Au(x) cinéma(s) du 3 au 9 avril 2019

Bonjour à tous !
 
Tout d'abord un aperçu des soirées organisées  par  Entretoiles après les vacances scolaires. Dimanche 28  avril vous pourrez voir le film irlandais  Rosie Davis, soutenu par l'association Habitat et humanisme, avec une présentation de cette association et de  sa réalisation sur Draguignan.

La semaine suivante le dimanche 5 mai nous vous proposerons une soirée à thème  : Adolescence et reconnaissance avec 2 films : Les Moissonneurs et Sibel et bien sûr  un apéritif entre les deux.
Les prochains films de ciné club à partir du 24 avril seront La Favorite, Jusqu'à la garde, Vice ,Grâce à Dieu , Ma vie avec John F. Donovan, Marie Stuart et Nos vies formidables.
A CGR cette semaine pas de film en ciné-club. Dans le cadre d'un ciné debat vous pourrez voir un documentaire franco-italien Un paese di Calabria  sur les bouleversements apportés par l'arrivée de 200 Kurdes dans un village de Calabre.
A Lorgues un film italien  Euforia, où dans une Italie stupéfiante d’argent et de désinvolture, la fraternité et l’amour sont mis à l’honneur, un film turc Sibel  (aussi au Vox et bientôt diffusé par Entretoiles) de Cagla Zencirci, une jolie fable contemporaine et le dernier film de Xavier Dolan Ma Vie avec  John F. Donavanun récit fascinant, d'un romantisme échevelé et à l'émotion contagieuse.
 
A Cotignac un documentaire  Le grain et l'ivraie  où Solanas grand réalisateur argentin a décidé de prendre à bras le corps un mal terrible qui gangrène son pays : son modèle agro-industriel  et le dernier film de François Ozon Grâce à Dieu où il se risque à traiter de la pédophile dans l'église de façon crue et réaliste.
Au Vox parmi les nouveautés de la semaine La lutte des classesqui raconte avec humour et de façon caricaturale les problématiques rencontrés par des parents de banlieue parisienne, Tel Aviv on fireune comédie alerte qui nous livre une vision on ne peut plus pertinente des relations entre Israeliens et Palestiniens,  El Reino un film à suspense qui traite de la corruption politique en Espagne et Un coup de maîtreune fable irrésistible et un constat lucide sur les dérives de l'art contemporain par le réalisateur de "Citoyen d'honneur".
 
N.B: il n'y aura pas de mail Entretoiles la deuxieme semaine des vacances.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et les films Entetoiles et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 
UN PAESE DI CALABRIA

Shu AIELLO et Catherine CATELLA - Italie/France 2016 1h34mn

 

C'est une bouffée d'espoir, un souffle d'optimisme qui nous arrivent de Calabre, cette pointe de la botte italienne, pas touristique pour une lire, contrairement à la Sicile toute proche. Plus précisément d'un petit village à l'intérieur des terres, Riace. Un village frappé, comme beaucoup d'autres dans le coin, par un exode rural qui ne date pas d'hier, dans cette région agricole et pauvre qui fut longtemps une très importante terre d'émigration, grossissant une diaspora calabraise particulièrement nombreuse en France, mais surtout aux Etats Unis – au point que les Calabrais sont plus nombreux hors d'Italie que dans leur région d'origine.

 

A Riace, il s'est passé à la fin des années 1990 quelque chose d'improbable qui a inversé la tendance : un premier arrivage de 200 Kurdes sur les côtes, à quelques kilomètres. Et au lieu du rejet, ou de la simple compassion, l'idée de génie des habitants et de l'incroyable maire, Domenico Lucano : considérer les nouveaux arrivants comme une véritable chance pour le village et leur proposer de s'installer tous en réhabilitant les maisons abandonnées. Un coup de jeune salutaire pour la petite communauté, à l'époque largement composée de retraités ! Pas loin de vingt ans plus tard, Riace est devenu un exemple mondial d'accueil intelligent des migrants, qui ont grandement contribué à faire renaitre un village dans une société recomposée, respectueuse autant des traditions que des cultures des nouveaux arrivants…

 

Les deux réalisatrices marseillaises Catherine Catella et Shu Aiello se sont immergées au cœur de cette passionnante expérience en se nourrissant de leur origines calabraises. Elles superposent aux images d'aujourd'hui le récit en voix off de la grand-mère de l'une d'elles, partie de Calabre dans les années 1930 pour rejoindre le Sud de la France, rappelant intelligemment qu'autrefois les immigrés c'étaient eux, ces Italiens qui sont aujourd'hui confrontés à l'arrivée massive des migrants…

 

La caméra attentive et discrète des deux réalisatrices sait capter le quotidien tantôt drôle, tantôt touchant de cette cohabitation heureuse : autour d'un jeu de dames, la complicité entre un vieux Calabrais parlant à peine italien et un des premiers Kurdes arrivés au village ; ces messes improbables dans un pays très catholique où le curé, pourtant peu enclin à l'œcuménisme, a fini par inviter chacun à s'exprimer selon sa religion ou sa culture ; l'effervescence créée par des enfants fraichement arrivés d'Egypte ou de Syrie dans une école autrefois moribonde… Sans angélisme (le film ne fait l'impasse ni sur la menace de la n'drangheta, l'implacable mafia calabraise, ni sur l'aspiration d'une partie des plus jeunes migrants à quitter Riace pour les grandes villes), Paese di Calabria est une formidable leçon d'optimisme pragmatique et humaniste à l'encontre de tant de politiques d'exclusion démagogues.

 

CGR   jeu4/20h

 
EUFORIA

Valeria GOLINO - Italie 2018 1h55 VOSTF - avec Riccardo Scamarcio, Valerio Mastandrea, Jasmine Trinca, Isabella Ferrari, Valentina Servi... Scénario de Valeria Golino, Francesca Marciano et Valia Santella.

 
La nature est ainsi faite : le même milieu, la même éducation, le même environnement, le même amour filial, les mêmes vacances au bord de mer, les mêmes châteaux de sable et pourtant… quoi de plus dissemblables que deux frères ? Ces deux-là étaient proches, ils ont partagé beaucoup, les rires de l’enfance, les secrets de l’adolescence. Et puis la vie a posé sa sentence sur ces deux destinées et le temps a fait le reste, œuvrant doucement vers un délitement du lien, quand la tendresse s’effiloche au gré des visites qui s’espacent et se font de plus en plus rares, au fil de ce constat qui s’impose comme une évidence : deux mondes qui ne se connaissent ni ne se comprennent plus.

Matteo et Ettore ont tracé chacun leur route, suivi des trajectoires qui ne se rencontrent plus. Ettore, l’aîné, n’a jamais quitté la région de son enfance, il est devenu enseignant, il s’est marié, a eu une fille, a quitté sa femme et puis est retombé amoureux. Matteo quant à lui vit depuis longtemps à Rome où il est entrepreneur à succès, avec toute la panoplie du golden boy qu’il campe avec nonchalance et, il faut bien le dire, une arrogance plutôt agaçante. Un appartement luxueux avec terrasse et vue sublime sur la ville éternelle, un chauffeur, quelques fidèles amis pour beaucoup faire la fête et de l’argent, énormément, suffisamment pour satisfaire ses moindres désirs : des amants, de la coke et des excès en tous genres.
Quand il apprend que son frère est gravement malade et qu’il doit venir à Rome pour des examens, Matteo décide de l’héberger chez lui, sans se poser la moindre question. Fidèle à ce qu’il est, au fond de lui : en enfant trop gâté qui veut partager un bout de son trésor et des facilités que la chance et la vie ont placées sur sa route. L’autre rechigne, et puis accepte, plus sans doute pour qu’on lui fiche la paix que par véritable envie de mêler sa mauvaise humeur aux bulles de champagne, aux œuvres d’art, aux moelleux canapés de cet appartement bien trop luxueux pour lui. Chacun pourtant va essayer d’entrer dans l’univers de l’autre, maladroitement, sans en avoir les clés ni les codes, avançant à tâtons sur cette nouvelle route commune qu’ils tentent de reconstruire, en s'appuyant sur les souvenirs de leur enfance perdue. 

C’est cette histoire que la caméra de Valeria Golino va saisir au vol pour nous. Elle balance entre l’amertume d’une situation forcément tragique, car la mort rode, inéluctablement, et la tendresse retrouvée, la saveur revenue des rires et des regards complices. Suivant ce pas de deux hésitant, elle ne quitte pas des yeux ses deux personnages, qu’elle les suive au plus près en plans très serrés ou qu’elle les filme dans des séquences plus larges qui racontent aussi la lumière singulière et la beauté de Rome. Matteo solaire, voulant brûler la vie de tous côtés, un caractère parfois abject mais un vrai cœur d’or, Ettore plus secret, plus tourmenté, presque fantomatique, errant comme une ombre dans un monde qu’il ne reconnaît déjà plus : ces deux astres semblent pourtant ne pas pouvoir tourner l’un sans l’autre. Tout ceci est conté avec beaucoup de justesse et de pudeur, celle que les petits garçons apprennent bien sagement mais qui entrave aussi leur cœur, quand ils sont devenus grands .(Utopia)
 
LORGUES    ven5/18h       lun8/21h
 

SIBEL

Çagla ZENCIRCI et Guillaume GIOVANETTI - Turquie 2018 1h35 VOSTF - avec Damla Sönmez, Emin Gursoy, Erkan Kolçak Kostendil, Meral Çetinkaya... Scénario de Çagla Zencirci, Ramata Sy et Guillaume Giovanetti.

 
C’est un petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante qui s’agrippe aux pentes des montagnes abruptes. C’est la beauté à l’état brut qui s’étale sous nos yeux. On croit sentir l’air vivifiant des sommets, l’odeur de terre qui s’évapore au petit matin, celle de l'herbe fraîchement coupée. Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant comme les rochers qui les surplombent. Pas besoin de cours de compostage, ni même de briquet pour allumer un feu, on vit depuis toujours avec la nature et on a appris à s’apprivoiser mutuellement, à interpréter le moindre bruissement. Le son porte loin. 
Le nom de ce microcosme, Kusköy, « le village des oiseaux », conduirait à penser que ce sont leurs gazouillements qu’on perçoit au loin, pourtant il n’en est rien : ce sont ceux des humains. Ici chacun parle et comprend la langue sifflée. Ce n’est pas un simple code, comme le morse. À travers elle on peut tout se dire. Elle s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés. « Pfiou fiou, tsui, tsui ! » = « le repas est prêt, c’est l’heure de rentrer ! »… Malgré les portables qui essaient de la détrôner, on y revient toujours, quand le réseau fait défaut sur ces hauteurs encore mal desservies par les bienfaits (?) de la modernité. Mais quand partout les portables passeront ? On frissonne à l’idée de penser qu’un jour la langue sifflée fera partie des langues mortes. Mais pour Sibel, qui est muette, elle restera la seule possibilité de communiquer avec son monde.

Présence charismatique, Sibel est réellement magnifique, avec son regard gris acier qui darde sous sa brune chevelure. On admire sa silhouette fine et musclée qu’on sent forgée par une volonté farouche. Pourtant son handicap fait que nulle mère ne la réclame pour son fils en mariage. Est-ce un drame ? Sans doute, pour les mauvaises langues. Mais pour Sibel, c’est comme une bénédiction qui lui a permis de grandir libre, sans qu’on veuille la caser et l’engrosser au plus vite, la rivant à un avenir imposé. Puisqu’elle n’a pas le choix, Sibel a appris à transformer ses faiblesses en forces et accepte de ne ressembler à aucune autre. Avec son fusil constamment à l’épaule, elle a l’air d’une guerrière indomptable. Une indépendance qui fait sans doute peur aux hommes. Elle a beau être vaillante, serviable, joyeuse, et belle, rien n’y fait, elle se retrouve toujours marginalisée, moquée, rejetée. Particulièrement par les autres femmes, engluées dans leurs superstitions, sans une once de compassion. Seule Narim, la vieille folle esseulée qui vit loin du hameau, dans une cahute sommaire, prend plaisir à l’accueillir. Sibel aime l’aider à tailler son bois, lui apporter quelques vivres après ses dures journées au champ. Écouter ses délires, apprendre les légendes, celle du rocher aux mariés, sous lequel toujours la femme ermite attend patiemment le retour de son amoureux parti il y a des décennies… Narim est le second être qui jamais ne la maltraite, avec son père, le respecté Emin, épicier, maire du village. Entre eux règne une belle complicité.
Mais la situation va basculer quand Sibel, en soif de reconnaissance, se met en tête de détruire, seule, le loup qui sévit dans les bois. Elle le traque, à l’affut de la moindre trace… Soudain, elle se sent à son tour épiée… Quelqu'un rôde dans les bois…

Dans le fond c’est une très jolie fable contemporaine ancrée dans une région anachronique. L’actrice qui interprète Sibel est d’autant plus époustouflante quand on sait que pour le rôle, elle a appris spécialement l'incroyable langue sifflée : sacrée performance !  (Utopia)
 
LORGUES   mer3/ 20h15       lun8/18h
LE VOX    jeu4/18H30    dim7/16h    lun8/20h45    mar9/13h45
 

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN

(The Death and life of John F. Donovan) Xavier DOLAN - Canada 2018 2h03 VOSTF - avec Kit Harington, Natalie Portman, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Kathy Bates, Thandie Newton, Chris Zylka... Scénario de Xavier Dolan et Jacob Tiernay.

 
 

À chacun ses idoles d’enfance et d’adolescence, qui prennent une importance démesurée, au-delà du raisonnable – le cœur… vous connaissez le refrain. Moi, à 11 ans, je suis tombé raide amoureux de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci en la voyant rafler le premier 10 de l’histoire olympique à Montréal. Tenant absolument à lui écrire, dans un anglais balbutiant, mon admiration, je lui fis passer une lettre qui, j’en étais persuadé, arriverait à sa destinataire grâce à mon père, responsable communiste. Étrangement, elle ne me répondit jamais…

Petite parenthèse perso pour vous parler du nouveau bijou du prodige Xavier Dolan, son premier film anglophone. En deux parties séparées d’une dizaine d’années, Dolan nous raconte l’histoire – qui aurait pu être autobiographique – du jeune Rupert Turner, 11 ans et vivant à Londres au début de l’intrigue, qui entretient pendant plusieurs années une correspondance amicale avec l’acteur de séries américain John F. Donovan, jusqu’à sa mort mystérieuse. Dans le présent du film, dix ans plus tard donc, Rupert, devenu à son tour acteur, répond à une journaliste à l’occasion de la publication de sa correspondance avec John F. Donovan. Et nous découvrons son histoire au cours de flash-back successifs…
Rupert, alors enfant acteur, est déjà venu à New York avec sa mère. Dans l’hôtel où ils sont descendus, il attend avec une impatience insoutenable une lettre, un signe de son ami et idole John F. Donovan, qu’il va peut-être enfin rencontrer. C’est alors qu’il apprend à la télévision la découverte du corps sans vie de l’acteur et cette nouvelle lui brise le cœur. La suite du film, à travers le récit de Rupert adulte, revient sur ces deux vies parallèles séparées par l’Atlantique. Si le film est aussi bouleversant, c’est que la personnalité du jeune réalisateur québécois se retrouve tout autant dans le personnage de Rupert que dans celui de John F. Donovan. Dolan fut comme Rupert un enfant acteur (il joua dans des publicités puis dans des séries), probablement incompris de ses camarades, déjà moqué pour son univers imaginaire et son attirance naissante pour les garçons. Parallèlement le destin de John F. Donovan, héros de série adulé des jeunes fans et du petit milieu de Hollywood, obligé de simuler sa vie au point d’épouser pour de faux sa meilleure amie afin de dissimuler ses passions homosexuelles, mentant à ses fans, à sa propre famille et à lui-même, est celui qu’aurait pu connaître Dolan s’il n’avait pas choisi d’assumer son statut si particulier et sa singularité.

Pour construire et incarner ce récit fascinant, d’un romantisme échevelé, à l’émotion contagieuse, Dolan a réuni un casting hors normes, en premier lieu Kit Harrington, le John Snow adoré des fans de la série Game of Thrones, parfait collage en acteur de séries tourmenté, miné par l’obligation qui lui est faite de correspondre à son image publique. À ses côtés, Natalie Portman est magnifique dans le rôle de la mère de Rupert, actrice frustrée qui reporte sur son fils ses aspirations : Dolan, roi du mélo, lui offre une grandiose scène de retrouvailles sur la chanson Stand by Me ; et puis Kathy Bates, géniale en agent de stars à la fois cynique et attachante, Susan Sarandon en mère mûre colérique et alcoolique, personnage typiquement dolanien, et enfin le jeune Jacob Tremblay, étonnamment sobre et pourtant expressif.
Plus « classique », plus économe que les précédents films de Dolan en prouesses de mises en scène pour mieux se concentrer sur le récit, Ma vie avec John F. Donovan ajoute une pierre, plus polie, aux arêtes moins vives, à une œuvre en construction, profondément personnelle et touchante.  (Utopia)

 

LORGUES    ven5/20h15(vf)   sam6/18h15       dim7/19h

 

 

LE GRAIN ET L'IVRAIE

Fernando SOLANAS - documentaire Argentine 2018 1h37 VOSTF -

 

 
 
Fernando Solanas, grand cinéaste argentin (surtout connu chez nous pour ses films des années 80-90 : Tangos, l'exil de Gardel, Le Sud, Le Voyage, Le Nuage…), a accompagné durant toute sa vie, toute sa carrière, les soubresauts de l'histoire tourmentée de son pays. Désormais sénateur, Solanas a décidé de prendre à bras le corps un mal terrible qui gangrène son pays : son modèle agro-industriel. L'Argentine est désormais presque exclusivement dévolue à la culture du soja, la plupart du temps transgénique, sur des milliers d'hectares d'un seul tenant après que les forêts primaires aient été sauvagement détruites. Le modèle va de pair avec l'utilisation intensive des intrants chimiques et des pesticides, avec notamment des doses massives de glyphosate, dans le plus parfait mépris des ouvriers agricoles obligés de manipuler le produit aussi bien que des populations environnantes.

Fernando Solanas a parcouru sept provinces du pays pour constater et montrer les effets environnementaux et humains du désastre mais aussi aller à la rencontre de ceux qui parviennent à résister : bien sûr il y a ces images terribles de la forêt millénaire du Chaco, rasée sur des kilomètres pour laisser la place au soja, au grand désespoir des Indiens Wichí qui perdent ainsi leurs terres et leur source de vie et se voient ainsi réduits à la misère. Il y a aussi toutes ces victimes du glyphosate : ouvriers frappés par des cancers, enfants malformés… Mais on voit également ces paysans qui reprennent en main leur destin : céréaliers bio qui trouvent succès et prospérité, communautés qui résistent et traînent Monsanto devant la justice. Et parfois ça marche, comme dans la banlieue de Córdoba où une usine de Monsanto n'a pu s'implanter face à la mobilisation des habitants. Unis, tout est possible !(Utopia)
 
COTIGNAC  sam 6/21h

 

GRÂCE À DIEU

Écrit et réalisé par François OZON - France 2018 2h17mn - avec Melvil Poupaud, Swann Arlaud, Denis Ménochet, Eric Caravaca, Josiane Balasko, Aurélia Petit, Hélène Vincent, Bernard Verley, François Marthou

 

Ne rien laisser au hasard, ne rien céder au pathos. Refuser le manichéisme autant que les raccourcis, ne pas tomber dans la caricature, fuir les clichés. Frapper fort, mais avec une implacable justesse, sans appel, sans échappatoire, sans possibilité aucune ni de minimiser, ni de tergiverser : voilà la chair, puissante, du nouveau film de François Ozon. Et c’est un grand film, un film important. Il faut par ailleurs une audace certaine pour se lancer dans une fiction inspirée de faits on ne peut plus réels, en ne changeant ni les noms des protagonistes, ni les dates, ni les lieux, ni les témoignages. Grâce à Dieu aborde donc de front les actes criminels de pédophilie commis au sein de l’évêché de Lyon par le Père Preynat dans les années 1980 et 1990, et met en évidence le silence complice de l’Église et en particulier celui de Monseigneur Philippe Barbarin, archevêque de Lyon depuis 2002. Redisons le mot : le résultat à l'écran est implacable.

 

Le film commence aux côtés d'Alexandre. Il a la quarantaine, vit à Lyon avec sa femme et ses cinq enfants. C’est une famille bourgeoise, catholique pratiquante, attachée à ses valeurs, unie, aimante, se rendant avec conviction à la messe du dimanche. Un jour, par hasard, Alexandre découvre que le prêtre qui a abusé de lui lorsqu’il était jeune scout officie toujours auprès d’enfants. Choqué, mais aussi porté par les paroles du nouveau pape progressiste, François, il décide de s’adresser aux autorités ecclésiastiques pour demander des explications. Sans le savoir, il vient d’ouvrir la boîte de Pandore, qui renferme, outre les monstruosités d’un homme qui a abusé pendant des années de dizaines de jeunes garçons placés sous son autorité, toute la mécanique du silence qui a insidieusement été mise en place par la hiérarchie de l'Église, par les familles, par la société.Face au manque évident de réactivité de l’Évêché, parce qu’il croit sincèrement à la vertu de la parole et qu’il demeure viscéralement attaché aux valeurs chrétiennes, Alexandre va aller plus loin et chercher d’autres témoignages. Un, puis un autre, et un troisième lui parviennent : parmi les anciens scouts du groupe Saint-Luc, nombreux sont ceux à avoir subi les attouchements, et parfois plus, du père Preynat, homme d’Eglise charismatique et terrible prédateur sexuel 

 

Le film s’attache alors à raconter la création, dans un élan où fraternité et douleur se rassemblent, de l’association « La parole libérée » : en portant l’affaire sur la place publique, en demandant des comptes à l’église sur son silence, en voulant que justice soit faite, les victimes vont faire céder le verrou qui a cadenassé des décennies de honte, relâchant dans les esprits les torrent de souffrance qui, enfin, va pouvoir être dite et entendue. Et l’image, symbolique, de ces adultes accompagnant les enfants trahis qu’ils étaient dans ce délicat cheminement est tout simplement bouleversante. 

 

Alexandre s’est construit tant bien que mal une identité avec ce fardeau, trouvant le salut dans l’amour d’une famille et dans la foi. Mais Gilles n’a jamais pu s’extirper de la peur, de la culpabilité, ni en finir avec cette rage sourde qui distille encore en lui tant de violence. François, de son côté, a enfoui le secret dans un recoin bien planqué de sa mémoire, bouffant du curé comme on prend un antidote au poison. Certaines familles ont essayé de protester et ont renoncé devant l'impossibilité de se faire entendre, d'autres ont su et se sont tues, d’autres ont détourné le regard, d’autres encore ont minimisé les faits…

 

Porté par un trio de comédiens remarquables, Grâce à dieu a l’intelligence de placer au centre de son propos la dimension humaine et la question du droit, de la justice, sans éluder les questions spirituelles et morales que le sujet implique.

 

COTIGNAC  lun 8/20h30

 

LA LUTTE DES CLASSES

Michel LECLERC - France 2019 1h45 - avec Leïla Bekhti, Edouard Baeri, Ramzy Bedia, Baya Kasmi, Laurent Capelluto, Claudia Tagbo... Scénario de Michel Leclerc et de Baya Kasmi.

 
Après l'excellent Le Nom des gens, qui voyait l'irrésistible Sara Forestier se dévouer corps et âme (au sens propre) à la rééducation des électeurs égarés à droite, Michel Leclerc et sa co-scénariste Baya Kasmi s'affirment avec ce savoureux La Lutte des classes comme les dignes héritiers de la causticité, de la lucidité politique de la grande comédie italienne, celle de Risi ou de Scola…


La Lutte des classes – titre à double détente puisqu'il sera aussi question dans le film de carte scolaire – va nous narrer les élans et les contradictions d'un couple de gentils bourgeois progressistes de l'Est parisien. Sofia est une jeune et brillante avocate « issue de la diversité », comme on dit en novlangue… Elle est en couple avec Paul, musicien paisiblement punk attaché à ses convictions d'il y a trente ans comme à son perfecto, qui cultive avec une forme de génie une absence totale d'ambition sociale ou économique. Il a d'ailleurs pour principale fonction d'être le père de Corentin, activité certes prenante mais qui lui laisse le loisir de donner des concerts improbables devant des migrants dubitatifs…
Sofia et Paul sont à un tournant de leur vie, puisqu'ils ont décidé de déménager de leur petit appartement parisien vers une jolie maisonnette à Bagnolet, ville de banlieue où Sofia a grandi. Ils sont heureux de vivre désormais dans une commune populaire dont l'environnement immédiat et le voisinage, ainsi que l'école Jean Jaurès où va entrer Corentin, nourriront leur idéal de mixité sociale… Tout va donc bien dans le meilleur des mondes jusqu'au jour où un nouvel incident à l'école incite de nombreux parents parmi les plus aisés à sortir leur rejeton du public pour les placer dans un établissement privé. Si bien que, pour appeler un chat un chat, Corentin devient le seul enfant blanc de sa classe. Notre couple se trouve devant un choix cornélien : résister et mettre en application leurs idées à l’épreuve de la réalité ou faire comme leurs amis, choisir la sécurité et la facilité de l’endogamie sociale en inscrivant Corentin dans le privé.

Michel Leclerc et Baya Kasmi – mari et femme à la ville – ont nourri le scénario de leur propre expérience et décortiquent avec une joyeuse lucidité les contradictions et les hypocrisies de leur classe. Il semble bien que, quoi qu'on y fasse, les gens de catégories sociales et raciales différentes vivent côte-à-côte mais pas vraiment ensemble, ne se rencontrant que superficiellement à la sortie de l'école. Leclerc et Kasmi en profitent pour brosser toute une galerie de personnages savoureux : Monsieur Toledano, le Juif totalement parano qui truffe sa maison de systèmes de sécurité (formidable Laurent Capelluto), ou encore l'insupportable militante écolo locale jamais avare en réunions publiques et en grandes leçons sur tout (notamment dans une scène hilarante où elle tente de convaincre du mérite de la biodynamie un couple qui voulait juste avoir accès au jardin partagé)… Et puis il y a l'impayable duo formé par l'institutrice stressée, qui n'ose pas s'exprimer simplement face à ses élèves et préfère user d'une improbable novlangue de bois (hilarante Baya Kasmi elle-même), et le directeur cowboy, qui mène à l'inverse ses élèves comme une bande de quartier, formidablement et drolatiquement incarné par Ramzy Bedia.

Tout en faisant le constat de cette incommunicabilité des classes dans un monde qui voudrait nier la différence au nom d'une pseudo laïcité et d'une égalité toujours affichée mais jamais appliquée, Baya Kasmi et Michel Leclerc ont l'intelligence de ne jamais juger leurs personnages, de les faire exister dans leur complexité et leur richesse, offrant donc à chacun le chemin de la réflexion et de l'ouverture sur l'autre, premier pas vers ce foutu vivre ensemble.  

LE VOX   mer3/13h45  16h  18h15  20h45        jeu4/  13h45   18h15  20h30       ven5/  16h  18h30  21h    sam6/  13h45  18h30  21h         dim7/16h15    18h25  20h40    lun8/16h  18h30  20h45   mar9/13h45  18h30  20h45

 

TEL AVIV ON FIRE

Sameh ZOABI - Israël 2018 1h40 VOSTF - avec Kais Nashif, Lubna Azabal, Maisa Abd Elhadi, Yaniv Biton... Scénario de Sameh Zoabi et Dan Kleinman.

Si vous ne ratez jamais l'épisode quotidien de votre soap opéra préféré, ce film est évidemment fait pour vous. Si au contraire vous détestez le genre, ne passez pas pour autant à côté de Tel Aviv on fire, comédie alerte qui, en brodant un scénario malin autour d'un improbable feuilleton télévisé, nous livre une vision on ne peut plus pertinente des relations intenables entre Israéliens et Palestiniens. 
 
Nous voici donc en Israël où le célèbre soap opéra arabe Tel Aviv on fire est suivi assidûment dans toutes les chaumières. Ne nous leurrons pas, la plupart des spectateurs sont des spectatrices, pendues à cette intrigue plus que rocambolesque qui narre les aventures d'une espionne palestinienne, amoureuse transie d'un général israélien pendant la Guerre des Six jours, en 1967. 
 
Salam, charmant Palestinien de trente ans quelque peu tête en l'air voire complètement à l'ouest, vit à Jérusalem et travaille comme stagiaire sur le feuilleton produit à Ramallah par son oncle. Pour rejoindre les studios de télévision, il doit chaque jour passer par un check-point israélien pas franchement commode. Un soir, rentrant chez lui avec le scénario du dernier épisode sous le bras, il se fait arrêter par Assi, le commandant du poste, grand fan de la série. Pour tenter de se dépêtrer au plus vite de ce contrôle inopiné, Salam joue la carte de la célébrité, affirmant qu'il est le scénariste principal (alors qu'il n'est que simple conseiller sur les scènes en hébreu) et qu'il doit vite rentrer chez lui peaufiner le script. Mais Assi, dont la femme est encore plus accro que lui à Tel Aviv on fire, ne compte pas en rester là : il saisit le manuscrit, décide de le lui rendre le lendemain matin rempli d'annotations et d'idées de son cru pour transformer la série de l'intérieur et en faire basculer l'intrigue du bon côté, juif plutôt qu'arabe, et soyons honnête, un peu aussi pour faire plaisir à sa femme. Et là vous vous dites : catastrophe…
 
De retour sur le tournage, surprise ! Les idées sont considérées comme géniales et Salam se voit confier, à l'essai, le titre de scénariste en chef de la série ! Ainsi va se créer entre nos deux drôles de compères une relation des plus étonnantes. Ils réécrivent le scénario de chaque épisode au check-point, Assi imposant au passage quelques lubies personnelles : mettre une photo de lui en arrière-plan pour que sa femme puisse le voir dans un des épisodes…
Jusqu'à ce jour funeste où la chaîne de télé annonce la fin prochaine de Tel Aviv on fire… Coincé entre le colonel de Tsahal, les soutiens arabes et les désirs des producteurs, Salam va donc devoir puiser au fond de son génie créateur et abattre son coup de maître final…
Sameh Zoabi n'a pas choisi la facilité en abordant le conflit israélo-palestinien sur un mode comique et pourtant ça fonctionne, grâce à un scénario réglé comme une horloge. La mise en scène joue habilement des codes du soap opéra comme du film à suspense, dessine parfaitement ses personnages et nous laisse pantois quant à la façon dont Salam va se tirer de toute cette affaire. En fait la grande intelligence du film est de ramener le conflit à une échelle humaine. 
Tel Aviv on fire, le feuilleton, joue le rôle d'une caricature, jusqu'au moment où il renvoie tous les personnages à une vérité qu'ils ne voulaient pas forcément voir. Quant à Tel Aviv on fire, le film, il nous rend attachants des êtres incapables de s'entendre mais qui se réunissent et vibrent à l'unisson devant un programme télé niaiseux… Quand dérisoire rime avec espoir…
 
LE VOX   mer3/13h45   18h30  20h45        jeu4/  13h45   16h  20h45       ven5/  13h45 15h50  18h    sam6/  13h45  18h30  21h         dim7/13h45    18h  20h40    lun8/13h45  18h55     mar9/16h  18h15qaw  20h45
 

EL REINO

Rodrigo SOROGOYEN - Espagne 2018 2h11VOSTF - avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, José Maria Pou, Nacho Fresneda, Ana Wagener, Barbara Lennie... Scénario d'Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen.

« La corruption politique en Espagne – et surtout, la totale impunité de ses leaders depuis une dizaine d’années – nous a laissés, ma co-scénariste Isabel Peña et moi, d’abord perplexes, indignés puis déprimés, et enfin presque anesthésiés. C’est la répétition des affaires de corruption de ces dernières années qui nous a décidés à raconter cette histoire. Comme dans Que Dios nos perdone, nous voulions faire un thriller, un film à suspense qui accroche le spectateur mais qui parle aussi des êtres humains et de leur noirceur. »
 
Le royaume (el reino) est donc celui, peu reluisant mais palpitant, du dessous des cartes, des magouilles politicardes. L’idée de génie du film est de ne pas aborder son sujet de façon classique et de choisir comme protagoniste principal celui qui a tout pour être un anti-héros, d’adopter son angle de vue, de le marquer constamment à la culotte. Au fur et à mesure que son univers s’effondre, on est pris par la tension d’une fuite en avant de plus en plus vertigineuse qui s’accélère inexorablement. L’excellente bande son (musique d’Olivier Arson), omniprésente, contribue à électriser l’atmosphère, à nous clouer à nos sièges. Le travail de l’image (signé Alex de Pablo), tout aussi brillant, renforce encore le sentiment de malaise, nous propulsant d’un univers clinquant à celui, introverti, du protagoniste qui perd progressivement pied. On colle à son rythme : analyser, réfléchir, réagir toujours plus vite… Comme lui on finit par ne plus respirer, pris dans un étau entre ce qui pourrait être la réalité ou le fruit de son imagination. On est entrainé par un tel tourbillon qu’on finirait presque par avoir de l’empathie pour ce pourri qui nous hérisse pourtant. Par ressentir dans nos chairs, plus que par comprendre, pourquoi des mecs pourtant intelligents, quand ils sont pris la main dans le sac, s’enferrent contre toute évidence à mentir… Si cela se passe en Espagne, je vous jure « les yeux dans les yeux » que cela nous rappellera furieusement quelques scandales à la française !
 
L’action démarre dans un restaurant de luxe, autour d’un plateau de fruits de mer débordant de gambas plus énormes et plus rouges que partout ailleurs. Ici l’herbe est plus verte que partout ailleurs ! On ingurgite goguenards et sans s’extasier les vins millésimés, la cuisine fine, on se gausse, on critique les absents, on trame des complots avec des airs entendus. Il nous faut un moment pour comprendre qu’on est dans la cour des grands, des puissants de ce monde, parmi lesquels une seule et unique femme. Tellement sûrs d’eux, de leur impunité éternellement acquise qu’ils en finissent par oublier d’être discrets. C’est à l’heure du digestif, quand sort de l’ombre un petit carnet où sont alignés les comptes occultes de campagne, qu’on sait définitivement qu’on est dans une grande famille politique. Laquelle ? Ce ne sera jamais dit… Les scénaristes ont pris soin de doter le parti fictif du film des mêmes caractéristiques que les formations politiques qui s’affrontaient en Espagne en 2007, année où se situe l’action. 
 
Pour Manuel López-Vidal (Antonio de la Torre, juste parfait !), l’un des cadors de la petite bande plus habituée aux yachts qu’au métro, l’avenir s'annonce radieux. C’est au moment où il est sur le point de satisfaire son ambition galopante, de passer à la direction nationale, qu’un bon gros scandale dévoilé par la presse va éclater : malversations, corruption, compte d’initiés… Alors qu’ils nageaient tous dans les mêmes eaux glauques et profondes, Manuel va vite comprendre que c'est sur lui seul que la nasse risque de se refermer. Ses alliés de jadis auront tôt fait de charger sa barque pour se défausser et ne pas sombrer avec lui. Mais notre bouc émissaire n’a pas dit son dernier mot…
LE VOX      lun8/20h
UN COUP DE MAÎTRE

(MI OBRA MAESTRA) Gaston DUPRAT - Argentine 2018 1h41mn VOSTF - avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo, Andrea Frigerio... Scénario d'Andres Duprat.

 
 
 
Une savoureuse comédie argentine à l'humour grinçant à souhait, voilà qui fait un bien fou par les temps qui courent ! On est heureux de retrouver dans Un coup de maître la patte de Gaston Duprat, réalisateur avec Mariano Cohn de l'excellent Citoyen d'honneur (disponible en Vidéo en Poche), on retrouve aussi le jeu subtil de Guillermo Francella (El Clan, Dans ses yeux) et on découvre, dans le rôle du peintre bougon, l’incroyable Luis Brandoni, un comédien qui est aussi un homme politique : pour une fois que ce n’est pas l’inverse ! Un sacré bonhomme ! Cible de la Triple A (Alianza Anticommunista Argentina) dans les années 70, il fut enlevé par ce sinistre escadron de la mort mais jamais ne baissa les bras…

Un peu comme Renzo Nervi, le personnage qu’il incarne. « Bougon » ai-je écrit précédemment ? Le mot est faible, le qualificatif est mesquin. Renzo est le nihilisme incarné et c'est pour ça qu'il nous fait rire : parce qu'il est insupportable. Râleur, aigri, désabusé, goujat, vaniteux, capricieux… Qu’oublié-je ? J’hésite entre pingre ou ruiné… mais après tout est-ce incompatible ? Bref, un spécimen qu’on ne mettrait pour rien au monde dans son lit ou dans son carnet d’amis… Pourtant ! Non seulement il a la plus jolie des amantes (aussi fraîche qu’il est défraîchi) mais au plus creux de sa décadence de peintre has been l’accompagne (non sans sourciller) Arturo Silva, son fidèle galeriste. Quels liens invisibles les attachent si profondément l’un à l’autre ? Ceux d’un prédateur des mers et de son poisson pilote ? Ou ceux d’une amitié aussi vache que profonde, mais semble-t-il parvenue au bout du rouleau ? Car enfin, qui supporterait plus longtemps les frasques de Renzo, gloire déchue des années 80, sa suffisance cabocharde, son refus de la moindre concession ? Vieil ours mal léché qui campe sur ses positions tel un chêne prêt à rompre plutôt que de plier, sans se soucier d’entraîner dans sa chute ses plus fidèles alliés, qu’on finit par plaindre tout en ne pouvant s’empêcher de rire. On se pique au jeu, comme hypnotisé par ce petit monde au bord de l’indigestion à force d’avaler des couleuvres, projeté avec eux au cœur d’une pétaudière prête à exploser. Reste à savoir quand et quel sera l’élément déclencheur… 
La belle exaspérée de n’avoir en retour de son amour que des miettes désabusées ? L’allumé aux dreadlocks qui débarque dans l’antre du barbouilleur, prêt à se sacrifier pour devenir « son disciple » ? Le susnommé galeriste Arturo, las d’essayer de caser les toiles décotées du génie tombé en désuétude ? À quoi cela tient-il d’être considéré comme « in », « cool », « à la page » ? Le temps de prononcer ces expressions et les voilà tout aussi démodées que nos coqueluches de la décennie précédente. Transparait la tartufferie des marchands d’art, et leur cynisme quand ils en viennent à se demander s'il ne faut pas qu'un artiste soit mort pour que son œuvre se vende. De là à avoir envie de trucider l’ours pour vendre plus cher sa peau…
La première scène donne le « la » et nous entraîne dans une chute de Charybde en Scylla en même temps que les protagonistes, et chapeau bas si vous devinez jusqu’où cela nous entrainera !
En filigrane, une Argentine émouvante et clinquante qui se drape dans un positivisme désenchanté, à moins que ce ne soit dans un pessimisme optimiste : il faudrait inventer un nouveau mot pour mieux la décrire, entre saudade déchirante et ironie désopilante. Et on laissera le dernier mot à Renzo : « Quand un pays entier pose son cul devant la télé pour regarder 22 millionnaires courir derrière un ballon, c’est sans espoir. »  
 
LE VOX      mardi 9/20h30 
 
 

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