Au(x) cinéma(s) du 22 au 28 janvier 2020

Bonjour à tous !
 
Nous vous attendons nombreux à notre prochaine soirée Entretoiles où nous vous proposons de venir découvrir avec nous  le film chinois : Séjour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine.
Pensez aussi à réserver  votre soirée  le dimanche 9 février avec 2 films, sur le thème "Fables..." avec: Le miracle du Saint inconnu et Talking about trees., une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !!
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition aux 2 prochaines séances du 26 janvier et du 9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons dans le hall le 26 janvier à 19h30 et le 9 février à 17h30.
 
Dans le cadre du ciné club vous pourrez voir cette semaine à CGR La vérité de Kore Eda, un film grinçant et drôle sur la famille et un hommage sincère au cinéma et aux actrices.
Les prochains films de ciné club seront, Le lac aux oies sauvages et les  filles du docteur March...
Dans la programmation ordinaire de CGR, on peut voir Une belle équipeoù Mohamed Hamidi, après le délicieux La vache, nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués, 1917 de Sam Mendes, qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale.
 
A Lorgues, Un vrai bonhomme de Benjamin Parent, un film ingénieux et subtil avec une part de fantastique, et Le lac aux oies sauvages de Yinan Diao, polar décoiffant et formellement magnifique (au Vox aussi), Une vie cachée de Terence Malick, un film majestueux et sans emphase (aussi au Vox).
A Lorgues aussi, dans le cadre des ciné-débats citoyens, le jeudi 23 à 20h, un film sur le deuil, sensible, émouvant, et rempli d'espoir : Et je choisis de vivre, suivi d'un débat animé par Nathalie Paoli, psychothérapeute.
 
A Salernes, vous pouvez participer à un véritable festival sur la danse avec 4 films très forts : Les enfants d'Isadora de Damien Manivel qui dépeint l'héritage vivant d'Isadora Duncan à travers 4 femmes, The fits d'Anne Rose Holme, un film très séduisant avec des interprètes, une lumière et un montage magnifiques, Et puis nous danserons de Levan akin, un film très intéressant où la danse est le seul refuge de liberté pour des jeunes géorgiens, et Yuli de Ician Bollain, un biopic lumineux et optimiste, porté par une passion déchirante.
En janvier le pôle musique et cinéma du réseau des médiathèques en Dracénie vous propose de la neige et du sang avec Fargo des frères Coen: un ciné-concert le vendredi 24 janvier à 18h30 et une conférence le mardi 28 à 18h30."Pour vous donner envie, le teaser du ciné-concert:https://www.youtube.com/watch?v=dTe1DUTqJxQ
 
 Au Luc, Les enfants du temps, un film d'animation de Makoto Shinka, qui est une dénonciation du dérèglement climatique à travers les yeux émerveillés et désillusionnés des deux jeunes héros.

A Cotignac (et le 9 février avec Entretoiles), Le miracle du Saint inconnu de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde (aussi au Vox), et Les filles du docteur March de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages (aussi au Vox).
 
Au Vox à Fréjus, Le photographe de Ritesh Batra, après The lunchbox, ce réalisateur nous entraîne dans une analyse subtile d'une société indienne en transition, remarquablement interprété, et L'adieu de Lulu Wang, un beau drame familial sur le mensonge comme acte d'amour.
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous !

 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUN

Gu XIAXOGANG - Chine 2019 2h30mn VOSTF - avec Qian Youfa, Wang Fengjuan, Zhang Renliang...

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUNNe cherchez pas dans vos mémoires : le nom du réalisateur, celui des acteurs (issus de son entourage) vous sont fatalement inconnus. Avec les moyens du bord, malgré les aléas matériels qui l’ont contraint à deux ans de tournage, par manque d’aide financière extérieure au départ du projet, Gu Xiogang rentre subrepticement dans la cour des grands grâce à cette fresque contemporaine lumineuse, subtile, évidente.
La langueur, déconcertante de prime abord, va rapidement devenir une alliée réconfortante. Elle nous love dans un dépaysement total, l’émerveillement de la rencontre avec la culture chinoise. Tout devient alors sensualité, émotion à fleur de peau, sans grands effets de manche, tout en gestes retenus, émaillée de ces petits riens dont on devient friands, qu’on finit par espérer.
Le titre du film est éponyme de celui d’une célèbre peinture chinoise du xvie siècle. Longue de plusieurs mètres, conservée sous forme d’un rouleau, on la découvrait en la déroulant lentement, en connaisseurs, centimètre par centimètre, effeuillage délicat, presque les prémices du cinéma.
Le réalisateur dévide son histoire, au fil de l’eau, de la même façon, en plans séquences d’une longueur et d’une maestria incroyables. Par petites touches subtiles, il croque son époque méticuleusement, embrasse la beauté des paysages, prend l’empreinte du temps qui passe. Au lieu de cultiver la grandiloquence, il travaille l’épure et nous embarque à son rythme, loin de notre société occidentale de bruit et de compétitivité. Cela fait un bien fou : il suffit de s’enfoncer tranquillement dans la matrice obscure d’une salle de cinéma et de se laisser bercer. On se fond alors dans le décor, en observateurs privilégiés de ce qui est également une chronique familiale tendre, douce amère, touchante, un voyage dans l’espace et le temps, profondément sincère.

Tout débute l’été à Hangzhou, ville native du réalisateur, celle-là même qui servit de décor à la célèbre peinture, sept siècles plus tôt. Dans un restaurant propret, qui fut, est, restera (?) familial, trois générations d’une même lignée sont réunies. C’est l’anniversaire de Mum, c’est ainsi que tous surnomment leur aïeule désormais veuve, celle qui a jusque là guidé son monde d’une main de matriarche, et qu’il va falloir épauler à présent, on l’apprendra quelques instants plus tard. La fête sera vite écourtée par un événement inattendu.
Progressivement on va pénétrer dans l’intimité de la famille, en constater les disparités, les rivalités que le capitalisme ambiant, qui se fait féroce, va accentuer, mettant à mal les schémas ancestraux qui soudaient le groupe autour d'une solidarité forte. Impossible de rester plus longtemps indifférent à ce monde en pleine mutation, cette Chine qui se transforme, assoiffée de nouveautés, de valeurs occidentales. On rase les vieux quartiers, on les remplace par du neuf, fonctionnel. À seulement 200 kilomètres de la grouillante Shanghaï, la demande est forte. Bien malin qui spécule, bien stupide celui qui reste à la traîne. Ainsi pensent les uns, tandis que d’autres survivent comme ils peuvent le long du fleuve, vivant dans une barque par faute de pouvoir se payer un toit. Mais dans le fond, tous sont victimes et ploieront tôt ou tard sous le poids des dettes. Pour échapper à leur sort, les parents espèrent de beaux mariages de raison lucratifs pour leurs enfants, alors que ces derniers rêvent d’amour et de liberté. Le clivage se consomme comme un plat qui ne vaut même pas la peine d’être réchauffé.

Seuls les lieux historiques demeurent encore, pour un temps du moins, inviolés. L’immensité de la nature qui surplombe les hommes semble se rire de leur agitation et de leurs ambitions mesquines, appelant à la romance plus qu’à la guerre. Et c’est d’ailleurs une belle aventure sentimentale qui va prendre naissance sous nos yeux, apportant une touche romantique subtile à ce film choral d’une infinie délicatesse, qui se déploie sur quatre saisons. (Utopia)

CGR Soirée Entretoiles : dimanche 26 janvier 20h

LA VÉRITÉ

Écrit et réalisé par Irokazu KORE-EDA - France 2019 1h47mn - avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Clémentine Grenier, Ludivine Sagnier, Alain Libolt...

LA VÉRITÉOn l'avait quitté auréolé d'une palme d'or pour un film magnifique et on ne peut plus japonais, on le retrouve comme par enchantement au cœur d'un automne parisien : Irokazu Kore-Eda est décidément un cinéaste plein de surprises qui signe ici un film à la fois grinçant et drôle sur la famille – son thème de prédilection – mais aussi un hommage sincère et touchant au cinéma et aux actrices. Très écrit, avec une partition au millimètre que les deux comédiennes principales interprètent avec un brio rare, c'est un film qui n'est pas sans rappeler le cinéma d'Arnaud Desplechin, avec cet humour un peu vache teinté d'auto-dérision. Mais ce qui fait mouche, c'est l'utilisation de l'image de Catherine Deneuve et le jeu en miroir dans lequel Kore-Heda la place tout au long du film : en l'admirant dans ce rôle d'une célèbre comédienne française qui a tourné avec les plus grands et vit dans un hôtel particulier parisien qu'elle traverse la cigarette aux lèvres, on finit par se demander où est le vrai, où est le faux, où commence le personnage, où s'arrête la réalité de l'interprète… Bien sûr, pas de réponse, juste le plaisir vif d'une œuvre centrée sur les comédiennes et comédiens que l'on ne quitte pas d'une semelle… à part quelques plans dans un jardin au seuil de l'automne qui vit ses derniers rayons de soleil avant l'arrivée de l'hiver… comme une métaphore peut-être du rapprochement de deux astres, la mère et la fille, autour d'une vérité commune qui réussirait enfin à les réchauffer…

Alors qu'elle vit sans doute les derniers éclats de sa gloire, Fabienne vient de terminer son autobiographie qui a tout pour être un succès public et médiatique à la hauteur de sa renommée : elle y a mis tout le panache, tout l'égocentrisme nécessaires et surtout cette manière bien personnelle de réécrire à sa sauce l'histoire de sa vie. Pourquoi diable se contenter de la vérité quand elle peut se broder sur mesure son rôle ultime, le plus beau : elle même, LA comédienne.
De son côté, quand elle arrive à Paris avec son mari américain et leur fille, Lumir n'est pas franchement détendue. Elle a fait le voyage pour fêter la sortie du bouquin de sa mère, mais si elle a précisément décidé de vivre à des milliers de kilomètres de Paris et de son petit milieu artistique, elle qui est pourtant du sérail puisque scénariste, c'est bien parce que les rapports avec ce monstre sacré n'ont jamais été des plus sereins. Qu'à cela ne tienne, Lumir va faire des efforts, nourrissant l'espoir secret de recueillir enfin quelques miettes d'un amour maternel jusque là resté avare. L'âge, l'écriture, l'introspection auront peut-être eu raison de ce cœur de pierre. Vaines espérances. Fabienne est fidèle à sa réputation : une femme au caractère bien trempé qui vit son métier comme une passion dévorante à côté de laquelle rien n'existe. Elle préfère mille fois avoir été une grande comédienne qu'une bonne mère ou une bonne compagne, et elle a passé l'âge des regrets… à moins qu'elle ne l'ait pas encore atteint.

Pourtant, son numéro bien rodé de diva autocentrée commence à connaître de furieux cafouillages. D'abord c'est son assistant particulier qui démissionne du jour au lendemain (peut-être a-t-il très moyennement apprécié de ne pas lire une ligne sur lui dans l'autobiographie), ensuite, elle voit bien qu'elle n'est plus tout à fait le centre de gravité de son prochain film, qui laisse la part belle à une jeune comédienne montante… que tout le monde présente comme la réincarnation d'une ancienne rivale, tragiquement disparue il y a plus de trente ans… C'est peut-être dans ces failles que Lumir va trouver sa place… quitte à réveiller vérités et mensonges anciens

CGR :film ciné club : mercredi 22 et lundi 27 10h45, jeudi 23 et mardi 28 13h45, vendredi 24 15h40, samedi 25 et dimanche 26 17h45

 
UNE BELLE EQUIPE      Réalisé par Mohamed Hamidi (avec  Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette, Sabrina Ouazani et encore bien d’autres acteurs interprétant les footballeuses et les maris de ces grandes sportives),
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Une Belle Equipe" est un film qui dépasse le simple football.Il évoque avant toute chose les rapports entre hommes et femmes. Confronté(e)s à une situation inhabituelle, chacun et chacune vont apprendre les uns des autres. Apprendre la difficulté de mener de front une vie de mère avec une carrière : les repas à préparer, le petit qu'il faut soigner quand il est fiévreux, la corvée des courses, les crises des tout-petits quand on passe au rayon céréales, se coucher la dernière après que tout soit rangé Pour l’autre, c’est d’enfin goûter au loisir, au plaisir, à la détente, à l’adrénaline du sport qu’elles ont toujours pu regarder à la télévision mais jamais vraiment toucher du bout du pied. Ce sport trop souvent pratiqué uniquement par les hommes. Certes, leurs maris perdent, mais dans leur esprit ils sont toujours à se battre pour gagner leur place de footballeur. Jusqu’au jour où les footballeurs en question, membres du SPAC (association de football), se voient interdits de terrain suite à une bagarre après un match. Une solution ? Intégrer des femmes dans l’équipe pour finir le reste de la saison.
Quand ni les jeunes, ni les retraités veulent ou ne peuvent venir intégrer la dite équipe, ce sont les femmes qui manifestent leur volonté de jouer au football. Une candidature qui pourrait sauver le club. Malgré l’opposition des hommes, qui trouvent ridicule de voir leurs femmes en shorts et maillots sur le terrain, les épouses vont enfin pouvoir jouer, non pas en dilettantes, mais en vraies professionnelles : leur heure de gloire a enfin sonné. Cette victoire, elles la veulent et elles n’en démordront pas.

Oui, le football est majeur dans le film, mais ce n’est pas pour autant qu’il soit la place centrale du scénario. Le réalisateur Mohamed Hamidi n’a pas voulu que les cinéphiles soient réticents à l’idée d’entrer dans les salles obscures pour visionner "Une Belle Equipe". Pour certains, rien que d’entendre le mot « football » cela leur procure des frissons dans le dos… Rassurez-vous, "Une Belle Equipe" ne se nomme pas "Un beau match" !
 
Il n’est donc pas totalement question du football. Disons que ce dernier est un sport qui réunit beaucoup de monde jusqu’à présent. Il y a toujours une équipe de football, un terrain pour y jouer, même dans les plus lointains villages de France. Mohamed Hamidi a donc voulu rassembler le plus de monde possible autour d’un thème, d’un sport éminemment populaire. Pourtant, dans le cas présent, le football n’est là que pour « accompagner » l’histoire, tant et si bien que nous pourrions, à partir des vies des personnages, créer une série à la suite du film.
 
"Une Belle Equipe" n’est pas à 100% dans le football, car le film n’exploite pas tant que ça la place des femmes dans ce sport, leur combat pour entrer dans l’équipe.  C’est en cela qu’il se différencie d’un film plus récent : Comme des garçons réalisé par Julien Hallard en 2018 avec Vanessa Guide, Max Boublil et Sarah Suco. Comme des garçons est un film qui s’est inspiré d’un fait historique : la création de la première équipe féminine de football en France à Reims. Il se déroule dans les années 1968 alors qu’Une belle équipe est une histoire actuelle.
Mohamed HAMIDI est d'ailleurs revenu sur les origines de son film :  « C’était plus que compliqué de faire un film sur le football féminin alors que Comme des garçons allait se faire. J’ai donc commencé à écrire et j’ai arrêté d’écrire pour écrire un autre film qui est "Jusqu’ici tout va bien" avec Gilles Lellouche et Malik Bentalha. Quand le film était en tournage, j’avais parlé à Kad Merad qu’il y avait un tournage sur le football féminin et effectivement mon film est contemporain et mon sujet c’est des filles qui jouent contre des garçons, mais Kad Merad m’a rappelé en me disant qu’il avait appelé les gens de la compagnie Mars Distribution et ils ont dit que "Comme des garçons" est un film historique.  Ce n’est pas du tout la même histoire, c’est sur la première équipe féminine, ce n’est pas la même époque. Je me suis donc remis à écrire après et j’ai donc eu beaucoup de réticence au début à faire ce film, mais quand j’ai vu "Comme des garçons", j’étais plutôt rassuré, car effectivement même si ce sont deux films qui tournent autour du football, ce n’est vraiment pas du tout la même époque, la même problématique. On est plus chez moi dans des problématiques contemporaines que des problématiques des années 1960. »Les films ne sont donc pas comparables. Effectivement, ils reprennent la même thématique : le football. Tous les deux ont des femmes qui veulent défendre leur place dans le football, mais Une belle équipe nous expose bien plus qu’une histoire de match. Mohamed Hamidi nous parle des relations familiales, de couples, de l’opposition des hommes face à leurs femmes qui veulent prendre leur place. Mais ce n’est pas pour les remplacer, qu’elles font cela. Elles aiment simplement le football et elles veulent sauver l’équipe fondée par leurs maris et à laquelle tous tiennent tant.
 
Le film nous montre ce que les hommes ne voient pas dans les actes de leurs femmes, s’engageant dans ce sport pour des raisons qui vont bien au-delà de l’amour pour le football qui est presque une excuse finalement. Nous sommes davantage dans une découverte entre hommes et femmes qui, jusque-là, vivaient dans l’incompréhension. Aussi, la ultime est-elle la suivante : dans ce village, où tout le monde a une place attribuée, où rien n’a jamais changé véritablement jusqu’à ce match de football féminin, le désaccord et la colère qui confrontent les hommes et les femmes, seront-ils enfin apaisés ?
Elisa Drieux-Vadunthun
CGR : mercredi 22 15h50, 22h30, jeudi 23 10h50, 16h, 18h, 22h30, vendredi 24 et mardi 28 10h50, 15h50, 17h55, 20h, 22h30, samedi 25 et dimanche 26 18h, 22h30, lundi 27 10h50, 18h, 22h30

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn  - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.
 
 
 
Selon la formule consacrée, à l'heure où nous bouclons cette gazette nous n'avons pas pu voir le dernier film de Sam Mendes. Mais ce dernier n'étant pas tout à fait un inconnu, American Beauty (1999), Les sentiers de la perdition (2002), Les noces rebelles (2008), nous nous sommes laissé tenter.

Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée.   (Utopia) 
CGR : Tous les jours 10h45, 13h30, 15h20 et 20h
 

UN VRAI BONHOMME

Benjamin PARENT - France 2019 1h30mn - avec Thomas Guy, Benjamin Voisin, Isabelle Carré, Laurent Lucas, Nils Othenin-Girard... Scénario de Benjamin Parent et Théo Courtial.

UN VRAI BONHOMMEUn vrai bonhomme, c’est sans doute ce que Tom rêve d’être. Un vrai bonhomme tout comme l’est son grand frère Léo : tellement beau, sportif, cool, parfait ! C’est ainsi qu’il l’idéalise, comme souvent le font les cadets, avant qu’ils s’affirment en prenant un peu de bouteille et tracent leur propre sillon. Il suffit en grandissant de quelques disputes, que les routes s’éloignent, que les caractères évoluent… pour gagner en recul, pour que la réalité prenne le pas sur l’idéalisation. Seulement, tout cela, ces fameuses disputes, elles n’auront jamais lieu entre Tom et Léo, le destin ne leur laissera pas le choix. Il suffira de quelques minutes d’inattention, d’un accident aussi bête qu’un autre… La peur de tout perdre, la peur de se perdre, celle-là même qui semble par la suite rapprocher aveuglément Tom de Léo, tel un couple d’aiglons inséparables. Désormais l’aîné semble s’atteler à la tâche de déniaiser son frérot, de le rendre aussi viril que lui-même, de lui apprendre tout ce qu’il sait. C’est une sorte de coach de vie qui prodigue des conseils d’une efficacité redoutable. Du premier coup d’œil il jauge, calcule, catalogue. Qui est stylé, qui sent la lose. Il connait tous les codes pour permettre à son puîné de s’intégrer sans encombre dans son nouveau lycée. Il lui apprend à faire partie des conquérants, des gagneurs. D’abord éviter les mal fringués, les boutonneux, ne même pas les calculer. S’intégrer au clan des beaux gosses, ceux qui ont le vent en poupe, les filles à leurs pieds. Pour cela adopter leurs attitudes, leurs manières, fussent-elles cavalières. Tom a beau tiquer un peu, après avoir testé quelques recettes de Léo, force est de constater que les résultats sont là. Il goûte au bonheur d’être enfin le centre de l'attention, même de son père qui soudain le regarde autrement. Jusqu’à la magnifique Clarisse, déjà tellement femme, qui ne semble plus indifférente. Il est aux anges ! Progressivement, tandis qu’il évolue, ses goûts semblent changer. Les posters de sportifs viennent remplacer les BD, les références à la littérature… Il abandonne derrière lui sa carapace de petit garçon et part à la conquête de sa nouvelle masculinité. Mais qu’est-ce au juste que la masculinité ?
Tout serait donc au mieux… Sans le petit hic qui dérange. Le caillou dans la chaussure, ou plutôt le cheveu sur la soupe puisque le hic s'appelle JB et qu'il porte les cheveux longs, bien trop longs pour faire partie des winners. Il a une drôle de bouille, toujours franc, plein d’humour, de bonne composition. Certes il ne brille pas devant les filles, certes il ne sera jamais le héros du bahut… Mais sa force est de rester lui-même, authentique, de refuser les injonctions contraires à sa nature profonde, sans chercher à paraître, et c’est tellement reposant. Il sait écouter, sans juger, avenant et serviable. Naturellement, une relation amicale, simple et profonde, va se tisser entre ces deux-là, dans les moments d’absence de Léo, contraire à tous ses enseignements. Évidemment, ce dernier l’aura mauvaise quand il le découvrira…

C’est un premier film ingénieux et subtil qui, avec une part de fantastique, nous déroute, vient interroger les clichés, questionner le virilisme, les carcans qu’il impose aux hommes et à leur entourage, les ferments du machisme. C’est le regard d’un homme sur sa place, la place des hommes dans la société, ce qu’ils s’imposent, ce qui leur est imposé. Une réflexion salutaire, rondement menée et sans discours. Isabelle Carré et Laurent Lucas incarnent avec justesse un couple de parents dépassés. Les adolescents Thomas Guy (Tom) et Nils Othenin-Girard (JB) offrent une interprétation criante de sincérité ; quant à Benjamin Voisin (Léo), il distille juste ce qu’il faut d’arrogance fragile pour être tout aussi sympathique qu’antipathique, avec la juste dose de toxicité indispensable à son rôle (Utopia)

Lorgues : mercredi 22 et samedi 25 16h, dimanche 26 21h10, lundi 28 13h

 

LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...

Comme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager. À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)  
 
Lorgues  : vendredi 24 17h, lundi 27 21h
Vox Fréjus : samedi 25 18h40, dimanche 26 13h45
 

UNE VIE CACHÉE

Écrit et réalisé par Terrence MALICK - USA / Allemagne 2019 2h53mn VOSTF - avec August Diehl, Valerie Pachner, Bruno Ganz, Tobias Moretti, Matthias Schoenaerts... Scénario inspiré de l'histoire bien réelle de Franz Jägerstätter (9 mai 1907 – 9 août 1943).

UNE VIE CACHÉETerrence Malick sublime son art dans un film majestueux et sans emphase. Revenant à une narration limpide et accessible, il gravite avec aisance de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Passant de l’universel à l’intime, il maintient une distance pudique avec les êtres et, paradoxalement, nous les rend d’autant plus familiers. Ils sont les fragments d’un grand tout, les pièces d’un puzzle complexe, à l’instar de notre humanité et de ses chaotiques parcours. Mis bout-à-bout, ils racontent notre essence, nos forces, nos failles, nos contradictions, nos âmes jadis pures, désormais souillées par tant de zones d’ombres. Par dessus les montagnes qui tutoient le ciel, les nuages s’amassent, à la fois menaçants et salutaires. Leurs volutes ouatées fractionnent la lumière en rais d’or qui transcendent les verts moirés des champs et y impriment une beauté presque vertigineuse, à flanquer des frissons. Déjà chavirés, une musique au lyrisme tenace finit de nous transporter. Elle souligne la force romanesque d’un récit implacable et prenant qui est une ode magnifique à la résistance, à la désobéissance civile.

1939. Dans la ferme des Jägerstätter, il y a de la joie, de l’amour, des mômes qui gambadent, blonds comme les blés, pas plus hauts qu’eux. Nul n’épargne sa peine et le labeur ne fait pas peur, pas même aux plus jeunes qui contribuent à leur manière. Le pain quotidien des paysans se gagne à la sueur de leurs fronts, grâce à l'obstination de leurs mains caleuses. Cela n’empêche en rien le bonheur. Il flotte dans l’air, comme une odeur de foin coupé, de moissons heureuses. Si Frantz (August Dielhl, au jeu puissant) semble taillé dans un roc, avec sa belle allure athlétique, il n’en oublie pas pour autant d’être tendre avec sa marmaille, taquinant, dorlotant, toujours présent pour sa compagne Franzisca. Dans ce pittoresque village de Radegund, serti dans un écrin de sommets enneigés, l’homme, à n’en pas douter, est apprécié. On le serait à moins : Frantz est toujours prompt à prêter main forte aux membres de la communauté, le cœur sur la main. Comme tout cela va être vite oublié ! Cela pèsera peu dans la balance, quand la bête immonde montrera son nez !
1939, on l’a dit… La guerre gronde et si elle paraît encore lointaine pour ces cultivateurs, le troisième Reich ne les oublie pas quand il dresse l’état des forces vives de sa nation. Si tous ne seront pas mobilisés, tous doivent néanmoins prêter allégeance à Adolf Hitler. Voilà une nation sur la corde raide, procédant sur un fil ténu, où la vie peut soudain faire basculer le commun des mortels dans un camp qui n’est pas le sien, par peur des représailles. Tous retiennent leur souffle, faisant pâle figure, prêts à abjurer leurs plus profondes convictions. Que faire d’autre ? Le bras armé nazi est trop puissant pour espérer s’y opposer. Franz voit bien tout cela. Il n’est pas plus inconscient, ni téméraire qu’un autre, pas plus suicidaire. Pourtant il refusera de ployer, d’aller contre ses fondements, sa foi, dût-il rompre. Plier n’est pas dans sa nature, plus chêne fier que servile roseau. Rien ni personne ne pourra l'obliger à servir « l'idéologie satanique et païenne du nazisme ». Le voilà seul contre tous, citoyen d’une minorité invisible, banni par un peuple sans lieu et sans repère…

Une vie cachée se réfère à celle de tous ces héros inconnus, oubliés de la grande histoire, pourtant indispensables. Fresque lumineuse et méticuleuse, elle passe au peigne fin les mécanismes qui font basculer une démocratie dans la dictature. Un opus renversant, qui bouscule nos sens en même temps que les idées reçues. Aucune institution, magistralement incarnées par une forte galerie de protagonistes secondaires, ne sera épargnée : ni l’armée, ni la justice, ni l’église… Même si la spiritualité reste une des figures tutélaires de ce film touché par la grâce. (Utopia)

Lorgues : mercredi 22 17h45, dimanche 26 18h, lundi 27 15h45

Vox Fréjus : samedi 25 18h

EntretoilesBonjour à tous !
 
Nous vous attendons nombreux à notre prochaine soirée Entretoiles où nous vous proposons de venir découvrir avec nous  le film chinois : Séjour dans les Monts Fuchun  où le réalisateur Gu Xiaogang  déplie à la manière d’un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine.
Pensez aussi à réserver  votre soirée  le dimanche 9 février avec 2 films, sur le thème "Fables..." avec: Le miracle du Saint inconnu et Talking about trees., une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !!
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition aux 2 prochaines séances du 26 janvier et du 9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons dans le hall le 26 janvier à 19h30 et le 9 février à 17h30.
 
Dans le cadre du ciné club vous pourrez voir cette semaine à CGR La vérité de Kore Eda, un film grinçant et drôle sur la famille et un hommage sincère au cinéma et aux actrices.
Les prochains films de ciné club seront, Le lac aux oies sauvages et les  filles du docteur March...
Dans la programmation ordinaire de CGR, on peut voir Une belle équipeoù Mohamed Hamidi, après le délicieux La vache, nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués, 1917 de Sam Mendes, qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale.
 
A Lorgues, Un vrai bonhomme de Benjamin Parent, un film ingénieux et subtil avec une part de fantastique, et Le lac aux oies sauvages de Yinan Diao, polar décoiffant et formellement magnifique (au Vox aussi), Une vie cachée de Terence Malick, un film majestueux et sans emphase (aussi au Vox).
A Lorgues aussi, dans le cadre des ciné-débats citoyens, le jeudi 23 à 20h, un film sur le deuil, sensible, émouvant, et rempli d'espoir : Et je choisis de vivre, suivi d'un débat animé par Nathalie Paoli, psychothérapeute.
 
A Salernes, vous pouvez participer à un véritable festival sur la danse avec 4 films très forts : Les enfants d'Isadora de Damien Manivel qui dépeint l'héritage vivant d'Isadora Duncan à travers 4 femmes, The fits d'Anne Rose Holme, un film très séduisant avec des interprètes, une lumière et un montage magnifiques, Et puis nous danserons de Levan akin, un film très intéressant où la danse est le seul refuge de liberté pour des jeunes géorgiens, et Yuli de Ician Bollain, un biopic lumineux et optimiste, porté par une passion déchirante.
En janvier le pôle musique et cinéma du réseau des médiathèques en Dracénie vous propose de la neige et du sang avec Fargo des frères Coen: un ciné-concert le vendredi 24 janvier à 18h30 et une conférence le mardi 28 à 18h30."Pour vous donner envie, le teaser du ciné-concert:https://www.youtube.com/watch?v=dTe1DUTqJxQ
 
 Au Luc, Les enfants du temps, un film d'animation de Makoto Shinka, qui est une dénonciation du dérèglement climatique à travers les yeux émerveillés et désillusionnés des deux jeunes héros.

A Cotignac (et le 9 février avec Entretoiles), Le miracle du Saint inconnu de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde (aussi au Vox), et Les filles du docteur March de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages (aussi au Vox).
 
Au Vox à Fréjus, Le photographe de Ritesh Batra, après The lunchbox, ce réalisateur nous entraîne dans une analyse subtile d'une société indienne en transition, remarquablement interprété, et L'adieu de Lulu Wang, un beau drame familial sur le mensonge comme acte d'amour.
 
Voilà ! Bonne semaine de cinéma à tous !

 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUN

Gu XIAXOGANG - Chine 2019 2h30mn VOSTF - avec Qian Youfa, Wang Fengjuan, Zhang Renliang...

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUNNe cherchez pas dans vos mémoires : le nom du réalisateur, celui des acteurs (issus de son entourage) vous sont fatalement inconnus. Avec les moyens du bord, malgré les aléas matériels qui l’ont contraint à deux ans de tournage, par manque d’aide financière extérieure au départ du projet, Gu Xiogang rentre subrepticement dans la cour des grands grâce à cette fresque contemporaine lumineuse, subtile, évidente.
La langueur, déconcertante de prime abord, va rapidement devenir une alliée réconfortante. Elle nous love dans un dépaysement total, l’émerveillement de la rencontre avec la culture chinoise. Tout devient alors sensualité, émotion à fleur de peau, sans grands effets de manche, tout en gestes retenus, émaillée de ces petits riens dont on devient friands, qu’on finit par espérer.
Le titre du film est éponyme de celui d’une célèbre peinture chinoise du xvie siècle. Longue de plusieurs mètres, conservée sous forme d’un rouleau, on la découvrait en la déroulant lentement, en connaisseurs, centimètre par centimètre, effeuillage délicat, presque les prémices du cinéma.
Le réalisateur dévide son histoire, au fil de l’eau, de la même façon, en plans séquences d’une longueur et d’une maestria incroyables. Par petites touches subtiles, il croque son époque méticuleusement, embrasse la beauté des paysages, prend l’empreinte du temps qui passe. Au lieu de cultiver la grandiloquence, il travaille l’épure et nous embarque à son rythme, loin de notre société occidentale de bruit et de compétitivité. Cela fait un bien fou : il suffit de s’enfoncer tranquillement dans la matrice obscure d’une salle de cinéma et de se laisser bercer. On se fond alors dans le décor, en observateurs privilégiés de ce qui est également une chronique familiale tendre, douce amère, touchante, un voyage dans l’espace et le temps, profondément sincère.

Tout débute l’été à Hangzhou, ville native du réalisateur, celle-là même qui servit de décor à la célèbre peinture, sept siècles plus tôt. Dans un restaurant propret, qui fut, est, restera (?) familial, trois générations d’une même lignée sont réunies. C’est l’anniversaire de Mum, c’est ainsi que tous surnomment leur aïeule désormais veuve, celle qui a jusque là guidé son monde d’une main de matriarche, et qu’il va falloir épauler à présent, on l’apprendra quelques instants plus tard. La fête sera vite écourtée par un événement inattendu.
Progressivement on va pénétrer dans l’intimité de la famille, en constater les disparités, les rivalités que le capitalisme ambiant, qui se fait féroce, va accentuer, mettant à mal les schémas ancestraux qui soudaient le groupe autour d'une solidarité forte. Impossible de rester plus longtemps indifférent à ce monde en pleine mutation, cette Chine qui se transforme, assoiffée de nouveautés, de valeurs occidentales. On rase les vieux quartiers, on les remplace par du neuf, fonctionnel. À seulement 200 kilomètres de la grouillante Shanghaï, la demande est forte. Bien malin qui spécule, bien stupide celui qui reste à la traîne. Ainsi pensent les uns, tandis que d’autres survivent comme ils peuvent le long du fleuve, vivant dans une barque par faute de pouvoir se payer un toit. Mais dans le fond, tous sont victimes et ploieront tôt ou tard sous le poids des dettes. Pour échapper à leur sort, les parents espèrent de beaux mariages de raison lucratifs pour leurs enfants, alors que ces derniers rêvent d’amour et de liberté. Le clivage se consomme comme un plat qui ne vaut même pas la peine d’être réchauffé.

Seuls les lieux historiques demeurent encore, pour un temps du moins, inviolés. L’immensité de la nature qui surplombe les hommes semble se rire de leur agitation et de leurs ambitions mesquines, appelant à la romance plus qu’à la guerre. Et c’est d’ailleurs une belle aventure sentimentale qui va prendre naissance sous nos yeux, apportant une touche romantique subtile à ce film choral d’une infinie délicatesse, qui se déploie sur quatre saisons. (Utopia)

CGR Soirée Entretoiles : dimanche 26 janvier 20h

LA VÉRITÉ

Écrit et réalisé par Irokazu KORE-EDA - France 2019 1h47mn - avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Clémentine Grenier, Ludivine Sagnier, Alain Libolt...

LA VÉRITÉOn l'avait quitté auréolé d'une palme d'or pour un film magnifique et on ne peut plus japonais, on le retrouve comme par enchantement au cœur d'un automne parisien : Irokazu Kore-Eda est décidément un cinéaste plein de surprises qui signe ici un film à la fois grinçant et drôle sur la famille – son thème de prédilection – mais aussi un hommage sincère et touchant au cinéma et aux actrices. Très écrit, avec une partition au millimètre que les deux comédiennes principales interprètent avec un brio rare, c'est un film qui n'est pas sans rappeler le cinéma d'Arnaud Desplechin, avec cet humour un peu vache teinté d'auto-dérision. Mais ce qui fait mouche, c'est l'utilisation de l'image de Catherine Deneuve et le jeu en miroir dans lequel Kore-Heda la place tout au long du film : en l'admirant dans ce rôle d'une célèbre comédienne française qui a tourné avec les plus grands et vit dans un hôtel particulier parisien qu'elle traverse la cigarette aux lèvres, on finit par se demander où est le vrai, où est le faux, où commence le personnage, où s'arrête la réalité de l'interprète… Bien sûr, pas de réponse, juste le plaisir vif d'une œuvre centrée sur les comédiennes et comédiens que l'on ne quitte pas d'une semelle… à part quelques plans dans un jardin au seuil de l'automne qui vit ses derniers rayons de soleil avant l'arrivée de l'hiver… comme une métaphore peut-être du rapprochement de deux astres, la mère et la fille, autour d'une vérité commune qui réussirait enfin à les réchauffer…

Alors qu'elle vit sans doute les derniers éclats de sa gloire, Fabienne vient de terminer son autobiographie qui a tout pour être un succès public et médiatique à la hauteur de sa renommée : elle y a mis tout le panache, tout l'égocentrisme nécessaires et surtout cette manière bien personnelle de réécrire à sa sauce l'histoire de sa vie. Pourquoi diable se contenter de la vérité quand elle peut se broder sur mesure son rôle ultime, le plus beau : elle même, LA comédienne.
De son côté, quand elle arrive à Paris avec son mari américain et leur fille, Lumir n'est pas franchement détendue. Elle a fait le voyage pour fêter la sortie du bouquin de sa mère, mais si elle a précisément décidé de vivre à des milliers de kilomètres de Paris et de son petit milieu artistique, elle qui est pourtant du sérail puisque scénariste, c'est bien parce que les rapports avec ce monstre sacré n'ont jamais été des plus sereins. Qu'à cela ne tienne, Lumir va faire des efforts, nourrissant l'espoir secret de recueillir enfin quelques miettes d'un amour maternel jusque là resté avare. L'âge, l'écriture, l'introspection auront peut-être eu raison de ce cœur de pierre. Vaines espérances. Fabienne est fidèle à sa réputation : une femme au caractère bien trempé qui vit son métier comme une passion dévorante à côté de laquelle rien n'existe. Elle préfère mille fois avoir été une grande comédienne qu'une bonne mère ou une bonne compagne, et elle a passé l'âge des regrets… à moins qu'elle ne l'ait pas encore atteint.

Pourtant, son numéro bien rodé de diva autocentrée commence à connaître de furieux cafouillages. D'abord c'est son assistant particulier qui démissionne du jour au lendemain (peut-être a-t-il très moyennement apprécié de ne pas lire une ligne sur lui dans l'autobiographie), ensuite, elle voit bien qu'elle n'est plus tout à fait le centre de gravité de son prochain film, qui laisse la part belle à une jeune comédienne montante… que tout le monde présente comme la réincarnation d'une ancienne rivale, tragiquement disparue il y a plus de trente ans… C'est peut-être dans ces failles que Lumir va trouver sa place… quitte à réveiller vérités et mensonges anciens

CGR :film ciné club : mercredi 22 et lundi 27 10h45, jeudi 23 et mardi 28 13h45, vendredi 24 15h40, samedi 25 et dimanche 26 17h45

 
UNE BELLE EQUIPE      Réalisé par Mohamed Hamidi (avec  Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette, Sabrina Ouazani et encore bien d’autres acteurs interprétant les footballeuses et les maris de ces grandes sportives),
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Une Belle Equipe" est un film qui dépasse le simple football.Il évoque avant toute chose les rapports entre hommes et femmes. Confronté(e)s à une situation inhabituelle, chacun et chacune vont apprendre les uns des autres. Apprendre la difficulté de mener de front une vie de mère avec une carrière : les repas à préparer, le petit qu'il faut soigner quand il est fiévreux, la corvée des courses, les crises des tout-petits quand on passe au rayon céréales, se coucher la dernière après que tout soit rangé Pour l’autre, c’est d’enfin goûter au loisir, au plaisir, à la détente, à l’adrénaline du sport qu’elles ont toujours pu regarder à la télévision mais jamais vraiment toucher du bout du pied. Ce sport trop souvent pratiqué uniquement par les hommes. Certes, leurs maris perdent, mais dans leur esprit ils sont toujours à se battre pour gagner leur place de footballeur. Jusqu’au jour où les footballeurs en question, membres du SPAC (association de football), se voient interdits de terrain suite à une bagarre après un match. Une solution ? Intégrer des femmes dans l’équipe pour finir le reste de la saison.
Quand ni les jeunes, ni les retraités veulent ou ne peuvent venir intégrer la dite équipe, ce sont les femmes qui manifestent leur volonté de jouer au football. Une candidature qui pourrait sauver le club. Malgré l’opposition des hommes, qui trouvent ridicule de voir leurs femmes en shorts et maillots sur le terrain, les épouses vont enfin pouvoir jouer, non pas en dilettantes, mais en vraies professionnelles : leur heure de gloire a enfin sonné. Cette victoire, elles la veulent et elles n’en démordront pas.

Oui, le football est majeur dans le film, mais ce n’est pas pour autant qu’il soit la place centrale du scénario. Le réalisateur Mohamed Hamidi n’a pas voulu que les cinéphiles soient réticents à l’idée d’entrer dans les salles obscures pour visionner "Une Belle Equipe". Pour certains, rien que d’entendre le mot « football » cela leur procure des frissons dans le dos… Rassurez-vous, "Une Belle Equipe" ne se nomme pas "Un beau match" !
 
Il n’est donc pas totalement question du football. Disons que ce dernier est un sport qui réunit beaucoup de monde jusqu’à présent. Il y a toujours une équipe de football, un terrain pour y jouer, même dans les plus lointains villages de France. Mohamed Hamidi a donc voulu rassembler le plus de monde possible autour d’un thème, d’un sport éminemment populaire. Pourtant, dans le cas présent, le football n’est là que pour « accompagner » l’histoire, tant et si bien que nous pourrions, à partir des vies des personnages, créer une série à la suite du film.
 
"Une Belle Equipe" n’est pas à 100% dans le football, car le film n’exploite pas tant que ça la place des femmes dans ce sport, leur combat pour entrer dans l’équipe.  C’est en cela qu’il se différencie d’un film plus récent : Comme des garçons réalisé par Julien Hallard en 2018 avec Vanessa Guide, Max Boublil et Sarah Suco. Comme des garçons est un film qui s’est inspiré d’un fait historique : la création de la première équipe féminine de football en France à Reims. Il se déroule dans les années 1968 alors qu’Une belle équipe est une histoire actuelle.
Mohamed HAMIDI est d'ailleurs revenu sur les origines de son film :  « C’était plus que compliqué de faire un film sur le football féminin alors que Comme des garçons allait se faire. J’ai donc commencé à écrire et j’ai arrêté d’écrire pour écrire un autre film qui est "Jusqu’ici tout va bien" avec Gilles Lellouche et Malik Bentalha. Quand le film était en tournage, j’avais parlé à Kad Merad qu’il y avait un tournage sur le football féminin et effectivement mon film est contemporain et mon sujet c’est des filles qui jouent contre des garçons, mais Kad Merad m’a rappelé en me disant qu’il avait appelé les gens de la compagnie Mars Distribution et ils ont dit que "Comme des garçons" est un film historique.  Ce n’est pas du tout la même histoire, c’est sur la première équipe féminine, ce n’est pas la même époque. Je me suis donc remis à écrire après et j’ai donc eu beaucoup de réticence au début à faire ce film, mais quand j’ai vu "Comme des garçons", j’étais plutôt rassuré, car effectivement même si ce sont deux films qui tournent autour du football, ce n’est vraiment pas du tout la même époque, la même problématique. On est plus chez moi dans des problématiques contemporaines que des problématiques des années 1960. »Les films ne sont donc pas comparables. Effectivement, ils reprennent la même thématique : le football. Tous les deux ont des femmes qui veulent défendre leur place dans le football, mais Une belle équipe nous expose bien plus qu’une histoire de match. Mohamed Hamidi nous parle des relations familiales, de couples, de l’opposition des hommes face à leurs femmes qui veulent prendre leur place. Mais ce n’est pas pour les remplacer, qu’elles font cela. Elles aiment simplement le football et elles veulent sauver l’équipe fondée par leurs maris et à laquelle tous tiennent tant.
 
Le film nous montre ce que les hommes ne voient pas dans les actes de leurs femmes, s’engageant dans ce sport pour des raisons qui vont bien au-delà de l’amour pour le football qui est presque une excuse finalement. Nous sommes davantage dans une découverte entre hommes et femmes qui, jusque-là, vivaient dans l’incompréhension. Aussi, la ultime est-elle la suivante : dans ce village, où tout le monde a une place attribuée, où rien n’a jamais changé véritablement jusqu’à ce match de football féminin, le désaccord et la colère qui confrontent les hommes et les femmes, seront-ils enfin apaisés ?
Elisa Drieux-Vadunthun
CGR : mercredi 22 15h50, 22h30, jeudi 23 10h50, 16h, 18h, 22h30, vendredi 24 et mardi 28 10h50, 15h50, 17h55, 20h, 22h30, samedi 25 et dimanche 26 18h, 22h30, lundi 27 10h50, 18h, 22h30

1917

Sam Mendes - USA / GB 2019 1h59mn  - Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.
 
 
 
Selon la formule consacrée, à l'heure où nous bouclons cette gazette nous n'avons pas pu voir le dernier film de Sam Mendes. Mais ce dernier n'étant pas tout à fait un inconnu, American Beauty (1999), Les sentiers de la perdition (2002), Les noces rebelles (2008), nous nous sommes laissé tenter.

Basée sur une histoire que lui a raconté son grand-père, Alfred Mendes, qui a combattu deux ans dans les Flandres pendant la Première Guerre Mondiale, 1917 s’annonce comme un récit de guerre ultra-immersif, dans la veine du Dunkerque de Christopher Nolan. Mais il aura la particularité d’être conçu comme un (faux) long plan-séquence de presque deux heures, et compte bien raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la Première Guerre mondiale avec une intensité particulière.
Un défi que l’immense chef opérateur Roger Deakins, célèbre pour son travail avec les frères Coen et Denis Villeneuve et enfin récompensé aux Oscars pour Blade Runner 2049, a accepté de relever. Le film figure déjà parmi les favoris des Oscars.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale sur le front français, les caporaux suppléants Blake et Schofield (Dean-Charles Chapman, George MacKay) sont envoyés en mission urgente derrière les lignes ennemies pour faire passer un message à un bataillon britannique prêt à attaquer les Allemands en retraite. Ils doivent être avertis qu’ils se lancent dans une embuscade dans laquelle des milliers de personnes pourraient mourir si leur attaque n’était pas stoppée.   (Utopia) 
CGR : Tous les jours 10h45, 13h30, 15h20 et 20h
 

UN VRAI BONHOMME

Benjamin PARENT - France 2019 1h30mn - avec Thomas Guy, Benjamin Voisin, Isabelle Carré, Laurent Lucas, Nils Othenin-Girard... Scénario de Benjamin Parent et Théo Courtial.

UN VRAI BONHOMMEUn vrai bonhomme, c’est sans doute ce que Tom rêve d’être. Un vrai bonhomme tout comme l’est son grand frère Léo : tellement beau, sportif, cool, parfait ! C’est ainsi qu’il l’idéalise, comme souvent le font les cadets, avant qu’ils s’affirment en prenant un peu de bouteille et tracent leur propre sillon. Il suffit en grandissant de quelques disputes, que les routes s’éloignent, que les caractères évoluent… pour gagner en recul, pour que la réalité prenne le pas sur l’idéalisation. Seulement, tout cela, ces fameuses disputes, elles n’auront jamais lieu entre Tom et Léo, le destin ne leur laissera pas le choix. Il suffira de quelques minutes d’inattention, d’un accident aussi bête qu’un autre… La peur de tout perdre, la peur de se perdre, celle-là même qui semble par la suite rapprocher aveuglément Tom de Léo, tel un couple d’aiglons inséparables. Désormais l’aîné semble s’atteler à la tâche de déniaiser son frérot, de le rendre aussi viril que lui-même, de lui apprendre tout ce qu’il sait. C’est une sorte de coach de vie qui prodigue des conseils d’une efficacité redoutable. Du premier coup d’œil il jauge, calcule, catalogue. Qui est stylé, qui sent la lose. Il connait tous les codes pour permettre à son puîné de s’intégrer sans encombre dans son nouveau lycée. Il lui apprend à faire partie des conquérants, des gagneurs. D’abord éviter les mal fringués, les boutonneux, ne même pas les calculer. S’intégrer au clan des beaux gosses, ceux qui ont le vent en poupe, les filles à leurs pieds. Pour cela adopter leurs attitudes, leurs manières, fussent-elles cavalières. Tom a beau tiquer un peu, après avoir testé quelques recettes de Léo, force est de constater que les résultats sont là. Il goûte au bonheur d’être enfin le centre de l'attention, même de son père qui soudain le regarde autrement. Jusqu’à la magnifique Clarisse, déjà tellement femme, qui ne semble plus indifférente. Il est aux anges ! Progressivement, tandis qu’il évolue, ses goûts semblent changer. Les posters de sportifs viennent remplacer les BD, les références à la littérature… Il abandonne derrière lui sa carapace de petit garçon et part à la conquête de sa nouvelle masculinité. Mais qu’est-ce au juste que la masculinité ?
Tout serait donc au mieux… Sans le petit hic qui dérange. Le caillou dans la chaussure, ou plutôt le cheveu sur la soupe puisque le hic s'appelle JB et qu'il porte les cheveux longs, bien trop longs pour faire partie des winners. Il a une drôle de bouille, toujours franc, plein d’humour, de bonne composition. Certes il ne brille pas devant les filles, certes il ne sera jamais le héros du bahut… Mais sa force est de rester lui-même, authentique, de refuser les injonctions contraires à sa nature profonde, sans chercher à paraître, et c’est tellement reposant. Il sait écouter, sans juger, avenant et serviable. Naturellement, une relation amicale, simple et profonde, va se tisser entre ces deux-là, dans les moments d’absence de Léo, contraire à tous ses enseignements. Évidemment, ce dernier l’aura mauvaise quand il le découvrira…

C’est un premier film ingénieux et subtil qui, avec une part de fantastique, nous déroute, vient interroger les clichés, questionner le virilisme, les carcans qu’il impose aux hommes et à leur entourage, les ferments du machisme. C’est le regard d’un homme sur sa place, la place des hommes dans la société, ce qu’ils s’imposent, ce qui leur est imposé. Une réflexion salutaire, rondement menée et sans discours. Isabelle Carré et Laurent Lucas incarnent avec justesse un couple de parents dépassés. Les adolescents Thomas Guy (Tom) et Nils Othenin-Girard (JB) offrent une interprétation criante de sincérité ; quant à Benjamin Voisin (Léo), il distille juste ce qu’il faut d’arrogance fragile pour être tout aussi sympathique qu’antipathique, avec la juste dose de toxicité indispensable à son rôle (Utopia)

Lorgues : mercredi 22 et samedi 25 16h, dimanche 26 21h10, lundi 28 13h

 

LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...

Comme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager. À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)  
 
Lorgues  : vendredi 24 17h, lundi 27 21h
Vox Fréjus : samedi 25 18h40, dimanche 26 13h45
 

UNE VIE CACHÉE

Écrit et réalisé par Terrence MALICK - USA / Allemagne 2019 2h53mn VOSTF - avec August Diehl, Valerie Pachner, Bruno Ganz, Tobias Moretti, Matthias Schoenaerts... Scénario inspiré de l'histoire bien réelle de Franz Jägerstätter (9 mai 1907 – 9 août 1943).

UNE VIE CACHÉETerrence Malick sublime son art dans un film majestueux et sans emphase. Revenant à une narration limpide et accessible, il gravite avec aisance de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Passant de l’universel à l’intime, il maintient une distance pudique avec les êtres et, paradoxalement, nous les rend d’autant plus familiers. Ils sont les fragments d’un grand tout, les pièces d’un puzzle complexe, à l’instar de notre humanité et de ses chaotiques parcours. Mis bout-à-bout, ils racontent notre essence, nos forces, nos failles, nos contradictions, nos âmes jadis pures, désormais souillées par tant de zones d’ombres. Par dessus les montagnes qui tutoient le ciel, les nuages s’amassent, à la fois menaçants et salutaires. Leurs volutes ouatées fractionnent la lumière en rais d’or qui transcendent les verts moirés des champs et y impriment une beauté presque vertigineuse, à flanquer des frissons. Déjà chavirés, une musique au lyrisme tenace finit de nous transporter. Elle souligne la force romanesque d’un récit implacable et prenant qui est une ode magnifique à la résistance, à la désobéissance civile.

1939. Dans la ferme des Jägerstätter, il y a de la joie, de l’amour, des mômes qui gambadent, blonds comme les blés, pas plus hauts qu’eux. Nul n’épargne sa peine et le labeur ne fait pas peur, pas même aux plus jeunes qui contribuent à leur manière. Le pain quotidien des paysans se gagne à la sueur de leurs fronts, grâce à l'obstination de leurs mains caleuses. Cela n’empêche en rien le bonheur. Il flotte dans l’air, comme une odeur de foin coupé, de moissons heureuses. Si Frantz (August Dielhl, au jeu puissant) semble taillé dans un roc, avec sa belle allure athlétique, il n’en oublie pas pour autant d’être tendre avec sa marmaille, taquinant, dorlotant, toujours présent pour sa compagne Franzisca. Dans ce pittoresque village de Radegund, serti dans un écrin de sommets enneigés, l’homme, à n’en pas douter, est apprécié. On le serait à moins : Frantz est toujours prompt à prêter main forte aux membres de la communauté, le cœur sur la main. Comme tout cela va être vite oublié ! Cela pèsera peu dans la balance, quand la bête immonde montrera son nez !
1939, on l’a dit… La guerre gronde et si elle paraît encore lointaine pour ces cultivateurs, le troisième Reich ne les oublie pas quand il dresse l’état des forces vives de sa nation. Si tous ne seront pas mobilisés, tous doivent néanmoins prêter allégeance à Adolf Hitler. Voilà une nation sur la corde raide, procédant sur un fil ténu, où la vie peut soudain faire basculer le commun des mortels dans un camp qui n’est pas le sien, par peur des représailles. Tous retiennent leur souffle, faisant pâle figure, prêts à abjurer leurs plus profondes convictions. Que faire d’autre ? Le bras armé nazi est trop puissant pour espérer s’y opposer. Franz voit bien tout cela. Il n’est pas plus inconscient, ni téméraire qu’un autre, pas plus suicidaire. Pourtant il refusera de ployer, d’aller contre ses fondements, sa foi, dût-il rompre. Plier n’est pas dans sa nature, plus chêne fier que servile roseau. Rien ni personne ne pourra l'obliger à servir « l'idéologie satanique et païenne du nazisme ». Le voilà seul contre tous, citoyen d’une minorité invisible, banni par un peuple sans lieu et sans repère…

Une vie cachée se réfère à celle de tous ces héros inconnus, oubliés de la grande histoire, pourtant indispensables. Fresque lumineuse et méticuleuse, elle passe au peigne fin les mécanismes qui font basculer une démocratie dans la dictature. Un opus renversant, qui bouscule nos sens en même temps que les idées reçues. Aucune institution, magistralement incarnées par une forte galerie de protagonistes secondaires, ne sera épargnée : ni l’armée, ni la justice, ni l’église… Même si la spiritualité reste une des figures tutélaires de ce film touché par la grâce. (Utopia)

Lorgues : mercredi 22 17h45, dimanche 26 18h, lundi 27 15h45

Vox Fréjus : samedi 25 18h

 

 
LES ENFANTS D'ISADORA de Damien Manivel
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Centré sur la mémoire d’un solo légendaire chorégraphié par la pionnière Isadora Duncan après la mort de ses enfants, le beau film de Damien Manivel en dépeint l’héritage vivant à travers quatre femmes, danseuses ou spectatrices.

 
On n’y prête pas grande attention, mais il y a parfois dans les salles de spectacle des gens seuls, qui ont effectué un long parcours depuis chez eux dans le seul espoir d’être émus. Dans le dernier mouvement du beau film de Damien Manivel, son quatrième long métrage, récompensé du prix de la mise en scène au festival de Locarno, l’on ne verra pas l’œuvre qui provoque tant de larmes sur le visage de cette vieille dame, assise dans la pénombre du gradin. Mais l’on suivra le trajet de l’émotion, la manière dont l’œuvre voyage en elle, l’accompagne et l’habite après la représentation, depuis son siège de spectatrice, jusqu’à l’arrêt de bus où elle attend longtemps dans la nuit d’un paysage périurbain. Puis du bus où elle serre dans ses mains le prospectus de la pièce, jusqu’à son appartement.

Une fois arrivée dans l’intimité de son salon, elle re-dansera quelques bribes de la chorégraphie qui l’a tant bouleversée. C’est une danse belle et triste qu’elle semble adresser à elle-même, mais aussi à un être aimé disparu dont on devine l’absence, tout autant qu’à nous, spectateurs du film, pareillement assis dans le noir d’une salle, dans l’espoir d’être émus.

Il y a presque cent ans, avec un corps moins vieux et moins pesant mais dans une solitude sans doute aussi profonde, une autre femme effectuait (quasi) les mêmes mouvements. En 1923, dix ans après avoir tragiquement perdu ses deux enfants, la pionnière de la danse moderne Isadora Duncan créait Mother, un solo funèbre et mythique dont il n’existe ni film d’époque ni photographie. Juste une partition - grâce au système de notation Laban, que peu d’experts savent déchiffrer -, à laquelle s’ajoutent les récits que se sont transmis corporellement et de manière quasi légendaire les disciples de la chorégraphe, et ces quelques lignes : «Ma danse était endormie depuis des siècles et mon chagrin l’a réveillée.»

Après la mort de ses enfants, le plus grand rêve de l’Américaine était de fonder une école - elle n’en aura pas le temps puisqu’elle mourra peu après en 1927, rappelle Damien Manivel dans une note de présentation. L’édifice que cet ancien danseur contemporain entend aujourd’hui bâtir pour elle emprunte donc le pluriel d’une communauté, les Enfants d’Isadora. Façon de prévenir que le portrait sera moins centré sur la chorégraphe elle-même, posant les bases de sa danse révolutionnaire inspirée des mouvements naturels - pour ça, il faut revoir (ou pas, en fait) le biopic la Danseuse de Stéphanie Di Giusto, réalisé en 2016 -, que focalisé sur ses héritiers qui en aiment l’enseignement - on les trouvera aussi dans la pièce de Jérôme Bel, actuellement en tournée, Isadora Duncan.

A moins que le premier rôle du film de Damien Manivel soit avant tout une absence. Et le personnage principal serait alors cette chorégraphie fantôme, Mother, qui hante chacun des plans et dont on suit d’abord la reconstitution minutieuse par une jeune danseuse (Agathe Bonitzer), puis la transmission à une interprète adolescente et trisomique (Manon Carpentier) par une chorégraphe (Marika Rizzi), et enfin sa réception par une spectatrice, la sublime Elsa Wolliaston - déjà repérée comme actrice dans un précédent court métrage de Manivel, la Dame au chien, mais surtout connue comme monument de la danse contemporaine africaine en France.

Ce que filme Damien Manivel de la danse se révèle ici moins sa spectacularisation que sa circulation, moins son incarnation que sa réincarnation. Elle s’élabore de façon vaporeuse, par microtouches, esquisses de mouvements et croquis de gestes, voyageant dans les postures quasi picturales de bras et délicates inclinaisons de visages de ces quatre femmes, toutes travaillées, on le devine à peine, par la perte, la maternité et le désir de transmission.

C’est une philosophie de la danse que l’on voit peu sur les écrans, plus occupés quand l’occasion se présente à célébrer la dépense glorieuse des athlètes qu’à dénicher, sous l’ordinaire des corps et l’hyperbanalité des décors - ceux ici des équipements culturels un peu frigorifiques de la décentralisation - la patiente fabrique de l’émotion. Et ce qui passe d’Isadora Duncan dans ces Enfants tient autant à son rapport très démocratique au mouvement - son mantra était de «trouver sa propre danse» - qu’à une conception du temps, elle qui écrivait jadis que «l’émotion n’arrive pas d’un jet à son état de paroxysme : elle couve d’abord. [Elle] agit comme un moteur, il faut qu’il soit chaud pour agir, et la chaleur ne se développe point tout à coup».

C’est ce chemin - celui de la patience vers la fulgurance - qu’emprunte ce film hivernal et élégant. Parmi les nombreuses autres trajectoires qu’il dessine en creux : celle de la danse passée vers le présent, celle des gestes qui relient les gens, celle aussi des myriades de solitudes qui convergent vers les salles de spectacle et de cinéma, cherchant dans cette petite communauté une promesse de consolation.

(Ève Beauvallet -Libération)
Salernes : vendredi 24 20h et lundi 27 18h

 THE FITS

 par Anna Rose Holmer. Drame américain, avec Royalty Hightower, Makyla Burnam, Inayah Rodgers (1h12).

Elle s’appelle Royalty Hightower, un vrai nom de star. Mais avant de connaître la célébrité, cette gamine de 11 ans éclabousse de sa grâce le premier film où elle apparaît, qui est aussi la première réalisation d’Anna Rose Holmer.

Elle y incarne Toni, qui vit dans un quartier en marge de Cincinnati et se forme à la boxe, à l’image de son frère aîné, avec qui elle participe aux travaux d’entretien de la salle. Lorsqu’elle s’exerce, la caméra la cadre le plus souvent de face et en gros plan, de sorte que ses yeux rencontrent le regard du spectateur à un moment ou à l’autre.

Dans un gymnase voisin s’entraîne un groupe de jeunes danseuses, les Lionnes. Toni, silencieuse le plus souvent, qui se regarde dans les miroirs et observe les autres, se trouve prise entre deux mondes, l’un essentiellement masculin, celui de la boxe, l’autre féminin, celui de la danse, sensation traduite directement par la mise en scène, d’une maturité étonnante. Peut-elle rejoindre les rangs des Lionnes, elle la boxeuse à l’allure masculine, dont les autres filles considèrent les tentatives d’un œil méfiant, voire ironique ?

Mais voici qu’un événement singulier se produit : une des filles est prise soudain de tremblements, de spasmes, de convulsions, puis une autre, puis une troisième, et les mouvements incontrôlables qui les agitent sont comme un prolongement de leurs chorégraphies dans ce qu’elles peuvent présenter d’agressif. Cela ressemble à de l’épilepsie, mais apparemment ce n’en est pas. Il est question d’une contamination de l’eau du gymnase, mais il s’agit probablement d’autre chose. Autre chose dont on ignore tout, mais les crises (the fits) se multiplient, et que Toni soit épargnée contribue à accentuer son isolement, sa singularité. "The Fits" s’empare de ce mystère, qu’il laissera en l’état sans que le spectateur en ressente de la frustration.

Dans ce mystère s’en reflète un autre, celui de Toni, celui de son âge, celui du passage de l’enfance à l’adolescence, celui des désirs inconnus, des aspirations encore mal dessinées, dans un monde dont les adultes sont pour l’essentiel absents. Si le film, bref (1h12), sans une once de graisse, impressionne autant, c’est que s’y manifeste dans chaque plan une confiance absolue dans le cinéma. S’il séduit autant, c’est que les interprètes, et la lumière, et le montage sont magnifiques. Une révélation pour débuter l’année ? Oui, il y a de ça. (Pascal Mérigeau. Le Nouvel Obs)

Salernes : samedi 25 16h et mardi 28 20h30

ET PUIS NOUS DANSERONS

Écrit et réalisé par Levan AKIN - Géorgie 2019 1h51mn VOSTF - avec Levan Gelbakhiani, Tamar Bunikhkashvili, Bachi Valishvili, Geoergi Alasashvili...

ET PUIS NOUS DANSERONSConnaissez-vous la danse géorgienne, cette danse traditionnelle millénaire très codifiée ? À moins que vous ne soyez natifs du coin ou du moins des contreforts caucasiens de l'Europe, les Khanjlouri, les Kartuli, termes désignant différentes variantes chorégraphiques (danses avec couteaux ou danse de mariage) ne vous diront strictement rien. Eh bien tant mieux parce que la découverte sera d'autant plus savoureuse ! Dès la première séquence, où l'on découvre des jeunes aspirants au Ballet national géorgien s’entraîner sur le parquet de tous les espoirs, où ils se torturent les pointes et les orteils, on est immédiatement subjugué par la chorégraphie et la gestuelle si singulière, faite de virtuosité et de rigueur martiale, étrangement mariées pour le meilleur.

Car il sera bien question de cela : l'orthodoxie de cette danse, qui ne souffre pas l'originalité. C'est la leçon que rabâche sévèrement aux petits rats de Tbilissi leur professeur barbu et austère, au physique de colosse circassien : la danse géorgienne n'est pas la lambada, pas d’afféterie et de sensualité, ici les femmes sont pures et fragiles et les hommes d'une virilité quasi militaire.
C'est bien le problème pour le jeune Merab, visage d'angelot pasolinien : il danse merveilleusement depuis toujours, en duo avec son amour d'enfance, mais il lui manque cette virilité qui lui donnerait une chance d'intégrer le Ballet national. Et quand arrive d'une lointaine province le sculptural Irakli, il représente un double danger : pour sa carrière, le professeur portant aussitôt ses espoirs sur le nouveau venu au physique et à la gestuelle plus conforme à ses aspirations ; pour son équilibre mental, tant Irakli sème le trouble dans l'esprit de Merab, irrésistiblement attiré par ce brun ténébreux…

Levan Akin, cinéaste suédois d'origine géorgienne, dit avoir été inspiré par la tentative échouée d'une gay pride à Tbilissi en 2013, quand quelques dizaines de courageux gays et lesbiennes défilèrent brièvement sans aucune protection policière et furent rapidement agressés par une foule bien plus nombreuse d'homophobes excités par le clergé orthodoxe local, dans un pays où le sort des gays est à peine plus enviable que celui de leurs voisins tchétchènes.
En filigrane, le film montre intelligemment l'aspiration à la liberté et à la fête, mais aussi à la sexualité, d'une jeunesse entravée par les conditions économiques et sociales, étouffée par la précarité et le manque d'argent. Les jeunes Géorgiens sont obligés de vivre entassés avec plusieurs générations dans le même appartement, au sein d'immeubles où tout le monde épie tout le monde, mais surtout ils sont étouffés par le carcan social et religieux. Au-delà de la romance interdite entre Merab et Irakli, très joliment décrite, Levan Akin revient toujours à la danse : malgré les codes extrêmement stricts, c'est bien dans sa pratique que les protagonistes et tout spécialement Merab trouvent des espaces de liberté. On le ressentira tout particulièrement dans une scène finale superbe qui emballera tous les amateurs de danse au cinéma.

On notera l'interprétation remarquable du jeune Levan Gelbakhiani, qui sait remarquablement montrer le passage à l'âge adulte de Merab alors que l'envahissent le tourment de ses sentiments et les espoirs d'un avenir peut-être loin de son pays.(Utopia)

Salernes : samedi 25 17h30 et lundi 27 20h30

 

YULI

Iciar BOLLAIN - Espagne/Cuba 2019 1h52mn VOSTF - avec Carlos Acosta, Santiago Alfonso, Edilson Manuel Olvera, Kevyin Martinez, Laura de la Uz... Scénario de Paul Laverty, d'après No way home, l'autobiographie de Carlos Acosta.

YULIDans les rues de La Havane, le tout jeune Carlos Acosta est le roi des compètes improvisées de breakdance. Son père Pedro, chauffeur poids-lourd, reconnaît le talent extraordinaire de son jeune fils, qu'il surnomme Yuli d'après le nom d'un dieu africain de la guerre.
Même si Carlos ne veut absolument pas porter de collants et de ballerines, même s'il préférerait de loin devenir footballeur, son père l'inscrit au début des années 80 à l'Ecole Nationale de Ballet de Cuba. Ce n'est pas une période facile mais Carlos apprend et progresse pour devenir un excellent danseur, et à 18 ans, il est appelé à l'English National Ballet. Suite à une blessure, il retourne à Cuba. Après des années entières consacrées à la danse il veut croquer la vie à pleines dents, mettant ainsi sa carrière en jeu…

La réalisatrice Icíar Bollaín et le scénariste Paul Laverty (complice habituel de Ken Loach et scénariste de tous les films récents de son épouse Iciar Bollain) racontent, avec en toile de fond l'histoire mouvementée de Cuba, les méandres d'une incroyable carrière qui mènera le danseur de la Havane au Royal Ballet de Londres. Carlos Acosta y sera le premier Roméo noir du ballet classique.
Basé sur l'autobiographie du danseur, No way home, le récit part d'éléments du présent, surtout de la danse, avant d’évoquer le passé à travers des flashbacks. L’histoire se déroule ainsi sur trois époques qui s’enchevêtrent, chacune marquée par la présence d’un acteur différent. Pour le présent, c’est Carlos Acosta lui-même que l’on voit à l’écran, tandis que son enfance est incarnée par Edilson Manuel Olvera, et son adolescence par Kevyin Martínez.
On est emporté par la puissance qui émane des séquences de danse, chorégraphiées par Maria Rovira et exécutées par des danseurs professionnels de premier plan. Yuli explore avec sensibilité la contradiction avec laquelle vit Acosta depuis l’enfance. La famille, surtout la figure du père (Santiago Alfonso), occupe une place primordiale pour le danseur, tiraillé entre son art et ses origines.
Biopic lumineux et optimiste, porté par une passion déchirante, Yuli retrace somptueusement le parcours hors du commun de cet enfant au talent grandiose, des rues cubaines aux plus grandes compagnies de ballet du monde.
« J’ai suivi des cours de danse classique dès l’âge de 9 ans. Dans mon quartier, mes copains me traitaient de pédé. Dans ce milieu, aussi pauvre que machiste, il aurait été normal que mon père voie la danse comme un truc d’homosexuels. Au contraire, c’est lui qui m’a poussé à devenir danseur.
« Quand j’ai été expulsé du cours de danse pour indiscipline, j’ai été envoyé dans un internat de province. Là, je me suis senti abandonné de tous. J’étais le seul gamin que ses parents ne venaient jamais voir. La danse est devenue mon refuge, mon salut.
« Le don, il vous est donné à la naissance, mais la force pour le développer, c’est la douleur qui vous la donne. La douleur de l’âme, et la douleur physique. Dans la danse, la douleur physique sert à façonner le corps, afin qu’il exprime ce qu’on veut. Je ne souhaite à personne d’endurer cette souffrance, ce sentiment de solitude. Mais c’est cette souffrance qui a fait naître en moi la colère et la passion.
« L’étoile de ma vie, c’est mon père. Sans lui, je serais devenu un voyou. La plupart de mes amis de Los Pinos où je suis né ont quitté Cuba sur un radeau, les autres sont en prison. Voilà à quoi j’étais destiné. Revivre mon passé, le jouer et le danser pour ce film, a été une expérience intense, douloureuse et apaisante. » Carlos Acosta

Salernes : samedi 25 20h30 et mardi 28 18h

 

LES ENFANTS DU TEMPS   Réalisateur : Makoto Shinka  1h54mn

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Jeune lycéen, Hodaka fuit son île pour rejoindre Tokyo. Sans argent ni emploi, il tente de survivre dans la jungle urbaine et trouve un poste dans une revue dédiée au paranormal. Un phénomène météorologique extrême touche alors le Japon, exposé à de constantes pluies. Hodaka est dépêché pour enquêter sur l’existence de prêtresses du temps. Peu convaincu par cette légende, il change soudainement d’avis lorsqu’il croise la jeune Hina...
 

 Hodaka est un jeune fugueur de seize ans qui, sans doute à l’instar de nombre de jeunes gens de sa génération, regagne Tokyo dont il attend réussite professionnelle et accomplissement de soi. La mégapole extraordinaire est dévorée par des pluies torrentielles, jamais vues en plein mois d’août. Le dérèglement climatique atteint le monde entier et la Japon ne fait plus que trembler, les inondations font craindre un ensevelissement de la capitale nippone. Your name, le premier long-métrage de Makoto Shinkai parlait déjà de la difficulté des jeunes générations à trouver un sens à leur existence et le choix d’une forme d’exil que ses héros adolescents faisaient. De nouveau, Les enfants du temps met ses jeunes protagonistes dans la situation d’un exil social et affectif, si ce n’est que l’univers urbain qui les accueille est hanté par le risque d’un cataclysme écologique. L’eau dévore sans discontinuité les tours immenses de Tokyo, dans une relative indifférence des habitants, hormis sur les écrans de télévision où les présentateurs météo s’émeuvent du bouleversement climatique qui impacte la ville.

La force du long-métrage d’animation va au-delà de la dénonciation du dérèglement climatique, à travers les yeux émerveillés et à la fois désillusionnés des deux jeunes héros, Hodaka et Hina. En effet, le cinéaste fait le choix d’une esthétique très soignée. La beauté des paysages urbains embrumés par la pluie constitue le fil conducteur de ce récit, autant poétique que romantique. On est bluffé par la qualité des dessins, le jeu sur les transparences, et les vues sur le ciel ou la ville, qui donnent à ces derniers une hauteur supplémentaire. La puissance évocatrice du film est liée à l’éblouissement permanent qui irrigue l’image. Dieu habite la conscience de nos jeunes héros, et on n’est pas loin de penser qu’il y a dans cette quasi perfection des animations, la recherche d’une forme de spiritualité. La musique souvent douce accompagne cette promenade dans une ville saisissante, écartelée entre le regret d’un paradis perdu, et l’obsession de ses habitants à griller l’énergie dans des placards de publicité qui inondent les gratte-ciels.

Makoto Shinkai réalise une sorte de fable prophétique, dévolue à alerter les âmes encore sceptiques de la transformation durable du monde. Deux conceptions du temps s’opposent, comme deux forces contraires : d’un côté, les enfants du soleil capables de percer le ciel d’un rayon de lumière et de l’autre, les enfants de la pluie qui précipitent la ville dans le chaos. La référence au sacré semble la seule issue possible dans cette vie vouée à la disparition de la civilisation, et s’incarne dans la façon dont les jeunes héros s’en remettent au pouvoir de l’amour et des divinités pour faire changer les événements. Les autorités publiques, les entreprises, les médias, tous sont condamnés à l’aveuglement ou à la perte et la jeunesse, idéaliste, amoureuse, apparaît comme le dernier rempart contre la fin du monde.

 

Les enfants du temps sonne comme un film autant décadent que revivifiant. Le récit se situe à l’interface d’un ancien monde, en cours de destruction à cause d’un capitalisme aveugle et sans limite, et d’un nouveau monde, incarné par une jeunesse qui cherche des solutions au chaos. La solitude des adultes sonne comme un ratage funeste face à l’idéal d’amour porté par les adolescents. Finalement, le film en appelle à beaucoup d’espérances. Même si Tokyo semble condamnée à l’ensevelissement sous les eaux, même si les adultes ne sont toujours pas convaincus par la nécessité de changer, l’amour et la spiritualité poursuivent inlassablement leur destin, à la lumière du conte qui traverse tous les récits cosmogoniques de la planète, celui d’un prince et d’une princesse, épris de pureté, qui s’adonnent à l’amour partagé.(àvoiràlire)

Le Luc : mercredi 22 16h, samedi 25 18h30, dimanche 26 14h

 

 

LE MIRACLE DU SAINT INCONNU

Alaa Eddine Aljem - Maroc 2019 1h40mn VOSTF - avec Younes Bouab, Salah Bensalah, Bouchaib Essamak... Ouverture de la Semaine de la Critique, Cannes 2019.

LE MIRACLE DU SAINT INCONNULe bled de ce premier long métrage marocain semble sorti de terre par miracle, construit et peuplé à toute vitesse dans l’intervalle entre le prologue du film et le début de son intrigue chorale. Avant : un voyou fuit la police au milieu d’un nulle part de sable, trouvant le temps d’enterrer son magot au sommet d’une colline avant d’être jeté en prison. Après : cherchant l’emplacement du butin après sa sortie, notre homme y découvre un mausolée en hommage « au saint inconnu » du titre, entretenu et chéri par les habitants du hameau construit entre-temps au bas de la dune.
La tombe qu’ils vénèrent recèle le trésor que le malfrat va avoir du mal à exhumer, l’endroit étant sous la surveillance constante d’une galerie de personnages loufoques, qui s’avéreront tous tiraillés entre la foi, l’ennui et l’appât du gain : on rencontre le gardien du temple et son chien bien-aimé, le nouveau médecin du village, son infirmier placide et ses patientes désœuvrées, un jeune paysan au père dépressif, contemplant les champs délaissés par la récente urbanisation des lieux, entre autres figures locales en recherche de sens sur fond de miracles répétés (car le saint, bien qu’inconnu et inexistant, est prodigue en prodiges). (Libération)

« Ce qui définit mieux ce film, c’est son ton, un mélange de situations, certaines comiques, d’autres plus dramatiques. C’est une fable moderne teintée d’absurde, qui emprunte au conte. C’est un film choral, bâti autour de plusieurs personnages, une histoire burlesque sur le rapport à la foi et l’observation de la transformation d’une microsociété. » (Alaa Eddine Aljem)

Cotignac : jeudi 23 20h30

Vox Fréjus : mercredi 22 16h05, jeudi 23 13h45, 18h15, vendredi 24 14h, 20h30, samedi 25 15h55, dimanche 26 13h45, 18h15, lundi 27 16h05, 20h, mardi 28 13h45, 17h55

 

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH

(LITTLE WOMEN) Écrit et réalisé par Greta GERWIG - USA 2019 2h15mn VOSTF - avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Eliza Scanlen, Meryl Streep, Laura Dern, Timothée Chalamet... D'après le roman de Louisa May Alcott.

LES FILLES DU DOCTEUR MARCHPour son deuxième long-métrage en tant que réalisatrice, Greta Gerwig n'a pas eu froid aux yeux et réalise un grand écart aussi ambitieux qu'intrigant : attendue au tournant après le très beau Lady Bird, film indépendant intimiste et résolument contemporain, sur un scénario original qu'elle a écrit elle-même, elle s'attaque ici à un monument de la littérature américaine, le roman ultra populaire de Louisa May Alcott, déjà adapté huit fois pour le grand écran ! Fresque romanesque, production et budget beaucoup plus importants, casting haut de gamme réunissant la jeune et talentueuse nouvelle garde hollywoodienne (cela dit, Ronan et Chalumeau étaient déjà présents dans Lady Bird) encadrée par les deux prestigieuses aînées Meryl Streep et Laura Dern : allait-elle réussir le pari d'apporter sa touche alliant vivacité et fraîcheur, de s'approprier ce classique pour en faire une œuvre personnelle ? Certains regretteront sans doute de voir rentrer un peu dans le rang, de voir s'assagir un des feux follets du cinéma indépendant américain mais nous avons pour notre part trouvé le film très réussi, assumant pleinement ses grands et nobles sentiments, menant avec une énergie communicative un récit impeccablement agencé, et tirant le meilleur parti de sa kyrielle de comédiennes qui dessinent, toutes générations, tous parcours confondus, un formidable portrait de groupe d'une féminité aux multiples facettes. Aucune raison de bouder son plaisir !

Pendant que la guerre de Sécession fait rage, qui mobilise leur père engagé comme médecin, les quatre filles du Docteur March vivent aux côtés de leur mère, aimante et complice, les derniers éclats de leur enfance et de leur insouciance. Si elles prennent encore un malicieux plaisir à interpréter dans le grenier de la demeure familiale les pièces de théâtre écrites par la flamboyante Jo, la naissance de leurs premiers sentiments – amoureux tout particulièrement – et les doutes qui les accompagnent vont peu à peu faire entrer les sœurs dans le monde des adultes. Le film va suivre le parcours de chacune, leur cheminement intime. Jœ la passionnée, qui veut être écrivaine et demeure farouchement opposée au mariage. Meg la discrète, qui ne rêve que de construire un foyer. Amy l'excentrique, qui se voit créatrice libre mais aussi et épouse amoureuse. Enfin la fragile et effacée Beth, artiste lunaire qui est aussi la plus sage de toutes…

Moderne ? Sans aucun doute. Non pas dans la mise en scène, la manière dont Greta Gerwig filme les paysages (sublimes), les robes qui tournent (virevoltantes), les intérieurs (chatoyants) ou les visages (frémissants) qui reste très classique, mais bien dans la construction du récit et dans la profondeur psychologique qu'elle offre à chaque personnage. C'est en cela sans doute que l'on reconnaîtra la brillante réussite de cette nouvelle adaptation : Greta Gerwig aurait pu choisir le confort intellectuel de se concentrer sur la seule figure de Jo March, la rebelle de la fratrie, et faire des trois autres les pâles figurantes d'un vieux monde patriarcal. Elle fait au contraire le choix de filmer toute la richesses des sentiments et des situations pour montrer qu'il n'y a pas qu'une seule e unique voix / voie possible et que l'exercice au féminin de son propre libre arbitre est le plus beau des combats.(Utopia)

Cotignac : jeudi 23 18h et vendredi 24 20h30

Vox Fréjus : mercredi 22 VF 16h15, VO 20h30, jeudi 23 VF 14h, 17h, vendredi 24 VF 14h, VO 17h, samedi 25 VF 13h45 et 18h15, dimanche 26 VF 16h, VO 20h30, lundi 27 VF 16h20, mardi 28 VF 14h, VO 17h15

 

 

LE PHOTOGRAPHE

Écrit et réalisé par Ritesh BATRA - Inde 2019 1h49mn VOSTF - avec Nawazuddin Siddiqui, Sanya Malhotra, Farrukh Jaffar, Geetanjali Kulkarni...

LE PHOTOGRAPHEOn se souvient avec délices de The Lunchbox, le premier film de Ritesh Batra et on retrouve dans ce nouveau film cette finesse d’esprit, faussement ingénue, qui fait sa signature. On pourrait se croire, de prime abord, dans une charmante bluette indienne digne des grands soaps bollywoodiens. Mais c’est bien sûr un remarquable et amoureux pastiche du style dont s’empare le scénario pour mieux nous entraîner dans l’analyse subtile d’une société indienne en transition, qui ne cesse de s’empêtrer dans ses propres contradictions, un pied entravé dans les valeurs passées, l’autre ne sachant où se poser parmi les miroirs aux alouettes du progrès…

L’histoire démarre donc comme un véritable conte de fée des temps modernes dont on voit les rouages arriver aussi sûrement que la trompe de Ganesh au milieu d’un jeu de quille. Rafi est photographe, bel homme vivant laborieusement et chichement. Il ne fait pas partie de ces tireurs de portraits promis à une lucrative carrière, devenus rares depuis que pullulent portables et selflies. À Bombay, au même titre que les vendeurs de colifichets ou de cartes postales, il quémande l'attention du chaland qui passe, essayant de le convaincre de prendre la pose sous la grande Porte monumentale, afin d'immortaliser cet instant essentiel. Baratin bien huilé, regard séducteur, œillades de cocker qui laissent la désagréable impression, à ceux qui refusent ses prestations, d’avoir commis une mauvaise action.
Le soir venu, après avoir récolté quelques roupies, Rafi se retrouve avec ses éternels compagnons de chambrée, microcosme de mâles esseulés, venus conquérir loin des leurs non pas l’inaccessible richesse, mais le nécessaire pour vivre, le dur labeur des champs ne suffisant plus. C’est donc toute l’Inde laborieuse, populeuse, qui vient s’agglutiner-là, dans la capitale commerciale, pour améliorer son ordinaire, avoir accès aux soins… on connait la rengaine. Chaque soirée, la routine veut qu’on se taquine. On décortique la vie des autres, on a si peu à dire sur la sienne… On boit un peu, on rigole fort, avant de s’endormir, entassés dans l’unique pièce, sous le mouvement perpétuel des pales du ventilateur qui s’évertuent à rendre l’air respirable.

Rafi est le seul dans sa bande qui ne soit pas encore marié, au grand dam de sa grand-mère qui ne cesse de vouloir lui trouver une épouse. Cela donnera quelques scènes comiques, comme il se doit, dans la plus pure tradition de la comédie indienne classique. Si Bombay est immense, le bras d’une mamie rabougrie est plus long qu’on ne croit ! Même à distance, Rafi ne peut lui échapper. Le voilà harcelé par des cousins au énième degré, de vagues connaissances qui le persécutent, c’est toute la rue qui s’y met et répercute les chantages affectifs de l’aïeule qui se lamente sur le fait qu’il ne trouve pas un beau parti. Comment le pourrait-il ?
Quand Rafi rencontre Miloni, ils n’ont objectivement rien à faire l’un avec l’autre. Lui sombre de peau, elle au teint diaphane, lui fauché comme les blés, elle venue de milieu aisé, lui sans espoir d’avenir, elle progressiste, cultivée, bête à concours, lui musulman… Deux antithèses caricaturales faites pour objectivement ne jamais se côtoyer… mais vous connaissez le hasard, cet éternel taquin… Le petit service que Rafi va demander à Miloni va progressivement les rapprocher. Serait-elle la princesse qui peut sortir le petit ramoneur de rien du tout du ruisseau ? Vous le saurez au prochain épisode…

Remarquablement interprété, des acteurs principaux aux titulaires des plus petits rôles, le film quitte les sentiers battus dès l’arrivée de l’inénarrable grand-mère qui crève l’écran, plus vraie et touchante que nature. Ce sont tous ces arrières plans soignés qui progressivement étoffent l’intrigue, tirent bien plus que le portrait de ses personnages, celui de tout un pays. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 22 et jeudi 23 13h45, 18h15, 20h30, vendredi 24 16h, 18h20, 20h45, samedi 25 13h45, 16h, 21h, dimanche 26 13h45, 18h40, 20h45, lundi 27 15h40, 20h30, mardi 28 13h45, 18h15, 20h30

 

 

L’ADIEU

(THE FAREWELL) Écrit et réalisé par Lulu WANG - USA 2019 1h41mn VOSTF - avec Akwafina, Tzi Ma, X Mayo, Ines Laimins, Yang Li Xiang...

L’ADIEUVoilà une heureuse surprise toute simple, toute jolie, qui évoque à la fois le déchirement de l'exil et la douleur de la séparation d'avec nos anciens, auxquels nous pensons souvent mais que les vicissitudes de la vie ont éloignés de nous.
Billi est pourtant loin du cliché de l'exilée. Elle est une trentenaire new-yorkaise branchée, qui cherche apparemment sa voie dans l'art. Mais Billi n'est pas née américaine, elle a quitté enfant la Chine, laissant là-bas Nai Nai, sa grand mère bien aimée, avec qui elle est souvent rivée au téléphone bien que plusieurs milliers de kilomètres les séparent : il suffit que la voix de Nai Nai soit hésitante pour que la jeune femme s'en inquiète. La vie pourrait continuer ainsi longtemps, les communications modernes palliant temporairement le manque affectif. Mais à l'autre bout de la terre, dans un hôpital de la province septentrionale du Dongbei (l'ancienne Mandchourie), un drame se noue. Nai Nai, qui l'a soigneusement caché à sa petite fille, passe des examens médicaux, et les médecins apprennent à sa sœur un diagnostic peu rassurant : la vieille dame est atteinte d'un cancer des poumons en phase terminale, lui laissant une espérance de vie très limitée. On l'apprend seulement à sa sœur, la grand-tante de Billi, parce que la tradition chinoise, tout à l'opposé des us médicaux occidentaux, veut qu'on cache la vérité aux malades directement concernés : un proverbe chinois dit que c'est la peur qui tue le malade bien plus que le cancer lui-même.

Rapidement toute la famille, dispersée en Chine et dans le monde entier, est au courant. On prend dans l'affolement une décision quelque peu absurde : précipiter le mariage prévu par un jeune cousin de Billi avec sa fiancée japonaise pour organiser un banquet en Chine où tout le monde pourra voir une dernière fois Nai Nai. Mais la famille refuse que Billi fasse le voyage, car on « lit en elle comme dans un livre ouvert » et tout le monde est persuadé qu'elle craquera et révélera la vérité à sa grand-mère. Ça ne va évidemment pas empêcher la jeune femme de prendre d'elle même un avion et d'arriver à l'improviste.
Et tout va prendre un tour étrange puisque Nai Nai, qui semble en pleine forme, prépare activement les festivités du mariage pendant que toute la famille paraît amorphe et accablée par la tristesse (ce qui donnera d'ailleurs une scène de discours de mariage tragi-comique)…

La cinéaste sino-américaine Lulu Wang, s'appuyant sur sa propre histoire, ne tombe jamais dans le mélo et réussit un beau drame familial sur le mensonge comme acte d'amour, explorant au passage avec tendresse les mutations de son pays d'origine, en proie à l'urbanisation et à la modernité galopantes tout en tentant de préserver coûte que coûte quelques traditions séculaires. On notera la prestation savoureuse de tous les acteurs et particulièrement de la rappeuse féministe new-yorkaise Akwafina, qui compose tout en subtilité le personnage de Billi.(Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 22 16h, jeudi 23 16h, 20h30, vendredi 24 18h30, dimanche 26 15h50, 21h, lundi 27 14h, 18h15, mardi 28 15h50, 20h.

 
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Victor Théry
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc
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Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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