Au(x) cinéma(s) du 24 février au 1er mars

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Bonjour à tous !

Et encore une fois, voilà de quoi passer sa vie au cinéma ! Quel bonheur !!!
Passons donc en revue tous ces trésors : tout d'abord Spotlight de Tom Mc Carthy, vibrant plaidoyer pour le travail passionné du journalisme d'investigation que vous pourrez voir au CGR de Draguignan et aussi au Vox. Ensuite Les Innocentes de Anne Fontaine, au Vox cette semaine et à Draguignan la semaine suivante, "un film qui rayonne de lumière intérieure".

 Continuons avec plusieurs "films à succès" mais qui ne manquent pas d'intérêt pour autant : le dernier film des frères Coen Ave César, peut être déroutant par rapport à ce qu'on connaît d'eux, The Revenant de Inarritu "une aventure humaine profonde et forte" et dans un tout autre genre Chocolat de Roschdy Zem "un film qui fait rire et réfléchir".

Et il y a encore quelques autres films moins commerciaux mais superbes : Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase, débordant d'humanité et de poésie, à Fréjus et Salernes, un autre film des frères Coen plus proche de ce qu'on connait d'eux, Inside Llewyn Davis, l'histoire d'un looser qui leur a valu le grand prix du jury au festival de Cannes 2013, Encore Heureux de Benoit Graffin, une réflexion ironique sur les aventures tragi-comiques d'un chômeur longue durée, et Danish Girl de Tom Hooper, un film très juste, sensible et intelligent sur l'homosexualité...
Et encore le merveilleux film d'animation AnomalisaCarolLes SaisonsLes Premiers, les Derniers, et Les Chevaliers blancs.

Alors profitez bien de tout ce beau programme, Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 24 FEVRIER AU 1ER MARS 2016

 

Spotlight : Affiche
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Spotlight
Réalisé par Tom McCARTHY
USA 2015 2h08mn VOSTF
avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Brian d'Arcy James, Liev Schreiber, Stanley Tucci, Billy Crudup, John Slattery, Jamey Sheridan...
Scénario de Josh Singer et Tom McCarthy
De Bas les masques (1952) de Richard Brooks aux Hommes du président (1976) d'Alan J. Pakula ou à Révélations (1999) de Michael Mann, le journaliste incarne depuis longtemps, dans le cinéma hollywoodien, une véritable sentinelle de la démocratie. Dénonçant sans relâche la criminalité, la corruption de la classe politique, le cynisme du « big business », les pires dérives de l'hystérie anticommuniste ou les erreurs judiciaires, il est une vigie qui pointe les dysfonctionnements de la société américaine, parfois au péril de sa vie. C'est dans cette solide tradition que s'inscrit ce remarquable Spotlight qui, comme souvent dans ce genre d'entreprise, s'inspire de faits réels. Ici, l'équipe de journalistes d'investigation du Boston Globe, surnommée « Spotlight », enquête sur une affaire de crimes pédophiles perpétrés – et dissimulés – par l'Église catholique. Pour autant, il ne faut pas chercher la moindre héroïsation du reporter. Car ce qui intéresse McCarthy, c'est de montrer le journaliste, ce soutier de la démocratie, au travail... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 24 et samedi 27 à 17h45 - jeudi 25 à 15h45 - vendredi 26 à 13h30 - dimanche 28 et lundi 29 à 20h - mardi 1er à 11h
Le Vox (Fréjus) : mercredi 24, jeudi 25, samedi 27 et mardi 1er à 20h30
The Revenant : Affiche
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The Revenant
Réalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith d'après le roman de M. Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur

« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio... lire la suite
CGR (Draguignan) en VF (hélas) : tous les jours à 11h, 13h30, 16h30, 19h30 et 22h
Ave, César! : Affiche
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Ave, César!
Écrit et réalisé par Joel et Ethan COEN
USA 2015 1h46mn VOSTF
avec Josh Brolin, George Clooney, Clancy Brown, Ralph Fiennes, Jonah Hill, Scarlett Johansson, Christophe Lambert, Frances McDormand, Tilda Swinton, Channing Tatum...
Festival de Berlin 2016, film d'ouverture
Parce que les frères Coen… quand même, les frères Coen ! Parce que le cinéma des frères Coen, c’est un peu comme la vinaigrette de ma belle-mère Michèle : personne n’a encore réussi à copier la recette originelle pour tenter d’égaler ce ton si singulier, ce sens inouï du rythme, cet humour, cette écriture qui brille autant par son intelligence que son sens absolu de la dérision. Alors oui, un nouveau film des frères Coen, surtout quand il s’agit d’une comédie en mode majeur, ça s’impose illico dans la gazette, ça prend directement sa place sans montrer son carton d’invitation ni sa patte blanche… Certes c’est une pratique qui pourrait sembler cavalière et que généralement, nous n’aimons pas trop à Utopia, mais c’est aussi le privilège des grands (comme ce fut le cas récemment avec Tarantino), des princes tout autant que des potes. Donc vous l’avez compris au bout de ces 1700 et quelques caractères : nous n’avons pas vu Ave César !, quasiment personne ne l'a vu d'ailleurs, puisque le film ne sortira aux Etats-Unis que le 5 Février... lire la suite
CGR (Draguignan) en VF (hélas) tous les jours à 11h et 22h
Chocolat : Affiche
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Chocolat
Réalisé par Roschdy ZEM
France 2015 1h50mn
avec Omar Sy, Hames Thierrée, Clotilde Hesme, Olivier Gourmet, Frédéric Pierrot, Noémie Lvovsky, Alice de Lencquesaing, Olivier Rabourdin...
Scénario de Cyril GELY, Olivier Gorce, Roschdy Zem et Gérard Noiriel
L’histoire a parfois la mémoire qui flanche et sait être douloureusement sélective quand il s’agit de préférer le glamour à de plus tragiques destinées… Par exemple c’est bien le nom de Joséphine Baker qui vient à l’esprit quand on cherche le nom du « premier artiste noir » à avoir fait carrière en France. Joséphine et ses seins nus, son délicieux accent, ses déhanchements ceinturés de bananes. L’histoire a longtemps oublié Rafael Padilla, aussi appelé « le clown Chocolat », qui fut, bien avant Joséphine Baker, le premier Noir à se produire dans les plus grands cabarets parisiens et qui créa un numéro de cirque qui allait lui survivre : celui du clown (blanc) autoritaire et de l’auguste (noir) souffre-douleur. Un duo qu’il forma avec succès pendant près de vingt ans avec Georges Footit, imposant ainsi le modèle inoxydable du couple comique antinomique et complémentaire... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 24 à 11h puis tous les jours à 11h et 17h45
Lorgues : mercredi 24 et lundi 29 à 21h et dimanche 28 à 16h
Les Saisons : Affiche
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Les Saisons
Réalisé par Jacques PERRIN et Jacques CLUZAUD
Documentaire France 2015 1h37mn
Depuis "Le Peuple Migrateur" (2001), "La Planète Bleue" (2003), "Océans" (2010), Jacques Perrin s'est fait la spécialité de la réalisation de films documentaires. Avec sa voix si particulière, il tend à nous éveiller une conscience écologique au cours d'une heure trente de film. Mais sa démarche va au-delà du réquisitoire contre l'influence malsaine de l'homme sur son environnement... qu'on pourrait lui attribuer trop facilement. D'abord, il renouvelle le genre "docu" en créant une proximité qu'on avait jamais ressenti jusqu'à alors. Comme à peu près dans ses derniers films, il s'entoure de la meilleure équipe pour livrer les images les plus percutantes. Alors que beaucoup de cameramans se contenteraient de filmer depuis le champ de vision de l'oeil humain, Jacques Perrin essaye de saisir des instants de vie à l'échelle des animaux, à même le sol... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 24, jeudi 25, samedi 27 et lundi 29 à 13h50
Les Innocentes : Affiche
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Les Innocentes
Réalisé par Anne FONTAINE
France 2016 1h55mn VOSTF
avec Lou De Laâge, Agata Buzek, Vincent Macaigne, Agata Kulesza, Joana Kulig...
Scénario de Sabrina B. Karine, Alice Vial, Anne Fontaine et Pascal Bonitzer, sur une idée de Philippe Maynial
Ce film est un moment de grâce. Et même davantage tant l'univers dans lequel il nous plonge nous confronte à quelque chose qui relève de cette émotion secrète et profonde que tout être humain éprouve un jour ou l'autre, particulièrement lorsqu'il est confronté à des situations d'exception : ce sentiment indicible que la vie est un grand mystère, tout comme la mort, cette découverte que, parfois, la question de la transcendance s'impose intensément à nous. Il nous a rarement été donné de voir exprimée au cinéma, avec une telle subtilité et une telle force, la complexité de la nature humaine et de ses aspirations les plus intimes, révélée ici par une histoire qui, pour être douloureuse, ne parvient pas à détruire la petite lumière d'espoir et de vie qui illumine une humanité déchirée, violentée, mais portée par un amour insubmersible qui la dépasse... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :  mercredi 24 à 15h50 et 18h05 - jeudi 25 à 15h30, 18h, 20h - vendredi 26 à 16h et 18h15 - samedi 27 à 15h30 - dimanche 28 à 13h55 - lundi 29 à 15h45 et mardi 1er à 16h et 18h15
CGR (Draguignan) : dans 2 semaines
Les délices de Tokyo : Affiche
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Les Délices de Tokyo
Écrit et réalisé par Naomi KAWASE
Japon 2015 1h53mn VOSTF
avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida...
D'après le roman An, de Durian Sukegawa
Tokyo… Un quartier, excentré, banal et terne, s'il n'y avait… les cerisiers en fleurs ! Les voilà qui rivalisent d'exubérance, déployant de subtiles dentelles de pétales, saupoudrant d'un rose fragile le monde grisonnant des hommes. Ils donneraient presque des airs de village ancestral aux bâtisses bétonnées et sans charme. Mais le printemps peine à pénétrer dans certaines boutiques. Celle que tient Sentaro reste résolument insipide, à l'image de son gérant et de la pâte « an » des « dorayakis » qu'il cuisine… Vous ne connaissez pas les dorayakis ? Qu'importe, vous aurez tout le film pour les découvrir, vous pourlécher les babines et entendre votre ventre gargouiller… Mais ne croyez pas que vous avez affaire à un film culinaire : nous sommes dans l'univers de Naomi Kawase, avec sa douceur, sa subtilité habituelles, sa gourmandise de la vie. Ces dorayakis se révèlent être plus que de savoureuses pâtisseries, ils recèlent l'essence des choses, la saveur de l'enfance, l'attention aux autres, aux moindres petites choses. Ils sont une invitation à s'ancrer dans le présent, à aimer tout ce qui nous entoure, à jouir de la vie. Une ode au Carpe Diem... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 26 à 16h et mardi 1er à 18h15
Salernes : jeudi 25 à 18h et dimanche 28 à 15h
Inside Llewyn Davis : Affiche
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Inside Llewyn Davis
Écrit et réalisé par Joël et Ethan COEN
USA 2013 1h45mn VOSTF
avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, John Goodman, Garrett Hedlund, Justin Timberlake...
GRAND PRIX DU JURY, FESTIVAL DE CANNES 2013
Sacrés frères Coen ! On a beau guetter avec impatience chaque nouveau projet, tenter d'imaginer une suite potentielle à leur filmographie foisonnante, ils ne sont jamais là où on les attend, capables de se renouveler à chaque fois sans jamais se perdre pour autant, conservant immanquablement ce ton si particulier qui fait leur charme et leur succès… Immédiatement reconnaissables et sans cesse surprenants, c'est l'apanage des plus grands ! Et disons le d'emblée :Inside Llewyn Davis est un de leurs meilleurs films. Les voici donc qui plongent dans le Greenwich Village du début des années 60, dans le sillage d'un guitariste et chanteur folk qui traîne son spleen dans le rude hiver new-yorkais et tente désespérément de percer alors que le folk ne fait pas franchement recette… Le personnage serait librement inspiré de la vie de Dave Van Ronk, importante figure du revival folk qui enseigna notamment la guitare à Bob Dylan… Mais pour l'instant, force est de constater que Llewyn Davis galère... lire la suite
Salernes : samedi 27 à 18h
Carol : Affiche
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Carol
Réalisé par Todd HAYNES
GB / USA 2015 1h58mn VOSTF
avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler, Carrie Brownstein...
Festival de Cannes 2015 : Prix d’interprétation féminine pour Rooney Mara
Carol est un femme en train de s’écrouler. Elle ne tient plus que par l'artifice de son statut d’épouse et de mère, elle n’est reliée au monde que par les innombrables fils invisibles que son rang, sa beauté, sa mondanité ont tissés. Carol est une femme qui sait qu’elle est en train de s’écrouler mais elle a conscience aussi que sa chute est indispensable à sa renaissance, dont elle ne doute pas. Therese est une femme en train d’éclore. Elle a encore un pied dans cette jeunesse insouciante et légère mais autour d’elle, entourage, société… tout la pousse à se couler sans réfléchir dans le moule que l’époque a choisi pour elle : se marier, être une gentille épouse et une maman modèle. Sans être rebelle ni forcément réfractaire à l’idée d’un fiancé, Therese a pourtant l’intime conviction que sa destinée ne peut pas déjà, si vite, être toute tracée et qu’il doit bien y avoir une possibilité de simplement suivre son instinct, ses désirs... lire la suite
Salernes : jeudi 25 à 20h30 et dimanche 28 à 17h
Encore heureux : Affiche
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Encore Heureux
Réalisé par Benoît GRAFFIN
France 2015 1h33mn
avec Sandrine Kiberlain, Edouard Baer, Bulle Ogier, Benjamin Biolay...
Scénario de Mika Tard, Deborah Saïag, Benoît Graffin et Nicolas Bedos
Dans une société, la nôtre, qui compte plus de trois millions de chômeurs, menaces de licenciement et risque de fermetures d'entreprises ne relèvent pas que de la fiction. En imaginant les aventures tragi-comiques d'un chômeur de longue durée, soutien de famille, ce film n'élude pas les dégâts psychologiques ni les dommages provoqués par cette situation. Au bord du gouffre, son héros fragile mais qui se revendique loufoque, soutenu par une femme épatante et deux enfants inventifs, traverse l'épreuve à la manière des pieds nickelés, entre situations cocasses et rires ravageurs. Comédie corrosive et tendre, Encore heureux arbore courageusement le masque de la légèreté et de l'humour, mais derrière les apparences d'un happy end qui fit hurler le critique du Figaro à propos d'une saillie de la grand-mère « l'honnêteté, c'est un concept inventé par les riches pour laisser les pauvres à leur place », le film, mine de rien, nous invite à une réflexion tonique sur la viabilité de la famille frappée dans ses fondements, la relativité de la morale et de la loi aux prises avec le déclassement social et le déséquilibre affectif qui s'ensuit... lire la suite
Lorgues : mercredi 24 à 19h10 et dimanche 28 à 20h10
The Danish Girl : Affiche
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The Danish Girl
Réalisé par Tom HOOPER
USA / GB 2015 2h VOSTF
avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw, Amber Heard, Sebastian Koch, Matthias Schoenaerts...
Scénario de Lucinda Coxon, d'après le livre de David Ebershoff
C'est au Danemark, en 1882. Einar est un jeune peintre qui commence à être reconnu dans le milieu artistique qu'il côtoie avec sa jolie femme Gerda, peintre elle-même mais qui peine à se faire exposer au prétexte qu'elle refuse de peindre des paysages dans l'air du temps. Ses portraits, pourtant beaux, ne trouvent pas amateur. Mais elle s'obstine, vaguement jalouse du succès de son compagnon. Ils sont amoureux, libres, et cette ambiance bohème va bien avec un amour fort qui ne se laisse pas enfermer dans les convenances, ils vivent ensemble une passion commune pour un art qui est omniprésent dans leur intimité. Einar est fasciné par les dentelles et les soies des costumes d'opéra, l'odeur des coulisses, la grâce des danseuses et lorsque, pour prendre la pose à la place d'un modèle qui tarde, Gerda lui demande de se substituer à la belle femme prévue, posant sur lui une robe blanche qui masque son costume gris, il refuse d'abord, gêné de devoir exposer au regard d'un tiers, fut-elle aussi proche de lui que Gerda, la dualité qui l'habite et qu'il refoule. Cet événement, à première vu anodin, va agir comme un révélateur et être le point de départ d'un cheminement difficile vers l'acceptation de ce qu'il est au fond et que tout lui interdit d'être... lire la suite
Lorgues : mercredi 24 à 17h et samedi 27, dimanche 28 à 18h
Les Chevaliers blancs : Affiche
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Les Chevaliers blancs
Réalisé par Joachim LAFOSSE
France 2015 1h52mn
avec Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli, Reda Kateb, Philippe Rebbot, Yannick Renier...
C'est l'histoire d'un groupe d'aventuriers de l'humanitaire, c'est l'histoire d'un homme charismatique au possible… et il fallait qu'il le soit pour entraîner dans une aventure aussi bancale que pleine de bonnes intentions une flopée de familles françaises, une équipe de bénévoles dévoués corps et âme, prêts à risquer plus que leur tranquillité en s'embarquant un beau jour pour l'Afrique dans le but (humanitaire) d'exfiltrer trois cents enfants de moins de cinq ans de leur pays d'origine pour les ramener vers des familles prêtes à les accueillir en France après avoir contribué au financement de l'opération... lire la suite
Cotignac : mercredi 24, jeudi 25 et samedi 27 à 18h
Anomalisa : Affiche
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Anomalisa
Réalisé par Charlie KAUFMAN et Duke JOHNSON
USA 2015 1h30mn VOSTF
avec les voix de David Thewlis, Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan...
« Extraordinaire film d'animation » annonçons-nous sans hésiter. On aurait pu écrire « exceptionnel », on était à deux doigts de se laisser aller à « génial » mais on s'est retenu à temps. Sur ce coup, on ne sera sans aucun doute pas les seuls à user (abuser dirons les esprits rétifs à l'enthousiasme) des superlatifs tant Anomalisa s'impose comme une œuvre hors du commun, une réussite totale en ce sens qu'elle fait preuve d'une cohérence parfaite entre le fond et la forme.
C'est ici sans doute qu'il faut exhorter nos spectateurs réfractaires au cinéma d'animation à surmonter leurs préventions et à venir découvrir à quel point la technique dite du « stop motion » (animation en volume image par image) peut créer un univers sensible et profond, propice aux émotions, à la réflexion, aux interrogations les plus essentielles. Ce que Charlie Kaufman (scénariste fameux de Dans la peau de John Malkovich et d'Eternal sunshine of the spotless mind) et Duke Johnson (le spécialiste de l'animation, c'est lui) expriment et font vivre ici, ils n'auraient pas pu l'exprimer et le faire vivre dans un film en prise de vues réelles, avec des acteurs en chair et en os. L'utilisation des figurines animées apporte un recul, une poésie, une forme de radicalité expressive qui donnent au film toute sa dimension de fable existentielle et philosophique, qui lui confèrent paradoxalement une incroyable humanité.
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Cotignac : vendredi 26 à 18h
Les Premiers, les Derniers : Affiche
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Les Premiers, les Derniers
Écrit et réalisé par Bouli LANNERS
Belgique/France 2015 1h38mn
avec Albert Dupontel, Bouli Lanners, Suzanne Clément, David Murgia, Serge Riaboukine, Michael Lonsdale, Max von Sydow, Aurore Broutin, Lionel Abelanski...
Le Belge Bouli Lanners fait partie de nos grands chouchous, à la fois comme acteur et depuis ses débuts de réalisateur. On aime chez lui cette étrange alchimie d'humour surréaliste, de poésie mélancolique, de regard à la fois généreux et sans concession sur une humanité qui va à vau-l'eau dans des univers toujours un peu décalés. Les Premiers, les derniers s'inscrit de plain pied dans cette veine féconde. Ses deux héros sont deux hommes de main chargés par un mystérieux commanditaire de retrouver un téléphone volé contenant des informations compromettantes. Mais Gilou et Cochise ne sont pas des chasseurs de prime de toute première fraîcheur, aucune chance qu'on les confonde avec Steve Mc Queen, notamment Gilou, affublé d'un petit chien ridicule et parfaitement incapable de courir plus de cent mètres sans risquer la crise cardiaque. Les voilà perdus dans la plaine de Beauce, dont l'horizon désespérément dépourvu de relief et la densité au km2 feraient déprimer un clown sous euphorisants. Leur chemin va croiser un jeune couple de handicapés en fuite et une bande d'autochtones fort peu accueillants... lire la suite
Cotignac : jeudi 25 à 20h30


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Spotlight
SPOTLIGHTRéalisé par Tom McCARTHY
USA 2015 2h08mn VOSTF
avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Brian d'Arcy James, Liev Schreiber, Stanley Tucci, Billy Crudup, John Slattery, Jamey Sheridan...
Scénario de Josh Singer et Tom McCarthy

De Bas les masques (1952) de Richard Brooks aux Hommes du président (1976) d'Alan J. Pakula ou à Révélations (1999) de Michael Mann, le journaliste incarne depuis longtemps, dans le cinéma hollywoodien, une véritable sentinelle de la démocratie. Dénonçant sans relâche la criminalité, la corruption de la classe politique, le cynisme du « big business », les pires dérives de l'hystérie anticommuniste ou les erreurs judiciaires, il est une vigie qui pointe les dysfonctionnements de la société américaine, parfois au péril de sa vie.
C'est dans cette solide tradition que s'inscrit ce remarquable Spotlight qui, comme souvent dans ce genre d'entreprise, s'inspire de faits réels. Ici, l'équipe de journalistes d'investigation du Boston Globe, surnommée « Spotlight » (littéralement « le projecteur »), enquête sur une affaire de crimes pédophiles perpétrés – et dissimulés – par l'Église catholique. Pour autant, il ne faut pas chercher la moindre héroïsation du reporter. Car ce qui intéresse McCarthy, c'est de montrer le journaliste, ce soutier de la démocratie, au travail.

Non, son quotidien n'est pas ponctué de révélations spectaculaires et de satisfactions flattant l'ego. Bien au contraire, ses tâches sont le plus souvent répétitives et ingrates, son environnement est celui d'un bureau gris et exigu éclairé par des néons suspendus à un faux plafond, ses interlocuteurs le considèrent comme un gêneur et sa vie privée est vampirisée par son métier. D'ailleurs le réalisateur ne s'attache à ses personnages qu'à travers le prisme professionnel, sans s'attarder inutilement sur leur sphère personnelle qui aurait risqué de parasiter leur indéfectible trajectoire. D'où les plans éloquents de Sasha Pfeiffer (Rachel McAdams) interrogeant inlassablement les victimes et tentant d'approcher les bourreaux, ou encore ceux de Michael Rezendes (Mark Ruffalo) harcelant littéralement l'avocat des survivants et de Matty Carroll (Brian d'Arcy James) épluchant scrupuleusement les archives du journal.
McCarthy excelle à camper cette petite ruche industrieuse que forme le groupe Spotlight – les visages anxieux minés par la fatigue croissante et les rebuffades récurrentes, les innombrables appels téléphoniques infructueux, les allées et venues entre le journal, le Palais de justice et le bureau des avocats – et à humer l'atmosphère solidaire qui règne à la rédaction. Outre sa pugnacité, c'est l'autre grand atout du groupe : la complémentarité de ses membres qui, tous, savent qu'ils ont une note à jouer dans la partition et qu'ils occupent une fonction essentielle, chacun à sa place.
Peu à peu, le travail acharné des journalistes esquisse les contours des violences insondables subies par les jeunes victimes d'hier. À cet égard, la force de Spotlight, c'est le traitement du hors-champ. S'il ne fait preuve d'aucune fausse pudeur dans l'évocation des viols, le cinéaste évite soigneusement les flash-back insistants, le pathos racoleur. Entre les témoignages recueillis et la reconstitution des faits, le film donne pourtant à sentir l'envergure du traumatisme…

Ce plaidoyer pour la fonction salvatrice de la presse écrite ne serait pas aussi puissant s'il n'était pas ancré dans un contexte géographique bien spécifique. Car dans le film, la responsabilité écrasante de l'Église se confond avec celle de Boston : Boston la patricienne, discrète et « provinciale », Boston qui exècre l'ostentation, et surtout Boston la catholique, où le crime s'épanouit pourtant… « La ville prospère quand ses grandes institutions travaillent main dans la main » déclare, sûr de son fait, le cardinal Law au rédacteur en chef du Globe lors d'un entretien privé. De fait c'est toute la ville qui semble complice des agissements criminels de ses prélats : ici, l'Église, impalpable et omniprésente, s'est insinuée dans le cœur et l'âme des fidèles, si bien qu'ils ont d'eux-mêmes intégré l'impérieuse obligation du silence… Dans ce film subtil qui ne tombe jamais dans l'écueil du manichéisme, tout le monde, ou presque, partage les mêmes origines et, partant, une responsabilité collective… Un film passionnant, de bout en bout ! (F. Garbarz, Positif)


CGR (Draguignan) : mercredi 24 et samedi 27 à 17h45 - jeudi 25 à 15h45 - vendredi 26 à 13h30 - dimanche 28 et lundi 29 à 20h - mardi 1er à 11h
Le Vox (Fréjus) : mercredi 24, jeudi 25, samedi 27 et mardi 1er à 20h30



The Revenant
THE REVENANTRéalisé par Alejandro GONZALEZ IÑARRITU
USA 2015 2h36mn VOSTF
avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter...
Scénario de Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smith, d'après le roman de Michael Punke
GOLDEN GLOBES 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur


« Tant que tu peux t'accrocher à une respiration, bats-toi, respire… continue à respirer. » C'est sur cette leçon de survie que commence l'odyssée de Hugh Glass selon Iñárritu. Ne vous laissez pas submerger, perturber, par le bruit médiatique qui va entourer la sortie de ce grand favori pour les Oscar (douze nominations), après avoir triomphé aux Golden Globes. Retenez votre respiration, elle vous sera précieuse durant cette expérience immersive dans les étendues glacées et les montagnes enneigées du Dakota du Sud. Rien ne peut vous préparer à sa beauté, à la magnifique photographie d'Emmanuel Lubezki, déjà à l'œuvre pour Birdman, et aussi chez Terrence Malick (Tree of life, Le Nouveau monde) et Alfonso Cuarón (Les fils de l'homme, Gravity). Rien ne peut vous préparer à la fulgurance de sa sauvagerie, à l'animalité viscérale de sa violence. Rien ne peut vous préparer à l'éclat bouleversant, au cœur des ténèbres, de la lueur d'humanité qui subsiste, malgré tout ce qu'il endure, dans le regard de Leonardo DiCaprio.
Depuis qu'il s'est mis à l'écriture de ses films avec Biutiful, Alejandro González Iñárritu a déployé ses ailes et confirme le tournant esthétique de Birdman. Mais ici, l'usage des plans séquences et de la courte focale est en parfaite cohérence avec l'histoire, on n'est plus dans l'exercice formaliste génial, son cinéma est devenu organique, respirant avec son histoire, ses personnages. C'est le résultat d'un tournage dans des conditions particulièrement difficiles (il rejoint les légendaires tournages d'Apocalypse Now et Sorcerer), en décors naturels, et dans l'ordre chronologique du film : « tout le monde était gelé, le matériel se brisait. Amener la caméra d'un point à un autre était un cauchemar. Les acteurs n'étaient pas en studio à rigoler devant des fonds verts. »

Hugh Glass était un « mountain man », un de ces trappeurs, explorateurs américains qui parcouraient les montagnes de l'Amérique du Nord au xixesiècle, motivés par le profit, chassant les castors et vendant leurs peaux. Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack, qui racontait l'histoire d'un de ces trappeurs, Johnson le mangeur-de-foie, fait aujourd'hui figure de conte pour enfant aux côtés deThe Revenant. Le film mêle deux épisodes qui ont fait la célébrité de Hugh Glass, durant l'expédition du général William Ashley remontant le Missouri. Le premier épisode est celui de la rencontre avec les indiens Arikaras, qui les pourchassèrent et auxquels il parvint à échapper, aidé ensuite par des Sioux pour rejoindre le fort. En 1823, lors d'une reconnaissance, Glass surprit une femelle grizzly, accompagnée de ses deux oursons, qui le chargea. Il réussit à tuer l'ours, mais très gravement blessé, fut laissé pour mort par les deux compagnons qui devaient rester à ses côtés. Sans armes, il parvint en six semaines à gagner Fort Kiowa, distant de plus de trois cents kilomètres. Glass se remettra ensuite en route pour traquer Bridger et Fitzgerald, et en tirer vengeance.

Resserrant la durée du récit originel, le film reprend en grande partie les épisodes de cette histoire pour en faire une aventure humaine dont la profondeur et la force en font dores et déjà un classique intemporel, hors catégories : « la souffrance est temporaire, un film est éternel » (Alejandro González Iñárritu, Golden Globes 2016).


CGR (Draguignan) en VF (hélas) : tous les jours à 11h, 13h30, 16h30, 19h30 et 22h


Ave, César!
AVE CÉSAR !Écrit et réalisé par Joel et Ethan COEN
USA 2015 1h46mn VOSTF
avec Josh Brolin, George Clooney, Clancy Brown, Ralph Fiennes, Jonah Hill, Scarlett Johansson, Christophe Lambert, Frances McDormand, Tilda Swinton, Channing Tatum...
Festival de Berlin 2016, film d'ouverture

Allez, ça y est, c’est bon, on y croit, en 2016 on va enfin pouvoir se marrer en bonne compagnie ! Mais si, c’est possible : à partir du 17 Février, vous avez de bonnes chance de vous marrer. Bon, il n’est pas totalement exclu que vous réussissiez à rigoler avant cette date, pour peu que vous fassiez partie de cette catégorie de personnes qui pensent heureusement qu’on peut rire de tout, en toutes circonstances et en dépit d’un monde qui pousse plus à l’affliction, la révolte ou le désarroi qu’à la franche rigolade (un peu à la manière d’un génial François Morel, capable de livrer le 11 septembre 2015 une chronique ayant pour titre « 3615 code terroriste, le retour des Daechiens »). En tout cas, le 17 Février, le nouveau film des frères Coen déboule sur nos écrans et c’est sûr : ça va nous faire un bien fou.

Parce que les frères Coen… quand même, les frères Coen ! Parce que le cinéma des frères Coen, c’est un peu comme la vinaigrette de ma belle-mère Michèle : personne n’a encore réussi à copier la recette originelle pour tenter d’égaler ce ton si singulier, ce sens inouï du rythme, cet humour, cette écriture qui brille autant par son intelligence que son sens absolu de la dérision. Alors oui, un nouveau film des frères Coen, surtout quand il s’agit d’une comédie en mode majeur, ça s’impose illico dans la gazette, ça prend directement sa place sans montrer son carton d’invitation ni sa patte blanche… Certes c’est une pratique qui pourrait sembler cavalière et que généralement, nous n’aimons pas trop à Utopia, mais c’est aussi le privilège des grands (comme ce fut le cas récemment avec Tarantino), des princes tout autant que des potes. Donc vous l’avez compris au bout de ces 1700 et quelques caractères : nous n’avons pas vu Ave César !, quasiment personne ne l'a vu d'ailleurs, puisque le film ne sortira aux Etats-Unis que le 5 Février.

Cela faisait bien des années que ce film trottait dans le cerveau quadricéphale d’Ethan et de Joel, à la manière de ces vieux rêves que tout réalisateur nourrit secrètement, ce genre de projets qui s’éloignent, et reviennent, qui s’oublient un peu, et puis ressurgissent. Et un jour, tous les éléments s’emboîtent : le scénario, le casting, le budget, le timing. Et ça nous donne ça : une comédie qui se déroule dans les années 50, en plein âge d'or hollywoodien, au cœur d'un grand studio de cinéma florissant et mégalo à souhait, tendance Ben Hur, Cléopâtre ou Spartacus. Le récit narre la folle journée d'Eddie Mannix (le personnage a d'ailleurs réellement existé), un « fixer », l'homme à tout faire du studio incarné par Josh Brolin, chargé de retrouver l'acteur star Baird Whitlock (George Clooney, plus Clark Gablesque que jamais), engagé pour tourner dans un péplum baptisé « Ave César ! » mais kidnappé au bout de quelques jours de tournage par un mystérieux groupe de ravisseurs baptisé « Le futur », rien que ça…

Si vous êtes comme nous curieux et frétillants d’impatience, vous avez déjà sans doute regardé la bande-annonce qui est un pur régal et montre un George César denté et gominé dans un grand numéro d’auto-dérision dont il a le secret. Rendez-vous donc  pour cette comédie polardesque qui on l'espère, contrairement à certains, tiendra ses promesses.


CGR (Draguignan) en VF (hélas) tous les jours à 11h et 22h

Chocolat
CHOCOLATRéalisé par Roschdy ZEM
France 2015 1h50mn
avec Omar Sy, Hames Thierrée, Clotilde Hesme, Olivier Gourmet, Frédéric Pierrot, Noémie Lvovsky, Alice de Lencquesaing, Olivier Rabourdin...
Scénario de Cyril GELY, Olivier Gorce, Roschdy Zem et Gérard Noiriel

L’histoire a parfois la mémoire qui flanche et sait être douloureusement sélective quand il s’agit de préférer le glamour à de plus tragiques destinées… Par exemple c’est bien le nom de Joséphine Baker qui vient à l’esprit quand on cherche le nom du « premier artiste noir » à avoir fait carrière en France. Joséphine et ses seins nus, son délicieux accent, ses déhanchements ceinturés de bananes. L’histoire a longtemps oublié Rafael Padilla, aussi appelé « le clown Chocolat », qui fut, bien avant Joséphine Baker, le premier Noir à se produire dans les plus grands cabarets parisiens et qui créa un numéro de cirque qui allait lui survivre : celui du clown (blanc) autoritaire et de l’auguste (noir) souffre-douleur. Un duo qu’il forma avec succès pendant près de vingt ans avec Georges Footit, imposant ainsi le modèle inoxydable du couple comique antinomique et complémentaire…
C'est son histoire à la fois magnifique et terrible que Roschdy Zem, inspiré par les travaux de l'historien Gérard Noiriel, a choisi de nous raconter. La destinée d'un homme né esclave qui accéda au statut de vedette, qui mena la grande vie à Paris avant de finir seul, malade et oublié de tous, inhumé dans la partie du cimetière de Bordeaux réservée aux indigents, carré M, rangée 7, tombe numéro 2…

Tout commence dans la campagne française, dans un tout petit cirque familial. Un cirque et son dompteur, son géant, son nain, sa femme obèse ou à barbe et son nègre dompté. C’est ici que Rafael commence sa carrière, peau et cris de bête, regard effrayant… Un sauvage, dangereux et sans doute cannibale : c’est ainsi que l’homme noir est représenté et perçu par une foule excitée, curieuse et avide de sensations fortes. Et puis il y a le numéro de clown de Georges, un numéro un peu usé qui s’essouffle et ne fait plus rire grand monde.
Georges, perfectionniste, passionné, bosseur maladif, sent qu'il doit impérativement se renouveler et c'est alors que lui vient l'idée de génie : détourner Rafael de son rôle de méchant sauvage et l’associer à son numéro de clown. Le grand homme noir maladroit, simple d’esprit, souffre-douleur et toujours servile et le petit bonhomme blanc malin, manipulateur et bien entendu toujours maître de la situation. Un rire discret, puis deux, puis trois, puis cent… l’alchimie fonctionne, la foule a besoin de distraction, de nouveauté et aussi de clichés rassurants : le duo « Footit et Chocolat » est né.

Chocolat suit le duo sur près de vingt années. La gloire, l'argent mais aussi le difficile travail de la scène, la recherches permanente de trouvailles comiques dans un monde du show business où tout est déjà là : la publicité, la concurrence, le besoin vorace de nouveauté. La première partie du film, riche de numéros de scène parfaitement huilés où la magie du duo fonctionne à plein, est menée tambour battant, avec un sens parfait du rythme et de la comédie. La seconde partie est plus grave, plus complexe, plus politique aussi puisqu’elle marque le réveil de Chocolat à son statut d’homme noir soumis et inférieur, faire-valoir de la puissance blanche colonialiste et dominatrice. C’est le moment où la fusion et l’amitié des deux hommes se fissurent et où Chocolat veut s’affranchir de son maître blanc pour affirmer sa position d’artiste, d’artiste tout court. En cela, le film de Roschy Zem résonne, bien au-delà du pur divertissement, comme un formidable appel à la réflexion sur ces questions fondamentales et encore tabou dans la France d’aujourd’hui.
Servi par un imparable duo Omar Sy / James Thierrée, soutenus par des seconds rôles écrits et interprétés amoureusement, Chocolat fait rire et fait réfléchir, exalte avec une générosité débordante une fraternité dont nous avons bien besoin.

CGR (Draguignan) : mercredi 24 à 11h puis tous les jours à 11h et 17h45
Lorgues : mercredi 24 et lundi 29 à 21h et dimanche 28 à 16h



Les Saisons
Les Saisons : AfficheRéalisé par Jacques PERRIN et Jacques CLUZAUD
Documentaire France 2015 1h37mn

Depuis "Le Peuple Migrateur" (2001), "La Planète Bleue" (2003), "Océans" (2010), Jacques Perrin s'est fait la spécialité de la réalisation de films documentaires. Avec sa voix si particulière, il tend à nous éveiller une conscience écologique au cours d'une heure trente de film. Mais sa démarche va au-delà du réquisitoire contre l'influence malsaine de l'homme sur son environnement... qu'on pourrait lui attribuer trop facilement.

D'abord, il renouvelle le genre "docu" en créant une proximité qu'on avait jamais ressenti jusqu'à alors. Comme à peu près dans ses derniers films, il s'entoure de la meilleure équipe pour livrer les images les plus percutantes. Alors que beaucoup de cameramans se contenteraient de filmer depuis le champ de vision de l'oeil humain, Jacques Perrin essaye de saisir des instants de vie à l'échelle des animaux, à même le sol. La technologie la plus moderne est au service de son oeil de réalisateur et sa passion lui permet d'obtenir des plans de qualité d'une image léchée. Pari réussi, nous sommes frappés par tant de réalisme, si bien que la caméra peut tout autant suivre une course de loups affamés poursuivant un sanglier, que s'insérer dans un tronc d'arbre à travers un trou minuscule pour voir ce qu'il s'y cache à l'intérieur, ou encore effectuer un long plan séquence dans lequel elleprécède l'envol d'un scarabé à plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Autre exemple, lorsqu'on s'arrête sur la vie des insectes, le moindre détail est perçu dans le tachement des ailes... Jacques Perrin est passé maître dans l'art des films tableaux renversants, ce qui prouve, une fois encore, que la 3D n'est pas inéluctable pour asseoir le spectateur au coeur d'un film. Mais ce n'est pas le plus surprenant, car ils insufflent une dose de fiction qui muscle un peu le film, et s'attardent parfois sur le parcours de certains gibiers... Et plus qu'un réel film environnemental c'est une réelle histoire sur des bêtes qui sont considérés comme des personnages. L'Homme apparaît furtivement. Jacques Perrin a donc voulu inverser les rôles. Par-dessus ses images qu'il commente très légèrement, la musique prend une place prépondérante et c'est finalement elle, qui annote les scènes.Le synchronisme entre les changements d'ambiance, par exemple des percusions plus graves pour annoncer un danger, ou plus légères, lorsqu'il s'agit de résolutions d'enjeux, confortent les animaux dans leurs places centrales. Son film c'est une fresque historique sur notre continent européen, mais pas du point de vu des Hommes : depuis les débuts de l'ère glaciaire avec l'époque des grandes forêts "primaires" dans lesquelles vivaient des animaux exotiques, précédant l'installation des tribus humaines sédentaires qui ont progressivement conduit à la lente dérofestation et à la disparition de certaines espèces, paroxysme atteint avec les grandes Révolutions Industrielles des siècles plus tard... En préambule, Jacques Perrin rappelle les dramatiques conséquences de l'activité humaine sur le réchauffement climatique et ses bouleversements sur l'éco-système. Mais il est encore possible de vivre avec ses partenaires de planète. Car Jacques Perrin est avant-tout un homme d'action, bien ancré dans les réalités. Certes, il a fait le pari de filmer la vie d'animaux qui ont disparu depuis bien longtemps, mais pas question pour lui de recourir à des effets spéciaux. Son équipe s'est rendue aux confins de l'Europe, à Bélovej, à la limite de la Pologne, où on trouve une des dernières forêts "primitives" de l'ère glaciaire, mais également en Scandinavie...Ce grand monsieur a le souci du réalisme et le sens des réalités. Il participe positivement à retourner les mentalités en faveur d'une protection de l'environnement, à laisser croire qu'un autre avenir est possible, et il le défend bien en citant notamment l'ensemble des associations et fondations, qui le soutiennent dans sa démarche, ainsi que les projets possibles en devenir : re-peuplement des forêts, protection des espèces, mise en place d'un développement durable... Mais pas question de se lancer en politique, seul son regard d'artiste compte. Et c'est bien son rôle que de tracer l'avenir grâce à sa vision et sans se soucier des contraintes, qui peuvent entraver sa liberté. "Il faut faire des films politiques sur la nature" comme il le rappelle à la fin de la projection.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 24, jeudi 25, samedi 27 et lundi 29 à 13h50

Les Innocentes
LES INNOCENTESRéalisé par Anne FONTAINE
France 2016 1h55mn VOSTF
avec Lou De Laâge, Agata Buzek, Vincent Macaigne, Agata Kulesza, Joana Kulig...
Scénario de Sabrina B. Karine, Alice Vial, Anne Fontaine et Pascal Bonitzer, sur une idée de Philippe Maynial

Ce film est un moment de grâce. Et même davantage tant l'univers dans lequel il nous plonge nous confronte à quelque chose qui relève de cette émotion secrète et profonde que tout être humain éprouve un jour ou l'autre, particulièrement lorsqu'il est confronté à des situations d'exception : ce sentiment indicible que la vie est un grand mystère, tout comme la mort, cette découverte que, parfois, la question de la transcendance s'impose intensément à nous. Il nous a rarement été donné de voir exprimée au cinéma, avec une telle subtilité et une telle force, la complexité de la nature humaine et de ses aspirations les plus intimes, révélée ici par une histoire qui, pour être douloureuse, ne parvient pas à détruire la petite lumière d'espoir et de vie qui illumine une humanité déchirée, violentée, mais portée par un amour insubmersible qui la dépasse.
C'est plus qu'un beau film, c'est une expérience à la fois humaine et quasi spirituelle qui parvient à nous faire oublier qu'on a déjà vu certains des acteurs incarner d'autres personnages dans d'autres films, tant ils semblent ici uniques, portés par la cohérence d'un groupe qui se fond dans la réalité d'un autre temps, d'un autre pays. Le film a été tourné en Pologne, la plupart du temps dans un couvent désaffecté, avec des actrices (particulièrement inspirées) et acteurs polonais et français, dans des conditions de découverte mutuelle qui renforcent encore l'impression d'authenticité. Si l'histoire de départ est bien réelle – celle de Madeleine Pauliac, jeune et jolie Française, provisoire médecin-chef de l'hôpital de Varsovie en 1945 –, elle sert ici de révélateur à des relations aussi universelles qu'intemporelles qui prennent une intensité particulière dans le huis-clos de ce couvent austère, magnifié par les images de Caroline Champetier. La part faite aux chants grégoriens, interprétés essentiellement par les comédiennes, contribue au sentiment de sérénité, de plénitude si particulières à l'ambiance monastique qui contraste ici avec la violence de la situation.

1944 : la Pologne a été dévastée par l'occupation allemande. Tandis que les autochtones tentent de survivre, la Croix Rouge française s'est installée dans ce qu'il reste d'un hôpital pour soigner et rapatrier les Français qui se trouvent encore sur le territoire polonais. L'équipe médicale n'a pas pour mission de s'occuper des Polonais, et quand une jeune religieuse vient demander du secours, on l'éconduit dans un premier temps, mais Mathilde Beaulieu, interne de vingt-cinq ans, se laisse toucher par sa détresse et accepte de la suivre jusque dans son couvent, malgré l'interdiction qui lui est faite de s'éloigner du cadre de sa mission. Là, elle découvre une communauté de Bénédictines qui continuent à vivre leur vie de moniales, rythmée par les sept offices quotidiens, mais qui cachent dans la honte et le désarroi un secret terrible. Les soldats de l'armée rouge, suivant le reflux de l'armée allemande, ont pénétré dans le couvent à plusieurs reprises, brutalisé, violé les jeunes religieuses et certaines sont sur le point d'accoucher. La mère Abbesse est d'abord réticente à l'intervention de Mathilde, tant elle redoute que l'horreur de leur situation soit connue à l'extérieur du couvent. Mais peu à peu une relation se noue entre la médecin athée, engagée corps et âme au service des autres, et la trentaine de nonnes qu'elle va tenter d'aider autant que possible, s'immergeant dans leur quotidien, à l'écoute de leurs choix sans pour autant modifier ses orientations personnelles. Mettant sa propre vie en péril, elle préservera le plus longtemps possible leur secret, ne demandant que tardivement de l'aide au médecin qui lui est le plus proche et avec qui d'ailleurs elle a une de ces relations dont on imagine qu'elles sont inévitables dans ce genre de lieu et de situation, entre fraternité et désir, complicité et réconfort nécessaire…
Les Innocentes est bien plus que le récit prenant d'un moment d'histoire peu connu, le film rayonne de cette lumière intérieure qui caractérise ceux qu'une conviction profonde élève au dessus des contingences les plus difficiles, jusqu'à atteindre une sorte d'intensité harmonique rare et positive. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) :  mercredi 24 à 15h50 et 18h05 - jeudi 25 à 15h30, 18h, 20h - vendredi 26 à 16h et 18h15 - samedi 27 à 15h30 - dimanche 28 à 13h55 - lundi 29 à 15h45 et mardi 1er à 16h et 18h15
CGR (Draguignan) : dans 2 semaines


Les Délices de Tokyo
LES DÉLICES DE TOKYOÉcrit et réalisé par Naomi KAWASE
Japon 2015 1h53mn VOSTF
avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida...
D'après le roman An, de Durian Sukegawa

Tokyo… Un quartier, excentré, banal et terne, s'il n'y avait… les cerisiers en fleurs ! Les voilà qui rivalisent d'exubérance, déployant de subtiles dentelles de pétales, saupoudrant d'un rose fragile le monde grisonnant des hommes. Ils donneraient presque des airs de village ancestral aux bâtisses bétonnées et sans charme. Mais le printemps peine à pénétrer dans certaines boutiques. Celle que tient Sentaro reste résolument insipide, à l'image de son gérant et de la pâte « an » des « dorayakis » qu'il cuisine… Vous ne connaissez pas les dorayakis ? Qu'importe, vous aurez tout le film pour les découvrir, vous pourlécher les babines et entendre votre ventre gargouiller… Mais ne croyez pas que vous avez affaire à un film culinaire : nous sommes dans l'univers de Naomi Kawase, avec sa douceur, sa subtilité habituelles, sa gourmandise de la vie. Ces dorayakis se révèlent être plus que de savoureuses pâtisseries, ils recèlent l'essence des choses, la saveur de l'enfance, l'attention aux autres, aux moindres petites choses. Ils sont une invitation à s'ancrer dans le présent, à aimer tout ce qui nous entoure, à jouir de la vie. Une ode au Carpe Diem…

Mais revenons à Sentaro. Pour lui, les jours se suivent… Le réveil sonne l'heure de la clope qu'il fume, solitaire, sur une terrasse, avant de se mettre au boulot sans conviction. Des litres de pâte qu'il transforme en dizaines de petites crêpes pour les gosiers voraces d'une poignée de collégiennes qui les ingurgitent en se moquant de lui, de ses airs bougons. Seule Wakana semble prendre racine, une fois la nuée de ses copines passée. Elle n'a guère d'alternative puisque ses camarades filent vers des cours particuliers qu'elle n'a pas les moyens de s'offrir. Elle n'ose tout bonnement plus espérer accéder à l'université faute de l'argent nécessaire. C'est une drôle de complicité qui se tisse en silence entre le quadragénaire et la collégienne. La tristesse désabusée de ces deux égratignés de la vie n'a pas besoin de mots pour s'exprimer.
Les jours pourraient dériver ainsi longtemps encore, lorsqu'une drôle de petite vieille, hésitante et bancale, passe sa frimousse dans l'embrasure de la petite échoppe. Le patron cherche un commis pour l'aider ? Elle dit être la femme de la situation ! Sentaro refuse, la voyant trop âgée, trop abimée, trop tordue de la tête aux mains… Poliment il tente de la dissuader en lui parlant du salaire minable… Mais, chose saugrenue, ne voilà-t-il pas que la grand-mère, loin de se décourager, négocie son salaire encore à la baisse ! Sentaro ne sait plus comment s'en dépêtrer… D'autant que tous les jours la dame semble revenir à la charge jusqu'à l'obliger à goûter la délicieuse pâte « an » qu'elle a réalisée : un comble pour celui qui déteste le sucré ! Voilà comment Tokue va finir par imposer sa présence réjouissante dans le quartier, bouleverser la routine de Sentaro, à coup de savoir faire, à coup de savoir être. Elle semble ré-enchanter le monde partout où elle vient piétiner, hésitante et gauche. Étonnante Tokue qui sait écouter aussi bien les murmures des feuilles qui frissonnent que ceux du cœur des hommes ou des haricots rouges qui patientent dans la casserole.
Ceci n'est qu'un début, un prétexte ou presque, vous le découvrirez lorsque le film va basculer dans un tout autre registre évoquant un pan honteux de l'histoire nipponne… Et on comprend que l'indéracinable capacité d'émerveillement de Tokue a cru dans la fange d'un terrible passé. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : vendredi 26 à 16h et mardi 1er à 18h15
Salernes : jeudi 25 à 18h et dimanche 28 à 15h


Inside Llewyn Davis
INSIDE LLEWYN DAVISÉcrit et réalisé par Joël et Ethan COEN
USA 2013 1h45mn VOSTF
avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, John Goodman, Garrett Hedlund, Justin Timberlake...
GRAND PRIX DU JURY, FESTIVAL DE CANNES 2013

Sacrés frères Coen ! On a beau guetter avec impatience chaque nouveau projet, tenter d'imaginer une suite potentielle à leur filmographie foisonnante, ils ne sont jamais là où on les attend, capables de se renouveler à chaque fois sans jamais se perdre pour autant, conservant immanquablement ce ton si particulier qui fait leur charme et leur succès… Immédiatement reconnaissables et sans cesse surprenants, c'est l'apanage des plus grands ! Et disons le d'emblée :Inside Llewyn Davis est un de leurs meilleurs films.
Les voici donc qui plongent dans le Greenwich Village du début des années 60, dans le sillage d'un guitariste et chanteur folk qui traîne son spleen dans le rude hiver new-yorkais et tente désespérément de percer alors que le folk ne fait pas franchement recette… Le personnage serait librement inspiré de la vie de Dave Van Ronk, importante figure du revival folk qui enseigna notamment la guitare à Bob Dylan… Mais pour l'instant, force est de constater que Llewyn Davis galère…

Sans le sou, sans toit, sans même un manteau convenable pour résister au froid, Llewyn trimbale sa guitare dans les rues du Village, cherchant un endroit où pouvoir jouer, et un canapé sur lequel passer quelques nuits, chez un ami, une ex, un inconnu… Tous acceptent de l'aider, mais tous finissent par se lasser de son sale caractère, de ce désespoir accroché à ses basques qui le rend trop souvent de bien mauvaise compagnie. Entre une dérouillée reçue dans une ruelle sombre à la sortie d'un bar, un chat égaré et un album, « Inside Llewyn Davis », qui ne se vend pas, Llewyn accumule donc échecs et mésaventures…
Et pourtant, il suffit qu'il s'empare de sa guitare et se mette à chanter pour que cette mélancolie si pesante au quotidien se magnifie dans la beauté de ses mélodies. On ne peut qu'être touché par l'émotion qui se dégage de ses chansons, par la simplicité de leur apparat, quelques arpèges de guitare pour accompagner sa voix. Mais ce n'est pas franchement le genre de musique qui fait recette, ses anciens compagnons de route ne cessent de le lui rappeler (et de le lui prouver) : il faut du refrain accrocheur, de l'énergie, du pep's, et la mode semble être surtout aux harmonies vocales. Llewyn s'acharne, refuse le compromis, la facilité et défend coûte que coûte sa musique, malgré le manque d'entrain qui le caractérise. La solution serait peut-être de s'éloigner du Village, et pourquoi pas de tenter sa chance au mythique club « The Gate of Horn », véritable temple de la musique folk à Chicago…

« Si on n'avait pas trouvé Oscar, on était foutus » confiaient les frères Coen à la presse. Et en effet, Oscar Isaac porte le personnage de Llewyn Davis sur ses frêles épaules, sachant aussi bien incarner ce loser pathétique et magnifique que jouer de la guitare et chanter avec talent et émotion. Il se fond sans rougir dans un casting cinq étoiles (mention spéciale au grand John Goodman en jazzman boiteux et acariâtre). Et puis il y a bien-sûr le génie des deux frangins, l'élégance de leur mise en scène, leur sens de la cocasserie et leur humour (qui se teinte ici d'une belle tendresse envers leurs personnages) qui font de ce qui pouvait sembler a priori un film mineur dans leur filmographie une réussite éclatante. Qui leur a valu au dernier Festival de Cannes un bien mérité Grand Prix (deuxième récompense après la Palme d'Or)… Sacrés frères Coen !


Salernes : samedi 27 à 18h

Carol
CAROLRéalisé par Todd HAYNES
GB / USA 2015 1h58mn VOSTF
avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler, Carrie Brownstein...
Scénario de Phyllis Nagy, d’après le roman de Patricia Highsmith
Festival de Cannes 2015 : Prix d’interprétation féminine pour Rooney Mara


C'est le premier film de Todd Haynes depuis I'm not there (2007), son évocation ébouriffante de la personnalité multiple de Bod Dylan. Il a travaillé entretemps pour la télévision, signant entre autres une très belle Midred Pierceen trois épisodes, avec une Kate Winslet étincelante. Mais rien pour le cinéma pendant plus de huit ans. Autant dire que nous attendions ce Carol avec impatience et nous sommes comblés : c'est d'une beauté, d'une délicatesse, d'une intelligence hors du commun. S’il fallait trouver une filiation à Carol dans la filmographie protéiforme de Todd Haynes, c’est du côté de Loin du paradis qu'il faudrait chercher : un sublime portrait de femme(s), une mise en scène ultra soignée, et les très guindées autant que glamour années cinquante comme écrin à une histoire d’amour contrariée. Mais Todd Haynes n’est pas du genre à se répéter donc ne vous attendez pas à un nouveau sublime mélo à la Douglas Sirk,Carol est d'une autre nature : plus réservé, plus distancié mais non moins passionnant, non moins émouvant si l'on sait percevoir le feu sous la glace.

Carol est un femme en train de s’écrouler. Elle ne tient plus que par l'artifice de son statut d’épouse et de mère, elle n’est reliée au monde que par les innombrables fils invisibles que son rang, sa beauté, sa mondanité ont tissés. Carol est une femme qui sait qu’elle est en train de s’écrouler mais elle a conscience aussi que sa chute est indispensable à sa renaissance, dont elle ne doute pas. En attendant de pouvoir se sortir d’une procédure de divorce ô combien difficile (nous sommes en 1952, le mariage est d'airain), elle tente tant bien que mal de faire bonne figure, au prix d’efforts contraints et de sourires forcés.
Therese est une femme en train d’éclore. Elle a encore un pied dans cette jeunesse insouciante et légère mais autour d’elle, entourage, société… tout la pousse à se couler sans réfléchir dans le moule que l’époque a choisi pour elle : se marier, être une gentille épouse et une maman modèle. Sans être rebelle ni forcément réfractaire à l’idée d’un fiancé, Therese a pourtant l’intime conviction que sa destinée ne peut pas déjà, si vite, être toute tracée et qu’il doit bien y avoir une possibilité de simplement suivre son instinct, ses désirs.
Quand elle croise le regard un peu froid de cette femme à la silhouette parfaite, à l’allure distinguée et aux manières classieuses, Therese est subjuguée. Carol est un continent lointain et inaccessible, l'incarnation divinement séduisante d’un monde auquel elle n’appartient pas et auquel elle n’appartiendra sans doute jamais, elle la petite vendeuse de jouets derrière son comptoir. Lorsqu'elle croise le regard curieux de ce petit bout de nana frêle à l'allure encore juvénile, Carol est fascinée. Therese est une promesse de candeur et d'espoirs pas encore broyés sous le poids des convenances et des conventions, un appel au rêve pour elle qui depuis trop longtemps est prisonnière d’un mariage raté. Avancer en territoire inconnu. Oser s’aimer, peut-être. Partir. Fuir. Mais tenter de demeurer fidèles à leur propre vérité en dépit du tourbillon émotionnel et du climat pesant de ces années d’après-guerre où tout demeure figé mais où le vernis commence à se fissurer…

Magistralement filmées, les deux comédiennes forment un duo troublant de sensualité et de douceur contenues, les mouvements des corps et les croisements de regards occupent tout le cadre… Un film somptueux. (Utopia)

Salernes : jeudi 25 à 20h30 et dimanche 28 à 17h


Encore Heureux
ENCORE HEUREUXRéalisé par Benoît GRAFFIN
France 2015 1h33mn
avec Sandrine Kiberlain, Edouard Baer, Bulle Ogier, Benjamin Biolay...
Scénario de Mika Tard, Deborah Saïag, Benoît Graffin et Nicolas Bedos

C'est un de ces films dont il n'était pas joué d'avance qu'il se retrouve dans nos salles. Et pourtant, avec un si chouette casting – Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier – il avait tout pour qu'on lui réserve le plus aimable des accueils. Sauf que, dans les rapports sado-masochistes que nous entretenons avec les distributeurs de films, il règne depuis toujours une règle non écrite, mais figée dans le marbre blanc des habitudes. Il y a des films « pour nous » et des films « pas pour nous ». Mais à quoi me direz-vous peut bien tenir une si subtile distinction ? Futés comme vous l'êtes, vous avez bien sûr compris qu'il s'agit pour les premiers de ceux dont la programmation sera pour le moins commercialement hasardeuse, voire même parfois franchement suicidaire. Pour les seconds, promis par la pub au plus grand succès, mais sait-on jamais, ils fileront vite fait dans les multiplexes sans que l'on soit vraiment consultés. Rien d'étonnant, hélas, car ces méga-miroirs aux alouettes, gonflés au pop-corn et aux boissons sucrées, sont devenus, par leur nombre de plus en plus écrasants la norme ultra dominante dans l'exploitation des films. Sauf que, chaque médaille ayant son revers, le développement quasi exponentiel de ces monstrueux ensembles, s'ils s'accordent bien à la laideur des zones commerciales, sont de moins en moins capables de digérer autre chose que des blockbusters et des films lourdement formatés au détriment de la diversité et de l'exception culturelle tant vantée par des élus qui ne rêvent, de façon schizophrénique, que de lier leur mandat à l'inauguration d'un multiplexe. Dans ce contexte, on comprendra que la programmation d'un film comme Encore heureux, où est mis en avant avec humour et succès la redistribution des richesses par une forme d'expropriation douce, est aussi incongrue dans ces temples de la concentration qu'un trait de lumière persistant dans un trou noir de notre galaxie…

Alors bien sûr, tout cela ne nous fait pas causer du film. Mais il faut bien que l'on vous explique comment Encore heureux, directement propulsé dans les multiplexes et destiné à y finir rapidement sa carrière, est arrivé un mois après jusqu'à nos écrans. On vous a raconté dans la dernière gazette comment nous avions, grâce à Jérôme du bistrot, rattrapé par les cheveux l'inénarrable tragi-comédie de l'iranien Kheron Nous trois ou rien, lui-même balancé sans trop de précaution dans l'enfer des multiplexes. C'est un peu la même histoire avec Encore heureux, sauf que nous avons pris nous mêmes cette fois-ci notre bâton de pèlerin en direction du Golgotha.
Dans une société, la nôtre, qui compte plus de trois millions de chômeurs, menaces de licenciement et risque de fermetures d'entreprises ne relèvent pas que de la fiction. En imaginant les aventures tragi-comiques d'un chômeur de longue durée, soutien de famille, ce film n'élude pas les dégâts psychologiques ni les dommages provoqués par cette situation. Au bord du gouffre, son héros fragile mais qui se revendique loufoque, soutenu par une femme épatante et deux enfants inventifs, traverse l'épreuve à la manière des pieds nickelés, entre situations cocasses et rires ravageurs. Comédie corrosive et tendre, Encore heureux arbore courageusement le masque de la légèreté et de l'humour, mais derrière les apparences d'un happy end qui fit hurler le critique du Figaro à propos d'une saillie de la grand-mère « l'honnêteté, c'est un concept inventé par les riches pour laisser les pauvres à leur place », le film, mine de rien, nous invite à une réflexion tonique sur la viabilité de la famille frappée dans ses fondements, la relativité de la morale et de la loi aux prises avec le déclassement social et le déséquilibre affectif qui s'ensuit.

Lorgues : mercredi 24 à 19h10 et dimanche 28 à 20h10


The Danish Girl
THE DANISH GIRLRéalisé par Tom HOOPER
USA / GB 2015 2h VOSTF
avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw, Amber Heard, Sebastian Koch, Matthias Schoenaerts...
Scénario de Lucinda Coxon, d'après le livre de David Ebershoff

C'est au Danemark, en 1882. Einar est un jeune peintre qui commence à être reconnu dans le milieu artistique qu'il côtoie avec sa jolie femme Gerda, peintre elle-même mais qui peine à se faire exposer au prétexte qu'elle refuse de peindre des paysages dans l'air du temps. Ses portraits, pourtant beaux, ne trouvent pas amateur. Mais elle s'obstine, vaguement jalouse du succès de son compagnon. Ils sont amoureux, libres, et cette ambiance bohème va bien avec un amour fort qui ne se laisse pas enfermer dans les convenances, ils vivent ensemble une passion commune pour un art qui est omniprésent dans leur intimité.
Einar est fasciné par les dentelles et les soies des costumes d'opéra, l'odeur des coulisses, la grâce des danseuses et lorsque, pour prendre la pose à la place d'un modèle qui tarde, Gerda lui demande de se substituer à la belle femme prévue, posant sur lui une robe blanche qui masque son costume gris, il refuse d'abord, gêné de devoir exposer au regard d'un tiers, fut-elle aussi proche de lui que Gerda, la dualité qui l'habite et qu'il refoule. Cet événement, à première vu anodin, va agir comme un révélateur et être le point de départ d'un cheminement difficile vers l'acceptation de ce qu'il est au fond et que tout lui interdit d'être.

Dès les premières (très belles) images on sait, on sent que Tom Hooper (réalisateur brillant du Discours d'un roi) va avoir le ton juste et le trouble qui se lit dans les yeux de Einar laisse d'emblée entrevoir le difficile combat intérieur qu'il entame. Eddie Redmayne est beau et a un talent fou, avec ce poil de narcissisme hésitant qui lui confère un charme cohérent avec le personnage qu'il endosse et le rend convaincant.
En ce temps là… l'homosexualité était considérée comme une maladie et il arrivait qu'on prescrive des traitements brutaux : internement, lobotomie, électrochocs… Parfois à la demande même des personnes concernées, qui avaient du mal à se vivre « différents ». Se sentir « femme » quand on était né « homme » était une affreuse anomalie… Heureusement l'amour de Gerda et la tolérance d'un milieu artistique exercé à la remise en question des tabous et à la recherche du sens profond des êtres et des formes rendaient possible cette difficile quête d'identité.
Était… on aimerait pouvoir parler au passé et c'est bien le talent de Hooper de faire, avec beaucoup de finesse et de douceur, que cette histoire ne soit pas seulement un récit d'un autre temps, et fasse entendre combien ce chemin vers soi est toujours d'actualité. Einar Wegener a réélement existé, il fut un des premiers hommes à devenir femme, sous le nom de Lili Elbe, après une opération dite aujourd'hui de « réassignation sexuelle ».

Oscarisé l'an dernier pour son incarnation du physicien Stephen Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps, Eddie Redmayne « impressionne à nouveau tant il parvient ici à révéler la féminité de son personnage comme sa seule et vraie nature », écrit Télérama, « Redmayre réussit à créer quelque chose qui fascine encore plus que la stricte réalité : dans ce film souvent plus sage que son héros-héroïne, il fait surgir le cinéma.»

Lorgues : mercredi 24 à 17h et samedi 27, dimanche 28 à 18h


Les Chevaliers blancs
LES CHEVALIERS BLANCSRéalisé par Joachim LAFOSSE
France 2015 1h52mn
avec Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli, Reda Kateb, Philippe Rebbot, Yannick Renier...

C'est l'histoire d'un groupe d'aventuriers de l'humanitaire, c'est l'histoire d'un homme charismatique au possible… et il fallait qu'il le soit pour entraîner dans une aventure aussi bancale que pleine de bonnes intentions une flopée de familles françaises, une équipe de bénévoles dévoués corps et âme, prêts à risquer plus que leur tranquillité en s'embarquant un beau jour pour l'Afrique dans le but (humanitaire) d'exfiltrer trois cents enfants de moins de cinq ans de leur pays d'origine pour les ramener vers des familles prêtes à les accueillir en France après avoir contribué au financement de l'opération.
On se rappelle cette histoire de l'Arche de Noé, qui défraya la chronique en 2007, provoqua un incident diplomatique avec le Tchad et moult rebondissements judiciaires, médiatiques… et n'est d'ailleurs pas terminée. Les prétendus orphelins ne l'étaient pas toujours, une certaine liberté avait été prise avec les règles de base indispensables dans ce genre d'opération : comment un simple pompier avait-il pu lever plus de 800 000 euros auprès d'inconnus prêts à le suivre sans garanties particulières, uniquement sur la conviction que de bons Français se devaient de voler au secours d'enfants africains ?

Mais si le film s'inspire avec précision de cette histoire, il ne prend pas ouvertement parti et s'interroge surtout sur les ressorts humains qui peuvent conduire à une telle situation, sur cette capacité largement partagée (on le voit constamment et encore récemment) de se laisser emporter par l'émotionnel, par ces pulsions épidermiques qui embrouillent le raisonnement, ouvrent la porte aux manipulations les plus diverses et peuvent entraîner les mieux intentionnés à commettre des actes dont ils ne mesurent pas les conséquences, et parfois même aboutir au résultat inverse de celui espéré. Les personnages du film ne sont pas des mauvais bougres. Même si celui qui les entraîne a bien conscience de ne pas agir en toute légalité, il semble d'abord être mu par le désir de « faire le bien » selon une conception toute subjective et ainsi interroge nos propres relations à ce qu'on nomme communément la « générosité » : à qui fait-on du bien lorsqu'on fait « le bien » ? À soi ? Aux autres ? Est-il possible de s'affranchir dans une telle démarche de toute réflexion politique, contextuelle, historique ?
Il n'y avait pas mieux que Vincent Lindon pour porter un tel personnage, ce qu'il dégage rend crédible toutes ces interrogations : il est convaincant de charisme, mu par une conviction qui n'a d'égale que la méconnaissance du terrain sur lequel il évolue, emberlificoté dans des relations complexes avec des interlocuteurs africains auxquels il ne comprend rien et qui l'impatientent, aveuglé qu'il est par l'obsession de mener à son terme la mission qu'il s'est fixée. Autour de lui, la petite équipe – médecins, infirmières, sauveurs d'humanité, journalistes, intermédiaires –, entre doutes et certitudes, est une superbe illustration de nos difficultés à comprendre le monde et à comprendre ce qui se cache dans l'ombre de nos motivations affichées.

Les Chevaliers blancs trouve un magnifique écho dans l'émission de Laure Adler dont on vous recommande l'écoute (Permis de penser sur le site de France Inter : émission du Samedi 12 Décembre, avec Thierry Levy, remarquable comme à son habitude) qui pose une des question essentielles qu'illustre le film : où donc se niche la vérité ? Y-a-t-il une vérité judiciaire… une vérité tout court… qu'est-ce qui fait qu'un jour ou l'autre un individu franchit la limite de ce qui est licite ? Qui définit ce qui est licite ?


Cotignac : mercredi 24, jeudi 25 et samedi 27 à 18h


Anomalisa
ANOMALISARéalisé par Charlie KAUFMAN et Duke JOHNSON
USA 2015 1h30mn VOSTF
avec les voix de David Thewlis, Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan...
Scénario de Charlie Kaufman. Musique de Carter Burwell, le compositeur attitré des frères Coen
EXTRAORDINAIRE FILM D'ANIMATION POUR ADULTES (vraiment pas pour les enfants)

« Extraordinaire film d'animation » annonçons-nous sans hésiter. On aurait pu écrire « exceptionnel », on était à deux doigts de se laisser aller à « génial » mais on s'est retenu à temps. Sur ce coup, on ne sera sans aucun doute pas les seuls à user (abuser dirons les esprits rétifs à l'enthousiasme) des superlatifs tant Anomalisa s'impose comme une œuvre hors du commun, une réussite totale en ce sens qu'elle fait preuve d'une cohérence parfaite entre le fond et la forme.
C'est ici sans doute qu'il faut exhorter nos spectateurs réfractaires au cinéma d'animation à surmonter leurs préventions et à venir découvrir à quel point la technique dite du « stop motion » (animation en volume image par image) peut créer un univers sensible et profond, propice aux émotions, à la réflexion, aux interrogations les plus essentielles. Ce que Charlie Kaufman (scénariste fameux de Dans la peau de John Malkovich et d'Eternal sunshine of the spotless mind, réalisateur en 2008 d'un premier film injustement passé inaperçu : Synecdoche, New York) et Duke Johnson (le spécialiste de l'animation, c'est lui) expriment et font vivre ici, ils n'auraient pas pu l'exprimer et le faire vivre dans un film en prise de vues réelles, avec des acteurs en chair et en os. L'utilisation des figurines animées apporte un recul, une poésie, une forme de radicalité expressive qui donnent au film toute sa dimension de fable existentielle et philosophique, qui lui confèrent paradoxalement une incroyable humanité.

Fascinante expérience pour le spectateur, qui est d'abord intrigué, voire perturbé, par ces personnages au visage figé, au regard perdu, accomplissant comme des marionnettes (qu'ils sont doublement !) des gestes semble-t-il dénués de nécessité, se mouvant dans des décors impersonnels comme savent si bien les imaginer les urbanistes et autres designers de la modernité totalitaire et mondialisée. Et puis, peu à peu, les traits se précisent, les détails s'affirment, et nous percevons que tout fait sens, que rien dans l'image comme dans la bande son n'est inutile (magnifique travail sur le son, sur les voix), rien n'est gratuit, rien n'est laissé au hasard : c'est tout un monde qui se construit sous nos yeux, tout un monde de situations, d'actions, de mots, d'échanges, de signes, de symboles, tout un monde qui mérite bien notre attention de chaque instant.
Un avion vole dans un ciel nuageux. À bord, un homme grisonnant au regard las. Il écoute sans les entendre les paroles banales de son voisin et supporte mal que celui-ci lui prenne la main, par réflexe de crainte, au moment de l'atterrissage. L'homme récupère ses bagages, le pas résigné. Il prend un taxi, le chauffeur lui parle de choses et d'autres qui ne l'intéressent nullement. Il se rend à l'hôtel Fregoli, où une chambre type supérieur a été réservée pour lui. Il s'installe, allume la télé. Cet homme, c'est Michael Stone, un spécialiste du service clients dans les grandes entreprises. Il a même écrit un bestseller sur la question : « Comment puis-je vous aider à les aider ? ». Il est à Cincinnati pour donner une conférence sur son bouquin et on le devine accablé par l'idée de participer de son plein gré à ce jeu de rôles dérisoire qui fait de vous une vedette parce que vous avez écrit un guide de conseils sur l'assistance hotline…

Michael Stone s'est laissé fossiliser dans la routine de sa vie. Il est mari, il est père, il est seul. Il profite de sa présence à Cincinnati pour reprendre contact avec un amour de jeunesse : fiasco complet, le courant ne passe plus. Est-il jamais passé ? Peut-être la rencontre avec une de ses fans, Lisa, hébergée dans le même hôtel, va-t-elle le réveiller de son engourdissement ? Peut-être l'amour, cette anomalie, va-t-il redonner des couleurs à cette grisaille uniforme dans laquelle il se débat ?


Cotignac : vendredi 26 à 18h


Les Premiers, les Derniers
LES PREMIERS LES DERNIERSÉcrit et réalisé par Bouli LANNERS
Belgique/France 2015 1h38mn
avec Albert Dupontel, Bouli Lanners, Suzanne Clément, David Murgia, Serge Riaboukine, Michael Lonsdale, Max von Sydow, Aurore Broutin, Lionel Abelanski...

Vous l'aurez remarqué, le Belge Bouli Lanners, à l'instar de ses camarades en cinéma Delépine et Kervern, fait partie de nos grands chouchous, à la fois comme acteur et depuis ses débuts de réalisateur. On aime chez lui cette étrange alchimie d'humour surréaliste, de poésie mélancolique, de regard à la fois généreux et sans concession sur une humanité qui va à vau-l'eau dans des univers toujours un peu décalés. Bouli Lanners, ce pourrait être un curieux mélange entre des Frères Dardenne qui auraient cédé un peu de réalisme pour être drôles tout en étant lucides et les sus-nommés Délépine et Kervern avec un ton un chouïa plus grave et plus tendre.

On le sait et on le chérit aussi pour ça, Bouli Lanners a toujours aimé les laissés pour compte. Dans Eldorado, c'était un jeune voleur que le héros – incarné par le réalisateur lui-même – accompagnait à travers la Wallonie, dans un road movie trépidant et épique, pour retrouver sa famille dans le Sud du pays. Dans Les Géants, il filmait avec une empathie contagieuse un groupe d'enfants livrés à eux mêmes au cœur de l'été et de la forêt. Bouli Lanners aime à la folie les paysages désolés de fin de monde, la plaine wallonne désertée dans Eldorado, les montagnes forestières des Ardennes belges dans Les Géants.
Les Premiers, les derniers s'inscrit de plain pied dans cette veine féconde. Ses deux héros sont deux hommes de main chargés par un mystérieux commanditaire de retrouver un téléphone volé contenant des informations compromettantes. Mais Gilou et Cochise ne sont pas des chasseurs de prime de toute première fraîcheur, aucune chance qu'on les confonde avec Steve Mc Queen, notamment Gilou (Bouli Lanners), affublé d'un petit chien ridicule et parfaitement incapable de courir plus de cent mètres sans risquer la crise cardiaque. Les voilà perdus dans la plaine de Beauce, dont l'horizon désespérément dépourvu de relief et la densité au km2 feraient déprimer un clown sous euphorisants. Leur chemin va croiser un jeune couple de handicapés en fuite et une bande d'autochtones fort peu accueillants.

Au-delà de l'intrigue étonnante parce que jamais prévisible, la force du film tient au formidable duo Albert Dupontel / Bouli Lanners, parfaits en losers magnifiques unis à la vie à la mort par l'amitié et les galères. Et on n'oubliera surtout pas les rôles secondaires : Suzanne Clément, la comédienne fétiche de Xavier Dolan, Serge Riaboukine impayable en beauf brutal et borné, et les vieux sages Michael Lonsdale et Max Von Sydow dans des apparitions lumineuses.
Visuellement le film est splendide : Bouli Lanners donne une dimension épique au paysage uniforme et monotone de la plaine beauceronne et en fait ressortir les étrangetés, comme le vestige de ce monorail surélevé qui devait rejoindre Paris et Orléans et qui, abandonné au milieu des années soixante-dix, s'arrête de manière incongrue au milieu de la forêt. Ou dans cette scène qui voit un cerf surgir dans un hangar désert où se trouve le corps oublié d'un homme décédé il y a bien longtemps… Jouant en virtuose d'une lumière volontairement crépusculaire, qui crée une atmosphère à la fois envoûtante et inquiétante, Bouli Lanners va dans le sens du beau titre apocalyptique de son film, mais c'est pour mieux faire surgir cette humanité et cette générosité que l'on croyait perdues.

Cotignac : jeudi 25 à 20h30

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire, 20 € pour une adhésion de soutien et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant....................................................................................................................................................................................

désire adhérer ou renouveler son adhésion (barrer la mention inutile) à l'association du ciné-club Entre Toiles

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