dans ses rangs nombre d'anciens nazis : documents introuvables, volonté affichée de la police de ne pas collaborer, dans un contexte politique où le chancelier Adenauer lui-même faisait tout pour freiner le nécessaire devoir de reconnaissance de la culpabilité d'une grande partie du peuple allemand.
Mais il fallut aussi recueillir les témoignages de victimes souvent réticentes après qu'on les ait ignorées plus d'une décennie, sans compter que beaucoup de ces témoins avaient quitté l'Allemagne… La complexité était aussi psychologique pour bien des protagonistes, car une grande majorité parmi ceux qui avaient plus de quarante ans étaient d'anciens membres du Parti nazi, y compris dans l'entourage des procureurs, comme le montre une très belle scène dans laquelle le jeune Radmann est confronté au passé de sa propre famille… Le film montre au passage le rôle ambigu des sauveurs américains, qui s'accommodent de la présence aux affaires des anciens nazis pour assurer la gestion du pays, la priorité étant désormais pour eux la lutte contre l'influence soviétique. Rôle ambigu aussi des Israéliens, qui établissent une priorité discutable dans la capture des anciens responsables nazis, Eichmann leur paraissant par exemple plus important que le terrible docteur Mengele – qui leur échappera d'ailleurs et mourra accidentellement au Brésil après avoir vécu tranquille pendant vingt ans.

Utilisant intelligemment le personnage du jeune procureur idéaliste découvrant à la fois la complexité de son métier et l'histoire cachée de son pays, ponctué de moments particulièrement forts et émouvants, Le Labyrinthe du silence se suit tout autant comme un thriller judiciaire que comme un plaidoyer nécessaire contre l'oubli. (Utopia)

Cinéma de Cotignac : vendredi 3 à 18h


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358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

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