Au(x) cinéma(s) du 2 au 8 décembre

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Avant tout, nous battons le rappel : ce mercredi soir à la salle Lily Pons à 20 h, séance Entretoiles pour L'Ombre des femmes de Philippe Garrel, un film sur l'affect"où la vie apparaît comme nue.. un film profondément beau !" : Alors venez nombreux !
Ensuite toujours pas de film ciné club à CGR, pour des raisons que nous ignorons ! Mais on peut profiter de L'Hermine de Christian Vincent, qu'on peut voir aussi à Cotignac et Nous trois ou rien de Kheiron, une belle comédie sur des sujets brûlants d'actualité !
Au Vox à Fréjus (heureusement qu'il existe !) le très beau Mia Madre de Nanni Moretti, qui nous entraîne dans son univers très personnel, Les Cowboys de Thomas Bidegain, "une histoire forte menée de main de maître", Marguerite et Julien, de Valérie Donzelli, un "conte pop, sensuel et tragique...", Taj Mahal, un film indien qui nous rappellera trop bien des événements tragiques récents, et un Orson Welles La Dame de Shanghai... A Lorgues, Une histoire de fou de Guédigian, sur la tragédie arménienne et Sangue del mio sangue de Bellochio qui "analyse avec rage et acuité la société italienne". A Cotignac, Le Fils de Saul qui nous plonge au cœur du chaos nazi. A Salernes Le Challat de Tunis, satire malicieuse et insolite. Et au Luc, un beau documentaire  : La glace et le ciel
Voilà  pour cette semaine.
Venez voir L'Ombre des femmes ce mercredi !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

Bonne semaine de cinéma !


PROGRAMMATION DU 2 AU 8 DECEMBRE 2015

 

L'Ombre des femmes
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
L'Ombre des femmes
Réalisé par Philippe GARREL
France 2015 1h13mn
avec Clotilde Courau, Stanislas Merhar, Léna Paugam, Vimala Pons, Mounir Margoum, Antoinette Moya...
Festival de Cannes 2015 : film d'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs
On ne sera pas étonné de voir Philippe Garrel filmer les amours désaccordés. Depuis Marie pour mémoire en 1967, il n'a cessé de le faire. Tourments affectifs et perte des idéaux révolutionnaires jalonnent la filmographie de ce cinéaste de l'intime comme des leitmotivs dont les films sont une variation permanente.L'Ombre des femmes en est une version gracieuse et inspirée. Garrel s'y montre moins grave et moins lyrique qu'à l'accoutumée et filme le couple en crise de Pierre et Manon avec une frontalité réjouissante. Entre infidélités et passion irréductible, les sentiments les plus complexes y sont exposés avec une clarté et une lucidité étonnante. Dans la compréhension des choses de l'amour, Garrel atteint une justesse qui confère au récit une véritable existence…  lire la suite
Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 2 décembre 20h. 5€
Nous trois ou rien
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Nous trois ou rien
Réalisé par KHEIRON
France 2015 1h42mn
avec Gérard Darmon, Zabou Breitman, Michel Vuillermoz, Eriq Ebouaney, Leïla Bekhti...
D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble. Révélé par le Jamel Comedy Club et par la mini-série Bref de Canal +, Kheiron Tabib est d’abord connu pour ses talents d’humoriste et de rappeur. Avec Nous trois ou rien, le jeune artiste français d’origine iranienne, étend encore sa palette artistique, pour notre plus grand plaisir. Car, si ce premier long-métrage est une telle réussite, c’est grâce à la richesse, l’originalité et l’efficacité de son scénario. Tout commence dans une prison iranienne, où Hibat (interprété par Kheiron lui-même) est incarcéré depuis sept ans pour avoir osé contester l’action du Shah. Ainsi, dès les premières minutes, le film fait nécessairement écho aux nombreux conflits et aux tensions qui secouent la péninsule arabe depuis trop longtemps... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 2 et lundi 7 à 11h15 - jeudi 3, vendredi 4, samedi 5, dimanche 6 et mardi 8 à 11h
L'Hermine
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
L'Hermine
Ecrit et réalisé par Christian VINCENT
France 2015 1h38mn
avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Chloé Berthier, Corine Masiero, Miss Ming, Aurore Clément...
Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté et redoutable, que d’aucuns surnomment dans son dos « le Président à deux chiffres » car, avec lui, les accusés en prennent toujours pour au moins dix ans. Une réputation qui le précède tandis que l’accompagne son éternelle et affreuse écharpe rouge qui fait oublier ce(lui) qui se cache derrière les apparences. Toujours revêche, le sourire glacial, le verbe cassant, plutôt du style à toiser ses subalternes qu’à sembler compatir avec les humains. On se prendrait bien à le détester avant de pressentir que tout cela est un piètre camouflage. Et puis une cour de justice, c’est un peu comme un théâtre avec son côté cour, son côté jardin, son parterre… et comme tous les comédiens, ses protagonistes ont besoin de costumes pour endosser leur rôle. Les pantomimes se transforment en effets de manche, les trois coups du brigadier en tintements de sonnette, mais la concentration avant l’entrée en scène semble la même que celle d’un toréador prêt à entrer dans l’arène... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 2 et samedi 5 à 13h30 et 20h15 - jeudi 3, vendredi 4, lundi 7 et mardi 8 à  11h, 13h30 et 18h - dimanche 6 à 13h45 et 18h
Cotignac lundi 7 à 20h30
Taj Mahal
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Taj Mahal
Écrit et réalisé par Nicolas SAADA
France 2015 1h30mn
avec Stacy Martin, Louis-Do de Lencquesaing, Gina McKee, Alba Rohrwacher...
L'hôtel Taj Mahal, c'est l'hôtel le plus luxueux de Bombay, une énorme pièce montée qui trône sur une ville cosmopolite, une des plus grandes places financières du monde, mais grouillante de pauvres qui espèrent grappiller quelques miettes de cette concentration de richesse, à proximité des grands hôtels et des cafés... Jamais Louise n'aurait dû se trouver là si la maison, prévue par l'entreprise de son père qui l'a muté là pour deux ans, avait été prête. Deux ou trois jours d'attente supplémentaires à l'hôtel, pas la mer à boire, même si le luxe excessif de la suite qui leur échoit n'est pas vraiment leur milieu naturel. Réception de bienvenue avec les autres cadres de la boîte... Louise a dix-huit ans, ne se sent pas vraiment à l'aise. Lorsqu'elle sort pour découvrir la ville, le harcèlement dont elle fait l'objet ne lui donne pas vraiment envie de traîner dehors. Quand ses parents proposent de sortir dîner en ville, elle préfère rester à l'hôtel et les laisser partir en amoureux. Elle se plonge dans la lecture d'un bouquin, mais très vite des bruits dans le hall de l'hôtel l'alertent : des gens qui courent, puis des détonations, des cris... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 à 16h30 - jeudi 3, samedi 5 et dimanche 6 à 13h55 - vendredi 4 à18h15 - lundi 7 à 20h - mardi 8 à 16h
Les Cowboys
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Les Cowboys
Réalisé par Thomas BIDEGAIN
France 2015 1h45mn
avec François Damiens, Finnegan Oldfield, Agathe Dronne, John C. Reilly, Ellora Torchia, Antoine Chappey...
Scénario de Thomas Bidegain et Noé Debré
Thomas Bidegain n’est pas un inconnu dans le cinéma français. En tant que scénariste, il possède même une sacrée carte de visite. Rien qu’avec Jacques Audiard, il a signé Un prophète, De rouille et d’os et Dheepan. Les Cowboys est donc son premier film en tant que réalisateur Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Le film débute en 1994, dans l’est de la France, lors d’un festival de musique country, ce genre de rassemblement où vous passez pour un zombie si vous ne portez pas votre stetson, votre veste à franges et vos santiags, avec ou sans éperons. Alain – François Damiens, aussi convaincant que dans Suzanne – figure importante de cette petite communauté, monte sur scène pour interpréter un morceau puis danse avec sa fille Kelly, sous le regard attendri de sa femme et de son fils Georges, dit Kid. Mais quelques heures plus tard, alors que la fête touche à sa fin, Kelly a disparu... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :mercredi 2 à 13h50 et 18h20 - jeudi 3 et vendredi 4 à 15h55 - samedi 5 à 18h et 20h30 - dimanche 6 à 18h - lundi 7 à 13h50, 15h55, 18h10 et 20h30 - mardi 8 à 16h
Mia Madre
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Mia Madre
Réalisé par Nanni MORETTI
Italie 2015 1h47mn VOSTF
avec Margherita Buy, John Turturro, Giulia Lazzarini, Nanni Moretti...
Festival de Cannes 2015, Prix du jury oecuménique
Cette patte, ce style à nuls autres pareils, ce regard plein d'un humour tendre qui ne baisse jamais sa garde… C'est du grand Moretti, du très bon Nanni, petit garnement anxieux qui se cache dans l'ombre du grand réalisateur. Il nous entraine dans son univers gracieux où l'intime flirte avec l'universel ! Savoureuse fiction diablement personnelle : quelle est la part de rêve, d'imaginaire, d'autobiographie ? Qu'importe ! Tout s'imbrique dans un récit qui diffracte la réalité de la même façon qu'un kaléidoscope joue avec la lumière.
Premières images… On est au cœur d'un rang de CRS… Au travers des visières on scrute les manifestants. Ils scandent « … lavoro per tutti ! » Tiens ? Cela raisonne comme un écho : « Une terre, un toit… un travail pour tous » petit clin d'œil au Pape François (Habemus papam !) ? Aux victimes de la crise ? Les ouvriers partent à l'affrontement, coups de matraque, canons à eau… Images prises sur le vif, réalistes et pourtant… Quelque chose sonne faux… « - Coupez ! » On est sur un tournage !.
.. lire la suite
Le Vox (Fréjus) mercredi 2, jeudi 3, samedi 5 et dimanche 6 à 15h55, 18h15 et 20h30 - mercredi 8 et vendredi 4 à 13h50, 18h15 et 20h30 - lundi 7 à 15h50, 17h55 et 20h
Marguerite & Julien
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Marguerite & Julien
Réalisé par Valérie DONZELLI
France 2015 1h50mn
avec Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot, Catherine Mouchet, Aurelia Petit, Sami Frey...
Valérie Donzelli s'est inspirée d'un scénario écrit par le grand Jean Gruault (qui vient de disparaître) pour son complice François Truffaut… qui finalement ne réalisa jamais le film. Tout part de l'histoire bien réelle, à la fin du xvie siècle, de Marguerite et Julien de Ravalet, jeunes enfants du seigneur de Tourlaville, dans le Cotentin. Deux enfants dont l'attachement fusionnel devint rapidement suspect aux yeux de leurs parents, qui s'empressèrent de les séparer, mariant de force la jeune fille à un riche collecteur d'impôts de trente ans son aîné. Mais arriva ce qui devait arriver, le mariage n'était pas heureux et la jeune fille s'enfuit pour rejoindre secrètement son frère à Fougères puis Paris, où les incestueux tourtereaux furent arrêtés... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 et jeudi 3  à 15h50, 18h15, et 20h30 - vendredi 4 à 13h50 et 16h - samedi 5 et dimanche 6 à 15h50 et 20h30 - lundi 7 à 13h50 et 16h - mardi 8 à 13h50 et 18h15
La Dame de Shanghai
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
La Dame de Shanghai
Écrit et réalisé par Orson WELLES
USA 1947 1h27mn VOSTF
avec Rita Hayworth, Orson Welles, Everett Sloane, Glenn Anders...
Si vous n'êtes pas déjà convaincu, sachez que La Dame de Shanghaï est une merveille, un diamant noir qui vous hypnotise à volonté, une toile d'araignée qui vous prend implacablement dans ses fils, tissés de la matière même de vos rêves les plus profonds, de vos sentiments les plus enfouis… La Dame de Shangaï est ce que l'on appelle un film noir – c'est même un chef d'œuvre du genre –, avec crimes, femme fatale, règlements de compte et tutti quanti. Le scénario est embrouillé et met en scène un marin, O'Hara, qui rencontre une femme sublime, Elsa, épouse d'un avocat célèbre et boiteux. L'avocat engage le marin pour le piloter lors d'une croisière sur les côtes mexicaines. C'est au cours de ce périple dans le Pacifique que se concrétise l'amour entre O'Hara et Elsa... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 3 20h30
Une Histoire de Fou
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Une Histoire de Fou
Réalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2014 2h14mn
avec Syrus Shahidi, Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Robinson Stévenin...
Scénario de Robert Guediguian et Gilles Taurand
Berlin est tranquille. La journée est paisible. Les rayons du soleil cajolent les scènes du quotidien. Les enfants jouent, les mères les surveillent. Deux vieux sur un banc devisent… « J'aime penser que les moments les plus importants de l'Histoire ne se produisent pas sur les champs de bataille ou dans les palais, mais dans les cuisines ou les chambres d'enfants » dit l'un, reprenant une phrase de l'écrivain israélien David Grossman qui naîtra trente ans plus tard… Clin d'œil anachronique, géographique, intemporel : nous sommes le 15 mars 1921. Plus loin, un jeune homme svelte, charmant, à l'élégance classique, guette le perron d'une demeure cossue. Malgré l'ambiance printanière, il apparait vite qu'il n'attend pas un rendez-vous galant. Ses traits reflètent une anxiété mêlée d'impatience. Un monsieur à l'air important sort alors de la maison… Notre jeune compère s'avance vers lui d'un air décidé… L'un s'appelle Talaat Pacha, l'autre Soghomon Tehlirian… Si ces noms vous sont familiers, vous devinerez la chute de l'histoire et comprendrez pourquoi elle constitue un habile prologue qui éclairera brillamment notre histoire contemporaine. Dans le cas inverse, autant qu'on vous laisse découvrir la suite sans en dire plus... lire la suite
Lorgues : mercredi 2 à 17 h, dimanche 6 à 15h30 et lundi 7 à 21h
Sangue del mio sangue
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Sangue del mio sangue
Écrit et réalisé par Marco BELLOCCHIO
Italie 2015 1h47mn VOSTF
avec Roberto Herlitzka, Pier Giorgio Bellocchio, Lydiya Liberman, Fausto Russo Alesi, Alba Rohrwacher...
Prix de la Critique internationale, Mostra de Venise 2015
Karl Marx disait que les grands faits se produisent toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce. Marco Bellocchio pourrait bien avoir fait sienne cette formule pour bâtir la colonne vertébrale de son nouveau film, puisqu'il propose de mettre en regard, dans un même lieu mais à plusieurs siècles d'écart, deux histoires aux personnages étrangement similaires. Bellocchio n'a eu de cesse d'analyser avec rage et acuité la société italienne, d'en dénicher les impasses et les éléments régressifs. Avec ses deux époques distinctes,Sangue del mio sangue est l'occasion pour le cinéaste de traiter des lignes de force qui traversent l'histoire de l'Italie jusqu'à leurs manifestations les plus actuelles, et de mettre en scène une fois de plus ses thèmes récurrents : emprise de la religion, opacité du politique, quête de la vérité au prix de la folie... lire la suite
Lorgues : mercredi 2 à 19h20 - dimanche 6 à 20h15 - lundi 7 à 19h
Le Fils de Saul
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Le Fils de Saul
Réalisé par Laszlo NEMES
Hongrie 2015 1h47mn VOSTF
avec Geza Röhrig, Levente Molnar, Urs Rechn, Todd Charmont...
Festival de Cannes 2015 Grand Prix du Jury
Impressionnant tour de force d'un réalisateur hongrois de 38 ans qui signe là son premier film, Le Fils de Saul nous plonge au cœur du chaos, nous place dans les pas de Saul Auslander, un Juif hongrois interné en 1944 à Auschwitz et recruté immédiatement – de force évidemment – pour faire partie des Sonderkommando, qui avaient pour terrible mission de réceptionner les malheureux qui ne se savaient pas encore condamnés. Mission de les rassurer, les inviter à se déshabiller à l'entrée de ce qu'ils croyaient être des douches. Ils devaient ensuite nettoyer les lieux de l'horreur, sortir les corps enchevêtrés pour les conduire vers les fours crématoires. Au cœur de cette inhumanité absolue, implacablement montrée dès la première séquence, un événement terrible va réveiller en Saul Auslander sa dignité. Parmi les dizaines de cadavres qu'il s'apprête à charrier vers les fours, il découvre un enfant encore vivant. Pas de miracle, un garde va l'achever… mais Saul croit reconnaître en lui son fils. Son unique objectif va être désormais d'extraire le corps du garçon pour le sauver du four crématoire, lui donner une sépulture et un enterrement décents... lire la suite
Cotignac : lundi 7 à 18h
Le Challat de Tunis
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Le Challat de Tunis
Documenteur de Kaoucher BEN HANIA
Tunisie 2014 1h30mn VOSTF
Tunis, avant la révolution. En ville une rumeur court, un homme à moto, armé d’un rasoir, balafrerait les fesses des femmes qui ont la malchance de croiser sa route. On l’appelle le Challat, « la lame ». Fait divers local ? Manipulation politique ? D’un quartier à l’autre, on en plaisante ou on s’en inquiète, on y croit ou pas, car tout le monde en parle… sauf que personne ne l’a jamais vu. Dix ans plus tard, sur fond de post-révolution, les langues se délient. Une jeune réalisatrice décide d’enquêter pour élucider le mystère du Challat de Tunis. Ses armes : humour, dérision, obstination. Le Challat de Tunis est une satire sociale malicieuse et insolite, qui nous rappelle les réjouissantes comédies italiennes d’autrefois. À ceci près que le film propose une forme cinématographique hybride et inclassable, qui brouille avec une joyeuse bouffonnerie les frontières entre la fiction et le « documenteur ». Truffé de situations incongrues et de simulacres loufoques, Le Challat de Tunis déjoue les certitudes et les attentes... lire la suite
Salernes : vendredi 4 à 18h
La Glace et le Ciel
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
La Glace et le Ciel
Réalisé par Luc JACQUET
Documentaire France 2015 1h29mn
Claude Lorius... Narrateur : Michel Papineschi.
Luc Jacquet met en scène l’aventure de Claude Lorius, parti en 1957 étudier les glaces de l’Antarctique. Il nous raconte l’histoire d’une vie extraordinaire de science et d’aventure, consacrée à percer au plus profond des glaces de l’Antarctique les secrets bien gardés du climat. La Glace et le ciel raconte en détail la vie du chercheur, du premier hivernage dans la base Charcot en 1957, un an d'isolement sous la glace, à trois, sans assistance, sur un continent encore inconnu, jusqu'à la découverte fondamentale, grâce aux carottages de Vostok dans les années 80, qui allaient apporter les preuves tant attendues. En chemin, on assiste à la prise de conscience morale et écologique du scientifique, quand, dans les années 1960, il détecte dans la glace les traces de toutes les explosions nucléaires passées... lire la suite
Le Luc : vendredi 4 et dimanche 6 à 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

L'Ombre des femmes
L'OMBRE DES FEMMESRéalisé par Philippe GARREL
France 2015 1h13mn
avec Clotilde Courau, Stanislas Merhar, Léna Paugam, Vimala Pons, Mounir Margoum, Antoinette Moya...
Festival de Cannes 2015 : film d'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs

On ne sera pas étonné de voir Philippe Garrel filmer les amours désaccordés. Depuis Marie pour mémoire en 1967, il n'a cessé de le faire. Tourments affectifs et perte des idéaux révolutionnaires jalonnent la filmographie de ce cinéaste de l'intime comme des leitmotivs dont les films sont une variation permanente.L'Ombre des femmes en est une version gracieuse et inspirée. Garrel s'y montre moins grave et moins lyrique qu'à l'accoutumée et filme le couple en crise de Pierre et Manon avec une frontalité réjouissante. Entre infidélités et passion irréductible, les sentiments les plus complexes y sont exposés avec une clarté et une lucidité étonnante. Dans la compréhension des choses de l'amour, Garrel atteint une justesse qui confère au récit une véritable existence.

C'est avec le ton de l'évidence qu'un narrateur (la voix-off de Louis Garrel dit un texte particulièrement bien écrit) nous rapporte l'histoire de Pierre et Manon. Il est réalisateur de films documentaires et elle est devenue son assistante. Au cours du film qu'ils préparent ensemble, Pierre rencontre une jeune stagiaire, Elisabeth, qui devient sa maitresse. Par insuffisance, Pierre décide de ne rien dire à Manon. Il profite avec Elisabeth des plaisirs de la chair jusqu'au jour où celle-ci découvre que la femme de Pierre a, elle aussi, un amant. D'abord hésitante, Elisabeth ressent finalement le besoin de le dévoiler à Pierre. Or pour Pierre, lui-même infidèle, l'idée que sa femme le trompe est parfaitement inconcevable. Et voilà le couple engagé dans une confusion sentimentale faite de trahisons et de rapiéçages, de petits mensonges et grandes peines amoureuses.
Sans trop dévoiler la suite de l'intrigue, la peinture qui est faite des hommes n'est pas particulièrement avantageuse. Les femmes réservent au contraire beaucoup plus de lucidité et de courage. Garrel, pourtant, ne cherche jamais à porter de jugement sur les agissements de Pierre et Manon : leurs choix sont posés là, comme des états de fait. Car la matière même du cinéma de Garrel depuis toujours vise à comprendre comment les êtres pansent leurs plaies amoureuses, comment l'on vit avec cette « cicatrice intérieure », pour reprendre le beau titre d'un autre de ses films. Au fond, l'effervescence des nouveaux désirs, les amourettes de passage : tout cela n'est qu'une étincelle bien fugace. L'hésitation sentimentale chez Garrel est avant tout une douleur, la douleur de ceux qui regardent leur amour pour l'autre en train de tomber.

L'élégance et la pudeur de L'Ombre des femmes évoquent parfois le cinéma de Truffaut. Garrel ne cède pourtant rien au caractère de son style et de ses façons de faire. Adepte de la pellicule et du noir et blanc contrasté, il tourne ses films dans l'ordre du récit, en se contentant toujours de la première prise. Le jeu des acteurs y gagne en sincérité, tout en préservant le charme de la première fois. Le trio amoureux à l'écran est à ce titre remarquable : Stanislas Merhar, tout en retenue dans son personnage d'amant médiocre et de mari insatisfait ; Léna Paugam, la maîtresse clairvoyante ; et surtout une Clotilde Courau lumineuse, tour à tour éblouissante et véritablement affectée. Avec économie et concision, Philippe Garrel nous emmène dans son cinéma de l'affect pur où la vie apparaît comme nue. C'est résolument romantique – sûrement un peu fou – et profondément beau. (Utopia)


Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 2 décembre 20h. 5€


Nous trois ou rien
Afficher l'image d'origineRéalisé par KHEIRON
France 2015 1h53mn
avec Gérard Darmon, Zabou Breitman, Michel Vuillermoz, Eriq Ebouaney, Leïla Bekhti...

Une œuvre cinématographique et sociale audacieuse, qui dépasse largement toutes les polémiques dont se rassasient les médias à longueur de journées.

D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble.

Révélé par le Jamel Comedy Club et par la mini-série Bref de Canal +, Kheiron Tabib est d’abord connu pour ses talents d’humoriste et de rappeur. Avec Nous trois ou rien, le jeune artiste français d’origine iranienne, étend encore sa palette artistique, pour notre plus grand plaisir. Car, si ce premier long-métrage est une telle réussite, c’est grâce à la richesse, l’originalité et l’efficacité de son scénario. Tout commence dans une prison iranienne, où Hibat (interprété par Kheiron lui-même) est incarcéré depuis sept ans pour avoir osé contester l’action du Shah. Ainsi, dès les premières minutes, le film fait nécessairement écho aux nombreux conflits et aux tensions qui secouent la péninsule arabe depuis trop longtemps. Malgré les cellules vétustes, les gardiens violents et tyranniques et les grillages de barbelés qui entourent le centre de détention, Kheiron parvient à nous faire oublier l’enfer carcéral grâce à des situations cocasses, des personnages hauts en couleur (comme par exemple un maniaque fétichiste, obsédé par les chaussures, qui ne peut s’empêcher de voler les babouches de ses codétenus et du personnel pénitentiaire) et des dialogues extra-croustillants, dignes de Michel Audiard. S’inspirant de l’histoire de ses parents, l’humoriste se moque ouvertement du régime de Mohammad Reza Pahlavi – dont le personnage apparaît sous les traits d’un vieil enfant gâté et capricieux – et filme avec beaucoup d’entrain les prémices de la Révolution populaire, qui aboutira à la nouvelle Constitution de 1979.Au milieu des manifestations, dans une société de propagande et de terreur militaire, Hibat rencontre la jeune et belle Fereshteh (Leïla Bekhti), dont il tombe éperdument amoureux. Après de longues heures de négociations avec les parents de cette dernière – un père attaché aux traditions et une mère plus progressiste, campés par Gérard Darmon et Zabou Breitman – les tourtereaux finissent par se marier et par donner naissance à un enfant prénommé… Kheiron. Soucieux de l’avenir de leur fils, Hibat et Fereshteh parviennent, au moyen de combines aussi improbables qu’hilarantes, à fuir l’Iran et à rejoindre la France. La seconde partie du film prend alors des allures de chronique sociale, tendre, juste, drôle et émouvante.
Le couple de protagonistes, qui a pris ses quartiers en plein cœur de la banlieue parisienne, s’attache à aider ses concitoyens à s’insérer dans la société et le monde du travail. Hibat devient éducateur social, tandis que Fereshteh travaille auprès de femmes cherchant à s’émanciper du machisme et de la misogynie des hommes. Transcendant la démagogie lourdingue de certains films, tels Agathe Cléry, d’Etienne Chatiliez, Kheiron fait voir, en douceur et en humour, l’utopie de l’intégration et du vivre ensemble, tout en gardant le sens des réalités, passant habilement de la drôlerie à la gravité, sans jamais tomber dans la surenchère vulgaire ou larmoyante.Les partis pris de mise en scène ne sont pas en reste. Fort de son expérience dans le stand-up, Kheiron compose finement ses plans, en travaillant, de manière très rigoureuse, l’espace filmique où évoluent ses personnages. Même les décors les plus chargés (notamment la grande salle où Hibat et Fereshteh célèbrent leurs noces) paraissent épurés à l’écran, et sont très agréables à regarder. Le jeu des comédiens, quant à lui, est précis, tout en restant ouvert et généreux.
Grande réussite comique et dramatique, Nous trois ou rien est bien parti pour devenir l’un des plus grands succès populaires (au sens noble du terme) de cette fin d’année, et achever de consacrer son réalisateur comme l’un des artistes les plus complets de sa génération. (Avoir - alire)


CGR (Draguignan) : mercredi 2 et lundi 7 à 11h15 - jeudi 3, vendredi 4, samedi 5, dimanche 6 et mardi 8 à 11h


L'Hermine
L'HERMINEÉcrit et réalisé par Christian VINCENT
France 2015 1h38mn
avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Chloé Berthier, Corine Masiero, Miss Ming, Aurore Clément...

Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté et redoutable, que d’aucuns surnomment dans son dos « le Président à deux chiffres » car, avec lui, les accusés en prennent toujours pour au moins dix ans. Une réputation qui le précède tandis que l’accompagne son éternelle et affreuse écharpe rouge qui fait oublier ce(lui) qui se cache derrière les apparences. Toujours revêche, le sourire glacial, le verbe cassant, plutôt du style à toiser ses subalternes qu’à sembler compatir avec les humains. On se prendrait bien à le détester avant de pressentir que tout cela est un piètre camouflage. Et puis une cour de justice, c’est un peu comme un théâtre avec son côté cour, son côté jardin, son parterre… et comme tous les comédiens, ses protagonistes ont besoin de costumes pour endosser leur rôle. Les pantomimes se transforment en effets de manche, les trois coups du brigadier en tintements de sonnette, mais la concentration avant l’entrée en scène semble la même que celle d’un toréador prêt à entrer dans l’arène.

Nous voilà donc dans les coulisses du palais en train de suivre cet éminent personnage, à le décortiquer comme il décortique les témoins, les inculpés, ses pairs, avec son œil perspicace et son esprit acéré. Puis arrive l’heure des audiences et voilà notre petit homme un rien rabougri, un brin aigri qui se transforme en grand magistrat. Michel Racine, c’est évidemment Fabrice Luchini, magistral comme jamais. Les bras longs, les effets de manche, les beaux parleurs ou les mauvais menteurs, rien de tout cela ne peut plus impressionner ce renard de haute-cour. Rien ne semble devoir le perturber. Et pourtant… Ce jour là… Quelque chose le trouble ou quelqu’un… Quelqu’une plus exactement. On voit soudain une lueur inhabituelle s’éveiller dans le regard du juge, une gêne à l’appel d’un juré : « Birgit Lorensen-Coteret » (irrésistible Sidse Babett Knudsen), un nom et un visage tout droit resurgis d’un lointain passé qui remonte soudain à la surface. Sans comprendre encore pourquoi, on devine que tout va commencer là…

C’est un film d’une rare subtilité où chaque pan d’humanité, chaque trait des personnages est brossé sans complaisance, à la manière caustique et humble des caractères de La Bruyère. Les liens qui se tissent entre jurés, leurs questionnements, la pédagogie patiente dont font preuve les magistrats qui les accompagnent. Leurs angoisses, leur peur de mal faire, de condamner l’innocent, pas très différente de celle qui tenaille ceux dont c’est la profession… En même temps qu’on découvre comment s’articule une cour d’assises, qu’elle nous dévoile le dessous de ses robes avec une précision quasi documentaire, on se prend à comprendre et aimer le personnage de Michel Racine. Il n’est pas seulement détesté, il est aussi admiré. Sous ses airs sévères se révèle une grande humanité capable de romantisme. Si certains n’arrivent jamais en placer une, c’est qu’il a bien souvent une longueur d’avance et les a déjà cernés, eux et leurs manigances mesquines. Intelligence vive qui le protège et avec laquelle il ne sert à rien de tricher, car son petit monde, il le connait. Excellemment interprété depuis les acteurs principaux jusqu’aux plus petits rôles, cette Hermine est un plat de haut vol pour les fins palais ! (Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 2 et samedi 5 à 13h30 et 20h15 - jeudi 3, vendredi 4, lundi 7 et mardi 8 à  11h, 13h30 et 18h - dimanche 6 à 13h45 et 18h
Cotignac : lundi 7 à 20h30

 

Taj Mahal
TAJ MAHALÉcrit et réalisé par Nicolas SAADA
France 2015 1h30mn
avec Stacy Martin, Louis-Do de Lencquesaing, Gina McKee, Alba Rohrwacher...

L'hôtel Taj Mahal, c'est l'hôtel le plus luxueux de Bombay, une énorme pièce montée qui trône sur une ville cosmopolite, une des plus grandes places financières du monde, mais grouillante de pauvres qui espèrent grappiller quelques miettes de cette concentration de richesse, à proximité des grands hôtels et des cafés... Jamais Louise n'aurait dû se trouver là si la maison, prévue par l'entreprise de son père qui l'a muté là pour deux ans, avait été prête. Deux ou trois jours d'attente supplémentaires à l'hôtel, pas la mer à boire, même si le luxe excessif de la suite qui leur échoit n'est pas vraiment leur milieu naturel. Réception de bienvenue avec les autres cadres de la boîte... Louise a dix-huit ans, ne se sent pas vraiment à l'aise. Lorsqu'elle sort pour découvrir la ville, le harcèlement dont elle fait l'objet ne lui donne pas vraiment envie de traîner dehors. Quand ses parents proposent de sortir dîner en ville, elle préfère rester à l'hôtel et les laisser partir en amoureux. Elle se plonge dans la lecture d'un bouquin, mais très vite des bruits dans le hall de l'hôtel l'alertent : des gens qui courent, puis des détonations, des cris... La réception qu'elle appelle, affolée, lui répond de rester dans sa chambre et son père au téléphone lui conseille de tout éteindre et de se planquer dans la salle de bain... C'est que là où ils sont, ses parents apprennent vite que le Taj Mahal est attaqué par des hommes armés, de petits attroupements se forment autour des écrans télé pour suivre en direct l'agitation autour de l'hôtel, l'arrivée des forces de police. On ne saura ce qui se passe que du point de vue de Louise, depuis sa chambre où elle est enfermée et de celui de ses parents, qui cherchent désespérément à se rapprocher de l'hôtel et restent en contact téléphonique avec elle, son père surtout, qui va la rassurer pendant cette longue nuit qui va voir l'embrasement de l'hôtel...

Le film ne donne pas d'indications particulières, on n'apprend rien des circonstances, on vit les choses de l'intérieur comme un touriste ordinaire, sans jamais quitter Louise... Le scénario fait référence à une série d'attaques terroristes qui ont eu lieu à Bombay en novembre 2008, dans une dizaine de lieux emblématiques de la ville. Bilan : près de 180 morts et 300 blessés. Une attaque considérée par beaucoup comme le « 11 septembre indien » et qui a eu des conséquences immédiates au niveau politique (démission du ministre de l'intérieur...).

Propriété de la plus riche famille de l'Inde, le Taj Mahal a été créé par Samjeti Tata qui, au début du siècle dernier, a construit sa fortune sur l'exploitation du coton. Ce jour de Novembre 2008, des personnalités de tous les pays étaient dans l'hôtel, notamment la chef du gouvernement de Madrid, plusieurs députés européens, des hommes d'affaires... Il faut savoir que de nombreuses entreprises du monde entier investissent en Inde, où la main d'œuvre est bon marché (un tiers des dix-huit millions d'habitants de Bombay vivent dans des bidonvilles) et certains craignaient que de tels attentats, conduits par une poignée d'hommes déterminés jusqu'à la mort, dans un pays déjà bien marqué par le terrorisme ne soit pas sans conséquence sur l'économie et le tourisme. Actuellement avec ses 7,5% de croissance annuelle, l'Inde est en train de passer devant la Chine et Christine Lagarde chante les louanges de sa belle santé économique. On se garde bien de s'interroger sur le taux de chômage au risque de contredire ceux qui prétendent que pour lutter contre le chômage il faut d'abord trouver de la croissance.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 à 16h30 - jeudi 3, samedi 5 et dimanche 6 à 13h55 - vendredi 4 à18h15 - lundi 7 à 20h - mardi 8 à 16h


Les Cowboys
LES COWBOYSRéalisé par Thomas BIDEGAIN
France 2015 1h45mn
avec François Damiens, Finnegan Oldfield, Agathe Dronne, John C. Reilly, Ellora Torchia, Antoine Chappey...
Scénario de Thomas Bidegain et Noé Debré

Thomas Bidegain n’est pas un inconnu dans le cinéma français. En tant que scénariste, il possède même une sacrée carte de visite. Rien qu’avec Jacques Audiard, il a signé Un prophète, De rouille et d’os et Dheepan. Mais, visiblement, il ne se contentait pas d’écrire, il devait aussi observer, apprendre, emmagasiner avec le désir de passer derrière la caméra. Les Cowboys est donc son premier film en tant que réalisateur Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Rarement un titre aura été aussi bien choisi. Du début à la fin, en effet, sous des aspects différents, nous sommes renvoyés, non seulement à l’univers des cowboys, même si les personnages principaux sont bien français, mais aux références du western en tant que genre cinématographique.
Le film débute en 1994, dans l’est de la France, lors d’un festival de musique country, ce genre de rassemblement où vous passez pour un zombie si vous ne portez pas votre stetson, votre veste à franges et vos santiags, avec ou sans éperons. Alain – François Damiens, aussi convaincant que dans Suzanne – figure importante de cette petite communauté, monte sur scène pour interpréter un morceau puis danse avec sa fille Kelly, sous le regard attendri de sa femme et de son fils Georges, dit Kid. Mais quelques heures plus tard, alors que la fête touche à sa fin, Kelly a disparu. La vie de cette famille va basculer quand ils vont apprendre très rapidement qu’elle est partie avec le garçon qu’elle aime, Ahmed, et qu’elle s’est convertie à l’islam. Le père s’engage alors dans une quête obsessionnelle à laquelle participera son fils.

Thomas Bidegain ne cache pas les films qui ont inspiré le sien. Hardcore de Paul Schrader d’abord, dans lequel un père, calviniste intégriste, retrouve la trace de sa fille disparue dans le milieu du cinéma pornographique. La Prisonnière du désert de John Ford ensuite, où le personnage raciste interprété par John Wayne part à la recherche de sa nièce enlevée par des Indiens. Cela dit, ces références avouées n’empêchent pas Thomas Bidegain de réaliser une œuvre originale et profonde. C’est un film populaire et ambitieux qu’il nous propose, démontrant que l’on peut s’adresser au plus grand nombre avec intelligence et délicatesse. Les codes du western sont bien entendu présents : héros solitaire, chevauchées vers des horizons infinis, guet-apens des Indiens, échange de squaws, calumet de la paix, pistolets, arcs et flèches… Mais, au-delà de ce cadre, ce que raconte Les Cowboys, c’est l’histoire d’un homme ordinaire, déterminé à retrouver sa fille, mais totalement désarmé face à des événements qui le dépassent. C’est également l’histoire d’un fils qui, alors qu’il cherchait la reconnaissance de son père, se trouvera lui-même en s’émancipant des représentations binaires de celui-ci. Il aura fallu pour cela passer des fausses évidences d’un cowboy à la pleine conscience de la complexité du monde.

Le jeune Finnegan Oldfield, qui joue le rôle du fils, tient parfaitement sa place auprès de François Damiens, définitivement un grand acteur à qui il ne reste plus qu’à sélectionner ses rôles avec davantage de rigueur. Quant à Thomas Bidegain, il a franchi avec aisance l’écueil du « film de scénariste », c’est-à-dire celui où l’histoire prend le dessus. Certes, l’histoire qu’il nous raconte est forte, mais elle est menée de main de maître par un réalisateur à part entière, qui devrait rencontrer un succès public mérité. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) :mercredi 2 à 13h50 et 18h20 - jeudi 3 et vendredi 4 à 15h55 - samedi 5 à 18h et 20h30 - dimanche 6 à 18h - lundi 7 à 13h50, 15h55, 18h10 et 20h30 - mardi 8 à 16h


Mia Madre
MIA MADRERéalisé par Nanni MORETTI
Italie 2015 1h47mn VOSTF
avec Margherita Buy, John Turturro, Giulia Lazzarini, Nanni Moretti...
Festival de Cannes 2015, Prix du jury oecuménique

Cette patte, ce style à nuls autres pareils, ce regard plein d'un humour tendre qui ne baisse jamais sa garde… C'est du grand Moretti, du très bon Nanni, petit garnement anxieux qui se cache dans l'ombre du grand réalisateur. Il nous entraine dans son univers gracieux où l'intime flirte avec l'universel ! Savoureuse fiction diablement personnelle : quelle est la part de rêve, d'imaginaire, d'autobiographie ? Qu'importe ! Tout s'imbrique dans un récit qui diffracte la réalité de la même façon qu'un kaléidoscope joue avec la lumière.
Premières images… On est au cœur d'un rang de CRS… Au travers des visières on scrute les manifestants. Ils scandent « … lavoro per tutti ! » Tiens ? Cela raisonne comme un écho : « Une terre, un toit… un travail pour tous » petit clin d'œil au Pape François (Habemus papam !) ? Aux victimes de la crise ? Les ouvriers partent à l'affrontement, coups de matraque, canons à eau… Images prises sur le vif, réalistes et pourtant… Quelque chose sonne faux… « - Coupez ! » On est sur un tournage ! Cette voix qui ordonne, c'est celle de Margherita ! Elle aussi trouve que quelque chose cloche. Est-ce le débit de l'eau, le débit des mots, les ouvrières trop apprêtées ? Elle analyse, s'angoisse, se démultiplie : rabroue le caméraman, rouspète contre les techniciens, passe à la question son assistante, gourmande gentiment une actrice : « Tu joues très bien. Mais ne sois pas ton personnage, n'oublie pas que tu es juste à côté. » « - Ah oui ! Euh… » La comédienne admirative s'efforce de comprendre, mais dès que la réalisatrice tourne le dos, une telle moue dubitative s'empare de sa frimousse qu'on explose de rire !


Être le personnage, tout en restant à côté ? Nébuleux leitmotiv schizophrénique que Margherita martèle désespérément à chacun de ses acteurs, qui prennent dès lors des airs inspirés pour cacher la tempête qu'elle provoque sous leur crâne ! C'est fichtrement drôle… Nanni Moretti se projette dans cette femme, ses angoisses, ses colères, ses incohérences, son envie de tout maîtriser qui la rend tyrannique. À travers elle, il raconte sa passion du cinéma, ses agacements, caricature le milieu avec tendresse, se moque de lui-même…
La journée de tournage achevée, rien n'entame son rythme frénétique. Margherita continue de vouloir tout gérer comme un plateau de tournage : sa famille, ses amours… Mais les personnages de la vraie vie sont moins malléables, on ne maîtrise pas le scénario, certaines choses vous dépassent comme la maladie, la mort… C'est au chevet d'Ada, sa vieille mère subtile et espiègle coincée à l'hôpital, que à peu les choses se dénouent, que tout est remis en perspective. C'est là que ses liens avec son frère Giovanni (interprété par Nanni Moretti) se renforcent. Pourtant, elle le trouve exaspérant, avec ses airs de premiers de la classe, son calme, sa patience, sa présence constante et dévouée… Tout ce qu'elle ne parvient pas à être !

Ada (Giulia Lazzarini, géniale !), quant à elle, curieuse et gourmande de tout, dévore chaque instant avec bonhommie. Elle passe chaque événement au crible des enseignement des philosophes grecs, des belles lettres. Et on comprend d'où tout ce petit monde a tiré ce sens de l'auto-dérision, le recul nécessaire pour affronter avec élégance les affres de la vie. C'est la grande classe !
Et le tableau serait incomplet si on oubliait Barry Huggins (John Turturro), acteur italo-américain qui tient le premier rôle du film tourné à l'intérieur du film ! Hâbleur intarissable, fanfaron insupportable, il cabotine jusqu'à épuiser son entourage et principalement Margherita ! Moments irrésistiblement drôles qui permettent de parler de choses graves à la légère, en ne sombrant jamais dans l'auto-apitoiement. Une belle leçon de vie, comme de cinéma. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) mercredi 2, jeudi 3, samedi 5 et dimanche 6 à 15h55, 18h15 et 20h30 - mercredi 8 et vendredi 4 à 13h50, 18h15 et 20h30 - lundi 7 à 15h50, 17h55 et 20h

Marguerite & Julien
MARGUERITE ET JULIENRéalisé par Valérie DONZELLI
France 2015 1h50mn
avec Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot, Catherine Mouchet, Aurelia Petit, Sami Frey...

Une fois de plus, certains critiques se font une joie de brûler aujourd'hui ce qu'hier ils portaient au pinacle. Ainsi donc Valérie Donzelli, dont La Guerre est déclarée fut il n'y a guère encensée par une presse unanimement enthousiaste, s'est muée en une cinéaste négligeable et surestimée, et son adaptation de l'histoire du couple maudit formé par Marguerite et Julien de Ravalet, décapités en place de Grève en 1603, serait, selon ces grincheux, trop pop, trop kitsch et tué par ses artifices. Eh bien oubliez toutes ces mauvaises ondes, négligez tous les écrits de ces plumitifs aigris car tout ce qu'ils ont détesté, c'est ce que nous avons adoré ! Oui Valérie Donzelli ose tous les artifices de mise en scène et nous on marche à fond…

Mais revenons au commencement. Valérie Donzelli s'est inspirée d'un scénario écrit par le grand Jean Gruault (qui vient de disparaître) pour son complice François Truffaut… qui finalement ne réalisa jamais le film. Tout part de l'histoire bien réelle, à la fin du xvie siècle, de Marguerite et Julien de Ravalet, jeunes enfants du seigneur de Tourlaville, dans le Cotentin. Deux enfants dont l'attachement fusionnel devint rapidement suspect aux yeux de leurs parents, qui s'empressèrent de les séparer, mariant de force la jeune fille à un riche collecteur d'impôts de trente ans son aîné. Mais arriva ce qui devait arriver, le mariage n'était pas heureux et la jeune fille s'enfuit pour rejoindre secrètement son frère à Fougères puis Paris, où les incestueux tourtereaux furent arrêtés.

De cette histoire aussi romanesque que dramatique, Valérie Donzelli a décidé de faire un conte, qui flirte parfois avec l'univers de Jacques Demy, tendance Peau d’Âne. Ça commence d'ailleurs par la lecture du récit par une bande de fillettes, pensionnaires dans un quelconque collège. Toutes ces demoiselles chuchotent à la tombée de la nuit l'histoire interdite de Marguerite et Julien, les deux enfants qui s'aimaient trop. On retrouve le frère et la sœur devenus jeunes adultes, incarnés par Anaïs Demoustier, parfaite d'innocence puis de sensualité passionnée, et Jérémie Elkaïm, complice de toujours de Valérie Donzelli, impeccable lui aussi en amoureux intraitable. Ce qui étonne tout de suite, ce qui perturbe un peu et amuse beaucoup, c'est le choix délibéré de l'anachronisme et de l'étrangeté. On pourrait penser que l'on est au xixe siècle au vu des costumes, s'éloignant ainsi de la période originelle du récit, mais en même temps les fugitifs seront poursuivis par des hélicoptères et des meutes de policiers équipés de torches électriques. On verra aussi apparaître des postes de radio… Ce choix aussi fantaisiste qu'audacieux rappelle que l'histoire de cet amour impossible est éternelle et universelle, comme celle de Tristan et Yseult…

On sait gré à Valérie Donzelli de ne pas céder à la réflexion plombante sur l'inceste, qui est finalement pour elle un sujet secondaire : et puis après tout, Zeus culbutait bien sa sœur Héra, et Cléopâtre épousa même successivement deux de ses frères ! Pour renforcer la singularité joyeuse de son film, Donzelli utilise des artifices étonnants, notamment des images figées pendant que seule la lueur des bougies continue de trembler, et une bande son résolument contemporaine, notamment l'imparable Midnight summer dream, tube des années 80 des Stranglers, pour couvrir la fuite des amoureux. Marguerite & Julien devient ainsi un conte pop aérien, sensuel, tragique et parfaitement abouti.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 et jeudi 3  à 15h50, 18h15, et 20h30 - vendredi 4 à 13h50 et 16h - samedi 5 et dimanche 6 à 15h50 et 20h30 - lundi 7 à 13h50 et 16h - mardi 8 à 13h50 et 18h15


La Dame de Shanghai
LA DAME DE SHANGHAÏÉcrit et réalisé par Orson WELLES
USA 1947 1h27mn VOSTF
avec Rita Hayworth, Orson Welles, Everett Sloane, Glenn Anders...

Si vous n'êtes pas déjà convaincu, sachez que La Dame de Shanghaï est une merveille, un diamant noir qui vous hypnotise à volonté, une toile d'araignée qui vous prend implacablement dans ses fils, tissés de la matière même de vos rêves les plus profonds, de vos sentiments les plus enfouis… La Dame de Shangaï est ce que l'on appelle un film noir – c'est même un chef d'œuvre du genre –, avec crimes, femme fatale, règlements de compte et tutti quanti. Le scénario est embrouillé et met en scène un marin, O'Hara, qui rencontre une femme sublime, Elsa, épouse d'un avocat célèbre et boiteux. L'avocat engage le marin pour le piloter lors d'une croisière sur les côtes mexicaines. C'est au cours de ce périple dans le Pacifique que se concrétise l'amour entre O'Hara et Elsa.

Puis O'Hara est embarqué dans une affaire d'escroquerie à l'assurance-vie par un associé de l'avocat boiteux et célèbre. Il accepte cette sale affaire parce qu'il espère ainsi pouvoir fuir avec Elsa. Fou qu'il est… Il vient de mettre le doigt dans l'engrenage de la tromperie et du mensonge. La comédie des masques peut commencer… Un film noir réalisé par Orson Welles, c'est grandiose. C'est une plongée vertigineuse dans l'âme humaine (souvenez-vous de La Soif du mal), c'est une réflexion hallucinante sur la vérité et les apparences, c'est une tragédie morale aux implications insoupçonnables. La Dame de Shangaï, c'est aussi les cheveux courts, teints en blond platine, de Rita Hayworth (qui était alors l'épouse de Welles ; le couple se sépara peu après : voyez la fin du film, elle est forcément prophétique…). Une figure de femme immédiatement haïssable, immensément désirable : le trouble à l'état pur.

La Dame de Shangaï, c'est quelques scènes d'anthologie : le baiser devant un aquarium peuplé de poissons monstrueux, la fuite dans le quartier chinois et la dégringolade, par un toboggan, dans le palais des glaces, théâtre d'un dénouement fulgurant que vous n'oublierez jamais.

Le Vox (Fréjus) : jeudi 3 20h30


Une Histoire de Fou
UNE HISTOIRE DE FOURéalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2014 2h14mn
avec Syrus Shahidi, Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Robinson Stévenin...
Scénario de Robert Guediguian et Gilles Taurand, librement adapté du livre de José Antonio Gurriaran, La Bombe (Ed. Thaddée)

Berlin est tranquille. La journée est paisible. Les rayons du soleil cajolent les scènes du quotidien. Les enfants jouent, les mères les surveillent. Deux vieux sur un banc devisent… « J'aime penser que les moments les plus importants de l'Histoire ne se produisent pas sur les champs de bataille ou dans les palais, mais dans les cuisines ou les chambres d'enfants » dit l'un, reprenant une phrase de l'écrivain israélien David Grossman qui naîtra trente ans plus tard… Clin d'œil anachronique, géographique, intemporel : nous sommes le 15 mars 1921. Plus loin, un jeune homme svelte, charmant, à l'élégance classique, guette le perron d'une demeure cossue. Malgré l'ambiance printanière, il apparait vite qu'il n'attend pas un rendez-vous galant. Ses traits reflètent une anxiété mêlée d'impatience. Un monsieur à l'air important sort alors de la maison… Notre jeune compère s'avance vers lui d'un air décidé… L'un s'appelle Talaat Pacha, l'autre Soghomon Tehlirian… Si ces noms vous sont familiers, vous devinerez la chute de l'histoire et comprendrez pourquoi elle constitue un habile prologue qui éclairera brillamment notre histoire contemporaine. Dans le cas inverse, autant qu'on vous laisse découvrir la suite sans en dire plus…
Soixante ans plus tard, Marseille est tranquille… Au-Dessus de la petite épicerie que tiennent ses parents, Aram a grandi de manière paisible. Sa grand-mère arménienne, chaque jour que son Dieu fait, raconte, chante, tremble encore des heures sombres qu'elle a vécues et que le reste du monde semble avoir pratiquement oubliées. Elle est la petite voix, de plus en plus fragile, qui refuse de se plier, de sombrer dans l'oubli. Elle est à la fois pénible et réjouissante, tenace en tout cas. Et ses petits enfants l'écoutent, même les plus jeunes. Elle leur parle d'un temps qu'ils ne peuvent pas connaître. Elle leur parle de leurs racines, d'une terre dont ils ont été chassés. Et malgré ce long exil, le plaisir, les liens qu'ils ont tissés ici, leur diaspora reste enracinée dans ce passé-là. Une culture qu'ils ne renient pas, entretiennent comme une richesse supplémentaire. Ils sont d'ici avec ce petit plus venu de là-bas. De la même manière qu'ils célèbrent le 14 juillet, il est impensable d'oublier la commémoration du 24 avril, début du massacre de leur peuple, d'oublier les saveurs de l'Arménie, ses senteurs, sa cuisine, ses danses et chants traditionnels…
Mais peu à peu, Aram, devenu un jeune adulte, se radicalise, questionne père et mère, les renvoie à leur part de responsabilité individuelle dans le manque de courage et de résistance collectifs. Alors que pour leur génération l'urgence était de survivre, de s'intégrer, d'offrir à leurs enfants la vie bonne, ces derniers réclament, coûte que coûte, la reconnaissance du génocide perpétré contre leurs aïeux. Et un jour Aram disparaît sans un mot. Dans les journaux, on lit que les attentats se multiplient, perpétrés par l'ASALA (Armée Secrète Arménienne de Libération de l'Arménie)…
Robert Guédiguian raconte qu'une part du scénario est née de sa rencontre avec José Gurriaran, écrivain, journaliste espagnol, qui, en 1981 à Madrid, sauta sur une bombe posée justement par l'ASALA. Paralysé à vie, victime innocente, il se mit à se passionner pour la question arménienne jusqu'à en épouser la cause. Sans justifier le terrorisme, les colères légitimes passent parfois par des chemins extrêmes… Une très belle histoire qui nous rappelle que seuls peuvent pardonner ceux qui n'ont pas oublié, et qui souvent ont été touchés jusque dans leur chair.

Lorgues : mercredi 2 à 17 h, dimanche 6 à 15h30 et lundi 7 à 21h

Sangue del mio sangue
SANGUE DEL MIO SANGUEÉcrit et réalisé par Marco BELLOCCHIO
Italie 2015 1h47mn VOSTF
avec Roberto Herlitzka, Pier Giorgio Bellocchio, Lydiya Liberman, Fausto Russo Alesi, Alba Rohrwacher...
Prix de la Critique internationale, Mostra de Venise 2015

Karl Marx disait que les grands faits se produisent toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce. Marco Bellocchio pourrait bien avoir fait sienne cette formule pour bâtir la colonne vertébrale de son nouveau film, puisqu'il propose de mettre en regard, dans un même lieu mais à plusieurs siècles d'écart, deux histoires aux personnages étrangement similaires. Bellocchio n'a eu de cesse d'analyser avec rage et acuité la société italienne, d'en dénicher les impasses et les éléments régressifs. Avec ses deux époques distinctes,Sangue del mio sangue est l'occasion pour le cinéaste de traiter des lignes de force qui traversent l'histoire de l'Italie jusqu'à leurs manifestations les plus actuelles, et de mettre en scène une fois de plus ses thèmes récurrents : emprise de la religion, opacité du politique, quête de la vérité au prix de la folie… Mieux que des parallèles (toujours un peu artificiels) entre passé et présent, le travail de Bellocchio agence de nombreuses pistes qui entrent progressivement en résonance dans un film foisonnant, parfois déconcertant, mais toujours audacieux.

La première histoire – la tragédie donc – nous transporte au xviie siècle dans un village d'Emilie-Romagne, au Nord-Ouest de l'Italie. Federico Mai se rend au couvent de Bobbio. Il est venu réhabiliter la mémoire de son frère, un prêtre qui s'est suicidé peu après avoir succombé à la séduction de sœur Benedetta. La nonne est accusée de sorcellerie et le seul espoir pour Federico d'offrir une sépulture décente à son frère est de prouver son innocence. Il faut donc pousser Benedetta à avouer son pacte avec le diable. Mais au fur et à mesure qu'on lui inflige des châtiments pour qu'elle confesse, l'innocence et la pureté de Benedetta frappent Federico qui se prend d'amour pour elle.
La seconde partie – la farce – se déroule au même endroit plusieurs siècles après, de nos jours. Un certain Federico Mai frappe aux portes du couvent, aujourd'hui abandonné après avoir servi de prison. Le Federico actuel est inspecteur des finances et accompagne un milliardaire russe qui souhaite racheter le bâtiment. Ils vont faire l'étonnante découverte que le lieu est en fait occupé par un personnage étrange qui y vit caché, un « comte » qui ne sort que la nuit et qui semble diriger dans l'ombre les affaires de la ville. Les déambulations nocturnes en compagnie de cet octogénaire réservent quelques railleries bien senties sur l'état de cette petite communauté touchée par la mondialisation et la modernité.

Si la première partie endosse un classicisme remarquable, la deuxième pioche plutôt dans le registre de la comédie, du genre, voire du grotesque. Marco Bellocchio orchestre donc volontairement un choc thématique et stylistique entre les époques, avec pour seule constante la volonté de débusquer les obscurantismes à travers les âges. Sa liberté de ton lui permet d'aborder une multitude de thèmes qui sont autant de commentaires directs ou métaphoriques sur l'état de l'Italie contemporaine. Film hétéroclite, au risque d'être inégal, Sangue del mio sangue réserve quelques superbes éclats de mise en scène de la part d'un grand cinéaste toujours aussi exigeant quant à l'aspect plastique de ses films et, la maturité aidant, de plus en plus ouvert à des propositions singulières de cinéma.

Lorgues : mercredi 2 à 19h20 - dimanche 6 à 20h15 - lundi 7 à 19h


Le Fils de Saul
LE FILS DE SAULRéalisé par Laszlo NEMES
Hongrie 2015 1h47mn VOSTF
avec Geza Röhrig, Levente Molnar, Urs Rechn, Todd Charmont...
Scénario de Laszlo Nemes, Clara Royer et Mendy Cahan
Festival de Cannes 2015 Grand Prix du Jury


Impressionnant tour de force d'un réalisateur hongrois de 38 ans qui signe là son premier film, Le Fils de Saul nous plonge au cœur du chaos, nous place dans les pas de Saul Auslander, un Juif hongrois interné en 1944 à Auschwitz et recruté immédiatement – de force évidemment – pour faire partie des Sonderkommando (la déportation des Juifs hongrois fut une des plus tardives mais d'autant plus terrible : 400 000 disparurent en moins d'un an). Les Sonderkommando, choisis par les SS parmi les déportés les plus jeunes, avaient pour terrible mission de réceptionner, souvent dès la descente du train, les malheureux, hommes, femmes, enfants qui ne se savaient pas encore condamnés. Mission de les rassurer, les inviter à se déshabiller à l'entrée de ce qu'ils croyaient être des douches, leur confiant même un petit crochet numéroté pour retrouver leurs effets… Les Sonderkommando devaient ensuite nettoyer les lieux de l'horreur, sortir les corps enchevêtrés pour les conduire vers les fours crématoires. Une gigantesque usine de mort parfaitement huilée, terriblement productive qui, au faîte de son efficacité et alors même que l'Allemagne commençait à s'effondrer face aux Alliés, élimina ainsi une dizaine de milliers de déportés par jour.

Au cœur de cette inhumanité absolue, implacablement montrée dès la première séquence, un événement terrible va réveiller en Saul Auslander sa dignité. Parmi les dizaines de cadavres qu'il s'apprête à charrier vers les fours, il découvre un enfant encore vivant. Pas de miracle, un garde va l'achever… mais Saul croit reconnaître en lui son fils. Son unique objectif va être désormais d'extraire le corps du garçon pour le sauver du four crématoire, lui donner une sépulture et un enterrement décents. Et il cherchera un rabbin qui dira le kaddish… Il intercepte donc le cadavre auprès d'un médecin légiste, lui aussi prisonnier, qui s'apprête à l'autopsier, puis s'engage une course contre la montre et la mort…
Dans le même temps se prépare une tentative d'évasion et de révolte de ses compagnons sonderkommando hongrois, que sa démarche obstinée risque de compromettre… Et toujours dans le même temps la machine d'extermination est grippée par l'afflux trop important de déportés, qui semble plonger le camp dans le chaos.

Le scénario est inspiré des témoignages des sonderkommando – rassemblés postérieurement dans un recueil, Des voix sous la cendre – qui avaient été cachés dans des bouteilles enfouies à proximité des fours crématoires et dont l'immense majorité des auteurs furent exécutés avant la libération des camps. Laszlo Nemes, qui fut l'assistant du grand Bela Tarr (Les Harmonies Weckmeister, Le Cheval de Turin), a pris ce matériau à bras le corps et le porte à l'écran à travers une mise en scène fiévreuse, chaotique, mais sans ostentation indécente, utilisant la pellicule 35 mm pour donner à ses images un côté brut, presque sale, refusant coûte que coûte que son film puisse être perçu comme esthétisant. Il montre l'horreur sans montrer la mort elle-même, la cantonnant dans un hors champ ou un flou qui suffisent à glacer le sang. Il oppose l'implacable efficacité de la machine nazie, nourrie par le renoncement de beaucoup, au courage obstiné et suicidaire d'un seul homme et redonne ce faisant une dignité à ces forçats au destin abominable, honnis de tous. (Utopia)

Cotignac : lundi 7 à 18h


Le Challat de Tunis
LE CHALLAT DE TUNISDocumenteur de Kaoucher BEN HANIA
Tunisie 2014 1h30mn VOSTF

Tunis, avant la révolution. En ville une rumeur court, un homme à moto, armé d’un rasoir, balafrerait les fesses des femmes qui ont la malchance de croiser sa route. On l’appelle le Challat, « la lame ». Fait divers local ? Manipulation politique ? D’un quartier à l’autre, on en plaisante ou on s’en inquiète, on y croit ou pas, car tout le monde en parle… sauf que personne ne l’a jamais vu. Dix ans plus tard, sur fond de post-révolution, les langues se délient. Une jeune réalisatrice décide d’enquêter pour élucider le mystère du Challat de Tunis. Ses armes : humour, dérision, obstination.

Le Challat de Tunis est une satire sociale malicieuse et insolite, qui nous rappelle les réjouissantes comédies italiennes d’autrefois. À ceci près que le film propose une forme cinématographique hybride et inclassable, qui brouille avec une joyeuse bouffonnerie les frontières entre la fiction et le « documenteur ». Truffé de situations incongrues et de simulacres loufoques, Le Challat de Tunis déjoue les certitudes et les attentes.
Décalé et imprévisible, il n’en finit pas de nous dérouter, de nous amuser, de nous sidérer. Son audacieuse écriture creuse avec humour et légèreté le thème du machisme oriental qui, paradoxalement, se révèle alors profondément pathétique et triste par-delà sa violence manifeste. Grâce à leur omniprésence dans le film, la caméra, le chef opérateur et la cinéaste – trois personnages à part entière dans le récit – créent un entre-deux filmique intéressant et magique. Un lieu de grande souplesse narrative où jaillissent les situations les plus invraisemblables, et la poésie la plus inattendue. La musique, mais aussi des détails d’accessoires, de costumes et de couleurs viennent souvent égayer et aiguiller le regard du spectateur.

La figure du Challat, dressée au début du film comme symbole national fantasmagorique d’une virilité machiste tantôt lubrique tantôt justicière, devient un prétexte filmique pour ériger une constellation de personnages complexes, truculents et inventifs, pleins de contradictions, de lucidité et d’autodérision. (Rima Sammam)

Salernes : vendredi 4 à 18h


La Glace et le Ciel
LA GLACE ET LE CIELRéalisé par Luc JACQUET
Documentaire France 2015 1h29mn
avec Claude Lorius... Narrateur : Michel Papineschi

Luc Jacquet met en scène l’aventure de Claude Lorius, parti en 1957 étudier les glaces de l’Antarctique. Il nous raconte l’histoire d’une vie extraordinaire de science et d’aventure, consacrée à percer au plus profond des glaces de l’Antarctique les secrets bien gardés du climat.

La Glace et le ciel raconte en détail la vie du chercheur, du premier hivernage dans la base Charcot en 1957, un an d'isolement sous la glace, à trois, sans assistance, sur un continent encore inconnu, jusqu'à la découverte fondamentale, grâce aux carottages de Vostok dans les années 80, qui allaient apporter les preuves tant attendues. En chemin, on assiste à la prise de conscience morale et écologique du scientifique, quand, dans les années 1960, il détecte dans la glace les traces de toutes les explosions nucléaires passées. Claude Lorius comprend que les activités humaines peuvent toucher n'importe quel endroit du globe. Le film raconte encore les tâtonnements de la recherche, le temps, très long, qu'il lui faut pour parvenir à des conclusions tangibles, les éclairs de génies qui zèbrent aussi son ciel, parfois…

Le Luc : vendredi 4 et dimanche 6 à 18h


Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :


×