Au(x) cinéma(s) du 27 mars au 2 avril 2019

Bonjour à tous !
Nous vous retrouvons après notre festival de cinéma asiatique, qui a été un succès, avec des films vraiment intéressants, un intervenant passionnant, et un buffet bon et copieux ! Vous avez été 345 à venir pendant ce festival !
 
Cette semaine en ciné club à CGR, Ben is back de Peter Hedges, qui nous peint l'amour d'une mère qui veut sauver son fils. Dans la programmation ordinaire de CGR, vous pouvez voir aussi Rebelles de Allan Mauduit, un film politiquement incorrect et résolument féministe qui donne un coup de fouet à la comédie française (aussi à Salernes et Le Luc) et Green book de Peter Farrely, une comédie humaniste et politique pleine de saveurs (aussi au Vox) . Les prochains films en ciné-club (après les vacances) seront   la Favorite, Jusqu'à la garde, Vice et Grâce à Dieu .
Cette semaine, Colibris vous propose Futur d'espoir de Guillaume Thébault, un joli film qui milite pour une agriculture alternative (CGR et Fréjus)
A Lorgues, à Cotignac et au Vox,  un film chinois Les Éternelsune fresque ambitieuse qui parle de passion, de sacrifice, de résilience et qui captive par sa description d 'une Chine contemporaine tourmentée. A Lorgues, Une intime conviction de Antoine Raimbault, un film fort sur la justice et ses doutes, Marie Stuart, reine d'Écosse  de Josie Rourke deux destins de femmes fortes qui affrontent, différemment, la domination masculine, la trahison, le poids de la religion(aussi à Cotignac et au Vox).
A Cotignac seulement Le silence des autres de Robert Bahar, enquête su le silence de l'après franco. et Dernier Amour de Benoit Jacquot  inspiré des Mémoires de Casanova (aussi au Vox).
Au Vox, Companeros de Alvaro Brechnier, un film puissant sur la dictature en Uruguay dans les années 1970,   le dernier film  de Xavier Dolan  Ma vie avec John F. Donavan (également à Cotignac) un récit fascinant, d'un romantisme échevelé et à l'émotion contagieuse, Sibel de Cagla Zencirci, une jolie fable contemporaine, et Maguy Marin l'urgence d'agir, un documentaire de David Marbouch, sur la danse, la transmission et l'urgence d'agir.

 
Bonne  semaine de cinéma!

Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 

BEN IS BACK de Peter Hedges avec Julia RobertsKathryn NewtonLucas Hedges

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La veille de Noël, Ben, 19 ans, revient dans sa famille après plusieurs mois d’absence. Sa mère, Holly, l’accueille à bras ouverts tout en redoutant qu’il ne cède une fois de plus à ses addictions. Commence alors une nuit qui va mettre à rude épreuve l’amour inconditionnel de cette mère prête à tout pour protéger son fils. Ben Is Back est parsemé d’éclats de vérité. Lorsque Ben (Lucas Hedges), dépendant à l’héroïne, surgit au domicile familial, dans une maison cossue d’une lointaine banlieue américaine, son beau-père afro-américain (Courtney B. Vance), furieux de voir le jeune homme rompre de nouveau l’un des innombrables pactes conclus avec les siens, demande : « Est-ce qu’on aurait donné autant de deuxièmes chances à un jeune Noir ? » Ce à quoi la mère de Ben, Holly (Julia Roberts), répond : « Ne recommence pas. » Il y a là, et dans quelques autres séquences, l’esquisse d’un film qui prendrait de la hauteur pour évoquer l’épidémie d’addiction aux opioïdes qui ravage les Etats-Unis. Le reste du temps, Peter Hedges (père de Lucas) s’en tient aux figures du drame familial, agençant son film autour de la figure de Holly, à laquelle Julia ­Roberts prête tout son talent et un peu plus. Ce supplément donne souvent l’impression d’être destiné aux votants de l’académie qui décerne les Oscars. Les craintes et les aveuglements d’une mère sont dans un premier temps contenus dans les confins de la famille. Ben Is Back ressemble alors à un film indépendant sur le plateau duquel se serait invitée une immense star qui s’autorise les effets dignes de son statut – spectaculaires. L’effet distrait parfois du propos du film. Il arrive aussi que ces excès et la modestie et la ténacité de Lucas Hedges (que l’on avait découvert dans Manchester by the Sea) s’harmonisent. Le garçon d’une vingtaine d’années, qui est censé ne pas quitter la sober living house où l’ont placé ses parents, est revenu pour passer Noël avec les siens – sa mère, son beau-père, sa sœur (Kathryn Newton à qui incombe le rôle de la sceptique) et les deux jeunes enfants des deux premiers.

Le contraste entre la frénésie d’illuminations, de consommation et de célébrations qui saisit une petite ville américaine dans les heures qui précèdent le 25 décembre, et le noir bagage de mensonges et de ruines que trimballe Ben opère souvent. On distingue les mécanismes de cette épidémie dont l’origine n’est pas à chercher dans le trafic international mais dans les pratiques médicales (Holly prend à partie le médecin qui a prescrit des analgésiques à son fils adolescent), et – grâce à la sobriété de Lucas Hedges – la destruction morale d’un jeune homme.

La seconde partie du film est occupée par une errance nocturne dans les bas-fonds d’une ville dont la plupart des habitants ne soupçonnent pas l’existence. Mais l’artifice de scénario qu’emploie Peter Hedges (qui a également écrit le film) pour faire ­rebondir Holly et Ben de repaires de dealers en squats sordides manque de vraisemblance, produit des situations convenues empruntées au cinéma de genre. La chronique familiale vire au suspense et l’on ne peut se défendre de l’impression que le metteur en scène a manqué de ­confiance en son public. Plutôt que de fouiller les plaies qu’inflige l’addiction à une famille, il a préféré poser la question en termes vieux comme Hollywood : l’amour d’une mère sauvera-t-il son fils

Thomas Sotinel Le Monde

CGR en ciné-club : Tous les jours à 18h10

 

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10mn  - avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

GREEN BOOKUn mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!

Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…

Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique.
(merci à J. Goldberg, Les Inrockuptibles)

CGR en VF : Tous les jours sauf dimanche : 10h40

Vox Fréjus : mercredi 27 VF 20h, jeudi 28 VO 17h50 vendredi 29 VF 20h45, samedi 30 VO 18h15, lundi 1er 17h45 VF mardi 2 VO 20h45

Futur d'espoir de Guillaume Thébault

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Un joli film qui milite pour une agriculture alternative

«Futur d'espoir» est un film-documentaire (1 h 30) qui suit le parcours de Guillaume Thébault au travers d'une quinzaine d'entretiens avec des personnes qui proposent des solutions aux systèmes agricoles actuels : un économiste (Serge Latouche), un disciple gandhien (Rajagopal Puthan Veetil), un botaniste et écrivain (Gilles Clément), des maraîchers bio, une gardienne de semences, un responsable de magasin bio, un scientifique (Gilles-Eric Séralini), un enseignant, un agriculteur biodynamique, un permaculteur, un conseiller en maraîchage et une personne qui anime des jardins partagés. Guillaume met en avant les actions positives de ces personnes (leur expérience et leur savoir) et pose la question suivante : les méthodes d'agricultures dites alternatives peuvent-elles réellement nourrir l'humanité de manière durable ? Prix Greenpeace et sélection officielle du Festival du Film Vert 2017, ce film essaye d'apporter des solutions à un monde agricole touché par les problèmes économiques et environnementaux. 

CGR : proposé par Colibris vendredi 29 20h

Vox Fréjus : jeudi 28 20h

 

REBELLES

Écrit et réalisé par Allan MAUDUIT - France 2018 1h45mn - avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy, Simon Abkarian... Scénario de Jérémie Guez et Allan Mauduit.

REBELLESSi vous n’aimez que les choses délicates, les œuvres raffinées, le bon goût, les bons mots… Si vous avez frémi au phrasé exquis et subtil de Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières et si la soie, le velours, le satin apportent à votre quotidien toute la douceur et la délicatesse dont vous avez besoin pour vous épanouir… et bien, n’achetez pas de place pour venir voir Rebelles. Vous risqueriez d’être furieusement en colère contre nous (dans le meilleur des cas), voire de subir un choc cinématographique aigu, et chacun sait qu’un CCA peut être au moins aussi grave qu’un anaphylactique. Car de dentelles, de rubans fleuris, d’alexandrins, dans ce film, il n’y en a point. Alors quoi ? On a retourné notre veste en tweed à Utopia ? On aime le gros rouge qui tache quand vous aviez toujours cru que nous ne jurions que par les vins bio naturels sans sulfites ni phosphates, élevés en cuve centenaire au clair de (pleine) lune ? Non, pas du tout. 
On a beau aimer le cinéma haut perché, défendre les Auteurs et les œuvres complexes, nous avons toujours été assez friands (peut-être pas la majorité de nos troupes, mais quand même) de ce cinéma irrévérencieux et mal poli qui flirte parfois avec le mauvais goût mais parvient à nous rendre sympathiques les pires sans foi ni loi, parce qu’ils sont toujours du côté des oubliés, des petites gens, des besogneux, et que leurs aventures, même répréhensibles, ont toujours le goût de la revanche sur les injustices de la vie, ses dominations, qu’elles soient sociales ou de genre.

Nous sommes avec Rebelles bien plus dans un esprit Groland, ou celui des premiers films d’Albert Dupontel que du côté de Ken Loach et ça décoiffe sévère, à grands coups de truelle. C’est assez jubilatoire, souvent très drôle, et c’est enlevé par un trio féminin pétaradant qui vaut à lui seul le détour et fonctionne à plein régime, façon feu d’artifice. Alors oui, bien sûr, ça tache un peu, et non, ce n’est pas la grande classe, mais si vous acceptez de mettre votre bon goût légendaire (vous venez chez nous quand même et ça, c’est un signe qui ne trompe pas) de côté, l’effet poilade est garanti. 
Quand elle débarque du Sud de la France, sa valise en carton au bout de ses ongles impeccablement manucurés, en faisant la tronche parce qu’obligée de retourner vivre chez maman dans ses Hauts de France natals, Sandra ne se doute pas encore qu’elle va bientôt devenir riche, très riche. Elle ne connaît pas non plus celles qui deviendront ses deux complices à la vie, à la mort : Nadine, flegmatique ouvrière qui entretient un mari paresseux mais qui cache sous son tablier le costume d’une Bonnie Parker, et Marilyn, mère célibataire punk et survoltée, prête à dézinguer la terre entière pour une bonne cuite. Il sera question de boîtes de conserves, en très grande quantité, de la bande des Belges avec lesquels il vaut mieux ne pas trop faire les marioles, et d’un sac bourré de biftons, « le début des emmerdes », comme dirait Nadine, clown blanc de la bande, la plus ancrée dans le réel, la plus lucide.

Allan Mauduit filme la conserverie de poisson, les docks de Boulogne-sur-Mer ou le camping en hiver comme s’il s’agissait d’un décor de western, sans méchanceté gratuite, avec un sens du comique de situation explosif, et il nous rend ses trois héroïnes, quoiqu’immorales, cogneuses, hargneuses… très attachantes car symboles d’un Girl Power décoiffant. Plus jamais vous ne regarderez une boîte de thon du même œil, ni une porte de vestiaire… on en recause.

CGR : mercredi 27 et dimanche 31 16h10 et 18h20, jeudi 28 10h55 et 18h, vendredi 29 et mardi 2 13h40, 16h10 et 18h, samedi 30 et lundi 1er 10h55, 18h et 20h

Salernes : mercredi 27 18h, dimanche 31 16h, lundi 1er 20h30

Le Luc : mercredi 27 et vendredi 29 21h, et samedi 30 18h30

 

 

LES ÉTERNELS

Écrit et réalisé par JIA Zhang-Ke - Chine 2018 2h15 VOSTF - avec Zhao Tao, Liao Fan, Xu Zheng, Casper Liang... 

LES ÉTERNELSNul doute, Jia Zhang-ke est décidément un des cinéastes majeurs de notre temps. Les Éternels, son huitième long métrage de fiction, en est une preuve – éclatante – supplémentaire. Œuvre subtile, riche par son propos, elle foisonne de références cinématographiques, sociales, dont certaines échapperont à notre culture occidentale, mais qu’importe ! Cette véritable épopée romantique d’un couple de gangsters a tout pour être mythique. Chaque niveau de lecture est aussi excitant que passionnant. Ce n’est qu’un régal supplémentaire d’interpréter les pistes moins évidentes qui échappent à nos oreilles latines, telle la diversité des dialectes employés dans le film. Ils reflètent les multiples visages d’une Chine loin d’être uniforme, ainsi que la distance initiatique parcourue par les protagonistes tout au long de l’intrigue, qui démarre dans le Nord froid et aride, se poursuit dans le Sud-Ouest chaud et humide, pour s’achever dans le lointain Xinjiang (au Nord Ouest). Ce sont ainsi plus de 7700 kilomètres qui défilent sous nos yeux. Les paysages, personnages à part entière, viennent en contrepoint du récit qui procède par étapes entre chaleur humaine et douches froides, grandeur et décadence, humour inénarrable et cynisme décapant. 
Mais une des clefs de décryptage réside dans le titre chinois : « Ernü » (fils et filles) de « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », n’évoque pas grand chose pour nous, mais fait référence pour les sinologues à un véritable concept séculaire. Le Jianghu désigne, dans la littérature, une société hétéroclite parallèle à celle traditionnelle de la Chine impériale. Il englobait autant les combattants, les chevaliers et moines errants, les artistes… que les bandits, les prostituées et j’en passe… Par extension, tous ceux qui vivent en marge, défient l’ordre dominant, qu’ils soient mal vus ou admirés, dans la plus généreuse des ambivalences. Car, dans le fond, tout est question de point de vue : Robin des bois, les résistants, les mutins… étaient tout autant des criminels, des parias aux yeux des rois, qu’ils étaient des héros aux yeux des miséreux auxquels ils redistribuaient une part de butin, tout comme le font certaines mafias… 

Quand Qiao rencontre Bin, elle est une jeune fille sans vague, au regard pétillant et grave. Issue de la classe ouvrière du Xinjiang, elle porte à bout de bras son père mineur pas si vieux mais déjà usé. Bin n’est qu’un petit caïd de la pègre locale, pur fruit de l’incontournable Jianghu. Deux mondes si lointains, si proches. Alliance fulgurante entre la glace et le feu, les eaux dormantes et celles des rivières déchaînées. Seule femme au milieu de tous ces hommes, Qiao sait déjà s’en faire respecter tout en vivant poliment dans l’ombre du sien. C’est un univers rude, aux principes moraux exigeants mais paradoxaux, dans lequel bonté et vengeance, douceur et violence s’entremêlent, inextricables.
D’emblée tout nous fascine. D’emblée on pressent que la vie du jeune couple ne sera pas un long fleuve tranquille. Les éternels, c’est peut-être justement ce qu’ils ne sont pas. Mais ils en sont à cette étape d’une vie où on se sent tellement vivant et fort qu’on se croirait presque invincible, même face à la mort.

Le temps attends son heure pour nous prouver l’inverse. Qiao et Bin n’auront jamais d’enfants. Ils vivront heureux, un temps, jusqu’à la fusillade. Ce jour-là, Qiao n’écoute que son cœur pour défendre son amoureux, arme au point. Elle le protégera jusque devant le tribunal, jurant son innocence. Cinq ans de taule… Cinq ans à attendre un geste en retour de sa loyauté… À sa sortie, plus rien ne sera pareil, mais rien ne sera comme on le croit. De retournements de situation en coups du sort, il est impossible d’anticiper le scénario, qui compose en filigrane la fresque d’une Chine en plein bouleversement économique et idéologique au début du xxie siècle.
Entre l’intensité de jeu de Zhao Tao (Qiao), actrice fétiche et épouse du réalisateur, celle impeccable de son partenaire Liao Fan, les images somptueuses concoctée par l’impressionnant Éric Gautier (directeur de la photographie), on ressort des Éternels formidablement bousculés et émus. Si seulement nos vies pouvaient être (allusion au titre « international » du film : Ash is purest white) aussi pures que la blancheur des cendres des volcans… (Utopia)

Lorgues : mercredi 27 et vendredi 29 20h10, lundi 1er 20h30

Cotignac : dimanche 31 18h

Vox Fréjus : mercredi 27 17h50, lundi 1er 17h45, mardi 2 16h

UNE INTIME CONVICTION

Antoine RAIMBAULT - France 2018 1h50 - avec Olivier Gourmet, Marina Foïs, Laurent Lucas, François Fehner, Philippe Uchan, Muriel Bénazéraf, Danielle Catala... Scénario d'Antoine Raimbault et Isabelle Lazard, sur une idée de Karim Dridi.

UNE INTIME CONVICTION« La Justice ? C’est cette erreur millénaire qui veut qu’on ait attribué à une administration le nom d’une vertu » disait le grand avocat toulousain Alain Furbury. Et c’est tout à fait de cela dont il est question ici. Si le film s’appuie sur une affaire véritable, que le jeune réalisateur a suivie au plus près des années durant, il brode autour de la réalité une fiction tout en suspens, aux rebondissements narratifs captivants, qui se dévore comme un thriller palpitant. On en ressortira avec plus d’interrogations que de réponses, comme c'est souvent le cas au terme d'un procès… 
Des multiples rebondissements sur la disparition de Suzanne Viguier, le 27 février 2000, on a l’impression d’avoir tout lu, vu ou entendu. C’est donc une belle gageure que de nous passionner à nouveau sur le sujet, en y rentrant par la petite porte : ni celle des institutions, ni celle du prévenu, mais celle des jurés, de l’assistance dans la salle d’audience. 
Le film commence en 2009, alors que le premier acquittement du mari, Jacques Viguier (accusé sans preuves d’avoir fait disparaître sa moitié), vient d’être prononcé. Ce qui devrait mettre fin à « dix ans d'horreur et de chemin de croix », comme il les qualifie, ne va être qu’un court répit. Quelques jours plus tard, le procureur général interjette appel contre le jugement du jury populaire. Et nous voilà repartis pour un tour à se coltiner les choux gras de la presse et les conversations des piliers de comptoir qui disent tout savoir. 
Pour Nora, qui est persuadée de l’innocence de Jacques Viguier, c’est le coup de grâce. Avec pour seule légitimité son intime conviction de cuisinière professionnelle, la voilà qui s’érige en héroïne justicière et fonce tête baissée chez celui que la réputation médiatique précède : Maître Éric Dupond-Moretti. Si l'avocat est évidemment bien réel, il nous faut ici préciser que Nora est un pur personnage de fiction, en quelque sorte l'alter-ego du réalisateur. Le juriste la jauge de son œil aguerri, l’éconduit sans ménagement dans un premier temps puis, épaté par le dossier qu’elle a réalisé, se ravise. Il va se prendre au jeu, non sans réclamer à Nora un fameux coup de main. Tous deux vont former un tandem de choc, symbole de la défense des opprimés et de la condamnation des méchants ! C’est du moins ce que fantasme la justicière amateur, mais bien sûr rien ne s’avérera aussi simple.

À ce stade là, pour terminer de vous mettre l’eau à la bouche, il suffit de vous dire que le brillant ténor du barreau est interprété par Olivier Gourmet et que Marina Foïs lui donne la réplique. Ensemble ils forment à l’écran un duo fascinant, percutant comme deux opposés qui se complètent, elle si viscérale, lui si rationnel. Elle tout en tension perpétuelle, telle une droguée en manque, accroc à sa dose quotidienne de certitudes. Lui, prenant de plus en plus de recul, persuadé que la recherche de la vérité peut rendre fou et que seul le doute est légitime. Au fur et à mesure que le second procès prend vie, on découvre ses autres protagonistes, interprétés par une flanquée d’acteurs très investis, dont François Fehner qui campe le procureur général de façon magistrale, apportant une grande authenticité au récit. Mais, progressivement la caméra se déporte insidieusement et dans le fond, le personnage principal du film, c’est le miroir qui nous est tendu et qui nous questionne : qu’est-il de plus important ? Désigner à tout prix un coupable au risque de condamner un innocent ou savoir accepter de rester dans l’inconfort du doute raisonnable ? (Utopia)

Lorgues : mercredi 27 et vendredi 29 18h, samedi 30 et dimanche 31 20h20

MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSE

(Mary queen of Scots) Josie ROURKE - GB/USA 2018 2h05 VOSTF - avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Jœ Alwyn, David Tennant, Guy Pearce... Scénario de Beau Willimon et Alexandra Byrne, d'après le livre de John Guy.

MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSEProduction somptueuse, impressionnantes vues aériennes de sites naturels d’Écosse, magnifiques costumes… Marie Stuart, reine d'Écosse est un film d’époque qui charme d'abord par la splendeur de ses images, le faste de la reconstitution historique. Mais le retour au xvie siècle proposé par la réalisatrice Josie Rourke est également très intéressant sur le fond.

Le récit débute en 1561, alors que Marie Stuart (Saoirse Ronan), reine d’Écosse, rentre d’exil après douze ans en France – où elle a épousé en 1558 le roi François II, mort prématurément deux ans plus tard. S’ensuit une bataille épique, non pas sur les champs de bataille, mais au sein même de la cour. La monarque, qui n’a pas vingt ans, ne fait pas l’unanimité.
Il faut dire que l’Écosse est tiraillée entre catholiques et protestants, que son indépendance est en jeu et que sa destinée dépend de cette reine revenue veuve et sans descendants. En Angleterre, la montée récente au trône d’une autre jeune reine, Élisabeth Ire (Margot Robbie), est l'occasion d'une rare rivalité toute féminine au sommet. À travers les deux jeunes femmes culmine le choc entre deux dynasties, les Stuart et les Tudor.

Teinté de géopolitique et de féminisme, le film brille de ses couleurs actuelles : il arrive en salles au moment où le Brexit déchire la Grande-Bretagne. Il y a 450 ans, l’Angleterre protestante cherchait à prendre le contrôle de l’île. Marie Stuart, un temps reine de France en tant qu’épouse de François II, est la dernière figure de l’Écosse catholique et continentale.

Le cinéma n’a jamais été chiche de films sur cette époque – Elizabeth (1998), avec Cate Blanchett, demeure sans doute le titre le plus connu. Le premier long métrage de fiction de Josie Rourke, femme de théâtre, donne lieu à un fascinant duel à distance entre deux femmes de pouvoir qui se distinguent jusque dans leur manière d’affronter la cohorte d’hommes censés les conseiller.
Le récit est mené subtilement et rend bien compte de la complexité de la situation : entre les Stuart et les Tudor, c’est presque blanc bonnet, bonnet blanc. La réalisation s’appuie sur un habile montage qui intercale scènes dans les Highlands et à la cour de Londres. Conçu comme un suspense, le film aboutit à un face-à-face entre les deux protagonistes et la mise en scène de cette rencontre est un délice, tant elle se déroule comme un lent dévoilement à travers un labyrinthe de toiles blanches. Saoirse Ronan et Margot Robbie incarnent leurs rôles avec un bel aplomb et une intensité saisissante.
Le portrait de cette Marie d’Écosse, femme de tête prête à rompre avec les coutumes, a quelque chose de neuf, de profondément original malgré les figures imposées du film historique : le traitement adopté ici, qui se méfie de la romance et ne recule pas devant l'expression de la violence, évite de colorer de rose le pouvoir au féminin.

Peut-être les connaisseurs reprocheront-ils au film de se ranger trop ouvertement du côté de Marie Stuart : sans en faire la belle héroïne sans peur et sans reproche, le récit la montre comme la grande victime d’une machination. Le film s’ouvre et se conclut d’ailleurs par sa décapitation. Avec un dernier geste vestimentaire plein d’audace : l’apparition d’une éclatante robe rouge. (Utopia)

Lorgues : samedi 30 et dimanche 31 18h, lundi 1er 18h30

DERNIER AMOUR

Benoît JACQUOT - France 2019 1h38 - avec Vincent Lindon, Stacty Martin, Valeria Golino, Julia Roy, Nancy Tate, Anna Cottis... Scénario de Chantal Thomas (dont Jacquot a adapté récemment le roman Les Adieux à la reine), Jérôme Beaujour et Benoît Jacquot, d’après Histoire de ma vie, de Giacomo Casanova.

DERNIER AMOURA l'origine de ce projet singulier, il y a les mémoires de Giacomo Casanova, écrits dans la langue de Molière qui n'était pourtant pas la sienne et découverts par Benoît Jacquot alors qu'il a vingt ans à peine. Cette œuvre le marqua profondément, au point de devenir comme un compagnon secret de sa route artistique, jusqu'à devenir aujourd'hui (enfin ?) la source d'inspiration directe d'un film. Dans ce texte, Casanova évoque avec sincérité sa vie, ses rencontres, ses voyages (l'histoire a retenu le grand séducteur, mais il était avant tout un véritable aventurier) mais Jacquot a décidé de s'attacher à un épisode plus particulièrement marquant : sa rencontre avec une jeune femme, La Charpillon, qui restera son dernier et peut-être son seul et unique amour. 
Nous sommes dans les années 1760. Casanova, connu pour son goût du plaisir et du jeu, doit s'exiler à Londres. L'homme a atteint cet âge de maturité où plus rien ne semble l'effrayer et s’accommode volontiers de cette nouvelle escale dans une ville qu'il connaît peu et dont il ne parle pas la langue. Mais comme tout aventurier qui se respecte, il a dans chaque port quelques connaissances qui vont lui permettre de tenir son rang et le train de vie qui va avec : dîners mondains, bals plus ou moins clandestins et autres parties de jeux de hasard. 
Il rencontre ainsi, et à plusieurs reprises, une jeune fille mystérieuse dont il va s'éprendre et qu'il va vouloir conquérir. Mais cette courtisane, dont chacun sait ici qu'elle peut être à tout le monde, va se dérober à chacune de ses avances, distillant dans les jeux complexes de la séduction un venin troublant dont l'homme aux « cent quarante deux conquêtes » (c'est ce qu'il prétend dans ses mémoires) ne va pas sortir indemne. Elle lui lance un défi : elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire. Au nom de sa liberté, de l’idée qu’elle se fait d’elle-même, La Charpillon va décider que cet homme qui les possède toutes ne la possèdera pas, elle. À charge pour lui de comprendre alors que ce qu'elle veut, ce ne sont pas les caresses ni la passion charnelle, mais bien l'essence même de l'amour, un sentiment noble et pur, le seul finalement qui vaille d'être vécu, et que Casanova n'a peut-être jamais encore éprouvé. 

Casanova, c'est Vincent Lindon, qui s'est glissé dans le costume avec son charisme animal et porte merveilleusement la lassitude que l'on perçoit dans le visage, dans les yeux de cet éternel voyageur arrivé peut-être au seuil de sa dernière grande épopée. Il a le rugueux du baroudeur et les gestes délicats de l'homme habitué aux salons, aux sonates, aux pas de danse sur des parquets vernis. 
La Charpillon, c'est la délicieuse Stacy Martin, minois enjôleur qui cache très bien son jeu et dont la silhouette fragile révélera une maturité et une détermination de feu. 

Et parce qu'il est un réalisateur qui aime et qui sait magnifiquement filmer les femmes, Benoît Jacquot ajoute sa petite touche personnelle avec un personnage secondaire mais très important dans la construction de sa narration. Cette jeune et jolie femme qui déboule au tout début du film dans le salon sombre où un Casanova vieillissant écrit ce que l'on imagine être cette fameuse Histoire de ma vie et viendra recueillir son témoignage, c'est sans doute un alter ego féminin de Jacquot lui-même… (Utopia)

Cotignac : jeudi 28 18h et 20h30

Vox Fréjus : mercredi 27 13h50, 18h25, 20h30, jeudi 28 13h50, 16h10, 18h25, vendredi 29 13h50, 18h30, 18h25, vendredi 29 13h50, 18h30, 20h45, samedi 30 13h50, 16h 05 et 21h, dimanche 31 13h50, 16h45, 20h30, lundi 1er 13h50, 17h50, mardi 2 13h50, 18h30, 20h45


LE SILENCE DES AUTRES

(El silencio de otros) Robert BAHAR et Almudena CARRACEDO - Espagne 2018 1h35mn VOSTF - Prix du public Berlin 2018.

LE SILENCE DES AUTRES1977. Deux ans après la mort de Franco, dans l’urgence de la transition démocratique, l’Espagne vote la loi d’amnistie générale qui libère les prisonniers politiques mais interdit également le jugement des crimes franquistes. Les exactions commises sous la dictature (disparitions, exécutions sommaires, vols de bébés, tortures) sont alors passées sous silence.
Mais depuis quelques années, des citoyens espagnols rescapés du franquisme saisissent la justice en Argentine pour rompre ce « pacte de l’oubli » et faire condamner les coupables. Il a fallu en effet que ces citoyens espagnols aillent jusqu'à Buenos Aires pour obtenir que les tribunaux mettent enfin en branle une action qu'une partie de la société espagnole (et beaucoup d'hommes politiques) refuse encore d'accepter, parce qu'ils ne veulent pas tourner leurs regards vers le passé. Hélas, que le sous-sol de l'Espagne soit encore plein de cadavres non-identifiés et de fosses communes, qu'il y ait encore des rues et places qui portent le nom de militaires fascistes et que soit encore en vigueur cette fameuse loi d'amnistie de 1977 en dit sans doute long sur une nation qui est peut-être encore gouvernée par des complices silencieux de ces atrocités qui n'ont jamais été jugées, parce qu'elles ne sont pas considérées comme des crimes contre l'humanité.

Six années durant, dans un style direct et intimiste, les réalisateurs suivent les victimes et survivants de la dictature espagnole au fur et à mesure qu’ils organisent la dénommée « querella argentina », c’est-à-dire le procès qui réussira à faire comparaître en justice les tortionnaires du régime, et à faire ouvrir les fosses communes des Républicains…
Ce procès fédère plusieurs associations espagnoles, qui militent aussi pour une conscientisation et une sensibilisation de la population envers sa propre histoire : besoin de mettre en pleine lumière la face sombre de l'histoire espagnole afin de pouvoir régler les problèmes du présent et de construire sereinement l’avenir.

Le film, produit par les frères Almodovar, montre, avec force et retenue, le courage des victimes qui se considèrent avant tout comme des résistants. Sans tomber dans une narration journalistique, il donne la parole aux survivants qui témoignent avec lucidité, l’émotion prenant souvent le pas sur la raison : ils persévèrent malgré les obstacles et le déni pour que droit et justice soient enfin rendus.(Utopia)

Cotignac : lundi 1er 18h

COMPAÑEROS

Écrit et réalisé par Alvaro BRECHNER - Uruguay 2018 2h02mn VOSTF - avec Antonio de la Torre, Chino Darín, Alfonso Tort, Silvia Pérez Cruz, Soledad Villamil, César Troncoso... D'après le roman Memorias del calabozo, de Mauricio Rosencof et Eleuterio Fernandez Huidobro.

COMPAÑEROS« Ni vous ni personne ne ferez de moi un vaincu. » Qu’est-ce qui fait, un jour, qu’un individu résiste jusqu’à risquer sa vie ? Alors que l’être humain se sait mortel et vulnérable, où va-t-il puiser cette force insoupçonnée de dire non, quel que soit le prix à payer ? Ce sont toutes ces questions qui viennent en tête quand on voit Compañeros, « Compagnons » en français et, nul doute à avoir, il s’agit bien ici de compagnons de colère, de compagnons de combat. Ceux que la dictature montante en Uruguay dans les années 70 aurait aimé faire taire. Mais elle commettra une grande erreur d’appréciation : il est des hommes auxquels seule la mort peut rabattre le caquet… Ils s’appelaient José Mujica, Mauricio Rosencof, Eleuterio Fernández Huidobro, ils étaient de ceux-là, trois parmi tant d’autres, qui jamais ne plièrent l’échine pendant douze années, telles une nuit interminable (le titre premier du film était d'ailleurs celui-là : La Noche de 12 años).

Nous sommes donc en 1973. Après le coup d’état par lequel les militaires viennent de prendre le pouvoir. On ne peut pas dire que certains ne l’avaient pas vu venir. Dès 1964, percevant la montée fulgurante de l’extrême droite, le parti communiste, inquiet de la multiplication des agressions politiques et antisémites, redoutant dores et déjà un putsch, avait mis en place une structure clandestine armée d’autodéfense. Le mouvement des Tupamaros était né. Il tirait son nom d’un des chefs indiens qui conduisit l'une des plus importantes révoltes contre les Espagnols en 1572. Plus de quatre cents ans plus tard, voilà que l’armée assiège le pavillon où nos trois compagnons et quelques autres se tiennent cachés. Ce sera un vrai carnage. Pourtant, étonnamment ces trois-là en ressortiront vivants et se retrouveront par le destin étrangement liés. Bafoués, torturés, puis transbahutés d’une prison à une autre, simultanément, mais sans pouvoir le deviner. Plus que la torture, plus que le manque de nourriture, de soins, le pire est peut-être l’isolement le plus absolu dans lequel ils sont tenus. C’est dans leur étrange périple, une sorte de road movie carcéral, que nous plonge ce film choc, aussi éprouvant que réjouissant. Comment survit-on, telle était la question ? À coup d’humour kafkaïen, en n’abdiquant jamais ses convictions, en osant rêver, en dénichant de la poésie dans les interstices les plus improbables des plus immondes trous à rats. En écoutant les mouches voler, les cafards ramper, le clapotis de la pluie, les gémissements des autres et ces coups… Quels sont ces coups, d’abord discrets, puis de plus en plus impatients ? Un code secret peut-être ? 
Dans les geôles de la dictature, pas de droits de l’homme qui tiennent. Il ne suffit pas à la nouvelle autocratie d'empêcher ses prisonniers politiques d’avoir des contacts avec l’extérieur, il faut également qu’elle les brise, les humilie par tous les moyens, jusqu’à ce qu’ils abdiquent leur humanité. Ce qu’ils ne feront jamais… Et leur exemple donnera un secret espoir au peuple, qui bien des années plus tard les élira comme ses représentants, mais c’est une autre histoire.

Compañeros est magnifiquement interprété par un trio d’acteurs fabuleux… sans compter les personnages secondaires : tant cette mère, infatigable dans ses recherches pour retrouver son fils, que les geôliers, dont l’un fera une demande incroyable à un des prisonniers… (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 27 15h55 et 20h30, jeudi 28 13h45 et 20h30, vendredi 29 16h et 20h45, samedi 30 18h15 et 21h, dimanche 31 16h et 20h30, lundi 1er 14h et 20h30, mardi 2 16h et 18h15

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN

(The Death and life of John F. Donovan) Xavier DOLAN - Canada 2018 2h03 VOSTF - avec Kit Harington, Natalie Portman, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Kathy Bates, Thandie Newton, Chris Zylka... Scénario de Xavier Dolan et Jacob Tiernay.

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVANÀ chacun ses idoles d’enfance et d’adolescence, qui prennent une importance démesurée, au-delà du raisonnable – le cœur… vous connaissez le refrain. Moi, à 11 ans, je suis tombé raide amoureux de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci en la voyant rafler le premier 10 de l’histoire olympique à Montréal. Tenant absolument à lui écrire, dans un anglais balbutiant, mon admiration, je lui fis passer une lettre qui, j’en étais persuadé, arriverait à sa destinataire grâce à mon père, responsable communiste. Étrangement, elle ne me répondit jamais…
Petite parenthèse perso pour vous parler du nouveau bijou du prodige Xavier Dolan, son premier film anglophone. En deux parties séparées d’une dizaine d’années, Dolan nous raconte l’histoire – qui aurait pu être autobiographique – du jeune Rupert Turner, 11 ans et vivant à Londres au début de l’intrigue, qui entretient pendant plusieurs années une correspondance amicale avec l’acteur de séries américain John F. Donovan, jusqu’à sa mort mystérieuse. Dans le présent du film, dix ans plus tard donc, Rupert, devenu à son tour acteur, répond à une journaliste à l’occasion de la publication de sa correspondance avec John F. Donovan. Et nous découvrons son histoire au cours de flash-back successifs…
Rupert, alors enfant acteur, est déjà venu à New York avec sa mère. Dans l’hôtel où ils sont descendus, il attend avec une impatience insoutenable une lettre, un signe de son ami et idole John F. Donovan, qu’il va peut-être enfin rencontrer. C’est alors qu’il apprend à la télévision la découverte du corps sans vie de l’acteur et cette nouvelle lui brise le cœur. La suite du film, à travers le récit de Rupert adulte, revient sur ces deux vies parallèles séparées par l’Atlantique. Si le film est aussi bouleversant, c’est que la personnalité du jeune réalisateur québécois se retrouve tout autant dans le personnage de Rupert que dans celui de John F. Donovan. Dolan fut comme Rupert un enfant acteur (il joua dans des publicités puis dans des séries), probablement incompris de ses camarades, déjà moqué pour son univers imaginaire et son attirance naissante pour les garçons. Parallèlement le destin de John F. Donovan, héros de série adulé des jeunes fans et du petit milieu de Hollywood, obligé de simuler sa vie au point d’épouser pour de faux sa meilleure amie afin de dissimuler ses passions homosexuelles, mentant à ses fans, à sa propre famille et à lui-même, est celui qu’aurait pu connaître Dolan s’il n’avait pas choisi d’assumer son statut si particulier et sa singularité.

Pour construire et incarner ce récit fascinant, d’un romantisme échevelé, à l’émotion contagieuse, Dolan a réuni un casting hors normes, en premier lieu Kit Harrington, le John Snow adoré des fans de la série Game of Thrones, parfait collage en acteur de séries tourmenté, miné par l’obligation qui lui est faite de correspondre à son image publique. À ses côtés, Natalie Portman est magnifique dans le rôle de la mère de Rupert, actrice frustrée qui reporte sur son fils ses aspirations : Dolan, roi du mélo, lui offre une grandiose scène de retrouvailles sur la chanson Stand by Me ; et puis Kathy Bates, géniale en agent de stars à la fois cynique et attachante, Susan Sarandon en mère mûre colérique et alcoolique, personnage typiquement dolanien, et enfin le jeune Jacob Tremblay, étonnamment sobre et pourtant expressif.
Plus « classique », plus économe que les précédents films de Dolan en prouesses de mises en scène pour mieux se concentrer sur le récit, Ma vie avec John F. Donovan ajoute une pierre, plus polie, aux arêtes moins vives, à une œuvre en construction, profondément personnelle et touchante.

fler le premier 10 de l’histoire olympique à Montréal. Tenant absolument à lui écrire, dans un anglais balbutiant, mon admiration, je lui fis passer une lettre qui, j’en étais persuadé, arriverait à sa destinataire grâce à mon père, responsable communiste. Étrangement, elle ne me répondit jamais… (Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 27 et samedi 30 13h50, jeudi 28 16h, vendredi 29 15h50, dimanche 31 20h30, mardi 2 15h45

SIBEL

Çagla ZENCIRCI et Guillaume GIOVANETTI - Turquie 2018 1h35 VOSTF - avec Damla Sönmez, Emin Gursoy, Erkan Kolçak Kostendil, Meral Çetinkaya... Scénario de Çagla Zencirci, Ramata Sy et Guillaume Giovanetti.

SIBELC’est un petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante qui s’agrippe aux pentes des montagnes abruptes. C’est la beauté à l’état brut qui s’étale sous nos yeux. On croit sentir l’air vivifiant des sommets, l’odeur de terre qui s’évapore au petit matin, celle de l'herbe fraîchement coupée. Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant comme les rochers qui les surplombent. Pas besoin de cours de compostage, ni même de briquet pour allumer un feu, on vit depuis toujours avec la nature et on a appris à s’apprivoiser mutuellement, à interpréter le moindre bruissement. Le son porte loin. 
Le nom de ce microcosme, Kusköy, « le village des oiseaux », conduirait à penser que ce sont leurs gazouillements qu’on perçoit au loin, pourtant il n’en est rien : ce sont ceux des humains. Ici chacun parle et comprend la langue sifflée. Ce n’est pas un simple code, comme le morse. À travers elle on peut tout se dire. Elle s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés. « Pfiou fiou, tsui, tsui ! » = « le repas est prêt, c’est l’heure de rentrer ! »… Malgré les portables qui essaient de la détrôner, on y revient toujours, quand le réseau fait défaut sur ces hauteurs encore mal desservies par les bienfaits (?) de la modernité. Mais quand partout les portables passeront ? On frissonne à l’idée de penser qu’un jour la langue sifflée fera partie des langues mortes. Mais pour Sibel, qui est muette, elle restera la seule possibilité de communiquer avec son monde.

Présence charismatique, Sibel est réellement magnifique, avec son regard gris acier qui darde sous sa brune chevelure. On admire sa silhouette fine et musclée qu’on sent forgée par une volonté farouche. Pourtant son handicap fait que nulle mère ne la réclame pour son fils en mariage. Est-ce un drame ? Sans doute, pour les mauvaises langues. Mais pour Sibel, c’est comme une bénédiction qui lui a permis de grandir libre, sans qu’on veuille la caser et l’engrosser au plus vite, la rivant à un avenir imposé. Puisqu’elle n’a pas le choix, Sibel a appris à transformer ses faiblesses en forces et accepte de ne ressembler à aucune autre. Avec son fusil constamment à l’épaule, elle a l’air d’une guerrière indomptable. Une indépendance qui fait sans doute peur aux hommes. Elle a beau être vaillante, serviable, joyeuse, et belle, rien n’y fait, elle se retrouve toujours marginalisée, moquée, rejetée. Particulièrement par les autres femmes, engluées dans leurs superstitions, sans une once de compassion. Seule Narim, la vieille folle esseulée qui vit loin du hameau, dans une cahute sommaire, prend plaisir à l’accueillir. Sibel aime l’aider à tailler son bois, lui apporter quelques vivres après ses dures journées au champ. Écouter ses délires, apprendre les légendes, celle du rocher aux mariés, sous lequel toujours la femme ermite attend patiemment le retour de son amoureux parti il y a des décennies… Narim est le second être qui jamais ne la maltraite, avec son père, le respecté Emin, épicier, maire du village. Entre eux règne une belle complicité.
Mais la situation va basculer quand Sibel, en soif de reconnaissance, se met en tête de détruire, seule, le loup qui sévit dans les bois. Elle le traque, à l’affut de la moindre trace… Soudain, elle se sent à son tour épiée… Quelqu'un rôde dans les bois…

Dans le fond c’est une très jolie fable contemporaine ancrée dans une région anachronique. L’actrice qui interprète Sibel est d’autant plus époustouflante quand on sait que pour le rôle, elle a appris spécialement l'incroyable langue sifflée : sacrée performance ! (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 27 18h, jeudi 28 20h30, vendredi 29 13h50 et 18h30, samedi 30 16h05, dimanche 31 et lundi 1er 18h30, mardi 2 13h50 et 20h45

MAGUY MARIN, L’URGENCE D’AGIR

David Mambouch France 2018 1h50
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Maguy Marin, L’Urgence d’Agir est un film sur la danse et peut-être sur la plus grande chorégraphe française mais aussi un film qui traite de transmission, de politique au sens noble, d’engagement, de travail collectif, bref de tous ces sujets qui touchent et donnent envie de continuer.
Aucune image cinématographique ou télévisuelle de son travail n’existe à ce jour. Mais Maguy Marin a accepté ce film car au-delà de la danse, il aborde la façon singulière dont la compagnie a traversé 40 ans de vie politique et sociale. Ce film traite à la fois de sujets intimes mais aussi de la place du spectacle vivant et de la danse dans la politique culturelle de notre pays et du rapport au corps dans notre société. 
Le film est un objet cinématographique qui mêle grâce et colère, art et politique, il est pour tous ceux qui aiment la danse, une réflexion sur le monde, les générations et le système, et qui veulent suivre ceux qui s’engagent avec intégrité ; enfin il est pour ceux qui pensent que l’art transcende, soigne, aide à vivre. 
Et puis pour ceux qui aiment Beckett, inspiration fondamentale de la célèbre création MayB. Pièce emblématique de Maguy Marin, fil rouge du documentaire, qui fait le tour du monde depuis 35 ans.

David Mambouch, fils de Maguy Marin, a grandi au sein de la compagnie. Acteur, chorégraphe et danseur, David Mambouch est un artiste à part entière qui a su à la fois prendre du recul en explorant différents territoires géographiques et culturels tout en révélant avec ce film une certaine intimité de la femme et de la chorégraphe Maguy Marin. (Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 27 15h35, jeudi 28, samedi 30  et dimanche 31  13h50, vendredi 29 18h15, lundi 1er 20h30

Pour adhérer ou renouveler son adhésion, il faut remplir le coupon ci-dessous après l'avoir imprimé, en l'envoyant à :
Victor Théry
535, route du Flayosquet
83780 Flayosc
accompagné d'un chèque de 15 € pour l'adhésion ordinaire valable du 1/01/2019 au 31/12/2019 ( 20 € pour une adhésion de soutien) et montant libre pour une adhésion de membre bienfaiteur, à l'ordre de l'association Entre Toiles et d'une enveloppe timbrée à votre adresse.
Vous recevrez une carte d'adhérent qui vous donnera droit au tarif de 4,90 € d'entrée au cinéma, sauf pour les films qui seront en sortie nationale qui resteront au tarif ordinaire.

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