Au(x) cinéma(s) du 20 au 26 février 2019

EntretoilesBonjour à tous !

Cette semaine encore CGR ne propose pas de film ciné club pour cause de vacances scolaires. La  prochaine soirée Entretoiles   aura lieu le 3 mars avec  Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passioncomme prélude à notre mini festival sur le cinéma asiatique les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !

A  Lorgues vous pourrez voir Une femme d'exception (bientôt en cineclub à CGR), portrait d'une femme brillante luttant pour une justice égalitaire, Ulysse et Mona , rencontre de deux solitudes qui interroge sur le sens de la famille et la puissance de l' amitié et L'incroyable histoire du facteur Cheval, une aventure généreuse et terrienne.

A Salernes, on vous propose La Mule en V.O,  thriller  qui parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon.

A Cotignac Doubles vies (bientôt en cineclub à CGR) ,  Olivier Assayas égratigne le milieu de l édition parisienne avec une légèreté bienvenue et Colette de West Moreland qui restitue l'histoire de l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque. 

Au Luc (au Vox aussi) Green book de Peter Farrelly, inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse et humour les liens entre race et classe aux Etats Unis.

Au Vox parmi les sorties de la semaine le dernier film de François Ozon Grâce à Dieu où il se risque à traiter de la pédophile dans l 'église de façon crue et réaliste, Une intime conviction, une fiction haltante qui conduit à réfléchir sur les ambivalences de l'institution judiciaire et de ses serviteurs, Euforia de Valeria Golino, où deux frères que tout oppose vont apprendre à se découvrir et à s'aimer et le film d'animation Minuscule 2un émerveillement total, doublé d’un appel à l’ouverture à l’autre et à l'émancipation.


Les prochains films de ciné club (après les vacances...) seront: Une femme d'exception, Doubles vies, Border et Ben is back.

 

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

UNE FEMME D'EXCEPTION

Mimi LEDER - USA 2018 2h VOSTF - avec Felicity Jones, Armie Hammer, Justin Theroux, Kathy Bates... Scénario de Daniel Stiepleman.

 
La femme d'exception du titre, c'est Ruth Bader Ginsburg, désormais élue juge à la Cour suprême des États-Unis, au grand dam de Donald Trump qui aimerait tant l’en dégager. Il faut le comprendre : existe-t-il pour lui adversaire plus redoutable qu’un esprit brillant qui, sans être millionnaire, sans acheter personne, est plus populaire que lui et le restera certainement plus longtemps après sa disparition que bien des présidents des États Unis de l’impitoyable Amérique. À 85 ans, elle est devenue la coqueluche de plusieurs générations. Une véritable icône du pop art, indémodable, indétrônable. Ruth est sans doute la seule juge au monde à avoir des mugs à son effigie, des tee-shirts, des pins ! On la représente en Wonder Woman, avec une couronne sur la tête, voire en madone ! Certain-e-s vont jusqu’à faire tatouer son portrait sur leur chair tendre. Mais au-delà de ce qui peut sembler un effet de mode, il y a la reconnaissance de tout un peuple pour celle qui a lutté, continue de lutter contre toutes les formes de discrimination et a fait progresser les droits des femmes, des minorités raciales, des gays…
Le film cueille Ruth au moment où elle est encore étudiante à Harvard. Les filles qui étudient le droit sont rares et ce n’est pas le doyen de la faculté qui les met à l’aise quand la première question qui lui brûle les lèvres est : « Et pourquoi (sous entendu : comment osez-vous ?) occuper une place qui est dévolue à l’homme ? ». Alors que les huit autres étudiantes rougissent d’humiliation, de colère rentrée, Ruth, malicieuse, affichant le plus doux des sourires polis, le renverra poliment à ses fourneaux. Oui elle est femme, oui elle est mère, oui elle est juive ! Et alors ? Si la Constitution ne lui donne pas les mêmes droits que ses congénères, c’est qu’il faut la changer ! Rien que ça ! Et si le combat doit prendre le temps d’une vie, ce sera la sienne !
Et tandis que, le soir, elle jongle avec les langes du bébé, les cours à potasser, celui qu’elle aime, qui l’épaule, qui va tomber gravement malade. Il y aurait de quoi baisser les bras. Mais c’est à se demander où ce petit brin de femme va puiser sa force… Non mais ! C’est tout de même pas un vulgaire cancer qui aura sa peau ni celle de son bonhomme ! Ce n’est qu’une donnée supplémentaire qu’elle intègre dans son agenda : bébé, cours, hôpital, aller supplier le doyen d’assister en parallèle aux cours que rate son époux pour qu’il ne perde pas son année… Waouh ! Rien que ça, ça scotche ! Mais ce n’est que le début d’une grande carrière dans laquelle elle arrivera par des moyens détournés à monter les échelons. Leçon numéro 1 : si tu jettes RBG par la porte, elle reviendra par la fenêtre, ou par la cheminée : car après tout, dans quel article de loi est-il inscrit que le rôle de Père-Noël est interdit aux dames ? 
Si le scénariste du film rend si bien hommage à cette magnifique juriste, héroïne des temps modernes, c’est qu’il est son propre neveu. Pour l'anecdote, quand il l’a appelée pour lui demander l’autorisation d’écrire sur elle, RBG lui a répondu, taquine : « Si c’est ça que tu as envie de faire de tes journées… ». Et elle ne lui fera pas de concession. Il veut dresser son panégyrique ? Soit, elle en fera un outil de plus au service de ses convictions : bouger les marques, abattre les préjugés et pour cela il faut viser où ça fait mal, avec élégance. Ses plus belles armes seront toujours ses traits d’esprits redoutables(Utopia)  
LORGUES    
mer. 20 févr. / 18h55       ven. 22 févr. / 21h05      sam. 23 févr. / 19h50   dim. 24 févr. / 18h00

ULYSSE ET MONA

Écrit et réalisé par Sébastien Betbeder - France 2019 1h22mn - avec Manal Issa, Eric Cantona, Mathis Romani, Quentin Dolmaire, Marie Vialle, Joël Cantona...

En quelques films, l’intrigant Sébastien Betbeder a su imposer un univers singulier, fait de personnages décalés, solitaires parfois un peu inadaptés au flux continu de nos mondes trop pressés. Un zeste de Tati pour les fulgurances dans l’absurde, un soupçon de Jarmusch pour une sorte de poésie désenchantée. Mais si on identifie une patte Betbeder, le cinéaste peut surprendre d’un film à l’autre : 2 automnes, 3 hivers (disponible en Vidéo en Poche) était une comédie nonchalante autour d’un célibataire un peu à côté de la plaque parfaitement incarné par Vincent Macaigne, tandis que Le Voyage au Groenland était un projet fou, intégralement tourné dans l’immense île danoise vers laquelle deux jeunes parisiens peu adaptés aux confins arctiques décidaient de partir pour changer de vie.

Depuis Marie et les naufragés, dans lequel il lui avait donné le rôle d’un écrivain carrément flippant, frappé d’hypersensibilité aux ondes électriques, exilé sur l’île de Groix, Sébastien Betbeder semble avoir trouvé son acteur fétiche : Eric Cantona, l’ancien « King Eric », héros footballistique de Manchester United devenu comédien singulier, au physique marmoréen, idéal pour les rôles d’ours gentiment asocial. Il incarne ici Ulysse, artiste contemporain qui eut son petit succès avant de se résoudre à tout arrêter pour se réfugier en ermite, en compagnie de son chien, dans un manoir délabré de la campagne percheronne. Son seul défouloir est le terrain de tennis où il affronte, dans une scène qui pourrait sortir de Mon Oncle ou Playtime, une machine à balles. Mais deux événements vont venir perturber ce projet de retraite avant l’heure : l’irruption d’une jeune étudiante des beaux-arts fan de l’artiste qu’il était, bien décidée à le faire sortir de sa retraite et à devenir son assistante coûte que coûte ; et l’annonce d’une sale maladie qui va le faire revenir à l’essentiel, en l’occurrence gagner le pardon de tous les proches, ex-femme, enfant, frère, qu’il a abandonnés ou blessés. Et la visite non désirée de l’étudiante va se transformer en un road-movie rural vers le passé et ses fantômes.

Sébastien Betbeder utilise parfaitement ses deux comédiens principaux – aux côtés d’Eric Cantona, la jeune franco-libanaise Manal Issa, révélée par Danielle Arbid dans Peur de Rienpuis confirmée dans Nocturama de Bertrand Bonello, exploite formidablement sa fraîcheur mutine tout comme sa détermination – ainsi qu’une galerie savoureuse de personnages secondaires. Il imagine des scènes parfois génialement absurdes – comme celle d’un braquage de station service qui ne tourne pas comme prévu –, jouant autant sur le registre comique que dramatique, notamment dans les scènes de retrouvailles entre Ulysse et ses proches (avec la présence du propre frère de Eric Cantona, Joël). Se tisse ainsi une comédie absurde de la vie, où le personnage d’Ulysse, splendide clown triste, retisse des liens avec ceux dont il a été séparé. Et Cantona, qui nous fait rire dans la première partie du film, devient peu à peu bouleversant et s’avère définitivement un comédien d’un talent à l’égal de celui qui le faisait briller aux yeux des supporters mancuniens.(Utopia)  
LORGUES    
  ven. 22 févr. / 17h15      sam. 23 févr. / 18h05   lun25  / 21h05

L'INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL

Niels TAVERNIER - France 2018 1h48mn - avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq, Florence Thomassin, Zélie Rixhon, Natacha Lindinger... Scénario de Fanny Desmarès, Nils Tavernier et Laurent Bertoni.

On connaît tous, peut-être sans toujours savoir le nommer ni le situer, cet étrange et saisissant monument, ce palais aux formes singulières, ni tout à fait bâtiment, ni tout à fait sculpture, amoncellement harmonieux de pierres, de colonnes, de statues et de tours comme tout droit sorties d’un conte oriental. Mais si l’on sait le destin tragique d’un Van Gogh ou les passions d’un Rodin, on aura du mal à raconter l’histoire du créateur de cette œuvre unique et hors-norme, un homme simple et ordinaire qui ne se voyait pas lui-même comme un artiste. Avec ce film, Niels Tavernier comble nos lacunes et nous raconte le destin incroyable d’un taiseux solitaire, facteur de son état mais poète dans l’âme. Jacques Gamblin campe un facteur Cheval plus vrai que nature, visage émacié, regard un peu fou perdu dans les paysages lointains de son imaginaire et inspiration dévorante pour l’œuvre de toute une vie. Il donne à l’homme toute la complexité de ses silences et au créateur toute la passion de son projet, mais surtout, il retranscrit avec une grande justesse ce que devait être le caractère de ce singulier bonhomme à l’aune de son palais : un cœur pur, encore perché dans l’arbre naïf de l’enfance, un esprit vif et drôle ayant plus le goût de l’écrit que celui du langage et un grand amoureux de la Nature, les deux pieds dans la Terre mais la tête dans les étoiles. Mais entrons plutôt dans le palais…

Nous sommes à la fin du xixe siècle, à Hauterives, petit village de la Drôme. Ferdinand Cheval est facteur et fait tous les jours sa tournée à pieds, 33 kilomètres de chemins escarpés, de ruisseaux, de bois, de prairies qu’il parcourt les sens aux aguets, attentif au moindre chant d’oiseau. L’homme est effacé et peu à l’aise en compagnie de ses semblables dont il semble ne pas comprendre les codes et les usages. La nature, sa beauté, sa pureté, ses surprises et ses trésors, lui offre tout ce dont il a besoin pour être heureux. Peu de temps après la disparition tragique de sa femme et la séparation d’avec son jeune fils, il fait la connaissance de Philomène, une jeune veuve dont il va s’éprendre. Une fille naîtra de cette union, Alice.

Au cours de l’une de ses tournées, il butte sur une pierre, manquant de tomber. Attiré par sa forme curieuse, il la ramasse et la glisse dans sa poche pour mieux la regarder à tête reposée. Ce sera « la pierre d’achoppement », celle sur laquelle il va bâtir son œuvre. Car par amour pour Alice, sa fille chérie, il a déjà en tête les contours de ce sublime Palais, fruit de son imagination, de ses lectures sur des pays lointains et de la contemplation des cartes postales exotiques qu’il achemine chaque jour jusqu’à leurs destinataires. Tout en restant facteur, il commence alors la construction de ce Palais Idéal, travaillant la nuit, charriant des cailloux dans sa besace, un panier, une brouette, inventant des techniques pour que son œuvre soit robuste, montant des échafaudages et faisant fi de tous les sarcasmes de ceux qui le prennent pour un fou. Absorbé tout entier par cette tâche qui le nourrit et l’habite, lui l’architecte, le maître d’œuvre, l’ouvrier, lui l’homme simple, le père aimant, le facteur Cheval crée le monde dans lequel il veut vivre. Une mosquée, un temple hindou, des animaux, un chalet suisse, un balcon, des escaliers, une cascade, des géants… la liste est infinie et montre toute l’audace et toute la curiosité de ce modeste facteur qui inventa, sans le savoir, l’art brut.  (Utopia)
 
LORGUES    
mer. 20 févr. / 16h50       ven. 22 févr. / 19h      sam. 23 févr. / 16h  lun25/ / 19h

LA MULE

Clint EASTWOOD - USA 2018 1h57mn VOSTF - avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Diane Wiest, Laurence Fishburne, Michael Peña, Andy Garcia... Scénario de Nick Schenk d’après le livre de Sam Dolnick.

 

 
Nous avions un petit peu perdu de vue Clint Eastwood depuis quelques films. Disons que le très moyen 15h17 pour Paris, et auparavant le guerrier American sniper ne nous avaient pas emballés et nous avions fait l’impasse sur leur programmation. Le retour devant la caméra de l’acteur Eastwood, que l’on avait pas vu depuis 2012 dans le très faiblard Une nouvelle chance, est pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à La Mule. Si, en apparence du moins, Eastwood s’éloigne de ses derniers sujets qui retraçaient le parcours de ces héros du quotidien dont l’Amérique a le secret, La Mule revient pourtant une fois encore sur l’itinéraire véridique d’un vétéran – en même temps, aux USA, combien d’homme ou de femme n’ont pas participé à une guerre ? – mais cette fois en version plutôt anti-héros.

Parce qu’à plus de 80 ans, Earl Stone, horticulteur reconnu par ses pairs, est aux abois. Il a pourtant encore fière allure. Earl est ce que l’on pourrait appeler un beau vieux. Il suffit de le voir dans ses costumes bien taillés, recevoir des prix dans les salons pour ses créations horticoles, serrer des mains, balancer une œillade suggestive aux dames rougissantes pour deviner l’homme qu’il a été. Bien sûr, derrière les apparences, une réalité plus triviale est à l’œuvre et comme tout homme ou presque à son âge, Earl balade quelques casseroles au cul de son pick-up. On comprend vite que sa femme et sa fille ne le portent pas dans leur cœur, qu’il n’a pas vraiment été un mari modèle et encore moins un père présent et affectueux. Il n’y a guère que sa petite fille qui lui accorde encore un peu de crédit. Et puis surtout sa petite entreprise est en faillite et Earl est en banqueroute. 
Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf qu’il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Ce que l’on appelle faire la mule.
Extrêmement performant, Tata – c’est le nom de code qui va très vite lui échoir et qui veut dire grand-père en espagnol – transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ». Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Le film, au-delà du thriller, parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon et si La Mule n’a pas la même puissance narrative que Gran Torino, déjà scénarisé par Nick Schenk, on prend un plaisir certains à suivre les aventures malfamées de cet octogénaire débonnaire et presque inconscient. (Utopia)
 
SALERNES   V.O
mer. 20 févr. / 16H       jeu 21/18h    ven. 22 févr. / 20h30      sam. 23 févr. / 16h  dim. 24 févr. / 18h00   mar 26  / 18H

DOUBLES VIES

Ecrit et réalisé par Olivier ASSAYAS - France 2018 1h48mn - avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne, Norah Hamzawi, Christa Théret, Pascal Gréggory...



On vit une époque redoutable. Hier encore, le cinéma se fabriquait pour la salle, la critique s'exprimait dans la presse et le temps, c’est certain, s’écoulait avec beaucoup moins de frénésie. Aujourd’hui, ce sont des géants du numérique qui font le cinéma (voir Scorsese et les frères Coen faire la promo de Netflix, ça nous fend bien le cœur), tout le monde et n’importe qui peut donner son expertise à grand coup de blogs, de tweets ou de publications sur un mur virtuel. Pourtant, faut-il dire que l’époque est moins intéressante ? Doit-on affirmer que « c’était mieux avant » ? Assistons-nous à la fin d’une époque ? d’un cycle ? d’un monde ? Il y a bien toutes ces questions dans le nouveau film d’Olivier Assayas, une œuvre diablement intelligente et précise, à l'écriture riche et complexe, aux dialogues ciselés, souvent drôles, toujours rythmés.

C’est une sorte de comédie morale filmée comme un ténébreux thriller d’espionnage qui se situe dans le secteur de l’édition, en plein bouleversement, à l’heure donc où le numérique vient bousculer les anciennes pratiques de lecture et de publication. L’art, le cinéma, la littérature : tout est mangé à la sauce écran et bien malin qui pourrait prédire de quoi l’avenir sera fait pour les vieux modèles, ni même la pérennité des nouveaux modes de consommation culturelle. Dans les couloirs feutrés d’une belle et classieuse maison d’édition, on se sait plus à quel saint se vouer. 
Alain (Guillaume Canet, très bon), le responsable, est persuadé que le digital est l’avenir du métier, surtout s’il est placé entre les mains de personnes comme Laure (Christa Théret), sa jeune, jolie et talentueuse collaboratrice qui a plein d’idées pour révolutionner le monde de l'édition et mettre un bon coup de « point zéro » dans la fourmilière. Alain a conscience que le lectorat change et qu’il lui faut renouveler les auteurs emblématiques de sa société.
Pas de bol pour Léonard (Vincent Macaigne, égal à Vincent Macaigne) qui, incapable de signer autre chose que des « auto-fictions » où il revient sur ses aventures sentimentales tumultueuses, s’essouffle à essayer de retrouver le succès de son premier roman. Au terme d’un déjeuner amical, Alain lui fait comprendre qu’il ne publiera pas son nouveau texte, qu’il est temps de changer, de registre ou d’éditeur.
Alain assume son choix, car il estime que le texte est trop cru et ne correspond pas aux attentes des lecteurs. Mais en même temps (ah oui, encore ce « en même temps »), il se pose des questions sur la fiabilité de son jugement, car son épouse Selena (Juliette Binoche) a, de son côté, adoré – par ailleurs elle se refuse à l’idée de la mort du papier au profit des « liseuses numériques ».
Léonard, vaguement rebelle, se drape dans une posture d’artiste maudit et incompris et ce n’est pas sa compagne, attachée parlementaire débordée d’un député engagé et forcément à gauche, qui va le réconforter. 

Autour de ce manuscrit vont se cristalliser les tensions du petit microcosme de l’art en général, de la littérature et du cinéma en particulier, autant que celles, plus intimes et inavouées, que vivent les protagonistes. Jusqu’où est-on prêt à se corrompre, à se mentir, à tromper les autres pour réussir, pour sauver les apparences, ou une pose sociale, ou son couple ? C'est dans ces interrogations que Doubles vies dépasse le petit milieu artistique parisien qui aurait pu l'étouffer, c'est dans le regard ultra-lucide, amusé et souvent grinçant, qu'il porte sur des personnages un peu perdus dans un monde en pleine mutation, que le film prend toute sa dimension, qu'il nous concerne, nous touche et nous fait rire. Une vraie réussite qui confirme la place de tout premier rang qu'occupe désormais Olivier Assayas dans le cinéma français.  (Utopia)  

COTIGNAC       ven. 22 févr. / 20h30      



COLETTE

Wash WESTMORELAND - USA/GB 2018 1h51mn VOSTF - avec Keira Knightley, Dominic West, Eleanor Tomlinson, Fiona Shaw, Denise Gough, Robert Pugh... Scénario de Richar Glatzer, Wash Westmoreland et Rebecca Lenkiewicz.



Ce film raconte avec un classicisme fort sage l’histoire d’une jeune femme qui heureusement le fut beaucoup moins. Tout débute dans les années 1890, celles de la Belle époque. La jeune Gabrielle Sidonie Colette a tout d’une péquenaude inoffensive, avec ses robes simples, ses longues tresses, quand Henry Gauthier-Villars, surnommé « Willy », la séduit. Elle a tout juste vingt ans et lui quatorze de plus quand ils se marient. Elle porte sur son visage l’inexpérience de son jeune âge, lui dissimule sous sa barbe un passé de véritable serial-séducteur compulsif. Après le mariage, vite conclu, la jeune fille en fleur débarque à Paris, impressionnée par la bruyante capitale, tellement étrangère à la luxuriance de sa Bourgogne natale dont seul l’accent rocailleux la poursuit comme un beau souvenir (chose forcément impossible à reproduire dans un film anglophone, malgré l’interprétation bluffante de Keira Knightley). 

Willy (Dominic West, parfait dans ce rôle de vil séducteur) est un critique musical en vogue, écrivain, mais le plus souvent par procuration : il signe plus d’œuvres qu’il n’en écrit, ayant recours à des prête-plumes qu’il paie au lance-pierre. Sa notoriété l’amène à fréquenter les plus prestigieux salons littéraires de l’époque, entraînant sa compagne farouche dans son sillage. Si elle n’y brille pas par ses tenues, elle y étincelle rapidement par son esprit, sa grande liberté de ton qui étonne et séduit le tout Paris, qui a vite fait de s’éprendre d’elle, tandis qu’elle l’observe, s’acclimate à son nouveau milieu. Elle s’affranchira vite de ses vieilles nippes et d’une partie de son nom à rallonge pour se faire appeler d’un plus percutant « Colette », se créant un style « à part » qui rehausse sa beauté atypique.
Progressivement Colette se rend visible, incontournable, et il faut au moins cela pour ne pas faire tapisserie au bras d’un Willy dont on a l'impression qu'il est connu de toutes les femmes de Paris. Il a beau essayer de la maintenir à l’écart de certaines réalités, Colette, malgré son amour, ne reste pas dupe longtemps. Au gré des supercheries et mensonges médiocres de son époux, la jeune femme s’aguerrit, s’émancipe. Loin de se laisser dépasser ou abattre, elle en fait une force, fuyant le joug de la domination masculine, multipliant à son tour les expériences et les conquêtes qui ne dérangent guère Willy tant qu’elles ne sont que féminines. 

On ne va pas vous raconter ici toute la vie tumultueuse de Colette (romancière, actrice, mime, journaliste…), le film est là pour le faire ou lui donner un éclairage in situ si vous la connaissez déjà. Ce qui est le plus passionnant, c’est de resituer l’écrivaine sulfureuse dans l’ambiance de l’époque, de ressentir le poids du patriarcat qui restreint les possibilités d’avenir des femmes. Si son œuvre fait tâche d’huile, se répand si vite, c’est qu’elle est tout a fait moderne, donne une voix à ce que chacune vit tout bas. On est plongé dans son cheminement intérieur, son attachement si particulier à Willy qui se transformera par la suite en désamour profond. Elle lui pardonnera beaucoup de choses, mais jamais de ne pas avoir rendu son nom aux écrits dont elle accouche pour celui dont elle est devenue la « négresse » littéraire. Au fur à mesure que la série des Pauline s’égraine, que chaque livre devient un best-seller, la célébrité de Willy qui augmente phagocyte la reconnaissance de l’écrivaine. Colette trépigne, engluée au fin fond du rôle dévolu aux femmes. C’est bel et bien Willy qui récolte les fruits de ce qu’elle a semé et qui refuse de rendre à Colette ce qui appartient à Colette…(Utopia)    

COTIGNAC      lun 25 févr. / 18h    

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10 VOSTF - avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.




Un mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!

Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…

Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique..( Goldberg, Les Inrockuptibles)  

LE LUC    mer. 20 févr. / 21h      jeu 21/18h30    dim. 24 févr. / 21h00
LE VOX
 vf  : mer20/15h40    jeu21/13h405   ven22/16H30   sam23/15H40  dim24/15H30  lun25/13h45  mar26/15H40 
v.o :  mer20/18h20    jeu21/21h  sam23/18H20 mar26/21h


GRÂCE À DIEU

Écrit et réalisé par François OZON - France 2018 2h17mn - avec Melvil Poupaud, Swann Arlaud, Denis Ménochet, Eric Caravaca, Josiane Balasko, Aurélia Petit, Hélène Vincent, Bernard Verley, François Marthouret...


Ne rien laisser au hasard, ne rien céder au pathos. Refuser le manichéisme autant que les raccourcis, ne pas tomber dans la caricature, fuir les clichés. Frapper fort, mais avec une implacable justesse, sans appel, sans échappatoire, sans possibilité aucune ni de minimiser, ni de tergiverser : voilà la chair, puissante, du nouveau film de François Ozon. Et c’est un grand film, un film important. Il faut par ailleurs une audace certaine pour se lancer dans une fiction inspirée de faits on ne peut plus réels, en ne changeant ni les noms des protagonistes, ni les dates, ni les lieux, ni les témoignages. Grâce à Dieu aborde donc de front les actes criminels de pédophilie commis au sein de l’évêché de Lyon par le Père Preynat dans les années 1980 et 1990, et met en évidence le silence complice de l’Église et en particulier celui de Monseigneur Philippe Barbarin, archevêque de Lyon depuis 2002. Redisons le mot : le résultat à l'écran est implacable.

Le film commence aux côtés d'Alexandre. Il a la quarantaine, vit à Lyon avec sa femme et ses cinq enfants. C’est une famille bourgeoise, catholique pratiquante, attachée à ses valeurs, unie, aimante, se rendant avec conviction à la messe du dimanche. Un jour, par hasard, Alexandre découvre que le prêtre qui a abusé de lui lorsqu’il était jeune scout officie toujours auprès d’enfants. Choqué, mais aussi porté par les paroles du nouveau pape progressiste, François, il décide de s’adresser aux autorités ecclésiastiques pour demander des explications. Sans le savoir, il vient d’ouvrir la boîte de Pandore, qui renferme, outre les monstruosités d’un homme qui a abusé pendant des années de dizaines de jeunes garçons placés sous son autorité, toute la mécanique du silence qui a insidieusement été mise en place par la hiérarchie de l'Église, par les familles, par la société. 
Face au manque évident de réactivité de l’Évêché, parce qu’il croit sincèrement à la vertu de la parole et qu’il demeure viscéralement attaché aux valeurs chrétiennes, Alexandre va aller plus loin et chercher d’autres témoignages. Un, puis un autre, et un troisième lui parviennent : parmi les anciens scouts du groupe Saint-Luc, nombreux sont ceux à avoir subi les attouchements, et parfois plus, du père Preynat, homme d’Eglise charismatique et terrible prédateur sexuel.

Le film s’attache alors à raconter la création, dans un élan où fraternité et douleur se rassemblent, de l’association « La parole libérée » : en portant l’affaire sur la place publique, en demandant des comptes à l’église sur son silence, en voulant que justice soit faite, les victimes vont faire céder le verrou qui a cadenassé des décennies de honte, relâchant dans les esprits les torrent de souffrance qui, enfin, va pouvoir être dite et entendue. Et l’image, symbolique, de ces adultes accompagnant les enfants trahis qu’ils étaient dans ce délicat cheminement est tout simplement bouleversante. 
Alexandre s’est construit tant bien que mal une identité avec ce fardeau, trouvant le salut dans l’amour d’une famille et dans la foi. Mais Gilles n’a jamais pu s’extirper de la peur, de la culpabilité, ni en finir avec cette rage sourde qui distille encore en lui tant de violence. François, de son côté, a enfoui le secret dans un recoin bien planqué de sa mémoire, bouffant du curé comme on prend un antidote au poison. Certaines familles ont essayé de protester et ont renoncé devant l'impossibilité de se faire entendre, d'autres ont su et se sont tues, d’autres ont détourné le regard, d’autres encore ont minimisé les faits…

Porté par un trio de comédiens remarquables, Grâce à dieu a l’intelligence de placer au centre de son propos la dimension humaine et la question du droit, de la justice, sans éluder les questions spirituelles et morales que le sujet implique.  (Utopia)  

LE   VOX       mer20/ 13H45  18H15  21H      jeu21/16H05 18H15  21H    ven22/ 13h45 18H15 21H    sam23/16H05 18H15 21h    dim24/15h55 18h20 21h     lun25/14H 16h00 18h15    mar26/13h45  18H15 21h           

UNE INTIME CONVICTION

Antoine RAIMBAULT - France 2018 1h50mn - avec Olivier Gourmet, Marina Foïs, Laurent Lucas, François Fehner, Philippe Uchan, Muriel Bénazéraf, Danielle Catala... Scénario d'Antoine Raimbault et Isabelle Lazard, sur une idée de Karim Dridi.



« La Justice ? C’est cette erreur millénaire qui veut qu’on ait attribué à une administration le nom d’une vertu » disait le grand avocat toulousain Alain Furbury. Et c’est tout à fait de cela dont il est question ici. Si le film s’appuie sur une affaire véritable, que le jeune réalisateur a suivie au plus près des années durant, il brode autour de la réalité une fiction tout en suspens, aux rebondissements narratifs captivants, qui se dévore comme un thriller palpitant. On en ressortira avec plus d’interrogations que de réponses, comme c'est souvent le cas au terme d'un procès… 
Des multiples rebondissements sur la disparition de Susanne Viguier, le 27 février 2000, on a l’impression d’avoir tout lu, vu ou entendu. C’est donc une belle gageure que de nous passionner à nouveau sur le sujet, en y rentrant par la petite porte : ni celle des institutions, ni celle du prévenu, mais celle des jurés, de l’assistance dans la salle d’audience. 

Le film commence en 2009, alors que le premier acquittement du mari, Jacques Viguier (accusé sans preuves d’avoir fait disparaitre sa moitié), vient d’être prononcé. Ce qui devrait mettre fin à « dix ans d'horreur et de chemin de croix », comme il les qualifie, ne va être qu’un court répit. Quelques jours plus tard, le procureur général interjette appel contre le jugement du jury populaire. Et nous voilà repartis pour un tour à se coltiner les choux gras de la presse et les conversations des piliers de comptoir qui disent tout savoir. Pour Nora, qui est persuadée de l’innocence de Jacques Viguier, c’est le coup de grâce. Avec pour seule légitimité son intime conviction de cuisinière professionnelle, la voilà qui s’érige en héroïne justicière et fonce tête baissée chez celui que la réputation médiatique précède : Maître Éric Dupond-Moretti. Si l'avocat est évidemment bien réel, il nous faut ici préciser que Nora est un pur personnage de fiction, en quelque sorte l'alter-ego du réalisateur. Le juriste la jauge de son œil aguerri, l’éconduit sans ménagement dans un premier temps puis, épaté par le dossier qu’elle a réalisé, se ravise. Il va se prendre au jeu, non sans réclamer à Nora un fameux coup de main. Tous deux vont former un tandem de choc, symbole de la défense des opprimés et de la condamnation des méchants ! C’est du moins ce que fantasme la justicière amateur, mais bien sûr rien ne s’avèrera aussi simple.

À ce stade là, pour terminer de vous mettre l’eau à la bouche, il suffit de vous dire que le brillant ténor du barreau est interprété par Olivier Gourmet et que Marina Foïs lui donne la réplique. Ensemble ils forment à l’écran un duo fascinant, percutant comme deux opposés qui se complètent, elle si viscérale, lui si rationnel. Elle tout en tension perpétuelle, telle une droguée en manque, accroc à sa dose quotidienne de certitudes. Lui, prenant de plus en plus de recul, persuadé que la recherche de la vérité peut rende fou et que seul le doute est légitime. Au fur et à mesure que le second procès prend vie, on découvre ses autres protagonistes, interprétés par une flanquée d’acteurs très investis, dont François Fehner qui campe le procureur général de façon magistrale, apportant une grande authenticité au récit. Mais, progressivement la caméra se déporte insidieusement et dans le fond, le personnage principal du film, c’est le miroir qui nous est tendu et qui nous questionne : qu’est-il de plus important ? Désigner à tout prix un coupable au risque de condamner un innocent ou savoir accepter de rester dans l’inconfort du doute raisonnable ?  (Utopia)  

LE VOX      mer20/  18H45        jeu21/18H45     ven22/ 18H30   sam23/ 18H45     dim24/13H35     lun25/17H30   mar26/  18H45     


EUFORIA

Valeria GOLINO - Italie 2018 1h55 VOSTF - avec Riccardo Scamarcio, Valerio Mastandrea, Jasmine Trinca, Isabella Ferrari, Valentina Servi... Scénario de Valeria Golino, Francesca Marciano et Valia Santella.  


La nature est ainsi faite : le même milieu, la même éducation, le même environnement, le même amour filial, les mêmes vacances au bord de mer, les mêmes châteaux de sable et pourtant… quoi de 
plus dissemblables que deux frères ? Ces deux-là étaient proches, ils ont partagé beaucoup, les rires de l’enfance, les secrets de l’adolescence. Et puis la vie a posé sa sentence sur ces deux destinées et le temps a fait le reste, œuvrant doucement vers un délitement du lien, quand la tendresse s’effiloche au gré des visites qui s’espacent et se font de plus en plus rares, au fil de ce constat qui s’impose comme une évidence : deux mondes qui ne se connaissent ni ne se comprennent plus.  
Matteo et Ettore ont tracé chacun leur route, suivi des trajectoires qui ne se rencontrent plus. Ettore, l’aîné, n’a jamais quitté la région de son enfance, il est devenu enseignant, il s’est marié, a eu une fille, a quitté sa femme et puis est retombé amoureux. Matteo quant à lui vit depuis longtemps à Rome où il est entrepreneur à succès, avec toute la panoplie du golden boy qu’il campe avec nonchalance et, il faut bien le dire, une arrogance plutôt agaçante. Un appartement luxueux avec terrasse et vue sublime sur la ville éternelle, un chauffeur, quelques fidèles amis pour beaucoup faire la fête et de l’argent, énormément, suffisamment pour satisfaire ses moindres désirs : des amants, de la coke et des excès en tous genres.

Quand il apprend que son frère est gravement malade et qu’il doit venir à Rome pour des examens, Matteo décide de l’héberger chez lui, sans se poser la moindre question. Fidèle à ce qu’il est, au fond de lui : en enfant trop gâté qui veut partager un bout de son trésor et des facilités que la chance et la vie ont placées sur sa route. L’autre rechigne, et puis accepte, plus sans doute pour qu’on lui fiche la paix que par véritable envie de mêler sa mauvaise humeur aux bulles de champagne, aux œuvres d’art, aux moelleux canapés de cet appartement bien trop luxueux pour lui. Chacun pourtant va essayer d’entrer dans l’univers de l’autre, maladroitement, sans en avoir les clés ni les codes, avançant à tâtons sur cette nouvelle route commune qu’ils tentent de reconstruire, en s'appuyant sur les souvenirs de leur enfance perdue. 

C’est cette histoire que la caméra de Valeria Golino va saisir au vol pour nous. Elle balance entre l’amertume d’une situation forcément tragique, car la mort rode, inéluctablement, et la tendresse retrouvée, la saveur revenue des rires et des regards complices. Suivant ce pas de deux hésitant, elle ne quitte pas des yeux ses deux personnages, qu’elle les suive au plus près en plans très serrés ou qu’elle les filme dans des séquences plus larges qui racontent aussi la lumière singulière et la beauté de Rome. Matteo solaire, voulant brûler la vie de tous côtés, un caractère parfois abject mais un vrai cœur d’or, Ettore plus secret, plus tourmenté, presque fantomatique, errant comme une ombre dans un monde qu’il ne reconnaît déjà plus : ces deux astres semblent pourtant ne pas pouvoir tourner l’un sans l’autre. 

Tout ceci est conté avec beaucoup de justesse et de pudeur, celle que les petits garçons apprennent bien sagement mais qui entrave aussi leur cœur, quand ils sont devenus grands(Utopia)  


LE VOX         mer20/16h25  21H    jeu21/13h45   18H30     ven22/13H45  18H15   sam23/13H45  21H      dim24/18H40  21H      lun25/15h45   21h     mar26/16H25  18h40 


MINUSCULE 2 : les mandibules du bout du monde

Thomas SZABO et Hélène GIRAUD - film d'animation France 2012 1h30mn - Pour les enfants à partir de 5 ans.



Quand tombent les premières neiges dans la vallée, il est urgent de préparer ses réserves pour l’hiver. Hélas, durant l’opération, une petite coccinelle se retrouve piégée dans un carton… à destination des Caraïbes ! Une seule solution : reformer l’équipe de choc ! La coccinelle, la fourmi et l’araignée reprennent du service à l’autre bout du monde. Nouveau monde, nouvelles rencontres, nouveaux dangers… Les secours arriveront-ils à temps ?
Dans ce second volet, les héros de la première aventure (la coccinelle, devenue parent, la fourmi noire et l’araignée poilue) délocalisent en Guadeloupe où les attendent de nouveaux insectes et de nouvelles péripéties.
Szabo et Giraud n’ont rien perdu de leur inventivité : qui dit nouvel environnement dit nouveaux spécimens et nouveaux gags, d’une course-poursuite avec une mante religieuse vorace à un sauvetage de chenille face à une grosse mygale affamée ; mais aussi l’entrevue des coccinelles françaises avec des chenilles urticantes (le film bascule dans la dimension fantastique) et leurs semblables guadeloupéennes, des coccinelles noires tachetées de rouge. Cette rencontre conduit le récit vers un dénouement surprenant, digne d’une romance en prise de vue réelle, qu’on ne révélera pas.
Pendant ce temps la fourmi noire et l’araignée casanière à bord d’un galion, mettent les voiles vers les Antilles, affrontant tempête et menace de grands fonds pour retrouver leur amie…
Cette fois encore, tendresse, humour et sensibilité écologique font un parfait cocktail. (Arthur Champilou sur www.avoir-alire.com  )

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