Au(x) cinéma(s) du 2 au 8 novembre

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Bonjour à tous !

Nous voici de retour après une semaine de vacances !

Cette semaine au CGR, en film ciné-club le beau film de François Ozon, Frantz . Mais il y a aussi un film sans doute intéressant : Mal de Pierres, de Nicole Garcia, un film "âpre et lumineux". (aussi à Fréjus et à Cotignac)

Au Vox, ne manquez pas le dernier film  de Ken Loach, Palme d'or au Festival de Cannes, Moi, Daniel Blake, un film "beau à tomber" dit la critique,  ni le dernier film des Frères Dardenne La Fille Inconnue, "sec et tendu comme un thriller, un diamant des frères Dardenne" (aussi à Lorgues), ni  enfin le film d'animation Ma vie de Courgette, "tragique, poétique, rigolo sur la vie des enfants qui ont morflé".

Au Vox, et au Luc, allez voir Le Ciel Attendra, de Castille Mention Schaar, un film plein de tact, passionnant et efficace sur une jeunesse ordinaire embrigadée dans Daech.

Et enfin, vous sourirez en allant voir Le Teckel de Todd Solondz, une satire féroce des mœurs contemporaines (Au Vox).

Nous vous signalons aussi à Lorgues le Ciné débat citoyen La Tête haute, et à Draguignan au théâtre un film documentaire sur les grands ensembles en entrée libre (voir plus bas).

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 2 AU 8 NOVEMBRE 2016

Affiche
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Frantz
Écrit et réalisé par François OZON
France / Allemagne 2016 1h53mn VOSTF
avec Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner, Marie Gruber, Johann Von Bülow, Anton Von Lucke, Cyrielle Clair, Alice de Lencquesaing...
L'action se passe au lendemain de la Grande Guerre, dans une petite ville allemande tranquille, assommée par la défaite, accablée par l'absence de ses jeunes gens tombés au front. Anna pleure Frantz, son fiancé, et vit désormais chez ses beaux-parents aussi inconsolables qu'elle. Sa vie est rythmée quotidiennement par ses visites au cimetière ; c'est là qu'elle repère, un matin gris, un jeune homme inconnu qui se recueille sur la tombe de Frantz et s'éloigne précipitamment à son arrivée. Elle apprend bientôt que le garçon est français.
Après quelques réticences – difficile d'accepter la compassion de quelqu'un qui pourrait être le meurtrier de leur fiancé et fils – Anna et les parents de Frantz vont comprendre qu'Adrien était devenu un ami de leur cher disparu au moment où celui-ci, résolument francophile, avait visité Paris avant guerre.
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CGR (Draguignan) : mercredi 2, vendredi 4, samedi 5 et lundi 7 à 17h45, jeudi 3 à 13h30, dimanche 6 à 20h, mardi 8 à 11h
affiche
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Mal de Pierres
Réalisé par Nicole GARCIA
France 2016 1h56mn
avec Marion Cotillard, Alex Brendemühl, Louis Garrel, Brigitte Rouan, Victoire Du Bois...
Scénario de Nicole Garcia et Jacques Fieschi, librement adapté du roman de Milena Agus
Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole de Provence où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque, la fin des années 1950, où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. « Elle est malade. Ce sont les nerfs… » Gabrielle cause décidément bien des tracas à sa famille qui souhaite, avant toute chose, sauver les apparences. La jeune femme est rebelle, remplie d'une passion bouillante qui fait désordre. Pour sa mère, il n'y a que deux solutions possibles : la faire interner ou la caser avec le premier venu, l'homme fort qui saura l'éloigner, supporter son caractère, ses extravagances et son goût de la liberté. C'est José, un saisonnier agricole espagnol, qui sera l'élu. Lui a les nerfs solides et ça tombe bien, car ils vont être mis à rude épreuve. José avale les couleuvres contre une promotion sociale orchestrée par la famille. Ce couple n'en est pas un – « je ne coucherai pas avec vous, je ne vous aimerai jamais » – même si, souvent, il ne manque pas grand-chose pour que ces deux-là se rencontrent enfin... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 2, vendredi 4 et mardi 8 à 13h30, jeudi 3 et samedi 5 à 11h, dimanche 6 et lundi 7 à 17h45
Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 à 17h15 et 20h30, jeudi 3 à 14h et 17h30, vendredi 4 à 14h et 20h45, samedi 5 à 15h50 et 20h45, dimanche 6 à 16h55 et 20h30, lundi 7 à 14h et 20h, mardi 8 à 14h et 16h55
Cotignac : vendredi 4 à 20h30
Affiche
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Moi, Daniel Blake
Réalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno

Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran. Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 à 18h15 et 20h30, jeudi 3 et dimanche 6 à 18h15, vendredi 4 à 14h et 20h45,samedi 5 à 18h15 et 20h45, lundi 7 à 14h et 18h30, mardi 8 à 20h30
Cotignac : jeudi 3 à 14h, 18h et 20h30
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Le Ciel Attendra
Réalisé par Marie-Castille MENTION-SCHAAR
France 2016 1h40mn
avec Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant, Naomi Amarger, Clotilde Courau, Zinedine Soualem, Yvan Attal… et Dounia Bouzar (dans son propre rôle)...
« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade… » À l'époque de Rimbaud, on pouvait s'embraser dans de candides envolées lyriques ! La jeunesse avait droit à l'insouciance, elle était l'âge de tous les possibles. On osait inventer un monde idéal, tissé de paix, se griser d'amour et d'amitié. Puis les tilleuls laissèrent la place à l'asphalte, la promenade au zapping ou au surf sur internet. Les babillages se transformèrent en tchat, les belles expressions en smileys. Qu'est ce qu'avoir dix-sept ans maintenant, alors que les adultes semblent avoir abdiqué leurs rêves ? Comment aborder sans frémir un avenir tout bouché, promis au chômage, aux compromis ? Si autour de soi, on ne voit pas d'alternative, on s'en va fouiller dans les réseaux sociaux où l'on découvre des sites aux titres séduisants : « Et si on changeait le monde ? ». De quoi épancher sa soif d'idéaux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 et dimanche 6 à 14h, vendredi 4 à 16h25, samedi 5 à 16h55, lundi 7 à 20h et mardi 8 à 18h15
Le Luc : mercredi 2 et vendredi 4 à 16h30, jeudi 3 à 19h
Affiche
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La Fille Inconnue
Écrit et réalisé par Luc et Jean-Pierre DARDENNE
Belgique 2016 1h46mn
avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémy Rénier, Fabrizio Rongione, Louka Minnella, Christelle Cornil, Nadège Ouedraogo, Olivier Gourmet...
Tous ceux qui identifient les Dardenne à un cinéma naturaliste, social, misérabiliste, ouvriront peut-être enfin les yeux (il serait temps) en découvrant leur magnifique et bressonien La Fille inconnue. Rien n’est plus travaillé, précis, minutieusement sculpté, intelligemment formaliste et moralement complexe que le cinéma des frères liégeois.
Leur dynamo est cette fois-ci le docteur Jenny Davin, une jeune généraliste qui refuse un soir d’ouvrir sa porte à une jeune femme en détresse parce que l’horaire est dépassé d’une heure. Elle apprend que celle qui sonnait a été retrouvée morte sur une berge, sans identité, sans famille et sans sépulture. Davin en conçoit une culpabilité obsédante et n’a plus qu’un but : retrouver le nom de la fille inconnue et lui offrir une dernière demeure digne. Davin, c’est Adèle Haenel, sainte laïque et guerrière, petit bloc obsessionnel qui rappelle ses devancières Rosetta ou Lorna. La différence, c’est que Jenny Davin n’est pas une victime mais une femme de la bourgeoisie dont le métier, ou plutôt la vocation, consiste précisément à réduire le malheur du monde, un peu comme si les deux frères étaient passés de l’autre côté de leur caméra par le biais de Davin...
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Le Vox (Fréjus) : jeudi 3 et samedi 5 à 14h, vendredi 4 à 16h05, dimanche 6 à 18h15, lundi 7 à 17h50 et mardi 8 à 16h20
Lorgues : jeudi 3 à 20h, samedi 5 à 20h30 et lundi 7 à 19h
Affiche
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Le Teckel
Écrit et réalisé par Todd SOLONDZ
USA 2016 1h28mn VOSTF
avec Julie Delpy, Greta Gerwig, Kieran Culkin, Danny De Vito, Ellen Burstyn...
Quel plaisir délicieux – qu'on souhaiterait presque interdit – de retrouver la douloureuse tendresse et la délicate cruauté du grand Todd Solondz (Bienvenue dans l'âge ingrat, Happiness, Life during war time pour ne citer que les plus aboutis de ses films, dont Le Teckel fait assurément partie). Avec au rendez vous ses obsessions récurrentes : l'incommunicabilité dans la société américaine, l'hypocrisie et l'égoïsme de ses concitoyens, la dérision de la condition humaine… Des thèmes traités évidemment avec l'humour formidablement grinçant qui est la signature du cinéaste.
Le fil directeur du film est un chien qui ne paie pas de mine : le teckel au profil tout en longueur, le genre de petit clebs qu'on qualifie volontiers de rase-motte, de boudin de porte, ou de grande saucisse. Le teckel du titre sera donc présent dans les quatre petites histoires distinctes qui composent le film, mettant en scène divers personnages représentant tous les âges de la vie – de l'enfant à la vieille femme.
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Le Vox (Fréjus): mercredi 2 et vendredi 4 à 18h15, jeudi 3 à 16h30, samedi 5 à 19h, dimanche 6 à 20h45, lundi 7 à 20h et mardi 8 à 18h30
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Ma vie de Courgette
Réalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
avec Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan, Marie-Thérèse Fortin...
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette. Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy. Pour les enfants à partir de 7 ans
Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 et jeudi 3 à 14h et 15h30, vendredi 4, dimanche 6 et mardi 8 à 14h, 15h30 et 19h15, samedi 5 à 14h, 15h30 et 20h45, lundi 7 à 14h et 18h30
La Tête haute
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La Tête haute
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2015 2h
avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier...
Scénario d'Emmanuelle Bercot et Marcia Romano
Festival de Cannes 2015, Sélection officielle, Film d'ouverture hors compétition

« Cette année, on a voulu commencer par un bon film » a déclaré Thierry Frémaux, directeur et sélectionneur en chef, après avoir annoncé que La Tête haute serait projeté en ouverture du Festival de Cannes. Il dit vrai, La Tête haute est un très bon, un très beau film. « C’est un film universel, qui exprime bien les questions qui se posent sur nos modèles de société ; un film qui parle de la jeunesse, de transmission, du rapport entre la justice et la société, des mécanismes sociaux et éducatifs mis en place dans un pays comme la France pour traiter des cas de délinquance… Et c'est un film très émouvant. » Là encore, Thierry Frémaux parle d'or.
La Tête haute suit le parcours mouvementé d'un jeune garçon de six à dix-huit ans, qu'une juge des enfants et un éducateur tentent de sauver presque malgré lui..
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Lorgues : Ciné Débat Citoyen : Punir ou protéger, suivi d'un débat,  vendredi 4 à 20h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 


Frantz
Écrit et réalisé par François OZON
France / Allemagne 2016 1h53mn VOSTF
avec Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner, Marie Gruber, Johann Von Bülow, Anton Von Lucke, Cyrielle Clair, Alice de Lencquesaing...

L'action se passe au lendemain de la Grande Guerre, dans une petite ville allemande tranquille, assommée par la défaite, accablée par l'absence de ses jeunes gens tombés au front. Anna pleure Frantz, son fiancé, et vit désormais chez ses beaux-parents aussi inconsolables qu'elle. Sa vie est rythmée quotidiennement par ses visites au cimetière ; c'est là qu'elle repère, un matin gris, un jeune homme inconnu qui se recueille sur la tombe de Frantz et s'éloigne précipitamment à son arrivée. Elle apprend bientôt que le garçon est français.
Après quelques réticences – difficile d'accepter la compassion de quelqu'un qui pourrait être le meurtrier de leur fiancé et fils – Anna et les parents de Frantz vont comprendre qu'Adrien était devenu un ami de leur cher disparu au moment où celui-ci, résolument francophile, avait visité Paris avant guerre.

Et peu à peu, insidieusement, Adrien va rentrer dans la vie de cette famille bienveillante, notamment dans celle des parents qui, bercés par les souvenirs racontés par le jeune Français, ravis de leur passion commune pour la musique, vont trouver en lui de quoi combler la douleur et l'absence, jusqu'à voir en lui peut-être un fils de substitution. Quant à Anna, elle se laisse peu à peu troubler par la fragilité et la délicatesse d'Adrien, mais peut-elle déjà se permettre de se laisser aller au sentiment amoureux, surtout envers un ami de Frantz, qui plus est un ami Français ? Par ailleurs le récit d'Adrien n'est il pas trop idyllique ? Que cache le regard parfois vague du jeune homme, que penser de son émotion qui peut paraître extrême plusieurs mois après la disparition de Frantz ?
François Ozon a été inspiré par la pièce de théâtre de Maurice Rostand, écrite au lendemain de la Guerre, quand la France voulait croire en une paix et une réconciliation possibles… Cette pièce avait déjà inspiré Ernst Lubistsch pour l'un de ses films les plus méconnus, Broken Lullaby (1932). Dans les deux cas, c'est le jeune Français qui était le personnage central, par qui le lecteur / spectateur suivait le déroulement du récit. Ozon, grand dramaturge des femmes, a fait de la jeune Anna le cœur de son film : magnifique personnage (incarné par une actrice tout aussi magnifique : Paula Beer) à la fois passionné et rigoureux, en proie aux plus grands tourments avant de trouver une juste voie. Face aux traumatismes de la guerre, qui ont laissé les hommes comme des enfants peureux, c'est bien la femme qui domine la situation…

Tourné majoritairement dans un très beau noir et blanc qui donne une réelle authenticité à cette Allemagne se réveillant péniblement de la guerre (on pense à la saga Heimat d'Edgar Reitz, on pense aussi au Ruban blanc de Haneke), Frantz est un très beau film romanesque, qui évoque l'espoir – peut-être vain – dans la réconciliation de peuples qui se sont récemment déchirés, qui dit le tourment des âmes prises dans la fureur de l'histoire et qui peuvent se fourvoyer, se désespérer, se racheter, s'élever, se mentir… (Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 2, vendredi 4, samedi 5 et lundi 7 à 17h45, jeudi 3 à 13h30, dimanche 6 à 20h, mardi 8 à 11h

 

Mal de Pierres
Réalisé par Nicole GARCIA
France 2016 1h56mn
avec Marion Cotillard, Alex Brendemühl, Louis Garrel, Brigitte Rouan, Victoire Du Bois...
Scénario de Nicole Garcia et Jacques Fieschi, librement adapté du roman de Milena Agus

Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole de Provence où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque, la fin des années 1950, où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. « Elle est malade. Ce sont les nerfs… » Gabrielle cause décidément bien des tracas à sa famille qui souhaite, avant toute chose, sauver les apparences. La jeune femme est rebelle, remplie d'une passion bouillante qui fait désordre. Pour sa mère, il n'y a que deux solutions possibles : la faire interner ou la caser avec le premier venu, l'homme fort qui saura l'éloigner, supporter son caractère, ses extravagances et son goût de la liberté. C'est José, un saisonnier agricole espagnol, qui sera l'élu. Lui a les nerfs solides et ça tombe bien, car ils vont être mis à rude épreuve. José avale les couleuvres contre une promotion sociale orchestrée par la famille. Ce couple n'en est pas un – « je ne coucherai pas avec vous, je ne vous aimerai jamais » – même si, souvent, il ne manque pas grand-chose pour que ces deux-là se rencontrent enfin. Mais Gabrielle a la tête ailleurs, elle ne peut se contenter d'un mariage arrangé. Ce sera le grand amour ou rien.

Nicole Garcia filme joliment son héroïne, Marion Cotillard, souvent captive (de sa famille, de son mari ou de l'établissement thermal qui la soigne pour des calcules rénaux, son « mal de pierres »), jouant avec subtilité de l'omniprésence de l'eau (celle du lac, apaisante et qui calme ses fièvres, celle brutale des jets puissants qui lui attaquent le dos et les hanches lors des séances de thalasso, ou encore la mer qui borde sa maison, ou le Rhône sur les rives duquel un amant s'est pendu…). Si la réalisation est classique, Nicole Garcia donne de la chair à ces histoires d'amours qui ne se connectent pas, à ces contretemps des passions. (P.Y. Grenu, Culturebox)

Ce film mélancolique et ardent repose sur Marion Cotillard. C'est la comédienne la plus douée, actuellement, pour provoquer l'émotion et susciter la connivence : qu’on se souvienne de Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Ou de The Immigrant, le plus méconnu des James Gray qui, dans une église, la filmait comme une Madone, comme Lillian Gish dans ses chefs d’œuvre muets… Excellente directrice d'acteurs, Nicole Garcia sublime sa sensibilité. Alors qu'elle freine celle de Louis Garrel, toujours prêt à en faire trop et qui devient, soudain, grâce à elle, impressionnant de retenue. Elle offre à Alex Brendemühl, peu connu en France, un magnifique rôle de mari consentant, parce que trop aimant. Le film est âpre et lumineux. Triste, aussi, comme peuvent l'être les vies à contre temps, comme en décrivait, jadis, Maupassant. (P. Murat, Télérama)


CGR (Draguignan) : mercredi 2, vendredi 4 et mardi 8 à 13h30, jeudi 3 et samedi 5 à 11h, dimanche 6 et lundi 7 à 17h45
Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 à 17h15 et 20h30, jeudi 3 à 14h et 17h30, vendredi 4 à 14h et 20h45, samedi 5 à 15h50 et 20h45, dimanche 6 à 16h55 et 20h30, lundi 7 à 14h et 20h, mardi 8 à 14h et 16h55
Cotignac : vendredi 4 à 20h30


Moi, Daniel Blake
CÉZANNE ET MOIRéalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno


Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran.
Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur. Daniel Blake, Katie deviennent peu à peu comme des extensions de nous-même, de nos parts lumineuses, de nos destins brisés ou de nos déchirures. C'est beau à tomber, puis à se relever pour lutter.

« On a tous besoin d'un peu de vent dans le dos de temps en temps »… Petite phrase rayonnante qui scintille telle un clin d'œil bienveillant, un phare dans la nuit, celle de Katie. Car c'est bien la seule chose gentille qu'elle entende alors qu'elle arrive hagarde dans les bureaux du pôle emploi, éreintée d'avoir tant couru, de s'être perdue dans cette ville qui lui est étrangère. Elle est là, brune et fébrile, encore essoufflée, flanquée de ses deux mômes, avec pour toute fortune dix livres en poche. Face à elle se dresse l'accueil hermétique d'une administration devenue aveugle et sourde, prête à la laisser à la rue, sanction disproportionnée pour dix malheureuses minutes de retard. Entre ces murs gris et durs, tout n'est que résignation. Celle des usagers venus quémander de l'aide, celle des « conseillers » désemparés qui ne peuvent rien accorder et peut-être celle, plus sourdement violente, des collaborateurs du libéralisme qui semblent avoir refoulé toute forme de sentiments. Que d'impuissance face aux visages figés, aux gestes désabusés, plongés dans cet univers Kafkaïen qui nous questionne. Comment une institution « d'accompagnement » a-t-elle pu se transformer en ce purgatoire déshumanisé ? Alors, quand la voix chaleureuse de Daniel Blake s'élève pour venir à la rescousse de sa semblable, elle est comme une bouffée d'espoir, une petite fleur qui essaie de croître vaillamment en zone stérile. Elle porte en elle toute une philosophie de vie. Savoir que nul n'est à l'abri de trébucher un jour, qu'il n'y a aucune honte à cela, ni à attraper la main tendue, pas plus qu'il n'y a à s'enorgueillir d'être la main qui se tend. Le vent qui apporte la force d'avancer au voilier épuisé le fait sans prétention, tout simplement, parce que c'est dans sa nature. Comme il doit être dans celle des humains de s'entraider.

Tandis qu'il s'insurge ainsi, Daniel en oublie presque que sa condition n'est pas plus enviable que celle de cette inconnue qu'il défend. C'est qu'il a du mal à digérer ce qui lui arrive, lui qui fut toujours un battant. Toute une vie de dur labeur, sans cesser de cotiser, jusqu'à ce que son cœur lâche, dise stop. Quand l'administration s'obstine à le déclarer apte au travail, contre toute évidence médicale, il perd toute illusion sur ce qu'il qualifie de vaste plaisanterie. À quoi bon courir après des boulots inexistants ? Alors qu'il y a tellement mieux à faire dans la vie : par exemple redonner à Katie un peu d'amour propre, ne pas la laisser tomber, elle et sa marmaille…


Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 à 18h15 et 20h30, jeudi 3 et dimanche 6 à 18h15, vendredi 4 à 14h et 20h45,samedi 5 à 18h15 et 20h45, lundi 7 à 14h et 18h30, mardi 8 à 20h30
Cotignac : jeudi 3 à 14h, 18h et 20h30



Le Ciel Attendra
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par Marie-Castille MENTION-SCHAAR
France 2016 1h40mn
avec Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant, Naomi Amarger, Clotilde Courau, Zinedine Soualem, Yvan Attal… et Dounia Bouzar (dans son propre rôle)...

« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade… » À l'époque de Rimbaud, on pouvait s'embraser dans de candides envolées lyriques ! La jeunesse avait droit à l'insouciance, elle était l'âge de tous les possibles. On osait inventer un monde idéal, tissé de paix, se griser d'amour et d'amitié. Puis les tilleuls laissèrent la place à l'asphalte, la promenade au zapping ou au surf sur internet. Les babillages se transformèrent en tchat, les belles expressions en smileys. Qu'est ce qu'avoir dix-sept ans maintenant, alors que les adultes semblent avoir abdiqué leurs rêves ? Comment aborder sans frémir un avenir tout bouché, promis au chômage, aux compromis ? À dix-sept ans, on a eu le temps de comprendre que les pollueurs ne sont pas les payeurs. Que les puissants ne sentent pas la puanteur de leur argent. Qu'ils sont en outre sourds aux cris des peuples affamés, aveugles face aux enfants qui meurent aux portes de la Méditerranée. Avoir dix-sept ans dans nos sociétés malades, au consumérisme hypertrophié, c'est avoir envie de fuir ou d'enfouir sa tête dans le sable pour ne plus voir à son tour. Mais c'est aussi le temps de la révolte, celui où l'on se met en quête de ses semblables, ceux qui veulent faire la peau au capitalisme. Si autour de soi, on ne voit pas d'alternative, on s'en va fouiller dans les réseaux sociaux où l'on découvre des sites aux titres séduisants : « Et si on changeait le monde ? ». De quoi épancher sa soif d'idéaux.

C'est ainsi que Mélanie, rousse jeune fille un brin timide, rencontre un garçon charmant, presque un prince sorti des Mille et une nuits. Elle se montre curieuse puis de plus en plus subjuguée par cet être qui parait si bien la comprendre. Elle boit avidement ses paroles, se gorge de chaque compliment qu'il lui fait. La voilà qui vibre, s'émancipe, se sent valorisée. Il est désormais essentiel à sa vie sans qu'ils se soient jamais croisés… C'est comme une toile d'araignée virtuelle, méticuleusement tissée au fil des sentiments de Mélanie et dont il sera difficile de s'extraire. C'est également ainsi que Sonia, la jolie brunette, rentrera dans un cercle de filles qui seront comme autant d'âmes-sœurs, de confidentes. En leur compagnie elle se sentira rassurée, heureuse d'être écoutée, comprise. De points communs en idées communes, elles donneront un nouveau sens à leur vie, convaincues d'avoir trouvé une voie pour purifier le monde. Sonia sera galvanisée par ce groupe qui la rend plus forte, courageuse.
Mélanie, Sonia… Deux jeunes filles intelligentes, brillantes, choyées, dorlotées, élevées dans des milieux cultivés, juste cueillies à un moment charnière de leur vie. Elles pourraient être vous, elles pourraient être moi, nos sœurs, nos cousines, nos filles… Pourtant le film commence par l'intrusion violente des forces de l'ordre dans le pavillon coquet où vit Sonia. Perquisition, arrestation de la jouvencelle qui s'est laissée embrigadée par Daesh sans que son entourage s'en doute. Ces mères et ces pères qui s'effondrent, qui ont fait de leur mieux et culpabilisent de n'avoir rien vu venir, ça aurait pu être nous, vous, nos parents, nos amis…

Forcément, dans le climat actuel, quand on nous a proposé un film sur la « radicalisation », on a chaussé notre regard le plus critique. On guettait le détail démagogue, l'explication toute faite, le faux pas : il n'y en a pas ! Marie-Castille Mention-Schaar déconstruit les raccourcis faciles, stigmatisants, qui ne servent que la carrière de ceux qui les professent. Et en plus elle nous tient en haleine, comme dans un thriller psychologique très bien renseigné (elle a passé des mois à étudier, rencontrer notamment des ados en voie de déradicalisation). Excellent outil pour décortiquer les processus d'embrigadement, comprendre combien il est facile de se laisser aspirer par des mécaniques psychologiques si bien huilées. Puis combien, par la suite, il est difficile, mais pas impossible, d'en réchapper. Long processus décrit avec tact dans lequel Dounia Bouzar accompagne des jeunes et leurs parents tous les jours, dans la vie en vrai comme à l'écran. Quant aux acteurs professionnels, ils se sont investis à tel point qu'ils nous font oublier qu'ils interprètent des rôles. C'est plein de tact, passionnant, efficace.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 et dimanche 6 à 14h, vendredi 4 à 16h25, samedi 5 à 16h55, lundi 7 à 20h et mardi 8 à 18h15
Le Luc : mercredi 2 et vendredi 4 à 16h30, jeudi 3 à 19h

 


La Fille Inconnue
Écrit et réalisé par Luc et Jean-Pierre DARDENNE
Belgique 2016 1h46mn
avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémy Rénier, Fabrizio Rongione, Louka Minnella, Christelle Cornil, Nadège Ouedraogo, Olivier Gourmet...

Tous ceux qui identifient les Dardenne à un cinéma naturaliste, social, misérabiliste, ouvriront peut-être enfin les yeux (il serait temps) en découvrant leur magnifique et bressonien La Fille inconnue. Rien n’est plus travaillé, précis, minutieusement sculpté, intelligemment formaliste et moralement complexe que le cinéma des frères liégeois.
Leur dynamo est cette fois-ci le docteur Jenny Davin, une jeune généraliste qui refuse un soir d’ouvrir sa porte à une jeune femme en détresse parce que l’horaire est dépassé d’une heure. Elle apprend que celle qui sonnait a été retrouvée morte sur une berge, sans identité, sans famille et sans sépulture. Davin en conçoit une culpabilité obsédante et n’a plus qu’un but : retrouver le nom de la fille inconnue et lui offrir une dernière demeure digne. Davin, c’est Adèle Haenel, sainte laïque et guerrière, petit bloc obsessionnel qui rappelle ses devancières Rosetta ou Lorna. La différence, c’est que Jenny Davin n’est pas une victime mais une femme de la bourgeoisie dont le métier, ou plutôt la vocation, consiste précisément à réduire le malheur du monde, un peu comme si les deux frères étaient passés de l’autre côté de leur caméra par le biais de Davin. Dans ce rôle portant tout le film, Haenel étincelle par son énergie, son tranchant, sa dualité enfantine et batailleuse, à la fois petite pieuvre et combattante, moteur crépitant de tous les plans du film.

Bien que personnelle et intime, l’enquête du docteur Davin revêt bien sûr une dimension politique jamais explicitée. La fille sans nom et sans tombe fait écho à toutes les victimes décédées dans l’anonymat des faits divers mais aussi des guerres et des massacres de masse. Quant au défilé de personnages qui somatisent devant la toubib (vomissements, problèmes cardiaques, perte de sommeil…), ils incarnent une honte intériorisée et une culpabilité collective, les nôtres, celles des nantis (plus ou moins) indifférents ou impuissants face au spectacle visible des souffrances du monde.
Comme toujours chez les Dardenne, la portée politique ne découle pas d’un « vouloir dire » mais d’une histoire, de personnages, de situations, de gestes très banals et concrets. Leur beau souci, ce sont les détails. Demander à Haenel une diction blanche, désaffectée (« il faut dominer ses sentiments pour être un bon médecin » dit-elle au début) ; distiller les sonneries de portable qui scandent le film et intensifient ses suspenses ; ménager de longs silences avant que la parole des témoins du drame ne soit accouchée ; multiplier patiemment les écoutes au stéthoscope des bronches d’un patient avant d’énoncer un diagnostic (métaphore de la méthode des Dardenne ?) ; filmer le profil ultra-expressif d’Haenel et saisir la moindre inflexion de son visage comme un événement émotionnel faisant avancer le récit…
Même soin minutieux dans le colorisme, entre les hauts bleus ou rouges de Davin et les murs blancs en fond d’écran. Sec et tendu comme un thriller, politiquement plus parlant que la plupart des films à messages, La Fille inconnue est un nouveau diamant brut de nos orfèvres de Seraing, leur plus éclatant et coupant depuis L’Enfant.

(S. Kaganski, Les inrocks)


Le Vox (Fréjus) : jeudi 3 et samedi 5 à 14h, vendredi 4 à 16h05, dimanche 6 à 18h15, lundi 7 à 17h50 et mardi 8 à 16h20
Lorgues : jeudi 3 à 20h, samedi 5 à 20h30 et lundi 7 à 19h



Le Teckel
Écrit et réalisé par Todd SOLONDZ
USA 2016 1h28mn VOSTF
avec Julie Delpy, Greta Gerwig, Kieran Culkin, Danny De Vito, Ellen Burstyn...

 

Quel plaisir délicieux – qu'on souhaiterait presque interdit – de retrouver la douloureuse tendresse et la délicate cruauté du grand Todd Solondz (Bienvenue dans l'âge ingrat, Happiness, Life during war time pour ne citer que les plus aboutis de ses films, dont Le Teckel fait assurément partie). Avec au rendez vous ses obsessions récurrentes : l'incommunicabilité dans la société américaine, l'hypocrisie et l'égoïsme de ses concitoyens, la dérision de la condition humaine… Des thèmes traités évidemment avec l'humour formidablement grinçant qui est la signature du cinéaste.
Le fil directeur du film est un chien qui ne paie pas de mine : le teckel au profil tout en longueur, le genre de petit clebs qu'on qualifie volontiers de rase-motte, de boudin de porte, ou de grande saucisse… Aux États-Unis, c'est d'ailleurs ainsi qu'on le désigne, « Wiener dog », titre original du film : et la « wiener », c'est la saucisse de Francfort qu'on entoure de pain mou pour faire les hot-dogs. C'est aussi un petit clin d'œil au personnage récurrent des films de Solondz, Dawn Wiener, que l'on découvrait ado complexée dans Bienvenue dans l'âge ingrat, puis un peu plus vieille dans Palindromes et qui est ici une grande fille un peu gauche incarnée par la toujours épatante Greta Gerwig.

Le teckel du titre sera donc présent dans les quatre petites histoires distinctes qui composent le film, mettant en scène divers personnages représentant tous les âges de la vie – de l'enfant à la vieille femme. Ça commence très fort puisque le premier maître est un petit garçon qui lutte contre la maladie, qui supporte courageusement les traîtements à répétition et à qui son père a offert ce chien pour le réconforter, l'encourager, lui faire plaisir… Sauf que le père et la mère du gamin sont d'insupportables bourgeois obsédés par la propreté, confits dans leurs habitudes et leur confort et absolument pas prêts à accepter la présence d'un chien dans leur quotidien.
Ce sera ensuite une jeune vétérinaire (Dawn Wiener / Greta Gerwig) un peu timide, un peu coincée, qui embarque un teckel malade et qui retombe amoureuse d'un ancien copain de fac torturé devenu un tantinet toxicomane. Puis viendra le tour d'un scénariste raté (excellent et trop rare Danny de Vito), prof désabusé dans une école de cinéma, haï de ses insupportables étudiants bouffis de prétention et étouffant sous l'esprit de sérieux. Et pour finir ce sera une vieille dame très riche et très malade (Ellen Burstyn, saisissante), dotée d'un sens suffisant de l'humour noir pour avoir appelé son teckel Cancer, qui est d'abord harcelée par sa nièce, actrice improbable et tapeuse chronique, puis assaillie par ses souvenirs qui viennent lui demander des comptes…

Chacun des épisodes, savoureux et très pince-sans-rire, est l'occasion pour Solondz de livrer une satire féroce des mœurs contemporaines : la futilité matérialiste des familles riches américaines (Julie Delpy parfaite en mère de famille upper classe à gifler) ; le vide existentiel des trentenaires solitaires ; la cruauté, l'hypocrisie et la suffisance du monde de l'enseignement du cinéma, sans oublier le ridicule achevé de celui de l'art contemporain ; la vacuité des vies passées à accumuler de la richesse… Comme toujours dans les Solondz réussis, c'est aussi tragique que jubilatoire. Et c'est par ailleurs d'une précision de mise en scène assez sidérante.


Le Vox (Fréjus): mercredi 2 et vendredi 4 à 18h15, jeudi 3 à 16h30, samedi 5 à 19h, dimanche 6 à 20h45, lundi 7 à 20h et mardi 8 à 18h30

Ma vie de Courgette
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgRéalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette.
Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy.
Pour les enfants à partir de 7 ans


Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante.

De passages tragiques en moments rigolos ou poétiques, on pénètre dans le monde écartelé des enfants qui ont morflé. De ceux que la société essaie de préserver et tente de réparer en les éloignant de leurs proches qui ne les ont parfois pas épargnés. Mais commençons par le commencement… Ce jour-là est un jour comme un autre dans la vie de Courgette. Du moins il commence comme beaucoup d'autres. Dans sa chambre sous les combles, il dessine sur les murs, invente des histoires, des super héros qui le font s'évader. Avec deux bouts de papier, quelques crayons, il se crée tout un monde. Dans le salon au dessous, sa mère, lovée dans un fauteuil devant un soap opéra à la télé, éructe et rumine : « Tous des menteurs… ». Aigreur et vécu qu'elle cuve dans sa bière. Le sol est jonché de cannettes que Courgette vient récupérer histoire de construire des châteaux. Faute de sable ?
Pourquoi la marâtre sort-elle de sa torpeur ? Qu'importe… On comprend que ce n'est pas la première fois qu'elle se met dans une rage folle contre son rejeton. Mais cette fois-là, sans penser à mal et pour se protéger, Courgette rabat la trappe de sa chambre sur la tête de sa daronne qui dégringole dans le raide escalier… Après une audition au commissariat, Courgette va atterrir dans un foyer d'accueil, loin de ce qu'il a toujours connu… Mais tout n'est pas si sombre. D'abord, le flic qui l'interroge est un vrai gentil. Il s'appelle Raymond et la loi de la gravitation universelle a décidé que son crâne était fait pour recevoir les bombes à eau des mômes qui adorent le taquiner. Et puis le foyer qui accueille l'orphelin est une unité à taille humaine.

Les autres gosses ne sont pas forcément tendres, principalement Simon, qui se prend pour un caïd avec sa banane de rockeur rouquin. Pour lui tout nouvel arrivant est un potentiel bouc émissaire qu'on peut discrètement martyriser. Mais tout n'est pas si simple et derrière les fanfaronnades se cachent des êtres déjà bien égratignés. Tous comme des lions coincés derrière les barreaux de souvenirs qui font des ravages et donnent envie de défoncer les murs ou de se battre. Contre qui, contre quoi ? Peut-être tout simplement pour survivre. Le pari éducatif devient alors de transformer cette force dévastatrice en envie de vivre, en joie retrouvée. Et heureusement on la sent tapie dans l'ombre, prête à bondir comme un nouveau départ. Elle explose dans les moments de jeux, de jovialité… Surtout à l'arrivée de la petite dernière : Camille. Avec sa voix de flûte alto cassée, ses grands yeux bleus et son sens de la répartie bien aiguisé, elle peut mettre tout le monde en boîte, même ce gros dur de Simon !

Le Vox (Fréjus) : mercredi 2 et jeudi 3 à 14h et 15h30, vendredi 4, dimanche 6 et mardi 8 à 14h, 15h30 et 19h15, samedi 5 à 14h, 15h30 et 20h45, lundi 7 à 14h et 18h30


La Tête haute
LA TÊTE HAUTERéalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2015 2h
avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier...
Scénario d'Emmanuelle Bercot et Marcia Romano. Festival de Cannes 2015, Sélection officielle, Film d'ouverture hors compétition 

« Cette année, on a voulu commencer par un bon film » a déclaré Thierry Frémaux, directeur et sélectionneur en chef, après avoir annoncé que La Tête haute serait projeté en ouverture du Festival de Cannes. Il dit vrai, La Tête haute est un très bon, un très beau film. « C’est un film universel, qui exprime bien les questions qui se posent sur nos modèles de société ; un film qui parle de la jeunesse, de transmission, du rapport entre la justice et la société, des mécanismes sociaux et éducatifs mis en place dans un pays comme la France pour traiter des cas de délinquance… Et c'est un film très émouvant. » Là encore, Thierry Frémaux parle d'or.
La Tête haute suit le parcours mouvementé d'un jeune garçon de six à dix-huit ans, qu'une juge des enfants et un éducateur tentent de sauver presque malgré lui. Dans le rôle central, Rod Paradot fait sa première apparition à l'écran et on peut déjà parier qu'on reverra ce garçon incroyable, tout à la fois émouvant, effrayant et complexe, rendant à l'écran la fragilité aussi bien que la dureté de cet être en construction.

D'emblée le rythme est donné. Nous sommes dans l'urgence, l'urgence de sauver un enfant de son destin qui semble déjà tout tracé. Malony est un petit bout de six ans et alors que sa mère vocifère dans le bureau du juge des enfants, on sent dans ses regards, saisis au vol par la caméra, la peur, l'incompréhension de ce petiot qui entend sa mère dire qu'il est un démon comme son père, qu'elle n'en peut plus de lui, avant de claquer la porte et de le laisser planté là. Interprétée par une Sara Forestier volontairement défigurée par un mauvais dentier, elle est la mère qu'on aurait envie de secouer un bon coup si on s'arrêtait à une première impression, mais que la cinéaste rendra au fil du récit plus démunie qu'irresponsable.
On retrouve Malony dix ans plus tard au volant d'une voiture, qu'il conduit sans permis évidemment, sa mère hilare à l'arrière, lui disant qu'il pilote comme un dieu (sic). Retour chez la juge, mais cette fois les choses ont changé, ce n'est plus une famille d'accueil qu'on lui propose mais le choix entre une mise à l'épreuve et la prison. On comprend bien que les choses n'ont pas évolué dans le bon sens pour l'adolescent. Déjà à la tête d'un casier judiciaire conséquent, Malony, casquette sur la tête ou capuche sur les yeux, semble irrécupérable. Violent avec ses éducateurs, ne supportant aucune frustration, aucun encadrement, immédiatement ressenti comme une atteinte à sa personne et à ses droits… La juge décide de le placer dans un centre éducatif à la campagne. Malony commence alors un nouveau parcours, en rupture avec son environnement habituel…

Emmanuelle Bercot nous plonge dans les arcanes de l'institution judiciaire chargée de la protection de l'enfance. Un univers qu'elle avait déjà exploré dans le Polisse de Maiwen, qu'elle avait co-écrit et interprété, et dont elle affirme ici encore qu'il est le dernier maillon, l'ultime filet de sécurité pour des milliers d'enfants qui sont les premières victimes d'une société de plus en plus brutale. Son film est juste, intense et souvent bouleversant. (Utopia)

Lorgues : Ciné Débat Citoyen : Punir ou protéger, suivi d'un débat,  vendredi 4 à 20h

PROJECTION “ILS ONT FILMÉ LES GRANDS ENSEMBLES“ documentaire réalisé par Marie-Catherine Delacroix et Laurence Bazin  Samedi 5 novembre 2016 à 20 h 30, au théâtre (salle Lily Pons) • Entré libre
Licences 31088046 et 11088047
Ce film raconte les banlieues du point de vue de leurs habitants dans les années 60/70. A travers des films amateurs, tournés par les habitants eux-mêmes, les réalisatrices nous tracent un quotidien calme et paisible. On y découvre cet ordinaire fait de jeux d’enfants, de promenades dominicales sur fond de barres et de tours. Les habitants commentent et se souviennent… Se dessine une histoire intime de l’urbain : les grands ensembles dans les films de famille. La projection sera suivie d’un débat en présence de Laurence Bazin, la réalisatrice, et Nasser Djemaï, auteur et metteur en scène de Vertiges. Retrouvez le spectacle Vertiges, le vendredi 3 février à 20 h 30 au théâtre Nasser Djemaï offre la lumière des projecteurs à ces personnages, des éclats d’humanité, qui touchent chacun d’entre nous. Au cœur des cités HLM aujourd’hui abandonnées à elles-mêmes, l’auteur nous livre une histoire intime et profondément émouvante.

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

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