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Au(x) cinéma(s) du 27 novembre au 3 décembre 2019

Bonjour à tous !
 
Cette semaine ne manquez pas à CGR la séance organisée par Entretoiles dimanche 1er décembre à 20h avec Martin Eden un film italien où Pietro Marcelo propose une lecture très libre du célèbre roman de Jack London et  réussit une adaptation lyrique qui dialogue avec notre époque.
Nous serons à votre disposition dans le hall pour que vous puissiez, si vous arrivez en avance, renouveler votre adhésion Entretoiles pour 2020.
 
Dans le cadre du Ciné Club à CGR allez voir le dernier film de Woody Allen Un jour de pluie à New York un film délicieux qui renoue avec la meilleur veine du réalisateur humour et charme s'y  disputent la partie.
Toujours à l'affiche, Les Misérables de Ladj Ly, Prix du jury au Festival de Cannes 2019, un prolongement respectueux de l'épopée de Victor Hugo,  qui nous prend à la gorge avec le même sentiment d'injustice, un film choc, salutaire, jamais manichéen.
À noter que les prochains films de ciné club seront Chambre 212 (qui a été déprogrammé la semaine dernière au profit des Misérables)et Portrait de la jeune fille en feu.
 
À Lorgues vous pourrez voir Le Char et l'olivier, un documentaire dense, intéressant et courageux au regard des risques de clivage inhérents à un tel sujet, Noura rêve,un film tunisien formidablement interprété, le cauchemar d'une femme adultère passible de prison en Tunisie et Fahim, un film qui s'inspire d'une histoire vraie bouleversante.
 
À Salernes( à CGR et au Luc) J'accuse le dernier film de Polanski une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d'un homme, sa réhabilitation mais aussi l'ambiance de l'époque et La Belle Époque (aussi à CGR et à Cotignac) de Nicolas Bedos où le réalisateur livre un film foisonnant à la fois émouvant et sarcastique sur les affres du couple.
 
A Cotignac  La Cordillère des songes, où le cinéaste Patricio Guzmán l’exilé clôt une trilogie fascinante sur ce Chili qui le hante, cherchant dans les Andes, somptueuses, les traces des drames de la dictature et Un monde plus grand de Fabienne Berthaud (aussi au Vox), un film d'une profonde spiritualité et une expérience humaine d'une grande sincérité.
 
Au Vox parmi les nouveautés Gloria mundi de Robert Guédiguian qui poursuit sa chronique Marseillaise témoignant des mutations du monde et de sa ville ,un beau film poétique pour un constat sombre, Proxima un film d'Alice Vinocour sur une femme astronaute avec les questions et les doutes qui entourent cette aventure au féminin et  L'arbre de l'enfance un documentaire d Anne Barth,  film majeur sur l'enfance, sur la parentalité et sur notre propre enfance d'adultes et encore au programme Les éblouis de Sarah Suco, un film salutaire et palpitant sur les dérives sectaires qui arrivent même dans certaines communautés tout ce qu'il y a de plus catholiques  et Le Traitre  de Bellocchio  un film sur la Mafia, palpitant de bout en bout.
 
Bonne semaine de cinéma ! 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 
MARTIN EDEN
Pietro MARCELLO - Italie 2019 2h08mn VOSTF - avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Carlo Cecchi, Marco Leonardi... Scénario de Pietro Marcello et Maurizio Braucci, d'après le roman de Jack London. Festival de Venise 2019 – Prix d'interprétation masculine pour Luca Marinelli
 
 Et c’est alors que, dans une grandiose épiphanie, lui vint la grande idée. Il écrirait. Il serait l’un des yeux par lesquels le monde voit, l’une des oreilles par lesquelles il entend, l’un des cœurs par lesquels il éprouve. Il écrirait de tout… de la prose, de la poésie, des romans et des récits, des pièces comme Shakespeare. » Jack London, Martin Eden

Avant d'être ce superbe film, Martin Eden, c’est bien sûr un chef d'œuvre de la littérature, un des premiers des best-sellers de l’histoire, créé par un écrivain hors normes dont on a cru longtemps qu’il s’était projeté dans ce personnage de jeune prolétaire - écrivain en herbe, qui ne rencontre pas le succès et qui veut s’élever culturellement et socialement par l’amour passionnel et irraisonné d’une belle bourgeoise rencontrée par hasard. Il y avait bien quelques indices incitant à rapprocher Jack London et Martin Eden. Jack, fils d'un ouvrier au temps de la Révolution industrielle, a travaillé enfant à l’usine, connu les bas fonds, cherché de l’or dans le Klondike au cœur du Grand Nord canadien, été mousse sur des goélettes partant chasser le phoque… avant de devenir correspondant de presse au début du 20ème siècle sur le théâtre des opérations des guerres russo-japonaise puis américano-mexicaine. Pourquoi et comment ce gamin issu du prolétariat devint un tel aventurier avant d’être écrivain reconnu ? Par amour ? Jack London eut beau protester de la différence entre ses motivations et celle de son personnage, le doute subsista.
Le réalisateur italien Pietro Marcello, au talent singulier et au parcours étonnant (il fut éducateur en milieu carcéral avant de passer au cinéma), nous avait intrigués et séduits avec son très beau Bella e Perduta, conte sicilien entre documentaire et fiction témoignant de la folie d’un pâtre qui sacrifia sa vie à sauver un palais abandonné et un bufflon voué à une mort certaine. Martin Eden, adaptation à la fois très libre et très fidèle du roman de Jack London, pourrait apparaître comme plus classique dans son respect du récit rapportant le parcours du jeune héros, même si l’histoire est transposée dans un Naples indéfini entre le début du siècle et les années 60. Si ce n’est ces anachronismes qui évoquent la divagation propre à la lecture, Marcello suit son personnage, jeune marin et apprenti écrivain dont le destin bascule quand il sauve un jeune homme de la bonne société et qu'il se laisse subjuguer par la sœur de celui-ci. C'est une jeune femme un peu distante et mystérieuse, qui comprend l’intelligence de Martin et le pousse à se cultiver et à voyager pour acquérir ce qui selon elle fonde le terreau d’un grand écrivain. Mais Martin pourra-t-il, souhaitera-t-il se conformer aux exigences de la belle, qui espère que son soupirant se plie aux diktats raisonnables de la société bourgeoise alors que lui est habité par les idées marxistes ?

Une des très belles idées du film de Pietro Marcello réside dans l’utilisation presque expérimentale au fil du récit d’images d’archives du Naples populaire des années 50/60, renforçant l’anachronismen par rapport à l'œuvre de London mais rappelant les origines et la culture ouvrière du héros, et apportant dans la mise en scène et les couleurs une tonalité propre au grand cinéma italien social des années 70, celui des Frères Taviani ou de Bellochio. Ajoutez à cela la magnifique interprétation dans le rôle titre de Luca Marinelli, justement récompensée au récent Festival de Venise, et vous avez un grand film, original et passionnant, formant avec Le Traître, de Bellochio justement, un sacré duo italien en ce mois d'octobre !(Utopia)
CGR SOIREE ENTRETOILES  dim1/20h
 
UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK
(A RAINY DAY IN NEW YORK) Écrit et réalisé par Woody ALLEN - USA 2018 1h32mn VOSTF - avec Elle Fanning, Thimothée Chalamet, Jude Law, Liev Schreiber, Diego Luna, Selena Gomez...
 
 
Les comédiens se renouvellent, les générations passent, mais l'aura de New York filmée par Woody Allen est toujours intacte, et l'écriture du maestro est toujours aussi fine et précise, et profonde sans en avoir l'air. Ici, elle est une fois encore travaillée à la virgule et au bon mot près, ciselée par la diction impeccable et parfaitement rythmée de tous ses comédiens, incarnant d'une manière évidente l'essence même du cinéma de Woody Allen. Mais comme jamais peut-être dans ses films précédents, il y a dans Un jour de pluie à New York un phénomène assez troublant qui se manifeste dès les premières images, c'est le sentiment que le personnage de Woody Allen, que nous avons vu tant de fois à l'écran et dont on connait si bien l'air binoclard un peu ahuri et le phrasé mitraillette si caractéristique, semble habiter tel un spectre chacun des personnages de l'intrigue…

De l'étudiant intello et joueur de poker à la jeune et naïve journaliste en herbe en passant par le réalisateur en plein crise existentielle, le scénariste cocu ou le grand frère qui se demande s'il ne doit pas annuler son mariage car il ne supporte plus le rire strident de sa fiancée : il est partout. A part peut-être dans le personnage (sublime) de la mère, mais chacun sait qu'une mère, dans un film de Woody Allen, se suffit à elle-même. Alors quoi ? Délire mégalo ? Omniprésence du vieil artiste au crépuscule de sa carrière ou plus simplement magie du cinéma ? Qu'importe, on est bien, là, à New-York sous la pluie avec tous ceux-là, les jeunes et ceux qui le sont moins, et on se réjouit pleinement de ce délicieux divertissement.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont bien nés, ils sont étudiants dans une université prestigieuse et gentiment amoureux. Journaliste pour la gazette de la fac, Ashleigh, passionnée de cinéma, vient de décrocher une interview du célèbre réalisateur Rolland Pollard à New-York. L'occasion rêvée pour Gatsby de l'embarquer pour un week end romantique dans sa ville natale. Mais ce qui s'annonçait comme une escapade bien balisée va se muer en folle partie de cache-cache. Alors que la délicieuse Ashleigh se retrouve happée dans le petite monde très fermé – et passablement ridicule – du cinéma d'auteur new-yorkais, Gatsby retrouve par hasard, dans le désordre de l'apparition à l'écran : un ancien pote de collège qui l'embauche pour un rôle muet dans le court-métrage qu'il est train de tourner, la sœur d'une ex-amoureuse, sa mère à qui il avait pourtant annoncé son absence pour cause d'examen au traditionnel gala de charité qu'elle organise tous les ans, une call-girl bien sous tous rapports…

Tout ce beau monde en prendra gentiment pour son grade, sous les assauts de la verve grinçante mais souvent tendre du cinéaste : les artistes tourmentés et leur nombril, les filles jolies mais un peu nunuches, la grande bourgeoisie et ses soirées de charité, les jeunes hommes prétentieux. Seule la délicieuse Ashleigh tirera paradoxalement son épingle de ce jeu de dupes : sous ses airs de blonde écervelée se cache une vraie sincérité, pure, pas encore abîmée par les rumeurs, la vanité, l'arrogance… de quoi méditer.  (Utopia) 
CGR   ciné club Tous les jours /17h30
 

LES MISÉRABLES

Ladj LY - France 2019 1h43 - avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly... Scénario de Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis Manenti. Festival de Cannes 2019, Prix du Jury.

 
Point de Jean Valjean dans ce film formidable, ni de Fantine, nous ne sommes pas dans une énième adaptation de l’emblématique roman de Victor Hugo, mais dans une œuvre contemporaine, puissante… Point de Gavroche non plus, les petits Français s’y surnomment Slim, La Pince, Zorro, ils s'appellent Issa, Salah, Luciano, Bintou… : autant de prénoms qui témoignent d’une mixité sociale véritable, une richesse humaine en mal de reconnaissance. Mais des Misérables, le jeune réalisateur ne se contente pas d’emprunter le titre, il tisse un lien subtil avec l’univers de l’écrivain humaniste pour dresser un état des lieux de notre pays, de notre époque. Deux cents ans plus tard, nous voici de retour, sans que ce soit énoncé, dans le fief des Ténardier, Montfermeil, la ville d’enfance de Cosette, celle du cinéaste également. Le film résonne dès lors comme un prolongement respectueux de l’immense épopée populaire éponyme, nous prend à la gorge avec le même sentiment d’injustice, d’impuissance. On se surprend alors à rêver de l’odeur des barricades…
Tout commence par une magistrale scène de liesse populaire, de communion collective. Ce 15 juillet 2018, la France est championne du monde de foot ! L’euphorie de la victoire atomise les différences. Dans la foule bariolée qui s’amasse sur les Champs Élysées, il n’y a plus de citoyen de seconde zone, plus de clan qui tienne, tous entonnent à tue-tête la Marseillaise. Loubards, flics ou curés, tous se sentent Français ! Un sentiment qui, pour certains, ne va pas durer… De retour au bercail, la réalité de la banlieue va les rattraper. À Montfermeil, impossible d’oublier longtemps qu’on n’a pas les bonnes racines, le bon faciès, la bonne classe sociale surtout. La cité, ses cages d’escaliers tumultueuses, son ascenseur social toujours en panne, ses dealers minables, les patrouilles de police qui rôdent comme une condamnation à perpétuité, sont là pour vous le rappeler. « Vos papiers ! Que faites-vous là ? » Pas de répit pour les braves et moins braves, tout citoyen se tient prêt à devoir se justifier. Pour contrôler, ça contrôle, à chaque coin de rue, à tour de bras, pour de plus ou moins justes motifs… Certains policiers ont parfois des raisons que la raison ne connaît point. C’est typiquement le cas de Chris, supérieur hiérarchique et coéquipier de Gwada, deux vétérans de la « BAC » qui prennent sous leur aile un nouvel agent, Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg. Voilà notre bizuth embarqué d’office dans leur voiture dite banalisée mais repérée comme le loup blanc depuis dix ans que ces vieux briscards sillonnent le même quartier. Si on les connaît par cœur, l’envie sera grande de tester la nouvelle recrue qui fait tache dans le paysage, selon les dires de ses deux camarades aux méthodes musclées. Voilà Stéphane pris en tenaille, entre les fanfaronnades de ses collègues et celles des gamins du quartier, un brin paumé dans ce nouveau monde qu’il cherche à comprendre et à intégrer, tandis que la caméra nerveuse colle au plus serré de l’action qui se tend progressivement. Soudain il est palpable que tous naviguent en terrain miné de longue date et qu’il ne faudra qu’une flammèche pour que la pétaudière s’embrase. Le ressort dramaturgique est en place, impeccable, implacable. Un simple enfantillage, le vol d’un lionceau, mettra le feu aux poudres dans la cité où rien n’échappe aux regards des téléphones portables ni à ceux des drones…

L’histoire est basée sur une bavure véritable. Ladj Ly la transcende en un film choc, fulgurant, salutaire, jamais manichéen, d’une véracité criante, à commencer par sa galerie de personnages plus incarnés les uns que les autres et auxquels on ne pourra jamais complètement jeter la pierre. Tout aussi social que politique, Les Misérables a la facture d’un excellent thriller dont on ressort à bout de souffle ! (Utopia)
CGR   mer27 ven29 sam30 /13h50 17h50 20h    jeu28  lun2/ 13h50 15h55  17h50  20h      dim1  mar3/13h50  17h50

LE CHAR ET L'OLIVIER
(Une autre histoire de la Palestine) Roland NURIER - documentaire France 2019 1h41 -
 
Le Char et l'olivier rappelle un certain nombre de fondamentaux oubliés et apporte un éclairage sur l'Histoire de la Palestine, ce que les médias appellent « le conflit israélo-palestinien », de son origine à aujourd'hui. Apprendre du passé pour comprendre le présent ! 

Ce film documentaire réunit analyse géopolitique, interviews de personnalités internationales, expertes sur ce sujet et témoignages de citoyens palestiniens et français. Il propose des clefs de compréhension et souhaite débarrasser les esprits des clichés et idées reçues.
Le Char et l'olivier se veut pédagogique et tentera d’intéresser à nouveau tous ceux que la durée du conflit aurait découragés… et pour ne plus entendre « je n’y comprends rien » ! Le film parle d’un territoire magnifique, et d’un peuple qui affirme sans cesse que « vivre c’est déjà résister ».

« Le film propose un regard critique avec un point de vue s'appuyant sur des éléments factuels incontestables. Les personnalités qui ont accepté de témoigner sont des experts reconnus de cette région et des relations Palestine / Israël, des historiens, des journalistes, des spécialistes travaillant pour l'ONU, des juristes internationaux dont le travail et l'analyse ne souffrent d'aucun esprit partisan car se basant sur l'analyse de terrain et les textes du droit international. » Roland Nurier   (Utopia)
LORGUES  mer27 /19h05   sam30/20h25  lun2/ 19h 

NOURA RÊVE

Écrit et réalisé par Hinde BOUJEMAA - Tunisie 2019 1h30mn VOSTF - avec Hend Sabri, Lotfi Abdelli, Hakim Boumsaoudi... FIFIB 2019 : GRAND PRIX DE LA COMPÉTITION INTERNATIONALE.
 
 
C’est une histoire bien actuelle et qu'on pourrait pourtant considérer d’un autre temps dans notre pays, où l’on ne jette plus tant la pierre à ceux qui commettent l’adultère. En Tunisie, le fait de tromper son époux ou son épouse est un crime passible de 2 à 5 ans de prison ! C’est le point de départ de l’histoire de Noura, femme qu'on ne peut en aucun cas qualifier de légère… et pourtant infidèle. Comme on la comprend, on le serait à moins ! Des années à attendre son mauvais lascar de mari, Lassad, détenu récidiviste : lassée de poireauter au parloir pour quelques mots vains, jamais suivis de gestes. Lassée de ces heures qui vampirisent toute forme d’espoir, la laissent assoiffée de tendresse, de caresses. C’est comme une double peine qu’elle purge, ainsi que toute sa famille. Les trois enfants n'en peuvent plus d’attendre un paternel qui ne revient pas, redoutant presque sa venue, tant sa présence jadis ne fut pas synonyme d’apaisement, ni de tranquillité. Les visites à la prison sont progressivement devenues une corvée.

Seule Noura fait encore l’effort de se présenter au parloir, mais elle a du mal à feindre l’enthousiasme. Elle le fait par devoir sans doute, par souci du qu’en-dira-ton aussi, ne cachant plus complètement ses émotions, mais n’osant pas avouer son désamour. N’osant pas plus confesser qu’elle s’est prise à rêver de se reconstruire une vie avec un honnête homme, peut-être moins beau mais plus fiable qu’un conjoint voleur et parfois violent. Et elle a fini par le rencontrer en la personne de Jamel, un garagiste travailleur, prévenant. Celui que ses mômes appellent tonton, sans deviner la liaison adultérine, a trouvé sa place dans leur vie, toujours attentif et aidant.
Impatiemment, Noura compte les jours : J-5 avant que le divorce, qu'elle a demandé en cachette, soit peut-être prononcé. C’est une libération qui s’annonce, mais celle qui va se produire et bouleverser tout le monde n’aura, elle, pas été annoncée. Une grâce présidentielle inopportune, et Lassad est libéré sans crier gare et se pointe la gueule enfarinée, comme un cheveu sur la soupe. J-4… Le loup affamé entre dans la bergerie, désireux de rattraper le temps perdu avec sa moitié. Noura est tétanisée, obligée de composer, ne pouvant refuser d’accomplir son devoir conjugal. Quant à Jamel, le voilà sur les crocs, inquiet et jaloux, exigeant de son amante qu’elle fasse montre de témérité, quitte à risquer gros. Voilà donc Noura prise en tenaille entre ces deux hommes, tout aussi amoureux d’elle à leur façon, mais en définitive pas plus attentifs l'un que l'autre à son sort. La tension est à son comble, oppressante, tandis qu’on se prend à imaginer un terrible dénouement. J-3… on devine que les murs ont des oreilles et que le rêve de Noura n’est sans doute guère plus qu’un inaccessible mirage…

Tant l’interprétation sublime de Hend Sabri (Noura) que le scénario nous épargnent de tomber dans le registre d’une insipide bluette. Le personnage de Noura est complexe, ses sentiments restent ambivalents, ses réactions ambiguës. Elle n’est pas qu’une impuissante victime, l’oie blanche qu’on pourrait attendre, loin de là. Elle porte en elle ses contradictions, sa part de duplicité coupable et c’est ce qui la rend si proche de nous.
De même ni le mari, ni l’amant ne sont des personnages caricaturaux, au profil tracé au couteau. Tour à tour tendres, agaçants, rebelles à leur façon, ils sont pourtant porteurs, sans en avoir conscience, du ferment de la domination masculine. Ils ne sont en cela pas si différents l’un de l’autre.
Noura rêve, qui brosse en creux le portrait d’une société tunisienne étouffante, est plus encore un film sur le droit d’aimer que sur celui de ne plus aimer. (Utopia)
LORGUES  jeu28 et  lun2/ 19h05   ven29/17h 
 

FAHIM

Pierre-François MARTIN-LAVAL - France 2019 1h47mn - avec Gérard Depardieu, Isabelle Nanty, Assad Ahmed, Mizanur Rahaman... Scénario de Pierre-François Martin-Laval, Philippe Elno et Thibault Vanhulle, d’après le livre Un roi clandestin de Fahim Mohammad, Xavier Parmentier et Sophie Le Callennec.
Voilà un joli conte de fées moderne, un « feel good movie » comme on dit chez les Franglais, familial de surcroît, qu’on aurait tort de louper en ces temps automnaux où il fait bon se retrouver entre générations dans la chaleur des salles de cinéma. Et en plus tout ou presque dans ce film est inspiré d’une histoire aussi incroyable que bien réelle.
Au départ, l’avenir immédiat ne se présente pas franchement sous les meilleurs auspices pour Fahim et son père Nura. Nous sommes au début des année 2000 à Dacca, capitale du Bangladesh, pays tristement célèbre pour sa surpopulation urbaine et l’esclavage de ses ouvrières (d’ailleurs ne ratez pas sur cette même gazette le très chouette Made in Bangladesh ), qui triment pour que nous puissions tous avoir des vêtements de marque au moindre prix, et sa démocratie pour le moins approximative. Nura fait justement partie des opposants au régime, et sa vie est menacée, celle de sa famille aussi, évidemment. La décision est prise : quitter le pays et rejoindre l’Europe comme les millions de malheureux qui fuient les guerres et les calamités. Pour enjoliver la situation, on a raconté à Fahim, passionné d’échecs et jeune champion de son pays, qu’il allait rencontrer à Paris un maître de l’échiquier…

Mais la réalité est tout autre, c’est celle de tous les clandestins : la difficulté pour le père de trouver un boulot sous-payé, l’obligation de rassembler chaque jour de quoi payer des chambres insalubres louées à des prix exorbitants par des marchands de sommeil sans scrupules. Mais Fahim n’a pas oublié son objectif et il va trouver sa voie dans un club improbable, niché au bas d’un immeuble de Créteil et dirigé par Sylvain, un entraîneur aussi génial que caractériel. Entre le jeune Bangladais qui ne maîtrise ni le français ni la ponctualité, et le maître bougon (euphémisme), le courant ne va pas passer tout de suite. Mais chacun va comprendre peu à peu que l’autre est la chance de sa vie, le jeune Fahim espérant grâce à Sylvain accéder au meilleur des échecs, et Sylvain ayant l’opportunité grâce à Fahim de porter enfin la renommée de son club au plus haut après des années de déceptions. Le problème, c’est que pendant ce temps, la situation administrative et matérielle du père de Fahim va se dégrader…

La grande réussite du film est de conjuguer la narration et la montée de l’émotion propres au conte et une grande authenticité documentaire dans la description de la vie de Fahim et de son père. Aucune volonté d’édulcorer les choses dans le début du film qui retranscrit (avec même des images d’archives) la répression policière à Dacca, pas plus que dans la description des conditions de vie terribles des migrants dans les camps autour du périphérique parisien. On ne peut que tirer son chapeau au réalisateur d’avoir inclus cette réalité dans un authentique film populaire. Il faut dire que la préparation du film a été menée d’un bout à l’autre avec le vrai Fahim et avec le véritable entraîneur Xavier Parmentier, malheureusement brutalement décédé peu avant la fin du tournage, qui a su rendre crédibles et palpitantes toutes les compétitions d’échecs. Xavier Parmentier, Sylvain dans le film, est magnifiquement incarné par un Gérard Depardieu qui a de toute évidence été très ému par le projet et le destin de Fahim – et n’oublions pas Isabelle Nanty, son alter ego plus tendre et sensible. Pierre-François Martin-Laval a réussi un très joli conte social, comme il n’y en pas tant dans le cinéma français qui a la fâcheuse tendance de s’auto-centrer sur les drames sentimentaux germanopratins… Mais soyons justes et optimistes : en l’espace de quelques mois, Les Invisibles, La Lutte des classes, La Vie scolaire… ça bouge ! (Utopia)
LORGUES  mer27 et jeu28/17h    ven29 et dim1 /20h45

J’ACCUSE

Roman POLANSKI - France 2019 2h12mn - avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Melvil Poupaud, Denis Podalydès... Scénario de Roman Polanski et Robert Harris, d’après son formidable roman D.
 
 
Pour nous, pas de doute : J’accuse est une belle œuvre, un grand film, une fresque virtuose, intelligemment menée, qui donne à la fois du plaisir et à réfléchir. On peut penser et dire bien des choses de Roman Polanski, on ne peut nier que c’est un immense cinéaste.

La scène d’ouverture est magistrale ! Toute l’armée, en tenue de grand apparat, semble réunie dans la monumentale cours de l’école militaire de Paris qui fait paraitre ces hommes bien petits malgré leurs grandes décorations. Moment solennel, terrible. Seul devant tous, un jeune capitaine se tient droit, s’efforçant de garder la tête haute à l’écoute de la sentence qui s’abat sur lui. Pire que tout est le cérémonial humiliant de la dégradation. On comprend à son air douloureux qu’en lui arrachant ses épaulettes, on arrache une partie de son cœur, qu’en brisant son épée, c’est sa vie que l’on brise, son honneur que l’on piétine. Même si cela est loin de nous, surtout si on est profondément antimilitariste, on ne peut réprimer un élan de compassion envers cette frêle silhouette accablée qui s’efforce de ne pas vaciller, ces yeux de myope qui repoussent vaillamment les larmes. Puis monte sa voix, droite et sans haine, qui clame dignement son innocence. À cet instant-là on n’a plus aucun doute sur la droiture du bonhomme, sur sa force morale. Cruel contraste avec les généraux, secs ou gras, sains ou syphilitiques, qui ne se privent pas d’un petit couplet raciste sur les Juifs, d’une blague qui vole bas sur leur rapport à l’argent, leurs mœurs… Ce jour-là l’honneur ne semble pas dans le camp de la crème des hauts gradés aux chaussures lustrées qui piétinent dans la fange de la bêtise crasse. Immondes malgré leurs beaux accoutrements ! Pourtant ce sont eux que la foule acclame et l’innocent qu’elle hue.
Sous une nuée de quolibets, Alfred Dreyfus (Louis Garrel) subit donc sa condamnation à être déporté et enferré sur l’île du Diable. Mais la suite de l’affaire – et c’est là l’idée forte du roman de Robert Harris et du riche scénario que lui-même et Polanski en ont tiré –, on ne va pas la suivre de son point de vue, ni depuis les plus célèbres (Zola, notamment). Judicieusement, on va la suivre depuis le point de vue d’un de ses détracteurs, un pas de côté qui redonne de l’ampleur au sujet, permet de le traiter comme un véritable thriller d’espionnage.
S’il en est un qui a détesté Dreyfus, bien avant l’heure, c’est le lieutenant-colonel Picquart (Jean Dujardin), qui fut son instructeur. Quand il assiste à la dégradation de son ancien élève, il n’en est pas spécialement ému, cela a même de quoi satisfaire son antisémitisme imbécile. Mais c’est de cet officier supérieur pas spécialement bienveillant que va naître la vérité, car malgré sa détestation des Juifs, Marie-Georges Picquart est un homme juste, d’une probité à toute épreuve, qui ne se contente pas de ses seuls sentiments pour condamner. Nommé à la tête du Deuxième Bureau (service de renseignement militaire), il va avoir tôt fait de tomber sur des pièces tenues secrètes qui pourraient bel et bien innocenter Dreyfus…

C’est une partition sans faute pour une pléiade d’acteurs sublimes – en marge notons le très beau personnage de femme libre et féministe avant l’heure incarné par Emmanuelle Seigner. Une fresque précise qui dépeint non seulement la descente aux enfers d’un homme, sa réhabilitation, mais également l’ambiance de l’époque et peut-être, comme le déclare Polanski, « le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières à l’encontre d’une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse enragée »… (Utopia) 
SALERNES    mer27/16h   ven29/18h   dim1/18h   lun2/20h30  mer3/18h
LE LUC   mer27   jeu 28/18h  sam30/21h  dim1/17h30
CGR   mer27 ven29 dim1 mar3/10h45  15h15 21h45         jeu28  sam30  lun2/10h45  15h15  19h30

LA BELLE ÉPOQUE 

Écrit et réalisé par Nicolas BEDOS - France 2019 1h55mn - avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier, Michaël Cohen, Denis Podalydès, Pierre Arditi...
 
La Belle époque – deuxième film de Nicolas Bedos, beaucoup plus excitant que le premier, Monsieur et Madame Adelman – est un brillant divertissement qui va rallier les suffrages et vous faire plonger la tête la première dans un bain de jouvence, au cœur d’une pure histoire de cinéma : scénario à tiroirs qui n’en finit pas de révéler ses coups de théâtre, casting tiré à quatre épingle (Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont à leur meilleur) et un ton caustique (décidément la marque N. Bedos) basé sur un principe d’écriture assez simple mais diablement efficace : après chaque caresse vient une bonne baffe. Nicolas Bedos signe un film souvent très drôle qui s’empare de thèmes classiques (la fulgurance du sentiment amoureux, l’usure du couple) mais les passe à la moulinette d’une dramaturgie parfaitement huilée qui n’épargne rien ni personne. Cela aurait pu être mécanique, artificiel, un peu pénible… mais c’est enlevé, malin et jubilatoire : La Belle époque va nous aller comme un gant en ce début d’hiver.
À chacun sa belle époque, regrettée, rêvée, fantasmée. Victor, entrepreneur talentueux mais carrément caractériel (Guillaume Canet) l’a bien compris et a monté une entreprise d’événementiel dont le cœur lucratif est la nostalgie. Son attraction phare, « Les Voyageurs du temps », propose à ses clients une immersion grandeur nature (façon jeu de rôles) dans l’époque de leur choix. À grands coups de décors sur-mesure, de comédiens chevronnés et grâce à des saynètes parfaitement écrites et rythmées, ces parenthèses sont ultra-réalistes. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer Hemingway, de revivre un dernier repas avec son défunt papa ou d’être spectateur du traité de Versailles ? Victor, la soixantaine bedonnante, réfractaire à toutes les manifestations de modernité dont il estime qu’elle a enlevé poésie et saveur au temps présent, se voit offrir l’une de ces expériences. Il choisit de revenir au 16 mai 1974… Il est jeune, il est ambitieux, il rêve de devenir dessinateur et va rencontrer la femme de sa vie. Celle avec qui il fait aujourd’hui chambre à part, celle qui l’a traité hier encore de vieux con, celle qu’il a aimé toute une vie durant mais qu’il a définitivement perdue… Plongé ainsi dans ce passé chéri, dans ce souvenir fantasmé qui a laissé tous les mauvais côté pour ne garder que les bons, Victor se sent à nouveau pousser des ailes… jusqu’à se perdre dans cette réalité de pacotille au point de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir trouver la porte de sortie de cette grande illusion…

Nicolas Bedos signe une comédie romantique à la sauce piquante qui se joue, aussi, des codes du cinéma, cette bonne blague qui nous fait croire à tout avec sa poudre aux yeux… non seulement ça ne pique pas, mais ça éblouit. (Utopia)
SALERNES  mer27/18h30   ven29/20h30  dim1/16h   mar3/20h30
COTIGNAC  ven29/18h
CGR  tous les jours/10h55  17h50

LA CORDILLÈRE DES SONGES

Patricio GUZMAN - documentaire Chili 2019 1h25 VOSTF - Festival de Cannes 2019 : Œil d’or du meilleur film documentaire (ex-aequo avec Pour Sama).
 
Notre vision du Chili durant près d’un demi-siècle aura été imprégnée par l’œuvre remarquable et essentielle de Patricio Guzmán, cinéaste contraint à l'exil. On se souvient forcément de La Bataille du Chili, Le cas Pinochet, Salvador Allende… Jamais, même à des milliers de kilomètres de son pays natal, l’homme n’en oublia la saveur, les humeurs, les blessures. « Si je n’avais pas connu un coup d’État, j’aurais peut-être fait des films légers », déclarait-il un jour. La Cordillère des songes, point d’orgue d’une trilogie entamée il y a dix ans, est empreinte d’une poésie qui rend d’autant plus criante la violence du capitalisme dévastateur décrit dans le film. Il y sublime la vision de son inaccessible terre natale, objet des plus beaux songes comme des pires cauchemars, paradis de l’enfance à tout jamais perdu. Après l’avoir observé à partir du lointain cosmos dans Nostalgie de la lumière, accosté depuis le fond des océans dans Le Bouton de nacre, le réalisateur revient par les airs sur les lieux du crime, en survolant la Cordillère des Andes. Cette dernière, lovée dans sa mer de nuages voluptueuse, jadis réputée infranchissable, semble marquer une césure entre le Chili et le reste de l’humanité. Les trois angles d’approche de ce triptyque documentaire sont comme trois puissantes frontières (l’eau, le ciel, la montagne) qui enserrent le Chili dans les griffes de l’espace et du temps. Un triangle vicieux, tout aussi bien écrin que possible prison, voire tombeau à ciel ouvert où tant de corps gisent, jamais rendus aux leurs. Au fil des films, les quatre éléments semblent s’être unis pour rappeler ingénument à l’humanité son devoir de mémoire, sans laquelle elle perd tout ancrage et identité. Le vent ne murmure-t-il pas les noms des disparus ? Peut-être la mémoire de l’eau est-elle meilleure que celle des hommes ? Peut-être le feu dans les entrailles de la terre gronde-t-il de la sourde colère des révoltés oubliés ? Peut-être les étoiles scintillent-elles pour éclairer les pas de ces mères qui cherchent en vain les corps de leurs enfants perdus dans les sables du désert ?

La permanence des éléments fait contrepoint à la condition éphémère de nos existences. La Cordillère s’impose ainsi comme une puissante figure métaphorique. Dans ses dentelles minérales on peut tout aussi bien imaginer les méandres de la carte du tendre que les cicatrices d’un pays mutilé, ou les rides qui ensevelissent celui qu’on a été, ceux qui ont été, dont elle reste le témoin immuable.

Cette prise de hauteur nous fait opérer une plongée vertigineuse vers le Chili contemporain, sa capitale grouillante, Santiago, que le réalisateur ne reconnaît plus, c’est là son vrai vertige. Il élargit son propos, lui donne l’ampleur nécessaire pour comprendre la période actuelle, le mal qui la ronge et qui puise sa source dans les racines de l’oubli. Il convoque artistes, penseurs, amis du passé. Confronte les regards de celui qui a dû partir à ceux qui ont pu rester. De l’écrivain Jorge Baradit au documentariste Pablo Salas, en passant par les sculpteurs Vicente Gajardo et Francisco Gazitúa, tous ont fait de leur terre leur matière première. Ensemble ils analysent et décortiquent ce qui fait l’essence de leur société à deux vitesses extrêmement marquées… Patricio Guzmán dresse alors un amer constat… La manière dont les dirigeants, de Pinochet à nos jours, traitent la colonne vertébrale du Chili, la Cordillère, qui couvre 80 % de son territoire, devient le symbole de leur désintérêt pour tout ce qui dans le pays n’est pas jugé immédiatement rentable, à commencer par sa nature, sa beauté, son peuple… (Utopia)
 
COTIGNAC   dim1/18h

UN MONDE PLUS GRAND

Fabienne BERTHAUD - France/Belgique 2019 1h40 VOSTF - avec Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam, Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter... Scénario de Fabienne Berthaud et Claire Barré, d'après le livre de Corine Sombrun, Mon initiation chez les chamanes 
  Emprunt d'une profonde spiritualité, sans pourtant jamais céder à une vision simpliste ou idéalisée, c'est un film qui se raconte comme un voyage et se vit comme une expérience humaine d'une grande sincérité. Fruit d'un long et minutieux travail de repérages en territoire mongol et d'une étroite collaboration avec Corine Sombrun, l'auteure de Mon initiation chez les chamanes, qui a participé à toute l'écriture du film, Un monde plus grand est, au-delà d'une belle histoire avec sa dose de romanesque et de tension, un très bel hommage à la culture des peuples premiers et en particulier les Tsaatans, bergers nomades vivant aux frontières de la Sibérie. Que l'on soit un cartésien pur jus ou sensible aux mondes et aux forces invisibles, cette histoire touche et interpelle de manière universelle car elle interroge les peurs et les limites auxquelles chacun peut être confronté quand il faut faire face à des événements qui échappent à notre compréhension.
Quand elle a perdu son grand amour, le monde de Corine s'est effondré comme un château de cartes. Toutes les perspectives ont été effacées, comme rayées définitivement de sa géographie intime, celle sur laquelle elle avait pourtant tracé mille et une trajectoires lumineuses et colorées. Son chagrin, sa douleur ont envahi l'espace et chaque geste du quotidien lui demande un effort surhumain. Elle est ingénieure du son, on lui propose un voyage à l'autre bout du monde, en Mongolie, pour recueillir des chants traditionnels et des sons de toutes sortes en vue d'un reportage. Une fuite, peut-être… Un moyen de se retrouver seule avec sa peine, sans doute…

Mais il n'y a pas de hasard. Au cours d'une cérémonie, Corine est plongée dans une expérience de transe qui la propulse dans un monde inconnu, celui des esprits invisibles que seuls les chamanes ont le privilège de pouvoir côtoyer. Oyun, celle de la tribu, lui annonce qu'elle a reçu un don rare et précieux dont elle ne peut se défaire et qu'elle ne peut surtout pas ignorer : elle doit entamer un long processus d'apprentissage et s'initier aux rituels chamaniques afin de le maîtriser et d'en faire bon usage. D'abord totalement réfractaire à cette idée qu'elle juge tout droit sortie de superstitions et de croyances ridicules, Corine va devoir faire face à la réalité, d'autant que son corps tout entier semble avoir trouvé une résonance particulière à certains sons, comme une nouvelle sensibilité qui l'aurait connectée à quelque chose de plus grand qu'elle.
Sur les terres majestueuses des plaines de Mongolie, là où les hommes vivent en harmonie avec la nature et convoquent tout naturellement, et pour chaque geste de leur quotidien, la communauté des esprits, commence alors un autre voyage… Qui peut après tout jurer que les disparus ne peuvent chercher à communiquer avec les vivants ? Qui peut affirmer avec certitude que les rivières, les forêts et les troupeaux ne sont pas habités par une force invisible ? Qui peut prouver que la science a exploré tous les recoins du cerveau humain et qu'il n'existe plus, dans les interstices de son paysage, des terres sauvages et inexplorées ?

Pour la petite histoire scientifique, Corine Sombrun est à l'origine de la création du Trance Science Research Institute, un réseau international de chercheurs investis dans les études neuro-scientifiques de la transe, visant à démontrer qu’elle n’est pas un don réservé aux seuls chamanes, mais bien un potentiel de tout cerveau humain, à la fois instrument d’exploration d’une réalité sous-jacente et outil de développement cognitif. (Utopia)

COTIGNAC  jeu28/20h30
LE VOX   mer 27 et jeu 28 /16h10   ven 29 /15h45   Sam 30/ 16h dim 1 /14h    lun 2/ 17h55    mar 3/ 16h 16h10 17h55
 

GLORIA MUNDI

Robert GUÉDIGUIAN - France 2019 1h47 - avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Desmoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet... Scénario de Serge Valetti et Robert Guédiguian. Festival de Venise 2019 : Prix de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride
Gloria mundi s’ouvre sur une joyeuse naissance, une mise au monde. Mais quel monde exactement ? Gloria, qui vient de pousser ses premiers cris, esquisse également ses premiers sourires et, à cet instant-là, cette question perd de son importance. Le chômage, les guerres, le réchauffement climatique… soudain tout parait si lointain. L’essentiel, ce sont ces petits doigts de porcelaine fine qui essaient d’appréhender leur nouvel univers, ces lèvres délicates qui cherchent le sein de Mathilda (Anaïs Demoustier), la mère. C’est fou le pouvoir d’un si petit être. Autour d’elle, son père Nicolas (Robinson Stévenin) et ses deux grands parents Sylvie et Richard (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin) sourient benoîtement, émouvants. Et là, en spectateurs avisés que vous êtes et qui suivez fidèlement les aventures de la famille élargie de nos Marseillais préférés, vous réalisez tout de suite qu’il en manque au moins un autour du berceau… Gérard Meylan, évidemment ! Et le voilà qui toque à la porte de l’appartement banal et modeste de Sylvie et Richard, dans un immeuble sans grâce. Le prénom de Gérard dans ce film ? Daniel ! Son pedigree ? Repris de justice ! Voilà qu’il réapparaît après un long temps d’incarcération. Il n’a pas besoin de se présenter à Richard, qui lui ouvre la porte. Ce dernier, sans l’avoir jamais vu, sait tout de suite qu’il a affaire à l’ex de sa compagne… Scène simple et belle, très belle parce que très simple… Mais la dévoiler serait pêcher, pas sûr que la Bonne Mère nous le pardonnerait !


Tour à tour on va découvrir les (petits) boulots de chacun. Richard est chauffeur de bus, occasion de revisiter Marseille en un road movie intramuros, d’apercevoir les conséquences des politiques d’aménagement de la ville. Sylvie se fait surexploiter sans mot dire avec d’autres gens de ménage dans une grande chaîne d’hôtels. Les nouvelles générations quant à elles cèdent de plus ou moins bon gré à la tentation de l’ubérisation ou à celle – plus lucrative a priori – des combines douteuses… Dans un monde qui se durcit, chacun développe sa stratégie de survie, tétanisé par la peur, renonçant à l’empathie…
Tout se déroule à la chaleur du midi, pourtant il y a quelque chose de glacial dans la vie des personnages, aux prises avec un des pires monstres que l’humanité ait enfanté : le capitalisme vorace (pléonasme ?). Ils font partie des sans-grade, de ceux qui galèrent et croisent dans la rue d’autres encore moins décorés qui galèrent encore plus. Pourtant cette fragile humanité ne perd pas sa dignité, même quand elle dégringole. Elle sort alors son arme secrète : la solidarité. La fraternité est loin d’être morte !

Robert Guédiguian est un cinéaste qui, avec les mêmes ingrédients, réussit à toujours nous surprendre. L’ensemble de son œuvre brosse une magnifique fresque, chronique humaniste de notre époque. Au fil du temps qui passe, on a plaisir à y retrouver la même troupe fidèle, à la voir évoluer, s’agrandir avec de petits nouveaux. Bonheur de voir les griffes du temps qui marquent les corps, les expressions du visage, la bonhomie et les rides assumées. C’est une part d’intime qui vogue vers les rives de l’universalité, tandis qu’une part de nous-mêmes sombre dans la Méditerranée pour avoir trop espéré un havre de paix. Ariane Ascaride, petite-fille d’immigrés italiens, est plus que jamais touchante et juste, tant dans son interprétation que dans son petit mot de remerciements quand le Jury de la Mostra lui remet un prix d’interprétation bien mérité qu’elle dédie aux migrants morts en mer, « ceux qui vivent pour l’éternité au fond de la Méditerranée ». (Utopia)
LE VOX   mer 27 /13h50 18h15 20h30   jeu28 / 13h50 18h15 20h30    ven29 /13h40 18h15 20h30   sam 30 /13h40 18h30 21h   dim 1/16h15 18h15 20h30      lun2/16h 18h15 20h     Mar 3 /15h50 18h15  20h30

PROXIMA

Alice WINOCOUR - France / Allemagne 2019 1h47 VOSTF - avec Eva Green, Zélie Boulant-Lemesle, Matt Dillon, Lars Eidinger, Sandra Hüller, avec la participation de Thomas Pesquet... Scénario d’Alice Winocour et Jean-Stéphane Bron.

 
Il ne sont sans doute pas très nombreux, de par le monde, les enfants qui peuvent écrire le jour de la rentrée, dans la case « profession des parents » : mère astronaute. Un métier qui paraît presque irréel, réservé aux histoires dans lesquelles on conquiert la lune à bord d'une fusée rouge, entre Jules Verne et Tintin. Pour Stella, l'espace est un sujet de conversation presque banal et elle connaît par cœur toutes les étapes avant la mise en orbite, comme une comptine qu'elle fredonne avec sa mère tous les soirs avant d'aller au lit… 5, 4, 3, 2, 1, décollage. Rien de plus normal avec un père astrophysicien et une mère astronaute, qui ont les yeux et le cœur rivés vers les étoiles. Et si ces deux-là ne s'aiment plus suffisamment pour vivre ensemble (la vie de couple étant peut-être bien trop terrienne pour eux), ils ont réussi à préserver pour leur fille ce trésor commun : une insatiable curiosité pour l'univers et ses secrets.
Mais un jour, il faut bien que Sarah parte au travail. Et là, les choses se compliquent car pour Stella, laisser maman partir bosser ne signifie pas s'en trouver séparée le temps de quelques heures de bureau, mais bien la livrer au grand vide intergalactique pour une année.
Sarah a en effet été choisie pour rejoindre l'équipe internationale de la mission scientifique Proxima (oui, la même que celle de Thomas Pesquet)… mais si c'est l'aboutissement de toute une carrière et la réalisation d'un rêve de petite fille, c'est aussi un déchirement, celui d'une mère qui va devoir quitter son enfant pour aller très très loin pendant très très longtemps, avec l'angoisse de ne peut-être jamais revenir sur terre. Pour Stella et Sarah, l'entraînement à cette nouvelle vie va alors commencer. Changer d'école. Tester son corps à des pressions ultimes. Vivre avec son père. Cohabiter avec un équipage exclusivement masculin. Essayer d'être moins nulle en maths. Maîtriser les bras robotisés de sa combinaison. Avoir peur de grandir sans maman. Culpabiliser de ne pas être là…
D'espace, il en sera question tout le temps… sans qu'il soit montré, le récit s'arrêtant là où le voyage spatial commence. Et c'est bien là toute la singularité de ce film mêlant l'intime et l'immensité : raconter comment des êtres au destin exceptionnel, s'apprêtant à vivre une expérience hors du commun, n'en demeurent pas moins terriblement humains. Alice Winocour raconte bien sûr avec précision tout le protocole et la préparation liés à la mission, filmant sur les lieux mêmes des centres de recherche (centre de l'Agence spatiale européenne à Cologne, Cité des étoiles en Russie, Cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan) mais son histoire est ailleurs : dans le tiraillement affectif et psychologique de cette femme qui veut à la fois être une bonne mère et accomplir en parfaite professionnelle la tâche immense qu'on lui a confiée, et dans la difficulté de cette toute jeune fille à être l’enfant d’une femme hors du commun.
Hommage à toutes les femmes qui assument crânement leur double vie familiale et professionnelle, Proxima porte dans sa sobriété un éclat émouvant.(Utopia)

LE VOX mer 27/ 13h40 18h35 20h45           jeu28/13h50 18h15 20h30  ven29/ 13h40 16h 20h45     sam30/ 13h40 18h15 21h     dim1/ 14h 16h05 18h20      lun2/ 13h40 18h15 20h30     mar03/ 13h40 15h50 20h30   

L’ARBRE DE L’ENFANCE

Anne BARTH France 2017 1h18


Nous ne mesurons que trop rarement ou tardivement ce que nous avons vécu et ce que nous pouvons générer chez nos propres enfants, pris dans le tumulte de nos vies. Pas besoin de frapper un enfant pour être « violent », les « t’es nul », les moqueries, les humiliations répétées font déjà suffisamment violence à son développement… L’arbre de l’enfant soulève la grande question : qu’est-ce que grandir ? En taille c’est une chose mais en humanité ! Anne Barth a filmé Juliette pendant 7 ans, de ses 11 à ses 17 ans. Ce moment où l’enfant se tourne vers le monde, l’interroge, et se transforme. Béatrice, mère d’une jeune fille et Daniel, père de 5 enfants, témoignent de ce qui, depuis leur enfance, continue à vivre dans leur vie d’adulte et par quelles transformations passer afin de vivre plus sereinement. La réalisatrice interroge des enfants, des parents mais aussi des pédagogues et des scientifiques comme Catherine Gueguen (médecin pédiatre) qui nous éclairent sur la compréhension du cerveau des enfants et du soin à accorder à la petite enfance.(Utopia)


LE VOX  mer27/20h

LE TRAÎTRE

Marco BELLOCCHIO - Italie 2019 2h32mn VOSTF - avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Fabrizio Ferracane, Luigi Lo Cascio... Scénario de Marco Bellocchio, Ludovica Rampoldi, Valia Santella et Francesco Piccolo.
LE TRAÎTREL’Italie digère… ou du moins semble digérer. Enfin une vague de réalisateurs ose raconter par le menu, de manière non édulcorée et palpitante, la mafia vue de l’intérieur. Après le Gomorra de Matteo Garrone et Roberto Saviano, voici aujourd'hui ce magistral Le Traître, du maître Bellochio, presque un roman fleuve, et dans quelques mois ce sera La Mafia n’est plus ce qu’elle était du moins connu Francesco Maresco. Quel dommage de ne pas pouvoir programmer les deux films à la même période tant ils se complètent parfaitement ! Dans les deux cas on a affaire à de vrais méchants, pourtant il semble inévitable qu’affleure, à notre corps défendant, une forme de sympathie dérangeante. Celle-là même dont le virtuose Juge Falcone, sicilien de naissance, usa pour mieux s’imprégner et comprendre les rouages de la pieuvre, et de ses tentaculaires ramifications nationales et internationales.

Le Traître démarre fort, en 1980, par une de ces petites sauteries familiales dont les parrains avaient le secret, quand ils se détendaient entre deux fusillades ou plasticages sanglants. On pénètre donc dans l’action simultanément par deux portes d’entrée ambivalentes, comme semble l’être le regard des Italiens sur les mafieux, qui furent tout autant les protecteurs des classes miséreuses (dont beaucoup émanaient) que leurs bourreaux. La caméra de Marco Bellochio résume en un tableau méticuleux le contexte historique d’une affaire qui va se dérouler sur vingt cinq années, une vendetta meurtrière, inextinguible. Il brosse avec maestria le portrait des forces et des individus en présence pour nous faire prendre toute la mesure des tenants et des aboutissants et nous permettre d'entrer bien armés dans le vif du sujet, qui sera le retournement de veste de Tommaso Buscetta, éminent membre de Cosa Nostra, qui dénoncera ses anciens camarades d’armes auprès du magistrat Giovanni Falcone.
Jeu complexe entre chat et souris (les rôles étant interchangeables), d’où ressort une certaine admiration entre le juge et le truand, laquelle, en des temps moins sombres, aurait pu se transformer en une sorte d’amitié improbable et discrète. Cela peut sembler étrange, mais ce qui rapproche les deux hommes est leur courage et une conception cousine de l’honneur. La partie à jouer est aussi lourde pour l’un que pour l’autre, toujours sur le fil de se faire descendre. Dans le fond Buscetta se sert autant de Falcone que ce dernier se sert de lui. Le clan du maffieux et une partie de sa famille ayant été décimés, il ne lui reste que le bras de la justice pour se venger de ceux qui l’ont doublé, quitte à tomber en même temps que ceux qu’il cherche à atteindre. Bon vivant, il n’est toutefois pas un lâche qui cherche à sauver sa peau à tout prix. Il refusera toujours les appellations de traître ou de repenti. Il a brisé la loi de l’omerta ? Mais pourquoi la respecter envers ceux qui ont piétiné le code sacré de l’honneur, notamment le clan des Corleone guidé par Toto Riina ? Regrette-t-il le moindre de ses actes ? Les réponses à ces questions garderont toujours une part de mystère…

On va suivre la trajectoire de Buscetta, principalement à partir de sa fuite au Brésil, puis de son extradition vers l’Italie, sa traque à la fois par les autorités et par les autres parrains. Un film palpitant de bout en bout, à saluer tant pour la performance de ses acteurs (Pierfrancesco Favino en particulier réussit une composition hallucinante) que pour son ancrage historique précis et documenté. Une immersion dans la seconde guerre de la mafia, dont on ressortira avec un étrange sentiment de malaise, tant le monde des affaires et la sphère politique ne sortent pas indemnes de cette gangrène toujours d’actualité.(Utopia)
LE VOX  mer27/15h40   ven29/17h50  sam30/15h45

LES ÉBLOUIS

Sarah SUCO - France 2019 1h39 - avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin, Céleste Brunnquell... Scénario de Sarah Suco et Nicolas Sihol.
LES ÉBLOUISLa famille Lourmel a tout de la famille provinciale ordinaire. Une famille nombreuse, 4 enfants, assez traditionnelle et catholique. La fille aînée, Camille, 12 ans, se passionne pour ses cours de cirque lors desquels son professeur tente de faire sortir l'âme de clown qu'elle pourrait avoir en elle. Certes la maman, Christine, semble un peu dépressive et ostensiblement sévère, rechignant par exemple à ce que Camille aille dormir chez une copine après les cours. Quant au père, Frédéric, il se montre un chouia effacé, paraît résigné face aux exigences parfois injustifiées de son épouse. Et puis il y a la paroisse, mais rien d'extraordinaire à raconter sur elle, une paroisse menée par un curé charismatique et débonnaire que les fidèles appellent étrangement et affectueusement « le berger », une petite communauté chrétienne chaleureuse dont les Lourmel suivent assidûment les activités, entre solidarité avec les personnes âgées ou les nécessiteux et repas dominicaux partagés. Le père, enseignant pas forcément épanoui dans son métier, et la mère, désœuvrée et neurasthénique, trouvent visiblement dans ces activités pastorales une certaine plénitude.
Puis, insensiblement, l'influence de la communauté religieuse va se faire plus pesante : le berger incite les parents à retirer Camille de son cours de cirque, sous prétexte qu’il lui enseignerait l'ironie et le culte excessif du corps ; puis il leur demande de venir vivre aux côtés d'autres frères et sœurs dans une grande maison communautaire adossée au presbytère. Progressivement se mettent en place tous les mécanismes de l'engrenage sectaire : éloignement des proches hostiles au choix religieux par le biais de procédés diffamatoires ; répétitivité des rituels parfois absurdes, exorcismes ou autres, notamment quand les fidèles bêlent de concert pour appeler la venue du « berger »…
La très chouette actrice Sarah Suco, découverte notamment dans les films de Louis-Julien Petit (Discount et Les Invisibles) passe ici derrière la caméra et elle n'a pas fait ce grand saut par hasard. Son film est d'ailleurs dédié à ses jeunes frères et sœurs car elle a dû vivre avec eux durant dix ans dans une communauté semblable à celle du film, d’où l’authenticité de son récit. Les Éblouis se garde bien de tomber dans la caricature, et le film décrit bien ces petits riens qui font basculer de la normalité à l'étrangeté, voire pire. Les personnages des parents, remarquablement campés par Camille Cottin et Eric Caravaca, tout en ambivalence, évoquent des sentiments troubles, entre adhésion aveugle à la logique sectaire et amour sincère de leurs enfants. Face à eux, Jean-Pierre Darroussin est formidable en prêtre tour à tour bienveillant et franchement inquiétant.
Mais ce qui emporte l’adhésion, c'est la vision en permanence à regard d'enfant et par extension le regard autobiographique de la réalisatrice. On est d'autant plus impressionné que tout ce qui est décrit ne se passe pas au cœur d'une cellule djihadiste ou d'une section de raéliens en voyage cosmique, mais bien dans une communauté catholique, tout à fait autorisée, comme il en existe des centaines en France (il suffit de chercher sur internet le réseau de la communauté des béatitudes), alors qu'on estime qu'il y aurait chaque année dans notre pays entre 50 000 et 60 000 enfants victimes de dérives sectaires. Le film est non seulement palpitant mais aussi salutaire.(Utopia)
LE VOX  mer27/ 13h40 15h50 17h55      jeu28/ 13h50 16h10 20h30        ven29/ 13h40 15h50 17h55 sam30/ 13h40 16h 18h45     dim1/ 14h 20h30      lun2/ 13h40 15h50 20h30    mar3/ 13h40 18h15 20h30


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