Au(x) cinéma(s) du 23 au 29 novembre

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Bonjour à tous !

Cette semaine au CGR, en film ciné-club Éternité,  de Tran Anh Hung, peu apprécié par la critique comme vous pourrez le constater (nous n'en avons pas trouvé de bonnes). Mais par contre, CGR propose en "sortie nationale" le film d'Emmanuelle Bercot La Fille de Brest, sur le sujet du Médiator, un film "bouleversant d'humanité".

Dans les nouveautés de la semaine, il y a au Vox et à Lorgues Mademoiselle, film coréen de Park Chan Wook, thriller érotique et historique "sublimement beau", et au Vox seulement Louise en Hiver, film d'animation, fait pour les adultes; de Jean François Laguionie, "une merveille de délicatesse sensible, de poésie tendre, de mélancolie douce... un bonheur rare à ne pas laisser passer..."
Au Vox, allez voir Planétarium de Rebecca Zlotowski, un film puissant sur les années 30, et aussi Réparer les vivants (et à Cotignac).

Au Vox aussi, ne manquez pas le dernier film de Asghar Farhadi, Le Client, superbe pladoyer pour la nécessité vitale d'une plus grande liberté dans la société iranienne et surtout pour les femmes, ni d'ailleurs le dernier de Ken Loach, Palme d'or au Festival de Cannes, Moi, Daniel Blake, un film "beau à tomber" dit la critique (que vous pouvez aussi voir à Lorgues et à Salernes).

Finissons avec le film d'animation Ma vie de Courgette, "tragique, poétique, rigolo sur la vie des enfants qui ont morflé" (au Vox et au Luc).
Signalons encore 2 films un peu à part : Qu'est-ce qu'on attend ? à Lorgues de Marie Monique Robin, qui retrace l'expérience de transition d'un village, et La Philo vagabonde, film "sérieux et réjouissant", sur la route philosophique suivie par Alain Guyard.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!).

PROGRAMMATION DU 23 AU 29 NOVEMBRE 2016

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La Fille de Brest
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2016 2h08mn
avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel, Gustave Kervern, Isabelle De Hertogh, Lara Neumann, Philippe Uchan, Patrick Ligardes...
Scénario de Séverine Bosschem et Emmanuelle Bercot d'après le livre d’Irène Frachon
Ce film captivant et exaltant est le récit d'un combat exaltant et captivant. Et pourtant, sur le papier, c'était perdu d’avance. Une lutte à armes absolument inégales entre un petit médecin d'une petite équipe d'un petit hôpital de province et une armée d’experts en tout genre, de scientifiques dorés sur tranche au service d'un géant français de l’industrie pharmaceutique. Le Docteur Irène Frachon, pneumologue, contre l'omnipotent laboratoire Servier ; l'enjeu : un médicament qui est en fait un poison mortel, le Médiator 150 g... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours sauf dimanche à 11h, 13h30, 16h, 18h30 et 21 h - dimanche 27 à 11h, 13h30, 18h30 et 21h
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Éternité
Réalisé par Tran Anh Hung
France 2016 2h
avec Audrey Tautou, Jérémie Renier, Bérénice Bejo, Mélanie Laure...
Quand Valentine se marie à 20 ans avec Jules, nous sommes à la fin du 19e siècle. À la fin du siècle suivant, une jeune parisienne, l’arrière-petite-fille de Valentine, court sur un pont et termine sa course dans les bras de l’homme qu’elle aime. Entre ces deux moments, des hommes et des femmes se rencontrent, s’aiment, s’étreignent durant un siècle, accomplissant ainsi les destinées amoureuses et établissant une généalogie… une éternité…Dans un raccourci un peu facile et avec une pointe de mauvaise foi, il serait tentant d’affirmer que le contenu filmique d’Eternité se résume tout entier à des « hommes et des femmes qui se rencontrent, s’aiment et s’étreignent… ». Pourtant, même sans raccourci facile et avec beaucoup de bonne foi, la vérité ne peut qu’éclater sous couvert d’une analyse justement plus approfondie : Eternité est un film d’un vide abyssal... lire la suite
CGR (Draguignan) en ciné-club : tous les jours à 17h45 sauf lundi 28 à 20h
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Louise en Hiver
Écrit et réalisé par Jean-François LAGUIONIE
Film d'animation France 2016 1h15mn
avec les voix de Dominique Frot, Diane Dassigny, Anthony Hickling, J.F. Laguionie...
Pour les enfants à partir de 12 ans. MAGNIFIQUE DESSIN ANIMÉ EN 2D destiné avant tout aux adultes, visible par les enfants mais pas avant 12/13 ans
Le nouveau film de Jean-François Laguionie, un des très grands noms de l'animation française (on ne citera que son dernier film en date, le très beau Le Tableau) est une merveille de délicatesse sensible, de poésie tendre, de mélancolie douce, tant dans son écriture que dans son dessin. Un bonheur rare, à ne pas laisser passer ! C'est le dernier jour de l'été et Louise s'aperçoit que le dernier train est parti sans elle : elle se retrouve donc seule, abandonnée de tous, dans cette petite station balnéaire, sans doute bretonne, aux rues désertes. Que s'est-il donc passé ?
Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées surviennent. C'est la tempête et les premières nuits sont difficiles. Mais bientôt le beau temps pour offrir à la vieille dame un automne exceptionnel...
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Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 14h, 16h20 et 18h, jeudi 24 à 14h, 18h20 et 20h15, vendredi 25 à 14h, 16h45 et 18h30, samedi 26 à 14h, 16h45 et 19h15, dimanche 27 à 14h, 15h30 et 19h15, lundi 28 à 14h, 18h20 et 20h30, mardi 20 à 14h, 18h20 et 20h
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Planétarium
Réalisé par Rebecca ZLOTOWSKI
France 2016 1h45mn
avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, Pierre Salvadori, Louis Garrel...
Scénario de Robin Campillo et Rebecca Zlotowski
Hasard du calendrier, Planetarium sort sur nos écrans quelques semaines après le très beau La Danseuse. Les deux films se rapprochent d’une certaine façon, ils dessinent tous les deux des portraits de femmes du début du 20ème siècle, toutes les deux artistes forains et qui chacune à leur manière vont accompagner voire provoquer des évolutions marquantes dans la pratique de leur art. Rebecca Zlotowski s’est inspirée de la vie des sœurs Fox, trois sœurs spirites américaines qui ont inventé le spiritisme à la fin du xixe. L’une d’elle avait été embauchée pendant une année par un riche banquier pour incarner sa femme défunte. L’autre source d’inspiration de la cinéaste, c’est le destin du producteur de cinéma Bernard Natan. D’origine roumaine, naturalisé Français, croix de guerre, parti de rien, il avait en 1929 racheté Pathé Cinéma. C’est notamment lui qui a créé les studios de la rue Francœur (aujourd’hui occupés par la Femis, l’école de cinéma où étudia Zlotowski), lui aussi qui a importé le cinéma sonore en France... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 15h40 et 20h30, jeudi 24 à 14h et 20h30, vendredi 25 à 20h30, samedi 26 à 20h50, dimanche 27 à 20h55, lundi 28 et mardi 29 à 14h
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Le Client
Écrit et réalisé par Asghar FARHADI
Iran 2016 2h05 VOSTF
avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi, Farid Sajjadihosseini...
Festival de Cannes 2016 : Prix du scénario et Prix d'interprétation masculine pour Shahab Hosseini
Mystères de la traduction : le titre persan « forushande » signifie « le vendeur » et le film sortira en France sous le titre « le client »… Pas essentiel sans doute, mais garder en tête le sens du mot persan permet de mieux comprendre les ponts que Farhadi jette entre son histoire et la pièce de théâtre que jouent ses protagonistes… Emad et Rana sont en effet comédiens et on entre dans leur intimité au moment où approche la première représentation de La Mort d'un commis voyageur, dans laquelle ils interprètent les rôles principaux du père et de la mère, largement quinquagénaires. Dans la vie en vrai, ils sont bien plus jeunes, sans enfant, avec tout le temps devant eux pour se découvrir, construire un foyer. Un couple de la classe moyenne supérieure, deux êtres cultivés partageant les mêmes centres d'intérêt… Cela ne donnerait guère matière à une histoire s'il n'y avait un « mais », si chaque détail, loin d'être innocent, ne s'attachait à refléter le malaise social ambiant... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 15h30, jeudi 24 à 17h55, samedi 26 à 20h45, dimanche 27 à 20h30, lundi 28 à 18h, mardi 29 à 20h30
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Mademoiselle
Réalisé par PARK Chan-wook
Corée du Sud 2016 2h25mn VOSTF
avec Kim Minh-hee, Kim Tae-ri, Ha Jung-woo, Cho Jin-woong, Kim Hae-sook, Sori Moon...
Scénario de Park Chan-wook et Chung Seo-kyung, d'après le roman de Sarah Waters, Du bout des doigts
Voilà un thriller érotique et historique subliment beau, divinement intelligent, délicieusement alambiqué, un véritable joyau comme on en voit rarement. Au départ il y a l’œuvre de la romancière britannique Sarah Waters, Du bout des doigts, qui situait son action dans le Londres victorien des années 1860. L'histoire d'une jeune orpheline des classes miséreuses qui croyait voir son avenir assuré grâce à une machination par laquelle elle devait convaincre une jeune héritière d'épouser un beau garçon a priori bien sous tout rapport, en fait un escroc déguisé en aristocrate, bien décidé à dépouiller la donzelle une fois marié. Le réalisateur coréen Park Chan-wook a adoré le roman et a décidé de le transposer dans la Corée des années 1930, alors sous occupation japonaise... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 25 à 14h, jeudi 26 et mardi 29 à 18h, lundi 28 à 20h
Lorgues : mercredi 23 à 16h25 et  vendredi 26 à 18h35
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Moi, Daniel Blake
Réalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno

Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran. Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 18h15, jeudi 24, lundi 28 et mardi 29 à 16h10, samedi 26 à 17h10, dimanche 27 à 17h15
Lorgues : mercredi 23 et lundi 28 à 19h et dimanche 27 à 18h
Salernes : mercredi 23 à 20h30, jeudi 24 à 18h, vendredi 25 et mardi 29 à 20h30, dimanche 27 à 15h
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Qu'est-ce qu'on attend ?
Réalisé par Marie Monique ROBIN
Documentaire France 2016 1h59mn
La transition… un mot très à la mode, on le croise un peu partout, à toutes les sauces. Mais au fond qu'est ce que ça veut dire « la transition » ? Rien de mieux, finalement, que la preuve par l'exemple. Nous sommes en 2016 après Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les lobbies énergétiques. Toute ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Alsaciens, Ungersheim, a décidé de résister à l'envahisseur… Ils ne sont pas tous tombés dans la marmite, loin de là et c'est ici que commence la transition. Car pas moins de quatre mandats auront été nécessaire au maire de cette petite commune pour convaincre les 2200 âmes dont il a la charge, de sa première adjointe aux nouveaux habitants, de se mettre en marche vers un monde plus écolo-responsable, plus solidaire, pour remettre de la joie dans les vies et de l'espoir dans le futur. Et cela passe évidemment par une vision un peu plus juste de la démocratie, la voix de chacun pouvant se faire entendre, les décisions sont prises en communs... lire la suite
Lorgues : jeudi 24 à 20h15
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Réparer les vivants
Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal
Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 25 à 15h55
Cotignac : vendredi 25 à 20h30
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Ma vie de Courgette
Réalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
avec Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan, Marie-Thérèse Fortin...
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette. Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy. Pour les enfants à partir de 7 ans
Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 23, samedi 26 et dimanche 27 à 14h
Le Luc : mercredi 23, samedi 26 et dimanche 27 à 14h30
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La Philo vagabonde
Réalisé par Yohan Laffort
Documentaire France 2016 1h38mn
avec Alain Guyard
En philosophe « forain », toujours sur les routes, Alain Guyard mène un combat pacifique mais pas inoffensif, où s’élabore sans cesse de l’intelligence collective : mettre la philosophie dans tous ses états et la ramener à sa dimension charnelle, dérangeante, dans des lieux inattendus, en plein champ, en prison ou au fond d’une grotte, et au plus près des plus humbles, des simples citoyens, personnes qui pour la plupart, n’ont jamais rencontré la philosophie de leur vie. Des personnes éprouvant l’envie de repenser leur quotidien, leurs gestes, leur rapport aux autres, au monde… Et si la philosophie était avant tout une façon de se situer au sein d’un espace, physiquement et politiquement ? Comment, ayant côtoyé les abîmes, est-il possible de retrouver une forme d’innocence, en tout cas de s’ouvrir à la création, à la sensibilité, toujours en confrontation au réel et sans aucune transcendance divine qui nous surplombe ? Comment, finalement débarrassé de la pensée qui nous encombre, de nos oppressions, de nos asservissements et de nos maîtres, la philosophie nous permet-elle de recouvrer notre liberté, au plus près de notre sensibilité et de nos émotions ?... lire la suite
Salernes : jeudi 24 à 20h30 et lundi 28 à 18h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 

La Fille de Brest
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2016 2h08mn
avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel, Gustave Kervern, Isabelle De Hertogh, Lara Neumann, Philippe Uchan, Patrick Ligardes...
Scénario de Séverine Bosschem et Emmanuelle Bercot d'après le livre d’Irène Frachon « Mediator 150 MG »

Ce film captivant et exaltant est le récit d'un combat exaltant et captivant. Et pourtant, sur le papier, c'était perdu d’avance. Une lutte à armes absolument inégales entre un petit médecin d'une petite équipe d'un petit hôpital de province et une armée d’experts en tout genre, de scientifiques dorés sur tranche au service d'un géant français de l’industrie pharmaceutique. Le Docteur Irène Frachon, pneumologue, contre l'omnipotent laboratoire Servier ; l'enjeu : un médicament qui est en fait un poison mortel, le Médiator 150 g.

Passionnant par son sujet, édifiant par ce qu’il dénonce, bouleversant d'humanité, La Fille de Brest avance au rythme haletant d'un film à suspense, dégageant une formidable force de conviction et d'émotion. Emmanuelle Bercot place les êtres au cœur de la terrible machine à broyer de l'humain qu'elle dépeint, une machine de guerre qui avance tête baissée avec pour seul ligne de mire le profit, et tant pis pour les dommages collatéraux. Point de départ du film, le livre d'Irène Frachon, Médiator 150 g, paru en 2010 et dont le sous-titre, rapidement censuré au moment de sa première édition, n'y allait pas par quatre chemin : « combien de morts ? ». Le récit du film s'achève là où la vie du bouquin commence…

2007. Pneumologue au CHU de Brest, le docteur Irène Frachon relève au cours de ses consultations un nombre préoccupant de pathologies cardiaques (valvulopathies) non expliquées. Sans être une chercheuse, ni à la pointe de la cardiologie qui n’est pas sa spécialité, Irène est un excellent médecin et un excellent médecin veut comprendre, autant par conscience professionnelle que par curiosité intellectuelle. Irène est de surcroit une sorte de force de la nature, tendance pitbull joyeux, et lorsque commence à se faire jour le lien entre les accidents cardiaques et la prescription du Médiator, elle n’est pas du genre à lâcher l’affaire, d’autant qu’elle lui rappelle furieusement le cas d’un autre médicament : l'Isoméride, commercialisé par le même laboratoire Servier et retiré du marché en 1997 pour ses effets secondaires dévastateurs.
La suite, on la connaît mais après tout peut-être pas si bien que ça : le scandale révélé d'un médicament prescrit depuis 1976 malgré sa dangerosité déjà repérée, les morts advenues ou à venir, l’affrontement inégal entre une poignée de médecins intègres et une armada d’individus sans foi ni loi (praticiens, scientifiques, avocats et autres membres de divers comités à l’éthique douteuse) prêts à tous les cynismes pour préserver les intérêts de la main qui les nourrit.

Le Docteur Irène Frachon, c’est Sidse Babett Knudsen, révélée à la télévision par la formidable série Borgen, puis second rôle au cinéma l’année dernière avec L’Hermine. Elle est de tous les plans, irradiant une énergie communicative, un sourire à faire fondre ce qui reste de la calotte glacière, à la fois intègre et empathique, obstinée et combative, mordante, percutante et souvent très drôle, même dans ses grands moments de doute. Un médecin ordinaire, peu au fait des enjeux de pouvoir et du machiavélisme des laboratoires pharmaceutiques, qui va se retrouver au cœur de l’arène médiatique. Politique, le film l’est sans aucun doute, en ce qu’il dénonce avec force les liens incestueux entre les agences sanitaires nationales et les gros labos… et la liaison se décline à l’infini dans bien d’autres domaines, industrie agro-alimentaire, industrie-pétrolière… Irène Frachon est le visage de la résistance autant que la voix des victimes. Ce film rend hommage à l'indispensable lanceuse d'alerte en même qu'à tous ceux qui se sont battus avec elle (ses collègues du CHU, la scientifique qui l'a soutenue à Paris, le député qui s'est mouillé à Toulouse, le modeste éditeur breton…) et qu'à ceux pour qui ils se sont battus, vivants ou morts. (Utopia)

 

CGR (Draguignan) : tous les jours sauf dimanche à 11h, 13h30, 16h, 18h30 et 21 h - dimanche 27 à 11h, 13h30, 18h30 et 21h


Éternité
« Eternité » : Audrey Tautou et Mélanie Laurent nous émerveillentRéalisé par Tran Anh Hung
France 2016 2h00mn
avec Audrey Tautou, Jérémie Renier, Bérénice Bejo, Mélanie Laure...

Quand Valentine se marie à 20 ans avec Jules, nous sommes à la fin du 19e siècle. À la fin du siècle suivant, une jeune parisienne, l’arrière-petite-fille de Valentine, court sur un pont et termine sa course dans les bras de l’homme qu’elle aime. Entre ces deux moments, des hommes et des femmes se rencontrent, s’aiment, s’étreignent durant un siècle, accomplissant ainsi les destinées amoureuses et établissant une généalogie… une éternité…Dans un raccourci un peu facile et avec une pointe de mauvaise foi, il serait tentant d’affirmer que le contenu filmique d’Eternité se résume tout entier à des « hommes et des femmes qui se rencontrent, s’aiment et s’étreignent… ». Pourtant, même sans raccourci facile et avec beaucoup de bonne foi, la vérité ne peut qu’éclater sous couvert d’une analyse justement plus approfondie : Eternité est un film d’un vide abyssal.

L’œuvre de Tran Anh Hung, à l’instar d’un Terrence Malick nouvelle manière, est porteuse d’une ambition véritablement cosmique et arbore la parure éminemment prétentieuse d’un grand film-concept. Les grandes idées générales en question sont celles du passage du temps et du cycle de la vie, que le cinéaste tente de matérialiser au travers de la succession des histoires d’amour et de deuil qui jalonnent le film d’un point de vue narratif. Idées qu’il tente de concrétiser sur le plan de l’image également, par l’intermédiaire de choix de mise en scène très tranchés. Ainsi, Eternité est un film presqu’absolument dépourvu de dialogues. A l’aide d’une caméra extrêmement souple, qui multiplie de lents travellings et panoramiques d’une grande élégance, Tran tente de capter au plus près le frémissement des corps, lors de leurs déplacements solitaires dans les immenses manoirs et jardins visités au cours du film d’une part, lors de leurs étreintes mutuelles violentes d’autres part. Que les corps se meuvent, se fondent l’un dans l’autre ou adoptent simplement une posture statique méditative, leurs soubresauts sont toujours consécutifs à l’allégresse et/ou au désespoir, dialectique qui structure le film dans son entièreté, épousant le cycle perpétuel des naissances et morts.

Ce refus de la scène dialoguée et ce parti-pris d’une caméra constamment aux aguets, attentive et sereine, placent d’emblée le film sous les régimes consubstantiels de la contemplation et de la sensation esthétique. Cependant, alors que ces désidératas de mise en scène présentent une certaine logique, d’autres, tout aussi affirmés, viennent dans un second temps complètement contredire les premiers, et donc annihiler les effets désirés à priori par le cinéaste. Tout d’abord avec cette voix-off féminine omnipotente, sur-imposante et horriblement explicative, qui dans sa naïveté éthérée, vient redoubler de façon inutilement pléonastique ce que des images très travaillées expriment très bien d’elles-mêmes.

Ensuite, par une tendance à la surcharge décorative outrancière, qui fait irrémédiablement basculer les aspérités du film du raffinement classieux à une pure et simple vulgarité prosaïque. Séduisante au départ, la volonté de Tran de faire de chacun de ses plans un tableau de maître définitif finit par lasser. Chaque costume, chaque accessoire, chaque meuble semble avoir été poli et lustré de façon à inonder les pages d’un luxueux magazine de mode de son « éclat » immaculé, strictement artificiel. Même souci dans le rendu de la lumière, où le cinéaste se prend littéralement pour le Kubrick de Barry Lyndon, avec des sources pour la plupart naturelles et la quasi absence d’éclairage d’appoint. Comme si cette manie esthétisante ne se suffisait pas à elle-même, elle entraîne une conséquence encore plus néfaste pour l’ensemble du film.

Le cinéaste était parvenu à réunir un casting féminin des plus talentueux et prestigieux : rien de moins qu’Audrey Tautou, Bérénice Bejo et Mélanie Laurent. Ces actrices ont déjà manifesté à maintes reprises, non seulement un charisme solaire absolument cinégénique, mais également une capacité à exprimer des émotions concrètes avec justesse. Il paraissait donc très difficile de réprimer ces qualités de comédienne : ce qui n’a pas empêcher Tran d’en accomplir l’étonnante prouesse. En effet, par son dispositif de mise en scène synonyme de préciosité et d’affèterie hypertrophiées, le cinéaste est parvenu à complètement étouffer le potentiel aussi bien photogénique qu’émotionnel de ses actrices, les transformant, au choix, en mannequins de défilé de mode (encore) ou en statues de cire, véritables pièces de musée dans leur figement blafard. Par conséquent, il prive son œuvre de toute vibration, de toute sensibilité, de toute chaleur humaine : il est proprement impossible d’éprouver une quelconque empathie pour ces caractères qui apparaissaient pourtant, sur papier, comme du pain béni, riche matière propre à l’édification de superbes portraits de femmes. A l’opposé, Tran les refaçonne en égéries publicitaires, en atteste cette utilisation roublarde du ralenti, qui contribue à créer des plans de visages féminins dont les sourires et les mouvements de chevelure pourraient tout aussi bien apparaître dans des spots télévisuels à l’effigie de Dior ou de L’Oréal.

Il en est de même pour les (très, trop) nombreux plans de magnifiques bébés, qui ont certainement été castés sur le câble pour la promotion des pampers dans la foulée ce tournage. Eternité se révèle donc être une œuvre finalement profondément vide de réelle substance et éminemment contradictoire dans ses procédés et ses visées, qui laissera sur le carreau aussi bien le spectateur amateur de contemplation esthétique jouant sur les sensations, que celui qui favorise l’immersion émotionnelle par identification à des personnages forts. Il semblerait que des œuvres aux ambitions philosophiques et métaphysiques affirmées, à l’instar, de nouveau, de celles proposées par Malick, soient condamnées ces derniers temps à faire l’objet d’un traitement inabouti et décevant. Vous êtes prévenus. (Avoiràlire)


CGR (Draguignan) en ciné-club : Tous les jours à 17h45 sauf lundi 28 à 20h

Louise en Hiver

 

Écrit et réalisé par Jean-François LAGUIONIE
Film d'animation France 2016 1h15mn
avec les voix de Dominique Frot, Diane Dassigny, Anthony Hickling, J.F. Laguionie...
Pour les enfants à partir de 12 ans. MAGNIFIQUE DESSIN ANIMÉ EN 2D destiné avant tout aux adultes, visible par les enfants mais pas avant 12/13 ans

Le nouveau film de Jean-François Laguionie, un des très grands noms de l'animation française (on ne citera que son dernier film en date, le très beau Le Tableau) est une merveille de délicatesse sensible, de poésie tendre, de mélancolie douce, tant dans son écriture que dans son dessin. Un bonheur rare, à ne pas laisser passer !

C'est le dernier jour de l'été et Louise s'aperçoit que le dernier train est parti sans elle : elle se retrouve donc seule, abandonnée de tous, dans cette petite station balnéaire, sans doute bretonne, aux rues désertes. Que s'est-il donc passé ?
Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées surviennent. C'est la tempête et les premières nuits sont difficiles. Mais bientôt le beau temps pour offrir à la vieille dame un automne exceptionnel… Louise commence alors à considérer son abandon comme une sorte de pari. Elle va se construire une cabane sur le rivage, découvrir à 75 ans ce qu'est la vie d'un Robinson, et s'apercevoir qu'elle est plus résistante et débrouillarde qu'elle le pensait. Un vieux chien, Pépère, vient partager ses repas et ses parties de pêche. Un vrai compagnon de fortune…

Et peu à peu reviennent des images de son passé : Louise à 8 ans, confiée à sa grand-mère ; Louise à 18 ans, avec ses deux amoureux et les petits drames de l'adolescence… C'est Dominique Frot qui donne sa voix à Louise. Elle n'est pas pour rien dans l'empathie que l'on ressent pour cette vieille dame inoubliable. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 14h, 16h20 et 18h, jeudi 24 à 14h, 18h20 et 20h15, vendredi 25 à 14h, 16h45 et 18h30, samedi 26 à 14h, 16h45 et 19h15, dimanche 27 à 14h, 15h30 et 19h15, lundi 28 à 14h, 18h20 et 20h30, mardi 20 à 14h, 18h20 et 20h

 


Planétarium
Réalisé par Rebecca ZLOTOWSKI
France 2016 1h45mn
avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, Pierre Salvadori, Louis Garrel...
Scénario de Robin Campillo et Rebecca Zlotowski

Hasard du calendrier, Planetarium sort sur nos écrans quelques semaines après le très beau La Danseuse. Les deux films se rapprochent d’une certaine façon, ils dessinent tous les deux des portraits de femmes du début du 20ème siècle, toutes les deux artistes forains et qui chacune à leur manière vont accompagner voire provoquer des évolutions marquantes dans la pratique de leur art.
Rebecca Zlotowski s’est inspirée de la vie des sœurs Fox, trois sœurs spirites américaines qui ont inventé le spiritisme à la fin du xixe. L’une d’elle avait été embauchée pendant une année par un riche banquier pour incarner sa femme défunte. L’autre source d’inspiration de la cinéaste, c’est le destin du producteur de cinéma Bernard Natan. D’origine roumaine, naturalisé Français, croix de guerre, parti de rien, il avait en 1929 racheté Pathé Cinéma. C’est notamment lui qui a créé les studios de la rue Francœur (aujourd’hui occupés par la Femis, l’école de cinéma où étudia Zlotowski), lui aussi qui a importé le cinéma sonore en France. Il fut victime d’une cabale antisémite, déchu de sa nationalité et livré en 42 aux occupants nazis. Mais la réalisatrice ne voulait pas faire un biopic de l’un ou l’autre de ces personnages, elle s’empare donc de ces deux histoires pour en faire un grand film romanesque ainsi qu’une formidable réflexion sur la force d’attraction du cinéma. Cet art de l’illusion auquel nous adorons croire.

Dans le Paris de la fin des années trente, deux jeunes médiums américaines, Kate et Laura Barlow, défraient la chronique en proposant dans les soirées mondaines des séances de spiritisme. Fasciné par leur don, un célèbre producteur de cinéma, André Korben, les engage pour tourner dans un film follement ambitieux, qui devrait révolutionner le cinéma de l’époque. Korben, d’abord sceptique quant au don de spirite des sœurs Barlow, décide de faire une séance privée et ainsi savoir à quoi s’en tenir. L’expérience va tellement le bouleverser qu’il prend immédiatement sous son aile les deux femmes. Mais plus fou encore, il décide qu’il doit être possible de filmer ce qu’il a vécu, de capturer l’image d’un fantôme. Entraînant la plus jeune dans un projet scientifique d’enregistrement des phénomènes paranormaux, il s’appuie sur l’aînée pour en saisir la nature à l’image, et projette de faire d’elle une star. Incarné par le trop rare Emmanuel Salinger, particulièrement émouvant dans ce rôle d’aventurier rêveur qui voulait, avec le cinéma, révéler l’existence des fantômes, Korben est l’image romantique du producteur comme on n'en fait plus ou presque, de ceux qui sacrifient tout pour qu’un film voie le jour.

« Cette histoire étrangement romanesque inscrit le glamour de ce monde du cinéma français d’avant-guerre, qu’on a si peu vu représenté à l’écran, dans le climat rance de la montée des périls. Les fantômes qui s’expriment semblent annoncer la catastrophe qui vient, mais restent obstinément invisibles. C’est là toute l’intelligence de ce film qui est d’abord une réflexion sur les puissances d’illusion du cinéma, sur la dialectique de l’incarnation et de la sublimation qui est à son fondement. »

(I. Regnier, Le Monde)


 Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 15h40 et 20h30, jeudi 24 à 14h et 20h30, vendredi 25 à 20h30, samedi 26 à 20h50, dimanche 27 à 20h55, lundi 28 et mardi 29 à 14h

Le Client

Écrit et réalisé par Asghar FARHADI
Iran 2016 2h05 VOSTF
avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi, Farid Sajjadihosseini...
Festival de Cannes 2016 : Prix du scénario et Prix d'interprétation masculine pour Shahab Hosseini

Mystères de la traduction : le titre persan « forushande » signifie « le vendeur » et le film sortira en France sous le titre « le client »… Pas essentiel sans doute, mais garder en tête le sens du mot persan permet de mieux comprendre les ponts que Farhadi jette entre son histoire et la pièce de théâtre que jouent ses protagonistes… Emad et Rana sont en effet comédiens et on entre dans leur intimité au moment où approche la première représentation de La Mort d'un commis voyageur, dans laquelle ils interprètent les rôles principaux du père et de la mère, largement quinquagénaires.
Dans la vie en vrai, ils sont bien plus jeunes, sans enfant, avec tout le temps devant eux pour se découvrir, construire un foyer. Un couple de la classe moyenne supérieure, deux êtres cultivés partageant les mêmes centres d'intérêt… Cela ne donnerait guère matière à une histoire s'il n'y avait un « mais », si chaque détail, loin d'être innocent, ne s'attachait à refléter le malaise social ambiant. Car la salve du réalisateur envers la société iranienne contemporaine est violente pour qui sait être attentif. Tout ce qui semble de prime abord anecdotique ne l'est pas du tout et se décline de manière toujours plus complexe au fil des avancées du récit.
D'abord ce premier appartement, dans un vieil immeuble ébranlé par les chantiers environnants, que le jeune couple doit quitter en catastrophe. Une fuite de gaz, des fissures inquiétantes, comme celles qui viennent vriller les fondements de la vie à Téhéran, sa pollution qui rend la vie irrespirable.

Puis ce nouvel appartement, qu'ils n'obtiennent que par copinage, dans lequel subsiste une pièce inaccessible, celle où l'ancienne locataire a laissé des effets personnels, des souvenirs dont on ne peut se débarrasser aisément. Comme si, en voulant fuir la décrépitude de leur passé, ils avaient hérités des impedimenta encombrants d'un autre. Prophétie d'un avenir qui ne tiendra pas ses promesses… Tout procède irrémédiablement vers une sorte d'instabilité générale, comme dans la pièce d'Arthur Miller. Ambiance tissée dans les non-dits, dans la peur du qu'en-dira-t-on et lestée par le poids des convenances, telle une oppressante toile d'araignée qui risque de se refermer inexorablement sur ses proies.
Quel est le premier silence coupable qui va amorcer le piège ? Celui du loueur qui tait le métier de la locataire précédente ? Celui de Rana, qui, lorsqu'elle se fait agresser sous la douche, ne va même pas porter plainte ? Celui d'Emad, qui s'enfonce dans une forme de mutisme héroïque et décide de venger son orgueil mal placé ? Celui de la troupe qui fait semblant de ne rien voir ? Il y a tant d'autres silences encore… Mais peut-être est-ce, dans le fond, un seul et même silence, celui d'une société tout entière, fuyante, oppressée par le poids des règles qui imposent un rôle aux hommes comme aux femmes, jusque dans leur intimité, et dont il faudra un jour ou l'autre s'émanciper. En attendant, chacun, solitaire, fait comme il peut et affronte ces carcans qui corsètent les âmes et font que jamais ne tombent les voiles qui occultent parfois des plaies profondes.

Après un petit détour par la France avec Le Passé, Asghar Faradhi revient à ses racines. Le Client, dans la belle et forte lignée d'À propos d'Elly ou Une séparation (disponibles en Vidéo en Poche), est un superbe apologue sur la nécessité vitale d'une plus grande liberté pour le peuple iranien, et d'abord pour les femmes…


Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 15h30, jeudi 24 à 17h55, samedi 26 à 20h45, dimanche 27 à 20h30, lundi 28 à 18h, mardi 29 à 20h30

Mademoiselle
Réalisé par PARK Chan-wook
Corée du Sud 2016 2h25mn VOSTF
avec Kim Minh-hee, Kim Tae-ri, Ha Jung-woo, Cho Jin-woong, Kim Hae-sook, Sori Moon...
Scénario de Park Chan-wook et Chung Seo-kyung, d'après le roman de Sarah Waters, Du bout des doigts

Voilà un thriller érotique et historique subliment beau, divinement intelligent, délicieusement alambiqué, un véritable joyau comme on en voit rarement. Au départ il y a l’œuvre de la romancière britannique Sarah Waters, Du bout des doigts, qui situait son action dans le Londres victorien des années 1860. L'histoire d'une jeune orpheline des classes miséreuses qui croyait voir son avenir assuré grâce à une machination par laquelle elle devait convaincre une jeune héritière d'épouser un beau garçon a priori bien sous tout rapport, en fait un escroc déguisé en aristocrate, bien décidé à dépouiller la donzelle une fois marié. Le réalisateur coréen Park Chan-wook a adoré le roman et a décidé de le transposer dans la Corée des années 1930, alors sous occupation japonaise.

Sookee vient d'être embauchée pour s'occuper de Hideko, une jeune héritière japonaise qui vit dans un immense et inquiétant manoir aux côtés de son oncle et tuteur, un homme irascible et inquiétant, un bibliophile obsessionnel qui semble principalement obsédé par sa collection de livres rares. Très vite la jeune servante découvre une jeune aristocrate totalement dépressive qui semble cacher un lourd secret et souffre de sa réclusion dans cette prison dorée…

On est tout de suite impressionné par la mise en scène et le choix des décors qui constitueront, tout au long de cette intrigue palpitante, le théâtre des cruautés. Il y a déjà ce manoir incroyable dont l'architecture est un mélange étonnant de construction victorienne ou gothique occidentale et d'aménagements japonais traditionnels. Ainsi Hideko passe le plus clair de son temps dans une chambre à la décoration surchargée qui pourrait être celle d'une jeune aristocrate anglaise, tandis que Sookee dort dans l'austérité de ce qui pourrait être un placard à futon derrière un paravent. D'ailleurs beaucoup de choses se découvrent derrière un panneau entrouvert ou par le trou d'une serrure. Et il s'en passe des choses, derrière les portes, mais on ne vous en dira rien… sinon que les deux jeunes femmes vont se rapprocher dangereusement.
Mais le lieu le plus incroyable reste la bibliothèque du maître des lieux, inquiétante, le plus souvent fermée : mélange fascinant de bibliothèque à l'ancienne et d'espace de méditation japonais, le tout magnifié par les cadrages sublimes d'une image en format large. Même les somptueux jardins japonais et leurs fameux cerisiers fleuris ont une connotation morbide, car on peut se pendre à leurs branches…

L'intrigue est – pour notre plus grand plaisir – tout à fait tortueuse et les manipulateurs seront à leur tour manipulés et les manipulés manipulateurs seront peut être une nouvelle fois manipulés… Nous sommes pris dans les rêts d'un récit à la Rashomon (référence au chef d'œuvre de Kurosawa), la même action étant décrite selon trois point de vues, suspense assuré jusqu'à la dernière séquence.
Park Chan-wook, abandonnant la violence assumée de ses films précédents (le plus célèbre et le plus réussi étant sans doute le terrible Old boy), livre un thriller avant tout psychologique, magnifique d'élégance et de classicisme raffiné. Mais que les fans du maître du polar coréen soient consolés, il nous a quand même réservé quelques scènes croquignolettes qui ne décevront pas les lecteurs du Divin Marquis. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : vendredi 25 à 14h, jeudi 26 et mardi 29 à 18h, lundi 28 à 20h
Lorgues : mercredi 23 à 16h25 et  vendredi 26 à 18h35

Moi, Daniel Blake
CÉZANNE ET MOIRéalisé par Ken LOACH
GB 2016 1h39mn VOSTF
avec Dave Johns, Hayley Squires, Micky McGregor, Dylan McKiernan, Briana Shann...
Scénario de Paul Laverty
Palme d'Or Festival de Cannes 2016 • Prix du public, Festival de Locarno


Ken Loach et son scénariste Paul Laverty, unis au sommet de leur art, nous offrent un film qui donne envie de ruer dans les brancards, invite à ne pas courber l'échine. Qui dresse un tableau à la fois terrible et magnifiquement humain du délabrement du modèle social anglais – mais on a tôt fait de comprendre que notre sort n'est pas tant éloigné de celui de nos voisins d'outre-Manche. Ils n'ont sans doute qu'une encablure d'avance. Après des mois d'enquête sur le terrain, le récit de Loach-Laverty est un condensé de situations si dramatiquement ubuesques qu'il a même fallu les édulcorer pour les rendre crédibles à l'écran.
Nul besoin d'effets de style pour ce cinéma-là ! Le sujet est tellement fort, le propos si limpide qu'il ne s'embarrasse pas de fioritures. Ken Loach s'efface derrière ses personnages et les situations qu'ils traversent avec tact et grâce, humblement, faisant presque oublier qu'il y a derrière la caméra une équipe de choc et la patte d'un immense réalisateur. Daniel Blake, Katie deviennent peu à peu comme des extensions de nous-même, de nos parts lumineuses, de nos destins brisés ou de nos déchirures. C'est beau à tomber, puis à se relever pour lutter.

« On a tous besoin d'un peu de vent dans le dos de temps en temps »… Petite phrase rayonnante qui scintille telle un clin d'œil bienveillant, un phare dans la nuit, celle de Katie. Car c'est bien la seule chose gentille qu'elle entende alors qu'elle arrive hagarde dans les bureaux du pôle emploi, éreintée d'avoir tant couru, de s'être perdue dans cette ville qui lui est étrangère. Elle est là, brune et fébrile, encore essoufflée, flanquée de ses deux mômes, avec pour toute fortune dix livres en poche. Face à elle se dresse l'accueil hermétique d'une administration devenue aveugle et sourde, prête à la laisser à la rue, sanction disproportionnée pour dix malheureuses minutes de retard. Entre ces murs gris et durs, tout n'est que résignation. Celle des usagers venus quémander de l'aide, celle des « conseillers » désemparés qui ne peuvent rien accorder et peut-être celle, plus sourdement violente, des collaborateurs du libéralisme qui semblent avoir refoulé toute forme de sentiments. Que d'impuissance face aux visages figés, aux gestes désabusés, plongés dans cet univers Kafkaïen qui nous questionne. Comment une institution « d'accompagnement » a-t-elle pu se transformer en ce purgatoire déshumanisé ? Alors, quand la voix chaleureuse de Daniel Blake s'élève pour venir à la rescousse de sa semblable, elle est comme une bouffée d'espoir, une petite fleur qui essaie de croître vaillamment en zone stérile. Elle porte en elle toute une philosophie de vie. Savoir que nul n'est à l'abri de trébucher un jour, qu'il n'y a aucune honte à cela, ni à attraper la main tendue, pas plus qu'il n'y a à s'enorgueillir d'être la main qui se tend. Le vent qui apporte la force d'avancer au voilier épuisé le fait sans prétention, tout simplement, parce que c'est dans sa nature. Comme il doit être dans celle des humains de s'entraider.

Tandis qu'il s'insurge ainsi, Daniel en oublie presque que sa condition n'est pas plus enviable que celle de cette inconnue qu'il défend. C'est qu'il a du mal à digérer ce qui lui arrive, lui qui fut toujours un battant. Toute une vie de dur labeur, sans cesser de cotiser, jusqu'à ce que son cœur lâche, dise stop. Quand l'administration s'obstine à le déclarer apte au travail, contre toute évidence médicale, il perd toute illusion sur ce qu'il qualifie de vaste plaisanterie. À quoi bon courir après des boulots inexistants ? Alors qu'il y a tellement mieux à faire dans la vie : par exemple redonner à Katie un peu d'amour propre, ne pas la laisser tomber, elle et sa marmaille…

Le Vox (Fréjus) : mercredi 23 à 18h15, jeudi 24, lundi 28 et mardi 29 à 16h10, samedi 26 à 17h10, dimanche 27 à 17h15
Lorgues : mercredi 23 et lundi 28 à 19h et dimanche 27 à 18h
Salernes : mercredi 23 à 20h30, jeudi 24 à 18h, vendredi 25 et mardi 29 à 20h30, dimanche 27 à 15h


Qu'est-ce qu'on attend ?
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par Marie Monique ROBIN
Documentaire France 2016 1h59mn

La transition… un mot très à la mode, on le croise un peu partout, à toutes les sauces. Mais au fond qu'est ce que ça veut dire « la transition » ? Rien de mieux, finalement, que la preuve par l'exemple.

Nous sommes en 2016 après Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les lobbies énergétiques. Toute ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Alsaciens, Ungersheim, a décidé de résister à l'envahisseur… Ils ne sont pas tous tombés dans la marmite, loin de là et c'est ici que commence la transition. Car pas moins de quatre mandats auront été nécessaire au maire de cette petite commune pour convaincre les 2200 âmes dont il a la charge, de sa première adjointe aux nouveaux habitants, de se mettre en marche vers un monde plus écolo-responsable, plus solidaire, pour remettre de la joie dans les vies et de l'espoir dans le futur. Et cela passe évidemment par une vision un peu plus juste de la démocratie, la voix de chacun pouvant se faire entendre, les décisions sont prises en communs.
Le mouvement « village en transition » est une initiative de Rob Hopkins, mise en œuvre pour la première fois à Totnes au Royaume-Unis. Ça vous dit quelque chose ? C'est sûrement parce que vous l'avez vu vous expliquer le fonctionnement d'une monnaie locale dans Demain. Ce professeur en permaculture définit Ungersheim comme étant « la championne des villes en transition ». Cinéaste et militante, Marie Monique Robin donne à voir comment, tranquillement, un tel changement peut se construire – et nous offre au passage de magnifiques portraits d'humains qui ont choisis de prendre les choses en mains. (Utopia)

Lorgues : jeudi 24 à 20h15

Réparer les vivants
Réalisé par Katell QUILLÉVÉRÉ
France 2016 1h40mn
avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Bouli Lanners, Kool Shen, Monia Chokri, Alice Taglioni, Alice de Lencquesaing, Finnegan Oldfield, Dominique Blanc...
Scénario de Katel Quillévéré et Gilles Taurand, d'après le roman de Maylis de Kerangal

Pour que toute la magie de ce film opère (et elle est bien réelle), il faut l'aborder l'esprit vierge, loin de sa genèse, en s'efforçant d'oublier le roman de Maylis de Kerangal. Lâcher prise, accepter de ne pas y retrouver cette intimité si particulière que permet la lecture. Un livre, on le parcourt à son propre rythme, on l'arrête, on le reprend, on prend le temps de l'habiller de nos chimères, d'imaginer les personnages. Lire c'est déjà interpréter, adapter. L'adaptation de Réparer les vivants à l'écran, c'est celle de la cinéaste de son co-scénariste et elle vient forcément télescoper celle des lecteurs. Plus moyen de s'engouffrer dans les silences laissés entre les lignes. Qu'importe ! Pour peu qu'on accepte une sensibilité différente de la nôtre, c'est toute la richesse d'un univers cinématographique touchant et formidable qu'on a à gagner.
Cela commence par un accident bête. Mais quel accident ne l'est pas ? De Simon on connait juste l'essentiel : il est aimé, il aime la vie, il est jeune et blond comme un ange. On sait aussi qu'il pousse le romanesque jusqu'à sortir de la piaule de sa petite amie par la fenêtre, tel un Roméo ayant volé quelques baisers. C'est le petit matin et il file rejoindre ses copains. Surfeurs unis comme des mousquetaires venus flirter avec des sensations exaltantes dans la fulgurance des éléments, peut-être pour mettre à l'épreuve cet élan vital qui bouillonne en eux. Puis c'est rassasiés d'émotions fortes, et heureux, qu'ils s'en retournent aborder les moments plus classiques de leur existence. L'ambiance dans la camionnette est apaisée, la musique les berce doucement, un peu trop… Jusqu'à s'endormir au volant…

On ne s'attardera pas sur le destin brisé de Simon, on n'exploitera pas les larmes légitimes qui pourraient en découler. Nul besoin de s'appesantir sur la tristesse de la famille. C'est au contraire l'énergie de vie qui va primer par delà la mort. On est dans le concret, le désir de réparer les vivants qui s'entend autant pour les patients que pour les soignants et pour les proches. Il va falloir d'abord aider les parents à comprendre la situation, essayer de leur dire avec délicatesse que Simon ne sera plus, mais que grâce à ses organes, des vies pourraient être améliorées ou sauvées, des vies d'inconnus qui le resteront à tout jamais… C'est toute une chaîne solidaire, bienveillante, qui se met en route pour accompagner chacun dans son cheminement et dont on va suivre un à un les maillons. De la simple infirmière au grand professeur, en passant par le plus humble brancardier, tous sont importants, quelque soit leur rôle. À l'instant même où ils apparaissent à l'écran, on s'y attache spontanément puis on accepte de les laisser disparaître sans nostalgie. Simples et irremplaçables vaguelettes d'une grande marée humaine, qui viennent miroiter dans la lumière, qu'on admire quelques instants avant qu'elles ne retournent se fondre dans l'anonymat d'une matrice universelle. Ce sont autant de petites mains admirables toujours prêtes à soigner, à perpétuer la vie, qui font preuve d'une humanité tout simplement intimidante.

Il fallait du talent, une équipe investie pour parvenir à ce sentiment de symbiose hors du temps, à cette forme de concentration et de calme dans l'urgence. C'est un film pour les âmes sensibles, sans une once de pathos gluant qui vienne dégouliner dans les interstices d'une scène. Nulle séquence choquante ou sanguinolente, aucun effet spectaculaire. Certes rien n'est tu ou caché, mais tout est distancié, feutré. On y parle bien sûr du don d'organe, mais plus encore du don de soi. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : vendredi 25 à 15h55
Cotignac : vendredi 25 à 20h30

Ma vie de Courgette
http://fr.web.img4.acsta.net/c_300_300/pictures/15/09/16/17/10/228737.jpgRéalisé par Claude BARRAS
Film d'animation France/Suisse 2016 1h06mn
Scénario de Céline Sciamma, inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette.
Grand Prix, Festival du film francophone d'Angoulême • Grand Prix, Festival du film d'animation d'Annecy.
Pour les enfants à partir de 7 ans


Courgette ? Courgette ! Pour un garçon, c'est un petit nom charmant mais qui prête un peu à rire… pas bien longtemps. Ce garçonnet qui cache une mine espiègle et tendre sous une tignasse d'un bleu soutenu fait vite oublier qu'il n'est qu'une marionnette dans un décor de carton pâte. Et à la fin du film on a dû mal à le quitter, comme s'il reflétait une part de notre enfance. C'est qu'au delà d'une animation époustouflante de vérité, Ma vie de Courgette aborde des sujets graves tout en les teintant d'humour et de légèreté. Une œuvre tout en nuances et en délicatesse, truffée de petits détails croquignolets qui ne cessent de nous émerveiller. Il y a l'intrigue et puis il y a l'arrière plan, soigné, qui apporte de la fraîcheur dans ce monde de brutes. Notre regard parfois s'attarde sur les nuages immaculés qui peuplent le ciel, les oiseaux qui se taquinent sur une branche… Tout un univers précis et gracieux qui enchante.

De passages tragiques en moments rigolos ou poétiques, on pénètre dans le monde écartelé des enfants qui ont morflé. De ceux que la société essaie de préserver et tente de réparer en les éloignant de leurs proches qui ne les ont parfois pas épargnés. Mais commençons par le commencement… Ce jour-là est un jour comme un autre dans la vie de Courgette. Du moins il commence comme beaucoup d'autres. Dans sa chambre sous les combles, il dessine sur les murs, invente des histoires, des super héros qui le font s'évader. Avec deux bouts de papier, quelques crayons, il se crée tout un monde. Dans le salon au dessous, sa mère, lovée dans un fauteuil devant un soap opéra à la télé, éructe et rumine : « Tous des menteurs… ». Aigreur et vécu qu'elle cuve dans sa bière. Le sol est jonché de cannettes que Courgette vient récupérer histoire de construire des châteaux. Faute de sable ?
Pourquoi la marâtre sort-elle de sa torpeur ? Qu'importe… On comprend que ce n'est pas la première fois qu'elle se met dans une rage folle contre son rejeton. Mais cette fois-là, sans penser à mal et pour se protéger, Courgette rabat la trappe de sa chambre sur la tête de sa daronne qui dégringole dans le raide escalier… Après une audition au commissariat, Courgette va atterrir dans un foyer d'accueil, loin de ce qu'il a toujours connu… Mais tout n'est pas si sombre. D'abord, le flic qui l'interroge est un vrai gentil. Il s'appelle Raymond et la loi de la gravitation universelle a décidé que son crâne était fait pour recevoir les bombes à eau des mômes qui adorent le taquiner. Et puis le foyer qui accueille l'orphelin est une unité à taille humaine.

Les autres gosses ne sont pas forcément tendres, principalement Simon, qui se prend pour un caïd avec sa banane de rockeur rouquin. Pour lui tout nouvel arrivant est un potentiel bouc émissaire qu'on peut discrètement martyriser. Mais tout n'est pas si simple et derrière les fanfaronnades se cachent des êtres déjà bien égratignés. Tous comme des lions coincés derrière les barreaux de souvenirs qui font des ravages et donnent envie de défoncer les murs ou de se battre. Contre qui, contre quoi ? Peut-être tout simplement pour survivre. Le pari éducatif devient alors de transformer cette force dévastatrice en envie de vivre, en joie retrouvée. Et heureusement on la sent tapie dans l'ombre, prête à bondir comme un nouveau départ. Elle explose dans les moments de jeux, de jovialité… Surtout à l'arrivée de la petite dernière : Camille. Avec sa voix de flûte alto cassée, ses grands yeux bleus et son sens de la répartie bien aiguisé, elle peut mettre tout le monde en boîte, même ce gros dur de Simon !

Le Vox (Fréjus) : mercredi 23, samedi 26 et dimanche 27 à 14h
Le Luc : mercredi 23, samedi 26 et dimanche 27 à 14h30


La Philo vagabonde
Réalisé par Yohan Laffort
Documentaire France 2016 1h38mn
avec Alain Guyard

En philosophe « forain », toujours sur les routes, Alain Guyard mène un combat pacifique mais pas inoffensif, où s’élabore sans cesse de l’intelligence collective : mettre la philosophie dans tous ses états et la ramener à sa dimension charnelle, dérangeante, dans des lieux inattendus, en plein champ, en prison ou au fond d’une grotte, et au plus près des plus humbles, des simples citoyens, personnes qui pour la plupart, n’ont jamais rencontré la philosophie de leur vie. Des personnes éprouvant l’envie de repenser leur quotidien, leurs gestes, leur rapport aux autres, au monde…
Et si la philosophie était avant tout une façon de se situer au sein d’un espace, physiquement et politiquement ? Comment, ayant côtoyé les abîmes, est-il possible de retrouver une forme d’innocence, en tout cas de s’ouvrir à la création, à la sensibilité, toujours en confrontation au réel et sans aucune transcendance divine qui nous surplombe ? Comment, finalement débarrassé de la pensée qui nous encombre, de nos oppressions, de nos asservissements et de nos maîtres, la philosophie nous permet-elle de recouvrer notre liberté, au plus près de notre sensibilité et de nos émotions ?

Alain Guyard captive, bouge, allume le désir chez son auditoire, mais sans jamais se départir d’une parole structurée, soutenue par un très solide bagage intellectuel. Il pense autant avec sa tête qu’avec ses mains et son corps !
Au travers de ces témoignages croisés et de cette parole multiple qui se déploie, le film nous emmène baguenauder avec Socrate, Jankélévitch, Nietzsche, Platon, les stoïciens, Lucrèce, Deleuze, Debord et bien d’autres !
Ce philosophe hâbleur, direct, impertinent, moitié catcheur et moitié punk veut rompre avec le discours feutré des salons philosophiques sans pour autant (et surtout pas !) tomber dans le panneau de la vulgarisation caricaturale.
Et ainsi il sillonne les routes, de hameaux en écoles d’infirmières, de bistrots en maison carcérale où, loin de porter la bonne parole, il pousse les personnes rencontrées, l’étudiant, le paysan, le taulard, le boulanger, le serrurier à philosopher et à développer sa propre réflexion, à comprendre le sens de son rapport au monde et à autrui pour tenter d’agir en connaissance de cause et à assumer son humaine condition.

Quelles nouvelles valeurs inventer et comment la philosophie peut nous y aider ? Comment se forger des nouvelles « armes » intellectuelles pour analyser sans complaisance notre rapport au politique et pour élaborer des postures de résistance et de combat ? Rien que ça dans ce film sérieux et réjouissant !

Salernes : jeudi 24 à 20h30 et lundi 28 à 18h

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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