Au(x) cinéma(s) du 24 au 30 janvier 2018

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Tout d'abord Entretoiles a beaucoup d'événements à vous annoncer et vous proposer :
1) ce dimanche 28 janvier à 20h30 En attendant les Hirondelles De Karim Moussaoui, qui nous trace 3 parcours dans l'Algérie d'aujourd'hui, un film d'une fluidité étonnante. Ensuite nous attendons la confirmation de CGR mais
2) le dimanche suivant, 4 février, Lucky  de John Caroll Lynch, une chronique bouleversante, tendre et drôle sur la fin d'une vie, et
3) le dimanche 11 février ce serait une soirée sur le thème "Enfance innocente ?" avec I Am Not a Witch de Rungano Nyoni, un film très fort sur les prétendues sorcières de Zambie et Menina de Christina Pinheiro, un film qui parle de sujets graves avec légèreté. Ensuite, Entretoiles vous a préparé
4) un mini festival sur le thème Amérique du sud, dont nous vous reparlerons davantage, mais qui s'étalera sur 3 soirées les 23, 24 et 25 mars, avec 4 films. CGR proposera un pass pour les 4 films à 19€ pour les adhérents et 30€ pour les non adhérents. Cochez déjà les dates sur vos agendas !

Au CGR cette semaine, La Villa de Robert Guediguian, en ciné-club, des comptes de famille réparateurs et hors ciné-club en VF, hélas, Pentagon Papers, un film puissant sur l'indépendance de la presse de Steven Spielberg.

Au Vox à Fréjus, vous pouvez voir Les heures sombres de Joe Wright (aussi au Luc et à Cotignac), un film passionnant et exaltant, Fortunata de Sergio Castellitto, un film débordant d'énergie, Certaines Femmes de Kelly Reichardt, où le quotidien devient bouleversant, Un homme intègre de Mohamed Rasoulof (aussi à Cotignac), un formidable thriller tendu : on est tenu en haleine jusqu'au dénouement, et Barbara de Mathieu Amalric, un moment de poésie pure.

A Lorgues L'Échappée belle de Paolo Virzi, un joli film doux amer, L'Échange des princesses de Marc Dugain, un beau film historique et très bien joué, Le Rire de madame Lin de Zhang Tao, sur le problème universel de la grande vieillesse et El Presidente de Santiago Mitre (que nous vous proposons au mini festival Amérique du Sud), une exploration réjouissante de la sphère du pouvoir.

À Salernes, ce sera Prendre le large de Gaël Morel, un film touchant et sincère.

Les prochains films ciné club au CGR seront : Marvin ou la belle éducation, Les Gardiennes et La Promesse de l'aube : que du bonheur !

Bonne semaine de cinéma ! Profitez bien de tous ces films.

Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 24 AU 30 JANVIER 2018

 

Affiche
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En attendant les Hirondelles
Réalisé par Karim MOUSSAOUI
Algérie 2017 1h53mn VOSTF
avec Mohamed Djouhri, Sonia Mekkiou, Mehdi Ramdani, Nadia Kaci, Hania Amar...
Scénario de Karim Moussaoui et Maud Ameline
Trois histoires liées par un fil ténu, trois parcours différents qui se tracent dans l’Algérie contemporaine comme pour en définir les contours. Un road movie qui serpente entre paysages ruraux, zone urbaine et même bidonvilles, embrassant ainsi une réalité diverse et complexe. Un territoire en fusion sous une croute sédentaire où la vie bouillonnante qui bourgeonne ne demande qu’à exploser. Ce qui relie les protagonistes entre eux est intangible et ils ne seront pas amenés à se rencontrer. Tous trois sont à une croisée de chemins, aux prises avec des systèmes de valeurs parfois incompatibles. Chacun attend son printemps ou doit le provoquer. Car tous trois tiennent entre leurs mains leur destin et ont toute latitude pour le faire basculer dans un sens ou dans un autre. On est loin d’être dans un pays inerte ou soumis, qui serait accablé sous le poids des traditions ou de son histoire coloniale... lire la suite
CGR : Soirée Entretoiles dimanche 28 janvier à 20h30
Affiche
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La Villa
Réalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2017 1h47mn
avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Gérard Meylan, Robinson Stévenin...
Scénario de Robert Guédiguian et Serge Valetti
Nous voilà plongés une nouvelle fois au cœur de l’Estaque, à prendre son pouls, à respirer son souffle. Si les ingrédients sont les mêmes, ne croyez pas pour autant que Robert Guédiguian va nous servir du déjà vu, du surgelé, du réchauffé. C’est comme en cuisine : regardez la multitude de plats qu’on peut faire avec simplement du beurre et de la farine. Entre la pâte feuilletée, la brioche, les choux, les crêpes… il y a un monde. Entre À la vie à la mort, Marius et Jeannette… et aujourd’hui La Villa… également. Mis bout à bout ils forment comme une chronique sur les idéaux d’une génération, leur confrontation avec un monde en mutation... lire la suite
CGR ciné club : mercredi 24 22h30, jeudi 25 19h45, vendredi 26 17h50, samedi 27 et mardi 30 14h, lundi 29 11h
Affiche
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Pentagon Papers
Réalisé par Steven SPIELBERG
USA 2017 1h55mn en VF uniquement
avec Meryl Streep, Tom Hanks, Alison Brie, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Carrie Coon, Jesse Plemons, Matthew Rhys...
Scénario de Liz Hannah et Josh Singer
Dans la veine de son excellent Le Pont des espions, Steven Spielberg se consacre ici à ce qui est presque devenu un genre à part entière dans le grand cinéma américain classique : le film sur la presse, sur la grandeur et la nécessité du travail des journalistes qui, pour peu qu'ils soient indépendants et conscients de l'importance de cette indépendance, sont régulièrement amenés à jouer un rôle essentiel dans la bonne marche de la démocratie. Le titre original de Pentagon papers est d'ailleurs le nom d'un journal : The Post, diminutif pour The Washington Post, celui-là même qui révéla, quelques années après les faits relatés dans Pentagon papers, le scandale du Watergate. Ce qui amène évidemment à faire référence à un des films emblématiques du genre qui nous occupe : Les Hommes du président d'Alan Pakula, avec le duo mythique Woodward - Redford et Bernstein - Hoffman. Mais on pense aussi au plus récent et formidable Spotlight, dont le titre reprenait l'intitulé de l'équipe d'investigation du Boston Globe, au centre de l'intrigue... lire la suite
CGR : tous les jours à 10h45, 13h30, 15h40 et 20h en VF seulement
Affiche
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Les heures sombres
Réalisé par Joe WRIGHT
GB 2017 2h05mn
avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Stephen Dillane, Lily James, Ben Mendelsohn, Ronald Pickup, Samuel West...
Scénario d'Anthony McCarten
On se souvient, bien sûr, de l'intervention quasi prophétique de Churchill qui, à l'époque, lança en plein parlement britannique sa fameuse apostrophe : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! » Et la guerre, ce fut pour sa pomme, à lui tout seul, Winston, alors que tous en Europe se carapataient face à Hitler à coup d'armistices foireux. Alors, me direz vous chères spectatrices, que furent ces vingt jours en Mai qui décidèrent de l'avenir de la démocratie en Europe ? Une chose, par delà les années, reste frappante. Lâché par tous ses alliés du continent, lâché par les élites anglaises fortunées qui l'entouraient, notre ami Winston ne put s'appuyer à l'époque que sur un sondage d'opinion (déjà) du New Chronicle News montrant que les seuls partisans d'une lutte à mort contre le nazisme et Hitler étaient les membres de groupes de revenus inférieurs et les jeunes de 21 à 30 ans… mais aussi sa femme, pétillante autant qu'aimante conseillère qui partageait son sens de l'humour... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 VF 15h30 VO 18h10, jeudi 25 VF 13h40, vendredi 26 VF15h50 VO 20h45, samedi 27 VF 15h40, dimanche 28 VF 13h40, VO 18h15, mardi 30 VF 15h45
Cotignac : vendredi 26 VF 18h VO 20h30
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Fortunata
Réalisé par Sergio CASTELLITO
Italie 2017 1h43mn VOSTF
avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi, Hanna Schygulla...
Scénario de Margaret Mazzantini
Télérama titrait au moment du Festival de Cannes : « Fortunata, portrait solaire d’une Antigone moderne »… On approuve : Jasmine Trinca dans le rôle titre crève l’écran, littéralement lumineuse, un tourbillon de vie et de sensualité. Elle porte le film, à la manière de son personnage, Fortunata, qui porte son entourage sur ses jolies épaules tout en vacillant parfois sur ses talons hauts qui ripent sur les pavés de Rome, ceux du quartier de Torpignattara dans lequel Pasolini tourna jadis Mamma Roma… La première scène, dont on vous laisse la surprise, donne allègrement le ton, par un décalage spatiotemporel délicieux, une chorégraphie que Beethoven aurait peiné à imaginer à son époque. Ne sortez pas de la salle, cela se passe bien en Italie ! Puis on découvre Fortunata, pressée, toujours pressée, parce qu’elle se démène, qu’elle doit survivre... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 13h40, 18h15; 20h45, jeudi 25 16h05, 18h15, 20h30, vendredi 26 13h40, 18h15, 20h45, samedi 27 13h40, 20h45, dimanche 28 16h05, 20h45, lundi 29 13h40, 15h50, mardi 30 13h40, 20h30
Affiche
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Un homme intègre
Écrit et réalisé par Mohamed RASOULOF
Iran 2017 1h57mn VOSTF
avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi, Missagh Zareh...
Festival de Cannes 2017 : Grand Prix Un certain regard
Les mollahs à la triste figure voudraient sans doute nous faire oublier à quel point l’Iran est un grand pays de libre-penseurs, d’artistes aussi audacieux que talentueux. Et c'est particulièrement vrai pour ses cinéastes, qu'on admire d'autant plus qu'ils savent ce qu'ils risquent en bravant la censure. Si vous avez pu ignorer un ou deux films récemment, il faut d'urgence voir ce magistral Un homme intègre et signer la pétition en ligne sur change.org afin de soutenir son réalisateur Mohamed Rasoulof qui risque six ans de prison dans son pays et vient de se voir confisquer son passeport. Il vous sautera aux yeux que ce thriller tendu, de haute tenue, est une œuvre éminemment politique, qui offre une une analyse terriblement lucide et décapante des dessous d’une société où il n’existe guère d’autre alternative que d’être oppresseur ou opprimé, corrupteur ou corrompu... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 27 18h15, dimanche 28 15h25, lundi 29 20h20, mardi 30 18h10
Cotignac :jeudi 25 20h30
Affiche
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Certaines Femmes
Écrit et réalisé par Kelly REICHARDT
USA 2016 1h47mn VOSTF
avec Laura Dern, Michelle Williams, Kristen Stewart, Lily Gladstone, Jared Harris, James LeGros...
D'après trois nouvelles de Maile Meloy
Laura est avocate. Tous les jours, elle reçoit la visite d'un type paumé, Fuller, dont la vie part en vrille à la suite d'un accident du travail pour lequel il voudrait faire reconnaître la responsabilité de son employeur. Laura est la maîtresse de Ryan, un homme marié. Gina, la femme de Ryan, souhaite construire sa maison avec les pierres présentes sur le terrain d’un vieil homme. En compagnie de son mari, elle rend visite à ce dernier et tente de le convaincre. Ryan n'est d'aucune aide. Cette négociation est une nouvelle fois révélatrice du fossé qui s'est creusé dans leur couple. Jamie, une jeune femme solitaire, travaille dans un ranch. Lors d'un cours du soir, elle tombe sous le charme de Beth, une jeune avocate harassée par les kilomètres qu'elle doit parcourir pour faire classe... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 20h45, jeudi 25 18h, vendredi 26 13h40, samedi 27 16h
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Le Rire de madame Lin
Écrit et réalisé par Zhang TAO
Chine 2016 1h22mn VOSTF
avec Yu Fengyuan, Li Fengyun, Chen Shilan, Pan Yun...
« En 1953, le cinéaste japonais Yasujiro Ozu réalisait Le Voyage à Tokyo et montrait l’extrême dignité d’un père. En 2016, un jeune réalisateur chinois semble répondre au maître en nous montrant la grandeur d’une mère chinoise dont la force mérite le plus grand respect. » Wong Kar-Wai Dans un village de la province de Shandong, à l’est de la Chine, une vieille paysanne fait une chute. Immédiatement ses enfants en profitent pour la déclarer inapte et entreprennent, sans lui demander son avis, de la faire admettre dans un hospice. Mais il faut attendre qu’une place se libère et d’ici là, la grand-mère devra séjourner chez un de ses enfants. En fait elle passe de la maison de l’un à la maison de l’autre puisqu’aucun ne veut la prendre en charge. Elle voyage ainsi de famille en famille, tandis que sa santé décline, tandis que ses rapports avec ses proches se dégradent… lire la suite
Lorgues : samedi 27 16h15, dimanche 28 20h15, lundi 29 21h20
Affiche
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L'Échappée belle
Réalisé par Paolo VIRZI
USA/Italie 2017 1h52mn VOSTF
avec Helen Mirren, Donald Sutherland, Christian McKay, Janel Moloney, Dana Ivey, Dick Gregory...
Scénario de Francesca Archibugi, Francesco Piccolo, Stephen Amidon, Paolo Virzi, d'après le roman de Michael Zadoorian Le Cherche-bonheur
The Leisure seeker, titre que l’on pourrait traduire par « le cherche-bonheur », c’est le nom du camping-car d’Ella et John Spencer, qu’ils ont acheté, on l’imagine, au tout début de leur histoire commune, quand la famille s’écrivait : jeune couple avec deux enfants. Ce camping-car, c’était bien plus qu’un simple moyen de locomotion pour transporter la petite tribu le temps des vacances. C’était la promesse du bon temps, des petits moments de bonheur partagés, ces choses futiles qui riment à trois fois rien quand on les vit dans l’instant et qui reviennent en force, trésors chargés d'émotion, une fois que le temps a fait son boulot. Ce camping-car, John, en bon universitaire curieux, aimait qu’il les emmène vers les paysages tout neufs et les rencontres impromptues tandis que Jane, plus casanière, l’adorait surtout quand il la ramenait vers les endroits familiers où elle prenait plaisir à renouer avec ses habitudes... lire la suite
Lorgues : mercredi 24 19h, samedi 27 20h10, dimanche 28 18h, lundi 29 17h
Affiche
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L'Échange des princesses
Réalisé par Marc DUGAIN
France 2017 1h40mn
avec Lambert Wilson, Anamaria Vartolomei, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Juliane Lepoureau, Igor Van Dessel, Kacey Mottet Klein, Andréa Ferreol, Maya Sansa...
Scénario de Marc Dugain et Chantal Thomas, d'après son roman
Étrangement, il y a quelque chose de très actuel dans ce film qui nous parle d’un temps pourtant lointain. Nous sommes en 1721, à la cour de Louis XV, qui n’a pas encore atteint l’âge de régner. Les enfants d’alors, s’ils ne connaissent pas le privilège d’être ballotés entre deux divorcés, sont déjà les enjeux de stratégies décidées par leurs aînés. Bien loin des contes de fées où l’amour tombe à pic sous l’apparence d’un sémillant prince, invariablement charmant, les héritières de l’époque sont monnayables à merci. Née princesse, pas encore femme, on peut-être mariée à tout instant pour perpétuer une dynastie et renforcer la puissance d’un royaume. Et les rejetons mâles sont à peine mieux lotis... lire la suite
Lorgues : mercredi 24 17h et dimanche 28 16h
Affiche
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El Presidente
Réalisé par Santiago MITRE
Argentine 2017 1h54mn VOSTF
avec Ricardo Darín, Dolores Fonzi, Erica Rivas, Christian Slater, Elena Anaya, Alfredo Castro...
Dans le magnifique palais de la Casa Rosada à Buenos Aires, on pénètre à pas de velours, par la porte de service, en se faufilant derrière les employés de maison. Un univers feutré où chacun s’affaire dans les coulisses du pouvoir, rouage d'un mouvement perpétuel infernal à filer le tournis. L’on chuchote, l’on murmure… Si quelques-voix s’élèvent, c’est pour mieux entourer le nouveau Président de la République pris dans le tourbillon de cette ruche humaine – à moins que ce ne soit un véritable guêpier ? S’il n’est élu que depuis six mois, celui qui s’est forgé la réputation d’un homme du peuple « normal » pour mieux séduire n’en est pas moins un animal politique aguerri, à l’œil perçant et à l’intelligence acérée. Hernan Blanco (Ricardo Darin, impressionnant), sans avoir à élever la voix, en impose immédiatement. Ses silences retenus, ses sourires énigmatiques, son regard impénétrable font de lui un adversaire au charisme et au sang froid redoutables. Tout cela, les chefs d’états qu’il s’apprête à rencontrer ne le devinent pas encore... lire la suite
Lorgues : mercredi 24 21h10, samedi 27 18h, lundi 29 19h10
Affiche
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Prendre le Large
Réalisé par Gaël MOREL
France/Maroc 2017 1h43mn
avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri, Ilian Bergala, Lubna Azabal...
Scénario de Gaël Morel, Rachid O. et Yasmine Louati
« Je ne suis pas certaine que vous ayez intérêt à à partir là-bas… » C'est une responsable des ressources humaines pour le moins perplexe et dissuasive qui accueille le choix d'Edith d'accepter un reclassement au Maroc au lieu de toucher ses avantageuses indemnités de licenciement. « Je préfère travailler à Tanger qu'être au chômage ici ! » insiste pourtant l'ouvrière de 45 ans dont l'atelier de textile va bientôt fermer ses portes, le groupe pour lequel elle travaille depuis bien longtemps poursuivant sa logique de délocalisation. Tel est le point de départ de Prendre le large et il rappellera à nos spectateurs assidus celui de Crash test Aglaé, allègre comédie sur fond de mondialisation sortie cet été : et il est étonnant de voir comment une situation similaire peut donner naissance à deux films à ce point différents ! Gaël Morel nous donne ici une chronique délicate sur les différences culturelles et l'humanité commune, en même temps qu'un émouvant portrait de femme auquel Sandrine Bonnaire apporte son talent et son intensité... lire la suite
Salernes : lundi 29 18h et mardi 30 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

 En attendant les Hirondelles

 

 

Réalisé par Karim MOUSSAOUI
Algérie 2017 1h53mn VOSTF
avec Mohamed Djouhri, Sonia Mekkiou, Mehdi Ramdani, Nadia Kaci, Hania Amar...
Scénario de Karim Moussaoui et Maud Ameline

Trois histoires liées par un fil ténu, trois parcours différents qui se tracent dans l’Algérie contemporaine comme pour en définir les contours. Un road movie qui serpente entre paysages ruraux, zone urbaine et même bidonvilles, embrassant ainsi une réalité diverse et complexe. Un territoire en fusion sous une croute sédentaire où la vie bouillonnante qui bourgeonne ne demande qu’à exploser. Ce qui relie les protagonistes entre eux est intangible et ils ne seront pas amenés à se rencontrer. Tous trois sont à une croisée de chemins, aux prises avec des systèmes de valeurs parfois incompatibles. Chacun attend son printemps ou doit le provoquer. Car tous trois tiennent entre leurs mains leur destin et ont toute latitude pour le faire basculer dans un sens ou dans un autre. On est loin d’être dans un pays inerte ou soumis, qui serait accablé sous le poids des traditions ou de son histoire coloniale. Il est tout au contraire vibrant, libre, même s’il hésite encore entre la sécurité de la raison et le piquant de la folie. Il est le terreau d’un peuple en pleine mutation intérieure, à l’instar des trois personnages principaux qui espèrent secrètement un renouveau et devront le construire en bazardant les vestiges de leur passé.

Le premier volet s’ouvre sur le visage buriné de Mourad, sexagénaire bien campé dans la vie… Son Algérie à lui, c’est celle de la capitale, des affaires avec lesquelles il a su s’enrichir. Existence cossue conventionnelle, un trip marital qui ne semble plus trop le faire vibrer, mais avec lequel il compose, ainsi qu’avec son passif de divorcé. Il est moins aisé de se libérer de sa progéniture que de son ex-épouse. Et il se trouve que cette dernière le tanne pour qu’il sermonne leur fils qui veut renoncer à ses études de médecine… Personne ne parvient à infléchir la position du grand dadais déraisonnable. Le recours à la figure paternelle, qui en impose, semble l’ultime recours. C’est qu’en terme de sens moral, de devoir, de bon sens, Mourad est exemplaire… C’est alors que va se produire devant ses yeux un incident inattendu qui ébranlera ses convictions et surtout la belle image qu’il s’est construite de lui-même. Il pourrait ne rien dire, essayer d’oublier… Mais la honte, va le rattraper, le sentiment d’avoir trahi ce qu’il a mis une vie à construire et à défendre…
Le second volet offre un autre éclairage sur la première histoire. Voilà Aïcha, jeune femme bien déterminée à se faire une belle vie, en partance vers le village de ses noces délibérément consenties, en compagnie de son père. Pris d’un mal de bide bien peu opportun, ce dernier sera contraint de laisser le temps une soirée sa fille entre les mains du jeune chauffeur qui les conduit. Il s’avère vite que les deux se connaissent plus que le paternel n’aurait imaginé. Voilà notre héroïne tiraillée entre passion et raison, éternel leitmotiv réellement insoluble, aucun choix n’étant complètement épanouissant.

C’est l’histoire de Dahman qui offre sa conclusion au film. Ce médecin radiologue reconnu, alors qu’il s’apprête à suivre de près la construction d’un nouvel hôpital, va être rattrapé par les fantômes d’une tranche de vie qu’il a tout fait pour oublier. Malgré son statut de victime, il devra se poser la question de sa responsabilité durant la « sale guerre » qui opposa à partir de 1992 les islamistes au pouvoir militaire, semant la terreur, faisant en dix ans plus de 200 000 morts et 30 000 disparus…
Pour son premier film, Karim Moussaoui réussit une œuvre d’une fluidité étonnante malgré un propos dense et ambitieux, qui aurait pu vite tourner à vide mais dont il maîtrise subtilement chaque rouages avec une grande intelligence. (Utopia)


CGR : Soirée Entretoiles dimanche 28 janvier à 20h30

Pentagon Papers
Pentagon Papers : Photo Meryl StreepRéalisé par Steven SPIELBERG
USA 2017 1h55mn en VF uniquement
avec Meryl Streep, Tom Hanks, Alison Brie, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Carrie Coon, Jesse Plemons, Matthew Rhys...
Scénario de Liz Hannah et Josh Singer

 

 

Dans la veine de son excellent Le Pont des espions, Steven Spielberg se consacre ici à ce qui est presque devenu un genre à part entière dans le grand cinéma américain classique : le film sur la presse, sur la grandeur et la nécessité du travail des journalistes qui, pour peu qu'ils soient indépendants et conscients de l'importance de cette indépendance, sont régulièrement amenés à jouer un rôle essentiel dans la bonne marche de la démocratie. Le titre original de Pentagon papers est d'ailleurs le nom d'un journal : The Post, diminutif pour The Washington Post, celui-là même qui révéla, quelques années après les faits relatés dans Pentagon papers, le scandale du Watergate. Ce qui amène évidemment à faire référence à un des films emblématiques du genre qui nous occupe : Les Hommes du président d'Alan Pakula, avec le duo mythique Woodward - Redford et Bernstein - Hoffman. Mais on pense aussi au plus récent et formidable Spotlight, dont le titre reprenait l'intitulé de l'équipe d'investigation du Boston Globe, au centre de l'intrigue. Et comme en l'occurence il n'y a pas de hasard, l'un des scénaristes de Pentagon papers, Josh Singer, a également co-écrit Spotlight avec le réalisateur Tom McCarthy !

Les « Pentagon papers » (Papiers du Pentagone), c'est l'équivalent seventies de Wikileaks et autres Panama ou Paradise Papers actuels, et le précurseur du Watergate qui allait exploser trois ans plus tard : un des scoops les plus fondamentaux du journalisme américain, la publication en 1971, d'abord par le New York Times et ensuite par le Washington Post, de documents classés « secret défense » – exfiltrés par Daniel Ellsberg, expert militaire et lanceur d'alerte avant la lettre, qualifié à l'époque d'« homme le plus dangereux d'Amérique » par le sinistre Henry Kissinger – qui détaillaient les relations entre les Etats-Unis et le Vietnam de 1945 à 1967 et qui démontraient clairement que les hauts dirigeants américains, et plus spécifiquement les présidents Johnson et Nixon, savaient que la guerre du Vietnam, délibérément étendue et intensifiée, était un bourbier tragiquement ingagnable et avaient sciemment menti au Congrès et au public sur l’avancement de cette guerre.
La publication de ces documents entraîna une féroce réaction du gouvernement américain qui chercha par tous les moyens à museler les journalistes, ces « fils de putes » comme n'hésitait pas à les désigner Richard Nixon. Devant le refus d'obtempérer du New York Times et du Washington Post, l'affaire remonta jusqu'à la Cour Suprême qui donna timidement raison aux artisans d'une presse libre.

Autre aspect essentiel du film, il se trouve que le Washington Post était à l'époque dirigé par Katharine Graham (Mery Streep), la toute première femme à occuper le poste de directrice de la publication d'un grand journal américain. On imagine sans peine à quel point sa position était délicate et le niveau de courage dont elle a dû faire preuve pour faire face à la situation. Le duo explosif qu'elle forme avec Ben Bradlee, son rédacteur en chef (Tom Hanks, qui reprend donc le rôle joué par Jason Robards dans Les Hommes du président) est un des atouts du récit. (Utopia)


CGR : tous les jours à 10h45, 13h30, 15h40 et 20h en VF seulement

Les heures sombres
Les heures sombres : Photo Gary OldmanRéalisé par Joe WRIGHT
GB 2017 2h05mn
avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Stephen Dillane, Lily James, Ben Mendelsohn, Ronald Pickup, Samuel West...
Scénario d'Anthony McCarten

Il est de tradition à Utopia que l'on vous déniche pour l'an nouveau un film qui trouve joliment à s'incarner dans cette période de fête. C'est chose faite en cet an de grâce 2018 avec ces Heures sombres, qui malgré les moments terribles qu'elles évoquent, sont curieusement dignes d'un véritable conte de Noël.
On reste en effet confondu de bonheur devant une histoire qui aurait pu être mise en scène par Frank Capra lui-même, dont on se souvient du merveilleux La Vie est belle. Et pourtant, classer au rayon des contes de fées ce récit qui se déroula sur deux ou trois semaines en Mai 1940 pourrait passer pour une très mauvaise blague, tant elles furent marquées par le bruit et la fureur, mais aussi par la personnalité d'un homme qui tenait plus, selon la légende, d'un bouledogue que d'un aimable gentleman. D'ailleurs Lady Litton, une bonne copine libérale et féministe avec qui, hier encore, je prenais le thé au château de Downtown Abbey, m'avouait que lorsqu'elle avait rencontré Winston pour la première fois, elle avait vu d'emblée tous ses défauts, avant de passer le reste de sa vie à admirer ses qualités et son humour.

Vous l'avez deviné, chères spectatrices, ce Winston dont cause notre lady est ce Churchill qui encombra nos livres d'histoire au delà du raisonnable mais qui, dans ces heures sombres, se contente d'un petit tour à l'écran et puis s'en va, à l'issue de quelques jours qui suivirent sa nomination comme premier ministre en Mai 1940. Un petit tour, mais quel petit tour ! Qui le vit alors prendre en main, seul contre tous, un pouvoir dont personne ne voulait plus, après l'impayable parcours politique d'un Chamberlain partisan obstiné d'une politique d'apaisement avec Hitler qui l'avait conduit à signer les désastreux accords de Munich. On se souvient, bien sûr, de l'intervention quasi prophétique de notre homme Winston qui, à l'époque, lança en plein parlement britannique sa fameuse apostrophe : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! » Et la guerre, ce fut pour sa pomme, à lui tout seul, Winston, alors que tous en Europe se carapataient face à Hitler à coup d'armistices foireux.
Alors, me direz vous chères spectatrices, que furent ces vingt jours en Mai qui décidèrent de l'avenir de la démocratie en Europe ? Une chose, par delà les années, reste frappante. Lâché par tous ses alliés du continent, lâché par les élites anglaises fortunées qui l'entouraient, notre ami Winston ne put s'appuyer à l'époque que sur un sondage d'opinion (déjà) du New Chronicle News montrant que les seuls partisans d'une lutte à mort contre le nazisme et Hitler étaient les membres de groupes de revenus inférieurs et les jeunes de 21 à 30 ans… mais aussi sa femme, pétillante autant qu'aimante conseillère qui partageait son sens de l'humour.

Comment notre homme Winston réussit-il à sauver l'armée britannique coincée à Dunkerque, comment le parlement finit-il par capituler devant la furia churchillienne ? La réponse est sans doute dans cette phrase : « On ne négocie pas avec un tigre quand on a la tête dans sa gueule » et sans doute aussi dans cette curieuse anecdote rapportée par De Gaulle dans ses Mémoires de Guerre et qui scella entre deux stations de métro londonien le destin d'un Hitler jusque là victorieux. Tout cela est montré dans ce film passionnant et exaltant, remarquablement écrit et mené, et interprété au-delà de tous les qualificatifs par un Gary Oldman époustouflant. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 VF 15h30 VO 18h10, jeudi 25 VF 13h40, vendredi 26 VF15h50 VO 20h45, samedi 27 VF 15h40, dimanche 28 VF 13h40, VO 18h15, mardi 30 VF 15h45
Cotignac : vendredi 26 VF 18h VO 20h30 


Fortunata
Fortunata : Photo Jasmine Trinca, Nicole CentanniRéalisé par Sergio CASTELLITO
Italie 2017 1h43mn VOSTF
avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi, Hanna Schygulla...
Scénario de Margaret Mazzantini

Télérama titrait au moment du Festival de Cannes : « Fortunata, portrait solaire d’une Antigone moderne »… On approuve : Jasmine Trinca dans le rôle titre crève l’écran, littéralement lumineuse, un tourbillon de vie et de sensualité. Elle porte le film, à la manière de son personnage, Fortunata, qui porte son entourage sur ses jolies épaules tout en vacillant parfois sur ses talons hauts qui ripent sur les pavés de Rome, ceux du quartier de Torpignattara dans lequel Pasolini tourna jadis Mamma Roma…

La première scène, dont on vous laisse la surprise, donne allègrement le ton, par un décalage spatiotemporel délicieux, une chorégraphie que Beethoven aurait peiné à imaginer à son époque. Ne sortez pas de la salle, cela se passe bien en Italie ! Puis on découvre Fortunata, pressée, toujours pressée, parce qu’elle se démène, qu’elle doit survivre. On devine d’emblée que les seuls nantis qu’elle croise sont ceux qu’elle coiffe à domicile. Son métier semble avoir déteint sur elle, en la croisant dans la rue sans la connaître, on pourrait deviner qu’elle est coiffeuse. Ses cheveux un brin trop décolorés, ses robes cheap aux décolletés provocants. Tout dans son allure, malgré ses efforts pour paraître classe, révèle une appartenance à la grande famille des prolétaires… N’empêche, plus que n’importe quelle bourgeoise bien apprêtée, elle a du chien ! C’est d’une évidence criante. Elle est de celles que les hommes convoitent. D’ailleurs on comprend que pour dompter la belle l’un d’eux se soit empressé de l’engrosser, alors qu’elle découvrait à peine sa féminité, l’appel de ses désirs… Huit ans plus tard, le feu des sens éteint, la voilà flanquée d’un mari pas encore ex, un macho râblé comme tout dont elle ne parvient pas à se débarrasser, et d’une gosse espiègle et adorable, Barbara. Pour elle, elle donnerait tout. Elle déborde tellement d’amour qu’elle ne connaît plus les limites, la dorlote, la couve, lui permet de prendre un espace dans sa vie qui leur laisse à peine la possibilité d’exister, de respirer l’une sans l’autre. Elle sait si peu ce qu’est être mère, ni ne connaît les recettes pour le devenir.

Fortunata, loin d’avoir goûté à la fortune annoncée par son prénom, est une gamine qui a grandi trop vite, comme elle a pu, telle une jolie fleur sur le bitume aride. Et pour mieux s’en sortir, notre pétulante capillicultrice entreprend, avec son ami tatoueur déjanté, de monter un salon de coiffure… Pleine de courage et de gnaque, la voilà qui court de plus belle, d’immeuble en immeuble, de porte en porte, pour gagner l’argent nécessaire, tâchant de laisser Barbara entre de bonnes mains, essayant de lui faire comprendre que si elle galope si vite, c’est pour justement pouvoir se poser, être plus présente à l’avenir. Mais à huit ans, l’avenir est un mot bien lointain et Barbara ne voit que ce présent contrariant marqué par l’absence : celle de sa mère qui travaille trop, celle de son père qui oublie ses temps de garde… Alors, bouillonnante de colère, elle sème la zizanie, tant et si bien qu’à l’école on exige qu’elle consulte un psy… Voilà Fortunata en train de cavaler encore plus pour honorer ces nouveaux rendez-vous, bien décidée à ne pas se laisser impressionner par le praticien qui peut en un clin d’œil faire basculer sa vie et celle de sa mioche, même si, ma foi, il est bel homme…

C’est un film foutraque, débordant d’énergie, d’ironie, peuplé d’une galerie de personnages épiques, un véritable patchwork humain improbable. Aux Romains de souche se mêlent des ribambelles de Chinois, quelques bonnes sœurs, une Allemande théâtrale en train de perdre la boule (l’occasion si rare de revoir Hanna Schygulla à l’écran)… et j’en passe. Mais d’où qu’on vienne, dans ce quartier-là on s’accepte mutuellement et on avance la tête haute… (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 13h40, 18h15; 20h45, jeudi 25 16h05, 18h15, 20h30, vendredi 26 13h40, 18h15, 20h45, samedi 27 13h40, 20h45, dimanche 28 16h05, 20h45, lundi 29 13h40, 15h50, mardi 30 13h40, 20h30

 

Un homme intègre
Écrit et réalisé par Mohamed RASOULOF
Iran 2017 1h57mn VOSTF
avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi, Missagh Zareh...
Festival de Cannes 2017 : Grand Prix Un certain regard

Les mollahs à la triste figure voudraient sans doute nous faire oublier à quel point l’Iran est un grand pays de libre-penseurs, d’artistes aussi audacieux que talentueux. Et c'est particulièrement vrai pour ses cinéastes, qu'on admire d'autant plus qu'ils savent ce qu'ils risquent en bravant la censure. Si vous avez pu ignorer un ou deux films récemment, il faut d'urgence voir ce magistral Un homme intègre et signer la pétition en ligne sur change.org afin de soutenir son réalisateur Mohamed Rasoulof qui risque six ans de prison dans son pays et vient de se voir confisquer son passeport. Il vous sautera aux yeux que ce thriller tendu, de haute tenue, est une œuvre éminemment politique, qui offre une une analyse terriblement lucide et décapante des dessous d’une société où il n’existe guère d’autre alternative que d’être oppresseur ou opprimé, corrupteur ou corrompu.

Reza, l'homme intègre du titre, est à la tête d'un petit élevage de poissons rouges – lesquels font partie intégrante de la tradition de Norouz, le nouvel an iranien. Reza a quitté Téhéran pour s'installer à la campagne et il compte sur son élevage pour se refaire un avenir. Sous l’apparence paisible de la jolie bicoque familiale perdue entre deux étendues d’eau, se trame un drame, et la petite ferme piscicole parait bien fragile, tout comme la vie, sous les couleurs mordorées de l’hiver interminable. Tous, à l’image de la nature endormie, semblent attendre un renouveau qui tarde à venir.
Son regard ténébreux, son allure obstinée, chaque fibre, chaque geste de Reza témoignent qu’il est un homme qui bout intérieurement, habité par une juste colère. Plus chêne que roseau, il fait partie de ces êtres qui ne plient pas, qui ne cèdent à aucune compromission. Même pour obtenir un report d'échéance pourtant salvateur, il ne peut se résoudre à verser un pot-de-vin à son banquier, selon une pratique communément admise. « Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul ! »… Reza a le panache qui sied aux vrais héros, aux justes… Mais à quoi cela sert-il dans un pays où règne la loi du plus fort et la corruption à tous les étages ? Il serait seul contre tous sans la présence complice et les conseils avisés d’Hadis, son épouse, une belle femme à l’intelligence brillante : elle est directrice d'un lycée. Mais aussi admirable soient-elles, les convictions de Reza ne suffisent plus. Se débattre dans un milieu hostile, dont on n’est pas issu, nécessite plus que de la vaillance et de la grandeur d’âme et ses efforts acharnés, son travail opiniâtre, risquent bien d'être anéantis par les magouilles scélérates d’une compagnie de distribution d'eau prête à tout pour l’exproprier. Reza se trouve pris dans un véritable cauchemar éveillé. À l'instar de son entourage découragé, on se dit qu'à sa place, dans une situation à ce point inextricable, David lui-même aurait pu sans déchoir renoncer à combattre une armée entière de Goliath déloyaux ! Reza va-t-il apprendre la résignation ?

Le récit de cet affrontement implacable est ponctué de moments de douceur et de grâce indicibles… Comme ceux où Reza vient se réfugier dans un havre secret au creux des collines, une grotte placentaire aux eaux opalines. Il se love dans cette matrice tiède, se laissant griser loin des affres du monde par un vin de pastèque fabriqué en cachette. Petite gorgée de bonheur nécessaire pour continuer de croire à cette humanité qui lui est chère, se ressourcer et repartir inlassablement au combat. On est tenus en haleine jusqu’au dénouement, très fort, d'une férocité ravageuse…
On se doute que le personnage de Reza est un reflet de Mohamed Rasoulof, le réalisateur qui vit constamment aux aguets, dans la peur des représailles. « J’étais prêt à être arrêté et emprisonné… Finalement, le bureau de la censure m’a juste demandé de faire un film optimiste. Je crois, dit-il avec malice, que c’est le cas, non  ? » (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : samedi 27 18h15, dimanche 28 15h25, lundi 29 20h20, mardi 30 18h10
Cotignac : jeudi 25 20h30

La Villa
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Robert GUÉDIGUIAN
France 2017 1h47mn
avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Gérard Meylan, Robinson Stévenin...
Scénario de Robert Guédiguian et Serge Valetti

Nous voilà plongés une nouvelle fois au cœur de l’Estaque, à prendre son pouls, à respirer son souffle. Si les ingrédients sont les mêmes, ne croyez pas pour autant que Robert Guédiguian va nous servir du déjà vu, du surgelé, du réchauffé. C’est comme en cuisine : regardez la multitude de plats qu’on peut faire avec simplement du beurre et de la farine. Entre la pâte feuilletée, la brioche, les choux, les crêpes… il y a un monde. Entre À la vie à la mort, Marius et Jeannette… et aujourd’hui La Villa… également. Mis bout à bout ils forment comme une chronique sur les idéaux d’une génération, leur confrontation avec un monde en mutation.

Dans La Villa, bien sûr Ariane Ascaride est là, et Darroussin aussi, ainsi que toute une bande de fidèles. Ce coup ci c’est pour un conte qui prend des allures de bilan inquiet mais peut-être pas désabusé. Que reste-t-il des rêves de la classe ouvrière, du mode de vie d’un quartier vivant, vibrant, convivial et solidaire ? Que va-t-il rester de la ville tranquille si tous la laissent en pâture aux faiseurs de frics, aux promoteurs immobiliers ?
Robert Guédiguian n’a jamais oublié ses origines de fils de docker marseillais. Il les as transcendées pour créer au fil du temps une œuvre de vrai cinéma populaire. Une fois de plus il nous entraîne avec bonheur au bord des côtes de son enfance battues par les flots faussement paisibles.
C’est dans une maison perchée au dessus des calanques qu’un vieux restaurateur décline peu à peu. Son fils Armand, qui a repris les fourneaux et s’occupe quotidiennement de son père, finit par battre le rappel. C’est ainsi qu’un beau jour débarquent sa sœur Angèle, qui a quitté depuis longtemps le bercail familial pour poursuivre une brillante carrière d’actrice, ainsi que son frère Joseph en pleine déconfiture affective. Retrouvailles joyeuses qui seront jalonnées par de vivifiants règlements de compte.(a voir, à lire)

CGR ciné club : mercredi 24 22h30, jeudi 25 19h45, vendredi 26 17h50, samedi 27 et mardi 30 14h, lundi 29 11h

Certaines Femmes

Écrit et réalisé par Kelly REICHARDT
USA 2017 1h28mn VOSTF
avec Laura Dern, Michelle Williams, Kristen Stewart, Lily Gladstone, Jared Harris, James LeGros...
D'après trois nouvelles de Maile Meloy réunies dans le recueil Both ways is the only way i want it

Laura est avocate. Tous les jours, elle reçoit la visite d'un type paumé, Fuller, dont la vie part en vrille à la suite d'un accident du travail pour lequel il voudrait faire reconnaître la responsabilité de son employeur. Laura est la maîtresse de Ryan, un homme marié. Gina, la femme de Ryan, souhaite construire sa maison avec les pierres présentes sur le terrain d’un vieil homme. En compagnie de son mari, elle rend visite à ce dernier et tente de le convaincre. Ryan n'est d'aucune aide. Cette négociation est une nouvelle fois révélatrice du fossé qui s'est creusé dans leur couple. Jamie, une jeune femme solitaire, travaille dans un ranch. Lors d'un cours du soir, elle tombe sous le charme de Beth, une jeune avocate harassée par les kilomètres qu'elle doit parcourir pour faire classe…

Depuis Old joy, son premier long métrage, la réalisatrice américaine Kelly Reichardt trace le sillon d’un cinéma sensitif, fait de petits riens que sa mise en scène sublime pour toucher durablement le spectateur. En adaptant trois nouvelles de Maile Meloy, la réalisatrice de La Dernière piste raconte « L’Americana », avec une rare économie d’effets mélodramatiques. Dès son premier plan, un train qui passe lentement devant le décor enneigé du Montana, Certaines femmes impose son rythme et demande une minutieuse observation de ce qui se passe dans le cadre. Tout se joue dans les regards et les silences, rien n’est imposé.

Trois histoires non liées se suivent mais une même solitude envahit peu à peu les récits, note de fond ajouté par le quatrième personnage principal du film, le paysage froid du Montana, qui rend les déplacements difficiles et les élans du cœur impossibles à exprimer. La beauté de Certaines femmes tient dans l’empathie que fait éprouver Kelly Reichardt pour ses personnages. Par la beauté sereine de sa mise en scène, le quotidien le plus trivial devient bouleversant. Et quand une jeune femme amoureuse se promène fièrement à cheval pour déclarer sa flamme, le cœur enfin s’emballe et l’émotion nous étreint.


Le Vox (Fréjus) : mercredi 24 20h45, jeudi 25 18h, vendredi 26 13h40, samedi 27 16h


Le Rire de madame Lin
Le Rire de madame Lin : PhotoÉcrit et réalisé par Zhang TAO
Chine 2016 1h22mn VOSTF
avec Yu Fengyuan, Li Fengyun, Chen Shilan, Pan Yun...

« En 1953, le cinéaste japonais Yasujiro Ozu réalisait Le Voyage à Tokyo et montrait l’extrême dignité d’un père. En 2016, un jeune réalisateur chinois semble répondre au maître en nous montrant la grandeur d’une mère chinoise dont la force mérite le plus grand respect. » Wong Kar-Wai

Dans un village de la province de Shandong, à l’est de la Chine, une vieille paysanne fait une chute. Immédiatement ses enfants en profitent pour la déclarer inapte et entreprennent, sans lui demander son avis, de la faire admettre dans un hospice. Mais il faut attendre qu’une place se libère et d’ici là, la grand-mère devra séjourner chez un de ses enfants. En fait elle passe de la maison de l’un à la maison de l’autre puisqu’aucun ne veut la prendre en charge. Elle voyage ainsi de famille en famille, tandis que sa santé décline, tandis que ses rapports avec ses proches se dégradent.

Madame Lin aime pourtant ses enfants, mais elle se sent de trop chez chacun d’eux. Elle ne leur reproche rien, même s’ils la délaissent, même s’ils la traitent mal. Chacun des membres de la famille représente un aspect de l’envers du boom économique : paysans appauvris, petits commerçants qui voient fondre leurs économies, enfants laissés à eux-mêmes par des parents partis tenter leur chance en ville… Les enfants de Madame Lin apparaîtront donc sans doute ingrats, voire odieux, mais à vrai dire ils pâtissent de ce nouveau monde libéral et individualiste. La manière dont ils traitent la vieille femme n’est probablement que l’expression de leur désarroi, de la rancœur et de la colère que suscite en eux ce monde qu’ils ne comprennent pas…
Madame Lin quant à elle, le corps usé, le cœur lessivé, murée dans son silence, assiste impuissante aux déchirements familiaux, accepte stoïquement le traitement qui lui est réservé. Jusqu’au jour où elle va réagir de la manière la plus inattendue qui soit : elle se met à rire, à rire franchement, à rire longtemps. Un rire qui d’abord surprend son entourage, puis qui agace, qui décuple le ressentiment et la rage impuissante. Mais surtout qui interroge, qui ouvre un abîme de questions sans réponse…
« Des acteurs, fussent-ils les meilleurs, n’auraient pu jouer le rôle de ces paysans aussi bien que ces paysans eux-mêmes. Aucun chef décorateur ne pouvait rendre compte de l’environnement où ils vivent aussi bien que la réalité même de ces murs défraîchis, de ces froides basses-cours et de ces arrière-boutiques. Les fissures des murs comme les rides du visage de la vieille dame sont réelles, elles témoignent du passage parfois cruel du temps. Mon travail de mise en scène a consisté à faire voir et ressentir cette réalité. J’ai voulu capter le parler si particulier de ces paysans, le chant du coq le matin, les percussions du tambour, le grésillement des radios, et aussi retrouver la lumière brumeuse de l’hiver de la province de Shandong, l’égouttement de l’eau le long des murs, et la démarche d’une femme qui a travaillé la terre toute sa vie.
Mieux que ne le ferait un documentaire, il s’agit, avec l’histoire de cette vieille dame, de raconter des conflits et des drames familiaux universels : ce que chacun rencontre quand il faut s’occuper de ses vieux parents, l’ingratitude des enfants devenus adultes, l’incommunicabilité entre parents et enfants. » Zhang Tao (Utopia)


Lorgues : samedi 27 16h15, dimanche 28 20h15, lundi 29 21h20

L'Échappée belle

L'Echappée belle : Photo Donald Sutherland, Helen MirrenRéalisé par Paolo VIRZI
USA/Italie 2017 1h52mn VOSTF
avec Helen Mirren, Donald Sutherland, Christian McKay, Janel Moloney, Dana Ivey, Dick Gregory...
Scénario de Francesca Archibugi, Francesco Piccolo, Stephen Amidon, Paolo Virzi, d'après le roman de Michael Zadoorian Le Cherche-bonheur

The Leisure seeker, titre que l’on pourrait traduire par « le cherche-bonheur », c’est le nom du camping-car d’Ella et John Spencer, qu’ils ont acheté, on l’imagine, au tout début de leur histoire commune, quand la famille s’écrivait : jeune couple avec deux enfants. Ce camping-car, c’était bien plus qu’un simple moyen de locomotion pour transporter la petite tribu le temps des vacances. C’était la promesse du bon temps, des petits moments de bonheur partagés, ces choses futiles qui riment à trois fois rien quand on les vit dans l’instant et qui reviennent en force, trésors chargés d'émotion, une fois que le temps a fait son boulot. Ce camping-car, John, en bon universitaire curieux, aimait qu’il les emmène vers les paysages tout neufs et les rencontres impromptues tandis que Jane, plus casanière, l’adorait surtout quand il la ramenait vers les endroits familiers où elle prenait plaisir à renouer avec ses habitudes. Ainsi vont les familles heureuses où chacun a son mot à dire, où l’on s’agace un peu des mauvais caractères ou des volontés définitives mais où tout le monde trouve finalement sa place et ses plaisirs.
Et puis les années ont passé, les enfants en ont fait à leur tour et tout le monde a pris un gros coup de vieux. Le camping-car jadis dernier cri est maintenant totalement vintage et Ella et John ont désormais une grande partie de leur vie derrière eux.
On comprend très vite la situation et que l’heure de faire les bagages a sonné…

Quoique… Après tout… Pourquoi pas… À quoi bon finalement se soumettre à la volonté de ceux qui ont décidé à leur place ? Et s'il était là, l’ultime pied de nez à la grande faucheuse et ses sbires : prendre la route, coûte que coûte et quoiqu’il en coûte du confort, de la sécurité, de la bien pensance, des usages ? Partir loin des emmerdes, loin des enfants qui vous maternent, loin des médecins, loin des lieux clos et des télévisions toujours allumées.
À bord de leur « Leisure Seeker » à peine plus vaillant qu’eux, Ella et John vont renouer avec l’aventure, les rencontres et les soirées diapos qui, bien mieux que tous les médicaments, raniment dans les cœurs la mémoire défaillante. Une chose en tout cas ne s’est pas fait la malle, c’est l’amour qu’ils se portent, mélange de tendresse, celle d’une vie toute entière à s’aimer, et de passion, celle qui enflamma leur rencontre. Sous le signe des mots d’Ernest Hemingway, vénéré et sans secrets pour John, ils reprennent leur route commune, main dans la main.
Il y a bien sûr beaucoup de nostalgie dans ce film-là… Un bien drôle de sentiment, la nostalgie : mal vicieux de la mémoire qui délivre dans une même prescription la douleur de la perte et le baume du souvenir. Ce serait mentir de dire que L'Échappée belle est une folle épopée vers la lumière, que c’est un film drôle et léger. Pourtant de la drôlerie il y en beaucoup et de la légèreté aussi, sans doute parce que le film fait le choix d’un récit doux-amer fait de contrastes et de nuances, mais surtout parce qu’il est porté par deux magnifiques comédiens dont notre mémoire de spectateur a forcément aussi en tête des formidables souvenir de cinéma. (Utopia)


Lorgues : mercredi 24 19h, samedi 27 20h10, dimanche 28 18h, lundi 29 17h

L'Échange des princesses

L'Echange des princesses : Photo Juliane LepoureauRéalisé par Marc DUGAIN
France 2017 1h40mn
avec Lambert Wilson, Anamaria Vartolomei, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Juliane Lepoureau, Igor Van Dessel, Kacey Mottet Klein, Andréa Ferreol, Maya Sansa...
Scénario de Marc Dugain et Chantal Thomas, d'après son roman

Étrangement, il y a quelque chose de très actuel dans ce film qui nous parle d’un temps pourtant lointain. Nous sommes en 1721, à la cour de Louis XV, qui n’a pas encore atteint l’âge de régner. Les enfants d’alors, s’ils ne connaissent pas le privilège d’être ballotés entre deux divorcés, sont déjà les enjeux de stratégies décidées par leurs aînés. Bien loin des contes de fées où l’amour tombe à pic sous l’apparence d’un sémillant prince, invariablement charmant, les héritières de l’époque sont monnayables à merci. Née princesse, pas encore femme, on peut-être mariée à tout instant pour perpétuer une dynastie et renforcer la puissance d’un royaume. Et les rejetons mâles sont à peine mieux lotis…

Louis XV, orphelin à l’âge de deux ans, n’en a que onze alors qu’il revient à Versailles sous la houlette de Philippe d’Orléans, ci-devant Régent du royaume (fabuleux Olivier Gourmet). C’est un enfant tétanisé par la mort de plusieurs de ses proches qui débarque dans le palais à l’abandon depuis des années et qui transpire la solitude, tout comme lui-même. Mais le petit Dauphin n’a d’autre alternative que de se conformer à ce que d’autres ont décidé pour lui. Il fallait un signe fort pour le peuple… On en exigera d’autres… On redoute que la paix avec l’Espagne soit un brin fragile alors même que l’on vient à peine de cesser de guerroyer. Germe en conséquence une double idée géniale pour sceller une alliance stratégique et indéfectible avec le pays voisin. D'une part marier la fille du régent de France Marie-Élisabeth, âgée de onze ans, au futur roi d’Espagne Don Luis qui en a treize. De l'autre unir la sœur de ce dernier, l’infante Marie-Victoire, âgée de bientôt quatre ans (!!!) à Louis XV… Aucun des quatre jouvenceaux n’a évidemment voix au chapitre, chacun devant se plier aux protocoles imposés par ses aînés.

C’est en grand apparat que l’on prépare donc, côté espagnol comme côté français, le voyage des deux princesses, activant les préparatifs, redoublant de conseils à chacune d’elle. Tandis que les garçons découvrent leurs futures épouses au travers de portraits peints qui les font chavirer ou blêmir d’inquiétude, voire les deux à la fois. Un flot de sentiments et de sensations ambigus s’entremêlent, qu’on soit déjà ou pas encore pubère : comment accueillir cet autre qu’on ne connait pas, qu’on imagine à peine ? Alors qu’on ne se connait même pas soi-même ? À quatre, onze, treize ans, que comprend-on du mariage, de la procréation ?
Pour les deux princesses c’est l’arrachement plus ou moins violent à ceux qu’elles aimaient, à un mode de vie plus ou moins apprécié mais qui du moins leur était familier. Sans possible retour en arrière. Voilà leurs carrosses respectifs qui s’ébranlent et les entraînent, résignées plus que consentantes, en terra incognita, vers un ailleurs dont elles ignorent tout ou presque.

Même si l’histoire est romancée, elle repose sur des faits historiques bien réels et donne envie d’en apprendre plus. Catherine Mouchet campe magnifiquement Madame de Ventadour, gouvernante d’une grande humanité. Andréa Ferréol excelle dans le rôle de la Palatine, une femme à l’intelligence vive et au parler franc. Toutes deux seront de véritables alliées pour la petite infante Marie-Victoire (impressionnante Juliane Lepoureau, pas plus haute que trois pommes et déjà grande actrice ! – tous les jeunes acteurs sont d'ailleurs formidables) qui porte en elle un détonnant alliage de maturité et d’innocence. Elle est un ravissement pour les yeux et l’esprit qui ne cessera d’irradier la cour de sa présence malgré les intrigues qui vont se tramer dans son dos…(Utopia)


Lorgues : mercredi 24 17h et dimanche 28 16h

El Presidente

El Presidente : Photo Ricardo DarínRéalisé par Santiago MITRE
Argentine 2017 1h54mn VOSTF
avec Ricardo Darín, Dolores Fonzi, Erica Rivas, Christian Slater, Elena Anaya, Alfredo Castro...

Dans le magnifique palais de la Casa Rosada à Buenos Aires, on pénètre à pas de velours, par la porte de service, en se faufilant derrière les employés de maison. Un univers feutré où chacun s’affaire dans les coulisses du pouvoir, rouage d'un mouvement perpétuel infernal à filer le tournis. L’on chuchote, l’on murmure… Si quelques-voix s’élèvent, c’est pour mieux entourer le nouveau Président de la République pris dans le tourbillon de cette ruche humaine – à moins que ce ne soit un véritable guêpier ? S’il n’est élu que depuis six mois, celui qui s’est forgé la réputation d’un homme du peuple « normal » pour mieux séduire n’en est pas moins un animal politique aguerri, à l’œil perçant et à l’intelligence acérée. Hernan Blanco (Ricardo Darin, impressionnant), sans avoir à élever la voix, en impose immédiatement. Ses silences retenus, ses sourires énigmatiques, son regard impénétrable font de lui un adversaire au charisme et au sang froid redoutables. Tout cela, les chefs d’états qu’il s’apprête à rencontrer ne le devinent pas encore. Ils ne connaissent de ce nouvel arrivant sur l’échiquier international que les dires des journaleux qui le présentent comme un pion bien inoffensif. Entre nous, voilà une réputation bien pratique pour qui veut protéger sa part de mystère, ses points faibles, son intimité. Mais est-ce encore possible parvenu à ce niveau-là ? Comment camoufler indéfiniment aux yeux du monde une vie familiale bancale, une fille adorée mais ingérable (Marina), un gendre corrompu et par là même encombrant ? Malgré ses efforts pour être irréprochable, force est de constater que notre président trimballe quelques casseroles qui pendent au-dessus de sa tête comme autant d’épées de Damoclès alors même qu’il s’apprête à faire son entrée dans la cour des grands.

Car Hernan Blanco va représenter l’Argentine lors d’un sommet décisif pour construire une entente économique capitale entre les pays latino-américains. Il a beau s’être préparé des années à l’exercice de l’état, c’est une première impressionnante qui monopolise toute son énergie. Il n’a d’autre alternative que l’excellence, là se jouent, sans doute définitivement, son image et sa carrière politique internationale. Sa fidèle conseillère le suit à la trace, soufflant les anecdotes, les noms, les attitudes à adopter, le dopant, comme un coach sportif, avec tous les moyens du bord. Un petit vol d’avion présidentiel plus tard, voilà Blanco à Santiago du Chili, accueilli en grande pompe par ses pairs. Tout le gratin est réuni dans un hôtel immense perdu au beau milieu de la Cordillère des Andes. Entre le puissant président brésilien à l'initiative du sommet et le redoutable et machiavélique président mexicain, les chefs des états plus modestes n’en mènent pas large et les pourparlers s’annoncent houleux… Sans oublier la présence d’un négociateur américain qui semble vouloir jouer une tout autre partie. Chacun roule à sa façon des mécaniques, intrigue, affiche sa superbe… C’est alors que la sphère privée vient interférer de la manière la plus inopportune. Marina, acculée par son mari qui s’est emparé de l’occasion pour se livrer à un odieux chantage, déboule tel un fou de trop dans un jeu d’échecs. C’est évidemment là que tout bascule dans un registre inattendu, où le thriller psychologique vient s’imbriquer dans l’intrigue politique. Peu-à-peu l’irrationnel s’immisce, et tandis que la tension monte, ces dirigeant-e-s tellement important-e-s aux yeux du monde semblent rétrécir sous l’œil indifférent des montagnes imposantes et immortelles qui les font paraitre ridiculement minuscules. Ceux qui se voulaient blancs comme neige révèlent face à elle leurs âmes noires…

Pour son troisième film et comme dans les précédents (les déjà remarquables El Estudiante et Paulina), Santiago Mitre continue d’explorer de façon réjouissante la sphère du pouvoir. Il le fait en plongeant toujours plus profond dans les intentions qui animent les êtres, questionnant leur attrait pour la puissance, échafaudant une œuvre passionnante tout aussi politique que philosophique. (Utopia)


Lorgues : mercredi 24 21h10, samedi 27 18h, lundi 29 19h10

Prendre le Large
Prendre le Large : Photo Sandrine BonnaireRéalisé par Gaël MOREL
France/Maroc 2017 1h43mn
avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri, Ilian Bergala, Lubna Azabal...
Scénario de Gaël Morel, Rachid O. et Yasmine Louati

« Je ne suis pas certaine que vous ayez intérêt à à partir là-bas… » C'est une responsable des ressources humaines pour le moins perplexe et dissuasive qui accueille le choix d'Edith d'accepter un reclassement au Maroc au lieu de toucher ses avantageuses indemnités de licenciement. « Je préfère travailler à Tanger qu'être au chômage ici ! » insiste pourtant l'ouvrière de 45 ans dont l'atelier de textile va bientôt fermer ses portes, le groupe pour lequel elle travaille depuis bien longtemps poursuivant sa logique de délocalisation. Tel est le point de départ de Prendre le large et il rappellera à nos spectateurs assidus celui de Crash test Aglaé, allègre comédie sur fond de mondialisation sortie cet été : et il est étonnant de voir comment une situation similaire peut donner naissance à deux films à ce point différents ! Gaël Morel nous donne ici une chronique délicate sur les différences culturelles et l'humanité commune, en même temps qu'un émouvant portrait de femme auquel Sandrine Bonnaire apporte son talent et son intensité.

Edith est veuve, elle vit seule dans une maison perdue dans la campagne… elle n'a rien qui la retienne vraiment en France. Son fils unique, Jeremy ? Même pas : sa relation avec lui s'est distendue depuis qu'il s'est installé à Paris, il ne lui dit rien de sa vie, de son couple… Quant à la lutte collective pour s'opposer à la délocalisation, elle n'y pense même pas : « je ne crois plus à tes beaux discours, l'union fait la force, tes conneries de syndicaliste », aboie-t-elle au visage de la déléguée. Edith est persuadée que sans son travail, son existence se racornirait encore davantage et elle se dit qu'après tout, prendre le large, essayer une nouvelle vie, c'est le moment ! Alors pas question de se laisser influencer par l'inquiétude de Nadia (Lubna Azabal), sa seule véritable amie à l'usine et qui est justement d'origine marocaine : « Ce n'est certainement pas mieux qu'ici. Et l'Islam ? Tu es une femme. Et le travail est très dur ! »
Voilà donc Edith traversant le détroit de Gibraltar et s'installant à Tanger dans une petite pension conseillée par Nadia et tenue par Mina et Ali, une divorcée et son fils. Dans une ville transpercée de chantiers, voire dangereuse pour celle qui est vite surnommée « La Française », Edith va découvrir la réalité épuisante du travail et les coutumes locales, et aller de mésaventures désagréables en désillusions brutales, s'efforçant cependant de faire bonne figure alors que la situation s'assombrit de plus en plus en dépit de l'amitié naissante que lui témoignent Mina et Ali…

Ancré en permanence sur son personnage principal et explorant sur ses traits la moindre inflexion de ses émotions, Prendre le large est un film touchant, avançant avec sincérité et une grande simplicité narrative. Au fil de situations toujours très justes et précises, le film brosse un tableau crédible de la condition ouvrière et de la vie quotidienne (par exemple avec la réforme du code de la famille facilitant le divorce ou ces bus de transport affrétés gratuitement par des organisations islamistes…) au Maroc. Mais cette traversée du miroir de l'immigration économique est surtout le récit d'un itinéraire individuel, porté par une actrice visiblement très impliquée dans le projet. (d'après cineuropa.org)


Salernes : lundi 29 18h et mardi 30 20h30


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Edith Cantu
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