Au(x) cinéma(s) du 20 au 26 novembre 2019

Bonjour à tous !
 
Notez dans vos agendas notre prochaine soirée Entretolies, le dimanche 1er décembre, avec sous réserve, le film Martin Eden de Pietro Marcello, d'après le chef d’œuvre de la littérature de Jack London, un grand film passionnant, original et superbe ! Nous serons à votre disposition dans le hall pour que vous puissiez, si vous arrivez en avance, renouveler votre adhésion Entretoiles pour 2020.
 
CGR, cette semaine nous offre une très belle semaine de cinéma ! Déjà, dans leur programmation ordinaire, mais au tarif ciné club pour les adhérents Entretoiles, Les misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un prolongement respectueux de l'épopée de Victor Hugo, et qui nous prend à la gorge avec le même sentiment d'injustice, un film choc, salutaire, jamais manichéen. Mais aussi : le dernier film de Polanski J'accuse, une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque (aussi à Cotignac), La belle époque (aussi au Luc) où Nicolas Bedos, le réalisateur, livre un film foisonnant, à la fois émouvant et sarcastique sur les affres du couple, Joker de Todd Philips, un travail d'orfèvre, une mise en scène et un jeu d'acteurs impeccables, une œuvre qui transcende les genres, Hors normes de Toledano et Nakache, un film fort, d'un réalisme saisissant, et parfois drôle, pour réviser à la fois notre regard sur le handicap mais aussi sur l'engagement de ces travailleurs sociaux qui œuvrent hors les normes justement....(aussi à Lorgues et Fréjus), et enfin Au nom de la terre de Édouard Bergeon, une fiction épatante en hommage au monde agricole trop souvent coincé entre dettes et productivisme (aussi à Lorgues et Fréjus).
Au CGR toujours, vous pouvez aussi voir une conférence France Inter, Changer, avec Mathieu Vidard, sur l'impératif de changer nos comportements pour sauver la planète,jeudi 21 à 20h,  et dans un autre genre Chantons sous la pluiecélèbre comédie musicale de 1953 par Stanley Donen et Gene Kelly, jeudi 21 à 18h..
 
A Lorgues (et au Vox), J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin une narration d'une virtuosité implacable, avec des moments de pure poésie, et des touches d'humour, et le Traitre  de Bellocchio   un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout.
 
A Salernes,  Un monde plus grand de Fabienne Berthaud (aussi au Vox), un film d'une profonde spiritualité et une expérience humaine d'une grande sincérité et Roxane de Mélanie Auffret, une très jolie fable sur le monde agricole, les poules et la littérature !
A Cotignac,  Papichaune touchante histoire d’émancipation portée par la belle interprétation de Lyna Khoudri, et Le regard de Charles, documentaire tiré de films tournés par Charles Aznavour lui même depuis 1948.
 
Au Vox à Fréjus, ne manquez pas  Pour Sama  de Waad Al Kateab, un documentaire ovationné et récompensé au Festival de Cannes, salué par une presse unanime, porté par une incroyable force de vie, et totalement bouleversant. On n'en ressort pas indemne ! : un de ces films qui nous font continuer de croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde. On peut voir aussi à Fréjus au Vox  Adults in the room ,de Costa Gavras, un film dense et passionnant sur la lutte des pouvoirs au plus haut niveau politique.et Les éblouis de Sarah Suco, un film salutaire et palpitant sur les dérives sectaires qui arrivent même dans certaines communautés tout ce qu'il y a de plus catholiques !

 

Profitez aussi de l'événement proposé par la médiathèque :
Dans le Réseau des mediathèques   c'est le mois du film documentaire du 12 au 26 novembre. Vous trouverez le programme ici : https://fr.calameo.com/read/001019299b084c1572426?fbclid=IwAR0eCTsn662Y2icmB1VKO1ZJrqDiaZL0mTncZZfMQRKbJKIqYBWcbcVe21c  et des infos sur la première séance en cliquant sur le lien suivant  http://www.andanafilms.com/catalogueFiche.php?idFiche=1247&req3=devigne

 
Bonne semaine de cinéma !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).
Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :  entretoiles.e-monsite.com
 

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis ManentiFestival de Cannes 2019, Prix du Jury.

LES MISÉRABLESPoint de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…
Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)

CGR : mercredi 20 11h10, 13h25, 17h40, 20h, 22h05 - jeudi 21, vendredi 22, lundi 25 et mardi 26 11h10, 13h25, 15h30, 17h40, 20h10 - samedi 23 et dimanche 24 11h10, 13h25, 15h30, 20h, 22h30

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.
Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.

La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…
C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée »… (Utopia)  
CGR Tous les jours 10h45, 13h20, 16h15, 19h30
Cotignac : jeudi 21 20h30 et lundi 25 18h, 20h30
 

LA BELLE ÉPOQUE

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55 - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...
La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…
Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit.  (Utopia)  

CGR : mercredi 20 8h50, 10h50, 13h20, 15h40, jeudi 21, samedi 23 et dimanche 24 : 10h50, 13h20, 15h40 - vendredi 22, lundi 25 et mardi 26 10h50, 13h15, 15h35, 17h55
Le Luc : mercredi 20 et vendredi 22 21h, jeudi 21 18h30, samedi 23 18h, dimanche 24 16h

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...

HORS NORMES

Si on ne peut que reconnaître l'efficacité de la filmographie d'Eric Toledano et Olivier Nakache, réalisateurs d'une série de feel-good movies qui ont été autant de succès hors pair (en premier lieu Intouchables, succès historique qui a fait exploser la carrière d'Omar Sy, mais aussi Samba et plus récemment Le Sens de la fête avec Jean Pierre Bacri). Devant Hors normes, on tire notre chapeau. Les grands raconteurs d'histoires que sont Toledano et Nakache ont remballé un chouia leurs recettes de comédie (même si le film offre quelques moment très drôles malgré le sujet un peu grave) pour transcrire avec émotion le combat de deux hommes bien réels et dont le parcours les a visiblement inspirés.
Deux hommes qui sont des symboles vivants : d'un côté Stéphane Benhamou, un Juif pratiquant qui a contribué à créer « Le Silence des Justes », une association communautaire mais ouverte à tous se consacrant à l'accueil des jeunes autistes, y compris les cas les plus difficiles ; de l'autre Daoud Tatou, un père de famille dyonisien et musulman qui a créé « Le Relais IDF », une association qui tente de resocialiser par le travail ou les sorties en ville les autistes également difficiles, qu'on garde en général enfermés dans des structures hospitalières. Le Relais IDF forme aussi des jeunes des quartiers populaires à devenir accompagnants sociaux.

Le premier est incarné superbement par Vincent Cassel, qui joue un quadragénaire religieux, passé un peu à côté de sa vie à cause de sa passion, enchaînant sous la pression de ses amis les rendez-vous arrangés, souvent pour des résultats pathétiques. Le second, c'est Reda Kateb, qui joue un père de famille dont on se doute, au vu de son engagement et des heures indues auxquelles il rentre chez lui, qu'il a surtout vu ses enfants endormis…
Dès la première scène, une poursuite dans les rues de la ville dont on comprend peu à peu que c'est pour rattraper une jeune autiste en crise d'angoisse, on est plongé tout de suite dans le combat quotidien des travailleurs sociaux confrontés autant au rejet des autistes par leur environnement qu'aux absurdités administratives, les autorités ayant besoin du travail des associations tout en entravant celui-ci pour ne pas déroger aux règles. Le film se montre d'un réalisme saisissant tout en réservant des respirations très drôles, notamment le gag récurrent avec ce personnage à qui Reda Kateb tente de faire prendre le métro seul sans que celui-ci ne tire obsessionnellement le signal d'alarme ou qu'il essaie d'intégrer dans un travail où il se montre trop démonstratif dans son affection pour ses collègues.

Hors normes est ainsi un film formidable pour réviser notre regard sur le handicap, mais aussi la très jolie démonstration que, dans un combat commun, des gens que tout pourrait opposer (les Juifs orthodoxes du Silence des Justes ou certaines filles voilées du Relais IDF) se foutent de leurs différences quand l'objectif commun est plus fort que tout. (Utopia)

CGR : mercredi 20 8h40, 20h, les autres jours : 20h

Lorgues : mercredi 20 15h, samedi 23 16h, dimanche 24 20h

Vox Fréjus : vendredi 22 20h et lundi 26 16h

 

JOKER

Todd PHILLIPS - USA 2019 2h02mn  - avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy... Scénario de Todd Phillips et Scott Silver. Lion d’Or, Festival de Venise 2019.

JOKERFilm magistral, travail d’orfèvre. Chaque élément fait corps avec l'histoire racontée, la sublime, de l’envoûtante bande son aux décors hallucinants, en passant évidemment par une mise en scène et un jeu d’acteurs impeccable (géniale performance de Joaquin Phoenix !). Nous ne sommes plus dans un simple parcours fictionnel, mais dans une véritable épopée personnelle qui peut se décliner en de multiples interprétations, jamais manichéennes, tout aussi intimes que sociales, voire politiques. Les amateurs de comics seront ravis, ceux qui ne sont pas familiers ou indifférents à cet univers trouveront aussi leur compte dans cette œuvre qui transcende les genres.


L’affaire débute devant un banal miroir, pas celui d’un conte de fée, un miroir qui n'a aucun pouvoir magique. Méticuleusement Arthur Fleck se grime : teint blanc livide, nez rouge sang, larmes bleu pétrole, costume rouille atemporel, curieux alliage entre Auguste et clown blanc. Dans son dos la radio débite ses sornettes. Des émissions à deux balles censées divertir le gogo, des informations sinistres qui dépeignent un monde décadent, envahi par les rats, où la fièvre typhoïde menace d’emporter les plus faibles. Les prêches des présentateurs semblent nous entraîner dans un tourbillon schizophrénique sans fin, laissant peu d’espace à la compassion ni même à un zeste de sérénité, tandis qu’Arthur passe en un éclair du rire aux larmes avec une maestria qui glace les sangs. Une fois apprêtés, lui et ses collègues de turbin s’éparpillent dans les rues, hommes-clowns sandwiches dans un univers méga promotionnel. Chacun a ses produits, sa boutique à défendre pour gagner quelques miettes distribuées par un capitalisme vorace. Dans ce monde de freaks, beaucoup, malgré leur mine joviale affichée, sont prêts s'il le faut à marcher sur la tête de leurs confrères. Une société ubuesque qui suinte la faillite, où la solidarité n’est plus de mise.

Pourtant Arthur, pataud dans ses grandes pompes, sourit sans faillir. C’est tout ce qu’il sait faire, l’unique enseignement d’une mère toxique, demi-perchée, restée rivée dans la nostalgie de ses souvenirs, de ses espoirs déchus. Le soir venu, ce fils qu’elle surnomme « Happy » la berce, la lave, la borde, comme on le ferait pour une créature innocente et chétive, sans rien lui avouer de ses propres peines, qu’il ne saurait exprimer. Il y a chez cet homme une élégance rare et touchante qui ne demanderait qu’à percer, des moments de grâce. Nul ne les voit. Arthur semble voué à rester invisible aux yeux de ses contemporains. Et cette indifférence généralisée est tout aussi violente que les incivilités qui grouillent dans les recoins de la tentaculaire Gotham des années 80 (ville imaginaire, mais tellement cousine de nos plus monstrueuses métropoles actuelles). Il n’y aurait donc aucune échappatoire ? Dans les plus sombres ténèbres surgissent parfois de petites lueurs, telles les douces paroles d’une charmante voisine qui ne fait pas cas des habits défraîchis de Happy. Ce dernier se sentira pousser des ailes, prêt à jaillir de son anonymat tel un papillon de sa chrysalide, d’autant qu’un célèbre présentateur lui demande de participer à son show. Mais les rêves d’Arthur Fleck sont voués à sombrer dans le marasme des illusions perdues. Ils feront place à la métamorphose de notre anti-héros assoiffé de tendresse en personnage sûr de lui, maléfique, rongé par tout autre chose que l’amour.

Tenaillés entre empathie et répulsion, on assiste là à la genèse du mal, la naissance d’un vrai méchant, celui qui hantera les pire cauchemars du super-héros Batman. Mais comment lui en vouloir, il pourrait être la part incomprise de chacun d'entre nous, révoltée et blessée, humiliée. Le Joker est bel et bien un enfant engendré par la fracture sociale, l’injustice faite aux plus démunis, son rire sardonique raisonnera longtemps encore comme une mise en garde lancée aux nantis… (Utopia)

CGR en VF : mercredi 20, vendredi 22 et mardi 26 16h15 et 22h15, jeudi 21, samedi 23 et dimanche 24 22h15, lundi 25 19h50, 22h15

 

AU NOM DE LA TERRE

Edouard BERGEON - France 2019 1h43 - avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus, Samir Guesmi... Scénario d'Edouard Bergeon, Emmanuel Courcol et Bruno Ulmer.

AU NOM DE LA TERREPierre revient au pays, en conquérant. S’il en est parti, c’est pour mieux y revenir, plus mûr, mieux préparé, renforcé par son séjour dans le Wyoming, où il s’est formé à de nouvelles techniques agricoles. Fort de la promesse de fructueuses moissons futures, Pierre sourit à la vie, tout comme elle lui sourit. D'autant qu'il va se marier avec Claire, qui l'a attendu puisqu'ils ont toujours su qu'ils feraient leur vie d'agriculteurs ensemble…

Peu de temps après, le jeune couple s’installe dans la belle ferme familiale que le père de Pierre leur cède. Les en voilà presque propriétaires – moyennant un important prêt bancaire, le premier d'une épuisante série –, et Pierre guette, tout en signant l’acte de vente, une forme de reconnaissance dans le regard paternel. Ah ces deux-là ! Leurs cœurs battent à l’unisson mais ils sont trop taiseux pour se le dire. Il faut dire qu'à travers eux, à leur corps défendant, ce sont deux conceptions de la paysannerie qui s’affrontent, deux époques que le progrès a rendu irréconciliables. Mais quel progrès ? Celui qui a transformé les fermiers en « exploitants agricoles », en « entrepreneurs », en « agri-managers » ? On perçoit sous les glissements sémantiques qu’un pan d’humanité a été enterré, l’humus dégradé. Les nouvelles générations, respectant scrupuleusement les prescriptions des politiques agricoles successives, elles-mêmes orchestrées par des énarques déconnectés du bon sens terrien, se retrouvent prises au piège des sables mouvants d’un système qui les ont progressivement asservies, rendues dépendantes des cours de la bourse, des géants de l’industrie agro-chimique, des indemnités compensatoires…

Vingt ans plus tard, plus grand monde n’est autonome ni fier de ce qu’il fait, malgré un travail constant et acharné. L'agriculture industrielle a imposé sa loi, sans pitié ni conscience. Le marché monte le travailleur contre le travailleur : les damnés de la terre, sous la pression, le poids des dettes, finissent par se tromper d’ennemis.
Et Pierre dans tout ça ? Il est comme presque tous les autres prisonnier du système mais il continue d’y croire, de ne pas baisser les bras, avec le soutien de Claire et de leurs deux enfants. La joie de vivre et de travailler ensemble est toujours là, mais pour combien de temps ?

À travers cette première fiction épatante (il avait déjà tourné un documentaire sur le même sujet), le réalisateur rend autant hommage à un père, le sien, qu’au monde paysan. Ce monde qui se lève tôt sans en récolter ni gloire, ni fortune.
Remarquablement interprété, le film donne envie de creuser le sillon de la solidarité, de se rebeller, de refuser que l’histoire de Pierre ne soit une fatalité qu’on oublie derrière les statistiques : « Tous les deux jours en France, un agriculteur… » On vous laisse compléter la phrase après avoir vu le film…(Utopia)

CGR : jeudi 21, vendredi 22, lundi 25 et mardi 26 11h
Lorgues : vendredi 22 19h, samedi 23 18h15
Vox Fréjus : mercredi 20 et jeudi 21 15h35, vendredi 22, samedi 23 et dimanche 24 16h10, lundi 25 15h50, mardi 26 20h45

J'AI PERDU MON CORPS

Jérémy CLAPIN - film d'animation France 2019 1h21mn - Avec les voix de Hakim Faris, Victoire du Bois, Patrick d'Assumçao... Scénario de Jérémy Clapin et Guillaume Laurant d'après son livre Happy hand. FESTIVAL DE CANNES 2019, GRAND PRIX DE LA SEMAINE DE LA CRITIQUE
FESTIVAL ANNECY 2019 - CRISTAL DU MEILLEUR LONG-METRAGE ET PRIX DU PUBLIC.

 
Jérémy Clapin illumine la Semaine de la Critique avec un premier film (d’animation) stupéfiant de virtuosité et d’humanité. C’est un film d’une puissance formelle et narrative rare. À l’instar des films d’animation japonais pour adultes, J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin n’hésite pas à se frotter au mélo, genre le plus dur qui soit, et à y injecter une dose d’onirisme, ingrédient sensible à ne pas mettre entre toutes les mains.
Tout commence par une main, d’ailleurs. Une main, oui, détachée de son poignet, autonome, qui s’échappe d’un laboratoire pour entamer un périple palpitant à travers la ville pleine d’embûches. Licence poétique, bien sûr, pour illustrer en parallèle la vie dramatique de Naoufel, jeune homme sur lequel le sort s’acharne depuis sa naissance et qui, malgré tout, n’a pas perdu tout espoir de se reconstruire.
Entre passé et présent (plus ou moins proche), J’ai perdu mon corps joue avec les temporalités et les tonalités sans jamais perdre le spectateur : tout y est simple et complexe, tendre et abrupt, comme la vie. « Une fois que t’as dribblé le destin, tu fais quoi ? », demande la jeune fille dont est amoureux Naoufel, incapable de répondre.
Mais ce qui frappe le plus dans ce premier long métrage, outre sa justesse narrative, c’est son insolente maîtrise plastique. Le rendu numérique est parfait, doux et “senti” comme du dessin ; l’animation, d’une fluidité exemplaire. Le sens du cadrage et du montage de Jérémy Clapin frôle quant à lui la perfection au point qu’il n’est pas interdit de voir en lui le prochain très grand styliste français   (Christophe Narbonne - Première)
 
Lorgues : mercredi 20 et vendredi 22 17h15, lundi 25 20h
Vox Fréjus : mercredi 20, jeudi 21, vendredi 22, dimanche 24, lundi 25, mardi 26  13h50,

LE TRAÎTRE

Marco BELLOCCHIO - Italie 2019 2h32mn VOSTF - avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Fabrizio Ferracane, Luigi Lo Cascio... Scénario de Marco Bellocchio, Ludovica Rampoldi, Valia Santella et Francesco Piccolo.

LE TRAÎTREL’Italie digère… ou du moins semble digérer. Enfin une vague de réalisateurs ose raconter par le menu, de manière non édulcorée et palpitante, la mafia vue de l’intérieur. Après le Gomorra de Matteo Garrone et Roberto Saviano, voici aujourd'hui ce magistral Le Traître, du maître Bellochio, presque un roman fleuve, et dans quelques mois ce sera La Mafia n’est plus ce qu’elle était du moins connu Francesco Maresco. Quel dommage de ne pas pouvoir programmer les deux films à la même période tant ils se complètent parfaitement ! Dans les deux cas on a affaire à de vrais méchants, pourtant il semble inévitable qu’affleure, à notre corps défendant, une forme de sympathie dérangeante. Celle-là même dont le virtuose Juge Falcone, sicilien de naissance, usa pour mieux s’imprégner et comprendre les rouages de la pieuvre, et de ses tentaculaires ramifications nationales et internationales.

Le Traître démarre fort, en 1980, par une de ces petites sauteries familiales dont les parrains avaient le secret, quand ils se détendaient entre deux fusillades ou plasticages sanglants. On pénètre donc dans l’action simultanément par deux portes d’entrée ambivalentes, comme semble l’être le regard des Italiens sur les mafieux, qui furent tout autant les protecteurs des classes miséreuses (dont beaucoup émanaient) que leurs bourreaux. La caméra de Marco Bellochio résume en un tableau méticuleux le contexte historique d’une affaire qui va se dérouler sur vingt cinq années, une vendetta meurtrière, inextinguible. Il brosse avec maestria le portrait des forces et des individus en présence pour nous faire prendre toute la mesure des tenants et des aboutissants et nous permettre d'entrer bien armés dans le vif du sujet, qui sera le retournement de veste de Tommaso Buscetta, éminent membre de Cosa Nostra, qui dénoncera ses anciens camarades d’armes auprès du magistrat Giovanni Falcone.
Jeu complexe entre chat et souris (les rôles étant interchangeables), d’où ressort une certaine admiration entre le juge et le truand, laquelle, en des temps moins sombres, aurait pu se transformer en une sorte d’amitié improbable et discrète. Cela peut sembler étrange, mais ce qui rapproche les deux hommes est leur courage et une conception cousine de l’honneur. La partie à jouer est aussi lourde pour l’un que pour l’autre, toujours sur le fil de se faire descendre. Dans le fond Buscetta se sert autant de Falcone que ce dernier se sert de lui. Le clan du maffieux et une partie de sa famille ayant été décimés, il ne lui reste que le bras de la justice pour se venger de ceux qui l’ont doublé, quitte à tomber en même temps que ceux qu’il cherche à atteindre. Bon vivant, il n’est toutefois pas un lâche qui cherche à sauver sa peau à tout prix. Il refusera toujours les appellations de traître ou de repenti. Il a brisé la loi de l’omerta ? Mais pourquoi la respecter envers ceux qui ont piétiné le code sacré de l’honneur, notamment le clan des Corleone guidé par Toto Riina ? Regrette-t-il le moindre de ses actes ? Les réponses à ces questions garderont toujours une part de mystère…

On va suivre la trajectoire de Buscetta, principalement à partir de sa fuite au Brésil, puis de son extradition vers l’Italie, sa traque à la fois par les autorités et par les autres parrains. Un film palpitant de bout en bout, à saluer tant pour la performance de ses acteurs (Pierfrancesco Favino en particulier réussit une composition hallucinante) que pour son ancrage historique précis et documenté. Une immersion dans la seconde guerre de la mafia, dont on ressortira avec un étrange sentiment de malaise, tant le monde des affaires et la sphère politique ne sortent pas indemnes de cette gangrène toujours d’actualité.(Utopia)

Lorgues : jeudi 21 19h, samedi 23 20h15, lundi 25 17h

Vox Fréjus : mercredi 20, vendredi 22 17h45, jeudi 21 20h, samedi 23 18h, dimanche 24 et lundi 25 20h15, lundi 26 16h40

UN MONDE PLUS GRAND

Fabienne BERTHAUD - France/Belgique 2019 1h40 VOSTF - avec Cécile de France, Narantsetseg ash, Tserendarizav Dashnyam, Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter... Scénario de Fabienne Berthaud et Claire Barré, d'après le livre de Corine Sombrun, Mon initiation chez les chamanes 
Emprunt d'une profonde spiritualité, sans pourtant jamais céder à une vision simpliste ou idéalisée, c'est un film qui se raconte comme un voyage et se vit comme une expérience humaine d'une grande sincérité. Fruit d'un long et minutieux travail de repérages en territoire mongol et d'une étroite collaboration avec Corine Sombrun, l'auteure de Mon initiation chez les chamanes, qui a participé à toute l'écriture du film, Un monde plus grand est, au-delà d'une belle histoire avec sa dose de romanesque et de tension, un très bel hommage à la culture des peuples premiers et en particulier les Tsaatans, bergers nomades vivant aux frontières de la Sibérie. Que l'on soit un cartésien pur jus ou sensible aux mondes et aux forces invisibles, cette histoire touche et interpelle de manière universelle car elle interroge les peurs et les limites auxquelles chacun peut être confronté quand il faut faire face à des événements qui échappent à notre compréhension.
Quand elle a perdu son grand amour, le monde de Corine s'est effondré comme un château de cartes. Toutes les perspectives ont été effacées, comme rayées définitivement de sa géographie intime, celle sur laquelle elle avait pourtant tracé mille et une trajectoires lumineuses et colorées. Son chagrin, sa douleur ont envahi l'espace et chaque geste du quotidien lui demande un effort surhumain. Elle est ingénieure du son, on lui propose un voyage à l'autre bout du monde, en Mongolie, pour recueillir des chants traditionnels et des sons de toutes sortes en vue d'un reportage. Une fuite, peut-être… Un moyen de se retrouver seule avec sa peine, sans doute…

Mais il n'y a pas de hasard. Au cours d'une cérémonie, Corine est plongée dans une expérience de transe qui la propulse dans un monde inconnu, celui des esprits invisibles que seuls les chamanes ont le privilège de pouvoir côtoyer. Oyun, celle de la tribu, lui annonce qu'elle a reçu un don rare et précieux dont elle ne peut se défaire et qu'elle ne peut surtout pas ignorer : elle doit entamer un long processus d'apprentissage et s'initier aux rituels chamaniques afin de le maîtriser et d'en faire bon usage. D'abord totalement réfractaire à cette idée qu'elle juge tout droit sortie de superstitions et de croyances ridicules, Corine va devoir faire face à la réalité, d'autant que son corps tout entier semble avoir trouvé une résonance particulière à certains sons, comme une nouvelle sensibilité qui l'aurait connectée à quelque chose de plus grand qu'elle.
Sur les terres majestueuses des plaines de Mongolie, là où les hommes vivent en harmonie avec la nature et convoquent tout naturellement, et pour chaque geste de leur quotidien, la communauté des esprits, commence alors un autre voyage… Qui peut après tout jurer que les disparus ne peuvent chercher à communiquer avec les vivants ? Qui peut affirmer avec certitude que les rivières, les forêts et les troupeaux ne sont pas habités par une force invisible ? Qui peut prouver que la science a exploré tous les recoins du cerveau humain et qu'il n'existe plus, dans les interstices de son paysage, des terres sauvages et inexplorées ?

Pour la petite histoire scientifique, Corine Sombrun est à l'origine de la création du Trance Science Research Institute, un réseau international de chercheurs investis dans les études neuro-scientifiques de la transe, visant à démontrer qu’elle n’est pas un don réservé aux seuls chamanes, mais bien un potentiel de tout cerveau humain, à la fois instrument d’exploration d’une réalité sous-jacente et outil de développement cognitif. (Utopia)
 
Salernes : vendredi 22 18h30, samedi 23 21h, dimanche 24 et mardi 26 18h
Vox Fréjus : mercredi 20 et jeudi 21 16h10, vendredi 22 13h50, 20h40, samedi 23 13h50, 21h, dimanche 24 15h40, lundi 25 16h, 18h10, mardi 26 16h
 

ROXANE

De Mélanie Auffret

Film français, 1 h 28

 

Éleveur bio, Raymond, la cinquantaine, quitte chaque matin la maison familiale aux aurores avec sa poule Roxane, une belle sussex blanc herminé noir, pour se rendre à son hangar où il libère ses poules pondeuses rousses pour la journée. Il comptabilise les œufs. « Hier, on était déçu, mais aujourd’hui on a bien bossé : 5 693 œufs. Les filles, vous avez bien mérité un peu de Cyrano de Bergerac ! »

Assis devant ses gallinacées, il leur lit la tirade du nez avec un plaisir gourmand. « Demain, ce sera la scène du balcon », promet-il, enthousiaste. Un soir, après le dîner en famille, il doit réclamer à la réunion de la coopérative deux centimes de plus par œuf, selon les calculs d’Anne-Marie, sa femme, employée de banque.

Mais le directeur de la coopérative annonce ne plus commercialiser sous peu les productions des petits exploitants pour se concentrer sur les gros afin de complaire aux consommateurs qui veulent payer toujours moins cher. Pour Raymond, l’absence de débouchés signe la fin de son activité. Il n’a que trois mois pour tenter de sauver son exploitation. Simone, la tante qui l’a élevé, lui souffle une solution : créer le buzz. Raymond se lance dans des vidéos où il met en scène sa passion, jusqu’alors cachée, pour l’œuvre d’Edmond Rostand. Mais tout le monde n’a pas le talent de devenir une star des réseaux sociaux.

Issue du milieu qu’elle décrit, Mélanie Auffret a trouvé l’inspiration auprès d’un agriculteur taiseux qui lui a confié réciter des textes de théâtre à ses vaches pendant la traite. Elle dépeint avec justesse les difficultés de la communauté paysanne. Guillaume de Tonquédec convainc dans la peau de Raymond, modeste éleveur qui a quitté l’école à 16 ans mais qui savoure en secret les mots d’un grand auteur. Avec ce tendre paysan surgit une touchante défense de la littérature et des écrivains qui illuminent nos vies.

Mathieu, les pieds sur terre

Autour de Raymond, de beaux rôles secondaires apportent de l’étoffe à ce récit. Les pieds sur terre, Anne-Marie (Léa Drucker) s’agace de découvrir par ses confrères les vidéos de son époux et par là même son goût pour Cyrano, blessée de le connaître si peu après plusieurs décennies d’amour partagé. Rugueuse, Simone (Liliane Rovère) incite Raymond à avancer contre vents et marées avec un bon sens à toute épreuve et une confiance insubmersible.

Il y a aussi Wendy, une Anglaise excentrique à qui Raymond menait jusque-là une petite guerre de voisinage pathétique. Professeure de littérature retraitée, elle lui enseigne sans le ménager les bases de l’art dramaturgique et ouvre le champ de ses lectures à Molière et Sacha Guitry. Enfin il y a les poules rousses, remplacées tous les seize mois par d’autres plus rentables, et Roxane, la seule à échapper à cette tuerie cyclique. Cette comédie rythmée, joliment mise en musique par Gaëtan Roussel, révèle leur talent et leur pouvoir comique (La Croix)

Salernes : vendredi 22 20h30, samedi 23 18h

PAPICHA

Mounia MEDDOUR - Algérie/France 2019 1h45mn VOSTF - Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Nadia Kaci, Meryem Medjkane... Scénario de Mounia Meddour et Fadette Drouard. Festival d’Angoulême 2019 : Meilleur scénario, Meilleure actrice, Prix du public.
« Papicha », c’est le petit nom charmant que l’on donne aux jeunes algéroises drôles, jolies, libérées. C’est aussi désormais un film sur le courage, celui d’un pays, d’un peuple, d’une jeunesse qui ne demande qu’à exulter, qui refuse de céder aux injonctions de la peur, à celles de bras armés tout puissants. Il est donc question dans Papicha de résistance vivifiante, de pulsions joyeuses, d’insoumission. Le film nous immerge dans la décennie noire des années 90 : tandis que les étudiants du pays aspirent à la même liberté que leurs cousins occidentaux, par le jeu des forces politiques en présence, une vague d’intégrisme va monter, implacable, génératrice de violence, d’interdits, de terreur. Le GIA (Groupe Islamiste Armé) et l’AIS (Armée Islamique du Salut), dont les premières cibles sont les journalistes, terrorisent la population civile, tout en se faisant la guerre entre eux, ainsi qu’à la démocratie. On dénombrera au final plus de 150 000 morts, des dizaines de milliers d’exilés, un million de personnes déplacées. L’action du film prend sa source dans ce contexte tendu, celui que connut bien la jeune réalisatrice encore étudiante, et dont elle choisit de faire une fiction assoiffée de joie, d’espérance, de révolte.
 
Tout démarre par une belle nuit suave, qui donne envie aux corps d’exulter. Gros plan sur deux donzelles sur la banquette arrière d’un taxi clandestin qui brinquebale dans les rues d’Alger. Dans cette cabine d’essayage de fortune, elles se maquillent, se tortillent comme des libellules en train d’abandonner leurs chrysalides. Elles n’ont que peu de temps pour quitter leurs tenues sages et se transformer en reines de la nuit. Alors que le vieux chauffeur qui bougonne, réprobateur, a du mal à garder les yeux dans sa poche, Nedjma, qui a la langue bien pendue, le renvoie à son volant : « Papy, la route c’est devant, pas derrière ! » Un sens de la répartie que semblent cultiver en permanence les filles entre elles, à coups de « battle de mots » comme elles les appellent, qui démarrent dans les endroits les plus saugrenus. Des moments pêchus et drôles, un peu outranciers, comme un arsenal d’armes fragiles qu’elles entretiennent en riant, maigre rempart contre les débordement sexistes, les insidieux harcèlements quotidiens qu’elles subissent en faisant mine de s’en moquer. Difficile de trouver des espaces de liberté sereine ici. On devine que la majorité de celles et ceux qui se retrouvent pour faire la fête, même si c'est sans doute plus simple pour les garçons que pour les filles, ont dû, tout comme Nedjma et son inséparable copine Wassila, faire le mur, s’échapper en catimini. Une clandestinité propice à toutes les arnaques, à tous les chantages vicelards (on assistera à un florilège de bêtise de la part de ces messieurs).
En attendant, Nedjma poursuit, vaille que vaille, son rêve de devenir styliste, elle en a le talent. Elle va y entrainer toute sa bande de copines, sa famille et même quelques professeures. D’abord inconsciemment, la mode, qui dévoile et embellit les corps, va devenir une forme de contestation. Au noir des hidjabs que les islamistes veulent imposer à la gent féminine, Nedjma opposera la blancheur du haïk, cette étoffe qui fut, au-delà de sa fonction vestimentaire traditionnelle, le symbole de la résistance nationale algérienne contre la politique coloniale française.

Papicha, c’est le portrait d’une féminitude solidaire et complexe, bien au-delà des clichés. Des plus gamines au plus âgées, des plus modernes aux plus conformistes, nulle n’est dupe ou naïve. Chez elles, l’insouciance, qu’elle soit feinte ou cultivée, apparait dès lors comme une forme de résilience indispensable, une façon non seulement de survivre, mais surtout de ne jamais abdiquer joie et douceur de vivre.  (Utopia)  
 
Cotignac : jeudi 21 18h05

Le Regard de Charles

Film français de Charles Aznavour

La musique, le cinéma, l’écriture font jeu égal dans Le Regard de Charles, documentaire composé d’images filmées par Aznavour au fil de sa vie, construit comme un journal intime.

Dans « Le Regard de Charles », Aznavour toujours formidable«Vous m’avez vu, oui, mais ce que vous ne savez pas, c’est que moi aussi je vous ai vus. En fait, je vous regarde depuis le début.» La voix de Romain Duris qui s’élève dès le début du Regard de Charles donne un écho troublant au timbre bien connu d’Aznavour. Parlant au nom de l’artiste disparu le 1er octobre 2018, avec ses mots, l’acteur lui rend présence et souffle pour le raconter à travers ses images.

Charles Aznavour avait reçu en cadeau d’Édith Piaf en 1948, une petite caméra. Dès lors, il filmera avec passion, tout au long de sa vie, comme on tient un journal intime. Carnets de voyage, souvenirs de tournées, plans amoureux de ses femmes et de ses enfants, des heures de bobines dormaient dans sa maison provençale, avant que le chanteur ne propose à Marc Di Domenico d’en faire un documentaire.

Passionné de cinéma, grand voyageur, Aznavour filme le monde en cameraman avec pertinence et professionnalisme. « J’ai tout de suite remarqué qu’il tournait "monté", en plans larges, moyens, serrés. Il y avait clairement une volonté de ne pas filmer comme n’importe quel touriste, mais de composer ces images », explique Marc Di Domenico. En témoignent dès le début, 9 minutes d’images au regard ethnographique, tournées en Afrique noire au temps des indépendances. Abidjan, Dakar… Les métropoles laissent place à des campagnes vues au plus près de populations silencieuses observant depuis les rives d’un fleuve l’homme occidental fasciné qui les filme.

Mettre en scène de petites gens dans leur quotidien précaire avec un regard plein d’empathie, c’est ce qui rend le propos d’Aznavour singulier. Des avions à hélice, des trains perchés sur la cordillère des Andes, des camions chargés de travailleurs en route pour une pénible migration et agitant la main, tout sourire, en direction de la caméra…

Au son d’Emmenez-moi ou de L’Émigrant, on mesure à quel point l’artiste qui confiait « le lointain des possibles, c’est ce que je préfère », se sentait heureux sur la route au contact des autres. Mais aussi qu’il portait en lui la mémoire douloureuse d’un exil maintes fois évoqué pour le fils qui ne l’a pas vécu.

« Personne parmi nous n’a jamais vu cette terre. Pourtant, nous en étions faits », dit Aznavour arrivant pour la première fois en Arménie à 40 ans. Rencontrant sa grand-mère qu’il n’a jamais vue, il l’emmène à une messe solennelle célébrée par le catholicos, le chef de l’Église arménienne, en une séquence émouvante où la caméra sait se faire discrète puis s’éteindre.

Saisir la lumière des visages était une passion chez celui qui réalise de splendides plans d’Anouk Aimée, radieuse, lors du tournage de La Tête contre les murs en 1958. « Franju fait son film, moi j’ai mes images », jubile Aznavour. Pendant Un taxi pour Tobrouk, il capture, en vrai fan, Lino Ventura, « Lino bougon, c’était quelque chose ! », et à New York, une Piaf moqueuse.

Sa vie privée, avec ses drames – dont le suicide de son fils Patrick à 24 ans, évoqué en une séquence douloureuse –, et ses amours, tissent une toile narrative intime qui ne cède pas à l’hagiographie. Et sa musique en bande-son rappelle son immense talent de mélodiste, de parolier et d’interprète : 25 chansons en tout, dont ses incontournables, de La Bohème à Formidable, de She à Ils sont tombés, pour s’achever sobrement avec J’ai vécu. (La Croix)

Cotignac : vendredi 22 19h

POUR SAMA

Waad AL-KATEAB et Edward WATTS - documentaire Syrie 2019 1h35 VOSTF - Festival de Cannes 2019 : œil d’or du Meilleur film documentaire.

POUR SAMAMission compliquée que la nôtre : vous convaincre d'oser dépasser vos réticences, vos craintes, et de venir voir Pour Sama. Vous dire peut-être que ce documentaire, ovationné et récompensé lors du dernier Festival de Cannes, salué par une presse unanime, fait partie de ces œuvres qui laissent une trace indélébile dans l'âme et le cœur du spectateur. Vous dire aussi que ce film, au sujet évidemment dramatique, est porté par une incroyable force de vie, qui habite chaque image, chaque plan saisis par la caméra de Waad Al-Kateab. Ce qui est sûr, c'est que montrer Pour Sama, faire en sorte que cette histoire parvienne jusqu'à vous, c'est continuer à croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde et modestement contribuer à faire de nous des êtres plus ouverts, moins égocentrés, bref un peu meilleurs.

Pour Sama est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d'amour d'une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique. Jeune étudiante en marketing dans sa ville natale d'Alep, Waad suit avec sa petite caméra numérique les premières manifestations contre le régime de Bachar al-Assad. La fougue de la jeunesse, les slogans sur les murs, les sourires de ces jeunes rêvant de printemps. Quand la répression commence à se durcir, Waad filme toujours : « Dans les journaux télévisés, on ne parlait pas de manifestants, mais de terroristes. À l'université, il n'y avait pas de médias pour expliquer la situation. L'idée était de prendre son téléphone portable et de documenter ce qu'on voyait ». La suite, elle est tragique : 7 ans de guerre, les bombardements par l'Armée Russe, plus de 500 000 morts, des milliers de déplacés et de disparus, un pays en ruine… et un pouvoir toujours en place. Waad filme sa vie, son quotidien, celui de son mari, médecin puis directeur de l'hôpital d'Alep, de ses amis, et de ce pays qu'elle chérit ; elle filme ses peurs, ses joies, ses espoirs, sa douleur. Au risque de sa vie, elle envoie ses images à l'étranger, convaincue que « le monde ne laissera pas faire ». Des heures et des heures de film qu'elle finira par emporter avec elle quand, lors du siège d'Alep en 2016, elle prendra, le coeur brisé, le chemin de l'exil avec son mari et sa fille. Des images terribles, parfois insoutenables, d'une cruauté sans nom, mais aussi de nombreux moments de grâce, des rires, des plaisanteries, des gestes d'amour et de tendresse. Les premiers pas de Sama, des gamins qui jouent, un repas partagé. Pour Sama est aussi un hommage à tous ceux qui risquent leur vie pour celle des autres : médecins, infirmières et infirmiers, casques blancs… et à un peuple résiliant qui ose encore croire au meilleur de l'humanité.(Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 20 18h30, jeudi 21 13h40, vendredi 22 16h15, samedi 23 16h, dimanche 24 et lundi 25 13h50, mardi 26 20h45

LES ÉBLOUIS

Sarah SUCO - France 2019 1h39 - avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin, Céleste Brunnquell... Scénario de Sarah Suco et Nicolas Sihol.

LES ÉBLOUISLa famille Lourmel a tout de la famille provinciale ordinaire. Une famille nombreuse, 4 enfants, assez traditionnelle et catholique. La fille aînée, Camille, 12 ans, se passionne pour ses cours de cirque lors desquels son professeur tente de faire sortir l'âme de clown qu'elle pourrait avoir en elle. Certes la maman, Christine, semble un peu dépressive et ostensiblement sévère, rechignant par exemple à ce que Camille aille dormir chez une copine après les cours. Quant au père, Frédéric, il se montre un chouia effacé, paraît résigné face aux exigences parfois injustifiées de son épouse. Et puis il y a la paroisse, mais rien d'extraordinaire à raconter sur elle, une paroisse menée par un curé charismatique et débonnaire que les fidèles appellent étrangement et affectueusement « le berger », une petite communauté chrétienne chaleureuse dont les Lourmel suivent assidûment les activités, entre solidarité avec les personnes âgées ou les nécessiteux et repas dominicaux partagés. Le père, enseignant pas forcément épanoui dans son métier, et la mère, désœuvrée et neurasthénique, trouvent visiblement dans ces activités pastorales une certaine plénitude.
Puis, insensiblement, l'influence de la communauté religieuse va se faire plus pesante : le berger incite les parents à retirer Camille de son cours de cirque, sous prétexte qu’il lui enseignerait l'ironie et le culte excessif du corps ; puis il leur demande de venir vivre aux côtés d'autres frères et sœurs dans une grande maison communautaire adossée au presbytère. Progressivement se mettent en place tous les mécanismes de l'engrenage sectaire : éloignement des proches hostiles au choix religieux par le biais de procédés diffamatoires ; répétitivité des rituels parfois absurdes, exorcismes ou autres, notamment quand les fidèles bêlent de concert pour appeler la venue du « berger »…
La très chouette actrice Sarah Suco, découverte notamment dans les films de Louis-Julien Petit (Discount et Les Invisibles) passe ici derrière la caméra et elle n'a pas fait ce grand saut par hasard. Son film est d'ailleurs dédié à ses jeunes frères et sœurs car elle a dû vivre avec eux durant dix ans dans une communauté semblable à celle du film, d’où l’authenticité de son récit. Les Éblouis se garde bien de tomber dans la caricature, et le film décrit bien ces petits riens qui font basculer de la normalité à l'étrangeté, voire pire. Les personnages des parents, remarquablement campés par Camille Cottin et Eric Caravaca, tout en ambivalence, évoquent des sentiments troubles, entre adhésion aveugle à la logique sectaire et amour sincère de leurs enfants. Face à eux, Jean-Pierre Darroussin est formidable en prêtre tour à tour bienveillant et franchement inquiétant.
Mais ce qui emporte l’adhésion, c'est la vision en permanence à regard d'enfant et par extension le regard autobiographique de la réalisatrice. On est d'autant plus impressionné que tout ce qui est décrit ne se passe pas au cœur d'une cellule djihadiste ou d'une section de raéliens en voyage cosmique, mais bien dans une communauté catholique, tout à fait autorisée, comme il en existe des centaines en France (il suffit de chercher sur internet le réseau de la communauté des béatitudes), alors qu'on estime qu'il y aurait chaque année dans notre pays entre 50 000 et 60 000 enfants victimes de dérives sectaires. Le film est non seulement palpitant mais aussi salutaire.(Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 20 et mardi 26 13h50, 18h20, 20h30, jeudi 21, vendredi 22 et dimanche 24 15h40, 18h30, 20h45, samedi 23 13h50, 16h30, 21h, lundi 25 15h50, 17h55

ADULTS IN THE ROOM

COSTA-GAVRAS - Grèce/France 2019 2h07mn VOSTF - avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur, Aurélien Recoing, Valéria Golino...

ADULTS IN THE ROOM« Va où il est impossible d'aller » : la devise de Costa-Gavras (dont il fit le titre de ses mémoires), pourrait être une supplique à son pays natal, la Grèce. Yanis Varoufakis (superbement incarné par Christos Loulis), le héros de l’histoire qui va suivre, aurait également pu la faire sienne. Et c’est ce qui, dans la vie en vrai, au-delà de la nationalité, a sans doute contribué à rassembler les deux hommes : le refus de ployer sous les injonctions des courants hégémonistes. S’il est sans doute inutile de vous présenter le grand cinéaste dont a hérité la France en 1952, c’est quand même une belle occasion de saluer les bienfaits de l’immigration ! Construit à la façon d’un thriller à suspense, son nouveau film nous tient en haleine deux heures durant, sur un sujet qu’on n’aurait jamais soupçonné être si palpitant…

Ce soir-là, tous retiennent leur souffle… Une foule dense, telle qu’on ne les imagine plus en France lors de nos mascarades quinquennales, attend le résultat des élections. C’est que le petit peuple grec est exsangue. Il a beau suer sang et eau, rien ne semble pouvoir étancher la soif vampirique de l'ennemi de tous les petits peuples : « La Finance ». Les prêts consentis au pays, à des conditions assassines, par les leaders européens, ressemblent à ces bougies d’anniversaire, dites « magiques » mais ô combien agaçantes, qui se rallument de plus belle dès qu’on cesse de souffler dessus. Une dette indélébile, auto-alimentée par des taux d’intérêt honteux. La Grèce doit payer le prix de trente années de gestion irresponsable exercée par les gouvernements successifs, plusieurs centaines de milliards de dollars de déficit, qui reposent désormais sur les pauvres épaules des citoyens lambda, qui n’avaient surtout pas demandé tous ces investissements hasardeux.
Malgré le marasme profond qui envahit le pays, une improbable lueur d’espoir s’est levée, portée par Syriza, le parti de la coalition de gauche. Dans la modeste salle de campagne, en ce mois de janvier 2015, tous se tiennent aux aguets… puis… bondissent de joie ! C’est la victoire ! Très vite Yanis Varoufakis, sans jamais avoir adhéré au parti, sera pourtant nommé Ministre de l’Économie du nouveau gouvernement conduit par Alexis Tsipras. Pas de meilleur choix que ce brillant économiste, doué d’un sens de la répartie redoutable, pour renégocier les conditions de la dette qui asphyxie la république hellénique. À compter de cet instant va se jouer un duel passionnant dans les coulisses des instances de l’Europe, entre David/Yanis, qui a la ténacité d’un Sisyphe, et une armée de Goliath surpuissants qui considèrent que « le système de protection social n’est qu’un rêve communiste ». Mais surtout il lui faudra convaincre la « Troïka » (créée en 2010 et constituée de fonctionnaires de la Commission Européenne, de la BCE, du FMI…) de bien vouloir renégocier les conditions de la dette. Persuadé que le bon sens et une juste cause peuvent l’emporter, Varoufakis entame une course de fond à armes inégales, décidé à ne pas céder face à l’Eurogroupe. Après tout, ne représente-t-il pas un peuple qui a « deux millénaires d’expérience en matière de patience, puisqu'inventeur du stoïcisme. » ?

Adults in the room, dense et passionnant, fait référence au livre de Yanis Varoufakis Conversation entre adultes tout aussi bien qu’à une judicieuse question qu’il est légitime de se poser en observant le microcosme de tous ces décisionnaires européens qui ont parfois des comportements dignes de cours de récréation : « Y’a-t-il des adultes dans la pièce ? ». Si le constat global du film est consternant, il est extrêmement jouissif de voir les politicards aux dents longues (dont nos Français), se faire égratigner au passage. Mais on devra malgré tout se plier une fois de plus à l’évidence : tous ces oligarques ont désormais le monopole du cynisme… qui fut lui aussi inventé par les Grecs. Nous ne saurions que conseiller à ces derniers de réclamer des droits d’auteurs à l’Europe : cela ferait plus qu’effacer leur dette, ils deviendraient multimilliardaires ! (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 20 15h55, jeudi 21 et samedi 23 13h40, vendredi 22 18h15, dimanche 24 20h30, mardi 26 18h10

 
 
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accompagné d'un chèque de 10 € pour l'adhésion ordinaire valable du 1/11/2019 au 31/12/2019 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................
adresse mail ..........................................................................................................
désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

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