Au(x) cinéma(s) du 30 janvier au 5 février 2019

Bonjour à tous !
 
Une semaine très riche en cinéma : vous pouvez aisément passer votre temps à aller voir des films tous meilleurs les uns que les autres !
Commençons par le début : Entretoiles vous propose une soirée ce dimanche 3 février pour venir voir avec nous  Qui a tué Lady Winsley de Hiner Saleem (aussi à Lorgues), une œuvre noire parfois burlesque où le cinéaste se moque de ses semblables
 
Notez aussi notre soirée suivante le 3 mars qui sera Asako I et II de Hamaguchi, un film intime et délié sur l'amour et la passion, et le mini festival sur le cinéma asiatique, qui aura lieu les 22, 23, 24 mars avec les 5 films Senses de Hamaguchi, Une affaire de famille de Kore Eda (Palme d'or 2018) et The spy gone North de Yoon Jong-bin. Nous vous y proposerons aussi une petite conférence sur ces réalisateurs par Bastian Meiressone, spécialiste du cinéma asiatique, et un buffet asiatique de fête !
 
L'association Colibris vous invite, elle, vendredi 1er février à voir Le temps des forêts de François-Xavier Drouet, un documentaire saisissant, sans concession sur l'état de nos forêt. 
En ciné-club, CGR nous propose Les confins du monde de Guillaume Nicloux, la quête existentielle d'un lieutenant français pendant la guerre d'Indochine de 1945. Par ailleurs, dans sa programmation ordinaire, CGR a plusieurs très bons films qu'il serait dommage de manquer : Green book de Peter Farrelly (en VF), inspiré d'une histoire vraie,et peu de films récents ont abordé avec autant de finesse les liens entre race et classe aux États Unis, La mule de Clint Eastwood, (avec même une séance en VO !), un thriller magnifique qui parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon,  L'incroyable histoire du facteur Cheval de Nils tavernier, une aventure généreuse et terrienne,  Les Invisibles  de Louis Julien Petit (Discount), une comédie sociale savoureuse qui  parle avec humour et sans pathos de la difficulté de survivre dans la rue quand on est une femme.(aussi au Vox, à Lorgues, à Cotignac),  Edmond de Alexis Michalik, (aussi au Vox, Salernes et Le Luc),  qui raconte avec un panache tonitruant l'incroyable genèse d'une des pièces les plus célèbres du théâtre français,  et enfin Bohemian rhapsody de Brian Singer un biopic bien ficelé sur le groupe Queen et son chanteur Freddie Mercury. 
 
A Lorgues, L'homme Fidèle de Louis Garel, sac de nœuds amoureux inspiré de la Seconde surprise de l'amour de Marivaux.
 
Au Vox, ne manquez pas Les estivants de Valeria Bruni Tedeschi, une critique sociale cinglante, entre rires et grincements. Doubles vies de Olivier Assayas, une comédie morale filmée comme un thriller et Colette de West Moreland qui restitue l'écrivaine sulfureuse dans le contexte de l'époque.
 
A Salernes, Au bout des doigts de Ludovic Bernard, avec beaucoup d'émotions dans l'apprentissage du piano à haut niveau et à Cotignac Wildlife un film américain qui décrit la monotonie provinciale à travers le regard d'un adolescent impuissant face aux tensions entre ses parents.
 
Les prochains films de ciné club seront: une femme d'exception , Doubles vies, Border et Ben is back.
 
Nous vous rappelons que les adhérents Entretoiles bénéficient  du tarif réduit à 4€90 au CGR  pour les films ciné clubs et à 6 € au Vox de Fréjus pour tous les films sur présentation de leur carte. (Le parking est gratuit après 18h au Vox).

 

 

 Et comme toujours, on vous le redit : transférez, adhérez, renouvelez (bulletin ci-dessous), demandez à recevoir cette lettre si vous ne l'avez pas directement dans votre boîte (si vous avez demandé à la recevoir et que vous ne la recevez pas, c'est que votre adresse n'était pas assez lisible : redemandez !) (à entretoiles83@laposte.net, et même si vous n'adhérez pas!). Vous pouvez aussi consulter le site d'Entretoiles : entretoiles.e-monsite.com

 

QUI A TUÉ LADY WINSLEY ?

Hiner SALEEM - France / Turquie 2018 1h40mn VOSTF - avec Mehmet Kurtulus, Ergün Kuyucu, Ezgi Mola, Turgay Aydin... Scénario de Véronique Wüthrich et Hiner Sa

Parmi les films de Hiner Saleem, on retiendra tout particulièrement le dernier en date, le savoureux My sweet pepper land (disponible en Vidéo en Poche !), qui était une sorte de western revisité. Cette fois le réalisateur vient taquiner le polar façon Agatha Christie. Avec la même verve, la même fougue, le même sens de la dérision. Autant de qualités indispensables quand on est né comme lui dans le Kurdistan irakien et qu’on a dû le fuir à l’âge de 17 ans. Les gags à répétition, les situations comiques qu’il glisse dans ses films ne l'empêchent pas de conserver et de partager un regard critique sur la société turque, ses dérapages vis-à-vis de la question kurde, de la place des femmes…
 Dans ce Qui a tué Lady Winsley ?, Hiner Saleem adopte comme souvent un décalage humoristique qui lui permet de dire les choses en douceur, laissant aux spectateurs le loisir de prendre l’intrigue au premier degré ou de creuser plus en amont les allusions à peine voilées et leurs implications. Quand une enquête piétine alors qu'elle ne devrait surtout pas piétiner, c’est le célèbre inspecteur Fergan que la police stambouliote mandate pour la reprendre en main. Les cas insolubles, les affaires sensibles, c’est forcément pour sa pomme. Alors, dès que les autorités apprennent l’homicide de la romancière américaine Lady Winsley sur la petite île où elle passait tranquillement l’hiver, devinez qui on envoie pour éviter tout incident diplomatique avec le puissant oncle Sam ? Voilà donc Fergan qui vogue vers Büyükada, scrutant l’horizon tel Corto Maltese partant pour une course lointaine… 
Quand il débarque dans un petit village insulaire qui semble être resté figé au siècle dernier, on le croirait parvenu au fin fond de la Turquie. Ceux qui connaissent l’endroit y verront un premier clin d’œil : Büyükada n’est qu’à une quinzaine de kilomètres d’Istanbul ! Gardez cela en tête pour savourer l’effet comique des tribulations de notre détective affublé d’un éternel trench-coat aussi beige que celui de Columbo. Bien sûr les autorités locales accueillent l’intrus en grande pompe, comme il se doit, mais il devient vite clair que tous languissent de s’en débarrasser au plus vite, quitte à accuser arbitrairement un innocent.Dans le fond, la seule personne que la présence de Fergan ravit est la jolie aubergiste qui n’espérait pas un tel client en morte saison. Mais le devoir happe Fergan et peu lui importe d’être mal aimé, pourvu qu’il coffre le meurtrier. Débute donc l’enquête à partir d'un seul et unique indice : une goute de sang dans l’œil de la victime, certainement celui de l’assassin. Tout parait si simple avec les technologies modernes : quelques tests ADN et le tour sera joué ! Bien sûr cela va se révéler plus complexe que prévu, sinon ce ne serait pas marrant. Pour parvenir à ses fins, Fergan va soulever bien des lièvres et semer la zizanie dans la petite communauté dont s’élèveront bientôt moult protestations, à commencer par celles de la pauvre vétérinaire locale, soudain mise à toutes les sauces  (Utopia)
 
Soirée Entretoiles au CGR : dimanche 3 février 20h
Lorgues : mercredi 30 21h, dimanche 3 20h05, lundi 4 19h

 

LES CONFINS DU MONDE

Guillaume Nicloux - France 2018 1h43 - avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran, Gérard Depardieu, François Négret... Scénario de Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour.

LES CONFINS DU MONDELes Confins du monde nous transporte dans l’Indochine française de 1945. Une période de transition confuse, où il y a plusieurs forces en présence, où les ennemis changent au gré des événements. Les Japonais, qui avaient violemment repris le pays après le coup de force de 1945, se retirent finalement, laissant le champ libre aux indépendantistes vietnamiens. C’est dans ce contexte trouble que surgit le lieutenant français, Robert Tassen. Son frère est mort devant ses yeux, dans un massacre perpétré par un lieutenant sanguinaire d’Hô Chi Minh. Retrouver cette figure du mal pour se venger, telle est son obsession.
C’est donc une guerre intime et parallèle à l’intérieur d’une autre guerre. C’est aussi une sorte de polar existentiel, poisseux, moite, aux confins de la folie, un pied dans la boue du conflit, un autre dans la fantasmagorie. Difficile de ne pas penser à la longue nouvelle de Conrad, Au cœur des ténèbres, matrice de nombreux films de guerre « hallucinés » et notamment Apocalypse now de Coppola, qui a forcément marqué Guillaume Nicloux. A travers Les Confins du monde, on pénètre dans un monde où même ceux qui sont encore vivants ressemblent à des fantômes.
Il n’y a quasiment pas de coup de feu, mais de la peur et de la hantise. Des coups tordus, de la honte, du désir caché. Du romantisme morbide aussi, lié au culte de la virilité, à la fascination qu’exerce malgré tout la guerre, si violente soit-elle. Nicloux montre des états extrêmes, l’extase atteinte grâce à l’opium. Des moments d’attente, teintée de nostalgie : « Le métro me manque » confie du haut d’un mirador le soldat Cavagna, le plus proche ami de Tassen.
Et puis un salut est possible, lorsque Tassen rencontre l’amour, en la personne d’une prostituée indochinoise…
La guerre comme révélateur humain, c'est bien sûr une quasi-constante des films de guerre, mais l'intérêt de ce film, c'est la concomitance de ce thème avec celui de la quête du cinéaste. Si Nicloux n'a évidemment pas vécu le conflit indochinois, on ressent bien le parallélisme entre la quête existentielle de son personnage et sa propre recherche artistique, entre l'aventure de la guerre et l'aventure de ce tournage (toutes proportions gardées, cela va sans dire). Comme Tassen, Nicloux est déplacé, déphasé, déterritorialisé, déraciné de son milieu habituel et cela se sent dans sa mise en scène, attentive aux lieux, aux gens, aux décors naturels, à la chaleur, à l'humidité, à la lumière de ces confins à mille lieues de la France. On pourrait presque sentir à travers son filmage les parfums, la sueur, le sang, comme si la caméra elle-même transpirait.

Les Confins du monde est un film puissamment physique, sensualiste, climatologique : on le doit à la nature, bien sûr, mais aussi aux acteurs, vraiment remarquables d'intensité, de présence, de Gaspard Ulliel à Guillaume Gouix, de la superbe nouvelle venue Lang-Khé Tran à Gérard Depardieu qui imprime sa marque et son génie en une seule scène. Il parait que Nicloux a créé cette scène tardivement, juste pour le plaisir des deux compères de retravailler ensemble. C'est là une excellente raison de faire du cinéma et qui contribue à rendre ce film particulièrement attachant.

(d'après J. Morice, Télérama, et S/ Kaganski, Les Inrockuptibles)

Film ciné-club CGR : mercredi 30 10h45, jeudi 31, vendredi 1, samedi 2, dimanche 3, lundi 4 18h

 

LE TEMPS DES FORÊTS

François-Xavier DROUET - documentaire France 2018 1h43mn -

LE TEMPS DES FORÊTSLa forêt, c'est magique. On s'y enfonce avec un sentiment d'excitation, préparant l'aventure de s'engager hors des sentiers connus et la peur confuse de s'y perdre. Et une impression d'apaisement ouaté tellement les bruits, les odeurs, le paysage, ne se laissent pas découvrir à plus de dix pas. Sans même parler du contact, doux et rugueux, de l'écorce des arbres…
Ça ne vous avait pas immédiatement sauté aux yeux – pas plus qu'aux oreilles ou aux narines. Là où, autrefois, la vie bruissait de mille insectes, mille essences végétales, dans une généreuse anarchie auto-régulée, on peut aujourd'hui se balader au milieu des arbres sans entendre le moindre chant d'oiseau, sans que l'odeur d'humus vienne nous chatouiller la narine – et traverser, à perte de vue, des alignements de pins, bien espacés, bien rangés, bien propres, bien tous de la même espèce. C'est là, tout d'abord, que le film de François-Xavier Drouet nous emmène. Dans ces drôles de forêts qui n'en sont plus vraiment – plutôt des plantations. D'ailleurs on ne parle plus de gestion de la forêt, mais d'exploitation. 

Vous l'avez compris : comme dans tous les domaines dans lesquels l'Homme fourre son nez, la sylviculture n'échappe pas aux sacro-saintes exigences d'efficacité et de rentabilité. L'offre s'aligne sur la demande, en qualité et en quantité. Le marché demande du pin, c'est la mode, ça pousse vite, c'est facile à travailler. Aussi sec (on parle quand même encore en décennies), les forêts, landes et campagnes françaises se transforment en pinèdes. Toutes sur le même modèle productiviste, toutes plantées de la même essence : pour l'heure, le Douglas, extraordinaire modèle de pin nord-américain, du genre robuste (résistant aux pesticides) et à la croissance ultra-rapide (beaucoup plus rapide en tous cas que ses lointains cousins européens). Adieu, la diversité, adieu l'écosystème, sacrifiés sur l'autel du Profit.
Comme dans tous les types d'exploitations agricoles, le modèle productiviste s'est imposé à la sylviculture. Monoculture, évidemment, et mécanisation radicale, violente, de la filière, qui transforme les acteurs en prestataires et coupe le lien qui reliait les hommes aux arbres. Il faut aujourd'hui, montre en main, moins de cinq minutes pour abattre, écorcer et débiter un Douglas. Évidemment, la machine capable d'un tel prodige a un coût tel que son propriétaire est condamné, pour finir de la payer, à abattre les arbres à la chaîne. Pendant ce temps, Patrick, bûcheron, armé de sa tronçonneuse à 1500 euros, s’éclate autant qu’il transpire. Entre deux arbres abattus, il nous parle de sa liberté, de la satisfaction de ne rien devoir à sa banque, du plaisir de passer ses journées dans une forêt. Une forêt, avec ses broussailles, ses champignons, sa faune… Ne faisant guère le poids face au rouleau-compresseur, Patrick serait le représentant d'une espèce en voie d'extinction ?

D'une exploitation l'autre, Le Temps des forêts, dresse un constat saisissant, sans concession, de l'état de nos forêts. Le film raconte, de l'abattage à la scierie, la légitime inquiétude d'une filière peu à peu déshumanisée, ainsi que la tout aussi légitime colère des gardes forestiers transformés par leur administration de tutelle en comptables esseulés d'une matière première à faire fructifier. Tout cela serait d'une tristesse infinie, mais heureusement, à l'instar du bûcheron Patrick, François-Xavier Drouet oppose au système mortifère une kyrielle d'expériences alternatives, d'actions concrètes qui n'ont d'autre but que d'en contrecarrer les effets. Face à la logique néolibérale et sa responsabilité dans la destruction des écosystèmes, elles parient sur le temps long, préservent ce qui peut l'être et, indéfectiblement du côté des arbres, de l'humus, des biches et des oiseaux, préparent, joyeusement, l'avenir. (avec la participation involontaire mais précieuse de Manouk Borzakian, géographe, rédacteur pour Libération du blog Géographie et cinéma).

Présenté par Colibris au CGR : Vendredi 1er 20h

 

LES INVISIBLES

Louis-Julien PETIT - France 2018 1h43mn - avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Déborah Lukumuena, Pablo Pauly, Sarah Suco... Scénario de Louis-Julien Petit et Marion Doussot.

 
Tout comme Discount, le premier film de Louis-Julien Petit qu'on avait déjà beaucoup aimé (celui-ci est encore mieux !), Les Invisibles est un film jubilatoire, drôle et résolument politique, au sens le plus noble du terme. Décidément la filmographie de ce jeune réalisateur est bien partie pour remonter les bretelles aux injustices sociales sans avoir l’air d’y toucher, en usant d’armes universelles telles le rire, l’humanité… On sort de son film heureuses et grandis, remplis de courage, pleines d’envies. Celles avant tout de ne pas baisser les bras et de regarder devant soi avec toujours plus d’empathie.
Fortes en gueules ou gueules brisées, elles sont là. Même si la bonne société essaie de ne pas les voir. Habituées à se sentir transparentes, elles se gomment, se fondent dans la grisaille de la ville. Être vues, ce peut être le début des emmerdes. Tant et si bien que certaines en ont même perdu l’envie d’être belles. Et pourtant, belles, elles le sont, plus que la ménagère standard ou la séductrice mini-jupée sur trois étages ! On a affaire à de de la drôlesse qui a vécu, qui a du chien, du caractère, ou tout au contraire à la douceur incarnée qui a cessé de se faire confiance, qui s’est effacée face aux siens. Ce sont des foultitudes de femmes toutes uniques, leurs corps nous le raconte ainsi que les traits de leur visage, sculptés par leur combat quotidien, la rue, le temps qui attaquent chaque être. Elles ont la magnificence fragile de celles qui ont réussi à surnager.
Ce film qui fait chaud au cœur et à l'intelligence s’ancre dans une réalité qui ne devrait pas avoir droit de cité dans les pays civilisés, celle des femmes précaires, SDF qui arpentent nos villes dans une indifférence assassine. Tout pourrait paraître sombre et pourtant ça ne l’est pas ! Surtout quand au fin fond d’un quartier, des mains se tendent, patientes, inespérées, celles d’autres femmes tout aussi invisibles, des travailleuses sociales qui, malgré les faibles moyens mis à leur disposition, s’acharnent à redonner un peu de dignité, de reconnaissance à celles qui n’y croient guère. Il suffit parfois d’une douche, d’un repas chaud, pour réchauffer les sourires et leur permettre de repartir plus loin qu’on n’aurait cru. 
L’action se passe dans un de ces centres dits sociaux qui accueillent le jour les laissées pour compte. C’est Angélique, jeune gouailleuse intrépide (Déborah Lukumuena, une des actrices de Divines qui ne cesse de l’être), qui ouvre les grilles de l’Envol, le matin. Voilà la frêle structure submergée par le flot de celles qui rêvent de parler de leur nuit de galères solitaires. Ici, on accueille, tout en gardant ses distances. Pas question de se retrouver noyées dans la misère du pauvre monde, l’empathie n’est possible qu’en se protégeant un peu. Pourtant on sent bien que la barrière de protection est ténue, prête à rompre. Comment résister à ces sourires timides sous lesquels émergent des blessures tenaces, des envies de revanche magnifiques ? Toutes ces sans-abri ont un nom inventé pour voiler leur véritable identité : Edith (Piaf), Brigitte (Bardot ? Lahaie ? Macron en dernier choix ?), Lady Dy, Simone (Veil), Marie-Josée (Nat), Mimy (Mathy)… Aucune n’est apaisée, d’aucunes font semblant d’être calmes, plus versatiles que le lait sur le gaz, toujours prêtes à mettre le feu ou à s’embraser. Elles peuvent se montrer tour à tour aimables, détestables, admirables. On ne sait plus. Même Manu, la responsable pourtant aguerrie du centre, et ses collègues ne savent plus. Une chose est sûre : malgré les agacements, les déceptions, le jour où l’administration aveugle va décider de fermer le centre, l’équipe entière fera front, quitte à passer de l’autre côté de la barrière.
On ne vous en dit pas plus. C’est un film qui se vit plus qu’il ne se pense, un appel au courage. Même dévalué, le moindre des êtres vaudra plus qu’une action Natixis, il y aura toujours un poing pour se lever, une parole solidaire pour s’élever. C’est beau, c’est drôle, véridique, c’est du grand Petit (Louis-Julien). Décidément ces invisibles nous font rire, nous émeuvent tout en échappant aux clichés. C’est une belle réussite, vibrante, vivante, remarquablement interprétée par une pléiade d’actrices investies, professionnelles ou non.  (Utopia)
CGR : mercredi 30 et lundi 4 : 18h15, 20h20, 22h25, jeudi 31, samedi 2 et mardi 5 : 13h50, 18h15, 20h20, 22h25, vendredi 1er 13h50, 18h15, 22h25, dimanche 3 13h50, 18h15, 20h20
Vox Fréjus : mercredi 30 18h15, jeudi 31 13h45, 20h30, vendredi 1er 15h55, 18h30, samedi 2 16h15, 21h, dimanche 3 16h, 20h30, lundi 4 16h05, 20h, mardi 5 16h05, 20h30
Lorgues : mercredi 30 19h, vendredi 1er 17h, samedi 2 16h, lundi 4 21h
Cotignac: lundi 4 18h

GREEN BOOK

Peter FARRELLY - USA 2018 2h10 VF- avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco... Scénario de Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly.

GREEN BOOKUn mot d'abord sur le « Green book » du titre. C'était en fait une sorte de guide touristique, dont le titre complet était : « The Negro Motorist Green Book ». Un guide destiné aux voyageurs afro-américains, dans lequel ils pouvaient trouver les hôtels et les restaurants qui acceptaient de les accueillir, les hôtels et les restaurants qui ne leur fermeraient pas la porte au nez à la seule vue de leur couleur de peau, les hôtels et les restaurants dans lesquels ils ne seraient pas maltraités, molestés, humiliés. Ce n'était pas à l'époque de Cro-magnon, c'était au début des années soixante dans ce grand pays phare du monde libre qu'étaient les Etats Unis d'Amérique. On a beau savoir beaucoup de choses de la discrimination raciale et de ses manifestations, c'est encore le genre de détails qui tue : The Negro Motorist Green Book !!!
Inspiré d'une histoire vraie (ce qui lui donne, il faut bien le reconnaître, une résonance toute particulière), Green book est basé sur le ressort classique du duo composé de deux individus que tout oppose. Don Shirley est un célèbre pianiste, coqueluche des milieux musicaux des grandes villes du Nord des USA, cultivé, distingué, la réussite et la classe faites homme. Et accessoirement il est noir. Tony « Lip » Vallelonga est un Italien du Bronx travaillant comme « maître d'hôtel », autrement dit comme videur, comme gros bras, dans un club en vogue de New York. Il est plutôt rustre pour ne pas dire bourrin, passablement grossier, et accessoirement enclin au racisme le plus basique. Les clichés habituels sont donc ici inversés : c'est le Noir qui est le représentant de la bonne société, c'est le Blanc qui personnifie l'Amérique d'en bas.
Lorsque Don Shirley entame une tournée dans le Sud des États-Unis, il sait parfaitement qu'il n'est pas préparé à affronter les préjugés et l'hostilité d'une région où le racisme anti-Noirs se porte naturellement comme l'étendard d'une fierté culturelle intangible. Il engage donc Tony Villalonga comme chauffeur – garde du corps, comptant sur son aplomb, son flegme et son physique d'armoire à glace pour aplanir les difficultés de son périple pianistique. Dont les étapes seront organisées grâce au fameux Green Book…
Comme dans tous les films reposant sur un duo a priori mal assorti, pas de surprise, les deux finiront par faire la paire. Mais en même temps, comme dans tout road-movie, c’est moins l’arrivée que le chemin qui compte. Et celui-ci est grandiose. Tant dans l’écriture (pluie de dialogues qui font mouche, gags à double ou triple détente) que dans la mise en scène (d’une élégance et d’une précision dix coudées au dessus du tout-venant télévisuel dans lequel se complait trop souvent la comédie américaine), tant dans le jeu des acteurs (Viggo Mortensen, hilarant en ragazzo scorsesien ; Mahershala Ali, délicieusement distingué, aux antipodes de son rôle dans Moonlight) que dans le propos. C’est une partition virtuose qui se joue là, digne des meilleurs John Landis ou même, pourquoi pas, Frank Capra. Peu de films récents ont abordé avec une telle finesse les liens entre race et classe aux Etats-Unis, balayant les systèmes d’identification faciles et factices, tout en préservant une véritable complexité à chaque personnage. Bref, une grande comédie humaniste et politique.(merci à J. Goldberg, Les Inrockuptibles)

CGR : mercredi 30samedi 2, dimanche 3 10h50, 15h15, 19h50, jeudi 31, mardi 5 10h50, 13h15, 16h30, 19h50, vendredi 1er 10h50, 13h15, 16h30, lundi 4  10h50, 16h30, 19h50

 

LA MULE

Clint EASTWOOD - USA 2018 1h57mn VOSTF - avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Diane Wiest, Laurence Fishburne, Michael Peña, Andy Garcia... Scénario de Nick Schenk d’après le livre de Sam Dolnick.

LA MULENous avions un petit peu perdu de vue Clint Eastwood depuis quelques films. Disons que le très moyen 15h17 pour Paris, et auparavant le guerrier American sniper ne nous avaient pas emballés et nous avions fait l’impasse sur leur programmation. Le retour devant la caméra de l’acteur Eastwood, que l’on avait pas vu depuis 2012 dans le très faiblard Une nouvelle chance, est pour beaucoup dans l’intérêt que nous portons à La Mule. Si, en apparence du moins, Eastwood s’éloigne de ses derniers sujets qui retraçaient le parcours de ces héros du quotidien dont l’Amérique a le secret, La Mule revient pourtant une fois encore sur l’itinéraire véridique d’un vétéran – en même temps, aux USA, combien d’homme ou de femme n’ont pas participé à une guerre ? – mais cette fois en version plutôt anti-héros.

Parce qu’à plus de 80 ans, Earl Stone, horticulteur reconnu par ses pairs, est aux abois. Il a pourtant encore fière allure. Earl est ce que l’on pourrait appeler un beau vieux. Il suffit de le voir dans ses costumes bien taillés, recevoir des prix dans les salons pour ses créations horticoles, serrer des mains, balancer une œillade suggestive aux dames rougissantes pour deviner l’homme qu’il a été. Bien sûr, derrière les apparences, une réalité plus triviale est à l’œuvre et comme tout homme ou presque à son âge, Earl balade quelques casseroles au cul de son pick-up. On comprend vite que sa femme et sa fille ne le portent pas dans leur cœur, qu’il n’a pas vraiment été un mari modèle et encore moins un père présent et affectueux. Il n’y a guère que sa petite fille qui lui accorde encore un peu de crédit. Et puis surtout sa petite entreprise est en faillite et Earl est en banqueroute. 
Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf qu’il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Ce que l’on appelle faire la mule.
Extrêmement performant, Tata – c’est le nom de code qui va très vite lui échoir et qui veut dire grand-père en espagnol – transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un « supérieur » chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle « mule ». Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Le film, au-delà du thriller, parle du temps perdu, de seconde chance et de pardon et si La Mule n’a pas la même puissance narrative que Gran Torino, déjà scénarisé par Nick Schenk, on prend un plaisir certains à suivre les aventures malfamées de cet octogénaire débonnaire et presque inconscient.

CGR : mercredi 30, lundi 4 et mardi 5 10h40, 13h20, 15h40, 17h45, 20h05, 22h30 (VF), jeudi 31 10h40, 13h20, 15h40, 17h45, 22h30 (VF) et 20h05 (VO), vendredi 1er, samedi 2 et dimanche 3 en VF 10h40, 13h20, 15h40, 20h05, 22h30

 

L’INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL

De Nils Tavernier Avec Jacques GamblinLætitia CastaBernard Le CoqFlorence ThomassinNatacha Lindinger , Français 2019 : 1h45mn

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Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : "Le Palais idéal". Au cœur de la Drôme, ce département de la région Auvergne-Rhône-Alpes aux portes du soleil, se dresse un monument de douze mètres de hauteur et de vingt-six mètres de long, unique au monde, construit en dépit de toute règle d’architecture mais néanmoins reconnu comme une œuvre de l’art naïf et classé au titre des Monuments Historiques le 2 septembre 1969 par André Malraux, alors Ministre de la Culture. Une œuvre aussi inclassable qu’universelle nommé le Palais idéal à qui Ferdinand Cheval dit le Facteur Cheval consacra 33 ans de sa vie. Ferdinand Cheval naît en 1836 dans le petit village de Charmes tout proche de Hauterives. Après avoir été boulanger, puis ouvrier agricole, il devient facteur en 1867. En 1878, il est affecté à Hauterives où il effectue quotidiennement, à travers la campagne, une tournée de plus de trente kilomètres. Lors de ses longues heures de marche, il imagine un palais féerique. En 1879, année de la naissance de sa fille Alice, au cours de sa distribution de courrier, son pied bute sur une pierre qui l’envoie dans le fossé. Toujours curieux des richesses de la nature, il observe l’objet responsable de sa chute et constate qu’il est entouré de belles pierres à la forme particulière (certaines évoquent des caricatures, d’autres des animaux). Aidé de sa fidèle brouette, il décide d’en ramasser un grand nombre dans l’espoir de pouvoir donner jour à son projet. Si la nature se fait sculpteur, lui décide de devenir maçon et architecte. Inspiré par la nature, les cartes postales et les magazines illustrés qu’il distribue, il bâtit seul ce palais de rêve peuplé d’un incroyable bestiaire - pieuvre, biche, caïman, éléphant, pélican, ours, oiseaux… Mais aussi des géants, des fées, des personnages mythologiques ou encore des cascades, des architectures de tous les continents. Pour son voisinage, il n’est qu’un pauvre illuminé mais l’amour pour sa fille et son désir d’ailleurs lui permettront de passer outre ces quolibets. Réaffirmant, après De toutes nos forces sa volonté de donner la parole à de doux rêveurs un peu lunaires habituellement peu mis en lumière, Niels Tavernier construit un récit pudique qui avance doucement au rythme de son héros, entre ténacité et humilité. Autour d’un être hors norme doté d’une force décuplée pour affronter l’adversité, il nous conte l’histoire extraordinaire d’un homme simple et introverti qui, malgré les innombrables épreuves que la vie lui inflige, trouve le courage de réaliser son rêve au point de pouvoir être considéré aujourd’hui comme un héros de cinéma. Une fois passé le stade de l’admiration face à la réalisation d’un projet aussi pharaonique, force est de constater que le mystère reste entier sur les raisons qui ont poussé cet homme taiseux et presque analphabète, plus à l’aise au milieu des oiseaux que des hommes, à s’acharner à bâtir, dans la souffrance et le mépris, cet incroyable édifice. C’est finalement la part de folie associée à un doux grain de poésie, dont le réalisateur entoure délicatement cet asocial attachant, qui nous ouvre les portes de sa richesse intrinsèque, sublimée par un Jacques Gamblin totalement habité par son rôle. Il a appris la texture des pierres et restitue à la perfection le maniement des outils. Le visage émacié, la moustache drue, vêtu de l’uniforme du facteur, il a le talent de nous convaincre seulement d’un geste ou d’un regard qu’il est réellement Ferdinand Cheval, cet homme capable de rester de marbre tout en véhiculant d’intenses moments d’émotion. A ses côtés, la magnificence d’une Lætitia Casta tout en retenue jette un voile de tendresse partagée sur cette rude épopée. Des seconds rôles efficaces, de Natacha Lindinger qui irradie l’écran à Florence Thomassin d’une poésie décalée en passant par Bernard Le Coq, toujours entre humour et douceur, complètent avec justesse cette aventure généreuse et terrienne qui bénéficie également de la beauté majestueuse mais jamais tapageuse (à l’image du jeu des acteurs) des paysages de la Drôme. (àvoiràlire)

CGR : mercredi 30 et lundi 4 10h50, 17h45, jeudi 31 10h50, 15h50, vendredi 1er, samedi 2, dimanche 3 10h50, 15h50, 17h45, mardi 5 18h

Cotignac : jeudi 31 18h et vendredi 1er 20h30

 

 

EDMOND

Écrit et réalisé par Alexis MICHALIK - France 2019 1h52mn - avec Olivier Gourmet, Thomas Solivérès, Simon Abkarian Dominique Pinon, Jean-Michel Martial, Alice de Lencquesaing,Clémentine Célarié, Lucie Boujenah, Igor Gotsman, Mathilde Seigner... D’après la pièce de théâtre d’Alexis Michalik.
 
 À la manière de Feydeau, quand les portes claquent, quand les amants se planquent dans les placards et que les grandes bourgeoises s’évanouissent dans leurs robes de satin en poussant des longs « ohhhhhhhh !!! », Edmond raconte avec un panache éclatant et tonitruant l’incroyable genèse d’une des plus célèbres œuvres du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Dans ce film inspiré de sa propre pièce (énorme succès, moult Molières), Alexis Michalik fait le choix d’un ton et d’une mise en scène résolument burlesques, lorgnant de manière assumée vers ces vaudevilles à succès qui faisaient se gondoler le tout Paris de la fin du xixe siècle, quand le théâtre était encore le divertissement le plus populaire avant que le cinématographe ne vienne le détrôner. Alors oui, les décors en carton pâte, oui les comédiens qui s’en donnent à cœur joie sans retenue et oui encore les dialogues ciselés, affutés, calibrés pour la scène et le public… Il n’empêche : le résultat est des plus réjouissants et saura, nous en sommes certains, ravir tous les enseignants de collège qui étudient la pièce d’Edmond Rostand et tous ceux qui gardent un souvenir ému d’un certain film ou de l’une des nombreuses interprétations de l’œuvre sur scène. Quel bonheur tout de même que de se retrouver petite souris sous les planches de la scène du Théâtre de la porte Saint-Martin et suivre, scène après scène, vers après vers, rature après rature, l’écriture de ce chef-d’œuvre de la langue française.
 
Paris, décembre 1897. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Malgré l’interprétation de sa dernière œuvre par la très grande Sarah Bernard (Clémentine Célarié, délicieuse), star absolue de l’époque, il est en passe de devenir un artiste maudit. On rit du sérieux de ses vers, tellement ringards, à l’heure où Georges Feydeau triomphe avec son Dindon et son verbe à l’humour aérien . Mais la grande Sarah, qui s’est entichée de ce jeune poète qu’elle affuble d’un « mon » affectueux et protecteur, lui a organisé un rendez-vous avec le grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet flamboyant), célèbre comédien qui vient de claquer la porte du Français (autrement dit la Comédie Française) à qui elle a promis une nouvelle pièce dont il interpréterait le rôle principal, une pièce écrite donc, par le jeune Edmond. Mais Edmond n’a plus d’inspiration et donc rien de bien concret à proposer à Coquelin… rien, sauf quelques idées en vrac : des vers, forcément et toujours, un personnage haut en couleur, l’esprit fin, le cœur pur et la fougue au bout de l’épée, et des Gascons… On écrira la pièce au fur et à mesure des premières répétitions pour que tout soit prêt pour la fin d’année, c’est à dire dans quelques semaines !
 
Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des tentations d’une belle costumière, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac. L’histoire écrira le reste…(Utopia)
CGR : tous les jours à 16h
Vox Fréjus : jeudi 31 15h55, vendredi 1er et dimanche 3 16h, samedi 2 16h10, lundi 4 13h45, mardi 5 13h50, 18h10
Salernes : jeudi 31 et mardi 5 18h, samedi 2 20h30
Le Luc : mercredi 30 18h, vendredi 1er 18h30, samedi 2 16h
 
BOHEMIAN RHAPSODY

Écrit et réalisé par Brian Singer - GB 2018 2h14mn VF- Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander...

BOHEMIAN RHAPSODY

Surpris de découvrir un gros biopic américain ! Et pourquoi pas si le dit biopic est bien ficelé et nous permet de découvrir (pour les plus jeunes !) ou retrouver (pour les autres !) Queen et son surnaturel chanteur Freddie Mercury, de vivre avec Queen, d’écouter Queen pendant 2h15.
Polémiques sur le tournage, doute sur le choix de Rami Malek pour interpréter Freddie Mercury… On se fiche des rumeurs des réseaux sociaux et Rami Maleck réussi parfaitement à convaincre et émouvoir, que demander de plus ? C’est aussi cela parfois le cinéma : une très belle histoire mélodramatique (dans le cas de Freddie Mercury et Queen, la vie est incroyablement plus forte et imaginative que le cinéma !), de bons acteurs (ils sont nombreux ici), une réalisation au service de l’histoire (le quart d’heure de fin de reconstitution du concert Live Aid de Wembley en 1985 est assez bluffant) et de la bonne musique !

Bohemian Rhapsody retrace donc, en bon biopic, le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, (re)découvrez la vie exceptionnelle et le talent hors du commun d’un homme qui restera toujours une référence et une source d’inspiration…

CGR : Tous les jours à 21h50

 

L’HOMME FIDÈLE

Louis GARREL - France 2018 1h15mn - avec Laetitia Casta, Louis Garrel, Joseph Engel, Lily-Rose Depp...

L’HOMME FIDÈLELa première scène, donne le « la », impossible à dévoiler sans déflorer la surprise, cependant le ton est affiché : léger, drôle et cruel. Un détonnant mélange dans lequel Laetitia Casta excelle, resplendissante. Elle est Marianne, l’inconstante par laquelle arrivent les jeux de dupes, de l'amour et du hasard…
Abel aimait Marianne, Marianne aimait Paul, Ève encore gamine aimait Abel secrètement, comme on aime un fantasme, un idéal masculin inaccessible… Un Abel (Louis Garrel, séducteur arrosé, au meilleur de son jeu) balloté au gré des femmes et des rencontres. Un Abel hilarant et touchant avec ses airs de cocker constamment résigné, incapable de contrarier celle qu’il aime, même au risque de la perdre. 
Dix ans passent… avant que Marianne, qui s’est mise en ménage avec le père de son enfant, ne refasse surface, en veuve éplorée. Évidemment Abel immédiatement va vouloir la consoler, la reconquérir. Tandis qu’Ève (Lily-Rose Depp en ingénue diabolique), la petite sœur du défunt, devenue enfin grande et désirable, se met à courir après lui, prête à déclarer la guerre à sa rivale. Mais si l’une a la jeunesse pour elle, la cuisse ferme et des yeux de biche, l’autre a l’expérience qui sied aux renardes prêtes à tout pour défendre leurs territoires et les proies qu’elles ont conquises. Voilà, les ingrédients de l’intrigue en place, un sac de nœuds digne de La Seconde surprise de l’amour de Marivaux, dont le scénario s’est de prime abord inspiré. Jean-Louis Carrière et Louis Garrel rendent hommage au génial dramaturge, tout en s’en émancipant. Chaque scène ciselée au cordeau en appelle une autre qui vient nous surprendre. Toutes s’enchainent avec une fluidité efficace, jouissive. L’Homme fidèle se grignote ainci comme un petit quatre heure, une friandise craquante qui fera le bonheur des coquettes et des galants, bien plus subtile qu’il n’y parait. Une heure quinze de simple bonheur à ne pas bouder. 

Enfin il serait totalement injuste d’oublier de citer le jeune acteur Joseph Engel dans le rôle du fils de Marianne, âgé d’une dizaine d’années. Tout bonnement solaire, il crée une zone d’ombre sans concession autour de chaque personnage, même celui de sa propre mère. Il est celui auquel on ne peut rien cacher. Il distille le doute dans les pensées des adultes, les manipule. Petit bonhomme loin des clichés rebattus sur l’enfance innocente, il aime à conspirer, joue les détectives, nous ouvre des fenêtres vers d’autres perspectives, d’autres interprétations plus sombres qui finissent par nous hanter. Et si rien n’était ce que l’on a cru ? Et si ce qu’on prenait pour de simples badinages pouvaient révéler de sordides histoires sans cœur. Comme lui on finit par poursuivre la piste de coupables sans foi ni loi, d’empoisonneuses sans vergogne mais néanmoins séduisantes… Un monde imaginaire bien plus palpitant que la pure réalité. Joseph réussit à nous propulser avec délices dans sa bulle d’observateur souvent impuissant, jamais neutre. Et on se réjouit de ses espiègleries perspicaces qui bousculent les adultes, les font douter de tout.

Lorgues : mercredi 30 et lundi 4 à 17h30

LES ESTIVANTS

Valeria BRUNI TEDESCHI - France 2018 2h08 - avec Valeria Bruni Tedeschi, Pierre Arditi, Valeria Golino, Noémie Lvovsky, Yolande Moreau... Scénario de Valeria Bruni Tedeschi, Agnès de Sacy et Noémie Lvovsky.

LES ESTIVANTSIl y aurait presque de la rumba dans l’air, si ce dernier n’était pas si pesant cet été-là. Dans la grandiloquente maison de maître qui surplombe la côte d’Azur, sous le soleil exactement, quelque chose semble soudain moins futile, plus pesant. Pourtant ce sont les mêmes membres de la même famille très élargie qui se retrouvent-là comme chaque année. Rituel tout aussi rassurant qu’un brin angoissant, qui fige le temps aussi bien que les rides. Les voilà tous pris au piège de la cage dorée des souvenirs. Mais si, cette fois, rien n’a la même saveur pour Anna (Valeria Bruni Tedeschi qui déploie une panoplie d’actrice hallucinante), c’est que l’amour de sa vie est en train d’hésiter, de vouloir la quitter, ou peut-être même l’a-t-il déjà fait sans qu’elle veuille le comprendre. Le ciel soudain semble d’un bleu indécent : nul orage, pas la plus petite goutte de pluie en vue qui puisse témoigner au monde entier de l’état de son cœur qui se brise. Pire, tous gravitent autour d’elle, avec leurs pompes trop bien cirés pour être honnêtes, sans se rendre compte, sans se douter un seul instant que son couple s’effondre, retournant le couteau dans la plaie : quand arrive-t-il, ton homme ? Luca… Luca qu’elle espère, mais qui sans doute ne viendra pas, même pour faire bonne figure, sauver les apparences.
Tous ? Dans la famille d’Anna, je demande… la grand-mère ! C’est celle qui maintient le standing de la propriété, elle plane parfois, sauf quand il s’agit de dépenser un centime ! C’est peut-être ainsi que l’on devient riche ? Après elle les domestiques courent, dont Yolande Moreau (haletante, éreintée, mais si belle !) quémandant leur dû, une petite amélioration de leur condition, peut-être ? Mais Louisa est passée maîtresse dans l’art de s’esquiver et de culpabiliser son monde. 
Dans la famille d’Anna, je demande… La sœur ! Ah celle-là ! Avec elle tout semble écervelé, échevelé, ébouriffé : la tendresse, les rires, les chants. Toujours excessive, débordante : de joie, de larmes bien arrosées. Son rimmel et ses provocations peinent à dissimuler son mal être profond. Elle surnage à grand peine dans un mariage mal assorti, qui résiste au temps plus par raison que par passion. 
Et puis tiens, voilà donc le fameux beau-frère… Jean (Pierre Arditi). Cabotin sans scrupule, provocateur hautain, écrasant de sa superbe tous ceux qui ne sont pas de son clan, de son rang, de son bord politique. Gratuitement odieux pour le plaisir d’humilier ceux des classes inférieures. Un mâle dominant sur le retour qui écrase le pauvre monde sous la talonnette de son ironie méprisante. 
Dans ce jeu des 7 familles (j’en passe et des meilleurs…) il y en a une tout de même qui dépare, un élément rapporté : c’est Nathalie (Noémie Lvovsky, toujours généreuse et sincère). Venue-là pour aider Anna a écrire le scénario de son prochain film, elle navigue entre deux eaux. Ne faisant ni partie des domestiques, ni de cette haute bourgeoisie mal odorante. Nathalie aime tellement Anna qu’elle accepte ses excès, comprend ses failles, l’attend, poireaute, puis désespère et étouffe de plus en plus en assistant aux agitations de ce beau monde tourné vers son seul nombril.
Au milieu de cette nef des fous navigue Celia, la fille adoptive d’Anna. La seule « sage » de l’affaire, qui du haut de ses dix ans observe ce monde avec un regard plus adulte que ceux qui sont censés l’être. Petite touche de fraîcheur détachée, porteuse d’espoir, pour qui la barrière des classes sociales ne semble pas encore exister. 
Et puis enfin il y a le frère absent dont l’ombre plane…
Comme souvent dans les films de la réalisatrice, on passe d’un rire à gorge déployée à un autre qui se fait plus grinçant. Et de se demander si la critique sociale cinglante est totalement voulue et maîtrisée ou si elle échappe à celle qui semble toujours hésiter entre deux clans.(Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 30 13h45, 18h10, 20h40, jeudi 31 13h45, 18h, 20h30, vendredi 1er 16h, 18h10, 20h45, samedi 2 16h10, 18h20, 21h, dimanche 3 15h50, 18h20, lundi 4 14h, 17h, 20h15, mardi 5 15h50, 20h30

CONTINUER

Joachim LAFOSSE - France/Belgique 2018 1h25 - avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martín, Mairambek Kozhœv, Damira Ripert... Scénario de Thomas Van Zuylen, Joachim Lafosse, Fanny Burdino, Mazarine Pingeot et Samuel Doux, d’après le roman de Laurent Mauvignier.

C’est un road-movie intime dans les paysages renversants de beauté du Kirghizistan. Tout comme dans certains westerns, plus la grandeur de la nature s’impose, magistrale, plus l’attention peut se concentrer sur les personnages, petits points dérisoires, obligés de se rapprocher pour ne pas être happés par plus grand qu’eux. C’est un film peu bavard, qui démarre dans une colère rentrée et qui part à la conquête d’une improbable réparation. Pas besoin de grandes phrases qui analysent pour pressentir les choses, ni même pour les raconter. On est dans un univers parfois froid, mais toujours charnel, épidermique. Le scénario tire toute sa force d’un duo d’acteurs magnifiques, capables de nous faire prendre des steppes arides pour le paradis terrestre. 
Virginie Efira, en mère borderline, Kacey Mottet Klein, en fils réfractaire, nous font oublier progressivement tout ce qui ne tient pas à leurs personnages. Ils imbriquent dans leur jeu tout en nuance un mélange de maturité, de force physique et de fragilité enfantine.
Tout part d’une idée saugrenue, d’une ultime tentative pour rattraper les erreurs de la vie. Sybille, qui n’a pas beaucoup vu ni élevé son fils Samuel quand il était petit (on le découvrira progressivement) lui impose, aujourd'hui qu'il a une vingtaine d’années, un voyage à deux, loin de la civilisation, loin d’un entourage violent et des conneries à répétition qui semblent le conduire tout droit vers les geôles de la République.
Les voilà au pied du mur, ou du moins des montagnes, avec leurs deux chevaux. D’emblée Samuel tire la gueule, se conduisant de façon odieuse avec sa daronne et par ricochet envers leurs charmants hôtes kirghizes qui s’efforcent de les mettre en garde : les montagnes sont peu sûres. Mais seule Sybille qui parle russe comprend l'avertissement et le garde pour elle. Sa détermination glace les sangs. Son besoin soudain de jouer les mère courage, au détriment de la sécurité de son fils, n’a rien de rassurant et paraît même passablement irresponsable. Mais que sait-on de cette femme, de ses rêves, de son aptitude à être mère ? 
En selle, les tentes et un nécessaire de survie dans le dos, les voilà chevauchant seuls vers un futur incertain. Entre eux, peu de mots. Des regards en coin : ceux inquiets et tendres ou parfois agacés de Sybille ; ceux révoltés et furieux de son fils. L’un et l’autre s’épient, s’attirent, se repoussent intuitivement, tel des aimants victimes d’eux mêmes. Elle regardant avec étonnement le fruit de ses entrailles qui se transforme en homme sous ses yeux. Lui regardant sa génitrice, troublé comme si sa douce fragilité, sa féminité étaient indésirables et indécentes chez cette maman improvisée. Tout est suggéré au détour d’un café, d’un précipice, d’un bain de boue imprévu. Le soir à la veillée, ils se retrouvent autour du feu dans un face-à-face silencieux. Lui tel un autiste se repliant entre ses écouteurs, elle écrivant inlassablement sur son journal intime, tandis que leurs chevaux, prisonniers de ces cavaliers atypiques, perdus au milieu de nulle part, attendent une caresse, un geste rassurant. On n’a plus qu’une envie, celle de venir se lover sous leurs crinières chaudes comme si elles recelaient tout ce qui nous reste d’humanité ! 
Tout est ici comme une chute en avant, un voyage initiatique sans retour. On a beau trébucher, tomber, douter, avoir envie de hurler, on sait juste qu’il n’y a plus d'autre choix que de boire le calice jusqu’à la lie, se redresser, avancer, continuer…(Utopia)
Vox Fréjus : mercredi 30 16h20, jeudi 31 18h10, vendredi 1er 18h, samedi 2 14h, dimancjhe 3 20h45, lundi 4 18h15, mardi 5 18h30

COLETTE

Wash WESTMORELAND - USA/GB 2018 1h51 VOSTF - avec Keira Knightley, Dominic West, Eleanor Tomlinson, Fiona Shaw, Denise Gough, Robert Pugh... Scénario de Richar Glatzer, Wash Westmoreland et Rebecca Lenkiewicz.

COLETTE

Ce film raconte avec un classicisme fort sage l’histoire d’une jeune femme qui heureusement le fut beaucoup moins. Tout débute dans les années 1890, celles de la Belle Époque. La jeune Gabrielle Sidonie Colette a tout d’une péquenaude inoffensive, avec ses robes simples, ses longues tresses, quand Henry Gauthier-Villars, surnommé « Willy », la séduit. Elle a tout juste vingt ans et lui quatorze de plus quand ils se marient. Elle porte sur son visage l’inexpérience de son jeune âge, lui dissimule sous sa barbe un passé de véritable serial-séducteur compulsif. Après le mariage, vite conclu, la jeune fille en fleur débarque à Paris, impressionnée par la bruyante capitale, tellement étrangère à la luxuriance de sa Bourgogne natale dont seul l’accent rocailleux la poursuit comme un beau souvenir (chose forcément impossible à reproduire dans un film anglophone, malgré l’interprétation bluffante de Keira Knightley). 
Willy (Dominic West, parfait dans ce rôle de vil séducteur) est un critique musical en vogue, écrivain, mais le plus souvent par procuration : il signe plus d’œuvres qu’il n’en écrit, ayant recours à des prête-plumes qu’il paie au lance-pierre. Sa notoriété l’amène à fréquenter les plus prestigieux salons littéraires de l’époque, entraînant sa compagne farouche dans son sillage. Si elle n’y brille pas par ses tenues, elle y étincelle rapidement par son esprit, sa grande liberté de ton qui étonne et séduit le tout Paris, qui a vite fait de s’éprendre d’elle, tandis qu’elle l’observe, s’acclimate à son nouveau milieu. Elle s’affranchira vite de ses vieilles nippes et d’une partie de son nom à rallonge pour se faire appeler d’un plus percutant « Colette », se créant un style « à part » qui rehausse sa beauté atypique.
Progressivement Colette se rend visible, incontournable, et il faut au moins cela pour ne pas faire tapisserie au bras d’un Willy dont on a l'impression qu'il est connu de toutes les femmes de Paris. Il a beau essayer de la maintenir à l’écart de certaines réalités, Colette, malgré son amour, ne reste pas dupe longtemps. Au gré des supercheries et mensonges médiocres de son époux, la jeune femme s’aguerrit, s’émancipe. Loin de se laisser dépasser ou abattre, elle en fait une force, fuyant le joug de la domination masculine, multipliant à son tour les expériences et les conquêtes qui ne dérangent guère Willy tant qu’elles ne sont que féminines. 
On ne va pas vous raconter ici toute la vie tumultueuse de Colette (romancière, actrice, mime, journaliste…), le film est là pour le faire ou lui donner un éclairage in situ si vous la connaissez déjà. Ce qui est le plus passionnant, c’est de resituer l’écrivaine sulfureuse dans l’ambiance de l’époque, de ressentir le poids du patriarcat qui restreint les possibilités d’avenir des femmes. Si son œuvre fait tâche d’huile, se répand si vite, c’est qu’elle est tout à fait moderne, donne une voix à ce que chacune vit tout bas. On est plongé dans son cheminement intérieur, son attachement si particulier à Willy qui se transformera par la suite en désamour profond. Elle lui pardonnera beaucoup de choses, mais jamais de ne pas avoir rendu son nom aux écrits dont elle accouche pour celui dont elle est devenue la « négresse » littéraire. Au fur à mesure que la série des Pauline s’égraine, que chaque livre devient un best-seller, la célébrité de Willy qui augmente phagocyte la reconnaissance de l’écrivaine. Colette trépigne, engluée au fin fond du rôle dévolu aux femmes. C’est bel et bien Willy qui récolte les fruits de ce qu’elle a semé et qui refuse de rendre à Colette ce qui appartient à Colette…(Utopia)

Vox Fréjus : mercredi 30 15h55, jeudi 31, vendredi 1er, dimanche 3 13h45, samedi 2 14h, lundi 4 16h, mardi 5 13h50

DOUBLES VIES

Ecrit et réalisé par Olivier ASSAYAS - France 2018 1h48 - avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne, Norah Hamzawi, Christa Théret, Pascal Gréggory...

DOUBLES VIESOn vit une époque redoutable. Hier encore, le cinéma se fabriquait pour la salle, la critique s'exprimait dans la presse et le temps, c’est certain, s’écoulait avec beaucoup moins de frénésie. Aujourd’hui, ce sont des géants du numérique qui font le cinéma (voir Scorsese et les frères Coen faire la promo de Netflix, ça nous fend bien le cœur), tout le monde et n’importe qui peut donner son expertise à grand coup de blogs, de tweets ou de publications sur un mur virtuel. Pourtant, faut-il dire que l’époque est moins intéressante ? Doit-on affirmer que « c’était mieux avant » ? Assistons-nous à la fin d’une époque ? D’un cycle ? D’un monde ? Il y a bien toutes ces questions dans le nouveau film d’Olivier Assayas, une œuvre diablement intelligente et précise, à l'écriture riche et complexe, aux dialogues ciselés, souvent drôles, toujours rythmés.
C’est une sorte de comédie morale filmée comme un ténébreux thriller d’espionnage qui se situe dans le secteur de l’édition, en plein bouleversement, à l’heure donc où le numérique vient bousculer les anciennes pratiques de lecture et de publication. L’art, le cinéma, la littérature : tout est mangé à la sauce écran et bien malin qui pourrait prédire de quoi l’avenir sera fait pour les vieux modèles, ni même la pérennité des nouveaux modes de consommation culturelle. Dans les couloirs feutrés d’une belle et classieuse maison d’édition, on ne sait plus à quel saint se vouer. 
Alain (Guillaume Canet, très bon), le responsable, est persuadé que le digital est l’avenir du métier, surtout s’il est placé entre les mains de personnes comme Laure (Christa Théret), sa jeune, jolie et talentueuse collaboratrice qui a plein d’idées pour révolutionner le monde de l'édition et mettre un bon coup de « point zéro » dans la fourmilière. Alain a conscience que le lectorat change et qu’il lui faut renouveler les auteurs emblématiques de sa société.
Pas de bol pour Léonard (Vincent Macaigne, égal à Vincent Macaigne) qui, incapable de signer autre chose que des « auto-fictions » où il revient sur ses aventures sentimentales tumultueuses, s’essouffle à essayer de retrouver le succès de son premier roman. Au terme d’un déjeuner amical, Alain lui fait comprendre qu’il ne publiera pas son nouveau texte, qu’il est temps de changer, de registre ou d’éditeur.
Alain assume son choix, car il estime que le texte est trop cru et ne correspond pas aux attentes des lecteurs. Mais en même temps (ah oui, encore ce « en même temps »), il se pose des questions sur la fiabilité de son jugement, car son épouse Selena (Juliette Binoche) a, de son côté, adoré – par ailleurs elle se refuse à l’idée de la mort du papier au profit des « liseuses numériques ».
Léonard, vaguement rebelle, se drape dans une posture d’artiste maudit et incompris et ce n’est pas sa compagne, attachée parlementaire débordée d’un député engagé et forcément à gauche, qui va le réconforter. 

Autour de ce manuscrit vont se cristalliser les tensions du petit microcosme de l’Art en général, de la littérature et du cinéma en particulier, autant que celles, plus intimes et inavouées, que vivent les protagonistes. Jusqu’où est-on prêt à se corrompre, à se mentir, à tromper les autres pour réussir, pour sauver les apparences, ou une pose sociale, ou son couple ? C'est dans ces interrogations que Doubles vies dépasse le petit milieu artistique parisien qui aurait pu l'étouffer, c'est dans le regard ultra-lucide, amusé et souvent grinçant, qu'il porte sur des personnages un peu perdus dans un monde en pleine mutation, que le film prend toute sa dimension, qu'il nous concerne, nous touche et nous fait rire.
Une vraie réussite qui confirme la place de tout premier rang qu'occupe désormais Olivier Assayas dans le cinéma français. (Utopia)

Vox Fréjus : jeudi 31 16h, vendredi 1er, dimanche 3 et lundi 4 13h45, mardi 5 16h05

 

AU BOUT DES DOIGTS

Ludovic BERNARD - France 2018 1h45mn - Avec Lambert Wilson, Jules Benchetrit, Kristin Scott Thomas, André Marcon, Karidja Touré, Michel Jonasz... Scénario de Johanne Bernard et Ludovic Bernard.

AU BOUT DES DOIGTSIl nous avait embarqué il y a un peu plus d’un an aux pieds de l’Himalaya, avec la comédie L’ascension, succès que l’on sait, qui racontait l’histoire folle (et vraie) d’un petit gars de banlieue sans aucune expérience en alpinisme, qui s’attaquait à la face de l’Everest pour éblouir l'élue de son cœur. Avec des paysages beaucoup moins spectaculaires et un cadre plus intimiste, Ludovic Bernard renoue ici avec un thème qui lui est cher, celui du plafond de verre, ce concept au nom explicite qui laisse les classes (sociales, culturelles, économiques) bien étanches les unes aux autres, manière invisible de reproduire les schémas les plus stéréotypés entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont, et ceux qui n’ont pas… mais heureusement, le cinéma est là pour détricoter tout cela et laisser voir d’autres champs du possible, là par l’alpinisme ou les concours d’éloquence (voir le film Le brio), ici par la force de la musique et d’un clavier de piano.

Dans son grand appartement parisien cossu où il aime à savourer un verre de grand millésime le soir en rentrant du travail, Pierre Geitner masque mal sa tristesse latente et son désarroi… depuis quelque temps, il est sur la sellette et il se pourrait bien que la direction du Conservatoire où il est directeur musical veuille signer, dans un large sourire, la fin de sa carrière. Pas assez de recrutement, plus assez de prestigieux élèves, de la trempe de ceux qui, bien dressés, peuvent prétendre à de prestigieux concours internationaux et par la même redorer le blason de la maison par un premier prix. 
Dans le hall glacial et animée de la Gare du Nord, on a mis un piano pour que celle ou celui qui le souhaite puisse jouer, pour soi, pour les autres, par plaisir, pour pratiquer. Quand il tombe par hasard sur ce jeune garçon et quand il écoute, fasciné, le morceau qu’il interprète, il sait immédiatement qu’il tient là une pépite rare et brute. Mathieu joue avec la grâce de ceux qui n’ont rien à gagner et rien à perdre, il joue comme il respire : par besoin vital, par nécessité, comme par nature. Mathieu vient d’un milieu où l’on ne prend pas des cours de piano, où l’on ne rêve pas de premier prix de solfège, où l’on ne fréquente pas des harpistes ni des premiers violons. Persuadé qu’il tient là le souffle qui va redonner du sens à son métier et remettre un peu de passion et de fougue dans sa vie, Pierre va se mettre en tête de faire rentrer le petit gars de banlieue dans sa prestigieuse école. Le faux hasard d’un travail d’intérêt général et la pugnacité d’une enseignante aussi exigeante qu’ intransigeante (Kristin Scott Thomas) écriront la suite de la partition. Fougueux, fier et sauvage, défiant les règles et l’autorité, Mathieu va découvrir alors un univers dont il ignore tous les codes.
Du piano, du piano, encore du piano et beaucoup d’émotion, celle que la musique porte au delà des notes, pour ceux qui donnent et pour ceux qui reçoivent… (Utopia)

Salernes : vendredi 1er 20h30, samedi 2 18h

 

WILDLIFE, une saison ardente

Paul DANO - USA 2018 1h45mn VOSTF - avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould, Bill Camp... Scénario de Zoe Kazan et Paul Dano, d'après le roman de Richard FORD
Chapeau bas à Richard Ford qui, en plus d’être un grand écrivain, a eu l’intelligence de déclarer à Paul Dano, en lui accordant les droits cinéma de son roman : « Mon livre est mon livre, votre film – celui que vous allez faire – est votre film. Votre fidélité de cinéaste à mon histoire ne m’intéresse pas. ». Un blanc-seing qui a permis au réalisateur débutant d’adapter l’œuvre originale tout en intégrant une part d’intimité qui rend le film d’autant plus juste et attachant. Loin de trahir le récit, il le porte a l’écran de façon humble et magistrale, sans esbroufe, cherchant sous la carapace des apparences fabriquées les fêlures, les failles d’une famille classique américaine, du fameux rêve qu’une statue dite de la Liberté s’acharne à garder bien au chaud sous ses jupes.
Nous sommes dans les années soixante. Les voitures nous le klaxonnent, la voix de Timi Yuro nous le confirme, dans le poste de radio elle sirote : « I’m so hurt to think that you lied to me » (… tellement blessée de penser que tu m’as menti). Tout semble merveilleusement policé, les relations entre voisins, les jupes plissées des filles, les mots des garçons, les manières des enfants qui prennent le bus pour aller à l’école avant d’emprunter la voie toute tracée par leurs aînés. De cette petite ville perdue dans l’immensité du Montana, rien ne dépasse. Pas un cheveu, pas un brin d’herbe, pas un désir. Le terrain de golf en particulier où bosse Jerry Brinson, le père de Joe, est un modèle du genre. À l’instar du parfait cocon familial qui entoure Jœ, de sa mère, la discrète Jeannette, parfaite ménagère immaculée qui mitonne des petits plats en attendant que son mari rentre pour le dîner.
Une vision idyllique qui contraste étrangement avec le manque d’insouciance de l’adolescent. La maturité de Jœ laisse deviner qu’il a grandi plus vite que ceux dont l’enfance fut pleinement heureuse. À quatorze ans, il semble déjà un homme, sur les épaules duquel tout va bientôt reposer. Il suffira que Jerry soit mis à la porte de son boulot, refusant de rebondir comme le feraient tant d’autres dans une Amérique où les petits jobs coulent à flots, refusant de laisser sa femme travailler… situation qui va mettre pour ainsi dire le feu aux poudres. Voilà le fiston confronté aux états d’âmes d’une mère encore jeune qui suffoque dans son quotidien corseté, à la fuite en avant d’un père en mal de sens et qui partira jouer les pompiers dans l’espoir d’en trouver un à sa vie, laissant seule sa maisonnée prête à imploser. À l’image des incendies qui dévastent les bois alentours, l’air deviendra soudain incandescent, l’ambiance étouffante. Sous l’apparente tranquillité couvait un foyer infernal qui n’attendait qu’une étincelle pour s’embraser. Progressivement l’image d’Épinal se distord, devient disgracieuse, sans qu’aucun des protagonistes ne soit condamné pour ses parts de noirceur. Chacun est relégué à son statut de pauvre diable combattant ses démons intérieurs sous le regard impuissant de Jœ, devenu victime collatérale et qui, loin de baisser les bras, va avoir la sagesse de se battre à son humble manière.
Si la forme est classique, la mise en scène magistrale finit par nous transporter, subtile, jamais appuyée. Elle se fait discrète et efficace à l’instar des acteurs phares Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan qui incarnent les parents, tout en laissant l’espace nécessaire au tout jeune Ed Oxenbould, qui porte le film grâce à son interprétation sensible. Il est Joe, personnage dans lequel Paul Dano nous livre à demi-mots une part de lui-même.(Utopia)
Cotignac : vendredi 1er 18h
 
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