Au(x) cinéma(s) du 25 novembre au 1er décembre

entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous !

Pour ce rendez-vous hebdomadaire, nous vous invitons de nouveau mercredi prochain 2 décembre à 20h pour une séance Entretoiles à Lily PonsL'Ombre des femmes de Philippe Garrel, un film sur " l'affect où la vie apparaît comme nue...un film profondément beau...". Venez nombreux !
En dehors de ça, au CGR pas de film ciné-club cette semaine mais toujours L'Hermine de Christian Vincent et Nous trois ou rien de Kheiron, une très belle comédie sur des thèmes brûlants d'actualité que vous pouvez aussi d'ailleurs voir à Lorgues et à Salernes.
Au Vox, en avant-première, Mia madre de Nanni Moretti qui nous entraîne "dans son univers gracieux où l'intime flirte avec l'universel". Mais ne vous inquiétez pas trop : si vous ne le voyez pas ce dimanche, il y aura d'autres séances la semaine suivante ! Il y a aussi Les Cowboys de Thomas Bidegain, "une histoire forte, menée de main de maître", Le Fils de Saul, un film hongrois de Laszio Nemes qui nous plonge au cœur du chaos nazi, Je suis un soldat de Laurent Larivière, un excellent thriller social et Avril et le monde truqué, un film d'animation et d'aventure avec l'univers graphique de Tardi.
A Salernes, en dehors de Nous trois ou rien, vous pouvez aussi voir La dernière leçon, un beau film sur un sujet grave.
A Lorgues, Nous trois ou rien et Vers l'autre rive de Kore Eda, un film simple et gracieux sur les choses joyeuses de la vie, et à Cotignac Notre petite soeur, un beau film sur la quête du sens de la vie de Kurosawa
Enfin, l'association Colibris vous propose un documentaire intéressant sur l'éducation, Alphabet, au CGR avec un débat animé par André Stern, protagoniste du film, vendredi à 20h

Voilà tout ce qu'il faut pour se mettre au chaud et en prendre plein les mirettes !
Bonne semaine de cinéma ! et rendez-vous au mercredi 2 à 20 heures !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

Bonne semaine de cinéma !

PROGRAMMATION DU 25 NOVEMBRE AU 1ER DECEMBRE 2015

 

L'Ombre des femmes
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L'Ombre des femmes
Réalisé par Philippe GARREL
France 2015 1h13mn
avec Clotilde Courau, Stanislas Merhar, Léna Paugam, Vimala Pons, Mounir Margoum, Antoinette Moya...
Festival de Cannes 2015 : film d'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs
On ne sera pas étonné de voir Philippe Garrel filmer les amours désaccordés. Depuis Marie pour mémoire en 1967, il n'a cessé de le faire. Tourments affectifs et perte des idéaux révolutionnaires jalonnent la filmographie de ce cinéaste de l'intime comme des leitmotivs dont les films sont une variation permanente.L'Ombre des femmes en est une version gracieuse et inspirée. Garrel s'y montre moins grave et moins lyrique qu'à l'accoutumée et filme le couple en crise de Pierre et Manon avec une frontalité réjouissante. Entre infidélités et passion irréductible, les sentiments les plus complexes y sont exposés avec une clarté et une lucidité étonnante. Dans la compréhension des choses de l'amour, Garrel atteint une justesse qui confère au récit une véritable existence…  lire la suite
Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 2 décembre 20h. 5€
Nous trois ou rien
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Nous trois ou rien
Réalisé par KHEIRON
France 2015 1h42mn
avec Gérard Darmon, Zabou Breitman, Michel Vuillermoz, Eriq Ebouaney, Leïla Bekhti...
D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble. Révélé par le Jamel Comedy Club et par la mini-série Bref de Canal +, Kheiron Tabib est d’abord connu pour ses talents d’humoriste et de rappeur. Avec Nous trois ou rien, le jeune artiste français d’origine iranienne, étend encore sa palette artistique, pour notre plus grand plaisir. Car, si ce premier long-métrage est une telle réussite, c’est grâce à la richesse, l’originalité et l’efficacité de son scénario. Tout commence dans une prison iranienne, où Hibat (interprété par Kheiron lui-même) est incarcéré depuis sept ans pour avoir osé contester l’action du Shah. Ainsi, dès les premières minutes, le film fait nécessairement écho aux nombreux conflits et aux tensions qui secouent la péninsule arabe depuis trop longtemps... lire la suite
CGR (Draguignan) : tous les jours à 11h15 et 18h
Salernes : vendredi 27 à 20h30 et dimanche 29 à 18h
Lorgues : mercredi 25 à 17h, samedi 28 à 20h15 et dimanche 29 à 16h
L'Hermine
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L'Hermine
Ecrit et réalisé par Christian VINCENT
France 2015 1h38mn
avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Chloé Berthier, Corine Masiero, Miss Ming, Aurore Clément...
Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté et redoutable, que d’aucuns surnomment dans son dos « le Président à deux chiffres » car, avec lui, les accusés en prennent toujours pour au moins dix ans. Une réputation qui le précède tandis que l’accompagne son éternelle et affreuse écharpe rouge qui fait oublier ce(lui) qui se cache derrière les apparences. Toujours revêche, le sourire glacial, le verbe cassant, plutôt du style à toiser ses subalternes qu’à sembler compatir avec les humains. On se prendrait bien à le détester avant de pressentir que tout cela est un piètre camouflage. Et puis une cour de justice, c’est un peu comme un théâtre avec son côté cour, son côté jardin, son parterre… et comme tous les comédiens, ses protagonistes ont besoin de costumes pour endosser leur rôle. Les pantomimes se transforment en effets de manche, les trois coups du brigadier en tintements de sonnette, mais la concentration avant l’entrée en scène semble la même que celle d’un toréador prêt à entrer dans l’arène... lire la suite
CGR (Draguignan) : mercredi 25 à 11h15, 13h45,  18h,  20h15 - Jeudi 26 et mardi 1er 11h15,  13h45, 15h45, 18h, et 20h15 - vendredi 27 11h15, 13h45, 15h45 et 18h - samedi 28 et dimanche 29 : 11h15, 18h et 20h15 - lundi 30 11h15, 15h45, 18h et 20h15
Le Fils de Saul
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Le Fils de Saul
Réalisé par Laszlo NEMES
Hongrie 2015 1h47mn VOSTF
avec Geza Röhrig, Levente Molnar, Urs Rechn, Todd Charmont...
Festival de Cannes 2015 Grand Prix du Jury
Impressionnant tour de force d'un réalisateur hongrois de 38 ans qui signe là son premier film, Le Fils de Saul nous plonge au cœur du chaos, nous place dans les pas de Saul Auslander, un Juif hongrois interné en 1944 à Auschwitz et recruté immédiatement – de force évidemment – pour faire partie des Sonderkommando, qui avaient pour terrible mission de réceptionner les malheureux qui ne se savaient pas encore condamnés. Mission de les rassurer, les inviter à se déshabiller à l'entrée de ce qu'ils croyaient être des douches. Ils devaient ensuite nettoyer les lieux de l'horreur, sortir les corps enchevêtrés pour les conduire vers les fours crématoires. Au cœur de cette inhumanité absolue, implacablement montrée dès la première séquence, un événement terrible va réveiller en Saul Auslander sa dignité. Parmi les dizaines de cadavres qu'il s'apprête à charrier vers les fours, il découvre un enfant encore vivant. Pas de miracle, un garde va l'achever… mais Saul croit reconnaître en lui son fils. Son unique objectif va être désormais d'extraire le corps du garçon pour le sauver du four crématoire, lui donner une sépulture et un enterrement décents... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 25 et samedi28 à 16h30 - jeudi 26 et mardi 1er à 13h50 et 18h20 - vendredi 27 : 18h20 et 20h30 - dimanche 29 16h10 et lundi 30 18h20 - mardi 1er 13h50 et 18h20
Les Cowboys
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Les Cowboys
Réalisé par Thomas BIDEGAIN
France 2015 1h45mn
avec François Damiens, Finnegan Oldfield, Agathe Dronne, John C. Reilly, Ellora Torchia, Antoine Chappey...
Scénario de Thomas Bidegain et Noé Debré
Thomas Bidegain n’est pas un inconnu dans le cinéma français. En tant que scénariste, il possède même une sacrée carte de visite. Rien qu’avec Jacques Audiard, il a signé Un prophète, De rouille et d’os et Dheepan. Les Cowboys est donc son premier film en tant que réalisateur Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Le film débute en 1994, dans l’est de la France, lors d’un festival de musique country, ce genre de rassemblement où vous passez pour un zombie si vous ne portez pas votre stetson, votre veste à franges et vos santiags, avec ou sans éperons. Alain – François Damiens, aussi convaincant que dans Suzanne – figure importante de cette petite communauté, monte sur scène pour interpréter un morceau puis danse avec sa fille Kelly, sous le regard attendri de sa femme et de son fils Georges, dit Kid. Mais quelques heures plus tard, alors que la fête touche à sa fin, Kelly a disparu... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 25 et lundi 30 : 15h55 et 20h30 - jeudi 26 et mardi 1er 13h50, 18h15 et 20h30 - vendredi 27 : 13h50 et 18h15 - samedi 28 15h55, 18h15 et 20h30 - dimanche 29 14h et 20h30
Mia Madre
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Mia Madre
Réalisé par Nanni MORETTI
Italie 2015 1h47mn VOSTF
avec Margherita Buy, John Turturro, Giulia Lazzarini, Nanni Moretti...
Festival de Cannes 2015, Prix du jury oecuménique
Cette patte, ce style à nuls autres pareils, ce regard plein d'un humour tendre qui ne baisse jamais sa garde… C'est du grand Moretti, du très bon Nanni, petit garnement anxieux qui se cache dans l'ombre du grand réalisateur. Il nous entraine dans son univers gracieux où l'intime flirte avec l'universel ! Savoureuse fiction diablement personnelle : quelle est la part de rêve, d'imaginaire, d'autobiographie ? Qu'importe ! Tout s'imbrique dans un récit qui diffracte la réalité de la même façon qu'un kaléidoscope joue avec la lumière.
Premières images… On est au cœur d'un rang de CRS… Au travers des visières on scrute les manifestants. Ils scandent « … lavoro per tutti ! » Tiens ? Cela raisonne comme un écho : « Une terre, un toit… un travail pour tous » petit clin d'œil au Pape François (Habemus papam !) ? Aux victimes de la crise ? Les ouvriers partent à l'affrontement, coups de matraque, canons à eau… Images prises sur le vif, réalistes et pourtant… Quelque chose sonne faux… « - Coupez ! » On est sur un tournage !.
.. lire la suite
Le Vox (Fréjus) en Avant Première: une seule séance dimanche 29 à 18 heures
Je suis un soldat
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Je suis un soldat
Réalisé par Laurent LARIVIÈRE
France / Belgique 2015 1h37mn
avec Louise Bourgoin, Jean-Hugues Anglade, Anne Benoit, Laurent Capelluto, Nina Meurisse...
C'est un excellent thriller social, qui rappelle certains films des frères Dardenne dont il partage le même terreau géographique et le même attachement aux valeurs et aux questionnements (parfois sans réponse) qui traversent la classe ouvrière humiliée et désemparée. Un premier long métrage, une vraie réussite d'un jeune réalisateur moult fois primé pour ses courts métrages et ses pièces de théâtre. Un film porté par deux grands comédiens, mais où les seconds rôles crèvent l'écran tout autant. Le personnage principal de Je suis un soldat est paradoxalement une femme, Sandrine, tout en énergie et en combat permanent, incarnée par une formidable Louise Bourgoin. Sandrine parlera à bien des jeunes femmes qui, un jour, après avoir acquis leur indépendance, se sont retrouvées obligées pour des raisons économiques de regagner le giron familial... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 26 et vendredi 27 à 15h55
Avril et le monde truqué
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Avril et le monde truqué
Réalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares
Film d'animation France 2015 1h43mn
avec les voix de Marion Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort, Olivier Gourmet, Bouli Lanners...
Création et univers graphique Jacques Tardi. Cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy 2015
1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du xixe siècle, gouverné par le charbon et la vapeur. C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :mercredi 25 et samedi 28 à 13h50
La Dernière leçon
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La Dernière leçon
Réalisé par Pascale POUZADOUX
France 2015 1h45mn
avec Marthe Villalonga, Sandrine Bonnaire, Antoine Duléry, Gilles Cohen, Grégoire Montana, Sabine Pakora...
Scénario de Pascale Pouzadoux et Laurent de Bartillat, d’après le livre de Noëlle Chatelet
Madeleine s’apprête à fêter ses 92 ans devant fille et beau-fils, fils et belle-fille et petits enfants, avec banderole, cotillons, gâteau et discours de circonstances. Sauf que Madeleine a prévu un petit speech qui va jeter un grand froid. Elle annonce que, dans quelques mois, à une date précisément choisie, elle mettra fin à ses jours, quoi qu’il arrive. Stupéfaction, révolte. Et puis, dans un deuxième temps, la famille va se diviser. La fille Diane fait un long cheminement pour comprendre sa mère et accepter sa décision tandis que Pierre, le fils, homme d’affaires pressé, refuse l’impensable, allant jusqu’à décider de faire enfermer sa mère... lire la suite
Salernes : jeudi 26 à 18h et samedi 28 à 20h30
Vers l'autre rive
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Vers l'autre rive
Réalisé par Kiyoshi KUROSAWA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yû Aoi, Akira Emoto, Masao Komatsu...
« Pétri d’éléments puisés dans la spiritualité japonaise, ce film offre aux esprits occidentaux une possibilité de penser autrement la mort, tout comme la vie. » Masa Sawada, producteur du film
Avec son nouveau film, il semblerait bien que Kiyoshi Kurosawa soit parvenu à un lumineux et splendide dépassement de son art, à une sorte d’épure débarrassée de ce qui, de l’épouvante cinématographique nipponne, résistait encore à sa singularité. Les fantômes philosophiques de l’auteur de Kairo ne font plus peur. Ils témoignent, par un apparent paradoxe, de l’unicité et de l’étrangeté d’une réalité qui ne se laisse pas réduire par les étroites conceptions des humains.
Revenue de son travail, une jeune femme retrouve, brusque apparition plantée au milieu de son salon, son mari. Celui-ci est mort il y a plusieurs années, disparu en mer, et pourtant il est là...
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Lorgues : samedi 28 à 16h et lundi30 à 21h15
Notre petite soeur
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Notre petite soeur
Écrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose...
D'après le roman graphique de la mangaka Yoshida Akimi
C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Dans la famille des jeunes filles en fleurs, voici les trois sœurs : Sachi, Yoshino, Chika… Sachi, l'aînée, c'est la moralisatrice raisonnable, celle qui règle le pas de ses cadettes pour faire avancer la maisonnée. Yoshino, la seconde, c'est la contestataire, celle qui s'oppose à tout, raisonne parfois plus que de raison. Quant à Chika, la benjamine, c'est la plus espiègle : une bouille de pitre aux grand yeux pétillants... lire la suite
Cotignac : lundi 30 à 20h30
Alphabet
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Alphabet
Réalisé par Erwin WAGENHOFER
Documentaire Allemagne/Autriche 2014 1h48mn VOSTF
Après avoir mis en évidence l’absurdité et la fin programmée du système alimentaire industriel (We feed the world), puis celles du système financier ultra-libéral (Let’s make money), Erwin Wagenhofer s’attaque à un autre mammouth, moins polémique sur le papier mais pas le moins important des trois : le système éducatif. Et une fois de plus, l'étude est argumentée, le constat sans concession. On le sait : le système éducatif dominant ne laisse que trop peu de place à la créativité, à l’imagination, à l’esprit critique… On le sait : la course aux bonnes notes, aux bons résultats, aux meilleurs classements est devenue plus qu’un simple objectif, une véritable obsession. On le sait : les élèves et étudiants sont stressés, fatigués, épuisés par des programmes trop lourds, angoissés par la peur de rater. Alors quoi, c’est fichu ? Il ne nous reste plus qu’à pleurer ? Il est déjà trop tard ? Au secours, nos enfants vont tous finir lessivés du cervelet ? Heureusement, il a toujours existé des chemins de traverses, des écoles buissonnières, des alternatives à la pensée unique, au modèle dominant. C’est sans doute là qu’il faut aller chercher les clés pour penser l’école autrement, c'est là que le film d'Erwin Wagenhofer va filmer des expériences stimulantes... lire la suite
CGR (Draguignan) : une seule séance vendredi 27 à 20h avec André Stern - Séance proposée par Colibris


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

L'Ombre des femmes
L'OMBRE DES FEMMESRéalisé par Philippe GARREL
France 2015 1h13mn
avec Clotilde Courau, Stanislas Merhar, Léna Paugam, Vimala Pons, Mounir Margoum, Antoinette Moya...
Festival de Cannes 2015 : film d'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs

On ne sera pas étonné de voir Philippe Garrel filmer les amours désaccordés. Depuis Marie pour mémoire en 1967, il n'a cessé de le faire. Tourments affectifs et perte des idéaux révolutionnaires jalonnent la filmographie de ce cinéaste de l'intime comme des leitmotivs dont les films sont une variation permanente.L'Ombre des femmes en est une version gracieuse et inspirée. Garrel s'y montre moins grave et moins lyrique qu'à l'accoutumée et filme le couple en crise de Pierre et Manon avec une frontalité réjouissante. Entre infidélités et passion irréductible, les sentiments les plus complexes y sont exposés avec une clarté et une lucidité étonnante. Dans la compréhension des choses de l'amour, Garrel atteint une justesse qui confère au récit une véritable existence.

C'est avec le ton de l'évidence qu'un narrateur (la voix-off de Louis Garrel dit un texte particulièrement bien écrit) nous rapporte l'histoire de Pierre et Manon. Il est réalisateur de films documentaires et elle est devenue son assistante. Au cours du film qu'ils préparent ensemble, Pierre rencontre une jeune stagiaire, Elisabeth, qui devient sa maitresse. Par insuffisance, Pierre décide de ne rien dire à Manon. Il profite avec Elisabeth des plaisirs de la chair jusqu'au jour où celle-ci découvre que la femme de Pierre a, elle aussi, un amant. D'abord hésitante, Elisabeth ressent finalement le besoin de le dévoiler à Pierre. Or pour Pierre, lui-même infidèle, l'idée que sa femme le trompe est parfaitement inconcevable. Et voilà le couple engagé dans une confusion sentimentale faite de trahisons et de rapiéçages, de petits mensonges et grandes peines amoureuses.
Sans trop dévoiler la suite de l'intrigue, la peinture qui est faite des hommes n'est pas particulièrement avantageuse. Les femmes réservent au contraire beaucoup plus de lucidité et de courage. Garrel, pourtant, ne cherche jamais à porter de jugement sur les agissements de Pierre et Manon : leurs choix sont posés là, comme des états de fait. Car la matière même du cinéma de Garrel depuis toujours vise à comprendre comment les êtres pansent leurs plaies amoureuses, comment l'on vit avec cette « cicatrice intérieure », pour reprendre le beau titre d'un autre de ses films. Au fond, l'effervescence des nouveaux désirs, les amourettes de passage : tout cela n'est qu'une étincelle bien fugace. L'hésitation sentimentale chez Garrel est avant tout une douleur, la douleur de ceux qui regardent leur amour pour l'autre en train de tomber.

L'élégance et la pudeur de L'Ombre des femmes évoquent parfois le cinéma de Truffaut. Garrel ne cède pourtant rien au caractère de son style et de ses façons de faire. Adepte de la pellicule et du noir et blanc contrasté, il tourne ses films dans l'ordre du récit, en se contentant toujours de la première prise. Le jeu des acteurs y gagne en sincérité, tout en préservant le charme de la première fois. Le trio amoureux à l'écran est à ce titre remarquable : Stanislas Merhar, tout en retenue dans son personnage d'amant médiocre et de mari insatisfait ; Léna Paugam, la maîtresse clairvoyante ; et surtout une Clotilde Courau lumineuse, tour à tour éblouissante et véritablement affectée. Avec économie et concision, Philippe Garrel nous emmène dans son cinéma de l'affect pur où la vie apparaît comme nue. C'est résolument romantique – sûrement un peu fou – et profondément beau. (Utopia)


Salle Lily Pons (Théâtre de Draguignan) : séance unique le mercredi 2 décembre 20h. 5€


Nous trois ou rien
Afficher l'image d'origineRéalisé par KHEIRON
France 2015 1h53mn
avec Gérard Darmon, Zabou Breitman, Michel Vuillermoz, Eriq Ebouaney, Leïla Bekhti...

Une œuvre cinématographique et sociale audacieuse, qui dépasse largement toutes les polémiques dont se rassasient les médias à longueur de journées.

D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble.

Révélé par le Jamel Comedy Club et par la mini-série Bref de Canal +, Kheiron Tabib est d’abord connu pour ses talents d’humoriste et de rappeur. Avec Nous trois ou rien, le jeune artiste français d’origine iranienne, étend encore sa palette artistique, pour notre plus grand plaisir. Car, si ce premier long-métrage est une telle réussite, c’est grâce à la richesse, l’originalité et l’efficacité de son scénario. Tout commence dans une prison iranienne, où Hibat (interprété par Kheiron lui-même) est incarcéré depuis sept ans pour avoir osé contester l’action du Shah. Ainsi, dès les premières minutes, le film fait nécessairement écho aux nombreux conflits et aux tensions qui secouent la péninsule arabe depuis trop longtemps. Malgré les cellules vétustes, les gardiens violents et tyranniques et les grillages de barbelés qui entourent le centre de détention, Kheiron parvient à nous faire oublier l’enfer carcéral grâce à des situations cocasses, des personnages hauts en couleur (comme par exemple un maniaque fétichiste, obsédé par les chaussures, qui ne peut s’empêcher de voler les babouches de ses codétenus et du personnel pénitentiaire) et des dialogues extra-croustillants, dignes de Michel Audiard. S’inspirant de l’histoire de ses parents, l’humoriste se moque ouvertement du régime de Mohammad Reza Pahlavi – dont le personnage apparaît sous les traits d’un vieil enfant gâté et capricieux – et filme avec beaucoup d’entrain les prémices de la Révolution populaire, qui aboutira à la nouvelle Constitution de 1979.Au milieu des manifestations, dans une société de propagande et de terreur militaire, Hibat rencontre la jeune et belle Fereshteh (Leïla Bekhti), dont il tombe éperdument amoureux. Après de longues heures de négociations avec les parents de cette dernière – un père attaché aux traditions et une mère plus progressiste, campés par Gérard Darmon et Zabou Breitman – les tourtereaux finissent par se marier et par donner naissance à un enfant prénommé… Kheiron. Soucieux de l’avenir de leur fils, Hibat et Fereshteh parviennent, au moyen de combines aussi improbables qu’hilarantes, à fuir l’Iran et à rejoindre la France. La seconde partie du film prend alors des allures de chronique sociale, tendre, juste, drôle et émouvante.
Le couple de protagonistes, qui a pris ses quartiers en plein cœur de la banlieue parisienne, s’attache à aider ses concitoyens à s’insérer dans la société et le monde du travail. Hibat devient éducateur social, tandis que Fereshteh travaille auprès de femmes cherchant à s’émanciper du machisme et de la misogynie des hommes. Transcendant la démagogie lourdingue de certains films, tels Agathe Cléry, d’Etienne Chatiliez, Kheiron fait voir, en douceur et en humour, l’utopie de l’intégration et du vivre ensemble, tout en gardant le sens des réalités, passant habilement de la drôlerie à la gravité, sans jamais tomber dans la surenchère vulgaire ou larmoyante.Les partis pris de mise en scène ne sont pas en reste. Fort de son expérience dans le stand-up, Kheiron compose finement ses plans, en travaillant, de manière très rigoureuse, l’espace filmique où évoluent ses personnages. Même les décors les plus chargés (notamment la grande salle où Hibat et Fereshteh célèbrent leurs noces) paraissent épurés à l’écran, et sont très agréables à regarder. Le jeu des comédiens, quant à lui, est précis, tout en restant ouvert et généreux.
Grande réussite comique et dramatique, Nous trois ou rien est bien parti pour devenir l’un des plus grands succès populaires (au sens noble du terme) de cette fin d’année, et achever de consacrer son réalisateur comme l’un des artistes les plus complets de sa génération. (Avoir - alire)


CGR (Draguignan) : tous les jours à 11h15 et 18h
Salernes : vendredi 27 à 20h30 et dimanche 29 à 18h
Lorgues : mercredi 25 à 17h, samedi 28 à 20h15 et dimanche 29 à 16h



L'Hermine
L'HERMINEÉcrit et réalisé par Christian VINCENT
France 2015 1h38mn
avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Chloé Berthier, Corine Masiero, Miss Ming, Aurore Clément...

Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté et redoutable, que d’aucuns surnomment dans son dos « le Président à deux chiffres » car, avec lui, les accusés en prennent toujours pour au moins dix ans. Une réputation qui le précède tandis que l’accompagne son éternelle et affreuse écharpe rouge qui fait oublier ce(lui) qui se cache derrière les apparences. Toujours revêche, le sourire glacial, le verbe cassant, plutôt du style à toiser ses subalternes qu’à sembler compatir avec les humains. On se prendrait bien à le détester avant de pressentir que tout cela est un piètre camouflage. Et puis une cour de justice, c’est un peu comme un théâtre avec son côté cour, son côté jardin, son parterre… et comme tous les comédiens, ses protagonistes ont besoin de costumes pour endosser leur rôle. Les pantomimes se transforment en effets de manche, les trois coups du brigadier en tintements de sonnette, mais la concentration avant l’entrée en scène semble la même que celle d’un toréador prêt à entrer dans l’arène.

Nous voilà donc dans les coulisses du palais en train de suivre cet éminent personnage, à le décortiquer comme il décortique les témoins, les inculpés, ses pairs, avec son œil perspicace et son esprit acéré. Puis arrive l’heure des audiences et voilà notre petit homme un rien rabougri, un brin aigri qui se transforme en grand magistrat. Michel Racine, c’est évidemment Fabrice Luchini, magistral comme jamais. Les bras longs, les effets de manche, les beaux parleurs ou les mauvais menteurs, rien de tout cela ne peut plus impressionner ce renard de haute-cour. Rien ne semble devoir le perturber. Et pourtant… Ce jour là… Quelque chose le trouble ou quelqu’un… Quelqu’une plus exactement. On voit soudain une lueur inhabituelle s’éveiller dans le regard du juge, une gêne à l’appel d’un juré : « Birgit Lorensen-Coteret » (irrésistible Sidse Babett Knudsen), un nom et un visage tout droit resurgis d’un lointain passé qui remonte soudain à la surface. Sans comprendre encore pourquoi, on devine que tout va commencer là…

C’est un film d’une rare subtilité où chaque pan d’humanité, chaque trait des personnages est brossé sans complaisance, à la manière caustique et humble des caractères de La Bruyère. Les liens qui se tissent entre jurés, leurs questionnements, la pédagogie patiente dont font preuve les magistrats qui les accompagnent. Leurs angoisses, leur peur de mal faire, de condamner l’innocent, pas très différente de celle qui tenaille ceux dont c’est la profession… En même temps qu’on découvre comment s’articule une cour d’assises, qu’elle nous dévoile le dessous de ses robes avec une précision quasi documentaire, on se prend à comprendre et aimer le personnage de Michel Racine. Il n’est pas seulement détesté, il est aussi admiré. Sous ses airs sévères se révèle une grande humanité capable de romantisme. Si certains n’arrivent jamais en placer une, c’est qu’il a bien souvent une longueur d’avance et les a déjà cernés, eux et leurs manigances mesquines. Intelligence vive qui le protège et avec laquelle il ne sert à rien de tricher, car son petit monde, il le connait. Excellemment interprété depuis les acteurs principaux jusqu’aux plus petits rôles, cette Hermine est un plat de haut vol pour les fins palais ! (Utopia)


CGR (Draguignan) : mercredi 25 à 11h15, 13h45,  18h,  20h15 - Jeudi 26 et mardi 1er 11h15,  13h45, 15h45, 18h, et 20h15 - vendredi 27 11h15, 13h45, 15h45 et 18h - samedi 28 et dimanche 29 : 11h15, 18h et 20h15 - lundi 30 11h15, 15h45, 18h et 20h15


Le Fils de Saul
LE FILS DE SAULRéalisé par Laszlo NEMES
Hongrie 2015 1h47mn VOSTF
avec Geza Röhrig, Levente Molnar, Urs Rechn, Todd Charmont...
Scénario de Laszlo Nemes, Clara Royer et Mendy Cahan
Festival de Cannes 2015 Grand Prix du Jury


Impressionnant tour de force d'un réalisateur hongrois de 38 ans qui signe là son premier film, Le Fils de Saul nous plonge au cœur du chaos, nous place dans les pas de Saul Auslander, un Juif hongrois interné en 1944 à Auschwitz et recruté immédiatement – de force évidemment – pour faire partie des Sonderkommando (la déportation des Juifs hongrois fut une des plus tardives mais d'autant plus terrible : 400 000 disparurent en moins d'un an). Les Sonderkommando, choisis par les SS parmi les déportés les plus jeunes, avaient pour terrible mission de réceptionner, souvent dès la descente du train, les malheureux, hommes, femmes, enfants qui ne se savaient pas encore condamnés. Mission de les rassurer, les inviter à se déshabiller à l'entrée de ce qu'ils croyaient être des douches, leur confiant même un petit crochet numéroté pour retrouver leurs effets… Les Sonderkommando devaient ensuite nettoyer les lieux de l'horreur, sortir les corps enchevêtrés pour les conduire vers les fours crématoires. Une gigantesque usine de mort parfaitement huilée, terriblement productive qui, au faîte de son efficacité et alors même que l'Allemagne commençait à s'effondrer face aux Alliés, élimina ainsi une dizaine de milliers de déportés par jour.

Au cœur de cette inhumanité absolue, implacablement montrée dès la première séquence, un événement terrible va réveiller en Saul Auslander sa dignité. Parmi les dizaines de cadavres qu'il s'apprête à charrier vers les fours, il découvre un enfant encore vivant. Pas de miracle, un garde va l'achever… mais Saul croit reconnaître en lui son fils. Son unique objectif va être désormais d'extraire le corps du garçon pour le sauver du four crématoire, lui donner une sépulture et un enterrement décents. Et il cherchera un rabbin qui dira le kaddish… Il intercepte donc le cadavre auprès d'un médecin légiste, lui aussi prisonnier, qui s'apprête à l'autopsier, puis s'engage une course contre la montre et la mort…
Dans le même temps se prépare une tentative d'évasion et de révolte de ses compagnons sonderkommando hongrois, que sa démarche obstinée risque de compromettre… Et toujours dans le même temps la machine d'extermination est grippée par l'afflux trop important de déportés, qui semble plonger le camp dans le chaos.

Le scénario est inspiré des témoignages des sonderkommando – rassemblés postérieurement dans un recueil, Des voix sous la cendre – qui avaient été cachés dans des bouteilles enfouies à proximité des fours crématoires et dont l'immense majorité des auteurs furent exécutés avant la libération des camps. Laszlo Nemes, qui fut l'assistant du grand Bela Tarr (Les Harmonies Weckmeister, Le Cheval de Turin), a pris ce matériau à bras le corps et le porte à l'écran à travers une mise en scène fiévreuse, chaotique, mais sans ostentation indécente, utilisant la pellicule 35 mm pour donner à ses images un côté brut, presque sale, refusant coûte que coûte que son film puisse être perçu comme esthétisant. Il montre l'horreur sans montrer la mort elle-même, la cantonnant dans un hors champ ou un flou qui suffisent à glacer le sang. Il oppose l'implacable efficacité de la machine nazie, nourrie par le renoncement de beaucoup, au courage obstiné et suicidaire d'un seul homme et redonne ce faisant une dignité à ces forçats au destin abominable, honnis de tous. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 25 et samedi28 à 16h30 - jeudi 26 et mardi 1er à 13h50 et 18h20 - vendredi 27 : 18h20 et 20h30 - dimanche 29 16h10 et lundi 30 18h20 - mardi 1er 13h50 et 18h20

Les Cowboys
LES COWBOYSRéalisé par Thomas BIDEGAIN
France 2015 1h45mn
avec François Damiens, Finnegan Oldfield, Agathe Dronne, John C. Reilly, Ellora Torchia, Antoine Chappey...
Scénario de Thomas Bidegain et Noé Debré

Thomas Bidegain n’est pas un inconnu dans le cinéma français. En tant que scénariste, il possède même une sacrée carte de visite. Rien qu’avec Jacques Audiard, il a signé Un prophète, De rouille et d’os et Dheepan. Mais, visiblement, il ne se contentait pas d’écrire, il devait aussi observer, apprendre, emmagasiner avec le désir de passer derrière la caméra. Les Cowboys est donc son premier film en tant que réalisateur Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Rarement un titre aura été aussi bien choisi. Du début à la fin, en effet, sous des aspects différents, nous sommes renvoyés, non seulement à l’univers des cowboys, même si les personnages principaux sont bien français, mais aux références du western en tant que genre cinématographique.
Le film débute en 1994, dans l’est de la France, lors d’un festival de musique country, ce genre de rassemblement où vous passez pour un zombie si vous ne portez pas votre stetson, votre veste à franges et vos santiags, avec ou sans éperons. Alain – François Damiens, aussi convaincant que dans Suzanne – figure importante de cette petite communauté, monte sur scène pour interpréter un morceau puis danse avec sa fille Kelly, sous le regard attendri de sa femme et de son fils Georges, dit Kid. Mais quelques heures plus tard, alors que la fête touche à sa fin, Kelly a disparu. La vie de cette famille va basculer quand ils vont apprendre très rapidement qu’elle est partie avec le garçon qu’elle aime, Ahmed, et qu’elle s’est convertie à l’islam. Le père s’engage alors dans une quête obsessionnelle à laquelle participera son fils.

Thomas Bidegain ne cache pas les films qui ont inspiré le sien. Hardcore de Paul Schrader d’abord, dans lequel un père, calviniste intégriste, retrouve la trace de sa fille disparue dans le milieu du cinéma pornographique. La Prisonnière du désert de John Ford ensuite, où le personnage raciste interprété par John Wayne part à la recherche de sa nièce enlevée par des Indiens. Cela dit, ces références avouées n’empêchent pas Thomas Bidegain de réaliser une œuvre originale et profonde. C’est un film populaire et ambitieux qu’il nous propose, démontrant que l’on peut s’adresser au plus grand nombre avec intelligence et délicatesse. Les codes du western sont bien entendu présents : héros solitaire, chevauchées vers des horizons infinis, guet-apens des Indiens, échange de squaws, calumet de la paix, pistolets, arcs et flèches… Mais, au-delà de ce cadre, ce que raconte Les Cowboys, c’est l’histoire d’un homme ordinaire, déterminé à retrouver sa fille, mais totalement désarmé face à des événements qui le dépassent. C’est également l’histoire d’un fils qui, alors qu’il cherchait la reconnaissance de son père, se trouvera lui-même en s’émancipant des représentations binaires de celui-ci. Il aura fallu pour cela passer des fausses évidences d’un cowboy à la pleine conscience de la complexité du monde.

Le jeune Finnegan Oldfield, qui joue le rôle du fils, tient parfaitement sa place auprès de François Damiens, définitivement un grand acteur à qui il ne reste plus qu’à sélectionner ses rôles avec davantage de rigueur. Quant à Thomas Bidegain, il a franchi avec aisance l’écueil du « film de scénariste », c’est-à-dire celui où l’histoire prend le dessus. Certes, l’histoire qu’il nous raconte est forte, mais elle est menée de main de maître par un réalisateur à part entière, qui devrait rencontrer un succès public mérité. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : mercredi 25 et lundi 30 : 15h55 et 20h30 - jeudi 26 et mardi 1er 13h50, 18h15 et 20h30 - vendredi 27 : 13h50 et 18h15 - samedi 28 15h55, 18h15 et 20h30 - dimanche 29 14h et 20h30


Mia Madre
MIA MADRERéalisé par Nanni MORETTI
Italie 2015 1h47mn VOSTF
avec Margherita Buy, John Turturro, Giulia Lazzarini, Nanni Moretti...
Festival de Cannes 2015, Prix du jury oecuménique

Cette patte, ce style à nuls autres pareils, ce regard plein d'un humour tendre qui ne baisse jamais sa garde… C'est du grand Moretti, du très bon Nanni, petit garnement anxieux qui se cache dans l'ombre du grand réalisateur. Il nous entraine dans son univers gracieux où l'intime flirte avec l'universel ! Savoureuse fiction diablement personnelle : quelle est la part de rêve, d'imaginaire, d'autobiographie ? Qu'importe ! Tout s'imbrique dans un récit qui diffracte la réalité de la même façon qu'un kaléidoscope joue avec la lumière.
Premières images… On est au cœur d'un rang de CRS… Au travers des visières on scrute les manifestants. Ils scandent « … lavoro per tutti ! » Tiens ? Cela raisonne comme un écho : « Une terre, un toit… un travail pour tous » petit clin d'œil au Pape François (Habemus papam !) ? Aux victimes de la crise ? Les ouvriers partent à l'affrontement, coups de matraque, canons à eau… Images prises sur le vif, réalistes et pourtant… Quelque chose sonne faux… « - Coupez ! » On est sur un tournage ! Cette voix qui ordonne, c'est celle de Margherita ! Elle aussi trouve que quelque chose cloche. Est-ce le débit de l'eau, le débit des mots, les ouvrières trop apprêtées ? Elle analyse, s'angoisse, se démultiplie : rabroue le caméraman, rouspète contre les techniciens, passe à la question son assistante, gourmande gentiment une actrice : « Tu joues très bien. Mais ne sois pas ton personnage, n'oublie pas que tu es juste à côté. » « - Ah oui ! Euh… » La comédienne admirative s'efforce de comprendre, mais dès que la réalisatrice tourne le dos, une telle moue dubitative s'empare de sa frimousse qu'on explose de rire !


Être le personnage, tout en restant à côté ? Nébuleux leitmotiv schizophrénique que Margherita martèle désespérément à chacun de ses acteurs, qui prennent dès lors des airs inspirés pour cacher la tempête qu'elle provoque sous leur crâne ! C'est fichtrement drôle… Nanni Moretti se projette dans cette femme, ses angoisses, ses colères, ses incohérences, son envie de tout maîtriser qui la rend tyrannique. À travers elle, il raconte sa passion du cinéma, ses agacements, caricature le milieu avec tendresse, se moque de lui-même…
La journée de tournage achevée, rien n'entame son rythme frénétique. Margherita continue de vouloir tout gérer comme un plateau de tournage : sa famille, ses amours… Mais les personnages de la vraie vie sont moins malléables, on ne maîtrise pas le scénario, certaines choses vous dépassent comme la maladie, la mort… C'est au chevet d'Ada, sa vieille mère subtile et espiègle coincée à l'hôpital, que à peu les choses se dénouent, que tout est remis en perspective. C'est là que ses liens avec son frère Giovanni (interprété par Nanni Moretti) se renforcent. Pourtant, elle le trouve exaspérant, avec ses airs de premiers de la classe, son calme, sa patience, sa présence constante et dévouée… Tout ce qu'elle ne parvient pas à être !

Ada (Giulia Lazzarini, géniale !), quant à elle, curieuse et gourmande de tout, dévore chaque instant avec bonhommie. Elle passe chaque événement au crible des enseignement des philosophes grecs, des belles lettres. Et on comprend d'où tout ce petit monde a tiré ce sens de l'auto-dérision, le recul nécessaire pour affronter avec élégance les affres de la vie. C'est la grande classe !
Et le tableau serait incomplet si on oubliait Barry Huggins (John Turturro), acteur italo-américain qui tient le premier rôle du film tourné à l'intérieur du film ! Hâbleur intarissable, fanfaron insupportable, il cabotine jusqu'à épuiser son entourage et principalement Margherita ! Moments irrésistiblement drôles qui permettent de parler de choses graves à la légère, en ne sombrant jamais dans l'auto-apitoiement. Une belle leçon de vie, comme de cinéma. (Utopia)

Le Vox (Fréjus) en Avant Première: une seule séance dimanche 29 à 18 heures

Je suis un soldat
JE SUIS UN SOLDATRéalisé par Laurent LARIVIÈRE
France / Belgique 2015 1h37mn
avec Louise Bourgoin, Jean-Hugues Anglade, Anne Benoit, Laurent Capelluto, Nina Meurisse...

C'est un excellent thriller social, qui rappelle certains films des frères Dardenne dont il partage le même terreau géographique et le même attachement aux valeurs et aux questionnements (parfois sans réponse) qui traversent la classe ouvrière humiliée et désemparée. Un premier long métrage, une vraie réussite d'un jeune réalisateur moult fois primé pour ses courts métrages et ses pièces de théâtre. Un film porté par deux grands comédiens, mais où les seconds rôles crèvent l'écran tout autant.
Le personnage principal de Je suis un soldat est paradoxalement une femme, Sandrine, tout en énergie et en combat permanent, incarnée par une formidable Louise Bourgoin. Sandrine parlera à bien des jeunes femmes qui, un jour, après avoir acquis leur indépendance, se sont retrouvées obligées pour des raisons économiques de regagner le giron familial.

Dans une des premières scènes, elle fait l'humiliant état des lieux de sortie de sa studette devant un agent immobilier méprisant qui se moque comme d'une guigne de savoir si elle pourra récupérer son indispensable caution. Direction Roubaix et la maison maternelle où elle camoufle son barda dans la cabane de jardin, voulant dans un premier temps cacher qu'elle est là pour bien plus que quelques jours de vacances. Sa mère l'accueille avec bonheur mais embarrassée, puisque sa chambre a été prêtée à sa sœur cadette et à son mari, qui attendent d'avoir fini de construire leur future maison. Dans cette famille ouvrière, on est taiseux, on cache les problèmes, on les minimise.
Sandrine se refuse dans un premier temps à révéler la vérité, le beau frère fait comme si tout allait bien alors qu'il enchaîne les CDD sous payés, et que sa maison est un chantier ressemblant au tonneau des Danaïdes. La mère donne le change alors qu'au supermarché où elle travaille, elle est quotidiennement humiliée par une supérieure bien plus jeune qu'elle. Et il y a l'oncle Henri, qui tient un chenil, toujours généreux avec la famille : tout le monde sait que sa richesse est suspecte mais chacun fait comme si de rien n'était. Dans la galère, Sandrine va accepter de travailler pour lui et découvrir peu à peu que son chenil prospère grâce à un trafic illégal de chiots avec les pays de l'Est, à coup de faux certificats de vaccination fournis par un vétérinaire complice. Et la jeune femme, désireuse de retrouver une place dans la société et dans sa famille, va s'enfoncer dans ce trafic, parfait petit soldat de son oncle. Mais jusqu'où ira-t-elle avec ou contre cet homme qui peut se montrer protecteur et généreux, mais aussi violent et cruel, n'hésitant pas à la mettre en danger pour ses intérêts ?

Je suis un soldat, dont le titre évoque à la fois le personnage de Sandrine et, ironiquement, une chanson de Johnny Halliday, est une puissante réflexion sur la façon dont les gens modestes – pour ne pas dire les pauvres – sont contraints – certains de meilleur gré que d'autres – de renier leurs valeurs, de trahir leur classe pour se tailler une part ridicule du gâteau de la réussite. Mais tout espoir ne doit pas être perdu : les réflexes humains élémentaires se réveillent lorsque la famille est en danger…(Utopia)

Le Vox (Fréjus) : jeudi 26 et vendredi 27 à 15h55


Avril et le monde truqué
AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉRéalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares
Film d'animation France 2015 1h43mn
avec les voix de Marion Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort, Olivier Gourmet, Bouli Lanners...
Création et univers graphique Jacques Tardi. Cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy 2015

1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du xixe siècle, gouverné par le charbon et la vapeur. C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?

Première originalité qui ne manquera pas de séduire : Avril et le monde truqué est résolumentsteampunk (littéralement : punk à vapeur). Ce terme désigne les œuvres dont l’action se déroule dans la société industrielle du xixe siècle. Au menu des ces romans, machines à vapeurs et révolution industrielle. Le genre steampunk s’est ensuite étendu, devenant une véritable esthétique et gagnant en conséquence tous les types d’arts, jusqu’au cinéma. Le dessin de Tardi au trait si particulier et son imagination foisonnante alliés à ce genre de proposition rétrofuturiste, a déjà de quoi mettre en appétit. Mais les qualités du dessin animé ne s’arrêtent pas là.
Avril et le monde truqué est une uchronie. Dans cette nouvelle histoire de France (et du monde), l’électricité n’a jamais été inventée. C’est donc le charbon qui domine. Il faut voir ce Paris enfumé et charbonneux, ce déluge de machines à vapeur et surtout ces méchants dont on ne révèlera pas l’identité… Avril évolue dans un univers où exercer sa science est une honte. C’est une solitaire, fauchée et désespérée dont le courage est la seule arme.
Vous l’aurez sans doute compris : le film n’a pas pour ambition de vous compter fleurette. C’est tant mieux. Cette liberté permet aux auteurs de déployer un véritable récit d’aventure aussi ambitieux que généreux. Même le compagnon d’Avril - un chat qui parle - est rendu délicieusement atypique à travers la voix du chanteur Philippe Katherine. Le reste du casting voix est d’ailleurs impeccable. C’est une Marion Cotillard farouche qui prête son timbre à Avril et Olivier Gourmet interprète son père. A leur suite : Jean Rochefort, Marc André Grondin, Bouli Lanners… Un chapelet de voix francophones quatre étoiles.
Six ans de travail ont été nécessaires pour mettre en image le foisonnant univers graphique de Tardi, rien d’étonnant, au vu du résultat : un superbe mélange des genres à la hauteur de ce labeur. Avril et le monde truqué investit le meilleur de chaque talent ayant pris part au dessin animé pour nous offrir un monde rétrofuturiste varié, coloré, tantôt drolatique, tantôt sombre. Justement récompensé par le cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy, Avril et le monde truqué est une réussite. Par l’ambition intellectuelle de son scénario et son superbe univers graphique. Par le ton et l’humour distillés tout au long de l’histoire.
Judith Godinot pour avoir-alire.com

Le Vox (Fréjus) : mercredi 25 et samedi 28 à 13h50


La Dernière leçon
LA DERNIÈRE LEÇONRéalisé par Pascale POUZADOUX
France 2015 1h45mn
avec Marthe Villalonga, Sandrine Bonnaire, Antoine Duléry, Gilles Cohen, Grégoire Montana, Sabine Pakora...
Scénario de Pascale Pouzadoux et Laurent de Bartillat, d’après le livre de Noëlle Chatelet

On ne va pas se raconter d’histoires. Nous trainons comme tout le monde notre petit fardeau de préjugés… Parmi eux, il y avait Marthe Villalonga. S’apprêter à voir un film abordant un sujet grave, celui du droit à mourir dans la dignité, avec dans le rôle principal Marthe Villalonga, qui incarna de manière parfois caricaturale un nombre considérable de braves mères juives couvrant leurs rejetons toujours mâles d’amour et de falafels… nous laissait un chouïa perplexes. Et puis il fallut se rendre à l’évidence ; les préjugés existent pour être démontés et à 82 ans, Marthe Villalonga a enfin trouvé un rôle à sa mesure, où son potentiel comique peut laisser une bonne place à un jeu plus grave.
Au départ de ce projet, il y a un livre magnifique du même titre, écrit par Noëlle Chatelet, écrivaine et par ailleurs sœur de Lionel Jospin. Un livre où elle raconte comment elle accompagna sa mère Mireille dans son choix de vie ou plutôt de mort, celle-ci ayant décidé que si la vie méritait d’être vécue, elle méritait aussi de finir dignement, avant que, la vieillesse aidant, tout foute le camp. Un livre qui fit date et œuvra il y a plus de dix ans au combat de ceux qui, autour de l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité que la mère et la fille cofondèrent, militent pour un suicide assisté.

La réalisatrice Pascale Pouzadoux a été persévérante et a donc attendu une bonne décade pour obtenir l’autorisation d’adaptation au cinéma. Une des choses fondamentales qui a convaincu Noëlle Chatelet était le choix audacieux mais si juste de faire aussi de ce récit une comédie. Car même si la mort est au bout du chemin, l’histoire qui précède le terme choisi est avant tout une histoire de vie où l’on rit de situations parfois ubuesques, comme quand mère et fille convoquent une dizaine de médecins à domicile en une seule journée pour obtenir un maximum de médicaments…
Mais au début du récit, on n’en est pas là. Madeleine s’apprête à fêter ses 92 ans devant fille et beau-fils, fils et belle-fille et petits enfants, avec banderole, cotillons, gâteau et discours de circonstances. Sauf que Madeleine a prévu un petit speech qui va jeter un grand froid. Elle annonce que, dans quelques mois, à une date précisément choisie, elle mettra fin à ses jours, quoi qu’il arrive. Stupéfaction, révolte. Et puis, dans un deuxième temps, la famille va se diviser. La fille Diane fait un long cheminement pour comprendre sa mère et accepter sa décision tandis que Pierre, le fils, homme d’affaires pressé, refuse l’impensable, allant jusqu’à décider de faire enfermer sa mère.

Ce qui rend le film très beau, c’est qu’il montre bien comment l’approche de la mort permet de renforcer des liens et de donner sens et importance à chacun des instants qui restent. Comment, durant ces quelques ultimes mois, on redécouvre toute la richesse de celle qui ne sera bientôt plus. Madeleine/Mireille fut une sage-femme féministe de la première heure, combattive et militante - les chats ne font pas des chiens - et c’est au terme de sa vie que ses enfants s’en souviennent. Il y a tout ce qui se passe entre la mère et la fille, avec les moments de doute, de culpabilité aussi, alors même que Diane devient de plus en plus complice du projet de Madeleine. Mais il y a aussi ce qui se passe avec le petit-fils Max, qui grandit d’un coup, ou avec Victoria, l’aide de vie de Madeleine, avec qui elle entretient une relation très proche, et même tendre car les gestes physiques sont essentiels pour celles et ceux qui savent que ce sont les derniers… On sort donc rasséréné et heureux de ce film sur la fin de vie, illuminé par le jeu remarquable de Sandrine Bonnaire et Marthe Villalonga. (Utopia)

Salernes : jeudi 26 à 18h et samedi 28 à 20h30

Vers l'autre rive
VERS L’AUTRE RIVERéalisé par Kiyoshi KUROSAWA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yû Aoi, Akira Emoto, Masao Komatsu...
Scénario de Kiyoshi Kurosawa et Takashi Yujita, d'après le roman de Kazumi Yumoto

« Pétri d’éléments puisés dans la spiritualité japonaise, ce film offre aux esprits occidentaux une possibilité de penser autrement la mort, tout comme la vie. » Masa Sawada, producteur du film
Avec son nouveau film, il semblerait bien que Kiyoshi Kurosawa soit parvenu à un lumineux et splendide dépassement de son art, à une sorte d’épure débarrassée de ce qui, de l’épouvante cinématographique nipponne, résistait encore à sa singularité. Les fantômes philosophiques de l’auteur de Kairo ne font plus peur. Ils témoignent, par un apparent paradoxe, de l’unicité et de l’étrangeté d’une réalité qui ne se laisse pas réduire par les étroites conceptions des humains.

Revenue de son travail, une jeune femme retrouve, brusque apparition plantée au milieu de son salon, son mari. Celui-ci est mort il y a plusieurs années, disparu en mer, et pourtant il est là. Ce spectre que rien ne semble distinguer d’un être bien vivant propose à son épouse d’entreprendre un voyage sur les lieux d’un passé commun, une petite ville, un village d’enfance, autant d’endroits d’où remontent divers souvenirs, peuplés de personnages accueillant l’homme et la femme comme s’ils revenaient d’une longue absence.
Certaines des personnes qu’ils retrouvent sont, comprend-on progressivement, mortes aussi, revenants familiers d’une mémoire qui se revivifie au cours de ce périple. Mais ce voyage est l’occasion, pour les deux protagonistes, de tenter de trouver une réponse à diverses questions laissées ouvertes par la mort de l’homme et que le récit laissera d’ailleurs irrésolues.
La figure du fantôme est essentiellement associée à l’obsession de la vengeance, au remords et à la culpabilité. Si ces deux sentiments ne sont pas absents de cette odyssée de la remémoration, ils sont très vite submergés par celui, plus fort, du deuil impossible et de la résignation nécessaire. Bouleversante quête d’un sens introuvable, Vers l’autre rive souligne que la seule réconciliation possible n’existe que dans la conscience de son impossibilité. Sans doute, pour la première fois de façon directe et littérale, apparaît dans un cinéma marqué depuis toujours par le questionnement philosophique une de ses sources possibles, le shintoïsme.
Et sans doute le film devait-il déboucher sur une séquence particulièrement étrangère à l’inquiétude clinique qui caractérise la filmographie de Kurosawa, une scène au cours de laquelle l’homme et la femme s’unissent enfin, et à nouveau, charnellement. Le sexe est ici exalté comme ce qui demeure la seule réalité possible et vitale de l’amour. (J.F. Rauger, Le Monde)

Ce n’est pas une découverte mais Kiyoshi Kurosawa est un grand metteur en scène, créant le trouble par de simples raccords, par la disposition des présences dans des espaces géométriques et souvent symétriques, une extrême attention aux corps et des visages – quelques gros plans très marquants où les personnages ont les yeux plantés dans ceux du spectateur : on pense évidemment à Ozu. On retient aussi des compositions du décor et un travail sur la lumière admirables. Il fait naître ici de superbes suspenses émotionnels par le (simple) dévoilement de nouvelles parcelles d’espace par des recadrages dans le plan en usant de travellings ou zooms arrière délicats. (A. Hée, critikat.com)

Lorgues : samedi 28 à 16h et lundi30 à 21h15


Notre petite soeur
NOTRE PETITE SOEURÉcrit et réalisé par Hirokazu KORE-EDA
Japon 2015 2h08mn VOSTF
avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose...
D'après le roman graphique de la mangaka Yoshida Akimi

C'est une histoire aérienne, enjouée, qui se laisse porter au gré de brises légères. Un récit gracieux sur les choses simples et joyeuses de la vie. L'odeur discrète d'une fleur qui fait remonter les parfums de l'enfance. Les saveurs des petits plats de mère-grand à tout jamais inscrits dans nos papilles. Les arbres fruitiers qui enneigent le printemps de leurs flocons de pétales immaculés… Le cinéma de Kore-Eda, c'est l'invitation à l'eudémonisme, au carpe diem : savoir déguster et embellir le temps qui nous conduit inéluctablement vers la poussière. C'est aussi une leçon de zénitude d'où l'on ressort conquis et apaisé. Un film qui donne faim et soif de nourritures terrestres et de tendresse.
Dans la famille des jeunes filles en fleurs, voici les trois sœurs : Sachi, Yoshino, Chika… Sachi, l'aînée, c'est la moralisatrice raisonnable, celle qui règle le pas de ses cadettes pour faire avancer la maisonnée. Yoshino, la seconde, c'est la contestataire, celle qui s'oppose à tout, raisonne parfois plus que de raison. Quant à Chika, la benjamine, c'est la plus espiègle : une bouille de pitre aux grand yeux pétillants. Trois personnalités tellement fortes et distinctes qu'on reste tout étonné de voir une forme d'harmonie s'épanouir entre elles. Une bonne rasade d'autodérision vient souvent noyer dans l'œuf leurs chamailleries. Elles sont rigolotes, ces filles de chair et d'os qui affichent parfois des mimiques dignes d'un manga. Qu'une tante importune vienne frapper à leur porte pour leur faire la leçon ? Voilà ces demoiselles qui deviennent les meilleures alliées de la terre. C'est qu'elles se sont habituées à se débrouiller seules dans la maison familiale léguée par leurs aînés, et à ne pas compter sur eux pour devenir adultes. La bicoque ancestrale a le charme fou d'une vieille dame qui semble les protéger dans ses jupes bienveillantes. Petit havre immuable préservé dans la cité de Kamakura, ville côtière du sud, par ailleurs dévorée par l'urbanisation galopante.

On le voit bien quand nos héroïnes traversent la ville pour aller travailler, l'une en temps qu'infirmière, l'autre en tant que banquière et la troisième déguisée en étudiante. C'est un ronron bien précis qui anime la mécanique quotidienne de la maisonnée : ces heures où l'on se rassemble autour de la table, celles d'intimité, celles où l'on s'agite dans des tâches collectives. Entre deux espaces de modernité, on alimente les rituels traditionnels, on salue les esprits des femmes absentes, celui de la mère, de la grand-mère qui méritent bien une pensée, un bâton d'encens ou une gourmandise.
Puis, un jour, parvient un faire-part de décès, celui du père qui les as plantées-là vingt ans auparavant, sans un regard en arrière. Un géniteur dont elles avaient presque oublié l'existence et auquel elles ne doivent plus rien. Pourtant… Le poids des conventions, le qu'en-dira-t-on font que, ma foi, Sachi pense qu'il faut se rendre aux funérailles. Un train plus tard, les voilà au sein de montagnes verdoyantes en train de recueillir les condoléances d'inconnus pour la perte de celui qu'elles n'ont pas connu. Enterrement en grande pompe funèbre où l'on peine à s'émouvoir devant tant d'étrangers.

Les mots d'usage raisonnent étrangement : « Merci d'avoir pris grand soin de mon père » s'entend dire Sachi à la dernière compagne de ce dernier qui le lui a volé… Dans le lot, seule une jeune fille se distingue. Présence radieuse dont le sourire intimidé et empreint de tristesse trahit le lien de parenté qui la rapproche d'elles. Les trois reconnaissent instantanément leur demi sœur, fruit d'une parenthèse amoureuse qui a pourtant détruit leur foyer. Sans avoir besoin de se concerter les voilà qui proposent à Suzu d'emménager avec elles…
Composée par Yoko Kanno, la musique semble nous bercer, bienveillante, en murmurant « Cœurs qui souffrez, endormez-vous ! » (Utopia)

Cotignac : lundi 30 à 20h30


Alphabet
NOTRE PETITE SOEURRéalisé par Erwin WAGENHOFER
Documentaire Allemagne/Autriche 2014 1h48mn VOSTF

Après avoir mis en évidence l’absurdité et la fin programmée du système alimentaire industriel (We feed the world), puis celles du système financier ultra-libéral (Let’s make money), Erwin Wagenhofer s’attaque à un autre mammouth, moins polémique sur le papier mais pas le moins important des trois : le système éducatif. Et une fois de plus, l'étude est argumentée, le constat sans concession. On le sait : le système éducatif dominant ne laisse que trop peu de place à la créativité, à l’imagination, à l’esprit critique… On le sait : la course aux bonnes notes, aux bons résultats, aux meilleurs classements est devenue plus qu’un simple objectif, une véritable obsession. On le sait : les élèves et étudiants sont stressés, fatigués, épuisés par des programmes trop lourds, angoissés par la peur de rater.

On a beau le savoir, la démonstration en images et en mots, ceux de quelques éminents pédagogues, chercheurs, théoriciens de l’éducation aux quatre coins du monde, n'en est pas moins édifiante. Car la machine éducative, modèle hérité de la révolution industrielle, fonctionne trop souvent comme un rouleau compresseur. L’exemple le plus hallucinant est sans doute celui de la Chine qui, en faisant le grand bon dans la société de consommation, a fait de son système éducatif une gigantesque usine à concours. Et les « boîtes » censées préparer les élèves – souvent dès leur plus jeune âge et au prix de moult sacrifices financiers des parents – aux diverses « Olympiades » sont devenues des multinationales puissantes cotées en bourse.
L’Europe n’est pas en reste et forme de bons petits soldats qui viendront grandir les rangs d’une armée toute dévouée au Dieu business et ils sont tout aussi effrayants, ces jeunes étudiants bien habillés qui participent au concours du futur super big boss de demain. Le pire étant sans doute que personne ne s’interroge vraiment sur le sens de tout cela et que chacun (parents, enseignants, ministres de l’éducation) participe à sa manière, consciente ou non, à nourrir, à son échelle, un système qui dévore ses enfants, ne leur laissant plus le temps de s’ennuyer, de rêver, de jouer.

Alors quoi, c’est fichu ? Il ne nous reste plus qu’à pleurer ? Il est déjà trop tard ? Au secours, nos enfants vont tous finir lessivés du cervelet ? Heureusement, il a toujours existé des chemins de traverses, des écoles buissonnières, des alternatives à la pensée unique, au modèle dominant. C’est sans doute là qu’il faut aller chercher les clés pour penser l’école autrement, c'est là que le film d'Erwin Wagenhofer va filmer des expériences stimulantes.
Peut-être devrait on s’inspirer de la pédagogie d’Arno Stern et de ses ateliers de peinture où il n’y a d’autre consigne que celle de se faire plaisir. Peut-être faudrait-il écouter cette étude qui raconte que libre arbitre et sens critique sont bien plus forts chez un enfant de 4 ans que chez un jeune adulte de 18. Ou simplement s’inspirer de notre cerveau qui fait fonctionner ses deux hémisphères en parfaite collaboration, sans que l’un cherche à écraser ou à avoir une meilleure note que l’autre. Alors parents, enseignants, Ministres (re) voyons notre Alphabet, réfléchissons et agissons ! (Utopia)

CGR (Draguignan) : une seule séance vendredi 27 à 20h avec André Stern - Séance proposée par Colibris


Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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demeurant....................................................................................................................................................................................

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