Au(x) cinéma(s) du 21 au 27 octobre

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Bonjour à tous !

Voilà une nouvelle semaine de cinéma qui s'annonce avec quelques films qui étaient déjà sur nos écrans, et très peu de nouveaux !
Parmi ceux que nous avions déjà, il ne faudrait vraiment pas rater le magnifique Fatima, de qui parfois on peut se sentir si proche.... Ni Much loved, un film qui a trop choqué dans son pays pour qu'il ne soit autorisé mais qui ne fait que refuser l'hypocrisie. Il ne faut pas oublier non plus le film d'animation Adama qui, tout film d'animation qu'il est, n'est pas seulement un film pour enfants : c'est un beau film, un film pour tous, qui parie sur la curiosité et l'ouverture aux autres... On n'oubliera pas Youth de Sorrentino (on vous reparle de lui très bientôt !). Et enfin Marguerite avec le rôle inénarrable de Catherine Frot.
Et dans les nouveautés ? Eh bien à Draguignan pas de ciné club (c'est les vacances !) mais on peut voir Belles familles, un film sophistiqué qui vaut la peine - A Salernes, Marguerite et Julien, un film à la fois romanesque, intimiste et original et au Luc un documentaire très intéressant Le grand jour sur le parcours difficile de 4 jeunes qui malgré les embuches tentent de réaliser leurs rêves...
Voilà de quoi remplir les pluvieux jours d'automne, non ?
Bonne semaine de cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 21 AU 27 OCTOBRE 2015

 

Belles familles
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Belles familles
Réalisé par Jean-paul RAPPENEAU
France 2015 1h53mn
avec Mathieu Amalric, Marine Vacth, Gilles Lellouche, Karin Viard, Nicole Garcia, Guillaume de Tonquédec, André Dussollier...
Jérôme Varenne (Mathieu Amalric, égal à lui-même), qui vit à Shanghai, est de passage à Paris chez sa mère (Nicole Garcia, inoxydable). Il apprend que la maison de famille où il a grandi, sur le point d’être vendue, est au cœur d’un litige entre l’acheteur (Gilles Lellouche) et le maire de sa ville natale (André Dussollier, savoureux). Plus curieux que son frère (Guillaume de Tonquédec, drolatique), il décide de se rendre sur place pour tenter de démêler l’affaire. Il ne se doute pas que ce retour vers son passé va bouleverser sa vie... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 11h, 18h,et 20h15 - Jeudi, vendredi, lundi et mardi : 15h50, 18h et 20h15
Much Loved
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Much Loved
Écrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...
C'est un film audacieux qui balaie fièrement les obscurantismes, les préjugés faciles et surtout les grandes hypocrisies, les uns se nourrissant des autres. D'ailleurs ça n'a pas manqué : dans son pays d'origine, le Maroc, Much loved a fait l'effet d'une bombe. Censure préalable du film, qui ne sera probablement montré que clandestinement, attaques très violentes contre l'équipe allant jusqu'aux menaces explicites de mort contre le réalisateur et son actrice principale, la géniale Loubna Abidar… Alors même que ses contradicteurs ne l'ont généralement pas vu, le film déchaine les réactions de haine. Et pourtant c'est bien un formidable film d'amour. De quel crime parle-t-on ? Celui de montrer sans stigmatisation ni édulcoration le quotidien de quatre prostituées marocaines, dans un pays où cette activité est officiellement interdite, mais pourtant omniprésente... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi à 18h15 , jeudi,  vendredi , dimanche à 20h45
Youth
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Youth
Écrit et réalisé par Paolo SORRENTINO
Italie/GB 2015 1h58mn VOSTF
avec l'irrésistible duo Michael Caine – Harvey Keitel et Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda...
Au cœur des Alpes suisses, dans un grand hôtel réservé aux plus fortunés, où tout ne devrait être que luxe, calme et volupté, nous allons en fait côtoyer une belle bande d'agités : un jeune acteur en plein questionnement sur son prochain rôle, un couple qui semble ne jamais échanger le moindre mot, un ancien footballeur argentin en surpoids (eh oui, c'est lui), Miss univers en personne, un guide de montagne probablement plus habitué au charme spartiate d'un refuge, une masseuse de l'hôtel qui se rêve danseuse, une jeune prostituée désabusée… Mais nous fréquenterons surtout, pour notre plus grand plaisir, un vieux réalisateur venu travailler à ce qui devrait être son film-testament et son meilleur ami, un chef d'orchestre à la retraite. Ce dernier se verra proposer par un émissaire de la reine d'Angleterre de reprendre la baguette pour diriger un morceau particulier à la fête d'anniversaire du prince Philip. Il opposera un refus ferme et définitif à cette demande pour une raison que nous apprendrons plus tard… Mais n'est-ce pas de toute façon le privilège de l'âge de pouvoir se détacher de certaines obligations et se permettre d'envoyer paître la reine d'Angleterre ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, dimanche et mardi 20h45 - vendredi, samedi et lundi 18h15
Fatima
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Fatima
Écrit et réalisé par Philippe FAUCON
France 2015 1h19mn
avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Chawki Amari, Mehdi Senoussi, Franck Andrieux, Yolanda Mpele...
Scénario librement inspiré des ouvrages de Fatima Elayoubi
Fatima, c'est plus qu'un magnifique portrait de femme, c'est le portrait d'une foultitude d'autres et même, en filigrane, celui de notre société. C'est un film qui vient plonger au plus profond de nous-mêmes, nous bousculer à tel point qu'il sera impossible de regarder de la même manière les passantes inconnues que l'on croise dans la rue têtes nues ou discrètement voilées. Il n'y a qu'une chose à faire : éteindre complètement son portable, se lover dans son siège préféré puis se laisser porter pendant une petite heure dix neuf minutes où tout est merveilleusement dit et montré, avec une justesse de ton et une élégance discrète qui confirment que Philippe Faucon est décidément un grand cinéaste (on n'a pas oublié Samia, Dans la vie, le prémonitoire La Désintégration…). Et au fait, plus que jamais : arrivez à l'heure ! Il est impensable de louper le premier plan !... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi et mardi : 17h30 et 21h
Marguerite
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Marguerite
Réalisé par Xavier GIANNOLI
France 2015 2h07mn
avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Christa Théret, Denis Mpunga, Sylvain Dieuaide, Aubert Fenoy...
Scénario de Xavier Giannoli, avec la collaboratio de Marcia Romano
Florence Foster Jenkins était une richissime américaine qui se rêvait diva. Persuadée d'être une grande soprano, elle fut beaucoup moquée, mais termina son étonnante carrière sur un concert mémorable à Carnegie Hall (les billets s'arrachèrent des semaines à l'avance, on refusa un monde fou). La particularité de cette grande originale était de ne pas s'entendre chanter, et donc d'être parfaitement inconsciente de la fausseté de sa voix. Loin de briser sa carrière dans l'œuf, ce petit inconvénient ne l'a pas empêchée de laisser une trace indélébile dans l'histoire du chant lyrique : Orson Welles s'en est d'ailleurs inspiré pour créer le personnage de l'épouse de son Citizen Kane, et on dit même que Hergé s'en est nourri pour créer la Castafiore que croise Tintin dans une de ses aventures les plus célèbres. Mais si son histoire a été le point de départ du film, Xavier Giannoli en fait une évocation toute personnelle et superbe, fatalement cocasse mais aussi pleine d'ambigüité, de beauté, d'émotions contradictoires, d'humanité, de poésie... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 14h - vendredi, dimanche et mardi 15h50
Le Grand Jour
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Le Grand Jour
Réalisé par Pascal PLISSON
Documentaire France 2015 1h26mn
avec Degii Batjargal (Mongolie) , Nidhi Jha (Inde), Tom Ssekabira (Angola), Albert Ensasi Gonzalez Monteagudo (Cuba)...
Sur trois continents et dans quatre situations radicalement différentes, les protagonistes du Grand jour, âgés de onze à dix-neuf ans, ont un point commun : la volonté inextinguible de réaliser leur rêve même s’il paraît inaccessible. Bien mené, joliment raconté, Le Grand jour nous tient en haleine tout au long du chemin sinueux que parcourent ces quatre jeunes gens. C’est une ode à la persévérance, à l’optimisme même dans les situations qui pourraient paraître désespérées, à la solidarité familiale et à l’amitié (aucun des quatre héros n’en serait là sans le soutien inébranlable de sa famille, pourtant très démunie, et de ses amis). Un film à découvrir toutes générations confondues : il réchauffera les cœurs fatigués, réveillera les espoirs endormis, et sera évidemment pour les plus jeunes une piste d’éveil et de réflexion. Comme pour Sur le chemin de l’école, on ne peut que conseiller aux enseignants de découvrir le film pour le faire partager à leurs élèves par la suite, il fournira une excellente base de discussion pour une éducation citoyenne... lire la suite
Le Luc : mercredi 18h et vendredi 21h
Adama
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Adama
Réalisé par Simon ROUBY
Film d'animation France 2015 1h22mn
Scénario de de Julien Lilti et Simon Rouby
Pour les enfants à partir de 9 ans
C’est un pari magnifique, presque insensé dans le monde souvent formaté du film d’animation. Le pari d’un conte initiatique qui s’enracine dans l’une des pages d’histoire les plus dramatiques du monde occidental moderne, mais à hauteur d’enfant. Le pari d’un récit au fil d’un extraordinaire voyage qui va des grands plateaux africains aux tranchées de Verdun. Le pari d’une animation aux mille et un visages, qui a su prendre le meilleur des techniques anciennes ou dernier cri sans perdre ni son âme ni sa générosité. Mais surtout le pari de miser sur l’intelligence, la curiosité, l’ouverture au monde et aux autres des jeunes spectateurs. C’est dire si nous recommandons plus que chaudement la vision en famille d’Adama qui parvient, avec poésie, force et beauté, à brasser des sujets complexes sans jamais être pesant ou donneur de leçons, et en gardant à l’esprit la dimension divertissante indispensable aux jeunes spectateurs... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi et mardi : 14h, 15h50 et 19h15
Marguerite & Julien
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Marguerite & Julien
Réalisé par Valérie DONZELLI
France 2015 1h45mn
Scénario de Jean Gruault
avec Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot, Aurélia Petit, Raoul Fernandez...
Dans un orphelinat, des dizaines de gamines rient sous leur couette. Une surveillante rentre dans la chambre et commence à dire un conte, mais on ne sait pas s’il est censé faire peur, rire ou pleurer. Cette histoire, c’est celle de Marguerite (Anaïs Demoustier) et Julien de Ravalet (Jérémie Elkaïm), un frère et une sœur qui grandissent dans un château où leur père est seigneur. Au fur et à mesure, leur amour prend une tonalité érotique. De manière préventive, Julien est exilé. Il revient et, adulte, constate que la maturité n’a pas altéré ce désir jugé «barbare»... lire la suite
Salernes : jeudi et lundi 18h - vendredi 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Belles familles
BELLES FAMILLESRéalisé par Jean-paul RAPPENEAU
France 2015 1h53mn
avec Mathieu Amalric, Marine Vacth, Gilles Lellouche, Karin Viard, Nicole Garcia, Guillaume de Tonquédec, André Dussollier...
Scénario de Jean-Paul Rappeneau en collaboration avec Philippe Le Guay et Julien Rappeneau

Jérôme Varenne (Mathieu Amalric, égal à lui-même), qui vit à Shanghai, est de passage à Paris chez sa mère (Nicole Garcia, inoxydable). Il apprend que la maison de famille où il a grandi, sur le point d’être vendue, est au cœur d’un litige entre l’acheteur (Gilles Lellouche) et le maire de sa ville natale (André Dussollier, savoureux). Plus curieux que son frère (Guillaume de Tonquédec, drolatique), il décide de se rendre sur place pour tenter de démêler l’affaire. Il ne se doute pas que ce retour vers son passé va bouleverser sa vie…
Jean-Paul Rappeneau est un cinéaste rare (c’est seulement son troisième opus depuis Cyrano de Bergerac) car perfectionniste. Une fois encore, il réussit un film comme on n’en fait plus beaucoup à présent, qui n’a pas peur des grands sentiments, et qui, par le nombre de ses péripéties, son souffle, l’importance qu’il accorde à sa galerie de personnages, acquiert une densité romanesque. Bondissant, vif, alerte, le film, imparablement rythmé, est un régal de chaque instant.

« Jean-Paul Rappeneau, c’est l’auteur du Sauvage, l’une des très rares comédies françaises dignes des grandes comédies américaines des années trente et quarante. Dans Belles familles, on retrouve cette orfèvrerie des comédies sophistiquées, cent coudées au-dessus de l’ordinaire comique de notre cinéma. Rappeneau ne cherche pas à exploiter un filon commercial à la mode, à faire un coup facile au box-office, mais à fignoler patiemment et amoureusement un film de genre « comédie » avec les méthodes anciennes. Ces méthodes anciennes consistent en un récit complexe mais limpide, avec une intrigue à plusieurs tiroirs et doubles fonds, des dialogues à double sens et sous-entendus, des échos et rimes qui miroitent tout du long, des quiproquos, des personnages pas à leur place, des ellipses, une gestuelle quasi-burlesque, des plans et un montage qui parlent parfois mieux qu’une ligne de dialogue, des variations entre le rire, la gravité et la profondeur. Belles familles est un subtil et gracile édifice.
« Méthodes old school ne veut pas dire film vieillot. Belles familles parle d’aujourd’hui, de notre temps mondialisé et accéléré par les technologies. Ou plutôt, il montre l’entrechoquement entre une certaine France, ses vieilles pierres, ses anciennes familles, ses règles et lois immuables, ses classes sociales, ses rythmes lents, son art de vivre et sa pesanteur, et le monde de la classe affaires internationale, sa fluidité, sa rapidité, son métissage, son efficacité, sa froideur, son cynisme. Tout le film est construit sur le frottement entre ces vitesses asynchrones, fuseaux horaires contre ancrage ancestral, tradition-héritage contre modernité-nomadisme : comment dilater, retarder, le moment de signer un deal franco-chinois à Londres (capitale de la finance-business globalisée) et comment concentrer, accélérer le règlement d’une succession dans une sous-préfecture de province. Le héros, Mathieu Amalric, est écartelé entre ces deux options de vitesse, qui sont aussi des choix politiques, romantiques, existentiels. Dans le registre comédie française grand public, je n’échangerais pas ce Belles familles haut cru contre tout ce qui se fait et cartonne depuis des années. » (Serge Kanganski, Les Inrockuptibles)


CGR (Draguignan) : mercredi 11h, 18h,et 20h15 - Jeudi, vendredi, lundi et mardi : 15h50, 18h et 20h15


Much Loved
MUCH LOVEDÉcrit et réalisé par Nabil AYOUCH
Maroc 2015 1h45mn VOSTF
avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elmhamdi Elaloui, Abdellah Didane...

C'est un film audacieux qui balaie fièrement les obscurantismes, les préjugés faciles et surtout les grandes hypocrisies, les uns se nourrissant des autres. D'ailleurs ça n'a pas manqué : dans son pays d'origine, le Maroc, Much loved a fait l'effet d'une bombe. Censure préalable du film, qui ne sera probablement montré que clandestinement, attaques très violentes contre l'équipe allant jusqu'aux menaces explicites de mort contre le réalisateur et son actrice principale, la géniale Loubna Abidar… Alors même que ses contradicteurs ne l'ont généralement pas vu, le film déchaine les réactions de haine. Et pourtant c'est bien un formidable film d'amour. De quel crime parle-t-on ? Celui de montrer sans stigmatisation ni édulcoration le quotidien de quatre prostituées marocaines, dans un pays où cette activité est officiellement interdite, mais pourtant omniprésente pour qui a fréquenté un jour les lieux de nuit des grandes villes marocaines, tout spécialement celles qui attirent touristes et hommes d'affaires en goguette, qu'ils soient Marocains, Européens ou ressortissants des Emirats, ces pays utlra rigoristes qui exportent de nombreux millionnaires en pleine frustration sexuelle et accros aux relations tarifées.

On va suivre, à Marrakech, Nora, Randa, Soukaina et plus tard Hlima. Les premières scènes sont pour le moins explicites. Les trois comparses se rendent, accompagnées de leur toujours serviable chauffeur Saïd, à une fête organisée par des Saoudiens. L'alcool pourtant interdit coule à flots. Rapidement les danses lascives s'enchaînent devant les émiratis enivrés… et la suite ne fait aucun doute. Les propos des filles entre elles sont crus et ont dû choquer autant les notables cannois (Much loved était sélectionné à La Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival) que le Marocain moyen, pourtant conscient de cette réalité : l'une demande à l'autre si elle sait faire un 8 avec ses fesses, puis rigole d'avoir « la chatte en sang » après une nuit avec un client inépuisable et plus tard fait sa toilette intime au Coca pour chasser les règles…
Nabil Ayouch montre la crudité du métier mais pas que ça. Refusant les clichés misérabilistes aussi bien qu'angéliques, il décrit avec tendresse le paradoxe de ces femmes qui donnent parfois leurs corps pour nourrir une famille qui pourtant les méprise, en totale hypocrisie ; il montre aussi la formidable solidarité de ces sœurs de lupanar qui, malgré les engueulades mémorables, se soutiennent envers et contre tout et tous, font bloc dans les moments difficiles, comme quand l'une est tabassée par un client furieux de s'être révélé impuissant ou quand l'autre est violée par un policier, pratique courante dans l'arbitraire de la prohibition prostitutionnelle. Des femmes qui tentent d'aimer aussi, même si tout est réuni pour leur prouver que c'est impossible…

Ce qui génère probablement l'agacement voire la haine de certains et – beaucoup moins nombreuses heureusement – certaines, c'est que Nabil Ayouch (un récidiviste qui avait déjà su gratter la société marocaine là ou ça fait mal dans Ali Zaoua et Les Chevaux de Dieu) fait de ces putes parfois grossières et tonitruantes des héroïnes formidables de générosité et de liberté, incarnées par des actrices non professionnelles non moins formidables qui insufflent à leur personnage une authenticité implacable.(Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi à 18h15 , jeudi,  vendredi , dimanche à 20h45


Youth
YOUTHÉcrit et réalisé par Paolo SORRENTINO
Italie/GB 2015 1h58mn VOSTF
avec l'irrésistible duo Michael Caine – Harvey Keitel et Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda...

Au cœur des Alpes suisses, dans un grand hôtel réservé aux plus fortunés, où tout ne devrait être que luxe, calme et volupté, nous allons en fait côtoyer une belle bande d'agités : un jeune acteur en plein questionnement sur son prochain rôle, un couple qui semble ne jamais échanger le moindre mot, un ancien footballeur argentin en surpoids (eh oui, c'est lui), Miss univers en personne, un guide de montagne probablement plus habitué au charme spartiate d'un refuge, une masseuse de l'hôtel qui se rêve danseuse, une jeune prostituée désabusée… Mais nous fréquenterons surtout, pour notre plus grand plaisir, un vieux réalisateur venu travailler à ce qui devrait être son film-testament – Harvey Keitel – et son meilleur ami, un chef d'orchestre à la retraite – Michael Caine. Ce dernier se verra proposer par un émissaire de la reine d'Angleterre de reprendre la baguette pour diriger un morceau particulier à la fête d'anniversaire du prince Philip. Il opposera un refus ferme et définitif à cette demande pour une raison que nous apprendrons plus tard… Mais n'est-ce pas de toute façon le privilège de l'âge de pouvoir se détacher de certaines obligations et se permettre d'envoyer paître la reine d'Angleterre ? Cela dit, même à 80 ans, les choses ne sont pas si simples, surtout quand on a une grande fille qui est aussi son agent personnel et qui a des idées bien arrêtées sur ce qu'est la carrière d'un grand maître de la musique…

La présence de ces personnages dans ce lieu de rencontre naturel qu'est l'hôtel va permettre de multiples échanges qui seront source de réflexion et même d'évolution pour certains. La vie, la mort, la création, la beauté, le sens des choix que l'on fait, le temps qui passe, l'amitié, la paternité, l'amour, la fidélité, ce qui nous obsède, ce dont on se souvient, ce que l'on préfère oublier… autant de thèmes évoqués ou sous-entendus lors de ces discussions plus profondes qu'elles n'en ont l'air sur le moment. Cela n'empêche d'ailleurs pas nos octogénaires d'aborder des questions plus terre à terre, comme de s'enquérir chaque jour du nombre de gouttes qu'ils auront réussi à pisser ! Et l'on peut faire confiance à Paolo Sorrentino pour déployer tout au long du film une finesse, une subtilité, une tendresse, une drôlerie qui font tout son prix.
Ce nouveau film de l'italien Sorrentino est tourné en anglais et l'immense Michael Caine prend en quelque sorte le relais de Toni Servillo, l'acteur fétiche du réalisateur, dans le rôle de l'homme d'âge mur impassible, au regard affûté, qui occupe son temps à scruter les habitudes et les manies de ses semblables. Les autres acteurs sont tout autant à leur place dans l'univers de Sorrentino, Paul Dano, parfait, ou Harvey Keitel dont vous n'oublierez pas le face à face avec Jane Fonda.

Plus encore que dans ses précédents films, La Grande bellezza ou Il Divo, l'humour est ici très présent : il s'exprime essentiellement à travers des dialogues savoureux, mais aussi au détour de quelques épatantes trouvailles visuelles, qu'il s'agisse d'un tatouage que nous découvrons petit à petit ou de la surprise rencontrée par une petite fille dans une allée sombre de l'établissement… Bref, un qualificatif résume bien la forte impression que nous fait ce film : brillant ! (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi, dimanche et mardi 20h45 - vendredi, samedi et lundi 18h15


Fatima
FATIMAÉcrit et réalisé par Philippe FAUCON
France 2015 1h19mn
avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Chawki Amari, Mehdi Senoussi, Franck Andrieux, Yolanda Mpele..
Scénario librement inspiré des ouvrages de Fatima Elayoubi

 

 

Fatima, c'est plus qu'un magnifique portrait de femme, c'est le portrait d'une foultitude d'autres et même, en filigrane, celui de notre société. C'est un film qui vient plonger au plus profond de nous-mêmes, nous bousculer à tel point qu'il sera impossible de regarder de la même manière les passantes inconnues que l'on croise dans la rue têtes nues ou discrètement voilées. Il n'y a qu'une chose à faire : éteindre complètement son portable, se lover dans son siège préféré puis se laisser porter pendant une petite heure dix neuf minutes où tout est merveilleusement dit et montré, avec une justesse de ton et une élégance discrète qui confirment que Philippe Faucon est décidément un grand cinéaste (on n'a pas oublié Samia, Dans la vie, le prémonitoire La Désintégration…). Et au fait, plus que jamais : arrivez à l'heure ! Il est impensable de louper le premier plan !

Fatima, un prénom de princesse presque devenu un nom commun tant on l'associe aux dames de ménage corvéables à merci, prolétaires de l'ombre destinées à la serpillière. Notre Fatima ne rompt pas avec ce cliché. Le pâle sourire qui illumine son visage débonnaire, son allure de quarantenaire plantureuse, vêtue soigneusement mais sans souci d'effets de mode, son voile qui cache ses cheveux : tout contribue à en faire une Fatima semblable à ces milliers d'autres qu'on voit circuler dans l'indifférence générale de nos cités. Dans la grisaille du petit jour, elle semble presque glisser, anodine et frêle, pour aller travailler dans divers lieux où l'on s'adresse à elle avec une condescendance déshonorante (plus encore d'ailleurs pour ceux qui en font preuve que pour elle qui la subit). Le soir, rentrée à l'appartement, il lui reste encore à affronter l'arrogance de sa plus jeune fille, Souad, qui du haut de ses quinze ans la juge de manière tranchante. Comme si Fatima était le symbole de l'entrave à son intégration, l'empêcheuse de se normaliser en rond. Sa révolte se trompe d'ennemie, elle est le fruit d'une société qui l'incite à avoir honte d'une mère qui n'est bonne qu'à « laver la merde des Français » et qui ne sait même pas parler leur langue…
Heureusement, son aînée, Nesrine, remet un peu sa cadette en place. Elle connaît le prix de l'ascension sociale, les sacrifices maternels pour qu'elle parvienne jusqu'au concours de médecine… Tout un discours tellement ressassé par la voix haut perchée de Fatima que Souad le rejette en bloc et ne veut plus l'entendre. Elle mériterait bien des baffes parfois, et on aurait presque envie de secouer Fatima qu'on pourrait prendre tout d'abord, bêtement, comme le fait une bonne partie de son entourage, pour le prototype de la femme soumise. Progressivement on découvre combien on a tout faux, à quel point on est tombé dans le piège du délit de faciès et on fond d'admiration pour cette bonne femme à la volonté tenace, pour son obstination à ne céder ni à la violence ni au mépris qu'on lui renvoie de toutes parts. Elle a cette force insoupçonnable de celle qui n'a rien à prouver. On peut bien la prendre pour une imbécile, cela n'altère en rien ce qu'elle est, ses mérites. Si elle ne fait pas de vagues, c'est qu'elle reste tendue vers son but, ne s'en détourne jamais : amener ses filles vers un rivage qui l'a elle même rejetée ou en tout cas bien mal accueillie. Et la traversée est tellement semée d'embûches que dans la bataille, cette altruiste s'est tout simplement oubliée, sacrifiant une part d'elle-même.

Plus on rentre dans son intimité, plus on dépasse sa difficulté à s'exprimer, cette barrière de la langue qui crée un fossé infranchissable entre les humains, plus sa beauté intérieure se dévoile, irradie. Personnage complexe et subtil, à l'intelligence vive, aux propos pertinents. On souhaiterait tous avoir une telle Fatima dans sa vie ! Pour l'heure Philippe Faucon nous l'offre dans son film : ne la laissons pas passer !


Le Vox (Fréjus) : mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi et mardi : 17h30 et 21h


Marguerite
MARGUERITERéalisé par Xavier GIANNOLI
France 2015 2h07mn
avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Christa Théret, Denis Mpunga, Sylvain Dieuaide, Aubert Fenoy...
Scénario de Xavier Giannoli, avec la collaboratio de Marcia Romano

Florence Foster Jenkins était une richissime américaine qui se rêvait diva. Persuadée d'être une grande soprano, elle fut beaucoup moquée, mais termina son étonnante carrière sur un concert mémorable à Carnegie Hall (les billets s'arrachèrent des semaines à l'avance, on refusa un monde fou). La particularité de cette grande originale était de ne pas s'entendre chanter, et donc d'être parfaitement inconsciente de la fausseté de sa voix. Loin de briser sa carrière dans l'œuf, ce petit inconvénient ne l'a pas empêchée de laisser une trace indélébile dans l'histoire du chant lyrique : Orson Welles s'en est d'ailleurs inspiré pour créer le personnage de l'épouse de son Citizen Kane, et on dit même que Hergé s'en est nourri pour créer la Castafiore que croise Tintin dans une de ses aventures les plus célèbres. Mais si son histoire a été le point de départ du film, Xavier Giannoli en fait une évocation toute personnelle et superbe, fatalement cocasse mais aussi pleine d'ambigüité, de beauté, d'émotions contradictoires, d'humanité, de poésie…
Il baptise sa diva Marguerite et la fait vivre en France dans les années vingt, période foisonnante aussi bien dans l'évolution des mœurs que dans celle des arts, l'entoure de personnages qui contribuent à donner au film un intérêt et une profondeur bien au-delà du simple récit d'un destin surprenant. Et il a l'idée imparable de confier ce rôle périlleux à une Catherine Frot baroque et bouleversante : des atouts qui devraient bien lui valoir quelque prix à la Mostra de Venise pour laquelle il a été sélectionné.

Marguerite vit dans un décor de rêve : château cossu, lourdes tentures, lumière veloutée, personnel dévoué, mari séduisant dont elle est profondément amoureuse. La mode de l'époque, épatante d'élégance et de sensualité, lui donne belle allure et sa fortune lui vaut la bienveillance ostentatoire d'une petite cour qui se presse dans ses salons pour participer aux soirées musicales qu'elle organise avec un sens du détail où se manifeste sa nature généreuse. Pas de doute, Marguerite sait recevoir et elle a les moyens de ne pas lésiner. Elle est la bienfaitrice d'un groupe de musique qui lui doit son existence, et si des artistes de talent se produisent lors de ses petits concerts privés, elle en est la vedette obligée. Marguerite a pour passion la musique et particulièrement l'opéra. Une passion qui l'absorbe tout entière, la dévore, fait exulter sa vie : elle aime chanter, elle veut chanter et travaille comme une forcenée à exercer sa voix, n'hésite pas à aborder les morceaux les plus ardus qu'elle écorche avec une obstination qui force l'admiration. Pas un de ses prétendus admirateurs n'ose lui dire qu'elle chante horriblement faux, « sublimement faux, divinement faux, sauvagement faux » s'extasie un petit journaliste qui ne va surtout pas le lui répéter mais qui va la convaincre au contraire de se produire devant un vrai public.
Chacun l'encourage : par hypocrisie, par intérêt financier, par lâcheté ou encore parce qu'elle est confondante de gentillesse et que cette passion pour le chant lui est tellement essentielle qu'on imagine qu'elle s'écroulerait si on l'en privait… Chanter est pour elle à la fois souffrance et bonheur, un remède à sa profonde solitude, une tentative désespérée de gagner le cœur d'un mari qui ne sait pas toujours s'il a envie de fuir ou de la protéger, une nécessité pour se sentir vivre, pour ne pas sombrer… Il y a quelque chose de grandiose, de drôle et de tragique dans cette obstination à ne pas voir, à ne pas comprendre les réactions d'un entourage où toutes et tous sont complices du mensonge ambiant.

Catherine Frot impose comme une évidence une Marguerite merveilleuse de candeur, touchante de sincérité parmi une société de profiteurs et de cyniques où chacun triche, trompe, trahit… Fatalement le film est ponctué de quelques grands airs, parmi les plus audacieux du répertoire classique, et si on est d'abord ahuri par cette voix qui déraille, on en arrive à écouter avec curiosité puis on finit par se laisser convaincre et profondément émouvoir par l'expression de cette passion qui autorise toutes les audaces. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 14h - vendredi, dimanche et mardi 15h50


Le Grand Jour
LE GRAND JOURRéalisé par Pascal PLISSON
Documentaire France 2015 1h26mn
avec Degii Batjargal (Mongolie) , Nidhi Jha (Inde), Tom Ssekabira (Angola), Albert Ensasi Gonzalez Monteagudo (Cuba)...

On pourra reprocher à Pascal Plisson d’utiliser ici les recettes qui ont fait le succès de son précédent documentaire. Rappelez-vous, Sur le chemin de l’école valorisait les efforts incroyables de quatre jeunes enfants de par le monde, qui déployaient une énergie folle et des trésors d’inventivité pour se rendre coûte que coûte à l’école la plus proche, la proximité étant une notion toute relative puisque certains faisaient trois heures de marche dans des conditions parfois ubuesques. Sur le chemin de l’école, vibrant hommage à l’enseignement, a mis du baume au cœur de milliers d’enseignants, donné quelques leçons de vie à quelques bambins parfois un peu trop choyés et des outils de réflexion à des familles parfois désemparées. Le Grand jour suit à peu près la même trame mais cette fois les enfants sont un peu plus grands, parfois à la frontière de l’âge adulte, et pour certains ont quitté l’école proprement dite. Mais sur trois continents et dans quatre situations radicalement différentes, les protagonistes du Grand jour, âgés de onze à dix-neuf ans, ont un point commun : la volonté inextinguible de réaliser leur rêve même s’il paraît inaccessible.

Dans les faubourgs d’Oulan Bator, Mongolie, la petite Degii s’entraîne inlassablement au contorsionniste pour intégrer, malgré ses onze ans, une grande école de cirque alors qu’en Asie la concurrence est rude. Parcours similaire pour Albert, même âge mais grandi au soleil de la Havane, où la misère n’est pas forcément plus belle ; Albert a un objectif : se faire admettre au sein de la prestigieuse académie de boxe, le sport étant roi en terre cubaine. Très loin de là, à Benarès, Nidhi vit chichement auprès de son père chauffeur de touk touk mais il voit s’ouvrir des perspectives d’avenir inespérées quand une fondation, destinée à soutenir les élèves brillants et pauvres, propose un concours pour intégrer une classe de prépa à l’Ecole Polytechnique. Tom enfin, dix-neuf ans, vit en Angola, dans un pays qui offre une richesse environnementale incroyable, avec des espaces immenses où peuvent vivre les grands félins ou les grands primates, mais qui, pauvreté générale et priorité économique obligent, est victime des braconnages et des trafics d’animaux. Tom adore la nature et il a intégré l’école des rangers du parc national. S’il parvient à réussir son examen final, il sera définitivement guide et peut être réalisera-t-il son rêve : faire une thèse sur les grands singes qui le fascinent particulièrement.

Bien mené, joliment raconté, Le Grand jour nous tient en haleine tout au long du chemin sinueux que parcourent ces quatre jeunes gens. C’est une ode à la persévérance, à l’optimisme même dans les situations qui pourraient paraître désespérées, à la solidarité familiale et à l’amitié (aucun des quatre héros n’en serait là sans le soutien inébranlable de sa famille, pourtant très démunie, et de ses amis). Un film à découvrir toutes générations confondues : il réchauffera les cœurs fatigués, réveillera les espoirs endormis, et sera évidemment pour les plus jeunes une piste d’éveil et de réflexion. Comme pour Sur le chemin de l’école, on ne peut que conseiller aux enseignants de découvrir le film pour le faire partager à leurs élèves par la suite, il fournira une excellente base de discussion pour une éducation citoyenne.


Le Luc : mercredi 18h et vendredi 21h


Adama
ADAMARéalisé par Simon ROUBY
Film d'animation France 2015 1h22mn
Scénario de de Julien Lilti et Simon Rouby
Pour les enfants à partir de 9 ans

C’est un pari magnifique, presque insensé dans le monde souvent formaté du film d’animation. Le pari d’un conte initiatique qui s’enracine dans l’une des pages d’histoire les plus dramatiques du monde occidental moderne, mais à hauteur d’enfant. Le pari d’un récit au fil d’un extraordinaire voyage qui va des grands plateaux africains aux tranchées de Verdun. Le pari d’une animation aux mille et un visages, qui a su prendre le meilleur des techniques anciennes ou dernier cri sans perdre ni son âme ni sa générosité. Mais surtout le pari de miser sur l’intelligence, la curiosité, l’ouverture au monde et aux autres des jeunes spectateurs. C’est dire si nous recommandons plus que chaudement la vision en famille d’Adama qui parvient, avec poésie, force et beauté, à brasser des sujets complexes sans jamais être pesant ou donneur de leçons, et en gardant à l’esprit la dimension divertissante indispensable aux jeunes spectateurs.

C’est bien sûr de la guerre 14-18 qu’il s’agit, mais aussi et surtout de fraternité entre les peuples, en dépit des différences de culture ou de tradition… C’est donc l’histoire d’Adama, jeune gamin d’une douzaine d’année, qui vit dans un village isolé d’Afrique de l’Ouest. Au-delà des falaises, loin de l’univers serein régi par les traditions ancestrales, s’agite le Monde des Souffles. Là où règnent les Nassaras, les étrangers, les blancs – et, pourrait-on ajouter, les colons.
Une nuit, Samba, son frère aîné, disparaît. Il a décidé de partir rejoindre les troupes de l’armée française pour combattre un ennemi dont il ne connaît rien, dans un pays qui lui est totalement étranger. Adama, bravant l’interdit des anciens, décide alors de partir à sa recherche. Il entame, avec la détermination sans faille d’un enfant devenant homme, une quête qui va le mener au-delà des mers, au Nord, jusqu’aux lignes de front du conflit, dans un pays glacé et déjà défiguré par les combats. Nous sommes en 1916…

Le film est une invitation à partager une histoire commune à l’Europe et à l’Afrique. Il est dans sa forme même une expression artistique métissée. Adama n’est pas français, européen ou africain, il n’a d’autre nationalité que son identité artistique hybride, composée des influences graphiques et musicales de l’Afrique, de l’Europe, des Caraïbes, de l’Amérique… En ces temps de repli, de rejet, de confrontation parfois brutale entre les hommes, Adama saisit au vol l’épisode tragique d’une fraternité passée pour peut-être tenter de construire au travers du cinéma celle de demain.


Le Vox (Fréjus) : mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi et mardi : 14h, 15h50 et 19h15

 

Marguerite & Julien
«Marguerite et Julien»Réalisé par Valérie DONZELLI
France 2015 1h45mn
avec Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot, Aurélia Petit, Raoul Fernandez...

Dans un orphelinat, des dizaines de gamines rient sous leur couette. Une surveillante rentre dans la chambre et commence à dire un conte, mais on ne sait pas s’il est censé faire peur, rire ou pleurer. Cette histoire, c’est celle de Marguerite (Anaïs Demoustier) et Julien de Ravalet (Jérémie Elkaïm), un frère et une sœur qui grandissent dans un château où leur père est seigneur. Au fur et à mesure, leur amour prend une tonalité érotique. De manière préventive, Julien est exilé. Il revient et, adulte, constate que la maturité n’a pas altéré ce désir jugé «barbare».

Marguerite et Julien, quatrième long métrage de Valérie Donzelli, trouve son origine dans un scénario que Jean Gruault, l’immense scénariste de la Nouvelle Vague, conçut pour François Truffaut au début des années 70. Le cinéaste n’a jamais porté à l’écran cette histoire d’inceste, inspirée d’un fait réel datant de la fin du XVIe siècle. Donzelli s’en empare, fait sien le parcours interdit de ces deux amants. Marguerite est mariée de force à un contrôleur fiscal, Julien fait tout pour la sauver, l’enlève et le duo tente de fuir en Angleterre, pourchassé par le mari éconduit et la police qui les accuse d’inceste et d’adultère. Leur érotisme est celui du tabou absolu, universel, qui provoque un frisson dans l’échine. Mais l’amour est fort, il s’installe avec une dynamique inverse à l’acharnement de leur entourage. On est avec eux et contre tous. «Plus je lutte et plus je t’aime», se disent-ils.

Calèches. Il y a évidemment du Truffaut, dans la voix off et la musique qui s’emballe. Mais il y a aussi, et surtout, du Jacques Demy. D’abord dans cet attachement à proposer, à donner à voir l’impensable. Marguerite et Julien veulent faire déchanter la Fée des lilas qui voulait convaincre Peau d’âne de ne pas épouser son père en lui disant que «des questions de culture et de législature décidèrent en leur temps» qu’on ne se mariait pas au sein des familles. Mais si on pense à Demy partout, tout le temps, c’est aussi dans l’anachronisme permanent. Au château, il y a des calèches et des postes de télévision, des bruits de sirènes et un hélicoptère qui vient se poser, comme celui qui transportait Jean Marais et Delphine Seyrig.

C’est un conte qui, comme tout imaginaire, nous dit autre chose. Oui, l’amour est possible. Peu importe comment il est et à quoi il ressemble. Voilà ce que nous crie la filmographie de Valérie Donzelli. C’était l’enjeu de la Reine des pommes  (2010) et son garçon interchangeable, celui de La guerre est déclarée (2011) où l’amour était une lutte pour la survie d’un enfant atteint d’un cancer ou enfin de Main dans la main (2012), pour lequel il était un sortilège. Marguerite et Julien est de loin le plus noir de ses films, il n’offre aucun salut à ses amants. Cette peinture des formes variées qu’emprunte le sentiment amoureux, la cinéaste a toujours voulu la composer et la décomposer en autant de variations sur la solitude et les infinies possibilités de l’exorciser à deux, à trois, entre amis, amants, frères-sœurs, vrais-faux jumeaux et inséparables bicéphales. Un travail qu’elle mène avec un alter ego, Jérémie Elkaïm, acteur fétiche, coscénariste et conseiller à la mise en scène.

Donzelli ne se contente pas de décors ou de costumes anachroniques, elle chamboule sa mise en scène, s’offre quelques moments de grâce. Comme quand Marguerite s’évanouit et qu’un fantôme de Julien la prend dans ses bras. Ou, alors que le frère et la sœur sont en fuite, et que le cadre s’élargit, l’écran se remplissant du ciel, de la lande et de toutes les promesses de liberté. Dans le dossier de presse, la réalisatrice évoque son travail avec Céline Bozon, directrice de la photographie : «Je lui donnais des indications un peu contradictoires : je voulais un film à la fois technicolor et en même temps quelque chose de très moderne, de très rock. Mais aussi quelque chose de très intime.» Avec cette façon de ratisser large, de se concentrer sur toutes sortes de détails, de piocher dans des univers étendus, au risque parfois d’un incoercible désordre, un trop-plein qui donne le tournis.

Marguerite et Julien dessine l’envie de ramener du romanesque au cœur du cinéma français. C’est cette tentative qui fait à la fois aimer la singularité du film et regretter qu’autant d’idées mises bout à bout ne provoquent pas un effet de dynamite. Avec La guerre est déclarée, tourné à peu de moyens, Donzelli osait une narration qui avançait comme une tornade (ce qui n’est pas le cas ici). Le statut de la réalisatrice est alors monté d’un coup en gamme, avec près d’un million d’entrées, elle a enchaîné avec Main dans la main, comédie entre Paris et New York avec Elkaïm et Valérie Lemercier, puis elle a mis en boîte très vite une commande d’Arte et de la Comédie-Française (Que d’amour ! adaptation du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux), avant d’enchaîner avec ce projet. Cette frénésie s’accompagne d’un changement d’échelle dans le budget, d’un recours à du décor, des costumes, du casting, des moyens techniques qui n’ont plus rien à voir avec la dynamique de coopérative en folie de ses premiers films. Marguerite et Julien porte la trace d’un effort constant pour arracher de la légèreté à ce qui pourrait au contraire tout alourdir, empêcher, ralentir.

Suçon. Paradoxalement, dans le foisonnement de décors et d’artifices, d’anachronismes, ce qui emporte le plus est sans doute l’inverse même de cette volonté d’écrire une histoire bariolée. Soit l’aspect le plus intimiste du film, sa manière de regarder à l’aide d’une longue-vue ce qu’il peut se passer dans les chambres ou les greniers d’un château surréel, ou une grotte qui donne sur la mer. Donzelli a l’envie de faire un récit panoramique de l’amour, mais c’est avec le microscope qu’elle est la plus juste. Dans un jeu d’enfants, Marguerite et Julien tracent des lettres avec les doigts sur le dos de l’un et l’autre, se font deviner des mots. Un orteil léché ou un suçon dans le cou sont les preuves, innocentes mais réelles, des marques que l’amour laisse sur la chair de ces êtres de légende. Clément Ghys (Libération)


Salernes : jeudi et lundi 18h - vendredi 20h30

 

 

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