Au(x) cinéma(s) du 23 au 29 mars

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Bonjour à tous !

Cette semaine, plusieurs très bons films à voir au CGR de Draguignan : tout d'abord, ne manquez pas l'excellent film Anomalisa ! Ne soyez pas rebuté par le fait que c'est un film d'animation : il n'a rien d'un film pour enfants. C'est une fable philosophique et une "œuvre hors du commun". Ensuite, il y a aussi Médecin de campagne de Thomas Lilti, dont on avait déjà vu Hippocrate, et qui est un bel hommage à cette profession, mais pas que... et encore Au nom de ma fille de Vincent Garenq avec Daniel Auteuil, excellent, dans ce thriller. Et toujours The Revenant de Inarritu (aussi au Luc)  avec l'incroyable Di Caprio,  qui fascine les uns et révulse les autres : à vous de juger !
Plusieurs films très intéressants au Vox à Fréjus : le film taïwanais The Assassin, un film dont chaque image est un tableau, réellement magnifique, au sens propre de ce mot,  et puis : Midnight Spécial, "le nouveau petit bijou de Jeff Nichols", et encore Remember de Egoyan, un polar sombre et peu ordinaire... Et enfin Merci Patron ! de François Ruffin, à ne pas manquer, mais que vous aurez bientôt l'occasion de voir avec nous à Draguignan !
A Lorgues, si vous ne l'avez pas encore vu, allez voir Spotlight, un film d'enquête et d'investigation journalistique très intéressant ! Et  Le Trésor de Porumboiu, un film fin, subtil, touchant et irrésistiblement drôle... Nous finissons le tableau avec la truculente comédie Saint Amour de Kervern et Delepine au Luc !

Rappelez vous de noter dans vos agendas les prochaines propositions d'Entretoiles qui valent toutes leur pesant d'or ! le 17 avril une première proposition avec 2 films sur le thème "Résistance ou rébellion" avec  : Merci Patron de François Ruffin et Béliers de Grimur Hakonarson. Ensuite , le 24 avril, dans le cadre des Escapades littéraires sur le Liban : Chaque jour est une fête de Dima El Horr et Peur de rien de Danielle Arbid. Et enfin le 22 mai, sur le thème "Chanter, danser envers et contre tout" avec A peine j'ouvre les yeux de Leila Bouzid et Desert Dancer de Richard Raymond.

Nous vous rappelons aussi que les adhérents Entretoiles bénéficient maintenant du tarif réduit à 6€ au Vox de Fréjus sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 23 AU 29 MARS 2016

 

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Anomalisa
Réalisé par Charlie KAUFMAN et Duke JOHNSON
USA 2015 1h30mn VOSTF
avec les voix de David Thewlis, Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan...
« Extraordinaire film d'animation » annonçons-nous sans hésiter. On aurait pu écrire « exceptionnel », on était à deux doigts de se laisser aller à « génial » mais on s'est retenu à temps. Sur ce coup, on ne sera sans aucun doute pas les seuls à user (abuser dirons les esprits rétifs à l'enthousiasme) des superlatifs tant Anomalisa s'impose comme une œuvre hors du commun, une réussite totale en ce sens qu'elle fait preuve d'une cohérence parfaite entre le fond et la forme.
C'est ici sans doute qu'il faut exhorter nos spectateurs réfractaires au cinéma d'animation à surmonter leurs préventions et à venir découvrir à quel point la technique dite du « stop motion » (animation en volume image par image) peut créer un univers sensible et profond, propice aux émotions, à la réflexion, aux interrogations les plus essentielles. Ce que Charlie Kaufman (scénariste fameux de Dans la peau de John Malkovich et d'Eternal sunshine of the spotless mind) et Duke Johnson (le spécialiste de l'animation, c'est lui) expriment et font vivre ici, ils n'auraient pas pu l'exprimer et le faire vivre dans un film en prise de vues réelles, avec des acteurs en chair et en os. L'utilisation des figurines animées apporte un recul, une poésie, une forme de radicalité expressive qui donnent au film toute sa dimension de fable existentielle et philosophique, qui lui confèrent paradoxalement une incroyable humanité.
.. lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 23 à 18h15, jeudi 24 à 14h, vendredi 25 à 15h45, samedi 26 à 18h15, dimanche 27 à 20h15, lundi 28 à 20h et mardi 29 à 11h15
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Au nom de ma fille
Réalisé par Vincent GARENQ
France 2016 1h27mn
avec Daniel Auteuil, Sébastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil...
Scénario de Vincent Garenq et Julien Rappeneau
On peut reconnaître au réalisateur Vincent Garenq une vraie cohérence et une constance remarquable. Ces trois derniers films commencent de la même façon : l’arrestation au petit matin d’un homme qui s’avérera innocent. Vincent Garenq, homme de conviction qui croit dans la capacité du cinéma à influer sur le cours du monde, a redonné dans Présumé coupable son honneur et sa dignité à Alain Marécaux, l’huissier de justice injustement accusé et emprisonné dans la sinistre affaire dite d’Outreau. Dans L’Enquête, il reconstituait le combat pour la vérité du journaliste Denis Robert, qui avait dénoncé contre vents et marées judiciaires les manipulations financières occultes de Clearstream, chambre de compensation située au Luxembourg, en lien avec le milieu politico-économique français. Ici l’homme arrêté un petit matin de 2009 dans un hôtel de Mulhouse est André Bamberski, un septuagénaire toulousain, qui semble peu surpris de l’arrivée de la police et relativement serein. Pour comprendre toute l’affaire, le film nous ramène aux années 1970 au Maroc. A l’époque, André Bamberski est un expert comptable apprécié, marié à la très jolie Dany (c’est Marie-José Croze) et heureux père d’une petite fille, Kalinka... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 23 à 11h15 - jeudi 24, vendredi 25, lundi 28 et mardi 29 à 11h15, 16h et 18h15 - samedi 26 et dimanche 27 à 11h15 et 18h15
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The Revenant
Réalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith d'après le roman de M. Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur

« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours sauf samedi à 21h
Le Luc : mercredi 2 à 20h30, jeudi 24 à 18h, samedi 26 à 18h, 20h45 et 23h30, dimanche 27 à 17h
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Médecin de Campagne
Réalisé par Thomas LILTI
France 2016 1h42mn
avec François Cluzet, Marianne Denicourt, Isabelle Sadoyan, Christophe Odent, Patrick Descamps, Felix Moati...
Scénario de Thomas Lilti et Baya Kasmi
On a découvert Thomas Lilti, médecin passionné devenu cinéaste du même métal, avec Hippocrate, formidable portrait d'un jeune interne plongé dans le maelstrom d'un grand hôpital parisien en proie à la réduction des effectifs et à la surchauffe. Son nouveau film nous parachute dans le Vexin, région encore largement rurale à cheval entre la Normandie et les confins de l’île de France. La vie quotidienne est sans doute ici plus sereine, son rythme est plus raisonnable, à la mesure de ces paysages paisibles, qui n'ont guère bougé depuis un siècle… Il n'empêche que pour Jean-Pierre Werner, seul médecin dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, la surchauffe est bien présente aussi. Du matin au crépuscule, il sillonne les départementales de la région, au devant des petits bobos et des grandes solitudes, tour à tour médecin généraliste, psychologue, assistant social, homme à tout faire, dans une campagne peuplée essentiellement de personnages âgées, pour qui il est parfois une des rares visites... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours à 11h15, 13h30, 15h45, 17h45 et 20h15
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Remember
Réalisé par Atom EGOYAN
Canada 2015 1h35mn VOSTF
avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz, Dean Norris, Henry Czerny, Jürgen Prochnow...
Scénario de Benjamin August
Zed a 85 ans, une allure de vieux monsieur très classe, et se perd un peu entre passé et présent. Dans une chouette maison pour vieux un peu largués mais qui ont les moyens, il a beaucoup de mal à se rappeler que sa femme Esther est décédée depuis huit jours et la cherche à chaque réveil… Son vieux copain Max est là aussi avec son fauteuil à roulettes, son oxygène dans le nez, ses airs de méphisto à la retraite (Martin Landau), mais toute sa tête et une furieuse haine qui l'a accompagnée toute sa vie et sera le moteur de l'aventure incroyable qui va s'élaborer à partir de sa chambre... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 15h, 18h15 et 20h30 - jeudi 24 et lundi 28 à 13h50, 18h et 20h30 - vendredi 25 et samedi 26 à 16h15, 18h30 et 20h45 - mardi 29 à 16h, 18h et 20h30
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Le Trésor
Écrit et réalisé par Corneliu PORUMBOIU
Roumanie 2015 1h29mn VOSTF
avec Toma Cuzin, Adrian Purcarescu, Corneliu Cozmei, Cristina Toma...
Il y a une dizaine d'années, Corneliu Porumboiu était un des ces réalisateurs par lesquels nous découvrions la vitalité du jeune cinéma roumain, qui trustait alors les grands festivals de cinéma du monde entier et nous régalait de pépites aussi étonnantes que passionnantes. Nous fîmes sa connaissance à l'occasion de son premier film, 12h08 à l'est de Bucarest, lauréat en 2006 de la Caméra d'Or (prix du meilleur premier film, toutes compétitions confondues) au Festival de Cannes. Trois ans plus tard, nous retrouvions Corneliu sur la Croisette où son deuxième film, Policier, adjectif, gagnait le Prix du Jury de la sélection Un Certain Regard. Ces deux premiers films dévoilaient le talent d'un cinéaste qui s'attachait à ausculter l'histoire de son pays avec un vrai sens de la mise en scène et des dialogues, un cinéma d'une apparente austérité toujours contrebalancée par une fantaisie décalée et un humour pince-sans-rire réjouissants... lire la suite
Lorgues : samedi 26 à 18h, dimanche 27 à 21h et lundi 28 à 19h
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Merci Patron !
Réalisé par François RUFFIN
Documentaire France / Belgique 2015 1h30mn
Jocelyne et Serge Klur, ouvriers dans l’industrie textile depuis plus de trente ans, fabriquaient des costumes pour la marque Kenzo dans le nord de la France jusqu’à que leur usine soit délocalisée en Pologne. Désormais au chômage, criblés de dettes, ils risquent simplement de perdre leur maison. Bernard Arnaud est PDG du groupe LVMH. La firme est numéro un mondial du luxe grâce à son portefeuille de plus de soixante marques de prestige dont certaines sont plusieurs fois centenaires. « Groupe à caractère familial, LVMH a pour vocation d’assurer le développement à long terme de chacune de ses Maisons dans le respect de leur identité, leur héritage, leur savoir-faire. » Cette gentille phrase de présentation du groupe sur la page d’accueil de son site internet est située juste en deçà du petit compteur qui nous donne la valeur de l’action en temps réel… François Ruffin, vous connaissez sa voix de journaliste enquêteur dans l’émission Là-bas si j’y suis. Sensible aux sorts et causes des classes populaires aujourd’hui sous-représentées dans les médias mais toujours plus présentes dans la composition de la société française il est également le fondateur du journal de contre-désinformation Fakir que vous pouvez trouver dans tous les bons kiosques mais aussi et toujours à la caisse de votre ciné préféré... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 14h, jedui 24 à 20h, vendredi 25 à 16h10, samedi 26 et lundi 28 à 18h30, mardi 29 à 14h
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The Assassin
Réalisé par HOU HSIAO-HSIEN
Taïwan 2015 1h45mn VOSTF
avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou Tsumabuki Satoshi, Ching-Tien Juan...
Scénario de Chu T'ien-wen et Hou Hsiao-Hsien
Festival de Cannes 2015 : Prix de la Mise en scène

Pour quelques uns d'entre nous – et pour pas mal de critiques aussi –, The Assassin était le plus beau film du Festival de Cannes 2015, stupéfiant de splendeur, un film qui rentrera à coup sûr au panthéon du cinéma asiatique. Dès son subjuguant prologue en noir et blanc, on est saisi par la beauté sidérante de chacun des plans, de leur minutie frisant la folie : sensation rare de se trouver littéralement happé par une œuvre, de perdre ses repères, d'être hors du temps qui défile… The Assassin nous propose un bond en arrière jusqu'au ixe siècle, au cœur de la dynastie Tang. Une période souvent considérée comme une des plus florissantes, des plus prospères de l'histoire de la Chine, tant économiquement que culturellement. La capitale Chang'An était à l'époque la plus grande ville du monde. Bien plus et bien mieux que dans la plus soignée des productions hollywoodiennes, la reconstitution historique est d'une précision vertigineuse, fruit de cinq ans de recherches et de repérages... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 16h, 18h15 et 20h30 - jeudi 24 et mardi 29 à 13h50, 18h15, 20h30 - vendredi 25, samedi 26 et dimanche 27 à 13h50, 16h et 20h45 - lundi 28 à 13h50 et 15h55
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Midnight Special
Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 1h51 VOSTF
avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard...
Du jeune maître texan Jeff Nichols, qui nous impressionne de film en film(Shotgun stories, Take shelter – tous deux disponibles en Vidéo en Poche – et Mud), on attendait l'inattendu… et on n'est pas déçu. La première scène de Midnight Specialnous plonge dans l'inconnu. Deux hommes armés semblent attendre, anxieux, dans une chambre de motel aux fenêtres recouvertes de carton. Sur le lit, caché sous un drap, un petit garçon lit à la lumière d'une lampe de poche, imperméable aux événements extérieurs, un casque anti-bruit sur les oreilles, les yeux étrangement recouverts de lunettes de piscine. La télévision diffuse en boucle l'information de la disparition d'un enfant appartenant à une communauté religieuse. Est-ce un kidnapping ? Ou l'enfant a-t- il été au contraire soustrait par ses proches à un destin funeste ? Soudain le trio sort précipitamment et démarre en trombe dans la nuit à bord d'une Ford Mustang (à moins que ce ne soit une Dodge Charger, pardonnez ma méconnaissance des voitures de légende du cinéma américain)... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :mercredi 23 à 16h, 18h15 et 20h30 - jeudi 24 à 13h50, 15h45 et 18h20 - vendredi 25 à 13h50, 18h30 et 20h45 - samedi 26 et dimanche 27 à 16h, 18h15 et 20h45 - lundi 28 à 15h55 et 20h30 - mardi 29 à 13h50, 16h05 et 18h15
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Spotlight
Réalisé par Tom McCARTHY
USA 2015 2h08mn VOSTF
avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Brian d'Arcy James, Liev Schreiber, Stanley Tucci, Billy Crudup, John Slattery, Jamey Sheridan...
Scénario de Josh Singer et Tom McCarthy
De Bas les masques (1952) de Richard Brooks aux Hommes du président (1976) d'Alan J. Pakula ou à Révélations (1999) de Michael Mann, le journaliste incarne depuis longtemps, dans le cinéma hollywoodien, une véritable sentinelle de la démocratie. Dénonçant sans relâche la criminalité, la corruption de la classe politique, le cynisme du « big business », les pires dérives de l'hystérie anticommuniste ou les erreurs judiciaires, il est une vigie qui pointe les dysfonctionnements de la société américaine, parfois au péril de sa vie. C'est dans cette solide tradition que s'inscrit ce remarquable Spotlight qui, comme souvent dans ce genre d'entreprise, s'inspire de faits réels. Ici, l'équipe de journalistes d'investigation du Boston Globe, surnommée « Spotlight », enquête sur une affaire de crimes pédophiles perpétrés – et dissimulés – par l'Église catholique. Pour autant, il ne faut pas chercher la moindre héroïsation du reporter. Car ce qui intéresse McCarthy, c'est de montrer le journaliste, ce soutier de la démocratie, au travail... lire la suite
Lorgues : samedi 26 à 20h, dimanche 27 à 18h et lundi 28 à 21h
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Saint Amour
Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN
France 2016 1h42mn
avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Céline Sallette, Chiara Mastroianni, Gustave Kervern, Solène Rigot, Michel Houellebecq, Ana Girardot, Andréa Ferréol, Izia Higelin...
Au moment de vous présenter ce Saint Amour, on se sent pris d'une envie de récapituler les prodiges déjà accomplis par le duo Delépine-Kervern. Avec Aaltra, ils ont convaincu des milliers d'handicapés qu'ils pouvaient traverser l'Europe en faisant chier un maximum de gens ; avec Avida, ils ont montré que le surréalisme bandait encore ; avec Louise Michel, ils ont montré la voie pour recentrer la lutte sociale sur l'exécution des patrons scélérats (au fait, voyez Merci Patron : François Ruffin propose une tout aussi hilarante variante) ; avec Mammuth, ils ont magnifié la revanche des retraités pauvres en mobylette ; avec Le Grand soir, ils ont réconcilié les punks à chiens et les vendeurs de literie (tous sont disponibles en Vidéo en Poche) ; enfin, dans Near Death Experience, ils rendaient justice aux cyclistes dépressifs tout en rendant sympa et génialement drôle le plus insupportable des écrivains : Michel Houellebecq… Six films, ça commence à pouvoir s'appeler une œuvre. Qui a une sacrée gueule ! Et autant vous dire que Saint Amour va ajouter une septième pierre précieuse à l'édifice ! Le rire le plus gargantuesque et les larmes les plus sensibles mêlés comme rarement. Si j'avais su qu'un jour je chialerais en écoutant le discours d'un éleveur de bœufs à un concours agricole... lire la suite
Le Luc : mercredi 23 et vendredi 25 à 18h - dimanche 27 à 14h
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Demain
Réalisé par Cyril DION et Mélanie LAURENT
Documentaire France 2015 2h
Qui n'a pas eu envie de changer le monde ? Au moins de le rendre meilleur ? Qui n'a pas rêvé d'un monde où chacun mangerait à sa faim, et sainement, aurait un toit, de qualité, pourrait circuler librement, où l'argent ne serait plus le roi, mais juste un moyen, où l'air ne serait plus pollué jusqu'à l'asphyxie, où les océans ne seraient plus pillés par la pêche industrielle ni envahis par le pétrole ou le plastique, où les champs, les arbres, les animaux ne seraient plus empoisonnés par les pesticides, infectés par la radioactivité invisible, inodore ? Un monde où l'intérêt commun serait compris de toutes et tous : la nécessité de nous inventer une nouvelle et belle vie, maintenant, pendant qu'il est encore temps, pour que demain ne soit pas le résultat inéluctable de nos errements... lire la suite
Cotignac : samedi 26 à 16h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Anomalisa
ANOMALISARéalisé par Charlie KAUFMAN et Duke JOHNSON
USA 2015 1h30mn VOSTF
avec les voix de David Thewlis, Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan...
Scénario de Charlie Kaufman. Musique de Carter Burwell, le compositeur attitré des frères Coen
EXTRAORDINAIRE FILM D'ANIMATION POUR ADULTES (vraiment pas pour les enfants)


« Extraordinaire film d'animation » annonçons-nous sans hésiter. On aurait pu écrire « exceptionnel », on était à deux doigts de se laisser aller à « génial » mais on s'est retenu à temps. Sur ce coup, on ne sera sans aucun doute pas les seuls à user (abuser dirons les esprits rétifs à l'enthousiasme) des superlatifs tant Anomalisa s'impose comme une œuvre hors du commun, une réussite totale en ce sens qu'elle fait preuve d'une cohérence parfaite entre le fond et la forme.
C'est ici sans doute qu'il faut exhorter nos spectateurs réfractaires au cinéma d'animation à surmonter leurs préventions et à venir découvrir à quel point la technique dite du « stop motion » (animation en volume image par image) peut créer un univers sensible et profond, propice aux émotions, à la réflexion, aux interrogations les plus essentielles. Ce que Charlie Kaufman (scénariste fameux de Dans la peau de John Malkovich et d'Eternal sunshine of the spotless mind, réalisateur en 2008 d'un premier film injustement passé inaperçu : Synecdoche, New York) et Duke Johnson (le spécialiste de l'animation, c'est lui) expriment et font vivre ici, ils n'auraient pas pu l'exprimer et le faire vivre dans un film en prise de vues réelles, avec des acteurs en chair et en os. L'utilisation des figurines animées apporte un recul, une poésie, une forme de radicalité expressive qui donnent au film toute sa dimension de fable existentielle et philosophique, qui lui confèrent paradoxalement une incroyable humanité.

Fascinante expérience pour le spectateur, qui est d'abord intrigué, voire perturbé, par ces personnages au visage figé, au regard perdu, accomplissant comme des marionnettes (qu'ils sont doublement !) des gestes semble-t-il dénués de nécessité, se mouvant dans des décors impersonnels comme savent si bien les imaginer les urbanistes et autres designers de la modernité totalitaire et mondialisée. Et puis, peu à peu, les traits se précisent, les détails s'affirment, et nous percevons que tout fait sens, que rien dans l'image comme dans la bande son n'est inutile (magnifique travail sur le son, sur les voix), rien n'est gratuit, rien n'est laissé au hasard : c'est tout un monde qui se construit sous nos yeux, tout un monde de situations, d'actions, de mots, d'échanges, de signes, de symboles, tout un monde qui mérite bien notre attention de chaque instant.
Un avion vole dans un ciel nuageux. À bord, un homme grisonnant au regard las. Il écoute sans les entendre les paroles banales de son voisin et supporte mal que celui-ci lui prenne la main, par réflexe de crainte, au moment de l'atterrissage. L'homme récupère ses bagages, le pas résigné. Il prend un taxi, le chauffeur lui parle de choses et d'autres qui ne l'intéressent nullement. Il se rend à l'hôtel Fregoli, où une chambre type supérieur a été réservée pour lui. Il s'installe, allume la télé. Cet homme, c'est Michael Stone, un spécialiste du service clients dans les grandes entreprises. Il a même écrit un bestseller sur la question : « Comment puis-je vous aider à les aider ? ». Il est à Cincinnati pour donner une conférence sur son bouquin et on le devine accablé par l'idée de participer de son plein gré à ce jeu de rôles dérisoire qui fait de vous une vedette parce que vous avez écrit un guide de conseils sur l'assistance hotline…

Michael Stone s'est laissé fossiliser dans la routine de sa vie. Il est mari, il est père, il est seul. Il profite de sa présence à Cincinnati pour reprendre contact avec un amour de jeunesse : fiasco complet, le courant ne passe plus. Est-il jamais passé ? Peut-être la rencontre avec une de ses fans, Lisa, hébergée dans le même hôtel, va-t-elle le réveiller de son engourdissement ? Peut-être l'amour, cette anomalie, va-t-il redonner des couleurs à cette grisaille uniforme dans laquelle il se débat ?


CGR (Draguignan) : mercredi 23 à 18h15, jeudi 24 à 14h, vendredi 25 à 15h45, samedi 26 à 18h15, dimanche 27 à 20h15, lundi 28 à 20h et mardi 29 à 11h15


Au nom de ma fille
AU NOM DE MA FILLERéalisé par Vincent GARENQ
France 2016 1h27mn
avec Daniel Auteuil, Sébastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil...
Scénario de Vincent Garenq et Julien Rappeneau

On peut reconnaître au réalisateur Vincent Garenq une vraie cohérence et une constance remarquable. Ces trois derniers films commencent de la même façon : l’arrestation au petit matin d’un homme qui s’avérera innocent. Vincent Garenq, homme de conviction qui croit dans la capacité du cinéma à influer sur le cours du monde, a redonné dans Présumé coupable son honneur et sa dignité à Alain Marécaux, l’huissier de justice injustement accusé et emprisonné dans la sinistre affaire dite d’Outreau. Dans L’Enquête, il reconstituait le combat pour la vérité du journaliste Denis Robert, qui avait dénoncé contre vents et marées judiciaires les manipulations financières occultes de Clearstream, chambre de compensation située au Luxembourg, en lien avec le milieu politico-économique français.

Ici l’homme arrêté un petit matin de 2009 dans un hôtel de Mulhouse est André Bamberski, un septuagénaire toulousain, qui semble peu surpris de l’arrivée de la police et relativement serein. Pour comprendre toute l’affaire, le film nous ramène aux années 1970 au Maroc. A l’époque, André Bamberski est un expert comptable apprécié, marié à la très jolie Dany (c’est Marie-José Croze) et heureux père d’une petite fille, Kalinka.
Dieter Krombach est le père d’une copine de Kalinka et rapidement les deux couples se lient d’amitié. Mais peu après, la femme d’André le quitte pour Dieter. Tout se noue en juillet 1982. Dieter a épousé en seconde noces Dany, et cet été-là, Kalinka et son frère sont partis en vacances chez leur mère et beau-père au bord du très beau lac de Constance. Et une nuit sinistre, sans explication plausible, Kalinka meurt subitement, alors que la veille, le Docteur Krombach a fait une piqûre à la jeune fille… pour l’aider à bronzer plus vite. Chez André Bamberski, l’immense douleur cède bientôt la place au doute et aux interrogations, d’autant que l’autopsie est étrangement bâclée et que les autorités allemandes vont continuer à faire preuve de négligences inquiétantes. Peu à peu le doute se transforme en certitude : Dieter Krombach est coupable. Et année après année, les preuves vont s’accumuler contre l’élégant médecin, qui se révèle un pervers sexuel amateur de très jeunes filles…

Ponctué de rebondissements dignes d’un excellent thriller, le film suit l’incroyable combat d’André Bamberski pour que justice soit rendue à Kalinka et donc pour faire condamner Dieter Krombach. Un combat qu’il finira par gagner au bout de trente ans, après avoir été contraint de faire fi de toute légalité. Les incroyables péripéties tiennent en haleine, qui montrent que la raison d’État entre deux pays va à l’encontre de la justice. Mais c’est surtout l’évolution d’un homme ordinaire qui est décrite. Un homme que rien ne prédisposait à agir de la sorte et qui pourtant devient à la fois juriste, détective privé, homme de main pour tenter d’aller jusqu’au bout de la mission qu’il s’est assignée. Un homme qui aura d’une certaine manière sacrifié sa vie, son nouvel amour, pour ce seul objectif. Daniel Auteuil, immense acteur quand il joue dans des films qui l’intéressent vraiment, endosse le personnage à tous les âges et restitue avec une remarquable intensité le parcours de ce personnage que sa quête mena au bord de la folie… au nom de sa fille.


CGR (Draguignan) : mercredi 23 à 11h15 - jeudi 24, vendredi 25, lundi 28 et mardi 29 à 11h15, 16h et 18h15 - samedi 26 et dimanche 27 à 11h15 et 18h15


The Revenant
THE REVENANTRéalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith, d'après le roman de Michael Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur


« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio.
Depuis qu'il s'est mis à l'écriture de ses films avec Biutiful, Alejandro González Iñárritu a déployé ses ailes et confirme le tournant esthétique de Birdman. Mais ici, l'usage des plans séquences et de la courte focale est en parfaite cohérence avec l'histoire, on n'est plus dans l'exercice formaliste génial, son cinéma est devenu organique, respirant avec son histoire, ses personnages. C'est le résultat d'un tournage dans des conditions particulièrement difficiles (il rejoint les légendaires tournages d'Apocalypse Now et Sorcerer), en décors naturels, et dans l'ordre chronologique du film : « tout le monde était gelé, le matériel se brisait. Amener la caméra d'un point à un autre était un cauchemar. Les acteurs n'étaient pas en studio à rigoler devant des fonds verts. »

Hugh Glass était un « mountain man », un de ces trappeurs, explorateurs américains qui parcouraient les montagnes de l'Amérique du Nord au xixesiècle, motivés par le profit, chassant les castors et vendant leurs peaux. Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack, qui racontait l'histoire d'un de ces trappeurs, Johnson le mangeur-de-foie, fait aujourd'hui figure de conte pour enfant aux côtés deThe Revenant. Le film mêle deux épisodes qui ont fait la célébrité de Hugh Glass, durant l'expédition du général William Ashley remontant le Missouri. Le premier épisode est celui de la rencontre avec les indiens Arikaras, qui les pourchassèrent et auxquels il parvint à échapper, aidé ensuite par des Sioux pour rejoindre le fort. En 1823, lors d'une reconnaissance, Glass surprit une femelle grizzly, accompagnée de ses deux oursons, qui le chargea. Il réussit à tuer l'ours, mais très gravement blessé, fut laissé pour mort par les deux compagnons qui devaient rester à ses côtés. Sans armes, il parvint en six semaines à gagner Fort Kiowa, distant de plus de trois cents kilomètres. Glass se remettra ensuite en route pour traquer Bridger et Fitzgerald, et en tirer vengeance.

Resserrant la durée du récit originel, le film reprend en grande partie les épisodes de cette histoire pour en faire une aventure humaine dont la profondeur et la force en font dores et déjà un classique intemporel, hors catégories : « la souffrance est temporaire, un film est éternel » (Alejandro González Iñárritu, Golden Globes 2016).


CGR (Draguignan) : tous les jours sauf samedi à 21h
Le Luc : mercredi 2 à 20h30, jeudi 24 à 18h, samedi 26 à 18h, 20h45 et 23h30, dimanche 27 à 17h

 

Médecin de Campagne
LES INNOCENTESRéalisé par Thomas LILTI
France 2016 1h42mn
avec François Cluzet, Marianne Denicourt, Isabelle Sadoyan, Christophe Odent, Patrick Descamps, Felix Moati...
Scénario de Thomas Lilti et Baya Kasmi

On a découvert Thomas Lilti, médecin passionné devenu cinéaste du même métal, avec Hippocrate, formidable portrait d'un jeune interne plongé dans le maelstrom d'un grand hôpital parisien en proie à la réduction des effectifs et à la surchauffe. Son nouveau film s'intéresse encore à la médecine – le titre ne laisse aucun doute sur la question – mais, bien loin des grands complexes hospitaliers parisiens, il nous parachute dans le Vexin, région encore largement rurale à cheval entre la Normandie et les confins de l’île de France. La vie quotidienne est sans doute ici plus sereine, son rythme est plus raisonnable, à la mesure de ces paysages paisibles, qui n'ont guère bougé depuis un siècle… Il n'empêche que pour Jean-Pierre Werner, seul médecin dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, la surchauffe est bien présente aussi. Du matin au crépuscule, il sillonne les départementales de la région, au devant des petits bobos et des grandes solitudes, tour à tour médecin généraliste, psychologue, assistant social, homme à tout faire, dans une campagne peuplée essentiellement de personnages âgées, pour qui il est parfois une des rares visites.

Les consultations à domicile s'enchaînent – très belles scènes qui témoignent bien du regard chaleureux de Thomas Lilti, en même temps que de sa connaissance approfondie de son sujet – et quand il revient, quasi systématiquement en retard, à son cabinet, la salle d'attente est souvent pleine de patients… Pas de doute, la tâche est rude. Et les confrères ne se bousculent pas au portillon pour accepter de s'installer dans une région pas spécialement attractive et fort peu lucrative : travailler dix à douze heures par jour à ce prix là, c'est du sacerdoce !
Mais pour l'instant, ce n'est pas la surcharge de travail qui préoccupe Jean-Pierre. C'est même tout le contraire : ce qui le mine, c'est qu'il risque d'être obligé d'arrêter. Le diagnostic de son confrère et ami qui, dans la première scène du film, lui fait passer un examen du cerveau est sans appel : il souffre d'une tumeur temporale, il va lui falloir suivre un traitement lourd, fatiguant, donc il n'a pas d'autre choix que de lever drastiquement le pied et de se trouver dare-dare un remplaçant…
C'est comme ça que débarque Nathalie, qui a tout pour déplaire au vieil ours Jean-Pierre, habitué à travailler tout seul, à ne s'expliquer de rien à personne, et claffi de préjugés éventuellement machistes : Nathalie est incontestablement une femme, une citadine qui n'a aucune expérience de la campagne, incapable de distinguer un jars d'un canard, et qui en plus a suivi un parcours peu orthodoxe puisqu'ancienne infirmière ayant repris des études de médecine sur le tard… Ce qui nous vaudra quelques scènes de bizutage aussi répréhensibles que cocasses. Mais Nathalie a un sacré tempérament et une vraie compétence et elle va s'accrocher, jusqu'à gagner la confiance de son confrère mal embouché…

Thomas Lilti livre un bel hommage, d'une évidente authenticité, à cette profession de médecin de campagne, somme toute méconnue et guère valorisée – pas étonnant qu'elle soit en voie de disparition –, en première ligne face à la crise générale de notre système de santé. Et il agrémente cette chronique bien sentie d'une fine trame romanesque où l'amour et la peur de la mort vont se croiser. Pour incarner ce couple a priori pas du tout fait pour s'entendre mais dont les solitudes vont évidemment se rapprocher, Marianne Denicourt et François Cluzet excellent. (Utopia)

CGR (Draguignan) : tous les jours à 11h15, 13h30, 15h45, 17h45 et 20h15

Remember
AVE CÉSAR !Réalisé par Atom EGOYAN
Canada 2015 1h35mn VOSTF
avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz, Dean Norris, Henry Czerny, Jürgen Prochnow...
Scénario de Benjamin August

Zed a 85 ans, une allure de vieux monsieur très classe, et se perd un peu entre passé et présent. Dans une chouette maison pour vieux un peu largués mais qui ont les moyens, il a beaucoup de mal à se rappeler que sa femme Esther est décédée depuis huit jours et la cherche à chaque réveil… Son vieux copain Max est là aussi avec son fauteuil à roulettes, son oxygène dans le nez, ses airs de méphisto à la retraite (Martin Landau), mais toute sa tête et une furieuse haine qui l'a accompagnée toute sa vie et sera le moteur de l'aventure incroyable qui va s'élaborer à partir de sa chambre.

Zed a toujours sur le bras le numéro qui lui rappelle qu'il est avec Max un des rares survivants de leurs deux familles exterminées par les nazis. Il ne se souvient pas d’avoir promis à sa femme de les venger en retrouvant le SS qui a directement provoqué leurs morts… Mais Max lui a tout écrit dans une lettre qu'il devra garder sur lui en s'échappant de ce havre médicalisé et la relire chaque fois qu'il perdra le fil : les billets d'avion sont dans une enveloppe, les dollars aussi, les chambres d'hôtels sont payées d'avance… Il suffit que Zed suive les indications pour accomplir ce que Max, cloué dans son fauteuil, ne peut plus accomplir : retrouver et tuer Rudy Kurlander, le coupable, l'exterminateur de Juifs, réfugié aux Etats Unis comme de nombreux nazis qui s'y sont faufilés à la fin de la guerre, se chachant parfois sous le nom de leurs victimes. La quête sera compliquée, pleine de surprises, sorte de polar noir et étrange à rebondissements inattendus, plongée dans des vies troublées, des souvenirs douloureux des camps, où on croise aussi de furieux nostalgiques du nazisme qui continuent à vénérer Hitler (impressionnant Dean Norris que Breaking Bad nous a rendu familier).

Il ne fallait pas s'attendre de la part d'Atom Egoyan à un film lisse et linéaire. Crépusculaire et ponctué de nostalgie, de relents de souffrances qui ne s'estompent pas, ce Remember ouvre plus d'interrogations qu'il n'apporte de réponses. On voit bien que sous ce polar sombre et peu ordinaire se cache l'ambiguïté de l'humanité, qui distingue les bourreaux pour en faire des victimes et transforme les victimes en bourreaux dans un jeu de cache cache morbide… (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 15h, 18h15 et 20h30 - jeudi 24 et lundi 28 à 13h50, 18h et 20h30 - vendredi 25 et samedi 26 à 16h15, 18h30 et 20h45 - mardi 29 à 16h, 18h et 20h30
 

Le Trésor
NAHIDÉcrit et réalisé par Corneliu PORUMBOIU
Roumanie 2015 1h29mn VOSTF
avec Toma Cuzin, Adrian Purcarescu, Corneliu Cozmei, Cristina Toma...

Il y a une dizaine d'années, Corneliu Porumboiu était un des ces réalisateurs par lesquels nous découvrions la vitalité du jeune cinéma roumain, qui trustait alors les grands festivals de cinéma du monde entier et nous régalait de pépites aussi étonnantes que passionnantes. Nous fîmes sa connaissance à l'occasion de son premier film, 12h08 à l'est de Bucarest, lauréat en 2006 de la Caméra d'Or (prix du meilleur premier film, toutes compétitions confondues) au Festival de Cannes. Trois ans plus tard, nous retrouvions Corneliu sur la Croisette où son deuxième film, Policier, adjectif, gagnait le Prix du Jury de la sélection Un Certain Regard. Ces deux premiers films dévoilaient le talent d'un cinéaste qui s'attachait à ausculter l'histoire de son pays avec un vrai sens de la mise en scène et des dialogues, un cinéma d'une apparente austérité toujours contrebalancée par une fantaisie décalée et un humour pince-sans-rire réjouissants. Et puis nous l'avions un peu perdu de vue alors que ses deux films suivants, Métabolisme et Match retour, tendaient vers un conceptuel un peu trop aride à notre goût… Nous sommes donc bien contents de retrouver avec Le Trésor le Porumboiu que nous avons tant aimé !

Costi est un jeune père de famille, aimant, aimé et pas malheureux, mais un peu enfermé dans une vie domestique ronronnante et un boulot pas franchement passionnant. Et puis un soir, Adrian, un voisin qu'il connaît à peine, vient toquer à sa porte et solliciter son aide. Il est étranglé financièrement, accablé de dettes, et aurait besoin de huit cents euros pour se sortir de cette situation insoluble. Costi est touché mais forcé de refuser, cette somme est beaucoup plus qu'il ne peut se le permettre. L'autre revient à la charge et s'explique : ces huit cents euros sont en réalité un investissement pour acheter le matériel nécessaire à la recherche du magot que son arrière-grand-père aurait enterré avant l'arrivée des communistes dans le jardin de la maison familiale. Sa demande se mue alors en offre : en compensation de son investissement et de son aide pour aller déterrer le fameux magot, Adrian partagerait avec Costi la moitié de la fortune planquée par son ancêtre. Costi, que l'ennui guette et qui aime lire à son fils des contes et des histoires – celle de Robin des Bois notamment –, se laisse entraîner dans cette invraisemblable promesse d'aventure. Les deux compères se lancent donc dans la préparation de leur chasse au trésor, et particulièrement dans la recherche d'un indispensable détecteur de métaux qui leur sera livré avec un troisième larron pour le manipuler. Et voilà nos trois pieds-nickelés qui prennent la route jusqu'à la demeure de la famille d'Adrian…

Le Trésor est donc le récit de cette épopée aussi surréaliste et absurde qu'ancrée dans la réalité, révélatrice de la situation passée et présente de la Roumanie. Au fur et à mesure que les trois personnages s'enfoncent dans les complications et dans le trou qu'ils creusent sans relâche, Porumboiu dévoile avec intelligence les différentes époques qui ont marqué le pays et dont la maison familiale fut le témoin. Et si le suspense monte inexorablement quand les recherches s'approchent de leur but, les situations burlesques et les gags cocasses se multiplient alors que la tension s'installe entre les trois personnages épuisés par leurs efforts. Sans cesse surprenant jusqu'à un dénouement mêlant à l'ironie mordante une émouvante touche de poésie, Porumboiu réussit avec Le Trésor un film fin, subtil, touchant et irrésistiblement drôle, le retour en grande forme d'un réalisateur brillant et singulier. (Utopia)

Lorgues : samedi 26 à 18h, dimanche 27 à 21h et lundi 28 à 19h


Merci Patron !
BELGICARéalisé par François RUFFIN
Documentaire France / Belgique 2015 1h30mn

Jocelyne et Serge Klur, ouvriers dans l’industrie textile depuis plus de trente ans, fabriquaient des costumes pour la marque Kenzo dans le nord de la France jusqu’à que leur usine soit délocalisée en Pologne. Désormais au chômage, criblés de dettes, ils risquent simplement de perdre leur maison. Bernard Arnaud est PDG du groupe LVMH. La firme est numéro un mondial du luxe grâce à son portefeuille de plus de soixante marques de prestige dont certaines sont plusieurs fois centenaires. « Groupe à caractère familial, LVMH a pour vocation d’assurer le développement à long terme de chacune de ses Maisons dans le respect de leur identité, leur héritage, leur savoir-faire. » Cette gentille phrase de présentation du groupe sur la page d’accueil de son site internet est située juste en deçà du petit compteur qui nous donne la valeur de l’action en temps réel… François Ruffin, vous connaissez sa voix de journaliste enquêteur dans l’émission Là-bas si j’y suis. Sensible aux sorts et causes des classes populaires aujourd’hui sous-représentées dans les médias mais toujours plus présentes dans la composition de la société française il est également le fondateur du journal de contre-désinformation Fakir que vous pouvez trouver dans tous les bons kiosques mais aussi et toujours à la caisse de votre ciné préféré.

À priori pas grand chose en commun entre ces trois protagonistes. Sauf que Les Klur travaillaient pour Kenzo, que Kenzo appartient au groupe LVMH et que Ruffin a une fâcheuse tendance à prendre fait et cause pour les valeureux travailleurs plutôt que pour les patrons de multinationales. Notre journaliste d’investigation s’invite donc à une assemblée générale du groupe LVMH et tente de prendre la parole. Sitôt monté sur l’estrade sitôt délogé, il semble difficile de croire que David puisse encore l’emporter sur Goliath. Mais il prend des forces, avale quelques petits fours, une rasade de champagne et fomente une action digne d’un Robin des bois des temps modernes, tendance carnavalesque. Du suspense donc, de l’émotion, de la franche rigolade, et même de l’espionnage sont au programme de ce thriller social qui semble s’inscrire, telle une nouvelle variante des pieds Nickelés version Picarde contre entreprise tentaculaire, dans la longue caravane des combats pour des causes désespérées mais qui, au final, nous conforte dans l’idée que, tel que le proclame Fakir à longueur de numéros : « À la fin, c’est nous qu’on va gagner ! » (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 14h, jedui 24 à 20h, vendredi 25 à 16h10, samedi 26 et lundi 28 à 18h30, mardi 29 à 14h


Spotlight
SPOTLIGHTRéalisé par Tom McCARTHY
USA 2015 2h08mn VOSTF
avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Brian d'Arcy James, Liev Schreiber, Stanley Tucci, Billy Crudup, John Slattery, Jamey Sheridan...
Scénario de Josh Singer et Tom McCarthy

De Bas les masques (1952) de Richard Brooks aux Hommes du président (1976) d'Alan J. Pakula ou à Révélations (1999) de Michael Mann, le journaliste incarne depuis longtemps, dans le cinéma hollywoodien, une véritable sentinelle de la démocratie. Dénonçant sans relâche la criminalité, la corruption de la classe politique, le cynisme du « big business », les pires dérives de l'hystérie anticommuniste ou les erreurs judiciaires, il est une vigie qui pointe les dysfonctionnements de la société américaine, parfois au péril de sa vie.
C'est dans cette solide tradition que s'inscrit ce remarquable Spotlight qui, comme souvent dans ce genre d'entreprise, s'inspire de faits réels. Ici, l'équipe de journalistes d'investigation du Boston Globe, surnommée « Spotlight » (littéralement « le projecteur »), enquête sur une affaire de crimes pédophiles perpétrés – et dissimulés – par l'Église catholique. Pour autant, il ne faut pas chercher la moindre héroïsation du reporter. Car ce qui intéresse McCarthy, c'est de montrer le journaliste, ce soutier de la démocratie, au travail.

Non, son quotidien n'est pas ponctué de révélations spectaculaires et de satisfactions flattant l'ego. Bien au contraire, ses tâches sont le plus souvent répétitives et ingrates, son environnement est celui d'un bureau gris et exigu éclairé par des néons suspendus à un faux plafond, ses interlocuteurs le considèrent comme un gêneur et sa vie privée est vampirisée par son métier. D'ailleurs le réalisateur ne s'attache à ses personnages qu'à travers le prisme professionnel, sans s'attarder inutilement sur leur sphère personnelle qui aurait risqué de parasiter leur indéfectible trajectoire. D'où les plans éloquents de Sasha Pfeiffer (Rachel McAdams) interrogeant inlassablement les victimes et tentant d'approcher les bourreaux, ou encore ceux de Michael Rezendes (Mark Ruffalo) harcelant littéralement l'avocat des survivants et de Matty Carroll (Brian d'Arcy James) épluchant scrupuleusement les archives du journal.
McCarthy excelle à camper cette petite ruche industrieuse que forme le groupe Spotlight – les visages anxieux minés par la fatigue croissante et les rebuffades récurrentes, les innombrables appels téléphoniques infructueux, les allées et venues entre le journal, le Palais de justice et le bureau des avocats – et à humer l'atmosphère solidaire qui règne à la rédaction. Outre sa pugnacité, c'est l'autre grand atout du groupe : la complémentarité de ses membres qui, tous, savent qu'ils ont une note à jouer dans la partition et qu'ils occupent une fonction essentielle, chacun à sa place.
Peu à peu, le travail acharné des journalistes esquisse les contours des violences insondables subies par les jeunes victimes d'hier. À cet égard, la force de Spotlight, c'est le traitement du hors-champ. S'il ne fait preuve d'aucune fausse pudeur dans l'évocation des viols, le cinéaste évite soigneusement les flash-back insistants, le pathos racoleur. Entre les témoignages recueillis et la reconstitution des faits, le film donne pourtant à sentir l'envergure du traumatisme…

Ce plaidoyer pour la fonction salvatrice de la presse écrite ne serait pas aussi puissant s'il n'était pas ancré dans un contexte géographique bien spécifique. Car dans le film, la responsabilité écrasante de l'Église se confond avec celle de Boston : Boston la patricienne, discrète et « provinciale », Boston qui exècre l'ostentation, et surtout Boston la catholique, où le crime s'épanouit pourtant… « La ville prospère quand ses grandes institutions travaillent main dans la main » déclare, sûr de son fait, le cardinal Law au rédacteur en chef du Globe lors d'un entretien privé. De fait c'est toute la ville qui semble complice des agissements criminels de ses prélats : ici, l'Église, impalpable et omniprésente, s'est insinuée dans le cœur et l'âme des fidèles, si bien qu'ils ont d'eux-mêmes intégré l'impérieuse obligation du silence… Dans ce film subtil qui ne tombe jamais dans l'écueil du manichéisme, tout le monde, ou presque, partage les mêmes origines et, partant, une responsabilité collective… Un film passionnant, de bout en bout ! (F. Garbarz, Positif)


Lorgues : samedi 26 à 20h, dimanche 27 à 18h et lundi 28 à 21h


The Assassin
THE ASSASSINRéalisé par HOU HSIAO-HSIEN
Taïwan 2015 1h45mn VOSTF
avec Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou Tsumabuki Satoshi, Ching-Tien Juan...
Scénario de Chu T'ien-wen et Hou Hsiao-Hsien
Festival de Cannes 2015 : Prix de la Mise en scène


Pour quelques uns d'entre nous – et pour pas mal de critiques aussi –, The Assassin était le plus beau film du Festival de Cannes 2015, stupéfiant de splendeur, un film qui rentrera à coup sûr au panthéon du cinéma asiatique.
Dès son subjuguant prologue en noir et blanc, on est saisi par la beauté sidérante de chacun des plans, de leur minutie frisant la folie : sensation rare de se trouver littéralement happé par une œuvre, de perdre ses repères, d'être hors du temps qui défile…

The Assassin nous propose un bond en arrière jusqu'au ixe siècle, au cœur de la dynastie Tang. Une période souvent considérée comme une des plus florissantes, des plus prospères de l'histoire de la Chine, tant économiquement que culturellement. La capitale Chang'An était à l'époque la plus grande ville du monde. Bien plus et bien mieux que dans la plus soignée des productions hollywoodiennes, la reconstitution historique est d'une précision vertigineuse, fruit de cinq ans de recherches et de repérages. Nous allons suivre une jeune femme, Nie Yinniang, qui revient chez elle après plusieurs années d'exil mystérieux. On découvre peu à peu qu'elle a séjourné auprès d'une nonne non moins mystérieuse, qui lui a enseigné dans le plus grand secret les arts martiaux, et Nie Yinniang est devenue une professionnelle de l'assassinat, envoyée à Huebo, capitale provinciale, pour tuer Tian Ji'an, le gouverneur félon de la province, dans le contexte troublé de désagrégation de l'Empire, miné par les ambitions féodales. Détail qui n'en pas un : Tian Ji'an est son cousin, avec lequel elle a été élevée et qui lui fut autrefois promis comme fiancé…

Inspiré d'une nouvelle de l'époque, The Assassin signe le retour du grand Hou Hsiao-Hsien(Poussières dans le vent, La Cité des douleurs, Le Maître de marionnettes, Les Fleurs de Shanghaï…) et c'est la première incursion du maître taiwanais dans un genre culte en Chine, le wu xia pian, (film de sabre à connotation historique), qui le fascina adolescent mais auquel jamais il n'osa s'attaquer. Un genre immortalisé par les chefs d'œuvre de King Hu dans les années 70 (Raining in the moutain, Touch of zen…) puis par les délires virtuoses et virevoltants de Tsui Hark (Zu, les guerriers de la montagne magique), enfin plus récemment par le divertissant Tigre et dragon d'Ang Lee.
Mais Hou Hsiao-Hsien aborde le genre de manière totalement différente, beaucoup plus intimiste, mêlant le mélo au film de sabre. Le film est ponctué de combats magnifiquement chorégraphiés, sublimés par une harmonie de couleurs toujours idéale, mais ils s'apparentent davantage aux combats des films de chambara de Kurosawa qu'à ceux de Tsui Hark ou Ang Lee. La tension réside essentiellement dans l'atmosphère feutrée et élégante des palais où les intrigues se nouent. Hou Hsiao Hsien filme magnifiquement ses personnages noyés dans les paysages grandioses de la Mongolie intérieure ou du centre de la Chine : on les croirait sortis d'une estampe médiévale… Il magnifie aussi, toujours en clair obscur, les intérieurs couleur sang et or que n'aurait pas renié un Caravage. Des intérieurs enveloppants où se nouent les amours déçues, les vengeances longtemps enfouies, où la mort peut surgir à tout instant, dans une volute de fumée incompréhensible qui cache l'assassin.

Il faut insister une fois encore sur l'admirable précision de la mise en scène : rien n'y est inutile, les plans séquences les plus impossibles sont maîtrisés à la perfection… Avec en prime un couple d'acteurs au charisme renversant, tout particulièrement la splendide Shu Qi, égérie du cinéaste.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 16h, 18h15 et 20h30 - jeudi 24 et mardi 29 à 13h50, 18h15, 20h30 - vendredi 25, samedi 26 et dimanche 27 à 13h50, 16h et 20h45 - lundi 28 à 13h50 et 15h55


Midnight Special
A PERFECT DAYÉcrit et réalisé par Jeff NICHOLS
USA 2016 1h51 VOSTF
avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard...

Du jeune maître texan Jeff Nichols, qui nous impressionne de film en film(Shotgun stories, Take shelter – tous deux disponibles en Vidéo en Poche – et Mud), on attendait l'inattendu… et on n'est pas déçu.
La première scène de Midnight Specialnous plonge dans l'inconnu. Deux hommes armés semblent attendre, anxieux, dans une chambre de motel aux fenêtres recouvertes de carton. Sur le lit, caché sous un drap, un petit garçon lit à la lumière d'une lampe de poche, imperméable aux événements extérieurs, un casque anti-bruit sur les oreilles, les yeux étrangement recouverts de lunettes de piscine. La télévision diffuse en boucle l'information de la disparition d'un enfant appartenant à une communauté religieuse. Est-ce un kidnapping ? Ou l'enfant a-t- il été au contraire soustrait par ses proches à un destin funeste ? Soudain le trio sort précipitamment et démarre en trombe dans la nuit à bord d'une Ford Mustang (à moins que ce ne soit une Dodge Charger, pardonnez ma méconnaissance des voitures de légende du cinéma américain).

Ce qui est passionnant dans le nouveau petit bijou de Jeff Nichols, ce sont ses multiples entrées. Ça commence comme un film de cavale, porté par la musique aérienne et lancinante de David Wingo, traversant les paysages magnifiques du Sud des États-Unis, du Texas à la Floride, sans qu'on connaisse au demeurant la destination ni la raison de cette fuite précipitée. Ce n'est que peu à peu que l'on en comprend les tenants et les aboutissants : une secte chrétienne, dirigée par un gourou qui scande des formules mathématiques, avait fait de l'enfant sa mascotte prophétique, un enfant qui cache un lourd secret et des pouvoirs surnaturels. Tout ça attirant les spécialistes des agences gouvernementales qui voudraient bien mettre la main sur ce gamin capable de déchiffrer les informations des satellites espions. La tension monte… et le film bascule sans esbroufe spectaculaire vers la science-fiction, en une sorte d'hommage virtuose aux grandes réussites des années 70/80 – on pense en particulier au Spielberg de Rencontres du troisième type –, à l'époque où le cinéma américain imaginait que « l'autre », la créature venue d'ailleurs, n'était pas forcément un envahisseur mais pouvait être animé d'intentions pacifiques et bienveillantes, bien plus que les terriens recroquevillés sur leur petite planète…

Mais derrière le suspense paranoïaque et la SF, derrière l'action qui avance tambour battant, on retrouve les thèmes récurrents de Jeff Nichols, principalement la paternité, le lien indéfectible qui unit père et fils. Et son acteur fétiche Michael Shannon incarne formidablement ce père déterminé, prêt à tout pour permettre à son fils d'aller jusqu'au bout du destin qui est le sien… Ce personnage emblématique représente l'abnégation paternelle poussée à son paroxysme, celle qui vous pousse à croire à l'incroyable, à abdiquer votre rationalité, à vous affranchir de la loi pour contourner ou forcer tous les barrages, même si toutes les forces de l’État le plus puissant au monde sont à vos trousses. Michael Shannon est comme toujours impressionnant mais on appréciera aussi les personnages secondaires remarquablement dessinés et interprétés, tels Sam Shepard très flippant en gourou de secte ou Adam Driver, parfaitement ambivalent en enquêteur faussement dilettante.

Le Vox (Fréjus) :mercredi 23 à 16h, 18h15 et 20h30 - jeudi 24 à 13h50, 15h45 et 18h20 - vendredi 25 à 13h50, 18h30 et 20h45 - samedi 26 et dimanche 27 à 16h, 18h15 et 20h45 - lundi 28 à 15h55 et 20h30 - mardi 29 à 13h50, 16h05 et 18h15


Saint Amour
SAINT AMOURÉcrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN
France 2016 1h42mn
avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Céline Sallette, Chiara Mastroianni, Gustave Kervern, Solène Rigot, Michel Houellebecq, Ana Girardot, Andréa Ferréol, Izia Higelin...

Au moment de vous présenter ce Saint Amour, on se sent pris d'une envie de récapituler les prodiges déjà accomplis par le duo Delépine-Kervern. Avec Aaltra, ils ont convaincu des milliers d'handicapés qu'ils pouvaient traverser l'Europe en faisant chier un maximum de gens ; avec Avida, ils ont montré que le surréalisme bandait encore ; avec Louise Michel, ils ont montré la voie pour recentrer la lutte sociale sur l'exécution des patrons scélérats (au fait, voyez Merci Patron : François Ruffin propose une tout aussi hilarante variante) ; avec Mammuth, ils ont magnifié la revanche des retraités pauvres en mobylette ; avec Le Grand soir, ils ont réconcilié les punks à chiens et les vendeurs de literie (tous sont disponibles en Vidéo en Poche) ; enfin, dans Near Death Experience, ils rendaient justice aux cyclistes dépressifs tout en rendant sympa et génialement drôle le plus insupportable des écrivains : Michel Houellebecq… Six films, ça commence à pouvoir s'appeler une œuvre. Qui a une sacrée gueule ! Et autant vous dire que Saint Amour va ajouter une septième pierre précieuse à l'édifice ! Le rire le plus gargantuesque et les larmes les plus sensibles mêlés comme rarement. Si j'avais su qu'un jour je chialerais en écoutant le discours d'un éleveur de bœufs à un concours agricole…

Parce qu'il faut vous dire que tout commence dans ce qui s'avère un magnifique lieu de cinéma : le salon de l'agriculture. Jean (Gérard Depardieu, grandiose), éleveur de bovins de compèt, et son fils Bruno (Benoit Poelvoorde, formidable avec le cheveu gras collé) participent comme tous les ans au Salon dans l'espoir que la médaille tant espérée viendra enfin récompenser leur taureau bien couillu. Mais Bruno n'y est pas… Tout ça le déprime. Il a la bonne quarantaine, bosse tout le temps dans la gadoue, se prend des vestes dès qu'il approche les filles et il n'est pas question pour lui de reprendre la ferme familiale. La seule chose qui le console, c'est de profiter de cette semaine parisienne pour faire la route des vins… à l'intérieur du salon… éclusant des godets à tous les stands de dégustation représentant les vignobles des régions françaises.
Face à cette situation pathétique, Jean va prendre les choses en main et embarque son grand fiston dépressif pour une vraie route des vins dans le taxi de Mike (Vincent Lacoste, parfait), jeune frimeur parisien, mythomane patenté. Un périple initiatique en forme de road movie drolatique, qui va permettre au père et au fils de renouer les liens au gré de rencontres détonantes : avec une jeune serveuse obsédée par la dette abyssale de la France, un hôtelier airbnb très inquiétant (le déjà nommé Michel Houellebecq, très très flippant), une cavalière pré-ménopausée en recherche immédiate de géniteurs… Tout ça agrémenté de bitures légendaires.

Il n'y a que Delépine et Kervern pour concilier avec autant de verve, d'invention, de poésie brute les scènes hilarantes, parfois délicieusement borderline, et les séquences d'émotion pure, notamment celles où le fils et le père se rapprochent envers et contre tout, ou encore celle où la superbe Céline Sallette chevauche le long de la Seine… Et mine de rien, sans larmoyer ni pérorer, cette truculente comédie se révèle un des plus beaux hommages qui soient au monde paysan (pas celui de l'agriculture industrielle, rassurez-vous !), à son courage, son sens de l'abnégation et de la transmissi
on.

Le Luc : mercredi 23 et vendredi 25 à 18h - dimanche 27 à 14h


Demain
DEMAIN !Cyril DION et Mélanie LAURENT
Documentaire France 2015 2h

Qui n'a pas eu envie de changer le monde ? Au moins de le rendre meilleur ? Qui n'a pas rêvé d'un monde où chacun mangerait à sa faim, et sainement, aurait un toit, de qualité, pourrait circuler librement, où l'argent ne serait plus le roi, mais juste un moyen, où l'air ne serait plus pollué jusqu'à l'asphyxie, où les océans ne seraient plus pillés par la pêche industrielle ni envahis par le pétrole ou le plastique, où les champs, les arbres, les animaux ne seraient plus empoisonnés par les pesticides, infectés par la radioactivité invisible, inodore ? Un monde où l'intérêt commun serait compris de toutes et tous : la nécessité de nous inventer une nouvelle et belle vie, maintenant, pendant qu'il est encore temps, pour que demain ne soit pas le résultat inéluctable de nos errements…


Loin de l'écologie triste et punitive, loin du discours sur le développement durable cher au greenwashing, vous allez voir un film formidable, vivant, enthousiasmant sur notre extraordinaire capacité à rebondir face à l'adversité, notre extraordinaire capacité à imaginer, notre extraordinaire capacité à faire. Mélanie Laurent et Cyril Dion sont allés rencontrer des gens passionnants à travers le monde, qui œuvrent au quotidien à ce changement indispensable : Inde, États-unis, Canada, Danemark, Allemagne, Islande, Scandinavie, Finlande, Grèce, France…
Le film est composé de cinq chapitres : agriculture, énergie, économie, démocratie et éducation. Construction intelligente et pédagogique, dans le meilleur sens du terme, qui nous montre bien que tout est lié, qu'il s'agit bien d'un problème politique, là aussi dans le sens noble du terme. Et il présente des actions, des alternatives concrètes qui sont mises en œuvre, avec succès, dans tous ces domaines. Mélanie Laurent : « Mises bout à bout, les initiatives comme la permaculture, les monnaies locales, les énergies renouvelables, dessinent un monde possible. Ce qui peut paraître démotivant, c’est qu’il ne s’agit que d’initiatives isolées, mais en même temps elles ne demandent qu’à être réunies ! Il y a déjà un monde qui tient la route, qui existe, où tout est possible. Des solutions sont déjà disponibles, dans tous les domaines, c’est forcément inspirant ! »

Tout s'enchaîne judicieusement et vient renforcer la certitude qu'il faut d'urgence opérer une rupture symbolique, mais aussi pratique avec notre système actuel fondé sur le pétrole et les autres énergies fossiles, sur le nucléaire, sur le productivisme, sur le consumérisme, sur la financiarisation de l'économie, sur l'éducation normative et compétitive…
Pas de doute, Cyril Dion, co-fondateur avec Pierre Rabhi du mouvement Colibris, et Mélanie Laurent, actrice et réalisatrice, tous deux activistes pour un monde meilleur, ont réussi leur coup : sur les thématiques qu'il aborde, Demain est un film-somme, essentiel, un outil d'information et d'action qui est aussi un spectacle passionnant et exaltant.

Cotignac : samedi 26 à 16h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

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