Au(x) cinéma(s) du 26 août au 1er septembre

Entretoiles entretoiles Entretoiles
Bonjour à tous,

Et cette fois-ci, pas d'erreur, c'est bel et bien la rentrée !
Avec au menu, beaucoup de bons films ! A Draguignan Dheepan, la Palme d'Or cannoise et Microbe et Gasoil, un film fantaisiste et jubilatoire. Mais dans les villes et villages voisins, vous pourrez aussi profiter de la vitalité irrépressible de La belle saison, ou bien de vous aiguiser les nerfs sur la cristallisation des tensions derrière les volets d'un village apparemment paisible de Coup de chaud, ou encore de vous réjouir avec du grand cinéma espagnol, énigmatique, troublant et fascinant : La nina de fuego. Et si vous voulez juste vous faire du bien, alors, ne manquez pas le vif et déluré While we're young, ni ce plaisir de cinéma aussi frais qu'une glace à l'eau : Les Bêtises
Voilà pour vous !
Bonne semaine de cinéma !

Comme toujours, on vous le redit : Transférez, adhérez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 26 AOUT AU 1ER SEPTEMBRE 2015
Dheepan
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Dheepan
Réalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015
Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.
Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés.
.. lire la suite
CGR (Draguignan) : du mercredi 26 au mardi 1er à 11h00, 13h30, 15h45, 20h00, 22h15
Microbe et Gasoil
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Microbe et Gasoil
Écrit et réalisé par Michel GONDRY
France 2015 1h43mn
avec Ange Dargent, Théophile Bacquet, Diane Besnier, Audrey Tautou, Fabio Zenoni, Laurent Poitrenaux, Sacha Bourdo...
Voilà un film jubilatoire qui arrive à point nommé en ce début d'été, un film à voir tout seul ou à deux ou à plusieurs, à voir en famille, composée, recomposée, décomposée. Un film qui devrait rassembler toutes les générations par sa tendresse, son intelligence, sa fantaisie, sa foldinguerie. Microbe a quatorze ans, si on l'appelle comme ça c'est parce qu'il est évidemment plus gringalet que la moyenne, ce qui forcément le rend timide et peu conquérant avec les filles… En plus de ça, il doit se coltiner une maman un poil dépressive, décidément trop gentille et trop affectueuse (l'hilarante Audrey Tautou). Et puis un jour débarque dans la classe un nouveau, très vite surnommé Gasoil parce qu'il a souvent les mains dans le cambouis. Avec son père mi antiquaire-mi ferrailleur, sa mère mégère et son blouson sorti tout droit de Thriller de Michael Jackson, il détonne dans le collège propret. Entre les deux garçons pas franchement intégrés, pas franchement populaires pour ne pas dire têtes de Turc, l'amitié va être immédiate, au point d'envisager un rêve fou... lire la suite
CGR (Draguignan) : jeudi à 13h30, vendredi et mardi à 18h, samedi à 15h45, dimanche à 20h15 et lundi à 13h45
Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) : dimanche à 18h
Coup de chaud
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Coup de chaud
Réalisé par Raphaël JACOULOT
France 2015 1h42mn
avec Jean Pierre Darroussin, Grégory Gadebois, Karim Leklou, Carole Franck, Isabelle Sadoyan...
C'est un petit village charmant. Qualité de vie, maisons de pierres et petite communauté humaine avec les problèmes assortis qui n'ont, a priori, rien d'insoluble… Autant de menus conflits qui semblent faciles à contenir par un maire sympa – il a ici le charisme chaleureux de Jean Pierre Darroussin – débonnaire médiateur qui fédère autour de lui les quelques conseillers qui se concertent pour prendre les grandes décisions. Un petit village avec une poignée d'humains ni pires ni meilleurs que bien d'autres. Tranquille. L'été est très chaud. Trop chaud. La canicule tape dans les tronches, assoiffe les récoltes, exacerbe une tendance larvée à la rumination paranoïaque et derrière les volets clos, les imaginations divaguent. Les non-dits, une accumulation de malentendus, des petites saloperies anonymes bricolées pour grignoter la terre de la voisine, la récolte qui sèche sur pied… font leur petit chemin dans les têtes inquiètes et un seul va cristalliser les ruminations des uns et des autres. Pas qu'il soit méchant, Joseph. Il serait même plutôt gentil avec ses trente ans, ses airs de brun pataud, sa dégaine de grand couillon débile qui lui vaut d'être l'objet de blagues idiotes, de rires imbéciles : les filles le font tourner en bourrique, on le pousse à picoler, parce qu'il est drôle quand il danse avec un coup de trop... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi et mardi à 14h, jeudi, samedi et lundi à 18h30, vendredi et dimanche à 14h et 21h
La Belle saison
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
La Belle saison
Réalisé par Catherine CORSINI
France 2015 1h45mn
avec Cécile de France, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Kévin Azaïs, Laetitia Dosch, Bruno Podalydès...
Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss
C'était le printemps et il faisait doux, le soleil dorait les peaux, les jupes raccourcissaient, les corsages s'entr'ouvraient… finis les genoux couverts, les chignons torsadés, les poses contraintes, les yeux baissés ! Il soufflait une petite brise folle qui agitait les cervelles, les cheveux étaient offerts à la caresse du vent, il y avait des rires partout, ça chantait à tue tête, elles osaient tout à coup fumer dans la rue… Quel joli temps que ce temps là ! Les femmes en avaient bavé des interdits et refusaient de continuer à se soumettre à des lois faites par les hommes, gueulaient dans les rues à se casser la voix : « oui papa, oui patron, oui monsieur : y'en a marre ! »… exigeaient le droit de disposer librement de leur corps, prenaient la parole et ne la lâchaient plus, ça partait dans tous les sens dans un joyeux bordel qui en agaçait plus d'un… et parfois plus d'une... lire la suite
Le  Vox (Fréjus) : mercredi, vendredi, dimanche et mardi : 16h30, 18h30 et 21h, jeudi, samedi et lundi : 14h, 18h30 et 21h
La Nina de Fuego
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
La Niña de Fuego
Écrit et réalisé par Carlos VERMUT
Espagne 2014 2h07mn VOSTF
avec José Sacristán, Bárbara Lennie, Luis Bermejo, Israel Elejalde, Lucia Pollan...
Concha de Oro (Meilleur film) et Concha de Plata (Meilleur réalisateur) au Festival de San Sebastián 2014 • Goya (équivalent espagnol des César) de la meilleure actrice pour Bárbara Lennie
Luis est un professeur au chômage prêt à tout pour donner un peu de bonheur à sa fille atteinte d'une leucémie incurable. Damián fut professeur aussi, mais il s'apprête aujourd'hui à sortir de prison, avouant à ses geôliers sa peur, une fois dehors, de recroiser la route de Bárbara. Bárbara justement est une jeune femme instable et mystérieuse, que son mari psychiatre essaie tant bien que mal de contrôler. Entre ces trois personnages va se mettre en place un jeu malsain fait de chantages, de mensonges et de tromperies, un jeu bien trop dangereux et qui risque fort d'aller beaucoup trop loin... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi et mardi à 16h05, 18h30 et 21h - jeudi, samedi et lundi à 16 h05 et 21h, vendredi et dimanche à 16h05 et 18h30
Les Bêtises
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
Les Bêtises
Écrit et réalisé par Alice et Rose PHILIPPON
France 2015 1h20mn
avec Jérémie Elkaïm, Sara Giraudeau, Anne Alvaro, Jonathan Lambert, Jacques Weber, Frédéric Pierrot...
Ça vous dirait, au cœur de l’été, un ravissement simple et aussi frais qu’une glace à l’eau ? Un plaisir de cinéma aussi doux qu’une brise du soir, aussi agréable qu’une balade à vélo sur un chemin côtier ? Les Bêtises : un de ces films que l’on se fait une joie de saisir au vol parce que loin des comédies françaises indigestes, trop grossièrement ficelées et souvent pensées par les services marketing, celles où l’on parle toujours trop pour ne jamais dire grand chose…
Place au burlesque, place à la folie douce des gentils rêveurs, place à la poésie des maladroits, place aux bêtises, celle que font les adultes pour ne pas oublier qu’ils ont été des enfants.
.. lire la suite
Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) :  jeudi à 21h
While We're Young
Cliquez sur l'affiche pour la bande-annonce
While We're Young
Écrit et réalisé par Noah BAUMBACH
USA 2015 1h37mn VOSTF
avec Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver, Amanda Seyfried, Charles Grodin...
Noah Baumbach nous livre un modèle de comédie new-yorkaise, autrement dit diablement intelligente, voire cérébrale (ce qui n'est pas un défaut), brillante, sophistiquée, drôle, mélancolique, merveilleusement interprétée (Ben Stiller et Naomi Watts sont particulièrement bons et justes et crédibles) et délivrant quelques vérités bien senties sur pas mal de sujets qui n'intéressent pas seulement la petite communauté arty du New-York bohème.
New York donc. La communauté artistique donc. Des hommes et des femmes. En couple. Leurs névroses souvent tordantes apparaissent à travers des conversations relevées et éloquentes, des échanges qui amusent ou déchirent, des scènes douces, amères, ou les deux en même temps. Deux couples. Josh et Cornelia ont bien entamé la quarantaine. Jamie et Darby s'épanouissent dans la vingtaine. Une vingtaine vintage, en quelque sorte, puisque volontiers tournée vers le passé : ces deux jeunes ostensiblement non conformistes consomment la culture de leurs « aînés » à la façon d'hier (disques vinyles, films sur VHS), aiment faire du patin à roulettes et utiliser une machine à écrire (électrique quand même) plutôt qu'un ordinateur. Des électrons libres qui ne manquent pas de séduire Josh et Cornelia, aux prises avec une maturité-venue-par-surprise-et-bien-trop-tôt. Attendez, là, avoir besoin de lunettes pour lire ? Faire de l'arthrite ? C'est pour eux ? Pas possible ! Pas déjà !...
lire la suite
Le Luc : mercredi à 18h et vendredi à 21h

Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Dheepan

DHEEPANRéalisé par Jacques AUDIARD
France 2015 1h55mn VOSTF
avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga...
Scénario de Jacques Audiard, Noé Debré et Thomas Bidegain, très librement inspiré des Lettres persanes de Montesquieu
Palme d'Or, Festival de Cannes 2015


Dheepan, c'est le prénom du héros. Qui donne son titre à ce film qui claque comme une arme à double détente. Première salve : un cinéma social, presque organique, qui démarre dans une jungle moite et luxuriante sur les traces d'un éléphant filmé de manière mystique, référence à Ganesh, divinité hindou. Deuxième salve : basculement complet dans du cinéma de genre, un « vigilante », où Dheepan se transformera en justicier des temps modernes.

Mais nous n'en sommes pas là. Nous sommes, tout d'abord, dans un camp de réfugiés où chacun espère s'envoler vers des terres plus paisibles, loin de la guerre civile qui sévit au Sri Lanka. Images amèrement banales d'une zone surpeuplée, de tentes miséreuses, d'un provisoire qui semble durer éternellement. On présume que beaucoup sont prêts à tout pour se tirer de là, on le serait soi-même. Une manne pour les trafiquants de tout acabit. Là, dans un bureau improvisé, on peut se procurer des passeports illicites et s'ils mentionnent une famille on s'en compose une fictive sur le champ. C'est ainsi que deux inconnus deviennent officiellement mari et femme, lui endossant l'identité d'un certain Dheepan, elle d'une certaine Yalini. Il ne manque plus qu'une enfant de neuf ans pour compléter le tableau et ils ont tôt fait de se la procurer, prenant au hasard la première orpheline venue, qui n'a d'autre perspective que de suivre ces étrangers. Trois êtres solitaires aux devenirs désormais étroitement liés : voilà un équipage de fortune constitué par pur intérêt, une triple alliance frustrante où chacun s'efforce de jouer le jeu, faisant taire ses états d'âmes, ses peurs, ses colères. Celles de Dheepan sont féroces, façonnées par des années d'engagement en tant que tigre de la libération. L'ancien militaire n'a que mépris envers sa nouvelle compagne tamoule, restée en retrait au lieu de s'engager dans la lutte armée et qui rêve benoîtement d'Angleterre, comme si ce pays était la panacée. Quant à la gamine, rebaptisée Ilayaal, elle semble être la seule à oser réclamer un peu d'une tendresse devenue subsidiaire pour ses faux parents écorchés par la vie.

Inutile de vous décrire l'embarquement sur un boat people dégoulinant de passagers agglutinés : Audiard procède par touches, par flashs laissant son auditoire compléter la chanson. Ainsi en est-il de l'arrivée à Paris. Premiers boulots clandestins en tant que vendeurs à la sauvette. Images avilissantes de ces anciens guerriers coiffés de ridicules antennes clignotantes qu'ils cherchent à fourguer à des passants indifférents. Les gendarmes… Les foyers…
Mais parfois le destin leur sourit, leur procurant des soutiens inattendus, celui d'un interprète qui, loin de faire du mot à mot, les conseille, leur réinvente un parcours susceptible d'émouvoir le fonctionnaire qui instruit leur dossier, d'infléchir le bras d'une administration encline aux reconduites à la frontière. C'est la régularisation. Voilà Dheepan et sa famille embauchés comme gardiens dans une cité HLM… Il essaie de se refaire une virginité, affichant une attitude servile sous le regard des petits caïds du quartier… Mais ça ne va pas durer !

L'essentiel du film réside dans la complexité des personnages, dans leur rapport à autrui, leur évolution comme autant de petites révolutions intérieures. Chaque acteur joue tout en retenue, c'est criant de vérité. On peine à imaginer que pour la plupart c'est une première apparition à l'écran. Il y a d'ailleurs une résonance autobiographique pour Jesuthasan Antonythasan qui interprète Dheepan et dont le parcours d'enfant soldat a servi de matière à ses romans.

CGR (Draguignan) : du mercredi 26 au mardi 1er à 11h00, 13h30, 15h45, 20h00, 22h15


Microbe et Gasoil
MICROBE ET GASOILÉcrit et réalisé par Michel GONDRY
France 2015 1h43mn
avec Ange Dargent, Théophile Bacquet, Diane Besnier, Audrey Tautou, Fabio Zenoni, Laurent Poitrenaux, Sacha Bourdo...

Voilà un film jubilatoire qui arrive à point nommé en ce début d'été, un film à voir tout seul ou à deux ou à plusieurs, à voir en famille, composée, recomposée, décomposée. Un film qui devrait rassembler toutes les générations par sa tendresse, son intelligence, sa fantaisie, sa foldinguerie. Un film qui donnera envie aux ados débutants de profiter des vacances pour s'affranchir un peu de leurs parents et aux parents inquiets de nature de les laisser faire en toute confiance.
Aux commandes de ce film qui fait du bien, l'imprévisible et follement talentueux Michel Gondry. Il est libre, Michel. Jamais là où on croit pouvoir l'attendre, toujours surprenant, toujours inventif, toujours prêt à se lancer et à nous embarquer avec lui dans la grande ou la petite aventure… Ici c'est celle de deux collégiens, deux titis versaillais formidablement attachants. Microbe a quatorze ans, si on l'appelle comme ça c'est parce qu'il est évidemment plus gringalet que la moyenne, ce qui forcément le rend timide et peu conquérant avec les filles… En plus de ça, il doit se coltiner une maman un poil dépressive, décidément trop gentille et trop affectueuse (l'hilarante Audrey Tautou), adepte de gourous bidon, traînant régulièrement son fiston à des soirées mystiques dont il se passerait bien. Il est aussi affublé d'un frère aîné, punk, qui fait de son univers sonore un enfer sur terre. Microbe tente de tout oublier dans le dessin et la rêvasserie, ce qui n'est guère compatible avec les bons résultats scolaires.

Et puis un jour débarque dans la classe un nouveau, très vite surnommé Gasoil parce qu'il a souvent les mains dans le cambouis. Avec son père mi antiquaire-mi ferrailleur, sa mère mégère et son blouson sorti tout droit de Thriller de Michael Jackson, il détonne dans le collège propret. Entre les deux garçons pas franchement intégrés, pas franchement populaires pour ne pas dire têtes de Turc, l'amitié va être immédiate, au point d'envisager un rêve fou entre le dessinateur et le bricoleur : construire, avec des matériaux de récup et un moteur de tondeuse, un mini mobil-home pour partir en vacances sur les routes de France… Et ils vont passer à l'acte !

Inspiré d'un projet d'enfance réel – bien qu'inabouti – de Michel Gondry (qui fut lui-même collégien versaillais fils de parents hippies), le film passe de la chronique familiale et scolaire drôlatique au film d'aventures réjouissant. Microbe et Gasoil est délicieusement atypique et un peu hors du temps, l'exact contraire d'un film « branché ». Les deux ados – qui sont allergiques à la technologie et s'expriment de manière assez châtiée, ce qui crée un décalage assez désopilant – vont croiser lors de leur périple un couple de dentistes possessif en mal d'enfants, une équipe asiatique autant que patibulaire de football américain, des masseuses thaïlandaises qui peuvent être coiffeuses… tout ça jusqu'au Morvan. On passe vraiment un merveilleux moment, vivifiant, rafraichissant, avec ce petit bijou d'invention bricoleuse et d'humour décalé, illuminé par deux jeunes acteurs épatants, Ange Dargent et Théophile Bacquet.

CGR (Draguignan) : jeudi à 13h30, vendredi et mardi à 18h, samedi à 15h45, dimanche à 20h15 et lundi à 13h45
Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) : dimanche à 18h


Coup de chaud
COUP DE CHAUDRéalisé par Raphaël JACOULOT
France 2015 1h42mn
avec Jean Pierre Darroussin, Grégory Gadebois, Karim Leklou, Carole Franck, Isabelle Sadoyan...

C'est un petit village charmant. Un petit village, c'est toujours charmant, rien à voir avec les grandes métropoles. Qualité de vie, maisons de pierres et petite communauté humaine avec les problèmes assortis qui n'ont, a priori, rien d'insoluble : querelles pour la terre, pour l'eau, méfiance vis-à-vis des nouveaux venus… Autant de menus conflits qui semblent faciles à contenir par un maire sympa – il a ici le charisme chaleureux de Jean Pierre Darroussin – débonnaire médiateur qui fédère autour de lui les quelques conseillers qui se concertent pour prendre les grandes décisions. Un petit village avec une poignée d'humains ni pires ni meilleurs que bien d'autres. Tranquille.
L'été est très chaud. Trop chaud. Les rues sont désertes comme dans un western. La canicule tape dans les tronches, assoiffe les récoltes, exacerbe une tendance larvée à la rumination paranoïaque et derrière les volets clos, les imaginations divaguent. On vote l'achat d'une pompe à eau et on l'installe aussitôt. Les décisions à prendre n'engagent pas des fortunes et dès que le ton monte, le maire calme le jeu. Mais les non-dits, une accumulation de malentendus, des petites saloperies anonymes bricolées pour grignoter la terre de la voisine, la récolte qui sèche sur pied… font leur petit chemin dans les têtes inquiètes et un seul va cristalliser les ruminations des uns et des autres.

Pas qu'il soit méchant, Joseph. Il serait même plutôt gentil avec ses trente ans, ses airs de brun pataud, sa dégaine de grand couillon débile qui lui vaut d'être l'objet de blagues idiotes, de rires imbéciles : les filles le font tourner en bourrique, on le pousse à picoler, parce qu'il est drôle quand il danse avec un coup de trop… Pas tout à fait assez idiot pour ne pas finir par se rendre vaguement compte qu'il a droit à un traitement spécial et pas très bienveillant, alors qu'il ne demande qu'à avoir sa dose d'amour comme tout le monde, qu'à faire partie de la petite communauté qu'il agace de plus en plus avec ses interventions d'autant plus intempestives qu'il sent bien qu'il fait un peu peur.
Circonstance aggravante : il est le rejeton difficile à contenir d'une famille de gens du voyage qui a pris racine dans le bled il y a quelques années, débarquée là avec ses différences et jamais vraiment acceptée. Aussi, quand la pompe a eau disparaît, les tensions s'exacerbent… la méfiance s'installe et Joseph fait un bouc émissaire parfait.

Comment se construit la rumeur, comment elle grimpe en intensité jusqu'à l'irréparable… Comment s'emballe l'engrenage infernal au point que plus personne ne peut le bloquer. C'est toute l'histoire de ce Coup de chaud. L'irréparable ayant eu lieu, les gendarmes vont venir mener leur enquête et chacun dans le village va se retrouver confronté au regard de celui qui les met face à eux-même, les ramène à la réalité des faits, sans l'emballement passionnel qui les a fait dérailler. Ce qu'ils découvrent n'est pas jojo à voir, à pleurer de banalité. Juste des gens ordinaires qui ont perdu leur bon sens, comme tant d'autres par l'air d'un temps qui n'est pas tendre pour les différents.
C'est un fait divers qui a été le point de départ du film. Rien de tel qu'un fait divers pour donner le pouls d'une société atteinte même dans les coins qui semblent à l'abri des effluves du monde parce que les maisons sont en pierres, la campagne jolie, le village sympa…

Le Vox (Fréjus) : mercredi et mardi à 14h, jeudi, samedi et lundi à 18h30, vendredi et dimanche à 14h et 21h


La Belle saison
LA BELLE SAISONRéalisé par Catherine CORSINI
France 2015 1h45mn
avec Cécile de France, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Kévin Azaïs, Laetitia Dosch, Bruno Podalydès...
Scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss

C'était le printemps et il faisait doux, le soleil dorait les peaux, les jupes raccourcissaient, les corsages s'entr'ouvraient… finis les genoux couverts, les chignons torsadés, les poses contraintes, les yeux baissés ! Il soufflait une petite brise folle qui agitait les cervelles, les cheveux étaient offerts à la caresse du vent, il y avait des rires partout, ça chantait à tue tête, elles osaient tout à coup fumer dans la rue… Quel joli temps que ce temps là ! Les femmes en avaient bavé des interdits et refusaient de continuer à se soumettre à des lois faites par les hommes, gueulaient dans les rues à se casser la voix : « oui papa, oui patron, oui monsieur : y'en a marre ! »… exigeaient le droit de disposer librement de leur corps, prenaient la parole et ne la lâchaient plus, ça partait dans tous les sens dans un joyeux bordel qui en agaçait plus d'un… et parfois plus d'une.

1971 : Delphine vit à la campagne et file un coup de main dans la ferme familiale pour aider une mère qui bosse sans salaire et ne pipe pas mot, soumise aux décisions d'un mari qui la consulte à peine. Mais c'était comme ça pour les épouses de fermiers, les femmes de commerçants, plein d'autres… et quand les femmes se retrouvaient seule après toute une vie de labeur, il leur restait tout juste le « minimum vieillesse » et une vague pension de « réversion ». Noémie Lvovsky dans la peau de la mère de Delphine est l'incarnation parfaite de ce qu'étaient les femmes en ce temps là… Delphine de son côté ne rechigne pas : elle aime bien ses parents, elle aime ce corps à corps avec la nature, elle respire la force vive, l'amour de la terre et son père est fier de ce « garçon manqué » comme on disait, qui a assez d'énergie pour prendre le relais. En vérité Delphine se voit mal dans une vie tracée d'avance avec le gentil mari que sa mère aimerait bien lui coller, avec la marmaille qui ne manquerait pas de lui pousser trop vite… Les désirs de la jeune femme vont ailleurs, trop libre, trop indépendante, trop atypique : tout attachée qu'elle est à ses racines, elle profite d'une déception sentimentale pour rompre le licou familial et fonce vers Paris pour gagner son indépendance financière, son indépendance tout court.
Les débuts ne sont pas tout roses et son boulot n'est pas folichon. Mais elle est libre, n'a de comptes à rendre à personne… réceptive à ce parfum décapant de printemps parisien, accessible à toutes les découvertes. Puis un jour plus beau encore que les autres, elle se retrouve à prendre la défense d'une fille qu'un mec harcèle dans la rue… et là, sa vie s'emballe, embarquée qu'elle est avec une bande de nanas délurées et rigolardes où Carole fait autorité. Carole : elle est prof, elle est lumineuse, belle à s'en taper la tête contre les murs et le cœur de Delphine n'en peut plus de battre sous l'effet d'une attirance qui lui donne toutes les audaces. Carole a un compagnon, mais très vite l'évidence s'impose : ce qui se passe entre elles est plus fort que tout, et leur engagement réciproque pour une émancipation collective des femmes les rapproche, exalte leur esprit, les jette l'une vers l'autre…
C'est une histoire d'amour superbe qui commence là et le regard que pose Catherine Corsini sur la relation des deux femmes donne à voir toute l'intensité d'une passion charnelle, filmant les corps avec une sensualité et une tendresse qui les embellit, sans voyeurisme et sans vulgarité. Libres elles sont et même leur attirance réciproque ne les fera pas renoncer à leur autonomie fraîchement gagnée…

Catherine Corsini filme juste, filme fort et son film raconte comme aucun autre auparavant ce tsunami joyeux qui venait des femmes et bousculait l'ordre établi… « J'étais celle qui attend, mais je peux marcher devant » chantait Anne Sylvestre et les filles faisaient sauter le verrou qui les privait du droit à la parole, à l'avortement et à la contraception, et à plein d'autres choses : par la force de leur mouvement collectif elles faisaient changer les lois et découvraient le rôle subversif de l'amour. Drôle d'époque dont Corsini rend formidablement la vitalité irrépressible. OXI ! C'était un non, franc et massif qu'elles opposaient à une société dominée par les hommes et encore maintenant on continue à bénéficier des acquis de ces luttes-là. Le film de Corsini, jubilatoire, emballant, est un hommage magnifique rendu à celles qui osèrent déposer une gerbe sur la tombe de la femme du soldat inconnu, parader pour le premier défilé homosexuel, signer le manifeste des 343 salopes… et pour autant que le climat de cette époque soit rendu avec une parfaite justesse, le film dégage une force et un enthousiasme qui le jette comme un pavé joyeux dans un présent un poil désespérant et rappelle que les filles ne manquent toujours pas ici et là de bastilles à prendre… tant s'en faut ! (Utopia)

Le  Vox (Fréjus) : mercredi, vendredi, dimanche et mardi : 16h30, 18h30 et 21h è jeudi, samedi et lundi : 14h, 18h30 et 21h


La Niña de Fuego
LA NIÑA DE FUEGOÉcrit et réalisé par Carlos VERMUT
Espagne 2014 2h07mn VOSTF
avec José Sacristán, Bárbara Lennie, Luis Bermejo, Israel Elejalde, Lucia Pollan...
Concha de Oro (Meilleur film) et Concha de Plata (Meilleur réalisateur) au Festival de San Sebastián 2014 • Goya (équivalent espagnol des César) de la meilleure actrice pour Bárbara Lennie

On était un peu sans nouvelles du cinéma espagnol, et à vrai dire plutôt inquiets que la crise qui touche le pays ne plombe durablement la production cinématographique, dont peu de titres ont traversé les Pyrénées ces dernières années. Mais voilà qu'en cet an de grâce 2015, les bonnes nouvelles ibériques se succèdent. Alors que, sous l'impulsion de la jeunesse, le pays se renouvelle politiquement avec l'élection à la mairie de plusieurs villes importantes des candidat(e)s du mouvement Podemos, le cinéma trouve lui aussi un nouveau souffle dont témoigne l'arrivée sur nos écrans de deux films ambitieux et novateurs. Vous pouvez en découvrir un premier exemple dans nos salles depuis mi-juillet, avec le captivant polar sous influence américaine La Isla mínima. Et voici avec La Niña de fuego une deuxième illustration de cette vitalité retrouvée. Son réalisateur, Carlos Vermut, qui est aussi illustrateur, fait preuve d'audace, jouant d'une grande beauté formelle et d'un insolent sens de l'ellipse pour tisser une histoire complexe et vénéneuse dans laquelle les différents fils s'entrelacent petit à petit. Dans ce scénario savamment construit, le danger guette en permanence, l'inquiétude rôde, et le malaise ne cesse de grandir en même temps que le mystère s'épaissit. C'est que Carlos Vermut tient sans nul doute son spectateur en haute estime : il ne lui fournit qu'une partie des clés, laissant la place au hors-champ et à l'imagination pour que chacun puisse se construire sa propre interprétation. Et son film est à l'image de son personnage féminin : énigmatique, troublant et diablement fascinant.

Luis est un professeur au chômage prêt à tout pour donner un peu de bonheur à sa fille atteinte d'une leucémie incurable. Damián fut professeur aussi, mais il s'apprête aujourd'hui à sortir de prison, avouant à ses geôliers sa peur, une fois dehors, de recroiser la route de Bárbara. Bárbara justement est une jeune femme instable et mystérieuse, que son mari psychiatre essaie tant bien que mal de contrôler. Entre ces trois personnages va se mettre en place un jeu malsain fait de chantages, de mensonges et de tromperies, un jeu bien trop dangereux et qui risque fort d'aller beaucoup trop loin…

« Cela s'était passé avec Victor Erice (L'Esprit de la ruche) et Ivan Zulueta (Arrebato) et cela se renouvelle avec Carlos Vermut. Ils ont tous signé un deuxième film qui est un véritable chef d’œuvre. Un film qui se bonifie avec les années dans le cas des deux premiers, avec les heures et les jours dans le cas de Carlos Vermut. Il y a beaucoup à dire sur La Niña de fuego… Vermut possède ce sens hors du commun de l’ellipse : les personnages et histoires cohabitent et évoluent dans une narration pleine de coupures, ce qui donne l’impression de quelque chose de linéaire, alors que c’est tout le contraire. C’est un grand directeur d’acteurs, tous excellents, avec une mention spéciale pour Bárbara Lennie. En tant que scénariste, il nous épate à chaque changement de séquence. Quand, dans la dernière partie, il donne l’impression qu’il n’a plus rien de nouveau à proposer, quand l’histoire semble entrer dans une impasse, quand il n'est plus possible de faire aussi bien qu’auparavant, il y parvient. Il surprend à nouveau et met un point final avec le passage où intervient Pepe Sacristán, l’acteur espagnol qui vit là son meilleur troisième acte. J’espère que le public rendra justice à La Niña de fuego qui est, pour moi, la grande révélation du cinéma espagnol de ce siècle. » Pedro Almodóvar.

Le Vox (Fréjus) : mercredi et mardi à 16h05, 18h30 et 21h - jeudi, samedi et lundi à 16 h05 et 21h, vendredi et dimanche à 16h05 et 18h30


Les Bêtises
LES BÊTISESÉcrit et réalisé par Alice et Rose PHILIPPON
France 2015 1h20mn
avec Jérémie Elkaïm, Sara Giraudeau, Anne Alvaro, Jonathan Lambert, Jacques Weber, Frédéric Pierrot...

Ça vous dirait, au cœur de l’été, un ravissement simple et aussi frais qu’une glace à l’eau ? Un plaisir de cinéma aussi doux qu’une brise du soir, aussi agréable qu’une balade à vélo sur un chemin côtier ? Les Bêtises : un de ces films que l’on se fait une joie de saisir au vol parce que loin des comédies françaises indigestes, trop grossièrement ficelées et souvent pensées par les services marketing, celles où l’on parle toujours trop pour ne jamais dire grand chose…
Place au burlesque, place à la folie douce des gentils rêveurs, place à la poésie des maladroits, place aux bêtises, celle que font les adultes pour ne pas oublier qu’ils ont été des enfants. C’est bien entendu du côté de Jacques Tati et Blake Edwards qu’il faut trouver la filiation cinématographique de ces deux frangines (suffisamment rare pour être noté) qui signent là leur premier long métrage. Une tonalité un peu désuète, des situations cocasses, un sens aigu du cadrage, des gags visuels à la fois complètement attendus mais qui fonctionnement parce que précisément anticipés par le spectateur avisé qui connaît ses classiques, et ce personnage de clown un peu triste et gauche, mélange de Pierre Richard, de Buster Keaton et de Charlie Chaplin…

La vraie bonne surprise, c’est de découvrir un film loin des modes, comme hors du temps, et de finalement réaliser qu’il est encore possible, aujourd’hui d’avoir l’audace un peu dingue de pouvoir faire une comédie de cette trempe-là. Chapeau (de Zorro) les filles ! C’est l’histoire d’un trentenaire capable de coincer son lacet de soulier dans un escalator et suffisamment coutumier de ce genre d’incident pour ne pas s’en offusquer outre mesure. Un type qui semble ne jamais s’énerver contre rien ni personne, fidèle à une certaine nonchalance, un détachement tendre vis-à-vis des choses de la vie.
C’est un enfant adopté… ça arrive. Et ce qui arrive aussi, surtout dans les films, c’est l’envie de connaître sa vraie maman (on aurait pu écrire « sa mère biologique »… mais c’était moins dans l’esprit du film). Comme le type est malin malgré lui, et que les maladresses peuvent parfois rendre de chouettes services, il va réussir à s’incruster dans la soirée d’anniversaire du mari de celle qui est peut-être (ou peut-être pas) sa vraie maman. La soirée est d’un ennui mortel, tout comme les deux fils de la famille, aussi sérieux, coincés et tristes que des employés de pompes funèbres.

Faire naître un arc en ciel dans cet horizon pluvieux, vous vous en doutez, c’est bien évidemment à la portée involontaire d’un grand enfant au cœur de guimauve. En piste et en musique, la recherche de filiation va donc se transformer en joyeuse Party.

Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) :  jeudi à 21h


While We're Young
WHILE WE’RE YOUNGÉcrit et réalisé par Noah BAUMBACH
USA 2015 1h37mn VOSTF
avec Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver, Amanda Seyfried, Charles Grodin...

Noah Baumbach, on l'avait laissé sur le petit nuage du succès aussi considérable qu'inattendu de son précédent film : Frances Ha (désormais disponible en Vidéo En Poche). Une miniature charmante et pleine d'allant, un peu anodine mais charmante. Avec ce While we're young (traduction littérale : pendant ou tant que nous sommes jeunes), celui qu'on peut considérer comme le favori au titre officiel de successeur certifié de Woody Allen place la barre nettement plus haut et nous livre un modèle de comédie new-yorkaise, autrement dit diablement intelligente, voire cérébrale (ce qui n'est pas un défaut), brillante, sophistiquée, drôle, mélancolique, merveilleusement interprétée (Ben Stiller et Naomi Watts sont particulièrement bons et justes et crédibles) et délivrant quelques vérités bien senties sur pas mal de sujets qui n'intéressent pas seulement la petite communauté arty du New-York bohème.

New York donc. La communauté artistique donc. Des hommes et des femmes. En couple. Leurs névroses souvent tordantes apparaissent à travers des conversations relevées et éloquentes, des échanges qui amusent ou déchirent, des scènes douces, amères, ou les deux en même temps. Deux couples. Josh et Cornelia ont bien entamé la quarantaine. Jamie et Darby s'épanouissent dans la vingtaine. Une vingtaine vintage, en quelque sorte, puisque volontiers tournée vers le passé : ces deux jeunes ostensiblement non conformistes consomment la culture de leurs « aînés » à la façon d'hier (disques vinyles, films sur VHS), aiment faire du patin à roulettes et utiliser une machine à écrire (électrique quand même) plutôt qu'un ordinateur. Des électrons libres qui ne manquent pas de séduire Josh et Cornelia, aux prises avec une maturité-venue-par-surprise-et-bien-trop-tôt. Attendez, là, avoir besoin de lunettes pour lire ? Faire de l'arthrite ? C'est pour eux ? Pas possible ! Pas déjà !
L'amitié se tisse entre les quatre, d'autant que les meilleurs – pour ne pas dire seuls – amis du couple « mûr » viennent d'avoir un enfant, et il faut bien le dire : il n'y a rien de plus barbant pour un couple sans enfant que de fréquenter un couple qui vient d'en avoir un, surtout quand tout ce beau monde commence à prendre de la bouteille ; d'autant également que Josh, qui enseigne le cinéma à la fac en attendant de mettre un point final au documentaire sur lequel il travaille depuis dix ans (!), retrouve beaucoup de lui-même jeune en Jamie, aspirant documentariste qui fait partie de ses étudiants, mais en auditeur libre, pas question non plus de rentrer dans le moule universitaire. Naissance d'un tandem mentor/élève menant une quête artistique, quoi.

Le décor est planté, les protagonistes bien campés. Les deux premiers tiers du film sont piquants, vifs, délurés, servis par des dialogues naturels en mots et honnêtes en émotions. Le dernier tiers prend un virage assez inattendu, il déstabilise un peu par une gravité que n'annonçait pas l'heure précédente.
Aujourd'hui lui-même dans la mi-quarantaine, Noah Baumbach explore ici avec adresse, sans illusions mais sans cynisme, le fossé entre deux générations où la jalousie peut aller (ou va) dans les deux sens. L'anxiété des plus âgés et la liberté de penser des plus jeunes sont-elles antagoniques ou complémentaires ? Ou le reflet du passé pour les uns et de l'avenir pour les autres ? Ou les deux faces, maquillées par l'âge ou la jeunesse, d'une même médaille ? Question subsidiaire : l'ambition et le calcul qui va souvent avec sont-ils bien du côté où on croit qu'ils sont ?
On peut donc émerger de While we're young avec un tas de questions en tête et quelques réflexions en bandoulière. On peut aussi simplement y passer un bon moment en bonne compagnie. Ou plutôt, un excellent moment. En excellente compagnie.
(merci à S. Sarfati, lapresse.ca)

Le Luc : mercredi à 18h et vendredi à 21h

Pour adhérer il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Edith Cantu
358 chemin du peyrard
83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.

Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4 € 90 d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Madame, Mademoiselle, Monsieur.....................................................................................

demeurant..................................................