Au(x) cinéma(s) du 26 février au 3 mars 2020

Bonjour à tous !

Voici les 2 prochaines dates Entretoiles à retenir: le 8 Mars à 19h30 avec un film unique Une vie cachée de Terence Malik ,une fresque épique qui met en scène un paysan autrichien farouchement opposé au régime nazi . Quinze jours après  le 22 mars nous vous proposerons la soirée avec deux films La Llorona de Jayro Bustamante et Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu.
 
Cette semaine à CGR pas de film dans le cadre du ciné club pour cause de vacances scolaires..Le prochain film ciné club sera Jojo Rabitt  à partir du 4 mars puis Notre Dame de Valerie Donzelli  diffusé  la semaine suivante
Dans la programmation habituelle de CGR vous pourrez voir, en VF ou en VO selon les séances, Le cas Richard Jewell, le dernier film de Clint Eastwood qui poursuit son portrait de l'Amérique profonde et en avant  première  De Gaulle de Gabriel Le Bomin ,  première fresque historique dédiée à ce personnage mythique.
 
A Lorgues  Adoration, un film franco belge, récit initiatique envoûtant sur l'amour fou et la perte de l'innocence et Deux de Filippo  dans lequel le réalisateur explore l’amour entre deux femmes retraitées. Un sujet difficile qu’il traite de manière audacieuse et simple.
 
A Salernes Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part d' Arnaud Viard, une comédie sincère et très touchante et Pour Sama un documentaire syrien qui est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d'amour d'une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique.
 
Au Luc (aussi au Vox) La fille au bracelet  de Stephane Demoustiers  un drame en huis-clos construit avec sobriété et retenue  et Jojo rabit de Taika Waïtiti,(bientôt à CGR) une comédie iconoclaste sur le totalitarisme, bientôt à CGR en ciné club.

Au Vox L'état sauvage de David Perrault,
un western oscillant entre songe cauchemardesque et épopée émancipatrice féministe, Mes jours de Gloire d'Antoine de Bary une comédie qui  dresse ainsi le portrait d’une génération narcissique, sans idéaux, sans perspective d’avenir, qui semble ne rien faire pour s’en donner , Dark waters où Todd Haynes le réalisateur s’attaque  au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné et qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés d’apparence et toujours à l'affiche Lettre à Franco, Un divan à Tunis et La fille au bracelet.
 
Bonne semaine de cinéma à tous !
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles :entretoiles.e-monsite.com
 
 
 
LE CAS RICHARD JEWELL

Clint EASTWOOD - USA 2019 2h09 VOSTF - avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, John Hamm, Olivia Wilde... Scénario de Billy Ray, d'après un article de Marie Brenner, American Nightmare : The ballad of Richard Jewell.

 
Il faut croire qu'Eastwood a décidé, avec l'âge, de ne plus perdre de temps. Il poursuit ainsi, au rythme stakhanoviste d'un film par an, son portrait de l'Amérique profonde, s'attachant à ses héros sans cape ni collant, ceux que l'on appelle des héros ordinaires (remember l'excellent Sully). C'est encore le cas ici : inspiré de faits réels, le film retrace l'histoire de Richard Jewell, vigile de son état, accueilli en héros pour avoir repéré et signalé la présence d'une bombe sur le parc olympique d'Atlanta lors des JO de 1996, avant d'être suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat ! La nouvelle fait vite les gros titres de la presse suite à la publication précipitée d'un article de la journaliste Kathy Scruggs dans l'Atlanta Journal-Constitution.
Le film démarre quelques années plus tôt, alors que Richard est préposé aux fournitures de bureau pour la « Small Business Administration », une agence gouvernementale créée pour conseiller et défendre les intérêts des petites entreprises. Il y fait la connaissance de celui qui deviendra son avocat quelques années plus tard, Watson Bryant, excentrique et intransigeant – campé par le toujours très bon Sam Rockwell –, qui surnommera Jewell « Radar », tant ce dernier fait preuve d'un sens de l'observation aigu et d'une grande efficacité. En quelques scènes, Eastwood dresse le portrait de Jewell et on comprend assez vite que ce dernier, malgré toute sa bonne volonté, ne sera sûrement jamais le policier qu'il rêve d'être. Car c'est son rêve à Richard : protéger et servir comme le dit le célèbre insigne, endosser l'uniforme et travailler pour le bien de sa communauté. Sans arrière-pensée, sans malice, ce grand gaillard qui souffre d'une légère surcharge pondérale, qui vit chez sa mère, y croit dur comme fer et compte bien, à force de lire tous les soirs le code pénal, décrocher la timbale. Malheureusement pour lui, cela ne se passera pas comme il l'entend. Il se retrouve agent de sécurité sur un campus universitaire, où son zèle à faire appliquer le règlement auprès des étudiants vire à la catastrophe et il se retrouve à la porte. Mais les Jeux Olympiques approchent, l'état et la ville d'Atlanta ont besoin de recruter. Le voilà donc de nouveau agent de sécurité et il a rendez-vous avec un destin qu'il ne pouvait pas imaginer…
Une approche trop rapide pourrait vite amener à qualifier le film de populiste, tant cette histoire d'un candide broyé par les puissants est édifiante. Pourtant Eastwood raconte une histoire qui a presque 25 ans et qui par bien des aspects est prémonitoire de ce qui s'est passé par la suite : les emballements médiatiques, les vies brisées par des réseaux sociaux impitoyables, les abus de pouvoir sur les citoyens avec le Patriot Act… Il nous raconte l'avènement des populismes à force d'humiliations des plus humbles, il nous raconte le terrorisme national qui gangrène les États-Unis depuis des décennies.

Le film est sorti aux États-Unis assorti d'une polémique à propos du portrait au vitriol brossé de la journaliste Kathy Scruggs, montrée comme une arriviste prête à tout, et même à enflammer (au sens figuré) un agent du FBI peu consciencieux, pour sortir un scoop. On concède qu'Eastwood n'y est pas allé de main morte, sans doute emporté par son goût de la provocation anti-establishment et anti-politiquement correct. Il n'en reste pas moins que Le Cas Richard Jewell, après le savoureux La Mule, prouve que le désormais patriarche du cinéma américain n'a pas perdu la main : c'est un bon cru !
 
CGR  VF  mer 26  et lun2/10h45  19h45      jeu et mar3/10h45  ven/17h30  19h45   sam/10h45   dim/19h45  
             VO  mer 26/ et lun2/17H30     jeu/18h45     ven/10h45   sam et mar3/19h45
 
DE GAULLE

Gabriel Le BOMIN - France 2019 1h48mn - avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Philippe Laudenbach, Tim Hudson... Scénario de Valérie Ranson Enguiale et Gabriel Le Bomin.

 

Avouons-le, notre premier réflexe, à l'annonce d'un film sur le Grand Charles, fut de méfiance : l'entreprise était gonflée, le personnage trop proche de nous, trop particulier peut-être… En choisissant de ne prendre en compte qu'une toute petite partie de la vie de De Gaulle, tout juste deux mois entre avril et juin 1940, Gabriel Le Bomin a choisi le bon angle : ce grand type qui ne semble pas à l'aise dans son corps est encore inconnu de tous, il n'est pas encore entré dans l'Histoire, personne ne sait encore combien son rôle va compter dans l'avenir de la France.

Issu d'un milieu conservateur et catholique, il a une épouse discrète, qu'il aime et qui l'aime, et tous deux manifestent une constante tendresse pour Anne, leur petite fille trisomique qu'ils ont choisi de garder avec eux, à une époque où les enfants handicapés ne sont pas bienvenus dans les familles et se retrouvent le plus souvent abandonnés dans les hôpitaux psychiatriques. Proche de la cinquantaine en mai 1940, De Gaulle est nommé à la fois général et sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Reynaud, après s'être illustré pendant la Bataille de France qui se termine par une défaite des armées française, belge, britannique…

L'heure est grave et le débat est vif entre ceux qui veulent poursuivre les combats et ceux qui réclament un armistice avec l'Allemagne : le président Reynaud tangue, hésite… De Gaulle se heurte à Pétain qui finalement emporte le morceau et le gouvernement s'apprête à capituler sous l'influence du vieux maréchal qui prendra la place de l'hésitant Paul Reynaud le soir du 16 juin et, dès lendemain, appellera à cesser le combat, acceptant de signer un armistice avec Hitler.
Dès lors, De Gaulle précipite les choses. Refusant de suivre Pétain, il prend le parti de rejoindre l'Angleterre, se lançant ainsi dans un pari que plus d'un pensent fou : « ce que j'entreprends est un véritable saut dans l'inconnu » écrira-t-il dans ses carnets… Et on mesure ici la témérité de l'entreprise : cet homme seul, inconnu de ses interlocuteurs, se retrouvant en Angleterre, sans savoir même où loger, pour lancer l'idée d'une résistance qui n'est nullement acquise… De Gaulle trouvera pourtant l'oreille d'un Churchill aussi visionnaire que lui, sans l'appui duquel il n'aurait probablement jamais pu lancer, sur les ondes de la BBC, ce fameux appel qui deviendra l'acte fondateur de la France libre…
En France, c'est la débâcle et devant l'avancée des troupes allemandes, des millions de personnes paniquées se lancent sur les routes avec de maigres bagages, en charrette, à vélo, à pied, en voiture parmi les morts et les blessés touchés par les bombardements…
De Gaulle prie son épouse de s'éloigner au plus tôt d'une maison où elle n'est plus en sécurité. Yvonne et ses trois enfants, dont la petite Anne, se retrouvent dans le flot des partants, embarquant in extremis à Brest alors même que l'aviation allemande bombarde les navires bondés de passagers en fuite…

On se souvient, des années plus tard, des dernières images du couple : la silhouette féminine un peu ronde dominée par la grande stature du Général en pardessus sombre, dans leur promenade solitaire sur les plages de l'Atlantique… Le film rappelle qu'elle fut une forte femme et un soutien puissant , ramenant ainsi le grand bonhomme à portée d'humanité… Plus tard, il fera précéder ses Mémoires de guerre d'un « Pour vous, Yvonne, sans qui rien ne se serait fait »… soulignant à quel point leur complicité et leur confiance l'un en l'autre aura compté.
Le film est de facture classique mais alerte et bien mené. Lambert Wilson et Isabelle Carré se tirent brillamment d'un exercice difficile, évitant la caricature, et, de Pétain à Churchill en passant par Reynaud, tous les personnages jouent leur partition avec des nuances et une humanité qui peuvent accrocher l'intérêt des jeunes générations pour qui « l'appel du 18 juin » est quelque chose de très abstrait (Utopia) 
CGR AVANT PREMIERE  dim1/17h50
 
ADORATION

Fabrice du WELZ - France/Belgique 2019 1h40mn - avec Thomas Gioria, Fantine Harduin, Benoît Poelvoorde, Laurent Lucas, Gwendoline Gourvenec... Scénario de Fabrice du Welz, Vincent Tavier et Romain Protat.

Paul, un jeune adolescent solitaire, vit avec sa mère à côté de l'hôpital psychiatrique où elle travaille. Un jour, il fait la connaissance de Gloria, une jeune fille de son âge, trouble et solaire, qui vient d'être hospitalisée. Il en tombe amoureux fou et décide de fuir avec elle, loin du monde des adultes…
« L'Amour. Ou rien » proclame l'affiche du film. Et c'est donc bien d'amour dont il est question dans Adoration. Il y en a tellement qu'il en devient presque une matière palpitante et invisible, qui entoure les deux protagonistes principaux (les jeunes Thomas Gioria et Fantine Harduin, tous deux excellents). Un amour débordant, maladroit, passionné. Un amour qui élève, tout en plongeant au plus profond dans l'abîme du chaos et de la déraison. Là où, dans les ténèbres, on pense pour l'autre et on respire pour deux. Ne craignez surtout pas une dissertation pompeuse pendant une heure et quarante minutes. Dans le cinéma de Fabrice du Welz, les thèmes abordés font corps avec la matière même, dans une mise en scène sensorielle, charnelle.
Pour ceux qui ont vu quelques uns des films précédents de Fabrice du Welz (Calvaire, Alleluia…), on précisera qu'Adoration est son film le plus tendre et le plus sensible. Le plus lumineux aussi. Une lumière noire dans tout ce qu'elle révèle de contradictoire. Selon votre humeur au moment de la vision du film, selon votre propre vécu, vous devriez réagir fort différemment devant Adoration. Et il vaut mieux le regarder avec les yeux d'un enfant qui croit potentiellement à tout plutôt qu'avec ceux d'un adulte cynique se pensant (à tort) trop vieux pour ces conneries. Bien entendu, c'est plus complexe, le film étant un savant mélange d'échappées oniriques et de visions dérangeantes. Soit un vrai conte.
Le voyage physique et psychique qu'entament les deux jeunes fugitifs est bien trop grand pour leurs épaules encore frêles, mais la foi du garçon en sa bien-aimée et l'« adoration » qu'il lui porte les font avancer ou du moins progresser. De forêts en tunnels, au fil des rencontres (dont une mystique avec le génial Benoît Poelevorde : un de ses rôles les plus courts mais un des plus beaux), toute l'histoire nous sera racontée à travers les yeux de l'amour fou et par une mise en scène épousant complètement ce sentiment qui vous bouleverse tant quand il vous tombe dessus sans prévenir…
Nous voilà réellement devant un des films les plus singuliers de ce début d'année 2020 et il serait vraiment dommage de ne pas vous laisser emporter avec les deux jeunes tourtereaux dans cette cavale sentimentale. Qu'importe si on adhère moins à quelques moments du film, c'est la trajectoire qui compte, c'est le récit dans sa totalité qui emporte le morceau et Adoration laisse dans nos esprits – et dans nos cœurs, ou notre âme, appelez-ça comme vous voulez – une impression très particulière, insaisissable, très difficile à exprimer. Alors oui, l'expérience est particulière et risque de piquer un peu mais allez-y, foncez !  (d'après G. Cammarata, chaosreign.fr)  
LORGUES    mer. 26. / 19h05    dim. 01/ 20h35   lun. 02  / 18h00
 
DEUX

Filippo MENEGHETTI - France 2019 1h38mn - avec Barbara Sukowa, Martine Chevallier, Léa Drucker, Jérôme Varanfrain... Scénario de Malysone Bovorasmy, Filippo Meneghetti et Florence Vignon.

Ce sont des rêves d’Italie qui bercent les réveils de Madeleine, en même temps que les doux baisers de sa compagne cachée, Nina. Aux yeux de tous, cette dernière n’est qu’une voisine qui vit sur le même palier. Toujours fourrées l’une chez l’autre, elles se nourrissent d’un amour lumineux qui ne demande qu’à s’affirmer au grand jour. Alors, elles manigancent, planifient comment vendre leurs appartements respectifs pour partir s’installer ensemble dans un quartier de Rome, s’offrir la liberté à laquelle elles ont de tout temps aspiré, loin des contraintes sociales, du regard des autres. À 70 ans, tous les coups sont permis pour jouir pleinement de la vie ! Il faut les voir s’enlacer avec une tendresse fougueuse, pleines de désir, faisant fi des rides, assumant leurs peaux qui ont bien vécu. Puis virevolter, joyeuses, au gré de leurs chansons préférées, prêtes à s’échapper hors du cadre, à tout jamais complices et complémentaires. Leur passion ne fait pas son âge, vivace comme au premier jour. Une connivence qui n’est certainement pas née de la dernière pluie.

Si l’univers de Nina est spartiate, celui de Madeleine est foisonnant, chargé de souvenirs et de bibelots en tous genres qui témoignent d’une existence classique et bien remplie : il y eut jadis un mari, une vie de famille… Comment dire à ses propres enfants, élevés dans un milieu si normatif, que tout cela n’était qu’un leurre, qu’on est pas celle qu’ils ont cru ? Comment leur dire qu’on s’apprête à remiser au placard la panoplie de la mamie rangée qu’ils pensaient connaître par cœur ? Le bon sens voudrait que ce soit dit simplement à ceux qui, désormais adultes, n’ont manqué de rien, surtout pas d’affection. Alors pour son anniversaire, Madeleine, bien préparée, coachée par Nina, prend son courage à bras le corps, et entame la phrase fatidique : « Je voulais vous dire une chose importante pour moi… », qu’elle ne finira pas comme prévu… La voilà prise au piège de tous ces mots qui ne sortent pas, prise en tenaille entre la peur de faire souffrir ceux qu’elle aime, en particulier sa fille Anne, et celle de ne pas s’autoriser à exister. Sachant le sujet trop brûlant, la chose trop douloureuse, elle ne parviendra pas à confesser son « coming out » raté à Nina, qui sera furieuse quand elle le découvrira, prête à s’en prendre à la terre entière. Comme on la comprend, après toutes ces années d’attente, de duplicité forcée… La tension est à son paroxysme et on ne voit pas très bien comment les deux amantes pourraient se sortir de l’ornière, quand le destin va se jouer de tous les pronostics et que les rôles vont se trouver étrangement inversés…

Filippo Meneghetti qualifie son premier long métrage de mélodrame mis en scène comme un thriller de mœurs. Il y a effectivement un peu de tout cela dans Deux et bien plus encore. C’est surtout un magnifique questionnement, tout en retenue, sur le poids du regard, le nôtre, celui des autres. Ces regards capables de nous libérer ou de nous plomber sous la chape des convenances. Il y a bien sûr ceux que se portent Nina et Madeleine, autant moteurs d’émancipation que d’auto-censure, mais aussi ceux des enfants sur leurs parents, en particulier celui d’Anne qui se durcira quand elle sera confrontée à une autre vérité que la sienne, la refusant en bloc comme si elle était une véritable trahison. Dans le fond, l’homosexualité devient vite un sujet secondaire. Ce qui bouscule réellement ce petit monde, c’est de découvrir que leurs représentations sont totalement faussées.
On ne peut conclure sans parler de l’interprétation remarquable des actrices, et dire combien sont rares et salutaires ces moments qui nous racontent que ni le désir, ni la sexualité ne s’estompent avec l’âge, tant que le cœur y est !  (Utopia) 
 
LORGUES    mer. 26. / 21H     ven28  / 18h     lun2/16h
JE VOUDRAIS QUE QUELQU'UN M'ATTENDE QUELQUE PART

Écrit et réalisé par Arnaud VIARD - France 2019 1h29mn - avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe, Camille Rowe, Elsa Zylberstein, Aurore Clément... Scénario d’Arnaud Viard, Thomas Lilti, Emmanuel Courcol et Vincent Dietschy d’après le livre d’Anna Gavalda.

JE VOUDRAIS QUE QUELQU'UN M'ATTENDE QUELQUE PART« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », elle est belle et mélancolique, cette phrase, comme une pensée secrète, un vœu glissé au creux d’une oreille bienveillante, une prière. C’est le titre du recueil de douze nouvelles de la romancière Anna Gavalda, gros succès en librairie comme bien d’autres de ses livres, et c’est aujourd’hui celui de ce film qui s’en inspire librement. L’exercice de l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire est toujours périlleux, à plus forte raison quand il s’agit d’histoires courtes, quelques pages parfois comme c’est ici le cas. Au lieu de faire un film à sketchs, l’option la plus plus naturelle a priori, Arnaud Viard (et sa bande de scénaristes) a pris un tout autre chemin, plus malin, plus inattendu. Il a construit son film comme un patchwork : dans chacune des douze histoires il a pioché sa matière, là un personnage, ici la description minutieuse d’une attente, les espoirs qui s’effritent, la fulgurance d’un amour. Il a cherché et mis en avant aussi le ton du recueil, mélange de gravité et de drôlerie, insufflant un soupçon dramatique qui ne sera pourtant jamais encombrant, quelques rires aux éclats, des larmes de joie ou de tristesse, et l’empreinte un peu amère des choses passées à tout jamais perdues. Une fois tous ces éléments rassemblés sur l’ouvrage, il les a ensuite accordés avec beaucoup de délicatesse, les liant par le fil invisible d’une tendresse complice, fabriquant ainsi de toutes pièces une famille, et une nouvelle histoire de cinéma. Cette famille sera le cœur battant de son film, soleil irradiant et brûlant un peu trop fort les satellites qui gravitent autour d’elle. Tout commence par un anniversaire, celui d’Aurore, la mère, qui fête ses soixante dix bougies avec ses quatre enfants.

Jean-Pierre le fils aîné, qui tient le rôle d’un père trop tôt disparu et porte si (trop ?) bien le costume cravate du quinquagénaire qui a réussi dans la vie : sa famille, sa carrière, son rang social ; Juliette, professeure de français qui écrit en secret et rêve de manuscrits et d’éditeurs mais qui est encombrée par la peur de mal faire et attend, peut-être, enfin, son premier enfant ; Mathieu qui, timide et angoissé, se noie dans les détails d’une vie millimétrée en espérant la tornade d’un premier grand amour qui arrivera peut-être, mais peut-être jamais ; enfin Margaux, la petite dernière, qui ne veut rien céder de ses idéaux et vivra coûte que coûte de sa passion, la photo, quitte à avaler quelques couleuvres. On va suivre ces 5 personnages, et quelques autres, dans la tourmente de leur vie, avec des hauts et des joies, avec des bas et un drame. Astres lumineux détenant chacun leur part d’ombre, étoiles filantes ou revenantes, les personnages de ce film sont les belles incarnations des fragilités et des ressources humaines. Ils racontent l’incandescence de la vie, le temps qui file, les rêves que l’on a oublié d’entendre et ceux qu’il est encore temps de rattraper avant qu’ils ne s’évadent. Sincère et terriblement touchant.
(Utopia)  

SALERNES      mer26  sam29//18h    dim1/16h

POUR SAMA

Waad AL-KATEAB et Edward WATTS - documentaire Syrie 2019 1h35mn VOSTF - Festival de Cannes 2019 : œil d’or du Meilleur film documentaire.

Mission compliquée que la nôtre : vous convaincre d'oser dépasser vos réticences, vos craintes, et de venir voir Pour Sama. Vous dire peut-être que ce documentaire, ovationné et récompensé lors du dernier Festival de Cannes, salué par une presse unanime, fait partie de ces œuvres qui laissent une trace indélébile dans l'âme et le cœur du spectateur. Vous dire aussi que ce film, au sujet évidemment dramatique, est porté par une incroyable force de vie, qui habite chaque image, chaque plan saisis par la caméra de Waad al-Kateab.

Ce qui est sûr, c'est que montrer Pour Sama, faire en sorte que cette histoire parvienne jusqu'à vous, c'est continuer à croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde et modestement contribuer à faire de nous des êtres plus ouverts, moins égocentrés, bref un peu meilleurs.  

Pour Sama est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d'amour d'une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique.
Jeune étudiante en marketing dans sa ville natale d'Alep, Waad suit avec sa petite caméra numérique les premières manifestations contre le régime de Bachar al Assad. La fougue de la jeunesse, les slogans sur les murs, les sourires de ces jeunes rêvant de printemps. Quand la répression commence à se durcir, Waad filme toujours : « Dans les journaux télévisés, on ne parlait pas de manifestants, mais de terroristes. A l'université, il n'y avait pas de médias pour expliquer la situation. L'idée était de prendre son téléphone portable et de documenter ce qu'on voyait ». La suite, elle est tragique : 7 ans de guerre, les bombardements par l'Armée Russe, plus de 500 000 morts, des milliers de déplacés et de disparus, un pays en ruine… et un pouvoir toujours en place.
Waad filme sa vie, son quotidien, celui de son mari, médecin puis directeur de l'hôpital d'Alep, de ses amis, et de ce pays qu'elle chérit ; elle filme ses peurs, ses joies, ses espoirs, sa douleur. Au risque de sa vie, elle envoie ses images à l'étranger, convaincue que « le monde ne laissera pas faire ». Des heures et des heures de film qu'elle finira par emporter avec elle quand, lors du siège d'Alep en 2016, elle prendra, le cœur brisé, le chemin de l'exil avec son mari et sa fille.

Des images terribles, parfois insoutenables, d'une cruauté sans nom, mais aussi de nombreux moments de grâce, des rires, des plaisanteries, des gestes d'amour et de tendresse. Les premiers pas de Sama, des gamins qui jouent, un repas partagé. Pour Sama est aussi un hommage à tous ceux qui risquent leur vie pour celle des autres : médecins, infirmières et infirmiers, casques blancs… et à un peuple résiliant qui ose encore croire au meilleur de l'humanité.  (Utopia) 

SALERNES     dim1/18H    lun2/20h30

LA FILLE AU BRACELET

Stéphane DEMOUSTIER - France 2019 1h36mn - avec Melissa Guers, Chiaria Mastroianni, Roschdy Zem, Anaïs Demoustier... Scénario de Stéphane Demoustier, d’après le scénario de Acusada de G. Tobal et U. Porra Guardiola.

Qui est vraiment Lise Bataille ? Une jeune fille innocente prise dans la tourmente d'un terrible règlement de comptes ? La coupable idéale d'un sombre fait divers ? Amie pour la vie qui cache son désespoir sous un masque d'indifférence ? Ou meurtrière manipulatrice au sang froid implacable ?
Au terme de ce drame en huis-clos construit avec sobriété et tenue, il est fort possible que le spectateur ne trouve aucune des réponses espérées et que le doute apparaisse, au final, comme le seul vainqueur de ce procès au cœur duquel nous sommes plongés.
Sur le banc des accusés, Lise écoute, impassible, les faits terribles qui lui sont reprochées. Sa meilleure amie a été retrouvée assassinée à son domicile, à l'issue d'une fête passablement arrosée. Lise avait seize ans au moment des faits et de lourdes présomptions pèsent sur elle, sans qu’elle puisse présenter d’alibi solide. Elle vit donc depuis deux ans avec un bracelet électronique à la cheville. Une descente aux enfers pour elle mais aussi pour ses parents et son jeune frère, aux prises avec le poison du doute, rongés par une interminable attente dont il craignent aujourd'hui l'issue. Le fil de ce procès anxiogène se déroule sous nos yeux. Les experts, les photos de la scène du crime, les pièces à conviction, les dépositions, les versions des faits sur lesquelles certains sont revenus, l'arme du crime qui demeure introuvable, une terrible dispute entre Lise et la victime, quelques semaines avant le drame. Et puis les témoignages des proches, émouvants, déroutants, perturbants… On comprend que Lise Bataille n'est peut-être pas la jeune fille studieuse que ses parents décrivent et que, sans doute, ils ne la connaissent pas vraiment, ou plus, ou mal.
On comprend aussi que dans ce procès, quelque chose cloche. Que tout semble trop évidemment désigner d'un doigt inquisiteur (celui de la justice, celui de la morale ?) Lise comme coupable. Elle est bien trop impassible pour ne pas cacher quelque chose. Et d'ailleurs, elle a bien des raisons d'avoir voulu la mort de son amie, elle l'a même dit. Mais faut-il nécessairement prendre le visage fermé d'une jeune fille qui a vu sa vie basculer en quelques minutes pour de l’indifférence ? Et quel ado de 16 ans n'a pas dit, de rage, de colère, par défi ou provocation : « si tu fais ça, t'es mort » ?
C'est bien de toute cette complexité dont il va être ici question et bien malin celle ou celui qui pourra dire où se cache la vérité. Et d'ailleurs, quelle vérité ? La vérité de Lise qui raconte comment elle s'est couchée le soir du crime dans le lit de son amie, avant de partir au petit matin pour aller chercher son frère à l'école ? La vérité de l'avocate générale qui va exposer minutieusement les charges et déconstruire habilement les arguments de l'accusée ? La vérité de l'avocat de la défense qui va chercher à élever le débat, intimant les jurés à ne pas se tromper de procès et faire celui des conduites de la jeunesse d'aujourd'hui ? La vérité des parents de Lise qui assistent, impuissants, à cette dramatique mise en scène dont leur enfant est le personnage principal ?
Préférant la sobriété d'une ambiance presque clinique aux effets de manches dont abusent certains films de procès, Stéphane Demoustier privilégie l'exigence et peint, en creux, toute la complexité de l'acte de rendre la justice. En restant au plus près de sa présumée coupable et de ses parents, il fait monter la tension dramatique au fur et à mesure que se déroule le procès, et réussit à faire éprouver au spectateur l'asphyxie grandissante de l'enfermement de ses personnages dans ce terrible fait divers.(Utopia) 
LE LUC    mer26/21h    sam29/21h  dim19/18h
LE  VOX  mer26/13h45  18h30      jeu27  mar3/16h15   ven28/18h30   sam29/17h25   dim1/ 13h45  18h15   lun2/13h45  18h30  mar3/16h15
JOJO RABBIT

 

Écrit et réalisé par Taïka WAÏTITI - USA 2019 1h48mn VOSTF - avec Roman Griffin Davies, Thomasin McKensie, Scarlett Johansson, Sam Rockwell... D'après le roman Le Ciel en cage, de Christine Leunens.

 Johannes Betzler, alias Jojo, est un enfant timide. Parmi ses camarades de classe, on ne le distingue guère : fluet, il fait pâle figure en comparaison de ses aînés, partis combattre au loin. Alors à l’image de beaucoup d'enfants de son âge, comme lui peu gâtés par la nature, compensant l'absence d'un père appelé sous les drapeaux, Jojo s'invente un ami imaginaire, un ami toujours de bon conseil, plein de sollicitude et d'entrain ; pour trouver un modèle, il n'aura pas à chercher bien loin, puisqu'il s'inspire de son idole, le meilleur ami de tous les petits Allemands blonds aux yeux bleus : Adolf Hitler ! Oui, ça surprend au début, même quand on resitue l'action dans le contexte de l'Allemagne nazie à la fin de la guerre, quand les Alliés commencent à la cerner de toutes parts et que Jojo, élevé dans l'adoration du dictateur depuis son adhésion aux jeunesses hitlériennes, ne rêve que de faire son devoir d'Aryen, à savoir combattre les soldats ennemis, se sacrifier pour la Patrie… et si possible dénoncer des Juifs. C'est là que ça va très vite se compliquer pour Jojo, lorsque, par un concours de circonstances, il va se confronter à ces « démons », et découvrir en autrui (et en lui-même) une humanité qu'il ne soupçonnait pas.
Dire de ce film qu'il danse sur une corde raide est sans aucun doute l'euphémisme de l’année. Narrer sans recul les aventures d'un antisémite fanatique à seules fins d'en rire relèverait de la gageure impossible si le film en restait là. Heureusement Taïka Waititi, réalisateur néo-zélandais né d'un père Maori et d'une mère Juive Ashkénaze, s'émancipe très vite de son postulat de départ, pour nous proposer une réflexion acerbe sur la manipulation, la perversité du monde des adultes, et l'impératif moral de l'ouverture à l'autre.
Toute l'intelligence du parti pris par Waititi tient dans le regard posé sur cette histoire tragi-comique : celle d'une société viciée vue à travers les yeux d'un petit garçon de dix ans ; du coup l'apparition d'un Hitler burlesque et badin fait sens, en ce qu'il est davantage la vision fantasmatique d'un père de substitution que le reflet fidèle du dictateur. Au fur et à mesure que les yeux de Jojo se décillent, le rôle du mentor va s'amenuiser, laissant la place au vrai sujet du film, donc : la manipulation. Celle, massivement destructrice d'adultes lâches et corrompus capables de mentir à des gosses avant de les envoyer au casse-pipe, et celle, plus insidieuse, plus intime, d'un petit garçon terrifié à l'idée de tout perdre et qui reproduit à son tour les mensonges de la propagande à des fins égoïstes.
Passant du rire aux larmes avec un sens des ruptures de ton qui en laisseront plus d'un pantois, Jojo Rabbit ose et réussit haut la main l'impensable : une comédie iconoclaste sur le totalitarisme, qui jamais ne glisse dans la débauche lyrique d'un Tarantino ou la clownerie aseptisée d'un Benigni. L'air de rien, Jojo Rabbit célèbre la liberté de penser, d'aimer et d'exister en dehors de tout système : un bras d'honneur à toutes les entreprises de lavage de cerveau, d'où qu'elles viennent. Et si un film qui commence par une version teutonne d'un tube des Beatles et finit sur un pas de danse esquissé après l'apocalypse ne vous convainc pas qu'il est un hymne à la vie, à l'amour et à la jeunesse, alors rien n'y fera !(Utopia)  
  LE  LUC        jeu27/18h30  ven28/21h
 

L’ÉTAT SAUVAGE

Écrit et réalisé par David PERRAULT - France 2019 1h58 VOSTF - avec Alice Isaaz, Kevin Janssens, Déborah François, Armelle Abidou, Kate Moran...

 
L’État sauvage est un film à cheval au sens propre comme au sens figuré. Au sens propre car il emprunte une part de ses codes au western, dont les longues chevauchées fantastiques. Au sens figuré car il jongle entre les styles, tout en ne se réduisant à aucun. Un esprit tout aussi réaliste que baroque y flotte,  oscillant entre songe cauchemardesque et épopée émancipatrice féministe. Si les costumes sont quasiment d’époque, car là encore il y a quelques détails qui les font sortir du cadre classique, les personnages se meuvent sur des musiques contemporaines, ce qui rend le récit plus universel et atemporel qu’une simple reconstitution historique. Tout est dans l’art de la narration, de la mise en scène qui nous fait balancer entre film d’action et rêverie de jeune fille, univers intérieur et immensité des plaines. À la fois atypique et classique, il se joue des rythmes, procède par accélérations syncopées, ralentis contemplatifs, prises de vues somptueuses. Il se déploie autant dans les grandes étendues naturelles dignes du Far West que dans le huis-clos inconfortable d’une civilisation coloniale décadente, ancien monde en voie de disparition. Nous voici confrontés aussi bien aux éléments surpuissants qu’aux relents d’un patriarcat étouffant. Lequel de ces deux milieux est le plus sauvage ? À chacune et à chacun de se faire son opinion.
 1861, quelque part dans le Missouri… Au loin gronde la Guerre de Sécession. Mais la petite colonie française, qui mange ses soupes dans des assiettes de porcelaine et tranche ses gigots avec des couteaux en argent, ne s’en inquiète guère. Elle se sent étrangère à cette affaire américano-américaine, préférant jouer l’autruche au dessus du lot : après tout, contrairement aux Sudistes du cru, ne rémunère-t-elle pas ses serviteurs de couleur ? C’est la position que défend Edmond, en bon père de famille pacifiste. D’autant, on le comprendra vite, que la famille nourrit une relation très particulière avec la noire et charmante Layla. Avec son vaudou, sa douceur intelligente, elle fait un délicieux contrepoint à l’ambiance coincée et bigote de la maisonnée où les trois filles d’Edmond s’épanouissent sous la houlette de Madeleine, épouse fidèle et insatisfaite, entre deux répétitions de piano et de chant lyrique. Ennui, corsets et prières, voilà le pain quotidien d’Esther la cadette et de ses sœurs Justine et Abigaëlle, bientôt toutes en âge d’être épousées.
Lors d’un bal où ce beau monde parade en grande pompe, l’affaire va s’envenimer avec l’arrivée d’une bande de soldats nordistes aussi délicats que des chiens affamés dans un jeu de quille. Impossible dialogue entre une soldatesque populaire bien remontée et une classe supérieure déconnectée des réalités. Quand les armes seront dégainées, nul ne pourra plus se bercer d’illusions. La seule alternative d’Edmond sera de fuir en comité restreint en s’allouant les services de Victor, un convoyeur au passé trouble et aux balafres profondes, forcément plein de charme aux yeux de la romantique Esther. Voilà la fragile équipée en route vers un hasardeux destin, espérant embarquer pour l’Europe, rebroussant le chemin de la conquête de l’Ouest, après avoir abandonné derrière eux les fastes d’un passé révolu, la sécurité d’un foyer confortable. Amère débandade qui va progressivement prendre un goût inattendu de liberté. Ce voyage initiatique, parsemé de dangers et d’embûches, est indiscutablement plus excitant et instructif qu’une soirée perdue à tricoter au coin d’un feu de cheminée ! De fil en aiguille, de confidences en confidences, on découvrira une autre réalité, les non-dits inavouables, l’hypocrisie d’un monde patriarcal faussement sécurisant.
Plusieurs niveaux de lectures se chevauchent (décidément !) continuellement dans cet étonnant film aux climats extrêmes, dans lequel les rôles traditionnels finiront par être inversés de façon tout aussi stimulante que salutaire.(Utopia)  
FREJUS  mer 26  jeu 27 dim1/15h40  20h45       ven28/13h45  21h        sam29/13h45  21h15      lun/16h  20h30   mar3/13h45  20h45 
 
 MES JOURS DE GLOIRE
Antoine de BARY - France 2019 1h38mn - avec Vincent Lacoste, Emmanuelle Devos, Christophe Lambert, Noée Abita...
Connaissez-vous Antoine de Bary ? Nous non plus, à vrai dire, normal c’est un premier film, une comédie légère et enjouée pour bien démarrer sa carrière et l’année 2020.
Les jours de gloire dont il est question dans le titre ceux sont ceux d’Adrien, mais il ne faudrait pas prendre l’expression au pied de la lettre, loin s’en faut ! Il faut tout au contraire l’entendre avec un bon vieux fond d’autodérision. Car Adrien ne glande rien, ou pas grand chose. Il est du style à se prendre perpétuellement les pieds dans le même tapis, à se contenter d’un quotidien fait d’une suite toujours renouvelée de joies bêtasses et régressives. Alors qu’il atteint la trentaine, il ne s’est toujours pas départi de ces airs flegmatiques très agaçants des adolescents contemporains qu’on a parfois envie de secouer comme des pruniers. À force d’avoir le regard rivé sur son petit nombril, il ne voit pas le monde qui l’entoure, ni la vie qui lui échappe. N’oublions pas de dire que le rôle est interprété par l’inénarrable Vincent Lacoste, particulièrement doué quand il s’agit de jouer les têtes à claques.
 La scène d’ouverture, en deux coups de cuillères à pot, campe le personnage. Quand notre anti-héros se retrouve coincé hors de son appartement, au lieu d’appeler un serrurier, comme le ferait un être avec une once de bon sens, il va avoir recours à un expédient qui va tout droit le conduire au poste de police. Le seul avantage de la situation est qu’il y rencontrera une gamine tout aussi paumée que lui, subjuguée par ce grand dadais de loin son aîné, et pourtant incapable de grandir. Ancien enfant roi endormi sur ces lauriers, Adrien n’anticipe rien. Vaguement acteur, mais il ne s’en donne pas les moyens. Vaguement séducteur, mais il ne s’en donne pas les moyens non plus… Alors forcément, un jour, banquiers, propriétaires, tous ceux auxquels il doit des sous lui tombent dessus ou lui coupent le robinet. À propos de robinet, on ne s’étonne même pas qu’à 25 ans il aie des difficultés érectiles : rien dans sa vie n’est franchement bandant et il ne l’est pas tellement lui-même. Le seul conseil pas bien avisé de son toubib, constatant qu’il n’y aucun problème physiologique, sera d’aller consulter une psy, ce dont Adrien a soupé puisque sa mère l’est. À propos de cette dernière (la délicieuse Emmanuelle Devos), voilà Adrien qui retourne chez ses parents Nathalie et Bertrand (Christophe Lambert assumant un rôle de père alcoolique) sans évidemment avouer qu’il est sans le sou, racontant des bobards ridicules que chacun fait semblant de croire, sans doute pour lui laisser un semblant de fierté, mais surtout en nourrissant le secret espoir que cela ne dure pas… D’autant qu’il y a peu de place dans l’intimité de Nathalie et Bertrand qui ont bien d’autres chats à fouetter…
Mes jours de gloire est une comédie où tout est là comme il faut, là où il faut, avec les acteurs qu’il faut, bien menée. On y rigole fréquemment à gorge déployée, mais un peu jaune. Adrien, ex-enfant star, ultra couvé, aimé, protégé, ressemble à tant d’autres à la démarche paresseuse qui, comme lui, toisent leurs semblables, balancent à la volée vannes et airs supérieurs, avec l’air de se foutre du monde. Sous ses airs rigolards, le film dresse ainsi le portrait malaisant d’une génération narcissique, sans idéaux, sans perspective d’avenir, qui semble ne rien faire pour s’en donner. Une sorte d’élite bourgeoise née les fesses dans la soie, qui se laisse vivre avec pour seuls leitmotiv « carpe diem », profitons, soyons heureux, sans avoir la lucidité de comprendre qu’aucun super-héros de leur enfance ne viendra sauver leur existence de l’apathie, que c’est à eux de prendre les choses en main…(Utopia)  
LE VOX  mer/ 16h15  20h45     jeu/ 16h15  18h30   ven/15h45  18h45    sam/15h20  18h50   dim/16h15  20h30  lun/15h50  18h25   mar/16h10  20h45
 
DARK WATERS
Todd HAYNES - USA 2019 2h07mn VOSTF - avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins, Bill Camp... Scénario de Matthew Carnahan et Mario Correa, d’après le livre de Nathaniel Rich.
Il y a quelque chose de pourri en Virginie-Occidentale, au cœur du massif des Appalaches, en cette fin des années 1990. Les fermiers voient leurs vaches mourir les unes après les autres, les yeux rouges, sanguinolents, comme si elles avaient été possédées. Les habitants de la région affichent quant à eux un taux anormalement élevé de cancers… Et au milieu du paysage – géographique, social, psychologique, affectif –, une usine appartenant à Du Pont, l’un des plus grands groupes industriels de chimie des Etats-Unis. Une usine gigantesque dont tout le monde sait depuis 40 ans qu'on y stocke des quantités pharaoniques de déchets qui ont toutes les chances de se retrouver dans les nappes phréatiques courant sous les champs et abreuvant les étables. Mais tout le monde ferme plus ou moins les yeux – et sa gueule –, Du Pont faisant littéralement vivre toute la ville et contrôlant ses principales activités.
 
Malgré l'énormité de la catastrophe écologique et humaine, tout resterait probablement en l'état si contre toute attente un avocat, que rien pourtant ne semblait désigner pour mener un tel combat, n'acceptait d'écouter puis de défendre un malheureux fermier qui voit son bétail mourir et sa propre santé et celle de ses proches s'étioler. Rob Bilott n'a donc a priori nullement le profil d'un avocat de la cause écologique, bien au contraire : il travaille pour un des plus gros cabinets d'affaires de Cincinatti, dont la principale activité est de défendre justement des groupes pétrochimiques. Mais voilà, la grand mère de Rob habite toujours dans ce coin pollué de Virginie et un des fermiers cherchant désespérément un avocat est un de ses amis. Comme quoi la grande Histoire tient parfois à de petites histoires de famille. De plus, malgré le pedigree de ses clients habituels, Rob Bilott porte en lui une foi inébranlable dans la justice et le respect du droit. Et quand il comprend que Du Pont a délibérément empoisonné la région et ses habitants durant quatre décennies, et volontairement dissimulé la toxicité d'une substance utilisée dans nombre de ses produits phares, notre avocat va se mettre en action et devenir le cauchemar de l'industrie qui l'a pourtant fait vivre durant de nombreuses années.

Cette histoire passionnante et édifiante, le comédien – et producteur en l'occurrence – Mark Ruffalo l'a découverte grâce un article choc du New York Times en 2006, alors que Rob Billott se battait déjà depuis plus d'une décennie. Militant écologiste convaincu, combattant acharné contre l'exploitation des gaz de schiste, Ruffalo a convaincu le grand Todd Haynes de réaliser le film adapté du livre de Nataniel Rich relatant cet énième combat du port de terre contre le pot de fer.
Todd Haynes, grande figure du mélodrame à la Douglas Sirk (souvenez vous des merveilleux Loin du paradis et Carol, entre autres…) s’attaque ici au film judiciaire, au film de dénonciation, un genre qui l'a toujours passionné (il cite en particulier Révélations de Michael Mann), certes totalement nouveau dans sa filmographie mais qui lui permet de montrer, encore et toujours, l’envers de nos sociétés d’apparence. S'appuyant sur la performance intense de Mark Ruffalo, entouré de quelques comédiens formidables (citons Tim Robbins en patron du cabinet d'avocats et Anne Hathaway, parfaite en épouse contrariée puis admirative du combat de son avocat de mari), Todd Haynes mène impeccablement son récit, avec le parfait classicisme que requérait son sujet, et nous captive d'un bout à l'autre de ce parcours judiciaire semé d'embûches. Il y a fort à parier qu'après avoir vu ce film, vous regarderez d'un sale œil votre poêle en téflon, produit phare de Du Pont…   (Utopia)  
LE VOX     V.O mer/13h45  20h45   jeu/18h10   ven/16h05  sam/13h50  21h   dim/20h30   lun/20h  mar/13h45  20h45
                 V.F  mer/18h10   jeu/13h45  20h45     ven/21h  sam/16h15  dim/13h45  18h10  lun/15h55  mar/18h15 
                                                                                                                                                                       
LETTRE À FRANCO

(Mientras dure la guerra) Alejandro AMENABAR - Espagne 2019 1h47mn VOSTF - avec Karra Elejalde, Eduard Fernández, Nathalie Poza, Patricia Lopez Arnaiz... Scénario d'Alejandro Amenabar et Alejandro Hernandez.

LETTRE À FRANCO

Avec Lettre à Franco, Alejandro Amenabar revient vers ses racines ou plutôt vers les racines du mal. La petite enfance du réalisateur, fils d’une mère espagnole et d’un père chilien contraints de se jeter dans les griffes de la dictature franquiste en fuyant celle de Pinochet en 1973, aura été marquée par l’empreinte du totalitarisme. On comprend d’autant mieux ses légitimes inquiétudes quand il déclare : « L’expression « Alors que dure la guerre » (qui est le titre original du film) signifie deux choses. D'une part, elle fait partie d'un document signé par les Nationalistes au début de la guerre et qui a joué un rôle clé dans la prise du pouvoir de Franco, et a permis son installation durable. C’est aussi une phrase que je trouve très actuelle et qui s’adresse plutôt aux spectateurs : l’état de guerre est permanent. Aujourd’hui, on assiste à une résurgence des mouvements fascistes, notamment en Europe. Dans ce sens, le film parle autant du présent que du passé. »

Le récit débute le 19 juillet 1936, le jour où l’état de guerre est officiellement décrété dans toute l’Espagne suite au soulèvement fomenté par une clique de généraux dont fait partie Francisco Franco. Mais la guerre idéologique a débuté bien en amont. La Sanjurjada (tentative de coup d'État du général Sanjurjo en août 1932), dont Franco s’était prudemment tenu éloigné, a posé les jalons de ce qui déchirera le pays pendant de longues décennies.
Ici à Salamanque, Miguel de Unamuno, vénérable doyen de la faculté, grand homme sage à la barbe banche, est à l’image de sa ville : pendu aux lèvres de l’histoire. Cet écrivain célèbre pour ses prises de position pleines de contradictions mais courageuses, parfois même si périlleuses qu’elles l’ont déjà contraint à s’exiler, voit d'un fort bon œil la reprise en main du pays par un gouvernement militaire. Depuis le temps qu’il proclame qu’il faut remettre de l’ordre ! Les citoyens autour ont beau trembler, les camions ont beau déverser des flots de soldats dans les rues, la rumeur de l’assassinat de Federico Garcia Lorca a beau se répandre… Unamuno est tellement sûr de son fait qu’il refuse de changer d’un iota ses habitudes. Quand sonne l’heure du sempiternel café, inconscience ou courage (l’une est parfois proche de l’autre), le voilà qui attrape sa canne (il a alors 72 ans), coiffe son éternel chapeau et entame son rituel circuit quotidien. Première étape de ce catholique convaincu ? Débaucher le pasteur protestant de son office… Seconde étape : débusquer cet indécrottable communiste de Salvador Vila. Voilà trois hommes aux idéaux diamétralement opposés réunis, prêts à se livrer de passionnantes joutes verbales, à refaire le monde en s’engueulant copieusement au café du coin… Mais très rapidement, au fur et à mesure que le ton monte, que les coups de feux se rapprochent, que les corps disparaissent, il va devenir de plus en plus difficile pour Miguel de Unamumo de maintenir ses positions. Il lui faudra bientôt redéfinir son camp… D’autant plus vite quand Franco, fraîchement débarqué dans la cité, va le convoquer…

Non seulement Lettre à Franco a le mérite de rendre palpable la tension de cette période charnière, incertaine et agitée de la montée du franquisme, très habilement et en évitant les écueils du manichéisme, mais il donne à voir le caudillo avant qu’il ne réécrive et instrumentalise sa propre légende. Difficile de comprendre ce que recèle le cerveau de cet être insondable, faussement calme, réservé, pas brillant pour un sou. Capable de bravoure lors de ses campagnes au Maroc, puis de la plus grande lâcheté quand il s’agissait de faire assassiner des innocents… Un gars d’apparence banale dont certains ne se méfiaient pas tandis que d’autres, plus perspicaces, le redoutaient. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 26   vendredi 28bb dim 1/16h      jeudi 27 lun2 mar3/ 13h45    20h45      samedi 29 /16h30 21h,   lun2/20h30   mar3/ 18h15

UN DIVAN À TUNIS

Écrit et réalisé par Manele LABIDI - France / Tunisie 2019 1h28 VOSTF - avec Golshifteh Farahani, Majd Mastoura, Aïcha Ben Miled, Feriel Chammari, Hichem Yacoubi...

 

      La scène d’introduction – quiproquo autour du célèbre portrait photographique de Sigmund Freud portant la chéchia rouge, le couvre-chef traditionnel tunisien – dit bien d’emblée toute la fantaisie de ce film, et tout l’humour de sa pétillante héroïne, Selma, fraîchement débarquée de Paris pour installer son divan à Tunis ! Car n’en déplaise aux langues de vipères, aux oiseaux de mauvaise augure et autres sceptiques locaux qui jurent par le Saint Coran qu’il n’y a pas besoin de psy dans ce pays, Selma est bien décidée à installer son cabinet de thérapeute sur le toit terrasse de la maison de son oncle. Et y a fort à parier que les Tunisiennes et les Tunisiens, en pleine crise existentielle post-révolution, ont bien des choses à lui dire.

Car oui, dans cette Tunisie d’après Ben Ali, la parole, muselée pendant des années de dictature, se libère et le pays redevient bavard, dans un élan un peu chaotique où tout se bouscule : les angoisses du passé, la peur de l’avenir, les désirs et les rêves qui peuvent à nouveau se raconter.
Il y a l’imam à qui l’on reproche de ne pas avoir laissé pousser sa barbe, le boulanger tumultueux qui adore se travestir et aimerait comprendre et assumer cette étrange pratique. Il y le trentenaire « pot de colle » aux allures de gros bébé qui ne veut pas quitter sa maman chérie d’une semelle, et la tourbillonnante Baya qui excelle dans l’art de la mise en plis mais est prise de nausées dès qu’elle pense à sa mère. Il y aussi l’oncle qui dissimule de l’alcool dans des cannettes de coca, habitude prise sous Ben Ali dont il n’arrive pas à se débarrasser. Et la jeune cousine qui rêve de Paris et montre ses seins façon Femen en plein cours d’éducation religieuse… Même le jeune policier se fait un devoir de répéter haut et fort que c’en est fini des décennies de bakchichs et qu’il est temps de retrouver des règles de bonne conduite pour reconstruire la nation.
Selma va imposer son art et ses manières, même s’il lui faudra aussi faire preuve d’ingéniosité et d’un sens aigu de la négociation quand il s’agira de montrer patte banche aux autorités, pas vraiment ravies de voir une jeune Franco-tunisienne proposer à ses concitoyens de venir s’allonger sur son divan, rideaux fermés !

Sans jamais tomber dans une vision caricaturale de la psychanalyse, ni dans les clichés exotiques pour parler de la Tunisie, Un divan à Tunis est un délicieux cocktail d’intelligence, de drôlerie et d’émotion qui raconte, l’air de rien, l’état d’un pays entre l’élan de modernité et le poids des traditions, entre les vieux réflexes d’un temps révolu et le besoin de se construire un avenir meilleur. Un pays qui a besoin de parler, de panser ses blessures, de ne rien renier de son histoire mais d’aller de l’avant. Un pays que l’on découvre en pleine ébullition, avec une jeunesse dynamique, un peuple déboussolé qui se cherche pour le meilleur, ayant laissé le pire dans le rétroviseur. Bref, le patient idéal pour commencer une thérapie. Et si la thérapeute a les traits sublimes et le charisme de la belle Golshifteh Farahani, ça promet !
Il y a dans ce film une joie et une énergie communicatives, un humour que l’on trouve habituellement dans les comédies italiennes des années 60/70 plutôt que dans le cinéma qui nous vient de l’autre côté de la Méditerranée, et c’est très réjouissant ! Une pépite ensoleillée en plein cœur de février.(Utopia) 
 
LE VOX    mer26 et dim1/13h45   18h30    jeu27/18h30   ven28/13h45  18h   sam29/13h30  19h25   lun2/14h  18h   mar3/16h20  18h30
 
Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :

Édith Cantu   358, Chemin du Peyrard   83300 Draguignan

accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire valable du 1/01/2020 au 31/12/2020 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
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