Au(x) cinéma(s) du 23 au 29 septembre

Entretoiles entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous,

Vous avez été très nombreux (trop pour la petite salle utilisée !) à aller écouter la 1ère conférence d'Alexandre sur le cinéma au Centre Culturel Chabran ! C'est dire l'importance que vous accordez au bon cinéma !
Cette semaine, ceux qui ne sont pas allés le voir à Fréjus pourront profiter au CGR de  La Belle saison, un film à la magnifique vitalité... Au Vox à Fréjus, un beau film de Louis Garrel, Les Deux amis, qui allie beaucoup de choses, de sentiments, et parle aussi de nos souvenirs du cinéma français...
Et toujours, Dheephan, Floride, La isla minima et Fou d'amour, tout cela au Vox.
Quant à nous : toujours pas de réponse de la CAD pour nos autres projets !!!
Bonne semaine de cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 23 AU 29 SEPTEMBRE 2015
La Belle saison
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La Belle saison
Réalisé par Catherine CORSINI
France 2015 1h45mn
avec Cécile de France, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Kévin Azaïs, Laetitia Dosch, Bruno Podalydès...
Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss
C'était le printemps et il faisait doux, le soleil dorait les peaux, les jupes raccourcissaient, les corsages s'entr'ouvraient… finis les genoux couverts, les chignons torsadés, les poses contraintes, les yeux baissés ! Il soufflait une petite brise folle qui agitait les cervelles, les cheveux étaient offerts à la caresse du vent, il y avait des rires partout, ça chantait à tue tête, elles osaient tout à coup fumer dans la rue… Quel joli temps que ce temps là ! Les femmes en avaient bavé des interdits et refusaient de continuer à se soumettre à des lois faites par les hommes, gueulaient dans les rues à se casser la voix : « oui papa, oui patron, oui monsieur : y'en a marre ! »… exigeaient le droit de disposer librement de leur corps, prenaient la parole et ne la lâchaient plus, ça partait dans tous les sens dans un joyeux bordel qui en agaçait plus d'un… et parfois plus d'une... lire la suite
CGR (Draguignan) :  jeudi 17h45, vendredi 16h30, samedi 14h, dimanche 20h15, lundi 11h15, mardi 18h
Les Deux amis
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Les Deux amis
Réalisé par Louis GARREL
France 2015 1h40mn
avec Golshifteh Farahani, Vincent Macaigne, Louis Garrel, Mahaut Adam, Pierre Maillet...
Pour son premier long-métrage, Louis Garrel s'est rappelé qu'à l'âge de quinze ans il avait joué une scène des Caprices de Marianne. Marqué par cette pièce de Musset, il en a ici repris l'argument : l'histoire d'un homme qui, plongé dans une situation amoureuse compliquée, demande de l'aide à un ami. Jusqu'à ce que ce dernier se retrouve pris au piège, à la fois de ses propres sentiments et des sentiments de la femme aimée. Doublement aimée.
Co-écrit avec Christophe Honoré, Les Deux amis met aux prises trois personnages, plus ou moins déclassés : Mona (Golshifteh Farahani), vendeuse dans une sandwicherie de la gare du Nord, dont les deux soupirants mettront une bonne partie du film à percer le mystère ; Clément (Vincent Macaigne) – c'est lui qui demande de l'aide –, un personnage fantasque et paumé qui vit de figurations au cinéma ; et enfin Abel (Louis Garrel), l'ami, qui se la joue écrivain en panne d'écriture et beau ténébreux donneur de leçons...
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Le Vox (Fréjus) : mercredi et dimanche : 14h, 16h, 18h etr 20h15 - jeudi, lundi et mardi : 15h, 17h15 et 20h - vendredi : 1h, 17h15 et 20h45 - samedi : 14h, 16h, 18h et 20h45
Fou d'amour
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Fou d'amour
Écrit et réalisé par Philippe RAMOS
France 2015 1h45mn
avec Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel, Lise Lametrie, Jacques Bonnafé, Jean-François Stévenin...
Le 22 Décembre 1959, un homme est emmené à la guillotine et exécuté sur le champ. C'est sa tête tranchée qui va nous raconter le pourquoi et le comment de cette fin tragique. Mais que les âmes sensibles se rassurent, il n'y a absolument rien de gore ici. Juste un procédé qui va permettre que se mette en place une narration à la première personne dans une langue élégante sans être pédante, rappelant par moments celle des meilleurs auteurs de romans libertins du xviiie siècle. Nous priant de convenir avec lui qu'il y a quelque chose de fort désobligeant à se voir brutalement séparé d'une partie de soi-même, ce narrateur peu ordinaire va s'employer à nous convaincre, si ce n'est de son innocence, du moins de sa culpabilité minimale... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi, dimanche 16h10 et 18h10 - jeudi 15h, 17h15 - vendredi 20h45 - samedi 16h10, 18h10 et 20h45 - lundi : 15h20 et mardi 17h15
Dheepan
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Dheepan
Réalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015
Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.
Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés.
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Le Vox (Fréjus) :mercredi 16h, jedui 17h15 et 20h - vendredi 17h30, samedi 17h55, dimanche et lundi 20h
La Isla mínima
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La Isla mínima
Réalisé par Alberto RODRIGUEZ
Espagne 2015 1h44mn VOSTF
avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre, Nerea Barros...
10 Goya 2015 (équivalent espagnol des César) dont Meilleur Film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur Acteur • Prix Spécial Police et Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Beaune 2015
Le générique donne d'emblée le ton : des images aériennes à couper le souffle, aussi belles qu'irréelles, des méandres du delta du fleuve Guadalquivir en Andalousie, lacis d'eau labyrinthique au cœur d'une nature moite et désolée qu'on pourrait tout à fait croire être celle du bayou en Louisiane. La comparaison n'est pas anodine, La isla mínima s'inscrit en effet comme le pendant espagnol des meilleurs polars américains – on pense aussi à des séries, True detective tout particulièrement – , de ceux qui nous plongent dans des contrées reculées, isolées et inquiétantes, où la recherche d'un coupable est bien souvent un prétexte à la description des us et coutumes, souvent peu avenants, des communautés qui y (sur)vivent. Et l'Andalousie rurale respecte à la lettre le cahier des charges : à l'aridité poisseuse de la nature et des conditions de vie répondent les visages durs et fermés des habitants, qui préfèrent se murer dans un silence hostile plutôt que de livrer leurs secrets aux policiers venus fureter dans leur patelin boueux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi et samedi 20h15, vendredi et lundi 17h15, dimanche 18h
Floride
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Floride
Réalisé par Philippe LE GUAY
France 2015 1h50mn
avec Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain, Laurent Lucas, Anamaria Marinca, Clément Métayer, Coline Beal, Edith Le Merdy, Christèle Tual...
La Floride : ses palmiers, ses flamands roses, son fameux jus d’orange et ses retraités venus trouver le soleil pour l’éternité. Quand il ferme les yeux, pas encore pour toujours – plutôt crever ! – c’est à la Floride qu’il pense, Claude. A sa douceur, à sa chaleur, et surtout à sa fille qui est partie vivre là-bas et qu’il rêve de retrouver. Mais en attendant de s’envoler, de prendre ses clics, ses clacs et ses baskets fluos à scratch (comme les enfants, parce que les lacets, c’est plus de son âge), c’est près du lac d’Annecy qu’il tue le temps. Son temps, étrange paradoxe de la vie quand elle arrive à son dernier acte, est à la fois compté et s’écoule très lentement, grain après grain, matin après matin, jus d’orange made in Florida après jus d’orange made in Florida, le seul bien entendu qui trouve grâce à ses goûts de vieux Monsieur. Claude est vivant et s’il oublie parfois la date, les comprimés, il n’oublie pas ça : que le jour se lève encore pour lui.
Il n’a plus d’épouse, il n’a plus de boulot depuis un bout de temps, il n’a pas vraiment d’amis, alors qu’est ce qui lui reste pour se sentir vivant ?.
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Le Vox (Fréjus) : vendredi 15h, dimanche 20h15 et mardi 17h15

Et si vous voulez en savoir un peu plus...


La Belle saison
LA BELLE SAISONRéalisé par Catherine CORSINI
France 2015 1h45mn
avec Cécile de France, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Kévin Azaïs, Laetitia Dosch, Bruno Podalydès...
Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss

C'était le printemps et il faisait doux, le soleil dorait les peaux, les jupes raccourcissaient, les corsages s'entr'ouvraient… finis les genoux couverts, les chignons torsadés, les poses contraintes, les yeux baissés ! Il soufflait une petite brise folle qui agitait les cervelles, les cheveux étaient offerts à la caresse du vent, il y avait des rires partout, ça chantait à tue tête, elles osaient tout à coup fumer dans la rue… Quel joli temps que ce temps là ! Les femmes en avaient bavé des interdits et refusaient de continuer à se soumettre à des lois faites par les hommes, gueulaient dans les rues à se casser la voix : « oui papa, oui patron, oui monsieur : y'en a marre ! »… exigeaient le droit de disposer librement de leur corps, prenaient la parole et ne la lâchaient plus, ça partait dans tous les sens dans un joyeux bordel qui en agaçait plus d'un… et parfois plus d'une.

1971 : Delphine vit à la campagne et file un coup de main dans la ferme familiale pour aider une mère qui bosse sans salaire et ne pipe pas mot, soumise aux décisions d'un mari qui la consulte à peine. Mais c'était comme ça pour les épouses de fermiers, les femmes de commerçants, plein d'autres… et quand les femmes se retrouvaient seule après toute une vie de labeur, il leur restait tout juste le « minimum vieillesse » et une vague pension de « réversion ». Noémie Lvovsky dans la peau de la mère de Delphine est l'incarnation parfaite de ce qu'étaient les femmes en ce temps là… Delphine de son côté ne rechigne pas : elle aime bien ses parents, elle aime ce corps à corps avec la nature, elle respire la force vive, l'amour de la terre et son père est fier de ce « garçon manqué » comme on disait, qui a assez d'énergie pour prendre le relais. En vérité Delphine se voit mal dans une vie tracée d'avance avec le gentil mari que sa mère aimerait bien lui coller, avec la marmaille qui ne manquerait pas de lui pousser trop vite… Les désirs de la jeune femme vont ailleurs, trop libre, trop indépendante, trop atypique : tout attachée qu'elle est à ses racines, elle profite d'une déception sentimentale pour rompre le licou familial et fonce vers Paris pour gagner son indépendance financière, son indépendance tout court.
Les débuts ne sont pas tout roses et son boulot n'est pas folichon. Mais elle est libre, n'a de comptes à rendre à personne… réceptive à ce parfum décapant de printemps parisien, accessible à toutes les découvertes. Puis un jour plus beau encore que les autres, elle se retrouve à prendre la défense d'une fille qu'un mec harcèle dans la rue… et là, sa vie s'emballe, embarquée qu'elle est avec une bande de nanas délurées et rigolardes où Carole fait autorité. Carole : elle est prof, elle est lumineuse, belle à s'en taper la tête contre les murs et le cœur de Delphine n'en peut plus de battre sous l'effet d'une attirance qui lui donne toutes les audaces. Carole a un compagnon, mais très vite l'évidence s'impose : ce qui se passe entre elles est plus fort que tout, et leur engagement réciproque pour une émancipation collective des femmes les rapproche, exalte leur esprit, les jette l'une vers l'autre…
C'est une histoire d'amour superbe qui commence là et le regard que pose Catherine Corsini sur la relation des deux femmes donne à voir toute l'intensité d'une passion charnelle, filmant les corps avec une sensualité et une tendresse qui les embellit, sans voyeurisme et sans vulgarité. Libres elles sont et même leur attirance réciproque ne les fera pas renoncer à leur autonomie fraîchement gagnée…

Catherine Corsini filme juste, filme fort et son film raconte comme aucun autre auparavant ce tsunami joyeux qui venait des femmes et bousculait l'ordre établi… « J'étais celle qui attend, mais je peux marcher devant » chantait Anne Sylvestre et les filles faisaient sauter le verrou qui les privait du droit à la parole, à l'avortement et à la contraception, et à plein d'autres choses : par la force de leur mouvement collectif elles faisaient changer les lois et découvraient le rôle subversif de l'amour. Drôle d'époque dont Corsini rend formidablement la vitalité irrépressible. OXI ! C'était un non, franc et massif qu'elles opposaient à une société dominée par les hommes et encore maintenant on continue à bénéficier des acquis de ces luttes-là. Le film de Corsini, jubilatoire, emballant, est un hommage magnifique rendu à celles qui osèrent déposer une gerbe sur la tombe de la femme du soldat inconnu, parader pour le premier défilé homosexuel, signer le manifeste des 343 salopes… et pour autant que le climat de cette époque soit rendu avec une parfaite justesse, le film dégage une force et un enthousiasme qui le jette comme un pavé joyeux dans un présent un poil désespérant et rappelle que les filles ne manquent toujours pas ici et là de bastilles à prendre… tant s'en faut ! (Utopia)

CGR (Draguignan) :  jeudi 17h45, vendredi 16h30, samedi 14h, dimanche 20h15, lundi 11h15, mardi 18h


Les Deux amis
LES DEUX AMISRéalisé par Louis GARREL
France 2015 1h40mn
avec Golshifteh Farahani, Vincent Macaigne, Louis Garrel, Mahaut Adam, Pierre Maillet...

Pour son premier long-métrage, Louis Garrel s'est rappelé qu'à l'âge de quinze ans il avait joué une scène des Caprices de Marianne. Marqué par cette pièce de Musset, il en a ici repris l'argument : l'histoire d'un homme qui, plongé dans une situation amoureuse compliquée, demande de l'aide à un ami. Jusqu'à ce que ce dernier se retrouve pris au piège, à la fois de ses propres sentiments et des sentiments de la femme aimée. Doublement aimée.
Co-écrit avec Christophe Honoré, Les Deux amis met aux prises trois personnages, plus ou moins déclassés : Mona (Golshifteh Farahani), vendeuse dans une sandwicherie de la gare du Nord, dont les deux soupirants mettront une bonne partie du film à percer le mystère ; Clément (Vincent Macaigne) – c'est lui qui demande de l'aide –, un personnage fantasque et paumé qui vit de figurations au cinéma ; et enfin Abel (Louis Garrel), l'ami, qui se la joue écrivain en panne d'écriture et beau ténébreux donneur de leçons.
Comme chez Musset, le spectateur se trouve placé dans la situation de celui qui sait. Dès le début, il découvre le secret dont ne veut à aucun prix parler Mona : elle doit, chaque soir, retourner en prison pour y passer la nuit. Sa vie est minutée. Sous aucun prétexte, elle ne doit rater le train du retour, en fin d'après-midi…

Les références à Musset et à La Fontaine (Les Deux amis est le titre d'une de ses fables) ne transforment nullement Les Deux amis en objet culturel guindé ou en film littéraire. C’est vers une forme joyeusement lyrique, contemporaine et parfois franchement foutraque que s’oriente Garrel dès les premières scènes, en alliant vitesse, humour et tendresse. « La beauté, ça complique tout » entend-on dans le film. C’est aussi quand les choses deviennent compliquées qu’elles sont belles semblent penser Garrel qui multiplie péripéties et rebondissements sentimentaux en seulement trois jours et trois nuits autour de trois personnages qui n’ont que leurs sentiments pour être heureux (un peu) et (beaucoup) souffrir.
Il y a surtout dans Les Deux amis une justesse de chaque instant que l’on retrouve aussi bien dans les situations que dans le jeu, admirable, des trois comédiens principaux. Golshifteh Farahani, sublime, n’a jamais été aussi bien filmée et dirigée. Pour une fois on ne contemple pas que sa photogénie, mais sa (belle) personne et la subtilité de son interprétation.

En 90 minutes Louis Garrel nous offre aussi, l’air de rien, une balade poétique et buissonnière à travers nos souvenirs du cinéma français. Contre toute attente il ne convoque pas exclusivement la Nouvelle Vague et ses héritiers mais plutôt Claude Sautet – pour le triangle amoureux et les ambiances parisiennes – et certaines comédies populaires reposant sur des duos masculins antagonistes, à la fois inséparables et mal assortis. Comme si César et Rosalie marchaient à l’ombre…

(d'après Frank Nouchi, Le Monde, et Olivier Père, arte.tv)


Le Vox (Fréjus) : mercredi et dimanche : 14h, 16h, 18h etr 20h15 - jeudi, lundi et mardi : 15h, 17h15 et 20h - vendredi : 1h, 17h15 et 20h45 - samedi : 14h, 16h, 18h et 20h45


Fou d'amour
FOU D’AMOURÉcrit et réalisé par Philippe RAMOS
France 2015 1h45mn
avec Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel, Lise Lametrie, Jacques Bonnafé, Jean-François Stévenin...

Philippe Ramos est un réalisateur rare et précieux. Rare, ce ne sera contesté par personne, quatre films en treize ans. Précieux, ce ne sera pas contesté par celles et ceux qui ont vu tout ou partie de ses films. Ainsi Capitaine Achab est encore dans toutes les mémoires utopiennes. Quatre films très différents par leurs sujets respectifs, proches par la qualité de leur réalisation, par la beauté de leurs plans, grâce au talent d'un artiste et artisan à la fois scénariste, réalisateur, cadreur, accessoiriste, décorateur, monteur et que sais-je encore.
Le 22 Décembre 1959, un homme est emmené à la guillotine et exécuté sur le champ. C'est sa tête tranchée qui va nous raconter le pourquoi et le comment de cette fin tragique. Mais que les âmes sensibles se rassurent, il n'y a absolument rien de gore ici. Juste un procédé qui va permettre que se mette en place une narration à la première personne dans une langue élégante sans être pédante, rappelant par moments celle des meilleurs auteurs de romans libertins du xviiie siècle. Nous priant de convenir avec lui qu'il y a quelque chose de fort désobligeant à se voir brutalement séparé d'une partie de soi-même, ce narrateur peu ordinaire va s'employer à nous convaincre, si ce n'est de son innocence, du moins de sa culpabilité minimale.

Puni par l'évêché en raison, nous le devinons vite, de sérieuses négligences dans l'observance de son vœu de chasteté, le héros de cette histoire, un curé trentenaire, arrive dans sa nouvelle paroisse qui, loin d'être le désert souhaité par sa hiérarchie, se révèle très vite à ses yeux une « divine et charnelle cité terrestre ». En effet, au milieu de paysages bucoliques de toute beauté, ce séducteur comprend immédiatement, grâce à la position stratégique que lui confère son rôle de confesseur, que le quotidien de ses paroissiennes est triste à mourir et qu'il n'aura aucun mal à cueillir les fruits délicieux que le Seigneur, dans son infinie bonté, a déposés sur son chemin. La visite du grand vicaire et du curé voisin – scène truculente avec Jacques Bonaffé et Jean-François Stévenin – ne ralentira en rien la marche victorieuse de ce conquérant des cœurs et des corps. Cela commencera par Armance, la châtelaine - Dominique Blanc parfaite - puis viendront Solange, la cousine de la première, Désirée, la laitière aux appâts qui ne sont pas sans lien avec sa profession et enfin Odette, pauvre parmi les pauvres, dont le corps révélera des trésors inestimables.
Mais ces « très riches heures », comme il les qualifie lui-même, n'hésitant pas ainsi à comparer sa vie de grand pécheur à cet ouvrage médiéval, Les Très Riches Heures du duc de Berry, contenant la base de la pratique de la religion chrétienne, pouvaient-elles se prolonger indéfiniment ? L'arrivée de Rose, « petit oiseau aveugle », viendra en tout cas rappeler à cet égaré que le paradis n'est pas de ce monde.

Des images somptueuses – que ce soient des paysages ou des intérieurs – qui nous autorisent à parler de véritables tableaux. Des acteurs parfaitement justes avec, en plus des trois déjà cités, Melvil Poupaud entièrement convaincant dans ce personnage de curé hédoniste et égoïste et Diane Rouxel lumineuse en aveugle à la beauté simple qui aimante tous les regards. Un texte enfin dont les qualités littéraires justifient la conduite du récit par une voix off. Si l'on ajoute un humour constamment présent, voici de nombreuses raisons de ne pas manquer ce film, dont le seul véritable défaut est le titre.

Le Vox (Fréjus) : mercredi, dimanche 16h10 et 18h10 - jeudi 15h, 17h15 - vendredi 20h45 - samedi 16h10, 18h10 et 20h45 - lundi : 15h20 et mardi 17h15


Dheepan

DHEEPANRéalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015


Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.

Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Images amèrement banales d'une zone surpeuplée, de tentes miséreuses, d'un provisoire qui semble durer éternellement. On présume que beaucoup sont prêts à tout pour se tirer de là, on le serait soi-même. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés : voilà un équipage de fortune constitué par pur intérêt, une triple alliance frustrante où chacun s'efforce de jouer le jeu, faisant taire ses états d'âmes, ses peurs, ses colères. Celles de Dheepan sont féroces, façonnées par des années d'engagement en tant que tigre de la libération. L'ancien militaire n'a que mépris envers sa nouvelle compagne tamoule, restée en retrait au lieu de s'engager dans la lutte armée et qui rêve benoîtement d'Angleterre, comme si ce pays était la panacée. Quant à la gamine, rebaptisée Ilayaal, elle semble être la seule à oser réclamer un peu d'une tendresse devenue subsidiaire pour ses faux parents écorchés par la vie.

Inutile de vous décrire l'embarquement sur un boat people dégoulinant de passagers agglutinés : Audiard procède par touches, par flashs laissant son auditoire compléter la chanson. Ainsi en est-il de l'arrivée à Paris. Premiers boulots clandestins en tant que vendeurs à la sauvette. Images avilissantes de ces anciens guerriers coiffés de ridicules antennes clignotantes qu'ils cherchent à fourguer à des passants indifférents. Les gendarmes… Les foyers…
Mais parfois le destin leur sourit, leur procurant des soutiens inattendus, celui d'un interprète qui, loin de faire du mot à mot, les conseille, leur réinvente un parcours susceptible d'émouvoir le fonctionnaire qui instruit leur dossier, d'infléchir le bras d'une administration encline aux reconduites à la frontière. C'est la régularisation. Voilà Dheepan et sa famille embauchés comme gardiens dans une cité HLM… Il essaie de se refaire une virginité, affichant une attitude servile sous le regard des petits caïds du quartier… Mais ça ne va pas durer !

L'essentiel du film réside dans la complexité des personnages, dans leur rapport à autrui, leur évolution comme autant de petites révolutions intérieures. Chaque acteur joue tout en retenue, c'est criant de vérité. On peine à imaginer que pour la plupart c'est une première apparition à l'écran. Il y a d'ailleurs une résonance autobiographique pour Jesuthasan Antonythasan qui interprète Dheepan et dont le parcours d'enfant soldat a servi de matière à ses romans.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 16h, jedui 17h15 et 20h - vendredi 17h30, samedi 17h55, dimanche et lundi 20h


La Isla mínima
LA ISLA MÍNIMARéalisé par Alberto Rodriguez
Espagne 2015 1h44mn VOSTF
avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre, Nerea Barros...
10 Goya 2015 (équivalent espagnol des César) dont Meilleur Film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur Acteur • Prix Spécial Police et Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Beaune 2015

Le générique donne d'emblée le ton : des images aériennes à couper le souffle, aussi belles qu'irréelles, des méandres du delta du fleuve Guadalquivir en Andalousie, lacis d'eau labyrinthique au cœur d'une nature moite et désolée qu'on pourrait tout à fait croire être celle du bayou en Louisiane. La comparaison n'est pas anodine, La isla mínima s'inscrit en effet comme le pendant espagnol des meilleurs polars américains – on pense aussi à des séries, True detective tout particulièrement – , de ceux qui nous plongent dans des contrées reculées, isolées et inquiétantes, où la recherche d'un coupable est bien souvent un prétexte à la description des us et coutumes, souvent peu avenants, des communautés qui y (sur)vivent. Et l'Andalousie rurale respecte à la lettre le cahier des charges : à l'aridité poisseuse de la nature et des conditions de vie répondent les visages durs et fermés des habitants, qui préfèrent se murer dans un silence hostile plutôt que de livrer leurs secrets aux policiers venus fureter dans leur patelin boueux. C'est donc une enquête difficile qui s'annonce pour les deux détectives débarqués de Madrid pendant les fêtes locales, au cours desquelles deux adolescentes viennent de disparaître. Pedro, jeune flic idéaliste sur le point de devenir père, et Juan, vieux routard porté sur la boisson et adepte des méthodes à l'ancienne, s'enfoncent peu à peu dans les marécages andalous, déterrant un à un cadavres et secrets, jusqu'à remettre en question leurs propres croyances et à rendre de plus en plus perméable la frontière entre le légal et l'illicite…

Si La isla mínima n'a absolument pas à rougir de son influence américaine, à qui le film emprunte autant les codes du thriller que l'élégance de sa mise en scène, il ne peut y être réduit. Alberto Rodriguez a en effet choisi d'en situer l'action à une époque bien particulière de l'histoire espagnole, celle de la transition démocratique des années quatre-vingt. Et dans cette communauté rurale andalouse, autant que dans le comportement des deux flics madrilènes, se débattent les fantômes du passé franquiste encore vivace face aux désirs d'émancipation que fait souffler la démocratie nouvelle. Ainsi, les deux adolescentes disparues, que la communauté jugeait frivoles, avaient peut-être tout simplement envie d'ailleurs et de liberté. Ainsi, leur père mutique semble accepter leur disparition comme une punition du comportement de ses filles, alors que leur mère, à l'insu de son mari, fournit aux policiers des éléments d'explication. Ainsi, les deux policiers ont eux aussi un passé et des secrets qui vont malgré eux refaire surface…

Réussissant à creuser ces différents sillons sans jamais s'embourber, Alberto Rodriquez suit le courant principal de l'enquête menée par les deux inspecteurs, les indices qu'ils découvrent, les (fausses) pistes qu'ils suivent, les interrogatoires qu'ils mènent… Mais il bifurque en permanence, fouinant dans les hautes herbes et les bâtisses délabrées, sondant le marais et ses habitants, puis prenant à nouveau de la hauteur pour nous dévoiler la mystérieuse beauté de ces paysages immenses avant de nous replonger dans leur moiteur asphyxiante. À travers un thriller diablement efficace, il donne à cette île des airs de cauchemar éveillé à l'atmosphère malsaine, peuplé de personnages fantomatiques hantés par les spectres du passé. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi et samedi 20h15, vendredi et lundi 17h15, dimanche 18h


Floride
FLORIDEPhilippe LE GUAY
France 2015 1h50mn
avec Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain, Laurent Lucas, Anamaria Marinca, Clément Métayer, Coline Beal, Edith Le Merdy, Christèle Tual...

La Floride : ses palmiers, ses flamands roses, son fameux jus d’orange et ses retraités venus trouver le soleil pour l’éternité. Quand il ferme les yeux, pas encore pour toujours – plutôt crever ! – c’est à la Floride qu’il pense, Claude. A sa douceur, à sa chaleur, et surtout à sa fille qui est partie vivre là-bas et qu’il rêve de retrouver. Mais en attendant de s’envoler, de prendre ses clics, ses clacs et ses baskets fluos à scratch (comme les enfants, parce que les lacets, c’est plus de son âge), c’est près du lac d’Annecy qu’il tue le temps. Son temps, étrange paradoxe de la vie quand elle arrive à son dernier acte, est à la fois compté et s’écoule très lentement, grain après grain, matin après matin, jus d’orange made in Florida après jus d’orange made in Florida, le seul bien entendu qui trouve grâce à ses goûts de vieux Monsieur. Claude est vivant et s’il oublie parfois la date, les comprimés, il n’oublie pas ça : que le jour se lève encore pour lui.
Il n’a plus d’épouse, il n’a plus de boulot depuis un bout de temps, il n’a pas vraiment d’amis, le dernier en date vient de passer l'arme à gauche – cela dit il s’était fâché avec lui depuis quelques décennies… alors qu’est ce qui lui reste pour se sentir vivant ?

Une employée à domicile dévouée qu’il fait tourner en bourrique et dont il reluque sans fausse pudeur et avec une évidente nostalgie les contours et volumes, une sublime collection de lampes à huile qu’il bichonne amoureusement, une vue imprenable sur les montagnes qui le gonfle prodigieusement et puis une seconde fille aimante et débordée.
Carole, l'aînée, n’a pas choisi la Floride, elle, restant auprès de son papa parce qu’il le valait bien. Elle gère la papeterie dont son père était jadis le patron, et jongle entre un emploi du temps de ministre, une vie privée quasi inexistante et le casse-tête du recrutement des aides à domiciles que son père use et décourage, il faut bien le dire, assez rapidement.
Claude a toute sa tête, enfin presque… À quoi bon finalement garder en mémoire toutes ces petites choses insignifiantes qui vous polluent une vie et ne servent au final qu’à entretenir de vaines relations avec les autres qui, la plupart du temps, vous pompent l’air ? Pourquoi garder au fond de son cœur ce qui vous l’a brisé ?
La fin des emmerdes, c’est bien de ne garder que le meilleur, le sourire espiègle de sa mère quand elle se maquillait, les rires de ses filles, l’odeur du sous-bois et le craquement des brindilles sous ses souliers de môme. Et tant pis si les peurs de l’enfance s’invitent sans avoir été invitées… Une fille, un père. Le temps qui passe et qui inverse les rôles… on a beau le savoir depuis le début de l’histoire et connaître la fin, personne n’est vraiment préparé à cela.

Tirée d’une pièce de théâtre à succès, Floride est porté par un Jean Rochefort magnifique et bouleversant, dont le regard pétillant et joueur n’a rien perdu de son charme, en dépit des années – et n'oublions surtout pas Sandrine Kiberlain, elle est parfaite ! Réservant son lot de scènes burlesques et de face-à-face souvent très drôles, le film n’est bien évidemment pas qu’une comédie légère : la vieillesse, le temps qui passe ne font pas de cadeau… Mais s’il fallait un épilogue à cette chronique qui sait être aussi cocasse que douloureuse, ce pourrait bien être aussi celui que l’on peut donner à toute vie riche de joies et de tristesses : carpe diem. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : vendredi 15h, dimanche 20h15 et mardi 17h15

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Edith Cantu
358 chemin du peyrard
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