Au(x) cinéma(s) du 21 au 27 juin

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Bonjour à tous !

Cette semaine, au ciné-club de CGR, c'est encore Les Fantômes d'Ismaël de Arnaud Despleschin, un film à tiroirs, subtil assemblage de morceaux de vies éclatées (que vous pouvez aussi voir à Fréjus).

Pour ce début d'été, et pour terminer cette année en beauté, nous vous rappelons qu'Entretoiles  vous propose  une soirée à 2 films sur le thème "Films d'Asie",  avec Adieu Mandalay de Midi Z, un film qui nous émeut et nous captive et Tunnel de Kim Seong-hun,un vrai divertissement spectaculaire et loin d'être idiot,  avec l'apéritif Entretoiles entre les deux bien sûr,  le dimanche 2 juillet (et non le 25 juin comme annoncé auparavant).
Par ailleurs dans la programmation ordinaire de CGR, vous pouvez profiter de Marie-Francine de Valérie Lemercier, un joli film dans l'air du temps, touchant et juste. Et aussi de Ce qui nous lie de Cédric Klapisch, un véritable conte initiatique... et enfin Patients de Grand Corps Malade, avec 4 horaires curieux, mais c'est un film sur le handicap qui mérite son succès !

À Lorgues, allez voir Une Famille heureuse de Nana et Simon, un beau film intelligent et délicat., L'Amant Double de François Ozon, un film résolument contemporain et thriller érotique (et aussi au Vox, à Salernes et au Luc) et Après la tempête de Kore Eda et à Salernes, Rodin de Jacques Doillon, troublant voyage dans le temps

Au Vox à Fréjus, allez voir Ava de Léa Mysius qui a eu le prix de la semaine de la critique au Festival de Cannes cette année, K.O. de Fabrice Gobert, un film noir bien ficelé, Nothingwood de Sonia Kronland, un magnifique documentaire franco-afghan, Churchill de Jonathan Telittzky, qui nous éclaire sur un destin hors du commun,
Au CGR, la semaine prochaine en ciné-club, vous pourrez voir :  Après la tempête de Kore Eda., puis GloryAuroreRodin et L'Amant Double.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 21 AU 27 JUIN 2017

 

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Les Fantômes d’Ismaël
Réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2017 1h50mn
avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Laszlo Szabo, Hippolyte Girardot...
Scénario d'Arnaud Desplechin, Julie Peyr et Léa Mysius. Festival de Cannes 2017 : Film d'ouverture
Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël bien des références, des chassés-croisés, de simples clins-d’œil ou des échos plus intimes à la filmographie d’Arnaud Desplechin, et plus largement au cinéma qu’il affectionne, qui le nourrit, qu’il admire. Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël un hommage à peine dissimulé aux héroïnes hitchcockiennes, en particulier celles de Vertigo (le personnage interprété par Marion Cotillard se prénomme Carlotta…) ou de Rebecca : femmes à la beauté excessive et sauvage ou à la grâce plus froide et discrète dont les âmes sont traversées par la passion amoureuse, les fantômes du passé ou l’éternelle question de l’identité... lire la suite
CGR (Draguignan) :  mercredi 21 20h, jeudi 22 à 18h, vendredi 23 à 13h45 et samedi 24 à 10h50
Le Vox (Fréjus) : vendredi 23 à 15h et dimanche 25 à 16h
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Ce qui nous lie
Écrit et réalisé par Cédric KLAPISCH
France 2016 1h53mn
avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil, Jean-Marc Roulot...
Scénario de Cédric Klapisch et Santiago Amigorena
Ce qui nous lie, c'est une histoire de terroir, de racines qu'on ne peut jamais complètement ignorer, jamais complètement oublier. Tout démarre par le retour de Jean, après dix ans de silence, de rupture. Rupture avec sa famille, avec l'entreprise familiale, mais surtout avec un père rigoureux, sévère, omnipotent, issu d'une longue lignée de viticulteurs à la dent dure. Pourtant, lorsque Jean apprend que ce dernier n'a plus que peu de temps à vivre, le voilà qui réapparait, sourire hésitant aux lèvres, baluchon sur le dos, au bout de la route qui serpente au milieu des vignes. On a beau faire, on a beau partir loin, vous rattrapent un jour, tel un boomerang, les saveurs aigre-douces de l'enfance, ses égratignures. C'est la générosité d'un plat qui vous remémore ceux de grand-mère. C'est un peu de sang dans la bouche qui vous rappelle quelques inénarrables chahuts entre frangins. Ce sont les couleurs de l'automne sur les feuilles de vigne qui vous parlent des vendanges passées, ou le fumet d'un vin qui vous replonge vers les chais des ancêtres... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 21 à 15h50, 18h, 20h15, jeudi 22, dimanche 25 et lundi 26 à 11h, 13h30, 15h50, 18h et 20h15, vendredi 23 à 11h, 13h30, 18h, 20h15, samedi 24 à 13h30, 18h, 20h15, mardi 27 à 11h, 13h30, 15h50 et 18h
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Adieu Mandalay
Écrit et réalisé par Midi Z
Taïwan/Birmanie 2016 1h48mn VOSTF
avec Kai Ko, Wu Ke-Xi...
Notre ethnocentrisme naturel nous pousse naturellement à voir la crise migratoire tant médiatisée sous l'angle unique d'un Occident qui serait assailli par des hordes de milliers voire de millions de femmes et d'hommes venus des pays du Sud et de l'Est. L'occidental a tendance à oublier sur le sujet deux petites choses : que les hommes, de tous temps et depuis le début des grandes civilisations, ont migré au gré des guerres, des conquêtes, des catastrophes climatiques, économiques ou des crises géopolitiques. Et surtout que ce ne fut et que ce n'est pas le triste privilège du monde occidental.
Grâce soit rendue au remarquable film du jeune cinéaste d'origine birmane Midi Z de remettre les pendules à l'heure sur le sujet (même s'il doit, à juste titre, se ficher complètement du nombril des occidentaux). Car dans Adieu Mandalay, il est question d'une immigration fort peu connue de nous, celle des Birmans qui vont chercher sinon fortune du moins un sort meilleur pour leur famille dans la Thaïlande voisine. Une émigration de proximité qui amène évidemment son lot d'abus et de déni des droits humains, perpétrés par les passeurs d'abord, puis par tous les petits patrons qui profitent de la précarité des migrants...
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CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 18h (suivi de l'apéritif Entretoiles)
Affiche
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Tunnel
Écrit et réalisé par KIM Seong-hun
Corée du Sud 2016 2h07mn VOSTF
avec Ha Jung-woo, Bae Du-na, Oh Dal-su, Park Jin-woo, Joo Suk-tae...
D'après le livre de So Jae-won
Le titre ouvre clairement la voie, et le début du film s'y engouffre sans détours inutiles. En route pour retrouver sa famille – sa femme l'attend avec impatience pour fêter l'anniversaire de leur fille – Jeong-soo, vendeur de voiture convaincu et convaincant, est pris au piège dans un tunnel qui s’écroule. Sans perdre de temps avec l’habituelle introduction des personnages qui a tendance à éterniser la première partie de la plupart des films catastrophe, Tunnel empoigne son sujet alors que le générique vient tout juste de se terminer. L’impressionnante scène d’effondrement – effets spéciaux imparables – laisse place au drame survivaliste qui se développe et qui, à l’inverse de la plupart des autres œuvres s’inscrivant dans ce registre, explore son contenu à partir de l’incident et non l’inverse... lire la suite
CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 20h30
Cotignac : jeudi 22 à 20h30
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Marie-Francine
Réalisé par Valérie LEMERCIER
France 2017 1h35mn
avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès...
Scénario de Valérie Lemercier et Sabine Haudepin
Valérie Lemercier est épatante dans la peau de Marie-Francine, grande fille un peu lunaire, décalée et attachante, désespérément incapable d'avoir l'air d'avoir la maturité qui sied habituellement aux femmes de son âge. Le nez rivé à son microscope, à observer des microbes s'agiter, elle n'a pas vu filer le temps, prenant la vie comme elle venait sans compter les heures ni les ans, satisfaite de son petit bout de bonheur, sans désir d'un ailleurs… Mais il y a des jours où tout se met de traviole, les catastrophe s'enchaînent, tout se déglingue sans qu'on ait anticipé une seule seconde : ravie de voir son mari chéri venir la chercher au boulot, elle tombe sur ses jolies fesses quand il lui annonce qu'il prend la tangente pour une minette de 32 ans qu'elle n'avait même pas remarquée. Elle n'a pas encore séché la grosse larme qui lui brouille le microscope que, dans la foulée, son patron la vire sans ménagement !... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 21 à 16h et 18h, jeudi 22 à 11h, 14h, 20h10, vendredi 23 et mardi 27 à 11h, 16h, et 18h, samedi 24 et dimanche 25 à 16h, 18h et 20h10, lundi 26 à 11h, 14h, 16h, 18h
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Patients
Réalisé par GRAND CORPS MALADE et Medhi IDIR
France 2017 1h50mn
avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Franck Falise, Yannick Renier, Anne Benoit, Alban Ivanov, Dominique Blanc, Xavier Mathieu...
Scénario de Fadette Drouard et Grand Corps Malade, d’après son livre
Marcher, se lever, se laver, lacer ses chaussures, se faire cuire un œuf, lever son verre, monter les marches, serrer une main, se gratter le dos… et bien d’autres grandes ou petites choses plus ou moins avouables : on ne réalise pas au quotidien ces mille milliard de gestes que notre corps, cette géniale machine en mouvement perpétuel, est capable d’accomplir pour nous servir. Jusqu’au jour où la bécane se met à déconner, à partir de travers, à se mettre en grève générale ou partielle, la faute à la maladie, aux accidents, la faute au destin, la faute à pas de chance ou, pour Ben, la faute à la piscine. Si elle avait été un peu plus profonde, cette piscine, Ben aurait pu y nager tranquille au lieu de s’y fracasser… Résultat aussi violent que le choc : paralysé à 20 piges, horizontalité obligée, plus d’autonomie, plus de mouvement, plus qu’un lit et quatre murs comme unique ligne d’horizon... lire la suite
CGR (Draguignan) : dimanche 25, lundi 26 et mardi 27 à 9h et nuit de dimanche 25 à 00h45
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Après la tempête
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2016 2h VOSTF
avec Hiroshi Abe, Yoko Maki, Yoshizawa Taiyo, Kirin Kiki...
Après la tempête met en scène toute une galerie de personnages, mais dresse parmi eux le portrait d'un sublime perdant, tchekhovien en diable : Ryota, espoir déçu de la littérature dont l'immaturité crasse l'entraîne à végéter dans le métier parfois sordide de détective privé. Cette grande tige au regard doux (physique incroyable de l'acteur Hiroshi Abe) a hérité de son père une passion pour le jeu qui ne lui laisse jamais le moindre sou en poche. C'est à cause de ces excentricités, impropres à la vie de famille, que le bonhomme vit séparé de son fils Shingo, onze ans, et de sa femme Kyoko (Yoko Maki), qui depuis a rencontré un autre homme. Mais, un soir de typhon, tous les trois se retrouvent à devoir passer la nuit chez la mère de Ryota, qui nourrit le secret espoir de les voir réconciliés. Le film, fait de conversations, ne s'en tient pas à cette seule trame, mais la laisse infuser dans le flux d'une existence ordinaire – ici la préparation d'un repas, là le cours tranquille d'une promenade – au rythme faussement apaisé des heures creuses. Affleurent alors, au détour d'un mot drôle ou d'une situation cocasse, la douleur larvée, le désappointement, l'inexorable érosion des existences... lire la suite
Lorgues : jeudi 22 à 20h15, dimanche 25 à 21h10
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Une Famille heureuse
Réalisé par Nana EKVTIMISHVILI et Simon GROß
Géorgie 2016 1h59mn VOSTF
avec Ia Shugliashvili, Merab Ninidze, Berta Khapava, Tsisia Qumsishvili...
Scénario de Nana Ekvtimishvili
La première raison de voir ce film intelligent et délicat pourrait relever de l'exotisme, qui parfois a du bon : voir des images, prendre des nouvelles de la Géorgie, pays lointain et bien mystérieux pour la plupart d'entre nous... Quelques indices, telle la consommation abusive de jus de cerises – que l'on produit artisanalement et conserve dans d'énormes bocaux –, indiqueront aux connaisseurs que nous sommes au cœur du Caucase – les Turcs, les Azéris... sont également très friands de cerises. Les cinéphiles ne pourront s'empêcher de penser aux merveilleux films de Sergueï Paradjanov, qui évoquaient avec une poésie sublime, et un art achevé de la composition picturale, la beauté et la richesse culturelle du pays. Et puis il y a aussi le charme discret et désuet des reliquats des anciennes républiques soviétiques, notamment cette pratique de se serrer à plusieurs générations dans le même appartement, le libéralisme forcené et l'individualisme n'ayant pas encore totale- ment effacé les pratiques d'antan... lire la suite
Lorgues : samedi 24 à 20h10, lundi 26 à 19h
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K.O.
Réalisé par Fabrice GOBERT
France 2017 1h55mn
avec Laurent Lafitte, Chiaria Mastroianni, Pio Marmaï, Zita Hanrot, Clotilde Hesme, Jean-François Sivadier...
Scénario de Fabrice Gobert et Valentine Arnaud
Allez les amis, il va falloir changer un peu vos habitudes, accepter d’emprunter l’autre chemin, celui qui vous mène dans un endroit inconnu, peut-être même dans un endroit où vous ne voulez pas aller. Une fois n’est pas coutume, il va falloir suivre un salaud, un magnifique salaud, un beau salaud comme on les aime au cinéma, un salaud qu’on va adorer détester, puis qu’on va finalement se surprendre à aimer, c’est bien là tout l’intérêt de ce petit jeu de pistes. Et des pistes, dans K.O., il y en a, suffisamment pour vous prendre à témoin, pour vous faire gagner un temps d’avance sur les personnages, mais suffisamment aussi pour vous perdre, vous égarer dans une histoire digne d’un bon polar, quand la page se tourne fébrilement avec la petite boule d’excitation au ventre qui signe l’efficacité du récit... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21, samedi 24, lundi 26 à 14h, 18h30 et 21h, jeudi 22 et vendredi 23 à 15h, 18h30 et 21h, dimanche 25 et lundi 26 à 16h15, 18h30 et 21h
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Ava
Réalisé par Léa Mysius
France 2017 105 minutes
avec Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano, Tamara Cano…
La Semaine de la Critique cannoise déniche des premiers films audacieux et marquants. Après Mimosas d’Olivier Laxe et Grave de Julia Ducournau, c’est Ava de Léa Mysius qui a été consacré cette année : l’été de ses treize ans, une jeune fille apprend qu’elle va très bientôt perdre définitivement la vue. Très physique, au plus près des sensations, le film impose une énergie solaire et rageuse. Sortie le 21 juin. Le plan d’ouverture, nonchalant et inquiétant, montre un grand chien noir jais errant tranquillement sur une petite plage saturée de soleil. Alanguis, comme écrasés de chaleur, les estivants se laissent renifler sans broncher, l’animal poursuivant sa progression... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 à 14h, 18h30, 21h, jeudi 22 et vendredi 23 à 15h, 18h30 et 21h, samedi 24 et mardi 27 à 14h, 16h15 et 21h, dimanche 25 et lundi 26 à 14h, 15h50 et 21h
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Lou Andreas-Salomé
Réalisé par Cordula KABLITZ-POST
Allemagne 2016 1h53mn VOSTF
avec Katharina Lorenz, Nicole Heesters, Liv Lisa Fries, Matthias Lier, Alexander Scheer, Harald Schrott...
« Je ne puis vivre selon un idéal, mais je puis vivre certainement ma propre vie. En agissant ainsi, je ne représente aucun principe mais […] quelque chose qui est tout chaud de vie et plein d’allégresse. » Une bouffée de liberté traverse l’écran, une présence magnifique habite le film, un esprit vif argent, une vie captivante. Force et beauté. Et une liberté pure, brute, que Lou von Salomé taille comme un diamant tout au long de sa vie avec comme seuls outils une intelligence prodigieuse, au service d’une soif insatiable de connaissance, et une énergie digne de l’ensemble des volcans japonais. Une séquence marquante du film nous plonge dans le regard de l’actrice incarnant Lou au moment où, alpaguée par le nazisme montant, cloîtrée dans sa demeure, elle décide d’écrire, avec l'appui d'un jeune éditeur, ses mémoires. On voit valser dans ses yeux la vitalité, l’énergie sereine d’une vie qui a été portée avec conviction, joie et liberté... lire la suite
Cotignac : vendredi 23 juin à 20h30
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Nothingwood
Réalisé par Sonia KRONLUND
Documentaire France / Afghanistan 2017 1h25mn VOSTF
avec l'incroyable Salim Shaheen, ses non moins incroyables actrices et acteurs et le peuple cinéphile d'Afghanistan...
Festival de Cannes 2017 : Quinzaine des réalisateurs
Dans l'histoire du cinéma, les faiseurs de grands navets sont de deux types. Il y a ceux gonflés de pouvoir et d'argent qui réussissent à faire financer leur mégalomanie par l'industrie du cinéma. Le cinéma français en compte quelques uns, on vous laisse le plaisir de les repérer (un indice ou deux sur l'un des plus éminents d'entre eux : il est communément désigné par les trois lettres initiales de ses prénom et nom et il est par ailleurs philosophe)… Mais il y a une autre catégorie beaucoup plus intéressante et rigolote : les fêlés dont la passion dévorante et enfantine du cinéma les pousse, en dépit de toute règle, de tout canon esthétique, à réaliser leurs films à tout prix, et souvent sans aucun moyen si ce n'est un enthousiasme qu'ils réussissent à rendre suffisamment contagieux pour entraîner quelques complices dans l'aventure... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :  mercredi 21, samedi 24 et dimanche 25 à 14h et 18h30, jeudi 22 à 15h et 21h, vendredi 13 à 18h30, lundi 26 à 14h et 16h30, mardi 27 à 14h et 18h15
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Churchill
Réalisé par Jonathan TEPLITZKY
GB 2016 1h38mn VOSTF
avec Brian Cox, Miranda Richardson, John Slattery, James Purefoy, Ella Purnell...
Scénario d’Alex Von Tunzelmann 
Un film ne peut évidemment pas suffire pour faire le tour de cette emblématique figure dont l’envergure et l’étoffe sont dignes des plus grands héros de fiction. La gouaille, le panache, le verbe mais aussi et surtout le sens du devoir autant que celui, comme inné, de l’histoire : Winston George Churchill est un monument à lui tout seul. Comme un film tout entier ne saurait suffire pour embrasser son légendaire embonpoint et encore moins sa longue et passionnante existence, Jonathan Teplitzky et son scénariste ont donc eu la bonne idée de ne surtout pas chercher à faire le tour de la question, impossible aventure, mais plutôt de tenter d’en restituer une parcelle de la complexité, d’en saisir un peu de l’esprit, d’en cerner les contours. Le projet est captivant car il nous éclaire sur un destin hors du commun en le cueillant à un moment tout particulier où le basculement de l’histoire va de pair avec les fêlures les plus intimes... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 et samedi 24 à 16h15, dimanche 25 à 14h, lundi 26 à 18h30 et mardi 27 à 21h
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L'Amant Double
Écrit et réalisé par François OZON
France 2017 1h47mn
avec Marine Vacht, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset, Myriam Boyer, Dominique Reymond...
Librement adapté du roman Lives of the twins de Rosamond Smith alias Joyce Carol Oates. Festival de Cannes 2017 : sélection officielle, en compétition
Comment se réinventer à chaque film ? Quelques mois seulement après la sortie de son précédent opus, François Ozon remet du gaz dans ses turbines à fiction, pousse le manche à fond et le curseur dans le noir foncé… Lointainement inspiré d’un obscur roman policier de Joyce Carol Oates (publié sous le pseudo de Rosamond Smith), L’Amant double décrit à sa manière les paradoxes d'Ozon, sa gémellité avec un autre lui-même, tordu et alambiqué, quand son apparence tenterait de nous vendre un premier de la classe, gendre idéal et auteur mainstream divertissant. Après l’œuvre romanesque à laquelle se prêtait un fiévreux Pierre Niney dans Frantz, voici une histoire qui invite à des lectures superposées du réel et s’amuse à nous embrumer de ses fausses pistes. Une jeune femme, Chloé, en proie à d’importantes poussées dépressives, débute une psychothérapie. Proie idéale d’un bon vieux transfert, elle tombe raide dingue de Paul, son psy, et s’installe bientôt avec lui. Mais, intriguée par plusieurs incohérences biographiques de son amant, elle en vient à s’interroger sur une possible double vie de celui-ci. Réalité ou fantasme ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 à 16h15, samedi 24 et mardi 27 à 18h30
Salernes : jeudi 22 et samedi 24 à 21h, vendredi 23 et dimanche 25 à 18h, mardi 27 à 21h
Lorgues : mercredi 21 à 19h, samedi 24 à 18h, lundi 26 à 21h20
Le Luc : mercredi 21 à 18h
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Rodin
Écrit et réalisé par Jacques DOILLON
France 2017 1h59mn
avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Bernard Verley, Anders Danielsen Lie...
Festival de Cannes 2017 : Sélection officielle, en compétition
La tradition veut qu'un film ne soit pas montré avant sa première projection dans le grand palais des Festivals lorsqu'il est sélectionné pour la compétition cannoise. Mais des rumeurs nous parviennent qui laissent présager le meilleur, pour un sujet de taille : Rodin, formidable personnage dont Lindon semble être le double, tourmenté, passionné, acharné au travail et amoureux de la glaise qui le rattache à cette terre… matériau que Rodin place avant tous les autres dans sa hiérarchie personnelle, devant le bronze, la pierre, le bois, l'or même. Une glaise qu'il pétrit, caresse, frappe, plie, bat revenant sans cesse sur son ouvrage, des mois, des années, jamais satisfait… à quel moment une œuvre a-t-elle atteint sa plénitude ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 24 et mardi 27 à 16h
Salernes : jeudi 22 et lundi 26 à 18h, vendredi 23 et dimanche 25 à 21h
Le Luc : Vendredi 23 à 19h, dimanche 25 à 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 

Les Fantômes d’Ismaël
Réalisé par Arnaud DESPLECHIN
France 2017 1h50mn
avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Laszlo Szabo, Hippolyte Girardot...
Scénario d'Arnaud Desplechin, Julie Peyr et Léa Mysius. Festival de Cannes 2017 : Film d'ouverture

Après l'oubli – assez incompréhensible – par le comité de sélection du très beau Trois souvenirs de ma jeunesse il y a deux ans, Arnaud Desplechin est de retour dans la sélection officielle du Festival de Cannes, hors compétition – il s'en fiche probablement un peu et nous aussi – mais en ouverture. Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël bien des références, des chassés-croisés, de simples clins-d’œil ou des échos plus intimes à la filmographie d’Arnaud Desplechin, et plus largement au cinéma qu’il affectionne, qui le nourrit, qu’il admire.
Qui le voudra verra dans Les Fantômes d’Ismaël un hommage à peine dissimulé aux héroïnes hitchcockiennes, en particulier celles de Vertigo (le personnage interprété par Marion Cotillard se prénomme Carlotta…) ou de Rebecca : femmes à la beauté excessive et sauvage ou à la grâce plus froide et discrète dont les âmes sont traversées par la passion amoureuse, les fantômes du passé ou l’éternelle question de l’identité. Mais on peut bien évidemment plonger avec Ismaël et ses fantômes en étant vierge de toutes traces cinéphiles, le voyage n’en sera pas moins agréable, ni moins fort, peut-être même sera-t-il encore plus surprenant, plus déconcertant. C’est un film à tiroirs, un puzzle, un subtil assemblage de morceaux de vies éclatés, comme Desplechin les affectionne. Un film où la fiction dans la fiction se joue de nous et des codes classiques de narration, où le fantastique n’est jamais très loin. Un récit qui caresse comme pour s’en moquer les histoires d’amour tourmentées de ces pantins faits de chair et de mélancolie, puis qui glisse doucement vers la farce avant de se tourner comme par erreur vers le film d’espionnage et de finir dans les beaux draps de la comédie dramatique, sous lesquels, immanquablement, s’agite le trio amoureux (un homme, deux femmes). Autant dire que vous serez un peu baladé au milieu de ces personnages un peu fous… fous d’amour ou de regrets, fous de l’irruption inattendue des fantômes du passé, fous de la laborieuse fabrication d’un film, fous d'être promenés dans les arcanes des services secrets internationaux…

En dire trop serait sacrilège… alors voilà ce qu’en dit le maître de marionnettes : « C'est le portrait d'Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n'y rien comprendre. C'est le portrait d'Ismaël, un réalisateur de films qui traverse sa vie sans n'y rien comprendre non plus. C'est le retour d'une femme, d'entre les morts. C'est aussi un film d'espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock… » Ismaël (Mathieu Amalric, qui ré-endosse ici l'identité d'Ismaël Vuillard qu'il avait dans Rois et reine) – pas plus que Bloom, son maître en même temps que son exbeau-père – ne se remet pas de la mort de sa jeune épouse Carlotta, disparue il y a vingt ans. Il vit cependant une relation forte avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg), astrophysicienne discrète mais passionnée : il l'aime, elle l'aime aussi, ils sont heureux, voilà tout. Mais à la veille du tournage de son nouveau film, consacré au portrait d'Ivan, personnage largement inspiré par son frère, Carlotta, pourtant déclarée officiellement morte, revient. Et bouleverse tout. Sylvia s'enfuit… Ismaël refuse que Carlotta revienne dans sa vie. Il a peur de devenir fou, s'échappe du tournage et s'enferme dans sa maison familiale à Roubaix. Peut-être qu’en tirant les ficelles des personnages de son film, loin du monde, il parviendra à recomposer les fragments passés et présents de sa tumultueuse existence… (Utopia)


CGR (Draguignan) :  mercredi 21 20h, jeudi 22 à 18h, vendredi 23 à 13h45 et samedi 24 à 10h50
Le Vox (Fréjus) : vendredi 23 à 15h et dimanche 25 à 16h

Ce qui nous lie
Écrit et réalisé par Cédric KLAPISCH
France 2016 1h53mn
avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil, Jean-Marc Roulot...
Scénario de Cédric Klapisch et Santiago Amigorena

Ce qui nous lie, c'est une histoire de terroir, de racines qu'on ne peut jamais complètement ignorer, jamais complètement oublier. Tout démarre par le retour de Jean, après dix ans de silence, de rupture. Rupture avec sa famille, avec l'entreprise familiale, mais surtout avec un père rigoureux, sévère, omnipotent, issu d'une longue lignée de viticulteurs à la dent dure. Pourtant, lorsque Jean apprend que ce dernier n'a plus que peu de temps à vivre, le voilà qui réapparait, sourire hésitant aux lèvres, baluchon sur le dos, au bout de la route qui serpente au milieu des vignes. On a beau faire, on a beau partir loin, vous rattrapent un jour, tel un boomerang, les saveurs aigre-douces de l'enfance, ses égratignures. C'est la générosité d'un plat qui vous remémore ceux de grand-mère. C'est un peu de sang dans la bouche qui vous rappelle quelques inénarrables chahuts entre frangins. Ce sont les couleurs de l'automne sur les feuilles de vigne qui vous parlent des vendanges passées, ou le fumet d'un vin qui vous replonge vers les chais des ancêtres…Tous ces petits riens insignifiants qui peaufinent une personnalité, forment un goût, donnent envie de le partager.

Il y a sans doute un peu de tout cela qui monte à la gorge de Jean quand il pénètre dans la vaste cour qu'il quitta gringalet à la peau douce pour y revenir en solide barbu que chacun peine quelques instants à reconnaître. L'accueil va être mitigé, entre joie exubérante pour les uns, tristesse et colère pour les autres. Si sa sœur Juliette aussitôt lui ouvre les bras, son petit frère Jérémie se montre sévère, ne voulant rien oublier, ni pardonner… Eux deux n'ont eu d'autre choix que de rester, de ne pas lâcher le domaine, d'assumer seuls les responsabilités qui incombaient à leur aîné. Mais les choses dures enfin dites, au besoin sans ménagement, il est clair qu'un même amour ne les a pas lâchés et anime leur parcours… L'amour du terroir, du travail bien fait, du vin qui raconte à chaque gorgée la vie des hommes, leurs choix, leurs sensibilités. Et avant qu'ils ne le formulent eux-mêmes, on commence à percevoir ce qui les lie… Sans réussir toutefois à imaginer si ce sera suffisant pour raccommoder les déchirures, rattraper les moments manqués, ni ce que sera la chute… En attendant on n'a plus envie de les lâcher et on va boire leur histoire jusqu'à la dernière goutte, comme étonnés de s'être si vite attachés à ces inconnus. Enivrés par leurs ivresses, leurs liesses communicatives, leurs coups de blues, leurs coup de gueules. Avec eux on se prendra à guetter les saisons. On rêvera de vendanges ! De « Paulée » !

C'est fou le chemin que l'on va parcourir avec cette fratrie indomptable dans sa Bourgogne natale ! Un véritable conte initiatique parsemé de mots magiques : Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet, Meursault… Comme quoi il n'est pas forcément besoin de partir loin pour beaucoup voyager : les plus belles visites sont celles que l'on fait dans le cœur des hommes et des femmes, de leurs passions, de leurs envies de transmettre. Et à travers cette belle aventure profondément humaine, on sent que Cédric Klapisch nous parle de la sienne, qu'il est en train de nous susurrer qu'il en va de la paysannerie, de la viticulture, de tous les métiers artisanaux comme il en va de tous les arts et du sien également… Il y a là un cousinage qu'il ne renie pas. Un plaisir de déguster sans rien recracher, pas comme les gens trop policés aux culs et lèvres pincées ! Son plaisir, celui de ses acteurs est palpable, communicatif…

CGR (Draguignan) : mercredi 21 à 15h50, 18h, 20h15, jeudi 22, dimanche 25 et lundi 26 à 11h, 13h30, 15h50, 18h et 20h15, vendredi 23 à 11h, 13h30, 18h, 20h15, samedi 24 à 13h30, 18h, 20h15, mardi 27 à 11h, 13h30, 15h50 et 18h

Adieu Mandalay
Écrit et réalisé par Midi Z
Taïwan/Birmanie 2016 1h48mn VOSTF
avec Kai Ko, Wu Ke-Xi...

Notre ethnocentrisme naturel nous pousse naturellement à voir la crise migratoire tant médiatisée sous l'angle unique d'un Occident qui serait assailli par des hordes de milliers voire de millions de femmes et d'hommes venus des pays du Sud et de l'Est. L'occidental a tendance à oublier sur le sujet deux petites choses : que les hommes, de tous temps et depuis le début des grandes civilisations, ont migré au gré des guerres, des conquêtes, des catastrophes climatiques, économiques ou des crises géopolitiques. Et surtout que ce ne fut et que ce n'est pas le triste privilège du monde occidental.
Grâce soit rendue au remarquable film du jeune cinéaste d'origine birmane Midi Z de remettre les pendules à l'heure sur le sujet (même s'il doit, à juste titre, se ficher complètement du nombril des occidentaux). Car dans Adieu Mandalay, il est question d'une immigration fort peu connue de nous, celle des Birmans qui vont chercher sinon fortune du moins un sort meilleur pour leur famille dans la Thaïlande voisine. Une émigration de proximité qui amène évidemment son lot d'abus et de déni des droits humains, perpétrés par les passeurs d'abord, puis par tous les petits patrons qui profitent de la précarité des migrants.

Mais si Adieu Mandalay captive et émeut autant, c'est que le film est avant tout une troublante aventure humaine, inspirée au réalisateur par un fait divers qui l'avait marqué, lui le Birman qui avait eu la chance de faire ses études à l'étranger et avait profité du soutien financier de ses proches partis travailler en Thaïlande.
Au tout début du film, on suit un groupe entier qui franchit la frontière, puis le récit va se consacrer à un couple, Liangqing et Guo. Un couple qui nait dans l'exil puis va se retrouver séparé par la vie et les choix différents de chacun. Car le jeune homme et la jeune femme ont des aspirations tout à fait différentes. Lui ne souhaite que gagner suffisamment d'argent grâce à son travail, aussi ingrat soit-il, pour envoyer de l'argent au pays et pouvoir rentrer au plus vite. Elle tout au contraire est ambitieuse, refuse de se laisser humilier, elle veut obtenir coûte que coûte des papiers thaïlandais, est prête à tout pour éviter un travail physiquement difficile à l'usine et rêve d'un avenir probablement loin de la Birmanie.

Le cinéaste passe très habilement de l'observation sociale à celle plus intime du couple, dont les déchirements sont à l'image de ceux de la jeunesse birmane. La mise en scène privilégie la plupart du temps un réalisme minutieux, qui crée un très fort sentiment d'authenticité. Il y a quelques scènes impressionnantes, comme celle où un collègue de notre couple se blesse cruellement à l'usine et est évacué manu militari, quasiment sans soins. Mais il y aussi une vraie recherche plastique, volontiers contemplative, à la fois dans la manière dont est filmée l'usine (magnifique jeu sur les fumées crachées par les machines) et dans les séquences qui se déroulent dans les petits villages perdus dans la jungle où se passent les tractations frontalières (on peut penser parfois aux ambiances vaporeuses des films d'Apichatpong Wheerasethakul). Le côté tragédie grecque d'un récit maîtrisé de bout en bout renforce l'impression de voir s'affirmer un grand talent (Midi Z a réalisé trois longs métrages avant celui-ci, tous trois inédits en France).

CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 18h (suivi de l'apéritif Entretoiles)

Tunnel
Écrit et réalisé par KIM Seong-hun
Corée du Sud 2016 2h07mn VOSTF
avec Ha Jung-woo, Bae Du-na, Oh Dal-su, Park Jin-woo, Joo Suk-tae...
D'après le livre de So Jae-won

Le titre ouvre clairement la voie, et le début du film s'y engouffre sans détours inutiles. En route pour retrouver sa famille – sa femme l'attend avec impatience pour fêter l'anniversaire de leur fille – Jeong-soo, vendeur de voiture convaincu et convaincant, est pris au piège dans un tunnel qui s’écroule. Sans perdre de temps avec l’habituelle introduction des personnages qui a tendance à éterniser la première partie de la plupart des films catastrophe, Tunnel empoigne son sujet alors que le générique vient tout juste de se terminer. L’impressionnante scène d’effondrement – effets spéciaux imparables – laisse place au drame survivaliste qui se développe et qui, à l’inverse de la plupart des autres œuvres s’inscrivant dans ce registre, explore son contenu à partir de l’incident et non l’inverse.

En plus de bousculer les spectateurs, ce renversement narratif permet d’étudier les différents protagonistes qui sont tous confrontés à une situation extrême : Jeong-soo, bien sûr, tente de survivre, c'est une occupation à plein-temps ; Se-hyun, son épouse, communique régulièrement avec son mari tout en portant le poids et le jugement du pays qui se demande si le gigantisme des moyens déployés n'est pas disproportionné pour sauver un seul et unique survivant ; Dae-kyong, le chef de l’opération de sauvetage, doit quant à lui trouver un équilibre entre valeurs éthiques et obligations administratives… Tout cela est très habilement et intelligemment agencé…
L’apparition d’une deuxième personne accidentée – une jeune femme flanquée d'un chien assez marrant – dans les décombres permet de renouveler le récit, qui évite ainsi de tomber dans l’automatisme, tout en introduisant des questionnements sur l’intégrité de Jung-soo, puisqu'il doit désormais partager ses maigres vivres… et les réserves d'énergie de son téléphone portable.

Mélangeant les genres et les registres avec une belle énergie qu'on retrouve dans la plupart des films coréens, Tunnel fait alterner sans cesse le drame et la comédie. Plus d'une fois des situations plutôt drôles ont des conséquences dramatiques, et vice-versa. On citera juste la séquence où l'essai d'un collier anti-aboiement sur le chien cité plus haut entraînera un nouvel éboulement, ou encore ce gros plan ingénieux lorsque Jeong-soo est contraint de boire sa propre urine.
Le film porte par ailleurs un regard féroce sur l'attitude de la presse et des autorités coréennes. Tandis que les officiels pensent en chiffres et en visibilité médiatique, les journalistes font fi de l'éthique la plus élémentaire pour fournir du contenu sensationnaliste – la séquence avec les drones est à ce titre l’un des moments les plus drôles du film. Enfin, le scénario évoque une forme de culpabilité nationale, conséquence (in)directe du tragique incident du ferry Sewol et des problématiques de sécurité. Au final un vrai divertissement spectaculaire qui oublie d'être idiot et qui capte notre attention de bout en bout. (Utopia)

CGR (Draguignan) : soirée Entretoiles le dimanche 2 juillet à 20h30
Cotignac : jeudi 22 à 20h30

Marie-Francine
Réalisé par Valérie LEMERCIER
France 2017 1h35mn
avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès...
Scénario de Valérie Lemercier et Sabine Haudepin

Valérie Lemercier est épatante dans la peau de Marie-Francine, grande fille un peu lunaire, décalée et attachante, désespérément incapable d'avoir l'air d'avoir la maturité qui sied habituellement aux femmes de son âge. Le nez rivé à son microscope, à observer des microbes s'agiter, elle n'a pas vu filer le temps, prenant la vie comme elle venait sans compter les heures ni les ans, satisfaite de son petit bout de bonheur, sans désir d'un ailleurs…
Mais il y a des jours où tout se met de traviole, les catastrophe s'enchaînent, tout se déglingue sans qu'on ait anticipé une seule seconde : ravie de voir son mari chéri venir la chercher au boulot, elle tombe sur ses jolies fesses quand il lui annonce qu'il prend la tangente pour une minette de 32 ans qu'elle n'avait même pas remarquée. Elle n'a pas encore séché la grosse larme qui lui brouille le microscope que, dans la foulée, son patron la vire sans ménagement !

Notre Marie-Francine se retrouve donc, quasi du jour au lendemain, en quête d'un toit et d'un nouveau job pour son cinquantième anniversaire… Une aventure que beaucoup connaissent par les temps qui courent puisqu'il est devenu banal que les grands enfants, rendus au chômage et au célibat, retournent chez leurs vieux parents… même qu'une sociologue canadienne les a baptisés « la génération boomerang » : en 2013, sur 4,5 millions de majeurs vivant chez leurs géniteurs, plus d'un million avaient vécu seuls avant de revenir aux sources pour une durée indéterminée… et le nombre ne cesse depuis de croître.
A-t-on idée de s'appeler Marie-Francine ! On se doute qu'avec un nom pareil, elle a les parents assortis : une mère déjantée ravie de reprendre du service et de ressortir les vieilles gâteries infantilisantes comme si la puberté de fifille avait commencé hier, tandis que pépère grogne en permanence, vu que son train-train s'en trouve perturbé. Pas question d'ailleurs de changer leurs habitudes et de rendre sa chambre de jeune fille à Marie Francine, vu que maman y a pris ses quartiers, loin des ronflements d'un mari accro à la télé, pas fâchée d'une indépendance dont elle use avec ravissement… Et les deux s'accordent pour tenter de recaser au plus vite l'esseulée avec un gentil mari qui la prendrait en charge, organisant des rencontres qui énervent beaucoup Marie-Francine ramenée au rôle d'adolescente attardée.
Faute de trouver du boulot, elle finit tout de même par accepter de prendre du service dans la boutique de cigarettes électroniques dont ses parents lui jurent que c'est un métier d'avenir. De fait c'est là qu'elle va rencontrer Miguel, un gentil type, pas crétin du tout qui, comme elle, perdant sa copine et son boulot, est retourné vivre chez ses parents, adorable couple de travailleurs portugais à la retraite. Il n'ose pas trop lui parler de ce retour obligé au bercail, pas plus qu'elle ne l'avoue… et il n'a rien du gendre idéal dont les parents de Marie-Francine rêvaient.

C'est fendard, mais c'est aussi touchant et juste, et Valérie Lemercier réussit là un joli film dans l'air du temps, un film « à la fois personnel et populaire, Lemercier soigne les détails de sa mise en scène comme on polirait un bijou fantaisie… ». C'est le Monde qui l'écrit et on ne saurait mieux dire, on ajoutera simplement que les parents – Hélène Vincent et Philippe Laudenbach – sont formidables et drôles, et Timsit tout à fait convaincant dans un rôle de garçon qui n'a pas les caractéristique du prince charmant, mais ferait craquer la plus pimbêche des filles… avec une sorte de présence qui s'impose en douceur et en bienveillance. Quant à Valérie… on l'adore, juste, émouvante, même quand elle nous fait marrer.

CGR (Draguignan) : mercredi 21 à 16h et 18h, jeudi 22 à 11h, 14h, 20h10, vendredi 23 et mardi 27 à 11h, 16h, et 18h, samedi 24 et dimanche 25 à 16h, 18h et 20h10, lundi 26 à 11h, 14h, 16h, 18h


Patients
Réalisé par GRAND CORPS MALADE et Medhi IDIR
France 2017 1h50mn
avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Franck Falise, Yannick Renier, Anne Benoit, Alban Ivanov, Dominique Blanc, Xavier Mathieu...
Scénario de Fadette Drouard et Grand Corps Malade, d’après son livre

Marcher, se lever, se laver, lacer ses chaussures, se faire cuire un œuf, lever son verre, monter les marches, serrer une main, se gratter le dos… et bien d’autres grandes ou petites choses plus ou moins avouables : on ne réalise pas au quotidien ces mille milliard de gestes que notre corps, cette géniale machine en mouvement perpétuel, est capable d’accomplir pour nous servir. Jusqu’au jour où la bécane se met à déconner, à partir de travers, à se mettre en grève générale ou partielle, la faute à la maladie, aux accidents, la faute au destin, la faute à pas de chance ou, pour Ben, la faute à la piscine. Si elle avait été un peu plus profonde, cette piscine, Ben aurait pu y nager tranquille au lieu de s’y fracasser… Résultat aussi violent que le choc : paralysé à 20 piges, horizontalité obligée, plus d’autonomie, plus de mouvement, plus qu’un lit et quatre murs comme unique ligne d’horizon.

Patients raconte une année dans la vie de Ben. Une année pas comme les autres, passée dans un centre de rééducation pour les traumas en tous genre, les poly, les semi, les crâniens, les para, les tétra. Une année pour tenter de se réparer, de se reconstruire, une année toute entière pour apprendre à accepter sa nouvelle condition et peut-être aussi pour s’en échapper.
Coincé dans ce nouveau corps qui ne répond plus présent à l’appel, Ben va faire l’apprentissage complexe et surréaliste de l’assistanat 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Redevenu nourrisson, mais avec la tchatche et l’énergie de ses vingt ans, Ben n’a d’autre choix que de se laisser guider dans ce drôle de nouveau monde où chaque geste banal devient aussi balèze qu’un des douze travaux d’Hercule, et peut provoquer, selon l’humeur et le moral, un fou rire ou des cris de rage.
Dans le centre, c’est une véritable communauté, patients et soignants, qui vit au rythme des séances de kiné, de piscine, des repas… et que le temps est long quand il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre le prochain soin ! Patient, on l’est ici dans tous les sens du terme. Chacun gère son trauma de son côté, avec son histoire, avec ses mots, avec son humour, souvent grinçant, parfois tendre, avec ses forces et chacun aborde la vie et l’avenir comme il le peut. Mais ensemble, la vie dans le centre est tout de même un chouïa moins pénible.

L’histoire de Ben, c’est l’histoire de Fabien Marsaud, plus connu sous son nom d’artiste, Grand Corps Malade, et ce film est tiré de son livre Patients, gros succès de librairie. On prédit à peu près la même destinée à ce film qui va réunir les jeunes, les moins jeunes, les associations, les familles, ceux qui avancent en courant, en boitant, les accidentés, les valides, les vaillants, les cassés, les solides, les cabossés, les réparés, bref, il va embarquer dans le sillon de sa belle énergie ce qu’il est convenu de nommer un large public. Parce qu’il est souvent drôle, terriblement humain et tendre, parce que c’est un chant incroyable qui dit l’amour de la vie et qui raconte aussi, avec une franche sincérité, la force du lien entre les corps cassés et les cœurs généreux, cette force qui donne envie de se battre et d’avancer, avec ou sans roues.
Mais s’il ne fallait retenir qu’une seule qualité à ce film décidément étonnant, c’est bien sa fraîcheur. Elle vient de ses auteurs, de ses comédiens, tous plus formidables les uns que les autres, mais elle émane surtout de ce refus catégorique de n’aborder cette histoire que via le seul prisme d’une cause, au demeurant tout à fait louable, celle du handicap. En décalant ainsi le regard, tout devient beaucoup plus fort, plus universel, plus intense. Sans jamais chercher à asséner vérité définitive ou morale bien pensante, juste par la force des dialogues et des situations, le film parvient, avec grâce et pudeur, l’air de rien, à profondément changer notre regard sur le handicap ; il le fait avec un peps, une énergie, un humour décapants et ça, c’est formidable.

CGR (Draguignan) : dimanche 25, lundi 26 et mardi 27 à 9h et nuit de dimanche 25 à 00h45

Après la tempête
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2016 2h VOSTF
avec Hiroshi Abe, Yoko Maki, Yoshizawa Taiyo, Kirin Kiki...

Le cinéma d'Hirokazu Kore-Eda, infatigable peintre des familles japonaises, semblait stagner depuis quelque temps dans une entêtante ritournelle de tendresse et de mélancolie. Son nouveau film, Après la tempête, marque une inflexion salutaire, puisqu'il s'intéresse cette fois à une famille disloquée par le divorce, la garde partagée d'un enfant et la mort récente d'un aïeul. Une amertume auxquelles le cinéaste ne nous avait pas habitués depuis les très beaux Nobody knows (2004) et Still walking (2008), et qui a pour effet d'accroître l'épure et la concentration de sa mise en scène, sans pour autant oublier de les moduler à travers une riche palette d'humeurs.

Après la tempête met en scène toute une galerie de personnages, mais dresse parmi eux le portrait d'un sublime perdant, tchekhovien en diable : Ryota, espoir déçu de la littérature dont l'immaturité crasse l'entraîne à végéter dans le métier parfois sordide de détective privé. Cette grande tige au regard doux (physique incroyable de l'acteur Hiroshi Abe) a hérité de son père une passion pour le jeu qui ne lui laisse jamais le moindre sou en poche. C'est à cause de ces excentricités, impropres à la vie de famille, que le bonhomme vit séparé de son fils Shingo, onze ans, et de sa femme Kyoko (Yoko Maki), qui depuis a rencontré un autre homme. Mais, un soir de typhon, tous les trois se retrouvent à devoir passer la nuit chez la mère de Ryota, qui nourrit le secret espoir de les voir réconciliés.
Le film, fait de conversations, ne s'en tient pas à cette seule trame, mais la laisse infuser dans le flux d'une existence ordinaire – ici la préparation d'un repas, là le cours tranquille d'une promenade – au rythme faussement apaisé des heures creuses. Affleurent alors, au détour d'un mot drôle ou d'une situation cocasse, la douleur larvée, le désappointement, l'inexorable érosion des existences.
Kore-Eda recueille ces humeurs dans un subtil camaïeu de beiges et de gris, lié aussi bien à la lourdeur du climat saisonnier qu'à ces fades barres d'immeubles qu'habitent les personnages, écrins blêmes de leurs sentiments. Dans la très belle et longue scène du typhon, les paroles scintillent au plus profond d'une nuit tourmentée, où chacun apprendra à accepter la séparation comme la seule clé possible d'une continuité malgré tout. (M. Macheret, Le Monde)

« Avoir accepté les changements qui se sont opérés en moi après la mort de ma mère et de mon père donne ce film qui est celui qui me ressemble le plus. Après ma mort, si je me retrouve devant Dieu ou le Juge de l’Au-delà et qu’on me demande : “Qu’as-tu fait sur Terre ?” Je pense que je leur montrerai Après la tempête en premier. » (Hirokazu Kore-Eda)

Lorgues : jeudi 22 à 20h15, dimanche 25 à 21h10

Une Famille heureuse

HARMONIUMRéalisé par Nana EKVTIMISHVILI et Simon GROß
Géorgie 2016 1h59mn VOSTF
avec Ia Shugliashvili, Merab Ninidze, Berta Khapava, Tsisia Qumsishvili...
Scénario de Nana Ekvtimishvili

La première raison de voir ce film intelligent et délicat pourrait relever de l'exotisme, qui parfois a du bon : voir des images, prendre des nouvelles de la Géorgie, pays lointain et bien mystérieux pour la plupart d'entre nous... Quelques indices, telle la consommation abusive de jus de cerises – que l'on produit artisanalement et conserve dans d'énormes bocaux –, indiqueront aux connaisseurs que nous sommes au cœur du Caucase – les Turcs, les Azéris... sont également très friands de cerises. Les cinéphiles ne pourront s'empêcher de penser aux merveilleux films de Sergueï Paradjanov, qui évoquaient avec une poésie sublime, et un art achevé de la composition picturale, la beauté et la richesse culturelle du pays. Et puis il y a aussi le charme discret et désuet des reliquats des anciennes républiques soviétiques, notamment cette pratique de se serrer à plusieurs générations dans le même appartement, le libéralisme forcené et l'individualisme n'ayant pas encore totale- ment effacé les pratiques d'antan.

Mais ceci étant dit, nul besoin de s'intéresser particulièrement à la Géorgie
pour être touché par le film, dont le propos et la portée sont universels. Car ce qui arrive aux protagonistes d'Une famille heureuse – le titre est doucement ironique – pourrait concerner à quelques spécificités culturelles près n'importe quelle famille des classes moyennes ou populaires de nos contrées. Ce dont il est question, c'est l'usure naturelle du temps qui passe, c'est la destruction des liens forts et de tout un tas de belles choses par ce tueur implacable qu'est l'habitude. Ce dont il question, ce sont les choix qui peuvent s'imposer à chacun d'entre nous pour faire rebondir sa vie lorsque l'âge mûr arrive puis s'installe.

Manana est une quinquagénaire – dont tout porte à penser qu'elle est équilibrée – qui vit depuis 25 ans avec son mari Soso, un homme tendre et prévenant, mais aussi avec ses vieux parents, son fils, sa fille et son gendre qui s'est peu à peu incrusté au sein du foyer. Tout ce petit monde rassemblé dans un appartement agréable mais un peu exigu pour une telle smala ! Une famille géorgienne ordinaire, pour qui le quotidien est parfois bruyant et compliqué, la confrontation entre les générations s'avérant conflictuelle et folklorique, entre papy un peu gâteux, grand-mère d'une exubérance très méditerranéenne, jeunes un peu sans gêne et parents au milieu... qui supportent tout ça la plupart du temps en silence. Un seul truc dénote dans ce chaos somme toute harmonieux : le côté dépressif et taciturne de Manana, que rien ne semble devoir illuminer. D'ailleurs ce jour-là est celui de son 52e anniversaire et elle n'a en rien envie de le fêter. Cependant nous sommes en Géorgie et on ne rate jamais une occasion de boire et festoyer, et famille, collègues, voisins s'invitent d'eux mêmes, ce qui a pour résultat de pousser Manana à se replier davantage encore sur elle-même... Et le lendemain, elle annonce à Soso qu'elle veut le quitter, abandonner la maison pour vivre seule. La nouvelle plonge évidemment toute la famille dans l'incompréhension, et ils ont beau faire, rien ne semble pouvoir la faire changer d'avis... On ne vous dévoilera pas la suite des événements, mais ce n'est que le dé- but d'un engrenage où vont apparaître au grand jour les petits secrets plus ou moins avouables de chacun. Le genre d'épreuve dont on en ressort détruit ou au contraire grandi...

Le film est tour à tour drôle, acide, subtil, parfois bouleversant. Aucun des personnages n'est blanc ou noir, aucun n'est à aucun moment jugé. Une chronique familiale intelligente et sensible. Une étude subtile de l'usure du couple. Et plus particulièrement un magnifique portrait de femme.

Lorgues : samedi 24 à 20h10, lundi 26 à 19h

K.O.
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Fabrice GOBERT
France 2017 1h55mn
avec Laurent Lafitte, Chiaria Mastroianni, Pio Marmaï, Zita Hanrot, Clotilde Hesme, Jean-François Sivadier...
Scénario de Fabrice Gobert et Valentine Arnaud

Allez les amis, il va falloir changer un peu vos habitudes, accepter d’emprunter l’autre chemin, celui qui vous mène dans un endroit inconnu, peut-être même dans un endroit où vous ne voulez pas aller. Une fois n’est pas coutume, il va falloir suivre un salaud, un magnifique salaud, un beau salaud comme on les aime au cinéma, un salaud qu’on va adorer détester, puis qu’on va finalement se surprendre à aimer, c’est bien là tout l’intérêt de ce petit jeu de pistes. Et des pistes, dans K.O., il y en a, suffisamment pour vous prendre à témoin, pour vous faire gagner un temps d’avance sur les personnages, mais suffisamment aussi pour vous perdre, vous égarer dans une histoire digne d’un bon polar, quand la page se tourne fébrilement avec la petite boule d’excitation au ventre qui signe l’efficacité du récit.

C’est un film de genre, noir bien ficelé, qui vous entraine dans un scénario à facettes dont chacune brille d’un éclat puissant, attirant par sa force machiavélique le pauvre spectateur, le baladant au gré des rebondissements dans un récit complexe où la vérité n’est bien entendu jamais là où l’on croit.
Aux manettes de cette vaste entreprise, un réalisateur qui sait bien jouer avec les nerfs du spectateurs puisque créateur de la série Les Revenants, singulière saga au charme venimeux où, déjà, la frontière entre le bon et le mauvais, le premier et le second degré, le vrai et le faux, l’imaginaire et le réel s’effaçait sous la complexité humaine. Après Simon Werner a disparu, son premier long métrage, Fabrice Gobert signe là un film ambitieux et fait preuve d’une étonnante maîtrise dans la mise est scène (ne serait-ce que dans le choix du cinémascope qui donne aux images une force particulière).
Le salaud, c’est Antoine Leconte, homme de télévision, homme de pouvoir qui a toutes les qualités requises pour le job : arrogant, dominateur, cynique, incapable de la moindre empathie avec son entourage qu’il n'oublie jamais d'humilier avec le sourire, histoire d’asseoir son pouvoir. Il règne, avec sa gueule de beau gosse et son sourire carnassier, sur toute une petite cour mais lorsqu’il rentre le soir dans sa belle et vaste demeure des quartiers chics, croyez-vous qu’il tombe la veste pour enfiler les pantoufle du gentil mari doux et aimant ? Non, il est toujours le même salaud. Sa femme d’ailleurs, largement cocufiée, va le quitter tant elle est au bout du rouleau.

Des types comme ça ont des ennemis, forcément, et forcément un jour, c’est la tuile. Antoine se retrouve plongé dans un coma profond… Quand il en sort, tout a l'air pareil mais les choses ont changé. On ne le reconnaît plus comme avant, il y a moins de courbettes, il semble avoir moins d’autorité, mois d’ascendant sur les autres… Et pourtant son univers est toujours là, bien en place ! Le soir, quand il se présente à la grille de sa maison des beaux quartiers, pour enfin rentrer chez lui, le code ne fonctionne plus. En fait ce sont tous les codes d’Antoine qui ne fonctionnent plus…
Commence alors une descente aux enfers, ou dans un autre monde, pas un monde parallèle, non, le monde qui était à côté de lui et que, du haut de son arrogance, il ne voyait pas… Mais peut-être que non, peut-être que tout cela n’était qu’un rêve, peut-être qu’il est fou, peut-être qu’il s’agit d’un vaste complot, à moins que…
Il y a milles vies dans celle d’Antoine Leconte et mille interprétation de ce K.O. qui s’ancre à la fois dans une approche sociétale du monde du travail, ses rapports de domination et de castes, mais aussi dans une vision plus romanesque : celle de l’âme, de la reconquête de l’amour perdu, sans oublier bien entendu le fantastique. Efficace en diable.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 21, samedi 24, lundi 26 à 14h, 18h30 et 21h, jeudi 22 et vendredi 23 à 15h, 18h30 et 21h, dimanche 25 et lundi 26 à 16h15, 18h30 et 21h

Ava
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par Léa Mysius
France 2017 105 minutes
avec Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano, Tamara Cano...

La Semaine de la Critique cannoise déniche des premiers films audacieux et marquants. Après Mimosas d’Olivier Laxe et Grave de Julia Ducournau, c’est Ava de Léa Mysius qui a été consacré cette année : l’été de ses treize ans, une jeune fille apprend qu’elle va très bientôt perdre définitivement la vue. Très physique, au plus près des sensations, le film impose une énergie solaire et rageuse. Sortie le 21 juin.
   
Le plan d’ouverture, nonchalant et inquiétant, montre un grand chien noir jais errant tranquillement sur une petite plage saturée de soleil. Alanguis, comme écrasés de chaleur, les estivants se laissent renifler sans broncher, l’animal poursuivant sa progression.

Tout comme la maladie qui affecte la jeune Ava (Noée Abita), et qui enfle aussi, à son rythme, jusqu’à la perte totale de la vue. Pour la jeune fille, la rencontre avec cet immense chien noir agit comme un signe, de reconnaissance ou de rédemption. Sauver, être sauvée… D’ailleurs, le propriétaire du chien, crinière noire et allure gitane, l’intrigue fortement et commence à l’attirer. A treize ans, Ava entre dans l’adolescence, étrangement épaulée par une mère elle-même empêtrée dans des comportements immatures (Laure Calamy, qui incarne ici une mère proche de celle d’Un Monde sans femmes de Guillaume Brac). Sans malice, cette mère aimante et maladroite lui conseille d’aller chercher le réconfort dans des bras masculins, comme elle l’a toujours fait. Pour Ava, entre le fils du moniteur de char à voiles, mignon, sympa, normal et le ténébreux Juan (Juan Cano), le jeune homme au chien, le choix est vite décidé. « J’ai peur de n’avoir vu que la laideur » dit Ava, qui observe intensément, un paysage, un visage, s’efforçant de retenir les instants.

Avec une rage intacte, la jeune fille entre dans la vie adulte comme on se jette dans la mer (Léa Mysius, qui filme superbement la mer, a coécrit Les Fantômes d’Ismaël, premier Desplechin où la mer tient une place). Sur l’affiche, la jeune fille arbore des peintures de guerre, qui font un peu penser à Pierrot le fou. Plonger dans le noir, sans peur, à la suite d’un chien ou d’un homme, pour se sentir exister. Ces réflexions sur le regard possèdent une force vive, et s’entendent, bien sûr, aussi comme une métaphore du cinéma. Les taches noires se rapprochent, le champ de vision se rétrécit, mais l’horizon ne disparaît pas encore complètement. Il reste une échappée, un point aveugle. L’amour, ou autre chose, une forme de courage. (toutelaculture)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 à 14h, 18h30, 21h, jeudi 22 et vendredi 23 à 15h, 18h30 et 21h, samedi 24 et mardi 27 à 14h, 16h15 et 21h, dimanche 25 et lundi 26 à 14h, 15h50 et 21h

Lou Andreas-Salomé
Réalisé par Cordula KABLITZ-POST
Allemagne 2016 1h53mn VOSTF
avec Katharina Lorenz, Nicole Heesters, Liv Lisa Fries, Matthias Lier, Alexander Scheer, Harald Schrott...

« Je ne puis vivre selon un idéal, mais je puis vivre certainement ma propre vie. En agissant ainsi, je ne représente aucun principe mais […] quelque chose qui est tout chaud de vie et plein d’allégresse. »
Une bouffée de liberté traverse l’écran, une présence magnifique habite le film, un esprit vif argent, une vie captivante. Force et beauté. Et une liberté pure, brute, que Lou von Salomé taille comme un diamant tout au long de sa vie avec comme seuls outils une intelligence prodigieuse, au service d’une soif insatiable de connaissance, et une énergie digne de l’ensemble des volcans japonais. Une séquence marquante du film nous plonge dans le regard de l’actrice incarnant Lou au moment où, alpaguée par le nazisme montant, cloîtrée dans sa demeure, elle décide d’écrire, avec l'appui d'un jeune éditeur, ses mémoires. On voit valser dans ses yeux la vitalité, l’énergie sereine d’une vie qui a été portée avec conviction, joie et liberté.

Projet de longue date de Cordula Kablitz-Post, ce premier film entend mieux cerner cette femme que l’on connaît souvent uniquement à travers les hommes dont elle a croisé le chemin. Lou von Salomé est allemande d'origine russe, née en 1861à Saint-Petersbourg, benjamine et seule fille d’une fratrie de six enfants. Elle étudie la théologie et la philosophie, parle plusieurs langues, devient essayiste, romancière, psychanalyste… Le film restitue cet étonnant parcours entre classicisme et stylisation – les transitions de la vie de Lou se figent sur fond de cartes postales – pour traduire au mieux à l'écran cette personnalité foisonnante, complexe, influente, souvent conflictuelle.
On a rarement vu une vie jalonnée de relations aussi riches. Lou fut la partenaire intellectuelle, d'égale à égal, de Nietzsche, Rilke, Freud ! Mais aussi de l'orientaliste Friedrich Carl Andreas (de quinze ans son aîné, dont elle accepta de devenir l'épouse à la seule condition que ce mariage ne soit pas consommé…), de Rée, Wedekind, Schnitzler, Hofmannsthal…
Tous ces hommes brillants, elle les a inspirés, envoûtés, éveillés et rendus à eux-mêmes. L’œuvre qu’elle laisse fait le récit de ces relations (Journal, Mémoires, récits, nouvelles, articles de presse, « Lettre ouverte à Freud », contributions à la psychanalyse naissante, un essai sur Nietzsche). Elle avait des amis partout dans le monde, grande voyageuse, randonneuse acharnée malgré sa santé chancelante. Âme forte à la gaieté étonnante. On imagine cette défricheuse d'idées discuter philosophie dix heures par jour avec Nietzsche. Arpenter la poésie de Rilke, qui fut son amant. On la suit, lisant ses œuvres dans les salons littéraires, portée par une activité intellectuelle frénétique. Introduite dans le cercle d’intellectuels brillants, d’artistes et d’écrivains tenu par Malwida von Meysenbug, une des organisatrice du mouvement féministe.

Cette intelligence dangereuse (comme Freud la qualifia) est pourtant fort peu connue hors du milieu psychanalytique. Ce film nous donne l’occasion d’approcher la vie et les idées d’une femme extrêmement en avance sur son temps. Une femme qui rompt avec le mythe de la femme muse inspiratrice, qui conquiert une autonomie et une indépendance totales, une émancipation de la domination masculine autant sur le plan sexuel que psychologique. « Le monde ne te fera pas de cadeau. Crois-moi. Si tu veux avoir une vie, vole-la. »(Utopia)

Cotignac : vendredi 23 juin à 20h30

Nothingwood

AURORERéalisé par Sonia KRONLUND
Documentaire France / Afghanistan 2017 1h25mn VOSTF
avec l'incroyable Salim Shaheen, ses non moins incroyables actrices et acteurs et le peuple cinéphile d'Afghanistan...
Festival de Cannes 2017 : Quinzaine des réalisateurs

Dans l'histoire du cinéma, les faiseurs de grands navets sont de deux types. Il y a ceux gonflés de pouvoir et d'argent qui réussissent à faire financer leur mégalomanie par l'industrie du cinéma. Le cinéma français en compte quelques uns, on vous laisse le plaisir de les repérer (un indice ou deux sur l'un des plus éminents d'entre eux : il est communément désigné par les trois lettres initiales de ses prénom et nom et il est par ailleurs philosophe)… Mais il y a une autre catégorie beaucoup plus intéressante et rigolote : les fêlés dont la passion dévorante et enfantine du cinéma les pousse, en dépit de toute règle, de tout canon esthétique, à réaliser leurs films à tout prix, et souvent sans aucun moyen si ce n'est un enthousiasme qu'ils réussissent à rendre suffisamment contagieux pour entraîner quelques complices dans l'aventure. On pense évidemment à Ed Wood, immortalisé par Tim Burton, qui s'acharna à tourner ses films fantastiques ou de SF fauchés au nez et à la barbe du Hollywood des années 1950… Et aujourd'hui vous allez découvrir, au cœur des montagnes d'Afghanistan, l'extraordinaire Salim Shaheen qui, en quelques décennies, malgré les vicissitudes des guerres et occupations successives, a réussi à tourner quelques 110 films de genre : mélo social, films de guerre, de kung fu… qu'il réalise et dont il est généralement la vedette principale. Une carrière débordante qui a fait de lui une star incontestée au quatre coins de son pays.

Salim Shaheen n'avait rien pour devenir cinéaste. Issu d'un milieu populaire et extrêmement traditionnel, illettré même s'il ne l'avoue jamais : enrôlé de force tout jeune dans l'armée afghane sous contrôle soviétique, il a failli mourir lors d'une attaque des talibans (ce qu'il raconte dans un de ses films). Et puis le virus du cinéma et une bonne dose de goût pour la gloire ont changé son destin. La réalisatrice Sonia Kronlund, scénariste, documentariste, bien connue pour son émission quotidienne de documentaire Les Pieds sur terre sur France Culture, passionnée par l'Iran et l'Afghanistan, avait eu vent au cours de ses reportages de l'incroyable destin de ce personnage hors du commun. Avec son opérateur (Alexander Nanau, réalisateur roumain du très beau Toto et ses sœurs) elle a suivi Shaheen sur un de ses tournages à Bamyan, tristement réputé pour ses bouddhas géants détruits par les talibans, tournage qui est aussi l'occasion de la projection d'un de ces films. C'est l'occasion de mesurer la ferveur qui l'entoure, venue d'une population heureuse de se voir à l'écran. Car au-delà des codes de Bollywood et du cinéma d'action américain (Shaheen vénère Rambo), le prolifique réalisateur afghan met en scène les petites gens de la rue, mais aussi les gendarmes ou militaires, à qui il demande souvent de jouer leur propre rôle dans des situations tour à tour touchantes ou burlesques. On pourrait également évoquer les incroyables acteurs qui l'accompagnent, notamment cette star masculine souvent travestie dans les films, dont on peut questionner l'homosexualité cachée avant de découvrir son épouse et ses enfants, quelque peu circonspects devant le jeu – avec le feu – de leur mari et père.

Devant tant de passion sincère et d'énergie créative, on se dit, nonobstant tout jugement critique, que la magie première du cinéma réside bien là aussi. Et elle est ici d'autant plus agissante qu'elle nous permet d'avoir un regard moins caricatural sur un pays et un peuple trop souvent cantonnés au registre des reportages tragiques et morbides.

Le Vox (Fréjus) :  mercredi 21, samedi 24 et dimanche 25 à 14h et 18h30, jeudi 22 à 15h et 21h, vendredi 13 à 18h30, lundi 26 à 14h et 16h30, mardi 27 à 14h et 18h15

Churchill
Réalisé par Jonathan TEPLITZKY
GB 2016 1h38mn VOSTF
avec Brian Cox, Miranda Richardson, John Slattery, James Purefoy, Ella Purnell...
Scénario d’Alex Von Tunzelmann

Un film ne peut évidemment pas suffire pour faire le tour de cette emblématique figure dont l’envergure et l’étoffe sont dignes des plus grands héros de fiction. La gouaille, le panache, le verbe mais aussi et surtout le sens du devoir autant que celui, comme inné, de l’histoire : Winston George Churchill est un monument à lui tout seul.

Comme un film tout entier ne saurait suffire pour embrasser son légendaire embonpoint et encore moins sa longue et passionnante existence, Jonathan Teplitzky et son scénariste ont donc eu la bonne idée de ne surtout pas chercher à faire le tour de la question, impossible aventure, mais plutôt de tenter d’en restituer une parcelle de la complexité, d’en saisir un peu de l’esprit, d’en cerner les contours. Le projet est captivant car il nous éclaire sur un destin hors du commun en le cueillant à un moment tout particulier où le basculement de l’histoire va de pair avec les fêlures les plus intimes. C’est donc bel et bien une parenthèse temporelle que privilégie le film, minuscule si on la rapporte aux 60 années de la carrière militaire et politique du vieux lion. Une parenthèse décisive pour l’histoire, qui commence quelques jours avant le 6 Juin 1944 et s’achève à peine quelques jours après. On pourrait être frustré de ce condensé historique, on est au contraire comblé, parce que l’intensité est au rendez-vous, parce que l’instant, historique puisqu’il s’agit de l’opération Overlord, est vécue en coulisses et que la force de l’instant se passe de tous les artifices de mise en scène. Nous sommes dans un dispositif qui s’approche plus du théâtre que de la spectaculaire reconstitution historique : il en a l’intelligence et la puissance narrative.
Sans jamais verser dans le grandiloquent, cette bio singulière mise sur le charisme, l’ambivalence et la prestance de son sujet, privilégiant dialogues et joutes oratoires entre les différents protagonistes. Cela donne lieu à quelques scènes virtuoses, souvent graves, parfois drôle ou bouleversantes, où l’éloquence de Churchill, tyran porté sur la bouteille autant que sur le verbe, et de ses interlocuteurs (Le roi Georges VI, sa femme Clem ou les généraux alliés) nous laissent à voir l’homme inspiré et complexe qu’il était.

Face à la mer, Churchill affronte ses démons. Bien des années après, il porte encore sur ses épaules le poids de la catastrophe de Gallipoli quand, alors premier Lord de L’Amirauté Britannique, il envoya à la mort des milliers de soldats britanniques et alliés. Le souvenir des cadavres flottant sur l’écume lui revient violemment en mémoire en ce mois de Juin 1944 à l’heure où les préparatifs du débarquement sur les côtes normandes se précisent… Churchill craint désormais que le jour J ne se transforme en une nouvelle bataille des Dardanelles et va tout faire pour convaincre Eisenhower, Montgomery et le Haut Commandement Allié de changer le plan du D day. Mais l’histoire est en marche, Churchill n’est déjà plus le lion rugissant qu’il était et doit faire face au doute, à la vieillesse qui le rattrape mais, surtout, au déclin de son propre pouvoir, de sa capacité à diriger le pays. Le grand homme n'est-il plus que l'ombre de lui-même ou parviendra-t-il une fois encore à rebondir ? Nous connaissons la suite, mais lui, en cet instant magique de la fiction, pas encore…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 et samedi 24 à 16h15, dimanche 25 à 14h, lundi 26 à 18h30 et mardi 27 à 21h


L'Amant Double
Écrit et réalisé par François OZON
France 2017 1h47mn
avec Marine Vacht, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset, Myriam Boyer, Dominique Reymond...
Librement adapté du roman Lives of the twins de Rosamond Smith alias Joyce Carol Oates. Festival de Cannes 2017 : sélection officielle, en compétition

Comment se réinventer à chaque film ? Quelques mois seulement après la sortie de son précédent opus, François Ozon remet du gaz dans ses turbines à fiction, pousse le manche à fond et le curseur dans le noir foncé… Lointainement inspiré d’un obscur roman policier de Joyce Carol Oates (publié sous le pseudo de Rosamond Smith), L’Amant double décrit à sa manière les paradoxes d'Ozon, sa gémellité avec un autre lui-même, tordu et alambiqué, quand son apparence tenterait de nous vendre un premier de la classe, gendre idéal et auteur mainstream divertissant. Après l’œuvre romanesque à laquelle se prêtait un fiévreux Pierre Niney dans Frantz, voici une histoire qui invite à des lectures superposées du réel et s’amuse à nous embrumer de ses fausses pistes.
Une jeune femme, Chloé, en proie à d’importantes poussées dépressives, débute une psychothérapie. Proie idéale d’un bon vieux transfert, elle tombe raide dingue de Paul, son psy, et s’installe bientôt avec lui. Mais, intriguée par plusieurs incohérences biographiques de son amant, elle en vient à s’interroger sur une possible double vie de celui-ci. Réalité ou fantasme ?

Ce n’est pas tant, dans L’Amant double, les ressorts de l’intrigue qui nous accaparent que la savante horlogerie scénaristique qui va faire basculer ce thriller érotique en une fable tordue sur les pouvoirs de l’imaginaire et la transcendance dans la névrose. Orchestré comme une véritable enquête policière (mais une enquête intime où le corps serait autant l’objet du crime que son arme fatale), le film déroule son programme de révélations avec une science toute chirurgicale. Aux images rassurantes du petit couple modèle (la belle jeune fille idéaliste et le psy attentif) succèdent peu à peu les séquences enfonçant l’intrigue dans un trouble de plus en plus intense et volontiers malsain… Que veut exactement Paul ? Quel est le sens de ce passé qu’il tenterait, selon Chloé, de cacher ? Où se situe la ligne de démarcation entre le réel et le fantasme ?
Comme toujours chez Ozon, l’image est belle et l’auteur applique ce bon vieux précepte : plus l’histoire s’enfoncera dans le malsain et l’inquiétude, plus l’esthétique générale devra être léchée et rassurante. Lignes claires, symétries harmonieuses et torsions mentales meurtrières… Et, comme souvent chez l’auteur, les références cinéphiliques deviennent vite un moteur créatif : Hitchcock pour la précision mécanique, Polanski pour le désordre domestique et Cronenberg pour tout ce qui pourrait relever du spoiling si nous allions plus loin… Disons juste que, en cette affaire, rien ne pourra nous rassurer dans ce que nous avions envisagé et que le tandem Marine Vacth/Jérémie Rénier s’amusera à nous laisser croire à ce que la bande-annonce avait tenté de nous vendre…

Film puissant qui invite l’inconscient au banquet des amours frustrées, poème tordu pointant les bases cliniques de la passion, fable sexuelle qui joue des faillites du désir et des charmes menteurs de la possession, L’Amant double est sans doute le plus ozonien des films de son auteur. Peut-être même un film sur le rapport à son œuvre et à la lecture contradictoire qui en est faite par le public, la critique et son auteur. Et il assène cette vérité aussi fascinante que dérangeante, l’une des multiples définitions du cinéma : un plaisir solitaire vécu en groupe où l’on croit regarder les plaies du héros quand ce sont ces mêmes plaies qui nous regardent…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 21 à 16h15, samedi 24 et mardi 27 à 18h30
Salernes : jeudi 22 et samedi 24 à 21h, vendredi 23 et dimanche 25 à 18h, mardi 27 à 21h
Lorgues : mercredi 21 à 19h, samedi 24 à 18h, lundi 26 à 21h20
Le Luc : mercredi 21 à 18h


Rodin
Écrit et réalisé par Jacques DOILLON
France 2017 1h59mn
avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Bernard Verley, Anders Danielsen Lie...
Festival de Cannes 2017 : Sélection officielle, en compétition

La tradition veut qu'un film ne soit pas montré avant sa première projection dans le grand palais des Festivals lorsqu'il est sélectionné pour la compétition cannoise. Mais des rumeurs nous parviennent qui laissent présager le meilleur, pour un sujet de taille : Rodin, formidable personnage dont Lindon semble être le double, tourmenté, passionné, acharné au travail et amoureux de la glaise qui le rattache à cette terre… matériau que Rodin place avant tous les autres dans sa hiérarchie personnelle, devant le bronze, la pierre, le bois, l'or même. Une glaise qu'il pétrit, caresse, frappe, plie, bat revenant sans cesse sur son ouvrage, des mois, des années, jamais satisfait… à quel moment une œuvre a-t-elle atteint sa plénitude ?

Paris 1880, quand commence le film, le talent Rodin commence à être remarqué et il reçoit à quarante ans sa première commande de l'État, initialement destinée au Musée des arts décoratifs : la porte de l'Enfer, inspirée par « L'Enfer » de Dante où souffrent pour l'éternité les hommes punis pour avoir cédé à leurs passions, le deuxième cercle étant réservé à ceux qui se sont laissés emporter par leurs désirs charnels, bousculés pour l'éternité par un tourbillon venteux qui semble animer cette œuvre gigantesque de 6 mètres sur 4 qu'il retouchera jusqu'à sa mort et qui ne sera fondue en bronze qu'une dizaine d'années après sa disparition.
Rodin, le sensuel, l'infidèle, restera toute sa vie avec la même femme, Rose Beuret, rencontrée alors qu'à vingt ans elle était apprentie couturière. Elle devint son modèle, puis leur relation devint plus routinière. Grande fille terrienne à la forte présence, c'est elle qui entretenait l'atelier, préparait à manger pour tous ceux qui venaient travailler avec le Maître et les maternait tous, fidèle à cet homme impossible à combler et qui n'a jamais cessé jusqu'à son dernier souffle d'être amoureux des femmes : quand Camille Claudel vient le voir dans son atelier, elle ne veut rien d'autre que sculpter. Il a 42 ans, elle en a tout juste 19, elle est pleine de vie et sa fantaisie joyeuse, l'intensité de son regard séduisent Rodin autant que son talent. Elle sera sa muse, son apprentie, sa collaboratrice, sa maîtresse… Suivront dix ans de passion partagée, d'admiration réciproque, de complicité auxquels Camille mettra un terme.
« Je suis venu chez vous, lui dira celui qui fut un temps son secrétaire, Rainer Maria Rilke (qu'on retrouve dans le film Lou Andreas-Salomé dans cette même gazette), pour demander comment il faut vivre. Et vous m'avez répondu : en travaillant ». Une réponse que Doillon reprend à son compte, dans un film exigeant tourné dans les lieux mêmes ou vécut Rodin : sa maison de Meudon. On imagine qu'il n'est pas anodin de se glisser ainsi dans des lieux empreints d'une telle présence : le lit qui trône dans la chambre était celui de Rodin, il mangeait assis à la table de la salle à manger et l'atelier où Lindon s'affronte à la glaise est celui où il travaillait, accueillait ses assistants, ses visiteurs… on imagine qu'il ne pouvait que se produire une forme d'identification qui se ressent à travers des images dont les couleurs ne sont jamais agressives, mais sensuelles, fortes et douces. Troublant voyage dans le temps que la vision de la silhouette de Lindon rend encore plus concret tant il semble « ancré au sol », familier de ce décor.

Toutes les œuvres du film ne sont pas des originaux, mais des reproductions réalisées par une dizaine de sculpteurs qui restituent les étapes et mécanismes de la création avec toutes les techniques qu'utilisait Rodin : assemblage, fragmentation, agrandissement : ne pas trahir les gestes, donner à sentir l'œuvre de création en train de naître. Le musée Rodin a ouvert son immense documentation, prêté sculptures, outils ou accessoires, ajoutant à la touche poétique et humaine un petit plus d'authenticité.

Le Vox (Fréjus) : samedi 24 et mardi 27 à 16h
Salernes : jeudi 22 et lundi 26 à 18h, vendredi 23 et dimanche 25 à 21h
Le Luc : Vendredi 23 à 19h, dimanche 25 à 18h

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