Au(x) cinéma(s) du 22 au 28 avril

Entretoiles entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous,

Les Escapades Littéraires et les 3 films proposés par Entretoiles ont été un succès ! Que ce soit "Refroidis", "Someone you love" ou "Snow therapy", ils ont été tous les 3 vivement appréciés !
CGR se révèle particulièrement indigent cette semaine avec un seul film, (on avait compris qu'on était à la portion congrue !), mais pas vraiment honoré par la critique, et, comme la semaine dernière, qu'on n'a jamais demandé : Good kill, un film américain dans toute sa splendeur (ou son horreur : c'est selon).
Enfin, bref ! Pour ce qui est de nos démarches, pour exister en tant que cinéma d'art et essai à Draguignan, nous continuons de poursuivre nos pistes : rencontrer un directeur de cinéma intéressé par l'Eldo, rencontrer nos élus au niveau de la Mairie et de la CAD, chercher une salle intermédiaire en attendant la réouverture espérée de l'Eldo. Nous avons plusieurs de ces rendez-vous ces deux prochaines semaines et nous vous tiendrons au courant de nos avancées à petits pas !
Mais il faut aller voir ailleurs en attendant ! Et vous avez une perle à aller voir sans plus tarder : c'est Taxi Téhéran de Jafar Panahi ! au Vox à Fréjus. Vous y verrez aussi le beau film de Benoit Jacquot Journal d'une femme de chambre, et  Voyage en Chine avec Yolande Moreau dans un beau rôle. A Lorgues, ne ratez pas Les merveilles et Still Alice, si vous ne les avez pas vus, et à Cotignac, 3 films intéressants : L'EnquêteLe dernier coup de marteau et Selma ! Et n'oublions pas le dernier film de Wim Wenders : Every thing will be fine au Vox à fréjus !
Cette semaine, le cinéma qu'on aime est vraiment ailleurs : allez y !
Transférez, adhérez (bulletin à la fin de cette lettre) !
Et si vous ne recevez pas cette lettre directement, demandez la nous (entretoiles83@laposte.net) !

PROGRAMMATION DU 22 AU 28 AVRIL 2015

Good Kill
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Good Kill
Réalisé par Andrew NICCOL
USA 2015 1h45mn VOSTF
avec Ethan Hawke, Bruce Greenwood, Zoë Kravitz...
À partir d'un scénario qui lorgne du côté de la série Homeland (malaise du pilote de guerre de retour dans la vie civile, cynisme de la CIA, suprématie de la raison d'Etat dans la guerre contre le terrorisme…), Andrew Niccol met en scène des personnages sans épaisseur, sans qualité. Enveloppe vide qui tire la gueule du début à la fin du film, celui d'Ethan Hawke est défini par les rasades de vodka qu'il s'envoie en douce dans la salle de bains. Déambulant en robe cocktail et talons aiguilles dans son pavillon de la banlieue de Las Vegas comme si elle n'était pas tout à fait sortie de la série Mad Men, sa femme, interprétée par l'actrice January Jones, répète en boucle la même réplique : « tu as l'air d'être à des kilomètres… »... lire la suite
CGR Chabran : mercredi 22 15h45 - jeudi 23 19h45 - vendredi 24 13h30- samedi 25 21h45 - dimanche 26 17h45
Taxi Téhéran
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Taxi Téhéran
Ecrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Festival de Berlin 2015
L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 22 à 14h, 16h15, 18h30, 21h - jeudi 23 15h et 21h -vendredi 24 15h, 18h, 21h - samedi 25 14h, 16h15, 21h - dimanche 26 : 15h15, 18h30, 21h - Lundi 27 18h05, 21h - mardi 28 : 16h15 - 18h30, 21h
Every Thing Will Be Fine
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Every Thing Will Be Fine
Réalisé par Wim WENDERS
France/Canada/Allemagne 2015 1h55mn VOSTF
avec Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams, James Franco...
Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, tandis que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 22, samedi 25, dimanche 26, lundi 27, mardi 28 : 14h, 18h30 et 21h - jeudi 23 et vendredi 24 : 15h, 18h30 et 21h
Le dernier coup de marteau
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Le dernier coup de marteau
Réalisé par Alix DELAPORTE
France 2014 1h23mn
avec Romain Paul, Clotilde Hesme, Grégory Gadebois, Candela Peña...
Le dernier mouvement de la 6e Symphonie de Gustav Mahler, originellement dite « Tragique », est bien marqué par trois coups de marteau – « trois coups du destin, dont le troisième fait tomber (le héros) comme un arbre ». Et l'histoire nous dit que, dans l'année qui suivit la création, après que le destin l'eut par trois fois violemment frappé, par superstition, le compositeur retira du final le troisième et dernier coup de marteau. C'est par cette porte d'entrée improbable que Victor, quatorze ans et virtuose du foot, fait connaissance avec la musique et entreprend maladroitement de la raconter à sa mère. Pas qu'il ait eu une révélation soudaine : son destin à lui, c'est de suivre sa passion sur un chemin tracé en ligne droite – qui mène du terrain caillouteux où il s'entraîne au soleil du midi jusqu'à la pelouse des plus grands stades, en passant, pour l'heure, par le centre de formation du club qui l'a repéré. Pas non plus qu'il se soit soudainement amouraché de la flûte ou du violon contre lesquels il aurait la tentation de troquer son ballon de cuir et son maillot bleu. Non, ce qui a mené Victor à Mahler, c'est son père... lire la suite
Le Cinéma (Cotignac) : jeudi 23 à 18h
Voyage en Chine
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Voyage en Chine
Écrit et réalisé par Zoltan MAYER
France / Chine 2014 1h36mn
avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing, Lin Dong Fu, Liu Ling Zi, Dong Qing, Yiling Yang, André Wilms...
Notre chère Yolande Moreau est une fois de plus magnifique. Elle est ici Liliane et dans les premières séquences on la sent comme absente, à côté d'elle-même, infirmière quinquagénaire fonctionnant en pilotage automatique, pas vraiment malheureuse mais pas non plus très épanouie dans son mariage avec Richard, son compagnon de toujours (comme d'habitude impeccable André Wilms). Et puis, au milieu d'une nuit pas plus insomniaque qu'une autre, le téléphone sonne, un de ces appels brefs qui vous réveillent et changent le cours de votre existence. Son fils unique Christophe vient de mourir accidentellement. Loin, très loin, au fin fond de la Chine, où il habitait depuis des années et où elle n'est jamais allée lui rendre visite. Pour couronner le tout, le corps ne peut être rapatrié que si un des parents se rend sur place... lire la suite
Le Vox (Fréjus)  : dimanche 26 à 14h et mardi 28 à 16h
Les Merveilles
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Les Merveilles
Écrit et réalisé par Alice ROHRWACHER
Italie 2014 1h51mn VOSTF
avec Maria Alexandra Lungu, Alba Rorhwacher, Sam Louwyck, Sabine Timoteo, Monica Bellucci...
Le bonheur à part… entière. L'histoire commence dans la chaleur douce d'une fin d'été, dans la campagne italienne. Nous sommes dans un petit village d'Ombrie. La jeune Gelsomina, onze ans, y vit avec ses parents, ses trois sœurs, Coco l'amie de la famille, dans la ferme délabrée où ils produisent artisanalement le meilleur des miels, une vraie merveille… Ce film est un film d'amour. Celui de la réalisatrice pour toutes ces Italies qu'elle célèbre. L'Italie et ses merveilles, ses provinces, ses campagnes toutes si belles et singulières... lire la suite
Le Cinéma (Lorgues) : samedi 25 à 20h et lundi 27 à 21h
Selma
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Selma
Réalisé par Ava DUVERNAY
USA 2014 2h02mn VOSTF
avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Tim Roth...
L'après-midi du 7 Mars 1965, à Selma, Alabama (voilà l'explication du titre du film), des policiers attaquent à coups de matraques, de clubs de golf et de gaz lacrymogène des manifestants pour les droits civiques, qui veulent marcher jusqu'à Montgomery pour réclamer le droit de vote pour les Noirs. Car si ce droit leur est en principe accordé, d'innombrables embûches rendent de facto impossible leur inscription sur les listes électorales. Parmi les marcheurs, Martin Luther King, fraîchement auréolé de son Prix Nobel de la Paix, veut essayer de faire pacifiquement bouger les lignes. Mais ce dimanche sera baptisé du triste nom de « Bloody Sunday » (un de plus…). La bataille est loin d'être gagnée... lire la suite
Le Cinéma (Cotignac) : vendredi 24 à 18h et lundi 27 à 18h
Still Alice
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Still Alice
Écrit et réalisé par Richar GLATZER et Wash WESTMORELAND
USA 2014 1h39mn VOSTF
avec Julianne Moore, Alec Baldwin, Kristen Stewart, Kate Bosworth, Shane McRae...
D'après le roman de Lisa Genova
Alice est une belle quinquagénaire à qui tout sourit. Alice Howland, brillante professeure de linguistique à l'université de Columbia, enseigne la cognition des jeunes enfants. Elle mène une existence heureuse avec son mari aimant et ses trois enfants. Et puis, lors d'une conférence, elle se retrouve à buter bêtement sur quelques phrases de son intervention qu'elle connaît pourtant sur le bout des doigts. Coup de fatigue ? Stress ? Mais quelques jours plus tard, alors qu'elle fait son jogging matinal à proximité de l'université où elle se rend tous les jours, tout devient flou, elle est désemparée et ne reconnait plus les lieux. Peu après le verdict du neurologiste tombe : Alice est atteinte d'une forme précoce d'Alhzeimer. Pour elle dont l'activité intellectuelle et le langage sont le cœur de sa vie, le monde s'effondre. Car se pose la terrible question : combien de temps encore Alice, personnalité si complexe et subtile, sera-t-elle encore Alice ?... lire la suite
Le Cinéma (Lorgues) : mercredi 22 21h, samedi 25 à 18h, dimanche 26 à 18h
Journal d’une femme de chambre
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Journal d’une femme de chambre
Réalisé par Benoît JACQUOT
France 2015 1h35mn
avec Léa Seydoux, Vincent Lindon, Vincent Lacoste, Clotilde Mollet, Hervé Pierre, Patrick d'Assumçao, Rosette...
Scénario de Benoît Jacquot et Hélène Zimmer, d'après le roman d'Octave Mirbeau
Le 14 Septembre 1898, Célestine, jeune soubrette au minois charmant, la langue bien pendue et l'esprit vif, arrive dans sa nouvelle place. C'est sa douzième en deux ans ! « Faut-il que les maîtres soient difficiles à servir maintenant… C'est à ne pas croire ! » Elle, la Parisienne jusqu'au bout des bottines, se retrouve au Mesnil-Roy, un bled normand paumé, dans la maison des Lanlaire, un couple de bourgeois racornis, aussi ridicules que leur nom, où elle va devoir supporter la maniaquerie perverse et insultante de Madame Euphrasie – « Euphrasie ! Je vous demande un peu… » – et repousser les avances de Monsieur Isidore, un libidineux frustré qui ne pense qu'à la tripoter dès que sa marâtre a le dos tourné… Tout ça sous le regard impénétrable de Joseph, l'énigmatique jardinier de la propriété, pour qui elle ne va pas tarder à éprouver une véritable fascination... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 22 à 21h, jeudi 23 à 18h30, vendredi 24 à 15h, dimanche 26 à 18h30
L'Enquête
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
L'Enquête
Réalisé par Vincent GARENQ
France - 2014 - 1h46mn
avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto, Florence Loiret-Caille, Eric Naggar...
Scénario de Vincent Garenq, Stéphane Cabel et Denis Robert d'après ses deux livres, L'Affaire des affaires et La Boîte Noire
Le film porte très bien son titre et commence comme le précédent opus de Vincent Garenq, Présumé coupable : l'arrestation par les gendarmes, au petit matin, d'un homme incrédule et sonné sous les yeux de sa famille. Un homme qui, comme le héros de Présumé Coupable croyait non seulement n'avoir rien à se reprocher mais pensait incarner un certain idéal de justice. Dans Présumé Coupable, c'était l'huissier Alain Marécaux, victime d'un des plus incroyables flops judiciaires de ces dernières années, la fameuse affaire d'Outreau. Ici le type menotté, c'est le journaliste et écrivain Denis Robert, un homme qui a cru, envers et contre tout, que la recherche de la vérité finirait par avoir raison des obstructions savamment orchestrées par la grande finance internationale et ses complices... lire la suite
Le Cinéma (Cotignac) : vendredi 24 à 20h30



Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Les Merveilles
LES MERVEILLESÉcrit et réalisé par Alice ROHRWACHER
Italie 2014 1h51mn VOSTF
avec Maria Alexandra Lungu, Alba Rorhwacher, Sam Louwyck, Sabine Timoteo, Monica Bellucci...
Grand Prix, Festival de Cannes 2014

Le bonheur à part… entière. L'histoire commence dans la chaleur douce d'une fin d'été, dans la campagne italienne. Nous sommes dans un petit village d'Ombrie. La jeune Gelsomina, onze ans, y vit avec ses parents, ses trois sœurs, Coco l'amie de la famille, dans la ferme délabrée où ils produisent artisanalement le meilleur des miels, une vraie merveille… Ce film est un film d'amour. Celui de la réalisatrice pour toutes ces Italies qu'elle célèbre. L'Italie et ses merveilles, ses provinces, ses campagnes toutes si belles et singulières.
C'est une histoire un peu sortie du réel, hors du temps. Cette famille vit à bonne distance de ses premiers voisins, éloignée du monde et de ses démons par le père, plein de tourments retenus, enfermé dans ses idéaux, à la fois lucide et un peu fou. Hors du temps cette maison l'est aussi, des pièces insalubres et récentes se répondent, en constituent l'ossature. Au cœur de son décor et de action, cette maison sibylline cristalliserait presque le propos du film. Le monde qui avance, celui qui se retient, les interrogations, la lucidité, les envies d'ailleurs d'une jeune fille et le temps retenu de ses parents. Un personnage en soi immobile, autour duquel vivent, se croisent, se contournent, et s’enlacent souvent tous les membres de cette famille si singulière. Le miel qu'ils produisent les colle, les attache, les englue peut-être parfois. Mais c'est leur force, il sont une famille-tribu, viscérale, fusionnelle. Le corps parle ici beaucoup, et les gestes. Les corps s'embrassent, courent, se couchent, se détendent, jouent avec les éléments, l'eau, la boue, la faune. Les abeilles courent sur le visage de l'enfant. Un chameau apparaît soudain… la famille s'endort blottie sous les étoiles.

L'histoire de cette famille va être traversée par deux événements imprévus qui vont l'obliger à effectuer un léger pas de côté dans son cheminement : Martin, jeune délinquant, arrive pour quelques temps à la ferme dans le cadre d'un programme de réinsertion, tandis que l'équipe de l'émission de télé-réalité « Les villages des merveilles » vient investir la région. La présentatrice de ce programme désuet est incarnée par une Monica Bellucci mi déesse, mi fée, icône toute d'or et de perles vêtue. La scène de tournage de l'émission venue à la rencontre des artisans du coin et de leurs merveilles se déroule dans une grotte, chaque producteur se retrouve en costume traditionnel, moment irréel et futile, plein de projections et de fantasmes de ce qui reste de l'enchantement du monde, et de ce qu'on voudrait nous en présenter. Gelsomina devient le trait d'union entre ces deux univers inconciliables. C'est elle qui inscrit sa petite communauté à ce concours, comme une porte ouverte vers un ailleurs possible…

Sans jugement sur la dichotomie de ces mondes qui se racontent sans se rencontrer vraiment, le film d'Alice Rohrwacher est extraordinairement lumineux dans sa force à témoigner de l'intime. On oscille entre fiction, chronique sociale, film onirique, envoûtés par la qualité des images tournées en super16 qui incarnent les corps et subliment les espaces. Nous garderons longtemps en mémoire la présence généreuse et le visage solaire de la jeune actrice principale, Maria Alexandra Lungu. Elle porte le film comme elle semble porter sa famille, lucide, pleine de retenue et de respect filial.
Les Merveilles était en compétition au dernier Festival de Cannes et a reçu un Grand Prix inattendu mais bien mérité (on avait déjà beaucoup aimé le premier film de la réalisatrice, Corpo celeste, en 2011). (Utopia)

Le Cinéma (Lorgues) : samedi 25 à 20h et lundi 27 à 21h


Voyage en Chine
VOYAGE EN CHINEÉcrit et réalisé par Zoltan MAYER
France / Chine 2014 1h36mn
avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing, Lin Dong Fu, Liu Ling Zi, Dong Qing, Yiling Yang, André Wilms...

Notre chère Yolande Moreau est une fois de plus magnifique dans ce très chouette film, premier long métrage de Zoltan Mayer, remarqué jusqu'ici pour son travail de photographe – qui lui a sans doute bien servi pour composer les images magnifiques de ce Voyage en chine. Elle est ici Liliane et dans les premières séquences on la sent comme absente, à côté d'elle-même, infirmière quinquagénaire fonctionnant en pilotage automatique, pas vraiment malheureuse mais pas non plus très épanouie dans son mariage avec Richard, son compagnon de toujours (comme d'habitude impeccable André Wilms). Si elle prenait le temps, si elle courait le risque de faire une pause, de regarder en arrière, elle en conclurait sans doute qu'elle est un peu passée à côté de sa vie. Mais pas de quoi en faire un plat…

Et puis, au milieu d'une nuit pas plus insomniaque qu'une autre, le téléphone sonne, un de ces appels brefs qui vous réveillent et changent le cours de votre existence. Son fils unique Christophe vient de mourir accidentellement. Loin, très loin, au fin fond de la Chine, où il habitait depuis des années et où elle n'est jamais allée lui rendre visite. Pour couronner le tout, le corps ne peut être rapatrié que si un des parents se rend sur place. Sur un coup de tête, Liliane décide d'y aller seule, elle qui n'a jamais été une grande voyageuse intercontinentale… Et la voilà, sans connaître un mot de vocabulaire chinois et en baragouinant un anglais plus qu'approximatif, qui s'embarque pour la Chine, d'abord perdue dans la tentaculaire Shanghaï puis se dirigeant jusqu'à un petit village des montagnes du Sichuan, cette région luxuriante du centre de la Chine, pas très loin des confins himalayens.

C'est d'abord le voyage géographique qui séduit, on ouvre de grands yeux, on s'étonne de chaque détail en même temps que notre héroïne… et en parallèle on est profondément touché par le voyage intérieur qu'entame Liliane : au fur et à mesure qu'elle découvre ce qui faisait la vie de son fils dans ce pays du bout du monde, au fil des rencontres avec la femme qu'il aimait, avec les gens qu'il côtoyait, elle renoue avec lui les liens qui s'étaient rompus… Il y a en particulier cette scène superbe et puissamment évocatrice : Liliane, errant dans le village, entend soudain les échos d'une chanson de Jacques Brel, elle se laisse guider par la musique et arrive jusqu'à une petite cour où un groupe de jeunes gens s'est réuni pour fêter entre amis son fils disparu… Zoltan Mayer filme amoureusement les forêts de bambous où semble flotter l'esprit de Christophe, il traduit de manière très sensible la spiritualité qui se dégage des célébrations taoïstes, et on se met en même temps que Liliane à s'attacher à cette terre belle et hospitalière, à ces gens simples, d'une générosité sans égale, qui savent être drôles et élégants comme la splendide petite amie de Christophe ou la logeuse facétieuse, alter ego chinoise de Liliane.

Le Vox (Fréjus) : dimanche 26 à 14h et mardi 28 à 16h
 


Good Kill
Good KillRéalisé par Andrew NICCOL
USA 2015 1h45mn VOSTF
avec Ethan Hawke, Bruce Greenwood, Zoë Kravitz...

The Good Kill d'Andrew Niccol (auteur du très élégant Bienvenue à Gattacca, et du plus englué Lord of War) promettait d'interroger la question hautement politique et morale des drones, en suivant un ancien pilote de chasse reconverti en pilote à distance de ces machines meurtrières.
Ethan Hawke et January Jones dans "The Good Kill", d'Andrew Niccol.

Le film est si mauvais qu'on peine à y croire. À partir d'un scénario qui lorgne du côté de la série Homeland (malaise du pilote de guerre de retour dans la vie civile, cynisme de la CIA, suprématie de la raison d'Etat dans la guerre contre le terrorisme…), Andrew Niccol met en scène des personnages sans épaisseur, sans qualité. Enveloppe vide qui tire la gueule du début à la fin du film, celui d'Ethan Hawke est défini par les rasades de vodka qu'il s'envoie en douce dans la salle de bains ; déambulant en robe cocktail et talons aiguilles dans son pavillon de la banlieue de Las Vegas comme si elle n'était pas tout à fait sortie de la série Mad Men, sa femme, interprétée par l'actrice January Jones, répète en boucle la même réplique : « tu as l'air d'être à des kilomètres… » ; quant à la jeune Zoe Kravitz, qui restera peut-être dans l'histoire comme la femme officier la plus sexy de toute l'histoire de l'armée, elle s'adonne, faute d'avoir plus intéressant à faire, à un festival de moues boudeuses qui pourrait lui valoir un prix dans un festival un peu en pointe. Le reste – monologues didactiques sur l'enjeu militaire et moral des drones, dialogues téléphonés, blagues pas drôles, musique de bourrin – est à l'avenant.

Ce qui pose vraiment problème n'est toutefois pas d'ordre artistique, mais politique. Paré des oripeaux de la fiction de gauche, The Good Kill s'inscrit pleinement (comme le faisait la troisième saison de « Homeland ») dans le paradigme de la guerre contre le terrorisme telle que la conduisent les Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. Les Afghans ne sont jamais représentés autrement que sous la forme des petites silhouettes noires mal définies, évoluant erratiquement sur l'écran des pilotes de drones qui les surveillent. La seule action véritablement lisible se déroule dans la cour d'une maison, où l'on voit, à plusieurs reprises, un barbu frapper sa femme et la violer. C'est l'argument imparable, tranquillement anti-islamiste, de la cause des femmes, que les avocats de la guerre contre le terrorisme ont toujours brandi sans vergogne pour mettre un terme au débat.

La critique que fait Andrew Niccol, dans ce contexte, de l'usage des drones ne pouvait qu'être cosmétique. Elle est aussi inepte, confondant les questions d'ordre psychologique (comment se débrouillent des soldats qui rentrent le soir dans leur lit douillet après avoir tué des gens – souvent innocents), et celles qui se posent sur le plan du droit de la guerre (que Grégoire Chamayou a si bien expliqué dansLa Théorie du drone, La Fabrique, 2013), dès lors que ces armes autorisent à détruire des vies dans le camp adverse sans plus en mettre aucune en péril dans le sien. Si l'ancien pilote de chasse ne va pas bien, explique-t-il à sa femme, ce n'est pas parce qu'il tue des innocents, ce qu'il a toujours fait, c'est qu'il les tue sans danger.

Pour remédier à son état,il  s'offre une des rédemptions les plus ahurissantes qu'il ait été donné à voir depuis longtemps au cinéma. S'improvisant bras armé d'une justice totalement aveugle, il dégomme en un clic le violeur honni, rendant à sa femme, après un léger petit suspense, ce qu'il imagine être sa liberté. La conscience lavée, le pilote peut repartir le cœur léger, retrouver sa famille et oublier toutes celles, au loin, qu'il a assassinées pour la bonne cause. (Le Monde)

CGR Chabran : mercredi 22 15h45 - jeudi 23 19h45 - vendredi 24 13h30- samedi 25 21h45 - dimanche 26 17h45


Taxi Téhéran
TAXI TÉHÉRANÉcrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Berlin 2015

C'est un magnifique et allègre bras d'honneur aux barbus barbons barbants. Les BBB (c'est plus court comme ça), ce sont les mollahs du régime iranien et leurs fonctionnaires zélés qui ont tenté par tous les moyens de faire taire le réalisateur Jafar Panahi. En 2010, les autorités l'ont d'abord emprisonné puis, après l'avoir libéré, lui ont interdit toute sortie du territoire et surtout ont essayé de l'empêcher de tourner. Mais on ne peut pas interdire à un être humain de respirer et durant les cinq dernières années, Panahi a naturellement désobéi en tournant clandestinement trois films, montrés dans les plus grands festivals internationaux. Taxi Téhéran a donc été projeté au Festival de Berlin où il a reçu à l'unanimité du jury la récompense suprême, l'Ours d'or. Panahi bloqué à Téhéran, c'est sa toute jeune nièce qui est venue recevoir en son nom la statuette, une gamine formidable qui est une des protagonistes importantes du film. Un grand moment !

L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux.
La première séquence montre une discussion ubuesque autour de la justice, entre une institutrice et un homme ostensiblement macho, qui croit aux vertus d'exemplarité de la peine de mort, y compris pour les délits mineurs. La femme rappelle le triste record de l'Iran en terme d'exécutions capitales, avant de comprendre que l'homme est lui même voleur à la tire… Plus tard, Jafar le taximan chargera pour l’hôpital une femme et son mari accidenté, l'épouse se préoccupant surtout du testament improvisé du blessé, que notre chauffeur est sommé d'enregistrer sur son téléphone portable : l'épisode souligne en creux la précarité du sort des femmes. Il y aura aussi cette avocate porteuse d'un énorme bouquet de fleurs, une femme au sourire aussi magnifique que son courage, comme son échange avec Jafar nous le fera deviner…
Mais Taxi Téhéran est aussi une merveilleuse et drôlatique déclaration d'amour au cinéma, à sa vitalité, à son pouvoir d'évocation et de transmission. Un vendeur à la sauvette de DVD reconnaît immédiatement Jafar Panahi, s'avérant connaître mieux le cinéma d'auteur mondial que bien des cinéphiles auto-déclarés… et nous montre à quel point la passion du cinéma ne saurait être étouffée par les ayatollahs. On savourera la géniale tractation entre le vendeur et Panahi autour des films de Woody Allen… On jubilera aussi à la séquence hilarante avec la nièce citée plus haut, quand la petite fille un peu peste énumère les conditions imposées pour la réalisation d'un d'un court métrage dans le cadre scolaire : respect bien entendu du voile et autres règles de bienséance religieuse mais aussi interdiction du « réalisme sordide » – oncle Jafar semble s'interroger mais on sent bien qu'intérieurement il se gondole…

Ce formidable film de résistance nous irrigue de son irréductible énergie et nous amène à nous demander ce qui pourrait bien arrêter la soif du cinéma et de la vie qui habite Panahi. Une leçon de volonté et d'ingéniosité – leçon d'écriture et de mise en scène aussi, en passant – dont bien des cinéastes plus libres de leurs mouvements pourraient s'inspirer…(Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 22 à 14h, 16h15, 18h30, 21h - jeudi 23 15h et 21h -vendredi 24 15h, 18h, 21h - samedi 25 14h, 16h15, 21h - dimanche 26 : 15h15, 18h30, 21h - Lundi 27 18h05, 21h - mardi 28 : 16h15 - 18h30, 21h


Every Thing Will Be Fine
Every Thing Will Be FineRéalisé par Wim WENDERS
France/Canada/Allemagne 2015 1h55mn VOSTF
avec Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams, James Franco...

Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, tandis que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire.

Tourné en 3D, en prises de vue réelles, Every thing will be fine emprunte à l’univers du conte une singularité fantastique. Les grains de poussière scintillent à la lumière du jour, les flocons de neige abondent en cascade de ciels gris, les personnages se détachent du cadre. Epris de compositions naturalistes, Wim Wenders embrasse les nouvelles techniques technologiques et de cette étreinte naît l’un des exemples les plus flagrants du nouveau cinéma stéréoscopique. L’utilisation de travelling compensés abouti à de superbes déformations de perspectives. Sublimée par le relief, la mise en scène permet au spectateur d’éprouver flottements et vertiges. Au seuil des maisons, la caméra se fixe et enferme l’oeil curieux dans d’intimistes espaces clos.© Bac Films

Wim Wenders et le directeur de la photographie Benoît Debie puisent leurs inspirations dans le travail de peintres comme Andrew Wyeth, Vilhem Hammershoi ou Edward Hopper. Le traitement de la lumière et ses couleurs s’en ressent. Un immense champ de soja doré par le soleil, un ancienne grange, un arbre centenaire planté au milieu d’un pré, une vallée verdoyante... Les cadres travestissent les paysages en songes. La bande-originale du film, composée par Alexandre Desplat et interprétée par l’orchestre symphonique de Gotheburg -orchestre national de Suède-, entretient cette atmosphère féérique et favorise la mise en place d’une dimension psychologique nouvelle.© Bac Films

L’utilisation de la 3D exige un minimalisme extrême dans le jeu des acteurs. James Franco, pièce maîtresse du film, adopte la technique du dépouillement. Mis à nu, il exprime à travers un visage clos les sentiments fluctuants qui l’habitent. Mélodrame glacial, Everything will be fine explore le processus de guérison d’un traumatisme. Wim Wenders nous fait part de ses scrupules d’artistes. Est-il moral d’exploiter les souffrances d’autrui si il s’agit de création ? Mâtiné de pathos, le long-métrage n’en demeure pas moins le témoignage d’un metteur en scène à la recherche d’un cinéma nouveau.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 22, samedi 25, dimanche 26, lundi 27, mardi 28 : 14h, 18h30 et 21h - jeudi 23 et vendredi 24 : 15h, 18h30 et 21h


Le dernier coup de marteau
LE DERNIER COUP DE MARTEAURéalisé par Alix DELAPORTE
France 2014 1h23mn
avec Romain Paul, Clotilde Hesme, Grégory Gadebois, Candela Peña...

Comme on n'y connait pas grand chose – euphémisme – en musique classique, on est allé vérifier l'anecdote auprès d'un érudit de la chose – lequel l'a immédiatement wiki-confirmé, c'est donc ma foi vrai : le dernier mouvement de la 6e Symphonie de Gustav Mahler, originellement dite « Tragique », est bien marqué par trois coups de marteau – « trois coups du destin, dont le troisième fait tomber (le héros) comme un arbre ». Et l'histoire nous dit que, dans l'année qui suivit la création, après que le destin l'eut par trois fois violemment frappé, par superstition, le compositeur retira du final le troisième et dernier coup de marteau.

C'est par cette porte d'entrée improbable que Victor, quatorze ans et virtuose du foot, fait connaissance avec la musique et entreprend maladroitement de la raconter à sa mère. Pas qu'il ait eu une révélation soudaine : son destin à lui, c'est de suivre sa passion sur un chemin tracé en ligne droite – qui mène du terrain caillouteux où il s'entraîne au soleil du midi jusqu'à la pelouse des plus grands stades, en passant, pour l'heure, par le centre de formation du club qui l'a repéré. Pas non plus qu'il se soit soudainement amouraché de la flûte ou du violon contre lesquels il aurait la tentation de troquer son ballon de cuir et son maillot bleu. Non, ce qui a mené Victor à Mahler, c'est son père. Son père absent, son père inconnu et dont sa mère ne lui parle pas. Son père chef d'orchestre renommé et qui est de re-passage dans leur ville, pour diriger justement cette Symphonie no6. Ce père que, sur un coup de tête, parce que trop de choix de vie lui sont à ce moment demandés, parce qu'il y a des choses qu'il faut élaguer, il décide de rencontrer.
Il faut dire que, mis à part le ballon et le regard de sa mère, il n'y a pas grand chose qui illumine sa vie à ce gosse qui renâcle à entrer dans l'adolescence. Pas de ronds, le mobile-home de fortune qu'ils occupent à côté d'une plage est des plus précaires – et voilà justement que sa mère lui annonce coup sur coup qu'elle baisse les bras, qu'elle va arrêter son traitement anti-cancéreux et qu'ils vont partir s'installer chez ses parents. Alors, comme un petit bélier entêté lâché sur un terrain de foot, il y va à l'instinct. Sans trop savoir ce qu'il va provoquer mais avec ce qu'il faut d'assurance et de détermination pour passer tous les barrages et forcer son acceptation par un monde qui n'est pas le sien.

Comment ça s'invente, un amour filial ? Comment ça se découvre, un père ? Victor, les yeux grands ouverts solidement plantés dans le regard des adultes, ne se pose pas clairement toutes ces questions. Il observe. Regarde intensément ce grand colosse taiseux, froid et distant qui dirige les autres à la baguette. Cherche la faille, la parenté. Et de fait… aussi hermétiquement buté que Grégory Gadebois, étonnant chef d'orchestre, le jeune Romain Paul porte avec Victor toute l'énergie du film : épatant de justesse et de réalisme, sérieux comme un pape – et d'un seul coup absolument magnifique dès qu'un sourire vient illuminer son visage. Petit corps nerveux toujours en mouvement, il fait le va-et-vient entre sa mère, magnifique Clotilde Hesme, fragile, comme en apesanteur, qu'il lui faut supporter, et la présence massive, tellurique, solidement plantée dans le sol et dans la vie, de ce père contre lequel il vient buter. Sans jamais forcer le trait, Alix Delaporte filme amoureusement les gestes arrêtés de ces corps empêtrés et malhabiles à se découvrir, s'attarde sur les regards et les non-dits plutôt que sur les longues explications… Et, brassant avec élégance le naturalisme et de belles envolées poétiques, effleurant l'évidence des sentiments, tutoyant à peine l'émotion, raconte sans chichis la sortie de l'enfance à hauteur d'enfant. Une petite merveille.

PS : le premier film d'Alix Delaporte, c'était Angèle et Tony, qu'on avait tant aimé aussi…(Utopia)

Le Cinéma (Cotignac) : jeudi 23 à 18


Selma
SELMA Réalisé par Ava DuVERNAY
USA 2014 2h02mn VOSTF
avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Tim Roth...

L'après-midi du 7 Mars 1965, à Selma, Alabama (voilà l'explication du titre du film), des policiers attaquent à coups de matraques, de clubs de golf et de gaz lacrymogène des manifestants pour les droits civiques, qui veulent marcher jusqu'à Montgomery pour réclamer le droit de vote pour les Noirs. Car si ce droit leur est en principe accordé, d'innombrables embûches rendent de facto impossible leur inscription sur les listes électorales. Parmi les marcheurs, Martin Luther King, fraîchement auréolé de son Prix Nobel de la Paix, veut essayer de faire pacifiquement bouger les lignes. Mais ce dimanche sera baptisé du triste nom de « Bloody Sunday » (un de plus…). La bataille est loin d'être gagnée…

Selma va nous livrer le fil des événements qui mèneront à l'introduction du « Voting Rights Act » par le président Lyndon B. Johnson… fortement poussé aux fesses par ces impressionnants mouvements pour les droits civiques. Ava DuVernay a extirpé de souvenirs lissés par la légende un matériau brut, pour toucher au plus près la réalité politique et sociale américaine du milieu des années soixante : courage et lâcheté s'affrontent, l'idéalisme s'appuie sur d'intenses manœuvres politiques, les coalitions se forment, les rapports de force s'installent.

En nous montrant ainsi les coulisses et l'intensité des jeux politiques, au sens noble – encore que parfois moins – du terme,Selma s'inscrit dans la droite ligne du Lincoln de Spielberg : il s'agit de rendre l'Histoire vivante, aussi incertaine, tragique et passionnante que si elle se déroulait au présent. La réalisatrice a choisi de s'en tenir au cadre restreint de quelques mois de l'année 1965 mais elle ne se prive ce faisant ni d'ambition ni d'ampleur, bien au contraire. Tendu et captivant, Selma est truffé de personnages fascinants et se consacre au portrait de tout un mouvement plutôt qu'à l'hagiographie d'un homme providentiel.
Martin Luther King est bien sûr très présent à l'écran, à travers son parcours politique autant que dans sa vie privée (il est sous la surveillance constante du FBI et Hoover veut politiquement sa peau). Mais le film s'intéresse moins à réaffirmer sa grandeur qu'à comprendre son origine et ses limites, à restaurer sa dimension humaine. David Oyelowo interprète avec passion le pasteur, transmet parfaitement sa ténacité et sa dignité, mais aussi ses traits d'humour, ses doutes et ses faiblesses.

Le récit accorde autant de place aux hommes de pouvoir et à leurs stratégies qu'aux femmes et aux hommes de terrain prêts à défiler et à défiler encore, à Selma ou ailleurs. Car il s'agit bien de montrer que le Docteur King travaille au service du mouvement et non l'inverse, entouré de fortes figures qui toutes jouent un rôle capital dans ce combat pour la démocratie : son épouse Coretta Scott King et tous ceux qui portent des noms moins connus, les Amelia Boynton, Bayard Rustin, Fred Gray et bien d'autres… Un beau film tonifiant et émouvant, qui réinvestit le passé sans oublier jamais le présent : aux Etats-Unis comme ailleurs, il est loin d'être égalitaire. (Le journal des Grignoux, Liège)

Le Cinéma (Cotignac) : vendredi 24 à 18h et lundi 27 à 18h




Still Alice
STILL ALICEÉcrit et réalisé par Richar GLATZER et Wash WESTMORELAND
USA 2014 1h39mn VOSTF
avec Julianne Moore, Alec Baldwin, Kristen Stewart, Kate Bosworth, Shane McRae...
D'après le roman de Lisa Genova

Pour son rôle d'Alice dans ce film aussi bouleversant qu'intelligent, on la donne grande favorite pour l'Oscar de la meilleure actrice, qui lui a très injustement échappé à plusieurs reprises. Après une heure et demie d'une performance incroyable, le cœur passé à la lessiveuse, on doit bien reconnaître que la performance de la sublime Julianne Moore (déjà primée l'an dernier à Cannes avec Maps to the stars de Cronenberg) mérite haut la main la statuette en or massif.
Elle ici une belle (forcément) quinquagénaire à qui tout sourit. Alice Howland, brillante professeure de linguistique à l'université de Columbia, enseigne la cognition des jeunes enfants. Elle mène une existence saine et heureuse dans le quartier huppé de Upper West Side avec son mari aimant, lui même professeur reconnu de physique, et ils ont trois enfants formidables. Seule ombre, légère, au tableau : l'inquiétude qu'Alice ne peut pas s'empêcher d'éprouver pour sa fille cadette Lydia (Kirsten Stewart), qui mène l'existence erratique et bohème d'une jeune comédienne de théâtre.

Et puis, lors d'une conférence devant des étudiants, elle se retrouve à buter bêtement sur quelques phrases de son intervention qu'elle connaît pourtant sur le bout des doigts. Coup de fatigue ? Stress ? Mais quelques jours plus tard, alors qu'elle fait son jogging matinal à proximité de l'université où elle se rend tous les jours, tout devient flou, elle est désemparée et ne reconnait plus les lieux. Peu après le verdict du neurologiste tombe : Alice est atteinte d'une forme précoce d'Alhzeimer, forme qui de surcroit s'annonce rapidement évolutive, d'autant justement qu'Alice est une femme intelligente et cultivée. Pour elle dont l'activité intellectuelle et le langage sont le cœur de sa vie, le monde s'effondre. Car se pose la terrible question : combien de temps encore Alice, personnalité si complexe et subtile, sera-t-elle encore Alice ? Qu'est ce qui nous conserve notre identité quand une partie de notre esprit s'effiloche inexorablement ?
Après la réaction de stupeur – qui frappe aussi tout le monde autour d'elle – , Alice va se battre pour ralentir l'avancée de la maladie grâce à plein d'astuces : jeux de mémoire sur son téléphone, mots à mémoriser sur l'ardoise de sa cuisine, petits billets disséminés dans la maison, tutorials enregistrés sur son ordinateur… Le récit, tout en subtilité, raconte le combat d'Alice et le désarroi de ses proches en évitant tous les écueils : pas de sentimentalisme forcé ni de complaisance faussement pudique, car la maladie est forcément faite de moments terribles, comme celui où Alice cherche désespérément les toilettes dans sa maison de vacances qu'elle connait depuis des décennies…
Il y a aussi des moments magiques de beauté comme cette scène merveilleuse dans laquelle Alice, déjà très malade, fait une intervention poignante devant d'autres patients atteints d'Alzheimer et leurs proches, et on la voit surligner au fur et à mesure ses phrases pour ne pas les répéter…

Répétons le une dernière fois : Julianne Moore est extraordinaire, multiple, changeante, entre espoir et désespoir, dignité et lâcher prise, son visage de plus en plus perdu traduit de manière bouleversante la progression de la maladie. Et n'oublions pas ses partenaires, remarquables eux aussi, notamment Alec Baldwin et Kirsten Stewart (elle est aussi bien que dans Sils Maria). (Utopia)

Le Cinéma (Lorgues) : mercredi 22 21h, samedi 25 à 18h, dimanche 26 à 18h




Le journal d'une femme de chambre
JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE
Écrit et réalisé par Benoît JACQUOT
France 2015 1h35mn
avec Léa Seydoux, Vincent Lindon, Vincent Lacoste, Clotilde Mollet, Hervé Pierre, Patrick d'Assumçao, Rosette...
Scénario de Benoît Jacquot et Hélène Zimmer, d'après le roman d'Octave Mirbeau

Le 14 Septembre 1898, Célestine, jeune soubrette au minois charmant, la langue bien pendue et l'esprit vif, arrive dans sa nouvelle place. C'est sa douzième en deux ans ! « Faut-il que les maîtres soient difficiles à servir maintenant… C'est à ne pas croire ! » Elle, la Parisienne jusqu'au bout des bottines, se retrouve au Mesnil-Roy, un bled normand paumé, dans la maison des Lanlaire, un couple de bourgeois racornis, aussi ridicules que leur nom, où elle va devoir supporter la maniaquerie perverse et insultante de Madame Euphrasie – « Euphrasie ! Je vous demande un peu… » – et repousser les avances de Monsieur Isidore, un libidineux frustré qui ne pense qu'à la tripoter dès que sa marâtre a le dos tourné… Tout ça sous le regard impénétrable de Joseph, l'énigmatique jardinier de la propriété, pour qui elle ne va pas tarder à éprouver une véritable fascination…

Célestine tient scrupuleusement son journal, dans lequel elle note tous les menus événements du quotidien, tous les travers et les turpitudes de ses patrons présents et passés. L'occasion d'une peinture au vitriol de la bourgeoisie française de l'époque, de sa mesquinerie, de son étroitesse d'esprit… Mais pas d'angélisme, pas d'illusion, pas de grand soir à attendre : la domesticité n'a guère plus de morale que ses maîtres, et la mutine Célestine saura se montrer plus calculatrice, plus retorse, plus cruelle que les pathétiques Lanlaire, tralalère… « Un domestique, ce n’est pas un être normal, un être social… C’est quelqu’un de disparate, fabriqué de pièces et de morceaux qui ne peuvent s’ajuster l’un dans l’autre, se juxtaposer l’un à l’autre… C’est quelque chose de pire : un monstrueux hybride humain… Il n’est plus du peuple, d’où il sort ; il n’est pas, non plus, de la bourgeoisie où il vit et où il tend… Du peuple qu’il a renié, il a perdu le sang généreux et la force naïve… De la bourgeoisie, il a gagné les vices honteux, sans avoir pu acquérir les moyens de les satisfaire… et les sentiments vils, les lâches peurs, les criminels appétits, sans le décor, et, par conséquent, sans l’excuse de la richesse… »

Après Jean Renoir et Luis Buñuel – excusez du peu – Benoît Jacquot s'attaque à l'adaptation du Journal d'une femme de chambre, roman le plus célèbre de l'inclassable furieux qu'était Octave Mirbeau. Il choisit de revenir à la lettre du texte et en restitue toute la violence sociale et culturelle, toute la noirceur. Et il offre un rôle en or à Léa Seydoux, qui confirme son exceptionnel talent, sa capacité à aborder tous les registres, à endosser tous les costumes (rappelez-vous : elle était déjà formidable dans Les Adieux à la reine, du même Jacquot, disponible en Vidéo en Poche). Elle dégage ici une force rageuse que n'atténue pas, bien au contraire, une sensualité, un érotisme plus subi que voulu.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 22 à 21h, jeudi 23 à 18h30, vendredi 24 à 15h, dimanche 26 à 18h30


L'Enquête
L'ENQUÊTEÉcrit et réalisé par Richar Vincent GARENQ
France 2014 1h46mn
avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto, Florence Loiret-Caille, Eric Naggar...
Scénario de Vincent Garenq, Stéphane Cabel et Denis Robert d'après ses deux livres, L'Affaire des affaires et La Boîte Noire

Le film porte très bien son titre et commence comme le précédent opus de Vincent Garenq, Présumé coupable : l'arrestation par les gendarmes, au petit matin, d'un homme incrédule et sonné sous les yeux de sa famille. Un homme qui, comme le héros de Présumé Coupable croyait non seulement n'avoir rien à se reprocher mais pensait incarner un certain idéal de justice. DansPrésumé Coupable, c'était l'huissier Alain Marécaux, victime d'un des plus incroyables flops judiciaires de ces dernières années, la fameuse affaire d'Outreau. Ici le type menotté, c'est le journaliste et écrivain Denis Robert, un homme qui a cru, envers et contre tout, que la recherche de la vérité finirait par avoir raison des obstructions savamment orchestrées par la grande finance internationale et ses complices.

A la fin des années 1990, Denis Robert est depuis plus de dix ans un journaliste d'investigation du quotidien Libération. Il est devenu spécialiste de la corruption et du financement occulte des partis politiques. Il découvre un peu par hasard, en interviewant un de ses fondateurs luxembourgeois puis un de ses comptables, l'existence de la chambre de compensation financière Clearstream (autrefois Cedel), qui permet à des banques internationales et à leurs clients importants de dissimuler des transactions délicates. C'est de manière totalement indépendante, sans le soutien d'un journal, qu'il mènera l'enquête. Il dévoile ainsi dans un premier livre, Révélation$, tout un système dont multinationales et États profitent au détriment des citoyens. Les procès pleuvent sur la tête du journaliste et sa corporation, dans sa grande majorité, se montre circonspecte voire hostile, probablement frileuse face aux menaces judiciaires de Clearstream. Mais les révélations de Denis Robert intéresseront la commission parlementaire sur le blanchiment dirigée entre autres par le député Vincent Peillon. Se greffera par la suite une deuxième affaire, qui malheureusement éclipsera médiatiquement la première pourtant bien plus importante, celle des fichiers liés à l'affaire des rétro-commissions de la vente de frégates à Taïwan, fichiers falsifiés par le financier Imane Lahoud pour le compte de Jean Louis Gergorin, vice président du consortium militaire EADS, affaire qui verra la guerre entre Sarkozy et De Villepin finir en justice.
Le grand intérêt du film, c'est, à travers un thriller politico-financier, d'expliquer de manière limpide une affaire et un système qui semblent encore occultes au plus grand nombre, malgré tous les sujets télévisés réalisés à la va-vite. Vincent Garenq montre avec lucidité l'acharnement d'une justice manœuvrée par les moyens démesurés des services juridiques des multinationales concernées (Denis Robert fut à la fois poursuivi par Clearstream mais aussi par des banques d'affaires russes ou luxembourgeoises). Mais il épingle aussi la complicité d'une partie des médias.

Pour donner chair à cette histoire complexe, Vincent Garenq articule son film autour de trois personnages et trois acteurs remarquables : Gilles Lellouche – qu'on a rarement l'occasion de voir à Utopia vu les films qu'il choisit – est ici parfait de présence et de charisme dans le rôle du journaliste aventurier, parfois à la limite de la légalité. L'intégrité du juge Van Ruymbecke est parfaitement interprétée par l'excellent Charles Berling et la schizophrénie et le sens de la manipulation du financier Imane Lahoud sont bien rendues par l'étonnant Laurent Capellutto. Intelligent et efficace, passionnant à suivre, L'Enquête est une ode salutaire à la démocratie et à la justice envers et contre tous les petits arrangements du monde de la finance et de la politique. 

Le Cinéma (Cotignac) : vendredi 24 à 20h30


Pour adhérer il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer à l'association du ciné-club Entre Toiles

Date et signature :


×