Au(x) cinéma(s) du 21 au 27 décembre

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Bonjour à tous !

Tout d'abord Entretoiles vous souhaite à tous et à chacun de bonnes fêtes de fin d'année que nous vous espérons chaleureuses et entourées en ces temps plutôt sombres...

Ensuite, nous vous quittons pour une semaine et nous vous donnons rendez-vous pour l"année prochaine, en 2017 !

Cette semaine, si vous vous sentez une âme de cinéphile, il va vous falloir aller au Vox à Fréjus où il y a de quoi se faire une pleine hotte de bons films !

Au CGR en film ciné-club, c'est de nouveau le dernier film  de Clint Eastwood, Sully, film catastrophe et portrait intime d'un homme ordinaire.

Au  Vox, on peut voir Manchester by the sea, de Kenneth Lonergan, le portrait touchant d'un homme qui n'a d'autre choix que celui de vivre, Souvenir, de Bavo Defurne, un conte attachant et délicat, et Personal Shopper de Olivier Assayas, magnifique film de fantômes, mais aussi Cigarettes et Chocolat chaud de Sophie Reine "un premier film sympa comme tout bien rythmé et drolatique" (aussi à Lorgues), ou encore Parterson de Jim Jarmusch, et bien sûr Baccalauréat de Christian Mungiu, "son film le plus riche, le plus intense, le plus accompli". Et à Cotignac Une Vie, de Stéphane Brizé.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 21 AU 27 DÉCEMBRE

Affiche
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Sully
Réalisé par Clint EASTWOOD
USA 2016 1h36mn VOSTF
avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney, Anna Gunn...
Scénario de Todd Komarnicki, d’après le livre de Chesley Sullenberger et Jeffrey Zaslow
Qui se souvient du « miracle de l’Hudson » ? De ce côté de l’Atlantique, pas grand monde. Pourtant aux États-Unis en 2009, quand un A320 de l’US Airways réussit un amerrissage en catastrophe sur le fleuve Hudson, l’exploit des pilotes prend rapidement une dimension psychologique inattendue sur un peuple encore traumatisé par les attentats du 11 Septembre et se remettant à peine du choc de la crise financière de 2008. Ce que l’on sait encore moins c’est que les assurances des compagnies aériennes et les autorités aéronautiques ont auditionné à charge les deux pilotes, remettant en cause leurs décisions et menaçant ainsi leur carrière et leur réputation... lire la suite
CGR (Draguignan) : Tous les jours à 22h15
Affiche
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Baccalauréat
Écrit et réalisé par Cristian MUNGIU
Roumanie 2016 2h08mn VOSTF
avec Adrian Titieni, Maria Dragus, Lia Bugnar, Malina Manovici...
Festival de Cannes 2016 : Prix de la Mise en scène
Plus « classique », plus retenu que 4 mois, 3 semaines, 2 jours ou Au-delà des collines, Baccalauréat est sans doute le plus grand film de Cristian Mungiu, le plus accompli, le plus riche et in fine le plus intense. Il confirme le réalisateur roumain comme un des plus importants du cinéma international actuel… Tout commence devant un immeuble bas sur pattes et grisâtre comme la monotonie d’une vie. Une de ces bâtisse qui se serait dressées à la chaîne partout dans les années 80, que l’on pourrait croire en France si on ne se savait dans une petite ville de Transylvanie. Derrière la fenêtre, une femme affaiblie, la mère, qu’on devine plus qu’on ne la voit, usée avant l’âge… On découvre ensuite son mari, Roméo (interprété par un acteur exceptionnel : Adrian Titieni), un homme mûr, empâté, qui résiste avec peine au poids des années. Si le bonhomme a le tour de taille d’un notable, on peine à croire qu’il en ait le niveau de vie. Rien dans l’appartement modeste aux tons pastels ne laisse présager que Roméo Aldea est médecin... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 22 et mardi 27 à 18h15 et lundi 26 à 15h40
Affiche
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Manchester by the sea
Ecrit et réalisé par Kenneth LONERGAN
USA 2016 2h16mn VOSTF
avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges, Gretchen Mol, CJ Wilson...
C’est bien depuis la mer qu’il faut découvrir Manchester by-the-Sea, Massachusetts, petite ville côtière des Etats-Unis repérable sur la carte à quelques centimètres de Boston. Depuis la mer, tout paraît calme et serein : les bateaux de pêche vont et viennent, les résidences plantées au bord de l’eau semblent couler des jours indéfiniment paisibles, même les bâtisses industrielles du port, couleur rouge brique, semblent s’intégrer avec élégance au paysage. Depuis la mer, Manchester by-the-Sea est une ville où il fait bon vivre, une ville où l’on naît et où l’on meurt, sans l’once d’un regret de n’en être jamais parti, sans avoir eu l’envie ni le goût d’un ailleurs tant la vie ici semble belle et simple. Depuis la mer, la vue d’ensemble décrit des courbes et des couleurs en parfaite harmonie avec les hommes... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21, jeudi 22 et mardi 27 à 17h50, vendredi 23 à 20h30, dimanche 25 à 20h et lundi 26 à 14h
Affiche
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Personal Shopper
Écrit et réalisé par Olivier ASSAYAS
France 2016 1h45mn VOSTF
avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz, Anders Danielsen Lie, Nora Von Waldstätten...
FESTIVAL DE CANNES 2016 : PRIX (PAS VOLÉ !) DE LA MISE EN SCÈNE (ex-aequo avec Baccalauréat qui ne l'a pas volé non plus !)
Pendant ses deux années d'exil sur l'île de Jersey, Victor Hugo faisait tourner les tables et parler les esprits dans son immense maison perdue au creux d'une sombre vallée où s'engouffraient les tempêtes… Il a transcrit plusieurs cahiers de ses conversations avec des entités invisibles, convaincu jusqu'à son dernier souffle que les âmes continuent d'exister dans un éther qui enveloppe les vivants et parfois acceptent de se manifester pour peu qu'on les sollicite… Maureen est une jeune américaine au physique résolument moderne qui, depuis Paris, a en charge la garde-robe d'une célébrité. Un boulot dont elle s'acquitte avec précision, rapidité, exactitude : courir d'un grand couturier à l'autre, d'un créateur de bijoux à l'autre… se procurer pour chacune des apparitions publiques de l'impitoyable Kyra, sa patronne, des modèles qu'elle ne portera qu'une seule fois, les déposer à l'heure dite dans la penderie d'un appartement désert, recevant ses ordres sur son smartphone sans qu'il y ait d'échange vraiment humain, contrôlant sur internet le résultat de ses choix... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 à 15h45 et 20h30, jeudi 22 et mardi 27 à 14h et 20h45, vendredi 23 à 14h et 18h20, samedi 24 à 14h et 18h10, dimanche 25 à 15h30 et 17h45, lundi 26 à 17h20 et 20h30
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Cigarettes et chocolat chaud
Réalisé par Sophie REINE
France 2016 1h38mn
avec Gustave Kervern, Camille Cottin, Héloïse Dugas, Fanie Zanini...
Scénario de Sophie Reine et Gladys Marciano
Un premier film sympa comme tout, bien rythmé et drolatique. À voir en famille (mais pas obligé !). On imagine dès le titre les volutes de fumée des adultes s'entremêlant aux parfums chocolatés de l'enfance. Petites joies simples et sensuelles auxquelles on revient toujours en grandissant. Pélerinage discret vers les instants douillets de l'âge tendre et son goût contrasté d'insouciance et d'interdits. Petits, on prend conscience du monde et de ses contradictions, surtout celles des grands qui semblent prendre un malin plaisir à faire ce qu'ils nous interdisent. Comme les cigarettes : il n'est pas plus convenable de fumer devant des gosses que de les accompagner en retard à l'école ou de les y oublier. Le genre de choses que fait perpétuellement Denis Patar. Une conduite qui pourrait le faire passer pour un père indigne et pourtant !... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 à 14h et 18h20, jeudi 22 et mardi 27 à 14h et 16h10, vendredi 23 à 14h, 16h10 et 20h45, samedi 24 à 14h et 16h05, dimanche 25 à 15h30 et 20h, lundi 26 à 14h et 18h30
Lorgues : lundi 26 à 19h
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Souvenir
Réalisé par Bavo DEFURNE
Belgique 2016 1h30mn
avec Isabelle Huppert, Kévin Azaïs, Johan Leysen, Carlo Ferrante...
Scénario de Jacques Boon, Bavo Defurne et Yves Verbraeken. Musique de Pink Martini
Incroyable, insaisissable, incernable Isabelle Huppert ! Souvenir la met en scène en Liliane, ouvrière dans une usine de pâté, autrefois connue comme Laura, chanteuse à succès dont la disparition brutale de la scène est encore dans les esprits. Elle qui a connu la gloire et les paillettes vit aujourd’hui incognito dans un monde aseptisé et volontairement dénué d’émotions, au rythme languissant d'une vie quotidienne ennuyeuse qu’elle noie dans l’alcool. Elle a payé cher sa déchéance. Le bruit que font les bocaux de pâté qui se cognent entre eux, les aiguilles de l’horloge de l’usine ou les glaçons jetés dans le verre de whisky sont désormais le seul univers musical de Liliane qui n'est plus Laura... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 et jeudi 22 à 14h, 15h55 et 20h30, vendredi 23 à 14h, 16h10 et 18h15, samedi 24 à 14h et 18h15, dimanche 25 à à 15h30 et 18h, lundi 26 à 16h40 et 20h30, mardi 27 à 14h, 15h55 et 20h30
affiche
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Paterson
Écrit et réalisé par Jim JARMUSCH
USA 2016 1h58mn VOSTF
avec Adam Driver, Golshifteh Farahani, Barry Shabaka Henley, Kara Hayward, Trevor Parham, Masatoshi Nagase...
La bande son a beau être d’une sobriété surprenante pour un film de Jim Jarmusch, Paterson est un film infiniment musical, peut-être un des plus musicaux du cinéaste New-Yorkais. Une partition délicate et drôle composée sur le fil d’une semaine ordinaire dans la vie paisible d’un chauffeur de bus, amoureux en couple et poète à ses heures. Sept jours découpés avec une précision métronomique dans la routine d’une ville moyenne du New Jersey, au cours desquels Jim Jarmusch nous initie à la sublimation du quotidien par la richesse des relations coutumières, par l’attention aux détails cachés sous les habitudes, par la poésie comme art de vivre et saisie dans tout ce qui nous entoure. Ces sept jours sont les sept mesures d’un grand cinéaste idéaliste qui recrée un monde lavé de sa noirceur par la bienveillance et l’énergie créatrice de tout un chacun. Avec Paterson, Jarmusch réussit un splendide film en mode mineur, parfaitement anti-dramatique puisqu’il ne s’y passe (presque) rien d’extraordinaire mais qui, par l’épure proche d’un haïku, parvient à toucher à l’essentiel... lire la suite
Le Vox (Fréjus) mercredi 21 à 16h, 18h et 20h30, jedui 22 et mardi 27 à 16h, 18h20 et 20h40, vendredi 23 à 15h55, 18h10 et 20h45, samedi 24 à 15h55 et 18h, dimanche 25 à 17h30 et lundi 26 à 16h et 20h30
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Une vie
Réalisé par Stéphane BRIZÉ
France 2016 1h59mn
avec Judith Chemla, Jean Pierre Darroussin, Yolande Moreau, Swann Arlaud, Nina Meurisse, Olivier Perrier, Clotilde Hesme...
Scénario de Stéphane Brizé et Florence Vignon, d'après le roman de Guy de Maupassant
Le Bleu des villes, Je ne suis pas là pour être aimé, Mademoiselle Chambon, Quelques heures de printemps, La Loi du marché… chacun des films de Stéphane Brizé nous est un moment précieux qui vient raviver le désir de ce cinéma rare et sensible habité de personnages fragiles et attachants, qui forment d'un film à l'autre une sorte de chaîne continue d'une humanité a priori banale et pourtant sublime… Il faudra qu'un jour on vous en propose une rétrospective, car il y a un vrai bonheur à se plonger dans la cohérence de l'univers de Brizé qui, d'une histoire à l'autre, construit une vision particulière, gratifiante et subtile du cinéma et de la vie… et puis, tiens, on pourrait même l'inviter pour l'occasion… à noter qu'on a une tendresse toute particulière pour ceux concoctés avec Florence Vignon, co-scénariste pour Une vie, dont le point de départ est évidemment le roman éponyme de Guy de Maupassant. Adaptation libre qui s'éloigne de l'œuvre initiale pour mieux en traduire l'essence même. Superbe... lire la suite
Cotignac : 26 Decembre 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Sully
Réalisé par Clint EASTWOOD
USA 2016 1h36mn VOSTF
avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney, Anna Gunn... Scénario de Todd Komarnicki, d’après le livre de Chesley Sullenberger et Jeffrey Zaslow...

 

Qui se souvient du « miracle de l’Hudson » ? De ce côté de l’Atlantique, pas grand monde. Pourtant aux États-Unis en 2009, quand un A320 de l’US Airways réussit un amerrissage en catastrophe sur le fleuve Hudson, l’exploit des pilotes prend rapidement une dimension psychologique inattendue sur un peuple encore traumatisé par les attentats du 11 Septembre et se remettant à peine du choc de la crise financière de 2008.
Qui se souvient de Chesley Sullenberger dit Sully, le commandant de bord de l’avion qui, en 208 secondes, a décidé de la vie de cent cinquante quatre personnes en prenant la décision de se poser sur le fleuve plutôt que de retourner atterrir sur l’aéroport de La Guardia tout proche ? Chez nous pas grand monde, bien que Sully fut immédiatement porté aux nues et élevé au rang de héros de la nation par l’opinion publique et les médias ? À part Michael qui suis les dépêches AFP et qui compare ensuite leur reprise par les grands médias et leurs différents traitements selon l’obédience des dits organes, pas grand monde. Ce que l’on sait encore moins c’est que les assurances des compagnies aériennes et les autorités aéronautiques ont auditionné à charge les deux pilotes, remettant en cause leurs décisions et menaçant ainsi leur carrière et leur réputation.

C’est cette histoire que Eastwood se propose de nous raconter, et en vieux briscard d’Hollywood, il mêle habilement film catastrophe et portrait intime d’un homme ordinaire, devenu héros d’une Amérique en mal de figure positive. Qui mieux que Tom Hanks – avec ses cheveux et sa moustache blanchis, il fait immanquablement penser à Paul Newman – pour incarner cet homme intègre et droit ? Il confère à ce personnage en proie aux doutes la fragilité ainsi que la force de caractère qui siéent à un pilote de ligne en fin de carrière.
Ce qui est en jeu dans ce récit, c’est aussi les rapports de plus en plus déshumanisés qui régissent la vie de nombre d’entreprises. C’est la place faite aux machines, aux ordinateurs au détriment de l’humain. Ce que l’on reproche à Sully, c’est de ne pas avoir suivi la procédure et d’avoir perdu un avion. S’il avait fait ce que les simulateurs de vols ont prouvé par la suite, il aurait dû se poser sur une des nombreuses pistes des aéroports voisins et ainsi ne pas mettre en danger la vie de ses passagers ni celle des habitants de Manhattan. Mais les simulateurs calculent à posteriori, et ne prennent pas de décisions dans l’urgence…

Tout n’est pas parfait dans ce film, bien sûr, on peut reprocher à Eastwood son côté américano-américain, et le fait que son cinéma s’adresse en premier lieu à ses concitoyens. Il n’en reste pas moins un des plus grands réalisateurs encore en exercice à Hollywood. Après le controversé American sniper, et alors qu’il s’apprête à réaliser un nouveau biopic, celui d’une humanitaire libérée d’une prise d’otage, il dresse le portrait d’une Amérique en perpétuel choc post-traumatique. Ainsi les cauchemars qu’il met en scène et qui accablent son héros sont autant de métaphores de ce que ses compatriotes vivent depuis le 11 Septembre et l’entrée en guerre tout azimut de l’époque. Avec Sully il réussi à faire un feel good movie sur le canevas d’un film catastrophe. Ce qui touche aussi c'est de ressentir à quel point les habitants de New York n’en reviennent pas de pouvoir enfin fêter une bonne nouvelle et à quel point ils en ont besoin. Comme nous tous finalement. (Utopia)


CGR (Draguignan) : Tous les jours à 22h15

 

Baccalauréat
Écrit et réalisé par Cristian MUNGIU
Roumanie 2016 2h08mn VOSTF
avec Adrian Titieni, Maria Dragus, Lia Bugnar, Malina Manovici...
Festival de Cannes 2016 : Prix de la Mise en scène

Après 4 mois, 3 semaines, 2 jours et Au-delà des collines, voici le nouveau et magnifique film de Christian Mungiu, cinéaste phare de cette vague roumaine de plus en plus passionnante…
Tout commence devant un immeuble bas sur pattes et grisâtre comme la monotonie d’une vie. Une de ces bâtisse qui se serait dressées à la chaîne partout dans les années 80, que l’on pourrait croire en France si on ne se savait dans une petite ville de Transylvanie. Derrière la fenêtre, une femme affaiblie, la mère, qu’on devine plus qu’on ne la voit, usée avant l’âge… On découvre ensuite son mari, Roméo (interprété par un acteur exceptionnel : Adrian Titieni), un homme mûr, empâté, qui résiste avec peine au poids des années. La charpente lourde d’avoir trop ou mal mangé et bu, un sourire las qui ne parvient pas à égayer un regard qui sans doute en a trop vu. Si le bonhomme a le tour de taille d’un notable, on peine à croire qu’il en ait le niveau de vie. Rien dans l’appartement modeste aux tons pastels, comme délavés par l’usure des habitudes, ne laisse présager que Roméo Aldea est médecin. On le comprendra plus tard, quand il arrivera à l’hôpital dans lequel il travaille, après une brève escapade dans les bras d’une amante peu enthousiaste, vivant dans un autre immeuble gris et court sur pattes. Murs et hommes sont comme uniformisés dans cette société post Ceausescu.

Un seul être, pourtant, redonne un brin d’espoir à Roméo. C’est Eliza, sa fille unique, fleur inattendue poussée sur l’asphalte de la routine, brise de fraîcheur qui vient apporter un peu d’air au marcheur exténué. Cette nymphette à la longue chevelure blonde et sage, il la protège, l’éduque, la prépare à affronter le monde. Exigeant qu’elle soit irréprochable, à l’image de ce que devrait être la société, à l’image de ce qu’il dit être lui-même. D’une voix patiente, retenue, susurrée… Construisant autour d’elle une ambiance feutrée, un écrin de tendresse pour protéger ce trésor. Retenant ses mots, ses humeurs, son souffle, il lui martèle doucement de beaux principes : l’honnêteté, la droiture, l’excellence. Il essaie de l’arrimer à une destinée prometteuse, plus prometteuse en tout cas qu’un avenir en Roumanie. Et il pense être au bout de ses peines lorsqu’arrive enfin la réponse favorable d’une prestigieuse université anglaise. Il voit déjà Eliza en route vers un pays plus libre, moins corrompu, où l’avenir n’est pas encore fermé à double tour. Il ne reste plus qu’une étape à franchir, presque une formalité pour cette brillante élève : réussir son baccalauréat avec une moyenne de 18 sur 20.
Ce matin-là, Eliza est prête à partir au lycée… Tout est normal, sa mère qui peine à émerger, son père dans son rôle de mâle raisonnable (même s’il a dormi sur le canapé…). Puis il y a cette pierre qui fracasse la vitre du salon, dont on peut se dire qu’elle est l’annonciatrice d’une vie brisée. Menace sous-jacente qu’on a du mal à interpréter, d’autant qu’on ne verra jamais la main coupable, pas plus qu’on ne comprendra ses motifs. Le ton est donné : inquiétant et grave. Ce n’est que le début d’une chute inexorable où tout peut et va se déglinguer, éloignant chacun de la voie qu’il pensait s’être tracée. Les apparences commencent à se lézarder et d’autres vérités pas toujours bonnes à entendre commencent à pointer leur nez.
L’écriture de Christian Mungiu nous tient par les tripes, nous dérange. Il ne nous laisse pas plus le choix qu’à ses protagonistes, il nous happe et nous entraîne dans un tourbillon intense dont on se demande sans cesse s’il va nous relâcher. Il procède à l’analyse fine d’une relation éducative tout en disséquant, sans la moindre concession, une société roumaine distordue par les trafics d’influence, les compromissions, où tout chez l’humain, de l’âme à la chair, se négocie dans la plus totale amoralité.
Plus « classique », plus retenu que 4 mois, 3 semaines, 2 jours ou Au-delà des collines, Baccalauréat est sans doute le plus grand film de Cristian Mungiu, le plus accompli, le plus riche et in fine le plus intense. Il confirme le réalisateur roumain comme un des plus importants du cinéma international actuel.

Le Vox (Fréjus) : jeudi 22 et mardi 27 à 18h15 et lundi 26 à 15h40

Manchester by the sea
Ecrit et réalisé par Kenneth LONERGAN
USA 2016 2h16mn VOSTF
avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges, Gretchen Mol, CJ Wilson...

C’est bien depuis la mer qu’il faut découvrir Manchester by-the-Sea, Massachusetts, petite ville côtière des Etats-Unis repérable sur la carte à quelques centimètres de Boston. Depuis la mer, tout paraît calme et serein : les bateaux de pêche vont et viennent, les résidences plantées au bord de l’eau semblent couler des jours indéfiniment paisibles, même les bâtisses industrielles du port, couleur rouge brique, semblent s’intégrer avec élégance au paysage. Depuis la mer, Manchester by-the-Sea est une ville où il fait bon vivre, une ville où l’on naît et où l’on meurt, sans l’once d’un regret de n’en être jamais parti, sans avoir eu l’envie ni le goût d’un ailleurs tant la vie ici semble belle et simple. Depuis la mer, la vue d’ensemble décrit des courbes et des couleurs en parfaite harmonie avec les hommes… mais depuis la mer, les hommes, on les distingue à peine, silhouettes frêles en mouvement dont on ne soupçonne pas les visages, dont on n’imagine pas les fêlures, dont on ne voit ni les sourires ni les larmes.

Lee Chandler a quitté Manchester by-the-Sea, la ville de son enfance, là où il aurait dû vivre heureux et puis vieillir. Il a quitté ses amis, sa famille, son frère, son neveu pour s’installer dans une métropole dont on comprend vite qu’elle lui apporte les deux seules choses qu'il semble désormais désirer : l’anonymat et un boulot alimentaire, en l’occurrence concierge à tout faire. Pendant qu’il répare les toilettes, vide les poubelles, déneige les allées, visse ou repeint, Lee n’a pas trop le temps de penser aux raisons qu’ils l’ont poussé à partir loin de Manchester. On imagine assez vite, par son regard perdu dans le vide d’une profonde solitude, par son air détaché de tout et de tous, que Lee a vécu un drame. Un drame dont on ne revient pas vivant. On peut dire que Lee est un homme déjà mort, en sursis forcé en attendant l’ultime délivrance.
Mais Lee va devoir revenir à Manchester, retrouver ce qu’il reste de sa famille, retrouver le clapotis de l’eau sur la coque increvable du bateau de pêche de son frère, retrouver les embruns marins et la saveur amère du bonheur disparu. Il va aussi faire la connaissance d’un jeune garçon qu’il avait laissé enfant : Patrick, son neveu.

Manchester by the sea, c’est une tragédie grecque portée par une chanson de Dylan, c’est l’Amérique laborieuse qui vit au rythme des saisons, des naissances et des enterrements, c’est aussi le portrait d’une famille morcelée par les drames et celui d’une communauté humaine simple et bienveillante. Mais plus que tout, c’est le portrait touchant de Lee, admirable Casey Affleck, un homme qui n’aura d’autre choix que celui de vivre. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 21, jeudi 22 et mardi 27 à 17h50, vendredi 23 à 20h30, dimanche 25 à 20h et lundi 26 à 14h


Personal Shopper

 

Afficher l'image d'origineÉcrit et réalisé par Olivier ASSAYAS
France 2016 1h45mn VOSTF
avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz, Anders Danielsen Lie, Nora Von Waldstätten...
FESTIVAL DE CANNES 2016 : PRIX (PAS VOLÉ !) DE LA MISE EN SCÈNE (ex-aequo avec Baccalauréat qui ne l'a pas volé non plus !) 

Pendant ses deux années d'exil sur l'île de Jersey, Victor Hugo faisait tourner les tables et parler les esprits dans son immense maison perdue au creux d'une sombre vallée où s'engouffraient les tempêtes… Il a transcrit plusieurs cahiers de ses conversations avec des entités invisibles, convaincu jusqu'à son dernier souffle que les âmes continuent d'exister dans un éther qui enveloppe les vivants et parfois acceptent de se manifester pour peu qu'on les sollicite…
Maureen est une jeune américaine au physique résolument moderne qui, depuis Paris, a en charge la garde-robe d'une célébrité. Un boulot dont elle s'acquitte avec précision, rapidité, exactitude : courir d'un grand couturier à l'autre, d'un créateur de bijoux à l'autre… se procurer pour chacune des apparitions publiques de l'impitoyable Kyra, sa patronne, des modèles qu'elle ne portera qu'une seule fois, les déposer à l'heure dite dans la penderie d'un appartement désert, recevant ses ordres sur son smartphone sans qu'il y ait d'échange vraiment humain, contrôlant sur internet le résultat de ses choix. Pendant que l'une s'expose aux caméras, l'autre œuvre dans l'ombre pour la prochaine prestation de celle qui la commande, glissant comme un fantôme, un double ignoré et invisible de la vedette dont elle a la taille, la pointure… Drôle de boulot, drôle de monde qui semble ne pas concerner vraiment cette Maureen un peu étrange, plutôt solitaire mais qui sous son aspect lisse semble troublée par des mystères qui l'aspirent.

Lorsque le film commence, son amie la dépose devant la maison isolée où vivait Lewis, son jumeau récemment disparu. Que cherche-t-elle, qu'espère-t-elle en s'installant dans les pièces vides avec l'intention d'y passer quelques nuits ? Ils en parlaient souvent ensemble, elle se savait médium comme lui. Lewis croyait à l'âme, elle n'y croyait pas et ils s'étaient promis que le premier disparu se manifesterait pour faire savoir à l'autre s'il reste quelque chose de nous après le dernier souffle : le parquet grince, une fenêtre bat, une forme la frôle… Maureen n'a pas peur des fantômes, et celui-là elle l'espère, elle l'attend, il ne peut être que bienveillance et rien ne peut inquiéter celle qui souhaite un signe de cette moitié d'elle-même dont la disparition brutale l'a laissée comme coupée en deux.
Il y a un décalage immense entre cette attente et le monde dans lequel elle travaille, celui terriblement matérialiste de la mode, du paraître, du papier glacé, des visages sans rides, des corps standardisés, du luxe mondialisé. Dans le train pour Londres, lui parviennent alors des textos anonymes, qui lui donnent l'impression que quelqu'un la suit en permanence et même la précède… Un dialogue étrange s'installe. Ces manifestations viennent-elles d'un monde parallèle, sont-elles une émanation de son propre esprit, ou d'un personnage bien vivant et un peu malsain ?… D'ailleurs ce monde où elle évolue, est il bien réel ? N'est-elle pas déjà une forme de fantôme qui ne cesse de se faufiler dans l'univers vain de vivants vidés de leur substance profonde… Existe-t-il dans les limbes une âme en souffrance qui tente de se rapprocher de Maureen, ou les fugaces apparitions qui la hante ne sont-elles que l'expression de l'absurdité d'une vie en quête de sens…

« … Je veux le ciel et la terre me veut ; les étoiles me tirent par les cheveux et les clous du cercueil me tiennent par les pieds. Les ténèbres me crient : à bas ! Et les soleils me disent : debout !… Les âmes ont leurs lois comme les astres… il y a les âmes fixes, il y a les âmes vagabondes, il y a les nébuleuses d'âme… » Extraits du Livre des tables de Victor Hugo… (Utopia)

 

Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 à 15h45 et 20h30, jeudi 22 et mardi 27 à 14h et 20h45, vendredi 23 à 14h et 18h20, samedi 24 à 14h et 18h10, dimanche 25 à 15h30 et 17h45, lundi 26 à 17h20 et 20h30


Cigarettes et chocolat chaud

 

Réalisé par Sophie REINE
France 2016 1h38mn
avec Gustave Kervern, Camille Cottin, Héloïse Dugas, Fanie Zanini...
Scénario de Sophie Reine et Gladys Marciano

Un premier film sympa comme tout, bien rythmé et drolatique. À voir en famille (mais pas obligé !). On imagine dès le titre les volutes de fumée des adultes s'entremêlant aux parfums chocolatés de l'enfance. Petites joies simples et sensuelles auxquelles on revient toujours en grandissant. Pélerinage discret vers les instants douillets de l'âge tendre et son goût contrasté d'insouciance et d'interdits. Petits, on prend conscience du monde et de ses contradictions, surtout celles des grands qui semblent prendre un malin plaisir à faire ce qu'ils nous interdisent. Comme les cigarettes : il n'est pas plus convenable de fumer devant des gosses que de les accompagner en retard à l'école ou de les y oublier. Le genre de choses que fait perpétuellement Denis Patar. Une conduite qui pourrait le faire passer pour un père indigne et pourtant ! Dans l'intimité de sa famille, ce gros ours nonchalant aux manières un peu spéciales (parfaitement incarné par Gustave Kervern !) est surtout un véritable papa poule. Il suffit de regarder la manière dont s'épanouissent ses deux filles, joyeuses, sans complexes, pour en être assuré. Peut-être n'ont-elles pas les codes traditionnels ? Pourtant elles semblent pouvoir s'adapter à tout. Jamais en difficulté face à leurs interlocuteurs qu'elles prennent un malin plaisir à désarçonner grâce à leur sens de la répartie. Même les flics ! Ben oui ! C'est chez eux que la cadette de neuf ans (prénommée Mercredi, la pauvre !) atterrit régulièrement dès que son paternel oublie un peu trop les horaires. Elle les tutoie, les amadoue, les appelle par leur petit nom, va jusqu'à les taquiner sans qu'ils fassent mine de broncher. Mais cette fois-là : rien n'y fait… Quand Denis arrive au commissariat, un signalement a été fait auprès des services sociaux. Autant dire : le début des emmerdements.

Les services en question sont incarnés par une jeune femme lisse et formatée par sa fonction d'assistante sociale. Lorsqu'elle vient auditionner la famille Patar, Séverine, avec son œil inquisiteur de professionnelle, a tôt fait de noter le moindre détail qui cloche. Le branlebas de combat, la vague de rangement provoquée par l'annonce de sa venue n'a pas suffi à planquer tout ce qui traînait. Quant à l'audition des sœurettes : c'est la catastrophe ! Entre Mercredi qui lui raconte qu'elle peut rester au lit même s'il y a un contrôle en classe et Janine son aînée qui explique comment son père gruge la cantine, la demoiselle est servie ! C'est bien parce que les frangines se montrent ravies et enthousiasmées par les méthodes éducatives de leur paternel que Séverine ne les place pas illico presto en famille d'accueil, se contentant d'imposer à Denis un « stage de parentalité » (ça existe vraiment !) pour redresser la barre… Et c'est pas gagné quand on se trouve face à quelqu'un qui assume un mode d'éducation hors système, libertaire, et qui prône la rébellion. Mais Denis est tellement touchant quand il déclare vouloir protéger à tout prix ses enfants d’un monde « où les mamans et les cochons d’Inde meurent sans prévenir »…

C'est donc sur le ton de la comédie enlevée, enjouée et tendre que Sophie Reine fait ses débuts derrière la caméra, mais pas dans le monde du cinéma puisqu'elle a fait ses classes sur les bancs de montage. C'est sans doute pour cette raison qu'elle maîtrise aussi bien du premier coup la réalisation et réussit à nous emporter dans son univers si particulier, illuminé par des lucioles… (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 à 14h et 18h20, jeudi 22 et mardi 27 à 14h et 16h10, vendredi 23 à 14h, 16h10 et 20h45, samedi 24 à 14h et 16h05, dimanche 25 à 15h30 et 20h, lundi 26 à 14h et 18h30
Lorgues : lundi 26 à 19h

 


Souvenir
Réalisé par Bavo DEFURNE
Belgique 2016 1h30mn
avec Isabelle Huppert, Kévin Azaïs, Johan Leysen, Carlo Ferrante... Scénario de Jacques Boon, Bavo Defurne et Yves Verbraeken. Musique de Pink Martini...

Incroyable, insaisissable, incernable Isabelle Huppert ! Souvenir la met en scène en Liliane, ouvrière dans une usine de pâté, autrefois connue comme Laura, chanteuse à succès dont la disparition brutale de la scène est encore dans les esprits. Elle qui a connu la gloire et les paillettes vit aujourd’hui incognito dans un monde aseptisé et volontairement dénué d’émotions, au rythme languissant d'une vie quotidienne ennuyeuse qu’elle noie dans l’alcool. Elle a payé cher sa déchéance. Le bruit que font les bocaux de pâté qui se cognent entre eux, les aiguilles de l’horloge de l’usine ou les glaçons jetés dans le verre de whisky sont désormais le seul univers musical de Liliane qui n'est plus Laura.

Le film va raconter sa rencontre fortuite avec Jean (Kevin Azaïs), élevé par son père dans le culte de la chanteuse. Les deux sont évidemment aussi différents qu'on peut l'imaginer, et à tous les points de vue, mais ils vont s’apprivoiser, se faire confiance, se faire du bien, s’aimer. Le retour à la vie pour l’une, et l’accès au monde adulte pour l’autre. L’une rajeunira quand l’autre mûrira.
L’émotion dans Souvenir est évidemment présente, mais elle se fait discrète, subtile, sans drame. Le réalisateur Bavo Defurne dépeint très bien la jubilation ressentie par Laura, qui renaît par la chanson : la transformation grâce à la musique se fait par petites touches, la joie transparait dans les traits de son visage et son corps se trouve soudain libéré de ses carcans. Voir et écouter Isabelle Huppert chanter en robe de soirée dans une kermesse cycliste un après-midi vaut le détour.
Bavo Defurne observe ses personnages avec bienveillance, sans jugement ni moquerie. Le rire qu’il provoque n’est jamais pathétique. L’attitude de Jean, confronté au monde des apparences du showbizz, prête parfois à sourire mais jamais sa sincérité. Grâce à son humanité, il réalisera d’une certaine manière le fantasme de son père et permettra aussi à sa mère de se réconcilier avec une jalousie d’un autre temps.

C'est un conte – et comme à tous les contes, on n'est pas obligé d'y croire dur comme fer – un conte attachant et délicat dont la chanson Joli garçon trottine joliment dans la tête. (Sylvie-Noëlle, leblogducinema.com)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 et jeudi 22 à 14h, 15h55 et 20h30, vendredi 23 à 14h, 16h10 et 18h15, samedi 24 à 14h et 18h15, dimanche 25 à à 15h30 et 18h, lundi 26 à 16h40 et 20h30, mardi 27 à 14h, 15h55 et 20h30

 

Paterson

Écrit et réalisé par Jim JARMUSCH
USA 2016 1h58mn VOSTF
avec Adam Driver, Golshifteh Farahani, Barry Shabaka Henley, Kara Hayward, Trevor Parham, Masatoshi Nagase...

La bande son a beau être d’une sobriété surprenante pour un film de Jim Jarmusch, Paterson est un film infiniment musical, peut-être un des plus musicaux du cinéaste New-Yorkais. Une partition délicate et drôle composée sur le fil d’une semaine ordinaire dans la vie paisible d’un chauffeur de bus, amoureux en couple et poète à ses heures. Sept jours découpés avec une précision métronomique dans la routine d’une ville moyenne du New Jersey, au cours desquels Jim Jarmusch nous initie à la sublimation du quotidien par la richesse des relations coutumières, par l’attention aux détails cachés sous les habitudes, par la poésie comme art de vivre et saisie dans tout ce qui nous entoure. Ces sept jours sont les sept mesures d’un grand cinéaste idéaliste qui recrée un monde lavé de sa noirceur par la bienveillance et l’énergie créatrice de tout un chacun. Avec Paterson, Jarmusch réussit un splendide film en mode mineur, parfaitement anti-dramatique puisqu’il ne s’y passe (presque) rien d’extraordinaire mais qui, par l’épure proche d’un haïku, parvient à toucher à l’essentiel.

Paterson, c’est le nom de famille du personnage principal qui se lève tous les matins à 6h15 pour avaler son bol de céréales et rejoindre à pied le dépôt de bus duquel il part faire sa tournée. Curiosité des choses, Paterson c’est aussi le nom de la ville du New Jersey où Paterson fait sa tournée pour transporter les habitants qu’il écoute souvent bavarder d’une oreille indiscrète. Paterson enfin, c’est le titre d’un recueil de poèmes que Paterson (le chauffeur) affectionne particulièrement, écrit par William Carlos Williams (1883-1963) sur Paterson (la ville) dans laquelle il habitait naguère lui aussi. Jarmusch a toujours eu un goût pour ces bizarreries : le film n'a pas encore commencé qu'il repose déjà sur un enchevêtrement de sens à explorer. Sauf que contrairement à la plupart des films du cinéaste, Paterson reste sur place, circonscrit à une localité et à quelques lieux récurrents. Et pour cause, notre chauffeur de bus est un type à la vie bien rodée. Il partage avec sa petite amie Laura et leur bouledogue Marvin une harmonie domestique très ritualisée. Laura est aussi excentrique et naïve que Paterson est taiseux et contemplatif. Tous les soirs, il découvre avec circonspection la nouvelle trouvaille créative de sa bien-aimée, sous le regard inébranlable de Marvin, prolongement flegmatique et comique du couple. Tous les menus épisodes de cette vie sont pour Paterson une grande source d'inspiration. Il les consigne dans un petit carnet qu'il transporte partout en une prose ciselée et concrète : évocation des petits bonheurs familiers, de son amour pour Laura, de bribes de conversations glanées au cours de la journée ou de pensées vagabondes surgies au cours de ses trajets. Une poésie d'autant plus touchante qu'elle est modeste et simple (Paterson n'entend pas la publier, contrairement à Laura), témoignage d'un rapport au monde sain et complet.

En attendant que le week-end déjoue subtilement la routine, la répétition stricte du schéma journalier de Paterson est ponctuée de ce que Jim Jarmusch fait le mieux et qui donne au film tout son charme : rencontres aussi improbables que savoureuses, micro-événements comico-burlesques et divagations oniriques intériorisées. En un instant, la mise en scène parvient à transcender l’ordinaire en dénichant dans le commun du réel les manifestations poétiques les plus inattendues, parfois aux frontières du fantastique. Jim Jarmusch joue avec les apparences, multipliant les rimes visuelles et détournant avec amusement les règles consacrées (Paterson attachant Marvin tous les soirs devant son bar préféré comme un cheval devant un saloon). Ce n'est pas pour rien que Jarmusch place son film sous la référence à William Carlos Williams, ce poète américain qui rompit avec la tradition littéraire en utilisant un vocabulaire populaire, débarrassé de toute affèterie, dans le but d'évoquer le monde au plus proche de ce qu'il est. Dans sa foulée, Jim Jarmusch s'en tient à une vision prosaïque du monde et des affects, prouvant ainsi que le cinéma n’a nul besoin d’emphase pour être exaltant. Tant que les sentiments sont purs, ils suffisent à être bouleversants.


Le Vox (Fréjus) mercredi 21 à 16h, 18h et 20h30, jedui 22 et mardi 27 à 16h, 18h20 et 20h40, vendredi 23 à 15h55, 18h10 et 20h45, samedi 24 à 15h55 et 18h, dimanche 25 à 17h30 et lundi 26 à 16h et 20h30

Une vie
Afficher l'image d'origineRéalisé par Stéphane BRIZÉ
France 2016 1h59mn
avec Judith Chemla, Jean Pierre Darroussin, Yolande Moreau, Swann Arlaud, Nina Meurisse, Olivier Perrier, Clotilde Hesme...
Scénario de Stéphane Brizé et Florence Vignon, d'après le roman de Guy de Maupassant

Le Bleu des villes, Je ne suis pas là pour être aimé, Mademoiselle Chambon, Quelques heures de printemps, La Loi du marché… chacun des films de Stéphane Brizé nous est un moment précieux qui vient raviver le désir de ce cinéma rare et sensible habité de personnages fragiles et attachants, qui forment d'un film à l'autre une sorte de chaîne continue d'une humanité a priori banale et pourtant sublime… Il faudra qu'un jour on vous en propose une rétrospective, car il y a un vrai bonheur à se plonger dans la cohérence de l'univers de Brizé qui, d'une histoire à l'autre, construit une vision particulière, gratifiante et subtile du cinéma et de la vie… et puis, tiens, on pourrait même l'inviter pour l'occasion… à noter qu'on a une tendresse toute particulière pour ceux concoctés avec Florence Vignon, co-scénariste pour Une vie, dont le point de départ est évidemment le roman éponyme de Guy de Maupassant. Adaptation libre qui s'éloigne de l'œuvre initiale pour mieux en traduire l'essence même. Superbe.

Jeanne (Judith Chemla, splendide) est ce que l'on appelle une belle personne, une belle âme. Non seulement elle a une grâce, une élégance innées, mais la bienveillance du regard qu'elle pose sur la nature, les autres, la vie semble la prédisposer au bonheur. Nous sommes en 1819 lorsqu'elle sort du couvent où elle a reçu une éducation qui l'a ouverte aux arts, à la nature et rentre chez elle pour retrouver des parents aimants : un père passionné par le jardinage dans un rapport à la terre qu'elle partage, une mère dont on découvrira plus tard qu'elle cultivait une nostalgie secrète pour un amour inavoué. Tout n'est ici que beauté, calme et volupté et la caméra d'Antoine Héberlé capte les frémissements de la lumière en concordance parfaite avec la réceptivité des personnages à la beauté des paysages qui les entourent. On sent le temps qui passe, ponctué par les changements des saisons, le rythme des jours…
Cette tendresse sans contraintes qui baigne la vie de Jeanne se traduit dans le choix de son futur époux : à l'époque où on ne demandait guère leur avis aux filles, ses parents lui conseillent d'écouter d'abord son cœur. Mais que peut savoir un cœur si neuf qui n'a connu que ce que la vie a de plus doux, préservé à l'excès de toute trahison ou mensonge ?
Julien de Lamare est d'ailleurs plutôt joli garçon, il plait aussi aux parents de Jeanne qui lui lèguent pour son mariage un coquet château. La jeune épouse quitte donc la maison familiale et s'y installe avec son légitime époux. Les premiers moments sont heureux, mais l'idylle prend vite du plomb dans l'aile quand elle fait l'expérience de la pingrerie d'un homme égoïste, qui s'avère de plus infidèle et abuse de sa servante qu'il ne tarde pas à engrosser, malgré elle, mettant fin ainsi à la longue et forte amitié qui la liait à Jeanne.
Jeanne est incitée au pardon par le curé du coin, et la vie du couple continue malgré la tromperie et la dédain de Julien, mais les moments de réconciliation ne dureront guère, jusqu'à ce qu'une nouvelle idylle avec une voisine mariée trop belle et imprudente soit la cause d'un basculement du destin de Jeanne…

C'est l'histoire d'une vie. Celle d'une femme trop préservée et dont les illusions s'effritent peu à peu et qui va, malgré tout, s'inventer une nouvelle force pour entrevoir à nouveau, sinon le bonheur, au moins le côté lumineux de la vie…(Critique Utopia)


Cotignac : 26 Decembre 20h30


Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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