Au(x) cinéma(s) du 3 au 9 juin

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Bonjour à tous,

Un beau film encore cette semaine au CGR Chabran, avec La loi du marché de Stéphane Brizé, pour lequel Vincent Lindon a obtenu le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes.
Sinon, peu de nouveautés dans les cinémas alentour : Jauja à Fréjus, un film d'une très grande beauté et Les jardins du roi, comédie historique réussie. Pour le reste, on peut toujours voir Taxi TéhéranLes optimistesMy old ladyLes terrassesLe labyrinthe du silenceVoyage en ChineEverything will be fine et La tête haute.
Et nous, nous continuons notre travail de fourmis pour avoir enfin un jour un vrai cinéma  de qualité à Draguignan !

Bonne semaine de cinéma !
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PROGRAMMATION DU 3 AU 9 JUIN 2015

 

La Loi du Marché
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La Loi du Marché
Réalisé par Stéphane BRIZÉ
France 2015 1h33mn
avec Vincent Lindon et des comédiens non professionnels...
Scénario de Stéphane Brizé et Olivier Gorce
Prix d'interprétation masculine, Festival de Cannes 2015

Dès la première scène, impressionnante d'intensité, le ton est posé. Un homme d'une cinquantaine d'années est en discussion avec son conseiller Pôle Emploi. L'homme tente de comprendre pourquoi on l'a inutilement aiguillé sur un stage de grutier alors que seuls les candidats ayant déjà une expérience dans le bâtiment peuvent postuler à un emploi dans cette spécialité. Il a suivi assidûment son stage pendant plusieurs semaines, il a réussi l'examen final mais il n'a aucune chance de trouver un boulot. Pourquoi lui avoir fait perdre son temps, à lui et à une douzaine de participants au stage qui sont dans la même situation ? Le conseiller avoue ne pas trouver d'explication, pas plus que de solution miracle. L'homme est au chômage depuis vingt mois, il sera prochainement en fin de droits, il peine à contenir sa colère. Mais il la contient, conscient sans doute que son interlocuteur est aussi désemparé que lui... lire la suite
CGR Chabran : mercredi 3 : 11h130, 14h, 16h, 18h, 20h - les autres jours : 11h15, 14h, 16h, 18h, 20h
La Tête haute
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La Tête haute
Réalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2015 2h
avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier...
Scénario d'Emmanuelle Bercot et Marcia Romano
Festival de Cannes 2015, Sélection officielle, Film d'ouverture hors compétition

« Cette année, on a voulu commencer par un bon film » a déclaré Thierry Frémaux, directeur et sélectionneur en chef, après avoir annoncé que La Tête haute serait projeté en ouverture du Festival de Cannes. Il dit vrai, La Tête haute est un très bon, un très beau film. « C’est un film universel, qui exprime bien les questions qui se posent sur nos modèles de société ; un film qui parle de la jeunesse, de transmission, du rapport entre la justice et la société, des mécanismes sociaux et éducatifs mis en place dans un pays comme la France pour traiter des cas de délinquance… Et c'est un film très émouvant. » Là encore, Thierry Frémaux parle d'or.
La Tête haute suit le parcours mouvementé d'un jeune garçon de six à dix-huit ans, qu'une juge des enfants et un éducateur tentent de sauver presque malgré lui..
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Carré Gaumont (Sainte Maxime) : jeudi 4, vendredi 5, lundi 8 et mardi 9 à 16h30
Jauja
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Jauja
Réalisé par Lisandro ALONSO
Argentine/Danemark 2014 1h48mn VOSTF
avec Viggo Mortensen (également producteur), Ghita Norby, Adrian Fondari, Estaban Bigliardi, Villbjork Mallin Agger...
Il y a dans Jauja, le sixième long métrage de l'argentin Lisandro Alonso, l'un des plus beaux plans qu'il nous ait été donné de voir ces derniers mois : en pleine nuit, allongé à même un rocher, perdu en plein désert, son épée posée à côté de lui, le capitaine Gunnar Dinesen (Viggo Mortensen) s'endort sous la voûte céleste. Au fin fond de la Patagonie, alors que se prépare une campagne génocidaire contre les « têtes de coco » qui vivent dans cette région, cet ingénieur danois engagé dans l'armée argentine est parti seul à la recherche de sa fille et du jeune soldat dont elle est tombée amoureuse. Cet homme qui marche a donc fini par s'endormir. Ses pas l'ont porté sur ce rocher, avant de le conduire, mais il ne le sait pas encore, à un chien immobile, assis dans une flaque d'eau en plein désert. Plus tard, guidé par le chien, il marchera encore, et encore, jusqu'à perdre toute notion du temps et de l'espace et se confondre avec les paysages arides et grandioses qu'il traverse... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : vendredi 5 à 15h, dimanche 7 et mardi 9 à 18h15 et 20h30 - lundi 8 à 15h et 20h
Les Jardins du Roi
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Les Jardins Du Roi
Réalisé par Alan RICKMAN
GB 2014 1h57mn VOSTF
avec Kate Winslet, Matthias Schœnaerts, Alan Rickman, Stanley Tucci, Helen McCrory, Stephen Waddington, Jennifer Ehle...
Nous sommes au temps du Roi Soleil, Louis le quatorzième pour l'état civil, au moment où, au faîte de son pouvoir, il a décidé de déplacer sa cour pléthorique du trop étroit palais du Louvre jusqu'à Versailles. Très attaché au moindre détail dans la création de son environnement, doté d'une imagination débordante, le roi est particulièrement obsédé par la perfection de ses jardins.
En la matière, le héros du moment se nomme André Le Nôtre, qui immortalisera dans les livres d'histoire la tradition des jardins dits « à la française », ces jardins où le paysagiste domptait la nature dans un délire géométrique absolu, avec des parterres plus complexes que certains problèmes mathématiques. Le pouvoir de Le Nôtre sur sa discipline est incontesté au point que l'artiste s'en ennuie presque et cherche un nouvel élan : la conception puis la réalisation du « Bosquet des Rocailles », rêvé par Louis XIV comme un havre de paix, et d'une salle de bal en plein air constituent un défi à sa mesure, qui va lui permettre de se remettre en cause.
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Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) : dimanche 7 à 18h
Les Optimistes
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Les Optimistes
Réalisé par WESTHAGEN MAGNOR
Documentaire Norvège 2014 1h30mn VOSTF
avec les incroyables optimistes Goro, Birgit, Lillemor, Irma, Gerd, Aase Marit, Marit, Anni et Eldbjorg...
Voilà un joli film qui devrait comme on dit être remboursé par la Sécu tant il est un parfait substitut à tous les antidépresseurs, un remède à toutes les angoisses métaphysiques face à la finitude de l'existence. Tout ça grâce à une bande de filles qui font du volley-ball ! Des filles qui présentent une petite particularité : la benjamine de leur équipe est une jeunette de 66 ans, et la doyenne porte fièrement ses 96 printemps ! On savait que la consommation de rollmops et l'air vivifiant des fjords constituaient des élixirs de jouvence mais là ça nous coupe le sifflet. On ne prétendra pas que ces joueuses sont des compétitrices sans défaut, leur technique laisse parfois à désirer, les petits rhumatismes des unes et des autres ralentissent le jeu… mais leur inextinguible envie de jouer et surtout de se retrouver hiver (en Norvège il est long) comme été balaie tout... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : jeudi 4 à 15h et 20h30 - vendredi 5 à 15h et 18h15 - lundi 8 à 20h30 - mardi 9 à 18h15
Taxi Téhéran
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Taxi Téhéran
Ecrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Festival de Berlin 2015
L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :  jeudi 4 et dimanche 7 et lundi 8 à 18h15 - mardi 9 à 15h
La Tomette (Salernes) :  vendredi 5 à 18h
Le Luc : vendredi 5 à 21h et samedi 6 à 18h (autres horaires en VF)
My Old Lady
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My Old Lady
Écrit et réalisé par Israël HOROVITZ
USA/GB 2014 1h47mn VOSTF
avec Maggie Smith, Kevin Kline, Kristin Scott Thomas, Dominique Pinon, Noémie Lvovsky...
Le film commence comme une jolie balade romantique dans le « Paris éternel ». Le décor est planté, Mathias, beau quinquagénaire, débarque fraîchement de New York, sans le sou mais plein de projets. En fait surtout un, bien précis : vendre au plus vite l'appartement dont il a hérité de son défunt père… mais il découvre encore plus vite que ce logement délicieux en plein cœur du Marais est habité par une vieille dame, Mathilde, et sa fille Chloé. En fait d'héritage, c'est d'un viager qu'il s'agit, système typiquement français qu'il a du mal à comprendre dans un premier temps et qui vient dans un second ombrager son tout frais bonheur d'héritier unique. On comprend que ce Mathias n'est pas que réussites et bonheur : trois divorces, pas de boulot, totalement fauché, c'était un peu sa dernière chance. Si Mathilde n'est en rien surprise, pas question pour Chloé et Mathias de se supporter le moins du monde : de subterfuges en contre-propositions malhonnêtes, se sera à qui fait la meilleure offre pour acquérir ou vendre en morceaux ce cadeau empoisonné... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : samedi 6 et lundi 8 à 15h
Les Terrasses
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Les Terrasses
Écrit et réalisé par Merzak ALLOUACHE
Algérie 2014 1h32mn VOSTF
avec Adila Bendimerad, Nassima Belmihoub, Ahcene Benzerari, Aïssa Chouat, Mourad Khen, Myriam Ait El Hadj...
Certaines villes façonnent notre imaginaire, les villes portuaires plus que d'autres, presque par essence. Que dire d'Alger, cité surpeuplée, effervescente et aux couleurs multiples ? Le nouveau film de Merzak Allouache nous propose une vision éminemment symbolique de sa ville tant aimée, Alger, dont il est originaire. Cette vision, il nous la livre gâce à un dispositif singulier et réussi : tout se voit, se vit, s'appréhende depuis les terrasses de la cité, qui deviennent le lieu nécessaire de toutes les intrigues, accueillent malheurs, espoirs, petits et gros gros défauts des protagonistes... lire la suite
Le Vox (Fréjus) : mercredi 3 et dimanche 7 à 15h, 18h15, et 20h30 - jeudi 4 et lundi 8 à 18h15 - vendredi 5 et mardi 9 à 15h et 20h30 - samedi 6 à 18h15 et 20h30
Le Labyrinthe du silence
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Le Labyrinthe du silence
Réalisé par Giulio RICCIARELLI
Allemagne 2014 2h03mn VOSTF
avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht, Gert Voss...
Grand Prix, Prix du Public et Prix du jury étudiant - Festival du Film d'histoire de Pessac 2014
Nous sommes en 1958 à Francfort, la toute jeune République Fédérale d'Allemagne tente de se reconstruire, de panser les blessures de sa société meurtrie par la barbarie nazie. Un peintre en balade lâche soudain chevalet et pinceaux en reconnaissant, derrière les grilles d'une école, un homme qui a été un de ses tortionnaires dans le camp d'extermination d'Auschwitz et qui est devenu depuis professeur, sans être inquiété semble-t-il. Relayé par un journaliste tenace, Thomas Gnielka, le témoignage du peintre juif va changer la vie d'un tout jeune procureur, Johann Radmann, jusque là préposé aux délits routiers. Intègre et obstiné, le jeune magistrat va découvrir non seulement la réticence de ses collègues à prendre en compte la demande de justice d'une victime du régime nazi – la raison d'État prône la réconciliation nationale, pas la recherche des anciens tortionnaires – mais aussi la totale ignorance de beaucoup de ses compatriotes, y compris au sein du Palais de Justice... lire la suite
Le Vox (Fréjus) :  mercredi 3, jeudi 4 et samedi 6 : 15h, 18h15 et 20h30 - vendredi 5 à 18h15 et 20h30 - dimanche 7 et mardi 9 à 15h
Voyage en Chine
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Voyage en Chine
Écrit et réalisé par Zoltan MAYER
France / Chine 2014 1h36mn
avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing, Lin Dong Fu, Liu Ling Zi, Dong Qing, Yiling Yang, André Wilms...
Notre chère Yolande Moreau est une fois de plus magnifique. Elle est ici Liliane et dans les premières séquences on la sent comme absente, à côté d'elle-même, infirmière quinquagénaire fonctionnant en pilotage automatique, pas vraiment malheureuse mais pas non plus très épanouie dans son mariage avec Richard, son compagnon de toujours (comme d'habitude impeccable André Wilms). Et puis, au milieu d'une nuit pas plus insomniaque qu'une autre, le téléphone sonne, un de ces appels brefs qui vous réveillent et changent le cours de votre existence. Son fils unique Christophe vient de mourir accidentellement. Loin, très loin, au fin fond de la Chine, où il habitait depuis des années et où elle n'est jamais allée lui rendre visite. Pour couronner le tout, le corps ne peut être rapatrié que si un des parents se rend sur place... lire la suite
La Tomette (Salernes) : lundi 8 à 21h et mardi 9 à 18h
Every Thing Will Be Fine
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Every Thing Will Be Fine
Réalisé par Wim WENDERS
France/Canada/Allemagne 2015 1h55mn VOSTF
avec Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams, James Franco...
Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, tandis que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire... lire la suite
Le Cinéma (Lorgues) : samedi 6 à 20h et lundi 8 à 19h


Et si vous voulez en savoir un peu plus...

La Loi du Marché
LA LOI DU MARCHÉRéalisé par Stéphane BRIZÉ
France 2015 1h33mn
avec Vincent Lindon et des comédiens non professionnels...
Scénario de Stéphane Brizé et Olivier Gorce
Prix d'interprétation masculine, Festival de Cannes 2015 


Dès la première scène, impressionnante d'intensité, le ton est posé. Un homme – c'était le titre de travail du film : « Un homme » – d'une cinquantaine d'années est en discussion avec son conseiller Pôle Emploi. L'homme tente de comprendre pourquoi on l'a inutilement aiguillé sur un stage de grutier alors que seuls les candidats ayant déjà une expérience dans le bâtiment peuvent postuler à un emploi dans cette spécialité. Il a suivi assidûment son stage pendant plusieurs semaines, il a réussi l'examen final mais il n'a aucune chance de trouver un boulot. Pourquoi lui avoir fait perdre son temps, à lui et à une douzaine de participants au stage qui sont dans la même situation ? Le conseiller avoue ne pas trouver d'explication, pas plus que de solution miracle. L'homme est au chômage depuis vingt mois, il sera prochainement en fin de droits, il peine à contenir sa colère. Mais il la contient, conscient sans doute que son interlocuteur est aussi désemparé que lui. L'absurdité d'un système qui met des emplâtres dérisoires sur le chômage endémique est mis à nu dans cette séquence où Thierry – le personnage principal incarné par un Vincent Lindon exceptionnel – crève l'écran.

Thierry, c'est un de ces ouvriers qui croyait, comme beaucoup, après des années de labeur rigoureux au service de la même entreprise, se diriger vers une fin de carrière et de vie toute tracée : une vie de couple heureux et soudé malgré les difficultés (ils ont un enfant lourdement handicapé pour qui ils se battent au quotidien afin de lui assurer une formation au niveau de ses réelles capacités intellectuelles), dans leur modeste appartement qu'ils ont presque fini de payer, avec même un petit mobile home pour les vacances estivales. Mais sacrifié sur l'autel des délocalisations et de l'optimisation des dividendes, Thierry s'est retrouvé à cinquante balais sur le carreau, en même temps que tous ses camarades d'atelier. Contrairement à certains, il a renoncé, par lassitude, au combat contre ses anciens patrons (remarquable scène qui l'oppose à un copain syndicaliste incarné fort à propos par l'ex-Conti Xavier Mathieu, célèbre pour son coup de gueule salutaire contre l'arrogant Pujadas) pour se consacrer à la recherche d'un emploi, coûte que coûte. Et il va subir tout le parcours des seniors au chômage : l'entretien déshumanisé et tragi-comique par Skype, la session de « comment bien se vendre à un futur employeur » avec jeux de rôle infantilisants, les rendez-vous à la banque avec une attachée de clientèle qui pourrait être sa fille et qui lui donne des conseils humiliants de réalisme… Pour finir par décrocher un poste de vigile en supermarché où il va être contraint de surveiller et de réprimer plus pauvre encore que lui, y compris ses collègues…

Stéphane Brizé, on le suit avec admiration et même affection depuis son tout premier film, Le Bleu des villes. Sont venus ensuite Je ne suis pas là pour être aimé, Mademoiselle Chambon, Quelques heures de printemps… Des chroniques superbes qui saisissaient avec subtilité les fêlures de l'intime, qui exploraient avec lucidité et empathie les sentiments amoureux et familiaux. Dans La Loi du marché, Brizé élargit son propos et s'empare de la question sociale, et des répercussions qu'elle a justement sur la sphère privée : conséquences désastreuses de la nouvelle barbarie économique sur la vie quotidienne de ceux qui la subissent et qui ne sont en rien armés pour être des combattants politiques, en rien des grandes gueules revendicatrices, simplement des gens qui ont un minimum de bon sens, de dignité et d'humanité. Oui, La Loi du marché est un grand film sur la dignité irréductible des humains ordinaires.
Vincent Lindon incarne avec une puissance saisissante ces valeurs, même si son personnage a dû longtemps les enfouir, les faire taire parfois dans l'espoir de conserver à sa famille le bonheur simple qu'elle s'était construit. Le film trouve une force singulière dans la manière dont il laisse aux scènes le temps de durer, jusqu'au malaise parfois, en tout cas jusqu'à ce que la vérité des personnages et des situations s'exprime dans toutes ses nuances. Et aussi dans le choix audacieux qu'a fait Stéphane Brizé de confronter Vincent Lindon à des acteurs non professionnels, dans des rôles souvent très proches de ceux qu'ils occupent dans la vie. Comme le dit le réalisateur, « je doute qu'ils sachent faire ce que des acteurs font mais ce qu'ils font, je pense qu'aucun acteur n'est capable de le faire. » (Utopia)


CGR Chabran : mercredi 3 : 11h130, 14h, 16h, 18h, 20h - les autres jours : 11h15, 14h, 16h, 18h, 20h


La Tête haute
LA TÊTE HAUTERéalisé par Emmanuelle BERCOT
France 2015 2h
avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier...
Scénario d'Emmanuelle Bercot et Marcia Romano. Festival de Cannes 2015, Sélection officielle, Film d'ouverture hors compétition 

« Cette année, on a voulu commencer par un bon film » a déclaré Thierry Frémaux, directeur et sélectionneur en chef, après avoir annoncé que La Tête haute serait projeté en ouverture du Festival de Cannes. Il dit vrai, La Tête haute est un très bon, un très beau film. « C’est un film universel, qui exprime bien les questions qui se posent sur nos modèles de société ; un film qui parle de la jeunesse, de transmission, du rapport entre la justice et la société, des mécanismes sociaux et éducatifs mis en place dans un pays comme la France pour traiter des cas de délinquance… Et c'est un film très émouvant. » Là encore, Thierry Frémaux parle d'or.
La Tête haute suit le parcours mouvementé d'un jeune garçon de six à dix-huit ans, qu'une juge des enfants et un éducateur tentent de sauver presque malgré lui. Dans le rôle central, Rod Paradot fait sa première apparition à l'écran et on peut déjà parier qu'on reverra ce garçon incroyable, tout à la fois émouvant, effrayant et complexe, rendant à l'écran la fragilité aussi bien que la dureté de cet être en construction.

D'emblée le rythme est donné. Nous sommes dans l'urgence, l'urgence de sauver un enfant de son destin qui semble déjà tout tracé. Malony est un petit bout de six ans et alors que sa mère vocifère dans le bureau du juge des enfants, on sent dans ses regards, saisis au vol par la caméra, la peur, l'incompréhension de ce petiot qui entend sa mère dire qu'il est un démon comme son père, qu'elle n'en peut plus de lui, avant de claquer la porte et de le laisser planté là. Interprétée par une Sara Forestier volontairement défigurée par un mauvais dentier, elle est la mère qu'on aurait envie de secouer un bon coup si on s'arrêtait à une première impression, mais que la cinéaste rendra au fil du récit plus démunie qu'irresponsable.
On retrouve Malony dix ans plus tard au volant d'une voiture, qu'il conduit sans permis évidemment, sa mère hilare à l'arrière, lui disant qu'il pilote comme un dieu (sic). Retour chez la juge, mais cette fois les choses ont changé, ce n'est plus une famille d'accueil qu'on lui propose mais le choix entre une mise à l'épreuve et la prison. On comprend bien que les choses n'ont pas évolué dans le bon sens pour l'adolescent. Déjà à la tête d'un casier judiciaire conséquent, Malony, casquette sur la tête ou capuche sur les yeux, semble irrécupérable. Violent avec ses éducateurs, ne supportant aucune frustration, aucun encadrement, immédiatement ressenti comme une atteinte à sa personne et à ses droits… La juge décide de le placer dans un centre éducatif à la campagne. Malony commence alors un nouveau parcours, en rupture avec son environnement habituel…

Emmanuelle Bercot nous plonge dans les arcanes de l'institution judiciaire chargée de la protection de l'enfance. Un univers qu'elle avait déjà exploré dans le Polisse de Maiwen, qu'elle avait co-écrit et interprété, et dont elle affirme ici encore qu'il est le dernier maillon, l'ultime filet de sécurité pour des milliers d'enfants qui sont les premières victimes d'une société de plus en plus brutale. Son film est juste, intense et souvent bouleversant. (Utopia)


Carré Gaumont (Sainte Maxime) : jeudi 4, vendredi 5, lundi 8 et mardi 9 à 16h30


Jauja
JAUJARéalisé par Lisandro ALONSO
Argentine/Danemark 2014 1h48mn VOSTF
avec Viggo Mortensen (également producteur), Ghita Norby, Adrian Fondari, Estaban Bigliardi, Villbjork Mallin Agger...

Il y a dans Jauja, le sixième long métrage de l'argentin Lisandro Alonso, l'un des plus beaux plans qu'il nous ait été donné de voir ces derniers mois : en pleine nuit, allongé à même un rocher, perdu en plein désert, son épée posée à côté de lui, le capitaine Gunnar Dinesen (Viggo Mortensen) s'endort sous la voûte céleste. Au fin fond de la Patagonie, alors que se prépare une campagne génocidaire contre les « têtes de coco » qui vivent dans cette région, cet ingénieur danois engagé dans l'armée argentine est parti seul à la recherche de sa fille et du jeune soldat dont elle est tombée amoureuse.
Cet homme qui marche a donc fini par s'endormir. Ses pas l'ont porté sur ce rocher, avant de le conduire, mais il ne le sait pas encore, à un chien immobile, assis dans une flaque d'eau en plein désert. Plus tard, guidé par le chien, il marchera encore, et encore, jusqu'à perdre toute notion du temps et de l'espace et se confondre avec les paysages arides et grandioses qu'il traverse. Impossible alors de ne pas penser à Giacometti.

Écrit en collaboration avec le poète argentin Fabian Casas, Jauja est un film d'une très grande beauté formelle. Principalement constitué de longs plans fixes, format presque carré, c'est une véritable expérience sensorielle – extraordinaire, la bande-son n'est faite que des bruits du vent, d'orage et de pas sur la terre. Que la réalité prenne la forme d'une hallucination, ou que ce soit l'inverse, peu importe : « Un homme n'est pas tous les hommes. » Être ou ne pas être ? « Je ne sais pas », dira le capitaine danois. Très loin de la Patagonie, au Danemark, une jeune fille blonde finira, elle aussi, par se réveiller dans la chambre de son beau château. Quel était donc ce songe d'une nuit danoise ? Une magnifique réflexion sur la puissance évocatrice du cinéma.
Et, soit dit en passant, la énième confirmation du grand talent de Viggo Mortensen. Moustachu, posé sur son cheval en uniforme de cavalier, l'épée au fourreau et un splendide chapeau sur la tête, il fait penser au John Wayne des premiers John Ford. (F. Nouchi, Le Monde)

La légende : les Anciens disaient que « Jauja » était, dans la mythologie, une terre d’abondance et de bonheur. Beaucoup d’expéditions ont cherché ce lieu pour en avoir la preuve. Avec le temps, la légende s’est amplifiée d’une manière disproportionnée. Sans doute les gens exagéraient-ils, comme d’habitude. La seule chose que l’on sait avec certitude, c’est que tous ceux qui ont essayé de trouver ce paradis terrestre se sont perdus en chemin… (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : vendredi 5 à 15h, dimanche 7 et mardi 9 à 18h15 et 20h30 - lundi 8 à 15h et 20h

 

 


Les Jardins Du Roi
LES JARDINS DU ROIRéalisé par Alan RICKMAN
GB 2014 1h57mn VOSTF
avec Kate Winslet, Matthias Schœnaerts, Alan Rickman, Stanley Tucci, Helen McCrory, Stephen Waddington, Jennifer Ehle...

Nous sommes au temps du Roi Soleil, Louis le quatorzième pour l'état civil, au moment où, au faîte de son pouvoir, il a décidé de déplacer sa cour pléthorique du trop étroit palais du Louvre jusqu'à Versailles qui sera pour l'éternité ou presque le signe de sa magnificence (en tout cas avant que Jeff Koons s'en mêle). Très attaché au moindre détail dans la création de son environnement, doté d'une imagination débordante – bien au-delà souvent des possibilités techniques de l'époque – le roi est particulièrement obsédé par la perfection de ses jardins.
En la matière, le héros du moment se nomme André Le Nôtre, qui immortalisera dans les livres d'histoire la tradition des jardins dits « à la française », ces jardins où le paysagiste domptait la nature dans un délire géométrique absolu, avec des parterres plus complexes que certains problèmes mathématiques et des buissons strictement taillés en cônes. Le pouvoir de Le Nôtre sur sa discipline est incontesté au point que l'artiste s'en ennuie presque et cherche un nouvel élan : la conception puis la réalisation du « Bosquet des Rocailles », rêvé par Louis XIV comme un havre de paix, et d'une salle de bal en plein air constituent un défi à sa mesure, qui va lui permettre de se remettre en cause…

Et c'est là que la romance fait son apparition, que la fiction fait un plaisant écart avec la réalité historique avec l'apparition de Sabine de Barra, veuve brisée et tourmentée, mais aussi paysagiste passionnée et inspirée, adepte du chaos dans la nature, à vingt mille lieues des obsessions d'ordre de Le Nôtre… Évidemment la rencontre entre les deux personnages va faire des étincelles : conflit, fascination, naissance de l'amour…
Mais au-delà de la love story à rebondissements, le film décrit de manière étonnamment émouvante la cruauté des sentiments, souvent régis par le libertinage et la raison cynique : ceux d'un roi marié trop jeune qui n'a d'yeux que pour sa maîtresse, la Montespan, mais qui est néanmoins effondré à la mort de sa femme toujours loyale et envers qui il a toujours eu de la tendresse, la mélancolie lancinante d'un Le Nôtre mal marié à une arriviste qui noie le vide de sa vie dans des relations rapides avec des jeunes courtisans, la tristesse de toutes ces femmes qui sont aussi des mères et qui voient leurs enfants en bas âge fréquemment emportés par la maladie…

La comédie historique est tout à fait réussie, la mise en scène met parfaitement en valeur la splendide reconstitution de Versailles et du Louvre… dans des châteaux anglais ! Les Jardins du Roi propose en outre une étude de mœurs bien sentie, portée par une remarquable interprétation : Kate Winslet incarne une Sabine particulièrement attachante, partagée entre le deuil et la renaissance de la passion, animée d'une force créatrice rayonnante ; Stanley Tucci est hilarant en Philippe d'Orléans, frère exubérant et fantasque du Roi, tandis qu'Alan Rickman est un parfait Louis XIV, monarque absolu qui navigue entre gravité et folie des grandeurs.

Cinéma Marcel Pagnol (Cotignac) : dimanche 7 à 18h

 

 

 

Les Optimistes
LES OPTIMISTESRéalisé par Gunhild WESTHAGEN MAGNOR
Documentaire Norvège 2014 1h30mn VOSTF
avec les incroyables optimistes Goro, Birgit, Lillemor, Irma, Gerd, Aase Marit, Marit, Anni et Eldbjorg...

Voilà un joli film qui devrait comme on dit être remboursé par la Sécu tant il est un parfait substitut à tous les antidépresseurs, un remède à toutes les angoisses métaphysiques face à la finitude de l'existence. Tout ça grâce à une bande de filles qui font du volley-ball ! Des filles qui présentent une petite particularité : la benjamine de leur équipe est une jeunette de 66 ans, et la doyenne porte fièrement ses 96 printemps ! On savait que la consommation de rollmops et l'air vivifiant des fjords constituaient des élixirs de jouvence mais là ça nous coupe le sifflet. On ne prétendra pas que ces joueuses sont des compétitrices sans défaut, leur technique laisse parfois à désirer, les petits rhumatismes des unes et des autres ralentissent le jeu… mais leur inextinguible envie de jouer et surtout de se retrouver hiver (en Norvège il est long) comme été balaie tout.

Le film nous fait découvrir la vie de chacune dans son intimité qui n'est pas forcément toute rose, malgré la bonne humeur qui prend le dessus. Ce qui compte avant tout et s'avère très beau, c'est l'énergie du collectif. Un collectif qui décide un beau jour de trouver coûte que coûte une équipe à affronter : la scène où toutes ces dames googlisent frénétiquement à la recherche d'adversaires potentiels est très drôle… Et elles vont trouver leur bonheur dans une équipe suédoise composée de vétérans… masculins ! Commencent alors les préparatifs pour le grand match : trouver un sponsor pour les maillots, dégoter un entraîneur compétent, planifier le voyage qui sera une grande première – elles n'ont jamais joué à l'étranger !

Les Optimistes est une ode merveilleuse à la vie, à l'espoir jusqu'à la fin, à la solidarité et accessoirement au mode de vie scandinave, qui n'est sûrement pas pour rien dans la joie de vivre indéfectible de la bande. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : jeudi 4 à 15h et 20h30 - vendredi 5 à 15h et 18h15 - lundi 8 à 20h30 - mardi 9 à 18h15
 
 

Taxi Téhéran
TAXI TÉHÉRANÉcrit et réalisé par Jafar PANAHI
Iran 2015 1h22mn VOSTF
Ours d'Or Berlin 2015

C'est un magnifique et allègre bras d'honneur aux barbus barbons barbants. Les BBB (c'est plus court comme ça), ce sont les mollahs du régime iranien et leurs fonctionnaires zélés qui ont tenté par tous les moyens de faire taire le réalisateur Jafar Panahi. En 2010, les autorités l'ont d'abord emprisonné puis, après l'avoir libéré, lui ont interdit toute sortie du territoire et surtout ont essayé de l'empêcher de tourner. Mais on ne peut pas interdire à un être humain de respirer et durant les cinq dernières années, Panahi a naturellement désobéi en tournant clandestinement trois films, montrés dans les plus grands festivals internationaux. Taxi Téhéran a donc été projeté au Festival de Berlin où il a reçu à l'unanimité du jury la récompense suprême, l'Ours d'or. Panahi bloqué à Téhéran, c'est sa toute jeune nièce qui est venue recevoir en son nom la statuette, une gamine formidable qui est une des protagonistes importantes du film. Un grand moment !

L'histoire du cinéma l'a prouvé (des subtilités des films de Carlos Saura période franquiste au cinéma soviétique de l'époque Brejnev), la censure est moteur d'inventivité folle. Le temps d'un film, Jafar Panahi s'est mué en conducteur d'un des taxis jaunes de Téhéran, parcourant les rues animées de la capitale. Un conducteur qui ne connaît pas franchement les itinéraires et impose, soit disant involontairement, des détours impossibles à ses passagers. Et son taxi est bien particulier puisqu'il est équipé de caméras orientables qui enregistrent tout ce qui se passe dans l'habitacle et nous livrent, à travers la diversité des clients et de leurs conversations, un condensé des préoccupations et des paradoxes de la société iranienne. Comme souvent avec Panahi, on ne sait d'abord pas trop si on est dans la réalité ou la fiction… et puis on comprend vite que la deuxième prend indiscutablement le pas et c'est jubilatoire tant le film est inventif, drôle et irrévérencieux.
La première séquence montre une discussion ubuesque autour de la justice, entre une institutrice et un homme ostensiblement macho, qui croit aux vertus d'exemplarité de la peine de mort, y compris pour les délits mineurs. La femme rappelle le triste record de l'Iran en terme d'exécutions capitales, avant de comprendre que l'homme est lui même voleur à la tire… Plus tard, Jafar le taximan chargera pour l’hôpital une femme et son mari accidenté, l'épouse se préoccupant surtout du testament improvisé du blessé, que notre chauffeur est sommé d'enregistrer sur son téléphone portable : l'épisode souligne en creux la précarité du sort des femmes. Il y aura aussi cette avocate porteuse d'un énorme bouquet de fleurs, une femme au sourire aussi magnifique que son courage, comme son échange avec Jafar nous le fera deviner…
Mais Taxi Téhéran est aussi une merveilleuse et drôlatique déclaration d'amour au cinéma, à sa vitalité, à son pouvoir d'évocation et de transmission. Un vendeur à la sauvette de DVD reconnaît immédiatement Jafar Panahi, s'avérant connaître mieux le cinéma d'auteur mondial que bien des cinéphiles auto-déclarés… et nous montre à quel point la passion du cinéma ne saurait être étouffée par les ayatollahs. On savourera la géniale tractation entre le vendeur et Panahi autour des films de Woody Allen… On jubilera aussi à la séquence hilarante avec la nièce citée plus haut, quand la petite fille un peu peste énumère les conditions imposées pour la réalisation d'un d'un court métrage dans le cadre scolaire : respect bien entendu du voile et autres règles de bienséance religieuse mais aussi interdiction du « réalisme sordide » – oncle Jafar semble s'interroger mais on sent bien qu'intérieurement il se gondole…

Ce formidable film de résistance nous irrigue de son irréductible énergie et nous amène à nous demander ce qui pourrait bien arrêter la soif du cinéma et de la vie qui habite Panahi. Une leçon de volonté et d'ingéniosité – leçon d'écriture et de mise en scène aussi, en passant – dont bien des cinéastes plus libres de leurs mouvements pourraient s'inspirer…(Utopia)


Le Vox (Fréjus) :  jeudi 4 et dimanche 7 et lundi 8 à 18h15 - mardi 9 à 15h
La Tomette (Salernes) :  vendredi 5 à 18h
Le Luc : vendredi 5 à 21h et samedi 6 à 18h (autres horaires en VF)



My Old Lady
MY OLD LADYÉcrit et réalisé par Israël HOROVITZ
USA/GB 2014 1h47mn VOSTF
avec Maggie Smith, Kevin Kline, Kristin Scott Thomas, Dominique Pinon, Noémie Lvovsky...

Le film commence comme une jolie balade romantique dans le « Paris éternel ». Le décor est planté, Mathias, beau quinquagénaire, débarque fraîchement de New York, sans le sou mais plein de projets. En fait surtout un, bien précis : vendre au plus vite l'appartement dont il a hérité de son défunt père… mais il découvre encore plus vite que ce logement délicieux en plein cœur du Marais est habité par une vieille dame, Mathilde, et sa fille Chloé. En fait d'héritage, c'est d'un viager qu'il s'agit, système typiquement français qu'il a du mal à comprendre dans un premier temps et qui vient dans un second ombrager son tout frais bonheur d'héritier unique. On comprend que ce Mathias n'est pas que réussites et bonheur : trois divorces, pas de boulot, totalement fauché, c'était un peu sa dernière chance. Si Mathilde n'est en rien surprise, pas question pour Chloé et Mathias de se supporter le moins du monde : de subterfuges en contre-propositions malhonnêtes, se sera à qui fait la meilleure offre pour acquérir ou vendre en morceaux ce cadeau empoisonné.

Le casting est impeccable et le jeu d'acteur tout en finesse. Kevin Kline toujours juste, Kristin Scott Thomas immarcescible et Maggie Smith (qu'on peut voir aussi dans le second Indian Palace) pour toujours rayonnante portent le film. Ils cristallisent à eux trois toutes les histoires de vie d'une famille, plutôt de deux familles. Car sans dévoiler l'intrigue, vous saisirez aisément, fines mouches que vous êtes, que notre Mathias n'hérite pas par hasard – Mathias/Mathilde, on vous laisse deviner les connivences – de cet appartement. Il est lié à lui depuis bien longtemps, et il deviendra le lieu des révélations, la clef d'années de souffrance et de sentiment d'abandon, de solitude ineffable, puis leur catharsis et sûrement le salut de chacun.
Ce film n'est définitivement pas seulement une plaisante comédie de situation, c'est aussi un drame sur les existences torturées depuis l'enfance, les héritages, l'atavisme un peu trop lourd et les labyrinthes tortueux des secrets et du dysfonctionnement familial. On passe sa vie à vouloir plaire ou déplaire, à essayer de s'affranchir, mais on reste toujours le fils de son père.

Plus histoire progresse, et plus Chloé avec sa vie d'adulte craintive et Mathias avec sa colère incoercible vont se raconter, se rencontrer et se reconnaître, s'autoriser à laisser l'opaque et le superflu derrière eux. Chacun de ces trois personnages garde sa part d'ombre et d’égoïsme, tout autant que l'élan de vie doit rester plus fort. Jusqu'où l’égoïsme est-il acceptable pour préserver son bonheur ? Est-il vraiment possible de pardonner ? C'est un film émouvant sur les relations et les liens familiaux, tout simplement, offert avec force aux spectateurs par des huis-clos et des portraits de personnages finalement seuls avec eux-même puis éclairés par leurs choix plus justes. Pour ce qui est du décor, les amoureux de Paris seront servis, on arpente la ville et les bords de Seine, « le sang » de Paris, comme le désigne le trop rare Dominique Pinon qui incarne ici un drolatique agent immobilier. 

 

Le film est l'adaptation de la pièce à succès titrée en français « Très chère Mathilde », portée à l'écran par l'auteur lui-même. Réalisateur débutant, Israël Horovitz est un scénariste et dramaturge américain aussi productif que reconnu : plus de 50 pièces traduites dans le monde entier, et c'est aujourd’hui l’écrivain le plus joué en France. Ce film fait du bien, la vie toujours continue et fait des cadeaux, et il n'est jamais trop tard pour avoir une enfance heureuse… (Utopia)

Le Vox (Fréjus) : samedi 6 et lundi 8 à 15h


Les Terrasses
LES TERRASSES Écrit et réalisé par Merzak ALLOUACHE
Algérie 2014 1h32mn VOSTF
avec Adila Bendimerad, Nassima Belmihoub, Ahcene Benzerari, Aïssa Chouat, Mourad Khen, Myriam Ait El Hadj...

Certaines villes façonnent notre imaginaire, les villes portuaires plus que d'autres, presque par essence. Que dire d'Alger, cité surpeuplée, effervescente et aux couleurs multiples ? Le nouveau film de Merzak Allouache nous propose une vision éminemment symbolique de sa ville tant aimée, Alger, dont il est originaire. Cette vision, il nous la livre gâce à un dispositif singulier et réussi : tout se voit, se vit, s'appréhende depuis les terrasses de la cité, qui deviennent le lieu nécessaire de toutes les intrigues, accueillent malheurs, espoirs, petits et gros gros défauts des protagonistes.

C'est un film mosaïque soigneusement articulé : le cinéaste vient ordonner son film par des histoires successives, cinq exactement, indépendantes les unes des autres, qui se dessinent le temps d'une journée, de l'aube à la tombée de la nuit, et résonnent au rythme des cinq appels à la prière provenant des nombreuses mosquées de la ville. Le film avance au travers des visages de ses héros du quotidien, ni plus ni moins, on s'attarde sur ces morceaux de vie et cela suffit à créer tout un monde. Plus que son histoire, ce qui intéresse le cinéaste, c'est le personnage en lui-même. Ces Algérois ordinaires sont placés au cœur de son propos, et leur authenticité, leurs espoirs, leur détresse, leurs élans laissent toute latitude aux spectateurs pour puiser dans son imaginaire.
Les cinq terrasses choisies par Merzak Allouache sont situées dans différents quartiers ou communes d'Alger (Casbah, Bab El Oued, Notre dame d'Afrique, Centre ville et Belcourt), et ces espaces restreints, loin d'enfermer le film, lui offrent au contraire une grande ouverture, vers l'ailleurs, vers le voyage… peut-être immobile. Les terrasses donnent sur le port, la baie, la mer et son horizon lointain. Elles accrochent la lumière, et leur blancheur nitide contraste avec ces plans magnifiques de port et de mer qui renferment, la nuit tombée, les secrets de la ville…
Sur ces terrasses, à travers les quelques personnages mis en scène par Allouache, se condense toute la ville et ses soubresauts : jeunes musiciens pleins d'espoir, malfrats en plein désarroi face à leur sentiment familial, religieux hypocrite, femmes perturbées, mari violent, boxeur sur les nerfs…

Et on comprend que ce choix de scénographie n'est pas là seulement pour le décor, l'illustration : la sclérose, l'impossibilité d'être résonnent d'autant plus fort qu'elles s'expriment dans ces espaces ouverts, à la vue de tous, si proches du ciel, et qui pourtant protègent les pires des secrets, les us et coutumes passéistes. C'est le théâtre des pulsions inavouables, des hypocrisies, chacun s'arrangeant franchement avec sa foi, sa morale, les diktats de la société.
Merzak Allouache nous fait ressentir l'universalité de ses personnages : ces jeunes musiciens pourraient être des « chats persans » dans un autre orient. Son film est sans doute un portrait au vitriol de l'Algérie contemporaine, mais on sent aussi, dans l'impression de vitalité et de bouillonnement qui s'en dégage, un salutaire geste de vie, face à l’obscurité.

Le Vox (Fréjus) : mercredi 3 et dimanche 7 à 15h, 18h15, et 20h30 - jeudi 4 et lundi 8 à 18h15 - vendredi 5 et mardi 9 à 15h et 20h30 - samedi 6 à 18h15 et 20h30


Le Labyrinthe du silence
LE LABYRINTHE DU SILENCERéalisé par Giulio RICCIARELLI
Allemagne 2014 2h03mn VOSTF
avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht, Gert Voss...
Grand Prix, Prix du Public et Prix du jury étudiant - Festival du Film d'histoire de Pessac 2014 

Nous sommes en 1958 à Francfort, la toute jeune République Fédérale d'Allemagne tente de se reconstruire, de panser les blessures de sa société meurtrie par la barbarie nazie. Un peintre en balade lâche soudain chevalet et pinceaux en reconnaissant, derrière les grilles d'une école, un homme qui a été un de ses tortionnaires dans le camp d'extermination d'Auschwitz et qui est devenu depuis professeur, sans être inquiété semble-t-il.
Relayé par un journaliste tenace, Thomas Gnielka, le témoignage du peintre juif va changer la vie d'un tout jeune procureur, Johann Radmann, jusque là préposé aux délits routiers. Intègre et obstiné, le jeune magistrat va découvrir non seulement la réticence de ses collègues à prendre en compte la demande de justice d'une victime du régime nazi – la raison d'État prône la réconciliation nationale, pas la recherche des anciens tortionnaires – mais aussi la totale ignorance de beaucoup de ses compatriotes, y compris au sein du Palais de Justice : la majorité des gens qu'il questionne ne connaît même pas l'existence d'Auschwitz ! Heureusement Radmann aura le soutien du procureur général Fritz Bauer, lui même Juif exilé en Scandinavie durant la guerre alors qu'il était jeune parquetier.

Le Labyrinthe du silence évoque l'histoire tout à fait réelle du procès historique mais méconnu de quelques uns des SS d'Auschwitz (malheureusement seulement 22 des 6000 qui ont servi dans le camp de concentration !) qui s'est tenu de 1963 à 1965. Un procès historique parce que, contrairement à celui de Nüremberg en 1945-1946, engagé par les Alliés contre les dignitaires du régime vaincu, celui-ci fut mené par la jeune justice allemande et s'attaquait bien à la machine concentrationnaire et d'extermination et non uniquement aux crimes de guerre strico sensu. Il visait ainsi tous les niveaux du système, depuis le simple kapo zélé jusqu'aux responsables du camp. Le film rend remarquablement la complexité de cette entreprise dantesque. Les procureurs ont dû affronter tous les blocages possibles à tous les échelons d'une administration comptant encore dans ses rangs nombre d'anciens nazis : documents introuvables, volonté affichée de la police de ne pas collaborer, dans un contexte politique où le chancelier Adenauer lui-même faisait tout pour freiner le nécessaire devoir de reconnaissance de la culpabilité d'une grande partie du peuple allemand.
Mais il fallut aussi recueillir les témoignages de victimes souvent réticentes après qu'on les ait ignorées plus d'une décennie, sans compter que beaucoup de ces témoins avaient quitté l'Allemagne… La complexité était aussi psychologique pour bien des protagonistes, car une grande majorité parmi ceux qui avaient plus de quarante ans étaient d'anciens membres du Parti nazi, y compris dans l'entourage des procureurs, comme le montre une très belle scène dans laquelle le jeune Radmann est confronté au passé de sa propre famille… Le film montre au passage le rôle ambigu des sauveurs américains, qui s'accommodent de la présence aux affaires des anciens nazis pour assurer la gestion du pays, la priorité étant désormais pour eux la lutte contre l'influence soviétique. Rôle ambigu aussi des Israéliens, qui établissent une priorité discutable dans la capture des anciens responsables nazis, Eichmann leur paraissant par exemple plus important que le terrible docteur Mengele – qui leur échappera d'ailleurs et mourra accidentellement au Brésil après avoir vécu tranquille pendant vingt ans.

Utilisant intelligemment le personnage du jeune procureur idéaliste découvrant à la fois la complexité de son métier et l'histoire cachée de son pays, ponctué de moments particulièrement forts et émouvants, Le Labyrinthe du silence se suit tout autant comme un thriller judiciaire que comme un plaidoyer nécessaire contre l'oubli. (Utopia)


Le Vox (Fréjus) : mercredi 3, jeudi 4 et samedi 6 : 15h, 18h15 et 20h30 - vendredi 5 à 18h15 et 20h30 - dimanche 7 et mardi 9 à 15h

 


Voyage en Chine
VOYAGE EN CHINEÉcrit et réalisé par Zoltan MAYER
France / Chine 2014 1h36mn
avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing, Lin Dong Fu, Liu Ling Zi, Dong Qing, Yiling Yang, André Wilms...

Notre chère Yolande Moreau est une fois de plus magnifique dans ce très chouette film, premier long métrage de Zoltan Mayer, remarqué jusqu'ici pour son travail de photographe – qui lui a sans doute bien servi pour composer les images magnifiques de ce Voyage en chine. Elle est ici Liliane et dans les premières séquences on la sent comme absente, à côté d'elle-même, infirmière quinquagénaire fonctionnant en pilotage automatique, pas vraiment malheureuse mais pas non plus très épanouie dans son mariage avec Richard, son compagnon de toujours (comme d'habitude impeccable André Wilms). Si elle prenait le temps, si elle courait le risque de faire une pause, de regarder en arrière, elle en conclurait sans doute qu'elle est un peu passée à côté de sa vie. Mais pas de quoi en faire un plat…

Et puis, au milieu d'une nuit pas plus insomniaque qu'une autre, le téléphone sonne, un de ces appels brefs qui vous réveillent et changent le cours de votre existence. Son fils unique Christophe vient de mourir accidentellement. Loin, très loin, au fin fond de la Chine, où il habitait depuis des années et où elle n'est jamais allée lui rendre visite. Pour couronner le tout, le corps ne peut être rapatrié que si un des parents se rend sur place. Sur un coup de tête, Liliane décide d'y aller seule, elle qui n'a jamais été une grande voyageuse intercontinentale… Et la voilà, sans connaître un mot de vocabulaire chinois et en baragouinant un anglais plus qu'approximatif, qui s'embarque pour la Chine, d'abord perdue dans la tentaculaire Shanghaï puis se dirigeant jusqu'à un petit village des montagnes du Sichuan, cette région luxuriante du centre de la Chine, pas très loin des confins himalayens.

C'est d'abord le voyage géographique qui séduit, on ouvre de grands yeux, on s'étonne de chaque détail en même temps que notre héroïne… et en parallèle on est profondément touché par le voyage intérieur qu'entame Liliane : au fur et à mesure qu'elle découvre ce qui faisait la vie de son fils dans ce pays du bout du monde, au fil des rencontres avec la femme qu'il aimait, avec les gens qu'il côtoyait, elle renoue avec lui les liens qui s'étaient rompus… Il y a en particulier cette scène superbe et puissamment évocatrice : Liliane, errant dans le village, entend soudain les échos d'une chanson de Jacques Brel, elle se laisse guider par la musique et arrive jusqu'à une petite cour où un groupe de jeunes gens s'est réuni pour fêter entre amis son fils disparu… Zoltan Mayer filme amoureusement les forêts de bambous où semble flotter l'esprit de Christophe, il traduit de manière très sensible la spiritualité qui se dégage des célébrations taoïstes, et on se met en même temps que Liliane à s'attacher à cette terre belle et hospitalière, à ces gens simples, d'une générosité sans égale, qui savent être drôles et élégants comme la splendide petite amie de Christophe ou la logeuse facétieuse, alter ego chinoise de Liliane.


La Tomette (Salernes) : lundi 8 à 21h et mardi 9 à 18h
 

Every Thing Will Be Fine
Every Thing Will Be FineRéalisé par Wim WENDERS
France/Canada/Allemagne 2015 1h55mn VOSTF
avec Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams, James Franco...

Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, tandis que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire.

Tourné en 3D, en prises de vue réelles, Every thing will be fine emprunte à l’univers du conte une singularité fantastique. Les grains de poussière scintillent à la lumière du jour, les flocons de neige abondent en cascade de ciels gris, les personnages se détachent du cadre. Epris de compositions naturalistes, Wim Wenders embrasse les nouvelles techniques technologiques et de cette étreinte naît l’un des exemples les plus flagrants du nouveau cinéma stéréoscopique. L’utilisation de travelling compensés abouti à de superbes déformations de perspectives. Sublimée par le relief, la mise en scène permet au spectateur d’éprouver flottements et vertiges. Au seuil des maisons, la caméra se fixe et enferme l’oeil curieux dans d’intimistes espaces clos.© Bac Films

Wim Wenders et le directeur de la photographie Benoît Debie puisent leurs inspirations dans le travail de peintres comme Andrew Wyeth, Vilhem Hammershoi ou Edward Hopper. Le traitement de la lumière et ses couleurs s’en ressent. Un immense champ de soja doré par le soleil, un ancienne grange, un arbre centenaire planté au milieu d’un pré, une vallée verdoyante... Les cadres travestissent les paysages en songes. La bande-originale du film, composée par Alexandre Desplat et interprétée par l’orchestre symphonique de Gotheburg -orchestre national de Suède-, entretient cette atmosphère féérique et favorise la mise en place d’une dimension psychologique nouvelle.© Bac Films

L’utilisation de la 3D exige un minimalisme extrême dans le jeu des acteurs. James Franco, pièce maîtresse du film, adopte la technique du dépouillement. Mis à nu, il exprime à travers un visage clos les sentiments fluctuants qui l’habitent. Mélodrame glacial, Everything will be fine explore le processus de guérison d’un traumatisme. Wim Wenders nous fait part de ses scrupules d’artistes. Est-il moral d’exploiter les souffrances d’autrui si il s’agit de création ? Mâtiné de pathos, le long-métrage n’en demeure pas moins le témoignage d’un metteur en scène à la recherche d’un cinéma nouveau.


Le Cinéma (Lorgues) : samedi 6 à 20h et lundi 8 à 19h

 

 

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