Au(x) cinéma(s) du 29 janvier au 4 février 2020

Bonjour à tous !

Tout d'abord veuillez noter que la prochaine soirée Entretoiles aura lieu le dimanche 9 février avec 2 films sur le thème "Fables..." : Le miracle du Saint inconnu une petite merveille burlesque qui stigmatise avec une même impertinence l’obscurantisme et les névroses mercantiles et Talking about trees  un document exceptionnel doublé d’une aventure humaine de cinéma, d’humour et de résistance politique : une soirée où nous devrions nous sentir plus "légers" qu'à l'accoutumée !!  
Nous vous rappelons que pour notre AG du 14 février, et au cas où vous ne pourriez pas vous déplacer, nous avons besoin de vos procurations pour pouvoir la tenir : aussi nous tiendrons à votre disposition le  9 février, des pouvoirs vierges que vous pourrez signer, de même que vous pourrez  renouveler votre adhésion si ce n'est déjà fait. Nous serons dans le hall le 9 février à 17h30.
      
Cette semaine dans le cadre du Ciné club à CGR allez voir Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan  (aussi à Salernes et à Cotignac) un polar décoiffant et magnifique où le réalisateur  continue de peindre une Chine toujours plus démentielle et désespérée. Le prochain film de ciné club sera Les filles du Docteur  March.
Dans la programmation ordinaire toujours à l'affiche 1917(aussi à Salernes)de Sam Mendes,un film  qui relève le défi de raconter la mission impossible de deux soldats au cœur de la 1ère guerre mondiale, Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part  une histoire simple, traitée avec délicatesse, d'après le roman d'Anna Gavalda et une belle équipe où Mohamed Hamidi, après le délicieux La vache, nous revient avec un film où la place des femmes et celle des hommes, leurs incompréhensions et le football sont étroitement conjugués

      

A Lorgues ils vous proposent  Lola vers la mer, qui plus qu'un film sur les personnes transgenres est un drame bouleversant sur la relation conflictuelle entre un père et son enfant.La Vérité   de Kore Eda  qui signe en France un film drôle et grinçant sur la famille, Swallow où  Carla Mirabella-Davis, la réalisatrice brosse le portrait envoûtant d’une femme sur le chemin d’une rébellion secrète et Les filles du docteur March ( aussi au Luc et au Vox)) de Greta Gerwig, une fresque romanesque avec une belle profondeur psychologique des personnages  
A  Salernes Cunningham (aussi à Cotignac) un documentaire qui   retrace l’évolution artistique du chorégraphe américain Merce Cunningham et L'âme du vin un documentaire  sur  la culture du vin selon le rythme des saisons à sa dégustation.
Au Luc un film émouvant L'adieu  de Lulu Wang où la cinéaste livre une chronique familiale douce et drôle autour d’une grand-mère en fin de vie.
Au Vox Revenir  un premier film, librement inspiré du roman de Serge Joncour L’amour sans le faireCuban Network où Olivier Assayas , le réalisateur revient sur l’idéalisme, les vies entières dévouées ou soumises à la politique et toujours au programme Le Photographe de Ritesh Batra, où après The lunchbox, ce réalisateur nous entraîne dans une analyse subtile d'une société indienne en transition, et Le miracle du Saint inconnu de Alaa Eddine Aljem, un film burlesque, fable moderne teintée d'absurde.(à CGR le 9 fevrier avec Entretoiles)  
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient du tarif réduit à 4€90 au CGR pour les films ciné clubs et les films Entretoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox)Pour les films au CGR qui ne sont pas en ciné club ou en séances Entretoiles, il n'y a pas de tarif avec la carte Entretoiles
Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com
 
LE LAC AUX OIES SAUVAGES

Écrit et réalisé par DIAO Yinan - Chine 2019 1h50mn VOSTF - avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan...

LE LAC AUX  OIES SAUVAGESComme dans son précédent film, Black coal (disponible en Vidéo en Poche), Diao Yinan nous offre avec Le Lac aux oies sauvages du très beau cinéma de genre, très composé, magistralement filmé. À la façon du théâtre, on pourrait parler de cinéma d’ombres, tout autant que de film noir, tant le cinéaste joue avec les contrastes, les reflets qui se font et se défont, la luminescence des objets que sublime la nuit oppressante. L’action se situe dans la tentaculaire Wuhan, « la ville aux cent lacs », où la culture portuaire, conjuguée à l'industrialisation et à la civilisation urbaine, a donné des paysages d'une incroyable variété, très éloignés de la sérénité que suggère le titre. Dans l’univers onirique de Diao Yinan, aucune oie (surtout pas blanche) ne traîne et tout n’est parfois que sauvagerie. Quant à la poésie, bien présente mais contrainte, il lui faudra, pour parvenir à exister, suinter entre les interstices, à la façon d’un rai de lumière éphémère. Tout comme cette humanité maladroite, en marge, qui peine à surnager.

À l’instar de Jia Zhang-Ke (dans Les éternels), le réalisateur convoque le « Jianghu », littéralement « rivières et lacs », concept mandarin antédiluvien qui désigne une société hétéroclite parallèle, qui englobait jadis autant les combattants, les moines errants, les artistes… que les bandits, les péripatéticiennes… puis, désormais, par extension, les triades chinoises et la puissante pègre contemporaine qui détruit autant qu’elle protège, dans la plus généreuse des ambivalences. Confusion accentuée ici par le fait que les flics endossent les mêmes costards que les voyous. Autant vous prévenir de suite, même dans les passages où le temps semble soudain suspendu, empruntant presque la langueur d’un danseur de buto, il vous faudra rester vigilants pour ne pas perdre le fil, guetter les personnages secondaires, deviner tout ce qui se passe en creux, à l’arrière plan. Ce dernier est ici plus qu’un élément de décor, c'est le cœur de l’action même, souvent nerveuse, tour à tour apaisée puis brutale, survoltée.
L’histoire pour nous débute dans la lumière laiteuse et jaunâtre d’un quartier sans lune. Sous une pluie torrentielle, un homme aux abois attend, à deux pas d’une gare. À l’abri d’un pilier, il guette les mouvements de la nuit, espère sa femme (on le découvrira plus tard) qui ne viendra pas. L’inconnue qui s’approche de lui est plus sophistiquée, plus assurée que son épouse. Elle a cette beauté immédiate et distante de celles qui savent se faire désirer. La blasée, l’impavide Liu Aiai malgré ses airs juvéniles a déjà trop vécu. À sa manière d’allumer une cigarette, on sait qu’on pourrait avec elle s’embraser. Quand elle interpelle le fugitif par son nom, Zhou Zenong, ce dernier sait qu’il n’aura d’autre choix que de lui faire confiance. Elle sera désormais le seul lien avec son entourage, son seul espoir pour réussir l’unique plan auquel il se raccroche.
Grâce à des flashbacks subtilement articulés, on découvrira la genèse de l’affaire. La sortie de prison de notre sombre héros, sa fuite en avant, un meurtre malencontreux, la cavale qui va s’en suivre. Le film s’émaille progressivement de scènes tout autant hyper réalistes que surréalistes, comme cet incroyable symposium entre gangsters venus discuter le bout de gras, ou en train d’organiser des sessions de formation pour apprendre à leurs apprentis comment crocheter une voiture. Bagarres décapitantes, poursuites frénétiques, ballets intrigant des parapluies ou des danseurs de rue en ligne, essaim de scooters zébrant les ténèbres tandis que les flics surexcités rentrent dans la valse…

Le Lac aux oies sauvages est un polar décoiffant et formellement magnifique, à l’ambiance tout à la fois très léchée et poisseuse, qui laisse derrière lui une impression lumineuse persistante malgré la noirceur d’un univers sans lendemain (Utopia)

CGR  ciné club v.o  mer29 et lun 3/10h45   jeu30 et mar4 /13h45 ven31/15h45  sam 1/17h45  dim2/18h

SALERNES   jeu30/18h

COTIGNAC      jeu30/20h30

    
1917

Sam MENDES - GB / USA 2019 2h VOSTF - avec George McKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Andrew Scott, Richard Madden, Colin Firth, Benedict Cumberbacht... Scénario de Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns.

 
 
L’intrigue de 1917 est simple. Les caporaux britanniques Schofield (George MacKay, absolument formidable) et Blake (Dean-Charles Chapman, très bien aussi) y sont des pions à qui le Général Erinore (Colin Firth) confie une mission à peu près impossible, consistant en une percée apparemment suicidaire sur le territoire conquis par les Allemands en France. L'objectif est de faire passer directement un ordre qui empêchera la mort presque certaine d'un régiment de 1600 hommes sur le point de tomber dans un piège fatal tendu par les ennemis. Détail qui n’en est pas un : le régiment en question compte dans ses rangs le propre frère de Blake. Canevas hyper-classique donc, mais exécution virtuose, qui fait de 1917 un film objectivement hors du commun.
Le réalisateur Sam Mendes – qu’on a beaucoup apprécié en réalisateur de American beauty ou des Noces rebelles puis un peu perdu de vue quand il s’est consacré à la franchise James Bond – s'est appuyé ici sur la grande habileté du chef-opérateur Roger Deakins – complice habituel des frères Coen – pour donner au spectateur l’impression saisissante que cette entreprise périlleuse est filmée en un seul long plan continu, au plus près des sentiments de ses héros qui ne demandaient surtout pas à l’être. Les cinéphiles attentifs ne s’y tromperont pas : il ne s’agit pas d’un plan-séquence unique, il y a quelques coupes mais il faut bien reconnaître qu’on ne les remarque presque pas. C’est un projet incroyablement ambitieux, car le décor change souvent au cours du film, passant des tranchées qui abritent des centaines de soldats britanniques et des champs jonchés de cadavres et de carcasses d'animaux à une ferme avec des vaches, l’action nous entraînant de passages de rivière dangereux à des cachettes sous terre, d’un convoi sur la route au champ de bataille lui-même. Des avions allemands survolent le théâtre d’opérations à intervalles réguliers, la caméra suit les hommes, courant avec eux avec l'agilité d’un chien de combat… On imagine que la décision de tourner en continu a dû nécessiter une planification poussée à l’extrême, un véritable plan de bataille.
Le jeu en valait la chandelle car la mise en scène est hautement immersive. Le travail sur les décors, les costumes, l’enchaînement des situations, tout donne l’impression que les choses arrivent par accident, et non parce que cela a été méticuleusement prévu, et le film est porté par une énergie, par une sensation d’urgence qui tiennent en haleine de bout en bout.

Mais 1917 ne se résume pas à un film de technicien, car au-delà du travail sur le montage et sur la construction des plans, il n’oublie jamais le principal : l’humain. Il parvient à donner du relief aux personnages que nous suivons et que nous apprenons à connaître – mais aussi à ceux qui ne font qu’une brève apparition –, à susciter l’empathie du spectateur, rappelant toujours que ce sont bien des êtres humains, avec une histoire, un passé, une famille, des émotions, des sentiments et des états d’âme qui risquent ou donnent leur vie dans ce combat qui les dépasse.(Utopia)
CGR   mer29 et sam1/ 10h45  14h  19h40     jeu30 ven31 lun3  mar4/10h45  13h30h   15h30  20h  dim2/10h45 15h30  19h40
 
SALERNES  mer29/18h  jeu30/20h30  ven31/18h  dim2/16h lun3/14h30
 

JE VOUDRAIS QUE QUELQU'UN M'ATTENDE QUELQUE PART

Écrit et réalisé par Arnaud VIARD - France 2019 1h29mn - avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe, Camille Rowe, Elsa Zylberstein, Aurore Clément... Scénario d’Arnaud Viard, Thomas Lilti, Emmanuel Courcol et Vincent Dietschy d’après le livre d’Anna Gavalda.

« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », elle est belle et mélancolique, cette phrase, comme une pensée secrète, un vœu glissé au creux d’une oreille bienveillante, une prière. C’est le titre du recueil de douze nouvelles de la romancière Anna Gavalda, gros succès en librairie comme bien d’autres de ses livres, et c’est aujourd’hui celui de ce film qui s’en inspire librement. L’exercice de l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire est toujours périlleux, à plus forte raison quand il s’agit d’histoires courtes, quelques pages parfois comme c’est ici le cas. Au lieu de faire un film à sketchs, l’option la plus plus naturelle a priori, Arnaud Viard (et sa bande de scénaristes) a pris un tout autre chemin, plus malin, plus inattendu. Il a construit son film comme un patchwork : dans chacune des douze histoires il a pioché sa matière, là un personnage, ici la description minutieuse d’une attente, les espoirs qui s’effritent, la fulgurance d’un amour. Il a cherché et mis en avant aussi le ton du recueil, mélange de gravité et de drôlerie, insufflant un soupçon dramatique qui ne sera pourtant jamais encombrant, quelques rires aux éclats, des larmes de joie ou de tristesse, et l’empreinte un peu amère des choses passées à tout jamais perdues. Une fois tous ces éléments rassemblés sur l’ouvrage, il les a ensuite accordés avec beaucoup de délicatesse, les liant par le fil invisible d’une tendresse complice, fabriquant ainsi de toutes pièces une famille, et une nouvelle histoire de cinéma. Cette famille sera le cœur battant de son film, soleil irradiant et brûlant un peu trop fort les satellites qui gravitent autour d’elle. Tout commence par un anniversaire, celui d’Aurore, la mère, qui fête ses soixante dix bougies avec ses quatre enfants.
Jean-Pierre le fils aîné, qui tient le rôle d’un père trop tôt disparu et porte si (trop ?) bien le costume cravate du quinquagénaire qui a réussi dans la vie : sa famille, sa carrière, son rang social ; Juliette, professeure de français qui écrit en secret et rêve de manuscrits et d’éditeurs mais qui est encombrée par la peur de mal faire et attend, peut-être, enfin, son premier enfant ; Mathieu qui, timide et angoissé, se noie dans les détails d’une vie millimétrée en espérant la tornade d’un premier grand amour qui arrivera peut-être, mais peut-être jamais ; enfin Margaux, la petite dernière, qui ne veut rien céder de ses idéaux et vivra coûte que coûte de sa passion, la photo, quitte à avaler quelques couleuvres. On va suivre ces 5 personnages, et quelques autres, dans la tourmente de leur vie, avec des hauts et des joies, avec des bas et un drame. Astres lumineux détenant chacun leur part d’ombre, étoiles filantes ou revenantes, les personnages de ce film sont les belles incarnations des fragilités et des ressources humaines. Ils racontent l’incandescence de la vie, le temps qui file, les rêves que l’on a oublié d’entendre et ceux qu’il est encore temps de rattraper avant qu’ils ne s’évadent. Sincère et terriblement touchant.(Utopia) 
CGR   mer29/18h10  20h10      jeu30/11h  13h30  16h  20h15      ven31/ 11h  13h30  20h15    sam1 et dim2/16h  20h10    lun3 et mar4/11h  13h30  16h  20h15

 

 

 LOLA VERS LA MER

Écrit et réalisé par Laurent MICHELI - Belgique 2019 1h30mn - avec Mya Bollaers, Benoît Magimel, Els Deceukelier, Sami Outalbali...

Lola (excellente Mya Bollaers, dont c’est le premier rôle !) semble flotter, s’envoler vers le ciel, dès le tout premier plan du film. Prémices d’une évasion, celle d’une adolescente prête à abandonner sa chrysalide. La légèreté des gestes de Lola tranche avec son air grave, déterminé. Cette fille aux cheveux longs, trop roses pour que ce ne soit pas une aimable provocation, nous allons la suivre dans ses déshérences, ses refuges, ses espoirs inavoués et ceux complètement assumés. Quand on a 17 ans, on se sent assez fortiche pour refaire le monde, refuser de ne pas vieillir aussi bête que ses ancêtres. Du moins le croit-on.
Lola qui s’apprête à changer de vie, de sexe, de peau, tant elle se sent plombée par ce corps qu’elle n’a pas voulu, est encore, malgré ses affirmations, ses grandes certitudes, à l’âge fragile où, tout en les fuyant, on a encore un peu besoin de ses parents. Plus qu’on ne l’imagine parfois. Le foyer où elle s’est réfugiée depuis deux ans est devenu son nouveau nid sécurisant, chapeauté par des adultes qui écoutent au lieu de juger, peuplé de jeunes gens en rupture avec une famille plus ou moins existante. Tous déjà au ban d’une société qui n’a pas su les accepter, les protéger des autres, ou d’eux-mêmes. En peu de plans, la vie qui reprend le dessus, la solidarité transpirent de l’endroit, en définitive pas si impersonnel que ça, moins formaté qu’on ne l'imagine.

L’histoire de Lola débute le jour où elle doit se rendre à une cérémonie d’adieu à laquelle nul ne l’a conviée. Lèvres pincées, gorge serrée, sans une larme, elle prend le train qui la ramène vers le pays perdu de son enfance. Les champs verdoyants, le village au silence assourdissant, l’église proprette aux briques roses… qu’elle trouve bien vide. Décidément, rien ne lui facilitera les choses. À travers les rues presque désertes, la voilà qui fonce et pénètre dans la maison où tous sont réunis autour du père, de son père… Les retrouvailles sont amères, aussi violentes qu’un pavé dans la mare, celui-là même qui brisera la glace, le pavé de la révolte. Car Lola, comme tant d’adolescentes à la langue trop bien pendue, saura cogner là où ça fait mal, dans les parties basses d’une société archaïque, asphyxiante, qui ne peut plus la contraindre à être ce qu’elle n’a jamais été.

En dire plus, serait-ce raisonnable ? On vous laissera découvrir celui que Lola appelle « Philippe », celle qui s’appelait Catherine, leurs liens à tous les trois. Car toute cette introduction presque classique n’est que le préambule d’un fort joli road movie, essentiel, tout aussi réel qu’allégorique, un voyage initiatique, non seulement pour l’adolescente mais aussi pour celui qui n’a pas su l’accepter telle qu’elle était. Au fur et à mesure des échanges, parfois exaltés, tristes ou drôles, l’un va prendre la mesure de l’autre, comprendre ses vérités cachées, découvrir ce qu’il ignorait ou feignait d’ignorer. Il y a dans ces moments simples une forme de magie qui opère, une part de mystère faite pour rester inexpliquée.
C’est rudement réjouissant, rudement bien interprété. Benoît Magimel excelle dans le rôle du mec obtus, plus paumé qu’un minot, qui progressivement s’ouvre à sa fille. Il aura fallu une énorme faille, une terrible absence pour qu’enfin il aille creuser là où ça fait mal. Dans le fond, peut-être se débarrasse-t-il lui aussi d’une sorte de chrysalide, une chape de plomb terrible forgée par les idées préconçues, l’ordre sociétal établi, les lois du paraître. En se libérant elle-même, peut-être Lola libère-elle également son père… Tandis qu’au dessus d’eux une âme invisible semble planer et veiller sur le sort de ces deux-là qu’elle a aimés.  (Utopia)
LORGUES   mer29/19h10  jeu30/21h10 
 

LA VÉRITÉ

Écrit et réalisé par Irokazu KORE-EDA - France 2019 1h47mn - avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Clémentine Grenier, Ludivine Sagnier, Alain Libolt...

On l'avait quitté auréolé d'une palme d'or pour un film magnifique et on ne peut plus japonais, on le retrouve comme par enchantement au cœur d'un automne parisien : Irokazu Kore-Eda est décidément un cinéaste plein de surprises qui signe ici un film à la fois grinçant et drôle sur la famille – son thème de prédilection – mais aussi un hommage sincère et touchant au cinéma et aux actrices. Très écrit, avec une partition au millimètre que les deux comédiennes principales interprètent avec un brio rare, c'est un film qui n'est pas sans rappeler le cinéma d'Arnaud Desplechin, avec cet humour un peu vache teinté d'auto-dérision. Mais ce qui fait mouche, c'est l'utilisation de l'image de Catherine Deneuve et le jeu en miroir dans lequel Kore-Heda la place tout au long du film : en l'admirant dans ce rôle d'une célèbre comédienne française qui a tourné avec les plus grands et vit dans un hôtel particulier parisien qu'elle traverse la cigarette aux lèvres, on finit par se demander où est le vrai, où est le faux, où commence le personnage, où s'arrête la réalité de l'interprète… Bien sûr, pas de réponse, juste le plaisir vif d'une œuvre centrée sur les comédiennes et comédiens que l'on ne quitte pas d'une semelle… à part quelques plans dans un jardin au seuil de l'automne qui vit ses derniers rayons de soleil avant l'arrivée de l'hiver… comme une métaphore peut-être du rapprochement de deux astres, la mère et la fille, autour d'une vérité commune qui réussirait enfin à les réchauffer…

Alors qu'elle vit sans doute les derniers éclats de sa gloire, Fabienne vient de terminer son autobiographie qui a tout pour être un succès public et médiatique à la hauteur de sa renommée : elle y a mis tout le panache, tout l'égocentrisme nécessaires et surtout cette manière bien personnelle de réécrire à sa sauce l'histoire de sa vie. Pourquoi diable se contenter de la vérité quand elle peut se broder sur mesure son rôle ultime, le plus beau : elle même, LA comédienne.
De son côté, quand elle arrive à Paris avec son mari américain et leur fille, Lumir n'est pas franchement détendue. Elle a fait le voyage pour fêter la sortie du bouquin de sa mère, mais si elle a précisément décidé de vivre à des milliers de kilomètres de Paris et de son petit milieu artistique, elle qui est pourtant du sérail puisque scénariste, c'est bien parce que les rapports avec ce monstre sacré n'ont jamais été des plus sereins. Qu'à cela ne tienne, Lumir va faire des efforts, nourrissant l'espoir secret de recueillir enfin quelques miettes d'un amour maternel jusque là resté avare. L'âge, l'écriture, l'introspection auront peut-être eu raison de ce cœur de pierre. Vaines espérances. Fabienne est fidèle à sa réputation : une femme au caractère bien trempé qui vit son métier comme une passion dévorante à côté de laquelle rien n'existe. Elle préfère mille fois avoir été une grande comédienne qu'une bonne mère ou une bonne compagne, et elle a passé l'âge des regrets… à moins qu'elle ne l'ait pas encore atteint.

Pourtant, son numéro bien rodé de diva autocentrée commence à connaître de furieux cafouillages. D'abord c'est son assistant particulier qui démissionne du jour au lendemain (peut-être a-t-il très moyennement apprécié de ne pas lire une ligne sur lui dans l'autobiographie), ensuite, elle voit bien qu'elle n'est plus tout à fait le centre de gravité de son prochain film, qui laisse la part belle à une jeune comédienne montante… que tout le monde présente comme la réincarnation d'une ancienne rivale, tragiquement disparue il y a plus de trente ans… C'est peut-être dans ces failles que Lumir va trouver sa place… quitte à réveiller vérités et mensonges anciens…(Utopia)
LORGUES   mer29/ 21h    ven31/17h  dim2/20h35   lun3/17h
 

SWALLOW

Écrit et réalisé par Carlos MIRABELLA DAVIS - USA 2019 1h35mn VOSTF - avec Haley Bennett, Austin Stowell, Elisabeth Marvel, David Rasche, Denis O'Hare.

Rien de plus anodin qu'une petite bille de verre ; quoi de plus dérisoire qu'une punaise en métal ? Et quoi de plus troublant qu'une bouche entrouverte qui avale l'une et l'autre, dans un geste létal ?Hunter Conrad a tout pour être heureuse : un riche et beau mari, le bien-nommé Richie, héritier de l'empire financier paternel, une grande maison de béton et de verre nichée entre un lac et une forêt profonde, une vie à l'abri des tracas matériels et du temps à ne savoir qu'en faire : l'American Dream tel qu'on le rêvait du temps des Trente Glorieuses, du président Eisenhower et des Cadillac roses ; mais comme dans les mélodrames flamboyants de Douglas Sirk, les banlieues les plus chics, comme les visages les plus lisses, cachent des fissures qu'un tremblement suffit à faire voler en éclats. Et ce tremblement, pour Hunter, va se manifester de la plus étrange des façons, le jour où elle apprend qu'elle est enceinte : un irrépressible appétit pour les objets, non plus au sens figuré sur un mode bêtement consumériste, mais littéral : Hunter engloutit une bille, puis une punaise, se blesse, saigne et recommence. Sa belle-famille, alarmée, décide alors de la soigner de force et de la surveiller étroitement pour éviter toute rechute, moins par souci de sa santé que pour garantir celle de l'enfant à naître. Mais si cette maladie qu'on lui diagnostique, dite de Pica, au lieu d'être la cause de son malheur, était au contraire le symptôme d'un malaise plus profond ?
 
Vous l'aurez deviné, Swallow est moins un documentaire sur le syndrôme de Pica, ou un thriller psychologique, que le portrait Cassavettien d'une « femme sous influence » entrant en rébellion contre elle-même et revendiquant son droit à exister, fut-ce au prix de sa santé mentale (et physique). Belle plante muette et docile, issue d'un milieu modeste que son mariage a extraite de sa condition, Hunter doit remplir dans la famille Conrad un rôle simple : sourire, servir son mari et engendrer sa descendance. Point. Personne ne l'écoute lorsqu'elle se risque à ouvrir la bouche, alors cette bouche elle va l'ouvrir pour autre chose. Si Hunter se met à avaler (to swallow) des objets, c'est peut-être et avant tout parce qu'elle est elle-même un objet aux yeux de ses proches.Loin de se contenter de dépeindre la déréliction mentale d'une femme réduite à quia par la violence des rapports de domination exercée sur elle par un patriarcat qui ne dit plus son nom, Swallow explore au contraire la résilience d'une femme-enfant brisée par son passé mais qui cherche par tous les moyens à conquérir son indépendance. On la croit folle, quand ses actes mystérieux et apparemment auto-destructeurs ne sont peut-être que des efforts désespérés et inconscients pour se libérer de ses chaînes.
 
Toute l'habileté du récit tient dans la minutie avec laquelle Carlo Mirabella-Davis scrute ces signes de craquement, à la recherche du souffle de vie caché au fond de sa poupée de cire : un plissement des lèvres, un battement de cil, un imperceptible hochement de tête, autant de signes d'un malaise existentiel qui va déborder jusque dans la mise en scène : aux plans fixes et blafards, mortifères, de Hunter tournant en rond dans sa prison de verre, vont imperceptiblement succéder des mouvements d'appareils et l'apparition de teintes chaudes, quand elle cède à sa pulsion, puis quand elle prend conscience de ce que celle-ci signifie pour elle.Brillamment mis en scène et interprété par des comédiens hors pair (mention spéciale à Haley Bennett qui s'offre là un rôle à la mesure de Mia Farrow dans Rosemary's baby), Swallow est une ode féministe à la liberté, au prix qu'il en coûte de la revendiquer, et aux dangers qu'on encourt à défier le statu quo et ses adorateurs, les brûleurs de sorcières de partout et d'ailleurs.
LORGUES   ven31/19H30   sam1/18h10  lun3/19h05
 

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH

(LITTLE WOMEN) Écrit et réalisé par Greta GERWIG - USA 2019 2h15mn VOSTF - avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Eliza Scanlen, Meryl Streep, Laura Dern, Timothée Chalamet... D'après le roman de Louisa May Alcott.

LES FILLES DU DOCTEUR MARCHPour son deuxième long-métrage en tant que réalisatrice, Greta Gerwig n'a pas eu froid aux yeux et réalise un grand écart aussi ambitieux qu'intrigant : attendue au tournant après le très beau Lady Bird, film indépendant intimiste et résolument contemporain, sur un scénario original qu'elle a écrit elle-même, elle s'attaque ici à un monument de la littérature américaine, le roman ultra populaire de Louisa May Alcott, déjà adapté huit fois pour le grand écran ! Fresque romanesque, production et budget beaucoup plus importants, casting haut de gamme réunissant la jeune et talentueuse nouvelle garde hollywoodienne (cela dit, Ronan et Chalumeau étaient déjà présents dans Lady Bird) encadrée par les deux prestigieuses aînées Meryl Streep et Laura Dern : allait-elle réussir le pari d'apporter sa touche alliant vivacité et fraîcheur, de s'approprier ce classique pour en faire une œuvre personnelle ? Certains regretteront sans doute de voir rentrer un peu dans le rang, de voir s'assagir un des feux follets du cinéma indépendant américain mais nous avons pour notre part trouvé le film très réussi, assumant pleinement ses grands et nobles sentiments, menant avec une énergie communicative un récit impeccablement agencé, et tirant le meilleur parti de sa kyrielle de comédiennes qui dessinent, toutes générations, tous parcours confondus, un formidable portrait de groupe d'une féminité aux multiples facettes. Aucune raison de bouder son plaisir !

Pendant que la guerre de Sécession fait rage, qui mobilise leur père engagé comme médecin, les quatre filles du Docteur March vivent aux côtés de leur mère, aimante et complice, les derniers éclats de leur enfance et de leur insouciance. Si elles prennent encore un malicieux plaisir à interpréter dans le grenier de la demeure familiale les pièces de théâtre écrites par la flamboyante Jo, la naissance de leurs premiers sentiments – amoureux tout particulièrement – et les doutes qui les accompagnent vont peu à peu faire entrer les sœurs dans le monde des adultes. Le film va suivre le parcours de chacune, leur cheminement intime. Jœ la passionnée, qui veut être écrivaine et demeure farouchement opposée au mariage. Meg la discrète, qui ne rêve que de construire un foyer. Amy l'excentrique, qui se voit créatrice libre mais aussi et épouse amoureuse. Enfin la fragile et effacée Beth, artiste lunaire qui est aussi la plus sage de toutes…

Moderne ? Sans aucun doute. Non pas dans la mise en scène, la manière dont Greta Gerwig filme les paysages (sublimes), les robes qui tournent (virevoltantes), les intérieurs (chatoyants) ou les visages (frémissants) qui reste très classique, mais bien dans la construction du récit et dans la profondeur psychologique qu'elle offre à chaque personnage. C'est en cela sans doute que l'on reconnaîtra la brillante réussite de cette nouvelle adaptation : Greta Gerwig aurait pu choisir le confort intellectuel de se concentrer sur la seule figure de Jo March, la rebelle de la fratrie, et faire des trois autres les pâles figurantes d'un vieux monde patriarcal. Elle fait au contraire le choix de filmer toute la richesses des sentiments et des situations pour montrer qu'il n'y a pas qu'une seule e unique voix / voie possible et que l'exercice au féminin de son propre libre arbitre est le plus beau des combats.(Utopia)

LORGUES    sam1/20h05  dim2/18h  lun3/21h

LE LUC          jeu30/18h30   ven31/21h  sam1/16h

LE VOX           mer29/15h40    jeu30 et lun3/15h30     dim2/17h30   mar4/18h05

 

CUNNINGHAM

Alla KOVGAN - documentaire Allemagne/France/USA 2018 1h33mn VOSTF

Du 15/01/20 au 28/01/20

 

Cunningham retrace l’évolution artistique du chorégraphe américain Merce Cunningham, de ses premières années comme danseur dans le New-York d’après-guerre, jusqu’à son émergence en tant que créateur visionnaire. Tourné en 3D (mais présenté en 2D chez nous, of course !) avec les derniers danseurs de la compagnie, le film reprend 14 des principaux ballets d’une carrière riche de 180 créations, sur une période de 70 ans. Cunningham est un hommage puissant, à travers des archives inédites, à celui qui a révolutionné la danse, ainsi qu’à ses nombreux collaborateurs, en particulier le plasticien Robert Rauschenberg et le musicien John Cage.
Le film est construit de manière assez singulière et non linéaire, savant montage de documents d’époque visuels et sonores et de pièces chorégraphiques interprétées par des danseurs contemporains dans différents lieux spectaculaires. Il montre toute la richesse de l’œuvre de cet artiste visionnaire qui appréhendait la danse non pas comme l’illustration d’un univers, de concepts ou d’histoires, mais comme un moyen d’expression où seule la liberté d’interprétation propre à chacun (chorégraphe, danseur, spectateur) fait sens.

« Naturellement, certains trouveront toujours à chipoter la marchandise : le parti pris chronologique du récit, en contradiction avec le principe du compositeur John Cage - compagnon et collaborateur du chorégraphe - de situer une création non par rapport à un progrès linéaire mais à un espace ouvert ; la joliesse de cartes postales stéréoscopiques ; la sensation qui résulte des prises de vue plongeantes ou des travellings-avant et arrière d’appréhender un monde de poupées ou de soldats de plomb ; la période considérée, limitée à trois décennies, de 1942 à 1972 soit entre la naissance de la troupe, la formation du couple artistique Cage-Cunningham et la retraite des interprètes historiques à la fin des sixties ; ou encore la frustration d’être privé de chorégraphies majeures, produites avec la troupe renouvelée des années 70 où brillait notamment le danseur Robert Swinston. Pourtant, la réussite de Cunningham est totale, par son originalité, son audace, son intelligence.
Parmi les trésors dénichés par la réalisatrice, un court métrage, Music Walk with Dancers (1960) qui contient le duo Suite for Two, est intelligemment utilisé dans le film. Tantôt, il est cité pour sa valeur historique : une véritable « performance » au sens actuel du terme, c’est-à-dire à un « happening » ou « event » du mouvement artistique des années 60 Fluxus, sous influence Dada. Tantôt, Suite for Two est utilisé pour la qualité de la composition pianistique de John Cage, fondue-mixée à l’œuvre telle que reprise par les jeunes danseurs du film. Deux pièces se détachent aussi du lot. D’une part, RainForest (1968), récemment remontée avec brio par le Ballet de Lorraine, avec les fameux oreillers gonflés à l’hélium inspirés à Andy Warhol par Salvador Dali, efficacement captée par des caméras au ras du sol, éclairée en clair-obscur avec de forts contrastes. De l’autre, Summerspace (1958), scénographiée par Robert Rauschenberg dans l’esthétique pointilliste d’un Paul Signac, avec un effet de camouflage entre le cyclo et les interprètes vêtus d’académiques mouchetées évoquant de faunesques pelages. »(  Utopia :merci à Mouvement.net)  

SALERNES dim2/18h  lun3/18h  mar4/20h30

COTIGNAC ven31/20h30

 
 
 

L'ÂME DU VIN

Marie-Ange GORBANEVSKY - documentaire France 2019 1h41mn -

Les films documentaires sur le vin, qu'ils soient militants, qu'ils parlent des cépages oubliés, des modes de production, de petits domaines perdus ou des grandes et prestigieuses maisons sont souvent passionnants car ils mettent la lumière sur des femmes et des hommes qui le sont. C'est une fois encore le cas avec ce documentaire extrêmement soigné, très beau visuellement, qui aborde son sujet avec une grande délicatesse, beaucoup de patience et d'humilité. Un film « de néophyte pour les néophytes », comme le dit sa réalisatrice, mais un film qui enchantera aussi tous les exaltés du vin, ceux qui aiment sentir, savourer, ceux qui s'extasient sur une robe, un nez, une texture. L'Âme du vin est un film qui embrasse le temps. Comme le liquide à la teinte rouge dont il est question, tout sera ici affaire d'observation, de travail, de sensibilité, d'existence. A l'image de son titre tiré d'un poème de Charles Baudelaire, de la racine au verre, on s'approche avec douceur et respect de l'âme du vin. Un très beau voyage.
Les vins naissent de la rencontre de la terre, du ciel, et de l’homme… Chaque année, la réussite de leur millésime est une véritable épopée. Le travail de la vigne et de la cave au fil des saisons aboutit à la création de vins exceptionnels, vivants, recherchés et adulés dans le monde entier : Romanée-Conti, Gevrey-Chambertin, Chambolle-Musigny, Meursault, Volnay…Le temps passe, mais les traditions perdurent : un héritage et un savoir qui se transmet d'une génération à l'autre. On va découvrir ainsi le parcours d'une vigne, la fabrication d'une cuvée que l'on espère millésime. Évidemment il s'agit d'un processus long qui peut sembler parfois fastidieux, pour autant le documentaire parvient avec intelligence à rendre compte de ce temps qui passe. Contemplatif, particulièrement concentré sur cette nature qui pousse et rencontre différents climats, le film restitue sans peine ce travail que l'homme accompagne.
Qu'ils soient vigneron, sommelier, œnologue, restaurateur ou encore tonnelier, tous partagent une réelle connaissance de leur domaine et nous délivrent une part du mystère qui accompagne la conception d'un vin. Et si les échanges peuvent parfois nous sembler un peu opaques, l'essentiel n'est pas à trouver dans la compréhension exacte, mais dans l'écoute du langage. Enivrés par la passion, ils récitent avec poésie une histoire : celle du vin, de son goût et de ses saveurs, de sa profondeur ou légèreté, de son caractère. C'est notamment au détour d'une scène à la fois drôle et touchante que le documentaire brille de pertinence : face à une bouteille de Chambolle-Musigny, "Les Amoureuses" datant de 1945, deux restaurateurs japonais en perdent leurs mots. Un moment unique qui montre bien la force de ce mythique liquide, véritable créateur d'émotions.(Utopia)
 
SALERNES sam1/18h  lun3/18h  mar4/20h30  
 

L’ADIEU

 

(THE FAREWELL) Écrit et réalisé par Lulu WANG - USA 2019 1h41mn VOSTF - avec Akwafina, Tzi Ma, X Mayo, Ines Laimins, Yang Li Xiang...

Voilà une heureuse surprise toute simple, toute jolie, qui évoque à la fois le déchirement de l'exil et la douleur de la séparation d'avec nos anciens, auxquels nous pensons souvent mais que les vicissitudes de la vie ont éloignés de nous.
Billi est pourtant loin du cliché de l'exilée. Elle est une trentenaire new-yorkaise branchée, qui cherche apparemment sa voie dans l'art. Mais Billi n'est pas née américaine, elle a quitté enfant la Chine, laissant là-bas Nai Nai, sa grand mère bien aimée, avec qui elle est souvent rivée au téléphone bien que plusieurs milliers de kilomètres les séparent : il suffit que la voix de Nai Nai soit hésitante pour que la jeune femme s'en inquiète. La vie pourrait continuer ainsi longtemps, les communications modernes palliant temporairement le manque affectif. Mais à l'autre bout de la terre, dans un hôpital de la province septentrionale du Dongbei (l'ancienne Mandchourie), un drame se noue. Nai Nai, qui l'a soigneusement caché à sa petite fille, passe des examens médicaux, et les médecins apprennent à sa sœur un diagnostic peu rassurant : la vieille dame est atteinte d'un cancer des poumons en phase terminale, lui laissant une espérance de vie très limitée. On l'apprend seulement à sa sœur, la grand-tante de Billi, parce que la tradition chinoise, tout à l'opposé des us médicaux occidentaux, veut qu'on cache la vérité aux malades directement concernés : un proverbe chinois dit que c'est la peur qui tue le malade bien plus que le cancer lui-même.  

 
Rapidement toute la famille, dispersée en Chine et dans le monde entier, est au courant. On prend dans l'affolement une décision quelque peu absurde : précipiter le mariage prévu par un jeune cousin de Billi avec sa fiancée japonaise pour organiser un banquet en Chine où tout le monde pourra voir une dernière fois Nai Nai. Mais la famille refuse que Billi fasse le voyage, car on « lit en elle comme dans un livre ouvert » et tout le monde est persuadé qu'elle craquera et révélera la vérité à sa grand-mère. Ça ne va évidemment pas empêcher la jeune femme de prendre d'elle même un avion et d'arriver à l'improviste.
Et tout va prendre un tour étrange puisque Nai Nai, qui semble en pleine forme, prépare activement les festivités du mariage pendant que toute la famille paraît amorphe et accablée par la tristesse (ce qui donnera d'ailleurs une scène de discours de mariage tragi-comique)…

La cinéaste sino-américaine Lulu Wang, s'appuyant sur sa propre histoire, ne tombe jamais dans le mélo et réussit un beau drame familial sur le mensonge comme acte d'amour, explorant au passage avec tendresse les mutations de son pays d'origine, en proie à l'urbanisation et à la modernité galopantes tout en tentant de préserver coûte que coûte quelques traditions séculaires. On notera la prestation savoureuse de tous les acteurs et particulièrement de la rappeuse féministe new-yorkaise Akwafina, qui compose tout en subtilité le personnage de Billi.  
 
LE LUC  mer29/21h  dim2/14h

REVENIR

Jessica PALUD - France 2019 1h17 - avec Niels Schneider, Adèle Exarchopoulos, Patrick d’Assumçao, Hélène Vincent... Scénario de Jessica Palud, Philippe Lioret et Diastème, librement inspiré du roman de Serge Joncour L’Amour sans le faire.

Douze ans… Douze si longues, si courtes années se sont écoulées quand enfin Thomas revient dans la grande ferme familiale où sans doute nul ne l’attendait plus…La bâtisse est bien là, ancrée dans la terre, comme si rien n'avait changé. Étrange sentiment paradoxal, aussi vivifiant qu'étouffant. Cette bouffée d’enfance retrouvée prend immédiatement à la gorge. Le temps a filé trop vite. Le temps de l’innocence puis celui des secrets. Le temps de la révolte puis celui de la fuite. Le temps qui engouffre les secondes et les êtres. La présence des absents est soudain palpable. L’exploitation agricole semble attendre en silence leur retour, comme une belle endormie, à l’orée du bois des souvenirs. La vie grouille alentour, la luminosité de l’air envahit tout, le soleil brille. La joie n’est pas loin qui rôde et ne demande qu’à siffloter par-dessus des rengaines nostalgiques, comme celles que Thomas rumine (interprété par un Niels Schneider impeccable). Taiseux, il n’en dira rien, pudiquement. On devine aussi que le vide pourrait grignoter ce qui reste de ce microcosme qui peine à survivre dans l’ombre de l’agro-business.
Puis débarque Alex, qui nous arrache à ces pensées… C'est un petit bonhomme de six ans, intense et touchant, que Thomas ne connaît pas encore et auquel il est difficile de résister. « Tu sors d’où toi ? » La question est valable dans les deux sens. Alex va apprendre à connaître cet oncle qu’il n’a jamais vu, Thomas va découvrir ce neveu craquant jusque-là méconnu, le fils de son frère qui n’est plus, dont il a raté tout un pan de vie, puis la sortie. D’emblée une connivence se tisse entre les deux puis avec l'incroyable maman du gamin, Mona, mélange de douceur et d’incandescence, de juvénilité et de maturité (Angèle Exarchopoulos, divine). Voilà Thomas bouleversé sans s’y être préparé. Lui qui n’était venu faire qu’un passage éclair, embrasser sa mère, la dorloter, va être rattrapé par un passé qu’il n’a pas vécu, auquel il a refusé de prendre part. Il va même finir par en percer les secrets… Tout cela n’ira pas sans encombres. Si Mona, fatiguée par ses nuits de serveuse dans une boîte de nuit, l’intègre spontanément comme baby-sitter de fortune, lui flanquant Alex entre les pattes, il n’en sera pas de même pour le père de Thomas qui devra se faire violence : Michel aura autant de mal à digérer le retour de son fils prodigue qu’il en a eu pour digérer sa disparition. Son amertume, sa colère, seront proportionnelles à sa déception. Dur et cassant, il ne laissera nulle place au pardon, malgré les circonstances…
Ce premier film, librement inspiré du roman de Serge Joncour L’Amour sans le faire, fait la part belle à la pudeur. Il nous parle de la vie, animale (comme Mona), qui reprend le dessus. Sans lourdeur, ni redondance, il rend léger ce qui aurait pu être plombant, le restitue avec beaucoup de fraîcheur. C’est une très jolie découverte !
LE VOX     mer29 jeu30 ven31/16h15  mer29 et dim2/20h45    jeu30  sam1  dim2 lun3  mardi4/20h45 jeu30/20h30   ven31/14h  18h15   sam1/19h20   lun3/16h  mar4/18h30 et 20h45
 

CUBAN NETWORK

(WASP NETWORK) Olivier ASSAYAS - France 2020 2h05mn VOSTF - avec Penélope Cruz, Édgar Ramírez, Gael García Bernal, Ana de Armas, Leonardo Sbaraglia et Wagner Moura...

En route pour Cuba et retour sur les années 90 autour de l’histoire des Cuban Five, cinq espions cubains infiltrés en Floride. Les espions du « reseau guêpe » sont chargés d’informer La Havane des activités des exilés cubains, certaines licites (comme le sauvetage en mer de Cubains fuyant leur pays à bord d’embarcations de fortune), d’autres belliqueuses, voire liées au crime organisé.
Ces espions « fuient » Cuba en feignant de rejeter le régime castriste. Parmi eux, René González (Édgar Ramírez déjà vu dans Carlos), qui s’échappe aux commandes d’un petit avion. Certains de ces agents abandonnent leur famille pour mener une vie solitaire et difficile en Floride, réussissant peu à peu à infiltrer les organisations d’exilés cubains, René est de ceux-là.
Après Carlos et Après-mai Olivier Assayas revient sur l’idéalisme, les vies entières dévouées ou soumises à la politique. La guerre souterraine entre les exilés cubain et le régime de Castro est un fragment d’histoire contemporaine que le cinéma n’a jamais vraiment abordé mais il y a surtout ici un cadre plus large, où se mêlent l’intime et l’universel, des individus pris dans les rouages de la politique et de l’Histoire.
Cuban network contribue à nous rappeler les complexités et les contradictions de la politique contemporaine, les formes que peuvent prendre manipulation et désinformation. Il montre aussi comment la politique est aussi un jeu où se joue le destin d’êtres humains. Ceux-ci, en fonction d’idéologies qui seront peut-être oubliées demain, sacrifient leur existence, leurs proches. Ils sont broyés par la grande roue de l’Histoire.
LE VOX   VF   mer29 et ven31/13h45  20h45      jeu30/18h     sam1/13h45  15h45  dim2/   15h35 20h30  lun3/20h30  mar4/18h10
                     V.O  mer 29 ven31 dim2 et lun3/18h       jeu30/13h45 20h30   sam1/21h  mardi415h30 et 20h30
 

LE PHOTOGRAPHE

Écrit et réalisé par Ritesh BATRA - Inde 2019 1h49mn VOSTF - avec Nawazuddin Siddiqui, Sanya Malhotra, Farrukh Jaffar, Geetanjali Kulkarni...

LE PHOTOGRAPHEOn se souvient avec délices de The Lunchbox, le premier film de Ritesh Batra et on retrouve dans ce nouveau film cette finesse d’esprit, faussement ingénue, qui fait sa signature. On pourrait se croire, de prime abord, dans une charmante bluette indienne digne des grands soaps bollywoodiens. Mais c’est bien sûr un remarquable et amoureux pastiche du style dont s’empare le scénario pour mieux nous entraîner dans l’analyse subtile d’une société indienne en transition, qui ne cesse de s’empêtrer dans ses propres contradictions, un pied entravé dans les valeurs passées, l’autre ne sachant où se poser parmi les miroirs aux alouettes du progrès…

L’histoire démarre donc comme un véritable conte de fée des temps modernes dont on voit les rouages arriver aussi sûrement que la trompe de Ganesh au milieu d’un jeu de quille. Rafi est photographe, bel homme vivant laborieusement et chichement. Il ne fait pas partie de ces tireurs de portraits promis à une lucrative carrière, devenus rares depuis que pullulent portables et selflies. À Bombay, au même titre que les vendeurs de colifichets ou de cartes postales, il quémande l'attention du chaland qui passe, essayant de le convaincre de prendre la pose sous la grande Porte monumentale, afin d'immortaliser cet instant essentiel. Baratin bien huilé, regard séducteur, œillades de cocker qui laissent la désagréable impression, à ceux qui refusent ses prestations, d’avoir commis une mauvaise action.
Le soir venu, après avoir récolté quelques roupies, Rafi se retrouve avec ses éternels compagnons de chambrée, microcosme de mâles esseulés, venus conquérir loin des leurs non pas l’inaccessible richesse, mais le nécessaire pour vivre, le dur labeur des champs ne suffisant plus. C’est donc toute l’Inde laborieuse, populeuse, qui vient s’agglutiner-là, dans la capitale commerciale, pour améliorer son ordinaire, avoir accès aux soins… on connait la rengaine. Chaque soirée, la routine veut qu’on se taquine. On décortique la vie des autres, on a si peu à dire sur la sienne… On boit un peu, on rigole fort, avant de s’endormir, entassés dans l’unique pièce, sous le mouvement perpétuel des pales du ventilateur qui s’évertuent à rendre l’air respirable.

Rafi est le seul dans sa bande qui ne soit pas encore marié, au grand dam de sa grand-mère qui ne cesse de vouloir lui trouver une épouse. Cela donnera quelques scènes comiques, comme il se doit, dans la plus pure tradition de la comédie indienne classique. Si Bombay est immense, le bras d’une mamie rabougrie est plus long qu’on ne croit ! Même à distance, Rafi ne peut lui échapper. Le voilà harcelé par des cousins au énième degré, de vagues connaissances qui le persécutent, c’est toute la rue qui s’y met et répercute les chantages affectifs de l’aïeule qui se lamente sur le fait qu’il ne trouve pas un beau parti. Comment le pourrait-il ?
Quand Rafi rencontre Miloni, ils n’ont objectivement rien à faire l’un avec l’autre. Lui sombre de peau, elle au teint diaphane, lui fauché comme les blés, elle venue de milieu aisé, lui sans espoir d’avenir, elle progressiste, cultivée, bête à concours, lui musulman… Deux antithèses caricaturales faites pour objectivement ne jamais se côtoyer… mais vous connaissez le hasard, cet éternel taquin… Le petit service que Rafi va demander à Miloni va progressivement les rapprocher. Serait-elle la princesse qui peut sortir le petit ramoneur de rien du tout du ruisseau ? Vous le saurez au prochain épisode…

Remarquablement interprété, des acteurs principaux aux titulaires des plus petits rôles, le film quitte les sentiers battus dès l’arrivée de l’inénarrable grand-mère qui crève l’écran, plus vraie et touchante que nature. Ce sont tous ces arrières plans soignés qui progressivement étoffent l’intrigue, tirent bien plus que le portrait de ses personnages, celui de tout un pays. (Utopia)

LE VOX : mercredi 29/ 18h30  jeu30/16h 18h15   sam1/17h10   dim2/ 13h45  lundi3/ 13h45 18h15   mardi 4/18h05

LE MIRACLE DU SAINT INCONNU

Alaa Eddine Aljem - Maroc 2019 1h40mn VOSTF - avec Younes Bouab, Salah Bensalah, Bouchaib Essamak... Ouverture de la Semaine de la Critique, Cannes 2019.

 

LE MIRACLE DU SAINT INCONNULe bled de ce premier long métrage marocain semble sorti de terre par miracle, construit et peuplé à toute vitesse dans l’intervalle entre le prologue du film et le début de son intrigue chorale. Avant : un voyou fuit la police au milieu d’un nulle part de sable, trouvant le temps d’enterrer son magot au sommet d’une colline avant d’être jeté en prison. Après : cherchant l’emplacement du butin après sa sortie, notre homme y découvre un mausolée en hommage « au saint inconnu » du titre, entretenu et chéri par les habitants du hameau construit entre-temps au bas de la dune.
La tombe qu’ils vénèrent recèle le trésor que le malfrat va avoir du mal à exhumer, l’endroit étant sous la surveillance constante d’une galerie de personnages loufoques, qui s’avéreront tous tiraillés entre la foi, l’ennui et l’appât du gain : on rencontre le gardien du temple et son chien bien-aimé, le nouveau médecin du village, son infirmier placide et ses patientes désœuvrées, un jeune paysan au père dépressif, contemplant les champs délaissés par la récente urbanisation des lieux, entre autres figures locales en recherche de sens sur fond de miracles répétés (car le saint, bien qu’inconnu et inexistant, est prodigue en prodiges). (Libération)

« Ce qui définit mieux ce film, c’est son ton, un mélange de situations, certaines comiques, d’autres plus dramatiques. C’est une fable moderne teintée d’absurde, qui emprunte au conte. C’est un film choral, bâti autour de plusieurs personnages, une histoire burlesque sur le rapport à la foi et l’observation de la transformation d’une microsociété. » (Alaa Eddine Aljem)

LE VOX   ven31/15h45     lun3/15h55  mar4/13h45

 

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