Au(x) cinéma(s) du 1er au 7 mars

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Bonjour à tous !

Cette semaine, au ciné-club de CGR, c'est Manchester by the sea de Kenneth Lonergan, le splendide et touchant portrait d'un homme qui a tout perdu. Nous précisons bien dans les horaires les séances en VO et en VF.

Notez sans plus attendre nos prochaines propositions Entretoiles :
- Nous tentons de vous proposer en plus de la "soirée à thème" une autre soirée avec un seul film, sans thème particulier, (et sans apéritif !) : le premier que nous vous proposons est Moonlight de Barry Jenkins le dimanche 12 mars. Il vient d'obtenir l'Oscar du meilleur film, en plus de ses nombreuses autres récompenses.C'est un film sincère et sensible qui captive et émeut : venez y nombreux ! De votre présence ce soir là, dépend le fait que nous puissions continuer de vous proposer une séance de plus chaque mois !
- Notre prochaine soirée à thème est : "Adolescences" le dimanche 26 mars. Avec 2 films, Jamais contente d'Emilie Deleuze, "un des films les plus jubilatoires jamais réalisés sur l'adolescence" et Les Géants de Bouli Lanners, "un formidable conte sur l'apprentissage". Et, cela va sans dire, l'apéritif Entretoiles entre les 2 films...

On peut aussi voir au CGR Patients de Grand corps malade et Mehdi Idir, un film énergique, à l'humour décapant, sur le handicap.
Au Vox, Paula de Christian Schwochow un film passionnant sur la vie d'une peintre qui ne s'en laisse pas compter au tout début du XXème sciècle, Les Fleurs bleues d'Andrej Wajda, une fable sur l'incommunicabilité, Chez Nous de Lucas Belvaux (aussi à Cotignac), un film engagé sur le parcours politique d'une infirmière du Nord de la France, Loving de Jef Nichols (aussi à Cotignac), qui nous montre le long combat des époux, Loving, un film d'une classe folle, humble et digne, Et Les Mistrals gagnants (et à Lorgues), un documentaire époustouflant sur des enfants gravement malades mais vaillants, vivants !  Deux séances en VO au Vox pour voir La la land ! Et aussi à Lorgues La Supplication de Pol Cruchten et à Salernes Mr Gaga sur les pas d'Ohad Naharin de Tomas Heymann.

Au CGR, les prochaines semaines en ciné-club, vous pourrez voir : La Vallée des loups de Jean Michel Bertrand, Paterson de Jim Jarmush , et Silence de Martin Scorsese.

Signalons enfin le ciné débat-citoyens à Lorgues jeudi 2 à 20h, avec Karnaval de Tomas Vincent

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma ! Bonnes vacances à ceux qui en prennent !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 1ER AU 7 MARS

Affiche
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Manchester by the sea
Ecrit et réalisé par Kenneth LONERGAN
USA 2016 2h16mn VOSTF
avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges, Gretchen Mol, CJ Wilson...
C’est bien depuis la mer qu’il faut découvrir Manchester by-the-Sea, Massachusetts, petite ville côtière des Etats-Unis repérable sur la carte à quelques centimètres de Boston. Depuis la mer, tout paraît calme et serein : les bateaux de pêche vont et viennent, les résidences plantées au bord de l’eau semblent couler des jours indéfiniment paisibles, même les bâtisses industrielles du port, couleur rouge brique, semblent s’intégrer avec élégance au paysage. Depuis la mer, Manchester by-the-Sea est une ville où il fait bon vivre, une ville où l’on naît et où l’on meurt, sans l’once d’un regret de n’en être jamais parti, sans avoir eu l’envie ni le goût d’un ailleurs tant la vie ici semble belle et simple. Depuis la mer, la vue d’ensemble décrit des courbes et des couleurs en parfaite harmonie avec les hommes... lire la suite
CGR (Draguignan) en ciné-club en VO : mercredi 1er à 10h45, jeudi 2 à 13h45, samedi 4 à 22h20 et lundi 6 à 16h30
en VF : vendredi 3 à 16h30, dimanche 5 à 19h50 et mardi 7 à 10h45
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Moonlight
Écrit et réalisé par Barry JENKINS
USA 2016 1h51mn VOSTF
avec Trevante Rhodes, Alex. R. Hibbert, Ashton Sanders, Mahershala Ali, Janelle Monae, Naomie Harris, André Holland...
D'après le livre de Tarell Alvin McCraney
Moonlight se passe exclusivement dans la communauté noire défavorisée de Miami, mais pas de confusion : on est à 10 000 lieux du film de ghetto avec guerre des gangs endémique et coups de flingue pour un bout de trottoir où vendre du crack. Moonlight captive et émeut en nous montrant avec sincérité et sensibilité l'évolution et la construction de l'identité d'un enfant au destin tourmenté. Un récit en trois volets où l'on suit Chiron dans le quartier de Liberty à Miami, d'abord à l'âge de neuf ans – il est alors surnommé Little – puis à seize ans en adolescent solitaire avant de le retrouver quand il est devenu un homme de vingt-cinq ans au physique impressionnant et à la prestance de caïd, mais cachant de toute évidence au plus profond quelques blessures jamais refermées... lire la suite
CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles, une seule séance dimanche 12 à 20h
Lorgues : samedi 4 à 16h, dimanche 5 à 18h, lundi 6 à 18h
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Jamais contente
Réalisé par Emilie DELEUZE
France 2016 1h29mn
avec Léna Magnien, Patricka Mazuy, Philippe Duquesne, Catherine Hiegel, Alex Lutz...
Scénario de Marie Desplechin, Emilie Deleuze et Laurent Guyot, d'après le roman Le Journal d'Aurore de Marie Desplechin
« Mon père est atroce, ma mère est atroce, mes sœurs aussi, et moi je suis la pire de tous. En plus, je m’appelle Aurore. Les profs me haïssent, j’avais une copine mais j’en ai plus, et mes parents rêvent de m’expédier en pension pour se débarrasser de moi. Je pourrais me réfugier dans mon groupe de rock, si seulement ils ne voulaient pas m’obliger à chanter devant des gens. A ce point-là de détestation, on devrait me filer une médaille. Franchement, quelle fille de treize ans est aussi atrocement malheureuse que moi ? »... lire la suite
CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles, dimanche 26 à 18h
Affiche
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Les Géants
Réalisé par Bouli LANNERS
Belgique 2011 1h24mn
avec Zacharie Chasseriaud, Martin Nissen, Paul Bartel, Karim Leklou, Didier Toupy, Gwen Berrou, Marthe Keller...
Scénario de Bouli Lanners et Elise Ancion
On attendait beaucoup de Bouli Lanners après son savoureux et singulier Eldorado d'il y a trois ans. On attendait beaucoup de ce digne représentant de cette « belgitude » qu'on aime tant, ce mélange de dérisoire et de poésie, de peinture scrupuleuse du quotidien et d'envolées surréalistes, cet esprit libertaire désabusé qui regarde en face le désespoir social mais qui explose dans un grand éclat de rire au bord du précipice. On attendait beaucoup et on est pas déçu, bien au contraire ! On retrouve cette singularité, cette liberté irréductible dans Les Géants, magnifiées par une mise en scène surprenante de beauté irréelle... lire la suite
CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles, dimanche 26 à 20h30
Affiche
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Patients
Réalisé par GRAND CORPS MALADE et Medhi IDIR
France 2017 1h50mn
avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Franck Falise, Yannick Renier, Anne Benoit, Alban Ivanov, Dominique Blanc, Xavier Mathieu...
Scénario de Fadette Drouard et Grand Corps Malade, d’après son livre
Marcher, se lever, se laver, lacer ses chaussures, se faire cuire un œuf, lever son verre, monter les marches, serrer une main, se gratter le dos… et bien d’autres grandes ou petites choses plus ou moins avouables : on ne réalise pas au quotidien ces mille milliard de gestes que notre corps, cette géniale machine en mouvement perpétuel, est capable d’accomplir pour nous servir. Jusqu’au jour où la bécane se met à déconner, à partir de travers, à se mettre en grève générale ou partielle, la faute à la maladie, aux accidents, la faute au destin, la faute à pas de chance ou, pour Ben, la faute à la piscine. Si elle avait été un peu plus profonde, cette piscine, Ben aurait pu y nager tranquille au lieu de s’y fracasser… Résultat aussi violent que le choc : paralysé à 20 piges, horizontalité obligée, plus d’autonomie, plus de mouvement, plus qu’un lit et quatre murs comme unique ligne d’horizon... lire la suite
CGR (Draguignan) :  Tous les jours à 11h, 13h30, 15h45, 18h, 20h25, 22h30
Affiche
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Paula
Réalisé par Christian SCHWOCHOW
Allemagne 2017 2h03mn VOSTF
avec Carla Juri, Albrecht Abraham Schuch, Roxane Duran, Joel Basman...
Scénario de Stefan Kolditz et Stephan Suschke
En ce temps-là, guère plus de cent ans, quasiment hier quand on y pense, un tout petit moment comparé au temps écoulé depuis l'instant décisif où l'éternel barbu a piqué une côte à Adam pendant son sommeil pour fabriquer Eve… définissant ainsi d'emblée une forme de hiérarchie entre ses créatures, au point que bien plus tard, en ce temps-là donc, on n'imagine toujours pas qu'une femme puisse être une personne à part entière, qu'elle puisse penser, créer, échapper à son destin d'épouse au foyer dont l'unique acte de création doit consister à se reproduire, toute autre forme d'expression étant pour elle accessoire et d'agrément... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 13h45, 18h20 et 20h45, jeudi 2 à 13h45, 18h et 20h30, vendredi 3 et lundi 6 à 16h15, 20h45, samedi 4 à 13h45 et 20h45, dimanche 5 à 13h45, 16h10 et 20h45, mardi 7 à 13h45 et 18h05
Affiche
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Les Fleurs bleues
Réalisé par Andrzej WAJDA
Pologne 2016 1h40mn VOSTF
avec Boguslaw Linda, Aleksandra Justa, Bronislawa Zamachowska, Zofia Wichlacz...
Scénario de Andrzej Mularczyk
Premières images bucoliques, au pied d'une colline d'un vert tendre, de jeunes gens se content fleurette ou dissertent sur l'art de la peinture… Le soleil semble leur promettre un avenir radieux. Nous voilà immergés avec eux dans un des fameux ateliers en plein air du célèbre peintre Wladyslaw Strzeminski, enseignant renommé de l'école des Arts Artistiques de Lodz qu'il a cofondée. Ses étudiants sont pendus passionnément à ses lèvres. Surtout la belle Hanna qui y assiste pour la première fois. Tous guillerets, légers, comme si l'art était une chose simple, évidente et fraîche. Dans la Pologne de l'après guerre, Strzeminski est au sommet de la reconnaissance. Le Musée d'Art moderne qu'il a créé, ses travaux de notoriété internationale font de lui une des figures importantes du pays. Lui et son ex-épouse (la sculptrice Katarzyna Kobro) sont réputés pour avoir révolutionné l'art polonais... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er, jeudi 2 et samedi 4 à 16h15, vendredi 3 à 16h15 et 18h40, dimanche 5 à 20h30, lundi 6 à 16h05 et 18h40 et mardi 7 à 16h10
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La La Land
Ecrit et réalisé par Damien CHAZELLE
USA 2016 2h08mn
avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...
Du haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dent dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor... lire la suite
Le Vox (Fréjus) en VO : vendredi 3 à 18h15 et lundi 6 à 18h
Affiche
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La Supplication
Réalisé par Pol CRUCHTEN
Luxembourg 2016 1h26mn
avec Dinara Drukarova, Iryna Voloshyna, Vitaliy Matvienko...
Scénario Pol Cruchten, d’après La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch
« … On nous a conseillé de travailler nos potagers avec des masques de coton et des gants de caoutchouc… Et un savant très gonflé est venu nous parler, au club du village. Il a prétendu qu’il fallait laver les bûches… A-t-on jamais entendu pareille chose ? » D'emblée, le texte nous happe. Le réalisateur luxembourgeois Pol Cruchten l'a puisée dans La Supplication, chef-d’œuvre de Svetlana Alexievitch. Prix Nobel de littérature 2015, l’auteure biélorusse a fait une plongée dans la souffrance et le courage, la générosité et l’humanité des « gens ordinaires » et nous a entraîné, dans son livre La Supplication, au plus proche de ces personnes qui ont vécu et subi la catastrophe de Tchernobyl. Des vies, des amours, des familles qui ont vu leur quotidien anéanti par le plus improbable des désastres… détruit par cette chose quasiment invisible… « Personne ne m’a raconté des choses semblables à celles que j’ai vécues » diront certaines victimes... lire la suite
Lorgues : dimanche 5 à 16h
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Et les mistrals gagnants
Réalisé par Anne-Dauphine JULLIAND
Documentaire France 2016 1h20mn
avec Ambre, Camille, Imad, Charles, Tugdual...
« Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie et l'aimer même si le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants et les mistrals gagnants » Paroles de la chanson de Renaud. Le film d'Anne-Dauphine Julliand nous fait rencontrer cinq enfants : Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual. Ils ont entre six et neuf ans, ils nous prennent par la main, nous entraînent dans leur monde et nous font partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves. Ils vivent dans l'instant. Avec humour et surtout l'énergie optimiste de leur âge, ils mènent un combat contre des maladies très graves et/ou évolutives. Malgré les traitements lourds, malgré les douleurs parfois insoutenables, ils font preuve d'un appétit de vivre incommensurable, d'une énergie communicative. Ces gamins embrassent la vie sans s’apitoyer sur leur sort, sans nier non plus ce qu’ils éprouvent... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er, dimanche 5 et lundi 6 à 13h45, jeudi 2, samedi 4 et mardi 7 à 16h15, vendredi 3 à 18h45
Salernes : jeudi  2 à 20h30, samedi 4 et lundi 6 à 18h
Affiche
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Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin
Réalisé par Tomer HEYMANN
Israël 2016 1h39 VOSTF
avec Ohad Naharin et les danseuses/danseurs de la Batsheva Dance Company...
Gaga… un mot venu de l'enfance, comme un p'tit grain de folie, un balbutiement venu du temps où l'enfant découvre les possibilités d'un corps tout neuf, le bonheur de gesticuler, d'explorer toutes les postures possibles… Il n'y a personne, dit Ohad Naharin, qui ne soit capable d'éprouver du plaisir à mouvoir ses membres. Personne, démontre-t-il, qui ne puisse aller au-delà de ce qu'il croit être ses limites physiques. Chez Naharin, la danse est un cri venu de l'intérieur, un langage incarné qui permet de communiquer avec les autres et avec le monde, dans une sorte de dialogue exaltant et universel… Ohad Naharin est d'une fascinante beauté, d'une grâce animale sans cesse en mouvement. Depuis qu'il est né, il danse comme il respire, à tout propos, à tout moment, sans apprentissage ni contrainte, comme possédé par une jouissance chronique à se sentir bouger... lire la suite
Salernes : jeudi  2 à 20h30, samedi 4 et lundi 6 à 18h
Affiche
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Chez Nous
Réalisé par Lucas BELVAUX
France 2016 1h54mn
avec Émilie Dequenne, André Dussolier, Guillaume Gouix, Catherine Jacob, Anne Marivin, Patrick Descamps...
Scénario de Lucas Belvaux et Jérôme Leroy. Scénario de Lucas Belvaux et Jérôme Leroy
Pauline, infirmière à domicile exerçant dans une petite ville du Nord, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père, ancien métallurgiste et toujours communiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l’aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines élections municipales… Alors que le film est attaqué par des gens qui se sentent visés mais qui ne l'ont pas vu – ils font partie de cette engence redoutable : les critiques de bande-annonces, laissons la parole à Lucas Belvaux, qui situe parfaitement le propos et les enjeux de son film : « Ça se passe ici, en France, chez nous, chaque jour. Un discours se banalise. Une parole se libère, disséminant une odeur abjecte qui dérange de moins en moins. C’est une marée qui monte, qui érode les défenses, les digues.... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 15h40, 18h10, 20h45, jeudi 2 à 15h40 et 20h30, vendredi 3 à 13h45, 16h10 et 20h45, samedi 4 à 13h45, 18h10 et 20h45, dimanche 5 à 15h30 et 20h30, lundi 6 à 13h45 et 15h30, mardi 7 à 15h40 et 20h45
Cotignac : jeudi 2 à 18h et 20h30
Affiche
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Loving
Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 2h03mn VOSTF
avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas, Michael Shannon, Nick Kroll...
La vraie, belle, formidable réussite de Jeff Nichols, c'est d'avoir su restituer l'humanité, la simplicité, le refus catégorique de tout héroïsme de la part de Mildred et Richard Loving, amoureux, amants puis mari et femme, dont la petite histoire se retrouve au cœur d'un de ces tourbillons vertigineux qui façonnent l'Histoire. Pas qu'ils refusent le combat, ils ont si peu à y perdre, mais dans le tumulte qu'ils provoquent, ils se mettent volontairement en retrait, avec humilité et dignité. Et le film, d'une classe folle, tout aussi humble et digne, adopte leur regard et leur distance, les magnifie sans en faire des icônes, accompagne leur lutte sans jamais verser dans l'hagiographie, souligne l'émotion sans sombrer dans le pathos. C'est que Mildred et Richard Loving ne se veulent en rien exemplaires de quoi que ce soit... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er et mardi 7 à 20h45, jeudi 2 à 20h30, vendredi 3 à 13h45, samedi 4 à 18h15, dimanche 5 à 18h et lundi 6 à 20h
Cotignac : lundi 6 à 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 

Manchester by the sea
Ecrit et réalisé par Kenneth LONERGAN
USA 2016 2h16mn VOSTF
avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges, Gretchen Mol, CJ Wilson...

C’est bien depuis la mer qu’il faut découvrir Manchester by-the-Sea, Massachusetts, petite ville côtière des Etats-Unis repérable sur la carte à quelques centimètres de Boston. Depuis la mer, tout paraît calme et serein : les bateaux de pêche vont et viennent, les résidences plantées au bord de l’eau semblent couler des jours indéfiniment paisibles, même les bâtisses industrielles du port, couleur rouge brique, semblent s’intégrer avec élégance au paysage. Depuis la mer, Manchester by-the-Sea est une ville où il fait bon vivre, une ville où l’on naît et où l’on meurt, sans l’once d’un regret de n’en être jamais parti, sans avoir eu l’envie ni le goût d’un ailleurs tant la vie ici semble belle et simple. Depuis la mer, la vue d’ensemble décrit des courbes et des couleurs en parfaite harmonie avec les hommes… mais depuis la mer, les hommes, on les distingue à peine, silhouettes frêles en mouvement dont on ne soupçonne pas les visages, dont on n’imagine pas les fêlures, dont on ne voit ni les sourires ni les larmes.

Lee Chandler a quitté Manchester by-the-Sea, la ville de son enfance, là où il aurait dû vivre heureux et puis vieillir. Il a quitté ses amis, sa famille, son frère, son neveu pour s’installer dans une métropole dont on comprend vite qu’elle lui apporte les deux seules choses qu'il semble désormais désirer : l’anonymat et un boulot alimentaire, en l’occurrence concierge à tout faire. Pendant qu’il répare les toilettes, vide les poubelles, déneige les allées, visse ou repeint, Lee n’a pas trop le temps de penser aux raisons qu’ils l’ont poussé à partir loin de Manchester. On imagine assez vite, par son regard perdu dans le vide d’une profonde solitude, par son air détaché de tout et de tous, que Lee a vécu un drame. Un drame dont on ne revient pas vivant. On peut dire que Lee est un homme déjà mort, en sursis forcé en attendant l’ultime délivrance.
Mais Lee va devoir revenir à Manchester, retrouver ce qu’il reste de sa famille, retrouver le clapotis de l’eau sur la coque increvable du bateau de pêche de son frère, retrouver les embruns marins et la saveur amère du bonheur disparu. Il va aussi faire la connaissance d’un jeune garçon qu’il avait laissé enfant : Patrick, son neveu.

Manchester by the sea, c’est une tragédie grecque portée par une chanson de Dylan, c’est l’Amérique laborieuse qui vit au rythme des saisons, des naissances et des enterrements, c’est aussi le portrait d’une famille morcelée par les drames et celui d’une communauté humaine simple et bienveillante. Mais plus que tout, c’est le portrait touchant de Lee, admirable Casey Affleck, un homme qui n’aura d’autre choix que celui de vivre. (Utopia)

 

CGR (Draguignan) en ciné-club en VO : mercredi 1er à 10h45, jeudi 2 à 13h45, samedi 4 à 22h20 et lundi 6 à 16h30
en VF : vendredi 3 à 16h30, dimanche 5 à 19h50 et mardi 7 à 10h45


Moonlight
JUSTE LA FIN DU MONDEÉcrit et réalisé par Barry JENKINS
USA 2016 1h51mn VOSTF
avec Trevante Rhodes, Alex. R. Hibbert, Ashton Sanders, Mahershala Ali, Janelle Monae, Naomie Harris, André Holland...
D'après le livre de Tarell Alvin McCraney

Moonlight se passe exclusivement dans la communauté noire défavorisée de Miami, mais pas de confusion : on est à 10 000 lieux du film de ghetto avec guerre des gangs endémique et coups de flingue pour un bout de trottoir où vendre du crack. Moonlight captive et émeut en nous montrant avec sincérité et sensibilité l'évolution et la construction de l'identité d'un enfant au destin tourmenté. Un récit en trois volets où l'on suit Chiron dans le quartier de Liberty à Miami, d'abord à l'âge de neuf ans – il est alors surnommé Little – puis à seize ans en adolescent solitaire avant de le retrouver quand il est devenu un homme de vingt-cinq ans au physique impressionnant et à la prestance de caïd, mais cachant de toute évidence au plus profond quelques blessures jamais refermées.

Quand on découvre Chiron, c'est un enfant apeuré qui fuit trois ou quatre petits durs en bermuda et se réfugie dans un de ces appartements abandonnés qui servent de planque aux dealers locaux. C'est ainsi que Chiron va rencontrer Juan, un vendeur de crack au grand cœur (ça « devrait » être un oxymore et pourtant…) qui va devenir pour quelques temps avec sa compagne Teresa – très beau personnage, soigné comme tous les seconds rôles du film – une famille de substitution qui permettra au gamin de trouver affection et confiance.

Moonlight, dont le titre évoque la lueur de la lune perçant l'obscurité de la nuit et de la vie, éclairant la part d'ombre de chacun, décrit de manière formidable comment un petit être grandit et se construit dans toutes ses contradictions alors qu'il est très mal parti dans la vie, enfermé dans une case par une prédestination sociale, culturelle, sexuelle dont il va tenter – ou pas – de se défaire avec l'aide des rencontres qui vont jalonner son parcours. Comment, dans une communauté où tout le monde se connait et où tout le monde obéit à des règles et à un contrôle social pas forcément propice à la liberté individuelle, un jeune garçon noir des quartiers pauvres peut s'affranchir des codes sociaux, de la masculinité revendiquée et presque obligatoire. Comment il peut faire exploser ce statut de souffre-douleur qui lui est assigné depuis l'enfance. Comment il peut concilier l'amour naturel pour sa mère en perdition et la préservation de son avenir. Comment il peut accepter l'amitié protectrice d'un dealer alors que celui ci fournit en produit mortifère sa propre mère. Moonlight est un film éminemment intelligent sur la complexité des âmes et des sentiments : celui qui vous protège et vous aime peut aussi contribuer à la perte de vos proches, celui que vous aimez peut s'avérer aussi votre bourreau malgré lui. Et il faut s'en débrouiller pour grandir.

Pour incarner toute la richesse ambigüe de cette destinée, le réalisateur a trouvé trois comédiens exceptionnels pour les trois périodes de la vie de son personnage principal, avec une palme du cœur à Trevante Rhodes qui incarne Chiron adulte, montagne de muscles incarnant parfaitement, à travers la sobriété du jeu, les blessures profondes et les sentiments intenses qui hantent ses nuits, avec notamment deux scènes bouleversantes de retrouvailles avec sa mère et un ami perdu de vue. Autre personnage fascinant du film : Miami, avec ses palmiers et son soleil permanent, incarnant dans l'imaginaire collectif le paradis subtropical pour retraités fortunés, dont Moonlight nous montre, derrière la beauté et les couleurs, les arrière-cours moins reluisantes, filmées dans un splendide Cinémascope.(Utopia)

CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles, une seule séance dimanche 12 à 20h
Lorgues : samedi 4 à 16h, dimanche 5 à 18h, lundi 6 à 18h


Jamais contente
Réalisé par Emilie DELEUZE
France 2016 1h29mn
avec Léna Magnien, Patricka Mazuy, Philippe Duquesne, Catherine Hiegel, Alex Lutz...
Scénario de Marie Desplechin, Emilie Deleuze et Laurent Guyot, d'après le roman Le Journal d'Aurore de Marie Desplechin

« Mon père est atroce, ma mère est atroce, mes sœurs aussi, et moi je suis la pire de tous. En plus, je m’appelle Aurore. Les profs me haïssent, j’avais une copine mais j’en ai plus, et mes parents rêvent de m’expédier en pension pour se débarrasser de moi. Je pourrais me réfugier dans mon groupe de rock, si seulement ils ne voulaient pas m’obliger à chanter devant des gens. A ce point-là de détestation, on devrait me filer une médaille. Franchement, quelle fille de treize ans est aussi atrocement malheureuse que moi ? » (Aurore, l'héroïne de Jamais contente)

Enfin ! Vous qui désespérez de comprendre l'adolescent ou – exercice tout aussi malaisé – le préadolescent, cet être étrange au regard parfois / souvent (rayez la mention inutile) absent, qui vous toise comme si vous étiez une amibe, avec qui la communication est aussi facile que celle des papous avec les premiers explorateurs australiens, vous tous, mes sœurs, mes frères, réjouissez vous ! Voilà une joyeuse comédie caustique et intelligente que vous pourrez partager avec vos ados préférés et qui vous permettra d'entamer ou de renouer un semblant de dialogue. Il va sans dire que vous pouvez tout à fait la voir seulement entre adultes consentants, histoire de commencer à entrevoir un mode d'emploi…

Celle qui n'est jamais contente, c'est Aurore, une jeune Parisienne d'un milieu et d'une famille ordinaires, une petite nana pas forcément super brillante (elle redouble sa cinquième), pas particulièrement canon et populaire sans du tout être moche et souffre-douleur, une jeune fille de 13 ans qui a justement l'impression qu'elle est invisible, qu'elle est négligée par ses parents (alors que sa petite sœur, bonne élève, est selon elle la chouchoute), méprisée par ses professeurs… Et c'est parti pour une nouvelle rentrée dont elle sait déjà « qu'elle sera pourrie ». Une vraie petite teigne à la langue bien pendue, qui sait dire à son tout nouveau prof de français – qu'il faut bien un peu bizuter – que la Princesse de Clèves, ça ne tient pas debout. Qui n'a pas forcément l'intention de sortir de nouveau cette année avec le gentil grand dadais de l'année passée qui pourtant la relance (« déjà c'était fatigant de t'aimer tous les jours » lui dit-elle cruellement). Elle peut d'autant plus se permettre de faire la fine bouche qu'elle va être abordée par des lycéens d'au moins quinze ans qui lui proposent de devenir la chanteuse de leur groupe de rock naissant…

Jamais contente est l'adaptation maline et enlevée de la trilogie à succès de Marie Desplechin (la sœur d'Arnaud), Le Journal d'Aurore. Le portrait d'une jeune fille des classes moyennes, loin des clichés et des explications toutes faites. Une jeune fille qui vit à une porte de Paris avec des parents (savoureux Patricia Mazuy et Philippe Duquesne) qui sont tout sauf horribles, compréhensifs et ouverts tout au contraire, même s'il leur arrive forcément d'être exaspérés par la tornade de contradictions qu'ils ont engendrée. Le charme contagieux de ce film épatant tient autant à sa justesse de ton, à sa galerie de personnages tous parfaitement croqués (excellent Alex Lutz dans le rôle du prof de français réveilleur de cancres) qu'à la gouaille incroyable de sa jeune actrice Léna Magnien, une vraie révélation. En secouant bien ce cocktail, Emilie Deleuze réussit un des films les plus jubilatoires jamais réalisés sur l'adolescence.

CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles, dimanche 26 à 18h


Les Géants
Réalisé par Bouli LANNERS
Belgique 2011 1h24mn
avec Zacharie Chasseriaud, Martin Nissen, Paul Bartel, Karim Leklou, Didier Toupy, Gwen Berrou, Marthe Keller...
Scénario de Bouli Lanners et Elise Ancion

On attendait beaucoup de Bouli Lanners après son savoureux et singulier Eldorado d'il y a trois ans. On attendait beaucoup de ce digne représentant de cette « belgitude » qu'on aime tant, ce mélange de dérisoire et de poésie, de peinture scrupuleuse du quotidien et d'envolées surréalistes, cet esprit libertaire désabusé qui regarde en face le désespoir social mais qui explose dans un grand éclat de rire au bord du précipice. On attendait beaucoup et on est pas déçu, bien au contraire ! On retrouve cette singularité, cette liberté irréductible dans Les Géants, magnifiées par une mise en scène surprenante de beauté irréelle.

Nous sommes dans un endroit indéterminé aux confins forestiers et vallonnés du plat pays, probablement quelque part entre les Ardennes belges et le Luxembourg. Un endroit sombre et majestueux où ne règne pas forcément la prospérité et l’harmonie sociale, on peut même dire que le coin est peuplé d’affreux bouseux wallons à moitié dégénérés, vivant entre casses de voitures, maisons abandonnées et forêts primaires. Une sorte de version belge de l’atmosphère du Delivrance de John Boorman qui se situait dans le Sud profond américain des années 70. Au milieu de tout ça, deux frères à peine adolescents, Zak et Seth, tentent de survivre dans la maison de leurs grands-parents disparus : ils sont livrés à eux-mêmes, avec le strict minimum pour passer l’été, abandonnés semble-t-il par une mère négligente, qu’ils tentent désespérément de joindre au téléphone. Ils sont rejoints par Dany, un autre ado, persécuté par un grand-frère ultra-violent à qui il semble manquer quelques neurones… Et, assez naturellement, ils font tout et n’importe quoi : des virées dans la guimbarde du grand père alors qu’ils sont loin d’avoir l’âge du permis, des nuits passées dans une cabane sur pilotis branlante menaçant de s’effondrer dans la rivière, boire beaucoup, fumer de l’herbe qui fait rêver et parler de sexe sans vraiment l’avoir pratiqué. En quelque sorte ça pourrait être une version moderne et gentiment trash des Quatre cents coups.
Les choses se compliquent un peu quand ils décident, pour se faire un peu d'argent, de louer la maison familiale au trafiquant local de drogue, un gars du genre qui ne rigole pas et qui projette d'y installer sa production…

Les Géants est un formidable conte sur l’apprentissage de la vie, dans des conditions certes un peu limite, un vrai conte avec tout ce qu'il faut pour se laisser embarquer : sa forêt inquiétante, son ogre, sa gentille fée (incarnée par la toujours magnifique Marthe Keller), sa rivière qui est le chemin vers l’espoir… Mais avec aussi la découverte de la faim, de la peur, et d’une certaine forme d’héroïsme face à l’adversité. Parsemé de dialogues décalés et hilarants, d'échappées surréalistes, de personnages de freaks (le trafiquant de drogue et sa fiancée ne sont vraiment pas piqués des hannetons !) aussi effrayants qu’attachants, Les Géants, porté par des comédiens adolescents assez stupéfiants, est surtout merveilleusement poétique, autant par les images qui magnifient la forêt – certains plans font penser à la beauté sépulcrale des tableaux romantiques allemands – que par des scènes d’une douceur infinie, comme celle où nos Pieds Nickelés sont recueillis par une bonne dame et sa fille trisomique, deux fées surgies du chaos, et plongés soudainement dans la chaleur bienheureuse d’un foyer accueillant.


 CGR (Draguignan) : Soirée Entretoiles, dimanche 26 à 20h30

 

Patients
Réalisé par GRAND CORPS MALADE et Medhi IDIR
France 2017 1h50mn
avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Franck Falise, Yannick Renier, Anne Benoit, Alban Ivanov, Dominique Blanc, Xavier Mathieu...
Scénario de Fadette Drouard et Grand Corps Malade, d’après son livre

Marcher, se lever, se laver, lacer ses chaussures, se faire cuire un œuf, lever son verre, monter les marches, serrer une main, se gratter le dos… et bien d’autres grandes ou petites choses plus ou moins avouables : on ne réalise pas au quotidien ces mille milliard de gestes que notre corps, cette géniale machine en mouvement perpétuel, est capable d’accomplir pour nous servir. Jusqu’au jour où la bécane se met à déconner, à partir de travers, à se mettre en grève générale ou partielle, la faute à la maladie, aux accidents, la faute au destin, la faute à pas de chance ou, pour Ben, la faute à la piscine. Si elle avait été un peu plus profonde, cette piscine, Ben aurait pu y nager tranquille au lieu de s’y fracasser… Résultat aussi violent que le choc : paralysé à 20 piges, horizontalité obligée, plus d’autonomie, plus de mouvement, plus qu’un lit et quatre murs comme unique ligne d’horizon.

Patients raconte une année dans la vie de Ben. Une année pas comme les autres, passée dans un centre de rééducation pour les traumas en tous genre, les poly, les semi, les crâniens, les para, les tétra. Une année pour tenter de se réparer, de se reconstruire, une année toute entière pour apprendre à accepter sa nouvelle condition et peut-être aussi pour s’en échapper.
Coincé dans ce nouveau corps qui ne répond plus présent à l’appel, Ben va faire l’apprentissage complexe et surréaliste de l’assistanat 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Redevenu nourrisson, mais avec la tchatche et l’énergie de ses vingt ans, Ben n’a d’autre choix que de se laisser guider dans ce drôle de nouveau monde où chaque geste banal devient aussi balèze qu’un des douze travaux d’Hercule, et peut provoquer, selon l’humeur et le moral, un fou rire ou des cris de rage.
Dans le centre, c’est une véritable communauté, patients et soignants, qui vit au rythme des séances de kiné, de piscine, des repas… et que le temps est long quand il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre le prochain soin ! Patient, on l’est ici dans tous les sens du terme. Chacun gère son trauma de son côté, avec son histoire, avec ses mots, avec son humour, souvent grinçant, parfois tendre, avec ses forces et chacun aborde la vie et l’avenir comme il le peut. Mais ensemble, la vie dans le centre est tout de même un chouïa moins pénible.

L’histoire de Ben, c’est l’histoire de Fabien Marsaud, plus connu sous son nom d’artiste, Grand Corps Malade, et ce film est tiré de son livre Patients, gros succès de librairie. On prédit à peu près la même destinée à ce film qui va réunir les jeunes, les moins jeunes, les associations, les familles, ceux qui avancent en courant, en boitant, les accidentés, les valides, les vaillants, les cassés, les solides, les cabossés, les réparés, bref, il va embarquer dans le sillon de sa belle énergie ce qu’il est convenu de nommer un large public. Parce qu’il est souvent drôle, terriblement humain et tendre, parce que c’est un chant incroyable qui dit l’amour de la vie et qui raconte aussi, avec une franche sincérité, la force du lien entre les corps cassés et les cœurs généreux, cette force qui donne envie de se battre et d’avancer, avec ou sans roues.
Mais s’il ne fallait retenir qu’une seule qualité à ce film décidément étonnant, c’est bien sa fraîcheur. Elle vient de ses auteurs, de ses comédiens, tous plus formidables les uns que les autres, mais elle émane surtout de ce refus catégorique de n’aborder cette histoire que via le seul prisme d’une cause, au demeurant tout à fait louable, celle du handicap. En décalant ainsi le regard, tout devient beaucoup plus fort, plus universel, plus intense. Sans jamais chercher à asséner vérité définitive ou morale bien pensante, juste par la force des dialogues et des situations, le film parvient, avec grâce et pudeur, l’air de rien, à profondément changer notre regard sur le handicap ; il le fait avec un peps, une énergie, un humour décapants et ça, c’est formidable.

CGR (Draguignan) :  Tous les jours à 11h, 13h30, 15h45, 18h, 20h25, 22h30

Paula

Réalisé par Christian SCHWOCHOW
Allemagne 2017 2h03mn VOSTF
avec Carla Juri, Albrecht Abraham Schuch, Roxane Duran, Joel Basman...
Scénario de Stefan Kolditz et Stephan Suschke

En ce temps-là, guère plus de cent ans, quasiment hier quand on y pense, un tout petit moment comparé au temps écoulé depuis l'instant décisif où l'éternel barbu a piqué une côte à Adam pendant son sommeil pour fabriquer Eve… définissant ainsi d'emblée une forme de hiérarchie entre ses créatures, au point que bien plus tard, en ce temps-là donc, on n'imagine toujours pas qu'une femme puisse être une personne à part entière, qu'elle puisse penser, créer, échapper à son destin d'épouse au foyer dont l'unique acte de création doit consister à se reproduire, toute autre forme d'expression étant pour elle accessoire et d'agrément…1900, tandis que Camille Claudel en bave des ronds de chapeau en France, au nord de l'Allemagne, Paula Becker vient juste de faire vingt-quatre ans. Paula, c'est une grande fille pleine de vitalité, de désirs, d'humour. Elle n'en a toujours fait qu'à sa tête – qu'elle a bien belle autant que bien pleine – et son coup de pinceau s'affirme loin des codes que son milieu essaie de lui imposer. Sa peinture est comme elle : forte, pleine de matière, originale, libre. À contre-courant de ce que ses prétendus maîtres lui enseignent, elle peint à grandes touches ce qu'elle ressent, au gré des rencontres : les gens du peuple, les paysages… refusant de se laisser dicter sa place, son inspiration, son style. 

Quand elle épouse Otto Modersohn, il est peintre aussi, il est reconnu, a déjà du succès et malgré la forte complicité qui règne entre eux, malgré tout l'amour et l'admiration qu'il lui voue, Paula se rend vite compte qu'elle ne pourra s'affirmer pleinement qu'en prenant le large. Elle va donc partir pour Paris, la ville pullule d'artistes, les rencontres sont stimulantes : Rilke, Gauguin, Cézanne, les Nabis, plein d'autres… Et Paula peint, évolue, éclectique, abondante. Chacun de ses séjours à Paris la conforte dans son style, le nourrit, l'enrichit. La vie de Paula ne sera pas très longue, elle mourra juste après avoir donné naissance à sa fille, à trente et un ans, laissant plus de sept cents toiles, treize estampes, un millier de dessins… Une existence brève mais intense et productive qui laisse de quoi remplir le musée qui lui est dédié en Allemagne, faisant d'elle la première femme à connaître cette reconnaissance. Pour parler de cette femme hors norme, il était exclu de se montrer académique
et figé ; Christian Schwochow a choisi une comédienne à la personnalité singulière, à la présence forte : Carla Juri. Paula rit fort, marche à grand pas, elle est robuste, ne cherche pas à minauder ou à plaire. A une époque où on demandait avant tout aux femmes d'être charmantes, décoratives, discrètes, elle vit à fond, ne cède sur rien, se moque des conventions. Elle est une femme libre et au-delà d'un portrait d'artiste qui mérite d'être connue pour son oeuvre, le film raconte qu'il est possible de se vivre femme autrement, quelles que soient les circonstances, l'époque, la pression culturelle et sociale… « Aujourd'hui, il est dur de se réaliser pleinement, en tant qu'amant, que parent, que salarié », dit le réalisateur, « l'histoire de Paula tourne autour de cette question et en cela elle est absolument moderne. » Chose inhabituelle : ce sont les deux scénaristes Stefan Kolditz et Stephan
Suschke qui ont travaillé sur la personnalité et le destin de Paula Becker avant de contacter Christian Schwochow pour qu'il s'empare du projet.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er à 13h45, 18h20 et 20h45, jeudi 2 à 13h45, 18h et 20h30, vendredi 3 et lundi 6 à 16h15, 20h45, samedi 4 à 13h45 et 20h45, dimanche 5 à 13h45, 16h10 et 20h45, mardi 7 à 13h45 et 18h05


Les Fleurs bleues
LES FLEURS BLEUESRéalisé par Andrzej WAJDA
Pologne 2016 1h40mn VOSTF
avec Boguslaw Linda, Aleksandra Justa, Bronislawa Zamachowska, Zofia Wichlacz...
Scénario de Andrzej Mularczyk

Premières images bucoliques, au pied d'une colline d'un vert tendre, de jeunes gens se content fleurette ou dissertent sur l'art de la peinture… Le soleil semble leur promettre un avenir radieux. Nous voilà immergés avec eux dans un des fameux ateliers en plein air du célèbre peintre Wladyslaw Strzeminski, enseignant renommé de l'école des Arts Artistiques de Lodz qu'il a cofondée. Ses étudiants sont pendus passionnément à ses lèvres. Surtout la belle Hanna qui y assiste pour la première fois. Tous guillerets, légers, comme si l'art était une chose simple, évidente et fraîche. Dans la Pologne de l'après guerre, Strzeminski est au sommet de la reconnaissance. Le Musée d'Art moderne qu'il a créé, ses travaux de notoriété internationale font de lui une des figures importantes du pays. Lui et son ex-épouse (la sculptrice Katarzyna Kobro) sont réputés pour avoir révolutionné l'art polonais.

Deuxième scène, nous sommes dans l'antre de l'artiste, dans un appartement qui peine à se souvenir de la chaleur et la luminosité de l'été. Un univers intemporel, concentré, rigoureux. Le vert s'est assombri, comme vieilli par les ans et les ombres sépia qui transforment l'apparence de chaque chose. Seul le bord de certains meubles (peints en jaune mimosa) rappellent une peinture moderne (et il en sera ainsi tout au long du film : chaque plan, méticuleusement composé comme un véritable tableau, est un régal pour les yeux). Assis par terre, au pied de son chevalet, Strzeminski peint. La radio retransmet le congrès de fondation du Parti ouvrier unifié polonais (POUP), qui marque l'avènement de la période stalinienne de la Pologne socialiste (1948-1956) et signe la fin d'une époque. Le nouveau pouvoir en place exige l'adhésion à ses manières de voir, à tous les niveaux, et les artistes doivent se conformer aux dogmes du « réalisme socialiste », l'art abstrait n'a plus droit de cité.
Poètes, sculpteurs… tous vont se plier à ces nouvelles règles, faire taire leurs individualités, leurs choix, leurs passions. Sauf Strzeminski, comme on le sait ou le devine. Et ses étudiants admiratifs (la si sensuelle Hanna en tête) vont tout faire pour le soutenir, lutter à ses côtés, résister. Mais les armes sont inégales. Ils n'ont que leur passion et leur raison à opposer à un régime qui a les moyens de faire virer le professeur de son l'école, de s'acharner à détruire son œuvre, de lui refuser toute dignité jusqu'à lui couper les vivres. C'est cette descente aux enfers d'un homme qui se battra jusqu'au bout à sa manière que filme Andrzej Wajda, décédé en Octobre 2016, pour son ultime opus. À travers ce destin brisé, il décrit précisément une période de l'histoire, son ambiance oppressante et liberticide.

Si le titre polonais original Powidoki, (Afterimage en anglais) se référe à la théorie sur la vision de Strzeminski (qui se passionnait pour le phénomène de persistance rétinienne et en faisait un des axes centraux de son travail), le titre français se réfère, au travers de l'anecdote des « fleurs bleues », à ses relations humaines maladroites, en particulier avec les trois femmes qui gravitent autour de lui dans le film, à commencer par sa propre fille Nika. Une drôle de petite bonne-femme aussi rêche et austère que son paternel, dont la manière de signifier ses sentiments à ce dernier est de le morigéner à propos des cigarettes. Il y a aussi en filigrane la présence de Katarzyna Kobro dont l'ombre semble éternellement planer malgré leur séparation et son absence. Quant à la dévouée Hanna, elle peine à réveiller l'homme qui se cache derrière le professeur… Et tout cela construit une fable très contemporaine qui nous parle d'incommunicabilité, d'incapacité à s'épancher, à moins que ce soit une manière de se protéger ou de protéger les autres de ce qu'on est ou de ce qui nous arrive.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er, jeudi 2 et samedi 4 à 16h15, vendredi 3 à 16h15 et 18h40, dimanche 5 à 20h30, lundi 6 à 16h05 et 18h40 et mardi 7 à 16h10


La Supplication
Réalisé par Pol CRUCHTEN
Luxembourg 2016 1h26mn
avec Dinara Drukarova, Iryna Voloshyna, Vitaliy Matvienko...
Scénario Pol Cruchten, d’après La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch

« … On nous a conseillé de travailler nos potagers avec des masques de coton et des gants de caoutchouc… Et un savant très gonflé est venu nous parler, au club du village. Il a prétendu qu’il fallait laver les bûches… A-t-on jamais entendu pareille chose ? »

D'emblée, le texte nous happe. Le réalisateur luxembourgeois Pol Cruchten l'a puisée dans La Supplication, chef-d’œuvre de Svetlana Alexievitch. Prix Nobel de littérature 2015, l’auteure biélorusse a fait une plongée dans la souffrance et le courage, la générosité et l’humanité des « gens ordinaires » et nous a entraîné, dans son livre La Supplication, au plus proche de ces personnes qui ont vécu et subi la catastrophe de Tchernobyl. Des vies, des amours, des familles qui ont vu leur quotidien anéanti par le plus improbable des désastres… détruit par cette chose quasiment invisible… « Personne ne m’a raconté des choses semblables à celles que j’ai vécues » diront certaines victimes.

Transposer à l'écran ce bouleversant recueil de témoignages, nombreux s'y sont cassé les dents. Pol Cruchten relève pourtant le défi d'une façon pour le moins radicale. Sans pour autant s’attacher à reconstituer le fil des événements qui ont conduit à la catastrophe nucléaire ni à établir les responsabilités, il nous plonge dans le monde des « Tchernobyliens » : la foule anonyme des liquidateurs, veuves, militaires, fonctionnaires, parents d'enfants mal-formés ou décédés. En ne filmant pas que rouille et débris mais en reprenant de larges extraits du livre, que des comédiens hors champs lisent tour à tour (respectant le texte à la virgule), des tableaux se succèdent, volontiers oniriques voire fantastiques. Cet écrin singulier sied parfaitement au « monde de Tchernobyl », sorte de réalité parallèle (« chez nous, c'est la frontière entre le réel et l'irréel qui s'évanouit », dit l'une des voix).

La Supplication donne alors un sentiment de concret mais aussi d’intemporalité qui fait que la souffrance d’hier et de là-bas peut être celle d’ici et d’aujourd’hui. Ce que dit le cinéaste Pol Crutchen à propos du livre est aussi vrai pour son film : « Il y a dans La Supplication une matière qui touche en effet à l’universalité. Certes, la catastrophe de Tchernobyl est le sujet principal mais le livre parle aussi de nos peurs, de nos rêves, de nos croyances, de la nature, de l’amour… On touche à tous ces éléments qui définissent la condition humaine. » D'après Marc Belpois (Utopia)

Lorgues : dimanche 5 à 16h

La La Land
Écrit et réalisé par Damien CHAZELLE
USA 2016 2h08mn
avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K Simmons, Rosemarie Dewitt...

Du haut de ses trente piges, Damien Chazelle confirme que la réussite de son premier film, le brillant et très remarqué Whiplash, était tout sauf le fruit du hasard. Il a talent fou, voilà tout ! Il récidive donc avec un projet plus ambitieux, une aventure qui porte un cran plus haut le degré d’exigence et confirme que le jeune réalisateur n’a sans doute pas peur de grand chose : ni de croquer à pleines dent dans le mythe, ni de faire trembler ses producteurs dont on imagine qu’ils ont aligné quelques zéros pour être à la hauteur du rêve. Au final : La la land, un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d'un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor.
La la land, c’est la comédie musicale comme on n'osait plus la rêver, c’est un étalon lancé à cent kilomètres heure sur la piste de danse étoilée. Ce ne serait que cela, ce serait déjà très bien, mais quand le cavalier qui tient les rênes est un type passionné de musique, brillant, audacieux, fougueux, il devient vite évident que l'on est ici un niveau au-dessus et qu’au-delà du simple film de genre, c’est bien un pan tout entier de l’âge d’or du cinéma hollywoodien que le bougre a décidé de parcourir à bride abattue. La course sera éblouissante et le voyage digne d’un aller-retour sur la lune.

C’est l’histoire de Mia et de Sebastian… Elle est serveuse dans un café niché au creux d’imposants décors d’un grand studio hollywoodien et court obstinément les castings dans l’attente du grand rôle. Il est pianiste de jazz, fan de Thelonius Monk mais pour l'heure il est surtout fauché et doit cachetonner en attendant d’accomplir son rêve : reprendre une mythique boîte de jazz à son compte et y jouer toute la musique qu’il aime. Entre eux, l'indifférence voire le mépris d'abord… avant les étincelles !
Embrassant avec délice tous les clichés, jonglant avec les références les plus prestigieuses – de Chantons sous la pluie à La Fureur de vivre en passant par Un américain à Paris, West Side Story ou les mélos flamboyants à la Douglas Sirk, sans oublier quelques clins d'œil admiratifs autant qu'affectueux à Jacques Demy – La la land parvient pourtant à tout réinventer. Les codes, dont il se moque avec tendresse, les chansons, traditionnelles mais souvent détournées avec humour, les décors, sublimes dans leur écrin de carton pâte mais qui jamais ne font toc, et les deux protagonistes, clichés sur pattes (la jeune serveuse qui veut percer à Hollywood, le musicien idéaliste et un peu dédaigneux qui se veut l’héritier des plus grands) mais terriblement humains. Même le récit, dont la trame est classique, parvient à nous surprendre grâce à une construction singulière (la toute dernière partie du film est en cela une belle trouvaille).

S’il s’agit plus d’un hommage abouti que d’une véritable révolution cinématographique, La la land est une vrai bouffée de bonheur, colorée, enjouée, rythmée, qui vous prend par la taille, vous entraîne dans la danse et ne vous lâche qu’au bout de deux heures… Ou qui ne vous lâche pas, la la la…

Le Vox (Fréjus) en VO : vendredi 3 à 18h15 et lundi 6 à 18h

Et les mistrals gagnants
Réalisé par Anne-Dauphine JULLIAND
Documentaire France 2016 1h20mn
avec Ambre, Camille, Imad, Charles, Tugdual...

« Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie et l'aimer même si le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants et les mistrals gagnants » Paroles de la chanson de Renaud.

Le film d'Anne-Dauphine Julliand nous fait rencontrer cinq enfants : Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual. Ils ont entre six et neuf ans, ils nous prennent par la main, nous entraînent dans leur monde et nous font partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves. Ils vivent dans l'instant. Avec humour et surtout l'énergie optimiste de leur âge, ils mènent un combat contre des maladies très graves et/ou évolutives. Malgré les traitements lourds, malgré les douleurs parfois insoutenables, ils font preuve d'un appétit de vivre incommensurable, d'une énergie communicative. Ces gamins embrassent la vie sans s’apitoyer sur leur sort, sans nier non plus ce qu’ils éprouvent.
Leçon de courage et d’optimisme comme le résume Tugdual : « Quand on est malade, cela n’empêche pas d’être heureux ». La vie avec la maladie reste la vie, avec ses hauts exaltants et ses bas terribles. En célébrant les premiers sans oublier les seconds, le film évite ainsi l’écueil de la sensiblerie pleurnicharde autant que de l’angélisme béat, sans céder à aucun moment à la tentation de la démonstration ou de l’exhibitionnisme. Le regard de la réalisatrice, respectueux des enfants et des familles, l’est aussi du spectateur qui se sent concerné, ému, transporté par ces témoignages sans jamais avoir l’impression d’être voyeur ou manipulé.

« Il est des rencontres qui changent le cours d’une vie. Et les mistrals gagnants est né de ces rencontres. La toute première s’appelle Thaïs. Thaïs, ma fille au prénom de princesse, atteinte d’une maladie incurable au nom barbare : la leucodystrophie métachromatique. Du haut de ses deux ans, Thaïs a ouvert mon cœur en l’invitant à apprécier chaque instant de l’existence. En réalisant qu’une belle vie ne se mesure pas au nombre d’années.
« J’ai ensuite rencontré à de multiples occasions des familles touchées elles aussi par la maladie d’un enfant. Elles m’ont ouvert les yeux. Là encore j’ai vu la force de l’insouciance des enfants. J’ai compris à quel point leur vision de la vie change positivement la nôtre. Et j’ai eu envie de le partager avec le plus grand nombre. J’ai eu envie de le raconter, de le montrer, de manière incontestable : avec des mots et des regards d’enfants…
« Le film se concrétise alors grâce aux rencontres d’alliés précieux, acteurs incontournables de la prise en charge des enfants : les services hospitaliers, les équipes ressources de soins palliatifs, les équipes d’hospitalisation à domicile, les associations de soutien aux enfants malades et à leur famille. Ils nous ouvrent leurs portes avec confiance parce que le sujet de notre film est la raison de leur métier et de leur engagement : ajouter de la vie aux jours, tous les jours. Ils nous accompagnent dans les plus belles rencontres de ce projet : les enfants, cœurs battants, vaillants, vivants de Et les mistrals gagnants. » Anne-Dauphine Julliand (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er, dimanche 5 et lundi 6 à 13h45, jeudi 2, samedi 4 et mardi 7 à 16h15, vendredi 3 à 18h45
Salernes : jeudi  2 à 20h30, samedi 4 et lundi 6 à 18h

Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin
Réalisé par Tomer HEYMANN
Israël 2016 1h39 VOSTF
avec Ohad Naharin et les danseuses/danseurs de la Batsheva Dance Company...

Gaga… un mot venu de l'enfance, comme un p'tit grain de folie, un balbutiement venu du temps où l'enfant découvre les possibilités d'un corps tout neuf, le bonheur de gesticuler, d'explorer toutes les postures possibles… Il n'y a personne, dit Ohad Naharin, qui ne soit capable d'éprouver du plaisir à mouvoir ses membres. Personne, démontre-t-il, qui ne puisse aller au-delà de ce qu'il croit être ses limites physiques. Chez Naharin, la danse est un cri venu de l'intérieur, un langage incarné qui permet de communiquer avec les autres et avec le monde, dans une sorte de dialogue exaltant et universel…
Ohad Naharin est d'une fascinante beauté, d'une grâce animale sans cesse en mouvement. Depuis qu'il est né, il danse comme il respire, à tout propos, à tout moment, sans apprentissage ni contrainte, comme possédé par une jouissance chronique à se sentir bouger.

Devenu grand, lorsque ce don des dieux devient une évidence pour tous, il se met à l'apprentissage de la technique avec les plus talentueux, mais après vingt-deux ans de liberté, c'est un peu tard pour accepter de se plier aux conceptions des autres. De Marta Graham à Béjart, il ne supportera pas qu'on lui impose de danser d'une façon qui ne lui corresponde pas profondément. Il créera donc son propre style et il l'appellera le style Gaga, le premier mot qu'il ait jamais prononcé d'après sa mère… une façon de souligner le côté ludique et dérisoire des choses.

Qu'on soit féru de danse ou néophyte, ce qui subjugue dès la première image, c'est cette exultation des corps, ce sentiment de liberté inouïe, de plaisir à se sentir vivant. Les corps sont extraordinairement déliés à force de mouvements et expriment mieux que les mots toute la gamme des sentiments humains : la passion, le désir, la douleur, le bonheur… Bien au-delà de la performance technique, il y a l'expression des visages, des regards, des voix : la danse est ici don absolu de soi, communication totale avec les autres et c'est d'une beauté confondante parce que jamais gratuite, jamais déracinée.
« Le principe, c'est d'écouter son corps avant de lui dire quoi faire. Procéder ainsi permet de prendre conscience de nos blocages physiques, de nos faiblesses et aussi de dépasser chaque jour ces limites devenues routinières ». On est assez sidéré de voir ce que ces danseurs obtiennent de leur corps sans jamais donner l'impression de lui faire violence, portés par une exultation profonde de leur être en son entier. L'échange entre Ohad et ses danseurs a quelque chose d'une relation amoureuse, d'une écoute intense de l'autre qui permet d'aboutir à des chorégraphies saisissantes, d'une intensité amplifiée par la musique, les chants… car Ohad chante et compose, là encore d'une façon atypique, libre et cohérente.
Ohad Naharin est né dans un Kibboutz et en a gardé toute sa vie le goût du collectif, de l'élan partagé. Profondément attaché à ses origines, il ne pourra pas longtemps rester aux États-Unis et reviendra en Israël pour prendre la direction de la Batscheva Dance Compagny, entraînant dans l'aventure Mari Kajiwara, son amoureuse fusionnelle et formidable danseuse enlevée à Alvin Ailey quelques années plus tôt. Si on ne s'attarde pas vraiment sur sa sphère privée, il est d'évidence que la danse et sa vie sont indissociables et, sans être jamais impudique ou voyeur, le film donne à saisir le bonhomme dans son ensemble, personnage entier et exigeant qui, en exprimant son amour profond pour son pays natal, dit sa douleur de le voir emporté par ses responsables politiques dans une dérive suicidaire qui menace les fondements même de ce pays tant aimé. (Utopia)

Salernes : jeudi  2 à 20h30, samedi 4 et lundi 6 à 18h

Chez Nous

HARMONIUMRéalisé par Lucas BELVAUX
France 2016 1h54mn
avec Émilie Dequenne, André Dussolier, Guillaume Gouix, Catherine Jacob, Anne Marivin, Patrick Descamps...
Scénario de Lucas Belvaux et Jérôme Leroy. Scénario de Lucas Belvaux et Jérôme Leroy

Pauline, infirmière à domicile exerçant dans une petite ville du Nord, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père, ancien métallurgiste et toujours communiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l’aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines élections municipales… Alors que le film est attaqué par des gens qui se sentent visés mais qui ne l'ont pas vu – ils font partie de cette engence redoutable : les critiques de bande-annonces ; la palme de la crapulerie de réseau social va à Gilbert Collard, qui traite les producteurs d'« émules de Gœbbels ». Il faudrait instituer un retrait du permis de twitter comme on le pratique avec le permis de conduire –, laissons la parole à Lucas Belvaux, qui situe parfaitement le propos et les enjeux de son film :

« Ça se passe ici, en France, chez nous, chaque jour. Un discours se banalise. Une parole se libère, disséminant une odeur abjecte qui dérange de moins en moins. C’est une marée qui monte, qui érode les défenses, les digues. C’est un discours qui change selon ceux à qui il s’adresse, qui s’adapte à l’époque, qui caresse dans le sens de tous les poils. Un discours qui retourne les mots, les idées, les idéaux. Qui les dévoie. Un discours qui dresse les gens les uns contre les autres. Et des gens glissent, imperceptiblement d’abord, puis plus franchement. De la solitude au ressentiment, du ressentiment à la peur, de la peur à la haine, puis à la révolution. Nationale. On le dit, on en parle, on le montre et pourtant rien n’y fait. Sentiment de déjà-vu. D’impuissance, aussi. De sidération. Impression d’avoir tout essayé. Que chaque mot, chaque tentative de s’opposer se retourne contre celui qui la tente. Que chaque parole, qu’elle soit politique, morale, culturelle, est déconsidérée, illégitime, définitivement.
« Alors, peut-être la fiction est-elle la seule réponse audible, car, comme le discours populiste, elle s’adresse aux sentiments, à l’inconscient. Et aux tripes. Comme les démagogues, elle raconte des histoires. Mais, contrairement à eux, qui essaient de faire passer des fantasmes pour la réalité, qu’ils simplifient à l’extrême, la fiction, elle, essaie de comprendre, de rendre compte de la complexité du monde, de celle de l’humanité, de son époque. Et elle seule, sans doute, peut faire ressentir à chacun ses tremblements les plus intimes.
« Si dans un documentaire, chacun apparaît en tant qu’individu singulier, unique, parlant en son nom, le personnage de fiction, lui, est d’abord perçu par le spectateur comme une construction, une proposition dans laquelle il pourra se reconnaître, ou reconnaître un autre, plus ou moins proche. Une image sur laquelle il pourra (se) projeter, réfléchir, mais aussi s’identifier…
« Chez nous est un film engagé, oui. Il n’est pas militant pour autant, il n’expose pas vraiment de thèse. J’ai essayé de décrire une situation, un parti, une nébuleuse, de décortiquer son discours, de comprendre son impact, son efficacité, son pouvoir de séduction. De montrer la désagrégation progressive du surmoi qu’il provoque, libérant une parole jusqu’ici indicible. D’exposer la confusion qu’il entretient, les peurs qu’il suscite, celles qu’il instrumentalise. Le film ne s’adresse pas en priorité, et ne doit pas s’adresser, à des gens mobilisés, très au fait de ce qu’est vraiment l’extrême-droite. Ce qu’il dit, montre, raconte, tout le monde peut le savoir, mais les gens s’informent plus à travers une presse qui favorise le spectaculaire ou l’émotion, que par des média d’analyse et de réflexion. J’ai essayé d’éviter “l’entre-soi”, de parler à tous et à chacun. De montrer plutôt que de démontrer. De tendre un miroir… Les miroirs nous montrent aussi ce qu’il y a derrière nous, ils nous inscrivent dans un décor, dans le monde, objectivement. Ils nous mettent en perspective et face à nous même. Dans le même temps. Ce film s’adresse d’abord, à ceux qui un jour, demain peut-être, seraient tentés de répondre au chant de ces sirènes. Je ne sais pas si c’est utile. Je suis sûr, en tout cas, que ça vaut la peine d’essayer. » (Lucas Belvaux)

Le Vox (Fréjus) mercredi 1er à 15h40, 18h10, 20h45, jeudi 2 à 15h40 et 20h30, vendredi 3 à 13h45, 16h10 et 20h45, samedi 4 à 13h45, 18h10 et 20h45, dimanche 5 à 15h30 et 20h30, lundi 6 à 13h45 et 15h30, mardi 7 à 15h40 et 20h45
Cotignac : jeudi 2 à 18h et 20h30


Loving

LA CIGALE, LE CORBEAU ET LES POULETSÉcrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 2h03mn VOSTF
avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas, Michael Shannon, Nick Kroll...

La vraie, belle, formidable réussite de Jeff Nichols, c'est d'avoir su restituer l'humanité, la simplicité, le refus catégorique de tout héroïsme de la part de Mildred et Richard Loving, amoureux, amants puis mari et femme, dont la petite histoire se retrouve au cœur d'un de ces tourbillons vertigineux qui façonnent l'Histoire. Pas qu'ils refusent le combat, ils ont si peu à y perdre, mais dans le tumulte qu'ils provoquent, ils se mettent volontairement en retrait, avec humilité et dignité. Et le film, d'une classe folle, tout aussi humble et digne, adopte leur regard et leur distance, les magnifie sans en faire des icônes, accompagne leur lutte sans jamais verser dans l'hagiographie, souligne l'émotion sans sombrer dans le pathos.
C'est que Mildred et Richard Loving ne se veulent en rien exemplaires de quoi que ce soit. Tout ce qu'ils demandent, en définitive, se résume en peu de choses : qu'on les laisse vivre, paisiblement, chez eux, élever leur petite famille, pas trop loin de leurs parents, dans ce petit coin d'Amérique rurale qu'ils ont toujours connu. Problème, et de taille : Mildred est noire, Richard est blanc – et dans l'État de Virginie où ils vivent, en 1958, le Racial Integrity Act en vigueur interdit les mariages mixtes, considérés comme une « menace à la paix et la dignité de la communauté ».

Richard Loving, maçon, un peu charpentier, est un taiseux, un rien tête de mule. Blanc, noir, qu'importe : sa famille, sa classe, n'est pas raciale mais sociale. Les ouvriers, artisans, paysans, qu'il côtoie dans son bled, à la santé desquels il trinque à la fin d'une semaine de labeur, n'ont pas de couleur. Qu'il bricole des carburateurs pour organiser des courses de voitures le Dimanche ou qu'il scelle, l'une après l'autre, des briques dans les murs qu'ils monte, les maisons qu'il bâtit, il avance dans la vie de la même façon : avec l'obstination, la certitude de faire quelque chose de droit, de juste, de bien. De fait, lorsque sa Mildred se retrouve enceinte, il ne cherche pas midi à quatorze heure : ils filent dans l'État voisin de Washington DC pour légaliser leur union – et ni une ni deux, presque ingénument, reviennent au nid filer le parfait amour et reprendre le train train de leur vie bien réglée. Arrêtés, jugés, ils sont condamnés à de la prison avec sursis, peine assortie de 25 ans d’exil hors du territoire de Virginie. Et comme il leur est dit, ce n'est pas de la ségrégation puisque noire et blanc encourent la même peine…
Transplantée à Washington, ville pleine de bruit, de danger et de fureur, la famille (rapidement enrichie de trois enfants) peine à retrouver l'harmonie antérieure. Mais c'est là, à la télévision, que Mildred découvre la figure de Martin Luther King et la grande marche pour les droits civiques. Là que la femme noire qu'elle est s'éveille à une conscience politique, là que va naître l'idée et grandir la détermination de se battre pour faire reconnaître son union, ses droits et ceux de sa famille.

L'affaire Loving vs. Virginia (Loving contre l'État de Virginie) est un épisode peu connu chez nous du « mouvement des droits civiques aux États Unis ». Pour autant, Jeff Nichols ne semble qu'à peine nous raconter le long combat des époux Loving, jusqu'au jugement de la Cour suprême des États Unis rendant inconstitutionnelles toutes les lois interdisant les unions mixtes. Pas de prêchi-prêcha, pas de coups d'éclat ni de confessions tire-larmes, pas de révélations fracassantes ni de vibrantes plaidoiries de tribunal, il fait l'économie de tous les poncifs du genre, laisse tout ce fatras hors-champ. Mais nous invite à partager du temps qui s'étire au quotidien, tout ce qui témoigne à l'évidence du « crime » de s'aimer. Dans une très belle séquence, alors que leurs avocats tentent de médiatiser l'« affaire Loving », un photographe du magazine Life vient dans leur retraite faire un reportage sur les époux hors la loi. Et, ne sachant où trouver sa place, comment tirer le portrait de ceux-là qui ne pensent tellement pas à se mettre en avant, il finit par s'oublier, partager le bonheur simple de la famille et en tirer les plus beaux des clichés. De la même façon, Jeff Nichols met au rencard les effets de mise en scène virtuose qui ont fait sa petite renommée, comme si la fragilité du sujet, des personnages, imposait délicatesse, sobriété et respect. C'est insensiblement, tout comme Mildred semble toujours s'excuser d'avoir à combattre – mais n'en lâche pas la lutte pour autant – que se tisse le fil de la petite histoire qui la relie à la grande. Bien que relatant un épisode des années 60, Loving n'a rien de la reconstitution historique traditionnelle et, à cinquante ans de distance, tend un miroir à nos sociétés contemporaines, l'Amérique trumpiste au premier chef bien sûr, mais le repli réactionnaire ne semble pas connaître de frontières. Loving (le film) est un beau récit populiste, au vrai sens noble, littéraire, du terme. Un film qui nous raconte avec une empathie non feinte et sans la moindre condescendance, que ce ne sont pas les grandes figures héroïques, mais les gens du peuple, des Mildred et des Richard Loving, qui écrivent l'Histoire. C'est rarissime – et absolument enthousiasmant.

« Je ne suis toujours pas versée dans la politique, mais je suis fière que notre nom à Richard et à moi soit celui d'un arrêt de la Cour qui puisse favoriser l'amour, l'engagement, l'équité et la famille, ce que tant de personnes, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, homo ou hétéros, recherchent dans la vie. Je suis pour la liberté de se marier pour tous. C'est de ça qu'il s'agit dans Loving (l'arrêt) et dans loving (l'amour). » (Mildred Loving, en 2007)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 1er et mardi 7 à 20h45, jeudi 2 à 20h30, vendredi 3 à 13h45, samedi 4 à 18h15, dimanche 5 à 18h et lundi 6 à 20h
Cotignac : lundi 6 à 20h30

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

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désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

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