Au(x) cinéma(s) du 23 au 29 octobre 2019

Bonjour à tous !
 
Notez déjà dans vos agendas la date du dimanche 3 novembre: Entretoiles vous proposera une soirée avec 2 films: Pour Sama  un documentaire de Waad Al Kateab qui apporte un témoignage bouleversant sur la vie quotidienne dans la Syrie en guerre  et Atlantique de Mati Diop, film qui a reçu le Grand prix du Jury au Festival de Cannes cette année, un film puissant et élégant, un fable politique doublée d'une belle histoire d'amour.
 
Cette semaine à CGR dans la programmation habituelle on peut voir Hors normes un film humaniste dans lequel d'Eric Toledano et Olivier Nakache, les réalisateurs d'Intouchables abordent de front la question de l'autisme avec leur sens inusable de la comédie sociale, Joke(aussi à Salernes au Luc et à Cotignac)) où le réalisateur  Todd Phillips filme une version sociopoétique du personnage, incarné magistralement par Joaquin Phoenix, Donne moi des ailes (aussi à Cotignac) un film de Nicolas Vannier où il nous  livre un joli récit initiatique familial et écologique, et Au nom de la terre (aussi à Salernes et au Vox) de Edouard Bergeon, une première fiction épatante sur le piège dans lequel peuvent se retrouver les agriculteurs productivistes.
 
A Lorgues Papicha (aussi au Vox) un film algérien de Mounia Meddour, un  hymne à l'insoumission porté par des comédiennes épatantes, Chambre 212 (aussi à Salernes et au Vox) film où avec une insolente légèreté et une distribution idéale, Christophe Honoré s’amuse de l’usure du couple et de l'adultère, Aretha Franklin amazing Grace, documentaire d'Elliot et Sydney Pollak, témoignage vibrant sur sur le mouvement des droits civiques et le génie de la reine de la saoul, Apocalypse now, final cut , une version plus longue du chef d'oeuvre de Coppola et Alice et le maire(aussi au Vox) un film lucide et subtil qui fait toute sa part à la cruelle complexité des choses.
 
Au Vox  Sorry we missed you de Ken loach, l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité,  Le traitre de Bellochio un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout, Le jeûne un documentaire intéressant sur le jeûne et ses motivations, Trait de vie un documentaire français qui plus qu'un manifeste écolo,est toute une façon de revoir le travail de la terre, moins passéiste que conscient et responsable et encore à l'affiche Mathias et Maxime un mélodrame de Xavier Dolan, à la fois intime et universel, ambitieux et modeste et toujours émouvant.
 
Bonne semaine de cinéma !

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le 

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :  entretoiles.e-monsite.com
 

HORS NORMES

Écrit et réalisé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE - France 2019 1h54mn - avec Reda Kateb, Vincent Cassel, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alba Ivanov, Catherine Mouchet...
 
Image en ligne
 
Si on ne peut que reconnaître l'efficacité de la filmographie d'Eric Toledano et Olivier Nakache, réalisateurs d'une série de feel-good movies qui ont été autant de succès hors pair (en premier lieu Intouchables, succès historique qui a fait exploser la carrière d'Omar Sy, mais aussi Samba et plus récemment Le Sens de la fête avec Jean Pierre Bacri). Devant Hors normes, on tire notre chapeau. Les grands raconteurs d'histoires que sont Toledano et Nakache ont remballé un chouia leurs recettes de comédie (même si le film offre quelques moment très drôles malgré le sujet un peu grave) pour transcrire avec émotion le combat de deux hommes bien réels et dont le parcours les a visiblement inspirés.
Deux hommes qui sont des symboles vivants : d'un côté Stéphane Benhamou, un Juif pratiquant qui a contribué à créer « Le Silence des Justes », une association communautaire mais ouverte à tous se consacrant à l'accueil des jeunes autistes, y compris les cas les plus difficiles ; de l'autre Daoud Tatou, un père de famille dyonisien et musulman qui a créé « Le Relais IDF », une association qui tente de resocialiser par le travail ou les sorties en ville les autistes également difficiles, qu'on garde en général enfermés dans des structures hospitalières. Le Relais IDF forme aussi des jeunes des quartiers populaires à devenir accompagnants sociaux.
Le premier est incarné superbement par Vincent Cassel, qui joue un quadragénaire religieux, passé un peu à côté de sa vie à cause de sa passion, enchaînant sous la pression de ses amis les rendez-vous arrangés, souvent pour des résultats pathétiques. Le second, c'est Reda Kateb, qui joue un père de famille dont on se doute, au vu de son engagement et des heures indues auxquelles il rentre chez lui, qu'il a surtout vu ses enfants endormis…
Dès la première scène, une poursuite dans les rues de la ville dont on comprend peu à peu que c'est pour rattraper une jeune autiste en crise d'angoisse, on est plongé tout de suite dans le combat quotidien des travailleurs sociaux confrontés autant au rejet des autistes par leur environnement qu'aux absurdités administratives, les autorités ayant besoin du travail des associations tout en entravant celui ci pour ne pas déroger aux règles. Le film se montre d'un réalisme saisissant tout en réservant des respirations très drôles, notamment avec le gag récurrent de ce personnage à qui Reda Kateb tente de faire prendre le métro seul sans que celui-ci ne tire obsessionnellement le signal d'alarme ou qu'il essaie d'intégrer dans un travail où il se montre trop démonstratif dans son affection pour ses collègues.
Hors normes est ainsi un film formidable pour réviser notre regard sur le handicap, mais aussi la très jolie démonstration que, dans un combat commun, des gens que tout pourrait opposer (les Juifs orthodoxes du Silence des Justes ou certaines filles voilées du Relais IDF) se foutent de leurs différences quand l'objectif commun est plus fort que tout.(Utopia)
 
CGR      mer23 ven25 dim27 mar29/10h45  13h15  17h45  20h05  21h45         jeu24  sam26 lun28/10h45  15h30  17h45  20h05  21h45  
 

JOKER

Todd PHILLIPS - USA 2019 2h02 VOSTF - avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy... Scénario de Todd Phillips et Scott SilverLion d’Or, Festival de Venise 2019.

Image en ligne
 
Film magistral, travail d’orfèvre. Chaque élément fait corps avec l'histoire racontée, la sublime, de l’envoûtante bande son aux décors hallucinants, en passant évidemment par une mise en scène et un jeu d’acteurs impeccable (géniale performance de Joaquin Phoenix !). Nous ne sommes plus dans un simple parcours fictionnel, mais dans une véritable épopée personnelle qui peut se décliner en de multiples interprétations, jamais manichéennes, tout aussi intimes que sociales, voire politiques. Les amateurs de comics seront ravis, ceux qui ne sont pas familiers ou indifférents à cet univers trouveront aussi leur compte dans cette œuvre qui transcende les genres.
L’affaire débute devant un banal miroir, pas celui d’un conte de fée, un miroir qui n'a aucun pouvoir magique. Méticuleusement Arthur Fleck se grime : teint blanc livide, nez rouge sang, larmes bleu pétrole, costume rouille atemporel, curieux alliage entre Auguste et clown blanc. Dans son dos la radio débite ses sornettes. Des émissions à deux balles censées divertir le gogo, des informations sinistres qui dépeignent un monde décadent, envahi par les rats, où la fièvre typhoïde menace d’emporter les plus faibles. Les prêches des présentateurs semblent nous entraîner dans un tourbillon schizophrénique sans fin, laissant peu d’espace à la compassion ni même à un zeste de sérénité, tandis qu’Arthur passe en un éclair du rire aux larmes avec une maestria qui glace les sangs. Une fois apprêtés, lui et ses collègues de turbin s’éparpillent dans les rues, hommes-clowns sandwiches dans un univers méga promotionnel. Chacun a ses produits, sa boutique à défendre pour gagner quelques miettes distribuées par un capitalisme vorace. Dans ce monde de freaks, beaucoup, malgré leur mine joviale affichée, sont prêts s'il le faut à marcher sur la tête de leurs confrères. Une société ubuesque qui suinte la faillite, où la solidarité n’est plus de mise.

Pourtant Arthur, pataud dans ses grandes pompes, sourit sans faillir. C’est tout ce qu’il sait faire, l’unique enseignement d’une mère toxique, demi-perchée, restée rivée dans la nostalgie de ses souvenirs, de ses espoirs déchus. Le soir venu, ce fils qu’elle surnomme « Happy » la berce, la lave, la borde, comme on le ferait pour une créature innocente et chétive, sans rien lui avouer de ses propres peines, qu’il ne saurait exprimer. Il y a chez cet homme une élégance rare et touchante qui ne demanderait qu’à percer, des moments de grâce. Nul ne les voit. Arthur semble voué à rester invisible aux yeux de ses contemporains. Et cette indifférence généralisée est tout aussi violente que les incivilités qui grouillent dans les recoins de la tentaculaire Gotham des années 80 (ville imaginaire, mais tellement cousine de nos plus monstrueuses métropoles actuelles). Il n’y aurait donc aucune échappatoire ? Dans les plus sombres ténèbres surgissent parfois de petites lueurs, telles les douces paroles d’une charmante voisine qui ne fait pas cas des habits défraîchis de Happy. Ce dernier se sentira pousser des ailes, prêt à jaillir de son anonymat tel un papillon de sa chrysalide, d’autant qu’un célèbre présentateur lui demande de participer à son show. Mais les rêves d’Arthur Fleck sont voués à sombrer dans le marasme des illusions perdues. Ils feront place à la métamorphose de notre anti-héros assoiffé de tendresse en personnage sûr de lui, maléfique, rongé par tout autre chose que l’amour.

Tenaillés entre empathie et répulsion, on assiste là à la genèse du mal, la naissance d’un vrai méchant, celui qui hantera les pires cauchemars du super-héros Batman. Mais comment lui en vouloir, il pourrait être la part incomprise de chacun d'entre nous, révoltée et blessée, humiliée. Le Joker est bel et bien un enfant engendré par la fracture sociale, l’injustice faite aux plus démunis, son rire sardonique raisonnera longtemps encore comme une mise en garde lancée aux nantis…(Utopia)
 
CGR                tous les jours/13h20  16h30  20h05  22h30  et jeu sam et lun/10h40
SALERNES   mer23 et ven25/18h   sam26 lun28 et mar29/20h30
LE LUC         mer23/21h  ven25/18h30  sam26/21h mar29/18h30
COTIGNAC   jeu24/18H  20H30
 
 

DONNE-MOI DES AILES

Nicolas VANIER - France 2019 1h53mn - avec Jean-Paul Rouve, Mélanie Doutey, Louis Vazquez, Fred Saurel, Lilou Fogli... Scénario de Matthieu Petit et Christian Moullec.

Nicolas Vanier qui a voué sa vie à la nature et au monde animal, se mobilise sans relâche pour leur défense, et on ne peut que constater qu’il filme magnifiquement cette nature, notamment dans ses documentaires polaires, Le Dernier trappeur ou L’Odyssée blanche, témoignant d’une impressionnante maîtrise pour filmer la faune des contrées les plus septentrionales de notre globe.
Dans Donne-moi des ailes, il allie ses deux talents : suivre les animaux au plus près et raconter de belles histoires destinées à un public familial, de l’écolier à ses grands-parents. L’histoire du film, bien que largement romancée, est directement inspirée de la vie et du combat d’un génial dingo, Christian Moullec, qui co-signe d’ailleurs le scénario. Météorologue de formation et ornithologue par passion, Christian Moullec, inspiré par le zoologiste autrichien Konrad Lorenz, a eu l’idée d’utiliser sa pratique assidue de l’ULM pour suivre dans leur périple les oiseaux migrateurs et plus précisément les oies naines. Mais il est allé plus loin en se disant qu’il était possible de les guider vers de nouvelles voies migratoires alors que celles que les oies empruntaient jusque là, à travers des zones agricoles traitées aux pesticides, à proximité d’aéroports ou de zones très touchées par la pollution lumineuse, pouvaient les menacer et à terme provoquer le déclin de l’espèce. Un autre grand cinéaste animalier, Jacques Perrin, s’était d’ailleurs attaché les services de Christian Moullec pour son Peuple migrateur.
Christian (Jean-Paul Rouve) habite en Camargue, et il attend son fils dont il n’a la garde que pendant les vacances, tout en préparant fébrilement son ULM pour sa grande expédition. Mais voilà : l’adolescent, comme n’importe quel gamin qui vit à la ville, n’a qu’une crainte, c’est que, dans la maison isolée de son père au bord des marais, il n’y ait pas de réseau, et sans doute pas de wifi, et pour lui, les vacances loin de tous réseaux sociaux s’annoncent d’une sinistrose absolue. Et puis, petit à petit, alors que l’expérience se développe et que les ailes de l’ULM se montent, Thomas commence à s’intéresser à la grande aventure paternelle. Si bien que l’expédition va être aussi l’occasion de resserrer entre le père et le fils des liens qui s’étaient sérieusement distendus.
Au-delà de la romance familiale assez touchante, Donne-moi des ailes vaut évidemment surtout pour ses superbes images vues du ciel, au côté des oies naines qui vont nous emmener d’un bout à l’autre de l’Europe, depuis la Norvège septentrionale jusqu’à la Méditerranée, une aventure d’autant plus périlleuse que le scientifique, auquel personne ne croit, a falsifié les autorisations nécessaires.
Ajoutons que le film s’avère de salut public puisque Nicolas Vanier répète à l’envi et à juste raison qu’en trente ans l’Europe a perdu un tiers de sa population d’oiseaux, soit 430 millions d’individus ! Et le réalisateur sincèrement engagé qu’il est dit clairement son bonheur – alors que de nombreux jeunes, dans le sillage de la suédoise Greta Thunberg, se mobilisent pour l’écologie – de voir la Ligue de Protection des Oiseaux et l’Education nationale s’associer pour défendre le message de son film.(Utopia)
CGR    mer23 /15h30  19h55     jeu 24/ 17h40  20h00    ven25 et mar29/13h30  15h30 19h55    sam26/13h25 17h40  20h     dim27/13h30  15h30 19h55   lun28 /13h25  17h40 20h 
 
COTIGNAC dim27/18h
 
 

AU NOM DE LA TERRE

Edouard BERGEON - France 2019 1h43 - avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus, Samir Guesmi... Scénario d'Edouard Bergeon, Emmanuel Courcol et Bruno Ulmer.
AU NOM DE LA TERRE

Pierre revient au pays, en conquérant. S’il en est parti, c’est pour mieux y revenir, plus mûr, mieux préparé, renforcé par son séjour dans le Wyoming, où il s’est formé à de nouvelles techniques agricoles. Fort de la promesse de fructueuses moissons futures, Pierre sourit à la vie, tout comme elle lui sourit. D'autant qu'il va se marier avec Claire, qui l'a attendu puisqu'ils ont toujours su qu'ils feraient leur vie d'agriculteurs ensemble…
Peu de temps après, le jeune couple s’installe dans la belle ferme familiale que le père de Pierre leur cède. Les en voilà presque propriétaires – moyennant un important prêt bancaire, le premier d'une épuisante série –, et Pierre guette, tout en signant l’acte de vente, une forme de reconnaissance dans le regard paternel. Ah ces deux-là ! Leurs cœurs battent à l’unisson mais ils sont trop taiseux pour se le dire. Il faut dire qu'à travers eux, à leur corps défendant, ce sont deux conceptions de la paysannerie qui s’affrontent, deux époques que le progrès a rendu irréconciliables. Mais quel progrès ? Celui qui a transformé les fermiers en « exploitants agricoles », en « entrepreneurs », en « agri-managers » ? On perçoit sous les glissements sémantiques qu’un pan d’humanité a été enterré, l’humus dégradé. Les nouvelles générations, respectant scrupuleusement les prescriptions des politiques agricoles successives, elles-mêmes orchestrées par des énarques déconnectés du bon sens terrien, se retrouvent prises au piège des sables mouvants d’un système qui les ont progressivement asservies, rendues dépendantes des cours de la bourse, des géants de l’industrie agro-chimique, des indemnités compensatoires…
Vingt ans plus tard, plus grand monde n’est autonome ni fier de ce qu’il fait, malgré un travail constant et acharné. L'agriculture industrielle a imposé sa loi, sans pitié ni conscience. Le marché monte le travailleur contre le travailleur : les damnés de la terre, sous la pression, le poids des dettes, finissent par se tromper d’ennemis.
Et Pierre dans tout ça ? Il est comme presque tous les autres prisonnier du système mais il continue d’y croire, de ne pas baisser les bras, avec le soutien de Claire et de leurs deux enfants. La joie de vivre et de travailler ensemble est toujours là, mais pour combien de temps ?
À travers cette première fiction épatante (il avait déjà tourné un documentaire sur le même sujet), le réalisateur rend autant hommage à un père, le sien, qu’au monde paysan. Ce monde qui se lève tôt sans en récolter ni gloire, ni fortune.
Remarquablement interprété, le film donne envie de creuser le sillon de la solidarité, de se rebeller, de refuser que l’histoire de Pierre ne soit une fatalité qu’on oublie derrière les statistiques : « Tous les deux jours en France, un agriculteur… » On vous laisse compléter la phrase après avoir vu le film… (Utopia)

CGR        tous les jours/11h

 
SALERNES      mer16 /18h00    jeu 17 et ven18/ 20h30   mar22/20h30
LE VOX   mer23/16h15   jeu24 et ven25/15h45   sam26/17h25  dim27/17h20  lun28/19h05  mar29/13h40
PAPICHA

Mounia MEDDOUR - Algérie/France 2019 1h45mn VOSTF - Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Nadia Kaci, Meryem Medjkane... Scénario de Mounia Meddour et Fadette DrouardFestival d’Angoulême 2019 : Meilleur scénario, Meilleure actrice, Prix du public.

Image en ligne
« Papicha », c’est le petit nom charmant que l’on donne aux jeunes algéroises drôles, jolies, libérées. C’est aussi désormais un film sur le courage, celui d’un pays, d’un peuple, d’une jeunesse qui ne demande qu’à exulter, qui refuse de céder aux injonctions de la peur, à celles de bras armés tout puissants. Il est donc question dans Papicha de résistance vivifiante, de pulsions joyeuses, d’insoumission. Le film nous immerge dans la décennie noire des années 90 : tandis que les étudiants du pays aspirent à la même liberté que leurs cousins occidentaux, par le jeu des forces politiques en présence, une vague d’intégrisme va monter, implacable, génératrice de violence, d’interdits, de terreur. Le GIA (Groupe Islamiste Armé) et l’AIS (Armée Islamique du Salut), dont les premières cibles sont les journalistes, terrorisent la population civile, tout en se faisant la guerre entre eux, ainsi qu’à la démocratie. On dénombrera au final plus de 150 000 morts, des dizaines de milliers d’exilés, un million de personnes déplacées. L’action du film prend sa source dans ce contexte tendu, celui que connut bien la jeune réalisatrice encore étudiante, et dont elle choisit de faire une fiction assoiffée de joie, d’espérance, de révolte.
Tout démarre par une belle nuit suave, qui donne envie aux corps d’exulter. Gros plan sur deux donzelles sur la banquette arrière d’un taxi clandestin qui brinquebale dans les rues d’Alger. Dans cette cabine d’essayage de fortune, elles se maquillent, se tortillent comme des libellules en train d’abandonner leurs chrysalides. Elles n’ont que peu de temps pour quitter leurs tenues sages et se transformer en reines de la nuit. Alors que le vieux chauffeur qui bougonne, réprobateur, a du mal à garder les yeux dans sa poche, Nedjma, qui a la langue bien pendue, le renvoie à son volant : « Papy, la route c’est devant, pas derrière ! » Un sens de la répartie que semblent cultiver en permanence les filles entre elles, à coups de « battle de mots » comme elles les appellent, qui démarrent dans les endroits les plus saugrenus. Des moments pêchus et drôles, un peu outranciers, comme un arsenal d’armes fragiles qu’elles entretiennent en riant, maigre rempart contre les débordement sexistes, les insidieux harcèlements quotidiens qu’elles subissent en faisant mine de s’en moquer. Difficile de trouver des espaces de liberté sereine ici. On devine que la majorité de celles et ceux qui se retrouvent pour faire la fête, même si c'est sans doute plus simple pour les garçons que pour les filles, ont dû, tout comme Nedjma et son inséparable copine Wassila, faire le mur, s’échapper en catimini. Une clandestinité propice à toutes les arnaques, à tous les chantages vicelards (on assistera à un florilège de bêtise de la part de ces messieurs).
En attendant, Nedjma poursuit, vaille que vaille, son rêve de devenir styliste, elle en a le talent. Elle va y entrainer toute sa bande de copines, sa famille et même quelques professeures. D’abord inconsciemment, la mode, qui dévoile et embellit les corps, va devenir une forme de contestation. Au noir des hidjabs que les islamistes veulent imposer à la gent féminine, Nedjma opposera la blancheur du haïk, cette étoffe qui fut, au-delà de sa fonction vestimentaire traditionnelle, le symbole de la résistance nationale algérienne contre la politique coloniale française.
Papicha, c’est le portrait d’une féminitude solidaire et complexe, bien au-delà des clichés. Des plus gamines au plus âgées, des plus modernes aux plus conformistes, nulle n’est dupe ou naïve. Chez elles, l’insouciance, qu’elle soit feinte ou cultivée, apparait dès lors comme une forme de résilience indispensable, une façon non seulement de survivre, mais surtout de ne jamais abdiquer joie et douceur de vivre.(Utopia)
LORGUES  mer23/18h50   ven25/21h  lun28/17h
LE VOX       mer23/20h45  jeu24/16h15  ven25/21h sam26/14h dim27/13h40  lun28/20h

 

CHAMBRE 212

Écrit et réalisé par Christophe HONORÉ - France 2019 1h30mn - avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Benjamin Biolay, Camille Cottin, Carole Bouquet.
 
Image en ligne
 
À l'ombre protectrice et revendiquée de Woody Allen, Ingmar Bergman et Bertrand Blier, Christophe Honoré nous offre un merveilleux divertissement, léger et profond à la fois, qui est aussi une déclaration d'amour au cinéma, art magique par la grâce duquel tout est possible pour peu que l'on abandonne, ne serait-ce que brièvement, notre désespérante exigence de rationalité
Quel bonheur de croire, une heure trente durant, qu'il serait possible de revenir en arrière et changer le cours des choses, aimer à nouveau comme au premier jour, croiser même les morts et retrouver un peu de cette fulgurance qui nous rend furieusement vivants ! Christophe Honoré et sa bande de saltimbanques réussissent un délicieux tour de passe-passe qui vous entraînera quelque part de l'autre côté de l'arc-en ciel, à peine franchi le seuil de la chambre 212.
Sacha Guitry – auquel on pense également – y perdrait son latin : ce sont les femmes adultères qui se planquent dans les placards, revenant tout sourire au bercail sur un air de « même pas grave », fortes de leur jouissance et de cette évidence que la passion amoureuse s'étiole méchamment au fil des ans. Et ce sont les hommes qui pleurent et se lamentent, s'acharnant à espérer que d'un volcan éteint pourra rejaillir le feu. Voeu pieux ? Maria donc, enseignante très à cheval sur le suivi personnalisé de ses élèves – surtout quand ils portent un prénom sexy –, s'est fait une raison, sans dramatiser ni tirer de conclusion définitive : entre Richard et elle, après des années de vie commune, la flamme s'est étouffée, la passion s'est émoussée. Et ce soir-là, peut-être parce que Richard porte un horrible bermuda avec des chaussettes flageolant à mi-mollets, ou peut-être parce qu'elle en a assez de lui jouer la comédie légère, elle décide de prendre la tangente, et un peu de recul, pour retrouver son souffle, faire le point.
Elle traverse la rue. Pousse la porte de l'hôtel. Prends une chambre dont la fenêtre donne précisément sur son appartement, sa vie, son homme qui pleure devant sa machine à laver. Une vue idéale sur son mariage en panne pour enfin s'envisager de l'intérieur. Mais pour la réflexion en solitaire, c'est raté : voilà que la chambre d'hôtel est envahie par une foule sentimentale de protagonistes, bien décidés à s'exprimer même si on ne leur a rien demandé, à apporter leur contribution à ses réflexions intérieures, voire, pire, à lui faire moult reproches sur sa légèreté ou sa conduite passée, ses désirs de liberté qui en ont blessé plus d'un.
Au premier rang de ces intrus : Richard himself, vingt ans et vingt kilos en moins, tel qu'il était le jour où ils se sont rencontrés, puis il y a tous ses amants, et même sa mère pour les comptabiliser. Il y aussi sa conscience, qui s'est mise sur son trente et un… sans oublier Irène. Celle que Richard aurait dû épouser, son tout premier amour.
Autant dire que la nuit va être mouvementée… Comment résister au corps jeune et plein de fougue de Richard ? Comment se dépatouiller dans cette conjugaison existentielle où présent, passé et futur s'emmêlent joyeusement les pinceaux ? Mais surtout : Maria doit-elle traverser la rue en sens inverse ?
Le film avance comme dans un rêve, révélant au cœur d'un dispositif volontairement théâtral une sublime authenticité des êtres et des sentiments. Tout coule, tout est fluide, la narration et les dialogues sont ultra-rythmés, tout comme la musique (toujours en mode majeur chez Honoré). Chef d'orchestre virtuose à la tête d'une troupe de comédiens de haute volée (Chiara Mastroianni en majesté, les menant tous à la baguette), Christophe Honoré signe ici une rêverie éveillée lumineuse et c'est un enchantement.(Utopia)
 
LORGUES  mer23/21h  ven25/17h  sam26/20h lun28/19h05
SALERNES     mer23 et ven25/20h30   sam26 et dim27 18h  
LE VOX    mer23 sam26 dim27/15h30 19h30  jeu24/17h35 19h25  ven25 et lun28/13h40 17h15  mar29/15h30 19h25
    
 

ARETHA FRANKLIN, AMAZING GRACE

ELIOTT et Sydney POLLACK
 
Image en ligne
Nous sommes le 13 janvier 1972, dans une petite église du quartier noir de Watts à Los Angeles, la chanteuse Aretha Franklin, 29 ans, va enregistrer pendant deux jours un album mythique. Dès les premières notes, on comprend que ce concert aura une portée historique. Le révérend James Cleveland, légende du Gospel, et les musiciens, choristes du Southern California Community Choir jouent leurs rôles d’accompagnateurs à la perfection.
Le public, intimidé au départ par la présence de la chanteuse, devient de plus en plus intenable jusqu’à atteindre un point de non-retour avec le morceau Amazing Grace : 11 minutes de transe. Le visage d’Aretha Franklin est illuminé par des perles de sueur tandis que les 4 octaves de sa voix projettent un parfum de folie sur les musiciens et Les spectateurs. Un moment de communion et une consécration personnelle pour Aretha Franklin, au sommet de son art.
Ces images, combien de fans les ont rêvées ? Pendant quarante-six ans, personne n’a pu les voir. Pourtant, cet enregistrement public a bien été filmé, et pas par n’importe qui : Sydney Pollack lui-même, missionné par la Warner. Mais le réalisateur commet une grossière erreur de débutant : faute d’avoir bien utilisé les claps de début et de fin, le son n’est pas synchronisé avec l’image !
Il faudra l'obsession du producteur de musique Alan Elliott pour ressusciter ce film mort-né. Il rachète les rushes à la Warner et, grâce aux technologies numériques, réussit à caler le son avec l'image. Et voilà ce vibrant Amazing grace, avec une Aretha Franklin sublime.(d'après L. ArmatiTélérama)(Utopia)
 
LORGUES     dim27/18h   lun28/21h
 
APOCALYPSE NOW final cut
Francis Ford COPPOLA - USA 1979 3h02mn VOSTF - avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Frederic Forrest, Dennis Hopper, Albert Hall, Sam Bottoms, Laurence Fishburne, Harrison Ford, Aurore Clément... Scénario de Francis Ford Coppola, John Milius et Michael Herr, inspiré du roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres.
 
 
Image en ligne
 
« La version redux de 2001 avait restauré tout ce qui avait été coupé. Quand on m'a demandé plus tard quelle version je voulais montrer, je pensais fréquemment que la version de 1979 était trop abrupte, tandis que la redux était trop longue. J'ai donc mis au point ce qui, pour moi, constitue la version parfaite, qui s'appelle Apocalypse now Final cut. » Francis Ford Coppola
En 1976, Coppola, réputation au zénith et compte en banque fourni, décide d'adapter le roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres, en le transposant du Congo de 1901 au Vietnam de 1970 : les services secrets américains confient au capitaine Willard la mission extravagante de remonter aux confins du Cambodge afin de liquider un de leurs officiers, le colonel Kurtz, qui a fait sécession et règne au cœur de la jungle sur une population de fous dont il est devenu le gourou solitaire, puissant et dangereux…
Dès l'origine, Apocalypse now s'est inscrit dans une stratégie de démesure. Du scénario au tournage, dont les chiffres donnent le tournis, tout est dans l'emphase. Coppola est impérial au milieu de l'effervescence. Il croit que le monde est à lui alors que tout prouve le contraire.
Le tournage a lieu aux Philippines, dont l'armée utilise le même matériel que celle des États-Unis. Un jour, les hélicoptères désertent pour s'en aller mitrailler la guérilla anti-gouvernementale réfugiée dans la jungle ! Une autre fois, un typhon détruit les décors… De 12 millions de dollars, le budget passe à 30. La production devient un enfer dont les gazettes se régalent : Brando changé physiquement (il est devenu gros) et qui ne connaît pas son texte, Harvey Keitel renvoyé dans ses foyers et remplacé par Martin Sheen, lequel fête son arrivée par un infarctus au milieu d'une scène. Le tournage traîne, s'embourbe. « Apocalypse when ? », titrent les journaux. Après un an de jungle et des kilomètres de pellicule, le retour à Los Angeles est douloureux. Le prince est devenu mendiant. Le montage coûtera une fortune : la première version durait 6 heures !
« Apocalypse now n'était pas un film sur le Vietnam, c'était le Vietnam », déclarera Coppola. « Comme l'armée américaine, nous étions arrogants, nous avions trop de monde, trop de matériel, trop d'argent et, peu à peu, nous sommes devenus fous ».

Présenté au Festival de Cannes le 18 Mai 1979, le film obtient la Palme d'Or (qu'il partage avec Le Tambour, de Volker Schlöndorff…) et rencontre un immense succès lors de sa sortie, l'automne suivant.
L'histoire aurait pu s'arrêter là. Sauf que, au début de l'année 2000, Coppola, dont la carrière est devenue un sommet d'interrogations, remet l'ouvrage sur le métier et persuade son monteur Walter Murch de reprendre tout ça… Il remonte paisiblement le film, sans pressions, dévidant mètre par mètre les bobines de pellicule jusque là abandonnées. Plutôt qu'un ajout désordonné de scènes coupées, il repense complètement son histoire, comme si la clarté de sa structure lui était soudainement revenue. Cette clarté qu'il avait perdue en même temps que sa raison et sa maison.
Le résultat, ce sera Apocalypse now Redux et aujourd'hui, après un nouveau travail de montage, Apocalypse now Final cut. Deux versions qui font définitivement de ce projet fou un chef d'œuvre.(T. FremeauxL'Express)(Utopia)
 
LORGUES     jeu24/19h30
 
 

ALICE ET LE MAIRE

Écrit et réalisé par Nicolas PARISER - France 2019 1h45 - avec Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier, Nora Hamzawi, Maud Wyler, Léonie Simaga, Thomas Chabrol...
 
Image en ligne
 
 
On ne prétendra pas que la légendaire pusillanimité du cinéma français à l’égard de la représentation de la chose politique ait disparu. Du moins la trouve-t-on désormais écornée, de loin en loin, par d’excellents films. Le meilleur exemple reste, à cet égard, L’Exercice de l’Etat (2011) de Pierre Schoeller. On lui adjoint sine die Alice et le maire de Nicolas Pariser, qui partage avec lui, sans jamais verser dans la naïveté, une vraie croyance dans le monde qu’il filme, ainsi qu’une bienfaisante suspension de l’aigreur ordinaire qui conduit sans coup férir à la disqualification du sujet.
Nicolas Pariser se rapproche d’Eric Rohmer – lequel avait signé, en 1993, L’Arbre, le maire, et la médiathèque avec Fabrice Luchini – pour une petite leçon de morale politique, écologique et existentielle.
Luchini, donc. Et la preuve ici réitérée de son immense talent… Il campe Paul Théraneau, maire socialiste de Lyon, à peu près rincé après trente ans de mandat, non encore tombé dans le cynisme, mais tournant à vide, en pilotage automatique. La manière dont l’acteur parvient à restituer l’animal politique est très remarquable. Un rien y suffit, évitant la caricature, dont il n’est pas donné à tout le monde de se saisir. Quelque chose de demi-mort dans le regard qui flotte sur le monde ordinaire, un imperceptible mouvement des lèvres qui marque une lassitude océanique de la gestion quotidienne, une capacité intacte à se sublimer et à aller chercher loin le vibrato républicain sur le théâtre de l’intervention publique.
Là-dessus, sa jeune directrice de cabinet embauche une jeune normalienne sans attaches, Alice Heimann (Anaïs Demoustier), pour devenir une sorte de coach mentale du maire en perdition. Sa jeunesse, sa fraîcheur, son manque d’expérience, son étrangeté au milieu, son indifférence aux coups stratégiques – autant de traits dont Anaïs Demoustier, de son côté, s’empare avec une impression de naturel confondant – tombent d’autant plus à pic que Paul Théraneau se met en mouvement pour prendre la tête du parti et se positionner ensuite comme candidat à la présidentielle.
L’histoire de leur relation occupe donc très délibérément le centre du film, quand bien même quelques personnages et intrigues secondaires, animant l’environnement proche des personnages principaux, s’y révèlent particulièrement bien esquissés…
La ruche en effervescence de la mairie, le staff perpétuellement sur les dents, les déplacements incessants du maire illustrant la multiplicité de ses tâches et de ses fonctions figurent le théâtre principal de la relation d’abord adjuvante, puis de plus en plus vitale, qui se noue entre les deux personnages. De fait, Alice, par sa capacité d’écoute, par sa faculté d’analyse, par la pertinence intellectuelle de ses interventions, réapprend au maire, animal politique obnubilé par l’efficience de l’action dans un monde qui exige toujours plus de rapidité, les vertus oubliées de la pensée…
Alice et le maire entre définitivement dans la catégorie des bons films, des grands films, en faisant en sorte qu’un mouvement transforme insensiblement les personnages. Qu’on les trouve changés, l’un et l’autre, par une expérience qui les a réunis et éprouvés et dont on ne révélera surtout pas le fin mot ici. Tout au plus dira-t-on qu’une part d’humanisme a perturbé l’animal technocratique qu’est Paul Théraneau, et qu’à rebours Alice Heimann n’a pu éviter que l’éclaboussure du réel atteigne le pur horizon des concepts. La transparence de la mise en scène, la justesse des dialogues, la tenue des acteurs conspirent ici à un film lucide et subtil, qui fait toute sa part à la cruelle complexité des choses. Une œuvre précieuse, en un mot.(J. MandelbaumLe Monde)(Utopia)
 
LORGUES   ven25/19h    sam26/16h  dim27/19h50
LE VOX   mer23/17h20  ven25/13h40  dim27/13h45 lun28/15h45  mar29/17/20
 
 

SORRY WE MISSED YOU

Ken LOACH - GB 2019 1h40VOSTF - avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone... Scénario de Paul Laverty.
 
Image en ligne
Ken Loach, c'est quarante-cinq ans passés derrière la caméra à triturer le terreau social qui ne cesse de se décomposer. Il annonce sa retraite et puis non, la force de l'étau social ne cesse de le ramener au cinéma, dans un récit ici encore plus sec, épuré, radical et doté d'une force de frappe étourdissante. Et définitivement, non, on se s'en lasse pas. À l'inverse de Moi, Daniel Blake (Palme d'or du festival de Cannes 2016), qui s'ouvrait sur un rendez-vous au pôle emploi anglais, donc sur une recherche quasi-illusoire de travail, Sorry we missed you s'engage sur un entretien d'embauche. Espoir, pense t-on ?


Ricky, bourreau de travail, était ouvrier dans le bâtiment. C'était avant l'effondrement des banques et des organismes de crédit, avant que l'industrie du BTP n'en souffre, avant qu'il ne perde son boulot. Avant, c'est aussi le moment où il est tombé amoureux d'Abby, lors d'un grand festival rock. Depuis ils ont fondé une famille, ils sont devenus les bons parents de Seb, 16 ans, qui sèche l'école dès qu'il peut pour exprimer son talent artistique en graffant les murs de la ville, et de Liza Jane, gamine brillante, pétillante et pleine d'humour, rouquine comme son père.

Espoir donc, de cesser d'enchaîner les petits boulots, les contrats zéro heure et d'enfin s'en sortir, espoir de cesser de tirer le diable par la queue et de pouvoir enfin régler ses dettes et d'accéder peut-être à la propriété tant souhaitée par Abby. Elle qui rêve d'une jolie petite maison qu'elle pourrait décorer elle-même et qui donnerait à la famille le cadre d'une vie décente. Une vie normale quoi ! Et le sésame pour Ricky, c'est cette nouvelle forme de travail qu'est l'auto-entrepreunariat, ce travail où chacun est son propre patron, on ose le gros mot : l'uberisation. L'entretien d'embauche, c'est Maloney qui le mène.

 

Pragmatique et direct, il n'y va pas par quatre chemins. C'est lui qui donne les missions. Ici, plus on travaille, plus on gagne. Pas de contrat, chacun est son propre responsable et possède son outil de travail. Puisqu'il s’agit de livraisons, il faudra un camion (à acheter ou louer c'est selon), ainsi qu'un pistolet-liseur (c'est ton outil, tu l’achètes) qui permet de scanner les colis mais qui s'avère être également un redoutable mouchard… Ricky fonce tête baissée, se donne corps et âme. Il se met à s'exploiter lui-même… De son côté Abby est aide à domicile. Elle travaille quatre soirs par semaine. Dépossédée de sa voiture pour financer l'outil de travail de Ricky, elle passe des heures dans les transports en commun pour aller de rendez-vous en rendezvous. Payée à la tâche, elle court, saute d'un bus à l'autre, fait tout pour prendre soin, coûte que coûte, des personnes qui dépendent d'elle, comme si elles étaient toutes sa grand-mère dit-elle. Sorry we missed you, c'est l'histoire d'une famille qui doit survivre à la loi du plus fort de l'économie de marché, et qui tente vaille que vaille de maintenir un semblant d'unité. C'est l'histoire d'une famille qui pourrait partir en vrille si elle cessait de porter sur l'autre un regard bienveillant. Un père sur son fils qui se cherche, une mère sur ses enfants qu'elle voit trop peu. Une gamine qui fait de son mieux pour faire le lien entre tous. Mais Sorry we missed you, c'est aussi le petit mot que Ricky dépose dans la boîte aux lettres lorsque le client de la commande n'est pas chez lui pour réceptionner son colis. Sorry we missed you ça veut dire « Désolé, vous n'étiez pas là quand nous sommes passés ». Il faudra donc y retourner.(Utopia)
 
LE VOX mer23  sam26 et lun28/13h0  18h30  21h   jeu24/13h40 17h55 21h15  ven25/17h55 21h15  dim27/15h50 21h15  mar29/15h50 17h55et21h15
 

LE TRAÎTRE

Marco BELLOCHIO - Italie 2019 2h30mn VOSTF - avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Fabrizio Ferracane, Luigi Lo Cascio... Scénario de Marco Bellocchio, Valia Santella, Ludovica Rampoldi et Francesco Piccolo.

 

Image en ligne
 
L’Italie digère… ou du moins semble digérer. Enfin une vague de réalisateurs ose raconter par le menu, de manière non édulcorée et palpitante, la mafia vue de l’intérieur. Après le Gomorra de Matteo Garrone et Roberto Saviano, voici aujourd'hui ce magistral Le Traître, du maître Bellochio, presque un roman fleuve, et dans quelques mois ce sera La Mafia n’est plus ce qu’elle était du moins connu Francesco Maresco. Quel dommage de ne pas pouvoir programmer les deux films à la même période tant ils se complètent parfaitement ! Dans les deux cas on a affaire à de vrais méchants, pourtant il semble inévitable qu’affleure, à notre corps défendant, une forme de sympathie dérangeante. Celle-là même dont le virtuose Juge Falcone, sicilien de naissance, usa pour mieux s’imprégner et comprendre les rouages de la pieuvre, et de ses tentaculaires ramifications nationales et internationales.
 
Le Traître démarre fort, en 1980, par une de ces petites sauteries familiales dont les parrains avaient le secret, quand ils se détendaient entre deux fusillades ou plasticages sanglants. On pénètre donc dans l’action simultanément par deux portes d’entrée ambivalentes, comme semble l’être le regard des Italiens sur les mafieux, qui furent tout autant les protecteurs des classes miséreuses (dont beaucoup émanaient) que leurs bourreaux. La caméra de Marco Bellochio résume en un tableau méticuleux le contexte historique d’une affaire qui va se dérouler sur vingt cinq années, une vendetta meurtrière, inextinguible. Il brosse avec maestria le portrait des forces et des individus en présence pour nous faire prendre toute la mesure des tenants et des aboutissants et nous permettre d'entrer bien armés dans le vif du sujet, qui sera le retournement de veste de Tommaso Buscetta, éminent membre de Cosa Nostra, qui dénoncera ses anciens camarades d’armes auprès du magistrat Giovanni Falcone.
Jeu complexe entre chat et souris (les rôles étant interchangeables), d’où ressort une certaine admiration entre le juge et le truand, laquelle, en des temps moins sombres, aurait pu se transformer en une sorte d’amitié improbable et discrète. Cela peut sembler étrange, mais ce qui rapproche les deux hommes est leur courage et une conception cousine de l’honneur. La partie à jouer est aussi lourde pour l’un que pour l’autre, toujours sur le fil de se faire descendre. Dans le fond Buscetta se sert autant de Falcone que ce dernier se sert de lui. Le clan du maffieux et une partie de sa famille ayant été décimés, il ne lui reste que le bras de la justice pour se venger de ceux qui l’ont doublé, quitte à tomber en même temps que ceux qu’il cherche à atteindre. Bon vivant, il n’est toutefois pas un lâche qui cherche à sauver sa peau à tout prix. Il refusera toujours les appellations de traître ou de repenti. Il a brisé la loi de l’omerta ? Mais pourquoi la respecter envers ceux qui ont piétiné le code sacré de l’honneur, notamment le clan des Corleone guidé par Toto Riina ? Regrette-t-il le moindre de ses actes ? Les réponses à ces questions garderont toujours une part de mystère…

On va suivre la trajectoire de Buscetta, principalement à partir de sa fuite au Brésil, puis de son extradition vers l’Italie, sa traque à la fois par les autorités et par les autres parrains. Un film palpitant de bout en bout, à saluer tant pour la performance de ses acteurs (Pierfrancesco Favino en particulier réussit une composition hallucinante) que pour son ancrage historique précis et documenté. Une immersion dans la seconde guerre de la mafia, dont on ressortira avec un étrange sentiment de malaise, tant le monde des affaires et la sphère politique ne sortent pas indemnes de cette gangrène toujours d’actualité.(Utopia)
 
LE VOX dim27/18
 
LE JEÛNE, À LA CROISÉE DES CHEMIN
Fabien Moine - documentaire France 2019 1h30mn -
Image en ligne
 
Arrêter de manger pour se sentir mieux… mais quelle drôle d'idée ! Peut être l'avez vous remarqué mais ça a l'air d'être le dernier truc à la mode… Bon, nous, la mode, nous n'en n'avons que faire mais tout de même cette histoire-là finit par intriguer !Il faut dire que de notre point de vue de néophyte, le jeûne semblait avant tout d'une lubie religieuse… C'était méconnaître qu'au cours de l'Histoire, des périodes de jeûnes ont été instaurées pour faire face aux greniers vident - et que d'une certaine manière l'habitude a été gardée, une sorte d'anticipation sur le manque. Mais ce que l'on apprend dans le film, c'est que le jeûne peut tout aussi bien être thérapeutique, une privation de nourriture volontaire ayant pour objectif de soigner les maux de nos corps. Une thérapie qui n'est certes pas remboursée par la Sécurité Sociale en France mais qui est reconnue en Allemagne, pays très en avance en matière de médecine dite alternative.
Sans dogmatisme ni prosélytisme, le film revient sur 55 ans d’histoire du jeûne en France avec notamment comme interrogation la suite à lui donner, demain. C'est avec beaucoup d'humour que Fabien Moine nous fait entrer dans son univers, à la rencontre de pratiquants du jeûne mais aussi de médecins et d'accompagnateurs. Bien plus qu'une démarche de bien-être, c'est une ode au merveilleux fonctionnement du corps humain, à sa capacité à retrouver la pleine santé. C'est aussi une quête de soi, de son humanité.
Un film comme pour interroger sa propre pratique et mettre en perspective les expériences mais aussi pour laisser une trace sur une pratique encore mal connue. Sans vraiment vouloir nous convaincre, on sort de là en ayant l'impression d'avoir compris des choses sur notre mécanique intérieur.
 
LE VOX jeu24/20h
 

TRAIT DE VIE

Sophie ARLOT et Fabien RABIN - documentaire France 2017 1h15mn - Musique originale de Tram des Balkans

Image en ligne
C'est un film revivifiant, portraits de résistants qui nous rappellent à toutes fins utiles que l'agriculture fut et devrait continuer à être un contrat que l'homme passe avec la nature et non une violence qu'il lui impose. Qui disent haut et fort que l'animal doit rester au cœur de l'activité agricole non comme un outil surexploité mais comme un compagnon indispensable. Car très longtemps il alla de soi que l'exploitation agricole ou forestière ne pouvait se faire sans l'animal de trait pour labourer ou tirer les troncs imposants prélevés à la forêt, et accessoirement pour fournir l'engrais naturel qui allait enrichir les cultures. Mais voilà : au xxe siècle, le tracteur a fait son apparition et le cheval ou l'âne sont devenus dans nos contrées rapidement obsolètes ou tout au mieux folkloriques, destinés aux concours où l'on exhibe encore les plus beaux spécimens de percherons, de brabançons ou de boulonnais…
En même temps que le tracteur sont arrivés la dépendance au cours des carburants, l'endettement des paysans se saignant aux quatre veines et enrichissant toujours plus les banques spécialisées pour financer des machines toujours plus puissantes, mais aussi le développement des intrants chimiques rendus nécessaires par la disparition progressive du crottin et du fumier. L'augmentation considérable des hydrocarbures a accéléré la prise de conscience de l'absurdité de l'endettement dû à la mécanisation, tout ça pour se lancer dans une agriculture toujours plus productiviste mais qui n'arrivera jamais à rattraper celle des pays émergents. Et avec l'engouement grandissant pour une agriculture respectueuse de l'environnement, ceux qui passaient il y a quelques années pour de doux illuminés parce qu'ils gardaient chevaux ou ânes sont redevenus des acteurs d'avenir d'une nouvelle manière de cultiver.

Sophie Arlot et Fabien Rabin ont sillonné, le Poitou Charentes – région où est installée la maison de production du film – pour aller à la rencontre de ces hommes et de ces femmes : Amandine et Martial qui, après de brillantes études d'agronomie, sont bien décidés à appliquer leurs connaissances et à faire vivre leur idéal en compagnie de leur âne Chouchou ; Manu, un solide gaillard qui met ses impressionnants chevaux de trait au service du débardage là où les tracteurs pas plus que les gros engins ne peuvent accéder, dans les peupleraies marécageuses, dans les forêts trop touffues ou sur les pentes trop escarpées ; l'incroyable Philippe, un céréalier de 55 ans bien sonnés qui a pourtant toujours des projets dans la tête, et qui a mis son esprit de Géo Trouvetou en action pour construire un chariot hydraulique tiré par huit chevaux dans l'idée de remplacer un jour définitivement son tracteur… En voyant tous ces paysans heureux et dynamiques, on se dit que les clichés véhiculés par le syndicat agricole majoritaire productiviste – genre retour à la bougie et autres images d'Epinal – sont tout bonnement stupides, et que bientôt les ringards auront changé de camp.
 
LE VOX ven25/20h
 
MATTHIAS & MAXIME
(Matthias et Maxime) Écrit et réalisé par Xavier DOLAN - Québec 2019 1h59mn VOSTF - avec Gabriel d'Almeida Freitas, Xavier Dolan, Anne Dorval, Pierre-Luc Funk...
 
Image en ligne
Xavier Dolan est rentré au pays ! Après son film français Juste la fin du monde et l’américain Ma vie avec John F. Donovan, l’ex-jeune prodige (il vient d’avoir trente ans) revient au Québec et ça lui va très bien. On a eu peur de l’avoir définitivement perdu avec sa superproduction hollywoodienne qui l’avait emmené loin de ses repères habituels. Matthias & Maxime nous rassure tout de suite, dès la première scène menée tambour battant : une soirée entre copains où les bons mots fusent, où le montage, précis et foutraque à la fois, impulse un rythme assez nouveau dans le cinéma de Dolan. C’est aussi la première fois qu’il filme un groupe aussi soudé par l’amitié – au-delà du duo ou du trio amoureux. Une bande de potes formant un nid, un rempart, réconfortant. Mais bande fragilisée par le départ imminent de Maxime en Nouvelle-Zélande pour deux ans. Durant cette soirée où on se traite de « crise de laide » ou de « déchet sale » – insultes bienveillantes malgré les apparences –, où Xavier Dolan se moque de lui-même en imitant le cinéma bavard de son compatriote Denys Arcand, Maxime et Matthias tournent une scène dans un film réalisé par l'insupportable sœur d'un de leurs potes. Une scène où ils doivent s’embrasser…
 
Le scénario change alors soudain de direction. Changement de rythme radical : Xavier Dolan passe du film de copains échevelé à une comédie romantique plus posée. Une romcom où l’homosexualité ne serait pas un sujet en soi : qu’importe que cette histoire d’amour se déroule entre deux hommes, elle a une portée universelle. C’est assez rare et fort pour le souligner. Le baiser échangé, apparemment anodin, entraîne un trouble nouveau chez les deux garçons, surtout chez Matthias, joué de façon très pudique par Gabriel D’Almeida Freitas. Est-ce parce qu’il est marié ? Parce que Maxime est un vieil ami ? Parce c’est un garçon ? Tout ça à la fois…
Maxime semble plus distant. Maxime c’est Xavier Dolan lui-même, qui revient devant la caméra. Comme si, après son film américain avec des stars (Natalie Portman, Kit Harington, Susan Sarandon), il voulait enfoncer le clou d’un retour triomphant au cœur de son cinéma très personnel. Et qu’il est touchant en jeune homme ayant pris la plus grande décision de sa vie ! Partir, laisser sa « mommy » toxique derrière lui… mais aussi tomber amoureux. Maxime a le côté droit du visage dévoré par une tache de naissance. Comme si, dans son groupe d’amis de condition plus aisée, il était marqué par une enfance difficile qui le met un peu en retrait des autres. On devine – lors d’une scène très cruelle – qu’il s’est souvent entendu surnommé « la tache ». Au propre comme au figuré.

Xavier Dolan utilise malicieusement les codes de la comédie romantique, en étirant à l’envi la réunion des deux amis/amants. Mais il essaie surtout de nouvelles formes (des scènes vraiment comiques, d’autres filmées en accéléré, des ellipses foudroyantes), abandonne des tics devenus envahissants (plus de chanson ringarde type Céline Dion – à peine une évocation de Reggiani en arrière fond, comme un clin d’œil…), ose même un happy end. Mais il reste fidèle à son héros : Maxime, ce garçon différent qui a du mal à contenir sa colère devant sa mère (jouée par la fidèle Anne Dorval), qui cherche son identité, est le héros tragique qui traverse tous ses films. On est heureux et très ému de le retrouver.(A. DessuantTélérama)
LE VOX     mer23 sam26 dim27/16h      jeu24  ven25   sam26 lun28 mar29/13h40  mer23 sam26 dim27/21h20  jeu24 ven25/18h30
lun28/21h et mar29/18h20
 

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Victor Théry
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc
accompagné d'un chèque de 10 € pour l'adhésion ordinaire valable du 1/10/2019 au 31/12/2019 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................
demeurant....................................................................................................................................................................................
adresse mail ..........................................................................................................
désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles
Date et signature :