Au(x) cinéma(s) du 27 septembre au 3 octobre 2017

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Bonjour à tous !

Au ciné-club de  CGR cette semaine Ava un film de Lea Mysius, recit d’apprentissage à l atmosphère envoutante. À Lorgues et Salernes Barbara, film inclassable, original et poétique, où se révèle une Jeanne Balibar stupéfiante de ressemblance. À noter que ce film sera programmé à CGR au mois de novembre.

Au Vox quatre  nouveautés:  Le Professeur de Violon film bresilien où la musique est omniprésente, Un beau soleil interieur, un film de Claire Denis largement inspiré de son propre vécu , Espèces menacées, trois destins familiaux entrelacés et Que Dios Nos Perdone de Sorogoyen, un nouveau polar ibérique d ‘exception. Enfin à Cotignac le film Gauguin-Voyage de tahiti, une tranche de vie du parcours du peintre.

N’oubliez pas Le 8 octobre  la soirée Entretoiles  avec 2 films Petit Paysan et Gabriel et La Montagne et enfin le 15 octobre une séance à film unique avec 120 battements par minute.

Pour info les prochains films projetés à CGR dans le cadre du ciné club seront Wind River, les Proies, Barbara et Otez moi d’un doute.
 
Nous vous rappelons comme toujours que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Profitez  bien de cette belle semaine : allez au cinéma !

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!)

PROGRAMMATION DU 27 SEPTEMBRE AU 3 OCTOBRE 2017
Affiche
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Ava
Réalisé par Léa MYSIUS
France 2017 1h45mn
avec Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano, Tamara Cano, Baptiste Archimbaud, Franck Beckman...
Scénario de Léa Mysius et Paul Guilhaume
Dès la première séquence, on sait que ce premier film étonnant va nous plonger dans un univers à la fois sensuel et trouble. Nous sommes quelque part au bord de l’océan (à la pointe du Médoc, saura-t-on plus tard, non loin de Bordeaux) et un long plan séquence assez ébouriffant nous fait découvrir une petite plage puis une jetée où s’entassent de manière anarchique des familles de baigneurs. Au chaos des enfants qui se chahutent et des parents qui crient pour les appeler, répond celui des couleurs vives saturées de la lumière estivale, celles des maillots bon marché, des parasols de plage et des serviettes bigarrées, bien loin de l’ordre bourgeois des plages plus chics d’Arcachon, à quelques dizaines de kilomètres... lire la suite
CGR en ciné-club : mer 17h45, jeu 13h30, ven 16h, sam,dim 17h40, lun 20h, mar 11h
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Gauguin - Voyage de Tahiti
Réalisé par  Edouard DELUC
France 2017 1h42 VF (et un peu de VOSTF)
avec Vincent Cassel, Tuheï Adams, Malik Zidi, Pua-Taï Hikutini, Pernille Bergendorff, Marc Barbé...
Scénario d'Edouard Deluc, Etienne Comar, Thomas Lilti et Sarah Kaminsky, librement adapté des écrits de Paul Gauguin Noa Noa, Voyage de Tahiti
Les films évoquant les grandes figures de l'art se suivent. On en a rarement vu autant. Au risque de nous fatiguer, de nous perdre en route, avec l'impression que le filon devient un peu trop facile ? Mais non : comment diable être lassé par ces récits, par ces portraits de personnages hors du commun qui ont tant apporté à l’Art et donc au bonheur d'être vivant ? Comment se lasser de contempler une oeuvre qui prend forme et vie sous nos yeux, comment en vouloir aux réalisateurs d’être irrémédiablement attirés par la lumière, l’aura et les démons intimes de ces créateurs de génie ? Quelle vie que celle de Paul Gauguin ! Gauguin fut artiste peintre mais aussi docker, aventurier, poète… A Tahiti, il fut surtout une sorte de Robinson idéaliste en quête d’un rêve absolu : celui d’un art pur et sans concession qui se serait affranchi des convenances de l’époque, des codes imposés par les castes dominantes, du diktat de l’art bourgeois en vogue dans les salons parisiens… lire la suite
Cotignac : lun 2/18 et 20h30
Affiche
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Que Dios Nos Perdone
Réalisé par Rodrigo SOROGOYEN
Espagne 2016 2h06mn VOSTF
avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera, Maria Ballesteros...
Scénario de Rodrigo Sorogoyen et Isabel Peña
Deux ans après La Isla minima de glorieuse mémoire, voici un film remarquable qui prouve que le polar espagnol sait décidément être grand. Réalisé par un nouveau venu (c'est son deuxième long métrage), Rodrigo Sorogoyen, Que Dios nos perdone respecte les règles les plus classiques du genre tout en créant le léger décalage qui fait la différence entre un produit de série et une œuvre marquante, témoin saisissant d'une époque, de ses mœurs publiques et privées, de ses dérives, de ses abandons... lire la suite
Le Vox : lun 2/20h, mar 3/18h20
Affiche
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Barbara
Réalisé par Mathieu AMALRIC
France 2017 1h37
avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Vincent Peirani, Aurore Clément, Grégoire Colin, Fanny Imber...
Scénario de Mathieu Amalric et Philippe Di Folco. PRIX JEAN VIGO 2017
L'air de rien, s'attaquer à un film sur Barbara, en terme d'inconscience, ça doit se situer à peu près entre la promenade en canot pneumatique dans un lagon infesté de crocodiles et l'ascension solitaire de l'Everest par la face nord. Une espèce de pari totalement déraisonnable, dont on doit se dire sur le moment que l'idée est séduisante, mais un quart de seconde plus tard la considération un peu sérieuse des obstacles à surmonter suffirait à faire renoncer le plus aguerri des casse-cou. Or donc, nous pouvons estimer que Mathieu Amalric a cette fois largement dépassé le seuil du raisonnable. Pour notre plus grand bonheur... lire la suite
Lorgues : mer 27/19h, vend 29/17h, sam 30/20h, lundi 2/21h10
Salernes : mer 27/20h30, jeu 28/18h, sam 30/20h30, dim 1/18h, mar 3/20h30
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Le Professeur de Violon
Réalisé par Sérgio Machado
Brésil 2016 1h40mn VOSTF
avec Elzio Vieira, Fernanda de Freitas, Lázaro Ramos, Sandra Corveloni, Kaique Jesus...
Laerte est un violoniste ambitieux qui se prépare depuis des années à passer le concours d’entrée d’un des orchestres les plus prestigieux du Brésil. Le film commence par son audition au cours de laquelle, cédant à la trop forte pression, Laerte craque et échoue sans même réussir à jouer une seule note. Sans argent et sans autre option, obligé de mentir à sa famille pour ne pas décevoir les espoirs placés en lui, Laerte accepte malgré lui d’enseigner la musique dans le quartier d’Héliopolis, l’un des plus pauvres et des plus dangereux de São Paulo. Entre le musicien désillusionné et les élèves dissipés, les débuts sont difficiles. Mais au contact de Samuel, l’un des jeunes du quartier passionné de musique et pétri de talent brut, Laerte retrouve peu à peu le plaisir de jouer, en même temps qu’il découvre la dure réalité à laquelle sont confrontés ses jeunes élèves. Et l’orchestre de fortune devient peu à peu un refuge dans lequel les notes sont de plus en plus justes... lire la suite
Le Vox : ven 29  / 21h
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Un Beau Soleil Intérieur
Réalisé par Claire DENIS
France 2017 1h34mn
avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine, Josiane Balasko, Nicolas Duvauchelle, Laurent Grevill, Alex Descas, Bruno Podalydès...
Scénario de Claire Denis et Christine Angot
À la source de ce film, la proposition faite par un producteur à Claire Denis d'adapter Fragments d'un discours amoureux, de Roland Barthes, bel essai fragmenté et chapitré de 1977, qui évoque la folie magnifique et la subversion insensée de l'état amoureux. Tentation de Claire Denis (rien de ce qui touche au désir n'est étranger à son cinéma), puis doute, puis refus catégorique des ayants droit. L'affaire étant réglée de ce côté, elle rebondit d'un autre, à travers l'association de la cinéaste et de la romancière Christine Angot dans l'écriture d'un film qui s'inspire, assez drôlement, de leurs expériences malheureuses dans ledit domaine amoureux. Ainsi naît ce Beau soleil intérieur, qui ramène Claire Denis sous les sunlights quatre ans après Les Salauds, film amer, mal reçu, qui auralaissé des traces... lire la suite
Le Vox : mer 27 13:50 18:20 20:45, jeu 28 13:50 18:20 20:45, ven 29 16:10 18:30 21:00 13:50, sam 30 13h50 18:30 21:00, dim 1 13:50 16:10 18:30, lun 2 13:50 16:10 20:45, mar 3 16:00 18:20 20:45
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Espèces menacées
Réalisé par Gilles BOURDOS
France 2017 1h44
avec Alice Isaaz, Vincent Rottiers, Grégory Gadebois, Suzanne Clément, Eric Elmosnino, Damien Chapelle, Brigitte Catillon, Alice de Lencquesaing...
Scénario de Gilles Bourdos et Michel Spinoza, d'après les nouvelles de Richard Bausch publiées sous le même titre
Ils s'aiment trop ou ne s'aiment pas assez, ou alors les deux à la fois, mais surtout ils n'arrivent pas à parler, et quand ils parlent ils ne s'entendent pas, ne s'écoutent pas. Ils s'aiment mal. Ils sont tous attachants, ils sont jeunes ou le sont moins, ils sont beaux ou ne se posent pas la question : jeune fille en fleur dont le mec part en vrille le soir de son mariage et qui en guise de nuit de noces reste accrochée au téléphone à parler à son père ; parents obnubilés par l'avenir de leur enfant ; mère exclusive qui ne laisse pas respirer un fils qui pourtant ne cesse de donner des preuves de son attachement ; père qui ne supporte pas l'idée que l'amoureux de sa fille soit plus âgé que lui... lire la suite
Le Vox : mer 27 13:50 16:00 20:00 , jeu 28 13:50 18:30 20:45, ven 29 13:50 18:30 21:00, sam 30 16:05 18:30 21:00, dim 1 13:50 16:00 20:45, lun 2 13:50 16:00 21:00, mar 3 13:50 16:10 21:00

Et si vous voulez en savoir un peu plus...

Ava
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Léa MYSIUS
France 2017 1h45mn
avec Alice Isaaz, Vincent Rottiers, Grégory Gadebois, Suzanne Clément, Eric Elmosnino, Damien Chapelle, Brigitte Catillon, Alice de Lencquesaing...
Scénario de Léa Mysius et Paul Guilhaume

Dès la première séquence, on sait que ce premier film étonnant va nous plonger dans un univers à la fois sensuel et trouble. Nous sommes quelque part au bord de l’océan (à la pointe du Médoc, saura-t-on plus tard, non loin de Bordeaux) et un long plan séquence assez ébouriffant nous fait découvrir une petite plage puis une jetée où s’entassent de manière anarchique des familles de baigneurs. Au chaos des enfants qui se chahutent et des parents qui crient pour les appeler, répond celui des couleurs vives saturées de la lumière estivale, celles des maillots bon marché, des parasols de plage et des serviettes bigarrées, bien loin de l’ordre bourgeois des plages plus chics d’Arcachon, à quelques dizaines de kilomètres. Mais la caméra s’attache à un étrange chien noir qui contraste avec les couleurs de l’été et qui longe la grève avant de s’arrêter devant une adolescente endormie : il en profite pour lui dévorer ses frites. L’ado, c’est Ava, treize ans, mauvaise tête et un peu renfermée, comme bien des gamines de son âge, qui est là en vacances, dans une ambiance parfois électrique, avec sa mère, aussi extravertie et fofolle qu’Ava est réservée.

Cette première scène n’est pas anodine puisque le chien noir mais aussi le contraste entre la lumière et l’obscurité seront les fils directeurs du récit. Car Ava ne le sait pas encore dans les premières minutes du film, mais cet été est au sens propre le dernier été qu’elle verra de ses yeux puisqu’elle est atteinte d’une rétinite pigmentaire, une maladie dégénérative qui va peu à peu lui ôter toute vision nocturne avant de réduire considérablement la vision diurne à un petit cercle. Face à l’inéluctable, la mère l’a décidé, ce sera leur plus bel été. Mais mère et fille n’en ont pas forcément la même vision, d’autant que la mère, très affairée à sa relation enflammée avec un nouvel amant plus jeune, oublie assez vite de s’occuper d’Ava. Celle-ci va donc prendre le large et faire d’elle-même l’apprentissage de la vie tant qu’elle a encore pleinement ses facultés : ça passera notamment par la rencontre avec Juan, un jeune gitan, propriétaire du fameux chien noir et en délicatesse avec la maréchaussée.
Ce qui est formidable, c’est que le film, dans son énergie et sa manière de montrer la rage de vivre d’Ava, parvient à nous faire oublier le tragique du destin de l’adolescente, ce qui évacue tout l’aspect plombant et impose au contraire un ton pêchu voire joyeux, avec quelques moments franchement cocasses.
Durant cet été pas comme les autres, Ava, tout en parcourant le long chemin vers l’acceptation de sa maladie et de ses conséquences, va découvrir l’amour, la sexualité (que le film aborde d’ailleurs frontalement, sans complaisance mais sans fausse pudeur), mais aussi développer ses autres sens pour anticiper ce que sera sa nouvelle vie. Tout ça un peu en marge des conventions et des vies balisées, aux côtés de Juan et de ses amis gitans (très jolie scène de mariage traditionnel que n’aurait pas reniée Kusturica).

Le film, solaire, est porté par le jeu remarquable de ses trois comédiens : la révélation Noée Abita, à la fois mutine et rageuse, au regard charbon comme la nuit qui l’entoure peu à peu ; la toujours épatante Laure Calamy, formidable en mère sensuelle et un chouia irresponsable, ce qui ne l’empêche pas d’être infiniment aimante ; et le jeune Juan Cano, gitan andalou qui joue à merveille ce garçon mystérieux et sauvage, complice actif de l’éveil d’Ava. Léa Mysius, remarquée et primée dans plusieurs festivals pour trois courts métrages qui sortaient vraiment du lot, tout récemment co-scénariste des Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin, s’impose avec ce premier long-métrage comme une réalisatrice plus que prometteuse.(Utopia)

CGR en ciné-club : mer 17h45, jeu 13h30, ven 16h, sam,dim 17h40, lun 20h, mar 11h

Gauguin - Voyage de Tahiti
JUSTE LA FIN DU MONDERéalisé par  Edouard DELUC
France 2017 1h42 VF (et un peu de VOSTF)
avec Vincent Cassel, Tuheï Adams, Malik Zidi, Pua-Taï Hikutini, Pernille Bergendorff, Marc Barbé...
Scénario d'Edouard Deluc, Etienne Comar, Thomas Lilti et Sarah Kaminsky, librement adapté des écrits de Paul Gauguin Noa Noa, Voyage de Tahiti

Les films évoquant les grandes figures de l'art se suivent. On en a rarement vu autant. Au risque de nous fatiguer, de nous perdre en route, avec l'impression que le filon devient un peu trop facile ? Mais non : comment diable être lassé par ces récits, par ces portraits de personnages hors du commun qui ont tant apporté à l’Art et donc au bonheur d'être vivant ?
Comment se lasser de contempler une oeuvre qui prend forme et vie sous nos yeux, comment en vouloir aux réalisateurs d’être irrémédiablement attirés par la lumière, l’aura et les démons intimes de ces créateurs de génie ?

Quelle vie que celle de Paul Gauguin ! Gauguin fut artiste peintre mais aussi docker, aventurier, poète… A Tahiti, il fut surtout une sorte de Robinson idéaliste en quête d’un rêve absolu : celui d’un art pur et sans concession qui se serait affranchi des convenances de l’époque, des codes imposés par les castes dominantes, du diktat de l’art bourgeois en vogue dans les salons parisiens. La parenthèse assez courte à laquelle s’attache
Gauguin, voyage de Tahiti est bien plus qu’une simple « période » dans l’oeuvre du peintre : c’est le choix assumé d’une expérience artistique et humaine vécue comme une ascèse, dans une démarche spirituelle où la nature, loin d'être un simple sujet, devient la source même de la création autant que du bonheur enfin atteint.

1891, Paris. Paul Gauguin, personnage hors-normes à la poursuite d’un rêve hédoniste, veut se libérer des conventions, renouer avec cette nature « sauvage » qui l’a déjà mené en Bretagne, à Panama ou en Martinique, trouver sa muse, son « Ève primitive », la femme qu’il cherche et qui le distinguera. Il accomplit alors un acte téméraire, sacrificiel : il quitte Paris, ses amis artistes, femme et enfants et s’embarque pour la Polynésie, où il va peindre avec rage, mais dans l’indifférence générale, soixante-six chefs d’oeuvre en dix-huit mois. Ces tableaux figureront un tournant dans son travail, influenceront les fauves et les cubistes et marqueront l’avènement de l’art moderne. Habité par sa peinture, il vivra dans le dénuement, il partagera au coeur de la forêt la vie de celle qui sera la grande inspiratrice de ces tableaux : Tehura, « sa femme Tahitienne », sensuelle, généreuse.

C'est avec le souffle et l'ampleur des grands films d'aventure que la caméra d'Edouard Deluc nous met dans les pas de cet homme qui s’enfonce dans ces étendues vierges, et le tempo du film, à la fois organique et mutique, donne à la narration les allures d’une quête mystique. On pense à La leçon de piano de Jane Campion, on pense à Terrence Malick, on pense aux livres de Joseph Conrad… Quant à Vincent Cassel, il incarne magistralement ce Gauguin à fleur de peau, et restitue toute l’ampleur et la folie de celui qui fut sans doute le plus radical et le plus courageux de tous, parce qu’il osa partir au bout du monde pour écouter le silence qui laisserait enfin entendre les voix intérieures qui guideraient sa main. (Utopia)


Cotignac : lun 2/18 et 20h30

Que Dios Nos Perdone

Réalisé par Rodrigo SOROGOYEN
Espagne 2016 2h06mn VOSTF
avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera, Maria Ballesteros...
Scénario de Rodrigo Sorogoyen et Isabel Peña

Deux ans après La Isla minima de glorieuse mémoire, voici un film remarquable qui prouve que le polar espagnol sait décidément être grand. Réalisé par un nouveau venu (c'est son deuxième long métrage), Rodrigo Sorogoyen, Que Dios nos perdone respecte les règles les plus classiques du genre tout en créant le léger décalage qui fait la différence entre un produit de série et une œuvre marquante, témoin saisissant d'une époque, de ses mœurs publiques et privées, de ses dérives, de ses abandons.

Nous sommes à Madrid pendant l'été 2011. Un moment difficile pour les autorités qui préparent l'arrivée du pape Benoît XVI dans le cadre des Journées Mondiales de la Jeunesse et qui, dans le même temps, font face à une autre jeunesse, moins facile à canaliser : le mouvement des « indignados » est en effet en train de naître place de la Puerta del Sol. La police madrilène est donc déjà sur les dents quand survient une série de crimes particulièrement atroces dont les victimes sont toutes de vieilles dames parfaitement respectables.

Les inspecteurs Velarde et Alfaro sont chargés de l'enquête et la consigne de leurs supérieurs ne souffre pas de discussion : « Pas de vagues ! » Or, si une certaine discrétion, pour une raison qu'on vous laisse découvrir, peut caractériser l'inspecteur Velarde, c'est loin d'être la qualité principale de son collègue. Ce binôme, excellemment interprété par Antonio de la Torre et Roberto Alamo, concourt grandement à la réussite du film. Les deux flics sont totalement différents mais parfaitement complémentaires, dans la grande tradition des duos du cinéma noir. Par ailleurs, leurs vies privées respectives, chaotique pour l'un, trop lisse pour l'autre, dévoileront des failles intimes pas toujours compatibles avec la profession qu'ils exercent, les responsabilités qu'elle implique et la disponibilité maximale que réclame une enquête de plus en plus difficile. Car le tueur ne chôme pas…

Qu'il s'agisse du contexte politique, entre cortèges de fidèles dans les rues et manifs de contestataires sur les places, qu'il s'agisse de la peinture d'une ville en mouvement, Madrid étant un personnage à part entière de l'intrigue, ou qu'il s'agisse de l'analyse subtile de la psychologie des personnages – et pas seulement celle des deux flics, on comprend que Rodrigo Sorogoyen et sa co-scénariste Isabel Peña ont effectué en amont un très rigoureux travail d'écriture. Ce type même de travail qui manque parfois aux films de cinéma alors qu'il fait la force des séries télévisées actuelles, en particulier policières. Pour ce qui est de la réalisation, la scène de poursuite, tournée dans la ville caméra à l'épaule, avec un nombre impressionnant de figurants, montre à elle seule la maîtrise du metteur en scène.(Utopia)


Le Vox : lun 2/20h, mar 3/18h20


Barbara
I AM NOT YOUR NEGRORéalisé par Mathieu AMALRIC
France 2017 1h37
avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Vincent Peirani, Aurore Clément, Grégoire Colin, Fanny Imber...
Scénario de Mathieu Amalric et Philippe Di Folco. PRIX JEAN VIGO 2017

L'air de rien, s'attaquer à un film sur Barbara, en terme d'inconscience, ça doit se situer à peu près entre la promenade en canot pneumatique dans un lagon infesté de crocodiles et l'ascension solitaire de l'Everest par la face nord. Une espèce de pari totalement déraisonnable, dont on doit se dire sur le moment que l'idée est séduisante, mais un quart de seconde plus tard la considération un peu sérieuse des obstacles à surmonter suffirait à faire renoncer le plus aguerri des casse-cou. Or donc, nous pouvons estimer que Mathieu Amalric a cette fois largement dépassé le seuil du raisonnable. Pour notre plus grand bonheur.

Barbara était une chanteuse hors du commun ? Il faut donc que le film soit, lui aussi, hors du commun. De Barbara, qui se sera précautionneusement tenue toute sa vie à l'écart de la presse et des « people », on ne sait rien – ou si peu. Ce qu’elle aura suggéré dans ses chansons, ce qu'elle aura fugacement évoqué au détour d'une interview, trois fois rien. Le film est un anti-biopic, fait de bribes et de broc, de sensations et de simili-anecdotes, de rêveries réinventées mêlées d'images retrouvées.
Il y aurait un « mystère Barbara », une légende d’amour passionnel avec le public, une véritable communion. Le film raconte cette émotion indicible, la rend palpable et vivante au commun des mortels comme à celles et ceux qui la vécurent, chaque soir de spectacle, à l’unisson. À l’image de la Dame en noir, le film, tour à tour généreux et secret, explose comme un feu d’artifice de talent et d’orgueil pour immédiatement après capter tout en douceur la fragile humanité ou la fêlure intime.

Cerise sur le gâteau, parce que sinon l'entreprise paraîtrait encore trop simple, trop balisée, le film ne doit pas être vraiment un film sur la chanteuse Barbara – ni tout à fait un film sur la femme Barbara. Pour décrypter le lien magique mais tellement ténu qui unit l'une aux autres, le film joue jusqu'au vertige d'un jeu de miroirs à mille facettes, d'une mise en abyme (comme on dit chez les doctes critiques) vertigineuse, où un réalisateur (évidemment incarné par Mathieu Amalric lui-même) dirige une comédienne (Jeanne Balibar) dans le biopic qu’il réalise (avec plus ou moins de recul) sur Barbara. Elle Barbara apparaît bien et belle à l’écran : extraits de films, de concerts et d’images d’archives. Et peu à peu s’opère une étrange alchimie.
Tandis que le réalisateur du film dans le film perd pied, au fur et à mesure que la comédienne s’approprie son rôle, le récit s’effiloche doucement en touches impressionnistes tantôt réalistes, tantôt oniriques. Il arrive que la frontière entre réalité documentaire et fiction se fait de plus en plus incertaine. Jeanne Babibar est Barbara. Ou Barbara est Jeanne Balibar. On ne sait plus. On aurait envie de crier bravo à la performance devant la course d'obstacles – et pourtant non, c'est à un pur moment de poésie brute, faisant preuve d'une inventivité visuelle, sonore et émotionnelle de tous les instants.

Ceux qui ne connaissent rien de Barbara pourront-ils l’apprécier ? On prend le pari que oui, pourvu qu’ils aiment simplement le mystère de la musique. C’est-à-dire les soupirs, les échos, le murmure, le silence, tout ce dont le chant de Barbara est aussi constitué.(utopia)

Lorgues : mer 27/19h, vend 29/17h, sam 30/20h, lundi 2/21h10
Salernes : mer 27/20h30, jeu 28/18h, sam 30/20h30, dim 1/18h, mar 3/20h30

Le Professeur de Violon
Réalisé par Sérgio Machado
Brésil 2016 1h40mn VOSTF
avec Elzio Vieira, Fernanda de Freitas, Lázaro Ramos, Sandra Corveloni, Kaique Jesus...

Laerte est un violoniste ambitieux qui se prépare depuis des années à passer le concours d’entrée d’un des orchestres les plus prestigieux du Brésil. Le film commence par son audition au cours de laquelle, cédant à la trop forte pression, Laerte craque et échoue sans même réussir à jouer une seule note. Sans argent et sans autre option, obligé de mentir à sa famille pour ne pas décevoir les espoirs placés en lui, Laerte accepte malgré lui d’enseigner la musique dans le quartier d’Héliopolis, l’un des plus pauvres et des plus dangereux de São Paulo. Entre le musicien désillusionné et les élèves dissipés, les débuts sont difficiles. Mais au contact de Samuel, l’un des jeunes du quartier passionné de musique et pétri de talent brut, Laerte retrouve peu à peu le plaisir de jouer, en même temps qu’il découvre la dure réalité à laquelle sont confrontés ses jeunes élèves. Et l’orchestre de fortune devient peu à peu un refuge dans lequel les notes sont de plus en plus justes…

Si la trame de cette histoire peut paraître classique, la grande réussite du film est la sincérité avec laquelle il nous plonge à la fois dans le monde de la musique et dans la ville de São Paulo. Et c’est avec beaucoup de plaisir que nous voyons les différents personnages du film, tous crédibles et touchants, s’ouvrir aux autres et s’épanouir au contact de la musique. Et si la réalité et ses difficultés reprennent souvent le dessus, cette expérience de la musique en commun restera pour chacun une promesse d’évasion… (Utopia)

Le Vox : ven 29  / 21h

Un Beau Soleil Intérieur
Réalisé par Claire DENIS
France 2017 1h34mn
avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine, Josiane Balasko, Nicolas Duvauchelle, Laurent Grevill, Alex Descas, Bruno Podalydès...
Scénario de Claire Denis et Christine Angot

À la source de ce film, la proposition faite par un producteur à Claire Denis d'adapter Fragments d'un discours amoureux, de Roland Barthes, bel essai fragmenté et chapitré de 1977, qui évoque la folie magnifique et la subversion insensée de l'état amoureux. Tentation de Claire Denis (rien de ce qui touche au désir n'est étranger à son cinéma), puis doute, puis refus catégorique des ayants droit. L'affaire étant réglée de ce côté, elle rebondit d'un autre, à travers l'association de la cinéaste et de la romancière Christine Angot dans l'écriture d'un film qui s'inspire, assez drôlement, de leurs expériences malheureuses dans ledit domaine amoureux. Ainsi naît ce Beau soleil intérieur, qui ramène Claire Denis sous les sunlights quatre ans après Les Salauds, film amer, mal reçu, qui auralaissé des traces.

Le résultat de cette genèse à la fois sinueuse et impromptue est une passionnante et, rapportée au cinéma de Claire Denis, surprenante expérience cinématographique, qui tout à la fois emporte quelque chose de l'approche diaprée, immersive et fragmentaire de Barthes du sentiment amoureux, exfiltre l'incisive et ironique noirceur d'Angot sur le même chapitre, déporte enfin le cinéma fiévreux et tellurique de Claire Denis du côté de la comédie sentimentale dépressive et discursive, quelque part entre Woody Allen et Chantal Akerman. L'opération prend la forme d'une rutilante constellation d'acteurs, tous excellents, tous se prêtant avec grâce aux coupes cruelles des deux laborantines en chef, tous tournant à titres variés et en durées inégales autour d'un astre triste qu'incarne, de manière particulièrement bien sentie, avec un quelque chose de sensuellement relâché, Juliette Binoche. Quinquagénaire un peu paumée, très à fleur de peau, divorcée avec enfant, à la recherche de l'amour véritable, Isabelle, artiste peintre, navigue à vue dans une sociologie et une topographie parisiennes qui semblent vouées à ne fabriquer que du même. Bars, appartements, maisons de campagne (dans le Perche ou le Lot), théâtres, galeries, restaurants, commerces de bouche. Aussi bien passe-t-elle d'un amant à l'autre comme un bateau glisse, au risque de se briser, entre un chapelet d'écueils. Xavier Beauvois y pose, avec une gourmande nonchalance, en banquier marié et goujat offreur de fleurs (« j'arrive du Brésil, j'ai une envie folle de te niquer »). Philippe Katerine est le voisin sympa et déprimé qui maraude en bob et cabas à la poissonnerie Secretan, tentant à chaque fois le plan « invitation au pied levé » sans y croire une seconde, en quoi sa lucidité l'honore. Mais encore Laurent Grévill dans le rôle de l'ex qui tente de se remettre dans la course à marche et geste forcés, Nicolas Duvauchelle dans celui de l'acteur ontologiquement incapable de s'arrêter de mettre à l'épreuve son pouvoir de séduction, et bien d'autres encore. Tous ne peuvent être cités, il y en a trop. Voici d'ailleurs le côté « laboratoire » de la mise en scène : l'enchaînement ininterrompu des expériences, le dérèglement invasif du discours amoureux, le principe marabout-de-ficelle qui gouverne le désir de l'héroïne, les lamentables petites agonies qui systématiquement en résultent.

Pour contredire enfin les esprits chagrins qui s'en réjouiraient, cette épopée du désenchantement mène droit à une scène d'essence surréelle et radieuse, au cours de laquelle Isabelle consulte en la personne délicate de Gérard Depardieu, dans une partition infiniment douce et évasive, un voyant. Ici, le langage ne sert plus à définir ou à conquérir, il est un onguent passé comme un velours sur l'âme de la souffrante, une pommade messianique annonçant la venue d'une « nouvelle personne »… Scène d'anthologie, assurément, du cinéma français, petite merveille atmosphérique façon « beau soleil intérieur ». (J. Mandelbaum)

Le Vox : mer 27 13:50 18:20 20:45, jeu 28 13:50 18:20 20:45, ven 29 16:10 18:30 21:00 13:50, sam 30 13h50 18:30 21:00, dim 1 13:50 16:10 18:30, lun 2 13:50 16:10 20:45, mar 3 16:00 18:20 20:45

Espèces menacées

AURORERéalisé par Gilles BOURDOS
France 2017 1h44
avec Alice Isaaz, Vincent Rottiers, Grégory Gadebois, Suzanne Clément, Eric Elmosnino, Damien Chapelle, Brigitte Catillon, Alice de Lencquesaing...
Scénario de Gilles Bourdos et Michel Spinoza, d'après les nouvelles de Richard Bausch publiées sous le même titre

Ils s'aiment trop ou ne s'aiment pas assez, ou alors les deux à la fois, mais surtout ils n'arrivent pas à parler, et quand ils parlent ils ne s'entendent pas, ne s'écoutent pas. Ils s'aiment mal. Ils sont tous attachants, ils sont jeunes ou le sont moins, ils sont beaux ou ne se posent pas la question : jeune fille en fleur dont le mec part en vrille le soir de son mariage et qui en guise de nuit de noces reste accrochée au téléphone à parler à son père ; parents obnubilés par l'avenir de leur enfant ; mère exclusive qui ne laisse pas respirer un fils qui pourtant ne cesse de donner des preuves de son attachement ; père qui ne supporte pas l'idée que l'amoureux de sa fille soit plus âgé que lui…

Ils ressemblent à des gens qu'on croise tous les jours, avec chacun leurs histoires bancales, les liens qu'ils nouent et dénouent, leurs douleurs et leurs joies dont le souffle variable les fait vaciller tout le temps. Des gens bien dans l'air du temps, bien trempés dans notre époque. Ils ont comme une incapacité à penser le monde et les autres autrement qu'à partir d'eux-mêmes, des bornes qu'ils se donnent, de leurs obsessions. Le bonheur est à portée de main et ils passent à côté sans le voir, sans le reconnaître faute d'écoute, de perspicacité, perdus dans une demande d'amour perpétuellement insatisfaite parce qu'elle ignore le réel tout simple, qui ne demande qu'à être vu avec un poil de bienveillance. Ils pataugent dans leur vie et se rendent malheureux à force de ne pas accepter l'autre pour ce qu'il est et non pour ce qu'ils voudraient qu'il soit.

Le film excelle à capter le moment où les choses se grippent, où les tensions s'exacerbent, où la comédie vire au tragique. La solitude alors s'ajoute à la déception d'avoir perdu une affection irremplaçable après avoir, à force de surdité, de malentendus et de maladresses provoqué une situation de non retour. C'est drôle, c'est triste, c'est tendre, c'est touchant, c'est follement humain et ça rend un peu furieux car tout ces gens là auraient pu être bien ensemble, ils avaient tout pour ça dans un monde qui a la chance de ne pas avoir faim ou froid et finalement ils n'ont que le malheur qu'ils s'inventent. Tous sont condamnés à regarder le temps qui passe et il leur en reste assez pour regretter longtemps les trains qu'ils n'ont pas su prendre, les bonheurs qu'ils n'ont pas su retenir. Certains cependant tirent leur épingle du jeu et arrivent à faire bifurquer leur vie vers son côté lumineux : après le mal être et l'orage, il arrive aussi que l'espoir rebondisse. Parce que tous ont en réserve la possibilité de choisir la tolérance plutôt que l'incompréhension, l'acceptation plutôt que le rejet… C'est un film comme un bouquet de nouvelles, un film « mosaïque » où les situations se répondent, sans pour autant être liées, qui aboutit au bout du compte à la vision d'une société en mal de projets, en mal d'idéal, de repères qui donneraient un peu le goût et le sens de la relativité, une société qui tourne en rond sur elle-même.

Les comédiens sont superbes, on affectionne particulièrement Grégory Gadebois et Alice Isaaz, sa fille, mais tous jouent leur partition avec densité et donnent furieusement envie de se précipiter sur le bouquin de Richard Bausch dont le film n'emprunte qu'une partie des nouvelles.(Utopia)

Le Vox : mer 27 13:50 16:00 20:00 , jeu 28 13:50 18:30 20:45, ven 29 13:50 18:30 21:00, sam 30 16:05 18:30 21:00, dim 1 13:50 16:00 20:45, lun 2 13:50 16:00 21:00, mar 3 13:50 16:10 21:00


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