Au(x) cinéma(s) du 2 au 8 septembre

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous,

Encore une belle semaine de cinéma en perspective : on peut encore voir Dheepan, Palme d'or au festival de Cannes, à CGR Chabran, mais aussi Difret, un film éthiopien courageux sur la condition des filles et des femmes dans ce pays. Au Vox à Fréjus, 2 polars, couronnés tous les deux, et qui valent le détour : La isla minima et La nina de fuego, et à Cotignac, un autre polar couronné à Beaune : Victoria. On peut voir aussi Coup de chaud, pour regarder les tensions naître et empoisonner tout et tout le monde au sein d'un paisible village. Et encore Floride, où un Jean Rochefort magnifique et bouleversant nous indique une bonne chose : carpe diem...
Ce ne sera pas cette semaine, mais le dimanche 20 septembre à 19 heures et vous pouvez déjà le noter sur vos agendas ! Dans le cadre des Journées du Patrimoine, Entretoiles et la Mairie vous proposent de voir Les fils de l'homme, un film de science fiction rageur et pertinent. L'entrée sera libre... Pourquoi un film de science fiction pour les Journées du Patrimoine nous direz-vous ? Parce que le thème national retenu cette année est : " Patrimoine du XXIème siècle, une histoire d'avenir"...
Ensuite, en octobre, novembre et décembre, nous devrions, si la CAD nous le permet, pouvoir vous proposer quelques séances à Lily Pons...
En attendant : bonne semaine de cinéma !

Comme toujours, on vous le redit : Transférez, adhérez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 2 AU 8 SEPTEMBRE 2015

 

Dheepan
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Dheepan
Réalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015
Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.
Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés.
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CGR (Draguignan) : Mercredi, jeudi, samedi, lundi et mardi : 13h30, 15h45, 20h, et 22h15 vendredi : 11h, 13h30, 20h et 22h15 - dimanche : 13h30, 15h45, 20h et 22h15
Difret
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Difret
Écrit et réalisé par Zeresenay BERHANE MEHARI
Ethiopie 2015 1h43mn VOSTF
avec Meron Getnet, Tizita Hagere, Haregewine Assefa, Brook Sheferaw...
En langue amharique, parlée en Ethiopie, « difret » signigie courage, ou oser. Le titre dit bien ce qu'est le film, son projet, son ambition, à la fois modeste et immense compte tenu du contexte : célébrer le courage d'une jeune fille et d'une femme qui ont osé affronter les règles iniques de la société outrageusement patriarcale dans laquelle elles vivaient. Le scénario est directement inspiré d'une histoire réelle qui s'est déroulée en 1996 et qui a bouleversé le pays, avant d'initier un changement de certaines de ses règles judiciaires.
Ethiopie 1996, donc. Meaza Ashenafi est une jeune avocate ambitieuse, une mordue de travail, fondatrice d'une organisation qui fournit gratuitement l'aide juridique aux femmes démunies et aux enfants. Comme défenseure inlassable des femmes, elle opère avec l'agrément du gouvernement jusqu'à ce que survienne un cas particulièrement dramatique et explosif, qui bouleverse complètement son travail en même temps qu'il menace la survie même de son organisation.
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CGR (Draguignan) : mercredi 18h15, jeudi 20h15, vendredi 15h45, samedi 18h, dimanche 11h, lundi 13h30 et mardi 14h
Coup de chaud
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Coup de chaud
Réalisé par Raphaël JACOULOT
France 2015 1h42mn
avec Jean Pierre Darroussin, Grégory Gadebois, Karim Leklou, Carole Franck, Isabelle Sadoyan...
C'est un petit village charmant. Qualité de vie, maisons de pierres et petite communauté humaine avec les problèmes assortis qui n'ont, a priori, rien d'insoluble… Autant de menus conflits qui semblent faciles à contenir par un maire sympa – il a ici le charisme chaleureux de Jean Pierre Darroussin – débonnaire médiateur qui fédère autour de lui les quelques conseillers qui se concertent pour prendre les grandes décisions. Un petit village avec une poignée d'humains ni pires ni meilleurs que bien d'autres. Tranquille. L'été est très chaud. Trop chaud. La canicule tape dans les tronches, assoiffe les récoltes, exacerbe une tendance larvée à la rumination paranoïaque et derrière les volets clos, les imaginations divaguent. Les non-dits, une accumulation de malentendus, des petites saloperies anonymes bricolées pour grignoter la terre de la voisine, la récolte qui sèche sur pied… font leur petit chemin dans les têtes inquiètes et un seul va cristalliser les ruminations des uns et des autres. Pas qu'il soit méchant, Joseph. Il serait même plutôt gentil avec ses trente ans, ses airs de brun pataud, sa dégaine de grand couillon débile qui lui vaut d'être l'objet de blagues idiotes, de rires imbéciles : les filles le font tourner en bourrique, on le pousse à picoler, parce qu'il est drôle quand il danse avec un coup de trop... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 18h15
La Isla mínima
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La Isla mínima
Réalisé par Alberto RODRIGUEZ
Espagne 2015 1h44mn VOSTF
avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre, Nerea Barros...
10 Goya 2015 (équivalent espagnol des César) dont Meilleur Film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur Acteur • Prix Spécial Police et Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Beaune 2015
Le générique donne d'emblée le ton : des images aériennes à couper le souffle, aussi belles qu'irréelles, des méandres du delta du fleuve Guadalquivir en Andalousie, lacis d'eau labyrinthique au cœur d'une nature moite et désolée qu'on pourrait tout à fait croire être celle du bayou en Louisiane. La comparaison n'est pas anodine, La isla mínima s'inscrit en effet comme le pendant espagnol des meilleurs polars américains – on pense aussi à des séries, True detective tout particulièrement – , de ceux qui nous plongent dans des contrées reculées, isolées et inquiétantes, où la recherche d'un coupable est bien souvent un prétexte à la description des us et coutumes, souvent peu avenants, des communautés qui y (sur)vivent. Et l'Andalousie rurale respecte à la lettre le cahier des charges : à l'aridité poisseuse de la nature et des conditions de vie répondent les visages durs et fermés des habitants, qui préfèrent se murer dans un silence hostile plutôt que de livrer leurs secrets aux policiers venus fureter dans leur patelin boueux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, samedi et mardi : 18h15 - jeudi : 18h15 et 21h - vendredi 15h et 18h 15 - dimanche 16h et 21h - lundi : 15h, 17h45 et 20h
La Nina de Fuego
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La Niña de Fuego
Écrit et réalisé par Carlos VERMUT
Espagne 2014 2h07mn VOSTF
avec José Sacristán, Bárbara Lennie, Luis Bermejo, Israel Elejalde, Lucia Pollan...
Concha de Oro (Meilleur film) et Concha de Plata (Meilleur réalisateur) au Festival de San Sebastián 2014 • Goya (équivalent espagnol des César) de la meilleure actrice pour Bárbara Lennie
Luis est un professeur au chômage prêt à tout pour donner un peu de bonheur à sa fille atteinte d'une leucémie incurable. Damián fut professeur aussi, mais il s'apprête aujourd'hui à sortir de prison, avouant à ses geôliers sa peur, une fois dehors, de recroiser la route de Bárbara. Bárbara justement est une jeune femme instable et mystérieuse, que son mari psychiatre essaie tant bien que mal de contrôler. Entre ces trois personnages va se mettre en place un jeu malsain fait de chantages, de mensonges et de tromperies, un jeu bien trop dangereux et qui risque fort d'aller beaucoup trop loin... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 18h15, jeudi 18h15 et 21h, vendredi 15h et 18h55, dimanche 18h15, lundi 21h, mardi 15h et 18h15
Floride
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Floride
Réalisé par Philippe LE GUAY
France 2015 1h50mn
avec Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain, Laurent Lucas, Anamaria Marinca, Clément Métayer, Coline Beal, Edith Le Merdy, Christèle Tual...
La Floride : ses palmiers, ses flamands roses, son fameux jus d’orange et ses retraités venus trouver le soleil pour l’éternité. Quand il ferme les yeux, pas encore pour toujours – plutôt crever ! – c’est à la Floride qu’il pense, Claude. A sa douceur, à sa chaleur, et surtout à sa fille qui est partie vivre là-bas et qu’il rêve de retrouver. Mais en attendant de s’envoler, de prendre ses clics, ses clacs et ses baskets fluos à scratch (comme les enfants, parce que les lacets, c’est plus de son âge), c’est près du lac d’Annecy qu’il tue le temps. Son temps, étrange paradoxe de la vie quand elle arrive à son dernier acte, est à la fois compté et s’écoule très lentement, grain après grain, matin après matin, jus d’orange made in Florida après jus d’orange made in Florida, le seul bien entendu qui trouve grâce à ses goûts de vieux Monsieur. Claude est vivant et s’il oublie parfois la date, les comprimés, il n’oublie pas ça : que le jour se lève encore pour lui.
Il n’a plus d’épouse, il n’a plus de boulot depuis un bout de temps, il n’a pas vraiment d’amis, alors qu’est ce qui lui reste pour se sentir vivant ?.
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Le Vox (Fréjus) : mercredi et samedi : 16h - vendredi 15h - dimanche 18h15
Victoria
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Victoria
Réalisé par Sebastian SCHIPPER
Allemagne 2014 2h20mn VOSTF
avec Laïa Costa, Frederik Lau, Frank Rogowski, Burak Yigit, Max Mauff...
Grand Prix du Festival du film policier de Beaune 2015
C'est l'énergie fiévreuse et électrique de la nuit qui donne son tempo si particulier à ce thriller haletant, qui emporte Victoria (épatante Laïa Costa) dans une course effrénée vers une issue jusqu'au dernier instant incertaine…
Le film débute par la lumière éblouissante et syncopée du stroboscope d'une boîte de nuit de Mitte, le quartier branché de Berlin. Peu à peu, alors que la caméra se fraie un chemin au milieu des corps dansant dans la pénombre, on devine celui de Victoria, énergisé par la techno qui monte et monte. Elle va vers le bar et tente d'engager la conversation avec le barman, en vain. On comprend que la jolie Victoria est seule, d'ailleurs elle finit par sortir du club, il est un peu moins de 6h du matin. Et elle tombe sur quatre lascars turbulents qui se sont vus refuser l'entrée. Des gars un peu chiens des rues, qui lui font croire qu'une voiture est à eux alors que pas du tout, un peu borderline mais gentils. L'un, complètement ivre, fête son anniversaire, bien que plus franchement en état d'apprécier l'occasion. Un autre, Sonne, a plus de bagout et s'avère même assez charmant, et quand il propose à Victoria de finir la nuit sur un toit de la ville, la jeune espagnole accepte. Elle doit ouvrir dans deux heures le café où elle travaille comme serveuse, elle n'a pas vraiment envie de rentrer chez elle avant.
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Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) : lundi 21h
Les Fils de l'homme
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Les Fils de l'homme
Écrit et réalisé par Alfonso Cuarón
USA 2006 1h50mn VOSTF
avec Clive Owen , Maria McErlane , Tehmina Sunny...
Londres, 2027. Alfonso Cuarón, réalisateur éclectique (Y tu mamá también, Harry Potter 3...) donne d'emblée le ton de son récit d'anticipation. Ici, pas de voitures volantes ni de buildings démesurés. Le frissonnant futur qu'il imagine ne fait que maquiller notre présent. Même décor à peine trafiqué, mêmes codes vestimentaires et architecturaux... Mais davantage de gris, de crasse, et surtout de violence et de désespoir. Seule l'Angleterre résiste au chaos mondial, guerres civiles, épuisement des ressources, etc. Mais cette « protection » a un prix, celui d'une effroyable dictature policière. Comme tous les héros de ce genre d'histoires, Theo (Clive Owen, touchant) est fatigué. Ex-militant, il a renoncé à ses convictions humanistes, et vivote au jour le jour comme bureaucrate. Evidemment, les événements le forcent à reprendre la lutte. Julian (Julianne Moore, superbe), son ancienne amante, chef d'une organisation clandestine, lui demande d'escorter une mystérieuse jeune fille, Kee, à travers le pays... lire la suite
Théâtre de Draguignan - Salle Lily Pons - Dimanche 20 septembre 19h Entrée libre


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Dheepan

 

 

DHEEPANRéalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015


Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.

Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Images amèrement banales d'une zone surpeuplée, de tentes miséreuses, d'un provisoire qui semble durer éternellement. On présume que beaucoup sont prêts à tout pour se tirer de là, on le serait soi-même. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés : voilà un équipage de fortune constitué par pur intérêt, une triple alliance frustrante où chacun s'efforce de jouer le jeu, faisant taire ses états d'âmes, ses peurs, ses colères. Celles de Dheepan sont féroces, façonnées par des années d'engagement en tant que tigre de la libération. L'ancien militaire n'a que mépris envers sa nouvelle compagne tamoule, restée en retrait au lieu de s'engager dans la lutte armée et qui rêve benoîtement d'Angleterre, comme si ce pays était la panacée. Quant à la gamine, rebaptisée Ilayaal, elle semble être la seule à oser réclamer un peu d'une tendresse devenue subsidiaire pour ses faux parents écorchés par la vie.

Inutile de vous décrire l'embarquement sur un boat people dégoulinant de passagers agglutinés : Audiard procède par touches, par flashs laissant son auditoire compléter la chanson. Ainsi en est-il de l'arrivée à Paris. Premiers boulots clandestins en tant que vendeurs à la sauvette. Images avilissantes de ces anciens guerriers coiffés de ridicules antennes clignotantes qu'ils cherchent à fourguer à des passants indifférents. Les gendarmes… Les foyers…
Mais parfois le destin leur sourit, leur procurant des soutiens inattendus, celui d'un interprète qui, loin de faire du mot à mot, les conseille, leur réinvente un parcours susceptible d'émouvoir le fonctionnaire qui instruit leur dossier, d'infléchir le bras d'une administration encline aux reconduites à la frontière. C'est la régularisation. Voilà Dheepan et sa famille embauchés comme gardiens dans une cité HLM… Il essaie de se refaire une virginité, affichant une attitude servile sous le regard des petits caïds du quartier… Mais ça ne va pas durer !

L'essentiel du film réside dans la complexité des personnages, dans leur rapport à autrui, leur évolution comme autant de petites révolutions intérieures. Chaque acteur joue tout en retenue, c'est criant de vérité. On peine à imaginer que pour la plupart c'est une première apparition à l'écran. Il y a d'ailleurs une résonance autobiographique pour Jesuthasan Antonythasan qui interprète Dheepan et dont le parcours d'enfant soldat a servi de matière à ses romans.


CGR (Draguignan) : Mercredi, jeudi, samedi, lundi et mardi : 13h30, 15h45, 20h, et 22h15, vendredi : 11h, 13h30, 20h et 22h15 - dimanche : 13h30, 15h45, 20h et 22h15


Difret
DIFRETÉcrit et réalisé par Zeresenay BERHANE MEHARI
Ethiopie 2015 1h43mn VOSTF
avec Meron Getnet, Tizita Hagere, Haregewine Assefa, Brook Sheferaw...

En langue amharique, parlée en Ethiopie, « difret » signigie courage, ou oser. Le titre dit bien ce qu'est le film, son projet, son ambition, à la fois modeste et immense compte tenu du contexte : célébrer le courage d'une jeune fille et d'une femme qui ont osé affronter les règles iniques de la société outrageusement patriarcale dans laquelle elles vivaient. Le scénario est directement inspiré d'une histoire réelle qui s'est déroulée en 1996 et qui a bouleversé le pays, avant d'initier un changement de certaines de ses règles judiciaires.
Ethiopie 1996, donc. Meaza Ashenafi est une jeune avocate ambitieuse, une mordue de travail, fondatrice d'une organisation qui fournit gratuitement l'aide juridique aux femmes démunies et aux enfants. Comme défenseure inlassable des femmes, elle opère avec l'agrément du gouvernement jusqu'à ce que survienne un cas particulièrement dramatique et explosif, qui bouleverse complètement son travail en même temps qu'il menace la survie même de son organisation.

À trois heures de route d'Addis Abeba, en pleine campagne, une collégienne de quatorze ans, Hirut, est kidnappée sur le chemin de l'école par un groupe d'hommes, menés par un fermier de vingt-neuf ans qui a jeté son dévolu sur la jeune fille et a décidé d'en faire son épouse. Une tradition ancestrale veut en effet qu'un homme a le droit d'enlever celle qu'il veut épouser, quel que soit son âge, et de lui imposer un rapport sexuel. Hirut résiste, se défend et, à la faveur d'un moment d'inattention de ses ravisseurs, saisit un fusil et tue son kinappeur avant se s'enfuir et de regagner la maison de ses parents, terrorisée.
Elle est aussitôt arrêtée par la police locale, accusée de meurtre et mise en prison sans délai. Elle risque la peine de mort, alors même qu'il est évident qu'elle a agi en état de légitime défense.
Son histoire et ses conséquences se répandent dans les médias éthiopiens comme un feu de brousse et Meaza Ashenafi va décider de la représenter devant la justice, quels que soient les risques. Commence la recherche de toutes les voies légales utilisables pour défendre la jeune fille et l'arracher à une exécution qui semble inéluctable.

Difret est filmé simplement, sobrement, sans chercher les effets spectaculaires, sans en rajouter dans l'émotion. Le film dégage ainsi une force et une efficacité incontestables, qui emportent l'adhésion.
En 2004, le code pénal éthiopien a été révisé : depuis cette date, les enlèvements et les viols sont passibles de quinze ans d'emprisonnement. Malgré tout, le nombre de jeunes filles enlevées reste encore trop important. Même s'il existe un appareil juridique, l'Éthiopie est une société toujours extrêmement patriarcale, dans laquelle les femmes et les filles ignorent l'existence des lois ou ne savent pas vers qui se tourner en cas de nécessité… D'où le rôle que peut jouer un film comme celui-ci. (Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 18h15, jeudi 20h15, vendredi 15h45, samedi 18h, dimanche 11h, lundi 13h30 et mardi 14h


Coup de chaud
COUP DE CHAUDRéalisé par Raphaël JACOULOT
France 2015 1h42mn
avec Jean Pierre Darroussin, Grégory Gadebois, Karim Leklou, Carole Franck, Isabelle Sadoyan...

C'est un petit village charmant. Un petit village, c'est toujours charmant, rien à voir avec les grandes métropoles. Qualité de vie, maisons de pierres et petite communauté humaine avec les problèmes assortis qui n'ont, a priori, rien d'insoluble : querelles pour la terre, pour l'eau, méfiance vis-à-vis des nouveaux venus… Autant de menus conflits qui semblent faciles à contenir par un maire sympa – il a ici le charisme chaleureux de Jean Pierre Darroussin – débonnaire médiateur qui fédère autour de lui les quelques conseillers qui se concertent pour prendre les grandes décisions. Un petit village avec une poignée d'humains ni pires ni meilleurs que bien d'autres. Tranquille.
L'été est très chaud. Trop chaud. Les rues sont désertes comme dans un western. La canicule tape dans les tronches, assoiffe les récoltes, exacerbe une tendance larvée à la rumination paranoïaque et derrière les volets clos, les imaginations divaguent. On vote l'achat d'une pompe à eau et on l'installe aussitôt. Les décisions à prendre n'engagent pas des fortunes et dès que le ton monte, le maire calme le jeu. Mais les non-dits, une accumulation de malentendus, des petites saloperies anonymes bricolées pour grignoter la terre de la voisine, la récolte qui sèche sur pied… font leur petit chemin dans les têtes inquiètes et un seul va cristalliser les ruminations des uns et des autres.

Pas qu'il soit méchant, Joseph. Il serait même plutôt gentil avec ses trente ans, ses airs de brun pataud, sa dégaine de grand couillon débile qui lui vaut d'être l'objet de blagues idiotes, de rires imbéciles : les filles le font tourner en bourrique, on le pousse à picoler, parce qu'il est drôle quand il danse avec un coup de trop… Pas tout à fait assez idiot pour ne pas finir par se rendre vaguement compte qu'il a droit à un traitement spécial et pas très bienveillant, alors qu'il ne demande qu'à avoir sa dose d'amour comme tout le monde, qu'à faire partie de la petite communauté qu'il agace de plus en plus avec ses interventions d'autant plus intempestives qu'il sent bien qu'il fait un peu peur.
Circonstance aggravante : il est le rejeton difficile à contenir d'une famille de gens du voyage qui a pris racine dans le bled il y a quelques années, débarquée là avec ses différences et jamais vraiment acceptée. Aussi, quand la pompe a eau disparaît, les tensions s'exacerbent… la méfiance s'installe et Joseph fait un bouc émissaire parfait.

Comment se construit la rumeur, comment elle grimpe en intensité jusqu'à l'irréparable… Comment s'emballe l'engrenage infernal au point que plus personne ne peut le bloquer. C'est toute l'histoire de ce Coup de chaud. L'irréparable ayant eu lieu, les gendarmes vont venir mener leur enquête et chacun dans le village va se retrouver confronté au regard de celui qui les met face à eux-même, les ramène à la réalité des faits, sans l'emballement passionnel qui les a fait dérailler. Ce qu'ils découvrent n'est pas jojo à voir, à pleurer de banalité. Juste des gens ordinaires qui ont perdu leur bon sens, comme tant d'autres par l'air d'un temps qui n'est pas tendre pour les différents.
C'est un fait divers qui a été le point de départ du film. Rien de tel qu'un fait divers pour donner le pouls d'une société atteinte même dans les coins qui semblent à l'abri des effluves du monde parce que les maisons sont en pierres, la campagne jolie, le village sympa…


Le Vox (Fréjus) : samedi 18h15


La Isla mínima
LA ISLA MÍNIMARéalisé par Alberto Rodriguez
Espagne 2015 1h44mn VOSTF
avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre, Nerea Barros...
10 Goya 2015 (équivalent espagnol des César) dont Meilleur Film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur Acteur • Prix Spécial Police et Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Beaune 2015

Le générique donne d'emblée le ton : des images aériennes à couper le souffle, aussi belles qu'irréelles, des méandres du delta du fleuve Guadalquivir en Andalousie, lacis d'eau labyrinthique au cœur d'une nature moite et désolée qu'on pourrait tout à fait croire être celle du bayou en Louisiane. La comparaison n'est pas anodine, La isla mínima s'inscrit en effet comme le pendant espagnol des meilleurs polars américains – on pense aussi à des séries, True detective tout particulièrement – , de ceux qui nous plongent dans des contrées reculées, isolées et inquiétantes, où la recherche d'un coupable est bien souvent un prétexte à la description des us et coutumes, souvent peu avenants, des communautés qui y (sur)vivent. Et l'Andalousie rurale respecte à la lettre le cahier des charges : à l'aridité poisseuse de la nature et des conditions de vie répondent les visages durs et fermés des habitants, qui préfèrent se murer dans un silence hostile plutôt que de livrer leurs secrets aux policiers venus fureter dans leur patelin boueux. C'est donc une enquête difficile qui s'annonce pour les deux détectives débarqués de Madrid pendant les fêtes locales, au cours desquelles deux adolescentes viennent de disparaître. Pedro, jeune flic idéaliste sur le point de devenir père, et Juan, vieux routard porté sur la boisson et adepte des méthodes à l'ancienne, s'enfoncent peu à peu dans les marécages andalous, déterrant un à un cadavres et secrets, jusqu'à remettre en question leurs propres croyances et à rendre de plus en plus perméable la frontière entre le légal et l'illicite…

Si La isla mínima n'a absolument pas à rougir de son influence américaine, à qui le film emprunte autant les codes du thriller que l'élégance de sa mise en scène, il ne peut y être réduit. Alberto Rodriguez a en effet choisi d'en situer l'action à une époque bien particulière de l'histoire espagnole, celle de la transition démocratique des années quatre-vingt. Et dans cette communauté rurale andalouse, autant que dans le comportement des deux flics madrilènes, se débattent les fantômes du passé franquiste encore vivace face aux désirs d'émancipation que fait souffler la démocratie nouvelle. Ainsi, les deux adolescentes disparues, que la communauté jugeait frivoles, avaient peut-être tout simplement envie d'ailleurs et de liberté. Ainsi, leur père mutique semble accepter leur disparition comme une punition du comportement de ses filles, alors que leur mère, à l'insu de son mari, fournit aux policiers des éléments d'explication. Ainsi, les deux policiers ont eux aussi un passé et des secrets qui vont malgré eux refaire surface…

Réussissant à creuser ces différents sillons sans jamais s'embourber, Alberto Rodriquez suit le courant principal de l'enquête menée par les deux inspecteurs, les indices qu'ils découvrent, les (fausses) pistes qu'ils suivent, les interrogatoires qu'ils mènent… Mais il bifurque en permanence, fouinant dans les hautes herbes et les bâtisses délabrées, sondant le marais et ses habitants, puis prenant à nouveau de la hauteur pour nous dévoiler la mystérieuse beauté de ces paysages immenses avant de nous replonger dans leur moiteur asphyxiante. À travers un thriller diablement efficace, il donne à cette île des airs de cauchemar éveillé à l'atmosphère malsaine, peuplé de personnages fantomatiques hantés par les spectres du passé. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi, samedi et mardi : 18h15 - jeudi : 18h15 et 21h - vendredi 15h et 18h 15 - dimanche 16h et 21h - lundi : 15h, 17h45 et 20h


La Niña de Fuego
LA NIÑA DE FUEGOÉcrit et réalisé par Carlos VERMUT
Espagne 2014 2h07mn VOSTF
avec José Sacristán, Bárbara Lennie, Luis Bermejo, Israel Elejalde, Lucia Pollan...
Concha de Oro (Meilleur film) et Concha de Plata (Meilleur réalisateur) au Festival de San Sebastián 2014 • Goya (équivalent espagnol des César) de la meilleure actrice pour Bárbara Lennie

On était un peu sans nouvelles du cinéma espagnol, et à vrai dire plutôt inquiets que la crise qui touche le pays ne plombe durablement la production cinématographique, dont peu de titres ont traversé les Pyrénées ces dernières années. Mais voilà qu'en cet an de grâce 2015, les bonnes nouvelles ibériques se succèdent. Alors que, sous l'impulsion de la jeunesse, le pays se renouvelle politiquement avec l'élection à la mairie de plusieurs villes importantes des candidat(e)s du mouvement Podemos, le cinéma trouve lui aussi un nouveau souffle dont témoigne l'arrivée sur nos écrans de deux films ambitieux et novateurs. Vous pouvez en découvrir un premier exemple dans nos salles depuis mi-juillet, avec le captivant polar sous influence américaine La Isla mínima. Et voici avec La Niña de fuego une deuxième illustration de cette vitalité retrouvée. Son réalisateur, Carlos Vermut, qui est aussi illustrateur, fait preuve d'audace, jouant d'une grande beauté formelle et d'un insolent sens de l'ellipse pour tisser une histoire complexe et vénéneuse dans laquelle les différents fils s'entrelacent petit à petit. Dans ce scénario savamment construit, le danger guette en permanence, l'inquiétude rôde, et le malaise ne cesse de grandir en même temps que le mystère s'épaissit. C'est que Carlos Vermut tient sans nul doute son spectateur en haute estime : il ne lui fournit qu'une partie des clés, laissant la place au hors-champ et à l'imagination pour que chacun puisse se construire sa propre interprétation. Et son film est à l'image de son personnage féminin : énigmatique, troublant et diablement fascinant.

Luis est un professeur au chômage prêt à tout pour donner un peu de bonheur à sa fille atteinte d'une leucémie incurable. Damián fut professeur aussi, mais il s'apprête aujourd'hui à sortir de prison, avouant à ses geôliers sa peur, une fois dehors, de recroiser la route de Bárbara. Bárbara justement est une jeune femme instable et mystérieuse, que son mari psychiatre essaie tant bien que mal de contrôler. Entre ces trois personnages va se mettre en place un jeu malsain fait de chantages, de mensonges et de tromperies, un jeu bien trop dangereux et qui risque fort d'aller beaucoup trop loin…

« Cela s'était passé avec Victor Erice (L'Esprit de la ruche) et Ivan Zulueta (Arrebato) et cela se renouvelle avec Carlos Vermut. Ils ont tous signé un deuxième film qui est un véritable chef d’œuvre. Un film qui se bonifie avec les années dans le cas des deux premiers, avec les heures et les jours dans le cas de Carlos Vermut. Il y a beaucoup à dire sur La Niña de fuego… Vermut possède ce sens hors du commun de l’ellipse : les personnages et histoires cohabitent et évoluent dans une narration pleine de coupures, ce qui donne l’impression de quelque chose de linéaire, alors que c’est tout le contraire. C’est un grand directeur d’acteurs, tous excellents, avec une mention spéciale pour Bárbara Lennie. En tant que scénariste, il nous épate à chaque changement de séquence. Quand, dans la dernière partie, il donne l’impression qu’il n’a plus rien de nouveau à proposer, quand l’histoire semble entrer dans une impasse, quand il n'est plus possible de faire aussi bien qu’auparavant, il y parvient. Il surprend à nouveau et met un point final avec le passage où intervient Pepe Sacristán, l’acteur espagnol qui vit là son meilleur troisième acte. J’espère que le public rendra justice à La Niña de fuego qui est, pour moi, la grande révélation du cinéma espagnol de ce siècle. » Pedro Almodóvar.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 18h15, jeudi 18h15 et 21h, vendredi 15h et 18h55, dimanche 18h15, lundi 21h, mardi 15h et 18h15


Floride
FLORIDEPhilippe LE GUAY
France 2015 1h50mn
avec Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain, Laurent Lucas, Anamaria Marinca, Clément Métayer, Coline Beal, Edith Le Merdy, Christèle Tual...

La Floride : ses palmiers, ses flamands roses, son fameux jus d’orange et ses retraités venus trouver le soleil pour l’éternité. Quand il ferme les yeux, pas encore pour toujours – plutôt crever ! – c’est à la Floride qu’il pense, Claude. A sa douceur, à sa chaleur, et surtout à sa fille qui est partie vivre là-bas et qu’il rêve de retrouver. Mais en attendant de s’envoler, de prendre ses clics, ses clacs et ses baskets fluos à scratch (comme les enfants, parce que les lacets, c’est plus de son âge), c’est près du lac d’Annecy qu’il tue le temps. Son temps, étrange paradoxe de la vie quand elle arrive à son dernier acte, est à la fois compté et s’écoule très lentement, grain après grain, matin après matin, jus d’orange made in Florida après jus d’orange made in Florida, le seul bien entendu qui trouve grâce à ses goûts de vieux Monsieur. Claude est vivant et s’il oublie parfois la date, les comprimés, il n’oublie pas ça : que le jour se lève encore pour lui.
Il n’a plus d’épouse, il n’a plus de boulot depuis un bout de temps, il n’a pas vraiment d’amis, le dernier en date vient de passer l'arme à gauche – cela dit il s’était fâché avec lui depuis quelques décennies… alors qu’est ce qui lui reste pour se sentir vivant ?

Une employée à domicile dévouée qu’il fait tourner en bourrique et dont il reluque sans fausse pudeur et avec une évidente nostalgie les contours et volumes, une sublime collection de lampes à huile qu’il bichonne amoureusement, une vue imprenable sur les montagnes qui le gonfle prodigieusement et puis une seconde fille aimante et débordée.
Carole, l'aînée, n’a pas choisi la Floride, elle, restant auprès de son papa parce qu’il le valait bien. Elle gère la papeterie dont son père était jadis le patron, et jongle entre un emploi du temps de ministre, une vie privée quasi inexistante et le casse-tête du recrutement des aides à domiciles que son père use et décourage, il faut bien le dire, assez rapidement.
Claude a toute sa tête, enfin presque… À quoi bon finalement garder en mémoire toutes ces petites choses insignifiantes qui vous polluent une vie et ne servent au final qu’à entretenir de vaines relations avec les autres qui, la plupart du temps, vous pompent l’air ? Pourquoi garder au fond de son cœur ce qui vous l’a brisé ?
La fin des emmerdes, c’est bien de ne garder que le meilleur, le sourire espiègle de sa mère quand elle se maquillait, les rires de ses filles, l’odeur du sous-bois et le craquement des brindilles sous ses souliers de môme. Et tant pis si les peurs de l’enfance s’invitent sans avoir été invitées… Une fille, un père. Le temps qui passe et qui inverse les rôles… on a beau le savoir depuis le début de l’histoire et connaître la fin, personne n’est vraiment préparé à cela.

Tirée d’une pièce de théâtre à succès, Floride est porté par un Jean Rochefort magnifique et bouleversant, dont le regard pétillant et joueur n’a rien perdu de son charme, en dépit des années – et n'oublions surtout pas Sandrine Kiberlain, elle est parfaite ! Réservant son lot de scènes burlesques et de face-à-face souvent très drôles, le film n’est bien évidemment pas qu’une comédie légère : la vieillesse, le temps qui passe ne font pas de cadeau… Mais s’il fallait un épilogue à cette chronique qui sait être aussi cocasse que douloureuse, ce pourrait bien être aussi celui que l’on peut donner à toute vie riche de joies et de tristesses : carpe diem. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi et samedi : 16h - vendredi 15h - dimanche 18h15

 

Victoria

 

VICTORIARéalisé par Sebastian SCHIPPER
Allemagne 2014 2h20mn VOSTF
avec Laïa Costa, Frederik Lau, Frank Rogowski, Burak Yigit, Max Mauff...
Grand Prix du Festival du film policier de Beaune 2015

C'est l'énergie fiévreuse et électrique de la nuit qui donne son tempo si particulier à ce thriller haletant, qui emporte Victoria (épatante Laïa Costa) dans une course effrénée vers une issue jusqu'au dernier instant incertaine…
Le film débute par la lumière éblouissante et syncopée du stroboscope d'une boîte de nuit de Mitte, le quartier branché de Berlin. Peu à peu, alors que la caméra se fraie un chemin au milieu des corps dansant dans la pénombre, on devine celui de Victoria, énergisé par la techno qui monte et monte. Elle va vers le bar et tente d'engager la conversation avec le barman, en vain. On comprend que la jolie Victoria est seule, d'ailleurs elle finit par sortir du club, il est un peu moins de 6h du matin. Et elle tombe sur quatre lascars turbulents qui se sont vus refuser l'entrée. Des gars un peu chiens des rues, qui lui font croire qu'une voiture est à eux alors que pas du tout, un peu borderline mais gentils. L'un, complètement ivre, fête son anniversaire, bien que plus franchement en état d'apprécier l'occasion. Un autre, Sonne, a plus de bagout et s'avère même assez charmant, et quand il propose à Victoria de finir la nuit sur un toit de la ville, la jeune espagnole accepte. Elle doit ouvrir dans deux heures le café où elle travaille comme serveuse, elle n'a pas vraiment envie de rentrer chez elle avant…

Ce qui frappe tout de suite le spectateur c'est que, depuis le début, la caméra n'a pas cessé de suivre Victoria et sa bande de « chevaliers servants ». Aucune pause, aucun changement d'axe, aucun montage. C'est la prouesse virtuose de la mise en scène : filmer en un seul plan et en temps réel les pérégrinations de Victoria jusqu'à l'aube. Des pérégrinations de moins en moins tranquilles ! La vie de la jeune femme aurait pu reprendre son cours tranquille après que Sonne l'ait raccompagnée jusqu'au café où elle travaille… mais par un concours de circonstances que l'on ne vous dévoilera pas, elle va se trouver embarquée dans un improbable braquage matinal. Et chacun sait que les braquages, au cinéma comme dans la vraie vie, se déroulent rarement comme leurs auteurs l'avaient prévu. C'est ainsi que Victoria, la petite Espagnole expatriée mimi et spontanée, va devoir chercher au fond d'elle même des ressources insoupçonnées pour s'en sortir…

Au-delà de la performance de mise en scène qui vous tient en haleine jusqu'au dernier instant, le film séduit par sa maîtrise des ruptures de ton : aventures nocturnes rigolotes dans une tonalité que n'auraient pas renié les maîtres de la Nouvelle Vague – avec la séquence assez magique sur un toit surplombant Berlin –, moments plus graves et sensibles quand Victoria confie à Sonne les souffrances de son enfance et de son adolescence vouées à la pratique intensive du piano, promise qu'elle était à un avenir trop grand pour elle, puis film noir palpitant quand la mécanique fatale du braquage se met en place… Et on n'oubliera pas Victoria, passant en une aube berlinoise de l'insouciance quasi-adolescente à la détermination magnifique d'une survivante.


CGR (Draguignan) : jeudi et lundi à 10h50, vendredi et mardi à 15h45, samedi à 13h20 et dimanche à 19h55

 

 

Les Fils de l'homme
Les fils de l'homme 1Écrit et réalisé par Alfonso Cuarón
USA 2006 1h50mn VOSTF
avec Clive Owen , Maria McErlane , Tehmina Sunny...

Londres, 2027. Alfonso Cuarón, réalisateur éclectique (Y tu mamá también, Harry Potter 3...) donne d'emblée le ton de son récit d'anticipation. Ici, pas de voitures volantes ni de buildings démesurés. Le frissonnant futur qu'il imagine ne fait que maquiller notre présent. Même décor à peine trafiqué, mêmes codes vestimentaires et architecturaux... Mais davantage de gris, de crasse, et surtout de violence et de désespoir. Seule l'Angleterre résiste au chaos mondial, guerres civiles, épuisement des ressources, etc. Mais cette « protection » a un prix, celui d'une effroyable dictature policière. Comme tous les héros de ce genre d'histoires, Theo (Clive Owen, touchant) est fatigué. Ex-militant, il a renoncé à ses convictions humanistes, et vivote au jour le jour comme bureaucrate. Evidemment, les événements le forcent à reprendre la lutte. Julian (Julianne Moore, superbe), son ancienne amante, chef d'une organisation clandestine, lui demande d'escorter une mystérieuse jeune fille, Kee, à travers le pays... Si la trame est classique, le propos l'est moins : dans cet univers, il n'y a plus aucun enfant. L'humanité est devenue stérile, au sens propre. Dans ce contexte dépressif (où l'on vend des « kits » de suicide), Kee représente le seul espoir. Elle est miraculeusement enceinte. Protégée par Theo, elle suscite toutes les convoitises. Et il ne s'agit pas de n'importe quelle femme : Kee est une réfugiée, donc une moins que rien, dans ce pays qui harcèle et rejette de manière abjecte tous ceux qui viennent y chercher une vie meilleure. A sa manière antispectaculaire, tourné avec une brutalité quasi documentaire, le film est un miroir à peine déformant de l'Occident. Cuarón développe un discours rageur et saisissant contre les politiques actuelles de lutte contre l'immigration. C'est pourtant, nous dit-il, parmi ces hommes et ces femmes niés, pourchassés, expulsés, que se trouve le ferment de l'avenir. Les Fils de l'homme, ou le film d'anticipation que notre époque mérite. (Cécile Mury, Télérama)

Théâtre de Draguignan - Salle Lily Pons - Dimanche 20 septembre 19h Entrée libre

 

 

Pour adhérer il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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